MOI'
liii;:iiH'ii
DICTIONNAIRE
D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE
ECCLÉSIASTIQUES
TOME DOUZIÈME
CATULINUS -CLINCHAMP
DICTIONNAIRE
D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE
ECCLÉSIASTIQUES
COMMENCÉ SOUS LA DIRECTION DE
S. Ém. le cardinal Alfred BAUDRILLART
RECTEUR DE L'INSTITUT CATHOLIQUE DE PARIS — DE L'aCADÉMIE FRANÇAISE
CONTINUÉ PAR
A. De MEYER et Ét. Van CAUWENBERGH
PROFESSEURS A L'UNIVERSITÉ DE LOUVAIN
AVEC LE CONCOURS D'UN GRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS
TOME DOUZIÈME
CATULINUS - CLINCHAMP
PARIS-VI
LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANÉ
87, Boulevard Raspail, 87
1953
TOUS DROITS RÉSERVÉS
PRINTEO IN FRANCE
LISTE DES COLLABORATEURS DU TOME XII
Alamo (Dom M.), bénédictin à Silos (Espagne).
Allemang (Rév. P. G.), oblat de Marie, à Augny (Moselle).
Backmund (Rév. P. N.), prémontré, abbaye d'averbode
(Belgique).
Hardy (Clian. G.), à Dijon.
Bernard-Maître (Rév. P. H.), S. .1., à Paris.
Berthier (A.), conservateur du musée de Constantine.
BossuAT (A.), professeur ù la Faculté des lettres de Cler-
mont.
Bréhier (L.), de l'Institut, professeur honoraire à la
Faculté des lettres de Clermont.
BuNDERVoiîT (Rév. P. A.), missionnaire du S. C, à Lou-
vain.
Calendini (P.), doyen honoraire à Hyères (Var).
Canivez (Dom .1.), cistercien, à Forges-lez-Chimay (Belgi-
que).
Cappuy.ns (Dom M.), bénédictin de l'abbaye de Mont-
César, à Louvain.
Carreyre (.J.), directeur au séminaire S.-Sulpice, à Paris.
Chauvin (P.), bénédictin, à Quarr-Abbey (Angleterre).
CoLOMBAS (Dom G.-M.), bénédictin, de l'abbaye du
Montserrat (Espagne).
CooLEN (Chan. G.), à S.-Omer (Pas-de-Calais).
Courtois (Ch.), professeur à la Faculté des lettres d'Alger.
Dauphin (Dom H.), bénédictin, à Quarr-Abbey (.\ngle-
terre).
David (P.), professeur à Coïmbre (Portugal).
De BiL (Rév. P. A.), S. .1., à Louvain.
Debongnie (Rév. P. P.), rédemptoriste, à Namur.
Delaporte (Chan. Y.), à Chartres.
De Meulemeester (Rév. P. M.), rédemptoriste, à Bruxelles.
De Meyer (.a.), professeur à l'université de Louvain.
Dereine (Ch.), à Moustier-sur-Sambre (Belgique).
De Smet (.J.-M.), professeur à Louvain.
DiMiER (Dom A.), cistercien, à Forges-lez-Chimay (Bel-
gique).
Drioux (Chan. G.), professeur aux Facultés catholiques, à
Lille.
Dumas (Auguste), professeur honoraire à la F'aculté de
droit d'Aix-en-Provence.
Erens (Chan. M. -A.), prémontré, à Tongerloo (Belgique).
Ferron (Rév. T". .1.), des Pères Blancs, directeur du musée
Lavigerie, à Carthage.
Feuille (G.-L.), à Carthage.
FoREViLLE (Mlle R.), professeur à la Faculté des lettres de
Rennes.
FossiER (R.), à Meudon (Seine-et-Oise).
Garitte (G.), professeur à l'Université de Louvain.
f'iRAs (P.), bibliothécaire de l'Université de Dijon.
Grumel (Rév. P. V.), de l'Assomption, à Paris.
Halkin (L. E.), professeur à l'Université de Liège.
HouRLiER (Dom .1.), bénédictin, à Solcsmes (Sarthe).
Jadin (L.), professeur à Louvain;
.Tanin (Rév. P. R.), de l'Assomption, à Paris.
.Jean (Rév. P. E.), de l'Assomption, à Paris.
Laplatte (C), conseiller à la Cour, à Colmar.
Laurent (Rév. P. M.-H.), O. P., scriltore de la Bibliothèque
Vaticane.
Laurent (Rév. P. V.), de l'Assomption, à Paris.
Lefebvre (Ch.), professeur à la Faculté de droit cano-
nique de Paris et aux Facultés catholiques de Lille.
Leflon (Chan. .1.), professeur à l'Institut catholique de
Paris.
Levesque (E.), directeur au séminaire S.-Sulpicc, à Paris.
Maisonneuve (H.), professeur aux Facultés catholiques, à
Lille.
Melchior de S.\inte-Marie (Rév. P.), carme déchaussé,
à Rome.
Mens (Rév. P. A.), capucin, à Louvain.
Meysztowicz (Mgr X.-W.), à Rome.
Molien (Rév. P. A.), de l'Oratoire, à Amiens.
MoLLAT (G.), professeur honoraire à la Faculté de théo-
logie catholique de Strasbourg.
MoLS (Rév. P. Roger), S. .1., collège théologique S.-Albert
de Louvain, à Louvain.
MoREMBERT (T. de), archiviste de la ville, à Metz.
O Briain (Rév. P. F.), franciscain, professeur à l'Univer-
sité nationale d'Irlande, à Galway.
OsTRowsKi (Dom ,J.), bénédictin, à Lublin (Pologne).
Perez (Dom Fl.), bénédictin, abbaye de Silos (Espagne).
Plinval (G. de), professeur à l'Université de Fribourg
(Suisse).
Préclin (E.), professeur à la Faculté des lettres do Be-
sançon.
Prévost (M.), conservateur honoraire i» la Bibliothèque
Nationale, à Paris.
RoisiN (Rév. .Sœur S.), Institut de l'Iinfant Jésus, à Ni-
velles (Belgique).
ScHMiTZ (Dom P.), directeur de la /Jeune bénédictine, biblio-
thécaire de l'abbaye de Maredsous.
Stefanic (V.), professeur à Zagreb (Yougoslavie).
SzALAY (Dom .1.), bénédictin, à Paris.
Van Cauwenbergh (Mgr), professeur à l'Université de
Louvain.
Van den Wyngaert (Rév. P. A.), franciscain, à Turnhout
(Belgique).
Van Doren (Dom R.), bénédictin de l'abbaye du Mont-
César, à Louvain.
Van Hee (Rév. P. L.), S. .J., à Louvain.
Van Lantschoot (Chan. A.), vice-préfet de la Biblio-
thèque Vaticane.
Van Meerbeeck (Mlle L.), conservatrice-adjoint aux Ar-
chives générales du Royaume, à Bruxelles.
VoLK (Dom P.), bénédictin, abbaye de Maria-Laach
(.Allemagne).
Waquet (H.), archiviste honoraire du l'inistcre, à Quini-
per.
Warbilow (Dom J.), bénédictin, à Quarr-.Vbbey (.Angle-
terre).
Zeiller (.1.), professeur à l'École des Hautes Études, Paris.
DICTIONNAIRE
D'HISTOIRE ET DE GÉOGRAPHIE
ECCLÉSIASTIQUES
C ( Suite )
1. CATULINUS (Saint), ou Gat(d)ulinus,
martyr africain, mentionné au martyrologe liiérony-
mien le 19 mars.
A. S., mars, m, 28 et 29. — Mort. Hier., éd. de Rossi et
Duchesne, 34; éd. Deletiaye et Quentin, 152 et 153. —
De Hossi, Bull, di arch.crist., Rome, 1S7G, tav. iv-v; 1877,
p. 113-17.
J. Ferron.
2. CATULINUS (Saint), • figure au martyro-
loge hiéronymien le 23 avr., à la tête d'un groupe de
martyrs africains, dont l'un porte le nom de Félix.
Est-ce le même que celui de la basilique de Fauste à
Carthage mentionné le 15 juillet?
A. S., avr., m, 166. — Mort. Hier., éd. de Rossi et
Duchesne, 47. — De Rossi, Bull, di arch. crist., Rome,
1876, tav. iv-v; 1877, p. 113-17.
J. Ferron.
3. CATULINUS, un des quatre sous-diacres
qui entouraient l'évêque de Cirta-Constantine, Pau-
lus, pendant les perquisitions et saisies opérées dans
la « maison des réunions chrétiennes », le 19 mai 303,
pour se conformer à l'édlt persécuteur de Dioclétien,
par le curateur de la colonie cirtéenne, Munatius Félix,
flamine perpétuel, assisté des exceptores (greffiers)
Edusius et Junius ainsi que de servi publici. Catulinus
fut du nombre des nombreux traditeurs de cette
communauté, puisque le procès-verbal rapporte qu'il
livra pour sa part le seul livre liturgique qu'il eût en
sa possession et dont on sait seulement qu'il était
assez volumineux, codicem unum pernimium maiorem.
Il convient d'ajouter à sa décharge qu'il refusa, ainsi
qu'un autre sous-diacre, Marcuclius, de faire connaître
les noms de ceux qui détenaient la majorité des livres
saints, les lecteurs, en déclarant net qu'ils préféraient
la mort à pareille trahison. On les arrête sur-le-champ.
Là finit leur histoire, sur laquelle nous renseigne un
précieux document recueilli par S. Optât pour la
constitution de son dossier antidonatiste et conservé
aujourd'hui dans l'appendice de ses oeuvres : Acta
Munati Felicis, dans les Gesta apud Zenophilum, éd.
Dupin, Paris, 1702, p. 167-74; éd. Ziwsa (t. xxvi du
C. S. E. L.), p. 186-88, cit. d'après Monceaux; P. L.,
VIII, 726-42; S. Augustin, Epist., lui, c. 11, 4; éd.
Barreau, iv, 445-46; P. L., xxxiii, 197; Contra
Cresconium, III, c. xxix, 33; IV, c. lvi, 66; éd. Bar-
reau, xxix, 172-73, 269-70; P. L., xLin, 512-14,
583-84, y fait plusieurs allusions.
De Rossi, Epigrafe votioa dei Caiullini Epijanii, dans
Bull, di arch. crist., 1877, Rome, p. 113-17 (1876, tav.
DiCT. d'hist. et de oéogr. ecclés.
iv-v). — p. Monceaux, Hist. lift., m, Paris, 1905, p. 93-96
et chap. préc, passim.
J. Ferron.
4. CATULINUS (Saint), Cat(h)olinus, peut-
être Catullinus, diacre de Carthage, inscrit seul le 15
juill. dans le Kalendarium Carthaginense (Ruinart,
Acta martyrum sincera, "Vérone, 1731, p. 542), et avec
quatre autres martyrs au martyrologe romain, qui
s'est manifestement inspiré des textes d'Adon et
d'Usuard. L'inhumation de lanuarius, Florentins,
Iulia et lusta avec Catulinus dans la basilique de
Fauste, appelée par erreur basilique de Fausta dans
l'hiéronymien, est une hypothèse toute gratuite de ces
deux auteurs; l'hiéronymien dit seulement: In At(f)
rica, civitate Karlagine, natale sanctorum Catholini
diaconi et reliquorum martyrum qui requiescunt in
basilica sanctae Faustae, lanuari, Florenti, Pollutanae,
Iuliae et lustae; ils ont cru pouvoir regarder les noms
qui suivent les reliqui martyres comme l'énumération
de ces derniers. Une seule chose est certaine, c'est
l'inhumation de Catulinus dans cette basilique avec
toute une troupe de chrétiens martyrisés le même
jour; l'un de ces martyrs est connu, Félix, évêque de
Thibiuca (Hr. Zouitina), grâce à la relation partielle-
ment authentique appelée Passio ou Acta Felicis,
dans Ruinart, op. cit., 313-14, ou dans A. S., oct.,
X, 625-28 (cf. P. Monceaux, Hisl. litt., m, Paris,
1905, p. 136-40 ou La Passio Felicis, dans Revue
archéol., 1905, i, p. 335-40). C'est en partant de ce do-
cument que H. Delehaye {La Passion de S. Félix de Ttii-
biuca, dans Anal. Bo//., xxxix, 1921, p. 265-66 et p. 270,
n. 29 et 31) estime pouvoir fixer la date du martyre de
S. Catulin et de ses compagnons au 15 juill. 303, au
début donc de la persécution de Dioclétien. Le rôle
de premier plan qu'y tient Catulinus malgré la dignité
de Félix s'expliquerait par son appartenance au siège
métropolitain, ou peut-être par l'éclat de son témoi-
gnage. La basilique de Fauste, très connue par les
textes de S. Augustin (Serm., xxiii, cclxi; P. L.,
xxxviii, 155, 1202) et de Victor de Vite (Hist. persec.
vandal., I,viii,25; II,vi, 17; III,ix,34), semble avoireu
le privilège de recueillir les restes de tous les martyrs
de cette journée particulièrement sanglante; ils durent
être très nombreux, puisque la lettre des évêques afri-
cains au pape Jean II {Epist. afr. episcop. ad loan-
nem P., dans Hardouin, Concilia, u, 1154-55 ou dans
Mansi, viii, 808) insiste sur le grand nombre de corps
de martyrs inhumés dans cette église. Ce fut sans doute
dans cet édifice si vénérable que S. Augustin i)rononça
H. — XII. — 1 —
3
CATl LINIJS
— CATCHON
4
le panégyrique de S. Catulin signalé par Possidius
{Indiculus, ix; P. L., xlvi, 19), mais dont le texte
n'a pas encore été retrouvé. Une inscription chré-
tienne (C. /. L., VIII, 5669; Additani., p. 964: Rec. de
Constanline, xvni, 1876-77, p. 535-36), exhumée à
l'Aïn Abid, à 35 km. sud-est de Constantine, dans la
direction de Guelma, mentionne élogieusement les
Catullini. Il n'est pas possible de dire si notre Catu-
linus appartenait à cette famille, encore moins, si la
dédicace se rapporte au moins partiellement à lui.
D'ailleurs il n'est même pas certain que l'inscription
veuille rendre hommage à des mérites provenant
de la vertu ou du martyre, comme on l'a pensé géné-
ralement à la suite de Rossi (Epigrafe votiva dei
Catullini Epifanii, dans Bull, di arch. crisL, 1877,
Rome, p. 113-17; pl., ibid., 1876, tav. iv-v). Monceaux
(Enquête, dans Mémoires présentés à l'Acad., Paris.
1907, n. 291, p. 101-02) n'a pas tort de suggérer l'hypo-
thèse d'une dédicace destinée à flatter la vanité par le
rappel de l'origine aristocratique des bienfaiteurs
d'une église.
Propylaeum ad A. S. dec, p. 288-90, § 4. — A. S.,
juin., IV, 27-28, 119. — Mari. Hier., éd. de Rossi et Duchesne,
91 ; éd. Delehaye et Quentin, 375-77. — Pétin, Dict.
hagiogr., dans Migne, XL, p. 546-47, au mot Catulin. —
P. Monceaux, Hist. tilt., m, Paris, 1905, p. 110-11, 530,
537. — Dom Quentin, Les martyrologes hist., Paris, 1908,
p. 336 et 482. — H. Delehaye, Les orig. du culte des martyrs,
Bruxelles, 1933, p. 388.
J. Ferron.
CATULLA (Sainte), matrone à Paris, 9 oct.
Personnage créé par les actes apocryphes de S. Denys
(B. H. L., 2172-2175). Après leur supplice, elle aurait
sauvegardé de la profanation les corps de l'évêque
et de ses compagnons. Bien que rappelée dans cer-
tains martyrologes récents au 31 mars, elle n'a jamais
joui d'un culte ecclésiastique.
A. S., oct., IV, 564, 711, 794. — Mort. Rom., 443.
R. Van Doren.
CATUM (Saint), martyr à Pergé sous Dioclé-
tien (?), X" août. Le martyrologe romain cite après
Leontius, martyr de Pergé en Pamphylie, un Attus. Ce
nom provient du synaxaire de Constantinople qui
mentionne un Korroûvr). Le synaxaire lui-même s'est
inspiré d'une Passion, perdue aujourd'hui, mais qui
devait être correcte, à en juger d'après les quelques
passages que nous avons gardés.
.4. S., août, I, 21-22. — Synax. Eccl. Constant., éd.
Delehaye, 860-62. — Mart. Rom., 318.
R. Van Doren.
CATUIVISYRITUS (Jean-Baptiste), théolo-
gien italo-grec (xvii« s.). Voir D. T. C, ii, 2013-
2014.
CAUCAUBARDITES. Voir Condobaudites,
dans D. T. C, m, 814.
CAUCHÈNE (Saint-Martin), Caucana, ab-
baye de bénédictins au diocèse de Narbonne. A cet
endroit existait déjà, en 840, un prieuré dépendant de
S. -Laurent de Cabreresse. Élevé au rang d'abbaye, il
fut uni à l'Église de Narbonne et cédé en 1004
par l'archevêque Ermengaudus à S. -Michel de Cuxa.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'ancienne France,
IV, 126. — Cottineau, 632. — Gall. christ., vi, 1.38. —
Mabillon, Annales, ii, 648.
R. Van Doren.
GAUCHIE (Alfred), né à Haulchin le 26 oct.
1860, t à Rome le 2 févr. 1922, professeur d'histoire
ecclésiastique à l'université de Louvain (1890-1922),
exerça à l'université une influence profonde en y
renouvelant les méthodes d'enseignement. Il fonda,
avec P. Ladeuze, la Revue d'histoire ecclésiastique
j (1900) et donna une grande impulsion au Recueil de
I travaux, publié par des professeurs de la Faculté des
lettres. Après la guerre de 1914-18, il devint directeur
de l'Institut historique belge de Rome (1919-22), dont
il avait prôné et obtenu l'érection en 1900. Il réussit à
î imposer ses réformes grâce à son caractère combattif
I et mordant. Son dévouement sans bornes, sa piété et sa
! grande charité lui valurent l'admiration et l'attache-
[ ment durable de ses disciples. Sa dissertation docto-
i raie : La querelle des investitures dans tes diocèses de
■Liège et de Cambrai (2 vol., 1890), garde encore
aujourd'hui une grande valeur.
L. \'an der Essen, A. C, l'initiateur, le savant, l'homme,
dans Bev. d'hist. eccl., xviii, 1922, p. 213-39. — F. Baix,
.4. C, dans La Terre wallonne, vi, 1922, p. 73-101. —
U. Berlière, A. C, dans Ann. de l'Ac. roy. de Belgique,
xci, 1925, p. 199-252 (avec liste des publications de C).
A. De Meyer.
CAUCHON (Pierre) (1371-1442), évêque de
Beauvais, puis de Lisieux, surtout connu par sa par-
ticipation au procès de Jeanne d'Arc, naquit à Reims,
ou aux environs, vers 1371. Il étudia à Paris, y
conquit les grades de maître ès arts et de licencié en
décret, et devint, en 1403, recteur de l'Université.
Promu successivement au conseil du duc de Bour-
gogne (8 févr. 1409), au chapitre de Reims (1409) et
à celui de Beauvais, il est nommé (1410) vidame de
l'Église de Reims, fonction qu'il gardera jusqu'à son
i élévation au siège de Beauvais (1420). L'agitation
I cabochienne va le précipiter dans la politique. Après
\ la défaite des cabochiens, Cauchon, banni, trouve
asile auprès du duc de Bourgogne, son patron, qui va
l'envoyer au concile de Constance, avec mission de
défendre la thèse de Jean Petit sur la licéité du
tyrannicide. Cauchon resta à Constance 3 ans et
! 3 mois. Kn févr. 1419, il se retrouve à Paris, où la
situation s'est retournée en faveur des Bourgui-
gnons : il est chargé par son maître d'une mission
auprès du Parlement. Auparavant, il avait pris part
aux négociations du monastère de la Tombe qui
s'étaient déroulées entre délégués du roi et délégués
I de la reine. Mais c'est surtout lors de la conclusion du
I fatal traité de Troyes (1420) que son activité de diplo-
mate trouva à s'exercer : Cauchon fut l'un des sept
délégués de l'Université qui prirent part à la négocia-
j tion. .\i)rès le traité de 'Troyes, Cauchon négocie, au
nom de Henri V cette fois, avec le chapitre de Paris,
l'élection d'un évêque favorable aux Anglais. Il
échoue d'ailleurs, mais, surtout grâce à la pression
du duc de Bourgogne, il est élu, le 4 sept. 1420, évêque
de Beauvais.
On lui a reproché de n'avoir pas observé la rési-
dence : cependant on trouve la trace de deux visites
effectuées par lui à Gerberois, en 1424 et 1425. Il est
certain qu'il fît de fréquents séjours à Rouen et que
sa promotion à l'épiscopat ne mit pas fin à son acti-
vité politique et diplomatique : en 1422, à la mort de
Charles \l, il est désigné comme l'un de ses exécuteurs
testamentaires; en 1423, il se qualifie « conseiller du
roi Henri VI et chancelier de la reine d'Angleterre »;
lors du siège du Crotoy, défendu par Jacques d'Har-
court, il fit partie de la délégation chargée de se
rendre près de ce capitaine pour l'inciter à capituler;
en mars 1423, il remplit une mission auprès du duc de
Bretagne; en 1425, à la demande du régent Bedford,
il intervient dans les négociations qui préparent l'or-
donnance du 26 nov. 1425 : on sait que, d'après cette
ordonnance, Bedford se résigna à octroyer à la Cour
pontificale la collation des évèchés, la collation des
trois quarts des bénéfices, le rétablissement des ré-
serves, des annales et des expectatives; Cauchon est
encore chargé de négocier la promulgation et l'accep-
tation de cette ordonnance, si défavorable à l'épisco-
CAUCHON
6
pat, et qui, d'ailleurs, n'est acceptée qu'après avoir
subi des remaniements, et sous les plus expresses
réserves. En 1426, Cauchon négocie avec le chapitre
de Rouen, au sujet des difTicultés que soulevait la
promotion au cardinalat de Jean de la Rochetaillée,
archevêque de cette métropole. En 1428, il préside
une commission générale instituée par Bedford en
Champagne pour rallier les capitaines bourguignons.
Enfin, plus délicate est la mission que lui confie Bed-
ford de lever sur tout le clergé de la province de Nor-
mandie trois décimes, un pour le pape et deux pour
Bedford qui devait les employer « à la défense du
pays... ». Cette « corvée » le met en conflit avec les
contribuables et lui vaut des inimitiés.
En 1429, Jeanne d'Arc intervient dans sa vie : la
marche victorieuse de l'armée qu'elle conduit à Reims
l'oblige à déguerpir de la Champagne où il se trouve
alors et même de Beauvais; il se réfugie à Rouen.
L'année suivante, on le trouve en Angleterre, en
compagnie du cardinal de Winchester et de l'abbé du
Mont-S. -Michel, Robert Jollivet. Survient la capture
de Jeanne, aux portes de Compiègne. 11 est mainte-
nant établi, de façon indiscutable, que l'endroit où
Jeanne a été prise était situé sur le territoire du
diocèse de Beauvais.
Tous les historiens de Jeanne d'Arc racontent son
procès et portent une appréciation du rôle de Cau-
chon dans cette affaire. Elle est généralement très
sévère : la thèse de M. de Rigné, qui s'est efforcé de
réhabiliter Cauchon, n'a guère trouvé d'écho. Per-
sonnellement, nous avons cru pouvoir plaider en sa
faveur des circonstances atténuantes; mais nos argu-
ments n'ont sans doute pas convaincu M. Calmette
car, tout en citant notre travail, il s'en tient à l'opi-
nion traditionnelle. Nous estimons que le procès
fut régulier en la forme, qu'on ne doit pas imputer
à Cauchon la responsabilité des institutions et des
mœurs du temps et surtout que, pour un personnage
rallié à l'État anglo-français issu du traité de Troyes,
Jeanne d'Arc ne pouvait être qu'une rebelle et, comme
elle se prétendait inspirée de Dieu, une sorcière
fréquentant le démon. Avant de condamner Cauchon,
il faut tenir compte du grand nombre d'avis dont il
s'entoura, des interventions pressantes de l'université
de Paris, qui fut l'âme du procès, de l'attitude de
Jeanne d'Arc et surtout de ses réponses qui esqui-
vaient les diflBcultés et étaient bien faites pour « indis-
poser le tribunal ». Lors du procès de réhabilitation,
Cauchon était mort; on sait que dans les procédures
criminelles les absents et les morts ont toujours « bon
dos »...
On a dit que Cauchon avait déployé un grand zèle
dans le procès de Jeanne d'Arc pour obtenir le siège
de Rouen. Or, il n'eut pas Rouen, mais Lisieux, qui
ne valait guère mieux que Beauvais et où il ne fut
transféré que le 8 août 1432.
Après sa nomination, Cauchon résida plus souvent
à Rouen qu'à Lisieux (il existait d'ailleurs au sein
de la ville de Rouen une enclave du diocèse de Li-
sieux : S.-Cande-le-Vieux). Il se montra zélé dans la
répression de l'hérésie et poursuivit inlassablement
son activité politique et diplomatique. En 1433, il
fut désigné pour assister à l'entrevue de Calais, que le
duc d'Orléans, prisonnier des Anglais depuis la ba-
taille d'Azincourt, avait préparée secrètement avec
Henri VI en vue de la paix et dans l'espoir d'obtenir
sa libération, mais l'entrevue n'eut pas lieu, les am-
bassadeurs de Charles VII ne s'étant pas présentés.
En août 1434, il fut chargé par Henri VI de soutenir
les intérêts anglais au concile de Bâle; il ne fit que
paraître à Bâle et on ne voit pas qu'il se soit jamais
prononcé publiquement en faveur de l'antipape : il
avait sur la papauté les idées de l'université de Paris.
I L'excommunication qu'il encourut n'a aucun rapport
avec son attitude à Bâle : c'est parce qu'il n'avait
pas payé les 400 florins d'or dont il était redevable
envers le S. -Siège, au titre des annales, à l'occasion
de son transfert à Lisieux, qu'il fut frappé de cette
peine, qui semble bien, d'ailleurs, être restée lettre
morte. En 1435, il prend part aux négociations d'Ar-
ras. En 1436, on le trouve à Paris, où il organise la
défense de la ville, assiégée par les troupes de
Charles VII. Cette même année, il est de nouveau
candidat au siège de Rouen, mais il essuie un nouvel
échec : le clergé ne lui pardonnait pas son rôle dans
l'affaire de la collation des bénéfices et dans celle
de la perception des trois décimes. En 1439, il est
encore chargé de missions diplomatiques. Avant de
mourir, il assista aux progrès de l'armée royale qui
resserrait son étreinte autour de la capitale nor-
mande : prise de Louviers et de Couches, fin de 1440;
prise d'Évreux, 11 sept. 1441.
Ces événements changèrent-ils les dispositions de
Cauchon? On a prononcé à son sujet le mot de
repentir, et une tradition — assez récente — prétend
voir dans la chapelle de la Vierge que Cauchon fît
ériger à cette époque (1441), à la cathédrale de Lisieux,
le gage de ses sentiments nouveaux. Cette tradition
repose, selon toute vraisemblance, sur une formule
de style qui se trouvait sans doute dans la charte de
fondation (« ayant piteux regard et considération de
son âme »), mais cette formule passe-partout ne
suffit pas pour justifier la thèse du repentir du prélat.
Cauchon mourut le 18 déc. 1442 (et non 1444, comme
I l'indique, par erreur, la Gallia), en son hôtel S.-Cande
de Rouen, et fut inhumé à Lisieux dans la chapelle
de la Vierge. Il laissait à sa mort de nombreuses
fondations pieuses et d'importantes libéralités.
A sa mort, Cauchon était un prélat bien considéré.
Après le procès de réhabilitation, l'opinion tourne et
il joue le rôle de bouc émissaire, au point qu'on a fait
de lui une « figure de gargouille » (M. Champion) et
qu'on a été jusqu'à soutenir que son nom était devenu
celui du porc (Intermédiaire des chercheurs et des
curieux, 1865, col. 711). Cependant, G. Hanotaux
reconnaît que « le rôle de Cauchon n'a pas été étudié
dans son ensemble ». Il reste beaucoup d'inconnues
dans sa personne : nous ne savons rien de sa vie sacer-
dotale; si l'on n'a jamais rien trouvé contre ses
mœurs. Champion lui reproche (Introduct. au Procès,
p. xxxix) de n'avoir pas été dans son diocèse de
Beauvais un « strict réformateur des mœurs »; mais
les faits qu'il cite (et qui ne compromettent pas per-
sonnellement l'évêque) ne prouvent pas grand'chose
et on les retrouve à l'époque en bien des endroits.
Quant à Hanotaux, il lui fait grief d'événements qui
se passèrent à Compiègne, alors que cette ville ne
faisait même pas partie du diocèse de Beauvais. De
tous les historiens qui l'ont jugé, Quicherat nous
paraît le plus équitable. A notre avis, Cauchon fut,
à sa façon, un « collaborateur » qui, pour justifier sa
conduite, put invoquer bien des circonstances atté-
nuantes.
Chevalier, B. B., i, 819. — Quicherat, Aperçus nouveaux
sur l'hist. de Jeanne d'Arc, Paris, 1850, p. 98 sq. — For-
meville, Hist. de l'ancien évêché-comié de Lisieux, ii, Li-
sieux, 1873, p. 172. — Longnon, Paris sous la domination
anglaise, Paris, 1878, passim. — De Beaurepaire, Notes sur
les juges et assesseurs du procès de Jeanne d'Arc, dans
Précis de l'académie de Rouen, 1890. — A. Coville, L'or-
donnance cabochienne, Paris, 1891, Introd., p. m. —
Denifle et Châtelain, L'université de Paris et le procès de
Jeanne d'Arc, dans Mémoires de la Soc. d'Mst. de Paris,
XXIV, 1897, p. 14. — Chan. Cerf, Pierre Cauchon de
Sommièvre..., son origine, ses dignités, dans Travaux de
l'acad. de lieims, ci, 1898, p. 363. — A. Sarrazin, Pierre
Cauchon, Rouen, 1901 ; Notes complémentaires, dans Précis
7 CAIT. IION
de l'académie de Rouen, 1904-1905 (paru en 1908), p. 171. — j
Ch. Engelhard, Pierre Cauchon, son prétendu repentir... j
Réfutation de la tradition lexovienne, dans Bulletin du ;
congres des sociétés savantes de Normandie tenu au Havre
en juin. 1905, Le Havre, 1906, tiré à part. — Ph. Dunand,
De l'évêque de Beauvais, Pierre Cauchon, « schismatique et
excommunié », dans Rev. pratique d'apologétique, l" avr.
1910, p. 41. — E. Deslandes, Deux fondations de Pierre
Cauchon à la cathédrale de Lisieux, dans Recueil Baiocana,
1910, p. 210. — G. Hanotaux, Jeanne d'Arc, Paris, 1911,
passim. — Mirot, Autour de la paix d'Arras, dans Biblioth.
de l'Ecole des chartes, 1914, p. 25.S sq. — V. Hardy, La
cathédrale S.-Pierre de Lisieux, Paris, 1917, p. 93-96. —
P. Champion, Procès de .Jeanne d'Arc (longue introd.),
Paris, 1921. — R. de Rigné, La clef de l'erreur judiciaire de
Mgr P. Cauchon, Paris, 1928 (cf. compte rendu dans
Rei). histor., CLXi, 1929, p. 160); Jehanne d'Arc, héroïne du
droit; les véritables causes de son abandon et de sa condam-
nation, Paris, 1928; La vraie hist. de Jehanne la Pucelle,
Paris, 1929-1930, 2 vol. — Chan. Gauroy, Jeanne d'Arc à
Chàlons-sur-Marne, Châlons, 1929. — P. Chirol, Rouen,
ville de Jeanne d'Arc, dans Le Correspondant, 10 juin 1931.
— P. Le Cacheux, Rouen au temps de Jeanne d'Arc, Paris,
1931, passim. — Coville, Jean Petit, Paris, 1932, passim. —
Colonel Billard, Jehanne d'Arc devant ses juges, Paris,
1932. — H. Labrosse, Compte rendu des fêles du cente-
naire de Jeanne d'Arc à Rouen, Rouen, 1932, p. 46, 85-99,
100. — Pellerin, Découverte de la sépulture de Cauchon, dans
Bull, de la Soc. des antiquaires de Normandie, xxxix,
1932, p. 490. — P. Marie-Cardine, Lisieux, Grenohle,
1933, p. 34, 35 (favorable à Cauchon). — Mlle L. Annet,
La condamnation de Jeanne d'Arc, Paris, 1935. — .J. Bé-
reux, art. Beauvais, dans D. H. G. E., vu, 277 (renvoie à
abbé Delettre, Hist. du dioc. de Beauvais, 1842, 3 vol.). —
C. Laplatte, Le procès de Jeanne d'Arc vu par les juristes,
dans Bull, de la Soc. d'émul. des Vosges, Épinal, 1936,
p. 45 sq. — D'Avoust, La querelle des Armagnacs et tles
Bourguignons, Paris, 1943, passim.
Communication de M. P. Marie-Cardine. — Archives
de la Côte-d'Or, Dijon : B 1570; B 1594, fol. 216.
C. Laplatte.
1. CAULET (François-Étienne de) (1610-
IG80), né à Toulouse le 19 mai 1610, fit ses études
chez les jésuites du collège de La Flèclie; il choisit
comme directeur le P. de Condren et fut associé à
M. Olier pour la fondation du séminaire de S.-Sul-
pice à Vaugirard. En 1627, il fut pourvu de l'abbaye
de S.-Voluzien de Foix (dioc. de Pamiers); n'ayant
1)U réformer cette abbaye, il donna sa démission. Il
fut nommé à l'évèché de Pamiers, le 4 juin 1644, sur
la i)roposition de S. Vincent de Paul. Il s'appliqua
aussitôt à le réformer, par des mesures parfois austères,
et il commença par la réforme du chapitre. Deux
grandes afiaires rendirent Caulet célèbre : l'aflaire du
jansénisme et l'affaire de la régale, et il joua un rôle
capital jusqu'à sa mort (7 août 1680).
1° A la suite du P. Rapin, on a accusé Caulet d'avoir
suivi aveuglément Nicolas Pavillon, évèque d'Alet,
son voisin, qui était très attaché à la doctrine de
Jansénhis : en fait, Caulet ne signa point la requête
des S8 évêques cjui demandaient à Rome la condam-
nation des cinq propositions de Jansénius, mais il
publia dans son diocèse la bulle Cum occasionc qui,
en 16.53, condamnait ces propositions. Lorsque les
jansénistes, avec Arnauld, acceptèrent la condamna-
tion des cinq propositions en droit, mais non en fait,
Caulet, avec les évêques réunis à Paris, demanda que
les évêques fissent observer dans leurs diocèses les
résolutions de l'assemblée du clergé touchant la sou-
mission aux bulles d'Innocent X et d'Alexandre VII
contre le jansénisme; il était toujours très attaché à
M. Vincent et à M. Olier. Mais, après la mort de ses
deux amis, il se laissa entraîner par Pavillon dans la
question du Formulaire, qu'il refusa de signer; lorsque
Alexandre VII condamna de nouveau les cinq propo-
sitions et ordonna la signature du Formulaire (15 févr.
1665), Caulet, avec les évêques d'Alet (Pavillon), de
Beauvais (Buzenval) et d'Angers (Henri Arnauld),
— CAULET 8
j n'accorda qu'une signature équivoque : ces évêques
! s'inclinaient respectueusement sur le fait, en déclarant
qu'en cette matière l'Église peut être surprise... Sur
ce point, Caulet était d'accord avec les jansénistes et
avec Arnauld, à qui d'ailleurs on attribua la rédaction
du mandement des quatre évêques. Le mandement
de Caulet porte la date du 1" juin et, après un arrêt
du Conseil d'État du 20 juill., Caulet publia le 31 juill.
un second mandement qui condanniait la signature
pure et simple du Formulaire. Alexandre VII nomma
une commission pour examiner le mandement des
quatre évêques, niais il mourut le 22 mai 1667. Son
successeur. Clément IX, reçut une lettre des quatre
évêques (28 août 1667); ils se plaignaient de l'in-
gérence des assemblées du clergé qui avaient enve-
nimé la question du Formulaire : il suffisait de
condamner les cinq propositions hérétiques, sans déci-
der si ces propositions se trouvaient en fait dans
l'Auguslinus; d'autres évêques se joignirent aux
quatre premiers et, après des démarches assez longues,
on aboutit à la i)aix de Clément IX. La soumission
de Caulet fut-elle sincère? Vidal (op. infra cit.)
décrit Caulet toujours flottant entre Arnauld et S.-
Sulpice et il termine (p. 396) : « Pour la doctrine,
Caulet fut suspect tour à tour aux orthodoxes et à
leurs adversaires. Il donna l'impression d'un homme
toujours en communion d'idées avec son interlo-
cuteur pourvu que cet interlocuteur s'imposât à lui,
par la science, le raisonnement, l'éloquence persua-
sive. » Les jésuites l'ont toujours regardé comme
janséniste et les jansénistes le tiennent pour un de
leurs partisans. I.e pape Innocent XI, dans sa lettre
du 23 sept. 168(» adressée aux vicaires généraux et
au chapitre de I^imiers (Vidal, p. 397, 398), fait un
très bel éloge de Caulet, et M. Bertrand (Bibliotlièque
.siilpicienne, m, 22-55) s'ajiplique à montrer que
Caulet ne fut jamais vraiment janséniste, mais que,
par des mesures disciplinaires très sévères, il provo-
qua de multiples oppositions qui ne désarmèrent pas
même après sa mort.
2° La régale était un droit en vertu duquel le roi
disposait du revenu des évêchés durant leur vacance
(régale temporelle) et conférait les bénéfices sans
charge d'âmes à la collation de l'évêque défunt (régale
spirituelle), et cela jusqu'à ce tjue le serment du nouvel
élu fût enregistré. Sous l'influence des légistes et mal-
gré les protestations des évêques, ce droit tendait à
devenir universel et une déclaration royale de
Louis XIV, le 10 févr. 1673, le rendait en fait uni-
versel. Les uns après les autres, les évêques cédèrent;
seuls, Pavillon et Caulet résistèrent, mais, comme
Pavillon mourut le 8 déc. 1677, Caulet resta seul
opposant. Malgré les conseils du P. de La Chaise, Caulet
refusa de faire enregistrer le serment qu'il avait fait,
le 12 mars 1645, lors de sa nomination épiscopale.
Dès lors, il se trouvait sous le coup de la déclaration
royale de 1673. Il n'accorda pas la mise en possession
d'un bénéfice accordé à un bachelier du diocèse de
Laon, Pierre Poucet; celui-ci lit appel à l'archevêque
de Toulouse, le métropolitain, qui ordonna de recevoir
Poncet (1"' sept. 1679), mais Caulet déclara nulle
la sentence de l'archevêque (26 oct.) et fit appel à
Rome de la décision. Innocent XI accueillit favora-
blement la requête de Caulet. Cet apjiel provoqua
la colère des régalistes et les biens de la mense épisco-
pale de Pamiers furent séquestrés. Plusieurs brefs
(18 janv. et 21 déc. 1()79) approuvèrent la conduite
de (iaulet. C'est à cette occasion que fut rédigé le
Traité de la régale, i)ublié (1680) ))ar ordre de l'évêque
de Pamiers. Indomptable pour défendre les immunités
de l'Église, Caulet publia, le 31 mars 1680, un man-
dement qui excommuniait ceux qui postuleraient la
régale, ceux qui accepteraient de prendre possession
9
CAULET
— CAULIANA
10
du bénéfice ou en percevraient les fruits, et même les
personnes qui leur prêteraient conseil. L'archevêque
de Toulouse cassa cette ordonnance et le Parlement,
par un arrêt du l«f mai 1680, condamnait le mande- '
ment.
Après la mort de Caulet, le 7 août 1680, les polé-
miques continuèrent dans le diocèse de Pamiers, (jui
resta vacant jusqu'à la nomination de Jean-Baptiste
de Verthamon, le 8 sept. 1693. L'afïaire de la régale
eut son contre-coup à l'assemblée du clergé de 1682 :
on mit en doute la suprématie du pape sur le souve- \
rain, sur l'épiscopat et la suprématie des canons de
l'Église universelle sur les libertés de l'Église galli-
cane. Les quatre articles de 1682 sont la charte du
gallicanisme politique et religieux.
Durant son épiscopat, Caulet s'occupa des proies- j
tants de son diocèse, il poursuivit l'œuvre de son pré-
décesseur, Henri Sponde, et s'éleva contre la condes-
cendance de Louis XIII. Par les mémoires qu'il rédi-
gea, il prépara les documents qui serviront plus tard à
la révocation de i'Édlt de Nantes. En fait, cet Édit n'é- !
tait plus respecté à Pamiers sous l'épiscopat de Caulet. I
Les œuvres de Caulet ont toutes pour objet plus ou
moins direct l'administration de son diocèse : Ordon-
nance faisant défense aux ecclésiastiques de son diocèse
de jouer, manger on boire dans tes tavernes de teurs
résidences, 24 janv. 1649; Mandement de Mgr t'évêque
de Pamiers sur ta signature du Formutaire. 31 juill.
1665; Lettre circulaire à tous Nosseigneurs les pré- 1
lats de France sur l'affaire des jésuites de son diocèse i
qu'il a excommuniés, 21 févr. 1668; Lettre circulaire de
Mgr l'évêque de Pamiers qu'il a adressée à tous les prélats
du royaume en leur envoyant la relation qui suit : Rel(dion
de ce qui s'est passé entre Mgr l'évêque de Pomiers et les jé-
suites du collège de la même ville, 12 mai 1668; Ordon-
nances synod(des pour le diocèse de Pamiers, faites ou
renouvelées et publiées dans le synode, le 'J et le 10 nov.
1672, Toulouse, 1673, in-12, réimprimées par le succes-
seur de Caulet, Mgr .Jean-Haptiste de Verthamon,
Toulouse, 1702. in-12; Inventaire des pièces concernant j
l'affaire de V f:gtise de Pamiers, s. 1., 1681, in-4» :
cet inventaire contient les actes de Caulet dans l'af-
faire de la régale, depuis l'ordonnance du 27 août 1677
jusqu'à celle du 14 juill. 1680; Traité général de la
régate, s. 1., 1681, in-4o : cet écrit qui. d'après Besoigne,
se trouvait dans les papiers de Caulet, allait paraître,
lorsqu'il mourut; il fut traduit en italien, Trattalo
générale delta rcgalia, s. 1.. 1680, in-4» (autre éd. en
1682), et en latin, Tractatus generalis de regalia in
quatuor libros distributus. qui primus gallico sermone
prodiit; nunc latino donatus auctior et correctior
editur cum aliis opusculis ad eamdem materiam speclan-
libus, s. 1., 1689, in-4o. Le Traité de la régale fut
probablement mis au point par Charlas. grand vicaire
de Caulet. qui se retira à Rome après la mort du
prélat et y mourut le 7 avr. 1698. Le Testament de
Caulet a été publié dans l'opuscule intitulé : lîelation
de ce qui s'est passé durant la dernière maladie et à tu
mort de défunt Messire François- Etienne de Caulet,
évêque de Pamiers, s. 1., s. d., p. 37-47, in-Pi. \
Outre les dictionn. qui, pour la plupart, donnent la |
biogr. de I".-É. de Caulet, on peut citer les ouvrages de \
G. Doublet qui fut professeur au collège de Foi.x : Lci 1
protestants sous l'épiscopat de Caulet (1644-1680), Toulouse,
1895, in-8» (extrait des Annales du Midi, vu, 1895); Un
prélat janséniste, F. de Caulet, réformateur des chapitres
de Foix et de Pamiers, Paris, 1895, in-8°; F. de Caulet,
évêque de Pamiers, et la vie ecclésiastique dans un dioc. \
ariégeois sous Louis XIV, Foix, 1896, in-8°; Un dioc. I
pyrénéen sous Louis XIV; la vie populaire dans la vallée
de l'Ariège sous l'épiscopat de F.-É. de Caulet, Toulouse,
1896, in-S"; Documents complémentaires sur l'épiscopat
de F. de Caulet à Pamiers, dans La Semaine catholique de
Pamiers, 1897-1898. — Besoigne, Vie des quatre éuêques
engagés dans la cause de Port-Royal, pour servir de supplé-
ment à l'hist. de Port-Royal en six vol., Cologne, 1756,
in-8''. — Laliondes, Annales de Pamiers, u, Toulouse,
1884, p. 1.35-77, 209-26, in-8<>. — L. Bertrand, Bibliolh.
sulpicienne ou Hist. littér. de la Compagnie de S.-Sulpice,
III, Paris, 1900, p. 19-61, 3 vol. in-8°. — Le P. Dubruel,
dans Bull, de littér. ecclés., Toulouse, années 1911, 1917,
1923; Rev. des questions hist., 1907, 1910, 1922; Recherches
de science relig., 1917-18; Rev. d'hist. de l'Ëglise de France,
1923, 1926, 1927. — J.-M. Vidal, Hist. des évoques de Pa-
miers, t. V, F.-Ê. de Caulet, évêque de Pamiers (1610-1680),
Paris, 1939, 639 p., in-S". — La biblioth. municipale de
Toulouse, n. 730, possède un ms.. De vita et geslis reli-
giosissimi ac Reverendissimi Domini Stephani Francisci
Cauleti episcopi Apamiensis, 56 feuillets.
J. Carrkyul:.
2. CAULET (Jean du) (1693-1771), petit-
neveu de François de Caulet, devint en 172() évêque
de Grenoble. A ce titre, il fut mêlé aux controverses
jansénistes alors encore très ardentes; quoique parti-
san de la bulle Unigenilus, il travailla très activement
à pacifier les esprits : au concile d'Embrun (1727-28),
il prêta son concours à l'archevêque Tencin pour la
condamnation de l'évêque de Senez, Soanen ; très
gallican au début de son épiscopat, peu à peu, il
modéra ses tendances, tout en défendant jalousement
les iirérogatives de l'épiscopat et son indépendance.
Bref, il contribua à maintenir la paix dans son diocèse
qu'il ne quitta guère. Il mourut à Grenoble, le
27 sept. 1771.
En tant que secrétaire de l'assemblée du clergé, au
couvent des augustins en 1725. Caulet a rédigé, avec
Machéco de Prémeaux, le procès-verbal de cette assem-
blée. On a conservé de lui quelques discours. Il
publia en outre : Instruction pastorale sur le sacre-
ment de pénitence et sur la comnmnion, Grenoble,
1749, 2 vol. in-4° : c'est une réponse à l'instruction
pastorale de Mgr de Rastignac sur la même question
et sur le livre de P. Pichon; Lettres sur les immunités
ecclésiastiques, s. 1., 1751, in-4''; Lettres contre les
Lettres « Se repugnate», s. 1., 1751-1752, 3 vol. in-4»;
Lettres de l'évêque de ... à l'archevêque de 8 sept.
1761, Avignon, 1762, in-12 (sur les jésuites); Disser-
tation à l'occasion des actes de l'assemblée générale du
clergé de France de 1765 sur la religion, s. 1., 1767,
in-4''.
Annales du départ, de l'Isère, 3 avr. 1808. — L. Bassctle,
Jean Caulet, évêque et prince de Grenoble (1693-1771),
Grenoble, 1946, in-S".
J. Carkeyri;.
CAULIANA, Cauliancnse, Caulinianense, mo-
nastère wisigothique situé dans la province de Bada-
joz, mentionné dans les Vilae Patrum Emeritensiuni
(P. L., Lxxx, 19) et dans l'épître du moine Tarra au
roi Récarède (ibid., 122). Son nom est rapporté dans les
mss. avec imprécision : à côté de Cauliana ou Caiili-
niana, on trouve Colona, Coloniana et même, d'aprc.s
Sandoval {Fundae, n. 3, fol. 11), Careliana. Moreno
Vargas ( op. infra cit., 239-241) suppose que les Ro-
mains l'appelaient Caularanae (caulae = pâtures, du
Guadiana, Anas), les Goths Cauliniana, et les Maures
(hibitlana. D'autres auteurs, avec moindre fonde-
ment, font dériver Crniliana ou C.otomana du latin
colonia Emeriln Auguslana et marquent son site à
Calamonle (Badajoz). Quoi qu'il en soit, il est sûr
qu'il était constitué par un groupe de cellac, qu'il
avait un jardin avec des vignes et une école pour
enfants. Parmi ses abbés on connaît Renovatus, plus
tard métropolitain de Mérida, vers 612; on connaît
aussi le moine que décrit le Pseudo-Paul dans les Vitae,
c. II. Tout ce qu'ont ajouté à ces maigres renseigne-
ments les dilïérents auteurs rappelés par P. N. Garvin
(Tlie vitae, 312-314) manque de fondement solide.
Flôrez, XIII, 241-42, 415. — Mabillon, Annales, i, 70,
202, 368. — B. Moreno Vargas, Ilistoria de In Ciudad de
11 CAULIANA — CAUNES 12
Mérida, Madrid, 1633 et 1892, p. 221-41. — P. Pérez de
Urbel, Los Monjes espanoles en la Edad Media, Madrid,
1933, p. 257-59. — P. N. Garvin, The vitœ SS. Patrum
Emeritensium, Washington, 1946, p. 312-14.
M. Alamo.
/ 1. CAUMARTIN (François Le Febvre de),
évêque d'Amiens (1618-1652). II était coadjuteur de
Geoffroy de la Martlionie depuis 1613, avec le titre
d'évêque in partibus d'HiérapoIis; il eut un des pon-
tificats les plus longs de ce diocèse et des plus féconds
en œu^Tes.
L'épiscopat de C. fut marqué d'abord par la fonda-
tion de nouvelles maisons ou la réforme des anciens
ordres religieux (v. H. Breinond, Hist. litl. du senti-
ment religieux..., surtout t. ii, L'invasion mystique,
c. IV, vi). Furent établis dans le diocèse : 1. les ursu-
lines à Abbeville (1615), à Amiens (1616) et à Montdi-
dier (1623); — 2. les feuillants à Amiens (1620); les
capucins à Montreuil (1621) et à Montdidier (1624) ; —
3. les Mères minimes ou Minimesses, fondées à Abbe-
ville (1621-1624) (v. P. Simon Martin, Vie de la Véné-
rable Mère Catherine de Vis, Paris, 1650, in-12); —
4. les Filles dévotes, bientôt appelées Filles de la Croix,
fondées à Roye (1625) (v. abbé Corblet, Les origines
royennes de l'institut des Filles de la Croix, dans Mé-
moires de la Soc. des antiquaires de Picardie, xxii,
1869, p. 317-343; A. de Salinis, S. J., Madame de
Villeneuve..., fondatrice et institutrice de la société de
la Croix, Paris, 1918; H. Bremond, op. cit., t. xi. Le
procès des mystiques, c. iv, Les illuminés de Picardie,
p. 103-113); — 5. les brigittins à Auxi-le-Chàteau
(1627); — 6. les prêtres de l'Oratoire à Amiens (1628);
— 7. les célestins, qui reçurent en 1634 l'abbaye
5. -Martin-aux- Jumeaux, unie en 1564 à la mense
épiscopale (v. D. H. G. E., ii, 1258; Mantel, L'abbaye
de S. -Martin-aux- Jumeaux, Amiens, 1934, p. 206-276);
— 8. les religieuses de l'ordre de Fontevrault, qui se
réfugient à Amiens (1636), de même que les visitan-
dines (1640) et les cisterciennes (1647); — 9. les carmes
déchaussés à Abbeville (1640) et à Amiens (1648); —
10. les carmélites à Amiens (1636); — 11. les visitan-
dines à Amiens (1649). En 1625 et 1635, Gaumartin
est député de la province de Reims à l'assemblée géné-
rale du clergé de France. Le 4 sept. 1629, est érigée
dans l'église des augustins une confrérie de N.-D. de
F'oi dont Louis XIII et ses successeurs firent partie.
En 1634-1635, Gaumartin eut de graves difTicultés à la
suite de la translation d'une partie des reliques de
S. Vulphy (v. abbé Gorblet, Hagiographie du diocèse
d'Amiens, iv, 102, et Actes de l'Église d'Amiens). Il
encouragea les missions populaires prêchées par les
oratoriens ou M. Olier (v. Faillon, Vie de M. Olier,
1, 1873, p. 232), de même que la fondation d'instituts
de charité. En 1625, il reçut à Amiens Henriette de
France, reine d'Angleterre, et sa suite. Louis XIII y
séjourna en 1632 et 1640. Gaumartin mourut le
27 nov. 1652. Il est le premier des évêques d'Amiens
qui ait porté la croix pectorale.
En dehors des ouvrages cités dans l'art. : Daire, Hisl.
de la ville d'Amiens, u, Paris, 1757, p. 432. — Darsy,
Bénéfices de l'Église d'Amiens, Amiens, i, 1862, p. 103,
120 sq. (2 vol. in-4».) — Gall. christ., x, 1209. — La Mor-
llère. Les antiquilés de la ville d'Amiens, Paris, 1642,
p. 106 sq., 250 sq., in-fol. (vers en son honneur). — Ed.
Soyez, Notices sur les évêques d'Amiens, p. 204. — Actes
de l'Église d'Amiens, t. i, p. Lxu, 219, 238 sq. — Decourt,
Mém. cliron., mss. d'Amiens, 802-03, t. i, p. 825.
A. MOLIEN.
2. CAUMARTIN (Jean-François-Paul Le
FÈvRE DK), évêque de Vannes (1717), de Blois (1719,
t 1733). Né le 16 déc. 1668, il devint successivement
abbé de N.-D. de Buzay (dioc. de Nantes) (1676),
membre de l'Académie française (1694), docteur en
théologie (1097), doyen du chapitre de Tours (1713).
évêque de Vannes (17 sept. 1717), enfin évêque de
Blois (1719). Après sa nomination à Vannes, Gaumar-
tin résigna son décanat tourangeau en faveur d'An-
toine Cyprien de Pechpeirou de Guitaud. Ensuite
il alla se faire sacrer à Dinan (17 juill. 1718) par
l'évêque de S.-Malo, Vincent-François Desmarets,
neveu de Colbert. Ge choix du consécrateur démon-
trait amplement combien le nouvel évêque de Vannes
versait déjà dans les idées de Port-Royal : Desmarets
j était ouvertement favorable au jansénisme. A Vannes,
Gaumartin n'eut pas à s'inquiéter longtemps de son
j nouveau poste, car le cardinal de Noailles, qui le vou-
lait plus près de lui, obtint pour lui en 1719 le siège
de Blois, devenu vacant par la mort du premier évêque
de ce diocèse fondé depuis peu, David-Nicolas de
Bertier. Celui-ci, pendant ses vingt et un ans d'épisco-
pat, avait cherché avant tout à reprendre en mains
ses diocésains au point de vue spirituel. Gaumartin
voulut plutôt compléter l'organisation de son diocèse
et ainsi le séparer tout à fait de son ancien chef-lieu,
I Ghartres. En 1730, il publia un rituel spécial à Blois.
et plus tard un bréviaire aussi blésois. L'église cathé-
drale choisie par de Bertier était l'église S.-Solemne;
Gaumartin voulut la consacrer et en même temps
changer le patronage; il la consacra le 9 juill. 1730,
en lui donnant comme patron S. Louis. Gaumartin se
montra favorable aux jansénistes; s'il ne fut pas
appelant lui-même, il ménagea vraiment trop, au dire
de tous ses contemporains, les opposants à la bulle
Unigenitus. D'ailleurs, le concile d'Embrun eut en lui
un opposant acharné et il ne changea de conduite que
lorsque le cardinal de Noailles adhéra à la bulle.
Gependant, il laissa des convulsionnaires s'installer
dans le diocèse et faire grand bruit. La faveur qu'il
montra au jansénisme sembla, à un moment donné,
gagner le clergé lui-même, mais cela ne dura pas.
Le Nécrologe des amis de la Vérité (c.-à-d. des jansé-
nistes) mentionne son nom. II mourut le 30 août 1733.
Auparavant, dès 1729, il avait obtenu l'union de
l'abbaye bénédictine N.-D. de Pontlevoy à son évêché.
Armand Jean, Les évêques et archevêques de France
depuis 1682 jusqu'à 1801, 1891, p. 293-94, 455. — Gall.
christ., XIV, 1856, col. 151, 864, 938. — Abbé Gaudron,
Essai histor. sur le dioc. de Blois et le départ, de Loir-et-
Cher, Blois, 1870, p. 298-304. — Abbé Tresvaux, L'Église
de Bretagne, 1839, p. 173-74, 245, 554.
P. Galendini.
CAUMONT, Calmontnm, couvent de moniales
de l'ordre de Prémontré, situé au dioc. de Laon, près
de N.-D. de Liesse et de Marie, départ, de l'Aisne,
relevant de la circarie de Floreffe et filiale de The-
nailles. Ce monastère fut fondé entre 1131 et 1134 et
remonte probablement aux origines de l'ordre, car il
fut doté par Barthélémy de Joux, évêque de Laon.
Déjà en 1087 la maison servait de résidence à des
ermites. Elle passa aux Prémontrés avec l'approba-
tion de l'archevêque .Salmon de Reims et du pape
Eugène III en 1147. On raconte qu'au début une
; fille de chevalier fut introduite de force dans la maison
j par son père. L'abbé Walfride de Thenailles la ren-
I voya dans sa famille, mais celle-ci se vengea en ruinant
les possessions du monastère. Le pape Alexandre III
approuva (18 mars 1160) la décision prise à ce sujet
par l'abbé et par le chapitre général de l'ordre. Le
monastère cessa d'exister quelques années plus tard
par suite de la décision de l'ordre de ne plus recevoir
i de moniales.
î C.-L. Hugo, Annales Praem., i, 537. — - Gall. christ.,
I, 567. — R. Van Waefelghem, Répertoire, 52.
M. -A. Erens.
CAUNES, ancienne abbaye se trouvant dans la
commune de Cannes (départ, de l'Aude, anc. dioc. de
Narbonne, act. dioc. de Carcassonne). .\ ne pas
13
C A U N E S
14
confondre avec le prieuré S.-Étienne de Cannes (éga-
lement dép. de l'Aude, mais sur la commune de
Fonties-d'Aude), qui relevait de La Grasse. L'église
monastique est devenue paroissiale. La nef date
du xiv« s., mais le transept, les absides et le clocher-
porche au nord de la nef remontent au dernier tiers
«lu xii"; le mobilier, très riche, est l'œuvre du xviii" s.
Les documents conservés aux archives départ, de
l'Aude ou transcrits au xvii' s. nous renseignent bien
sur l'histoire du monastère, et plus d'un nous donne
des détails intéressants sur la vie des religieux.
L'abbaye d'ailleurs, tout en tenant une place im-
portante dans la région, n'a jamais joué un rôle de
premier plan.
L'abbaye de Cannes doit son origine à deux monas-
tères fondés vers 775. L'un, sous le titre des SS.-Pierre-
et-Paul, commençait à être construit par l'abbé Da-
niel, au lieu même de Caunes, dit Businlis. L'autre,
appelé S. -Jean in Exlorio, ou Exequariensis, se trou-
vait un peu au Nord, sans doute près de Citou; il était
dirigé par l'abbé Anian, qui gouvernait également le
monastère S. -Laurent in Otibeyio. Il règne quelque
obscurité sur l'identilication de ce dernier monastère :
le mieux semble être de le situer à S. -Laurent de Ver-
Mosoubre, près de S.-Chinian (Hérault); son impor-
tance minime l'aurait fait dépendre, après 897, de
l'abbaye S.-Aignan de S.-Chinian (fondée en 826); il
lui aurait été uni par une union personnelle, avant
899, puis par une union réelle : en effet, à partir de
cette dernière date, le monastère de S.-Chinian porte
le titre des SS.-Laurent-et-Aignan, tandis que S. -Lau-
rent de Vernosoubre n'a plus d'abbé propre.
L'abbé Daniel ne tarda pas à placer SS.-Pierre-el -
Paul sous l'autorité d'Anian, qui gouverna ainsi trois
monastères, comme le montrent les documents de la
fin du VIII*' s. Mais SS.-Pierre-et-Paul fusionna avec
S.-Jean; et Citou ne fut plus qu'une dépendance, le
monastère principal étant à Caunes (Cnunae, de
Caunis), dans l'ancienne villa de Busintis, ou Buftnlis.
L'ensemble du terroir de Caunes est donné à Anian, en
791, par Milon, comte de Narbonne. Le 10 juill. 794,
Anian était à Francfort, où il se plaçait sous le maim-
bour royal, tandis que Charlemagne confirmait les
biens, déjà importants, du monastère. En 817. Louis le
Débonnaire n'en comptera pas moins Caunes parmi
les monastères qui ne doivent que des prières ])our le
roi. Anian était un ])ersoiinage assez considérable, en
relation avec S. lîenoît d'Aniane et Théodulphe d'Or-
léans. Un de ses premiers soins avait été d'achever la
construction du monastère; la dédicace de l'église se
jilace un 13 novembre.
On ne saurait entrer dans le détail des actes d'ad-
ministration, qu'on trouvera indiqués soit par le
Gullia ou par de Vie et Vaissete, soit mieux par Mahul
ou par Béziat. Pendant tout le ix"" s. et le x"", Caunes
étend ses possessions, non seulement aux environs de
la vallée de l'Argentdouble, mais bien au delà, ce qui
amènera parfois les abbés à faire des échanges avec
d'autres Églises. Ainsi se constitue un territoire homo-
gène, qui n'est d'ailleurs pas toujours à l'abri des
fléprédations et des usurpations, comme en témoi-
gnent plusieurs plaids (802, 821, 852, 873) et des
chartes de conlirniation. Ils sont nombreux ceux qui
cherchent à se constituer un domaine et à se bâtir une
forteresse aux dépens des biens du monastère, qni
linira par prendre un avoué.
C'est au cours du x'' s. que les saints de (faunes font
leur apparition dans l'histoire : une charte de 983 les
mentionne pour la première fois. On ne les retrouve
pas ensuite avant 1080. Ils sont quatre : Aniand.
I.uce, Alexandre, Audalde. La légende fait découvrir
leurs corps dans un champ, par un laboureur. L'his-
toire de ces saints, fêtés le 5 juin, est très obscure.
Leurs Actes peuvent avoir un fond authentique : ils
auraient été martyrisés à Nivedunum, sans doute
près de Genève. Mais rien ne permet de savoir com-
ment leur culte a pu s'établir à Caunes.
; Au début du xi<= s., l'avouerie de Caunes appartient
; au comte de Carcassonne, sans doute depuis un certain
temps; elle passera bientôt à l'évêque de Girone, qui,
en 1034, la transmettra à son neveu Roger \", comte
de Foix. L'évêque de Girone avait sans doute d'autres
droits sur l'abbaye, puisque c'est lui qui, en 1021,
confirme l'élection de Guillaume, moine de La Grasse.
Cette élection fut d'ailleurs attaquée, comme simo-
niaque, par l'archevêque de Narbonne, Guifred de
Cerdagne, ou plutôt par ses tuteurs; et Guillaume ne
fut reconnu qu'en 1059. Il n'en avait pas moins régi
son monastère et reconstruit son église. En 1067,
l'abbaye est possédée par le comte de Rouergue : dans
l'échange du comté de Carcassonne, Raymond Bé-
renger la cède en fief à Raymond-Bernard Trencavel
et à sa femme qui, en 1070, s'engagent à ne la vendre
ni aliéner en faveur de qui que ce soit.
Les départs pour la croisade furent l'occasion de
nouvelles donations, ou de restitutions. De leur côté,
les abbés rachetaient des biens et droits tombés en
mains séculières. On voit, au début du xii'' s., un effort
I de l'abbaye pour consolider sa situation et se libérer
I de tutelles gênantes : la bulle de Gélase II, confirmant
j en 1119 les biens du monastère, couronne cet effort.
; En même temps, les moines fortifient leur monastère
! et ses dépendances. Et en 1136, Roger, comte de
! Carcassonne, accorde des lettres de sauvegarde. A la
fin du siècle, le comte abandonnera l'abbaye à l'abbé
et aux moines. Au cours de la même époque, d'autre
part, les habitants de Caunes s'organisent et ob-
tiennent des moines le rachat de certains droits (1149).
Le xin<= s. a])porte île grands changements dans le
! Midi toulousain. Ils ont leur répercussion à Caunes,
' où les abbés règlent leur conduite d'après les événe-
ments. Leur tendance générale est de prendre le parti
du roi, et d'en profiter pour augmenter leurs do-
maines, recevant leur part des biens confisqués aux
hérétiques. Ces accroissements sont loin de compenser
la diminution de valeur des anciennes possessions,
ruinées i)ar la guerre. En 1236, le monastère compte
! quatorze religieux, chacun pourvu de bénéfices, ce
qui ne favorisait guère la |)auvreté dans une maison
relativement riche et peu nombreuse, .\ussi, lorsque
i l'abbé Pierre Raymond voulut imposer une vie plus
I sévère, se heurta-t-il à une vive résistance, qui fut
assez longue à se calmer. Le monastère a, en même
temps, des difiicultés avec l'archevêque de Nar-
bonne, à propos des églises à lui données. De leur côté,
, les habitants de Caunes, et d'autres villages, ob-
tiennent, en 1239, la suppression des droits de main-
morte. Sous des dehors brillants, le monastère de
Caunes subit donc une crise, que les fluctuations de la
situation politique sont loin d'apaiser. Les difficultés
' qu'il vient de traverser pendant la première moitié
du xiiC s. se renouvellent, sur d'autres points, pen-
dant la seconde : les rapports avec les différentes
autorités, religieuses ou laïques, sont souvent l'occa-
i sion de contestations. On assiste au développement de
la puissance royale dans le Minervois, tandis que la
|)apauté adresse, de loin, ses témoignages de bien-
veillance et de protection. U faudrait, en regard des
bulles peu nombreuses, mettre la longue liste des
hommages, sentences arbitrales, assemblées des ordres
de la sénéchaussée, ventes domaniales, lettres royaux.
J Et la vie intérieure semblera assez terne, si on la
juge par le seul document qui nous la fasse connaître
i pour ce siècle : un règlement culinaire, augmentant
j les rations afin d'encourager la conventualité. La
succession de Sicard de Montignac, en 1301, est
15
CAU
NES
16
l'occasion d'une véritable compétition entre Isarn de
.Monlignac et Arnaud de Sobiraa; on alla même
jusqu'aux violences et à l'excommunication. La paix
revient en 1308, mais pour faire bientôt place à une
opposition entre la communauté et l'abbé. Finale-
ment, l'archevêque de Narbonne envoie l'abbé « vac-
quer à ses études » durant six ans et nomme des
administrateurs : trois ans plus tard, un nouvel abbé
est institué par Jean XXII. Aux privilèges, aux
concessions de bulles, aux confirmations de règle-
ments, la papauté ajoute la nomination du supérieur
en 1.323, en 135.5, et sans doute en 1405; elle multiplie
les interventions. De leur côté, les agents du roi
témoignent d'un zèle probablement intempestif,
puisque Philippe VI intervient plusieurs fois en faveur
du monastère. La communauté s'est d'ailleurs accrue
depuis un siècle, car une bulle de 1346 fixe son effectif
à 26 profès et 4 prêtres séculiers établis à perpétuité
pour célébrer l'office avec les religieux. Tous les reli-
gieux ne sont peut-être pas exemplaires, mais tous,
surtout, sont très préoccupés de leurs bénéfices et de
leur subsistance : le dernier quart du xiv« s. nous a
laissé plusieurs accords entre l'abbé et le couvent à ce
sujet. Mentionnons de plus une bulle de 1366, enle-
vant Caunes à la juridiction de l'archevêque de Nar-
bonne, au profit de S. -Victor de Marseille : cette
bulle d'Urbain V ne semble pas avoir reçu exécution.
La tenue des chapitres provinciaux de moines noirs
ne paraît pas avoir eu grande influence sur la vie
intérieure de Caunes, pas plus que l'envoi aux univer-
sités, à partir de 1376, de deux religieux étudiants.
Les abbés, souvent absents, administrent par des
vicaires généraux; la scission est profonde entre
l'abbaye et le convent : celui-ci se fait représenter, en
face des vicaires généraux, par des procurateurs. Les
abbés ne sont pas pris dans le sein de la communauté :
choisis par elle, ou indiqués à elle de façon plus ou
moins impérative, ils sont étrangers à la maison, jus-
qu'à résigner leur charge ou à permuter avec d'autres
abbés. Le nombre des religieux diminue ; 15 en 1416,
7 en 1547. l-"t en 1467 la commende est définitivement
implantée à Caunes : le Souverain pontife nomme les
abbés, en attendant de céder ce droit au roi de P'rance
par le concordat de Bologne. Les religieux n'essaye-
ront guère qu'en 1467 et 1591 d'élire un candidat, qui
ne pourra que s'incliner devant le commendataire. La
discipline se relâche, au point que le parlement de
Toulouse ordonne, en 1577, la reformation des reli-
gieux par le vicaire de l'archevêque et par l'abbé.
Quant aux biens du monastère, les guerres de reli-
gion leur nuisirent considérablement, surtout dans
certains prieurés, qui demeurèrent ruinés.
Au début du xvii« s., le commendataire Jean d'Ali-
bert. natif de Caunes et moine du lieu, semble remettre
un peu de vie dans ce monastère qui s'en va. 11 est
supérieur de la congrégation des Exempts, et préside,
en cette qualité, les chapitres généraux de 1623 et
1625. Ses deux successeurs ne reçurent pas leurs
bulles : un moine, Étienne de Maurel, fut alors élu
vicaire général en 1655. Avec le prieur claustral, Jean
Saluze, il fit admettre par les treize autres religieux
leur affiliation à la congrégation de S.-Maur. L'alTaire,
commencée en juin 1659, reçut son exécution en 1663;
mais la transaction entre l'abbé de (;aunes et la
congrégation ne date que de 1695. Plusieurs anciens
cédèrent leurs bénéfices pour une pension. A l'excep-
tion de l'église et du chapitre (qui semble avoir été
une nef basse, à l'ouest de l'église), les bâtiments
étaient dans un état lamentable; les grands travaux
de reconstruction furent commencés en 1696, en
même temi)s que l'église recevait un magnifique
mobilier.
l'ar ailleurs, les actes d'administration sont ceux
que la congrégation pratique en toutes ses maisons,
avec ce souci qu'elle a toujours eu de l'ordre dans ses
affaires temporelles, quitte à être un peu exigeante à
l'occasion. En 1747, les religieux obtenaient de l'abbé
une nouvelle répartition des biens du monastère entre
les deux menses abbatiale et conventuelle : jusqu'alors,
abbé et religieux possédaient tout en indivis, l'abbé
percevant les deux tiers des revenus et acquittant les
charges et réparations; dorénavant, il y aura deux
menses égales et indépendantes. C'est toujours le
même souci d'ordre et de sécurité. Mais il ne garan-
tissait pas l'avenir. Les religieux ne paraissent pas
avoir exercé au xviii'' s. de rôle social; on se plaignait
même qu'ils ne donnassent plus les aumônes accoutu-
mées. Qu'on fasse la part d'une propagande antireli-
gieuse, dont on trouve l'écho en telle diatribe du
maire de Caunes, il n'en reste pas moins que les der-
niers mauristes, au nombre de sept, vivaient complè-
tement indifférents à la population. Le monastère fut
supprimé en 1791, et vendu au citoyen Cathala, à
l'exception de l'église, réservée à la commune.
D'après d'Hozier, le couvent de religieux avait pour
armes, en 1696 : de vair à un pal fuselé d'or et de
sinople. Vers la même époque, la gravure du Monasli-
con indique : de ...à deux clefs en sautoir et une épée
en pal, accompagnées de trois fleurs de lis en chef,
l'une en pal au-dessus de l'épée et les deux autres
dans le prolongement des clefs.
Liste des abbés : Anian, 779-808. — Jean I", 820-21.
— Azenarius, 823. — Jean II, 825-32. — Gonzalve,
843-52. — Donnadieu, 853-56. — Godescalc, 858-63. —
Egika, 865-69. — Daniel, 873-74. — Hildéric, 875-
920. — Baldemarus, 923-27. — Robert, 931-45. —
Elianus, 948-61. — Giscafred, 971-77. — Aimery,
979-83. — Radulphe, 987. — Udalgarius, 993. —
Guillaume I", 1021. — Isarn, 1083-98. — Gérard l",
1101. — Arnaud I", 1108. — Pierre I" de Siran,
1124-1147. — Castus, 1152. — Raymond I" de Ca-
pellan, 1157-63. — Bérenger de Hrugairolles, 1164. —
Pierre II de Villalier, 1177. — Bernard I", 1185. —
Arnaud II d'Espéraza, 1187-89. — Hugues I'"' de La
Livinière, 1194-1211. — Gérard II de \'illeneuve,
1212-28. — Pierre III Ravmond, 1231. — Pierre IV,
1240. — Hugues II du Pont, 1285-96. — Sicard de
Montignac, 1298. — Arnaud III de Sobiran, 1301. —
Guillaume II d'Olargues, 1323. — Bernard II de
Meynard, 1339. — Embrin de Durban, 1351. —
Jean III de Castelpers, 1380. — Raymond II de Ras,
1405-1409. — Salomon de Monasti'es, 1416. — Ber-
trand de Roqueville, 1416. — Jean IV de Gosis,
1420. — Pierre V de Gaudiac, 1429-32. — Guarin de
Tournel, 1437-1449. — Rigauld d'Albignac, 1450-65.
— Guillaume III de Bousquet, 1466.
Commendataires : Jean de Geoffroy, 1467-73. —
Étienne de Blosset, 1474-1505. — Antoine le \'eneur,
1506. — Gabriel le Veneur, 1511. — Jean de Vesc,
1519-24. — Antoine de \'esc, 1525. — Ponce Drogon
de Pompeirenc, 1534-45. — Augustin de La Tré-
moille, 1546. — Nicolas de Pessaiio, 1547-49. —
Marc-Antoine de Saulis, 1551. — Bertrand de S.-
Martin-le-Vieux, 1566-91. — Jean d'AIibert, 1598-
1626. — Saturnin de Narbonne, 1627-53. — Hugues de
Terlon, 1661. — Marc-Antoine de Brisay de Denon-
ville, 1689. — .Jean Dubois. 1723. — Bernardin-
François F'ouquet, 1727. — Esprit-Joseph de Vcrnon,
1769-90.
Inventaire des arch. départ., i, 243-345. — Bibl. Nat.,
coll. Doat, vol. Lviii, lit. dcclxxxvu-mcdlxviii; ms.
lat. 12760 (D. Estiennot), fol. 186; 12664 (Uulaura), 272;
11818, 398; 11831, 109. — A. S., juin, i. — Baichère, A'o/cs
sur les droits et prérogatives de l'abbé et des bénédictins de
Caunes dans les lieux de leurs seigneuries respectives au
XV/H' s., dans Mémoires de la Soc. des arts de Carcassonne,
17
CAUNES —
CAUSSIN
18
X, 1904, p. 192-204. — Baluze, Capitularia..., ii, 399 sq. — 1
Beaunier-Besse, iv, 123. — L. Béziat, Hist. de l'abbaye de
Caunes au dioc. de Narbonne, d'après les documents origi- [
naux, Paris, 1880. — Calvet, Notice sur les saints martyrs
de Cannes..., Toulouse, 1894. — Congrès archéologique, i
Lxxiii, 52-54. — Douet d'Arcq, m, 8587. — Galinier, i
La paroisse de Caunes pendant la Révolution, dans Mémoires
de la Soc. des sciences de Carcassonne, xi, 1905, p. 228-304.
— Gall. christ., vi, 155. — Jallé, 6670. — Layettes du trésor
des chartes, iv, 444, 447. — Mabillon, Annales, ii, m, iv,
VI ; De re diplomatica, 396. — Mahul, Cartulaire de...
Carcassonne, iv, 67-135. — Martène-Charvin, Hist. de la
Congr. de S.-Maur, i, 106. — Martène, Thésaurus Anec,
I, 250... — Montfaucon, Bibl. bibl. mss., ii, 1240. —
P. L., xcvii, 980; CLxni, 521. — Potthast, Reg., 10509,
14763, 15096, 17348. — A. Sabarthès, art. Amand (S.),
dans D. H. G. E., ii, 935. — Von Sickel, Die Urkunden
der Karolinger, ii, 57, 374, 363. — Stein, 808-809. — De
Vic-Vaissete, éd. Privât, i, 734; ii, 327-29; iv, 464-71.
J. HOURLIER.
CAUNOS (KaOvos), évêché de Lycie, dépendant
de Myre. Les ruines de la ville de Caunos ont été iden-
tifiées près du village de Daylan, sur la rive droite du
Calbis (auj. Dalyan Tcliai), à 5 km. environ de la mer.
La forme du nom varie beaucoup suivant les listes
épiscopales; on a Kàvvoç, Kàvos, Kéva, mais le vocable
authentique est certainement KaOvoç. On connaît
quatre titulaires du siège à l'époque romano-byzan-
tine. Basile assista au concile de Séleucie en 351
(Mansi, m, 321 B). Antipatros prit part à celui de
Chalcédoine et en signa les actes (451) (Mansi, vi,
576 A, 948 C, 981 B, 1058 A, 1085 G; vu, 124 B,
153 C). Il eut probablement comme successeur Nico-
las, qui figure parmi les évêques de la province de
Lycie qui écrivirent à l'empereur Léon I" à propos
du meurtre de Protèrius d'Alexandrie (458) (Mansi,
VII, 580 C). Étienne prit part au second concile de
Nicée (787) (Mansi, xii, 998 B, 1106 E; xni, 145 E,
369 E). Il est probable que l'évêché de Caunos ne sub-
sista pas longtemps après l'installation des Turcs
vers la lin du xii<^ s., si même il dura jusque-là.
Le titre de Caunos n'a encore été conféré qu'une
seule fois dans l'Église romaine, en faveur de Mgr Ju-
vence Hospital, des Ermites de S. -Augustin, élu le
18 sept. 1911 vicaire apostolique du Hounan septen-
trional. Démissionnaire de son vicariat apostolique
en mars 1917, le prélat est entré à la chartreuse
d'Aula Dei, près de Saragosse, dont il est devenu
prieur en 1924.
Le Qulen, i, 1740, col. 981-82. — Smith, Dictionary of
Greek and Roman geography, i, p. 576. — Pauly-Wissowa,
XI', 85-88. — Ann. pont., 1916, p. 384; 1936, p. 365.
R. .Janin.
CAUSSADE (Jean-Pierre), jésuite, né en
1675, t à Toulouse le 8 déc. 1751. Entré au noviciat
en 1693, il était en 1696 professeur de grammaire à
Auch, résida à Perpignan et à Toulouse et fut recteur
du collège d'Albi. Sa célébrité fut plutôt posthume.
En 1741 parut à Perpignan un livre intitulé : Instruc-
tions spirituelles en forme de dialogues sur les divers
états d'oraison suivant la doctrine de M. Bossuet,
évesque de Meaux, par un Père de la Compagnie de
Jésus, docteur en théologie. L'imprimatur i)our ce livre
est donnée par le P. C. de Lamotte, provincial de
Champagne, au P. Paul-Gabriel Antoine qui s'en est
fait l'éditeur; le livre est approuvé par deux docteurs
de Perpignan et le permis d'imprimer accordé par le
procureur général du roi au Conseil souverain du
Roussillon. L'éditeur, le P. .Antoine, est le célèbre
moraliste antiprobabiliste, auteur de la Tfieologia
moralis universa qui avec Gonet et Bailly fut long-
temps classique dans les séminaires français. Les
Mémoires de Trévoux, en présentant un peu tard le
nouvel ouvrage (nov. 1745, p. 2085), disent que
l'auteur en est le P. Caussade, jésuite — « du moins le
privilège l'annonce ainsi ». Dans la première édition
de 1741 il n'est trace ni du privilège ni du nom de
l'auteur. En 1752, les Nouvelles ecclésiastiques parlent
d'abord vaguement du livre (3 avr.), puis l'attaquent
perfidement (23 avr.). Ces attaques intimidèrent peut-
être les supérieurs de la Compagnie et eurent |)0ur
effet qu'on se contenta de donner la deuxièir.e partie
pratique de l'œuvre en laissant de côté l'exposé théo-
rique (éd. de 1758). Une édition complète parut
en 1825 chez Se^in aîné. Puis, en 1895, sur les obser-
vations du P. Louis de Besse, le chanoine Bussenot,
qui avait donné deux éditions de la partie pratique
faute de connaître la première, fit paraître aussi
celle-ci, donc l'œuvre entière, avec une introduction
du P. L. de Besse. L'abbé Bremond en donna une
nouvelle édition en 1931, Bossuet, maître d'oraison
(avec introd. et notes). Il est probable que le P. An-
toine avait retouché le texte de Caussade et que c'est
de lui que vient l'ajouté : Manière courte et facile pour
faire l'oraison en foi et de simple présence de Dieu,
par Mgr Bossuet, évêque de Meaux. Cet exercice
d'oraison avait été composé par Bossuet à l'inten-
tion des religieuses de la Visitation de Meaux, et
Mme de Bassompierre en apporta une copie à Nancy.
L'alïaire du quiétisine et la controverse Bossuet-
Fénelon n'avait pas seulement discrédité la fausse
mystique mais jeté la suspicion sur la vraie mystique.
Le P. Caussade, dans ses Instructions, présente une
apologie hardie de la mystique, mais il a l'habileté
d'emprunter ses arguments à V Instruction pastorale
sur les états d'oraison de Bossuet. Avec une candeur
qui ne manque peut-être pas d'une jiointe de malice,
Caussade déclare que c'est Bossuet qui l'a prévenu en
faveur des mystiques. De là son ouvrage, dont Bos-
suet a fourni le « sujet du premier livre et le dessein
du second ». Le P. Caussade avait envoyé une série
de lettres à une religieuse, sans évidemment les desti-
ner à l'impression ni à former un corps d'ouvrage.
On les groupa en une copie manuscrite attestant leur
origine, sous le titre assez peu signiticatif : Traité où
l'on découvre la vraie doctrine de la perfection du salut.
L'ordonnance en était confuse et les en-têtes des
onze chapitres n'en exprimaient guère le contenu. Le
ms. se trouvait, après la grande Révolution, au troi-
sième monastère de la Visitation à Paris, d'où il
passa aux mains du P. Roger, S. .]., fondateur de la
congrégation des religieuses de Nazaretli. Celles-ci
en furent les dé])Ositaires et leur supérieure, Mme de
Vaux, le comnmniqua au P. IL Ramière. Ce dernier
en établit ingénieusement et pourtant objectivement
le plan, afin d'en tirer un corps de doctrine exposé
dans un ordre logique. Les différentes i)arties de
l'ouvrage étant le développement d'une seule grande
pensée, l'abandon à l'action de la Providence divine,
il lui donna comme litre : L'abandon à la Providence
divine envisagée comme le moyen le plus facile de sancti-
fication. Les éditions se suivirent et la dernière, la 20<^,
date de 1928.
Sommervogel, ii, 900-02. — Ramière, Introd. de l'éd.
de l'Abandon à la Providence divine, 1861. — Éd. des
Instructions, Paris, Lecoffre, 1895; De l'oraison. Instruc-
tions spirituelles... suivant la doctrine de Bossuet..., par le
R. P. de Caussade..., I" part., Inlrod. du P. Ludovic de
Besse. — Bremond, éd. des Instructions, 1931, dans Bossuet,
maître d'oraison, Introd. — Poiu^rat, La spiritualité chré-
tienne, t. IV, Les temps modernes, 2" part.. Du jansénisme
à nos jours, 1928, p. 341-46. — Bremond, Ilist. littér.
du sentiment religieux en France, i, 394; ii, 159, 597-600^
602; IV, 571; viii, 178, 322, 357; xi, 59; Suppl., 96 et 341.
A. !)!■. Bu..
CAUSSIN (Nicolas), jésuite, né à Troyes le
28 mars 1583, f à Paris le 2 juill. 1651. Maître ès arts
à vingt ans, il poursuivit ses études, mais entra au
noviciat, avant de recevoir la prêtrise, le 23 sept. 1607.
19
CAUSSIN
20
Successivement professeur d'humanités, puis de rhé-
torique au collège de Rouen (1609-14), de rhétorique
au collège de Clermont à Paris, il composa plusieurs
ouvrages de poésie et de rhétorique. En oct. 1620, il
fut appliqué à la prédication à la maison professe de
Paris, et prêcha avec grand succès. C'est de cette
époque que datent plusieurs de ses ouvrages d'élo-
quence sacrée et d'ascétisme. Son œuvre la plus im-
portante, qui eut de son vivant 14 éditions et qui fut
traduite en plusieurs langues, est La cour sainte.
Déjà fort en vue, il fut, sur le conSfeil de Richelieu,
désigné en 1637 pour prendre la place du P. Gordon
comme confesseur du roi Louis XIII. Le 23 mars, le
P. Caussin reçut un billet de la main du cardinal qui
le priait de vouloir confesser le roi le 2.5 mars, mais
de passer le 24 par Rueil, où séjournait le cardinal.
Dans cette entrevue, Richelieu accabla le P. Caussin
de bons conseils ressemblant beaucoup à des direc-
tives. Il lui parla de l'afïection du roi pour Mlle de La
Fayette, bien innocente sans doute, mais que le
Père devrait tâcher de découdre. Le P. Caussin se
tint sur la réserve. Le 25, il entendit la confession du
roi et, rentré à Rueil, apprit que le roi le prenait
pour confesseur ordinaire. La décision qu'avait prise
Mlle de La Fayette d'entrer en religion valut au
P. Caussin de nombreux ennuis, mais ce fut surtout
la politique de Richelieu qui lui causa des dilTicultés.
Déjà au moment où il prit la succession du P. Gor-
don, celui-ci lui avait remis une lettre anonyme où
l'on menaçait le confesseur du roi des jugements de
Dieu, s'il n'éclairait la conscience de son pénitent sur
son devoir de « remédier à la misère du peuple, à
l'oppression de tous les ordres de l'État, à l'exil de
la reine mère et aux divisions de la famille royale ».
Lors de la prise de voile de Mlle de La Fayette, la
reine Anne d'Autriche lui avait parlé dans le même
sens. Sans entrer en discussion, le P. Caussin avait
répondu qu'il ne craindrait jamais d'éclairer le roi
sur tout ce qui intéressait sa conscience. A ces appels,
à ceux aussi de Sœur Louise-Angélique, d'autres
vinrent se joindre. Le P. Mutins Vitelleschi, général
de la Compagnie de Jésus, qui était sans aucun doute
le porte-parole de la Curie pontificale, lui dépeignait
les misères de tant de nations qui soupiraient après
la paix. 11 recommandait cependant au confesseur
d'user d'une grande prudence. Une lettre du P. Caus-
sin nous révèle que, sous l'impulsion de ces conseils,
il était résolu à proposer au roi la paix de la chré-
tienté, le soulagement de ses peuples réduits à la
dernière misère, l'union de la maison royale, une
sainte et cordiale affection pour la reine « dans l'es-
poir que Dieu verserait ses bénédictions sur son
mariage ». Le bruit d'une nouvelle alliance turque
projetée par Richelieu et le P. Joseph précipita
l'exécution. Résolu à représenter au roi qu'il chargeait
sa conscience de tous les désordres du gouvernement,
il sollicita le 8 décembre un entretien avant d'en-
tendre la confession du roi. Celui-ci parut fort troublé
de ces représentations. Richelieu, rapidement informé,
riposta par une lettre où il chargeait le confesseur.
Louis XIII conçut alors le projet de concilier les
directions de son confesseur avec les maximes de
son ministre. Il proposa à Caussin de faire une
démarche auprès de Richelieu, sans trahir toutefois
qu'elle était concertée avec le roi. Celui-ci, survenant,
appuierait les vues que Caussin se chargeait d'intro-
duire à propos dans l'entretien. Caussin se doutait
fort bien des risques qu'il courait. Il partit pourtant
pour Rueil, bien décidé à faire ce qu'il considérait de
son devoir. Richelieu esquiva adroitement l'entrevue
à trois et congédia le confesseur avant l'arrivée du
roi. Caussin cei)endant était resté à Rueil, s'attendant
à être rappelé. Quand le roi s'informa du Père, Riche-
lieu lui répondit qu'il était parti. Cette apparente
dérobade devait donner au roi l'impression que Caus-
sin n'était pas trop assuré de ses principes. Richelieu
mit enfin le roi devant l'alternative : ou son ministre
ou son confesseur. Louis XIII se déclara prêt à
sacrifier ce dernier, à condition qu'on ne lui fît aucun
mal. Quand, le lendemain, le roi dit au P. Caussin :
« On ne vous a point vu à Rueil », celui-ci répondit :
« J'y ai été. Sire, mais M. le Cardinal me fit retirer à
votre arrivée. » L'explication demeura sans résultat,
car, dès le 10 déc, une lettre de cachet exilait le
P. Caussin à Rennes, lui défendait toute communi-
cation même par écrit, lui interdisait toute visite à
j un couvent de religieuses, soit à Paris, soit pendant
j le voyage. La rigueur de cet ordre fit croire au pro-
j vincial, le Père Binet, que le confesseur s'était rendu
coupable d'une faute grave, et redouter que l'irrita-
tion du cardinal n'eût les conséquences les plus
désastreuses pour les établissements de la Compagnie
en France. Le supérieur de la résidence, peut-être
quelque peu prévenu contre le P. Caussin, ne manqua
i pas d'accentuer ces impressions. Bref, le Père fut
expédié sans pouvoir se défendre et cette version de
l'affaire transmise à Rome, où d'ailleurs Richelieu,
lui aussi, agissait. De là aussi vinrent des blâmes et
des sanctions, tant de l'assistant de France, le P. Char-
let, que du général, Mutins Vitelleschi. Richelieu
eût même voulu qu'on expédiât le P. Caussin au
Canada. On lui fit observer que l'envoi à cette mission
eût passé pour une marque de faveur. L'exil à Rennes
s'aggrava bientôt en relégation à Quimper-Corentin.
Le P. Caussin fut en outre privé du droit de voix
active et passive. Il ne se fit pas faute de se défendre
en plusieurs lettres dont des copies se trouvent dans
un ms. de la bibliothèque de Louviers (fol. 58, 483).
On peut estimer que le confesseur manqua de doigté
dans sa façon d'agir, qu'il a peut-être inconsciemment
manœuvré, avec les meilleures intentions, dans un
milieu pétri d'intrigues. Il serait injuste, comme le
fait Richelieu, de lui reprocher d'avoir manqué aux
devoirs essentiels de sa charge, aux instructions de
Claude Aquaviva pour les confesseurs des princes
j et aux can. 12 de la 5° et 13 de la 7« congrégation
! générale. Une autre accusation plus injuste encore est
! celle d'avoir intrigué contre Richelieu et d'avoir
I machiné sa perte en accord avec le P. Monod, une
autre victime des rancunes du grand ministre. Les
démarches du P. Caussin, lettres au général, au pape
Urbain VIII même, restèrent vaines jusqu'après la
mort de Richelieu en 1643. Il dut aux instances de la
régente Anne d'Autriche d'être rappelé à la résidence
de Paris. En réponse à sa lettre du 12 août 1643, par
laquelle il annonçait au général son retour à Paris, il
reçut une lettre pleine d'amabilité qui lui rendait
tous ses droits et levait toutes les sanctions.
Quand parut la Théologie morale des Jésuites d'An-
toine Arnauld, le P. Caussin, sur la demande de son
; provincial, y répliqua par la Réponse au libelle inti-
\ lulé la « Tliéologie morale des Jésuites «, qui devint
VApologie des religieux de la Compagnie de Jésus.
L'université de Paris déféra cet écrit au Parlement
pour en faire condamner la doctrine pernicieuse.
En 1644, l'Apologie du P. Caussin eut trois éditions
à Paris et deux réimpressions à Rome et à Liège.
Comme fruit de son exil, le P. Caussin donna la même
année une édition complètement remaniée de La cour
sainte. Il publia en outre quelques traites de piété et
un livre De regno et domo Dei (1650) qui lui attira
] une nouvelle disgrâce. Le P. général Piccolomini y
blâmait les dissertations XLII et XLIII où certains
I passages étaient de nature à blesser le cardinal
j Mazarin; Caussin, à la demande de la reine sur
! plaintes de Mazarin, subit un second exil à Eu. Il n'y
21
CAUSSIN
— GAVA
22
resta que deux mois. Pour les autres écrits, v. Som-
mervogel.
L'affaire du P. Caussin a été travestie par les polé-
miques protestante et portugaise du xviii« s., au
point d'^attribuer sa disgrâce au P. Piccolomini qui
aurait châtié de la sorte le refus du P. Caussin de
divulguer les confessions du roi Louis XIIL
De Rochemonteix, Nicolas Caussin et le cardinal de Ri-
chelieu, 1911 (avec blbliogr. jusqu'à cette date). — • Fou-
queray, S. J., Hist. de la Compagnie en France, v, p. 80-
106. — B. Duhr, S. J., Jesuiten-Fabeln, éd. de 1899,
p. 635 sq. — Sommervogel, ii, 902-927.
A. De Bil.
1. CAVA, S. Maria Magdalena alla Cava, an-
cienne abbaye cistercienne sur la rive gauche du Pô,
non loin de Crémone, en Lombardie. En 1229, le
chapitre général de Cîteaux déléguait les abbés de
Columba et de Fontevivo pour aller prendre connais-
sance de la situation de l'abbaye de Cava qui était
offerte; des chanoines réguliers l'avaient précédem-
ment occupée. Le résultat de l'enquête fut satisfai-
sant et l'abbaye de Cerredo envoya une colonie de
ses moines; la vie régulière commençait en 1231.
Cava entra dans la congrégation de S. -Bernard d'Ita-
lie créée momentanément par les bulles d'Alexandre VI
en 1497 et définitivement en 1511 par Jules II. En
1565, l'abbaye, assez pauvre, était taxée par le cha-
pitre général pour la somme de trois écus. Cava dis-
parut avec tant d'autres institutions au début du
xix« siècle.
Cottineau, 635. — Janauschek, Origines cisterc. Vienne,
1877, p. 233. — Lubin, Abbatiarum liai, brevis notifia,
Rome, 1693, p. 95. — Statuta cap. gen. ord. Cisterc,
éd. Canivez, Louvain, 1933-41, i-viii, passim.
J.-M. Canivez.
2. CAVA (SS. Trinita di), abbaye nullius de
bénédictins, dans la province de Salerne (Italie méri-
dionale). En 1011, un ermite, Alfler, se retirait avec
deux compagnons dans une grotte voisine de Sa-
lerne, à Cava. Proche parent des princes lombards de
Salerne, Alfler avait été envoyé auparavant en am-
bassade en F'rance. Tombé malade en route, il s'était
arrêté à l'abbaye de S. -Michel de la Chiuse (prov. de
Cuneo, en Piémont) et y avait demandé l'habit mo-
nastique. S. Odilon de Cluny s'y trouvait alors; il em-
mena le novice à Cluny. Après quelques années, Alfler
fut rappelé en Italie par le prince de Salerne, dans le
dessein de réformer les monastères de sa principauté.
A cette époque, l'Italie méridionale, hellénisée depuis
les victoires de Bélisaire, était encore grecque en
grande partie et semée d'ermitages et de laures, où
s'abritaient d'innombrables moines orientaux, basi-
liens pour la plupart, que les hérésies et les troubles
d'Orient chassaient vers des terres plus hospitalières.
La principauté de Salerne cependant était demeurée
latine et possédait quelques modestes maisons béné-
dictines, assez peu prospères. Les efforts d'Alfier pour
les réformer demeurèrent infructueux, à cause des
difficultés que lui opposèrent les avoués de ces mo-
nastères. Alfler, renonçant à son mandat, se fit
ermite. Des disciples lui arrivèrent. Il construisit un
monastère sous la grotte qu'il habitait et le dédia à la
Ste Trinité. Il mourut en 1050. (Sur les origines de
Cava, et ses quatre i)remicrs abbés, v. surtout les
Vilae quatuor priorum abbatum Cavensium, auctorc
Hugone abbate Venusino, dans Rerum Italicarum
medii aevi scriptores, t. vi, pars V», Bologne, 1941.)
Sous son successeur, Léon (1050-1079), les dona-
tions, nombreuses déjà sous Alfler, se multiplièrent.
Cava reçut une quantité de petits monastères aban-
donnés, les restaura, les repeupla. Tous ceux qui se
trouvaient dans le Cilento entrèrent dans son patri-
moine et passèrent sous sa juridiction.
Sur ces entrefaites, les Normands avaient conquis
le sud de l'Italie et s'étaient emparés des principautés
de Capoue et de Salerne. Ils allaient coopérer acti-
vement à la fortune de Cava, en favorisant à la fois
les évêques et les moines latins. Une sage politique
leur commandait de s'attacher les abbayes par des
liens très étroits et durables, d'user des monastères
comme de précieux auxiliaires pour affermir leur auto-
rité dans cette région encore mal soumise. Mais quelle
observance doimer au monachisme latin, naguère
inexistant et qui promettait une si grande prospérité?
En Normandie, on le sait, les abbayes s'étaient refu-
sées à se soumettre à Cluny, tout en vivant d'un esprit
assez semblable. En Italie également, les elTorts des
abbés clunisiens n'avaient pas réussi à y établir
l'empire de l'abbaye bourguignonne. La solution vint
tout naturellement des circonstances. Alfler avait
reçu sa formation monastique à Cluny; le successeur
de Léon, Pierre Pappacarbone (1079-1123), avait
lui aussi vécu à Cluny : il fit de Cava une réplique de
Cluny, en y introduisant les Consuetudines Clunia-
censes selon la rédaction du moine Bernard. Mais il les
adapta aux temps et aux lieux et n'établit aucun lien
entre son monastère et celui de Bourgogne. Gré-
goire VII prit Cava sous sa « protectio » et lui recon-
nut la juridiction exclusive sur toutes les maisons (12)
du Cilento. On peut voir dans cet acte pontifical la
charte de fondation de la congrégation de Cava
(Kehr, It. pont., viii, 316). L'ordo Cavensis, ainsi créé,
s'organisa sur le modèle de l'ordo Cluniacensis, tout
en n'admettant pas les chapitres généraux. L'autorité
du chef suprême lui suffisait. La politique des princes
normands servit à souhait le nouvel ordre. Princes,
seigneurs, évêques (latins) donnèrent à Cava, sans
compter, des églises et des monastères de leurs posses-
sions ou de leurs diocèses, qu'ils fussent latins ou
grecs. Le nombre de ces derniers qui furent soumis à
Cava est considérable. Ils étaient concentrés surtout
en Calabre (L. Mattei Cerasoli, La badia di Cava e i
monasteri greci délia Calabria superiore, dans Archivio
slorico per la Calabria et la Lucania, vin, 1938, p. 167-
182, 265-285; ix, 1939, p. 279-318). Durant son long
abbatiat, P. Pappacarbone reçut 40 abbayes, 35 prieu-
rés et plus de 60 églises. Il donna l'habit monastique,
dit-on, à plus de 3 000 religieux.
Parallèlement à cet accroissement spirituel, le pou-
: voir féodal de l'abbé de Cava s'affirmait et grandis-
j sait (Rivisla storica benedettina, 1908, p. 201; M. Mar-
I tini, Feudalità e monachismo cavense in Puglia, Mar-
: tina Franca, 1915; [Senatore G.], // lerritorio giuris-
j dizionale délia badia di Cava, Salerne, 1894). L'in-
j fluence économique de la congrégation se développait,
i et l'ordre prenait flgure, en Italie méridionale, d'agent
I commercial et maritime important (A. Cafaro, Dell'
\ altiuità commerciale... di Cava, dans Rivisla storica
benedettina, 1921, p. 65-87, 181-204; 1922, p. 41-62;
j J. La Bolina, La marina dell' ordine monastico di
S. Benedetto, dans Rassegna nazionale, xxxvii, 1915,
! p. 123-28; GuiWaume, Le navi cavensi net Mediterraneo,
j Cava, 1876).
! En 1092, le pape Urbain II consacra l'église abba-
tiale et accorda à l'abbé la juridiction ordinaire (épi-
scopale) sur le monastère et ses dépendances, ainsi
que d'amples privilèges, tels que le droit d'administrer
la conflrmation.
! Ces faveurs des papes et des princes, la sainteté des
premiers abbés (douze d'entre eux furent canonisés
ou béatifiés) expliquent la rapidité extrême des
accroissements de l'ordre, au i^' s. de son existence.
L'épiscopat également s'y est montré favorable. Les
moines de Cava, en efiet, construisaient et desser-
vaient de nombreuses églises dans les campagnes,
[ subvenant ainsi aux nécessités de l'apostolat rural.
23
CAVA
24
Chaque monastère exerçait la cura animarum. Si l'on
compte que la congrégation groupa environ 400 mai-
sons et églises, on se fera une idée de son importance
pour la vie religieuse et le ministère des âmes dans
le sud de la péninsule à cette époque. L'aire de la
domination de Gava couvrait le territoire compris au
sud d'une ligne partant de Naples vers Capoue, Béné-
vent, Luceria et le mont Gargano, jusques et y com-
pris la Sicile. Dans l'île, Gava occupa les églises de
Paternô, de Petralia, de Tramutola. En 1176, Guil-
laume II lui donna la splendide abbaye de Montréal
qu'il venait de fonder et qui fut élevée, dès 1182, à la
dignité de siège archiépiscopal. Sur toutes ces pro-
vinces, Gava régna sans rival, tandis que le Mont-
Gassin dominait au nord de la ligne susdite, surtout
dans le Capouan et le Bénéventain.
L'ordo Cavensis était organisé à peu près comme
celui de Gluny, avec quelques divergences. Il n'avait
pas dû, en efl'et, passer par les tâtonnements qui mar-
quèrent les origines de l'ordre clunisien. Il avait pu
profiter des expériences faites par son modèle. Moins
étendu, concentré en une seule région, il recevait plus
régulièrement les visites de son chef. Il formait un
corps plus homogène, dont les éléments lui étaient
pacifiquement soumis. Sans doute, les avantages
civils et économiques dont jouissaient les maisons de
Gava contribuaient-ils à cette heureuse harmonie et
resserraient-ils les liens qui les unissaient. Ges maisons
l)ou valent se partager en trois groupes : les prieurés et
les celles qui ne formaient qu'une famille monastique
avec la communauté de Gava; les monastères soumis
à Gava, mais qui gardaient leur autorité sur leurs
propres dépendances et recevaient des novices pour
leur propre compte; enfin, les abbayes qui n'avaient
avec Gava que la communauté d'observance; c'était
le cas, entre autres, de Montréal.
Pendant près de trois siècles, la congrégation de
Gava prospéra. Elle représente, en somme, la seule
réussite durable de l'idée ckinisienne, hors de Gluny
même. Son développement coïncida avec la formation
de la féodalité dans l'Italie méridionale, résultat de la
conquête normande, résultat si différent de ce qui se
passa dans les autres régions de la péninsule.
Déjà, en 1260, les guerres entre les maisons d'Anjou
et de Souabe furent désastreuses pour les possessions
de Gava et la discipline monastique de ses monastères.
L'abbé Léon (1268-95) parvint heureusement à ré))a-
rer les désastres. Plus graves furent les coups portés,
sous les papes d'Avignon, par les conflits qui mirent
aux mains les princes d'Aragon et ceux d'Anjou.
L'ordre s'eûrite; il perd de nombreuses maisons et
églises, des possessions étendues. Plusieurs monas-
tères deviennent des bénéfices ciue le pape confère
directement à ses créatures, à des séculiers. L'abbaye
elle-même en donne à des étrangers, voire à des fran-
ciscains. Avec le système bénéficiai, le faste et la
mondanité s'introduisent dans la congrégation. Les
avantages temporels l'emportent sur les intérêts spi-
rituels. L'abbé Mainerius (1340-1366) est plus séculier
qu'ecclésiastique. Tout annonce le proche déclin. Le
7 août 1394, Boniface IX, sur les instances du roi de
Naples, Ladislas, élève l'abbaye au rang d'évêché, et
Gava aura à sa tête quatre abbés-évêques (1394-
1431). Le dernier, Angelotto de Fosco, créé cardinal
en 1431, retint en commende l'évêché de Gava. Ge fut
le début de l'ère des commendataires (1431-97). Dé-
sormais, on ne ])eut plus guère parlèr de la congréga-
tion de Gava. A Gava, vivaient une douzaine de reli-
gieux stipendiés par les commendataires; au dehors,
quelques moines, disséminés dans les prieurés et les
paroisses, y vivaient en bénéficiers. La juridiction
spirituelle et temporelle était exercée par les cvêques
nommés par les commendataires.
Le dernier cardinal qui eut la commende de Gava,
Olivier Garafa (1485-1497), était un prélat sincèrement
j pieux. Il offrit aux moines de Gava d'y faire refleurir
! la vie religieuse. G'est grâce à lui que l'abbaye, avec
toutes ses dépendances, finit par être incorporée à la
congrégation de Ste- Justine de Padoue; le cardinal
résigna sa commende et l'évêché fut supprimé (1497).
L'église paroissiale de Gorpo di Gava ayant été
déclarée siège du nouvel évèché de Gava, en 1513, il
s'ouvrit une période, longue de près de deux siècles,
remplie de conflits incessants entre l'abbaye d'une
part et soit la Gurie romaine, soit la cour de Naples
d'autre part. L'abbaye voulait qu'on reconnût ses
droits et ses privilèges, tout spécialement son exemp-
tion, et sa juridiction d'Ordinaire sur ses dépendances
et les quelques paroisses qui constituaient son petit
diocèse.
Aux xvie et xvii" s., l'union à la congrégation de
Ste-Justine, dite peu après cassinienne, se révéla très
profitable pour Gava, jusqu'à la fin du xviii« s. Les
sécularisations causées par l'invasion des troupes
françaises révolutionnaires faillirent supprimer l'ab-
baye. Mais le nouveau roi de Naples, Joseph Bona-
parte, fit pour Gava ce qui avait été décrété pour le
Mont-Cassin et Montevergine : il déclara le monument
« Archives du royaume », lui donnant le nom d'éta-
blissement national. Les moines en habit laïque en
étaient les gardiens, avec une rente annuelle de dix-
sept mille lires. Restaurée en 1825, l'abbaye recouvra
la majorité de ses biens, grâce à Pie VII. En 1866, la
loi de suppression des couvents atteignit Gava. Cette
fois encore, les moines purent y demeurer en qualité
de gardiens du monument national et l'abbé fut
reconnu comme Ordinaire diocésain. En 1867, l'abbaye
ouvrit un collège pour jeunes gens laïques; peu après,
elle rouvrit le séminaire pour jeunes ecclésiastiques.
Rappelons qu'en 1830 trois bénédictins espagnols de
la congrégation de Valladolid supprimée se réfu-
gièrent à Gava où ils firent profession. Deux d'entre
eux partirent ])our les missions d'Australie dont ils
furent les pionniers célèbres : c'étaient doin Rudesinde
Salvado et Joseph Serra, qui fondèrent le territoire
de Nuova Norcia. Salvado devint évèque de Porto
Vittorio; Serra fut évêque de Perth.
Liste des abbés perpétuels de Cava, jusqu'à l'union à
la congrégation de Ste-Justine qui n'admettait que
des abbés temporaires : S. Alferio Pappacarbone,
1011-50. — S. Leone, 1050-79. — S. Pietro Pappa-
carbone, 1079-1123. — S. Costabile, 1123-24. —
B. Simeone, 1124-41. — B. Falcoiie, 1141-46. —
B. Marino, 1146-70. — B. Benincasa, 1171-94. —
B. Pietro II, 1191-1208. — B. Balsamo, 1208r32. —
B. Leonardo, 1232-55. — Tommaso, 1255-64. —
Giacomo, 1264-66. — Americo ou Amico, 1266-68.
— B. Leone II, 1268-95. — Rainaldo, 1295-1300. —
l'.oberto, 1301-11. — Bernardo de Starreri, 1311-16.
— Filippo de Laia, 1316-31. — Guttardo, 1332-40. —
Mainerio, 1340-66. — Golferio, 1366-74. — Antonio,
1374-83. — Ligorio de Maiorini, 1383-94.
Abbés-évêques : Francesco de Aiello, 1394-1407. —
Francesco Mormille, 1407-19. — Sagace dei Conti,
1419-26. — Angelotto de Fusco, 1426-31.
Cardinaux commendataires : Angelotto de Fusco,
1431-44. — Luigi Scarampa, 1444-65. — Giovanni
d'Aragon, 1465-85. — Oliviero Garafa, 1485-97.
Annales Cauenses, dans M. G. H., SS., m, 185-97. —
Morcaldi, Synopsis historico-diplorQatica monasterii et tabu-
larii..., t. i du Codex diplomaticus Cavensis, Naples-Mllan,
1873-93, 8 vol. — Clironicon Cavense, dans Muratori,
Rev. liai, medii aei>i script., vu. — Leone Mattci Cerasoli,
La badia delta SS. Trinitù di Cava (1011-1928), dans
j Ullalia benedettina, Rome, 1929, p. 155-227. — La badia
I délia SS. Trinità di Cava. Cenni storici, Cava, 1942. —
25
GAVA —
CAVALCA
26
G. Colavolpe, La coiigregazione cauense. Gava, 1923. —
P. Guillaume, Essai histor. sur l'abbaye de Cava, Gava,
1877. — Z. Spiotta, La storia letteraria délia badia di Cava,
Valle di Pompei, 1019.
Ph. Schmitz.
CAVAGNIS (Félix), canoniste italien, cardi-
nal (1841-190G). Voir D. D. Can., m, 124.
CAVAILLON, commune du Vaucluse (France),
située en face de.s cscariiemcnts ouest du Lubéron,
entre la rive droite de la Durance et le Coulon, au
jjied sud du mont S. -Jacques. Son diocèse, supiirimé
en 1801, correspondait à l'ancienne civitas Cabellico-
nim. L'existence en est attestée dès 396, date à laquelle
Genialis, qui est considéré comme le fondateur du
siège, prit part au concile de Nîmes. A l'époque de la
Révolution, l'évêché de Cavaillon, qui avait dépendu
autrefois d'Arles puis avait été rattaché à Avignon,
comprenait 17 paroisses, dont 13 étaient situées dans
le Comtat, et 4 en Provence. L'évèque, coseigneur de
la \'ille, en partageait les revenus avec la Chambre
apostolique. La cathédrale, rebâtie au xii^'-xiii^ s.,
avait été consacrée, en 1251, par Innocent IV. Son
chapitre se composait d'un prévôt, d'un archidiacre
et de douze chanoines. Le diocèse possédait en outre
deux collégiales, établies l'une à L'Isle-sur-la-Sorgue
(fondée en 1212 par l'évèque Bertrand de Durfort),
l'autre à Oppède (fondée par Jean de Meynier, baron
d'Oppède).
Avec l'abbaye cistercienne de Sénanque (fondée en
1148 par l'évèque Alfant), Cavaillon ou son diocèse
posséda des maisons de templiers, de bénédictines
(établies à Aiguillères, puis à Sénas, finalement à
Cavaillon, à la suite des guerres de religion), de domi-
nicains (couvent fondé, en 1526, par le baron de
Ceyreste : Gaucher de Brancas), de capucins (1594,
hors Cavaillon), de Pères de la Doctrine chrétienne
(1611, dont le fondateur. César de Bus, était origi-
naire de Cavaillon, 1544-1607), de bernardines (1641),
de carmélites (fondées en 1566 par C. de Bus) et de
pénitents (noirs, 1539; blancs, 1540; gris, 1619).
Liste des évêques : Genialis, fondateur du siège, 396.
— Asclepius, 449, 451. — Philagrius, 517, 533. — Prae-
textatus, 549, 554. — S. Veranus, patron de Cavaillon,
585, mentionné par Grégoire de Tours pour des faits
dont la série atteint 589. — Lupus, 788. — Réginard,
906-16. — Héribert, 951. — Thierry, c. 965. — Desi-
derius, c. 972. — Gauchard, 976-c. 980. — Thierry,
982. — Engelran, 991-1014. — Pierre, c. 1031-32. —
Clément, 1040-56. — Radulfus, 1070-75. — Désiré,
1082-95. — Jean, 1103. — Alfant, 1148-54. ~ Benoît,
1156-78. — Pons, 1179. — Bermond, 1184-c. 1204. —
Bertrand de Durfort, c. 1205-23. — Rostan Belinger,
1224-61. — Giraud, 1261-78. — André (?), 1278 (?). —
Bertrand, c. 1282. — Imbert, 1284,88. — Ponce
Augier de Laneis, 1311-17. — GeolTroy, 1322-26. —
Philippe de Cabassole, 1334-66. — François de Car-
daillac, 1366-87. — André, 1395-1403. — Pierre, 1405.
— Guillaume, c. 1408. — Nicolas de Johannac,
c. 1409-21. — Guillaume, 1421-c. 1427. — Bernard
Carbonet de Riez, 1427-30. — Ferrier Galbert, c. 1432.
— Jean de la Roche, 1434-36. — Barthélémy, 1437-
39. — Pierre Porcher, 1439-47. — Palamède de Car-
rète, 1447-76. — Toussaint de Villeneuve, c. 1484. —
Jean Passert, c. 1496. — Louis Passert, c. 1501. —
Bernardin Camberia, c. 1504. — Jean-Baptiste Palla-
vicini, c. 1510-24. — Marius MafTei, 1525-37. — Jé-
rôme Ghinucci (administrateur), 1541. — Pierre
Ghinucci, 1541-68. — Christophe Scotti, 1569-84. —
Dominique Grimaldi, 1585. — Pompeius Rocchi,
1585-91. — Jean-François Bordini, 1592-97. — Jé-
rôme Centelli, 1597-1608. — Octave Mancini, 1610-
16. — Fabricius de la Bourdaisière, 1616-46. — Louis
de Fortia, 1646-57. — François Hallier, 1657-59. —
Richard de Sade, 1660-63. — Jean-Baptiste de Sade de
Mazan, 1666-1707. — Joseph de Guyon de Crochans.
1709-42. — François-Marie de Manzi, 1742-57. —
Pierre-Joseph Artaud, 1757-60. — Louis Crispin
des Achard de la Baume, 1761-93.
J.-M. Basse, Abbayes et prieurés de l'anc. France, ii, Paris-
Ligugé, 1909, p. 153-56. — E. Clouzot, Fouillés des prou.
d'Aix, d'Arles et d'Embrun, Paris, 1923, p. xciv-xcviii,
209-12. — Duchesne, i, 262. — Eubel, i, 178; ii, 123; m,
176; IV, 143. — J.-J. Expilly, Dictionn. des Gaules et de
la France, ii, Amsterdam, 1764, p. 128-32. — Gall. chrisl.,
I, 939-64; Append., p. 155-58. — Gams, p. 531-32. —
H. Labande, Les chartes de l'évêché et les évêques de C. au
XIII" s., dans Rev. d'hist. de l'Église de France, i, 1910,
p. 82-104, 188-209, 316-28; ii, 1911, p. 576-91, 734-42. —
G. De Manteyer, Les chartes du pays d'Avignon, Mâcon,
1914, n. 62, 69, 74, 85, 95, 102, 110. — Richard et Giraud,
Biblioth. sacrée, xxviii, Paris, 1827, p. 221-23. — H. Ho-
berg, Taxae pro communibus serviliis..., Vatican, 1949,
p. 33.
M. -H. Laurent.
CAVALCA (DoMENico), dominicain, né à Vico
Pisano (prov. de Pise) vers 1270. 11 prit l'habit des
frères i)rêcheurs, à une date qui ne nous est pas
connue, au couvent de Ste-Catherine de Pise, où il
passa la plus grande partie de son existence. Conseiller
de Bonagiunta de Pise en 1300, il fut, la même année,
nommé confesseur des Dames de la Miséricorde. En
1342, il fonde le couvent de Ste-Marie, pour y recevoir
les pécheresses publiques désireuses de se réhabiliter.
Cavalca mourut à Pise durant les derniers mois
de 1342.
Par son abondante production littéraire (de 1320
à 1342), Cavalca prend place parmi les meilleurs
écrivains de langue toscane de la première moitié
du xiv" s. Parmi ses ouvrages en prose, souvent im-
primés et dont nous ne signalerons ici que la meilleure
édition, les uns sont des œuvres originales, tels par
ex. : Medicina del cuore ovvero trallato délia pazienza,
éd. Bottari, Rome, 1756; Lo specchio délia croce, éd.
Bottari, Rome, 1738; Trallato délie trenta stoltizie et
Disciplina degli spirituali, éd. Bottari, Rome, 1756;
Specchio de'peccati, éd. Del F'uria, Florence, 1829;
Frulti delta lingua. Milan, 1837, etc.; les autres sont
des traductions en toscan de traités composés en
latin, tels par ex. : Le Vite dei SS. Padri volgarizzate
da Fr. D. Cavalca, éd. Sorio-Racheli, Trieste, 1858;
éd. Naselli, Turin, 1926; Volgarizzamento del Dialogo
di S. Gregorio e dell'epistola di S. Girolamo a Eusto-
chio, éd. Bottari, Rome, 1764; Volgarizzamento degli
Atti degli Aposloli, Florence, 1837; Pungilingua, éd.
Bottari, Rome, 1751, etc. Ses compositions en vers
(sonnets, laudes, sirventes) ont peu de valeur (cf.
L. Simoneschi, Saggio di poésie di Fr. D. C, Florence,
1888).
On a, d'autre part, sans fondement attribué à
Cavalca divers ouvrages, tels par ex. une version de
l'Apocalypse en langue toscane (éd. Beschi, Pisloie,
1842), un Trallato delta Spirito Santo (éd. Zambrini,
Imola, 1886). Par contre, on a tenté de refuser à notre
dominicain la paternité d'un certain nombre d'œuvres
dont l'authenticité est des plus certaines (N. Mattioli,
Fra Giovanni da Salerno... e le sue opère votgari iné-
dite, Rome, 1901 p. 165-320), pour les attribuer soit à
,Iean de Salerne, soit à Simon de Cascia; contre sem-
blable hypothèse, cf. G. Volpi, La questione del
Cavalca, dans Archivio storico italiano, sér. V, xxxvi,
1905, p. 302-18.
Cronaca del convento di Santa Caterina... in Pisa, dans
Arcliivio storico italiano, vi, 2' part., Florence, 1848,
p. 508-14. — E. Falco, Domenico Cavalca moralista,
Lucques, 1892. — C. Naselli, Domenico Cavalca, Gittà di
Gastello, 1925. — Quétif-Échard, i, Paris, 1719, p. 878. —
27
CAVALCA
— CAVEIRAC
28
N. Sapegno, Storia letteraria d'Italia, Il Trecento, Milan,
1934, p. 549-54.
M. -H. Laurent.
CAVALCA NT I (Aldobrandino), dominicain,
né à Florence vers 1217, reçut l'habit des frères prê-
cheurs des mains du B. Jean de Salerne, au couvent de
Santa Maria Novella (1230 ou 1231). Inquisiteur en
Toscane, il fut en relation avec S. Pierre de "Vérone;
prieur du couvent de Florence en 1245, 1250, 1256, il
fut désigné comme socius du défmiteur, puis du pro-
vincial de la province romaine lors des chapitres géné-
raux de 1255 et 1262. Prieur du couvent de Lucques,
il fut élu en 1262 provincial de sa province, charge
qu'il devait conserver jusqu'en 1268. Nommé évêque
d'Orvieto par Grégoire X (1272), le même Souverain
pontife le désigna, le 20 août 1273, pour être son
vicaire dans la Campanie, les Marches d'Ancône, le
duché de Spolète et la Toscane (Potthast, Reg.,
n. 19845, 20753). En 1274, Cavalcanti fut choisi par
le pape pour remplir le même office dans le diocèse de
Rome. S'étant démis du siège d'Orvieto, Cavalcanti
se retira à Florence où il mourut le 20 août 1279.
V. Fineschi, Memorie istoriche degli uomini illustri di S.
Maria Novella, i, Florence, 1790, p. 121-59. — T. Masetti,
Monumenta el antiquiiates... in provincia Romana, i, Rome,
1864, p. 224-28. — H.-C. Scheeben, Accessiones ad histo-
riam Romanae provinciae saec. XIII, dans Archivum Fr.
praedicatorum, iv, 1934, p. 132 (avec bibliogr.). — G. Bucco-
linî, Série critica dei vescoi'i... di Orvieto, Pérouse, 1941,
p. 44-5.
M. -H. Laurent.
CAVALCANTI (Augustin), religieux théatin,
polémiste (f 1748). Voir D. T. C, ii, 2044.
CAVALIERI (Joseph-Michel), augustin ita-
lien et liturgiste (f 1757). Voir D. A. CL., u, 2687-
2690.
CAVALLA, métropole provisoire de Macé-
doine. La ville maritime de Cavalla se trouve sur la
côte de Macédoine, en face de l'île de Thasos. Elle
occupe le site de l'antique Néapolis. Les Byzantins la
nommèrent Christopolis, mais elle fut plus tard appelée
Cavalla, mot dont l'étymologie est contestée. Les uns
prétendent que les Génois lui donnèrent ce nom parce
qu'elle présente l'aspect d'un cheval (caballo), d'au-
tres parce qu'elle fut réoccupée par des gens qui
venaient de l'ancienne localité dite Scavalla (auj.
Eski-Cavalla). C'est une ville industrielle et commer-
çante de plus de 50 000 hab. Au début d'oct. 1924, le
Saint Synode de Constantinople y fonda une métro-
pole sous le nom de Cavalla et Nestos (KagâAAaç Kai
NÉCTTOu), mais le désir de faire revivre l'antique titre
de Philippes lui a fait substituer celui de Philippes,
Néapolis et Nestos (décision du Saint Synode du
3 déc. 1939). Voir à Christopolis et Philippes.
G. N. Nicotsaras, au mot KogàX^a, dans MsyàAri éXAT|viKf|
ÉyKUKAoïraiSEÎa, xiii, 418-420. — 'OpSoSo^ia, i, 128; iv,
541; V, 34.
R. Janin.
CAVANYHAC (Jean de), chancelier du car-
dinal de Givry, évêque de Langres. Prieur d'Aubi-
gny (Hte-Marne) en 1532, curé de diverses paroisses,
chanoine de Langres de 1551 à 1568, il meurt en 1570.
Il est l'auteur d'une Historia brevis Lingonensium
episcoporum, ms. qui semble perdu.
Lelong, Biblioth. hist. de la France, i, 9001. — Abbé
Roussel, Le dioc. de Langres, i, 1873-99, p. 162; ii, 415,
431, 443; m, 141; iv, 100. — L.-E. Marcel, Le cardinal
de Givry, i, 1926, table; n, 259.
G. Drioux.
CAVE (William), historien ecclésiastique an-
glais (1637-1713). Voir D. T. C, ii, 2044-45.
CAVEDONI (Venance-Célestin), prélat et
archéologue italien (1795-1865). Voir D. A. C. L.,
II, 2703-10.
CAVEIRAC (Jean Novi de) (1713-1782), na-
quit à Nîmes le 6 mars 1713; après avoir fait de fortes
études théologiques, il embrassa l'état ecclésiastique
et eut une grande autorité en Languedoc; il fut le
confident de plusieurs évêques de la province. Lors-
que, en 1752, Voyer d'Argenson projeta d'adoucir le
sort des protestants, Caveirac appuya, en de nom-
breux écrits, les décisions prises par les évêques contre
le projet du ministre; il semble d'ailleurs que Caveirac
ait été l'inspirateur de ces décisions. Il approuva et
défendit la révocation de l'Édit de Nantes, car il était
convaincu que la religion catholique et le protestan-
tisme ne pouvaient pas coexister dans un état monar-
chique, et, plus tard, il prit la défense des jésuites
contre les parlements. L'ouvrage qu'il publia contre
la décision approuvée par l'autorité royale lui valut
des poursuites. Caveirac se réfugia en Italie, à Li-
vourne, et fut condamné par contumace, au Châtelet,
en 1764. Il ne revint en France qu'après la disgrâce
de Choiseul et la dissolution du parlement qui avait
condamné les jésuites. Pendant son séjour en Italie,
il publia un Éloge chrétien du dauphin présenté à
Clément XIII (Rome, 1766, in-8'>). L'abbé de Caveirac
mourut en 1782.
La plupart des écrits de Caveirac ont pour objet la
question des protestants : La vérité vengée ou Réponse
à la dissertation sur la tolérance des protestants, Paris,
1756, in-12; Mémoire politico-critique où l'on examine
s'il est de l'intérêt de l'Église et de l'État d'établir
pour les calvinistes du royaume une nouvelle forme de
se marier et où l'on réfute l'écrit qui a pour titre :
« Mémoire théologique et politique sur les mariages
clandestins des protestants de France », Paris, 1756,
in-80; Apologie de Louis XIV et de son Conseil sur la
révocation de l'Édit de Nantes, pour servir de réponse
à la lettre d'un patriote (Antoine Court) sur la tolé-
rance civile des protestants, avec une dissertation sur
la journée de la S. -Barthélémy, s. 1., 1758, in-8° :
dans cet écrit, Caveirac affirme que la religion n'eut
aucune part aux massacres des protestants; les mas-
sacres d'ailleurs ne furent point prémédités; d'autre
part, la révocation de l'Édit de Nantes s'imposait,
car, dans un État monarchique qui veut l'unité,
deux religions ne peuvent coexister; l'Apologie parut,
à la même date, sous un titre différent : Paradoxes
intéressants sur la cause et les effets de la révocation de
l'Édit de Nantes; la dépopulation et la repopulation
du royaume, l'intolérance civile et rigoureuse d'un
gouvernement, s. 1., 1758, in-8°; la Dissertation sur la
journée de la S. -Barthélémy a été publiée avec des
notes historiques par M. Roisselet de Sauclières,
Montpellier, 1841, in-16.
L'abbé de Caveirac prit la défense des jésuites dans
l'Appel à la raison des écrits publiés contre les jésuites
de France, Bruxelles, 1762, in-12; réédité et augmenté
de plusieurs choses intéressantes, parmi lesquelles
deux extraits de lettres de M. le cardinal de Fleury,
Bruxelles, 1762, in-12, et un Nouvel appel à la raison
des écrits et libelles publiés par la passion contre les
jésuites de France, Bruxelles, 1762, in-8".
Caveirac répondit au.^c attaques de J.-J. Rousseau
dans la Lettre du Visigoth à M. Fréron sur sa dispute
harmonique avec M. Rousseau, Septimaniopolis, 1754,
in-8'>, et dans Nouvelle lettre ù M. Rousseau de Genève,
s. 1., 1754, in-12. Il eut aussi une discussion avec Vol-
taire, dans la Lettre du docteur Chlévalès à M. de Vol-
taire, en lui envoyant la copie manuscrite d'une autre
lettre à laquelle il ne paraît pas qu'il ait répondu, post-
scriptum du morceau de prose que M. de Voltaire
29
CAVEIRAC
— CAYLUS
30
avait fait imprimer à la suite de la première édition
qu'il donna de son Ode sur la mort de la princesse de
Bareth; seconde lettre à M. de Voltaire, Paris et
Genève, 1772, in-8».
Comme l'abbé de Caveirac publiait la plupart de
ses écrits d'une manière anonyme, on lui a attribué
quelques écrits dont il n'est peut-être pas l'auteur,
par ex. L'accord de la religion et de l'humanité sur la
religion, s. 1., 1762, in-12, attribué aussi à l'abbé de
Malvaux, et Réponse aux recherches historiques concer-
nant les droits du pape sur la ville et l'État d' Avignon,
avec les pièces justificatives (de Cl. F. Pfeffel von
Kriegelstein), s. 1., 1769, in-8°.
Michaud, Biogr. universelle, vu, 271-72. — La nouvelle
biogr. générale, ix, 292. — Quérard, La France littéraire,
II, 90. — De Feller-Weiss, Biogr. universelle, ii, 466.
*J Ca.rreyre
CAVELIER DE LA SALLE (Jean), né à
Rouen le 27 oct. 1636, entra au séminaire S.-Sulpice
le 15 févr. 1659. On le qualifie souvent de docteur
en théologie. Il avait été reçu maître ès arts le
3 juin 1657, mais son nom ne figure ni sur la liste
des licenciés, ni sur celle des docteurs. Il partit pour
le Canada, où il arriva le 7 sept. 1666. Au bout de
dix années de séjour, il revint en France. M. Tronson,
en 1682, l'envoya au séminaire de Viviers. En 1685, il
retourne au Canada, avec son frère Robert Cavelier
de La Salle, le célèbre explorateur. Il emmenait avec
lui deux de ses neveux, Jean-Nicolas Crevel de Mo-
ranger et François de Chefdeville, entrés au sémi-
naire S.-Sulpice en 1680. Cette expédition pour la
découverte de l'embouchure du Mississipi avait été
encouragée par M. Tronson qui avait la pensée de
fonder dans la Louisiane une colonie chrétienne sur le
modèle de Montréal et un séminaire. L'assassinat de
Robert de La Salle au cours du voyage par un de ses
compagnons ruina cette entreprise. Jean Cavelier
avec ses compagnons fidèles traversa l'Amérique à
travers mille dangers et rentra au Canada. Après
avoir liquidé la succession de son frère assez obérée,
il revint en France en oct. 1688 et se retira à Rouen
chez une de ses nièces. Le 19 mars 1719, le maréchal
d'Estrées lui demanda les mémoires, journaux et
cartes des pays découverts par son frère Robert de
La Salle. Il répondit que pour la plupart ils avaient
été perdus après la mort violente du chef de l'expédi-
tion et il lui annonçait l'envoi de tout ce qui lui
restait (Bibl. nat., fr. n. acq. 9301). Il a écrit lui-même
une relation de son voyage qui a été éditée, sous le
titre Relation du voyage entrepris par feu M. Robert
Cavelier, sieur de La Salle, pour découvrir dans le
golfe du Mexique l'embouchure du fleuve Mississipy,
par son frère, M. Cavelier, prêtre de S.-Sulpice, l'un
des compagnons de ce voyage (à Manato, 1858, petit
in-8"). Jean Cavelier mourut à Rouen, le 24 nov. 1722,
et fut inhumé dans le chœur de Ste-Croix-S.-Ouen.
L. Bertrand, Bibliolh. sulpicienne, i, 211-12. — Registres
du séminaire S.-Sulpice, Lettres de M. Tronson. — Bibl.
nat., Papiers Margry, Nouv. acq., fr., 9088-9093. — Jour-
nal hist. du dernier voyage que feu A/, de La Salle fit dans
le golfe du Mexique..., par M. Joutel, l'un des compagnons
de ce voyage, rédigé par M. de Michel, Paris, 1713, in-12.
— P. Margry, Mémoires et documents pour servir à l'hist.
des pays d'outre-mer, m. — Ch. de la Roncière, Le père de
la Louisiane, Cavelier de La Salle, Tours-Paris, 1936, jn-8°.
E. Levesque.
CAVELLUS (Hugh), Mac Cawell, frère mi-
neur irlandais, théologien, archevêque d'Armagh (v.
1575-t 1626). Voir D. T. C, u, 2045-46.
CAVOUR (Sainte-Marie), Caburro, Caburrensis,
abbaye de bénédictins au diocèse de Turin. Fondée
par l'évêque Landulphe (f 1037), elle dépendit de
S. -Michel de Chiusa et fut placée en commende en
1590.
F. Alessio, Cavour e la sua abazia, dans Boit. sior. bibl.
subalp., XIV, 1909, p. 279-95. — Cavour, abazia, vescovado,
plebania e vicaria, Pignerol, 1911. — B. Bandi, Cartario
délie abazia di Cavour, dans Bibl. soc. stor. subalp., m,
[ 1900, p. 1. — Cottineau, 638. — Kehr, //. pont., vi, n, 95.
— Mabillon, Annales, iv, 214-16. — - A. Peyron, L'abazia
di S. Maria di Cavour, dans Boll. soc. Piem. arch., xiii,
1929, p. 58-61. — G. B. Semeria, Storia délia Chiesa metro-
pol. di Torino, 453. — Ughelli, iv, 1443.
R. Van Doren.
CAVVADIOS (Macaire), Kabadios, théologien
grec (xviii^ s.). Voir D. T. C, ii, 2046.
CAXAL (Antonio), Taxai, Quechal, A. de Mer-
cede, religieux mercédaire, né à Tarragone en 1360 (?),
général de son ordre en 1406, fut chargé par le roi
d'Aragon d'ambassades auprès de divers souverains
et de Benoît XIII. Représentant de Ferdinand I^',
puis d'Alphonse V, au concile de Constance, il prit
une part importante aux délibérations et s'y fit le
champion de l'union. On a conservé le texte de cer-
tains de ses discours (Finke, op. cit.). Il mourut à
Constance en 1417, entre le mois d'avr., lorsqu'il
participait encore aux négociations avec les Castillans,
et le 26 juill., date de la déposition de Benoît XIII.
Finke, Acta conc. Constanc., ii-iv. Munster, 1923-28,
passim. — ■ B. Fromme, Die span. Nation und dos Konst.
Konzil, Munster, 1896. — N. Antonio, Bibl. hisp. vet., ii,
204-05. — Enc. eur.-amer., xn, 717-18.
É. Van Cauwenbergh.
CAXIAS, évêché du Brésil, dans l'État de Rio
Grande do Sul, érigé le 8 sept. 1934, dépendant de la
métropole de Porto Alegre. La cathédrale est dédiée
à Ste Thérèse de l'Enfant- Jésus. Évêque : Joseph
Barea, 1935.
Acta Ap. Sedis, xxvii, 1935, p. 359-61, 441. — Ann.
pont., 19.36, p. 191; 1937-39, p. 141; 1948, p. 104.
É. Van Cauwenbergh.
CAXIAS DE MARANHAO, évêché du
Brésil, érigé le 22 juill. 1939, par le démembrement du
diocèse de San Luis de Maranhao, dont il devint
suffragant. L'église paroissiale de N.-D. dos Remedios
devint cathédrale. Évêque : Luis de G. Marelim, 1941.
Acta Ap. Sedis, xxxir, 1940, p. 109-12. — Ann. pont.,
1948, p. 104.
É. Van Cauwenbergh.
CAYES (Les), Les Caies, évêché d'Haïti (An-
tilles). A la suite du concordat conclu en 1860 entre
le S. -Siège et la république d'Haïti, la province ecclé-
siastique de Port-au-Prince fut établie avec quatre
évêchés sufïragants, dont Les Cayes, érigé par bref
de Pie IX, du 3 oct. 1861. Le diocèse fut administré
par l'archevêque de Port-au-Prince jusqu'en 1893.
Évêques : J.-M.-A. Morice, 1893, dém. 1914. —
I.-M. Le Ruzic, adm. ap., év. 1916, déni. 1919. —
J.-V.-M. Pichon, 1919, dém. 1941. — Fr.-J. Person,
coadj. 1937, év. 30 août 1941, f 24 sept. 1941. —
J.-L. Collignon, 30 sept. 1942.
Louvet, Miss, caih., Lyon, [1894], p. 306. — Ann.
pont., 1948, p. 96.
É. Van Cauwenbergh.
CAYET (Piehre-Victor-Palma), polygraphe
français (1525-1610). Voir D. T. C, ii, 2046-48.
CAYLUS (Daniel-Charles-Gabriel de Pes-
TEL DE Levis DE TuBiÈRES DE) (1669-1754), naquît
à Paris le 20 avr. 1669, devint docteur de Sorbonne,
puis aumônier du roi, vicaire général du cardinal de
Noailles, enfin, le l'"'mars 1705, évêque d'.A.uxerre. En
1714, il fut un des quarante prélats qui acceptèrent
la bulle Unigenitus, mais, dès 1717, il suivit Noailles
31
CAYLUS — CAYRON
32
et fit appel de la bulle. A cette occasion, il eut de vives
discussions avec sou chapitre et il devint désormais
un des plus ardents adversaires de la Constitution
Unigenitus : il refusa de signer raccommodement de
1720 et, en 1727, fut l'un des douze prélats qui s'éle-
vèrent contre la condanniation de l'évêque de Senez
par le concile d'Embrun. Gallican convaincu, il pro-
testa contre la légende de Grégoire VII et, en 1730,
contre la déclaration royale qui regardait la bulle
Unigenitm comme une loi de l'Église universelle.
Il engagea de longues disputes contre son métropo-
litain Languet, archevêque de Sens, et condamna
plusieurs propositions enseignées par les jésuites de
son diocèse. 11 fut partisan des miracles de S.-Médard,
mais rejeta le fanatisme de certains convulsionnaires.
Il mourut à Rennes le 3 avr. 1754.
Principaux écrits. — Harangue au roi, pour la
clôture de l'assemblée du clergé le 13 avr. 1707, et le
30 oct. 1715. A partir de 1717, les œuvres de Caylus se
rapportent toutes, plus ou moins directement, aux
polémiques soulevées en France par la publication de
la bulle Unigenitus le 8 sept. 1713; il avait d'abord
accepté cette bulle, mais il en fut bientôt l'adversaire
le plus ardent : Lettre à un chanoine de son église cathé-
drale au sujet d'une conclusion du chapitre du 14 mai
1714, pour la réception de la Constitution « Unigenitus »,
17 avr. 1717; Réponse à Mgr l'évêque de..., qui lui
avait écrit au sujet de son mandement du 4 oct. 1718,
Paris, 1719, in-4"; Lettre à Son Éminence Mgr le
cardinal de Noailtes, archevêque de Paris, où il lui
expose les motifs pressants qui l'obligent à partir pour
son diocèse sans prendre congé de S. É. et à ne point
prendre part à l'accommodement de 1720, 6 juill. 1720,
s. 1., in-4°; Lettre ù Mgr l'évêque de Soissons [Languet],
à l'occasion de ce que ce prélat dit de lui dans sa première
lettre à Mgr l'évêque de Boulogne, 1722, s. 1., in-4°;
Seconde lettre ù Mgr l'évêque de Soissons au sujet de
l'infaillibilité que ce prélat attribue aux jugements
de Rome, 1722, s. 1., in-4° (lettre condamnée par un
décret du S.-OfTice, du 14 juill. 1723); Lettre au roi
au sujet du refus que lui a fait M. le Garde des sceaux
d'une continuation de privilège pour l'impression des
livres ù l'usage de son diocèse, 12 déc. 1729, s. 1. n. d. ;
Lettre au roi au sujet du bref qui condamne son man-
dement sur la légende de Grégoire VII, 11 févr. 1730,
s. 1., 111-4°; Lettre à Mgr l'archevêque de Paris, prési-
dent de l'assemblée générale du clergé de France,
18 août 1730, et Lettre à Messeigneurs les archevêques
et autres députés de l'assemblée générale du clergé de
France, 18 août 1730, s. 1. n. d., in-4'>; Lettre à
M. Chambon, 4 mai 1732, s. 1. n. d., in-4o; Lettre
pastorale adressée au clergé et aux fidèles de son diocèse
au sujet de la seconde lettre pastorale que M. l'arche-
vêque de Sens [Languel] lui a écrite en date du 25 déc.
1732, s. 1. n. d., in-4o; cette lettre est la première des
six lettres qu'il écrivit, de 1732 à 1750, à son métropo-
litain, rarchevêque de Sens Languet de Gergy, an-
cien évèque de Soissons, et toujours pour des ques-
tions soulevées par le jansénisme.
Avec les jésuites de son diocèse, Caylus eut des
discussions plutôt vives qui durèrent assez long-
temps. Voir l'Ordonnance et instruction pastorale por-
tant condamnation de plusieurs propositions extraites
des cahiers dictés au collège d'Auxerre par le P. Le
Moyne, de la Compagnie de Jésus, 18 sept. 1725; une
Réponse à cette ordonnance fut publiée, Cologne, 1725,
in-4'', et une Remontrance au sujet de cette ordonnance,
Paris, 1726, in-4''. Caylus répliqua par une Instruction
pastorale au sujet des remontrances que les jésuites
lui ont adressées pour la défense des propositions ex-
traites des cahiers du P. Le Moijne, que ce prélat a
condamnées par l'ordonnance du 18 sept. 1725, Paris,
1727, in-4°. Plus tard, Caylus publia une Ordonnance
au sujet des entreprises de quelques jésuites, régents du
collège d'Auxerre, contre la hiérarchie et les droits des
curés, 25 avr. 1733, in-4''.
Caylus fut également mêlé à des questions litur-
giques qui intéressaient le jansénisme; il publia, en
1729, un Rituel qui souleva quelques discussions, mais
c'est surtout l'afïaire de la légende de Grégoire VII
qui eut un grand retentissement, même en dehors
du diocèse : Mandement qui défend de suivre l'office
imprimé dans une feuille volante qui commence par
ces mots : Die XSV maii, in festo S. Gregorii VII,
24 juill. 1729, in-4''. Ce mandement, où Caylus dis-
tingue les deux puissances et s'élève contre la Cour
de Rome, provoqua de vives polémiques; il fut
condamné par un bref du 17 sept. 1729; Caylus publia
une longue Requête au Parlement contre ce bref avec
une consultation de plus de cent avocats (14 févr. 1730),
une Lettre au roi (17 févr. 1730) et une Lettre à l'as-
semblée générale du clergé de 1730 (8 août 1730); enfin
une Lettre à l'archevêque de Paris, le 3 mars 1733,
lorsque fut imprimée la déclaration de l'assemblée du
clergé.
Les curés du diocèse d'Auxerre s'élevèrent aussi
contre leur évêque dans les Très humbles remontrances
au sujet de la doctrine du catéchisme qu'il vient de
donner dans son diocèse, 29 mai 1735, in-4''; Caylus
répondit par une Instruction pastorale, 30 déc. 1735,
et publia les Très humbles et très respectueuses remon-
trances au sujet d'un arrêt du Conseil d'État du 18 déc.
1735 qui supprime son catéchisme, 27 avr. 1736,
in-l". Un anonyme publia les Lettres d'un théologien
à M. d'Auxerre au sujet de sa dernière Instruction
pastorale; les quatre lettres portent les dates des
9 avr., 9 mai, 17 juill. 1736, et 9 févr. 1737, in-4o.
A M. de Charancy, successeur de son ami Colbert
de Croissy, évêque de Montpellier, Caylus écrivit
deux lettres assez vives : la première, à l'occasion de
ce que ce prélat dit de lui dans son mandement du
i'"' juill. 1742, 1743, in-4''; et la seconde à l'occasion
de sa réponse à ce prélat, 1" avr. 1744, 1745, in-4''.
Les ouvrages de Caylus ont été publiés de 1750 à 1752,
en 10 vol. in-12.
Les dernières années de ce prélat batailleur furent
plus calmes; d'ailleurs tous ses amis qui avaient
combattu la bulle Unigenitus étaient morts les uns
après les autres.
La Constitution « Unigenitus » déférée à l'Église univer-
selle ou Recueil général des actes d'appel interjetés au
futur concile, ii, Cologne, 1757, p. 613-76, 4 vol. in-fol. —
Abbé Dettey, Vie de M. de Caylus, Paris, 1765, 2 vol.
m-12, et Nouvelles ecclésiastiques des 26 juin et 14 août 1766,
p. 105-08, 134-36. — Tous ces écrits sont remplis d'éloges
et les Nouvelles ecclésiastiques en particulier ont cinq pages
recensées à la Table des matières, i, 155-60.
J. Carreyre.
CAYRON (Pierre-Jean), jésuite, né à Rodez en
1672, t à Toulouse le 31 janv. 1754. Entré au noviciat
de Toulouse le 7 déc. 1687, il enseigna la philosophie
à Carcassonne, à Tournon et à Rodez, la rhétorique
à Toulouse; il fut recteur du noviciat de cette ville et
maître des novices, recteur du collège de Toulouse,
supérieur de la maison professe et instructeur du
troisième an. Grand dévot de S. François Régis, il se
fit le promoteur infatigable de son culte; il adressa
en 1708 un mémoire aux États du Languedoc réunis
à Narbonne pour promouvoir l'introduction de la
cause du saint, et un rapport à l'assemblée générale
du clergé; il fut vice-postulateur de la cause intro-
duite à Toulouse et à Rome. Après la béatification,
il poursuivit ses démarches en vue de la canonisa-
tion, s'adressant à la cour, au clergé et aux assem-
blées des États et des provinces ecclésiastiques avec
lesquelles François Régis avait eu des rapports, et
33
CAYRON —
CEAD WALA
34
obtint des lettres de Louis XV et de Marie Leczinsl<a
en faveur de la canonisation, qui fut prononcée en
1737. Il ne cessa de travailler à répandre le culte du
saint et obtint des guérisons merveilleuses par son
intercession. Sa vie pleine de vertus et d'initiatives
charitables lui valut la réputation d'un saint. Sa
cause a été introduite.
Em. Bouniol, S. J., Le serviteur de Dieu Pierre-Jean
Cayron, S. J., Toulouse, 1886. — J.-B. Couderc, S. J.,
Le R. P. Jean-Pierre Cayron, S. J., sa vie d'après le P. Jean
Sérane, Paris, 1904. — Kempf, Die Heiligkeit der Gesell-
schaft Jesu, Einsiedeln, 1922.
A. De Bil.
CAZ, Casensis, Caxiensis, Katsis, couvent de
moniales de l'ordre de Prémontré, situé au diocèse
de Coire (Suisse), relevant de la circarie de Souabe et
placé sous le patronage de S. Luzi (S. Lucius).
Il fut fondé en 1154 ou 1156 et disparut au début de
la Réforme au xvi« s. Il n'est pas certain qu'il ait
appartenu à l'ordre de Prémontré. Quoi qu'il en soit,
les sœurs suivaient la règle de S. Augustin. En 1537,
leur couvent fut laïcisé; la communauté ne comptait
plus alors que deux sœurs.
C. L. Hugo, Annales Praem., i, 497. — A. Brackmann,
Helvetia ponlificia, 101-03. — A. Eichorn, Episcopatus
Curiensis in Rhetia, S.-Blaise, 1797, p. 342-47. — H. J. Leu,
Allgemeines helvetisches Lexicon, ix, 55-57 (avec liste des
abbesses et prieures). — J. G. Mayer, Die Inscbrift der
Stifter des Kloslers Cazis, dans Kath. Schweizer Blatter,
VII, 1891, p. 504 sq. ; Geschichte des Bisiums Chur, ii,
727 sq. (avec liste des abbesses et prieures). — E. F. von
MUlinen, Helvetia sacra, Berne, 1858-61, ii, 75. — A. Nu-
cheler. Die Gotteshauser der Schweiz, i, p. 96. — J. Simo-
net, Geschichte des Klosters Cazis, 127-83. — R. Van
Waefelghem, Répertoire, 52-53. — Diverses archives de
cette maison se trouvent à l'évèché de Coire.
M. -A. Erens.
CAZALÈS (Edmond de) (1804-1876), né le
3 août 1804 à Grenade-sur-Garonne (Hte-Garonne),
était le fils de l'orateur illustre qui, sous la Révolu-
tion, fut le défenseur de la monarchie et de la foi
chrétienne. Il fit d'abord ses études de droit et exerça
la fonction de juge auditeur à Provins (1827-29), puis
s'intéressa au mouvement des idées religieuses sous
la monarchie de Juillet (1830); il fut un des membres
fondateurs du Correspondant en 1843 et il collabora
à la Revue européenne et à l' Université catholique
fondée en 1835 par Bonnetty. Nommé professeur à
l'université catholique de Louvain, il publia, en par-
tie, dans la revue de Bonnetty, ses leçons sur l'histoire
générale de la littérature. Ordonné prêtre en 1843, il
devint vicaire général et supérieur du séminaire de
Montauban. Lorsque éclata la révolution de févr. 1848,
l'abbé de Cazalès fut élu député du Tarn-et-Garonne;
à l'Assemblée nationale, il fut un zélé défenseur des
droits de l'Église et de la liberté d'enseignement, à
côté de Falloux et de l'abbé Dupanloup. Puis il
rentra dans la retraite et mourut le 21 janv. 1876.
Cazalès n'a publié que deux ouvrages personnels :
Études historiques et politiques sur l'Allemagne contem-
poraine, Paris, 1853, in-8°, et Nos erreurs et leurs
remèdes, Paris, 1876, in-8". Il traduisit de l'allemand
plusieurs écrits traitant de Anne-Catherine Emme-
rich. Il collabora activement aux 20 premiers volumes
(jusqu'en déc. 1845) de l'Université catholique de
Bonnetty, et publia de nombreux articles dans la
Revue des Deux Mondes et dans Le Correspondant.
Hoefer, Nouvelle biogr. générale, ix, 319-20. — Feller-
Weiss-Busson, Biogr. universelle, ir, 468-69. — De Cham-
pigny. L'abbé de Cazalès, dans Le Correspondant dxi 10 févr.
1876, CH. 371-74.
J. Carrevue.
CEADDA (Saint), ou Chad, évêque de Mercia,
t 672. Il naquit en Northumbrie, devint disciple de
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
S. Aidan, abbé de Lindisfarne, et reçut sa formation en
Irlande, au monastère de Rathmaelisa. Avec son frère
S. Cedd, il travailla beaucoup à la conversion des Mer-
ciens et des Saxons de l'est de l'Angleterre. II succéda
à son frère Cedd dans le gouvernement du monastère
de Lastingham, près de Whitby. Sur les instances du
roi Oswy, il fut promu au siège d'York, mais, après
qu'il eut gouverné cet évêché pendant quelque temps,
des doutes surgirent sur la validité de son sacre, ou
bien parce que Wilfrid avait été élevé au même siège,
ou bien — raison plus probable — parce qu'il avait
été sacré par des évêques scots et bretons. A cette
époque, en effet, les Scots et les Bretons s'écartaient
de la discipline et de la liturgie romaines, et dès le
vii« s. les ordinations, comme d'ailleurs tous les sacre-
ments administrés par eux, étaient tenues pour sus-
pectes en Angleterre. Pour éviter la communion avec
des évêques scots, Wilfrid alla se faire sacrer en pays
franc, à Compiègne. Ceadda vit la validité de son
ordination contestée par Théodore, archevêque de
Canterbury, à cause probablement de la part qu'y
avaient prise deux évêques bretons. Ceadda fit preuve
d'une grande humilité : « Si vous croyez, dit-il, que je
n'ai pas été canoniquement consacré, je suis tout prêt
à résigner une fonction dont je ne me suis jamais senti
digne et que je n'ai acceptée que par obéissance. »
Il se retira au monastère de Lastingham. A la mort de
Jaruman, évêque de Mercie, Théodore transféra
Ceadda à ce siège, mais le soumit à une réordination
per omnes gradus. Ceadda fixa son siège à Lichfield,
bâtit une cathédrale et fonda pour ses prêtres un
régime de vie commune. Il mourut en 672, d'une peste
qui dévastait la région, et fut enterré près de sa cathé-
drale. Aussitôt il devint objet d'un culte très répandu.
Bède le Vénérable, presque l'unique source de nos
renseignements au sujet de Ceadda, nous en a laissé un
portrait génial. Sa fête tombe le 2 mars. On conserve
encore à la bibliothèque de la cathédrale de Lichfield
« le livre de S. Chad », que la tradition attribua au
premier évêque de Lichfield. C'est un évangéliaire qui
date du viii« ou du ix« s., en écriture demi-onciale
scotte, mais l'attribution à Ceadda est certainement
fausse.
B. H. L., n. 1716-1717. — D. N. Biogr., ix, 391-93. —
R.-H. Warner, The life and legends of St Chad, Londres,
1872. — Eddius, Vita Wilfridi, dans The historians of the
Church of York, éd. J. Raine, Londres, 1879, p. 18, 22, etc.
— J. Kenney, Sources for the early history of Ireland, t. i,
Ecclesiastical, New- York, 1929, p. 639, n. 468. — Bède,
Hist. eccles., éd. C. Plummer, Oxford, 1896, passim; voir
index. — F. Masai, Essai sur les origines de la miniature
dite irlandaise, Bruxelles, 1947, pl. xix, etc.
F. O'Briain.
CEADWALLA, ou Cadwallon, roi des Galles
du Nord, f 634, est fréquemment confondu, même par
Bède dans son H. E., avec Caedwalla, roi de Wessex en
Grande-Bretagne (D. H. G. E., xi, 136). Quoique
chrétien, il mit plusieurs obstacles à l'évangélisation
des Saxons de l'Ouest. Fils de Cadvan, Ceadwalla fut
le dernier roi des Galles à réclamer le droit de régner
sur la Grande-Bretagne, droit qu'il ne réussit pas à
faire respecter. Il lutta contre Éduin, roi des royaumes
unis de Deira et Bernicia, lui infligea une défaite à la
bataille de Hatfield (632) et, menaçant de chasser tous
les Anglais hors de Bretagne, il ravagea la Northum-
brie, tua Éduin et ses deux flls, Osric et Eànfrid, et
prit possession d'YorI<. Mais S. Oswald, rex clxristiu-
nissimus, mit en déroute l'armée de Ceadwalla à la
bataille de Denisesburn, en 634, au cours de laquelle
périt le roi gallois.
Bède, Hist. eccles., éd. C. Plummer, ii, Oxford, 1896,
p. 93. 114-15. 1279. — D. C. Biogr., i, 371-72.
F. O'Bhiain.
H. — XIL — 2 —
35
CE AD WALL A
— CÉCILE (SAINTE)
36
CEADWALLA. Voir Caedwalla, D. H. G. E.,
XI, 136.
CE ARA, arclievèché du Brésil. Voir l-'om aleza.
CEBU, ou Nom de Jésus, évêché puis archievèché
dans l'île et la province du même nom, aux Philippines.
Magellan découvrit l'île en 1.521, mais mourut, avec la
plupart de ses compagnons, dans l'île voisine de Mac-
tan. Les survivants, dont le P. Urdaneta, augustin,
regagnèrent l'Espagne par la voie de l'Ouest, réalisant
ainsi le premier périple du monde. Urdaneta revint en
avr. 1565 à Cebu, qui devint le berceau du christia-
nisme aux Philippines, et y construisit un monastère.
Les Jésuites y arrivèrent en 1595 et y édifièrent des
forts et même des églises fortifiées, comme défense
contre les incursions des Morus. - Lorsque, le
14 août 1595, la province ecclésiastique de Manille fut
érigée, Cebu fut parmi les évèchés sutîragants; le
25 mai 1865, Rome en détachait une partie qui deve-
nait le nouveau diocèse de Jaro; enfin, le 28 avr. 1934,
une Constitution apostolique démembrait la province
de Manille : Cebu devenait métropole, avec cinq
évêchés sufTragants.
Évêques. — Pedro de Agurto, 1595. — P. M. de An-
drade, 1611. -- P. Arce, 1612. — J. Vêlez, 1653. —
J. Lopez, 1664. — D. de Aguilar, 1680. — M. Bayot,
1696. — P. S. de la Vega, ne prit point poss. — Seb.
de Foronda, 1723 (ou 1724). — M. A. de Osio y Ocam-
po, 1733. — P. Cabezas, 1741. — M. L. de Espeleta,
1759. — M. J. Rubio de Arevalo, 1775. — I. de Sala-
manca, 1789. — J. E. de la Virgen de Sopeteran y
Ruiz, 1805. — Fr. Genoves, 1826. — S. G. Maranon,
1830 (ou 1831). — J. Gil y Orduna, 1842. — - R. Ji-
meno, 1847. — B. R. de Madridejos ô del Rosario,
1876. — M. G. Alcocer, 1887. - Ph. A. Hendrick
(1" év. de nat. amér.), 1903. — J. P. Gorordo, 1910.
— G. M. Reyes, 1932; archev., 28 avr. 1934.
Arm. pont., 1936, p. 191 ; 1948, p. 104. — Acta Ap. sedis,
1935, XVII, 263-64. — Off. calh. direclory, New- York, 1943,
p. 773-74. — Cath. Enc, m, 471 ; suppl. i, 1 69 sq. — L. T. K.,
it, 801. — Gams, 113.
É. V.\N CAU\VENBKK(iH.
CEBULKA (Nicolas), Czechoivski, chanoine de
Sandomierz, apparaît en 1410 comme nularius duc.alis
de Witold, grand-duc de Lithuanie, qu'il devait servir
jusqu'à la mort de ce prince. En 1410, il est envoyé à
Prague auprès du roi de Bohème, Wenceslas IV ;
en 1412, il est promu chanoine de la collégiale de San-
domierz; en 1415, il assiste au concile de Constance et
y obtint la confirmation de Pi^re, nouvel évêque de
Wilno. Il remplit encore plusieurs autres légations,
auprès du roi de Pologne, auprès du grand-maître de
l'Ordre teutonique, auprès de l'empereur Sigismond
(en 1420) et est chargé de la rédaction des lettres les
plus secrètes adressées à divers souverains. On ignore
s'il a reçu les ordres; en 1428 il est mentionné comme
« le chevalier sévère ». Son rôle politique prit fin à la
mort de Witold. La date de sa mort est incertaine.
J. Dlugosz, Historiae Poloniae, iv, Cracovie, 1877, p. 246,
247, 253. — J. Caro, Liber cancellariae Stanislai Ciolek,
dans Archiv jiir ôsterr. Gesch., Vienne, 1871, p. 45. —
Varsovie, Bibl. nation., ms. Q. /. 13. — K. Piotrowicz,
Cebulka, dans Polski sloumik hiografteznij, m, Cracovie,
1937, p. 212-13.
J. OSTROWSKI.
CECARDUS (Saint), évêque de Luni, est placé
par Ughelli, qui en fait un martyr, en 600 (16 juin ou
16 juin.). Mais les bollandistes, à cause de son nom
lombard, le reculent jusqu'en 892. On n'a aucun détail
biographique sur ce saint, dont les reliques sont
conservées à Carria. Il y eut une reconnaissance au
xvii* siècle.
A. S., juin, IV, 118; oct., xii, 802. — Gams, 817. —
Lanzoni, 588. — Ughelli, i, 834.
R. Van Doren.
CECCANO, noble famille originaire de Terracine
(prov. de Rome), a fourni trois cardinaux à l'Église,
trois cisterciens et tous trois d'abord abbés de Fossa-
nova. Jordan, créé cardinal-diacre par Clément III le
12 mai 1188, devint cardinal-prêtre du titre de Ste-
Pudentienne; t 23 mars 1206 (ms. 132, de Bruges, bibl.
ville, fol. 110 \°). — Son neveu Éiienne, créé cardinal-
diacre de S. -Ange in Pescheria par Innocent III en
1212, cardinal-prêtre du titre des XII Apôtres en 1213;
ami de S. Dominique et homme de « grande science »,
j il mourut le 23 sept. 1227 et reçut la sépulture à Ste-
Marie-Majeure. — Thibaud, créé cardinal par Gré-
goire X, mourut à 50 ans en 1279 et fut inhumé près
' de S. Thomas d'Aquin, décédé, lui aussi, à Fossanova.
I Eubel, I, 4. — Jaffé, 870, 886. — Potthast, Reg., 1558,
1609, 14958. — Dom Willi, Papsie, Knrdinàle imd Bischôfe...
cisterc, Bregenz, 1912.
J.-M. Canivez.
CECCO D'ASCOLI (Slabili Francesco dit),
hérétique italien brûlé à Florence en 1327. Voir
D. r. C. II, 2048-49.
CECERITA. Voir Caeciritana (Ecclesia).
D. H. G. E., XI, 134-35.
CÉCILE. Voir aussi Caecilia.
1. CÉCILE, C ecilia, Ceciria, martyre à Sir-
mium (S juill.), est mentionnée par le martyrologe
hiéronymien comme compagne de Sostrate. Il s'agit
de Gliceria, martyre d'Héraclée.
! A. S., .juin., 11, 578. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 358-59.
R. \'an Doren.
I 2. CÉCILE (Sainte), martyre romaine, fêtée le
[ 22 nov. « Ste Cécile est si célèbre dans l'Église, sa
I légende a été si souvent racontée, que beaucoup de
I personnes ne peuvent se faire à l'idée qu'il règne
quelque obscurité dans l'histoire de son martyre et des
origines de son culte; que le dernier mot n'ait pas été
: dit à ce sujet dans de gros livres et que la critique ait
encore le droit de discuter des questions définitivement
résolues. Pourtant, actuellement encore, il est permis
d'affirmer qu'il n'y a peut-être pas de sujet plus em-
brouillé dans toute l'hagiograpliie romaine. » H. De-
lehaye, l'Aude sur le léijetidier romain : les saints de
nonembre et de décembre. Bruxelles, 1936, p. 73-74.
La légende de Ste Cécile est bien connue; on peut se
1 contenter de la résumer en quelques lignes. Cécile,
! vierge illustre, est fiancée à Valérien ; mais elle a consa-
cré à Dieu sa virginité; et la nuit de ses noces elle
déclare à son époux qu'un ange veille sur elle et la
défendra contre toute atteinte. Valérien désire voir
cet ange. Cécile lui répond qu'il le verra aussi s'il se
fait baptiser et elle l'envoie à l'rbain. qu'il trouvera au
troisième mille de la voie Appienne. Valérien trouve
l'évêque au lieu indiqué, reçoit le baptême et, lorsqu'il
revient à la maison, il voit l'ange qui converse avec
Cécile et qui remet aux époux une couronne de lys et
une couronne de roses.
Là-dessus, Tiburce, frère de Valérien, est à son tour
converti à la suite d'une exhortation de Cécile et bap-
tisé par Urbain. Or le préfet de Rome, Turcius .\lma-
chius, tourmente à ce moment les chrétiens. Il apprend
que Valérien et Tiburce sont baptisés et il les fait
arrêter. Les deux frères ne tardent pas à être mis à
mort ainsi que le corniculaire Maxime qui a été
converti par leur exemple et leurs enseignements.
Cécile à son tour est arrêtée par ordre d'Almachius,
mais elle obtient un sursis et demande à l'évêque Ur-
bain de venir dans sa maison : il y baptise plus de
37
CÉCILE
(SAINTE)
38
quatre cents personnes, entre autres le clarissime
Gordianus, qui érige la maison de Cécile en titre, sous
son nom. Cette maison devient ainsi une église et le
pape Urbain y célèbre chaque jour les saints mystères.
Cependant Cécile finit par comparaître devant le
tribunal d'Almachius : après un long dialogue, elle est
condamnée à mort. On essaie d'abord de la tuer dans
l'eau chaude de son bain; mais elle n'y éprouve qu'une
douce fraîcheur. Finalement, le préfet ordonne de la
décapiter : après trois coups, le bourreau ne réussit
pas à séparer la tête du tronc et la laisse à moitié
morte. Cécile survit encore trois jours au supplice et
peut, avant de mourir, faire don au pape de ses biens
et de sa maison. Lorsqu'elle est morte, Urbain ense-
velit son corps parmi ses collègues les évêques, les
martyrs et les confesseurs.
La légende de Ste Cécile nous est parvenue dans un
grand nombre de manuscrits, dont l'étude critique est
à peine commencée. Toutefois, on en sait assez pour
être assuré que partout on retrouve le même récit
sans modifications notables. Certains manuscrits ren-
ferment des interpolations, d'autres des abréviations
ou des suppressions : il n'y a là rien de plus que les
accidents habituels de la littérature hagiographique,
et l'on n'a pas le droit de dire que l'un ou l'autre de
ces manuscrits est particulièrement digne de créance.
Tous ont exactement, du point de vue historique, la
même valeur, qui est nulle.
Il est admis, en effet, que le premier rédacteur des
Actes de Ste Cécile s'est inspiré de l'Histoire de la per-
sécution vandale de "Victor de Vite, qui écrivait en 486.
Nous lisons dans cette Histoire qu'un chef vandale,
pour s'attacher davantage deux esclaves dont le ser-
vice lui était particulièrement précieux, Martinianus
et Maxima, s'était avisé de les marier. Martinianus
s'était prêté non sans empressement aux désirs de son
maître; mais Maxima, qui avait voué à Dieu sa virgi-
nité, avait déclaré à son fiancé qu'elle avait choisi le
Christ pour époux et l'avait engagé à se consacrer lui-
même à son service. Martinianus se laissa convaincre;
il amena même ses trois frères à l'imiter, et tous les
quatre allèrent s'enfermer dans le même monastère.
Maxima, de son côté, entra dans un couvent de reli-
gieuses où elle vivait encore lorsque Victor de Vite
écrivit son Histoire. Ressemblances littéraires et ana-
logies des situations, rien ne manque pour que nous
ayons le droit d'affirmer que les Actes sont postérieurs
au récit de Victor de Vite et qu'ils s'en inspirent. On a
encore signalé des emprunts faits par les Actes à Ter-
tullien, Apolog., ii; à S. Augustin, De Trinitate, x, 14.
Si intéressants que soient ces derniers rapprochements,
ils sont secondaires. Le fait capital est celui de l'em-
prunt à Victor de Vite, qui a fourni le thème de la
narration.
Tous les détails ajoutés à ce thème sont des lieux
communs de la littérature hagiographique : discours
sur la virginité, conversions nombreuses et baptêmes
donnés à des infidèles, maison transformée en église,
exécution de la martyre dans sa maison, etc. Il n'était
pas difficile à un fabricant de romans hagiographiques
de combiner toutes ces données, de manière à faire un
récit émouvant et varié.
X'y a-t-il donc rien d'historique dans les Actes de
Ste Cécile? Si, il y a les noms de ses compagnons de
martyre : Tiburce, Valérien et Maxime sont des mar-
tyrs authentiques du cimetière de Prétextât sur la
voie Appienne, inscrits au martyrologe hiéronymien
le 14 avr. Sans doute, on retrouve à la date du 11 août
Tiburce associé à Valérien en même temps qu'à Cécile,
mais c'est le fait d'un interpolateur maladroit qui
avait lu la Passion, et qui confond le Tiburce de la voie
Appienne avec celui de la Via Lavicana inter duas
lauros. Les trois martyrs de Prétextât sont bien réels;
leur rapprochement de Ste Cécile est l'œuvre d'un
pieux romancier. Quant à leur histoire, elle est tota-
lement inconnue.
Le nom de l'évêque Urbain, qui figure dans les
Actes de Ste Cécile, pose une série de problèmes sur
lesquels il n'y a pas lieu d'insister ici. Le rédacteur des
Actes n'hésite pas à identifier Urbain au pape de ce
nom, le successeur de Calliste sur le siège pontifical.
Deux Urbains reposaient sur la voie Appienne, l'un au
cimetière de Calliste et l'autre au cimetière de Pré-
textât. Le premier n'est pas nécessairement le pape de
ce nom, en dépit des premières apparences, car la liste
de Sixte III le range parmi les évêques étrangers, et le
second pourrait l'être, puisque le Liber pontiflcalis,
dans sa notice sur Urbain, assure que celui-ci a été ense-
veli au cimetière de Prétextât. Il nous suffit de souli-
gner le fait que les Actes ont mis Ste Cécile en rapport
avec le pape Urbain.
Le préfet de Rome, Turcius Almachius, qui figure
dans les Actes, est parfaitement inconnu : on cite des
Turcii au iV s., un Amachius en Phrygie à la même
époque; ce sont des rapprochements sans intérêt et
sans valeur. I-e rédacteur a donné au persécuteur un
nom quelconque, sans aucun souci de l'histoire. D'ail-
leurs il ne se préoccupe pas du tout de la chronologie;
il ne cherche même pas à signaler un empereur ou un
consul; et lorsque les historiens ont essayé de fixer une
date quelconque pour le martyre de Cécile, ils se sont
attaqués à un problème insoluble. Le règne de Marc-
Aurèle a rencontré assez souvent la faveur des érudits,
parce qu'Adon prétend placer la mort de Ste Cécile au
temps de Marc-Aurèle et de Commode; mais le rensei-
gnement fourni par Adon résulte d'une combinaison
artificielle dont la Chronique de Bède a donné les élé-
ments et n'a aucune valeur. H. Quentin, Les martyro-
loges historiques du Moyen Age, p. 496-502. Pas davan-
tage n'a de valeur l'indication du Liber pontificalis, qui
place le pontificat d'Urbain temporibus Diocletiani, ce
qui, par voie de conséquence, nous amènerait à placer
le martyre de Ste Cécile à l'époque de la grande persé-
cution. « Définitivement, Cécile nous apparaît comme
une figure idéale, au-dessus des contingences de la
durée. » H. Delehaye, op. cit., p. 83.
Le problème de la depositio de Ste Cécile n'est pas
moins complexe. Les Actes restent très vagues à ce
sujet; ils se contentent de dire que S. Urbain déposa
son corps parmi ses collègues les évêques, là où sont
placés tous les confesseurs et les martyrs. Dès le v^ s.,
les pèlerins comprirent qu'il s'agissait de la catacombe
de Calliste et c'est là qu'a été d'abord localisé le culte
de Ste Cécile.
En même temps, ce culte a été localisé à l'église
Ste-Cécile du Transtévère. On lit en effet dans les
Actes, et à deux reprises, que la maison de la sainte a
été convertie en église : une première fois, un clarissime
du nom de Gordien intervient pour y établir un titre;
plus loin, Cécile elle-même donne sa maison à Urbain
qui est chargé d'en faire une église. On a supposé que
l'église en question avait commencé par porter le
nom de titulus Gordiani (P. Franchi de' Cavalieri,
Recenti studi iniorno a S. Cecilia, p. 10). Cela est pos-
sible. En toute hypothèse, il reste probable que
l'église Ste-Cécile est bâtie sur la maison de la sainte,
et même qu'avant d'être appelée titulus sanctae Caeci-
liae, elle a porté le nom de titulus Caeciliae. On peut
dès lors se représenter les choses de la façon suivante :
« Cécile, qui appartenait probablement à l'illustre
famille des Caecilii, représentée par plus d'un de ses
membres dans la catacombe de Calliste, s'était acquis
par ses libéralités des titres spéciaux à la reconnais-
sance de l'Église. Le privilège d'être ensevelie à côté
des papes et des martyrs attira sur sa tombe l'atten-
tion des fidèles et lui valut des honneurs que son titre
39
CÉCILP: (SAINTE)
— CÉCILE COPPOLI
40
seul de fondatrice ne suffit pas à expliquer. Il est pos-
sible, probable même, que cette tombe, placée au
milieu de tant de sépultures illustres, passa bientôt
pour être celle d'une martyre et que l'hagiographe ne
lit qu'exploiter une idée déjà répandue dans les mi-
lieux populaires. Qu'on ne s'étonne pas d'une jiareille
transformation. Le titre de martyr jouissait d'un tel
prestige qu'on croyait souvent ne pas pouvoir le
refuser à des saints entourés d'honneurs exceptionnels,
et plus d'une fois les hagiographes se sont chargés
d'opérer cette sorte de promotion ou de la consacrer. »
H. Delehaye, op. cit., p. 86.
L'histoire des reliques de Ste Cécile n'est pas plus
claire que celle de sa depositio. Nous venons de le
rappeler : le corps de Ste Cécile a commencé par être
vénéré au cimetière de Calliste, et nous savons déjà
qu'au cimetière de Prétextât reposaient les corps des
martyrs "Valérien, Tiburce et Maxime. Or il arriva
qu'au ix'' s. le pape Pascal 1"^ (817-24) voulut recons-
truire l'église de Ste-Cécile qui tombait en ruines. Il
désirait vivement enrichir, une fois la restauration
achevée, cette église des reliques de sa patronne. Mais
le bruit courait à Rome que ces reliques avaient été
emportées à Pavie en 756 par le roi Astaulfe, avec
beaucoup d'autres d'ailleurs, si bien que le pape
renonça à des recherches qu'il jugeait inutiles. Cepen-
dant, un jour, il eut un songe : s'étant endormi au
chœur par suite de sa grande fatigue, il vit Cécile lui
apparaître et lui déclarer que les Lombards n'avaient
pas réussi à enlever son corps, parce qu'ils ne l'avaient
pas trouvé, qu'il fallait donc reprendre et poursuivre
les recherches. Là-dessus, le pape Pascal I'^"' fit fouiller
dans le cimetière de Prétextât; et il y trouva en effet
le corps de la sainte, avec ceux de Valérien, de Tiburce,
de Maxime et des papes Urbain et Lucius. Tel est,
dans ses grandes lignes, le récit du Liber pontiftcalis.
Ce récit est assez extraordinaire, car on se demande
comment on a pu retrouver à Prétextât un corps qui
avait été été enseveli et honoré à Calliste. Les histo-
riens ont parlé souvent d'une translation; mais cette
translation est purement hypothétique et nul, dans
l'antiquité, n'en a conservé le souvenir. Il n'est pas
plus facile d'admettre le transfert de Cécile à Prétex-
tât que celui de Valérien et des autres à Calliste, et
c'est bien à Prétextât qu'ont été faites les recherches
de Pascal. Le problème reste intact. Le R. P. De-
lehaye. op. cit., p. 91 sq., suppose, il est vrai, que
les reliques de Ste Cécile, conservées à Calliste,
auraient été réellement enlevées par Astaulfe, et que
Pascal, qui savait, par les Actes, l'ensevelissement de
Valérien à Prétextât, a naturellement fait des
recherches dans cette catacombe. Il y a trouvé des
corps saints, et il s'est imaginé que c'étaient ceux qu'il
souhaitait. Cette solution reste hypothétique et elle a
l'inconvénient de ruiner toute l'histoire postérieure
des reliques de Cécile.
Le Liber pontiftcalis ajoute que Pascal I^'', après
l'invention des restes sacrés, détacha du corps la tête
de la sainte martyre et la fit placer dans un reliquaire
d'argent. Sous le pape Léon IV (847-855), la tête de
Ste Cécile figure au nombre des reliques conservées
dans l'église des Quatre-Couronnés.
On sait qu'en 1599 le cardinal Sfondrati fit faire la
reconnaissance des reliques conservées à Ste-Cécile-du-
Transtévère. Les procès-verbaux de la cérémonie
furent rédigés par deux témoins oculaires, Baronius
et Bosio, et la statue de Maderno est censée résumer
les constatations de ceux qui assistèrent à l'ouverture
de la châsse. 11 faut avouer tpie de nouveau ces consta-
tations sont assez troublantes, car les témoins de 1599
retrouvèrent un corps intact, avec la tête inclinée,
tandis que, nous l'avons vu, la tête de la sainte avait
été mise à part par le pape Pascal I''' et transportée
j ailleurs. D'ailleurs, la lecture des procès-verbaux
j suffit à prouver qu'en réalité les témoins n'examinèrent
pas les reliques avec l'attention voulue et qu'on ne
! peut s'appuyer sur leurs déclarations, en dépit de
i leur apparente précision.
Concluons de tout cela que la popularité de Ste
Cécile doit dater du v« s. Au sortir des persécutions,
l'Église romaine ne célèbre pas encore de vierge mar-
tyre qui porte ce nom. Ni Damase, ni Ambroise, ni
Jérôme, ni Prudence, si ardents à louer les saintes
vierges de la capitale, ne la signalent. Au vi« s., au
contraire, son culte est définitivement installé et le
22 nov. est le jour consacré à honorer sa mémoire :
en 545, le pape Vigile fut enlevé ce jour-là par un
officier impérial, durant la célébration de son anni-
I versaire. On peut admettre que la fondatrice du
iitulus Caeciliae fut transformée en martyre par la
piété populaire. Encore n'y a-t-il là qu'une hypothèse.
La blbliograpliie de Ste Cécile est immense. Nous ne
citerons que quelques titres : J.-B. de Rossi, Roma sotter-
ranea, ii, p. xxxii-XLin. — Erbes, Die hl. Caecilia im
Zusammenhang mit der Papstl<rypta, dans Zeitschrift fiir
Kirchengescinchte, 1888, p. 1-66. — J.-P. Kirsch, Die hl.
Caecilia in der roniischen Kirche, Paderborn, 1910; Id.,
Die rôniische Titelkirchen im Altertum, Paderborn, 1918,
p. 113-16, 155, 156. — H. Quentin, Cécile (sainte), dans
D.A.C. L., Il, 2712-2738. — P. Franchi de' Cavalieri, Recenti
studi intorno a S. Cecilia, dans Note aijiograflche, iv, Rome,
1912, p. 3-38. — F. Lanzoni, I titoli presbiterali di Roma
antica, dans Rivista di arctieologia cristiana, ii, 220-24. —
H. Delehaye, Étude sur le légendier romain : les saints de
novembre et de décembre, Bruxelles, 1936, p. 73 sq. Je dois
beaucoup à cette dernière étude.
G. B.\RDY.
3. CÉCILE (Use). Cécile, que l'on a longtemps
considérée sans preuve comme ayant appartenu à la
famille romaine des CESAR INI, naquit dans les pre-
mières années du xiii'^s. Moniale de Santa Maria in lem-
pulo (Rome), où l'on suivait la règle de S. Benoît, elle
fit partie du groupe de religieuses qui, sous la direction
de S. Dominique, constituèrent la communauté pri-
mitive de S. -Sixte (carême 1220). Envoyée vers 1223
au monastère de Ste-Agnès à Bologne, elle eut l'occa-
sion d'y raconter les faits merveilleux que l'on attri-
buait au fondateur des Frères Prêcheurs et dont elle
avait entendu parler à Rome. Quelques-uns de ces
récits, plus ou moins transformés, furent consignés
par écrit par sœur Angélique, et cela entre 1264 et
1288, date à laquelle Fr. Gérard d'Allemagne, de pas-
sage à Bologne, en lit faire une copie qu'il commu-
niqua à Thierry d'Apolda (éd. I. B. Melloni, Alti e
memorie delli uomini illiistri... in Bologna, ii, 1, Bo-
logne, 1788, p. 392-403; I. Taurisano, Fontes selecti...
$. Dominici, Rome [s. d.], 42-53, etc.). La Bse Cécile
serait morte à Bologne, vers 1290.
B. Altaner, Der lit. Dominikus, Untersuchungen und
Tex<e,Breslau,1922,p.l65-70. — I. Taurisano, Fon<essc/ecti...
S. Dominici, Rome [s. d.], 38-40. — H.-Cli. Scheeben, Der
hl. Dominikus, Fribourg-en-Br., 1927, p. 329-31. —
D. Delalande, Fr. Dominique, père des Prêcheurs, .luvisy,
1934, p. 85-88.
M. -H. Laiirent.
4. CÉCILE COPPOLI, née à Pérouse en
1426 de la noble famille des Coppoli, reçut une éduca-
tion classique soignée. Elle fut donnée en mariage à
Robert de' Signorelli, sans partager pourtant la vie
commune avec celui-ci. F.n 1444 ou 1115, elle s'enfuit
de la maison paternelle jiour se faire Clarisse à P'oligno.
En 1448, elle fut vicaire du couvent cl, en cette qua-
lité, envoyée à Pérouse pour reformer le monastère
des clarisses. I^n 1449 elle retourna à Foligno où elle
fut élue abbcsse. Six ans après, les S(rurs de Pérouse
l'appelèrent pour présider leur communauté. De 1460
à 1475, elle gouverna le monastère de Foligno où,
41
CÉCILE COPPOLI
— CEDD
42
abandonnant la règle mitigée par Urbain IV, elle fit
adopter la règle primitive de Ste Claire. Déposée de
sa fonction d'abbesse en juill. 1475, elle fut reléguée
au monastère d'Urbino, où l'on observait la règle pri-
mitive des clarisses et où elle fut élue abbesse (nov.
1475). Elle devint encore deux fois abbesse de Foligno
en 1485 et en 1489. Elle mourut en odeur de sainteté
à Foligno, le 2 janv. 1500.
Jacobilli, Vite de' sanli e beali deW Umbria, i, Foligno,
1647, p. 12-15. — Wadding, Ann. Min., x, Quaracchi, 1932,
p. 115 ;xn, 1932, p. 749; xiv, 1933, p. 553 ;xv, 1933, p. 247-
48. — Sbaralea, Stipplemenlum et castigaiio, i, Rome, 1908,
p. 196. — Faloci-Pulignani, Notizia délia b. Cecilia Coppoli
di Perugia, Pérouse, 1891. — Ciro da Pesaro, Nell' Umbria
verde... Notizie storiclie sulla b. Cecilia Coppoli, Rome, 1908.
— Fantozzi, Documenti intorno alla b. Cecilia Coppoli
clarissa (1426-1500) , dans Arch. franc, histor., xix, 1926,
p. 194-225, 334-84.
.\. \'an den Wyngaert.
1. CECILIANUS, martyr à Saragosse, fêté le
16 avr. , est déjà cité avec dix-sept autres martyrs par
Prudence (Perisfeph., iv). Mentionné par l'hiérony-
mien, il est repris par le martyrologe romain qui, après
Usuard, le place sous le préfet Dacien.
A. S., avril, ii, 406-10. — Férotin, Le Liber ordiniini,
460-61 ; Id., Le Liber mnzarabicus sacramentorum, 272-78.
— Hubner, Inscr. Hisp. christ., 152. — Mari. Hier.,
éd. Delehaye, 55. — Mari. Hom., 140-41.
R. Van Doren.
2. CECILIANUS, évèque de Spolèle vers 354.
Les fragments d'œuvres historiques de S. Hilaire,
dont on admet généralement l'authenticité, con-
tiennent une lettre que le pape Libère, avant de partir
en exil, envoya à Cécilien, évêque de Spolète.
D. T. C, VI, 2404-408. — Gams, 727, — P. L., x, 688.
R. Van Doren.
CECILIANUS, Cécilien. Voir aussi Caeci-
LIANUS.
CECI L lus. Voir Caecilius.
CECIRIA. Voir Cécile.
CECRA (Saint ou Sainte), figure au martyro-
loge hiéronymien le 16 oct.; mais les mss. ne sont
d'accord ni sur sa patrie, l'Afrique ou l'Asie, ni sur son
nom exact, puisqu'ils l'appellent encore : Caecrae,
Cereae, Cacrae, Caere, Carre; les commentateurs
hésitent même sur son sexe. 270 ou 260 martyrs lui
sont adjoints; il est impossible de dire si c'est à tort
ou à raison. La date de la Passion est tout aussi
incertaine.
Propylaeum ad A. S. dec, p. 456-57. — A. S., oct.,
VII, p. 797. — Mort. Hier., éd. de Rossl et Duchesne,
dans A. S., nov., ii, pars I', p. 132; éd. Delehaye et Quen-
tin, pars II», p. 558.
J. Ferron.
CECROPIUS, évêque de Nicomédie. C'était un
semi-arien que l'empereur Constance transféra de Lao-
dicée à ce siège. Nous le connaissons surtout par
S. Athanase. Celui-ci l'accuse, ainsi qu'Auxence de
Milan et Épictète, d'avoir calomnié les orthodoxes.
Cecropius assista au concile de Sirmium et fut l'un des
auteurs de la déposition de Photinus, Hisloria ariano-
rum ad monachos; P. G., xxvi, 784 B; Epistola ad
episcopox Aegypti et Lihyae, 7; P. G., xxvi, 55.3 B.
>sous savons aussi qu'il ]irit part à la consécration de
l'église construite par Basile d'.\ncyre dans sa ville
épiscopale (358). Il fut un des évêques à qui Georges
de Laodicée adressa une lettre contre Eudoxe (Sozo-
inène, Hisl. eccl., IV, xiii; P. G., lxvii, 1145 A).
Constance lui envoya Aétius et plusieurs de ses parti-
sans pour se justifier des accusations portées contre
eux, ibid.,ÏW, xxiv; col. 1189 C. Il mourut écrasé lors
du tremblement de terre qui dévasta Nicomédie en
358, ibid., IV, xvi; col. 1156 A.
W. Smith et H. Wace, A Diclionary oj Christian bioijnt-
phy, i, 429-30.
R. Janin.
CEDAMUSA, évêché de la Maurétanie siti-
fienne. C'est la notice de 484, Notitia prov. et civ.
Africae, Maurilania sitifensis, 29; Victor de Vite, éd.
Petschenig, p. 133; P. L., lviii, 275, 352, qui révèle
son existence : un Monlanus Cedanmaensis est placé le
29" sur la liste de cette province. Il y a unanimité pour
rapprocher ce nom de Cedamousa des Koi5atJioÛCTioi,
KîiéocpioÛCTioi ou Ki5a|ioûaioi, mentionnés par Ptolé-
mée, Claudii Ptolemaci Geographia, IV, ii, § 21,
éd. Nobbe, i, Leipzig, 1843, p. 231 (cf. le tableau des
principaux noms donnés par les Romains aux Berbères,
Cdt. Chaligne, Occupation romaine de l' Afrique, dans
Rcc. de Conslanline, 1921-22, p. 8); l'emplacement de ce
siège épiscopal est donc à chercher dans la petite Kaby-
lie, à l'ouest et sur le cours moyen de l'Amsaga des ins-
criptions, l'Ampsaga des textes, l'actuel Oued-el-Kbir
et l'actuel Oued-bou-Merzouq (cf. J. Bosco, dans Rec. de
Comst., XLViii, 1914, p. 230-39). S'il faut aussi rappro-
cher, comme c'est probable, Cedamusa du nom de la
grande tribu berbère des Ketama ou Kotânia, dont
nous connaissons l'existence certaine et l'extension à
l'époque arabe du Moyen Age (Ibn-Khaldoun, Histoire
des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afr. .sept.,
trad. de Slane, i, Alger, 1856, p. 291-93; cf. aussi
appendice, p. 575; Berbrugger, Les époques militaires
de la grande Kabilie, Alger-Paris, 1857, p. 231; de
Slane, trad. de Al-Bakri, DescrifA. de l'Afr. sept.,
Alger, 1913, p. 115, note 1 ; G. Marçais, Les Arabes en
Berbér ie du XI au XI v s., dans Rec. de Const.,-Ki.\\\, 1913,
le mot Kotâma à l'index, etc.), le champ des recherches
s'élargit à toute la région de l'ancienne Sitifienne
comprise entre Bougie, Sétif et l'Amsaga. Même si
elle doit s'interpréter des Kotâma, ce qui n'est pas sûr
du tout, l'inscription, C. /. L., viii, 8379 = 20216,
d'époque chrétienne (vi-vii«), trouvée à « Souk-el-Ké-
dim », à 250 m. environ au sud du col de Fdoulès,
n'apporte comme renseignement que celui de la pré-
sence des Cédamousiens-Kétamiens en cet endroit,
sous la domination byzantine (Cat, Maurétanie césa-
rienne, Paris, 1891, p. 71; Tissot, Géogr. comparée,
I, 1884, p. 462; Féraud, Histoire des villes de la province
de Constantine, dans Rec. de Const., xiv, 1870, p. 96).
Morcelli, Africa clir., i, Brixen, 1816, clxh, p. 132. —
Notitia dignit., éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot.
p. 630, 653. — L.-Ch. Féraud, loc. cit., p. 31-32. — Gams,
465. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afr. sept.,
dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 93; Trésor de chro-
nologie, Paris, 1889, p. 1871. — Mgr Toulotte, Géogr. de
l'Afr. cliréi., Maurétanies, Montreuil-sur-mer, 1894, Sitif., ix,
p. 196. — St. GseU, Allas arch. de l'Algérie, Alger-Paris,
1911, f. 8, Phillppeville, 102. — P. Mesnage, L'Afr. chrét.,
Paris, 1912, p. 412. — • H. Jaubert, Anciens évêchés de lu
Numidie et de la Sitif., dans Rec. de Const., xlvi, 1912,
p. 114-15, § 9.
J. Ferron.
CEDD, saint anglais, évêque des Saxons de l'est
de l'Angleterre, f 664. Lui et ses trois autres frères,
Ceadda, Celin et Cynibill, jouèrent un très grand
I rôle dans la conversion des Anglo-Saxons au viii^ s.
Cedd, originaire de Northumbrie, trouva sa formation
ascétique et littéraire au monastère scot de Lindis-
farne, fondé par S. Aidan, alors le foyer d'influence
I religieuse le plus puissant de l'Angleterre. Après la
I mort d'Aidan en 651, un autre Scot, Finan, lui succéda
comme abbé et évêque de Lindisfarne, et contribua à
la diffusion du christianisme hors des frontières de la
Northumbrie. II baptisa deux rois païens, Peada, roi
des .Middle Angles, et Sigbert, roi des Saxons de l'Est.
Finan envoya quatre prêtres chez les Middle Angles,
43
CEDD
— CEDRENUS
44
au nombre desquels figura Cedd, qui travailla chez le
peuple de ce pays avec un grand succès. Finan lui
confia ensuite la mission d'extirper le paganisme du
royaume des Saxons de l'Est sous le patronage du roi
Sigbert. Après un tour apostolique fructueux, Cedd
retourna à Lindisfame et fut élevé, à l'instance de
Finan, à l'épiscopat, et se vit confier comme évêché
toute la province du roi Sigbert. Grâce à son génie
apostolique, les Saxons de l'Est embrassèrent la reli-
gion chrétienne. Sorti de l'école austère de Lindis-
farne, Cedd ne prenait, au dire de Bède, durant toute
l'année, en dehors des dimanches, aucune nourriture
avant l'heure des vêpres, et son unique repas consis-
tait en un peu de pain, un œuf de poule, et un peu de
lait mélangé d'eau. C'était, disait-il, une coutume
qu'il tenait de ceux qui lui avaient appris la discipline
régulière, c.-à-d. des Scots. Il travailla à bâtir des
églises dans son diocèse, à former des candidats pour
la prêtrise et à ériger des monastères. Il fonda une
abbaye à Ythancester, une autre à Tillaburg, aujour-
d'hui Tilbury, et encore le monastère de Lestingay,
dans lequel il plaça des moines sous le régime d'un
abbé choisi parmi les Scots de Lindisfarne. La fonda-
tion de ce monastère date de 658. Le roi Sigbert ayant
été assassiné en 661, Suidhelm, encore païen, lui
succéda. Il fut vite converti par Cedd et peu à peu le
christianisme s'affermit dans le royaume.
Cedd assista à la conférence célèbre de Streneshalch
(Whitby), en 664, tenue pour régler les différends entre
les Scots et les romanisants au sujet de la tonsure et de
la célébration de la Pâque. Le roi Oswy, lui-même
éduqué en Irlande, disciple spirituel des Scots, et
favorable à leur manière de voir, présida. Colnian,
abbé et évêque de Lindisfarne, expliqua la tradition
scotte, tandis que Wilfrid soutint la tradition romaine.
Le roi, la majorité de l'assemblée, l'évèque Cedd, lui-
même élevé par les Scots à l'épiscopat et qui servit en
la circonstance d'interprète à Colman, se rangèrent
du côté de Wilfrid. Cette même année Cedd fut la
victime d'une peste qui ravagea la région et il mourut
le 26 oct. dans le monastère de Lestingay. Sa fête fut
fixée plus tard au 7 janvier.
Bède, Hist. eccles., III, ch. xxi-xxiii, éd. C. Plummer,
Oxford, 1896, i, p. 170-76; ii, p. 48, 133, 178. — B. H. L.,
n. 1718. — A. S., janv., i, p. 373-75. — D. N. Biogr., m,
1322-23.
¥. O' Briain.
CEDIAS, localité de la province romaine de
Numidie. Elle existe à l'état de municipe sous les règnes
simultanés de Dioclétien et de Maximien, ou du moins
comme sallus, pagus, civilas. castellum (le fort qu'on y
a trouvé ne remonte qu'à l'époque byzantine) ayant
reçu le droit de s'administrer lui-même {G. I. L.,
VIII, 10727 = 17655,10728 = 17656,10729 = 17657,
2212 = 10730 = 17654, 10731 = 17662, 10732 =
17664). Masqueray, Ruines anciennes de Khenchela
(Mascula) à Besseriani (Ad maiores), dans Rev. Afr.,
xxii, 1878, p. 456-57, a réussi à trancher la question de
son identification avec l'Henchir Um Kîf, situé à
17 km. au S.-E. de Khenchela, peut-être sur une voie
qui venait de Mascula pour se continuer dans la direc-
tion de la plaine de Guert (St. Gsell, Atlas arch.,
f. 28, Ain Beida, 138, p. 8, col. 1, route 4 et f. 39,
Chéria, 52). Le nom de Cedias se lit Cezas, Chezas, et
même Adhezas, Accedias, Acedius, Quida, KapivSîaç
sur certains mss., bel exemple de la manière dont les
copistes peuvent déformer un mot. L'ethnique se
disait Cediensis.
L'existence du christianisme et d'un évêché en ce
lieu est établie à partir de 256 : Secundinus a Cedias, qui
devait être martyrisé en 259 à Lambèse avec l'évèque
.\gapius, le diacre Jacques et le lecteur Marien (La
passio SS. Mariani et lacobi, 3, éd. P. Franchi de'
Cavalieri, dans Sludi e testi, Rome, 1900, p. 58; trad.
dans Monceaux, La vraie légende dorée, Paris, 1928,
p. 202-19; cf. H. Delehaye, Les origines du culte des
martyrs, Bruxelles, 1933, p. 382; voir aussi D.H. G. E.,
au mot Secundinus), donne son avis le 11* sur la ques-
tion du baptême des hérétiques dans le concile le plus
important qu'ait réuni S. Cyprien, Sententiae episco-
porum, 11, éd. Hartel, p. 442; P. L., ui, 1089-90 (cf.
aussi S. Augustin, De bapt. contra Donat., vi, 18, éd.
Barreau, xxviii, p. 294-95; P. L., xliii, 209).
Oubliant ses glorieuses origines, Cedias devient,
dans la suite, un fief du donatisme, puisqu'elle n'est
représentée à la conférence de 411 que par l'évèque
! schismatique Fortis (Gesta coll. Carth., i, 163; P. L..
XI, 1323; cf. P. Monceaux, Hist. litt., iv. Paris, 1912,
p. 135). L'épigraphie (Gsell, Bull. Com., 1907,
p. cLXxxvi, et Atlas arch., 1911, f. 39, Chéria, 43;
suppl., p. 25-26) a livré le nom d'un autre pasteur du
lieu, Secundus; son appartenance à la secte ne paraît
pas douteuse à P. Monceaux, L'épigraphie donatiste,
dans Rev. de philol., xxxiii, 1909, p. 129-30, ou même
texte dans Hist. litt., t. cit., p. 454, étant donné que les
auteurs de la dédicace où le nom se lit s'intitulent
orgueilleusement sancti et décernent le qualificatif de
pater à leur évêque; l'inscription n'a pas permis de
déterminer la date à laquelle siégeait Secundus,
bâtisseur d'église, line autre trace de donatisme a été
révélée par l'épigraphie : C. /. L., viii, 2223, el Bull.
Com., 1887, p. 80, n. 165 : sur un débris d'architecture
est gravée l'acclamation Deo laudes au-dessous d'un X
et d'un agneau. Les catholiques paraissent cependant
avoir toujours été rejjrésentés à Cedias par un groupe
plus ou moins important, comme en témoigne l'ins-
cription où ils se qualifient, par réaction contre les
donatistes, de Cedienses peccatores, C. /. L.. viii,
2309 = 17759, et P. Monceaux, op. cit., p. 457.
{-omme témoins du christianisme, Cedias peut en-
core montrer une église à trois nefs, des morceaux
d'architecture et de sculpture, des colonnes avec le
monogramme du Christ, une pierre ornée d'un calice
avec deux cerfs et un oiseau. Des fouilles dans les
hypogées que l'on a découverts sous l'église (A. Bi-
geard, Notice archéologique sur Henchir Ounikif, dans
Rec. de Constant., 1907, p. 12) permettraient de juger
si l'on est vraiment en présence de catacombes dans le
genre de celles qui sont situées à 9 km. N.-O. de là, sur
le versant est du Djaafa (Ch. Vars, Inscriptions iné-
dites, dans Rec. de Const., 1898, p. 362-70, et Mgr Ley-
naud. Les catacombes africaines, Alger, 1937, p. 459-62).
Morcelli, Africa c/ir., i, Brixen, 1816, clxiii, p. 132-33.
— Notitia dignitatum, éd. Bôcking, ir, Bonn, 1839-53,
annot., p. 654-55. — Payen, Inscript, inédites de la subdivi-
sion de Batna, dans Annuaire de Const., 1858-59, p. 102-03.
— E. Dewulf, Inscript, trouvées dans le cercle d'Aïn-Beîda
en 1S66, dans Rec. de Const., 1867, p. 218-19. — Gams,
465. — Masqueray, Bull, de corr. afr., i, 1882-83, p. 326.
— Farges, Bull. d'Hippone, xxii, 1886 (en réalité 1887),
p. 116. — J. Hérald, Comptes rendus de l'Acad. d'Hippone,
1889, p. xvni. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. cbrét.,
Numidie, Rennes-Paris, 1894, xli, p. 103-05. — A. Bigeard,
toc. cit., p. 11-19. — H. Jaubert, Notes d'Iiist. et d'arch.,
Bône, 1911, p. 29. — P. Mesnage, L'Afr. clxrél., Paris, 1912,
p. 346-47. — H. Jaubert, Anciens évêchés, dans Bec. de
Const., XLVi, 1912, p. 29-30, § 39.
J. Ferron.
CEDMON. Voir Caedmon.
CEDRENUS (Georges), fecopyios ô Ke5pr|v6s,
chroniqueur byzantin, dont la biographie est ignorée
et qu'on suppose avoir été moine (première moitié du
xii^ s.). Il est l'auteur d'une chronique universelle,
Zûvovfiiç iCTTopicôv, de la création du monde à l'avè-
j nement d'Isaac Comnène (25 août 1057). Cette chro-
i nique n'est d'ailleurs qu'une compilation de chro-
45
CE DRE NUS
— CEFALU
46
niques antérieures : Georges le Syncelle, Tiiéophanes
(d'après un ms. apparenté à Cod. Paris. 1711, xi^ s.),
la rédaction B de VEpitome du pseudo-Syméon Ma-
gister, Georges le Moine, une source inconnue, qui lui
est commune avec Zonaras. Enfin, de l'année 811 à
1057, il reproduit mot à mot le texte de Skylitzès, y
compris une partie de la préface de cet historien. I.a
chronique de Cedrenus n'a donc aucune valeur en elle-
même, mais ses mss. sont utiles à l'examen critique des
textes qu'il emploie. Il continuera surtout à être d'une
grande utilité tant qu'on ne se décidera pas à i)ublier
une édition du texte grec de Skylitzès.
C'est ce qui explique que la chronique de Cedrenus
ait paru très commode aux historiens postérieurs.
.Michel Glykas s'en sert du vivant même de l'auteur
(avant 1059, date de son horrible supplice) et le succès
de Cedrenus est attesté |)ar ses 9 mss., copiés du xii«
au xvii<! s. Comme l'a montré Karl Schweinburg
{Hyzant. Zeitschrijt, 1930), comme il est arrivé à toutes
les chroniques universelles, la chronique de Cedrenus
fut interpolée à diverses reprises au cours des siècles :
1" du vivant de l'auteur, dans le Brilish Mus. udd.
26112, ms. le plus ancien, branche principale de la
tradition. — 2° Le Paris, gr. 1713 et 1713 a, fin du
xii" s., constitue une autre branche. — 3" Le Vatic. gr.
7903, xiiif s., rejirésente le texte primitif; les additions
sont en marge. Ot archétype représente un groupe
dont font ])artie le Marcianus gr. cl. vir, 12 et le
Coislin 135 (xin»-xivf s.), qui contiennent de nom-
breuses interpolations non reproduites dans les autres
mss. (groupe 1, co). — 4° Le groupe U, vf est formé du
Paris, gr. 1713 et 1713 a, déjà cité (fin du xii" s.), du
Paris, gr. .S'i/p/i. 115S (xiii<^ s.), du Coislin 313 (xiv-
xv* s.) qui est le plus récent et qui se rapproche des
mss. du groupe I, co. ce qui lui donne une grande
valeur. — 5'' Un ms. perdu du groupe II, >f a été utilisé
par l'édition princeps de 1566, que les autres éditeurs
ont reproduite. Ce sont là des prolégomènes à une
édition critique qui n'existe pas encore.
Éditions. — Xylander, chez Fugger, Bâle, 1566. -
Fabrot (Byzantine du Louvre), 1647, commentaire de
Goar et traduction latine. — Bekker, Bonn, 2 vol.,
1838-18,39 (collation du Cod. Coislianus 137): repro-
duction dans la P. G., cxxi-cxxii.
Krumbacher, Gesch. d. bgz. Literalur, Municli, 2« éd..
1897, p. 368-.369. — Giulya Moravcslk, Byzantino-turcica,
I, Die byzanfiniscben Quellen..., Budapest, 1942, p. 143-45.
— K. Schweinburg, Die urspriinyliche Form der Kedrenkro-
nik, dans Buz. Zeilschrift, xxx, 1930, p. 68 sq.
Louis Bréhieh.
CEFALENSIS (Ecclesia), ou Caefalensis. lue
par erreur Caesalensis, appartient à la Proconsulaire,
puisque, au concile de Carthage de 646, un Crescis
Caefalensis souscrit, avec les évêques de cette province,
le libelle contre le monothélisme adressé à Paul,
patriarche de Constantinople, Hardouin, Collect. con-
ril., III, 750. Ce qui confirme cette attribution, c'est
qu'un évêque du même endroit, Fidentius, déclare, à la
conférence de 411, n'avoir plus de rival depuis la dis-
parition toute récente d'un homonyme donatiste ( Gesla
coll. Carth., i, 133; P./.., xt. 1302), surtout s'il fait
allusion ainsi à sa propre conversion, comme paraît
l'indiquer la réflexion très amère de Valentinien,
diacre du primat schismatique de Carthage, Primia-
nus. Mais une simple équivalence de sons ne paraît
pas un motif suffisant pour identifier cet évêché,
comme le font Toulotte et Mesnage, avec la Cephali-
lana Possessio de la Passio .SS. Maximae, Secundae et
Donatillae, dans Anal, boll., ix, 1890, p. 110-16 (cf.
DoNATiLLA, dans D. H. G. E.)..A plus forte raison
n'est-il pas permis de s'appuyer sur la seule identité de
sens des mots en grec et en latin pour assimiler la
Cefalensis à la Promontoriensis ecclesia dont il est
I question dans le De miraculis S. Stephani, 1. I,
! c. vu; P. L., xLi, 838.
Morcelli, Africa clir., i, Brixen, 1816, clxiv, p. 133. — •
Notilia dignitatum, éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot.
p. 640. — Gams, 465. — ■ Ch. Tissot, Géographie comparée,
II, Paris, 1888, p. 773. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés
de l'Afr. sept., dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 86;
Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1868. — Mgr Tou-
lotte, Géogr. de l'Afr. chrét.. Proconsulaire, Rennes-Paris,
1892, xxxiv, p. 159-60. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., Paris,
1912, p. 189-90.
J. Ferron.
CEFALU, ville de la Sicile septentrionale (pro-
: vince de Païenne), située le long de la côte, au pied
d'un vaste promontoire. Son diocèse, qui comptait,
en 1948, environ 140 000 âmes réparties en 32 pa-
: roisses, est, depuis Pie IX, sufîragant de Palerme. La
i date de fondation de ce siège est inconnue. A l'époque
i byzantine, il dépendait de l'éparchie de Syracuse, et
\ c'est comme tel qu'il figure dans la troisième Notifia
' episcoporum, composée vraisemblablement au début
de la querelle iconoclaste. Au ix" s., le clerc arménien
Basile le mentionne de même dans sa \otitia, écrite
■ vers 840. On en perd ensuite la trace, et il ne figure
I plus dans le Diatopsis de Léon VI. Kii 838 et en 858,
' Cefalù eut à subir deux longs sièges et se rendit aux
, Arabes. Toutefois, en 869, un Nicétas, évêque de
i Cefalù, figure parmi les |)rélats qui s'opposèrent à
l'intrusion de Photius, lors du concile de Constanti-
iioi)le. Libérée du joug musulman en 1063, Cefalù ne
! re(levint ville épiscopale qu'en 1131 (lettres d'Ana-
I clet 11 dans Jafîé-Loew., n. 8421. 8422). Grâce à
' Huggiero 11, le nouveau siège fut doté d'un chapitre,
qui comprend de nos jours douze chanoines, six
, inansioniiaires et huit bénéficiers. La construction
; d'une vaste cathédrale fut entreprise par les soins du
; même souverain. Fn 1223, cédant aux injonctions de
Frédéric II, l'évèque de Cefalù dut abandonner la
Sicile. Il ne put recouvrer ses droits sur la ville et le
: château que sous le pontificat d'Alexandre IV et
grâce à l'intervention de ce pape. Au cours des âges,
1 nombreux furent les ordres religieux (bénédictins,
I dominicains, frères mineurs [conventuels, observants,
observants réformés, capucins], augustins, frères de
S. ,Jean de Dieu, bénédictines, ursulines) qui s'éta-
blirent à Cefalù ou dans diverses villes du diocèse,
j telles que Gratteri, Polizzi, ou Santo Stefano de
I Camastra,
IJ sic des évêques. - Gaucelme, 1 131-50. — Ardouin,
1 150-59. — Bosson de Gorra, 1160-73. — Gui d'Ana-
gni, 1177-1193. - Benoît, 1193-95. — Jean, 1196-
1215. Ardouin, 1217-c. 1239. — Gaucelme, 1240. —
Richard Grizetta, 1249-53. — Thomas de Butero,
1253-54. - Jean de Stefano, 1254-59. — Jean Fran-
gigena, 1266. — Pierre. 1260-74. — Jean de Rome,
j 1274-après juin 1284. — Giunta de Palerme, 1284-
déposé en 1290. - - Jacques de Nernia, 1304-23. —
Ruggiero de San Giovanni, 1324. — Pierre de Caltagi-
rone. 1342-'? Galgano de Florence, 1342-51. —
Nicolas de Bocello, 1353. — Guillaume de Salomone,
1388-97. — Julien de Mileto, 1406-10. - André de
Campisio, 1411-'? — (Antoine de Florence, nommé en
j 1412 par Jean XXIII, et Philippe, en 1414, par
Benoît XIII]. — Antoine de Ponticorona, 1422-1445.
Luc de Sarzana, 1445-71. — Jean Gatti, 1472-
\ 1475. — Bernard Margarit, 1475-79. — Jean Gatti,
1479-84. — François de Noia, 1484-92. François
Orsini, 1492-'? — Paul de Cavalleria, 1495-96. —
Lazare, 1496. — Raynald de Montoro, 1496-1512. —
i Jean de Requesens. 1512-17. — Jean Sanchez, 1517-
18. — Guillaume Raymond de Vich, card. adminis-
j trateur, 1518-25. - François d'Aragon, 1525-61. -
I Antoine Faraon, 1562-69. — Rodrigucz de Vadillo,
47
CEFALU —
CELANOVA
4
1569-78. — Octavien Preconi (ou Premi), 1578-87. —
l'Yançois Gonzague. 1587-94. — Nicolas Stizzia, 1594-
95. — Emmanuel Quero Turillo, 1596-1606. — Martin
.Mira, 1607-20. — Étienne Muniera, 1621-32. — Octave
Braccioforte.' 1633-1638. — Pierre Corsetto, 1638-44.
— Marc-Antoine Gussio, 1644-50. — François Gri-
solfo, 1650-60. — Jean Roano, 1660-73. — Matthieu
Orlancii, 1673-95. — .Joseph Saur, 1696-98. — Mat-
thieu Muscella, 1702-23. — Dominique Valguarnera,
1732-51. — .\gatino Riggio, 1751-55. — Joachim
Castelli, 1755-88. ~ François Vanni, 1789-1803. —
Dominique Spoto, 1804-09. — Jean Sergio, 1814-27.
— Pierre Tasca, 1827-39. — Visconte Marie Proto,
1844-54. — Ruggiero Blundo, 1854-88. — Gaétan
d'Alessandro, 1888-1906. — Anselme Ev. Sansoni,
1907-21. — Jean Pulvicenti, 1922-33. — Émilien
Cagnoni, 1934.
V. Amico [trad. G. Dimarzo], Dizionario topografico
délia Sicilia, Palerme, 1855, i, 309-12. — CappeUetti, xxi,
540-47. — Carandino, Descriptio ecclesiae Cefalaeditanae,
Mantoue, 1592. — I. Carini, Un codice siilla fondazione del
duomo di Cefalù, dans Arch. st. siciliano, 1883, viii, 137-
39. — M. Gallina, Chiesa di Cefalù, série cronologica de'
suoi vescovi dalla fine del sec. XVII al 1900, dans La
Sicilia sacra, 1901, lu, 241-49, 449-54; 1902, iv, 75-78,
264-73, 424-27. — H. Gelzer, Ungedruckte und ungenûgend
verôffenllichte Texte der Notitiae episcopatuiim, dans Abh.
der k. bayer. Akad. der Wiss., 1901, xxi, 5.50-51, 553. —
G. Parthey, Hierocles Synecdenios et notitiae graecae epi-
scopatuum, Berlin, 1866, p. 178. — F. Pirri, Sicilia sacra,
.3« éd., Palerme, 1733, ii, 792-840. — A. Salinas, Di alcune
iscrizioni cefal. del s. XIII, dans Arch. st. siciliano, 1879,
IV, 328-37. — G. Samona, Il duomo di Cefalii, Rome,
1939. — R. Starrabba, I diplomi di fondcczione di chiese
episcopali di Sicilia, dans Arch. st. siciliano, 1893, xviii,
131-33.
M. -H. Laurent.
CEIÇA, Ceyza, Sejicia, Sertia, Sazeta, etc., an-
cienne abbaye située au diocèse de Coïmbre, Portugal,
près de l'embouchure du Mondego. A l'origine, simple
oratoire dédié à une Vierge miraculeuse; le roi
Alphonse I'"'' y crée une abbaye qu'occupent d'abord
les moines bénédictins venus de Lorban, et que rem-
placent en 1195 des cisterciens d'AIcobaça appelés
|)ar Sanche I". Dès 1198, l'abbé recevait des déléga-
tions pontificales. Dans la suite, le nom des abbés de
Ceiça fut rappelé plus d'une fois dans les décrets
capitulaires et pas toujours de façon laudative. En
1565 les abbés de Ceiça et de Tamarès sont nommés
visiteurs et réformateurs pour les maisons cister-
ciennes du Portugal; une lettre du chapitre général les
faisait accréditer à ce titre auprès du pouvoir civil.
L'abbaye disparut au début du liiK^ siècle.
Archives, cf. Erdmann, Papsturkunden in Portugal,
Berlin, 1927, p. 85, 130. — Ant. Brandào, Monarchia
Lusitana, Lisbonne, 1632, m, p. 201; iv, p. 55. — Cisterc.
Chronik, 1910, p. 187 (texte d'une supplique du 20 juill.
1347). — D'Achery, Spicilegium, m, Paris, 1723, p. 558.
— Janauschek, Origines cisterc. Vienne, 1877, p. 199. —
Potthast, Reg., 217, 218. — Statttta cap. gen. ord. cisterc,
éd. Canivez, Louvain, 1933-41, i-viii, passim.
J.-M. Canivez.
CE ILLIER (Dom Remy), bénédictin de S.-
Vanne, théologien et historien français (1688-1763).
Voir D. T. C, ii, 2049-51.
CEITINN (Geoffkkv),, Keaiing Sealhrùn,
prêtre, poète, historien, et écrivain irlandais. II naquit
à Burges, dans le comté de Tipperary, d'une famille
d'origine normande (fils d'Étienne), vers 1570. A cause
de la persécution qui sévissait alors contre les catho-
liques, Ceitinn alla étudier sur le continent et conquit,
à Bordeaux, le doctorat en théologie. Vers 1610, il
regagna l' Irlande où il travailla pendant une quaran-
taine d'années dans des circonstances dilTiciles, obligé
qu'il fut de se déguiser pour échapper aux persécute» i
protestants. Il composa plusieurs œuvres de poésii
d'ascétique, de prédication en langue irlandaise don.
le style reste un modèle pour la prose irlandaise. >i
Entre 1628 et 1640, il rédigea un ouvrage historique 64
de toute première importance pour l'histoire primitive
d'Irlande, qui va de l'antiquité au règne de Henri II C
d'Angleterre. Ceitinn s'y révèle comme un compila- lif
teur diligent mais manquant de sens critique. 'Tou- «'
tefois il a utilisé des mss. maintenant perdus, et de ce rei
chef son témoignage est très précieux. Il mourut un pc
peu avant 1650 et fut enterré à Tubrid dans une tii
église qu'il avait lui-même érigée. ui
On possède des travaux de Ceitinn plusieurs édi- sii
fions avec traduction anglaise. Ses poèmes religieux ff
ont été édités par le R. P. J. Mac Erlean, Dânla m
amhrâin is caointe Sheathrûin Ceitinn, Dublin, 1900. 0
Sa Défense de la messe ( Eochair-sgiath an aijrinn) fut 1(
publiée par P. O' Brien, Dublin, 1898; un autre ^
ouvrage ascétique très populaire. Les trois dards de la S
mort, a été édité par R. Atkinson (Tri bior-qhaoithe V
nn bhàis. Dublin, 1890) et plus récemment par O. Ber- p
gin, Dublin, 1931. Son ouvrage sur l'histoire de l'Ir- î
lande a été traduit en anglais par Dermot O' Connor )
(Dublin, 1723) et par John O' Mahony (New- York,
1868). La meilleure édition a été faite par D. Comyn e
et P. Dinneen avec traduction anglaise, Dublin, (
Irish Texts Society, en 4 vol., 1902-14. |
Pour la bibliographie, voir R.-I. Best, Bibliography of
Irish philology and of printed and manuscript literature, '
Dublin, I, 202, 248, 255; n, n. 758, 1696, 1702, 2041,
2042, 2116-2118.
F. O' Briain.
CÉLADION, évèque d'Alexandrie au ii^ s. I
Eusèbe, H. E., IV, xi, 6, nous apprend que Céladion
succéda à Marc sur le siège épiscopal d'Alexandrie; et
il ajoute, un peu plus loin, H. E., IV, xix, qu'après
un épiscopat de quatorze ans il fut remplacé par
Agrippinus. II place l'élection d'Agrippinus la huitième
année de Marc-Aurèle, soit en 167-68; l'élection de
Céladion serait donc à placer en 153-54. On ne
connaît rien de son épiscopat.
G. Bardy.
CELANOVA (S. Salvador), Cella nova, Caelum
novum (?), abbaye bénédictine du diocèse d'Orense
(Espagne). Ses origines sont bien connues : elle fut
fondée par S. Rudesind, évêque de Mondoiiedo, vers
937, dans la localité de Villar, située dans l'une des
plus belles régions de la Galice et donnée au fonda-
teur par son frère, Froilân Gutiérrez, par diplôme daté
du 12 sept. 936. Ses premiers habitants, avec son
premier abbé Franquila, vinrent de S. -Étienne de
Rivas de Sil. Dès le commencement, elle fut richement
dotée par la famille Gutiérrez et, durant tout le bas
Moyen Age, par les rois de Galice, de Léon et de
Castille. Elle devint ainsi une des plus importantes
abbayes d'Espagne, et son abbé exerçait la juridic-
tion sur plus de 50 monastères, ainsi que sur un grand
nombre d'églises et d'hôpitaux, tant en qualité d'abbé
de Celanova qu'en celle d'archidiacre d'Orense. Ses
domaines étaient considérables et ses serfs si nom-
breux que la charge d'avoué ou Pertiguero fut, pendant
plusieurs siècles, très sollicitée par les principales fa-
milles de la région : Arjona, Ulloa, Noboa, Maceda,
etc.
Le monastère dépendait d'abord de l'évêquc
d'Orense, puis fut placé sous la juridiction directe du
S. -Siège. Avec VEncomienda. C. perdit beaucoup de
son importance; pour se soustraire à ce fléau, il s'unit
le 28 juill. 1506 à la congrégation de Valladolid. Le
dernier abbé commeiidataire fut le cardinal Jean
de Colonna.
Dans la congrégation de Valladolid, il joua aussi un
49
CELANOVA
— CELE
50
rôle important; en 1538, il devint le siège d'un des
collèges de la congrégation; d'après le chapitre, il
compta, en 1563, 40 moines et ses dépenses annuelles
s'élevèrent à 600 000 maravedis; en 1614, il avait
64 moines et en 1785 environ 71.
Une pieuse tradition nous parle de la translation à
C. du corps de S. Torquatus, l'un des varones aposlô-
licos et premier évèque de Guadix (v. P. David, op.
cit., 235); sous Philippe II, les habitants de Guadix
reçurent des reliques de ce saint. D'autre part, l'abbaye
posséda quelques lettrés de renom. Ses archives men-
tionnent un Egeredus Magister, un JuUanus Magister,
un Argimirus Magister, etc.; une donation de 1087
signale l'abbé Pelayo qui était Abbas doclorum mona-
ctiorum; en 1189 le prieur Ordono termina son Expo-
mogeron ou Rational des ofTices divins; ce même
Ordono composa la Vie de S. Rudesind. Parmi ses fils
les plus renommés à l'époque moderne, il faut citer
Alvaro de Sotomayor, Rosendo Mùjica et Ferdinand
Sotomayor, tous trois abbés généraux de la Congr. de
Valladolid; l'écrivain Benoît Uria, général lui aussi,
puis évêque de Ciudad Rodrigo, Maure de Somoza et
Pierre Blanco, enfin Antoine de Sotomayor, abbé de
Montserrat de Praga et évèque.
Liste des abbés. — Après beaucoup de recherches
dans VArchivo de la congr. de Valladolid, dans les
Capitulas générales et les Visitas de la même congré-
gation, qui se trouvent aujourd'hui au monastère de
Silos (Burgos), nous avons pu reconstruire la liste
presque complète des abbés de C. depuis 1508. La série
des abbés antérieurs à cette date est empruntée à la
Coronica de Yepes. — Franquila (937-59). — S. Ru-
desind (959-77). — Manilano (977-1002). — Diego
(986, 1006). — Hermenegildo (1006-30). — Aloito I
(1030-54). — Arriano I (1054-65). — Pelavo I (1076).
— Gonzalo (1080). — Pelayo II (1086-87) .— Pedro I
(1090-1118). — Aloito II (1126-34). — Pelayo III
(1140-56). — Arriano II (1156-58). — Pedro II
(t 1165). — Pelayo IV (1196). — Gômez (1216). —
Pedro III (1226). — Fernân Lôpez (f 1239). —
Alonso Arias (1262-82). — Esteban Femândez (1312).
— Munio (1321). — Pedro IV (1328). — Juan Pérez
(1342). — Fernân Pérez (t 1362). — Alvaro (f 1391).
— Martin de Orozco (1508). — Rodrigo Campuzano
(1524; 1528). — Juan de Peiialver (1532). — Francisco
de Valladolid (1538). — Dionisio de Hontiberos (1541 ;
1544). — Alfonso de Valladolid (1548). — Miguel de
Guimeranes (1550). — Diego de Lerma (1552). —
Andrés de Zamora (1553). — Miguel de Zamora
(1556). — Rosendo de San Martin (1561) — Juan
Sarmiento (1562; 1588) — Antonio de Chantada
(1565; 1568; 1577). — Francisco del Campo (1580;
1583). — Pedro de Castro (1585). — Juan de Aren-
zana? (1589). — Jerônimo de Gante (1592). — Clau-
dio Tenorio (1595). — Alonso de Santalla (1598). —
Francisco Gutiérrez (1601; 1610). — Diego de Estre-
miaiia (1604). — Pedro de Hoyos (1607; 1617; 1625).
— Alvaro de Sotomayor (1613; 1621). — Pedro Deza
(1629). — Gabriel de Puga (1633). — Torcuato Ortiz
(1637; 1645). — Leandro Salvador (1641; 1657). —
Leandro Noguerol (1649). — Rosendo Mùjica (1653;
1661; 1673; 1681; 1685). — Mauro Velâzquez (1665).
— Jeronimo de Solis (1669). — Mauro de la Parra
(1677). — Francisco de Lamadrid (1689). — José de
Arriaga (1693; 1709). — Manuel de Pimentel (1697).
— Benito Pazos (1701). — José Sotelo (1705: 1713;
1721). — Antonio Ecuejo (1717). — Juan de Villa-
marin (1725; 1745). — Pedro Blanco (1729; 1737). —
Pablo Monroy (1733). — Benito Gesto (1745). —
Antonio Sanz (1749; 1757). — Juan de Puga (1753). —
Miguel Francos (1761; 1777). — Fulgencio Bovles
(1765). — Benito Uria (1769). — Simôn Robles
(1773). — Anselme Bara (avant 1781). — Fernando
Monténégro (1781). — José Lanza (1785). — José
Albareda (1789). — Manuel Caballero (1793). —
Mauro Campo (1797). — Lorenzo Feijôo (1801; 1814).
— Félix Vitorero (1805; 1827). — Aniceto Pastor
(1818). — Vicente Valcarce (1824). — Bonifacio
Ruiz (1832).
Archive de la congreg. de Valladolid, i, 237, 303; n,
33; XX, 149; xxil, 222; .xxv, 87, 448; xxvi, 204, 230, 349;
XXIX, 51; XXXIII, 297; xxxiv, 258; xxxv, 584, 607;
XXXVI, 301. — Capit. gêner, y partie, de la Congr. de Vall.;
Visitas gêner, de la Congr. de Vall.; Mémorial... Congr. de
S. Benito de Vall., passim. — ■ Madoz, Dicc., vi, 1847,
p. 298. — Flôrez, E. S., xvii, 21-26. — Mabillon, Ann., 1749,
iii, 424, 584, 634, 646; iv, 136; v, 428. — Id., Acta
sanct. O. S. B., 1733, vu, 514-35. — Chevalier, T. B.,
s. i). — • Cottineau, s. v. — P. David, Études hist. sur la
Galice et le Portugal du VI' au XII" s. (Coll. portug. pu-
bliée sous le patron, de l'Inst. fr. au Portugal, 7* vol.),
Lisbonne et Paris, 1947.
F. PÉREZ.
CELE (Jean). Un des premiers promoteurs de la
« Dévotion moderne », né à ZwoUe (Pays-Bas) d'une
famille notable de cette ville, entre 1340 et 1345.
Après de bonnes études dans sa ville natale, et proba-
blement à Deventer, Paris et Prague, il fut fait recteur
de l'école paroissiale de Zwolle, qu'il sut développer
et rendre prospère; sa renommée y attira jusqu'à mille
élèves. C'était aussi un musicien qui fut maître de
chœur et organiste. Gérard Groote et lui se rencon-
trèrent probablement à Munikhuzen, chartreuse dont
Eger Calcar était prieur, en 1374-75, et nouèrent dès
lors une fervente amitié. Ensemble ils se rendent à
Groenendael auprès de Jean Ruysbroeck qui conquiert
Cele à son idéal mystique et lui apprend que le
thiois peut servir à exprimer les plus hautes doctrines
spirituelles. C'est sans doute à son exemple que Cele
abandonne le latin dans ses sermons aux clercs et
devient ainsi le créateur de la langue dévote et le
propagandiste de la « Dévotion moderne », en accord
avec Gérard Groote. Il contribua à la fondation, en
1394, à Zwolle, d'une maison de Frères de la Vie com-
mune, mais lui-même n'en fit point partie. Tandis que
Gérard Groote disparaît de la scène, frappé de suspense
par l'évêque d'Utrecht (1383) et enlevé par la mort
(1384), Cele continuait son œuvre de façon plus dis-
crète et peut-être plus efficace, dans la direction de son
école et ses instructions dominicales; Zwolle compta
bientôt deux maisons de Frères et cinq de Sœurs de la
Vie commune. A la suite de conflits entre l'autorité
religieuse et le magistrat de Zwolle, Cele dut quitter
son école, dont la ville se saisit. C'était en 1 115. Cele
mourut peu après, au début de mai 1417, et fut enterré
chez les chanoines réguliers de Windesheim, le 9 mai
de cette même année.
Il laissait un ms. de ses sermons, au nombre de 46,
auxquels d'autres s'ajoutèrent, jusqu'à un total de 59.
Quoique anonymes, leur authenticité ne fait point de
doute. Ils correspondent exactement à la description
qu'en a faite Jean Busch ; on y trouve détaillés, à l'in-
tention de ses élèves, les principes et les méthodes
pratiques de la « Dévotion moderne », avec quelques
allusions aux doctrines mystiques de Ruysbroeck.
Des lettres que Gérard Groote lui envoya, on retire
l'impression que Cele était d'un tempérament hésitant
et porté au scrupule.
Les sermons de Cele se trouvent en ms. aux Archives
communales de Zwolle, série 11, ms. 1; éd. partielle par
Th.-J. De Vries, Duutsche sermoenen door Magister Joan
Cele, Zwolle, 1949. — Registrum Zwollense, et Sfadsreke-
ningen, mêmes archives. — Thomas a Kempis, Clironicon
Montis S. Agnetis, éd. Pohl, Opéra, vu, 509 sq. — .J. Busch,
Clironicon Windesemense, éd. K. Grube, i, 29; ii, 68-71.
— Id., De reformatione monasteriorum, même éd. — .Jac.
de Voecht, Narratio de inchoatione clericorum in Zwollis,
éd. Schoengen, Amsterdam, 1908, passim. — Gerardi
51
CELE
— CELERINA
52
Magni epistolae, éd. Mulders, Anvers, 1933, lettres 10, 11,
13, 14, 18, 32, 33, 34, 48 et 64, et passim. — Acquoy, Het
klooster te Windesheim, Utrecht, 1875-1880, 1. 1, 217, n. 5 et
passim. — Schoengen, Die Scbule von Zwolle, Fribourg-en-
Br., 1898, p. 27 sq. — R. Post, De moderne Devolie, Amster-
dam, 1940. — Th.-J. De Vries, Gildewoelingen en interdUcl,
dans VersI. en mededel. van Overrijs. Rechi en Geschiedenis,
1945 et 1946, fasc. 60 et 61 ; 2" série, 36 et 37. — Le même.
De stille straat, Zwolle, 1946. — Nieuw Ned. biogr. woordenb.,
IV, 407-408.
P. Debongnie.
CELE I A, aujourd'hui Cely, antérieurement Cillij,
en Yougoslavie (Slovénie), une des cités de l'ancien
Norique, fut le siège d'un évêché dont on ignore la
date de fondation, mais dont l'existence est attestée
au vi« s. par deux de ses titulaires, les seuls qui soient
connus et dont le second paraît avoir été le dernier.
Le premier des deux, Gaudentius, n'est connu, et
depuis peu de temps, que par une inscription décou-
verte dans le voisinage de la ville et qui a été publiée
par Rudolf Egger (Eine altchristliche Bischofsinschrift,
dans les Milleilungen des Vereines klassischer Philolo-
gen in W'ien, iv, 1927). C'est une épitaphe métrique
acrostiche, dont les lettres initiales des huit vers qui la
composent donnent le nom Oaiidenti. Elle présente de
lui un éloge assez banal, qui ne fournit aucun rensei-
gnement utile sur sa personne et sa vie, ni même sur
l'époque à laquelle celle-ci doit être rapportée. Seule
la paléographie permet de l'attribuer au vi^ s. Comme
il n'y est fait aucune allusion à un événement de
quelque importance qui aurait marqué l'épiscopat de
Gaudentius, on peut penser qu'il a dû correspondre à
la période du vi° s. antérieure aux troubles qui en
ont marqué, pour les cvêchés de l'Illyricuni occiden-
tal, le dernier tiers.
A cette ultime période au contraire se place l'épisco-
pat du second titulaire du siège de Celeia dont le nom
soit parvenu jusqu'à nous : Johannès. Son histoire fut
assez mouvementée, et le siège antique de Celeia
semble avoir disparu avec lui. On lit la signature de
Johannès au bas des Actes d'un douteux concile qui
se serait tenu à Grado en 579 (Mansi, iv, 923 sq.),
sous la présidence du patriarche Hélie d'Aquilée et
aurait marqué une reprise des relations avec Rome
d'une partie des évêques illyriens i)articipant au
schisme d'Aquilée, consécutif à la querelle des Trois
Chapitres; mais tous les documents authentiques
connus montrent au contraire en cette année Hélie
encore en état d'hostilité vis-à-vis de Rome et il
devait en être de même des titulaires des sièges qui
gravitaient autour du sien. Mais, lors du concile de
Marano, en 589 ou 590, Johannès de Celeia appuya le
successeur d'Hélie, Sévère, rentré momentanément
dans la communion romaine, sous la pression de
l'exarque byzantin Smaragde.
Il semble que cette séparation d'avec les schisnia-
tiques ait valu à Jean de Celeia l'hostilité de ses
collègues illyriens persévérant dans leur opposition à
Rome. Chassé en effet de son siège par l'invasion
avare et réfugié à Citta Nova en Istrie, il en fut
expulsé par r« évêque d' Istrie c.-à-d. l'évêque du
diocèse, à moins que ce n'ait été par le patriarche
même d'Aquilée, métropolitain d'istrie, retourné au
schisme. On ignore la suite de son histoire. Et l'on ne
sait rien d'autre non plus sur la suite immédiate de
celle de Celeia tombée sous la domination avare.
Mais on doit signaler qu'on y a retrouvé les restes
d'une basilique de 32 m. de long, dont le sol portait
un pavement de mosaïque, où quelques lettres dessi-
naient les noms de divers personnages de l'Église
locale, le diacre .Justinianus, le scholaslicus Léo, le
clarissime Marcellinus et un Syrien d'origine nommé
Abraham. Ces inscriptions semblent dater du V ou du
VI'' s. Le monument lui-même paraît avoir été détruit
I par le feu, vraisemblablement lors des invasions
avares qui dévastèrent le Norique à la fin du vi^ s. et
mirent fm, pour un temps, à la Celeia chrétienne.
Paul Diacre, Histor. Langobardor., m, 26. — Mansl, ix,
155. — C. /. L., m, 14368, 14368', 14368», 14368". —
Sur tout ceci, outre l'article cité de R. Egger, cf. J. Zeiller,
Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de
l'Empire romain, Paris, 1906.
.J. Zeiller.
CELENDERIS (KeAévSepis), évêché de la pro-
vince d'Isaurie, dépendant de Séleucie. Les Phéniciens
fondèrent en cet endroit un comptoir fortifié, mai.s la
légende grecque, rapportée par Apollodore, III, iv, 3.
en attribue la création à Sandocos, fîls d'Astynous et
petit-fils de Phaéton. La ville fut plus tard colonisée
par les Samiens. Elle n'eut jamais une grande impor-
I tance et son port servait surtout au cabotage. A
l'époque gréco-romaine, elle s'enrichit de monuments
d'une certaine élégance, comme on peut en juger par
les sarcophages et l'arc de triomphe que l'on voit sur
son emplacement à Kelenderi (ou Celendere).
I On ne sait à quelle époque Celenderis fut doté d'un
' évêché. Peut-être ne fut-ce qu'au iv» s. On n'en con-
naît que quatre titulaires : Musonius, qui assista au
concile œcuménique de Constantinople en 381 (Mansi,
III, 570 A); Julien, qui prit part à celui de Chalcédoine,
451 (Mansi, vi, 569 A, 944 B, 1089 E; vu, 37 CD,
121 A, 144 A); c'est certainement le même personnage
qui signa en 458 la lettre des évêques d'Isaurie à l'em-
pereur Léon après le meurtre de Protérius d'Alexan-
drie, bien que le texte latin, le seul qui nous soit
jiarvenu, porte Jules (Mansi, vu, 563 C); Pierre fut un
des membres du concile in Trullo (691-692) (Mansi,
XI, 1000 A); Eusèbe prit part au second concile de
Nicée (787) (Mansi, xii, 999 A, 1110 A; xiii, 149 D.
373 C, 397 B). Un cinquième, dont le nom est resté
inconnu, fut sacré par Photius et traduit pour ce fait
devant le huitième concile œcuménique comme adver-
saire d'Ignace (869).
Le titre de Celenderis ne semble encore avoir été
conféré que deux fois dans l'Église romaine, en fa-
veur de : Mgr François-Xavier Vogt, St-Esp., élu le
25 juin. 1906, vicaire apostolique de Bagomoyo à la
même date, administrateur du vicariat apostolique du
Cameroun en avr. 1922, vicaire apostolique du Came-
roun (act. Yaoundé) le 1" mai 1923; t 24 févr. 1943;
— Mgr René-Désiré-Romain Boisguérin, vie. ap. de
Suifu, élu le 10 janv. 1946.
V. Cuinet, La Turquie d'Asie, ii, Paris, 1892, p. 81. —
L.-M. Alishan, Le Sissouan, Venise, 1899, p. 384-85. —
Boite, Kelenderis, dans Realencyclopàdie (Pauly-Wissowa),
XI', 137-138, — Lequien, ii, 1015-1016. — ^nn. pon<., 1916,
p. 365.
' R. Janin.
CELER. Voir Cehealis.
CELERINA (Sainte), une des plus anciennes
martyres de Carthage, grand'mère du saint lecteur
Celerinus (cf. plus loin ce mot). Nous ne possédons ni
les Actes ni la date précise de son martyre; tous nos
renseignements se limitent à un passage nécessaire-
ment très laconique d'une lettre de S. Cyprien.
Epist., XXXIX, 3, § 1, éd. G. Budé, i, 99; éd. Hartel,
p. 583; P. L., IV, 322-23 (epist. xxxiv) : Avia eius
Celer ina iam pridem martyrio coronala est. Item patruus
eius et avunculus Laurcntinus et Egnatius in castris et
ipsi qiiondam saeciilaribus militantes, sed vert et spiri-
tales Dei milites, dum diabolum Christi confessione
prosternant, palmas Domini et coronas inlustri passione
meruerunt. Sacripcia pro eis semper, ut nieministis,
offerimus, quoliens martijrum passiones et dies anniver-
saria commemoratione celebramus. Il faut écarter, avec
les Bollandistes, A. S., févr., i, 325, la persécution de
53
CELERINA — CELERINUS
54
Dèce, puisque c'est au cours de cette dernière que
l'évêque rappelle à son clergé et à ses fidèles l'habitude
qu'ils ont d'offrir des sacrifices au jour anniversaire
des passions de Celerina et des oncles de Celerinus,
Laurentinus et Egnatius. Dans l'ensemble les historiens
modernes placent, avec Monceaux {Hist. litt., ii,
Paris, 1902, p. 70), les trois martyres sous Septime-
Sévère. S. Cyprien sépare pourtant très nettement le
couronnement de Celerina de celui des deux autres
par l'adverbe de temps iam pridem, qui ne porte que
sur le premier. Ces trois morts glorieuses ne peuvent,
d'autre part, trouver place qu'entre les Scillitains,
auxquels Tertullien {Scap., ni) attribue la priorité
pour ce genre de combat en Afrique, et la persécution
de Scapula (212-13) sous Caracalla : l'Église d'Afrique
connaît ensuite une longue période de paix, comme le
confirment les défections si nombreuses provoquées
par la seule promulgation de l'édit de Dèce (Mon-
ceaux, op. cit., I, 47). Nous sommes par suite amenés à
mettre la passion de Laurentinus et celle d'Egnatius
au moins sous Caracalla. C'est à peine si une dizaine
d'années nous sépare de la mise en application de
l'édit de Septime-Sévère, durée qui ne paraît pas
suffisante pour légitimer l'emploi du terme comparatif
iam pridem. Avant l'édit de 202, les chrétiens
d'Afrique, depuis le proconsul Saturninus (180), ne
sont mis à mort qu'en vertu des rescrits des Antonins;
les magistrats donnent nettement l'impression de
n'agir que lorsqu'ils ne peuvent vraiment faire autre-
ment, comme on le voit dans l'affaire des Scillitains;
lorsque la populace, révoltée contre les disciples du
Christ, essaie de faire pression sur les représentants de
Rome, ceux-ci font manifestement traîner les choses
en longueur, en se contentant d'emprisonner un cer-
tain nombre de chrétiens, ces martyres designati de
Tertullien. Le cas « Celerina » paraît bien être une
répétition de celui des Scillitains, et devoir se placer,
selon les exigences du iam pridem, à une date assez
rapprochée de cette première exécution africaine. De
cette façon se trouve expliquée aussi et surtout l'asso-
ciation de Celerina aux Scillitains comme patrons
d'une basilique de Carthage mentionnée par Victor
de Vite (Hist. perseculionis, i, 3, éd. Petschenig, p. 5) :
Celerinae vel Scillitaiiorum, avec une évidente priorité
de Celerina sur les provinciaux de Scilli dans la véné-
ration des Carthaginois, ses concitoyens; l'hypothèse
de la désignation de l'église par sa fondatrice n'est pas
à écarter (Comm. Martyr. Hieron., dans A. S., nov.,
éd. Delehaye et Quentin, p. 76; cf. aussi H. Delehaye,
Les origines du culte des martyrs, Bruxelles, 1933,
p. 379); mais elle paraît peu probable, n'étant d'ail-
leurs appuyée sur rien. Les deux autres membres de la
famille de Celerinus peuvent avoir souffert sous Sep-
time-Sévère; le iam pridem garde encore tout son sens.
Il n'est d'ailleurs pas sûr qu'ils appartiennent l'un et
l'autre à la même persécution.
Pour le reste de ce qui concerne Celerina, ainsi que pour
la bibliographie, voir art. Celerimis.
J. Ferron.
CELERINENSIS (Ecclesia) n'est pas connue
autrement que par la souscription d'un Donatus,
episcopus plebis Celerinensis, à la conférence de 411
(Gesta coll. Carth., i, 180; P. L.,xi, 1325). L'absence de
compétiteur catholique en face de lui depuis le début
de son épiscopat favorise la localisation de ce siège
en Numidie.
Morcelli, Afr. christ., i, Brixen, 1816, clxv, p. 133. —
Notifia dlgnit., éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot.
p. 655. — Gams, 465. — Ch. Tissot, Géogr. compar., ii,
Paris, 1888, p. 781. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêcixés de
VAfr. sept., dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 86; Tré-
sor de chron., Paris, 1889, p. 1868. — Mgr Toulotte, Géogr.
de l'Afr. chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894, xui, p.105-06.
— P. Mesnage, L'Afr. clirét., Paris, 1912, p. 295-96. —
H. Jaubert, Anciens évêchés de la Numidie, dans Rec. de
Constant., xlvi, 1912, p. 30, § 40.
J. Ferron.
1 . CELERINUS, clerc de Carthage,l'un des plus
vaillants confesseurs de l'Église d'Afrique et le pre-
mier en date de la persécution de Dèce (3 févr. 250).
Il avait de qui tenir : son aïeule Celerina (cf. ce mot),
ses oncles, paternel et maternel, Laurenti(n)us, E(Y
ou I)gnatius, avaient donné leur sang pour le Christ.
Quand paraît l'édit en janv. 250, Celerinus, qui donne
l'impression d'être plus souvent à Rome qu'à Car-
thage, se trouve dans la Ville éternelle; arrêté avec
plusieurs Romains des deux sexes, il endure une très
pénible captivité de dix-neuf jours; les membres
étroitement serrés dans des entraves qui devaient
laisser sur son corps de glorieuses cicatrices et qui
l'obligeaient à rester étendu sur le sol dans une posi-
tion incommode, il avait subi les tourments de la
faim et de la soif; c'est avec une chair émaciée et toute
couverte de blessures qu'il comparaît ensuite devant
l'empereur lui-même; nous ignorons les détails de
l'interrogatoire; mais, au témoignage de S. Cyprien
et de Lucianus, l'un des confesseurs de Carthage,
Epist., XXII, 1 et Epist., xxxix, 4, éd. Hartel, p. 533
et 583, éd. G. Budé, i, 60 et 99; P. L., iv, 280 (epist.
xxi) et 323 (epist. xxxiv), ce fut un triomphe, qui
provoqua l'admiration du persécuteur et l'élargisse-
ment de l'athlète. Quelque temps après la fête de
Pâques, ayant appris que les confesseurs de Carthage
se montraient particulièrement larges pour la distri-
bution de billets d'indulgence aux lapsi, il écrit à celui
qui dirige le mouvement, Lucianus, pour obtenir, par
son intermédiaire, de ceux qui consommeront les
premiers leur martyre la rémission de leur faute à deux
de ses sœurs dans le Christ, Numeria et Candida, dont
la première avait eu la faiblesse de se procurer un cer-
tificat de sacrifice et dont l'autre avait réellement
sacrifié (S. Cy priant opéra omnia, Epist., xxi, Hartel,
529-32, Budé, i, 56-59; Epist., xxii, iam cit., Hartel,
533-35, Budé, i, 59-61; P. L., iv, 274-79 [epist. xx] et
279-82); l'hospitalité que ces deux Romaines ont
donnée aux chrétiens d'Afrique immigrés à Rome est
invoquée à l'appui de la demande. Lucianus fait droit
à sa requête aux conditions suivantes : retour de la
paix de l'Église, examen de la cause devant l'évêque
et aveu de la faute par les intéressées et par tous ceux
qui sont ou seront dans le même cas. En apprenant la
chose, Cyprien, Epist., xxvii, 3, Hartel, 542-44,
Budé, i, 66-67; P. L., iv, 285-86 (epist. xxii), blâme
l'initiative de Lucianus et met en parallèle la modéra-
tion, la prudence, l'humilité et la réserve dont té-
moigne la lettre de Celerinus. Aussi est-il heureux de
l'accueillir, lorsqu'il vient lui apporter l'assurance de
l'approbation affectueuse de Rome, un moment refu-
sée {Epist., xxxvii, 1, Hartel, 576, Budé, i, 92; P. L.,
IV, 264-65, epist. xv). Ce voyage doit se placer au
commencement de l'année 251 et non à l'automne 250,
parce que Cyprien dans sa lettre spécifie bien, en liai-
son avec les lignes précédentes, toi veslrae laudes quoi
dies, quoi mensium curricula tôt incrementa meritorum.
que les confesseurs de Rome sont depuis plus d'un an
dans les fers, et qu'ils n'ont, par conséquent, rien à
envier aux dignitaires du monde, magistrats et
consuls, dont la charge durait de janv. à janv.; tout
ce qu'il dit ensuite du soleil, de la lune et des saisons
est d'ordre mystique et n'a pas d'autre but que de
montrer que rien n'a manqué à cette année privilégiée
pour être pleine et féconde, comme le prouve la phrase
sur laquelle s'achève toute la tirade : Sic apud serves
Dei annus evolvitur. L'évêque de Carthage manifeste
à Celerinus la satisfaction qu'il éprouve de sa conduite,
en l'introduisant dans son clergé et en l'élevant à la
55
CELERINUS —
CÉLESTIN 1er
56
dignité de lecteur; les martyrologes historiques parlent
de diaconat, pour avoir sans doute interprété ainsi les
passages de la missive épiscopale où il est question de
lecture de l'Évangile (EpisL, xxxix, iam cit., Hartel,
581-85, Budé, i, 97-100; P. L., iv, 320-24; dom Quen-
tin, Les martyrologes historiques du Moyen Age, Paris,
1908, p. 288, n. 5). Cyprien réservait d'ailleurs Celeri-
nus pour l'honneur de la prêtrise; mais nous ne savons
si celui-ci vécut assez pour dépasser le lectorat, qu'il
n'avait accepté qu'après une indication surnaturelle
sous forme de vision nocturne. Il est très probable que
le Celerinus qui se laissa entraîner de bonne foi dans le
schisme novatien (Cornelii papne epist. IX ad Fabium
Antiochenum, i; P. L., m, 735-36) doive s'identifier
avec le nôtre. 11 revint à l'Église, dès qu'il s'aperçut
(le l'erreur. En tout cas, après l'exil du pape à Centum-
celles (253), les rapports de Celerinus et de Corneille
sont assez chauds, puisque Cyprien transmet par son
lecteur le courrier qu'il destine à l'exilé (cf. Tillemont,
Mémoires pour servir à l'histoire eccl. des six premiers
siècles, III, Paris, 1695, p. 397, et aussi 395-400). Nous
perdons ensuite la trace de l'héroïque confesseur. Tous
les martyrologes historiques, à la suite de Florus de
Lyon, joignent le nom de Celerinus à celui de sa sainte
parente, le 3févr. ; mais il est impossible de savoir sur
quoi l'initiateur de cette insertion s'est basé et aussi
ce que représente au juste cette date.
Th. Ruinart, Acta martyrum sincera, Vérone, 1731,
p. 175. — Propylaeum ad A. S. dec, p. 47 et 48. — A. S.,
févr., I, 325-32. — Mort. Hier., éd. de Rossi et Duchesne,
17; éd. Delehaye, 76, .531. — P. AUard, Histoire des persé-
cutions pendant la 1" moitié du III' s., Paris, 1886, p. 95.
— P. Monceaux, Hist. littéraire, ii, Paris, 1902, p. 69-74.
— Dom Quentin, op. cit., p. 288, 378, 417, 481. —
Ch. Bayard, S. Cyprien, correspondance (coll. Budé, iam
cit.), I, Paris, 1925, p. xx-xxii. — H. Delehaye, Les ori-
gines du culte des martyrs, Bruxelles, 1933, p. 14 et 379-80.
— ■ Baudot et Chaussin, Vies des saints, ii, Paris, 1936,
p. 59.
J. Ferron.
2. CELERINUS est cité le 6 mai au martyro-
loge hiéronymien, comme martyr de Milan. Ce saint
doit appartenir à l'Afrique et être identifié avec le
saint rappelé le 3 févr. L'éloge que fit de lui S. Cy-
prien a inspiré la notice du martyrologe romain. Tou-
tefois Cyprien dit que Celerinus était lecteur, et non
diacre, comme le suppose le martyrologe.
A. S., mai, ii, 101. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 95,
234. — Mart. Rom., 47.
R. Van Doren.
3. CELERINUS (Saint). Deux martyrs afri-
cains de ce nom sont inscrits dans la très longue liste
que le martyrologe hiéronymien range sous la rubrique
in Africa le 7 mai. Ils ne semblent pas appartenir au
même groupe. L'un d'entre eux est qualifié d'évêque
et confesseur par Canisius. Nous ignorons la date et le
lieu de leur martyre.
A. S., mai, ii, 136-37. — Mari. Hier., éd. de Rossi et
Duchesne, dans A. S., nov., ii, pars I», p. 56; éd. Delehaye
et Quentin, pars II», p. 235-37.
J. Perron.
CÉLESTE. Voir Caelestius et Celestius.
CÉLESTIN. Voir aussi Caelestinus.
1. CÉLESTIN. Ce nom revient au martyrologe
hiéronymien les 21 janv., 17 févr. et 8 mai. Mais les
personnages cités à ces endroits ne semblent pas appar-
tenir à l'histoire.
A. S., janv., ii, 703; févr., m, 10; mai, ii, 288. — Mart.
Hier., éd. Delehaye, 53-,54, 103, 239.
R. Van Doren.
2. CÉLESTIN, martyr, 2 mai. A cette date le
martyrologe romain mentionne comme martyrs ro-
mains Saturninus et ses compagnons : Neopolis —
dont, au début du xix<= s., on fera le patron de Napo-
léon — Germain et Célestin, qui après leur supplice
furent jetés en prison et y moururent. Cette citation
provient de l'hiéronymien, fort corrompu en cet en-
droit (Neopolis, par ex. , est le nom de la ville de Naples).
Il ne dit pas cependant que ces martyrs appartiennent
à Rome ou sont morts en prison. Germain et Célestin
restent pour nous de simples noms.
A. S., mai, i, p. 184; vu, not. 37. — Mart. Hier., éd. De-
lehaye, 216-25. — Mart. Rom., 68. — Delehaye, La légende
de S. Napoléon, Bruxelles, 1926.
R. Van Dorkn.
3. CÉLESTIN I" (Saint), pape, 10 sept. 422-
28 juin. 432. Selon le Liber ponlificalis, Célestin était
d'origine romaine et avait pour père un certain
Priscus. Nous ne possédons pas de renseignements sur
son enfance ni sur son éducation qui fut exclusive-
ment latine. Peut-être passa-t-il quelque temps à
Milan auprès de S. Ambroise (Arnobe le Jeune, Con flirt,
cum Serap.). D'assez bonne heure, il entra dans le
clergé romain : en 416, S. Innocent I" parle d'une
lettre que le diacre Célestin, son fils, lui avait écrite
touchant quelques difilcultés soulevées par Decentius,
évêque d'Eugubium. En 418, S. Augustin écrit une
lettre fort respectueuse au diacre Célestin, qui semble
bien être aussi le futur pape.
Lorsqu'en 422 le trône pontifical devint vacant par
la mort de S. Boniface, Célestin fut élu sans contesta-
tion pour succéder au défunt. Le parti eulalien, qui
devait, une dernière fois, faire parler de lui en 423
après la mort d'Honorius, se tint tranquille et le
nouvel élu entra pacifiquement en possession de son
siège. Tout de suite, il fut évident qu'il gouvernerait
avec autorité et sagesse.
Ses premières décisions furent cependant malheu-
reuses en ce qui concerne les affaires d'Afrique. S. Bo-
niface avait accueilli favorablement les plaintes d'An-
toine de Fussala et lui avait donné des lettres qui le
rétablissaient sur son siège. Il fallut que S. Augustin
écrivît à Célestin, tout nouvellement élu, une lettre
fort énergique où il rétablissait la vérité et menaçait
de donner sa démission (Epist., ccix) pour que l'his-
toire n'eût pas de suites. Célestin, qui aurait pu être
instruit par ce précédent, n'en reçut pas moins avec
faveur Apiarius, lorsque celui-ci, excommunié pour la
seconde fois, se présenta à lui. Il le réexpédia en
Afrique, avec une lettre pour les évêques de ce pays, et
le fit accompagner d'un légat, Faustin, déjà trop bien
connu outre-mer pour sa raideur maladroite. L'affaire
tourna à la confusion de Faustin, car Apiarius finit
par avouer ses crimes et le légat dut reprendre le
chemin de Rome, emportant avec lui une lettre (Cod.
canon, écoles. Afric, 138) dans laquelle le pape était
exhorté à ne plus admettre avec tant de facilité les
plaignants venus d'Afrique (426). Cf. P. Batiflol, Le
catholicisme de S. Augustin, 456-71.
Célestin fut plus heureux dans ses rapports avec les
Églises de Gaule. Le 25 juill. 428, il adressa aux
évêques de Viennoise et de Narbonnaise une lettre
(Jaffé-Wattenbach, 369) qui définit l'action du Siège
apostolique dans leur pays : « Nous sommes, dit-il,
placé par Dieu dans un poste d'observation et nous
avons à prouver la diligence de notre vigilance en cou-
pant court à ce qui doit être interdit et en sanction-
nant ce qui doit être observé. » Partant de là, le pape
interdit aux évêques de se singulariser par un costume
spécial; il blâme ceux d'entre eux qui refuseraient la
pénitence aux mourants; il condamne les ordinations
épiscopales reçues par des candidats qui n'auraient
pas auparavant passé par les degrés inférieurs du
clergé; il évoque devant son tribunal le cas d'un
certain Daniel, qui, après avoir longtemps causé du
57
CÉLESTIN I" — CÉLESTIN II
58
scandale en Orient, a réussi à se faire ordonner
évêque dans un diocèse de Gaule. Il demande enfin
que chaque province ait son métropolitain et qu'aucun
métropolitain n'intervienne dans des provinces qui ne
sont pas de son ressort.
Cette règle n'empêclie d'ailleurs pas le pape de
confier à certains évêques des missions de confiance :
c'est ainsi qu'en 429 Célestin enverra S. Germain
d'Auxerre en Angleterre pour y poursuivre les parti-
sans du pélagianisme (Prosper, Chronic, ad aan. 429).
C'est encore à propos de la Gaule que S. Célestin
s'occupe des controverses semipélagiennes. Deux
moines de Marseille, Hilaire et Prosper, qui avaient
déjà eu l'occasion de défendre, contre les conférences
de Cassien, la doctrine de S. Augustin, crurent devoir,
en présence de la persistance de leurs adversaires,
s'adresser à Rome et se rendre personnellement auprès
du pape. Ils obtinrent de lui une lettre (Jafîé-Watten-
bach, 381) adressée à Venerius de Marseille, aux
évêques Marinus, Leontius, Auxonius, Arcadius, Fillu-
cius et autres, dans laquelle est loué leur zèle pour la
vérité. Sans faire de reproches à ses correspondants,
le pape leur demande de veiller sur la prédication de
leurs prêtres et de rester fidèles à S. Augustin, que
Rome a toujours eu dans sa communion. A cette lettre
est annexé un syllabus que l'on a attribué longtemps
au diacre Léon, le futur S. Léon, mais qui pourrait
bien être l'œuvre de Prosper lui-même, selon l'opinion
défendue par dom Cappuyns, dans Reu. bénédicl.,
1929, p. laG-70.
En condamnant le semipélagianisme, S. Célestin
restait fidèle à la position qu'il avait toujours gardée.
Au début de son pontificat, Celestius avait essayé de
recommencer ses intrigues : une décision impériale
avait ordonné son expulsion d'Italie. Plus tard, Nesto-
rius était intervenu en sa faveur. Tout au moins, peu
de temps après son élection sur le siège de Constanti-
nople, avait-il écrit au pape pour lui demander d'ins-
truire personnellement l'affaire de Julien d'Éclane et
de trois autres évêques italiens déposés pour cause de
pélagianisme, afin, disait-il, que l'attitude que l'on
pourrait prendre à Constantinople à leur égard ne fût
pas une cause de division ou de malentendu avec Rome
((Epist. Fraternas, dans F. Loofs, Nesturiana, 165-68).
Cette lettre de Nestorius demeura sans réponse.
L'évêque de Constantinople revint à la charge en se
plaignant du silence du pape et en lui demandant avec
insistance une solution (Epist. Saepe; ibid., 170-72).
Célestin ne put, lorsque le 11 août 430 il répondit
enfin à son correspondant, que lui rappeler les justes
condamnations portées à Rome et ailleurs, voire à
Constantinople, par Atticus et par Sisinnius (Jafïé-
Wattenbach, 374).
Une affaire plus grave que la controverse pélagienne
devait occuper les dernières années du pontificat de
S. Célestin. Dans la lettre Fraternas, qui date de 429,
Nestorius avait déjà signalé au pape les controverses
soulevées autour du nom de Mère de Dieu donné à la
Vierge Marie et marqué nettement son propre senti-
ment à ce sujet. Il était revenu sur la même question
dans la lettre Saepe scripsi. Mais déjà, à Rome, on était
renseigné par d'autres que par l'évêque de Constanti-
nople. S. Cyrille d'Alexandrie, dès sa première lettre
à Nestorius (Epist., ii), pouvait assurera son corres-
pondant que ses sermons faisaient très mauvaise im-
pression au pape et aux évêques italiens. Après Pâques
430, il écrivit lui-même à S. Célestin pour lui dénoncer
l'erreur de Nestorius {Epist. .xi) et il semble que, dès
avant le reçu de cette lettre, Cassien aurait reçu du
diacre Léon, agissant sans doute comme mandataire
du siège pontifical, la mission d'étudier les sermons de
Nestorius et de réfuter les erreurs qu'ils contenaient.
En tout cas, dès le 11 août 430, S. Célestin écrivit plu-
sieurs lettres destinées à S. Cyrille (Jafié-Wattenbach,
372) , à Jean d'Antioche, à Juvénal de Jérusalem, à
Rufus de Thessalonique, à Flavien de Philippes (ibid..
373) . à Nestorius (ibid., 374): aux prêtres, diacres,
clercs, serviteurs de Dieu et peuple catholique de
Constantinople (ibid., 375). Toutes ces lettres sont des
condamnations de Nestorius; elles indiquent en même
temps la procédure qui doit être suivie contre lui et
l'obligation où il est mis de se soumettre dans les dix
jours après la réception de la sentence portée contre
lui.
Nous n'avons pas à rappeler ici le détail des événe-
ments qui suivirent. Lorsque le concile d'Éphèse
eut été convoqué par l'empereur, Célestin écrivit à
Cyrille le 7 mai 431 (Jafïé-Wattenbach, 377) pour lui
donner des conseils de modération et de prudence; et
le 8 il adressa au futur concile ses instructions en même
temps qu'il désignait ses légats et leur donnait ses
ordres (ibid., 378-79). L'œuvre du concile d'Éphèse
fut encore approuvée par S. Célestin, qui ne mourut
pas avant d'avoir appris la déposition de Nestorius et
l'élection de son successeur Maximien. Des lettres
furent adressées par lui le 15 mars 432 aux évêques qui
avaient élu Maximien (ibid., 385); à l'empereur Théo-
dose II (ibid., 386); à Maximien lui-même (ibid., 387);
au clergé de Constantinople (ibid., 388). Toutes ces
lettres manifestent la conscience la plus claire du
danger que Nestorius avait fait courir à la foi catho-
lique : elles s'inquiètent encore de penser que l'héré-
siarque est insuffisamment éloigné pour être mis dans
l'impuissance de nuire; elles approuvent le choix de
Maximien; elles rappellent enfin la sagesse tradition-
nelle du Siège romain, et l'autorité qu'il possède pour
juger des causes de cette importance.
Comme on le voit, le pontificat de S. Célestin fut
rempli par bien des préoccupations. La condamnation
du pélagianisme et celle du nestoriaiiisme ont été les
principaux soucis du pape; mais elles n'ont pas été
seules à l'intéresser, et partout où l'autorité de son
siège était en question, S. Célestin est intervenu pour
la maintenir et la fortifier. Lorsqu'il meurt le 27 juill.
432, l'an'aire iiestorienne est loin d'être terminée, mais
le pélagianisme a cessé d'être dangereux; les novaliens
de Rome ont perdu leurs églises (Socrate, Hisl. eccles.,
VII, II) et doivent se réunir en des maisons parti-
culières; les questions relatives à l'Illyricum et aux
droits de l'évêque de Thessalonique ont été résolues
dans le sens traditionnel (Jaffé-Wattenbach, 366).
On peut dire que S. Célestin a bien servi l'Église.
Tillemont, xiv, 148-157. — P. Batiffol, Le siège aposto-
lique de 359 à 451, Paris, 1924; Le catholicisme de S. Augus-
tin, Paris, 1919. — A. Fliche et V. Martin, Histoire de l'Église,
IV, Paris, 1937, p. 256 sq. — É. Amann, L'affaire Nesto-
rius vue de Rome, dans Rev. des sciences relig., xxiii,
1949, p. 5-37, 207-244.
G. Bardy.
4. CÉLESTIN II. Après la mort de Ca-
lixte II, les cardinaux et le peuple, réunis à l'église
S. -Pancrace (16 déc. 1124), choisirent pour lui succé-
der le candidat des Pierleoni, Tebaldo Buccapecci ou
Boccapecora, cardinal-prêtre de Ste-Anastasie depuis
déc. 1122 (l'article Honorius II du D. T. C. lui donne
le prénom de Thomas et en fait un cardinal de Ste-
Sabine). L'élu accepta, à contre-cœur semble-t-il; il
prit le nom de Célestin et revêtit la chape rouge; mais,
tandis qu'en son honneur on chantait le Te Deum,
Lambert d'Ostie fut élu à son tour, par suite d'une
manœuvre des Frangipani, et proclamé sous le nom
d'Honorius II. Spontanément ou sur les instances des
cardinaux, Buccapecci s'elïaça devant le nouvel élu
qui. lui aussi, offrit de résigner sa charge afin de per-
mettre aux deux parties de se mettre d'accord (voir
art. déjà cité), (^et épisode est raconté par les
59
CÉLESTIN II
60
cardinaux Pandulphe et Boso. On ignore la date de la
mort de Buccapecci (au plus tard 1126). N'ayant été
ni sacré, ni intronisé au Latran, son nom ne figure pas
sur la liste des papes et le Célestin suivant est considéré
comme le second du nom.
Jané, I, p. 822-824. — Pandulfus, Vita Honorii, et Boso,
Vita Honorii, dans Watterich, Pontif. Roman. Vilae, ii,
157-59. — Pétri Chron.mon.Cassin.,iv, c. 83, dans M. G. H.,
Script., VI, 804. — D. T. C, vu, 132-133. — Ann. pont.,
1928, p. 121, n. 12.
Roger Mols.
5. CÉLESTIN II, pape. Successeur d'Inno-
cent II, élu le 26 sept. 1143, f 8 mars 1144.
Guido di Castello doit son nom à la petite ville de
Città di Castello (Tifernum Tiberinum), en Ombrie,
d'où il était originaire selon toute vraisemblance. Les
arguments en faveur de Macerata, défendus par
R. Foglietti, ont été définitivement réfutés par A. Wil-
mart, p. 102, n. 1.
On ignore tout de la date de sa naissance, ainsi que
des années de sa jeunesse. Un nécrologe le signale
comme chanoine du chapitre cathédral de Castello.
Cf. G. Muzi, Memorie ecclesiasliche di Città di Castello,
Castello, II, 1842, p. 55. Il est mentionné pour la
première fois à la Curie romaine dans un document
pontifical du 6 avr. 1123, donné per mamim Guidonis
Romanae Curiae camerarii (P. L., clxiii, 1290). Le
titre de Magister qu'on lui décerne parfois (ex. Chron.
Mauriniac, dans Recueil des hist. de la France, xii,
87 b) rend hommage à sa science peu ordinaire, due
en partie à Pierre Abélard, dont il aurait suivi l'en-
seignement, dont il possédait au moins deux ouvrages
(le Sic et Non et la Théologie; cf. Wilmart, 100) et
pour lequel il garda, sa vie durant, une profonde
amitié.
Il est difficile de dire de quand datent ces relations;
elles remontent, selon toute vraisemblance, au delà
des années 1139-1140, au cours desquelles Guido fut
chargé d'une mission de plusieurs mois en France.
Dans sa lettre 192, écrite, semble-t-il, peu après le
concile de Sens (1140 ou 1141), S. Bernard le met vive-
ment en garde contre les dangers possibles d'une
sympathie profondément enracinée pour l'auteur
du Sic et Non (P. L., clxxxii, 358; voir aussi la
lettre 193). Avant cette date, la présence ininter-
rompue de Guido, soit auprès de la cour pontificale
d'Innocent II, soit en mission, oblige de remonter à
plus de dix ans en arrière. Pourtant, il n'y a aucune
preuve positive d'un séjour de Guido en France pour [
raisons d'études, mais un ensemble convergent de
très légers indices; voir Wilmart, p. 100, note 2.
D'autre part, W. Giesebrecht (Arnaldo da Brescia,
Munich, 1873, p. 22 sq.) et Bernhardi {Konrad III.,
p. 740, n. 21) ont fait justice de l'opinion de ceux,
par ex. Gregorovius {Geschichte der Stadt Rom, iv,
457-58), qui voyaient en lui le cardinal légat Guido,
protecteur d'Arnaud de Brescia et destinataire de la
lettre 196 de S. Bernard (P. L., clxxxii, 363-64). Il
s'agit d'un homonyme.
En déc. 1127, Guido fut promu cardinal-diacre du
titre de Ste-Marie in via Lata. Lors de la double élec-
tion pontificale de 1130, il fit partie des électeurs
d'Innocent II : son nom figure sur la liste donnée par
Boso dans sa Vita Innocenta II (Watterich, ii, 174),
et la même conclusion semble nettement présupposée
par sa présence à l'entrevue de Salerne (voir plus
loin). Elle a été admise par R. Zoepfi'el, qui, dans son
ouvrage Die Papstwahlen, 369 sq., consacre une étude
spéciale à l'élection de 1130. Toutefois Bernhardi ne
l'admet qu'avec réserves (Lothar, p. 295-96, n. 61 et
p. 778, n. 60 fin) : tout en étant du parti d'Innocent II,
il se pourrait que le cardinal Guido n'ait pas assisté à
l'élection proprement dite.
Guido accompagna dans sa fuite en France le pon-
tife qu'il avait élu et fit partie du voyage au cours
duquel Innocent II rencontra l'empereur Lothaire à
Liège (22 mars-début avr. 1131; Chronicon Mauri-
niacense, dans Recueil des historiens de la France,
1 XII, 80 c, et Bernhardi, Lothar, 356). Il n'est pas
prouvé qu'il fut de tous les déplacements entrepris
par le pape au cours de l'été suivant; mais il fut cer-
tainement présent au concile de Reims, où il fit partie
de la commission spéciale instituée par le pape pour
connaître de certaines plaintes formulées par les
moines de Marmoutiers (Mansi, xxi, 467-68).
A la fin de la même année, il est un des trois cardi-
naux légats envoyés à Cologne, à l'occasion de l'élec-
tion de l'archevêque (départ de Troyes, après le
23 nov. 1131, cf. Pflugk-Harttung, Acta, i, n. 165;
passage probable par Langres, cf. Bachmann, 30;
séjour à Cologne durant l'hiver 1131-32, cf. Annal.
Col. Max., 2e recension, M. G. H., SS., xvii, 756,
hgne 19, et Bachmann, 30-32). Vers Pâques, 10 avr.
1132, quatre légats, dont Guido de Ste-Marie in via
Lala, sont présents à la diète lotharingienne d'Aix-
la-Chapelle (Stumpf, 3267; Bernhardi, Lothar, 424);
après quoi, ils font route vers l'Italie où le pape les a
déjà devancés. Leurs signatures sur les documents
pontificaux (Jaffé, 7584 et 7587) prouvent qu'ils doi-
vent l'avoir rejoint probablement à Crémone, avant
le 15 juillet.
En déc. 1133, Guido di Castello devient cardinal-
prêtre de S. -Marc. On peut donc l'identifier avec
l'auteur de la signature presbijter Guido indignus
sacerdos, qui figure sur les documents pontificaux, du
12 janv. 1134 au 16 mai 1143, en même temps que
disparaît son ancienne signature (dernière mention,
21 déc. 1133). L'identification est d'autant plus vrai-
semblable que son successeur au titre de S. -Marc, le
cardinal Gilbert, signera parfois indignus sacerdos
lit. S. Marci. Cf. Brixius, p. 87, n. 52. Il s'ensuit, quoi
qu'en disent Ciacconius et ceux qui l'ont suivi, que ce
n'est pas lui, mais un homonyme, qui fut nommé gou-
verneur de Bénévent, en 1137-38, lorsque cette ville
retomba sous l'autorité du pape. Il s'agit en effet d'un
cardinal-diacre. Cf. Falco Benevent., Chronicon, dans
Muratori, anc. éd., v, 130 D, 131 B.
En nov. 1137, Roger II de Sicile ayant, sur le
conseil de S. Bernard, convoqué à Salerne trois délé-
gués de chaque parti, témoins de l'élection de leur
pape respectif, afin d'examiner en une conférence la
! valeur de ces élections et de mettre fin ainsi au schisme
qui durait depuis 1130, Guido fut un des trois délégués
d'Innocent II. A la suite de cette entrevue, le roi
ayant demandé qu'un cardinal de chaque parti l'ac-
compagnât à Palerme, où la question serait à nouveau
débattue vers la Noël, Guido l'accompagna, mais sa
mission se solda par un échec.
Vers la mi-juill. 1138, il eut à intervenir, en présence
de l'empereur Lothaire, comme avocat de la cause
romaine dans un conflit opposant le S. -Siège et le
Mont-Cassin {Chron. monast. Cassin., Muratori, anc.
éd., rv, 566, 573). Revenu à Rome (avant le 17 déc),
il se vit confier la mission en France dont il a été
question plus haut.
Prévoyant sa mort prochaine et désireux d'éviter
un schisme. Innocent II désigna en 1143 le cardinal
Guido parmi les cinq candidats auxquels il accordait
sa préférence pour lui succéder (Chronica Cisterciens.
S. Mariae di Ferraria, éd. Gaudenzi, Monum. slorici
edit. dalla Società Napolitana di Storia Palria, sér. I,
Chronache, Naples, 1888, p. 27).
L'accord des cardinaux se fit sur la personne de
Guido. Élu le 26 sept., il fut couronné le 3 oct. 1143.
Célestin II ne fit que passer sur la chaire de S. Pierre.
Durant les cinq mois de son pontificat, il ne quitta pas
61
CÉLESTIN II
— CÉLESTIN III
62
Rome. Ses deux principaux actes, par lesquels il revint
sur des décisions de son prédécesseur, concernent la
France et la Sicile. Sur la demande de Suger et de
S. Bernard, il leva l'interdit qu'Innocent II avait ful-
miné contre le domaine royal français, parce que le roi
Louis VII avait opposé son propre candidat au siège
de Bourges, un clerc nommé Cadure, à Pierre de la
Châtre, qui avait été régulièrement élu par le chapitre.
D'autre part, il se refusa à ratifier le traité de Mi-
gniano que son prédécesseur avait conclu avec Ro-
ger II; mais la situation critique des frontières de
l'État pontifical, surtout de Bénévent, l'obligea à mo-
dérer son intransigeance initiale et à envoyer, tout à la
fin de sa vie, deux cardinaux en ambassade à la cour
de Palerme. Cf. Chron. Ferrar., 27 et Chalandon,
II, 112. La quasi-totalité de ses autres actes sont des
mesures de faveur ou des confirmations de privilèges
concédés à des monastères.
En prévision de sa mort prochaine, il légua « pour le
rachat de son âme, à l'église de S.-Floridus » (c.-à-d.
à la matrice de Città di Castello; Wilmart, 98), les
56 volumes de sa bibliothèque personnelle. Voir liste
dans Wilmart, 100-01. Il avait contribué également à
enrichir le trésor artistique de cette cathédrale. Cf.
Seroux d'Agincourt, Hist.de l'art par les monuments,
II (sculpture), 49; iv (sculpture), pl. xxi, Paris, 1823,
et Rohault de Fleury, La messe, i, 212 et pl. lxxxviii,
Paris, 1883.
Il mourut au monastère du Palladium, le 8 mars
1 144, et fut inhumé au Latran. Cf. Johannes Diaconus,
Appendix ad libellas Ordinis Romani, dans Mabillon,
Musaeum Italicum, ii, 568.
Sous son pontificat, il y eut de nouveaux cardinaux.
Mais les auteurs ne s'accordent ni sur leur nombre, ni
sur leurs noms, ni sur la date de leur promotion.
Ciacconius, i, 1011-20, en donne douze (en réalité
onze, par suite d'un double emploi), tous créés le mer-
credi des Cendres 1144. Brixius, 49-50, en mentionne
dix, tous créés le 17 déc. 1143. La liste de VAnn. pont.,
1928, p. 133-35, en comprend douze, promus à des
dates différentes.
On sait que, selon l'interprétation habituelle, c'est
avec le pontificat de Célestin II que débute la prophé-
tie des papes attribuée à S. Malachie.
Sources : Jallé, ii', 1-7, 716, 758. — P. L., clxxix, 761-
820. — Chevalier, B. B., i, 830. — L. Pont., ii, 385, 449. —
Watterich, Pont. Rom. Vitae, ii, Leipzig, 1862, p. 276-78.
— - Von Pflugk-Harttung, Acta pontificum Romanoruni
inedita, t, 170-73, 290, 417; ii, 333-35, 337, 403, 430; m,
39-55. — Id., Iter Italicum, 463, 851. — Kehr, //. pont.,
1, p. XXI ; II, p. xxni; m, p. xxxiii-xxxiv; iv, p. xxiv;
V, p. XXXI ; vi-1, p. xxvi; vi-2, p. xx-xxi; vii-2, p. xx;
viii, p. XLV. Voir aussi les Nachtràge, dans Nachrichten
V. d. kôn. Gesellsch. d. Wiss. zu Gôttingen, Phil.-hist. Kl. —
Kehr, Germ. pont., i, p. xix; ii-l, p. xvi; m, p. xvii. —
J. Ramackers, Papsturkunden in den Niederlanden,
Abhandl. der Gesellsch. der Wiss. zu Gôttingen, Phil.-
hist. Kl., 3» série, fasc. 8, Berlin, 1933, n. 45-47. — Id.,
Papsturkunden in Frankreich, même coll., nouv. série,
fasc. 2, Gœttingue, 1937, n. 19; fasc. 4, 1942, n. 42. —
W. Holtzmann, Papsturkunden in England, même coll.,
3« série, fasc. 15-2, Berlin, 1936, n. 33.
Travaux : J.-M. Brixius, Die Mitglieder des Kardinalkol-
legiums von 1130 bis 1151, Diss., Strasbourg, 1910. —
R. Zœpffel, Die Papstwahlen und die mit ihnen in nâchsten
Zusammenhang stehenden Ceremonien in ihrer Entuiicklung
vom 11. bis zum 14. Jhdt, Gœttingue, 1871, p. 267-395.
— • A. Corietti, L'intervenzione del popolo nelV elezione di
Celestino II (1143), Velletri, 1920. — G. Mercati, Quando
fu consecrato papa Celestino II ?, dans Quellen und Forsch.
aus ital. Arch. u. Bibl., xni, 1910, p. 377. — Von Pttugk-
Harttung, Die Bullen der Pàpste bis zum Ende des zwôlften
Jahrhunderts, Gotha, 1901, p. 342-48. — Hefele-Leclercq,
v-1, 760, 795 sq. — Ann. pont., 1928, p. 125, 133-135. —
Ciaconius Oldoiniis, Vitae et res gestae pontif. Roman, et
S. R. E. cardlnallum, t. i, Rome, 1677, p. 967-68, 1011-20.
— A. Certinl, Vita di papa Celestino II da Città di Castello,
Foligno, 1716. — W. Bernhardi, Lothar von Supplinburg
(Jahrbûcher der deutschen Geschichte), Leipzig, 1879. —
A. Wilmart, Les livres légués par Célestin II à Città di Cas-
tello, dans Revue bénédictine, xxxv, 1923, p. 98-102. — R.
Foglietti, Per le origini di Macerata : Un papa maceratese,
Macerata, 1905. — F. Chalandon, Histoire de la domination
normande en Italie et en Sicile, u, Paris, 1907, p. 81, 112-13.
Roger Mols.
6. CÉLESTIN 111, pape, successeur de Clé-
ment III; élu le 30 mars (?) 1191, t 8 janv. 1198.
I. Avant le cardinalat. — Hyacinthe, fils de
Petro Boboni et d'une délia Casa Scotta, originaire du
« rione » romain d'Arenula, né vers 1105-06, entra de
bonne heure au service de la cour pontificale. D'après
une indication de Pierre de Blois (lettre 123, P. L.,
ccvn, 366 sq.), il aurait été sous-diacre dès 1126.
Brixius, 52, l'identifie au « premier sous-diacre
Hyacinthe » dont la signature figure encore plus an-
ciennement sur divers documents pontificaux. Voir
4 mars 1121 (U. Robert, BiiUaire du pape Callixte II,
I, 323); 6 mai 1122 (P. L., clxiii, 1247); 16 mai 1122
(Robert, op. cit., ii, 46); 21 juill. 1126 (P. L., clxvi,
1265); 22 avr. et 1" mai 1138 (Pflugk-Harttung,
Acta, II, 295 et P. L., clxxix, 362). Sur les membres
de sa famille à cette époque et sur les rapports de
parenté unissant les Boboni aux Orsini, voir C. de Cu-
pis, Regesto degli Orsini, dans Bolletino délia Società di
Storia patria Ant. Lod. Antinori negli Abruzzi,
XIV« année, 2^ série, 1902, p. 129-52; voir aussi le
tableau généal. IV, dans Brezzi, Roma e l'impero
medioevale, Bologne, 1947, appendice.
Hyacinthe aurait séjourné à Paris pour ses études et
aurait compté Abélard parmi ses professeurs. Ainsi
s'expliquerait la hardiesse qu'il mit, conjointement
avec Arnaud de Brescia, à prendre sa défense au
concile de Sens (1140 ou 1141; cf. Hist. pont., c. 31,
M. G. H., SS., XX, 537), attitude qui fut vivement
déplorée par S. Bernard dans sa lettre 189 à Inno-
cent II (P. L., CLXxxii, 357; voir aussi lettre 338,
ibid., 543).
II. Le cardinalat. — Hyacinthe Boboni fut
nommé cardinal-diacre de Ste-Marie in Cosmedin.
Cette promotion date soit du 13 févr. 1144, sous
Célestin II (Ann. pont., 1928, 134, n. 11 ; Hofmeister,
I 142, n. 3; Wenck, 445), soit du 22 déc. 1144, sous
j Lucius II (Leineweber, 9; Brixius, 104). La première
, opinion s'appuie sur des arguments psychologiques :
similitude des mentalités entre les deux Célestin,
parenté des attitudes dans l'affaire d' Abélard, choix
du même patronyme pontifical. La seconde repose sur
un sérieux argument diplomatique : absence de sa
signature sur les documents pontificaux avant le
27 déc. 1144.
' Il garda ce titre durant 47 années, sous neuf ponti-
1 flcats successifs. En cette qualité, il signa de nom-
breuses bulles pontificales; voir leur calendrier dans
Jaffé, II, 7, 20, 90, 103, 146, 431, 493, 528, 536, repris
par l'Ann. pont., 1928, p. 134.
1° Première légation en Ibérie (1154-56). — Envoyé
par Anastase IV, sur la demande d'Alphonse VII de
Castille, il part probablement en févr. 1154. Alors qu'il
est déjà en route, le pape lui fait parvenir les bulles,
datées du 8 avr., destinées à chacun des trois arche-
vêques de Braga, Santiago de Compostelle et Tarra-
gone; il lui confie aussi la mission de faire reconnaître
la prééminence du siège de Tolède par ces trois
archevêques et renforcer ainsi les tendances unifica-
trices dans la péninsule (cf. Jaffé, 9901 ; in extenso dans
Pflugk-Harttung, Acta, ii, 149 et Fita. Boletin de la
R. Academia de Historia, xiv, 1889, p. 546; la datation
de cette dernière pièce, 15 mai 1154, est incertaine.
Cf. Kehr, Nachr. v. d. Kôn. Gesellsch. der Wissensch.
zu GOltingen, Phil.-hist. Kl., 1902, p. 429, n. 9).
63
CÉLESTIN III
64
De nombreux actes conserves aux archives per-
mettent de retracer les étapes de sa légation (Kehr,
Abh. der preuas. Akad. der Wiss.. 1928, n. 4, p. 52).
A l'aller, il passe par Narbonne (31 mars; Kehr,
Papsturkunden in Spanien, i, n. 66), Tudela (mai),
Tarragona, Calahorra, Soria. Au début de juill., il a
rejoint le roi à Ségovie (Boletin de la R. Acad. de
Historia, viii, 59-61). Le 8 oct., il est reçu procession-
nellement à Coïmbre; il séjourne plus d'un mois dans
le nord du Portugal. Vers la mi-nov., au cours d'une
entrevue à Tuy, il tente en vain de régler à l'amiable
les conflits de juridiction entre Braga et Compostelle
(Papsturkunden in Portugal, p. 222, n. 55). Fin janv.
1155, il est présent au concile interprovincial de
Valladolid (Actes du concile et dépositions ultérieures
des témoins publ. par Erdmann, dans Abh. der preuss.
Akad. der Wiss., Phil.-hist. Kl., 1928, n. 5, p. 55-63).
L'archevêque de Braga, Jean Peculiaris, n'ayant pas
comparu, malgré sa promesse, le légat procède contre
lui à des sanctions canoniques (Nâjera, 3 mars 1155;
cf. Fita, Boletin de la R. Acad. de Hist., xiv, 551 et
XXIV, 474; Kehr, Nachr. v. d. Kôn. Gesellsch.d .Wiss.
zu Gôttingen, Phil.-hist. KL, 1903, p. 158, n. 13). Pas-
sant ensuite par Logrofio, Estella, Calahorra, Tudela,
Huesca, il assiste à Lerida, fin avril, à un concile
national (cf. F. Valls y Taberner, Ein Konzil zu
Lerida im Jahre 1155, dans Papsttum und Kaiserium,
364-68). Continuant sa route vers le Languedoc, il y
séjourna au moins deux mois (Narbonne, 8 mai; S.-
Gilles-les-Boucheries, près de Nîmes, 22 juin; Kehr,
Papsturkunden in Spanien, n, n. 79). Il se pourrait
qu'en automne il soit retourné en Catalogne. Dès le
début de 1156, il est de retour à Rome.
2" Légation auprès de Frédéric Barberousse (1158).
— Désirant tenter un rapjjrochement avec l'empe-
reur, Adrien lY chargea de cette mission délicate les
deux cardinaux Henri des Saints-Nérée-et-Achillée et
Hyacinthe de Ste-Marie in Cosmedin. Leur départ de
Rome est certainement postérieur au 18 mars, le
premier des deux ayant encore signé un acte ce jour-là
(Jafîe, 10392; cf. Pflugk-Harttung, Acta, i, 225);
contre Leineweber (p. 15) qui fixe le départ au
29 janv. D'ailleurs la date de la bulle adressée aux
trois électeurs ecclésiastiques (19 mars, Jafïé, 10393)
est un indice de plus en ce sens, que cette bulle soit
fausse ou non.
Arrivés à Ferrare au cours de leur voyage, les légats
firent un détour par Modène, afin d'y rencontrer les
envoyés de l'empereur; puis ils continuèrent par Vé-
rone et Trente. Poursuivant leur route à travers le
Trentin, ils furent arrêtés et retenus prisonniers dans
le château fort des comtes d'Ezza ou d'Eppan et ne
recouvrèrent leur liberté que parce qu'un frère
d'Hyacinthe Boboni vint s'olîrir en otage. Ils arri-
vèrent au camp impérial devant Augsbourg le
14 juin 1158 (cf. Ragewin, Gest. Frid. Imp., m, 21-23;
M. G. H., SS., XX, 429-30). L'empereur, mis en garde
contre eux par son envoyé en Italie Rainald de Dassel
(L. Sudendorf, Registrum, ii, p. 133, n. 54), leur
réserva un accueil plutôt froid. La réception dura
deux jours. Leur message transmis, les légats entrèrent
en ville où ils logèrent chez le doyen, Roger de
Reichersberg (frère de Gerhoh), qu'ils réconcilièrent
avec l'évêque (P.L., cxciii, 570; M. G. H., Libelli,
III, 499). Sur les autres traces de l'activité des légats
dans le diocèse d'Augsbourg, durant leur séjour du
14 juin jusqu'après le 21 juill., et sur les relations
qu'ils nouèrent avec Otto de Freising, voir Kehr,
Germ. pont., i, 334, 16 a; 337, 1; 365, 7 a; ii-l, p. 44,
n. 56 et Monumcnta Boica, vi, 487.
Un mois plus tard, Hyacinthe est dans le nord de
l'Italie en compagnie de l'empereur : fin août, il
assiste à Ravenne à l'installation du nouvel arche-
vêque; début septembre, il séjourne à Milan. Sa
signature se retrouve sur les documents pontificaux
à partir du 14 janv. 1159 (Jaffé, 10534; Pflugk-
Harttung, Acta, m, 190-91).
3» Sous Alexandre III : en France (1162-1165). —
A la mort d'Adrien IV, le cardinal Hyacinthe fut du
parti d'Alexandre III (7 sept. 1159) contre l'antipape
Octavien (Victor IV), ce qui lui valut d'être nommé-
ment excommunié par ce dernier au synode de Pavie
(13 févr. 1160; Watterich, ii, 472).
Il suivit Alexandre III dans ses principaux dépla-
cements et fut chargé par lui de plusieurs missions de
confiance. Il se pourrait qu'il ait été légat à Gênes,
en oct.-nov. 1160. Cf. Dunken, 62; Ohnsorge, 50,
note 169.
Peu après l'arrivée du pape en France, après une
première nomination rapportée (Jafïé, 10711; P. L.,
ce, 138), il fut envoyé auprès du roi Henri Vil pour pré-
parer l'entrevue de Souvigny (entre le 26 juill. et le
18 août 1162). Aussitôt après, il fit partie du groupe de
cinq cardinaux chargés par le pape d'accompagner le
roi de France à l'entrevue projetée avec l'empereur et
l'antipape, démarche qui resta sans suite (S. -Jean
de Losne, 29 août). Voir le récit de ces deux épisodes
dans Hugues de Poitiers, Hist. de Vézelag, M. G. H.,
SS., xxvi, 146 sq.; le récit de ces faits donné par
Boso, Lib. pont., est inexact.
Deux ans plus tard, sur le conseil du roi de France,
le pape fit une dernière tentative pour renouer avec
Barberousse, qui se trouvait alors à Pavie. Deux cardi-
naux, dont Hyacinthe, furent chargés de négocier
avec lui. Mais leur ambassade, se voyant refuser le
sauf-conduit impérial, ne poussa pas plus loin que Suse
(début avr. 1164).
Lors du retour d'Alexandre III en Italie (15 août
1165), le cardinal Hyacinthe fut envoyé en avant
avec mission de préparer le voyage du Souverain pon-
tife et de sa suite.
4" Deuxième légation en Ibérie (1172-1174). —
Chargé d'aplanir les difficultés entre le Portugal et la
Castille-Léon, il part peu avant le 19 mai 1172
(Jafïé, 14291 ; cf. Kehr, Nachr. v. d. Kôn. Ges. d. Wiss.
zu Gôttingen, Phil.-hist. KL, 1903, p. 153, n. 7). Il
passe par Lérida, Tudela, séjourne à Coïmbre, puis à
Braga avec le roi Alphonse I" (janv. -févr. 1173). Il
assiste à Léon à un concile régional (mars 1173),
séjourne à Astorga (fin mars, Florez-Saenz, Espana
sagrada, xli, 326), est présent au concile de Lérida
(juill. 1173; la date du 6 févr. donnée, d'après Florez-
Saenz, Espaila sagrada, xlviii, 297, par beaucoup
d'auteurs est inexacte; cf. Erdmann, p. 44, n. 3).
Il retourne alors en Castille, où il a convoqué un
concile à Salamanque; son passage est signalé fin
août à Burgos, fin oct. à Sahagun. Le 18 janv. 1174, il
célèbre, à Saragosse, le mariage du roi d'Aragon avec
une infante de Castille. Début mars, il est à Barcelone,
sur le chemin du retour.
Au cours de cette légation, il procéda à la canonisa-
tion de S. Rosendo de Celanova (1" sept. 1172) et à la
translation des reliques des SS. Claudius, Lupercus et
Victoriens (22 avr. 1173), actes qu'il devait confirmer
comme pape en 1195.
Comme dans la précédente, le cardinal Hyacinthe
fit preuve, au cours de cette mission, d'une très grande
indépendance d'action à l'égard des directives dont il
était porteur et dont il considérait sur place qu'elles
étaient dépassées par les événements. Une de ses
décisions concernant le monastère de San-Salvador de
Leire, en Navarre, lui valut à son retour, de la part
d'Alexandre III, une remontrance sévère et peu ordi-
naire dans les habitudes administratives de la Curie
(Anagni, 30 juin 1174; cf. Kehr, Papsturkunden in
Spanien, ii, n. 135).
65
CÉLESTIN III
60
5" Entrevue de Venise (1177). — Le cardinal Hya-
cinthe y fut une des figures marquantes. Il fit partie
rtu groupe des six cardinaux envoyés en avant pour
entrer en premier contact avec les personnalités im-
périales; ils partirent de Siponto ou de Viesti, au plus
tard le 28 janv. 1177, arrivèrent fm févr. à Ravenne,
puis à Bologne. Le pape ayant rejoint Venise par mer,
Hyacinthe fut de toutes les commissions et déléga-
tions chargées de mettre sur pied un accord entre le
pape, l'empereur, la Ligue lombarde et les Siciliens
(cf. Romuald de Salerne, Annales, M. G. H., SS.,
XIX, 443-58; comparer au récit de Boso, L. pont.,
II, 435). Il participe aux délibérations de Ferrare (mi-
mai 1177), à l'entrevue de Chioggia. Il accueille l'em-
pereur à son arrivée à Venise. Le 24 juill., il fait partie
de la députation pontificale chargée de réconcilier
Barberousse avec l'Église et de lever les censures por-
tées contre lui. Le 1" août il est présent à la prestation
de serment de conclusion de la trêve (M. G. H., Const.,
1, 367-68). Fin sept., il est un des trois cardinaux
choisis par l'empereur pour faire partie de la com-
mission chargée de trouver un accord au sujet des
questions territoriales pendantes entre le pape et
l'empereur.
Durant les années suivantes, l'activité du cardinal,
devenu septuagénaire, se restreint. Au printemps 1181,
il est encore chargé d'une légation en Italie du Nord; il
séjourne à Milan, à Plaisance (mai), à Viterbe (19 juin)
(cf. Kehr, Ital. pont., v, 457, 481).
III. Le pontificat. — 1° Élection de Célestin III
et couronnement de l'empereur Henri VI ( 30 mars-
15 avril 1191 ). — A la mort de Clément III, le cardinal
Hyacinthe fut choisi pour lui succéder. Les circons-
tances précises de cette élection pontificale restent
obscures, de même que sa chronologie. Le désaccord
des sources à ce sujet est tel que les auteurs des
regestes pontificaux renoncent à se prononcer entre
les six dates données pour la mort de Clément III et
les quatre dates données pour l'élection de son succes-
seur, toutes comprises entre le 20 mars et le 10 avr.
1191. Parmi elles, les plus précises sont celles des
Annales Ratisponenses (M. G. H., SS., xvii, 590) :
élu le jour de la fête de S. Benoît (21 mars), le len-
demain de la mort de son prédécesseur; celles d'Ans-
bert, Hist. de exped. Freder. Imperat. (dans Fontes
Rer. Austriac, Script., v, 75) : élu vers la mi-carême,
ordonné prêtre le samedi Sitientes (30 mars); celles de
Wagnus de Reichersberg (Chronicon; M. G. H., SS.,
xvii, 518) : Clément III mort vers la mi-carême,
Célestin III élu le samedi Sitientes. Voir l'énuméra-
tion des autres données dans Haller, 556, note 1, et 557,
note 4. La date du 30 mars est admise dans la plus ré-
cente liste chronologique des papes, établie par
A. Mercati; cf. Mediaeval Studies, ix, 1947, p. 71-80.
Les seules dates certaines sont celle du dernier
document connu de Clément III (13 mars) et celle de
la consécration de Célestin (jour de Pâques, 14 avr.),
laquelle fut suivie, le lendemain, du couronnement de
l'empereur Henri VI et de l'impératrice Constance,
dans la basilique de S. -Pierre.
Il est certain aussi que des tractations eurent lieu
entre les Romains, le nouveau pape et l'empereur,
concernant les conditions mises au couronnement et
peut-être aussi les modalités du cérémonial à adopter.
En effet, celui-ci semble s'être écarté quelque peu de
l'ancienne formule du Cencius et avoir subi alors des
innovations, dont on n'a pu déterminer jusqu'ici ni
l'ampleur ni la paternité.
S'il faut en croire Arnold de Lubeck {Chron. Slav.,
V, 4, M. G. H., SS., XXI, 181), ces tractations auraient
même conduit le pontife élu à différer sa propre
consécration, afin de pouvoir tenir la dragée haute au
candidat empereur. Peut-être a-t-il envisagé ou mena-
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
cé de le faire? En fait, la date de Pâques était la
première date possible : pour une cérémonie d'apparat
et pour des tractations à objet multiple, un délai de
deux semaines n'était pas de trop.
L'obscurité règne aussi sur les motifs du choix
d'Hyacinthe Boboni. Haller (p. 560) suppose que le
Sénat romain, où il comptait plusieurs parents, n'y
fut pas étranger. Il est certain que le cardinal Hya-
cinthe jouissait d'une très grande considération dans
tous les milieux. Les témoignages de ses contempo-
rains sont unanimement louangeurs à son égard
(voir références à Baldéric de Trêves, Pierre de Blois,
Henri de Clairvaux, dans Wenck, p. 443). S. Thomas
Becket, qui avait entretenu avec lui des relations
épistolaires, le considérait comme un « ami spéciale-
ment cher » et comme un des deux seuls membres in-
tègres de la Curie. Cf. Materials for the history oj Thomas
Becket, éd. J. C. Robertson {Rer. Britan. M. Aev.
Script., 67), lettres 315 et 444, vi, 1882, p. 213, 475;
voir aussi lettre 706, vu, 372. En outre, les nombreuses
légations dont il avait été chargé avaient enrichi son
expérience des affaires d'Église.
Il ne paraît pas qu'il se soit heurté à un fort parti
d'opposition; cependant Radulf de Diceto affirme
qu'il n'accepta son élection que pour éviter un schisme
(éd. M. G. H., SS., xxvii, 280; éd. Stubbs, ii, 89).
Attitude nullement étonnante de la part d'un vieillard
qui avait vécu de près les schismes de 1130 et 1159 et
comprenait que, depuis la mort de Guillaume II, la
succession de Sicile ne pouvait manquer d'envenimer
encore les divisions au sein du Sacré-Collège.
L'élection d'un nouveau pape venait mod,ifler, une
fois de plus, les rapports entre Rome et l'Empire.
Pour Henri VI qui justement s'approchait en forces de
la ville, assuré d'y recevoir enfin la couronne impériale
promise dès 1189 par le pape défunt, elle était un
fâcheux contretemps. Les négociations furent menées
rondement; mais il fallut passer par les conditions des
Romains qui exigèrent que leur rivale haïe, Tusculum,
leur fût remise, et en signe de méfiance tinrent fermées
les portes de leur ville durant toute la cérémonie du
couronnement. L'empereur accepta; il fit évacuer
Tusculum par la garnison allemande qui l'occupait et
rendit la ville au pape, qui la livra aux Romains, les-
quels s'empressèrent de la détruire de fond en comble.
Nous suivons ici la version des faits donnée par Roger
de Hoveden, M. G. H., SS., xxvii, 155. D'autres ver-
sions diffèrent quelque peu, surtout celle d'Arnold de
Lubeck, M. G. H., SS., xxi, 181.
Les historiens anti-romains ont essayé d'attribuer au
pape l'initiative de ce marchandage peu reluisant.
A tort, semble-t-il. Mais il reste que le seul fait de s'y
être prêté sans protester, et d'avoir accepté que les
biens immobiliers (tenimenta) de la malheureuse cité
fussent confiés au Saint-Siège, forme une tache dont il
est difficile de laver sa mémoire.
2° Célestin III et Henri VI. — Leurs deux règnes
sont à peu près contemporains. Durant les sept années
qu'ils se firent face, les occasions de friction ne man-
quèrent pas. Si la rupture ouverte put être évitée,
malgré des provocations réitérées de Henri VI, ce ne
fut que grâce à l'attitude temporisatrice de Célestin.
Cette attitude a été diversement jugée, ainsi que le
caractère même de ce pape. La plupart des historiens
actuels lui reprochent d'avoir fait preuve d'une trop
grande faiblesse et d'une indécision plus grande en-
core; ils ne font là que répéter un jugement déjà for-
mulé par le propre successeur de Célestin III, Inno-
cent III, un pontife d'une tout autre trempe (Toeche,
173, n. 1). S'écartant de cette opinion, Haller (p. 658-
62) en a proposé une autre, voyant dans la temporisa-
tion pontificale l'expression d'une résistance passive
I voulue et calculée avec une énergie à toute épreuve.
H. — XII. — 3 —
67
CÉLRSTIN III
68
Cette opinion n'a pas été suivie et ne semble |ias devoir
être retenue.
Il est certain que, mis en face d'un autocrate dénué
de scrupules, le pape a tout fait pour ne pas devoir
couper les ponts; dans ce but, il a poussé fort loin la
l)atience. 11 est certain aussi que Célestin n'était pas
un homme de tempérament belliqueux, mais plutôt
de naturel conciliant, désireux d'éviter à tout prix
une attitude capable d'éteindre une lueur qui brille-
rait encore. L'explication dernière du contraste entre
les deux attitudes pourrait bien consister dans la diffé-
rence des âges (cf. NVenck, p. 443). Le vieux pontife,
trois fois aussi âgé que l'empereur, crut sans doute
que le plus sage était de s'appuyer sur la force d'inertie
en attendant les événements; il n'avait ni la force
de caractère, ni les forces |)hysiques pour agir autre-
ment.
Aussitôt après son couronnement, Henri VI pour-
suivit son expédition contre Tancrède de Sicile. Cer-
taines sources énumérées par Haller (p. noteS), et
suivies entre autres par Hauck (iv, (i(i4 (691 1), font état
d'une protestation pontificale.
Si protestation il y eut, elle se borna sans doute à
quelques timides conseils de renoncer à l'expédition
projetée, conseils dictés par la crainte de voir Rome
encerclée par des territoires impériaux. L'empereur,
en passant outre, pouvait en toute bonne foi s'imagi-
ner, comme il le lui dira dans une lettre un an plus tard
{M. G. H., Const., i, 490), qu'il restait avec le pape en
relations d'amitié.
Il se trompait. Par toute son altitude, (Célestin 111 a
bien montré qu'il ne désirait pas, comme plusieurs de
ses j)rédécesseurs, a|)puyer son pouvoir sur la protec-
tion impériale. Mais il ne désirait pas davantage la
lutte ouverte. S'abstenir de tout engagement; ne
reconnaître aucune atteinte directe aux droits de
l'Église; ne se départir qu'à la dernière extrémité de
son attitude de neutralité expectante, tout en ap-
puyant en sous-niaia les forces anti-impériales, afin
d'éviter tout encerclement des États pontificaux; « ne
dire ni oui ni non, et dire cependant non à force de ne
])as dire oui » (C. Poulet, Hist. du christiaiiixme. ii, .574),
telle est la ligne de conduite qui se dégage de ses actes.
(;ette ijolitique fut-elle son œuvre ])ersonnelle, ou lui
fut-elle dictée par l'une des deux puissantes factions
cardinalices? Impossible de le déterminer.
3° Les années de conflit larvé ( 1191-1 194 ). - La
première expédition sicilienne de Henri VI ayant
piteusement échoué au siège de Naples (24 août 1 191 )
et Tancrède ayant fait des offres alléchantes, afin de
sonder les dispositions pontificales (M. G. H., SS..
VI, 429), le pape se rapprocha du parti sicilien. Pour la
punir de son attitude pro-impériale, l'abbaye du Mont-
Cassin fut mise en interdit et son doyen, Aténolf,
excommunié (fin 1191). Tandis qu'il négociait du côté
sicilien, le pape délégua auprès de l'empereur l'abbé de
Casamari (févr.-mars 1192) afin de lui proposer sa mé-
diation en vue d'un armistice avec Tancrède. La
réponse impériale (11 mars 1192, M. G. H., Const.,
I, 491, n. 344) n'étant qu'un refus plein de hauteur,
Célestin III fit activer les pourparlers siciliens : ses
deux plénipotentiaires, Albin, évêque d'Albano, et
Grégoire, cardinal de Sainte-Marie in Aquiro, con-
clurent avec Tancrède le concordat de (Iravina (juin
1192. M. G. H., Const., i, 593-94, n. 417) : le pape
reconnaît Tancrède comme roi de Sicile et obtient en
contre-partie une prestation d'hommage (Alba, fin
juin, M. G. H., Const., i, 592, n. 416) et divers avan-
tages d'ordre ecclésiastique : extension du droit d'ap-
pel à Rome, élections épiscopales, droit de légation
(cf. Chalandon, ii, 465-66). De plus, il obtient - sans
que le concordat fasse mention de cette clause — que
'Pancrède remette entre ses mains l'impératrice Cons-
tance, que les habitants de Salerne lui avaient livrée
pour se faire pardonner leur défection initiale.
Cet éi)isode concernant l'impératrice a été diverse-
I ment raconté et expliqué. Les deux récits les plus com-
j ])lets sont impossibles à concilier : Annal. Casinenses,
: 2'- version, ann. 1192, M. G. H.,SS.,xix,3Ui:— Annal.
Ceccanenses, ann. 1193, M. G.H.,SS.,xix, 292. Les in-
j ler|)rétations de Chalandon (ii, 467), Hampe (190) et
: Toeche (314) ne tiennent pas devant celle de Haller
: (578-79) et de Friedlànder (78-80) : ce gage précieux
I devait prémunir le pape contre le mécontentement
que ressentirait l'empereur à la nouvelle du concordat
sicilien et lui servir en même temps à forcer un modus
Vivendi entre les deux souverains. Ajoutons le désir de
ré|)arer envers l'impératrice le tort causé par l'attitude
inqualifiable des Salernitains.
La fuite de l'impératrice, échappant à la vigilance
de l'escorte cardinalice chargée de la ramener à Rome,
I dérangea les calculs du pape en le découvrant du côté
impérial.
Pourtant tout conflit décisif fut évité : l'empereur
se borna à interdire toute communication entre Rome
et le territoire impérial. Le pape fit le mort et, s'il se
rapprocha du parti guelfe, il mit le plus grand soin à ne
pas heurter l'empereur de front.
Dès le 5 août 1191, il avait accordé à Henri le Lion
le privilège de ne pouvoir être excommunié que sur
son ordre exprès (Jatïé, 16736). Mais il n'intervint pas
dans la coalition des princes saxons.
S. Albert de Louvain, évincé du siège de Liège par
Lothaire de Hochstade, candidat imposé par l'em-
|)ereur, étant venu à Rome pour en appeler au pape,
Célestin III confirma son élection et chargea l'arche-
vêque de Cologne et, à son défaut, celui de Reims de
lui conférer la consécration épiscopale (Gilles d'Orval,
Vita Alberti, M. G. H., SS., xxv, 146 sq.). Mais
l'assassinat du prélat par deux chevaliers du parti im-
périal (24 nov. 1 192) ne provoqua à Rome qu'une
mesure de sanction contre l'évêque intrus et rien
contre l'empereur, malgré la protection ouverte que
celui-ci accorda aux assassins (Vita Alberti, ibid.,
162-64; Gisleberl de Mons, Chron. Hanon.. éd. Van-
derkindere, (^omm. roy. d'Hist., in-S", 280).
j Même dans l'aftaire de Richard Coeur de Lion, Cé-
lestin III se départit à peine de son mutisme. A son
retour de croisade, le roi d'Angleterre, passant par
l'Europe centrale, fut arrêté et emprisonné par le duc
Léopold d'Autriche avec la complicité de l'empereur
i (21 déc. 1192; Toeche, 259). Malgré trois appels émou-
I vants adressés à (Célestin par la reine-mère Éléonore
' (l'authenticité du troisième est incertaine), le pape
fit preuve d'une modération frisant la pusillanimité.
Peut-être a-t-il brandi devant Henri VI le spectre de
l'excommunication et de l'interdit (Roger de Hove-
den, M. G. H., SS., xxvii, 161)? Peut-être a-t-il prêté
une oreille favorable aux projets impériaux du duc de
Louvain (Gislebert de Mons. op. cit., éd. cit., 282;
éd. M. G. H., SS., xxi,582)? Il est certain qu'il n'est
; pas allé plus loin.
Plus tard seulement, bien ai)rès la libération du pri-
sonnier contre rançon et otages, il chargea l'évêque
de Vérone d'intervenir énergiquement auprès du duc
Léopold d'Autriche (6 juin 1194. Jatfé, 17119; P. 1..,
ccvi, 1036).
Puis, Léopold étant mort, il api)rouva les mesures
énergiques prises par l'archevêque Adalbert de Salz-
bourg pour obtenir la libération des otages et la resti-
tution du reUquat des 150 000 marcs touchés pour
la rançon de Richard (22 mars 1195; Magnus de
Reichersberg, Chronicon, M. G. H., SS., xvii, 522).
\'is-à-vis de l'empereur, pas un geste.
Durant ce temps, par des mesures unilatérales,
l'empereur empiétait de plus en plus sur les droits de
G9
CÉLESTIN III
70
l'Église dans les territoires contestés (Toscane, Oni-
brie, Marche) et jusqu'aux environs immédiats de
Rome.
4" Le projet de croisade impériale (1195-1196). —
Empereur et pape continuèrent à s'ignorer récipro-
quement, jusqu'à la mort de Tancrède (20 févr. 1194)
et l'achèvement de la seconde campagne de Sicile
(automne 1194-hiver 1194-95).
Toutefois, l'empereur caressait un rêve, pour lequel
il ne lui suffisait pas d'obtenir l'assentiment réticent
des seigneurs impériaux (diètes de Worms, Mayence,
Wurzbourg, déc. 1195-avr. 1196). Transformer l'Em-
pire en une monarchie héréditaire, et pour cela faire
recevoir l'onction royale, en même temps que le bap-
tême, à son fils Frédéric-Roger qui venait de naître;
c'était chose impossible, sans le concours du pape. Il
s'agissait donc de l'amadouer et de rétablir les rela-
tions normales.
Dans ce but, il se décida à jouer la carte de la croi-
sade. Pour sonder les dispositions romaines, il adressa,
non directement au pape, mais aux cardinaux, une mis-
sive où il fit miroiter le mot magique, sachant bien
qu'il toucherait ainsi au grand idéal de Célestin III. Il
chargea Wolfger de Passau d'ouvrir les négociations
(cf. Kalkoïï, Wolfger von Passau, 1882).
Alors le pape, ne pouvant faire grise mine à un pro-
jet de croisade, se vit contraint, bon gré mal gré, de
sortir de son silence. Sa première réponse fut pour
s'assurer des bonnes dispositions de l'empereur :
demandes de dédommagement pour injustices subies
et leçons de morale sur les devoirs des princes chré-
tiens (texte dans Magnus de Reichersberg, Chron.,
M. G. H., SS., XVII, 523, et Watterich, ii, 741 sq.; in-
terprétations très diverses : Caro, Toeche, Leine-
weber, Traub, Hauck, Leonhardt, Haller).
Wolfger ayant rejoint l'empereur avec une réponse
qui n'était pas une fin de non recevoir, mais pas non
plus l'acceptation enthousiaste que suppose Leine-
weber (p. 7), Henri VI résolut de brusquer les événe-
ments. Le vendredi saint, 31 mars 1195, à Bari, au
cours d'une cérémonie secrète, en présence de 3 cha-
pelains seulement, il se fit mettre la croix (cf. Annal.
Marbac, M. G. H., S. R. G. in usum sc/io/., 65); le jour
de Pâques il proclama officiellement la croisade
(M. G. H., Const., i, 514) et dix jours après il envoya
dans tout l'empire une missive de recrutement (ibid.j.
Menacé d'être battu de vitesse dans son projet le
plus cher, le pape prit l'affaire en mains. Il envoya
deux cardinaux, dont Pierre de Sainte-Cécile, en mis-
sion vers l'empereur (départ avant le 29 avr.); ils
rejoignirent Henri VI dans la Marche d'Ancône et
poursuivirent leur route vers l'Allemagne en prêchant
la croisade, dont la bulle fut promulguée par le pape,
le 1" août (Jaffé, 17274; Sudendorf, Registrum, i, 82,
n. 37; Annal. Marbac, éd. cit., 85). La mission des
cardinaux en Allemagne rencontra un très bon accueil
(itinéraire dans Friedlânder, 89-95; liste des partici-
pants : Annal. Marbac, éd. cit., p. 66, 1. 15 sq.; à
compléter par Leonhardt, p. 10). Par ailleurs, une
invitation à participer à la croisade fut aussi adressée
au roi d'Angleterre par l'entremise de l'archevêque
de Canterbury (25 juill. 1195. Jaffé, 17270; Traub,
15 sq.). Le délai pour la croisade, fixé d'abord à mars
1196, fut ensuite reculé d'un an.
Durant ce temps, le cardinal Pierre de Sainte-
Cécile, sa mission terminée, retourna auprès de l'em-
pereur et l'accompagna pendant plus d'un an, sans que
les négociations avec Rome avançassent d'un pas. Par
ailleurs, des plaintes très vives, adressées au pape par
l'impératrice Constance, chargée du gouvernement de
la Sicile, prouvent bien que Célestin III ne recon-
naissait pas le nouveau régime imposé à ce pays par le
pouvoir impérial et continuait à revendiquer les droits
octroyés au Saint-Siège par le concordat de Gravina
(lettre du 3 oct. 1195; Jaffé, 17270, publ. par Kehr
dans l'édit. du recueil de lettres de Thomas de Gaète,
Quellen und Forsch., vu, 1905, p. 50-52, n. 9).
5° L'offre mystérieuse de Henri VI (1196). — Dans
les relations entre Célestin III et Henri VI, il est un
épisode fort obscur qui a exercé la sagacité des histo-
riens : c'est celui des pourparlers d'automne 1196.
On sait que l'empereur, ayant franchi les Apennins,
prêt à entreprendre sa troisième campagne sicilienne,
prit d'abord le chemin de Rome; dès le 20 oct., il
arrive aux environs de la ville; ensuite, pendant plus
de six semaines, il décrit autour d'elle un large cercle,
séjournant en diverses localités : Tivoli, Palestrina,
Ferentino. Ce fut alors un va-et-vient d'ambassadeurs
impériaux, pontificaux et sénatoriaux. Finalement,
l'empereur poursuivit sa route vers le Sud, après avoir
envoyé au pape une missive déplorant vivement la
non-réussite des négociations, alors qu'il lui avait
offert des avantages tels que ni son père, Frédéric
Barberousse, ni aucun de ses prédécesseurs n'en
avaient jamais proposé de pareils au Saint-Siège.
Cette lettre fut probablement envoyée de Capoue,
18 déc. 1196, M. G. H., Const., i, 525, n. 376; la date
est controversée; l'original contenait Capue xV kal.
decembris, chose impossible, Henri VI se trouvant du 6
au 26 nov. à Tivoli. Contre les interprétations de
Haller (624-27), Winter (Erbreichsplan, 78 sq.), Fried-
lânder (159), la datation donnée plus haut est défen-
due par Stumpf, 50-53, et Pfaff, 56 sq., une erreur de
date étant plus admissible qu'une erreur de lieu.
Ce passage mystérieux de la lettre impériale a trouvé
bon nombre d'exégètes : J. Caro, Die Beziehungen
Heinrichs VL zur Rômischen Kurie wàhrend der
Jahre 1190-1197, Rostock, 1902, p. 43 sq., y voit une
offre de renonciation au droit de régale. Dans une étude
qui a renouvelé le sujet {M. L Oe. G., xxxv, 647-57)
et dans de nombreux ouvrages qui suivirent , Haller sup-
pose que l'empereur aurait proposé à Célestin III de
lui faire l'hommage pour l'Empire. Son opinion, fondée
surtout sur une interprétation nouvelle d'un passage
de la Deliberalio super facto imperii de tribus electis
d'Innocent III, trouva peu d'écho (Sperling, Studien
zur Geschichte der Kaiserkrônung und Weihe, Diss.,
Fribourg, 1918, p. 44; Mack, Die kirchliche Steuer-
freiheit in Deutschland seit der Dekretalgeselzgebung,
dans Kirchenrechtliche Abhandlungen, lxxxviii, 1916,
p. 42).
La réfutation de son argumentation, faite coup sur
coup par É. Jordan (Mélanges Ferdinand Lot, 1925,
p. 285-98) et par V. Pfaff (Heidelberger Abhandlungen,
n. 55, 1927, p. 19-26), entraîna le rejet de l'hypothèse.
Une autre explication rapproche le passage en ques-
tion d'un chapitre du Spéculum Ecclesiae de Girald de
Barry, dit le Cambrien. Dans ce chapitre (dist. IV,
ch. xix; M. G. H., SS., xxvii, 397), l'auteur, dont les
rapports avec la Curie romaine furent étroits durant
les premières années du xiii*' s., affirme ceci : Henri VI,
se rendant compte des difficultés financières dans les-
quelles se débattait le Saint-Siège, par suite des pertes
territoriales toujours plus grandes auxquelles il était
incapable de s'opposer et auxquelles l'empereur, prin-
cipal bénéficiaire, ne voulait pas remédier, proposa au
pape un arrangement en vertu duquel le Saint-Siège se
verrait assuré de la meilleure prébende de chaque
église métropolitaine et des plus riches églises épisco-
pales dans tout le territoire impérial; l'on proposerait
ensuite d'étendre cet arrangement à toute la chrétien-
té, au cours d'un concile général. Ainsi pensionné par
l'ensemble de l'Église, le pape pourrait plus facilement
renoncer à ses revendications territoriales. De fait, en
1182-83, Frédéric Barberousse avait proposé à Lo-
thaire III un arrangement analogue, mais s'étcndant
71
CÉLESTIN TII
72
seulement à 2/10 à percevoir sur tous les revenus im-
périaux d'Italie, en échange d'une renonciation aux
territoires contestés. Il se peut qu'il faille voir là la i
grande ofTre de Henri VT. (;f. Hampe, Meister dcr
Politik. I, ()(i2 sq.; Rauer, (Inlersuchiingen ziim Erb-
reichsplan Ileinrichs VI., Leipzig, 1921, \). lOfi;
Cambridge Mediaeval Hislory. v, 477; PfalT, 33-44;
Jordan, dans VHist. générale de G. Glotz, Moyen Age,
iv-1, p. 163, note 31.
6° La dernière année (1197). — L'insuccès de la
« grande olTre » impériale ralentit les pourparlers entre
Henri VI et Célestin IIL Le délai de réflexion demandé i
par celui-ci ayant expiré, l'empereur revint à la charge,
d'abord par une lettre (10 févr. 1197; M. G. H.,
Const., I, 514), ensuite par une légation avec pleins
pouvoirs (mars 1197; cf. Pfafl, 65). La réponse du
pape (M. G. H., Const., i, 525 sq.; date probable fin
févr. 1197, Pfalï, 61-64, contre Haller, 92) était, une
fois de plus, dilatoire.
Tandis que les pourparlers avec l'empereur traî-
naient en longueur, la diplomatie pontificale tissait sa
toile sur toute l'Italie. Après une première mission
pacificatrice à Pise et à Gênes en mars 1196 (Kehr,
Ital. pont., III, 363, n. 47; vi-2, 341, n. 90), le cardinal-
légat Pandulphe fut envoyé une nouvelle fois à Flo-
rence (l"mars 1197); l'objet officiel de sa mission était
de régler deux conflits mineurs concernant San Marti-
ne et Santa Maria Novella ; mais, selon toute vraisem-
blance, ce n'était là qu'un prétexte : son séjour en
Toscane se prolongea plus de huit mois et fut couronné
par la conclusion, en sa présence, de la Ligue toscane
(San Genesio, 11 nov. 1197. Voir R. Davidsohn,
Gescliicfite von Florenz, i, 611-17). Pise, qui s'obstinait
dans son alliance impériale, fut mise en interdit.
Une autre réunion importante pour le regroupement
des forces de la résistance italienne, sous l'égide de
l'Église, fut celle de Fonte Avellana (31 août 1197). A
l'occasion d'une consécration d'église, treize évêques
de rOmbrie et de la Marche s'y réunirent, sous la pré-
sidence d'un légat pontifical, Gentile. Cf. Kehr, liai,
pont., IV, 97. En nov. de la même année, le pape félicita
l'évêque de Fermo et l'abbé de Farfa pour leur zèle
anti-impérial. JafTé, 17585.
Par contre, rien ne prouve que Célestin III ait
trempé dans la conspiration sicilienne du printemps
1197, dont les auteurs et les complices devaient être
si inhumainement châtiés par l'empereur. La seule
source qui fasse mention d'une soi-disant complicité
pontificale (Annal. Marbac., M. G. H., S. R. G. in
usum sctiol., 69) en parle comme d'un bruit incer-
tain.
Durant l'été 1197, le pape tomba sérieusement ma-
lade, ce qui ralentit encore le rythme des négociations
avec l'empereur. Pourtant ce ne fut pas le pape nona-
génaire qui mourut le premier. Le 28 sept. 1197,
Henri VI était emporté soudainement par la fièvre, à
Messine, tandis qu'il présidait aux préparatifs d'une
croisade. Il laissait un testament, qui semble bien être
authentique et dans lequel il cédait sur toute la ligne;
en particulier, il reconnaissait les droits de l'Église
sur les territoires contestés. Sans s'appuyer sur ce
document resté secret, dont il n'eut jamais connais-
sance, le pape, aussitôt parvenue la nouvelle de la
mort de Henri VI, chargea deux légats en Ombrie et
dans la Marche d'exiger de la part des autorités une
reconnaissance effective de ses droits, d'excommunier
Markward d'Annweiler et tous les partisans d'une
collaboration avec le parti impérial et ainsi « d'établir
une paix perpétuelle entre les fils de l'Église » (22 et
23 déc. 1197). Kehr, Ital. pont., iv, 118, 138, 150, 154;
Jaffé, 17585; publ. dans Nachrictiten der Gesellschaft
der Wissensch. zu Gôttingen, Phil.-liist. Klasse, 1898,
fasc. 1, p. 43-44.
Sentant ses forces s'affaiblir et la mort approcher,
Célestin III aurait risqué une tentative restée unique
i dans l'histoire de la papauté. Le jour de Noël 1 197, il
aurait insisté auprès des cardinaux réunis, pour qu'ils
désignent comme son successeur le cardinal de Sainte-
Prisque, Jean Colonna, plus souvent appelé ,Ican de
Saint-Paul (biographie dans Wenck, 456-73). Il aurait
même proposé d'abdiquer la tiare, au cas où sa propo-
sition aurait été admise. Cet épisode s'appuie sur la
seule autorité de Roger de Hoveden (éd. Stubbs, iv,
30 sq.; éd. M. G. H.. SS., xxvir, 176). Winkelmaun
i (PlùUpp von Scliwaben, 1873), p. 488-92 en admet l'his-
toricité. Son avis a été repris par la thèse de K. Holder,
Die Désignation der Naelijolger durch die Pàpsle, Fri-
bourg (Suisse), 1892, p. 68-70, et par J. Hollweck,
Kann der Pupst seinen Nachfolger bestimmen?, dans
Arch. jûr kath. Kirchenrectit, lxxiv, 1895, p. 123-24. Ce
projet aurait échoué devant le refus des cardinaux.
7° Célestin III et les autres pays de la chrétienté. —
Durant ce pontificat, les relations entre le S. -Siège et
riimpire ont occupé l'avant-plan de la scène. Avec
les autres pays, les rapports furent plus elïacés.
Envers Philippe Auguste le pape fit montre de la
même réserve qu'envers l'empereur. A son retour de la
croisade interrompue (début nov. 1191), le roi de
France fut reçu à Rome avec les honneurs réservés
aux seuls vrais croisés (Cartellieri, ii, 251-52), mais il
ne parvint à obtenir du pape aucun acte inamical à
l'égard du roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion.
Spécialement dans les conflits concernant les affaires
normandes, Célestin ne dévia jamais de sa position de
stricte neutralité.
Il fit preuve d'une plus grande énergie dans la triste
affaire matrimoniale dont Isemborg (Ingeburge) de
Danemark fut la malheureuse victime. Le roi l'avait
épousée par politique (15 août 1193); peu après, pré-
tendant n'avoir pu consommer son mariage, il deman-
da un divorce, qui fut accordé, pour des motifs imagi-
naires, par une réunion de prélats français (Compiègne,
5 nov. 1193). Pressé d'intervenir, le pape fit défense au
roi de prendre une autre épouse (13 mai 1195, Jaffé,
17241-17243; P. L., ccvi, 1095, 1098). Le roi viola la
défense et épousa sa cousine Agnès de Méran. Dès lors,
les rapports furent très tendus entre Rome et Paris,
mais le conflit n'atteignit son point culminant que
sous Innocent III.
Avec les pays de la péninsule ibérique, l'ancien car-
dinal Hyacinthe entretint des rapports excellents, à
part deux conflits avec Alphonse IX de Léon. Le
premier fut encore une affaire matrimoniale. Le roi de
Léon avait épousé l'infante Teresa de Portugal, bien
qu'elle fût sa parente à un degré prohibé. Dans un
concile à Salamanque, un légat envoyé par le pape dé-
clara nul le mariage royal. Le roi s'obstinant, Célestin
l'excommunia et mit ses États en interdit. Le conflit
dura jusqu'en 1 195 et reprit un an plus tard parce que
le roi de Léon avait traité avec les Sarrasins, affai-
blissant ainsi le front commun des forces chrétiennes
de la Reconquista (31 ocl. 1196, Jalfé. 17433).
En Angleterre, Célestin III dut intervenir dans deux
questions très importantes, la i)remière de nature poli-
tique, l'autre d'administration ecclésiastique. Sur leurs
rétroactes, voir R. Foreville, L'Église et la Royauté
en Angleterre sous Henri II Planlagenet ( 1154-1189) ,
Paris, 1943, p. 589.
La première opposait l'évêque d'Ely, Guillaume
Longchamp, chancelier du roi, grand justicier d'An-
gleterre et légat apostolique, à un parti de rebelles,
composé d'évêques et de grands féodaux, soutenus
par le frère du roi, Jean sans Terre, et dont le porte-
parole était l'archevêque Walter de Rouen. A la suite
d'un coup d'État, Longchamp fut déposé et expulsé
en oct. 1191 ; les deux partis se couvrirent l'un l'autre
73
CÉLESTIN III
74
de censures ecclésiastiques et vinrent cliercher soutien
à Rome.
La seconde question était celle de la substitution,
auprès des sièges épiscopaux, de chapitres séculiers à
la place des anciens couvents bénédictins. Pendante
depuis longtemps, elle eut un regain d'actualité en
1197, quand l'archevêque de Canterbury obtint du
pape l'érection du chapitre séculier à Lambeth près de
Londres (9 juin 1197, Jaffé, 17564), malgré les efforts
déployés en sens opposé par une délégation de moines.
Par contre, une solution identique, achetée à Rome
sous Clément III par l'évèque de Coventry, fut annulée
par Célestin (Jaffé, 17600, date probable nov. 1197).
Si tous les documents mentionnant ces deux afïaires
méritent créance (références dans Wenck,447-49,notes,
et460-62, notes), Célestin y aurait adopté une attitude
fort louvoyante, annulant ses propres décisions, reve-
nant à plusieurs reprises sur des assurances données à
chacun des partis en présence et allant même jusqu'à
refuser de reconnaître ses propres actes.
8° Célestin III el l'empire byzantin. — Envers l'em-
pire d'Orient, l'attitude de Célestin III fut dominée
par la nécessité d'adopter une politique de bascule
entre l'impérialisme de Henri VI et celui d'Isaac II
l'Ange. Deux autres problèmes tout aussi importants
augmentaient encore la complexité de la situation
réciproque : l'union des Églises et les croisades.
Le rapprochement initial du pape avec Tancrède de
Sicile se doubla d'un rapprochement avec Byzance,
dont les troupes avaient repris position sur les rivages
de l'Adriatique. Le mariage de Roger, fils de Tancrède,
avec la princesse Irène, mariage peut-être suggéré par
le pape, en fut le couronnement. Au cours des négo-
ciations préliminaires à ce mariage. Isaac r.\nge avait
fait savoir au prince de Capoue (c.-à-d. |)robablement
Roger lui-même; cf. Laurent, 30-31) l'intérêt qu'il
portait à l'union des Églises. Des])ote mégalomane et
visionnaire illuminé, ce basileus concevait cette union
sous un angle césaropapiste. Célestin III. averti par le
prince normand, envoya une première lettre au basi-
leus, lequel répondit iiar un véritable hymne, accordé
selon le mode byzantin, à l'unité chrétienne el à l'in-
divisibilité du Corps Mystique du Christ » (Laurent,
46; document 3 décrit par Laurent, 29-31, date pro-
bable : 1192. Cf. aussi Festa, dans Bessarione, v, 1899,
p. 43-44, note).
Une seconde mis.sive du pape (1192-93?) devait
contenir une demande d'aide au secours de la croi-
sade. On répondit de Byzance par un chrysobulle
d'Isaac II et une lettre du patriarche Georges Xiphilin
(1" et 2'- document décrits par Laurent, 27-29 et 29,
avec références ultérieures); le chrysobulle est pro-
bablement identique à F. Dôlger, Regeslen der Kaiser-
itrkunden des Ostrômischen Reiclics, ii, n. 1615 {Corpus
der griectiisclien Urltunden des Mittelalters und der
Xeueren Zeit, série A, V partie). En ce cas, ces
documents furent remis au pape par l'ambassade
byzantine qui assista le 1" octobre 1193 à la canonisa-
tion de S. Jean Gualbert. La lettre du patriarche traite
avant tout de la primauté du siège romain. La réponse
de l'empereur est, somme toute, une dérobade byzan-
tine assaisonnée d'assurances lointaines et de reven-
dications transparentes. L'empereur s'excuse de ne
pouvoir soutenir effectivement les Latins; il estime
d'ailleurs que les croisades sont une entreprise sans
lendemain à cause des divisions intestines des Occi-
dentaux; il signale non sans malice que l'activité paci-
ficatrice du pape a un large champ d'action à l'inté-
rieur de la chrétienté et lui demande d'intervenir à
Buda pour faire évacuer des territoires byzantins
occupés par les Hongrois.
Célestin n'insista pas, mais après la conquête de la
Sicile par Henri VI et son couronnement à Palerme
(25déc. 1194), et plus encore après la chute d'Isaac li
et ses négociations avec l'empereur allemand (avr.
1195), Byzance se sentit directement menacée. Le
nouveau basileus, Alexis III, ayant reçu un ultimatum
comminatoire de Henri VI, tenta de recourir au pape.
Mais son message fut intercepté par la police impé-
riale (été 1196, Dôlger, op. cit., u, n. 1635). Déjà la
diplomatie pontificale était intervenue spontanément
en obtenant de l'empereur qu'il renonçât à toute
agression contre Byzance, afin d'assurer plus rapi-
dement les secours promis à la Terre sainte. Le juge-
ment de Norden sur la politique byzantine de Céles-
tin III (Das Papsttum und Byzanz, Berlin, 1903,
p. 114-33) doit donc être corrigé sur plusieurs points.
Cf. Laurent, 55-58. En particulier, les sujets traités au
cours des premiers rapports épistolaires montrent cjue
le reproche fait au pape d'avoir relégué dans l'ombre
les questions religieuses au bénéfice des tractations
politiques est sans fondement.
9° Célestin III et Rome. — Pape romain, pouvant
compter sur l'appui des Orsini, dont les Boboni for-
maient une lignée collatérale, Célestin III avait encore
renforcé sa position à l'intérieur de la Ville Éternelle
en souscrivant dès l'aube de son pontificat aux
demandes des Romains concernant 'Tusculum, leur
rivale haïe, et en concédant, par libéralité spéciale, les
presbiteria aux sénateurs surnuméraires (Brezzi, 378).
Seul cet appui intra muros pouvait lui permettre
d'adopter vis-à-vis de l'empereur son attitude d'indé-
pendance temporisatrice. Pourtant l'instabilité du
régime politique intérieur de Rome rendait cet appui
fort précaire. Durant son pontificat, ce régime fut
modifié à trois reprises : au gouvernement oligar-
chique des 56 sénateurs, dont une bonne part tout
dévoués aux Orsini, succéda en 1191 le pouvoir per-
sonnel d'un sununus senator, dont les titulaires appar-
tinrent à des factions rivales, d'abord populaires puis
patriciennes. Cf. Halphen, Études sur l'administration
de Rome uu Moyen Age (751-1252), p. 161.
(irâce à la diplomatie du vieux pontife, les relations
entre la ville et le Saint-Siège ne furent pourtant
jamais sérieusement troublées. Le pape mena sa poli-
tique en toute liberté et, de leur côté, les contingents
romains vinrent plus d'une fois renforcer les armées
impériales {Annal. Casin., M. G. H., SS., xix, 326).
10° Activité spirituelle, artistique et missionnaire. - -
A l'inlérieur de la chrétienté, le vieux pontife encoura-
geait l'évolution de la vie religieuse, suivant des for-
mules adaptées aux besoins de son temjjs. Ses favoris
furent les ordres militaires. En 1 191. il confirme l'ordre
des Chevaliers Teutoniques. A plusieurs reprises,
il accorde aux Frères du S. -Sépulcre, aux Hospi-
taliers de Jérusalem et surtout aux Templiers, protec-
tions et faveurs (Jaffé, 16708, 17324; 16868, 17589;
16722, 16742, 16743, 16769, 16841, 16911, 17042,
17107 a, 17437, 17446).
Les ordres voués à des travaux d'utilité publique
ou de charité, comme les frères pontifes, les hospices
alpestres, les léproseries, ne sont pas oubliés, n encou-
rage aussi la fondation de communautés de béguines;
il exempte de la dîme diverses chartreuses (Jafïé,
16996, 17012); il approuve le monastère bénédictin de
Monte Vergine et ses constitutions (4 nov. 1191). 11
accorde aux enfants présentés dans les monastères dès
leur plus jeune âge la faculté de quitter le cloître une
fois devenus adultes.
Plusieurs mesures témoignent aussi de son intérêt
pour la propagation de la foi et pour son développe-
ment dans les régions récemment christianisées à l'est
et au nord-est de l'Europe. Il félicite Meinard, évôque
de Livonie, des progrès de l'apostolat, accorde de très
larges facultés aux missionnaires dans les pays Baltes
(27 avr. 1193, Jaffé, 16991; P.L., ccvi,995). En 1197 il
75 CÉLESTIN III 76
soutient la croisade entreprise par son successeur
Bertold. Cf. Heinricus, Chron. Livoniae, M. G. H.,SS.,
XXIII, 242-43). Il envoie le card. Cynthius en légation
au Danemark (1192). II intervient en Suède pour déli-
miter les évêchés de Linkôping et de Wexjô; Jaflé,
16781. En Hongrie, il confirme à l'archevêque d'Ezs-
tergom le droit de couronner le roi (Mon. Hung. Hist.,
I, XI, 182; Jalïé, 16773.)
Célestin III procéda à plusieurs canonisations.
Moins d'un mois après son élévation au pontificat, il
faisait savoir à l'Église qu'il avait élevé sur les autels
Pierre de Tarentaise, cistercien devenu évêque
(10 mai 1191; A. .S'., mai, ii, 347; P. L., ccvi, 869-71).
Il décerna les mêmes honneurs à l'bald de Gubbio
(4 mars 1192), Bernward de Hildesheim (8janv. 1193.
Jaffé, 16943). Au cours d'un consistoire du l"''^ oct.
1193, il canonisa le fondateur de l'ordre de Vallom-
breuse, Jean Gualbert. Le 27 avr. 1197 il annonça la
canonisation de Géraud, fondateur et premier abbé du
monastère de Sauvemajeure (Jafle, 17527). D'après
Baronius, Ladislas, roi de Hongrie, Gaucher, chanoine
de Limoges, auraient, eux aussi, été canonisés par lui.
En ce qui concerne le roi de Hongrie, il y a sans doute
confusion avec une permission donnée en vue de son
exhumation. A. S., Propijlaeum ad Ada decembr.,
Martyrologium Romanum, 259.
Onze nouveaux cardinaux furent créés par Céles-
tin III. Les détails donnés à ce sujet par Ciacconius et
par Cristofori sont souvent inexacts et doivent être
corrigés par la nomenclature donnée dans Ann. pont.,
1928, p. 157-59. Ce sont : en 1191, Nicolas Boboni, un
neveu, card. de Ste-Marie in Cosmedin; Rofïredo, abbé
du Mont-Cassin (sans doute pour l'encourager dans son
attitude d'indépendance vis-à-vis de Henri VI), card.
des SS.-Pierre-et-Marcellin ; Guy, card. de S. -Marc;
Jacques Cesarini, card. de Ste-Praxède. En 1192,
S. Albert de Louvain, lors de son voyage à Rome (mis
en doute par J. Heller dans son éd. des Gesta episcopo-
rum Leodiensium, M. G. H., SS., xxv, 136; de même
Schneider, Hist. Zeitschr., série, i, 645; G. Smets,
Henri I", p. 53); la thèse affirmative s'appuie sur la
Vita Alberti, M. G. H., SS., xxv, 146, la bulle Régis
aeterni de Paul IV (9 août 1613) confirmant son culte
(cette dernière lui donne par erreur le titre de card. de
Ste-Croix) et sur d'autres arguments exposés par
É. de Moreau, Albert de Louvain, Bruxelles. 1945,
p. 47-48). En 1193, Jean Colonna dit de S. -Paul, card.
de Ste-Prisque, qui devint son bras droit dans l'exer-
cice de sa charge et qu'il voulut imposer à l'Église
comme son successeur; Fidantius, card. de S. -Marcel;
Maître Pierre de Capoue, card. de Ste-Marie /7i viaLata,
apôtre zélé, excellent théologien et habile diplomate;
Bobon, un parent, card. de S.- Théodore; Cencius Sa-
velli, card. de Ste-Lucie, camerlingue et vice chance-
lier, qui devint, en 1216,lepapeHonorius Ill(financier
hors ligne, il rédigea durant le pontificat de Céles-
tin III le Liber censuum de l'Église romaine. Cf.
P. Fabre, Étude sur le Liber censuum de l'Église
romaine, Paris, 1892). En 1194 ou 1195, Simon de
Limbourg, cousin de S. Albert le Grand et candidat
au siège de Liège.
Parmi les œuvres d'art dont Rome est redevable à
Célestin III, figure en premier lieu l'église de S. -Jean
Porte-Latine. Complètement transformée, coilïée d'un
campanile, enrichie dans sa nef centrale d'une série
de fresques formant un des plus beaux ensembles pic-
turaux de cette époque (cf. P. Styger, La decorazione
a fresco del Xii. sec. delta chiesa di S. Giovanni ante
portam Latinam, Studi Romani, 1914, p. 261 sq.;
F. Hermanin, L'arte in Roma dal sec. viii al XIV, Sto-
ria di Roma, xxvii, Bologne, 1945, p. 255-59), elle fut
consacrée par le pape en 1191 (l'inscription donne
par erreur 1190). Ensuite il faut mentionner le cloître
et le campanile de S. Lorenzo fuori; une série d'autres
campaniles (Hermanin, op. cit., 88-89) et les portes de
bronze de S. -Jean de Latran (sacristie et chapelle de
S. -Jean l'Évangéliste au baptistère), œuvre des fon-
deurs Uberto et Pietro (1196), dont le premier tra-
vailla aussi à la Confession de S. -Pierre.
Sources. — Jaffé, ii, p. 7, 20, 90, 103, 146, 431, 493,
528, 536 (avant le pontificat); p. 577-644, 727, 771-72
(n. 16675 à 17679). — Pfiugk-Harttung, Acta ponliftcum
Romanorum inedita, i, 352-83; n, 396-402. — P. L., ccvi,
col. 863-1280. — Chevalier, B. B., i, 830. — Lib. pont., u,
405, 406, 423, 439, 443, 451. — Watterich, Pont. Roman.
Vitae, II, 708-48. — Kehr, Germ. pont., i, p. xxix-xxx,
334, 337, 365, 399; ii-2, p. xxii; ni, p. xxii-xxiii. — Kehr,
//. pont., 1, p. xxv-xxvi; ii, p. xxx; m, p. xlix-lii; iv,
p. xxxii-xxxiv; V, p. L-Liii; vi-1, p. XLii-xnv et p. 12;
vi-2, p. xxxiv-xxxvii; vii-1, p.xxxii-xxxiv; vii-2, p. xxvi-
xxvii; viii, p. u-Lii. — Kehr, Nachtràge zu den Papstur-
kunden Italiens, Nacfirictiten v. d. kôn. Gesellscli. d. Wiss.
zu Gottingen, Phil.-liist. KL, 1908, 295-304. — P. Kehr,
Papsturkunden in Spanien (Abhandl. der Gesellsch. der
Wiss. zu Gottingen, Pliil.-hist. KL, nouv. série, xviii, 2),
fasc. 1, Berlin, 1926, n. 237-275; fasc. 2, Berlin, 1928, p. 37-
39, 131-36 et n. 69-71, 73-80, 128, 131, 135. — C. Erdmann,
Papsturkunden in Portugal (même coll., nouv. série, xx, 3),
Berlin, 1927, n. 54-56, 68-71, 127-59. — H. Meinert,
Papsturkunden in Frankreich, fasc. 1 (même coll., 3' série,
m), Berlin, 1932, n. 278-327. — J. Ramackers, Papstur-
kunden in Franlveich, fasc. 2-4 (même coll., 3" série,
vol. xxi, xxiii, xxvn), Gœttingue, 1937-42, n. 300-344,
182-87, 335-368. — W. Holtzmann, Papsturkunden in En-
gland (même coll., nouv. série, xxv, 1 et 3" série, xv), fasc. 1,
Berlin, 1930, n. 274-346; fasc. 2, Berlin, 1936, n. 259-92.—
J. Ramackers, Papsturkunden in den Niederlanden (même
collection, 3' série, viii), Berlin, 1933, n. 326-76. — F. Fita,
Primera legacion del Cardenal Jacinto en Espana. Butas
ineditas de Anastasio IV. Nuevas luces sobre et concilia
nacional de Valladolid (1155) y otros datos ineditos, dans
jBof. de la R. Acad. de la Historia, xiv, 1889, p. 530-55. —
C. Erdmann, Das Papsltum und Portugal im ersten Jahr-
Itundert der portugiesischen Geschichte, Abliandl. der preuss.
Akad. der Wiss., Phil.-hist. Klasse, 1928, n. 5. — P. Kehr,
Das Papsltum und die Kônigreiclie Navarra und Aragon bis
zur Mille des XII. Jhts, ibid., 1928, n. 4, p. 45-55. — C. Ma-
naresi, Una bolla inedita di Celestino III, dans Boll. delta
Soc. Pavese di Storia patria, xxiv, 1924, p. 221-25. —
Arcliivio delta Soc. Romana di Storia patria, xlvii, 370,
n. 30-31. — R. Thommen, dans Neues Archiu der Gesellsch.
fur altère deutsclie Gesch., xii, 1886, p. 411-14. — P. Ewald,
ibid., II, 1876, p. 218. — W. Wattenbach, ibid., xi, 1885,
p. 398-99. — Materials for tfie historg of Tliomas Becket,
éd. J.-C. Robertson (Rerum Britannicarum Medii aevi
scriptores, n. 67), v, 53, 389 (lettres 33 et 196); vi, 55, 214,
475 (lettres 249, 315, 444); vu, 350, 372 (lettres 694 et 706),
Londres, 1881-1885.
Travaux. — Ann. pont., 1928, p. 134, 157-59. — D. T. C,
II, 2061-62. — Ciaconius-Oldoinus, Vitae Rom. pont., i,
1018-19, 1151-166. — Hefele-Leclercq, v-2, 1163-178. —
Hauck, IV, 1-2, 658 sq. — J. Leineweber, Studien zur
Gesctiictite Papst Coelestins III., Diss., léna, 1905.
.I.-M. Brixius, Die Mitglieder des Kardinalkollegiums
von 1130 bis 1181, Diss., Strasbourg, 1910, p. 52. J. Bach-
mann, Die pdpstlichen Legaten in Deutschland und Skandi-
navien (1125-1159), Hist. Studien, 115, Berlin, 1913, p. 129-
135. — G. Dunken, Die poliliscite Wirksamkeit der pàpstli-
chen Legaten in der Zeit des Kampfes zwischen Kaisertum
und Papsltum in Oberitalien unter Friedrich I., H isl. Studien,
209, Berlin, 1931. — R. Eichner, Beilràge zur Geschichte des
Venetianer Friedens-Kongress vom Jahr 1177, Diss., Ber-
lin, 1886. — F. Fita, Concilios nacionales de Salamanca en
1154 y de Valladolid en 1155, dans Boletin de la Real Acad.
de la Historia, t. xxiv, 1894, p. 449-450, 467-75. — A. Hof-
meister, Studien iiber Otto von Freising, Neues Archiv,
xxxvii, 1912, 142-43. — W. Ohnsorge, Die Legaten Alexan-
ders III. im erslen Jalirzehnl seines Pontifikats (1159-
1169), Hist. Studien, 175, Berlin, 1928, p. 14, 50, 55-57, 62.
• — W. Ribbeck, Kaiser Friedrich und die Rômische Kurie
in die Jahren 1157-1150, Diss., Berlin, 1886. — G. Saebekow,
Die pdpstlichen Legationen nach Spanien und Portugal bis
zum Ausgang des XII. Jhts, Diss., Berlin, 1931. — E. Vacan-
dard, Vie de S. Bernard, ii, Paris, 1910, p. 142-43. —
77
CÉLESTIN IH
— CÉLKSTIiN IV
78
p. Brezzi, Roina e l'imperio medioevale (Storia di Homa, x).
Bologne, 1947, p. 376-81. — A. CarteUieri, Philipp H.
August, Kônig von Frankreich, ii et m. — F. Chalandon,
Histoire de la domination normande en Italie et en Sicile,
II, Paris, 1907, p. 445-91. — I. Friedlânder, Die pàpstlichen
Legaten in Deutschland und Italien am Ende des XII. Jhts
(1181-1198), Hist. Studien, 177, Berlin, 1928, surtout
p. 148 sq. — ■ J. Haller, Heinrich VI. und die Romische
Kurie, Mitteil. des Instil. fur ôsterr. Geschichtslorschunn,
XXXV, 1914, p. 545-59. — L. Halphen, Études sur l'admi-
nistration de Rome au Moyen Age (751-1252), dans Bibl.
de l'Êc. des Hautes Études, Se. hist. et phil., n. 166, Paris,
1912. — • K. Hampe, Zum Erbkaiserplan Heinrichs VI.,
Mitteil. des Inst. fur ôsterr. Geschichtsforschung, xxvii,
1906. — • L. Homo, Rome médiévale (Bibliothèque histo-
rique, 10), Paris, 1934. — É. Jordan, Henri VI a-t-il offert
à Célestin III de lui faire hommage pour l'Empire? dans
Mélanges F. Lot, 1925, p. 285-306. — V. Laurent, Rome et
Bgzance sous le pontificat de Célestin III (1191-1198), dans
Échos d'Orient, xxxix, 1940, p. 26-58. — W. Leonhardt,
Der Kreuzzugsplan Kaiser Heinrichs VI., Diss. Gôttingen,
Giessen, 1913. — E. PeTeh,Der Erbreichsplan Heinrichs VI.,
Berlin, 1927. — V. PfaH, Kaiser Heinrichs VI. hôchstes
Angebot an die Rômische Kurie (1196), Heidelberg. Abhandl.
zur mittleren und neueren Gesch., fasc. 55, 1927. — Ph. Ta-
mizey de Larroque, Célestin III et Philippe de Dreux, dans
Rev. des quest. hist., i, 1866, p. 275. — O. Thielepape, Dos
Verhdltnis Papst Coelestins III. zu den Klôstern, Diss.,
Greifswald, 1914. — Th. Tœche, Kaiser Heinrich VI., dans
Jahrbiicher der deutschen Gesch., Leipzig, 1867. — K.Wenck,
Die rômischen Pdpste zwischen Alexander III. und Inno-
cenz III. und der Designationsversuch Weihnachten 1197,
dans Papsttum und Kaisertum, Kehr-Festschrift, éd. A.
Brackmann, Munich, 1926, p. 432-474.
Roger Mols.
7. CÉLESTIN IV, pape, succède à Grégoire IX
le 25 oct. 1241, t le 10 nov. 1241. - Gaufridus
(Goflredo) de Castiglione était issu d'une noble famille
milanaise; son père, Jean, avait été anuuruni dux et
avait épousé Cassandre, la sœur d'Hubert Crivelli,
lequel devait devenir (9 janv. 1185, Gams, 796) arche-
vêque de Milan. Grâce à la protection de son oncle,
GeolTroy fut archiprêtre de la basilique et chancelier de
l'archevêché (1185). A la fin de la même année, son
oncle, devenu le pape l'rbain III, chargea GoU'redo
d'administrer son diocèse en son nom. Après la mort
d'Urbain III (1187), son neveu démissionna et se
retira à l'abbaye cistercienne de Hautecombe en
Savoie, l.a durée de son séjour là-bas est inconnue.
I,e 31 mars 122(1, il assista, en l'église principale de Pa-
(loue, à une cérémonie en l'honneur de Boncompagims
de Florence; Bôhmer, Reg. Imp.. v, 12926 b. Il est
qualifié alors de chancelier de Milan. Le 18 sept. 1227
(Ann. pont., 1929, p. 117), il figura parmi la première
promotion cardinalice de Grégoire IX, avec le titre de
S. -Marc (Eubel, i, 6); il le garda jusqu'après le
24 mars 1239, et devint avant le 15 avr. cardinal-
évêque de Sabine.
.\u début de son cardinalat, il fut chargé d'une léga-
tion en Toscane et en Lombardie (févr. 1228-nov. 1229)
(cf. Bôhmer. Hey. Imperii. v, n. 12985-13041 et
p. cxLvin-cxLrx). En Toscane, il obtient la cessation
des hostilités entre Pise et Lacques (21 mars 1228),
entre Florence et Pistoie (25 juin). En Lombardie, son
activité se déploie dans une double direction : resser-
rement de l'alliance avec la Ligue lombarde et lutte
contre les hérétiques. .\ Milan, le 22 janv. 1229, il se
fait promettre par les communes lombardes l'envoi
rapide de renforts vers les États pontificaux (cf. Ann.
Plac. Guelfi, M. G. H., SS., xviii, 445), jiromesse qui
fut fort mal tenue, malgré plusieurs rappels du pape
(M. G. H., Epist. suec. xii, i, n.396, 405). En avril-mai
il séjourne à Brescia, où il reçoit mission d'amener
Padoue et Trévise à conclure la paix (Bôhmer. op. cit.,
v,n.6763). Le 21 mai 1229, il est présent au synode de
Lodi (Mansi, xxiv, 881; H. Finke, Konzilienstudien,
56; Bôhmer, op. cit., v, n. 13029). Il dut frapper la
ville de Bergame de peines canoniques (Bôhmer, op.
cit., n. 6923 et 13032 a) pour non-observation de ses
décrets concernant les hérétiques. Durant cette léga-
tion, il se rendit aussi en Savoie (10 avr. 1228), où il
reçut le serment de fidélité du comte de Savoie pour la
forteresse d'Avigfiana qu'il lui avait confiée en fief.
' Cf. Theiner, Cod. dipl. dom. temp., i, ep. 147, p. 86.
1-e dernier document de GofTredo comme légat date
du 8 sept. 1229 (Bôhmer, op. cil., v, n. 13041).
D'après plusieurs sources littéraires reprises par Mo-
roni, XI, 54, il se serait aussi rendu au Mont-Cassin,
où il aurait eu une entrevue avec Frédéric II pour
lui demander des secours pour la Terre sainte. Mais
les Regestes de l'empereur ne font aucune mention de
pareille visite.
; Grégoire IX étant mort alors que l'Yédéric II s'ap-
prochait de Rome (22 aoiit 1241), les dix cardinaux qui
se trouvaient en ville tergiversèrent en attendant que
l'empereur voulût bien libérer leurs deux collègues
qu'il tenait prisonniers. Des négociations furent
ouvertes à cet effet, mais le sénateur romain Matteo
Rosso Orsini, peut-être sur les conseils du pape dé-
funt (supposition émise par Wenck, 138-39; voir ob-
jections de E. RufTini .Avondo, Le origini del conclave
fmpale, dans Alli délia R. .\ccad. délie Scienze di
Torino, vol. lxu, 1926-27, p. 276-79), brusqua la
situation. Il enferma les cardinaux dans un ancien
palais délabré de Septime-Sévère, dénommé Seplizo-
niiim, et les mit en demeure de procéder sans tarder
au choix d'un nouveau pape,
j Pendant longtemps, les détails partiels conservés par
I les chroniqueurs au sujet de ce « premier conclave de
j l'histoire » laissèrent fort à désirer et mirent les histo-
! riens dans l'embarras. La clarté s'est faite, depuis la
j découverte à la Bibliothèque municipale de Reims
! d'une lettre écrite par un groupe de cardinaux, après
j la mort de Célestin IV, pour justifier leur refus de
j retourner à Rome par la crainte de devoir subir une
! réédition de leur séjour au Seplizonium. Cette lettre,
t publiée par K. Hampe, raconte en détail les épisodes
! et les conditions de vie inhumaines de ce conclave
j forcé (voir, en particulier, p. 9-10 et 28).
! Le premier scrutin (avant le 26 sept. 1241) donna
5 voix au cardinal de Sabine contre 3 au cardinal de
Porto. D'après Mathieu Paris, Chronica Major, éd.
Luard, iv, Londres, 1878, p. 165, l'empereur aurait
approuvé l'élection du premier. Quoi qu'il en soit, la
majorité des deux tiers n'était pas atteinte; il fallut
I recommencer. L'accord ne parvenant pas à se faire
sur un membre du Sacré-Collège, les cardinaux se
i mirent d'accord sur une personnalité étrangère au
I Collège, mais dont ils se refusèrent avec obstination à
livrer le nom. Cet épisode raconté par Albert de Stade,
j M. G. H., .SS., XVI, 367, avait éveillé certaines suspi-
cions hypercritiques. Le document publié par Hampe
' en prouve l'historicité. Reste à déterminer quel fut cet
extraneus. Wenck suppose qu'il s'agit du prieur géné-
ral des Dominicains, Humbert de Romans. Il bâtit
cette hypothèse sur un passage du Bonum universale
de apibus de Thomas de Cantimpré (éd. de Douai,
; 1627, 1. II, ch. i.vii, § 60) qu'il cite textuellement,
|). 153, note 116.
Mais le sénateur Orsini déclara ne pouvoir admettre
pareille solution, et menaça les cardinaux de leur faire
subir les pires sévices et de transformer Rome en un
I bain de sang, s'ils n'élisaient pas un des leurs.
Une tradition, dont plusieurs auteurs se font l'écho
I (Jacques de Voragine, Légende dorée, éd. 1502 [Argen-
I tinae], cap. 126, col. 6; éd. Graesse, 1850), c. 130,
p. 590; — Holweck, Fasti Mariant. Fribourg-en-B.,
! 1892, p. 210), et dont Wenck (p. 147) admet l'histo-
j ricitc, rapporte que les cardinaux, alïaiblis par les pri-
vations et les mauvais traitements et fortement im-
79
CÉLESTIN IV
— CÉLESTIN V
80
pressionnés par la mort d'un des leurs, l'Anglais Robert
de Somercote (2(5 sept., Bohmer, op. cit., v, 7378 e),
firent vœu, s'ils en réchappaient, de doter d'une octave
la fête de la Nativité de la Vierge. Finalement les neuf
cardinaux survivants se mirent d'accord : le cardinal
Goffredo fut élu : sa santé fortement ébranlée per-
mettait d'espérer à bref délai une nouvelle vacance
du Saint-Siège. L'événement répondit à leur attente.
.Mais les cardinaux, libérés de leur prison, avaient mis
à profit les quelques jours de pontificat de Célestin
IV pour quitter Rome et se réfugier à Anagni. A la
mort du pape, comme nous le savons, ils se refusèrent
à tenter de nouveau l'expérience. La vacance du
Saint-Siège devait durer jusqu'au 25 juin 1243.
L'incertitude régna fort longtemps au sujet de la
chronologie de cet épisode. Les dates données par
.\rgelati ne sont plus admises depuis longtemps. Dans
une longue discussion, Baronius (Ann. Eccl. ,ann. 1241,
n. 85-87) cite toutes les données connues à son époque.
Une solution, qui semble bien définitive, est exposée
par Bohmer, Regesta Imperii, v, 1258 : le pontificat de
Célestin IV, un des plus courts de l'histoire, ne dura
que 17 jours, du 25 oct. au 10 nov. 1241. D'ailleurs,
dès le surlendemain de son élection, si l'on en croit la
Chronique de S. -Pierre, p. 259, il serait tombé malade
et n'aurait donc pu exercer aucune activité pontificale.
Pourtant, d'après une autre source (cf. A. Mercati,
Mediaeval Studies, ix, 1947, p. 71 sq.), il aurait été
couronné le 28 oct. et aurait officié le jour de la Tous-
saint. Il fut inhumé à S. -Pierre. Argelati donne la
reproduction de son épitaphe et l'énumération de ses
œuvres qui ne comprend que de la correspondance
privée et peut-être quelques opuscules spirituels rédi-
gés du temps de son séjour à Hautecombe. Moroni, 54,
y ajoute une histoire d'Écosse écrite à la même époque.
Sources. — Potthast, Reg., u, 938, 940-41. — L. pont.,
II, 454. — Eubel, i, 6. — J.-F. Bohmer, .1. Ficker, E. Win-
kelraann,i?e(;eifa Imperii, v, p. 1258-1259,2229 et p. cxlvui-
cxLix. — K. Hampe, Ein iingedruckter Bericht iiber dos
Conclave von 1241 im rômischen Septizoniiim, dans Sitzungs-
ber. der Heidelb. Akad., Phil.-hist. KL, 1913, n. 1.
Travaux. — Ann. pont., 1929, p. 117. — Argelati, Bibl.
Mediol., I, II, 440-442. — V. Castiglione, Celestino IV papa,
Milanese, nipote di papa Urbano III Crivello Milanese,
conservato alla famiglia ed alla patria, Turin, 1661. —
F. Fehling, Kaiser Friedrich II. imd die rômischen Kardi-
nale in den J. 1227 bis 1238 (Hist. Studien, 21), Berlin,
1901. — H. Finke, Konzilienstudien zur Geschichte des
XIII. Jhts, Munster, 1891, p. 56-58. — O. Joelson, Die
Papstivahlen des XIII. Jhts bis zur Einfûhrung der Con-
claveordming Gregors X. (Hist. Studien, 178), Berlin, 1928,
p. 19-37. — P. Litta, Famiglie celebri d'Italia, ii, table
Castiglioni di Milano I. — K. Wenck, Dos erste Konklave
der Papstgeschichte. Rom, August bis Okt. 1241, Quellen und
Forsch. aus ital. Arch. u. Bibl., xvni, 1926, p. 101-170. —
E. Winkelmann, Kaiser Friedrich II., 2' vol. : 1228-1233
( Jahrbùcher d. dt. Geschichte), Leipzig, 1897. — H. Zimmer-
mann, Die pâpstliche Légation in der ersten Hàlfte des
XIII. Jhts (1198-1241) (Gorres-Gesellschaft, Verôffentl.
der Sektion fûr Rechts-u. Sozialwissenschajt, 17), Paderborn,
1913.
Roger Mols.
8. CÉLESTIN V(S. Pierre CÉLKSTiN), né entre
1209 et 1222, t 19 mai 1296; ermite; fondateur des Cé-
lestins; pape (élu 5 juill. 1294; consacré 29 août 1294;
abdique 13 déc. 1294). Fête le 19 mai.
Sommaire : I. Avant le pontificat. II. Pontificat :
1° L'élection et ses rétroactes; 2° De l'élection à la
consécration pontificale; 3° De la consécration ponti-
ficale à l'abdication; 4" L'abdication. III. Après le
pontificat. IV. Canonisation.
I. Avant le pontificat. — • Pierre Angeleri, fils de
Angelerio et de Maria de Leone, naquit probablement
à Isernia, dans les Abruzzes, le onzième d'une famille
très modeste de douze enfants. Aucune date n'est
certaine. Celles qu'on a proposées vont de 1209 à 1222.
En faveur de la première, on trouve l'indication de la
Vita C, c. XLVii, p. 431, qui le fait mourir dans sa
87* année; en faveur de 1215, un document mentionné
par l'art, de Jorio.dans Celeslino V...,p. 81. Les indices
en faveur des diverses dates sont exposés dans Baeth-
gen, Beilrâge, p. 268, note 3. — Le lieu semble prouvé
par deux pièces d'archives, de 1289 et 1292, qui le
qualifient de « citoyen d' Isernia » (références, art. de Jo-
rio, op. cit., 78 sq.; réserves formulées par Baethgen,
p. 269, note 1).
Pierre avait eu un frère plus âgé destiné aux ordres,
mais qui, au désespoir de sa mère, mena une vie trop
mondaine. Voyant les qualités de son avant-dernier,
et malgré les sarcasmes de ses autres fils qui estimaient
que « c'était déjà bien assez d'un fainéant dans la
famille » (Aulob., c. v, p. 422 C-D), cette dévote chré-
tienne, devenue veuve, entreprit de lui faire donner
une formation qui le préparerait à la cléricature.
Ses efforts furent couronnés de succès : Pierre se
sentit rapidement attiré par la vie monastique, par
celle surtout où il remarquait plus d'austérité. Agé
d'un peu plus de vingt ans (Autob., c. v, p. 422 E), il
quitta sa famille et entra au couvent bénédictin de
Ste-Marie in Fayfolis, non loin de sa ville natale; il y
prononça ses vœux et reçut l'habit religieux {Vita C,
c. XV a, p. 404; Potthast, Reg., 23976; en 1231 selon
une tradition locale). Suivant une déposition au procès
de canonisation (Seppelt, Monum. Celest., p. 232,
n. 23), il pouvait avoir environ 24 ans lorsqu'il se dé-
cida à mettre à exécution son rêve de solitude et fit
choix d'une grotte de 11 m. x 4, dont le même témoin
lui avait signalé l'existence sur les flancs du Monte
Morrone, non loin de Sulmona.
Son Autob., c. vu, p. 423 B, parle de trois autres
années de vie érémitique passées à une époque plus
reculée, dans une solitude du Monte Palleno, ainsi que
d'un voyage à Rome, où il aurait été ordonné prêtre.
Mais il est malaisé de rétablir la chronologie exacte de
ces événements. La i>lupart des indications fournies
par les sources sont vagues ou prêtent à suspicion.
Plusieurs biographes modernes, entre autres Celidonio
(i, 94 sq.; ii, 20-21), ont eu le tort de les prendre pour
argent comptant.
S'il y a peu à tirer des sources anciennes concernant
les détails chronologiques, elles sont par contre des
témoignages psychologiques de premier ordre. L'.4.u/o-
biographie et, pour un âge plus avancé, les biographies
de ses disciples et les dépositions des témoins au
procès de canonisation permettent facilement de
reconstituer le portrait moral et psychique du saint.
Pierre y apparaît avant tout comme un inadapté,
possédant une imagination très sensible aux rêves et
peut-être douée de la faculté de produire des images
éidétiques. Sa vie fourmille de preuves nombreuses
d'une simplicité peu commune : elle seule explique
qu'il ait jugé bon de raconter par le menu comment il
fut libéré de certains scrupules en matière délicate par
la vision drastique d'un âne accomplissant ses besoins
sur les marches d'un palais royal (Autob.. c. ix,
p. 424 C-D).
Sa soif de prières et de pénitence dépassait toute
mesure et, à en juger par des signes extérieurs relevés
par d'abondants témoignages, il devait avoir atteint
un degré peu commun d'union à Dieu. L'n de ses com-
pagnons de vie érémitique qui le connaissaient le
mieux, Barthélémy de Trasacco, a laissé une descrip-
tion de sa vie (Vita C, c. i-viii) et a complété son récit
par sa déposition au procès de canonisation (éd. Sep-
pelt, 333). Il résulte de ce témoignage que Pierre de
Morrone possédait les vertus de pénitence, d'humilité
et de charité à un degré héroïque. Il jeûnait tous les
jours, sauf le dimanche, et redoublait ses austérités
81
CÉLESTIN V
82
durant ses quatre carêmes annuels. Sa biographie
(Vila C, c. vi) raconte comment, à la fm d'un de ces
carêmes où la température avait été particulièrement
inclémente, des visiteurs montés à son ermitage n'y
trouvèrent plus qu'un glaçon vivant : des dix pains
qu'il avait emportés pour tout son carême, cinq étaient
encore intacts. Ayant ainsi réservé une large part à
Dieu, il consacrait le reste au service du prochain ;
sans parler des conseils de vie spirituelle, en vue des-
quels il s'était constitué un florilège de textes scrip-
turaires et patristiques (les Opuscula, voir infra), nul
de tous ses contemporains n'avait plus que lui le souci
de soulager la misère; pour cela, il distribuait jusqu'à
la dernière piécette toutes les aumônes qu'on lui
apportait; et plus tard, étant devenu fondateur
d'ordre et sa renommée faisant aflluer les quéman-
deurs, il fît vendre au besoin les calices et les vêtements
précieux des églises de son ordre; apprenait-il que
dans quelque monastère de son ordre les troupeaux de
moutons devenaient plus nombreux, il les faisait
vendre : ainsi il disposait toujours d'un fonds où il
pouvait puiser (Vita C, c. xvi). — On ne peut nier non
plus qu'il ait été thaumaturge, même si les récits et les
dépositions consacrés à ses « miracles » sont loin d'avoir
tous la même valeur probante.
Pierre aurait passé environ cinq ans dans son
premier ermitage du Morrone; deux compagnons
étaient venus partager sa vie solitaire. Estimant leur
retraite trop proche des lieux habités, ils partirent
alors à la recherche d'une solitude plus âpre, non loin
du sommet des Monts Majella, à plus de 2 000 m. d'al-
titude. Ils y fondèrent, autour d'un oratoire dédié au
Saint-Esprit, une petite colonie d'ermites, VEremum
S. Spiritus de Magella (localisation dans Celidonio,
1,111 sq.); l'oratoire fut indulgencié par Innocent IV, le
25 févr. 1248.
La réputation du saint ascète attira vers son ermi-
tage un alllux de curieux, d'admirateurs et finalement
de disciples qui vinrent habiter avec lui.
A partir de 1251 au plus tard, la nouvelle fondation
se vit octroyer des donations de la part de divers
seigneurs et communautés des environs. (Cf. Balducci,
Regesto délie pergamene délia curia arcivescovile di
Cliieti, Casalbordino, 1926, p. 12, n. 27, 28 et 29;
Gantera, Cermi, p. 11, n. 1; p. 14, n. 4; Id., Nuovi
documenti, 5; Marino, 122.)
Le 5 juin 1259, l'évêque de Sulmona accorda l'auto-
risation de construire sur les flancs du Morrone une
petite église dédiée à la Vierge (texte de la bulle dans
Marino, 125; description de l'église : Celidonio, ii,
6 sq.); elle fut élargie en 1268 et près de son emplace-
ment s'éleva plus tard l'abbaye de Sulmona. En 1261,
les ermites auraient reçu en pleine propriété le quart
du Monte Morrone (date et authenticité douteuses, cf.
Baethgen, 272, note 2).
Par une bulle du 1" juin 1263, Urbain IV incorpora
la confrérie érémitique à l'ordre bénédictin (Potthast,
Reg., 18551; in extenso dans UghelU, vi, 728; A. S.,
mai, IV, 507 A; Cantera, Cenni, p. 13, note 1). Le
lendemain, il prit tous ses biens sous sa protection
(Balducci, op. cit., n. 55; M. Inguanez, dans Gli
arctiivi italiani, v, 1918, p. 120, n. 11). Ces biens ne
consistaient au début qu'en terres arides et ermitages
tombés en ruine (Vita C, c. x), que les moines s'ingé-
niaient à restaurer tant bien que mal. En 1275, le
total s'élevait à 15 « églises » (bulle de Grégoire X)
réparties sur cinq diocèses.
C'est sans doute à cette époque que remontent les
relations assez étroites que Pierre de Morrone noua
avec les chefs des Franciscains spirituels d'Ombrie.
Ces relations ne firent que renforcer ses tendances à
l'austérité et au détachement. Peut-être même la
pensée lui vint-elle de transformer sa colonie d'ermites
en ordre mendiant. Mais ce plan n'avait aucune chance
de réalisation. Une réaction très vive se manifestait
alors au sein de l'Église contre la multiplication des
ordres religieux, des mendiants en particulier. Cette
réaction trouva sa codiflcation dans le canon 23,
Religionum diversilalem du concile de Lyon (Hefele-
Leclercq, vi-1, p. 200 sq.).
Apprenant la menace qui pesait sur son nouveau
groupement de solitaires, du fait des décisions qui ne
manqueraient pas d'être prises à Lyon, Pierre décida
de se rendre en personne au concile. Il fit le voyage à
pied avec deux confrères {Vita C, c. xi, éd. cit., p. 401)
et arriva à destination en nov. 1274. A cette date, le
concile avait déjà terminé ses travaux. Contrairement
à une légende abondamment enjolivée (p. ex. Marino,
139 sq.), Pierre ne parut donc jamais devant les Pères
du concile réunis. Mais il fut reçu par Grégoire X et
obtint de lui une bulle de confirmation de son ordre
suivant la règle de S. Benoît (22 mars 1275; Potthast,
J?egr., 21006; texte dans Cantera, p. 17, rem. 2; la plu-
part des auteurs, n'ayant pas tenu compte de la data-
tion en style florentin, ont donné de la suite de ces
événements un récit inexact).
Rentré au pays, Pierre de Morrone organisa les
bases juridiques du nouvel ordre d'après les directives
pontificales : le premier chapitre général fut réuni à
S. Spirito de Majella (description, Vita C, c. xv). La
Règle de S. Benoît fut précisée par des constitutions
dans le sens d'une plus grande austérité, sans toutefois
atteindre — surtout en matière de pauvreté — l'idéal
avec lequel Pierre avait dû transiger à Lyon. Bien que
la chose soit vraisemblable, il n'est pas historiquement
établi que Pierre y ait été chargé du gouvernement
général de son ordre. Dans les documents qui lui sont
adressés, il porte le titre de uice prier, voire simplement
A'eremita (Cantera, Nuovi documenti, p. 7, n. 4,
10 févr. 1284, mandement de Charles II).
La confirmation inatteiulue d'un groupement d'im-
portance secondaire, que tous considéraient comme
condamné, provoqua la plus vive surprise et attira
l'attention sur les ermites du Majella. Les évêques
s'empressèrent de leur restituer les biens qu'ils avaient
déjà récupérés à leurs dépens. Seul celui de Chieti ne
désarma que sur son lit de mort. Mais à ce moment
(1278) il leur accorda un privilège d'exemption
(Vita C, c. xiv). Deux autres privilèges semblables
furent accordés, durant la décade suivante, et confir-
més par une bulle de Nicolas IV (20 févr. 1291;
cf. Celidonio, Una bnlla ineditu di PP. Nicola IV,
dans Rassegna Abruz:ese, i. 1897, p. 39-40). Des per-
sonnages de premier jilan du monde princier et ecclé-
siastique de la Péninsule, Charles II, roi de Naples, et
le cardinal dominicain Latino Malabranca, tenaient à
honneur de les combler de bienfaits.
La générosité des bienfaiteurs et la popularité du
nouvel ordre permirent d'abord l'incorporation d'an-
ciens monastères bénédictins menacés de ruine, ensuite
la construction ou reconstruction de monastères nou-
veaux. Parmi la première catégorie figurent l'abbaye
de S. Maria in Fayfolis, où le saint avait fait jadis ses
premières armes, ainsi que celle de S. Giovanni in
Piano. Pierre devint abbé de Fayfolis (avant sept.
1276) et garda cette fonction au moins jusqu'à la fin
de 1278 (documents dans Cantera, 21-22). Il passa alors
avec toute sa communauté à S. (iiovanni in Piano
(avant le 8 mars 1279), où son séjour ne dura pas plus
d'un an. Après un voyage en Toscane et à Rome au
cours de 1280, il reparaît en juin 1281, comme prieur
et recteur de S. Spirito di Majella.
Son œuvre assurée du lendemain, Pierre crut pou-
voir de nouveau répondre à l'attrait de la solitude. Il
se déchargea de l'administration sur son vicaire Fran-
cesco d'Atri et reprit, avec deux compagnons, sa vie
83
CÉLESTIN V
84
d'ermite, d'abord à S. Bartolomeo di Legio, ensuite
dans une caverne profonde mais spacieuse, à Giovanni
di Orfante, près du sommet du Majella {Vita C,
c. xxi-xxn).
A ce moment, il avait fondé, rattaché ou restauré
36 établissements monastiques, comptant quelque
600 moines, oblats y compris ( Vila C, c. xxvi), répartis
sur 12 diocèses, formant un bloc dans le massif des
Abruzzes, à cheval sur les confms des États de l'Église
et du royaume de Naples. En outre l'ordre possédait à
Rome au moins un pied-à-terre et une église, dès avant
1280 (cf. Baethgen, 276, note 3).
Pour héberger tout ce monde, de nouvelles construc-
tions et extensions étaient nécessaires. La première
fondation nouvelle importante fut S. Maria di Colle-
maggio près d'Aquila (éghse consacrée le 25 août 1288;
cf. Gam, 41-42).
Pour faciliter l'accès de sa retraite aux nombreux
pèlerins qui venaient le consulter, Pierre décida de se
choisir une solitude plus rapprochée des lieux habités.
Il fit agrandir la construction qui s'élevait depuis
longtemps sur les flancs du Monte Morrone dominant
Sulmona au N.-E. Ce nouveau monastère, dédié au '
S. -Esprit, remplaça celui de Majella comme abbaye
principale en 1293. Pierre descendit alors de son nid
d'aigle et installa sa cellule dans le vieux château-
fort de Segezzano, perché un demi-mille plus haut que
le nouveau monastère (juin 1293). Il s'y trouvait
depuis treize mois quand un événement imprévisible
vint transformer sa vie.
II. Pontificat. — 1° L'élection et ses rétroactes. —
Nicolas IV étant mort le 4 avr. 1292, la rivalité tra-
ditionnelle entre Colonna et Orsini se manifesta à nou-
veau au sein du Sacré Collège, bientôt réduit à onze
membres par la mort du cardinal Cholet. Les péripé-
ties et tractations de cette vacance pontificale sont
décrites tout au long dans l'Opus metricum de Stefa-
neschi (i, 1, c. 1-7; éd. Seppelt, 19-32); pour l'arrière-
plan diplomatique, voir les ouvrages mentionnés par
Baethgen, p. 288, note 1, et Digard, i, 150-72.
Parmi les onze cardinaux, les deux partis rivaux
comptaient chacun quatre adhérents, ce qui rendait
impossible toute majorité des deux tiers. A deux
reprises déjà (épidémie d'été 1292, troubles de 1293),
une scission locale avait séparé en deux fractions le
Sacré Collège : les uns restant à Rome, les autres
s'étant dispersés ou réunis à Rieti.
En automne 1293, les Colonna restés à Rome, esti-
mant l'occasion favorable, menacèrent de procéder
tout seuls à l'élection pontificale, prétextant être
seuls présents à l'endroit légalement prévu pour ce
faire. Devant la protestation du groupe Orsini, les deux
partis s'accordèrent sur le choix de Pérouse comme
nouveau lieu de réunion et décidèrent de s'y retrouver
à partir du 18 octobre.
La reprise des conversations durait depuis plus de
huit mois et l'interrègne depuis plus de deux ans, sans
que les négociations eussent avancé d'un seul pas,
lorsque, le 5 juill. 1294, on apprit que l'accord venait
d'être réalisé en un tournemain sur la personne de
Pierre de Morrone, bien qu'il fût omnibus ignotus facie
(Opus metr., i, 2, c. 2; éd. Seppelt, p. 39).
Comment expliquer un pareil revirement que rien
ne faisait présager? Deux thèses principales s'af-
frontent : coïncidence fortuite recouvrant une inter-
vention providentielle; machinations et intrigues
politiques.
La première est celle admise ofliciellement dans le
décret d'élection et dans la missive des cardinaux à '
celui qu'ils venaient d'élire (5 et 11 juill. 1294; Ray-
naldi. Annal. Eccl., ad ann. 1294, § 6 et 7 ; publiés à
nouveau, avec fac-similé du décret, reproduction des
sceaux et indications bibliographiques, par A. Mer-
cati, Bull. delV Jsl. sior. italiano, xlvii, 1931, p. 1 sq.).
Dans son état pur, elle n'est plus admise par personne.
Mais, tout en reconnaissant l'interaction de motifs
humains, certains historiens contemporains conti-
nuent à mettre l'accent sur des éléments irrationnels et
para-politiques. Les deux principaux défenseurs de
cette manière de voir sont H. Finke, Aus den Tagen,
24 sq., et Baethgen, 308-12, ce dernier avec plus de
mesure.
Cette thèse suffit parfaitement à rendre compte de
la suite des événements, tels qu'ils sont racontés par le
cardinal Stefaneschi dans son Opus metricum (i, 2,
c. 1 et 2; éd. Seppelt, p. 36 sq.). D'après ce récit — le
seul provenant d'un témoin oculaire, mais rédigé en
une langue manquant de clarté — les cardinaux réunis
à Pérouse auraient éprouvé une forte émotion en ap-
prenant le décès inopiné du frère du cardinal Napoléon
Orsini, tué par une chute de cheval. Tandis que neuf
d'entre eux, au cours d'une réunion, commentaient
cette nouvelle, le cardinal Boccamozza fit appel à leur
esprit d'union. Alors le doyen du collège, le cardinal
d'Ostie, Latino Malabranca, se leva et raconta avoir
' reçu un message, dans lequel un saint ermite lui faisait
part d'une vision où Dieu lui aurait annoncé que son
bras s'appesantirait en châtiments terribles si, dans les
quatre mois, la situation ne s'était pas éclaircie. A une
question insidieuse du cardinal Gaetani, Malabranca
reconnut que l'ermite en question était Pierre de
Morrone. Tous furent d'accord pour reconnaître en lui
un homme de Dieu et pour estimer que seul un saint
pourrait calmer la colère divine. Alors Latino, se levant
à nouveau, déclara lui donner son suffrage. Les autres
cardinaux, y compris les deux absents, se ralUèrent
à cette candidature, les uns immédiatement, les autres,
surtout Matteo Orsini, après quelque hésitation
(Baethgen, 294; Finke, 35-36). Finalement, l'unani-
mité se fit sur le nom de Pierre de Morrone.
Cette première thèse n'exclut pas la seconde. A le
prendre à la lettre, le texte du décret ne fait appel à
une inspiration surnaturelle que pour expliquer l'una-
nimité recueillie par une candidature aussi insolite et
nullement le fait qu'elle ait été proposée à l'impro-
viste : demum inter nos ex insperaio seu improviso de
venerabili ac religioso pâtre fratre Petro de Murrone or-
dinis S. Benedicti, celebris sanctitatis viro, habita men-
tione, omnes. qui tune présentes eramus in consistorio
supradicto, ad personam eius intente considerationis
intuitum dirigentes, in ipsum quasi divinitus inspirait,
non sine lacrymarum efjusionc. nuUo prorsus discor-
dante consensimus (Raynaldi, loc. cit., § 6).
La seconde thèse a été surtout mise en avant par la
dissertation de Schulz (19-30). Depuis lors, elle a
recueilli, dans ses grandes lignes, l'adhésion de la ma-
jorité des historiens, tant catholiques que protestants
(p. ex. Hauck, Hôsl, Morghen, Seppelt). Elle met en
cause, avant tout, le roi de Naples, Charles II d'An-
jou. Elle fait appel à des faits historiques négligés à
tort par la thèse précédente, ainsi qu'à la conjoncture
politique internationale résultalit de la rivalité entre
Anjou et Aragon en Sicile. Toutefois, au lieu de se
maintenir sur cette base solide, certains auteurs qui la
proposèrent n'ont pas craint d'édifier une construction
fort osée tenant plus du roman que de la réalité.
Les faits historiques sont les suivants : le 7 déc.
1293, à Figueras (cf. Jacobi Aurie, Annales Januenses,
M. G. H., SS., XVIII, 353), Charles II avait conclu avec
Jacques II d'Aragon un accord secret concernant la
Sicile et devant entrer en vigueur à partir du l'""' nov.
' 1294 (Chantera, Cenni, 103; Finke, Acla Aragonensia,
III, p. 21, n. 13). En vertu de la suzeraineté pontificale
sur la Sicile, un tel accord devait être approuvé par le
pape avant sa divulgation. Pour cela, il fallait qu'il y
eût un pape avant le délai fixé à Figueras. Charles II,
85
CÉLESTIN V
86
durant son voyage de retour, s'arrêta donc à Pérouse,
où il séjourna du 21 au 29 mars 1294 (cf. M. Schipa,
Carlo Martello, dans Archivio storico per le provincie
Napolefane, xv, 1890, p. 83 sq.)- Il escomptait un
succès facile auprès des onze cardinaux et annonçait
ouvertement la fin prochaine de l'interrègne pontifical
(Baethgen, 292, note 4) : cinq cardinaux n'émar-
geaient-ils pas à sa cassette pour un « pourboire » (pro
emptione vint) annuel de 100 onces, et quatre autres
pour 50, au titre de « protecteurs du royaume de
Sicile »? (Cf. C. Minieri Riccio, Studii storici sui fasci-
coli Angioini, Naples, 1863, p. 45.)
Mais les deux propositions qu'il leur soumit étaient
trop inacceptables pour être favorablement accueillies,
même par des cardinaux achetés à l'avance. A cette
occasion, le cardinal Benoît Gaetani, malgré la vieille
amitié qui les unissait (références à des documents
privés des archives de la famille Gaetani, dans Baeth-
gen, 292, n. 1), eut avec le roi un échange de mots très
vifs (cf. Ptolémée de Lucques, Hist. Eccl., xxiv, c. 28
et 31 ; éd. Muratori, SS. rer. ital. ,anc. éd., xi, col. 1199-
1200; commentaire de Finke, 32-33).
Laissant auprès du Sacré Collège le Provençal
Guillaume Agarini comme chargé d'affaires (Finke,
Aus den Tagen, p. 25, ii. 3), le roi quitta Pérouse,
assuré de l'appui d'un groupe de cardinaux auquel se
rattachait le doyen du Sacré Collège, Latino Mala-
branca, mais sans avoir réussi dans son projet. L'iti-
néraire de son retour vers Naples passait par Sulmona
(M. Schipa, op. cit., 85). Le roi s'y arrêta (6 et 7 avr.
1294), fit une donation au monastère S. Spirito (Can-
tera, p. 29; Digard, i, 174, note), et alla rendre visite
dans son ermitage au solitaire du Morrone (témoignage
de Nicolas Berardi, 56« témoin au procès de canonisa-
tion; éd. Seppelt, 258; preuve de la date : Baethgen,
296-97). Lui-même, ainsi que son père Charles 1",
connaissaient l'ermite de longue date et comptaient
parmi les bienfaiteurs insignes de son ordre.
Quel fut l'objet de leurs conversations? On en est
réduit aux conjectures. Il est très vraisemblable que
le roi aura parlé de la question pontificale, en insistant
sur la menace que constituait, pour la paix du monde
et de l'Église, une prolongation de l'interrègne. Qu'il
réussit à émouvoir fortement l'ermite, au point d'aler-
ter son imagination visionnaire, la démarche entre-
prise par ce dernier auprès de son ami, le cardinal
Alalabranca, en est une preuve.
En tout cas, le résultat de cette entrevue fut qu'il
obtint par ricochet, de la part des cardinaux, ce qu'il
n'avait pu obtenir directement à Pérouse : la nomina-
tion d'un pape qui lui serait dévoué.
.\ eux seuls, les faits précités n'expliquent pas le
principal : ils laissent dans l'ombre la question de
savoir à qui revient l'initiative de la candidature de
Pierre de .Morrone. L'ermite lui-même n'ayant pu la
suggérer dans sa lettre au cardinal Malabranca, reste
le choix entre ce dernier et le roi de Naples.
Faut-il, avec Schulz (p. 20-30) et d'autres, voir dans
tous ces événements un scénario combiné à l'avance
par Charles II, avec la complicité de Latino et d'un
groupe de cardinaux qui auraient trempé dans ce
mélodrame? Trois arguments sérieux rendent cette
hypothèse fort peu vraisemblable : a> L'attitude ini-
tiale réticente du cardinal Matteo Rosso, le chef du
groupe Orsini. Si toute l'affaire avait été manigancée
par le roi de Naples, celui-ci n'aurait pas manqué de
mettre dans son jeu le puissant cardinal qui lui était
favorable. Cet argument est bien mis en lumière par
-Morghen, Matleo Rosso, 320 sq., et repris par Baeth-
gen, 299. — 6^ Le caractère et l'attitude du cardinal
Latino lui-même : prêtre pieux et zélé, figurant
comme bienheureux au calendrier des Dominicains, à
l'ordre desquels il appartenait, grand bienfaiteur de
l'ermite du Morrone et de ses confrères (Ptolémée
de Lucques, Hist. Eccl., xxiv, c. 30, éd. cit.,
col. 1199-1200), il n'avait rien d'un intrigant politique
ni d'un instrument aveugle de la politique angevine.
D'ailleurs, tant qu'il vécut, il adopta la même attitude
que les autres cardinaux pour obtenir du pape qu'il ne
prolonge pas son séjour en dehors des États de l'Église.
(Voir son portrait psychologique dans Baethgen, 299-
301 et Finke, 26.) — Le fait que, dans l'histoire des
conclaves du xiii* s., il existait au moins deux précé-
dents, où les cardinaux, désunis et en désespoir de
cause, avaient tenté de se rallier à une candidature
étrangère à leur corps, choisie chaque fois parmi les
personnalités jouissant d'un grand prestige spirituel :
Humbert de Romans, durant le conclave du Septizo-
nium en 1241, et Phihppe Benizzi, et peut-être aussi
S. Bonaventure, durant l'interrègne de 1268 à 1271
précédant l'élection de Grégoire X.
L'importance de cette interférence du point de vue
spiritualisant, voire mysticisant, sur des mentalités
médiévales qui n'avaient rien de froidement machia-
vélique, a été surtout mise en lumière par Baethgen
(op. cit., 310 et Der Engelpapst, 75-120), qui a bien
montré ses affinités spirituelles avec l'idéal large-
ment répandu d'un « pape angélique » ou d'un « pape
évangélique ». Le témoignage de Jacques Colonna, un
des cardinaux présents au conclave, est explicite : il
affirme que Pierre de Morrone fut élu à cause de sa
sainteté {Anal. Boll., xvi, 476).
Il semble donc plus vraisemblable de s'en tenir à
l'interprétation de Ptolémée de Lucques qui, parlant
de Malabranca, ajoute : ex hac ergo familiari devolionc
et confidenlia bonitatis fuit motus ad suadendum de
ipso, ut in summum assumeretur pontiftcem (loc. cit.,
col. 1200).
Si l'on veut, à tout prix, maintenir une place à une
considération politique, pour expliquer la facilité
avec laquelle la proposition de Latino recueillit
l'adhésion unanime des cardinaux, malgré leur riva-
lité, il faut faire appel moins à une machination
ourdie de toutes pièces par le roi de Naples qu'au
bouleversement de la situation politique interne dont
les États de l'Église, Rome en particulier, venaient
d'être le théâtre : soulèvement armé de la commune
d'Orvieto et surtout coup d'État des popolari romains
(mai ou juin 1294) qui remplacèrent l'administration
aristocratique par un sénateur de leur parti (cf. Di-
gard, I, 158-66, 172-73 et Baethgen, 302-06, avec réfé-
rences aux sources).
Ces événements, d'une gravité exceptionnelle pour
eux, ne pouvaient manquer d'exercer une pression sur
les cardinaux. C'est ce qu'a fort bien mis en lumière un
contemporain anglais, Barthélémy Cotton, qui dispo-
sait d'informations de première main (Historia angli-
cana, éd. Luard, Rer. Brit. Script., Londres, 1859,
p. 251 sq.; éd. M. G. H., SS., xxviii, 610 sq.).
C'était la discussion de cette situation, et nullement
la question pontificale, qui figurait à l'ordre du jour du
consistoire du 5 juill. (cf. Guillaume de Nangis,
M. G. H., SS., XXVI, 60 : cum cardinales super electione
pape viderentur esse in sua discordia obstinati et confir-
mali, et tune ad tractnndum de electione non conve-
nissenl; autres références dans Baethgen, 302, note 5).
Ainsi les cardinaux furent pris de court par la proposi-
tion de Latino, en face de laquelle leur obstination
psychologique se trouvait temporairement désarmée.
2" De l'élection à la consécration pontificale. —
L'unanimité du Sacré Collège ne dura que l'espace
d'un matin. Dès qu'il fut question de choisir une délé-
gation pour notifier à Pierre de Morrone son élection au
souverain pontificat, les anciens tiraillements reprirent
de plus belle. Il fallut six jours pour se mettre d'accord
sur une solution transactionnelle : le 11 juill., trois
87
CÉLESTIN V
88
émissaires, choisis en dehors du Sacré Collège, quit-
tèrent Pérouse pour le Morrone: l'archevêque de Lyon,
Bérard de Goth, et les évêques d'Orvieto et de Patti.
Ils arrivèrent le 16 au monastère. Le cardinal Pierre
Colonna, venu en son nom personnel, les rejoignit.
A ce moment, la nouvelle de l'élection avait eu dix
jours pour s'ébruiter; le peuple l'avait accueilUe avec
joie. Pierre, mis au courant, aurait d'abord songé à
prendre la fuite avec un compagnon, le Bx Robert
de Sala ( Vita C, c. xxviii ; Pétrarque, De vita solitaria,
11, c. xvni; A. S., mai, iv, p. 429, n. 24). La foule, qui
déjà affluait vers l'ermitage, l'en aurait empêché.
Finalement, sur les conseils de ses confrères et
d'i' autres amis », il se serait résigné à ce qui était pour
lui la volonté de Dieu; il attendit les événements.
Charles II se trouvait à la cour de Melfi, quand il
apprit la nouvelle. Sans tergiverser un instant, il char-
gea son jeune fds, le prince Philippe de Tarente, de
l'administration intérimaire du royaume (12 juill.;
Schipa, op. cit., 87) et accourut, avec son fils aîné, à
bride abattue vers Sulmona. Il s'y trouvait déjà quand
les cardinaux arrivèrent (cf. A. L. Antinori, Opère
inédite, sect. i, Annali degli Abruzzi, vol. x, 1294).
Le lendemain de leur arrivée au monastère, les
émissaires du Sacré Collège, accompagnés de Charles
Martel, le fils du roi, montèrent jusqu'à l'ermitage de
Pierre. Arrivés devant l'ermite, tous se prosternèrent
devant lui, qui, lui aussi, se mit à genoux devant des
visiteurs d'un si haut rang. Alors, l'archevêque de
Lyon donna lecture de son message et pria l'élu, s'il
acceptait son élection, de prendre ses dispositions pour
rejoindre les cardinaux à Pérouse (Potthast, Reg.,
23947; Ptolémée de Lucques, op. cit., 1200). Après
s'être retiré dans sa cellule pour y consulter Dieu, Pierre
répondit qu'il acceptait; après quoi, escorté par le
cardinal Colonna et le prince Charles ISIartel, il des-
cendit, au cré]juscule, de son ermitage et logea au
monastère de S. Spirito. La huitaine de jours qu'il y
passa furent décisifs pour l'orientation de son i)on-
tiflcat.
Alors que les cardinaux, ses conseillers naturels,
étaient encore loin, d'autres vinrent prendre leur
place. Un des plus pressés fut son ami le roi de Naples,
Charles II, bien décidé à ne plus le lâcher d'une
semelle, tant qu'il n'en aurait pas fait un instrument
docile de ses intérêts.
Pierre de Morrone ayant annoncé aux cardinaux son
acceptation (texte de la lettre dans Baethgen, 315-16),
un échange de messages s'ensuivit : les cardinaux
insistant à nouveau auprès du pajie pour qu'il vînt les
rejoindre à Pérouse, ou du moins pour qu'il fît choix
d'une résidence en territoire pontifical, afin de sauve-
garder son indépendance, Pierre, sur le conseil du roi
(Ptolémée de Lucques, op. cit., c. xxx, col. 1199), invo-
qua des motifs de santé pour s'excuser. D'accord sans
doute avec le roi, il avait décidé de se fixer pour un
temps à Aquila et de s'y faire sacrer. Ceci ressort
clairement de la teneur des missives royales des 22-
25 juill. reproduites dans Cantera, Cenni,Y>. 45, notes.
Le choix de cette ville frontière, récemment fondée et
aux portes de laquelle s'élevait le monastère célestin de
Colleniaggio, ne manquait pas d'habileté.
Partie de Sulmona la veille ou l'avant-veille, l'es-
corte pontificale arriva le 27 juill. à Aquila, où elle fit
une entrée fort peu protocolaire : le pape, revêtu de sa
bure, était assis sur un âne, dont la bride était tenue
par le roi et son fils; c'était la seule monture à laquelle
il fût accoutumé, lorsqu'il ne se déplaçait pas à pied;
mais cet accroc au protocole allait devenir l'objet des
commentaires les plus singuliers.
De tout le Sacré Collège, seuls deux cardinaux, Ay-
celin et Napoléon Orsini, vinrent rejoindre le pape
dans sa résidence des Abruzzes. Les autres lui firent
parvenir une nouvelle invitation à poursuivre son
voyage. Elle n'eut pas plus de succès que les précé-
dentes. Bien au contraire.
A ce moment, la mort du cardinal Malabranca, sur-
venue à Pérouse le 9 ou le 10 août (Schulz, Zeitschr.
fur Kirchengesch., 374; Digard, i, 184; Ann. pont.,
1929, p. 128), vint fournir au roi de Naples un atout
inespéré, en faisant disparaître la seule personne dont
la présence était requise pour une consécration ponti-
ficale. Le siège d'Ostie devenu ainsi vacant, l'arche-
vêque de Bénévent, présent à Aquila, sacra le cardinal
Aycelin évêque d'Ostie, et celui-ci, assisté du cardinal
Napoléon Orsini, procéda sans tarder à l'intronisation
épiscopale du nouveau pape, qui choisit le nom de Cé-
lestin. La date de cette cérémonie est incertaine. Tous
les auteurs contemporains l'ont confondue avec le
sacre du 29 août; leurs témoignages sont donc inutili-
sables. Les historiens modernes ont été souvent induits
en erreur par leurs devanciers; d'autres, avec Schulz,
loc. cit., 378, ont parlé d'une double consécration ponti-
ficale, la première ayant été déclarée invalide par les
cardinaux. La véritable suite des événements a été ré-
tablie par Casti, dans Celestino V..., 161-64, et (avec
une confusion de dates) par Digard, i, 184-85.
Entre temps, sous couleur d'aider le pape dans une
tâche trop nouvelle pour lui, le roi réussit sans peine à
le circonvenir et à faire nommer plusieurs de ses créa-
tures à des postes-clefs : Jean de (^astrocoeli, arche-
vêque de Bénévent, homme plein de ruse, d'avarice et
d'ambition, qui avait, cinq ans auparavant, trempé
dans une rébellion ouverte contre Rome, fut nommé
vice-chancelier. En outre, les postes de notaire apos-
tolique (Barthélémy de Capoue), d'huissier de la
chambre pontificale et de capitaine des États de
l'Église furent également confiés à des fonctionnaires
napolitains. Par autorisation spéciale du roi de Naples,
ces agents continuèrent à toucher les appointements
attachés à leurs anciennes fonctions (Digard, i, 182,
note 2, et 183).
Ai)i3renant ce qui se passait à A<iuila, les sept cardi-
naux restés à Pérouse comprirent qu'il était plus que
temps de rejoindre le pajie, s'ils voulaient sauver l'au-
torité du Sacré Collège. Après avoir obtenu de
Charles II divers engagements de nature financière
(Schulz, loc. cit. ,377, note 2), ainsi que la promesse sous
serment qu'il n'exercerait sur leurs allées et venues
aucune pression, en cas de vacance du S. -Siège (Cé-
lestin V le délia de cette promesse, Potthast, Reg.,
23998), ils vinrent l'un après l'autre à Aquila; même
Benoît Gaetani qui, à l'étonnement général, finit par
rejoindre les autres après avoir boudé pendant plus
d'un mois (Ptolémée de Lucques, op. cit., 1200).
Le 29 août eut lieu la cérémonie du sacre, devant
l'église Ste-Marie di Collemaggio, puis la procession de
l'église en ville avec le décorum habituel. Une foule
énorme, dont Ptolémée de Lucques, témoin oculaire, a
grossi le nombre jusqu'à 200 000 personnes, avait
afilué à Aquila pour assister à ce triomphe suprême du
populaire ermite (op. cit., c. 29 et 31, col. 1199 et 1200).
3° De la consécration pontificale à l'abdication. — Les
nuages ne tardèrent pas à s'amonceler. Soixante ans de
vie érémitique peuvent préparer parfaitement à rece-
voir la couronne céleste; pour ceindre la tiare de
S. Pierre, ce n'était pas la préparation idéale. La sim-
plicité de Célestin le dépaysait devant les exigences du
protocole romain. Son manque d'habitude du latin of-
ficiel n'obligeait-il pas les cardinaux à s'exprimer en
italien au consistoire? Sa bonne foi, sa scrupulosité mé-
fiante et son manque d'expérience en faisaient une vic-
time toute désignée pour tomber dans les pièges tendus
par les politiciens roués, les bénéflciers sans scrupules
et les arrivistes retors.
Dans l'édition définitive de son Opus meiriciim (i, 3,
89 CÈLES
c. 10, cil. Seppelt. p. 69), le cardinal Stefaiiesclii ne se
gène pas pour critiquer ouvertement les mesures
|)rises par Cclestin. Parmi ces mesures, l'histoire
retient en particulier :
n) L'octroi imprudent de noml)reuses faveurs. Fa-
veurs spirituelles et autres furent distribuées sans au-
cun discernement. Le jour même de son sacre, il accor-
da de vive voix une indulgence plénière, semblable à la
Portioncule, à tous ceux qui visiteraient, aux condi-
tions habituelles, Notre-Dame de Collemaggio, le jour
anniversaire de cette solennité. Après s'être fait
quelque peu prier (témoignage de Pietro Boerio, dans
Baluze, Miscellanea, i, 480), il confirma, semble-t-il, sa
concession un mois plus tard par une bulle (Potthast,
jRe^., 23981 ; Raynaldi, ann. 1294, § 13, p. 145; mise
au point des questions d'authenticité, dans Moscardi,
20 sq. et Baumgarten, Miscellanea diplomatica, i, Rô-
mische Quartalschrift, 1913, p. 93*). Cette concession
fut fort discutée dans la suite. Le 18 août 1295 elle fut
explicitement révoquée par Boniface VIII(A. Thomas,
Registres de Boniface V'/i/, n. 815). Plusieurs papes la
confirmeront à nouveau par la suite (cf. Galli, 61 ;
Moscardi, 30-35).
Cette première concession fut suivie de nombreux
autres avantages et privilèges accordés à divers
églises et monastères. Les communautés de son ordre,
qui comptait alors 18 couvents et 4 prieurés, furent
spécialement favorisées. Comme certains papes à
l'égard de leurs neveux, ainsi Célestin paraissait réser-
ver le plus clair de son initiative personnelle à les com-
bler de faveurs (Casti, dans Celestino V..., 170 sq.).
Ce népotisme monastique transparaît dans un très
grand nombre d'actes : il les exempte de toute juridic-
tion extérieure (Potthast, Reg., 23951, 23970, 24002,
24003, 24011); leur accorde de riches indulgences
allant jusqu'à 2 000 ans (Potthast, Reg., 23975, 24004,
23977); la maison-mère du Morrone est déliée de toute
dépendance envers S. -Pierre de Rome (Potthast, Reg.,
23976; Bullar. Rom., éd. Turin, iv, 116); il permet à
ses membres de porter le nom d' « ermites célestins »,
leur reconnaît la prééminence honorifique sur tous les
autres bénédictins. Le pape caressait même le projet
de voir tous les fils de S. Benoît devenir des Célestins.
Lors de son passage par le Cassin, il eut recours à la
persuasion, puis à la contrainte, mais en vain, pour y
faire adopter leurs usages (cf. Tosti, Storia delta badia
di Montecassino, m, Rome, 1889, p. 37 sq.).
L'amour de Célestin pour la vie austère se manifesta
aussi dans la protection imprudente qu'il accorda au
parti des Spirituels franciscains, dont il connaissait de
longue date les principaux meneurs. Ceux-ci, en butte
aux tracasseries de leurs confrères et poursuivis égale-
ment pour leurs idées subversives par les autorités,
décidèrent de tenter leur chance auprès du nouveau
pape. F. Pierre de Macerata et F. Pierre de P'ossom-
brone vinrent trouver le pape à Aquila et lui deman-
dèrent « l'autorisation d'observer leur vœu à l'abri des
persécutions et des empêchements de ceux qui se
laissent aller à renier la fidèle règle et la loyale obser-
vance que S. François avait commandée dans son tes-
tament et dans ses autres écrits » (Ehrle, Arch. fur
Lit.-und Kirchengesch. des M. A., ii, 308). « Dans sa
dangereuse simplicité » (Muratori, Antiq. ital., éd.
Milan, 1741, iv, 1020), Célestin V n'y vit aucune ma-
lice; après leur avoir d'abord proposé de s'adjoindre
aux Célestins, il permit à Pierre de Macerata et à son
groupe de se séparer des autres Frères Mineurs sous le
nom de « Pauvres ermites » et chargea l'abbé de son
ordre de leur indiquer des ermitages où ils pourraient
vivre (Angelo Clareno, Epistota excusaloria, publ.
Ehrle, Arcli. fur Lit.-und Kirchengesch., i, 525-26).
Plus avantagé encore fut son ami et protecteur le
roi de Naples. Parmi les nombreuses mesures dont il
TIN V 90
fut l'inspirateur ou le bénéficiaire, il faut mentionner :
la confirmation de son traité de Figueras avec Jacques
d'Aragon (1" oct., Potthast, Reg., 2,3984; Raynaldi.
ann. 1294, § 15, iv, 147); deux décimes exceptionnels à
lever, le premier sur les biens d'Église en France durant
un an, l'autre sur ceux d'Angleterre durant quatre ans,
pour financer ses expéditions militaires (2 oct., Pott-
hast, Reg., 23985; Raynaldi, ibid., 149); la nomina-
tion de son fils, âgé de 21 ans, comme archevêque de
Lyon (7 oct., Potthast, Reg., 23990 ; Raynaldi, ibid.,
152); la constitution d'une province autonome sici-
lienne des Frères Prêcheurs (Potthast, Reg., 23953;
Fontana, Monumenta dominicana, Rome, 16'75, p. 140).
Le roi aurait même eu l'intention d'obtenir du pape la
condamnation du cardinal Gaetani comme hérétique
et aurait pressenti les cardinaux Colonna en vue d'un
appui éventuel en ce sens. Mais ce renseignement étant
fourni par les Colonna est suspect (cf. Procès ouvert
par Clément V contre la mémoire de Boniface VIII,
publ. C. Hofler, Abhandl. der Hist. Kl. der Kgl. bayer.
Akad. der Wiss., iii-3, 1843, p. 60).
Apprenant l'ouverture de ce nouveau Pactole, les
quémandeurs affluaient de toutes parts. Mais tous
n'avaient pas également en vue l'enrichissement de
leurs âmes. Beaucoup sollicitaient des biens plus tan-
gibles. Célestin accordait tout, sans y regarder de fort
près, «car il était simple et droit » (Vita C, c. xxx).
Pendant les quelques mois de son pontificat, il fut vic-
time d'une exploitation éhontée. Les dispenses réser-
vées au S. -Siège furent prodiguées au mépris de toutes
les règles, les biens d'Église dilapidés par des inféoda-
tions et des échanges arbitraires; les concessions d'ex-
pectatives, de bénéfices et de pensions dépassèrent
toute mesure (voir l'exposé des motifs de la bulle de
Boniface VIII, 8 avr. 1295, Thomas, Reg. de Boni-
face VIII, n. 770). Ptolémée de Lucques {Hist. Eccl.,
XXIV, c. 31; Muratori, xi, 1200) va jusqu'à parler de
blancs-seings et de faveurs identiques accordées à
plusieurs bénéficiaires à la fois. Il est vrai, le même
auteur ajoute, à la décharge du vieux pontife, que pas
mal d'abus en matière de concessions de grâces et de
privilèges se commettaient, à son insu, par des officiers
curiaux profitant de son âge et de son inexpérience.
Malheureusement la disparition du registre de Céles-
tin V ne permet pas de mesurer exactement le désordre
créé par tous ces abus. Parmi les plus compromis
figuraient les cardinaux Colonna. Entremetteurs infa-
tigables de grâces pontificales, ils s'en étaient réservé
plus qu'une portion congrue. De leur propre aveu,
Jacques Colonna avait obtenu une pension de
500 marcs sterling et chacun de ses deux neveux plus
de 1 000 livres tournois (Digard, i, 242; voir aussi une
bulle d'une teneur incroyable, Potthast, Reg., 24005,
19 nov. 1294, dans Barth. Cotton, Hist. anglic,
éd. Luard, 261).
Ce désordre fut tel que Boniface VIII, dès le troi-
sième jour de son pontificat et, à ce qu'il semble, sur la
demande de Célestin lui-même, révoqua oralement
toutes les mesures arbitraires prises par lui. Ai)rès quoi,
la chancellerie pontificale eut de la besogne pendant
près d'un an, pour mettre de l'ordre dans ce grand net-
toyage : annulation de toutes les réserves de bénéfices
concédées depuis Nicolas IV, de toutes les nominations
à des postes importants faites sans l'assentiment des
cardinaux, en particulier celles de l'archevêque de
Lyon et de Barthélémy de Capoue ; révocation, jusqu'à
nouvelle confirmation, de tous les privilèges concédés
par Célestin V. Cette révocation fut spécifiée par la
bulle du 8 avr. 1295 (Potthast, Reg., 24061; A. Tho-
mas, Registre de Boniface VIH, n. 770). Toutes les
bulles expédiées par Célestin V devaient être ren-
voyées à Rome, aux fins d'un nouvel examen. Cette
dernière mesure fut cause du très petit nombre de
91
CÈLES
TIN V
92
bulles originales de Célestiii V conservées de nos jours :
sur un total de plus de 106 documents expédiés par
lui, Baumgarten n'en connaît que 46 : liste dans Mis-
cellanea diplomatica, i {Rômische Quartalschrift, 1913,
p. 85*-94*).
b) La promotion cardinalice (Aquila, 18 sept. 1294).
— ■ Elle fut suggérée au pape par le roi de Naples et
devait comprendre douze noms. Le choix des élus,
tous candidats du roi, fut discuté en comité secret par
le pape avec les trois cardinaux, Hugues Aycelin,
Matteo Orsini et Jacques Colonna. Le reste du Sacré
Collège ne fut pressenti que la veille de la préconisa-
tion (Opus metricum, m, c. 8). Encore Charles II fit-il
remplacer, à la dernière minute, un des candidats par
un autre.
Cette liste comprend : a. sept Français ou Proven-
çaux : les archevêques de Bourges et de Lyon, Simon
de Beaulieu et Bérard de Goth; le canoniste Jean
Lemoine, vice-chancelier du S. -Siège sous Nicolas IV;
le doyen du chapitre de Paris et le prévôt de celui de
Marseille, Nicolas l'Aide et Guillaume Ferrier; Robert,
abbé de Cîteaux, et Simon, prieur de La Charité-sur-
Loire; — • b. trois Napolitains appartenant au cercle
des amis intimes du roi : son chancelier, Guillaume
Longhi de Bergame; Pierre, l'évêque élu de Sulmona,
et messer Landolfo Brancaccio; — c. deux célestins :
Thomas de Ocra, abbé de S. Giovanni in Piano et
inscrit comme bienheureux au martyrologe bénédictin,
et Francesco Ronci di Atri. (Pour esquisse biogra-
phique, voirl'art. de Vittoridans Celestino y..., 301-20.)
Le douzième nom de cette liste a donné lieu à de
nombreuses contestations. D'après Ciacconius-Oldoi-
nus, Vitae pontif. rom., n, 292 et Eubel, 11, ç'aurait
été Benoît Gaetani junior; Celidonio, Vita, 85-94,
reprenant la liste de ï'Opus metricum, nomme un mys-
térieux Frater Petrus, célestin, qui serait mort dès le
9 oct. suivant. De nouvelles recherches aux Archives
vaticanes et la pubhcation d'une lettre de Jacques
d'Aragon (16 oct. 1294, Acta Aragonensia, éd. Finke,
I, 19-20) ont permis de trancher le doute : le deuxième
cardinal fut le célestin François Ronci di Atri (ou di
Andria); le mystérieux Frater Petrus résulterait d'une
confusion de lecture entre les deux prénoms Petrus et
Franciscus. Et Gaetani junior aurait été créé cardinal
tout seul par son oncle, dès le début du pontificat de
celui-ci. Cf. P. M. Baumgarten, Die Cardinals-
ernennungen, 167-68 et art. de Vittori dans Celestino
V..., 316 sq.; Cah, 104-07.
Seulement, François Ronci mourut à Sulmona le
13 cet., moins d'un mois après son élévation à la
pourpre. Célestin, pour rétablir sans doute l'effectif
apostolique, choisit l'archevêque de Bénévent Castro-
coeli pour le remplacer. Cette promotion eut lieu
d'une façon tout à fait insolite. Durant son séjour à
Teano (23 au 28 oct.), un soir après dîner, le pape lui
annonça sa nomination; après quoi, il convoqua les six
cardinaux présents, leur fit part de sa décision, qui ne
souleva aucune objection. Mais les autres cardinaux,
mis au courant, firent savoir au pape qu'ils n'admet-
traient dans leur sein qu'un cardinal nommé après
avoir obtenu leur assentiment. Célestin V céda, démit
de sa charge le nouveau cardinal, jusqu'à ce qu'un
consistoire réuni à Naples lui obtint l'adhésion géné-
rale. Ce récit se base sur le seul témoignage de VOpus
metricum. Baumgarten, op. cit., 169 en admet l'au-
thenticité, du moins quant au fond. En tout cas, il est
certain que, le 1" oct., Castrocoeli n'était pas encore
cardinal. Cf. Schulz, Zeitschr. fiir Kirchengesch., xvii,
1897, p. 384, note 4. C'est donc à tort que la liste
de YAnn. pont., 1929, p. 134-35, le mentionne comme
treizième cardinal de la promotion du 18 septembre.
c) Le transfert de la résidence pontificale à Naples. —
Dès le début de sept., le roi fit avertir les autorités
napolitaines de se préparer à recevoir le pape (Docu-
ments dans Gantera, Cenni, 53-56, notes, et C. Mi-
nier! Riccio, Saggio di Cod. diplom., Supplem. /, n. 71-
74, Naples, 1882). 11 ne semble pas que le pape ait été
averti des intentions royales. Au contraire, il avait
déjà pris des dispositions en vue d'un retour à Rome,
lorsqu'il se laissa convaincre par Charles II de se
rendre d'abord à Naples pour y séjourner quelque
temps. Le motif de ce revirement était de ne pas
retarder les pourparlers avec Jacques d'Aragon, que
Célestin lui-même (Potthast, Reg., 23992) avait invité
à se rendre dans l'île d' Ischia, afin d'y mettre au point
l'exécution du traité de Figueras (cf. lettre de
Charles II à Jacques II, 12 oct. 1294, Acta Aragonen-
sia, éd. Finke, m, n. 17, p. 28-30). Cette décision fut
prise malgré l'avis expUcite des cardinaux désireux de
retourner à Rome (cf. Opus metricum, i, 3, c. 1 sq.,
éd. Seppelt, 56 sq.). Bon gré mal gré, le Sacré Collège
tout entier accompagna ou suivit Célestin V à Naples.
L'escorte dont faisaient partie le pape, le roi et son fils,
quitta Aquila le 5 oct. Après s'être arrêtée du 7 au
13 au monastère de Sulmona, elle reprit sa route par
Castel di Sangro, San Germano, le Cassin, Teano, Ca-
poue et arriva le 2 ou le 5 nov. à Naples (cf. Cali, 104;
art. de Casti, dans Ce/es^i'no V..., 195-97 ; Schipa, op. cit.,
91-92). A Naples, le Castel Nuovo fut affecté à la rési-
dence du pape et de ses services.
4° L'abdication (13déc. 1294). — Frappé du désordre
qui s'infiltrait dans l'Église par suite de son incapa-
cité administrative, Célestin se rendit compte qu'il
n'était pas apte au gouvernement pontifical. Il se mit
à réfléchir à ses responsabilités et aux moyens de
remédier à la situation. On l'entendait gémir : « O mon
Dieu, tandis que je règne sur les âmes, voici que je
perds la mienne. » Il ressentait aussi, comme un poids
toujours plus lourd, les entraves mises par les devoirs
de sa charge à ses habitudes de solitude et de prière.
Comme l'Avent était proche, il s'était fait préparer,
dans un coin retiré du Castel Nuovo, une cellule en
bois, afin d'y passer son « carême de la S. -Martin » en
prières et en pénitences comme autrefois. Il avait
l'intention de confier le gouvernement intérimaire
effectif de l'Église à un triumvirat, et toutes les dispo-
sitions étaient prises en conséquence, lorsque le cardi-
nal Matteo Orsini, accouru tout exprès, fit échouer ce
singulier projet à la toute dernière minute, en repré-
sentant au pontife « qu'il était inadmissible que
l'Église eût à la fois trois époux » (cf. Finke, 38).
Le pape songea alors à donner sa démission. Les
rétroactes de cette démission ont été souvent travestis.
Des histoires de trompettes nocturnes et autres récits
fantomatiques, mettant en cause Benoît Gaetani,
furent colportés en France, dès les premiers mois du
pontificat de Boniface VIII, par Simon de Beaulieu,
cardinal et légat pontifical, dont le rôle joué en cette
affaire n'est pas des plus beaux (cf. le témoignage de
l'abbé de S.-Médard à Soissons au procès ouvert par
Clément V contre la mémoire de Boniface VIII, publ.
C. Hôfler, Ruckblick auf PapstBonifaz V in.,Abhandl.
d. hist. Kl. der kgl. bayer. Akad. der Wissensch., m, 3,
1843, p. 69). Elles trouvèrent audience jusque parmi
les cardinaux de la Curie (Finke, p. 65, note 1) et les
amateurs d'historiettes malédifiantes en firent leurs
choux gras. Aujourd'hui la critique ne leur reconnaît
pas plus de consistance qu'aux légendes de Croque-
mitaine. — De même, les accusations formulées en
clair contre Gaetani et le cardinal de Sabine, d'avoir
extorqué par dol la renonciation du vieillard (P. du
Puy, Histoire du différend entre le pape Boniface VIII
et Phil. le Bel, Paris, 1655, p. 428), se sont révélées dé-
pourvues de fondement et même de probabilité. Seul
parmi les témoins dignes de foi, Ptolémée de Lucques
(Hist. Eccl., XXIV, 32) prétend que le projet d'abdica-
93
CÉLESTIN V
94
tion aurait été machiné par les cardinaux, dès avant le
voyage à Naples, et quasi imposé au vieux pontife par
le cardinal canoniste. Jusqu'à la thèse de Schulz (Zeit-
schr. fiir Kirchengesch, xvii, 477 sq.), c'était là l'opi-
nion reçue (voir références, ibid., 483, note 3; Tosti,
Storia di Bonifazio VIII, 1. I, c. iv, p. 82, Rome, 1886,
fait exception. Résumé et discussion de toutes ces his-
toires par Cipolla, dans son édition de Ferreti "Vincen-
tini, Historia rerum in lialia gestarum, Fonti per la
storia d'Italia, Rome, 1908, p. 64i).
Depuis lors, la critique admet que l'idée d'abdica-
tion prit corps dans la conscience harcelée de remords
de Célestin lui-même. Les témoignages anciens les plus
dignes de foi confirment cette explication; voir en par-
ticulier Opus metricum, ni, 348 sq. ; Vita C, c. xxxiv et
le Mémoire des cardinaux de 1297 contre les Colonna,
publ. Denifle, Arch. fiir Lit.-und Kirchengesch. des
M. A., V, 525-26.
Seulement pouvait-il démissionner? Grave pro-
blème canonique. Toute démission, pour être valide,
requiert l'assentiment du supérieur. Le pape n'ayant
d'autre supérieur que Dieu, comment le peut-il?
Pour résoudre cette difficulté, Célestin consulta
d'abord des lumières familières : son compendium de
droit canon et un ami. Ce parvus libellas dont parle
Stefaneschi (Op. metr., m, c. xii, v. 375; éd. Seppelt,
73) est sans doute identique à la Summa Celestina de
ses Opuscules (voir précisions dans A. S., mai, iv,
523 C-D). Quant à r« ami mystérieux, conseiller des
premières heures, à la réponse évasive » (Opus metr.,
III, V. 393), plutôt que Benoît Gaetani, comme on le
croit habituellement, il pourrait bien être Stefaneschi
lui-même (Morghen, 326; Digard, i, 202-03).
N'ayant pas trouvé assez de lumières chez ses
premiers conseillers, il continua son enquête parmi les
membres du Sacré Collège les plus autorisés, Gérard de
Sabine (Finke, 40), les deux Colonna (Denifle, op. cit.,
V, 494) et surtout Benoît Gaetani, le meilleur cano-
niste du groupe et confesseur du pape, si l'on en croit
une tradition fort tardive (C. de Lellis, Discorsi délie
jamiglie nobili del regno di Napoli, i, 1654, p. 186).
A en croire Gilles de Rome (De renunciatione papae,
c. xxiii, Bibl. max. pont., ii, 56), Gaetani aurait
d'abord conseillé au pape de rester. Sans doute une
protestation de pure forme ou de politesse, peut-être
un effort pour masquer son contentement intérieur
( Vita C, c. xxxiv). Célestin insistant, Gaetani répondit
qu'une abdication était licite et invoqua à tort plu-
sieurs précédents, entre autres une soi-disant abdica-
tion de Clément de Rome (cf. Seppelt, Studien, 50-57).
Quoi qu'en disent ses thuriféraires (référ. dans Schulz,
lac. cit., 499), il est bien possible que les conseils donnés
à cette occasion par Gaetani ne furent pas dictés
exclusivement par des considérations de bien commun.
En tout cas, ce fut certainement au poids de son auto-
rité que Célestin dut de rendre inébranlable une déci-
sion que jusqu'alors ses rêves ne lui avaient montrée
que comme possible.
Bientôt des bruits transpirèrent et parvhirent à la
connaissance du public. Alertée par les Fraticelli et les
Célestins, et avec la connivence du roi, la populace
napolitaine envahit le Castel Nuovo et parvint jusqu'à
la cellule du pape, qui eut grand'peine à la calmer par
(le vagues promesses. Cinq jours plus tard, le pape
convoqua les cardinaux, leur exposa toute la situation
et leur demanda leur avis. Quoiqu'ils se rendissent
fort bien compte que Célestin était « lemporalium
omnino inexpertus » (Barthélémy Cotton, M. G. H.,
SS., xxviii, 611), les cardinaux répondirent de conti-
nuer encore l'expérience et lui déconseillèrent de
suivre son idée (Mémoire des cardinaux de 1297, publ.
Denifle, op. cit., v, 526). Le pape ne voulut pas se
rendre, mais fit demander des processions et des prières
pour que Dieu l'éclairé. La procession eut lieu sans
doute le 5 déc. (A. S., mai, iv, 523 E). Peu après, une
nouvelle délégation des Napolitains conduite par leur
archevêque n'eut pas plus de succès : la décision du
pape était prise. Restait l'exécution.
Avec l'aide de Gaetani, le pape consacra huit jours
à la rédaction de deux actes : la renonciation propre-
ment dite et une constitution pontificale établissant
qu'un pape a le droit de démissionner. A ces deux
actes Célestin voulut encore ajouter, le 10 déc, un
nouveau rappel de la prescription par laquelle il avait
rétabli, le 28 sept., l'obligation du conclave, pour
remédier à l'avenir aux trop longues vacances du S.-
Siège (Potthast, Reg., 23980; Raynaldi, ann. 1294,
§ 17, IV, 153). Le 13 déc, tout étant prêt, il réunit le
consistoire, prit place sur son trône et pria les cardi-
naux de ne pas l'interrompre avant que tout fût fini.
Il donna alors lecture de l'acte par lequel il renonçait
au pontificat; ensuite, quittant son siège, il déposa son
anneau, sa tiare et son manteau, alla revêtir les habits
de son ordre et vint s'asseoir sur un tabouret. Devant
ce spectacle, tous les cardinaux se mirent à pleurer,
« bien que plusieurs d'entre eux éprouvassent plus de
joie que de tristesse » ( Vita C, c. xxxiv; Barth. Cotton,
Hist. anglic, éd. M. G. H., SS., xxviii, 611-12).
Chacon (ii, 274) et Baronius (Annales eccles., xxii,
p. 145, n. 20) donnent un texte de cette renonciation
sans en indiquer la provenance (cf. A. S., mai, iv,
524 A-B).
Cette décision si insolite, jointe aux circonstances
dans lesquelles elle eut lieu, fut, comme bien l'on
pense, abondamment commentée. Si les autorités se
rallièrent sans peine au nouveau pape, la passion popu-
laire s'en mêla rapidement. Dépit du parti angevin et
des chasseurs de bénéfices voyant disparaître leurs
proies, désespoir des Spirituels et des Ermites célestins
voyant s'effondrer leur unique appui en haut lieu,
admiration pour un tel exemple de détachement des
dignités de ce monde, satisfaction parmi les partisans
de l'ancien ordre de choses. A mesure que le nouveau
pape Boniface VIII gouverna de façon plus person-
nelle et se fit plus d'ennemis, ces discussions prirent un
caractère plus polémique : pour pouvoir atteindre la
légitimité du nouveau pape, on mit en doute la vali-
dité de l'abdication de Célestin. Le rôle joué par
Benoît Gaetani dans les rétroactes de cette abdication
fut élargi, noirci et finalement travesti. Issue du do-
maine de l'actualité polémique, la question bifurqua
bientôt, d'une part vers la spéculation canonique,
de l'autre vers le thème littéraire.
Du point de vue canonique, les principaux textes à
retenir sont : la Pierre Olivi, traité De renunciatione
papae (question xiii du traité De perfectione evangelica
(date probable, printemps 1295, au plus tard 1297), éd.
P. L. Ofiger, Arc^i. franc, hist., xi, 1918, p. 340-66;
commentaire dans Seppelt, Studien, 23-37); Ib Pierre
Olivi, lettre du 14 sept. 1295, en réponse aux objec-
tions formulées par Conrad d'Offida du groupe des
Spirituels franciscains : défend la validité de l'abdica-
tion (éd. P. L. Oliger, Arch. franc, hist., xi, 1918,
p. 366-73, et Jeiler, Hist. Jahrb., m, 1882, p. 652-59);
— • 2. Godefroid de Fontaines, Quodl. XII, quest. iv :
Université de Paris, 1295; sans mentionner Célestin,
admet la validité d'une abdication dans des cir-
constances semblables (éd. J. Hofîmans, Coll. Les
philosophes belges, v, 1932, p. 95-99); — 3. Pierre
d'Auvergne, Quodl. I, quest. xv : Université de Paris,
1296 : pour la validité (inédit, mais analysé par
J. Leclercq, Rev. hist. de l'Égl. de France, xxv, 1939,
p. 186-88); — 4. Consultation demandée par Colonna
à l'Université de Paris, début 1297 : contre la vali-
dité; texte perdu (cf. Chartul. Univ. Paris., éd.
Denifle-Chatelain, ii, 1, 1881. p. 77, n. 604); —
95
CÉLESTIN V
96
5. Triple manifeste des Coloiiiia, 10 mai-12 juin 1297 :
contre (éd. Denifle. Arch. ftir Lit.-und Kirchengesch.
des M. A., V. 509 sq.; L. Moehler, Die Kardinàlc
Jakob und Petnis CoUmna, 1914, p. 251-77); les douze
motifs du manifeste du 1 0 niai ont servi de base à toute
la polémique ultérieure des légistes français; — 6. Dé-
claration du cardinal Nonancour, au nom du Sacré-
Collège, juin. 1297, pour démentir les allégations du
manifeste précédent (éd. Denifle, ibid., 524-29); —
7. Gilles de Rome (Colonna), De remmciatione papae,
1297 (discussion de la date : Finke, 72) : pour la vali-
dité (éd. Roccaberti, Bibl. max. pont, ii, Rome,
1695, p. 1-64); — 8. .\vec l'insertion d'un chapitre
sur cette question dans le livre Sexte des Décrétales
(L. I, tit. VII, c. 1, Quoniam) en 1298, la question
passa sur le plan général du droit canon et du De
Ecoles ia.
Du point de vue littéraire, sans parler des auteurs
de spiritualité (p. ex. Ubertin de Casale, Arbor vilae
cruciflxae Jesu, 1. V, ch. viii, achevé en 1305; cf.
Callaey, Rev. hisl. eccl., xi, 1910, p. 713 sq.), les
deux auteurs principaux à retenir sont Pétrarque et
Dante. Dans son De Vita solitaria, lib. II, tract. III,
c. xviii, Pétrarque n'hésite pas à placer Célestin plus
haut que les apôtres et beaucoup de saints (cf. C. Lu-
dovisi, Giudizio di Francesco Petrarca sulla renuncia di
Celestino V, Boll. délia Soc. di stor. pairia A. L. An-
tinori nelle Abruzzi, vi, 1894, p. 89-91). — Quant à
l'Alighieri, on sait que ses deux vers célèbres :
Vidi e conobbi l'ombra di colui
Che fece per uiltate il gran rifiulo
(Inferno, m, 59-61)
furent parmi ceux qui exercèrent le plus la sagacité des
dantologues. Déjà Benvenuto de Imola (Muratori,
Antiq. liai., i, 1038-39) y voyait une allusion à
Célestin V. Cette interprétation peut être considérée
comme classique, bien qu'elle n'ait jamais rallié l'una-
nimité des critiques.
Maintenant que la question de droit est tranchée et
que les passions se sont éteintes depuis longtemps,
l'historien impartial n'aura pas de peine à souscrire au
jugement de Casti (Celestino V..., 203) : « L'abdication
de Célestin V ne fut ni une lâcheté, ni un acte
d'héroïsme; ce fut le simple accomplissement du strict
devoir qui incombe à quiconque a assumé un olTice
disproportionné à ses propres forces. Le devoir moral
de rester à son poste ne pouvait obliger à rencontre de
l'intérêt plus impérieux du bien commun. »
III. Après le pontificat. — En renonçant à être
Célestin V, Pierre de Morrone n'avait qu'un désir :
redevenir l'ermite d'autrefois. Il alla donc trouver le
nouveau pape Boniface VIII, l'ancien Benoît Gaetani,
élu le 24 déc, et lui déclara son intention de regagner
ses chères montagnes. Boniface VIII connaissait assez
la droiture et la simplicité de Pierre pour ne pas se mé-
fier de lui. Mais il se méfiait des autres. Il craignait
que quelque faction cardinalice ou politique ne se ser-
vît un jour de l'ancien pape comme d'un instrument de
rébellion ou de schisme. 11 lit donc répondre à Pierre
qu'il préférait l'emmener auprès de lui en Campanie.
Ainsi pensait-il pouvoir mieux prévenir toute cabale
éventuelle. Pierre accueillit cette décision de fort mau-
vaise grâce, persuadé que l'unique motif qui lui eût
permis en conscience de prendre sa décision était
qu'elle lui permettrait de reprendre sa vie d'autrefois;
il se considérait comme tenu dé la reprendre, fût-ce
contre le gré du pape. Il feignit d'abord d'obtempérer
à l'injonction reçue : sous la conduite de l'abbé du
Mont-Cassin, il lit route vers la Campanie. Arrivé au
pied du Mont-Cassin, à San Germano, grâce sans doute
à la complicité de son cicérone, Pierre emprunta un
cheval et prit la fuite. Il fut accueilli en triomphe à
Sulmona et se retira dans son ancienne cellule du
Morrone.
Alerté, Boniface VIII envoya son camérier et l'abbé
du Mont-Cassin à la recherche du fugitif. Ils le trou-
vèrent dans son ermitage. Pierre Célestin les supplia
de l'y laisser, leur promettant d'achever sa vie dans la
solitude avec ses confrères, sans parler à âme qui vive.
Ils se laissèrent fléchir et lui permirent de rester, en
attendant que le pape, mis au courant, eût statué sur
son sort. Sur le chemin du retour, ils croisèrent un
nouveau messager pontifical envoyé en toute hâte
avec ordre de ramener le fugitif de gré ou de force.
Tous alors tournèrent bride vers Sulmona; mais les
moines du Morrone, prévenus de leui arrivée, avaient
caché le vieil ermite. Il resta introuvable. Plutôt que
de dénoncer la cachette, les deux frères découverts
dans la cellule préférèrent se laisser emmener comme
otages par le camérier. Au bout de deux mois, lassé de
devoir se cacher à tous les regards, Pierre décida de
partir pour une région où il ne serait pas connu. Ayant
revêtu un déguisement et escorté d'un seul compa-
gnon, il gagna une forêt située à quatre journées de
distance. Mais il fut reconnu tout le long du chemin.
Et la nouvelle ne tarda pas à s'ébruiter. Pierre passa le
Carême dans cette forêt. Le dimanche des Rameaux,
l'abbé de Corata vint avec une escorte de moines pour
le chercher; mais ils ne le trouvèrent pas.
Cet incident décida Pierre Célestin à quitter la
région pour toujours et à chercher la paix de l'autre
côté de l'Adriatique. Sans doute désirait-il rejoindre
un groupe de Spirituels qui, à la nouvelle de l'abdica-
tion de leur protecteur, avaient jugé prudent de
mettre la mer entre eux et leurs anciens ennemis et
s'étaient installés dans une île de la côte d'Achaïe
(cf. Ehrle, Archiv fiir Lit.-und Kirchengesch., i, 519).
Durant cinq semaines, l'état de la mer empêcha tout
départ. Enfin la barque où il avait pris place put appa-
reiller, mais fut prise le lendemain dans une tempête
et échoua près de Viesti. Le capitaine de cette ville,
prévenu, mit le fugitif en état d'arrestation et fit
avertir le pape et le roi qui étaient alors à Rome.
Aussitôt une escorte de chevaliers conduite par le
patriarche de Jérusalem fut dépêchée à Viesti pour
ramener l'ermite fugitif avec les honneurs dus à son
rang. Conduit devant le pape à Anagni, le fugitif fut
soumis à un interrogatoire sévère et à une claustration
rigoureuse.
Malgré les avis opposés de plusieurs cardinaux, le
pape lui assigna comme résidence forcée le château-
fort de Fumone, nid d'aigle inaccessible dominant la
vallée du Sacco sur un pic isolé. A partir de juin 1295,
Pierre Célestin y fut séquestré dans le donjon carré
central, sous la garde de six chevaliers et de trente
hommes d'armes. Il y vécut totalement séparé du
monde, avec deux seuls compagnons de son ordre, sou-
mis eux-mêmes à l'isolement le plus complet. A plu-
sieurs reprises, ces compagnons tombèrent malades et
durent être remplacés; mais Célestin, âgé alors de
86 ans, ne se plaignit jamais de cette séquestration
forcée qui dura onze mois (Vita C, c. xlv). Le jour de
la Pentecôte 1296, il sentit une douleur au côté. Le
médecin appelé à son chevet déclara le mal sans
remède. Le samedi suivant, 19 mai 1296, Célestin V
mourut en chantant des psaumes.
IV. Canonisation. — Apprenant la mort de celui
qu'il considérait, malgré son âge, comme un rival pos-
sible, Boniface VIII fut saisi d'un sentiment de déli-
vrance. Plus tard, une légende, inspirée peut-être par
une phrase ambiguë du Mémoire des cardinaux Co-
lonna, mit en doute le caractère naturel de cette mort
et fit planer des soupçons sur le pape geôlier. L'histoire
en a démontré l'inconsistance.
Le 21 mai 1296, les restes du saint furent ensevelis
97
CÉLESTIN V
98
en l'église du monastère S. -Antoine de Ferentino, dans
un caveau creusé, sur l'ordre exprès du pape, à dix
coudées de profondeur près du maître autel. La Vita C,
c. xLvii, donne par erreur la date du 19 mai, qui est
celle de sa mort. De nombreux miracles rendirent cette
tombe bien vite célèbre (cf. A. S., mai,iv,528D-530F).
Dès les premiers mois qui suivirent sa mort, le car-
dinal Thomas de Ste-Cécile, son confrère en religion
qui avait présidé à ses funérailles, fit instituer par les
Célestins une enquête privée sur la vie du saint et sa
vertu de thaumaturge. C'est sans doute à cette occa-
sion que furent composées les premières biographies
du saint et peut-être aussi l'Autobiographie.
Avec la mort de Boniface VIII et l'avènement de
son successeur Benoît XI, la cause de Célestin V vit
croître ses chances. Mais une mort rapide du nouveau
pape l'empêcha de mettre ses desseins à exécution.
Clément V, qui vint après lui, chargea l'archevêque de
Naples, Jacques de Viterbe, et l'évêque Frédéric de
Sulmona d'entreprendre ofTiciellement l'examen de la
cause du saint. Ils entrent en fonctions le 13 mai 1306,
à Naples d'abord puis en d'autres lieux (liste des lieux
et des dates dans A. S., mai, iv, 531 C). Il y eut en tout
324 dépositions (Uste dans Marino, 1. IV, p. 496-97;
énumération des principaux témoins, A. S., mai, iv,
531 C-D). Un procès-verbal partiel de ces dépositions,
d'après un codex de Sulmona, fut édité par Seppelt,
Monumenta, p. l-lxiv, 211-334; un autre par G. Pan-
sa, Rivista Abruzzeae, ix, 391-98. Le dossier une fois
formé fut remis pour étude préliminaire à une com-
mission de quatre cardinaux. Pour les phases de la
procédure suivie, décrites avec nombreux détails par
Stefaneschi, voir M. Labande, Bibl. de l'École des
Charles, liv, 61-67 et Ehrle, Arch. fiir Lit.-und Kir-
chengesch. des M. A., v, 574-81.
Au cours d'un consistoire tenu par Clément V, le
pape approuva plusieurs miracles et institua une nou-
velle commission de huit cardinaux. Au concile de
Vienne, un nouvel examen du dossier fut imposé à
huit prélats et achevé avant la clôture du concile
(6 mai 1312). Enfin, après un nouveau délai d'un an, le
pape réunit un consistoire secret et soumit un choix de
miracles à l'avis des cardinaux. Le procès-verbal de ce
consistoire fut publié dans Anal. Boll., xvi, 1897,
p. 389-92, 475-87.
Le résultat ayant été jugé satisfaisant, il y eut, le
2 mai 1313, un consistoire public et, le 5 mai, Pierre
Célestin fut canonisé (bulle de canonisation, B. H.L.,
6745; éd. A. S., mai, iv, 433-35). Le 11 juiU. 1668,
Clément IX étendit sa fête à l'Église universelle.
Les restes du saint connurent une histoire non moins
mouvementée. Peu après le début du procès en 1306,
ils furent exhumés et placés en une sépulture plus dé-
cente. Au début de 1327, une guerre ayant éclaté entre
Anagni et Ferentino, les habitants de cette dernière
ville, désireux de mettre les précieuses reliques à l'abri,
se présentèrent en armes au monastère S. -Antoine, où
ils les jugeaient trop exposées, et les transportèrent
inlra muras à l'église Ste-Agathe. Le prieur de S. -An-
toine alerta ses supérieurs célestins, qui recoururent à
une manœuvre plus audacieuse que respectueuse : le
15 févr. , un groupe de moines, venus prier sur son tom-
beau, fracturèrent le cercueil à la faveur de la nuit,
cachèrent les os dans un matelas qu'ils transportèrent
en toute hâte à Ste-Marie de Collemaggio, où ils
reposent depuis lors (voir le récit de cette « transla-
tion « des restes du saint, de Campanie à Aquila, dans
A. S., mai, iv, 435-37 et dans Galli, 187-88).
I. Œuvres. — L'authenticité célestinienne de deux
œuvres est discutée : 1° L.' Autobiographie, édit. A. S.,
mai, IV, 421-26; Bibl. max. Patrum, éd. Lyon, xxv, 1677,
765-69; C. Telera, S. Pétri Caelestini PP. V opuscula omiiia,
Naples, 1640, xlix-lxvii. — Smte de récits merveilleux,
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
limités aux années d'enfance et au début de sa vie reli-
gieuse; rédigés (sauf deux exceptions) à la troisième
personne en un latin très simple et parfois incorrect; elle
se termine ex abrupto.
Authenticité : habituellement niée par la critique contem-
poraine (Anal. Boll., 1897, p. 368; Seppelt, Monum.,
p. xiii-LXiv; Hollnsteiner, p. S4). L'auteur serait alors un
de ses compagnons de vie érémitique, qui aurait mis par
écrit, non sans les enjoliver, des histoires sur son passé,
apprises de sa bouche. Celidonio, Nuove critiche celestine,
p. 3 sq. et Brève risposta, p. 3 sq., a mené une polémique
très vive avec les BoUandistes, en faveur d'une authen-
ticité partielle. Ses arguments furent annihilés dans Anal.
Boll., xviii, 1899, p. 34 sq. et xx, 1901, p. 351, dont l'ar-
ticle conclut : « l'authenticité de l'Autobiographie est à
prendre en bloc ou à laisser de même ».
Date : Un point de repère certain : le deuxième fragment
biographique de la Vita C (c. ix, p. 399) en fait mention
explicite. Par conséquent : au plus tard 1306, probablement
avant 1300. Peut-on remonter jusqu'à l'époque même de
la vie du saint? Baethgen, p. 268, préfère laisser la question
ouverte, tout en signalant l'absence de toute allusion à
l'élévation de Pierre de Morrone au souverain pontificat.
Explique qui pourra cette lacune, de même que la finale
ex abrupto.
Quoi qu'il en soit, de tous les arguments élevés contre
l'authenticité, aucun jusqu'ici ne s'est révélé bien solide.
Ceux des BoUandistes, portant avant tout sur le degré de
formation intellectuelle de Célestin, ont été victorieusement
réfutés par Hollnsteiner et Seppelt. Ces deux auteurs ont
cru pouvoir s'appuyer sur un argument de critique docu-
mentaire : en fait, Seppelt a réussi à prouver que seule
la rédaction définitive de l'Opus metricum de Stefaneschi
(achevé en 1319) dépend de l'Autobiographie; lors de sa
première rédaction, en 1295, il n'en eut pas connaissance
(cf. Monumenta, p. xxxvni-XL). Conclure de là à la non-
existence de l'Autobiographie à cette dernière date serait
un latius hos.
Il n'est donc nullement exclu que l'histoire ne finisse
par revenir à la donnée traditionnelle consignée comme
titre aux ms. conservés : Tractatus de vita sua quam ipse
propria manu scripsit et in cella sua reliquit (Anal. Boll.,
XVI, 1897, p. 365).
2" Les Opuscula (édit. Bibl. maxima Patrum, Lyon, 1677,
XXV, 769-867 ; — analyse critique : art. de Carbone, dans
Celestino V..., 321-71). Contenu : Opusc. 1-6 : Chrestoma-
thie scripturaire et patristique, devant sans doute servir
à l'auteur lui-même de vade-mecum de pastorale; classe-
ment idéologique : de virtutibus; de viliis et peccatis; de vita
hominis; de exemplis ac similibus moralibus; de sententiis
Patrum eremitarum; de miraculis Beatae Mariae Virginis.
— Opusc. 7-11 formant la Summa Celestiniana : Résumé des
principaux points de morale et de droit canon : de censuris;
de sacramentis Ecclesiae; de decem praeceptis decalogi; de
praeceptis Ecclesiae; de legibus; six formulaires épistolaires,
deux formules de dimissoriales et douze formules de saluta-
tions épistolaires; enfin, vingt prières.
Cet ensemble était contenu dans deux codices conservés
au monastère de S. Maria di Collemaggio à Aquila, où ils
étaient exposés, trois fois par an, à la vénération du public,
avec les autres reliques du saint. Le P. C. Telera en fit,
en 1638, une coUation authentiquée et certifiée conforme
par acte notarié (Bibl. maxima Patrum, toc. cit., 756-57).
Si le saint fut pour quelque chose dans la production de
ces opuscules, il y déploya surtout un travail de copiste et
d'abréviateur. Peut-être une comparaison des parties ori-
ginales avec l'Autobiographie conduirait-elle à des conclu-
sions intéressantes?
II. Sources. — Les principaux documents contempo-
rains à retenir sont les suivants :
1° L,' Autobiographie (v. supra). Même si elle n'est pas
l'œuvre du saint, elle reste le plus ancien document se
rapportant à sa vie. La nature spéciale de ces récits et leur
caractère personnel ne facilitent guère la critique de véra-
cité.
2° La biographie du saint par ses premiers disciples. Il en
existe trois éditions, indexées par les BoUandistes : Vita A :
texte : Anal. Boll., ix, 1890, p. 147-200; Vita B, ibid., x,
1891, p. 385-392; Vita C, ibid., xvi, 1897, p. 393-458. Cette
dernière est la plus précieuse et la plus primitive; elle
renferme seule plusieurs détails pouvant servir à la critique
d'authenticité; elle fait corps dans le ms. Vatic, Arm. XII,
cas. I, n. 1 avec l'Autobiographie. Elle est constituée par la
H. — xn. — 4 —
99
CÉLESTIN V
100
juxtaposition de deux fragments distincts : a) c. i-viii :
une description édifiante d'une « journée » de l'ermite du
Morrone, de continua conversatione ejus : comment il parta-
geait son temps entre l'oraison et la mortification; — b)
c. ix-fm : un récit de la vie de S. P. Célestin, depuis environ
1273, et un florilège des événements merveilleux arrivés de
son vivant et après sa mort.
Sur l'interdépendance des trois recensions, voir Anal.
Boll., XVI, 1897, p. 371 sq. et xviii, 1899, p. 38-42; les objec-
tions de Celidonio, Nuove critiche celesline, p. 29, ne semblent
pas pertinentes. Les Vitae ^ et B n'offrent entre elles aucune
différence notable pour la biographie du saint.
Auteurs probables : a) c. i-viii : Barthélémy de ïrasacco,
célestin et compagnon du saint durant sa vie solitaire;
162" témoin au procès de canonisation; Seppelt, Monu-
menta, p. 328-334. — b) c. ix-fin : Thomas de Sulmona,
prieur du monastère de Sulmona et 171» témoin au procès
de canonisation.
Circonstances et date de composition : Après la mort
du saint, siu- le désir exprimé par leur confrère, le cardinal
Thomas de Ste-Cécile, les Célestins instituèrent une enquête
privée sur sa vertu de thaumaturge. Le premier fragment et
sans doute aussi une première rédaction du second se
placent donc entre la mort de C. V et celle du cardinal
susdit (entre 1296 et 1300). L'argument mis en avant par la
critique contemporaine (p. ex. Anal. Boll., xvi, 1897, p. 377-
378), s'appuyant sur les expressions très malsonnantes à
l'égard de Boniface VIII pour retarder la composition de
cette Vie après la mort de ce pape (1303), n'est pas convain-
cant. Sans doute, ce « réquisitoire n'aurait pu manquer
d'irriter Boniface VIII, s'il fût venu à sa connaissance ».
Sans doute encore, cette Vie était destinée à une diffusion
rapide. Mais à une diffusion dans un milieu où l'hostilité
envers le pape geôlier de leur fondateur devait être vive
et qui avait donc tout intérêt à ne rien laisser transpirer
de cette composition. En tout cas, le second fragment
fut retouché, avec addition des derniers miracles datés,
entre 1303 et 1306, début du procès de canonisation.
3° L,'Opus metricum du cardinal .Jacques Gaietani Ste-
faneschi : éd. A. S., mai, iv, 436-483; F.-X. Seppelt, Mon.
Coelestiniana (Quellen and Forxchungen ans dem Gebiet
der Geschichte hrsg. v. d. Gôrresgesellschaft, xrx, 1921),
p. xxix-XLV, 3-146; critique de cette dernière édition,
R. Morghen, Bull. deW Ist. stor. ital., xlvi, 1931. — V. sur
l'auteur : I. Hôsl, Kardinal Jacobus Gaietani Stefaneschi
(Hist. Studien, 61), Berlin, 1908.
L'intention première de l'auteur était de donner une
description poétique d'un couronnement pontifical (éd. cit.,
p. 84). Ce projet, et peut-être déjà un début d'exécution
(l'o partie, livre I?), remonte donc avant l'élection de
Pierre de Morrone. La personnalité unique de ce pape et
les événements extraordinaires gui suivirent incitèrent
Stefaneschi à élargir successivement le cadre de son
œuvre.
L'ensemble défmitif comprend trois parties : 1. Histoire
de l'interrègne et du pontificat de Célestin V jusqu'à sa
renonciation; — 2. Élection et couronnement de Boni-
face VIII; — 3. Miracles et canonisation de Célestin V.
Les détails consacrés à la jeunesse du saint furent emprun-
tés à l'Autobiographie et se trouvent intercalés dans la
première partie (sauf dans la recension la plus ancienne).
D'après Anal. Boll., xvi, 1897, p. 368, ils firent partie de
la première rédaction; d'après Seppelt, éd. cit., xxxix-xl,
ils servirent à l'auteur pour sa retouche définitive; d'après
Hôsl, op. cit., 55, il s'agirait d'une addition postérieure à
1319, faite par une main étrangère.
Date : a) première partie, certainement achevée entre le
couronnement de Boniface VIII et la promotion de l'auteur
au cardinalat (23 janv. et 17 déc. 1295); cf. éd. Seppelt,
p. 10, xxxvi; — b) deuxième partie : après 1297, probable-
ment vers 1300; cf. ibid., p. xxxvii, xxxix; — c) troisième
partie et texte retouché de l'ensemble, après la canonisa-
tion du saint; envoyé en 1319 au prieur du monastère de
Sulmona; cf. Seppelt, ibid.
L'auteur a été témoin des événements qu'il raconte,
depuis le conclave; il fit partie du procès de canonisation.
Son œuvre compte en tout 2879 hexamètres, rédigés en
une langue malhabile tenant plus du rébus que de la
poésie; pour la rendre intelligible, l'auteur y a ajouté lui-
même de nombreuses gloses interlinéaires. Même ainsi,
la traduction en est des plus ardues.
4» Les documents concernant le procès de canonisation
(voir supra, col. 79-8).
III. RÉPERTOIRES. — A. s., mai, iv, 419-536. — Anal.
Boll., IX, 1890, p. 147-200; x, 1891, p. 386-392; xii, 1893,
p. 481; XIV, 1895, p. 223; xv, 1896, p. 101-102; xvi, 1897,
p. 365-487 (très important); xviii, 1899, p. 34-42. —
B. H. L., p. 979 sq., n. 6733-757. —'Chevalier, B. B., 830-32.
— Duchesne, Lib. pontif., ii, 467. — Potthast, Reg., ii,
1915-22. — Raynaldi, Annales eccl., iv, 1294-95.
IV. Travaux. — Innumera paene sunt quae de gestis
eius scripserunt tum discipuli et aequales, tum suppares,
1 lum recentiores (Martgrol. Boman., éd. A. S., Propyl. ad
I Act. dec, 196). — Diverses bibliographies célestiniennes
; ont été dressées au cours de l'histoire. Signalons les notices
de la Bibliotheca pontificia, Lyon, 1543, p. 42 sq. — ■ Une
hste ms. composée en 1721 par Matteo Vecchi, conservée à
la Bibl. Nat. de Naples, contient 84 titres (cf. B. Cantera,
Cenni storici-biografici risguardanti S. Pier Celestino,
Naples, 1892, p. 113 sq.). La sélection bibliographique de
I. Ludovisi, Giudizio comparativo délie migliori biografie di
Pier Celestino scritte dal secolo XIII al XIX, dans l'ouvrage
collectif jubilaire : Celestino V ed il VI centenario délia sua
incoronazione, Aquila, 1894, p. 1-32, est très utile.
Nous nous bornons à signaler, parmi les ouvrages anciens :
Pierre d'Ailly, De vita et gestis sancti Pétri confessoris,
quondcun pape Celestini V fundatoris ordinis celestinorum,
écrit vers 1408, 1" édit., Paris, Estienne, 1535; édité de
nouveau par Surius, De probatis sanctorum vitis, m, 337-
355, Cologne, 1572; par les A. S., mai, iv, 484-98, et par
Seppelt, Monum. Coelest., xlv-xxvii, 149-82. En 1.539,
il y en eut une édition modifiée par D. Faber (Lefèvre),
Vita Pétri Caelestini, Pontiftcis maximi, conscripta primum
a Petro ab Aliaco, postretno autem locupletata et limatiori
stylo donata. — Mafleo Vegio, De vita et obitu Celestini V,
écrit en 1445, édit. Seppelt, A/o/inm. Coelest., xlvu-l,
183-208. — Lelio Marino, Vita et miracoli di San Pietro
! del Murrone già Celestino papa V, autore délia Congrega-
] zione de monaci Celestini dell' Ordine di San Benedetto,
écrit vers 1519, imprimé à Milan, 1630; édit. A. S., mai, iv,
! 498-.536. — Ce sont les seuls qui méritent mention. Le reste
n'est que plagiat assaisonné de littérature et a été dépassé
depuis les recherches et publications entreprises à l'occa-
sion du VI"" centenaire de la mort de Célestin.
Parmi les travaux parus depuis 1890, les principaux
sont : J. Ascough, S. Celestino, Londres, 1909. — L.-V. Auro,
Da Celestino V a Bonifatio VIII, Hicerche religiose, ix,
1933, 424-45. — P. Barbaini, Celestino V, anacoreta e papa.
Milan, 1936. — F. Baethgen, Beitràge zur Geschichte Côles-
tins V. {Schriften der Kônigsberger Gelehrten Gesellsch., x,
fasc. 4), Halle, 1934; Id., Der Engelpapst, même collec-
tion. — Buonocuore, Celestino V, Naples, 1924. — P. -M.
Baumgarten, Miscellanea diplomatica, Rômische Quartal-
schrift, xxvii, 1913, IP partie, p. 85*-94*. — Barcellini,
Industrie filologiche per dore risalto aile virtu <lel scuitissimo
pontifice Celestino V, Milan, 1901. — P.-M. Baumgarten,
/; reqesto di Celestino V, extr. de VAbruzzo cattolico, 4' an-
née, Chieti, 1896; Id., Die Cardinalsernennungen Colestins V.
I im Sept, und Okt. 1294, dans Festschrift zum elfhunderljàh-
rigen Juhilaeum des deutschen Campo Santo in Rom,
Fribourg, 1897, p. 165 sq. — C. Cali, Per la biografia di
Celestino V, Boll. d. Soc. di storia patria A. L. Antinori
negli Abruzzi, vi, 1894, p. 99-107. — G. Celidonio, Vita di
S. Pietro del Morrone, Celestino papa Quinto scritta sui
documenti coeui, Sulmona, 1896; Id., La non autenticilà
degli Opuscula Celeslina, Sulmona, 1896; Id., Questioni
Celestine, Rassegna Abruzzese, i, 51-54; Id., Nuove critiche
Celestine, Casalbordino, 1898 (extr. de Ras.iegna Abruzzese,
Id., II, n. 4); Brève rispostaalle nuove osservazionidei chiarissi-
mi Bollandistisopraalcunipassi délia Vita di PP. Celestino V,
Casalbordino, 1900 (extr. de Rassegna Abruzzese, m, 1899,
n. 9), p. 232-247. — Celestino V ed il sesto centenario délia sua
incoronazione, Aquila, 1894 : ensemble de quinze mono-
graphies de grande valeur publiées à l'occasion du VP cent,
de la canonisation du saint. Plusieurs existent aussi en
tirés à part. En voici les titres : n. 8, C. Borromeo, Avignone
e la politica di Filippo il Bello nella canonizzazione di
Pietro da Morrone, Modène, 1894, p. 267-301 ; n. 5, E. Casti,
L' Aquila degli Abruzzi ed il pontiftcato di Celestino V,
Aquila, 1894, p. 125-209; n. 6, A. Roviglio, La rinuncia di
Celestino V, Vérone, 1894, p. 209-49; n. 4, C. Pietropaoli, //
conclave di Perugia e l'elezione di Pier Celestino, Aquila,
1894, p. 97-124; n. 12, A. de Angeli, Jacopo Stefaneschi
e il suo Opus metricum, p. 381-417; n. 10, C. Carbone, Gli
opuscoli del Celestino V, saggio critico, p. 321-71 ; n. 1,
I. Ludovisi, Giudiiio comparativo délie migliori biografie di
101
CÉLESTIN V
— CÉLESTINS
102
Pier Celestino scritte dal s. XIII al XIX, 1-33; n. 2, N. Jorio,
Il contado di Molise nel s. XIII ed i primi anni di vita di
Pietro d'Isernia, 33-87; n. 3, A. Cortelli, Pietro d'Isernia
negli eremi del Morrone e délia Majella, 87-97; n. 7, F. Visca,
Lostorico castello di Fumone e gli ultimi giorni di Celestino V,
249-67; n. 9, G. Vittori, Cenni biograflci de' cardinali eletli
da Celestino V, 301-21; n. 11, G. Ettore, Sinopsi storica
delV Ordine di Celestino, 371-81; n. 13, V. Moscardi, //
culte degli Abruzzesi per S. Pier Celestino attraverso sei
secoli di storia, 417-75; n. 14, C. Cilleni Nepis, // tempio di
Collemaggio, 475-85; n. 15, I. Ludovisi, Celestino V nella
mente di Buccio di Ranallo, 465-511. — F. Garaballese, Una
bolla inedita e sconosciuta di Celestino V, Arch. stor. ital.,
série V, t. XVI, 1895, p. 161-176. — C. Carbone, L'auten-
ticità degli Opuscula Coelestina, Caserta, 1896. — C. Cali,
Per la biografla di Celestino V, Boll. délia Soc. di storia patria
A. L. Antinori negli Abruzzi, vi, 1894, p. 99-107. —
B. Gantera, Cenni storici-biografici risguardanti S. Pier
Celestino, Naples, 1892; Id., Nuovi documenti risguardanti
S. Pier Celestino, Naples, 1893. — G. Digard, Philippe le Bel
et le S.-Siège, Paris, 1936, p. 172-206. — H. Finke, Aus den
Tagen Bonifaz VIII., Vorreformationsgeschichtliche For-
schungen, ii, p. 24-76. — P. Fedele, Bassegna délie publica-
zioni sa Bonifazio VIII e sull' età sua degli anni 1914-21,
Archiuio délia R. Soc. Romana di storia patria, xliv, 1921,
311-332. — D. Galli, S. Pier Celestino e la chiesa di S. Maria
dell' Assunzione in Collemaggio, Lanciano, 1933. — M. Gal-
luppi, La badia benedettina di S. Maria di Faifoli in terri-
torio di Montagano e S. Pietro del Morrone papa Celestino V,
Rome, 1929. — G.-B. Guarini, L'eremo di Celestino V, dans
G. -B. Guarini, Gli scritti, Potenza, 1924, i, 372-80. — A.
Graf, Il rifiuto di Celestino V, dans Miti, leggende e super-
stizioni del medio evo, Turin, 1893, ii, 226. — • G. Gansa,
Celestino V e i solitari del Monte Maiella, Rivista Abruzzese,
IX, 1894. — I. Hôsl, Kardinal Jacobus Gaietani Stefaneschi
{Hist. Studien, n. 61), Berlin, 1908. — J. Hollnsteiner,
Die « Autobiographie » Côlestin V., Rômische Quartalschrift
fiir christl. Altertumskunde, xxxi, 1923, p. 29-40. — .losa-
phet, Der Hl. Papst Coelestin V., Fulda, 1894. — J. Le-
clercq, La renonciation de Célestin V et l'opinion théolo-
gique en France du vivant de Boniface VIII, Rev. hist. Êgl.
de France, xv, 1939, 183-92. — J. Lanczy, Note sur le grand
refus et la canonisation de Célestin V, à propos de publica-
tions récentes. Annales internationales d'histoire. Congrès de
Paris 1900, 1" section, 69-84. — Ang. Mercati, Il decreto
e la lettera dei cardinali per l'elezione di Celestino V, Bull,
dell' Istituto storico italiano e Archivio Muratoriano, n. 48,
1932, p. 1-16. — R. Morghen, // cardinale Jacopo Gaetano
Stefaneschi e l'edizione del suo Opus metricum, même bulle-
tin, n. 46,1931, p. 1-39; Id., Il cardinale Matteo Rosso Orsini
e la politica pontificia del s. XIII, Archivio délia Soc. romana
di storia patria, xlvi, 1923, p. 314-29. — V. Moscardi, Ras-
segna critica di pubblicazioni storiche celestine uscite nel 1896,
Boll. délia Soc. di storia patria negli Abruzzi, ix, 1897,
p. 102-15; Id., La perdonanza concessa da Celestino papa V
alla chiesa di S. Maria di Collemaggio, Aquila, 1897. —
H. -K. Mann, Lives of the popes, xvii, 1288-94, et xviii,
1294-1304, Londres, 1931-.32. — G. Marchetti Longhi, //
cardinale Guglielmo de Longis di Bergamo, la sua famiglia e
la sua discendenza romana, in rapporta alla prigionia e
morte di papa S. Celestino V, Atti e memorie del seconda
congresso storico lombardo ( Bergamol8-20 maggio 1937),
Milan, 193^, p. 125-51. — L. Oliger, Pefri Jo/iannfs OliviDe
renunlialione papae Coelestini V, Quaestio et Epistola,
Arch. Franc. Hist., xi, 1918, 309-73. — F. Patek, V. Coe-
lestin pàapa vâlasztàsa (L'élection du pape Célestin V),
Budapest, 1922. — A. Piersantelli, Celestino V o Alfonso X
di Castiglia, Florence, 1912. — G. de Paulis, Vita di S. Pie-
tru Celestinu, Aquila, 1896. — G. Pansa, Celestino V e i
solitari del monte Maiella, extr. de la Rivista Abruzzese,
fasc. II, V, VI, VIII, Teramo, 1894. — A. Roviglio, La
rinuncia di Celestino V, saggio storico-critico, Padoue, 1893.
— H. Schulz, Peter von Murrhone, Diss., Berlin, 1894; Id.,
Peter von Murrhone als Papst Colestin V., Zeitschrift fiir
Kirchengeschichte, xvii, 1896, p. 363-97, 477-507. — L. Sel-
tenhammer, Papst Côlestin V. (Peter von Murrone), 56. Jah-
resbericht ûber die K. K. Staats-Realschule im III. Bezirke
2u Wien, Vienne, 1907. — F.-X. Seppelt, Studien zum Pon-
tiflkat Papst Coelestins V. (Abhandl. zur mittl. und neueren
Gesch., 27), Berlin, 1911 ; Id., Monumenta Coelestiniana.
Quellen zur Geschichte des Papsts Coelestins V., Paderbom,
1921.
Roger Mols.
CÉLESTIN DE MONT-DE-MARSAN,
capucin français (f 1650). Voir D. T. C, u, 2064.
9. CÉLESTIN DE SA INTE-LYDWINE,
carme déchaussé, missionnaire, de son nom de famille
Pierre Van Gool, naquit à La Haye en 1597, — et non
à Leyde en 1604, — et émit ses vœux le 12 juill. 1626.
Envoyé en 1632 à la mission de Syrie (Alep) pour y
apprendre les langues orientales, il fonda, en 1643, la
mission du Mont Liban et y érigea, en 1649, un collège
qui devait servir de collège préparatoire au Collège
maronite de Rome. En 1652, il devint professeur de
langues orientales au séminaire général des missions,
à Rome, où il entreprit la révision de la Bible arabe et
la traduction de la Docirina christiana en langue
turque (cf. Acta S. Congr. de Propag., a. 1673,
vol. XLiii.f. 314 v°). En 1675, envoyé à la mission du
Malabar, il mourut en cours de route, à Surate, le
22 juill. 1676. Parmi ses travaux, signalons : Relatio
de misxione Patrum Carmelitarum Discalcealorum ad
Sacrum Moniem Libanum, 1643-1659 (aux Archives
générales, ms. plut. 252, b.); sa traduction en arabe de
Thomas a Kempis, De imilalione Christi..., Rome,
1663 (eut 3 édit.) et d'une Vie de Ste Térèse; sa
traduction en latin de Plurimae parabolae ac sententiae
audorum principalium arabicorum, et du Liber Alco-
rani; traduction en arabe de sermons sur les évan-
giles, etc.; traduction arabe d'un traité égyptien du
s. sur les vertus, Pratum solitarii et consolatio ana-
chorelae; 68 lettres adressées de Tripoli et du Mont
Liban aux supérieurs (aux Archives générales, ms.
plut. 251, b et 252, c).
Eusebius ab Omnibus Sanctis, Enchiridion chronologi-
cum Carmelitarum Discalcealorum Congregationis Italicae,
Rome,'1737, p. 210. — Cosme de Villiers, Bibl. carmelitana,
1752 (éd. anast., Rome, 1927), i, 305. — A Chronicle of the
Carmélites in Persia and the Papal Mission of the XVIIth
and XVIIIth cent., Londres, 1939, ii, 828-29. — Ambrosius
a S. Teresia, Nomenclator Missionariorum ordinis Carme-
litarum Discalcealorum, Rome, 1944, p. 98-99.
Melchior de Sainte-Marie.
CÉLESTIN DE SOISSONS, franciscain
français, moraliste (xvii'' s.). Voir D. T. C, ii, 2064.
CELESTIN A, vierge martyre, 6 avr. L'n marty-
rologe de Notre-Dame d'Utrecht parle de Ste Célestine
et ses 800 compagnes. Ces dernières, dans certaines
listes, passent à 80, chez Canisius à 8. La sainte n'est
pas connue par ailleurs.
A. S., avr., i, 536.
R. Van Doren.
CÉLESTINS. L'ordre des Célestins fut fondé
par S. Pierre de Murrone qui devint pape sous le nom
de Célestin V. Né vers 1210, Pierre fit profession ;i
l'abbaye bénédictine de Ste-Marie de Faifoli. Ne pou-
vant y mener la vie solitaire telle qu'il la rêvait, il
quitta ce monastère et s'établit dans un ermitage sur
le sommet du Monte Murrone (1235-38), puis sur le
Mont Majella (1240-43). Des disciples vinrent de plus
en plus nombreux l'écouter et partager sa vie. Le saint
établit alors des monastères à Isernia, à Sulmona, à
Majella et en d'autres endroits. Ainsi naquit une
congrégation nouvelle qui avait pour base de son
observance la règle de S. Benoît, mais dont l'esprit
s'inspirait beaucoup de l'idéal des Camaldules et des
Franciscains. Elle fut approuvée par Urbain IV en
1264 et de nouveau par Grégoire X en 1274. Elle avait
pour centre l'abbaye du Saint-Esprit de INIurrone
(Sulmona), seule abbaye de l'ordre, les autres maisons
n'étant que des prieurés.
A l'avènement de son fondateur au souverain ponti-
ficat (1294), l'ordre était déjà fort répandu en Italie et
particulièrement dans le royaume de Naples, où les
103
CÉLESTINS — CELESTIUS
104
souverains de la maison d'Anjou le protégeaient puis-
samment. Durant les six mois de son règne, le pape
Célestin favorisa et combla de privilèges l'ordre qu'il
avait fondé. Au début du xv^ s., les Célestins comp-
taient une centaine de maisons.
Nulle part l'ordre n'eut plus de popularité et d'in-
fluence qu'en France. Philippe le Bel, que ses démêlés
avec Boniface VIII portaient à admirer son prédéces-
seur, accorda à la famille religieuse du saint un inté-
rêt marqué. Il fit venir dans son royaume les premiers
Célestins, dès 1300, et dota richement leur premier mo-
nastère situé à Ambert, dans la forêt d'Orléans. Il
leur confia encore celui de S.-Crépin à Soissons.
Charles V se montra également le grand promoteur
des Célestins. Il les établit à Paris. Cette maison fut,
pendant tout son règne, son monastère de prédilection
et devint comme la maison-mère de tous les prieurés
de France. C'est parmi ses i-eligieux qu'il aimait à
choisir ses conseillers. Charles VI, à son tour, témoi-
gna aux Célestins la même bienveillance.
La fondation de Notre-Dame de l'Annonciation à
Paris, devenue la nécropole de la famille d'Orléans,
marque les débuts de la prospérité de l'ordre en
France. Les fondations se succèdent, objets des fa-
veurs particulières des rois et des grands, notamment
de Charles VI, Charles VII, de Louis d'Orléans et de
Philippe de Mézières. Amédée VII de Savoie intro-
duisit les Célestins à Lyon.
Les papes d'Avignon ne furent pas moins favorables
aux Célestins. C'est à cette époque que ces religieux
jouirent de la plus grande prospérité. Ils comptaient
96 maisons en Italie et 21 en France. Parmi celles-ci,
citons Notre-Dame à Sens, Notre-Dame à Metz,
S. -Antoine d'Amiens, la Trinité du Marcoussis, la
Bonne-Nouvelle à Lyon, S.-Pierre-Célestin à Avignon,
Notre-Dame à Rouen. Les xiv^ et xv s. constituent
une époque de grande ferveur au sein de ces maisons
françaises au point de communiquer aux monastères
italiens eux-mêmes le bienfait d'une réforme dont ils
avaient besoin.
Les Célestins de France obtinrent du pape d'Avi-
gnon, Clément VII, de se constituer en province indé-
pendante. Jusque-là, ils avaient été gouvernés par un
vicaire ou délégué du supérieur général, l'abbé de
Murrone, qui avait le droit de visite sur toutes les
maisons de l'Ordre. Désormais la province de France
jouit d'une véritable autonomie. Elle eut son prieur
provincial, son chapitre provincial particulier, chargé
de faire la visite des monastères. La province de
France fit quelques fondations à l'étranger qui
n'eurent pas grand succès en général. Telles furent les
maisons de Surrey en Angleterre, de Barcelone en
Espagne, du Mont-Paraclet en Bohême, d'Héverlé en
Belgique. En Italie, elle posséda trois monastères
(Collemaggio, S.-Eusèbe à Rome et S. -Benoît à Nur-
sie), qu'elle abandonna à cause des conflits incessants
qui en résultèrent.
Au xvi'= s., le protestantisme en Allemagne et les
guerres de religion en France portèrent un coup ter-
rible à l'Ordre : les monastères français eurent beau-
coup à soufl'rir des calvinistes. Plusieurs se trouvèrent
ruinés. Au xvii« s., les célestins n'entrèrent pas dans le
mouvement de réforme qui régénéra tant de congréga-
tions en France. Leur déclin date d'alors. Le cardinal
Bellarmin, protecteur des Célestins, leur proposa une
réforme qu'il avaitfait accomplir en Italie. Le P. Campi-
gny, provincial des Célestins (1613-15) l'accepta, mais
ne put l'imposer à ses religieux. Il finit par passer, avec
quelques réformés, dans la congrégation de S.-Maur.
Désormais la discijîlinc se relûcha de plus en plus. Le
retour aux observances primitives servit de prétexte
à la fameuse Commission des Réguliers. On interdit
aux Célestins de recevoir des novices. Les évêques
reçurent l'ordre de Rome dé visiter les monastères de
leurs diocèses respectifs (1773). Les visites étant restées
infructueuses, Clément XIV et Pie VI finirent par ac-
cepter leur suppression. Dix-sept maisons subsistaient
encore. Elles furent supprimées par une série de brefs
particuliers de 1774 à 1789. Les religieux se retirèrent
avec des pensions; les biens furent unis par les évêques
à divers établissements ou communautés. La suppres-
sion des monastères italiens eut lieu en 1807. Une res-
tauration tentée en France au xix' s. n'eut aucun
succès.
Constitutions. — On peut répartir les constitu-
tions des Célestins en trois groupes : 1° les Institu(a
beati Pétri. Ils sont l'œuvre probable de S. Pierre Cé-
lestin et se placent entre 1274 et 1294; — 2" les Consti-
tutions d'Italie qui furent rédigées au milieu du xiv« s.
en 25 chapitres; — 3° les Constitutions de France qui
comprennent trois rédactions : celle de la première
moitié du xv s., celle de 1513 et celle de 1670.
On possède, imprimées, les Constitutiones jratrum
Coelestinorum, s. 1., 1590, et Paris, 1630. Les Constitu-
tiones coelestinorum monachorum 0. S. B., confirmées
par Urbain VIII, le 8 juill. 1626, ont été reproduites
par Holstenius-Brockie, Codex Regularum,i\ ,
avec d'autres pièces intéressantes.
D'après ces constitutions, l'abbé général était élu
pour trois ans au cliapitre général qui se composait de
tous les prieurs de l'Ordre et d'un délégué envoyé par
chaque maison. L'abstinence était perpétuelle; on
pratiquait le lever de nuit. L'habit consistait en une
tunique blanche, avec scapulaire, capuchon et coule
de couleur noire. L'Ordre comptait des frères convers,
dont le scapulaire était brun.
Sur la vie du fondateur et les débuts de l'ordre, voir les
premières Vies de S. Pierre Célestin d'après l'étude :
S. Pierre Célestin et ses premiers biograplies, dans Analecta
Bollandiana, xvi, 1897, p. 365-487. — Beaunier-Besse, Recueil
historique des archevêchés, évêchés... de France. Introduction,
Paris-Ligugé, 1906, 194-201 (bibliographie). — Ch. Sus-
trac, Les Célestins de France, dans École nat. des Chartes,
Positions des thèses, 1899, p. 137-47. — Ch. Gérin, Les
Bénédictins français avant 1789. Les Célestins, dans Rev. des
quest. historiques, xix, 1876, p. 509-12. — Hélyot, Hist. des
ordres religieux..., vi, Paris, 1792, p. 180-91.
Ph. Schmitz.
1 . CELESTIUS, martyr, signalé par l'hiérony-
mien au 21 juill. comme compagnon d'Anastasia, est
pour nous un simple nom.
A. S., juin., VII, 149. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 404.
R. Van Doren.
2. CELESTIUS (Saint), évêque de Metz, est
inscrit en second lieu, après S. Clément, sur la liste
épiscopale. Celle-ci ne date que du viii" s.; elle mérite
pourtant confiance. La fondation de l'Église de Metz
[ remonte au iv s. ou au déclin du iii"". On placera donc
Céleste après 300. Sous l'évèque Drogon, son corps fut
transféré à Marnioutiers (Alsace). La légende s'est em-
parée de la mémoire du saint.
Gallia christ., xni, 680. — A. S., cet., vi, 480-86. —
Duchesne, m, 45-48. — D. A. C. L., xi. 824-26. — F.-.\.
Weyland, Vie des saints du diocèse de Metz, Guénange,
1912, p. 240-52 (long art., d'une maigre valeur historique).
R. Van Doriîn.
3. CELESTIUS, hérétique du vs., disciple de
Pélage. Célestins était né, semble-t-il, en Italie, d'une
famille distinguée. Eunuque de naissance (Marins
Mcrcator, Liber subnol., praefat., 2), il n'en avait pas
moins un esprit vif et subtil. 11 reçut une excellente
éducation qui le rendit fort habile thins les joutes de la
dialectique; puis il passa quelque temps dans le bar-
reau. Il ne tarda pas à embrasser la vie monastique, et
Gennadius rapporte à cette période de son existence
trois lettres en forme de traités qu'il écrivit à ses
105
CELE
STIUS
106
parents (De vir. inlustr., 44); ces lettres, au dire de
l'historien, étaient pleines d'instructions touchant la
morale et tout à fait propres à exciter à l'amour de Dieu.
Vers 400, il fit à Rome la connaissance de Rufln le
Syrien qui lui apprit à nier le péché originel (Marins
Mercator, loc. cit.; Augustin, De gratia Christi et de
peccato orig., u, 3). Bien vite, il se laissa séduire par
cette doctrine qu'il commença à répandre avec ardeur.
Et lorsqu'il eut rencontré Pélage, il s'attacha à lui;
mais il le dépassa aussitôt par la franchise audacieuse
avec laquelle il exposait ses croyances. S. Jérôme va
jusqu'à écrire que, disciple de Pélage, il devint son
maître et chef de toute l'armée de l'erreur (cf. Augus-
tin, De gratia Christi et de pecc. orig., ii, 13).
Après avoir fait à Rome un certain nombre de
recrues, Celestius et Pélage durent en 409 se réfugier
en Sicile, à cause des menaces que faisait passer à tra-
vers l'Italie l'invasion d'Alaric et de ses Goths. Ils n'y
restèrent pas et se dirigèrent vers l'Afrique. Tandis que
Pélage, après un court séjour à Carthage, partait pour
l'Orient, Celestius, resté seul, commença à prêcher
sérieusement sa doctrine. Il fit tant et si bien qu'il
provoqua le scandale : le diacre Paulin porta contre
lui une accusation formelle d'hérésie. Le libellus qu'il
présenta aux évêques reprochait à Celestius d'avoir
soutenu six propositions erronées : 1. Adam mortalem
faclum, qui sive peccaret sive non peccaret, mortuum
esset. 2. Quoniam peccatum Adae ipmm solum laeserit,
et non genus humanum. 3. Quoniam Lex sic mittit ad
regnum quemadmodum Evangelium. 4. Quoniam ante
adventum Christi fuerunl homines sine peccato. 5. Quo-
niam infantes nuper nati in illo statu sunt in quo Adam
luit ante praevaricationem. 6. Quoniam neque per mor-
tem vel praevaricationem Adae omne genus Iwminum
moriatur, neque per resurrcctionem Christi omne genus
hominum resurgat. j
Un concile provincial fut réuni en 411 (Augustin,
De gratia Christi et de pecc. orig., ii, 3), et Celestius dut
se défendre. Il refusa de se prononcer de traduce peccati,
parce que, disait-il, le sentiment des prêtres n'était
pas uniforme à ce sujet et que c'était là une question
discutée, non un dogme obligatoire. Même réponse
sur le point de savoir si les enfants naissent dans l'état
d'Adam avant la chute. Cependant Celestius consen-
tait à admettre le baptême des nouveau-nés. Marius
Mercator, Commonit., i, 2, ajoute qu'on le pressa en
vain de condamner les propositions qu'on lui repro-
chait, qu'il s'y refusa, fut excommunié, appela d'abord
de cette sentence à Rome, puis abandonna son appel
et partit pour Éphèse où il parvint à se faire ordonner
prêtre.
Nous savons mal ce que devint Celestius au cours
des années suivantes et ses contemporains eux-mêmes
étaient peu renseignés à ce sujet. En 414, S. Augustin j
croyait qu'il pouvait être en Sicile où son hérésie fai-
sait quelque bruit; mais en 415 il devait reconnaître
qu'il s'était trompé et que Celestius n'était pas
revenu en Occident. Orose paraît dire qu'il pouvait
être en Palestine, ce qui n'est pas plus exact (cf. Tille-
mont, Mémoires, xiii, 717 sq.). En réalité, Celestius
commença par séjourner à Éphèse, d'où ses prédica-
tions le firent peut-être chasser; puis il vint s'établir
à Constantinople, où il recommença à enseigner ses
erreurs, tant et si bien que l'évêque Atticus le chassa
et écrivit plusieurs lettres à son sujet aux évêques
d'.\sie, à Thessalonique et à Carthage (Marius Merca-
tor, Commonit.).
Dès 416, les évêques d'Afrique, qui n'avaient pas
cessé de s'inquiéter des progrès faits par la doctrine
pélagienne et qu'avait fortement troublés la sentence
rendue l'année précédente par le concile de Diospolis,
réunirent deux conciles, l'un à Carthage pour la
Proconsulaire, l'autre à Milève pour la Numidie. Ces
deux conciles écrivirent, après en avoir délibéré, au
pape Innocent I^'' pour lui demander la condamnation
de Celestius et de Pélage (Augustin, Epist., clxxv, 1).
S. Augustin et quatre de ses collègues joignirent aux
épîtres synodiques une lettre à part (Epist., clxxvii),
dans laquelle ils exposaient au pape l'ensemble de la
question, avec pièces à l'appui.
Le 27 janv. 417, le pape répondit à l'épiscopat afri-
cain : faisant droit à sa demande, il excommuniait for-
mellement, en vertu de son autorité apostolique, les
deux hérésiarques (Epist., clxxxii, 6). On aurait pu
croire l'affaire terminée. Mais S. Innocent ne tarda pas
à mourir et son successeur Zosime, à peine monté sur
le trône apostolique, consentit à recevoir Celestius qui,
après son expulsion de Constantinople, était revenu à
Rome. Celestius présenta au pape un libellus, dont il
ne nous reste que des fragments cités par S. Augustin :
De gratia Christi et de peccato orig., u, 5-7; cf. P. L.,
XLv, 1718. Dans ce libellus, Celestius commençait par
traiter des vérités du symbole, puis il disait que si, en
dehors de la foi, on voulait s'occuper d'autres ques-
tions, il n'avait pas l'intention de les trancher deftnita
auctorilate, mais qu'il voulait seulement présenter son
sentiment au S. -Siège. Il admettait donc le baptême
des enfants comme nécessaire pour leur entrée dans le
royaume des cieux; mais il rejetait le péché originel
comme injurieux au Créateur.
Celestius lut son mémoire devant le pape et le clergé
romain. Ses protestations de soumission impression-
nèrent Zosime qui le pressa de condamner les proposi-
tions qu'on lui attribuait : Je les condamne, affirma
Celestius, selon l'opinion de votre prédécesseur Inno-
cent d'heureuse mémoire. Le pape Zosime se déclara
satisfait (Augustin, Contra duas epist. pelag., ii, 5-6) et
écrivit aux évêques d'Afrique pour les assurer que
j Celestius n'était pas vraiment coupable des erreurs
qu'on lui attribuait (Epist., ii; P. L., xx, 649; P. L.,
XLV, 1719). La lettre de Zosime ajoute cependant que
le pape ne veut pas porter sur Celestius un jugement
définitif, mais qu'il accorde à ses accusateurs un délai
de deux mois pour apporter la preuve de sa culpabi-
lité; passés ces deux mois, Celestius sera absous sans
aucun recours possible.
Il est à peine besoin de dire que les décisions de Zo-
sime furent mal accueillies à Carthage. Le l*"' mai 418,
le concile d'Afrique renouvela toutes les condamna-
tions déjà portées contre le pélagianisme et formula en
neuf canons les anathèmes nécessaires. Sur ces entre-
faites, les empereurs publièrent un rescrit qui chassait
de Rome Celestius et Pélage et condamnait leurs parti-
sans à l'exil et à la confiscation de leurs biens. Le pape
comprit qu'il ne pouvait pas rester sur les positions
qu'il venait de prendre. Il cita de nouveau Celestius à
î comparaître devant lui et devant le concile de la pro-
vince romaine. Au lieu d'obéir, Celestius s'enfuit. Le
concile condamna donc Celestius par contumace; il
condamna également Pélage et une longue epistola
tractoria, aujourd'hui perdue, fut envoyée à tous les
évêques d'Orient et d'Occident pour être souscrite
par eux.
Chassé de Rome en 418, Celestius paraît y être
rentré assez peu de temps après, car en 421 un nou-
veau décret impérial adressé au préfet de la ville,
Volusien, renouvelle contre lui les mesures d'expulsion
et lui interdit de s'établir à moins de cent milles de la
capitale. Volusien fit exécuter cet arrêt. Il semble
qu'après 424 Celestius soit revenu une dernière fois à
Rome pour demander audience au pape Célestin,
mais que celui-ci ne l'ait pas reçu et l'ait fait expulser
de toute l'Italie (TiUemont, Mémoires, xiii, 761 sq.).
En toute hypothèse, c'est à Constantinople que
nous trouvons Celestius pour la dernière fois. Il habite
cette ville lorsque Nestorius en est évêque, et il obtient
107
CELESTIUS
— CÉLINE
108
de lui sa protection. Nous possédons encore une lettre
écrite par Nestorius à Celestius : l'évêque le console des
peines et des tribulations qu'il a subies, peut-être un
nouvel exil, et il compare ses épreuves à celles mêmes
de S. Jean-Baptiste, à celles de S. Pierre et de S. Paul.
Il l'encourage à ne pas abandonner la vérité, à fuir la
communion des gens impurs et souillés. Il lui demande
enfin ses prières et le charge de saluer toute la frater-
nité, c.-à-d., semble-t-il, les évêques pélagiens chassés
de leur sièges et les fidèles adhérents de leur parti
(F. Loofs, Nestoriana, Halle, 1905, p. 172-73).
Nestorius continua sa protection à Celestius, car il le
porta à dénoncer comme manichéen un prêtre qu'il
n'aimait pas. Ce prêtre fut en effet cité à comparaître
devant son évêque, mais Celestius n'osa pas soutenir son
accusation et l'affaire ne dut pas avoir d'autres suites.
En 429 ou 430 d'ailleurs, Celestius devait être assez
âgé. Le concile d"Éphèse confirma, dans sa lettre syno-
dale du 22 juin. 431, tout ce que le pape Célestin avait
décidé en ce qui concernait la déposition des pélagiens
et célestiens impies (Mansi, Concil., iv, 1338). Cette
lettre est le dernier document dans lequel nous enten-
dons parler de Celestius. Celui-ci ne dut pas tarder
à disparaître.
Dans l'histoire du pélagianisme, Celestius tient une
place importante. Il n'a sans doute pas beaucoup écrit.
Dans le De perjectione. iustitiae hominis, écrit en 415,
S. Augustin prend à partie un écrit qu'il appelle
Definiliones ut dicitur Caeleslii, qui paraît bien avoir
été son œuvre; et il parle encore d'un autre opus dont
la doctrine s'accordait complètement à celle des Defi-
nitiones. Dans le De gratia Christi, de 418, l'évêque
d'Hippone signale encore des écrits de Celestius qu'il
appelle tantôt opuscula, tantôt lihelli. Nous avons
déjà mentionné le libellus au pa])e Zosinie. Tous ces
ouvrages doivent avoir été assez brefs. Le véritable
écrivain de la secte sera Julien d'Éclane. Mais ce qui
caractérise Celestius, c'est la vigueur de son esprit :
Homo acerrimi ingenii, dit de lui S. Augustin, qui
profecto si corrigeretur plurimis profuisset {Contra duas
epist. Pelagia., II, m, 5). Toujours sur la brèche,
Celestius ne cesse pas de défendre ce qu'il regarde
comme la véritable doctrine. Exilé à plusieurs reprises,
il reparaît dès qu'il le peut au plus fort de la mêlée. Il
refuse de se laisser abattre et la lettre de Nestorius le
montre encore en butte à de nouvelles difficultés. La
mort seule put mettre un terme à ses luttes.
Tillemont, Mémoires, xiii, Paris, 1702. — Garnier, Dis-
sertationes, Paris, 1673, réimprimées dans P. L., xlviii. —
F. Woerter, Der Pelagianismus nach seinem Vrsprung und
seiner Lehre, Fribourg, 1866. — M. Hedde et É. Amann,
art. Pélagianisme, dansD. T. C, xii, Paris, 1933, col. 675 sq.
— G. de Plinval, Les luttes pélagiennes, dans A. Fliche et
V. Martin, Histoire de l'Église, iv, Paris, 1936, p. 79 sq.;
id., Pélage, ses écrits, sa vie et sa réforme, Lausanne, 1943.
— O. Bardenhewer, Geschichte der altkirchl. Lit., iv, Fri-
bourg, 1924, p. 515.
G. Bardy.
CELESTIUS. Voir aussi Caelestius.
CELESTRE (Antoine), franciscain italien,
théologien (t 1706). Voir D. T. C, ii, 2068.
CELEUSIUS, fonctionnaire de Nazianze, à qui
S. Grégoire, évêque de cette ville, écrivit trois lettres,
dont la première est peut-être du carême de 382.
Comme ce fonctionnaire, sans doute le chef de la police
locale, se plaignait de son silence, il lui répondait qu'il
avait à se plaindre de lui parce qu'il n'observait pas le
jeûne et donnait des spectacles indécents. La seconde
lettre renferme une réprimande plus modérée. Quant à
la troisième, plus longue, elle est écrite sur un ton ami-
cal et spirituel (S. Gregorii Naz. Epist., cxii, cxiii,
cxiv; P. G., XXXVII, 209 A-212 B).
W. Smith et H. Wace, A Dictionary of clirislian biogra-
p/iy, I, 434.
R. Janin.
CELIANUS, martyr vénéré à Trieste, le 10 mai.
— Le prêtre Primus, saint local de Trieste, compte
parmi ses 82 compagnons un Celianus, lui-même asso-
cié à Jason. Leur légende est récente et tout indique
que ces martyrs n'ont pas eu de rapports avec Trieste.
Petrus de Natalibus (xiv« s.) en parle, mais les marty-
rologes hiéronymien et romain n'en font aucune
mention.
A. S., mai, ii, 495. — B. H. L., 1008, 6923. — Lanzoni,
864.
R. Van Doren.
CÉLICOLES, hérétiques de la fin du iv s. et du
début du V s. Ils ne sont guère connus que par S. Au-
gustin et par quelques lois de l'empereur Honorius.
En 397, S. Augustin, passant à Thubursicum, envoya
chercher leur chef, maiorem, avec qui il désirait avoir
un entretien. Il lui reproche d'avoir institué un nou-
veau baptême et d'avoir abusé beaucoup de monde par
ce sacrilège. L'entretien eut lieu en effet, mais on
ignore quels en furent les résultats (Augustin,
Epist., XLiii).
Une loi impériale du 15 ou du 24 nov. 407 confirme
toutes les lois faites contre les donatistes, les mani-
chéens, les priscillianistes et les païens; elle ajoute
qu'on donnera à l'Église tous leurs édifices servant à la
religion, et aussi ceux des célicoles qui tiennent des
assemblées pour établir un nouveau dogme (Cad.
Theodos., XVI, v, 46). Le avr. 409 une autre loi
d'Honorius est dirigée expressément contre les céli-
coles; elle ordonne que ceux-ci soient soumis à toutes
les peines portées contre les hérétiques, si dans l'espace
d'un an ils n'embrassent pas la religion chrétienne
(Cod. Theodos., XVI, viii, 19).
Tout cela ne nous renseigne guère sur la doctrine
des célicoles. S. Augustin n'en fait pas mention dans
son traité Contre les tiérésies, ce qui tendrait à prouver
qu'ils avaient déjà disparu ou du moins qu'ils avaient
cessé d'être dangereux au moment où fut écrit ce
traité. Tillemont {Mémoires, xiii, 315-17) se donne
beaucoup de peine pour les identifier aux hypsista-
riens et aux messaliens. Ces efforts paraissent assez
vains, puisque les célicoles ne semblent pas connus
hors de l'Afrique, tandis qu'hypsistariens et messa-
liens sont des hérétiques orientaux.
Les recherches récentes n'ont rien ajouté, semble-
t-il, à notre connaissance des célicoles; et sans doute
il est assez inutile de chercher à pénétrer le mystère en
l'absence de tout document nouveau. La secte n'a eu
sans doute qu'une existence éphémère et l'on peut
s'étonner que les empereurs aient pris la peine de
s'en occuper.
Baronius, Ann. eccles., ad ann. 408, n. 26. — Bussmann,
Historia caelicolariim, Helmstadt, 1704. — Schmidt, His-
toria caelicolarum, 1704.
G. Bardy.
1. CÉLINE (Sainte), Cilinia, mère de S. Remi,
évêque de Reims, est citée par Venance Fortunat dans
sa Vita S. Remigii {B. H. L., 7150). Sa mort se place
après 458. Elle a joui d'un culte assez tardif à Laon et
à Reims. Son nom ne se trouve pas mentionné aux
martyrologes anciens. Baronius l'inséra au marty-
rologe romain au 21 cet. en s'inspirant de .Molanus.
A. S., cet., IX, 318-22. — V. Leroquais, Les sacramcn-
taires et les missels mss. des bibl. publiques de France, m,
351; Les bréviaires mss. des bibl. publiques de France, v, 61.
— Mari. Rom., 466-468.
R. \'an Doren.
2. CÉLINE, sainte de Meaux (?). L'Auctarius
Tornacensis d'Usuard (xiii<' s.) parle au 21 oct. d'une
sainte Célinie vénérée à Meaux. Les biographes posté-
109
CÉLINE
— CKLLh; (SAINT-HILAIRE DE LA)
110
rieurs de Ste Geneviève la mettent en rapport avec
cette dernière, et ainsi sa mort se placerait avant 531.
Mais ce sont là des suppositions gratuites. D'ailleurs
le premier témoin de Célinie est Fulcoius écrivant au
xi« s., ou à Beauvais ou à Meaux. Célinie donna son
nom à un prieuré bénédictin de Meaux, qui plus tard
appartint à l'abbaye de Marnioutier. Elle eut sa fête
le 21 oct. En réalité la j)alronne du monastère, vénérée
H Meaux, n'est autre que Ste Céline, mère de S. Remi,
qui, plus tard, a été doublée par la légende,
A. S., oct., IX, 306-09. — Cottineau, 1802. — Gallia
christ., viu, 1715.
R. Van Dorev.
CELLA DOMINARUM, Antigua Abbalia,
couvent de moniales de l'ordre de Prémontré, situé
près de Pont-à-Mousson, dé]), de la Meurthe, relevant
de la circarie de Lorraine, et filiale de Ste-Marie-au-
Bois. Fondé avant 1 181. il est encore cité dans le cata-
logue de 1320, mais avait cessé d'exister vers 1600.
C.-L. Hugo, Annales Praem., i, 507. — R. Van Waelel-
ghem. Répertoire, 53. — Cette maison ne se trouve pas
mentionnée dans Gallia christiana.
M. -A. Erens.
CELLA MONIALIUM, Pro/iuirfa Va//is, cou-
vent de moniales de l'ordre de Prémontré, situé au
dioc. d'iVuxerre, dé|). de l'Yonne, relevant de la circa-
rie de France, fdiale de S. -Martin d'Auxerre. Il faut
probablement l'identifier avec le monastère de .S.-
Martin qui, au xii>' s., passa, aux Prémontrés d'Auxerre,
et dont le transfert fut confirmé par l'évêque Alain
d'Auxerre (voir Gallia christ., xii, 358). Les moniales
se fixèrent d'abord à Orta avant 1153, puis prirent
leur résidence à Profondval en 1155. I*;iles existaient
encore en 1212.
C.-L. Hugo, Annales Praem., n, 389. — R. Van Waefel-
ghem, Répertoire, 53.
M. -A. Erens.
CELLACH, archevêque d'Armagh en Irlande
(1 105-1 129), joua un rôle important dans la réforme de
l'Église d'Irlande au xir s. Né en 1080, il fut promu au
.siège d'Armagh, n'étant encore que simple laïque; il se
fit consacrer évêque et s'ellorça d'introduire des ré-
formes dans le diocèse. Depuis le x^ s., les chefs des
familles princières usurpaient le siège d'Armagh et se
réservaient les avantages temjjorels de la i^rimauté en
se faisant rejiiplacer par des délégués pour les fotic-
tions ecclésiastiques. Cellach appartenait lui-même à
une de ces dynasties usurpatrices, les \Ji Sinaich; néan-
moins il gouverna le diocèse avec sagesse. Il assista au
synode national de 1111 qui étendit le mouvement de
réforme à toute l'Irlande. Il lui revient aussi le mérite
d'avoir choisi comme vicaire général le célèbre Mala-
chie Ua Morgair, l'ami de S. Bernard. S. Malachic lui
succédera sur le siège d'Armagh. Cellach restaura les
églises, fonda des écoles et introduisit dans son diocèse
les chanoines réguliers de S. -Augustin. Il mourut à
.\rdpatric dans le Munster, le 1" avr. 1129, et fut
enterré à Lismor dans la même province.
ne annals of Ulster, éd. B. MacCarthy, Dublin, 1893, n,
76-7, 122-23. — .J. Stuart, Historical memoirs of Armagh,
éd. A. Coleman, Dublin, 1900, p. 60-62, 67. — J.-F. Ken-
ney. Sources for Ihe early hislory of Ireland, New- York,
1929, I, n. 652, p. 764-61.
F. O' Briain.
CELLAE. Voir Cellenses (Ecclesiae ).
CELLAS (Sta Maria de), Cellense monasterium,
ancienne abbaye de moniales cisterciennes au Portu-
gal, dioc. de (^oïmbre, fondée vers 1215 par la Bse
Sanche, fille du roi Sanche \"; soumise directement à
(>lairvaux par la fondatrice. En même temps que la
bienheureuse faisait bâtir Cellas, sa propre sœur, la
Bse Thérèse, consacrait son patrimoine à renouveler
l'abbaye de Lorbaii où elle était moniale. Manrique
a laissé quelques détails sur le procès que Sanche dut
intenter à son frère, Alphonse; le Saint-Siège intervint
avec succès.
C. Erdmann, Papsturkunden in Portugal, Berlin, 1927,
p. 130. — A. S., juin, IV, 385. — Benedicti XIV Opéra omnia,
I, Venise, 91. — • M. Gloning, Zwei selige Cisterc. aus kôn.
Hause, Bregenz, 1907. — Henriquez, Lilia Cistercii, ii,
Douai, 1633, p. 147. — Manrique, Annales cisterc, Lyon,
1642, ann. 1213 sq.
J.-M. Canivez.
CELLDÔMÔLK, Demunk, Dumunk, Demelc,
Ûômôlk, Kiscell, abbaye bénédictine en Hongrie, dép.
de Vas, dioc. de Szombathely. Dédiée à la Ste Vierge,
elle est mentionnée pour la première fois en 1252, puis
dans quelques chartes jusqu'à 1514. A cette date, les
abbayes O. S. B. de Hongrie se groupèrent en congré-
gation; Dômôlk en fit partie. Mais la prospérité espé-
rée par cette union fut compromise par les invasions
des Turcs. .\ Dômolk, la vie conventuelle disparaît
après 1526; les biens, fort réduits, sont gérés par un
curé, prêtre séculier ou bénédictin de Pannonhalma,
qui porte le titre d'abbé. Après l'expulsion des Turcs,
l'abbaye est restaurée; les religieux se livrent au mi-
nistère parmi les populations des environs, fortement
protestantisées sous l'occupation turque. L'église ab-
batiale, avec son Image de la Vierge, imitée de celle de
Maria-Zell en Styric, d'où le nom actuel Celldômôlk =
Zell-Dômolk, est devenue un centre de pèlerinage.
l';ile fail actuellement partie de la Congrégation de
Hongrie, qui est chargée par la Constitution de Hon-
grie de l'enseignement secondaire dans les collèges
urbains. Le nombre des religieux se réduit à 7 ou
S |)ères, comprenant professeurs émérites et le per-
sonnel chargé d'une paroisse de 1 000 âmes.
Série des abbés. .Jacques, 1252; Nicolas, 1315;
Jean, 1321; Maur, 1336; Georges, 1334-38; Maur,
1.338; Nicolas, 1339-48; Thomas, 1351; André, 1357;
Sebastien, 1409-10; .lean, 1457; Laurent, 1488;
Valentin, 1538; Pierre Ludbregi, 1556 ; Adéodat, 1602;
Martin Gyori, 1603-10; Jean Kontos, 1611-21 ; Georges
Dianesevich, 1622-47; Émeric Seifïrid, 1647; Ladislas
Gyôri; Benoît Diener, t 1672; Adalbert Pozsgay,
1672-78; Bernard Miskolczy, 1678-1705; Jérôme Gsa-
tay, t 1736; Odo Koptik, 1739-50; Émeric Màkoczy,
1768-87; Gaspar Nemes, 1787-1810; Godefroy Ve-
kerle. 1832-36; Léon Gàcser, 1838-56; Damien Petheo,
1865-73; Meinrad Jahn, 1873-74; Justinien Hollosi,
1874-1900; Laurent Wagner, 1900-10; Rupert Hollosi,
1910-18; Bernardin Jàndi, 1920-.
Pacher Donàt, A domolki apàtsàg lôrlénete [Histoire de
l'abbaye de Dômôlk], Budapest, 1912.
J. SZALAY.
CELLE (S.-Hilaire de La), Cella Sancti Hilarii,
abbaye de chanoines réguliers de la ville et du diocèse
de Poitiers.
I. Origines du monastère primitif. — Très an-
cienne communauté, probablement du vi"" s., fondée
au lieu où mourut S. Hilaire, et mise sous son vocable.
Duchesne (ii, 86) signale un évêque de Poitiers, Pas-
centius, qui fut auparavant « abbé du monastère de
S.-Hilaire ». Il s'agit ici du monastère de S.-Hilaire-le-
Grand. dont, d'après le Gallia (ii, 1224), Pascentius fut
le deuxième abbé vers 564. Quels furent les premiers
religieux de la Celle, au vi"- s.? Il est difficile, sinon im-
possible de le préciser. Quoi qu'il en soit, on peut afTir-
mer que vers le xi« s. ce monastère devint un prieuré
de chanoines réguliers de l'ordre de S. -Augustin.
D'après Estiennot, Justus, le premier abbé de S.-
Hilaire-le-Grand, aurait été inhumé à S.-Hilaire de la
Celle; c'est à ce Justus qu'aurait succédé Pascentius.
IL Prieuré du xr au xiv sif.cli;. — S.-Hilaire
de la Celle existait déjà commc'prieuré en 1079, lors du
111
CELLE (SAINT-HILAIRE DE LA)
112
concile de Poitiers, puisque, d'après le Gallia {n-ll41),
il y avait à Poitiers, en 1078, trois églises dédiées à S.
Hilaire : la collégiale de S.-Hilaire-le-Grand, les églises
de S. -Hilaire de la Celle et S.-Hilaire-d'Entre-Églises;
ces deux dernières églises étaient tout à la fois cha-
pelles monacales et paroissiales.
C'était le doyen du chapitre cathédral S. -Pierre de
Poitiers qui avait le privilège de pouvoir, seul, insti-
tuer le prieur de S. -Hilaire de la Celle. Dès cette fin du
xii" s., le prieuré dut avoir conquis une certaine répu-
tation qui ne fit que grandir dès le siècle suivant.
ni. Prieurs connus. — S. .Guillaume Tempier,
devenu évêque de Poitiers, sous le nom de Guil-
laume HI, vers 1084. Une charte de l'abbaye bénédic-
tine féminine Ste-Croix de Poitiers, en 1191, le sur-
nomme le Fort. Aussitôt après sa mort, il fut vénéré
comme un saint : les catalogues épiscopaux lui en
donnent souvent le titre. — Giroius succéda à S. Guil-
laume vers 1184; son nom paraîtrait encore dans une
charte de 1196. — Seguin (Segnorinus), 1204; en
1223-24, il enquête sur l'abbé Hulric, de Montierneuf.
— Philippe, vers 1280. — Guillaume H, vers 1317. —
Pierre II Baudry, vers 1343, prêta foi et hommage
comiti Augensi. — Guillaume III Berlouin. Les
Sammarthani le donnent comme le dernier prieur, de
1365 à 1375, et en cette dernière année, il serait devenu
le premier abbé. Le Gallia n'en fait que le dernier
prieur, finissant vers 1403 ou 1404. — Jean Goalichen,
vers 1400.
IV. L'abbaye, xiV-xviir siècle. — Les Ar-
chives départementales de la Vienne conservent de
nombreuses pièces concernant cette abbaye. Quelques-
unes de ces pièces sont de la seconde moitié du xiii^ s.
(1255, 1281, 1295). Le prieuré s'était-il donc changé en
abbaye dèslexiii^ s.? Les historiens ne font remonter ce
changement qu'au milieu du xiv*^ s., voire même après
1400, date à laquelle Jean Goalichen, prieur de la
Celle, rend hommage à Jeanne de Torsay, dame de la
Mothe, pour l'hôtel des Armenderies, au village de
Mougon, paroisse S.-Georges-de-Vivonne. Le prieur
remplit là une fonction qui aurait dû revenir de droit
à l'abbé, s'il en existait un. Ajoutons que les archives
de la Vienne contiennent de nombreuses pièces (xii"-
xiv« s.) concernant l'abbaye de la Celle, mais on n'y
voit jamais paraître le nom de l'abbé. Cependant, en
1415, se fit une enquête officielle sur les droits de juri-
diction de l'abbaye. Cette enquête suppose que l'ab-
baye existait déjà depuis quelques années. En 1431,
eut lieu à S. -Hilaire la réunion {Gallia, ii, 1236) en vue
de l'érection de l'université de Poitiers (Gallia, n,
1060 et 1236). Enfin, en 1450, les chanoines de
S. -Hilaire provoquèrent une procédure entre leur
chapitre et les bénédictins de S.-Cyprien, pour éta-
blir quelle abbaye aurait la préséance à la procession
du lundi de Pâques. Ces faits semblent prouver l'an-
cienneté de l'abbaye.
Au xvi« s., l'abbaye souffre des malheurs du temps.
En 1560, elle ne compte plus que 12 religieux et en
1601, 6 seulement {Revue Mabillon, xxvii, 34 h). En
1582, l'abbé François Pastoureau fit une déclaration
en la cour de la sénéchaussée de Poitiers, où il dit qu'il
a essayé d'entreprendre les réparations du monastère,
mais que c'est là une œuvre si considérable que les
revenus de douze années de l'abbaye n'en pourraient
couvrir les frais. Dès lors, il se fera rembourser par ses
prédécesseurs et tous ceux qui ont touché les revenus
du monastère. Quant à la vie religieuse, signalons l'ac-
tivité de l'abbé Jacques I«' Sauvage, qui instruisit
Charlotte-Flandrine de Nassau, entrée vers 1587 au
couvent Ste-Croix de Poitiers.
En 1653, S. -Hilaire s'affilia à la Congrégation de
France.
Pendant plus d'un siècle (1658-1775), les chanoines
' de S. -Hilaire furent en rapport avec les chanoines de
S.-Georges-du-Puy, pour obtenir d'eux des reliques de
S. Hilaire : ce qui fut fait. Vers le même temps, 1663-
j 64, les religieux de la Celle demandèrent à l'évêque de
Poitiers de permettre l'union des cinq offices claus-
traux (infirmier, sacristain, chantre, prévôt, aumô-
nier) à la mense conventuelle, ce que l'évêque accorda.
La Révolution ferma le cloître, qui fut rouvert pour les
Carmélites au xix'' siècle.
V. Abbés connus (d'après la liste du Gallia). —
Réginald I", vers 1403. — Jean I" Jourdain, 1408. —
Réginald II, 1409. — Guillaume IV, 1414. — Jean II
Renaudeau, 1425. — Jean III Briant, 1449. — Hilaire
Vallory, 1" abbé comme ndataire, actes de 1467, 1476,
à 1480. — Guillaume V Rogier, 1487. — Pierre II
Rogier, 1491. — Antoine des Barres, actes de 1494 à
1514. — Guillaume VI de Langeac, 1529. Fut aussi
prieur de Ste-Radegonde. Dans le nécrologe de S.-
Pierre de Casis, il en est fait ainsi mémoire : « le 30 mai
est mort Noble Guillaume de Langhac, abbé de la
Celle et seigneur d'Espagniac », par Mme Françoise
d'Espagniac, sa nièce. — Claude de Lestrange, 1549.
I — Pierre III des Prez, 1565. — François I" Pastou-
reau, 1582. — Jacques I" Sauvage, 1587-88, qui
instruisit Charlotte de Nassau. — Jacques II des
Prez de Montpezat, 1589. Fut évêque de Montauban,
et se vantait d'obtenir facilement les titres d'abbé : il
eut ceux, en effet, de Lieu-Dieu-en-Jard, de Notre-
Dame de l'Étoile, de Monstier-neuf, de Noaillé, de
S. -Benoît de Quinçay. Il mourut en 1589. — Guil-
laume VII de Riquieu, 1597, 1606 (charte Jotrensis
monasterii). — François II Daulzy, 1614. — Fran-
çois III Fourré de Dampierre, 1623. — Paul Durcot ou
D'Urcot de la Grève, conseiller et aumônier du roi,
protonotaire apostolique, abbé aussi de S. -Benoît de
Quinçay. C'est sous son abbatial que la cella sancti
Hilarii fut unie, en 1652, à la Congrégation de France.
— René l^' Sochet de la Charouillère, prieur de Ste-
Radegonde de Poitiers, chanoine de S. -Pierre de
Poitiers (1665-70). — René II de Mornay, fils de
Henri de Morneuil, marquis de INIontchevreuil, cède son
abbaye, en 1679, à Jules-César Coutocheau de Gallar-
don, prieur de S. -Pierre de Louzar, diocèse de Saintes;
il en reçoit, en échange, son prieuré et une pension de
900 livres. Il eut soin, cependant, de se réserver un
petit corps de logis dans l'abbaye. René II était encore
1 abbé en 1708.
VI. Prieurés dépendant de l'abbaye. — Prieu-
rés-cures : — 1) S. -Hilaire de la Celle, à Poitiers; —
2) Bignoux, Lavoux et Mignaloux, paroisses et com-
munes auj. cant. de S.-Julien-l'Ars, arr. de Poitiers
(Vienne); — 3) Senillé, cant. et arr. de Châtellerault
! (Vienne); — 4) Sossais, cant. de Lencloitre, arr. de
Châtellerault; — 5) S. -Martin de Quinlieu, comm. de
S.-Gervais-les-Trois-Clochers, cant. de Leigné-sur-
Usseau, arr. de Châtellerault; — 6) Reinenenil, ou
Remeneuil, comm. d'LIsseau, cant. de Leigné; —
7) Lusseray, cant. de Brioux, arr. de Melle (Deux-
Sèvres); — 8) S. -Quentin de Chaulnay-en-Anjou (auj.
cant. de Château-la- Vallière, arr. de Tours).
Prieurés simples : 1) Cenon, cant. de Vonneuil, arr.
de Châtellerault; — 2) La Madeleine de Bournais,
par. de Senillé; — 3) N.-D. de Mignaloux.
VII. Domaine de l'abbaye. — Dans la paroisse
même de S. -Hilaire de la Celle, des donations lui sont
faites dès le xiii« s. et se continuent jusqu'au XYiif s.
(cf. archives départementales de la Vienne et Revue
Mabillon). Son domaine s'étendait sur presque toutes
les paroisses de Poitiers : les archives nous en montrent
une quinzaine avec actes du xiii« au xviii'* s. En
dehors de Poitiers dans la paroisse de La Celle-hors-
les-murs de Poitiers, dans les paroisses de Biard,
Vonneuil, Cissé, Vouillé, Chiré-en-Montreuil, Neu-
113 CELLE (SALNT-HILAIRE DE LA) — CELLENSES 114
ville, Cuhon, Migné, Avanton, Ghasseneuil, Jaunay,
S.-Georges-les-Baillargeaux, Montamisé, Bignoux,
Nouaille, Smarves, Allonne, S.-Benoît-de-Quinçay,
Ligugé, Geiiçay, Chauvigny, S.-Cyr, Moussay, Senillé.
— Pour toutes ces paroisses, les archives de la Vienne
nous donnent des actes remontant au xiii« siècle.
Archives départementales de la Vienne, série H. Voir
analyse dans la Revue Mabillon, nov. 1911, p. 345-53. —
Dom Besse, Archives monastiques de la France, x, Abbayes
et prieurés de l'ancienne France : m, Provinces d'Auch et
Bordeaux, 1910, p. 239. — Bibliothèque Sainte-Geneviève,
ms. 600, i" 194; 2538, f» 35; 2552, f° 14. — Dom Chamard,
Histoire ecclésiastique du Poitou, l, 1874, p. 398-400. —
Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, u, 1910,
p. 80 et 87. — Congrès archéologique d'Angoulême, 1913,
II, 148-50. — Dom Estiennot, Bibliothèque nationale, ms.
latin 12755, i" 265-80, 599-606. — Dom Fonteneau,
Mémoires ou Recueils de diplômes, chartes et notices...
pour servir à l'histoire du Poitou et des provinces voisines;
cf. Bibliothèque de Poitiers, xii, 625-738; lx, 35-100. —
Gallia christiana, ir, 1720, col. 1336, 1337; 1115, 1141, 1166,
1170, 1181, 1184; Instrumenta, 326-327; 1212, 1223, 1224,
1236, 1241, 1244, 1260, 1268, 1272, 1292, 1306, 1304, 1354.
— Guérin, Recueil de documents sur le Poitou contenus dans
les registres de la Grande chancellerie, dans Archives his-
toriques du Poitou, 1,29; m, 16; vi, 56; vu, 125-129, 394-
400; IX, 235; x, 220, 226. — Dom de Montsabert, Étal
sommaire des fonds concernant l'histoire monastique, con-
servés dans la série H des archives départementales de la
Vienne, dans Revue Mabillon, n. 27 de nov. 1911.
P. Calendini.
CELLE-EN-BRIE, abbaye, puis prieuré, fon-
dée près de Faremoutier, dans une île du Grand-Morin
(.Seine-et-Marne). Sa fondation, dont la date est impré-
cise, serait l'œuvre d'un pauvre porcher, nommé Blan- i
din (v. D. H. G. E., ix, 129-30), qui aurait reçu de son
maître Raineric cet îlot où il aurait construit une cella
ou chapelle. Les comtes de Dammartin transformèrent
en abbaye l'oratoire de Blandin, mais on ne connaît
pas la liste des abbés. L'établissement, qui était tombé
dans le désordre, passa vers 1082, en vertu des déci-
sions du concile de Meaux qui supprimait les monas-
tères ne pouvant entretenir plus de dix moines, sous la
juridiction des abbés de Marmoutier, qui en firent un
prieuré et y établirent la réforme. L'église, qui tombait
en ruines vers le milieu du xiii^ s., fut rétablie par le
prieur Gautier, mort en 1278, mais seul le chœur fut
achevé. II y avait également de beaux bâtiments
claustraux.
Les bénédictins gardèrent ce prieuré jusqu'en 1633,
époque où il fut cédé aux bénédictins anglais venus
grâce à la protection du cardinal de Richelieu. En
1701, le titre et les revenus de la mense priorale furent
unis au séminaire des Missions étrangères de Paris.
Au milieu du xvm« s., le tout était fort mal entretenu
et, lors de la Révolution, les bâtiments furent vendus
et tout le monde vint y puiser des matériaux de
construction, ne laissant que des ruines.
Gallia christiana, viii, 1673-75. — Toussaints du Plessis,
Hist. de l'Église de Meaux, i, 114 sq. — Notice par A. Dau-
vergne, dans Almanach historique de Seine-et-Marne, 1864,
p. 113-19. — Cottineau, i, où l'on trouvera d'autres réfé-
rences.
M. Prévost.
CELLEFROUIN (Saint-Pierre de), Cella
Friiini, abbaye du dioc. d'Angoulême fondée vers
102.5, dans la vallée de la Sonne, par Arnaud de Vi-
trabe, évêque de Périgueux (1010-37), et les habitants
de la région, entre autres un certain Frouin qui lui
donna son nom. Plusieurs donations, toutes situées
dans la commune de Cellefrouin, vinrent enrichir le
monastère. Les chartes du xi« s. ne nous renseignent
malheureusement pas sur le genre de vie adopté par I
les canonici ou frulres. Il est peu probable qu'ils aient
adopté dès l'origine la vie commune stricte qui n'appa-
raîtra que plus tardivement dans l'ouest de la France.
Dès le milieu du xi« s., un conflit s'élève entre les
chanoines et l'évêque d'Angoulême au sujet de la par-
ticipation aux synodes diocésains. D'après une tradi-
tion dont nous n'avons pu vérifier la valeur, la com-
munauté aurait été réunie, par une décision du concile
de Poitiers de 1100, confirmée par une bulle de Pas-
cal II, à l'abbaye bénédictine de Charroux, mais
aurait reconquis assez rapidement son indépendance.
Des premiers abbés, Adémare I" (1031-48) et Adé-
mare II (1060-1 108), nous ne savons rien. Le troisième,
Foucaud, abandonne vers 1114 sa charge pour se
joindre aux ermites de La Chancelade, au diocèse de
Périgueux. Le quatrième, Fouchier, partisan d'Inno-
cent II, subit les persécutions de Gérard d'Angou-
lême, se démet de sa charge et gagne la Palestine où il
devient évêque de Tyr puis archevêque de Jérusalem.
Vers le milieu du xii« s., les religieux construisirent
l'église abbatiale et paroissiale qui subsiste encore.
Les ressources insufTisantes semblent avoir nui au
développement de la communauté qui eut beaucoup à
souffrir des protestants et ne s'était pas encore remise
de ces désastres au xviii" s. Depuis le début du xyi» s.,
elle était gouvernée par des prieurs claustraux rem-
plaçant l'abbé commendataire.
Liste des abbés (d'après Nanglard). — Outre les
quatre déjà cités, Pierre I" (1177-81); Pierre II (1182-
1215); Jean I", vers 1231; P..., en 1249; Jean II, en
1257; Étienne l»' (1272-80); Raymond, en 1281;
Jean III, en 1336; Pierre III, en 1363; Étienne II,
en 1399; Hélie, en 1445; Pierre IV, en 1462-73;
Guillaume 1", en 1494-1503; Louis de la Rochefou-
cauld, premier abbé commendataire (1503-25); Guy de
Montalembert (1547-71); Antoine de Croigny en 1572;
Gaétan Masnier de Planeau (1611-41); Daniel de la
Grange en 1651; Claude Vigier de la Grange (1663-
87); Guillaume II Croizat (1682-1710); Jean-Charles
de la Vieuville en 1710; Pierre de Chauvigny (1715-
59); Jean-Baptiste de Meroy (1760-90).
Prieurés et prieurés-cures. — Notre-Dame de Beau-
lieu, S.-Sulpice de Cloulas, S. -Jean-Baptiste de la
Basche (xi<= s.), S. -Pierre de Cheuvronnay, S.-Sulpice
de S.-Claud, S.-Martin de Ventouse.
Cartulaire (Paris, B. N. lat. 9235), éd. J.-FI. Chevalier,
Ruffec, 1936 et E. Brayer, dans Bull, philologique et histo-
rique, 1940-41, p. 86-136. — Gallia christ., u, 1047. —
.J. Nanglard, Pouillé historique du diocèse d'Angoulême,
Angoulême, i, 411. — Pour plus de détail, cf. L.-H. Cot-
tineau, I, 648.
Ch. Dereine.
CELLENSES ( Hcclesiae). L'Afrique romaine
comptait au moins deux Ecclesiae cellenses, l'une en
Proconsulaire, l'autre en Maurétanie sitifienne. Il
existait en Byzacène un viens de Cellae Picenlinae,
mentionné par l'Itinéraire d'Antonhi, Itinerarium An-
lonini (éd. Wesseling, 50 et 59; éd. Parthey et Pinder,
23 et 28), sur la route reliant le municipe des Macoma-
des Minores à la colonie de Tacapae, à 26 milles au sud
de la première localité, à 30 au nord de la seconde, et
identifié hypothétiquement par Ch. Tissot (Géogr.
comparée, ii, Paris, 1888, p. 192-93 et p. 644-45) avec
les ruines de Kalib el-Kdim, sur le littoral, à la hauteur
de la koubba de Sidi-Mehedeb; mais, contrairement à
ce que pensent Morcelli (Africa chr., i, Brixen, 1816,
CLXvi) et Mesnage (L'Ajr. chrét., Paris, 1912, p. 72-3),
il ne semble pas avoir été le siège d'un évêché : il est
plus normal d'attribuer à Vecclesia zellensis, dont
l'existence est certaine (cf. ce mot dans D. H. G. E.),
le Fortunius ou Furtunius, episcopus eccl. cellensis, du
synode antimonothélite de Byzacène en 616 (Har-
I douin, Collect. concil., m, 734) et dont l'ethnique se lit
zellensis dans le ms. Barberini, xiv, 26, fol. 332, cit.
d'après Mesnage (op. cit., 73), qu'à un siège purement
problématique.
115
CELLENSES
— CELLES-SUR-BELLE
116
La Cellensis de Proconsulaire paraît devoir s'iden-
tifier avec les Chellenses Numidae dont une borne
milliaire (C. /. L., viii, 1561-62, n. 16352; Ephemeris,
V, Rome-Berlin, 1884, p. 372: cf. R. Gagnât, Explora-
lions en Tunisie, fasc. ii, Paris, 1884, p. 150, n. 247;
Ch. Tissot, op. cit., 583) a révélé l'emplacement à
l'Aîn Zuarîn. Un évêque des Cellae de Proconsulaire,
Cyprianus, est nommé le quarante-cinquième sur la
liste de cette province dans la notice de 484 (Nolitia
prov. et civit. Afr., Proconsularis, 45; Victor de Vite,
éd. Petschenig, 119; P. L., lviii, 270, 289). C'est à ce
siège qu'il faut, semble-t-il, rattacher les deux
cellenses, l'un catholique, Honorius, l'autre donatiste,
Castus, de la conférence carthaginoise de 411 {Gesta
coll. Corth., I, 126, 135, 187; P. L., xi, 1288, 1314,
1330).
Morcelli, op. cit., clxviii, 134. — Notitia dignitalum,
éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot. p. 616, 640 (p. 647-48:
Cellensis de Byzacène). — Gams, 465. — L. de Mas-Latrie,
Anciens évêcbés de l'Afr., dans Bull, de corr. afr., Alger,
1886, p. 82, 86. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét.,
Proc, Rennes-Paris, 1892, xxxv, p. 160-64. — P. Mes-
nage, op. ci*., 172.
C'est à un évêché de jMaurétanie sitifleniie qu'ap-
partient Crescilurus cellensis, le 17^ sur la liste des
cvèques de cette province dans la Notice de 484
(Xotitia iam cit., 17; Victor de Vite, éd. J^etschenig,
132; P. L., LVIII, 275, 351), avec la mention diverse-
ment interprétée prbt. Cette seconde ecclesia cellensis
s'identifie probablement avec les ruines de Kherbet-
Zerga, au sud de Sétif dans le Hodna, à l'ouest de
Tobna, puisqu'une inscription (C. /. L., vin, p. 747,
11. 8777) découverte en ce lieu par Payeii (Notice sur
l'emplacement de plusieurs villes romaines, dans An-
nuaire de Constantine, 1856-57, p. 174-75), y révèle
l'existence d'un castellum cellense, renforcé sous Gor-
dien in, en 204 de l'ère maurétanienne (= 243 P. C),
par un murus constitutus. peut-êtr« une enceinte
continue (E. Cat, La Maurétanie césarienne, Paris,
1891, p. 221-22). Ce bourg fortifié, sinon l'évêché,
correspond aux distances qui permettent de l'identi-
fier avec Cellas, station située par l'Itinéraire d'Anto-
nin (Itiner. Antonini, éd. Wesseling, 30; éd. Parthey
et Pinder, 11) sur la route de Sitifi (Sétif) à Auza ou
Auzia (Aumale) entre Perdices (El Hamiet?) et Macri
(Remada). L'épigraphie (Bull, com., 1902, p. 518) a
livré le nom mutilé d'un autre évêque, qui aurait édi-
fié ou restauré la basilique en ruine où a été relevée
l'inscription : un... rastus, peut-être ( Ad)rastus,
episcopus. Quelques autres vestiges chrétiens ont été
signalés : des pierres avec le monogramme du Christ,
des fûts, chapiteaux, bases de colonnes byzantines.
Morcelli, op. ci<., clxvii, 134. — Notitia dignitatum,
éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, annot. p. 630, 653. — Gams,
465. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afr. sept., dans
Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 93; Trésor de chrono-
logie, Paris, 1889, col. 1866,1868, 1871. — St; Gsell, Re-
cherches arch. en Algérie, Paris, 1893, p. 138-39. — Mgr Tou-
lotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Maurétanies, Montreuil-sur-
Mer, 1894, Sitif., x, p. 196-97. — R. Grange, Monographie
de Tobna (Thubunae), dans Rec. de Constantine, 1901,
p. 60-64. — Cte Ungerer, Note sur quelques ruines antiques
d'Algérie, dans Bull, com., 1904, p. 153. — St. Gsell,
Atlas arch., Alger, 1911, f. 26. Bou Taleb, 135. — P. Mes-
nage, L'Afr. chrét., Paris, 1912, p. 396. — H. Jaubert,
Anciens évêchés de la Numidie et de la Sitif., dans Rec. de
Const., XLVi, 1912, p. 115, 10.
J. Perron.
1. CELLES (S.-EusicE, Eusitius) (= Selle-sur-
le-Cher), abbaye du dioc. de Bourges (auj. Blois), dans
l'arr. de Romorantin (Loir-et-Cher). Saint Eusice
(t vers 542) fonda ce monastère qui fut doté par Chil-
debert l"' vers 532 (Grég. de Tours, De glor. confess.,
c. 73). Entièrement détruit par les Normands en 937, |
sous l'abbé Odulphe, S. -Eusice fut occupé par des
clercs en 1020, et passa aux bénédictins de Marmou-
tier en 1140, puis, encore au xiis s., aux chanoines
réguliers. II fut mis en commende en 1488 et reçut des
Feuillants en 1612.
Cottineau, 649. — J. de Witte, Notice sur l'église abba-
tiale de Celles-S.-Eusice, dans Mém. Soc. arch. hist. Orléa-
nais, I, 1850, p. 1-2. — Gall. christ., n, 182 (liste des abbés,
p. 183). — Mabillon, Annales, i, 79. — Romieu, Histoire de
Selles en Berrg et de ses seigneurs, Romorantin, 1898.
R. Van Doren.
2. CELLES (S.-Hadelin), abbaye de bénédic-
tins, dioc. et prov. de Namur, à 11 km. de Dinanl
(Belgique). Hadelin, disciple de S. Remacle, né en
! Aquitaine, avait été formé à la vie monastique à Soli-
gnac. Il accompagna Remacle à Stavelot, lorsque ce
dernier (vers 660) résigna le siège de Maëstricht. Mais
il reçut bientôt l'ordre de construire un oratoire dans
la vallée de la Lesse. Grâce aux libéralités de Pépin
d'Herstal, maire du palais, Hadelin y établit une
communauté de moines. Plus tard, ceux-ci furent rem-
placés par un chapitre de chanoines. En 1338, ces cha-
noines se transportèrent à Visé, emportant avec eux
les reliques de S. Hadelin.
U. Berlière, Monasticon belge, i, 56. — H. Crépin, Notes
d'un touriste, dans Ann. Soc. archéol. Namur, m, 1853,
p. 340-54. — Gall. christ., ni, 397. — J. Grenier, Transla-
tion de la collégiale de Celles près Dinant à Visé en 133S,
dans Anal, pour servir à l'hist. de l'Église en Belg., xiii,
1876, p. 333-39. — Mabillon, Annales, i, 610.
R. Van Doren.
CELLES-SUR-BELLE (Notre-Dame ue),
abbaye de chanoines réguliers, du dioc. de Poitiers,
arr. de IMelle, Deux-Sèvres. — Cette abbaye débuta,
naturellement, comme simple prieuré. Dès 1010, Guil-
laume, duc d'Aquitaine, avait donné à l'abbaye béné-
dictine de S.-Maixent, une villa du nom de Celles
(Celesium). En 1028, les vicomtes de Thouars, Guil-
laume et Godefroy, donnèrent, à leur tour, à S.-
Maixent, quelques serfs et serviteurs, dans l'église de
Celles. Cette dernière existait donc déjà avec des des-
servants qui n'étaient autres probablement que les
premiers religieux du futur prieuré. Le prieuré semble
donc avoir été fondé dans la première moitié du xi<î s.
Il fut mis sous la dépendance de l'abbaye limousine
S. -Pierre de Lesterp (ordre de S. -Augustin), et prit
une importance sans cesse grandissante, grâce à son
pèlerinage. D'après la chronique de Maillezais, en
1095, coepit locus S. Mariae ad cellam florere mira-
culis (Gallia, m, 1337). Les évêques de Poitiers
comptaient parmi ses bienfaiteurs : Pierre II (1087-
1115) notatur inter singulares benef adores B. M. de
Cella; Guillaume II Adhelelnie, d'après le nécrologe de
Fontevrault, ecclésiam B. Mariae de Cella erexit in
abbatiam, eique varias subjecit ecclesias (13 oct. 1140).
Le prieur de N.-D. de Celles, Jean de Uzon, fut donc
élevé à la dignité abbatiale et béni par Guillaume II,
en 1140. La nouvelle abbaye augustine demeurait
toujours sous la dépendance de l'abbaye bénédictine
I de Lesterp. Le désaccord se produisit bientôt entre
elles. Lesterp recourut à Rome, d'où le pape Eugène III
envoya une bulle à l'abbé Iterius. L'évêque de Poitiers,
Gilbert de la Porrée, obtint de Iterius, abbé de Les-
terp, qu'il abandonnerait toute autorité sur Celles et
ne lui réclamerait plus rien, sinon sexaginta solidos
denariorum de monnaie angevine que les chanoines de
Celles payaient chaque année à Lesterp. A partir de
cette date l'abbaye de Celles se trouve mêlée à la vie de
toutes les abbayes de la province poitevine; son nom
et celui de son abbé apparaissent dans plus d'une
charte, à Celles, 1157 et 1219; à Nouaillé (abbé de
Mortemart) en 1187; à S.-Maixent et à S.-Séverin, en
I 1256. — Ce qui accrut surtout son influence, ce fut
117
CELLES-SUR-BELLE
— CELLITES
118
son pèlerinage à N.-D. de Celles, dont l'origine,
d'après L. Albarel, remonte au xi« s. et qui connut une
grande renommée.
En oct. 1568, l'armée calviniste vint piller et ruiner
la ville de Celles, son abbaye et ses églises (N.-D. et
S.-Hilaire). En 1569, Coligny vint assiéger Celles que
les seigneurs de Barbezières défendirent. C'est sans
doute à cause de l'entremise de cette famille que
Charles IX lui accorda les revenus de l'abbaye. Les
25 chanoines qui habitaient encore Notre-Dame en
1568 furent obligés de chercher refuge ailleurs, les
bâtiments monacaux n'étant plus habitables. L'ab-
baye ne fut plus sous une direction toujours active et
présente, et les' Barbezières en profitèrent pour garder
longtemps les revenus. L'église de N.-D., ruinée, ne
put être reconstruite qu'en 1669. — L'abbaye vit
partir ses religieux en 1791, et tous les bâtiments
furent mis en vente. La Vierge vénérée existe encore
dans l'église paroissiale S.-Hilaire et elle attire tou-
jours les pèlerins.
Liste des abbés. — Le prieur, Jean l^' d'Uzon, élu en
1137 et béni en 1140 par l'évêque de Poitiers, Guil-
laume II Adhelelme. — Pierre l", chanoine de Saint-
Ruf. Présent, en 1148, au chapitre de S.-Maixent,
lorsque Samson demande humblement pardon à
l'abbé Pierre Raimond et à ses frères de l'abbaye,
pour les injures proférées contre eux par lui. pierre I'^''
est cité encore en 1159, 1167, 1169. — Guillaume I",
1177, 1187. En cette dernière année, assiste à la
transaction faite pour le prieuré de Villefollet entre le
ministre des Frères hospitaliers de S. -Jean, du Poitou,
et Pétronille II, abbesse de la Ste-Trinité de Poitiers :
assistaient encore Hé lie I et Malniort, archevêque de
Bordeaux, Guillaume Tempier, évêque de Poitiers,
Guillelemo Cellae seu de Cellis... Girvio, prior SU
Hilarii de Cellae. Une charte de 1187 nomme cum
Willelmo, abbale Cellensi, Joscelin de Moriuo-Mari
(de Morteniart), abbé de Nouaillé. — Jean II, entre
1192, 1210. — Théo, 1244, 1250, 1256. — Guillaume II,
1258, 1260, 1262, 1263, t 1264?. — Pierre II, 1277,
1286. — Aimeric I, 1287. — Pierre III, 1290 (dom
Martène omet ces deux abbés). — Aimeric 11,1308
1313. — Joscelin, 1321..., 1323. — Guillaume III,
1343. — Jean III, 1347. — Pierre IV, 1352. —
Jean IV, 1364. — Pierre V, 1383..., 1397. — Hugues
Forcin, prieur, élu abbé en 1398. — Guy de Lésignac,
1404; célèbre, en 1456, un chapitre général où sont
refondus les statuts de l'ordre. — Louis \" de Lési- |
gnac, 1460; en 1477, il décréta des prières pour le
salut du roi Louis XI. Il éleva un autel en l'honneur de
S. Gabriel et de S. Éloi; sur cet autel, chaque matin
une messe était chantée pour la santé du roi et la
paix du royaume. L'abbé de Lésignac (ainsi que le
prieur d'.\ltaville, de l'ordre de S. -Augustin et du
diocèse d'Angoulême) est cité dans des chartes de
1463, 1464. — Mathurin I", 1481. — Pierre, 1484,
1487? Peut-être y eut-il compétition entre lui, Mathu-
rin et Aimeric Gaillard? — Aimeric Gaillard (ou
Gallard), 1484? En 1492, assiste à la bénédiction de
l'abbé cistercien des Châtelliers. C'est lui qui fit cesser
l'anarchie régnant à l'abbaye. — Mathurin II Joubert
de la Bastide, dernier abbé régulier, 20 août 1490,
6 août 1498..., 1507, 1516. — Geoffroy I" d'Estissac,
évêque de Maillezais, abbé commendataire de Celles de
1516 à 1542. — Arnould d'Estissac, 1547; dévastation
de l'abbaye, 1567, etc. — Renaut Thenaut, qui fut
plutôt économe, sous le régime civil des deux Barbé-
zières. — Mathieu Coudré (d'après Ga/Zia, 1574-89). —
Jean Millet, nommé par Henri III; t vers 1602. —
Geoffroy de Barbézières, fils de l'un des défenseurs de
Celles, 1602. — Hilaire Thibault (le Gallia dit Tilleau
ou Tillault). — François, cardinal de La Rochefou-
cault, 1623; engagea un procès avec la famille de Bar-
bézières pour en obtenir la restitution des revenus de
l'abbaye. — Henri-Louis II de la Rochefoucault,
évêque de Lectoure, fournit le procès avec François III
de Barbézières. Il n'obtint gain de cause et ne prit
possession de son abbaye qu'en 1634, à condition de
payer 3 000 livres de pension annuelle à Charles de
Barbézières, frère de François, et 36 000 livres pour
tout le passé. C'est cet abbé qui fit réunir son ab-
baye à la Congrégation de France, en 1651. Il mourut
en 1654. Il avait une autre abbaye à S.-Jean-d'Angély.
— Henri de la Rochefoucault, 1661, f 1708. Sous lui se
restaura l'abbaye (église et bâtiments), et, en 1676, il
reçut Paul Beurier, abbé de Ste-Geneviève du Mont,
qui bénit l'église réédifiée. — Alexandre de Johanne
de Saumery, nommé à Noël 1708, prend possession le
25 août 1710 : encore présent en 1744. — Mgr de Bou-
teville, évêque de Grenoble, encore abbé en 1780. —
Mgr de Talleyrand, jusqu'en 1791.
Prieurés, cures dépendant de l'abbaye. — Prieurés :
S. -Martin d'Asnières, S.-Maixent de Paisais-le-Chapt,
S. -Martin de Périgné, S. -Martin de Quenlieu (dom
Besse, m, 273, l'attribue faussement à S.-Hilaire de la
Celle).
Cures : S. Hilaire de Celles, S. -Martin d'Augé, Ste-
Blandine, S.-Médard de Germond, S. -Germain de
Juillé, S.-Maixent de Jussecors, S.-Hilaire de Ligny,
S.-Hippolyte de Luché, S. -Martin près Melle, S.-Mé-
dard de Fonville, S. -Sauvant, S.-Sulpice de Tillou
(liste donnée par Lévrier, p. 14).
Chapelles dépendant de l'abbaye : Ste-Catherine,
chapelle régulière, dépendant de l'Aumônerie; de la
Fougeraye, chapelle régulière, au château de ce nom,
à 8 km. de Celles; Fillopes (chap. rég.); de la Guillo-
tière, au château de ce nom, près Melle; S. -Michel,
dans l'église même de N.-D. de Celles; de l'Oie
Blanche ou de l'Herminette, ou de la Blanchardière, à
Châteauneuf, commune de Vitré; des Pastureaux, à
La Groie-l'Abbé, près Celles; des Philippes, ou cha-
pelle de Gonzais, près Celles; S.-Pierre-du-Treuil, qui
était la chapelle de la maison de plaisance de l'abbaye.
Domaine, revenus de l'abbaye et ses obligations. —
Obligations : Le grand Gauthier (niw s.) nous ap-
prend : Abbatia de Cella Béate Marie débet (episcopo)
duas procurationes. — Un livre de recettes de 1326 pour
le compte de la cour de Rome nous dit que abbas de
Cella solvit XX lib. Turon. (à Rome).
Domaine : La notice de Lévrier sur Celles (p. 25)
donne les noms des métairies ou terres appartenant à
l'abbaye : à Celles (sans doute), Briette, les Feux, la
Revêtison, Pied-de-Coi, Biscière, la Carte, la métairie
aux moines, les Vaux, le Genêt; — à Vitré, l'infir-
merie, les Ombrails, la Groie-l'Abbé, le Treuil, la
Moulinne; — à Viré, à Bonneuil, la Forêt, Chaloue;
à Tauché, à Trion. L'abbaye possédait encore un
nombre considérable de bois et borderies à Celles.
En 1787, les revenus de l'abbaye atteignaient
14 000 livres.
Archives départementales de la Vienne, série H. —
Archives historiques de Saintonge, i, 398. — Bibliothèque
de La Rochelle, ms. 286, p. 8; ms. 622, p. 33. — Albarel,
Histoire du pèlerinage de Noire-Dame de Celles, dans Semaine
religieuse de Poitiers, 1865, p. 84-86. — Gallia cliristiana, li,
1720, col. 620, 622, 1109, 1144, 1170, 1179, 1183, 1201,
1215, 1220, 1337-1340, 1349, 1305-1306, 1376. — Largeault,
La Vierge miraculeuse de Celles-sur-Belle, Melle, 1898, in-8°;
Id., N.-D. de Celles, son abbaye, son pèlerinage, Parthe-
nay, 1900. — Lévrier, Historique de l'abbaye de Celles,
Niort, 1865, 41 p.; Id., Celles-sur-Belle, dans Annuaire
des Deux-Sèvres, 1895, p. 812-16.
P. Calendini.
CELLITES ou ALEXIENS, appellation
donnée aux membres d'une congrégation religieuse de
frères lais ayant pour but de soigner les malades et
plus spécialement d'hospitaliser les aliénés. Selon
119
CELLITES
120
toute vraisemblance leur nom de Cellites, ou de
Cellebroeders (Zellbrûder), — comme les appelait et les
appelle encore le public, — dérive de cella (cellule,
cabane), parce que, à l'origine, ces pieux laïcs habi-
taient des maisonnettes ou huttes, construites autour
ou dans le proche voisinage des nosocomia et xenodo-
chia médiévaux (hôpitaux, hospices, léproseries, ladre-
ries, etc.). C'est à tort, semble-t-il, qu'on a voulu rat-
tacher leur dénomination au mot cellae, pris dans l'ac-
ception particulière, et pour le moins forcée, de
« caveaux, tombes où ils enterraient les morts »
(R. Hedde, Lollards, dans D. T. C, ix, 913). Autant il
est sûr que les frères avaient coutume d'ensevelir les
cadavres des pestiférés et d'autres défunts, autant il
reste douteux que le mot cella ait signifié au Moyen
Age sépulcre, tombeau (comme on peut le voir dans
du Gange, Glossarium med. et infim. latinitatis).
D'autres ont rattaché la dénomination à cella, dans le
sens particulier de prison, parce que les frères soi-
gnaient les déments furieux et les malades difTiciles
dans des chambrettes séparées. A cela s'oppose que ces
pieux laïcs paraissent avoir déjà porté ce nom vers le
milieu du xiv« s., avant que l'hospitalisation des alié-
nés ne soit devenue leur occupation principale. La
première hypothèse est de loin la plus naturelle. Elle
acquiert un surcroît de probabilité quand on songe
que la plupart de nos hôpitaux, aux xn« et xiii"= s.,
groupaient autour d'eux un assez grand nombre d'er-
mites, ou plus précisément de reclus et de recluses,
qui, tout en rendant service aux pauvres et aux ma-
lades, se retiraient, une fois leur besogne finie, dans la
solitude de leurs maisonnettes privées (cellae, lugu-
riola) — tant était vive, à cette époque, la poussée
vers la vie érémitique et pénitentielle.
L'origine des Cellites n'a pas encore été étudiée ex
professa. On la fait généralement remonter au xiv^ s.,
alors que cette époque coïncide déjà avec la floraison
et la grande expansion de l'institut plutôt qu'avec ses
débuts, qui sont bien plus anciens. Cet âge d'or, qui
commence dès la seconde moitié du xiv^ s., les frères
le doivent en grande partie aux désolantes calamités
causées par la peste noire. Ils s'établissent alors
avec une étonnante rapidité non seulement dans le
Brabant et le pays de Liège, — leur terre d'origine, —
mais encore dans les villes rhénanes et de la basse
Allemagne : Aix-la-Chapelle, Cologne, Neuss, Stras-
bourg, Brunswick, Hambourg, etc., bientôt aussi dans
celles de Hollande : Amsterdam, Bois-le-Duc, Delft,
Deventer, Dordrecht, Gouda, Haarlem, Kampen, La
Brielle, Leyde, Middelbourg, Rotterdam, Utrecht, etc.
Le courage et le dévouement de ces religieux vis-à-vis
des pestiférés étant universellement appréciés, le
])euple aussi bien que les magistrats ne cessaient de
réclamer leur présence, tant pour desservir leurs mala-
dreries que pour leur en confier de nouvelles. Outre
l'assistance des souffrants, les frères prenaient à tâche
d'inhumer les cadavres des malheureux succombés à
une maladie contagieuse et des pauvres délaissés. Ce
qui leur valut (par allusion à l'exemple du personnage
biblique Tobie) le nom de Tobites. Jusqu'à cette
époque, et encore au xv^s., le soin et l'hospitalisation
des aliénés ne semblent pas encore incomber de façon
marquante à leur institut.
S'il est sûr que l'origine de leur congrégation se
rattache au mouvement des bégards-béguines (v.
D. H. G. E., VII, 426-41, 1341-52 : Bégardisme et
Béguinages), il n'est pas établi — bien que généra-
lement on l'admette — que cette évolution ait eu lieu
au cours du xiv« s. Des indications sérieuses, et d'ail-
leurs fort suggestives, tendent à faire prévaloir l'opi-
nion, selon laquelle les lointains débuts de leur insti-
tut coïncident avec les premières manifestations
mêmes du béguinisme, pourvu qu'on fasse abstrac-
tion de la dénomination de Cellites (celle-ci ne com-
mence à être mentionnée qu'à partir de la seconde
moitié du xiv« s.). En effet, le soin des malades dans
les hôpitaux et léproseries de la fin du xii^ s. rentre
parfaitement dans les attributions d'une catégorie
spéciale de bégards et de béguines : pieux laïcs, aux-
quels on donnera plus tard les noms de Pauvres,
« Willigen Armen » (Pauvres volontaires), « Mate-
mans » (mot thiois qui signifie ; pauvres), « Schwes-
trionen » (le mot allemand Schwester pourvu d'un
suffixe roman masculin), Lollards (v. cet art.), etc.,
alors que les femmes seront appelées « Mate\vy^'en
Schwestern (Sweyster), Béguttes. Or toutes ces déno-
minations sont identiques à celles qu'ont réellement
portées les Cellites et les sœurs faisant partie de leurs
confréries. De plus, on constate que les bégards-bé-
guines attachés aux hôpitaux étaient au début bien
souvent logés dans des huttes ou maisonnettes autour
des établissements qu'ils desservaient. Leurs petites
demeures formaient une double agglomération, l'une
habitée exclusivement par les hommes, l'autre stricte-
ment réservée aux femmes. Cette même coutume a été
en vigueur chez les Cellites, particulièrement dans les
contrées rhénanes, où elle n'a pas encore disparu en
plein XV* s. De ce point de vue, une bulle de Boni-
face IX, adressée en 1395 aux prélats de la Rhénanie,
du Brabant et des Flandres, ne manque pas de revêtir
un intérêt particulier. Le pape y prend les Cellites
sous sa protection spéciale. Elle débute : « Sane nuper
accepimus quod in vestris... diocesibus atque locis
existere consueverunt... nonnuUae personae pauperes,
utriusque sexus, divisim, viri scilicet coniunctim in
suis, et mulieres eliam coniunctim in domibus suis
absque mutua ipsorum conversatione commorantes,
quae... in paupertate et continentia... vivunt,... pau-
peres et miserabiles personas, petentes, ad eorum
recipiunt hospitia, et alla exercent... opéra caritatis,
infirmos scilicet visitando... custodiendo et fovendo;
ac decedentium corpora fidelium... ad sepulturam
ecclesiasticam deferendo ». A peu près la même des-
cription dans une bulle d'Eugène IV en 1431, qui
déclare expressément qu'il s'agit des « dilectos filios de
cellis, seu voluntariae paupertatis pauperes communiter
nuncupatae », c.-à-d. des Cellites ou « Willigen Armen »
(les deux documents, dans Mosheim, De Begliardis et
Beguinabus, Append. II, p. 653-55, 668-73). On ne
voit donc pas comment ces pieux laïcs seraient dis-
tincts des bégards-béguines de la vie hospitalière, qui
commencent à surgir dans la partie romane de la
Belgique actuelle dès 1175. Les premiers groupes
connus se forment autour de l'hôpital de S. -Christophe
à Liège sous la direction de Lambert li Beges (v. ce
nom), autour de la léproserie du Mont-Cornillon
(Liège) et dans le voisinage de la maladrerie dirigée
depuis 1180 par la Bse Ivette de Huy.
Tout comme le mouvement béguinal, l'institut des
Cellites eut à subir les attaques d'une partie du clergé
séculier, qui se plaisait à confondre ces pieux laïcs
avec les hérétiques de même nom : Bégards (hétéro-
doxes), Lollards, Schwestrions. D'ailleurs les frères,
contrairement aux décisions du IV^ concile de Latran
(1215), n'avaient pas de vœux monastiques, ni de
règle approuvée par le Saint-Siège. Ce qui devait
faciliter les attaques déclenchées contre eux. C'est une
des raisons qui les poussaient à chercher protection
dans la règle du tiers-ordre franciscain. D'autres, sur-
tout à partir de 1459 (Pie II), embrassèrent la
règle de S. Augustin, exemple bientôt suivi par presque
toutes leurs confréries (approbation de Sixte IV en
1472). Ils émettaient dès lors les trois vœux tradi-
tionnels, tout en restant des frères lais et se vouant,
comme de coutume, à l'apostolat de la charité.
Exceptionnellement des prêtres faisaient partie de leur
121
CELLITES
— CELLOT (LOUIS)
122
ordre : ils n'étaient admis qu'autant que l'exi-
geait le service religieux de leur chapelle.
La réforme protestante leur fît perdre la plupart de
leurs maisons en pays rhénan et en Hollande, deux
provinces où ils étaient particulièrement nombreux.
En Belgique au contraire, dès le xvn« s., les frères
réussirent à réaliser un grand renouveau, qui se fit
ressentir dans d'autres pays. Un des zélateurs fut le
frère Jean Tack, provincial de l'ordre et supérieur du
couvent de Louvain. Il mourut en 1694, léguant à ses
religieux un livre flamand, rédigé par lui et intitulé :
Le véritable religieux ou traité abrégé des vertus et de la
perfection nécessaires à la vie claustrale. La Révolu-
tion française mit fin à ce réveil. Toutefois ils ne
furent pas supprimés partout, l'État jugeant leur pré-
sence utile à cause des services qu'ils rendaient aux
aliénés. Dès 1825, nouveaux et fructueux efforts pour
relever l'institut. Cette fois dans les contrées rhénanes
avec, comme centre d'activité, le couvent d'Aix-la-
Chapelle (Marienberg). Le recteur Brock (1854) se mit
à la tête du mouvement et réussit à introduire de
nouveaux statuts approuvés par le Saint-Siège (1870),
auxquels accédèrent bientôt la plupart des maisons
allemandes. Au cours des dernières années, le nombre
total des frères ne dépassait plus guère les 600. Ils ont
des maisons en Angleterre, en Irlande et aux États-
Unis, de même encore un certain nombre en Alle-
magne. En Belgique, ils comptent 6 couvents, dont
Bruxelles, Diest, Louvain et Tirlemont sont anciens,
avec en tout une soixantaine de religieux. Leur réappa-
rition au.x Pays-Bas date de 1914 : une fondation
(émanée de Belgique) pour enfants tuberculeux à Son
(Eindhoven), une autre à Breugel. — Au Moyen Age
les frères portaient un habit gris, c.-à-d. de laine gros-
sière non teinte — la livrée des « Pauvres du Christ » —
un scapulaire noir et un capuce; de plus, pour sortir et
assister aux enterrements, un long manteau gris aux
larges plis. De nos jours, ils ont un vêtement noir,
relié par une ceinture de cuir.
Un autre nom, fort répandu, pour Cellites e^t celui
d'Alexiens. Aux yeux des gens du Moyen Age,
S. Alexis (D. H. G. E., ii, 379-81) -- qui fut un Orien-
tal de l'antiquité chrétienne et non pas un Romain,
comme on le croyait alors — apparaissait comme le
patron, non seulement de la continence et de la pau-
vreté volontaires, mais encore, et de façon plus expli-
cite, des œuvres de charité. La Vie de S. Alexis rimée
et traduite du latin déjà au milieu du xi« s. contribua
fortement à rendre populaire la figure de cet ascète.
Nous voyons même que Valdo (v. Vaudois), d'après
la chronique de Laon {M. G. H., SS., xxvi, 447), se
convertit en écoutant déclamer par un troubadour le
pieux récit de cette légende. Il n'est donc pas éton-
nant qu'Alexis ait figuré très tôt comme le patron des
institutions vouées aux œuvres de miséricorde.
Quant aux Cellitines (Cellitissae), qui forment la
branche féminine de l'ordre, leur origine et leur
première histoire se confondent avec celles des frères,
avec lesquels, comme il a été dit, elles ont formé en
certains lieux des espèces de couvents doubles. On les a
désignées sous diverses appellations : « Cellesusteren »,
« Graeuwsusteren » (Sœurs grises), « Swesteren », éga-
lement « Brootsusteren », sans doute parce qu'elles
recueillaient parfois des aumônes, et notamment du
pain, pour leurs établissements de bienfaisance : tels
aussi certains bégards (« Brotbegarden ») en Alle-
magne et ailleurs qui mendiaient « du pain pour
l'amour de Dieu » (« Brot durch Gottl »). De nos jours,
elles sont mieux connues sous les noms û'Alexiennes
et surtout de Sœurs noires. Elles n'étaient pas tou-
jours attachées aux hôpitaux, mais allaient parfois
soigner les malades à domicile. Nombreuses en Bel-
gique, où elles subsistent encore aujourd'hui, elles
eurent également des maisons dans presque toutes les
villes de Hollande : quelques couvents comme celui de
S. -Alexis à Amsterdam ont gardé une certaine noto-
riété. Elles y observaient des statuts détaillés, aux-
quels l'évêque d'Utrecht, David de Bourgogne, en
1457, avait accordé sa haute approbation. Dans les
contrées rhénanes, elles comptaient avant la dernière
guerre mondiale 200 maisons et environ 2 500 sœurs.
On y suit la règle de S. -Augustin.
Sources. — Les Vitae de Ste Marie d'Oignies, de Ste Ju-
lienne de Cornillon et de la Bse Ivette d'Huy, dans A. S.
(éd. Palmé, Paris-Rome, 1863 sq.), juin, v, 542-72 (550 sq.,
565 sq. et passim); avril, i, 435-76 (436 sq. et 455); janv..
Il, 145-69 (152 sq., 157 et passim). — A. Fay en, L' » atiti-
graphum Pétri » et les lettres concernant Lambert le Bègue
conservées dans le manuscrit de Glasgow (Compte rendu des
séances de la Comm. roy. d'hist., lxvih [sér. V, t. ix]),
Bruxelles, 1899, p. 255-356 (330, 342 sq. et 352).
Travaux. — a) Généraux: J.-L. de Mosheim.De Beghardis
etBeguinabus commentarius,ediditetlocupletavit G. H. Mar-
tini, Leipzig, 1790, p. 8, 69, 156, 352, 400, 405 sq., 430,
457, 461, 583 sq., 587 sq., 652-56, 668-75 et passim. —
M. Heimbucher, Die Orden und Kongregationen der kath.
Kirche, ii, 1934, p. 233-35. — A. Mens, Oorsprong en bete-
kenis van de Nederlandse begijnenen begardenbeweging,
Anvers, 1947, p. 44-45, 244, 383-97. — b) Régionaux et
locaux : I. Walvis, Beschrijving der stad Gouda, Leyde,
II, 1714, p. 146-50. — R.-C.-H. Rômer, Geschiedkundig over-
zigt van de kloosters en abdijen in... Holland en Zeeland,
1, Leyde, 1854, p. 647 sq. — W. MoU, Kerkgeschiedenis
van Nederland vôôr de Hervorming, .\rnhem, 1867, II' part.,
2, p. 159-64. — l.-H. van Eeghen, Vrouwenkloosters en
begijnhof te Amsterdam, Amsterd., 1941, p. 111-14. —
E. Van Even, Louvain dans le passé et dans le présent,
Louvain, 1895, p. 480-82, 517-19. — P. Masoin, Les aliénés
à Louvain dans les siècles passés, extrait de la Revue médi-
cale de Louvain, n. 22, 1937, p. 1-6. — D. Du Bois, Het oude
Diest, Diest, 1934, p. 144-48, 178-83. — Plus spécialement
pour l'AUemagne, L. T. K., i, 1930, p. 258-59.
A. Mens.
CELLIUS (Antoine), théologien dominicain
(xvii-^ s.). Voir D. T. C, ii, 2089.
CELLOT (Louis), jésuite, né et mort à Paris,
1588-20 oct. 1658. Entré au noviciat en 1605, il passa
la plus grande partie de sa vie religieuse au collège de
La Flèche, soit comme étudiant soit comme régent.
Après sa théologie, il succéda aux PP. Petau et
Caussin dans la chaire de rhétorique et de 1626 à 1637
il dirigea le pensionnat, puis fut professeur d'Écriture
sainte. Recteur du collège de Rouen de 1637 à 1641, il
rentra à La Flèche pour y exercer la même fonction.
De 1655 à 1658 il fut provincial de la province de
Paris. Fidèle aux traditions établies par Petau et
Caussin, il se distingua comme poète latin. Ses tragé-
dies furent jouées au collège entre 1618 et 1626, et
trois d'entre elles : Chosroes, Sapor et Adrianus, ainsi
qu'une tragi-comédie, Reviviscentes, « les Revenants »,
furent éditées en 1630 dans les Opéra poetica P. L.
Cellotii. Les éditeurs des Selectae patrum Societalis
Jesu Iragoediae, Anvers, 1634, insérèrent daitis leur
choix les œuvres de Cellot. Rotrou n'hésita pas à em-
prunter le sujet et les personnages de son Chosroes à la
tragédie du P. Cellot, et à puiser largement dans
V Adrianus pour son Saint- Genest. De l'aveu d'Émile
Deschanel {Le romantisme des classiques, 269), il y
prit, en élaguant les longues tirades, les principales
scènes, les personnages avec leurs noms, les plus beaux
vers, les plus beaux traits, en se contentant de les
traduire.
D'autres œuvres de nature bien différente appor-
tèrent au P. Cellot une renommée moins paisible. Les
difTicultés entre le délégué apostolique Richard Smith,
évêque de Chalcédoine, et les réguliers en Angleterre,
et les polémiques qui en furent la conséquence avaient
eu leur contre-coup en France. LaSorbonneetl'Assem-
123
CELLOT
(LOUIS)
124
blée du clergé avaient pris fait et cause pour le délégué
et censuré les écrits pseudonymes des PP. Knott et
Floyd, S. J. Sur un appel de la noblesse catholique
anglaise au pape Urbain VIII, celui-ci, en un bref du
10 mai 1631, tout en s'efforçant de pacifier les esprits,
s'était prononcé en faveur des religieux. Malgré la dé-
fense qu'il portait, sous peine d'excommunication, de
renouveler les anciennes discussions, trois écrits furent
publiés pour la défense de Richard Smith. Bientôt
deux écrits latins prirent la défense des auteurs
censurés contre la censure de la faculté de théologie :
Spongia, etc. et contre la circulaire des évêques :
Plainte apologétique de l'Église anglicane. Sous le
pseudonyme Herman Loemelius, l'auteur des deux
réponses, se cachait, comme on le sut plus tard, le
P. Floyd, S. J., professeur à S. -Orner. Ce fut l'occasion
pour le Dr François Rallier de publier en 1632 ses
Vindiciae in Spongiam et son De sacris ordinibus où il
attaquait violemment les réguliers. Du Vergier de
Hauranne, abbé de S.-Cyran, en profita pour lancer
dans le public, sous le nom de Petrus Aurelius, ses deux
volumes Vindiciae Censurae Facultatis theologiae Pari-
siensis adversus Danielem a Jesu et Loemelii Spongiam.
Outre les théories épiscopaliennes qu'il y exposait,
l'auteur s'y répandait en attaques odieuses contre la
Compagnie de Jésus. Sur les recommandations du
pape et de leur général, les jésuites français évitèrent
de se mêler à la querelle, mais ils se plaignirent au roi
des attaques d'Aurelius et demandèrent la suppression
de ses ouvrages. Le clergé s'y opposa. Les jésuites, en
guise de preuve, publièrent un recueil des calomnies
débitées contre eux, mais cela n'eut d'autre effet que
de susciter de nouveaux pamphlets. Les supérieurs des
maisons de Paris et le confesseur du roi désavouèrent
les écrits des auteurs encore inconnus d'eux qui avaient
écrit contre les censures. L'Assemblée du clergé blâma,
11 est vrai, les excès de langage de Petrus Aurelius,
mais soutint ses théories. L'assemblée décennale du
clergé de 1635 ranima les querelles entre séculiers et
réguliers. Petrus Aurelius et Hallier avaient prétendu
exclure les réguliers de la hiérarchie en vertu de leur
institution. Le P. Cellot, alors professeur d'Écriture
sainte à La Flèche, composa son livre De hierarchia et
hierarchis pour établir qu'au contraire ils font partie
de la hiérarchie. Dédié à Urbain VIII, l'ouvrage parut
en 1641 et porte l'approbation de quatre docteurs tous
réguliers, deux de Paris et deux d'Angers. Il est
divisé en neuf livres dont le premier traite de hierar-
chia in génère; le 2« de hierarchia caelesti; le 3« de
hierarchia ecclesiastica in communi; le 4« de inflma
hierarchiae ecclesiasticae specie quae est iurisdictionis ;
le 5" de regularibus in hierarchia iurisdictionis; le 6" de
secunda hierarchiae ecclesiasticae specie quae est or-
dinis; le 7^ de regularibus in hierarchia ordinis; le 8« de
suprema hierarchiae ecclesiasticae specie quae est cha- |
rismatis; le 9« de regularibus in hierarchia charismatis
sive gratiarum. Au ch. xvi du 1. III, il divise la hiérar-
chie de l'Église universelle, dans son sens le plus strict,
en trois parties ou hiérarchies particulières : la première
et la plus élevée est celle des dons ou des grâces gra-
tuites données pour le salut des autres, la 2"= est celle
de l'ordre, la 3^ celle de la juridiction. La première est
caractérisée par la sainteté, la 2" par la consécration,
la 3" par la mission. La l™ donne une autorité d'excel-
lence, la 2« une simple puissance ou office d'après l'ex-
pression de S. Thomas, la 3« la juridiction. Ces trois
hiérarchies sont soumises à l'évêque de Rome comme
au souverain hiérarque et les religieux entrent dans
chacune d'elles soit directement, soit excellemment,
soit par commission. Sans aucun doute, c'est la double
œuvre du Pseudo-aréopagite qui suggéra au P. Cellot
l'idée de cette construction compliquée et subtile qui
n'a certes pas la netteté de lignes d'un édifice juri-
dique. On n'y peut toutefois, sans parti pris, déceler
une intention de diminuer la dignité ni les droits de
l'épiscopat. L'auteur s'en défend et qui peut croire
qu'après les affaires dont nous parlons plus haut, les
supérieurs de la Compagnie eussent toléré une si in-
signe imprudence? L'Assemblée du clergé réunie à
Mantes fit néanmoins examiner le livre par deux amis
dévoués de Saint-Cyran, les évêques de Chartres et de
Bazas, et sur leur rapport le condamna comme conte-
nant une doctrine nouvelle, téméraire, fausse, perni-
cieuse et séditieuse, tendant à diminuer l'autorité du
Saint-Siège, etc. On résolut même de demander à
Rome la condamnation du livre. Le P. Cellot protesta
avec raison contre pareille interprétation de son œuvre
et se défendit dans un mémoire au cardinal Barberini,
secrétaire d'État d'Urbain VIII. Il fut appelé à Paris
par son provincial afin de se défendre de vive voix. La
Sorbonne de son côté s'apprêtait à censurer le livre,
quand Richelieu, qui ne tenait pas à voir se ranimer la
querelle des séculiers et des réguliers, arrêta la mesure.
Une conférence de huit théologiens, présidée par
l'évêque de Rennes, La Mothe-Houdancourt, fut
réunie et le P. Cellot fit non une rétractation, mais une
déclaration sur quinze articles dont la doctrine était
mise au point et prouvée orthodoxe par le contexte.
On ne peut à ce propos, sans injustice, parler de
manque de sincérité. Tout semblait devoir se terminer
là et le P. Cellot préparait même une édition nouvelle,
quand lui parvint la mise à l'Index de son ouvrage
donec corrigatur (décret du 20 nov. 1641). Cellot
exprima sa surprise au cardinal Barberini et se soumit
(lettre de Cellot, 22 juin 1642, Archiv. vatic, Barbe-
rini XXXIX, 54, fol. 352). Il est donc inexact de dire
qu'il rejeta la condamnation sous prétexte que le
Saint-Office n'avait pas juridiction en France, don-
nant ainsi un fâcheux précédent. Cellot répondit plus
tard, dans son Horarum subcesivarum liber singularis,
1648, aux attaques ultérieures de Hallier dans le De
hierarchia libri quattuor et aux invectives de la préface
à la 2" éd. de l'ouvrage de Petrus Aurelius. A propos de
sa condamnation romaine, il y dit ; Sacrae Congrega-
tionis libris censendis propositae iudicium aequitatis et
sapientiae plénum, volens libensque complector (7). Ses
démarches ut ediscerem quid Romae displiceat, ope
tandem amicorum obtinui : aliquot videlicet articulas,
quorum bonam parlem faciunt quae de Regni et Eccle-
siae Gallicanae privilegiis, ornatius, non necessita-
tis gratta e certis tractatibus decerpta in commenta-
rium meum conieci... Praefert autem articulorum illa
séries hune titulum : Corrigenda in libro P. Ludovici
Cellotii de Hierarchia et Hierarchis : Quorum aliqua
tolerari possunt, sed ad maiorem claritatem et abun-
dantiam declaranda sunt, ut omnibus salis flat (ibid., 8).
Il se pourrait que ce « hors-d'œuvre » dont il fut
victime n'ait été inséré par Cellot que pour ama-
douer d'éventuels censeurs gallicans. La Sorbonne
répliqua à la réponse de Cellot par la publication des
procès-verbaux de la conférence de 1641. Après
quelque effervescence tout se calma. Quand on lit les
articles dans leur contexte, on ne peut s'empêcher de
trouver que le scandale des excerpteurs était passa-
blement pharisaïque et le découpage tendancieux. On
peut lire ces articles et d'autres également censurés
dans l'appendice du livre d'A. De Meyer : Les
premières controverses jansénistes en France, 524-31.
(Il en est qu'on cherche vainement aux endroits indi-
qués par les censeurs.)
La publication d'un livre de François Véron, ex-
jésuite et curé de Charenton, La condamnation de la
doctrine des Jansénistes... ou Jansenii Gottescalcus
haereticus et le bâillon des Jansénistes, 1648, provoqua
une controverse autour du prédestinatianisme. Jansé-
nius, sur l'autorité de l'évêque anglican d'Armagh,
125
CELLOT (LOUIS)
— CELSE
126
Jacques Usher, en avait contesté l'existence. Le
P. Sirmond avait publié sous le titre de Praedestinatus
un manuscrit d'un auteur anonyme qui attestait
l'existence de cette hérésie, repoussait l'attribution de
cette doctrine à S. Augustin et réfutait cette hérésie
ainsi qu'un abrégé de l'histoire des prédestinatiens.
Sous le nom de Gilbert Manguin parut en 1650 un
ouvrage en deux volumes : Veterum scriptorum qui in
nono saeculo de gratia scripsenint . Il contient aussi
une dissertation contre le P. Sirmond : Vindiciae
praedestinationis et gratiae. Cellot publia à cette occa-
sion Historia Golieschalci praedestinatiani et accurala
conlrouersiae per eum revocaiae disputatio in libros
quinque distincta, Paris, 1655 (la permission d'impri-
mer du provincial Claude de Lingendes date du
13 juin. 1652). Il y ajoute un Appendix miscellanea
comprenant huit opuscules, les uns des inédits du
temps de Gottschalc, d'autres des documents destinés
à éclairer cette histoire. Le 4« opuscule, un fragment de
S. Augustin, De libero arbiirio ex libris posterioribus
contra Julianum, rapporté par Servat Loup de Fer-
rières, suivi d'une dissertation sur la matière, a été mis
à l'Index par un décret du 3 avr. 1731. Dans les
Concilia de Labbe, Cellot publia les actes du concile de
Tusey (860) et les Notae in capitula Waltheri Aurelia-
nensisepiscopi{Concilia,Nin,co\. 1539 et 641). La Pa^ro-
logie latine reproduit ce dernier écrit (P. L., cxix,
725-26) ainsi qu'une notice sur Hincmar de Reims
d'après Cellot (P. L., cxxiv, coL 967-78).
Les deux rectorats du P. Cellot ne furent pas de
tout repos. A Rouen, il essaya en vain d'apaiser la
colère de l'archevêque François de Harlay, irrité de ce
qu'un prédicateur, dont le zèle manquait parfois de
prudence, le P. Beaumer, avait semblé blâmer un pas-
sage du mandement de l'archevêque menaçant d'ex-
communication ceux qui, sans excuse légitime, man-
queraient trois dimanches consécutifs à la messe de
paroisse et ceux qui défendraient d'y aller. L'arche-
vêque ayant, du coup, porté l'affaire devant le roi,
Richelieu exigea une réparation solennelle. Le P. Cel-
lot dut aller au château de Gaillon faire amende hono-
rable devant une grande assemblée; et dans l'église du
collège de Rouen un prédicateur fit une rétractation
des paroles attribuées au P. Beaumer, préalablement
éloigné du diocèse. D'après l'histoire de l'Église de
Rouen, Richelieu demanda même le départ du P. Cel-
lot qui fut transféré à La Flèche. D'ailleurs la publi-
cation du De hierarchia suscita à Rouen une nouvelle
tempête qui faillit compromettre l'existence même du
collège. Comme recteur de La Flèche, le P. Cellot eut à
recevoir le cœur de Marie de Médicis. La condescen-
dance dont il fit preuve et ses précautions ne parvin-
rent à éviter qu'il ne se produisît certains incidents
provoqués par des querelles de droit et de préséance,
qu'on essaya d'exploiter contre les Jésuites.
Sommervogel, ii, 948-52; ix, 118; xi, col. 1284, 194-95.
— Southwell, Bibl. script. Soc. Jes., 560. — Rapin, S. J.,
Histoire du jansénisme; Id., Mémoires, i et ir. — D'Avrigny,
Mémoires clironologiques et dogmatiques, ii. — De Roche-
monteix, S. J., Le collège Henri IV de La Flèctie, 1889, i-
IV. — Fouqueray, S. J., Histoire de la Compagnie de Jésus
en France, iv et v. — De Meyer, Les premières controverses
jansénistes en France (1640-1649), 1919. — Reusch, Der
Index der verbotenen Bûcher, ii, 288-89. — Moréri, Dict.,
iii, 381-82. — Jean Orcibal, Jean Duvergier de H., abbé
de S.-Cyran, Louvain et Paris, 1947, p. 334 sq.
A. De Bil.
1. CELSE, martyr sous Dioclétien, est men-
tionné au martyrologe romain le 9 janvier, avec
S. Julien, et localisé à Antioche. L'hiéronymien le
place au 6 janv. et le lieu du supplice est Antinoé
d'Égypte. La Passion de S. Julien (B. H. G.«, 970),
qui inspire cette notice, est remplie de traits fabu-
leux.
A. S., janv., i, 570-588. — H. Delehaye, Les martyrs
d'Égypte, A. Boll., 1922, p. 66, 86. — Mart. Hier., éd. Dele-
haye, 28. — Mart. Rom., 13. — Synax. Eccl. Constant., 375,
I 759, 800.
R. Van Doren.
2. CELSE, martyr, 9 avr. . Dans un ms. cassi-
nien du martyrologe, Henschenius a lu un groupe de
martyrs parmi lesquels un Celse. Il les rattache, sans
preuve pourtant, à l'Italie du Sud ou à l'Afrique.
A. S., avrU, i, 818.
R. Van Doren.
3. CELSE, martyr à Milan. Le martyrologe
romain parle au 10 mai de l'invention par S. Ambroise
des corps desSS. Nazaire et Celse, enfant que le même
Nazaire avait élevé. Il les fit transférer à la basilique
des SS. -Apôtres. L'invention elle-même est attestée
déjà par Paulin dans sa Vila Ambrosii (B. H. L., 377)
et, d'après ses données, elle se place en 395, sans qu'on
puisse préciser le mois ni le jour. D'autre part, Paulin
ne dit rien de la translation du corps de Celse, qui, lui,
fut laissé sur place. Les anciens calendriers de Milan
disent aussi, au x'' s. encore, que Celse se trouvait dans
la basilique à côté de laquelle Landolf II de Car-
canne, archevêque de Milan, au témoignage d'Ar-
nulphe (Hist. mediolan. ,i, 10), fonda le monastère « du
saint martyr Celse ». Cependant la mémoire de Celse
fut déjà unie à celle de Nazaire par le martyrologe
hiéronymien (28 juill.). Au v s., Galla Placida fit
bâtir à Ravenne une église en l'honneur des deux
saints. Mais on ignorait tout à leur sujet, sauf leurs
noms. La littérature postérieure en fit des martyrs
sous Néron. Nazaire, disait-on, dans un voyage en
France, rencontra Celse, ou à Évreux ou à Cimiez, près
de Nice. La mère de l'enfant le lui confia. Celse fut
baptisé par S. Pierre. Le maître et son élève, arrêtés,
furent tués sur l'ordre d'Anolinus.
Les notices du martyrologe et du bréviaire font
écho à ces fables, qui proviennent de la Passio
(B.H.L., 6039). Plus tard, on crut que Celse avait
été citoyen de Genèi'e. Pour ce motif, S. François
de Sales inséra les deux saints au propre de son
diocèse.
A. S., juin., VI, 503-04. — D. A. C. L., xi, 1040-42. —
Lanzoni, 244, 379, 601, 746, 927, 985. — F. Savio, La
leggenda dei SS. Nazario e Celso, dans Ambrosiana, vin,
1897. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 400-401. — Mari.
Rom., 310, 183. — Synax. Eccl. Constant., 137-38.
I R. Van Doren.
4. CELSE, martyr romain, est cité le 21 nov. par
le martyrologe romain avec Clément. Celui-ci est le
pape S. Clément, anticipé à tort du 23 nov. Quant à
Celse, qui n'est pas au martyrologe hiéronymien, Ba-
ronius l'a transcrit à cette date d'après un ms. défec-
tueux de S. Cyriaque de Rome.
H. Delehaye, Étude sur le légendier romain, Bruxelles,
1936, p. 45. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 611-612. —
Mart. Rom., 537-38.
R. Van Doren.
5. CELSE, i)rétendu évêque (5^) de TRÊVES
(t vers 142), successeur d'Auspicius (D. H. G. E.,
v, 781-82). La légende de S. Eucher envoyé par
S. Pierre à Trêves et la liste des 25 premiers évêques
ne remontent qu'au x'' s. L'épiscopat d'Eucher ne se
place que vers 250. Dès lors Celse lui-même appar-
tient à la légende. Son nom figurerait pourtant déjà
dans la version de Trêves du martyrologe hiérony-
mien (début du viii" s.). Il y eut une invention des
reliques sous l'archevêque Egbert en 978 (voir le texte
du récit de cette invention, par Thierry de S.-Ma-
thias (v. 1006) dans P. L., cliv, 1233 sq.).
A. S., févr., III, 399-402; nov., ii [146]. — B. H. L., 259.
— Gall. christ, nov., xiii, 374-75. — L. T. K., ii, 807. —
Duchesne, Fastes ép., m, 31-32. — E. Winheller, Die Lebens-
127
CE
LSE
128
beschreibungen der vorkaroling. Bischôfe v. Trier (Diss.
de Bonn), 1933, p. 28 sq.
R. Van Doren.
6. CELSE (Saint), Celsius, Celius, évêque de
VERCEIL le 26« de la liste épiscopale. D'après son
épitaphe acrostiche, qui est conservée, Celse est né en
611. II est mort le 13 avr. entre 658 et 665. On a cepen-
dant voulu le reculer jusqu'en 695. Il serait ainsi le
28« évêque, après Théodore qui assista au concile de
Latran de 680. Mais il n'y a pas de motif de retarder
son élection à un âge si avancé, ni de modifier l'ordre
de la liste épiscopale.
C. I. L., V, 2, n. 6725. — CappeUetti, xiv, 1858, p. 349-
425. — Gams, 825. — Lanzoni, 1042. — Savio, 437-38.
R. Van Doren.
7. CELSE, philosophe du ii« s., auteur du Dis-
cours véritable réfuté par Origène. Nous ne savons rien
de la personnalité de Celse en dehors de ce que nous en
apprend Origène. Lui-même avait puisé ses renseigne-
ments dans l'ouvrage de Celse et il ignorait entière-
ment l'écrit et l'écrivain avant d'avoir été alerté par
son ami Ambroise.
Celse vivait donc au ii" s. de notre ère, mais il ne
nous est pas possible de dire dans quel pays : il a
voyagé en Palestine, en Phénicie, en Égypte, ce qui
veut dire tout au moins qu'il n'était pas originaire de
l'une ou de l'autre de ces contrées. Était-il fixé à
Rome? La chose n'est pas impossible, mais on n'en a
aucune preuve, et l'on croirait plutôt qu'il vivait en
Orient, s'il faut l'identifier, comme on l'a souvent ad-
mis, à l'ami de Lucien de Samosate. Cette identifica-
tion, qui d'ailleurs est loin de s'imposer, reste pos-
sible : il est vraisemblable qu'aux environs de 180 il
eût été difficile de trouver deux personnages du nom
de Celse qui s'intéressaient également à la philosophie
et qui faisaient preuve, au cours de leurs recherches,
d'autant de liberté d'esprit. Cependant il faut remar-
quer que l'ami de Lucien, le destinataire du spirituel
traité sur Alexandre d'Abonotique, avait écrit lui-
même contre les magiciens. Or Celse, l'adversaire
d'Origène, croyait à la magie et ne craignait pas, à l'oc-
casion, d'en faire l'apologie. D'autre part, l'ami de
Lucien était épicurien : « J'ai voulu, écrit Lucien,
venger Épicure, cet homme vraiment sacré, ce divin
génie qui, seul, a réellement connu les charmes de la
vérité et les a transmis à ses disciples dont il est
devenu le libérateur. » Origène, au début de sa réfu-
tation, semble croire que Celse était également épi-
curien et il ne perd pas une occasion pour faire le
procès d'Épicure, qui, on le sait, apparaissait au
christianisme comme le seul philosophe vraiment dan-
gereux, parmi tous les sages de la Grèce. Mais en
avançant dans son travail, Origène est amené à
constater que son adversaire n'est pas aussi attaché à
l'épicurisme qu'il l'avait d'abord soupçonné et, très
loyalement, il reconnaît qu'il est beaucoup plus proche
de Platon que d'Épicure. En réalité, l'auteur du Dis-
cours véritable est un éclectique. Il a reçu une bonne
éducation, il a beaucoup voyagé et il a beaucoup lu.
Il a aussi beaucoup retenu, mais il ne s'est pas attaché
à un système déterminé. Ces constatations s'appli-
queraient-elles à l'ami de Lucien? Nous n'oserions
l'affirmer. En toute hypothèse, cela nous importe peu.
Nous savons seulement d'une manière certaine que
Celse a écrit contre les chrétiens un ouvrage en quatre
livres intitulé Le discours véritable, en 178. Il y avait
en efiet près de soixante-dix ans que cet ouvrage
avait été rédigé quand Ambroise, l'ami et le protec-
teur d'Origène, le découvrit par hasard vers 246-48 et
demanda au prêtre de Césarée d'en entreprendre la
réfutation. Les allusions que contient le Discours véri-
table relativement à la situation de l'empire, à la
menace des Barbares, à la proscription des chrétiens
nous permettent de fixer exactement sa date au mo-
ment où Marc-Aurèle recommence à persécuter le
christianisme et où les menaces incessantes des Bar-
bares obligent l'empereur à entreprendre les difficiles
campagnes du Danube où il trouvera la mort.
L'idée même d'un pareil ouvrage suppose chez son
auteur une réelle largeur d'esprit et une information
peu commune chez un païen. Celse est en effet le
premier, ou tout au moins l'un des premiers parmi les
philosophes ou les rhéteurs, à prendre les chrétiens au
sérieux et à s'occuper d'eux dans un traité développé.
Il est vrai qu'avant lui le rhéteur L. Cornélius Fron-
ton, l'ami d'Antonin et le maître d'éloquence de
Marc-Aurèle, avait été amené à prononcer un discours
contre les chrétiens. Si nous pouvons, comme on l'a
parfois supposé, juger de ce discours perdu par l'Octa-
vius de Minucius Félix, où le païen Caecilius se bor-
nerait à reprendre l'argumentation du rhéteur, il faut
avouer que celle-ci était assez pauvre : Fronton se
serait contenté de reproduire les racontars et les
calomnies populaires contre les chrétiens sans prendre
la peine de les vérifier. Tout aussi superficiel apparaît
Lucien de Samosate dans La mort de Peregrinus qui
met en scène un imposteur du nom de Peregrinus et
dépeint la naïve admiration des chrétiens pour ce soi-
disant confesseur de la foi : les chrétiens apparaissent
à Lucien comme des simples d'esprit, de perpétuels
dupés, des victimes toutes désignées aux ruses des
trompeurs.
Celse, au contraire, s'exprime avec dignité. Il ne se
contente pas d'écouter les grosses plaisanteries des
païens ou même de regarder la vie des chrétiens. Il
tient à s'informer. Il lit les livres de l'Ancien et du
Nouveau Testament. De l'Ancien Testament, qu'il a
pu étudier dans la traduction des Septante, il connaît
surtout la Genèse et l'Exode ; puis, parmi les prophètes,
Isaïe, Michée, Jérémie, Osée, Malachie; il est assez
familier avec les Psaumes. II connaît les histoires de
Daniel, de Jonas, le livre d'Hénoch,les Sybillins. Dans
le Nouveau Testament, il a lu les Évangiles, en parti-
culier celui de S. Mathieu; il ne parle pas de S. Paul,
bien qu'il n'ignore pas absolument les Épîtres; il a
peut-être pris connaissance des Actes des apôtres. II
est également au courant des légendes calomniatrices
qui courent dans les milieux juifs au sujet de Jésus et
de sa naissance miraculeuse.
Poussant plus loin son information, Celse s'est ren-
seigné en étudiant des ouvrages chrétiens, sans se
laisser arrêter par les préjugés de son monde. Il a lu
des écrits gnostiques et marcionites, en particulier un
certain Dialogue céleste dont on ne trouve nulle men-
tion ailleurs. Il connaît au moins les arguments em-
ployés par les apologistes, s'il n'a pas été familier avec
leurs écrits. D'un mot, il a voulu faire une œuvre
sérieuse et il y a réussi.
Certes il lui arriva d'accueillir trop facilement cer-
taines plaisanteries sur la foi aveugle des simples
chrétiens ou sur le prosélytisme ardent de quelques-
uns d'entre eux. Mais il ne méconnaît pas la dignité
morale de leur vie, la noblesse de leur mort, et il
regrette de les voir s'entêter dans une attitude soli-
taire et boudeuse, alors qu'il leur serait facile, semble-
t-il, au prix de quelques concessions, de devenir les
meilleurs serviteurs d'un État qui a besoin de l'aide
de tous ses enfants. Il y a une certaine noblesse dans
les formules finales du Discours véritable : « S'il était
possible que tous les peuples qui habitent l'Europe,
l'Asie, l'Afrique, tant Grecs que Barbares, jusqu'aux
extrémités du monde, fussent unis par la commu-
nauté d'une même foi, peut-être une tentative du
genre de la vôtre aurait-elle chance de réussite; mais
cela est pure chimère, étant donnée la diversité des
populations et de leurs coutumes... Soutenez l'em-
129
CELSE —
CELTZÉNÉ
130
pereur de toutes vos forces; partagez avec lui la dé-
fense du droit; combattez pour lui si les circonstances
l'exigent; aidez-le dans le commandement de ses
armées. Pour cela, cessez de vous dérober aux devoirs
civils et au service militaire; prenez votre part des
fonctions publiques, s'il le faut, pour le salut des lois et
la cause de la piété. » Certes ces formules prouvent
bien que Celse n'a pas compris le véritable problème et
l'impossibilité dans laquelle se trouvaient les chrétiens
de faire la moindre concession au paganisme. Mais
elles montrent aussi avec quel sérieux il traitait
l'Église et ses fidèles. La polémique païenne n'avait
pas, avant lui, atteint cette dignité, et elle devait,
après lui, rester longtemps sans la retrouver.
Le Discours véritable de Celse semble avoir été
divisé en quatre livres. Après une préface, dans
laquelle Celse expose son intention de convbattre les
chrétiens, cette nouvelle engeance d'hommes sans
patrie qui tiennent des réunions illicites pour conspi-
rer contre les lois, le premier livre est une critique
du christianisme faite du point de vue du judaïsme :
un Juif ne peut pas reconnaître en Jésus le Fils de
Dieu. Le deuxième livre critique l'apologétique juive
et chrétienne dans ce qu'elle peut avoir de commun.
Le troisième livre est consacré à l'étude des livres
saints : anthropomorphisme du Dieu d'Israël; im-
possibilité de la résurrection des corps, etc. Enfin,
dans le quatrième livre, Celse rappelle le conflit qui
divise l'empire et le christianisme et montre comment,
selon lui, il serait possible de supprimer ce conflit.
Il est curieux de remarquer que, malgré son impor-
tance, le Discours véritable dut rencontrer peu de
lecteurs. En dehors d'Origène, personne ne le cite dans
l'antiquité; et Origène lui-même ne l'a connu que par
l'intermédiaire de son ami Ambroise qui, l'ayant
découvert comme par hasard, n'a pas eu de cesse
qu'il n'en ait obtenu la réfutation. Plus tard les
écrits de Porphyre et de Julien l'Apostat provoqueront
parmi les chrétiens une émotion profonde. Le Discours
véritable demeura inaperçu. Il marque pourtant une
date dans l'histoire des relations entre le paganisme et
le christianisme. Celse est peut-être le premier païen
qui a tenu à consacrer une réfutation sérieuse aux
enseignements et à la propagande du christianisme.
B. Aube, Histoire des persécutions de l'Église. La polé-
mique païenne à la fin du II' siècle, Paris, 1878. — P. Koet-
schau. Die Gliederung des 'AXnS'lS Aôyos des Celsus, dans
Jahrb. fOr protest. Theol., xxjv, 1892, p. 604-632. — L. Rou-
gier, Celse ou le conflit de la civilisation antique et du chris-
tianisme primitif, Paris, 1926. — A. Miura-Stange, Celsus
und Origenes. Das Gemeinsame ihrer Weltanschauung nach
den achi Bûchern des Origenes gegen Celsus, Giessen, 1926;
O. Glockner, Die Gottes-und Weltanschauung des Celsus, dans
Philologus, lxxxii, 1926-27, p. 329-52. — - P. de Labriolle,
La réaction païenne. Étude sur la polémique antichrétienne
du I" au VI' siècle, Paris, 1934, p. 111 sq.
G. Bardy.
CELSIANUS, Celianus, Gelianus, martyr, se
trouve au martyrologe hiéronymien au 21 janv. Mais il
s'agit du martyr d'Espagne Caecilianus (22 janv.).
A. S., janv., ii, 705. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 53, 55.
R. Van Doren.
1. CELSIN (Saint), prêtre de Reims, n'est pas
cité dans les documents anciens. Le martyrologe
d'Usuard le mentionne au 25 oct. A cette date, son
nom se trouve également au bréviaire de Reims du
xm« s., et il y eut un oratoire en son honneur près de
l'église S.-Nicaise. Saussaye, après Galesinius, dit que
Celsin a vécu à Reims. Il en a fait un fils de S. Balsaus
et un disciple de S. Remi.
A. S., oct., XI, 585-87. — V. Leroquais, Les bréviaires
mss. des biblioth. publ. de France, iv, 63.
R. Van Doren.
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
2. CELSIN (Saint), évêque de Toul, est nommé
en 4<' lieu sur la liste épiscopale (v. Amon (S.) de Toul,
D. H. G. Ë., II, 1322). Le P. De Buck le situe avant
450. Mais on n'a aucun détail sur sa vie. Le corps fut
déposé dans l'église S.-Mansuy; il y eut une invention
des reliques en 1107, une nouvelle élévation en 1511.
A. S., oct., X, 908-11; 48»-50». — Duchesne, m, 62. —
Gallia christiana, xiii, 959. — Gesta episc. Tull., M. G. H.,
SS., VIII, 633. — B. Picard, Histoire de Toul, 207.
R. Van Doren.
CELTZÉNÉ ou CÉLÉZÉNÉ (KeXtstivi^,
KeXejrivri), évêché d'Arménie, d'abord dépendant de
Camachos, puis métropole. Le nom de Celtzéné ou
Célézéné (on trouve aussi Ecclenziné, 'EKKÂevjivfi),
s'entendait non seulement de la ville elle-même mais
encore de la région qui l'entourait. Strabon, fscoypa-
çiKà, XI, IV, 14, l'appelle Acilisène (AKiXiar|vr|). On a
discuté sur l'étymologie du mot, mais tout le monde
est d'accord pour dire que la ville s'appelait jadis
Erez. C'est aujourd'hui Erzincan, sur le cours supé-
rieur de l'Euphrate, au sud-ouest d'Erzéroum.
Celtzéné i)orta pendant quelque temps le nom de
Justinianopolis en l'honneur de l'empereur Justinien.
Ville située sur les confins orientaux de l'empire byzan-
tin, elle eut naturellement une fortune variée suivant
les événements politiques, mais elle ne prit une réelle
importance qu'aux x<= et xi« s., alors que les basileis
obtenaient dans la région des succès éphémères. Elle
fut alors le siège d'un tourmarque (Constantin Por-
phyrogénète, De administrando imperio, c. 43). Cette
importance disparut tout d'un coup après la défaite de
Mantzikiert (1071) qui marqua l'avance définitive des
Turcs Seldjoukides.
Il est difficile de dire à quelle époque Celtzéné reçut
un évêché, car le premier titulaire connu n'apparaît
que vers le milieu du v» s. On en trouve d'autres au
vi« et au vu*'. Chose étonnante cependant, la ville ne
figure sous aucun de ses deux noms sur les notices
épiscopales les plus anciennes, c.-à-d. sur celle du
Pseudo-Épiphane de Chypre, vers le milieu duvii«s.,
et celle de Basile l'Arménien qui est de 829 environ. On
la trouve pour la première fois dans celle dite de Léon
le Sage, qui remonte au début du x« s. (H. Gelzer,
Ungedruckte und ungenugend verôffentliche Texte der
Notitiae episcopatuum, Abhandl. der k. bayer. Aka-
demie der Wiss., I. Cl.,xxi.Bd, III. Abth., 559). L'évê-
ché est alors suffragant de Camachos. Cf. ce mot. La
situation est la même dans la Nova Tactica de Cons-
tantin Porphyrogénète, vers 940 (H. Gelzer, Georgii
Cyprii descriptio orbis romani, p. 82, n. 1739). Sous
Jean Tzimiscès (969-76), elle est métropole sans suf-
fragant, mais unie à un autre siège, celui de Cortzéné :
ô TjinEvou fiToi KopT3ivTis Kal KeXTjfvTis (H. Gel-
zer, Ungedruckte..., 572). Elle avait d'abord passé par
un stade intermédiaire, celui d'archevêché, ainsi que
l'indique la notice 4 de G. Parthey, Hieroclis Synec-
demus et Notitiae graecae episcopatuum, 137. Cepen-
dant une notice qui paraît remonter à 1022-25 l'in-
dique d'abord comme évêché suffragant de Cama-
chos, puis comme métropole avec 21 suffragants
(G. Parthey, op. cit., p. 126, n. 640; p. 127, n. 677),
mais elle est alors unie à Cortzéné et à Taron, aùv
TCO KopTji^vT) Kai Tw Topcôv. La période qui s'étend
de 960 à 1071 (défaite de Mantzikiert) est celle de la
pleine prospérité pour la métropole de Celtzéné. La
décadence suit immédiatement le recul des armées im-
périales. La notice dite d'Alexis Comnène, qui indique
seulement les métropoles, lui attribue le 54" rang
sur 80 (G. Parthey, op. cit., p. 97, n. 57). Sous Manuel
Comnène, Celtzéné est signalée comme n'ayant pas de
suffragant (H. Gelzer, Ungedruckte..., p. 585, n. 26).
Il n'y a là rien d'étonnant, car le désastre de Mantzi-
kiert, survenu un siècle plus tôt, avait entraîné le recul
H. — XII. — 5 —
131
C E LT Z É N É — C E M B A L O
132
du christianisme dans la région el par le fait même la
disparition de plus d'un évèché. Vers 1265, Celtzéné
occupe le 57'' rang parmi les 112 métropoles du pa-
triarcat de Constantinople (H. Gelzer, Ungednickle...,
599), le 54" sur 110 sous Andronic III (ibid., 608). .
Bien qu'elle ne figure pas sur une liste qui remonte |
sans doute à la fin du x\' s., elle est encore Indiquée
sur une autre du xvii'% mais comme n'ayant pas de j
sufïragant (H. (lelzer, UngeJnicIcle..., 641). lùi réalité, ;
elle devait être purement titulaire depuis long-
temps déjà.
On rencontre dans les documents une dizaine de
titulaires de l'évêché de Celtzéné sous ses dilïérents
noms. Le premier est .lean, qui signe en 449 le décret
du patriarche de Constantinople Gennade contre les
simoniaques, Rhalli et Potli, lùvTaypa twv lepcôv
KOtvàvcov, IV, 372. — Georges ou Grégoire (car on trouve
les deux noms), évéque de Justinian()|)olis, prend part I
au V* concile œcuménique (553) et en signe les actes
(Mansi, Sacr. coiic. umpl. coll., ix, 175 C, 192 D,
391 CD). — Théodore Tfis 'louaTiviocvouTToXiTCOV
ttôXêcûs riTOi TOÛ KXliiotToç 'EkkAevjîvtis assiste au
VI" concile œcuménique (681) depuis la 16'' session
(Mansi, xi, 613 D, 628 C). — Georges prend part à
celui de 879 qui réhabilite Photius (Mansi, .wii A-
XVIII A, 373 D). — On possède un sceau de plomb de
Michel, métropolite de Celtzéné, de la fin du x" s. ou
du xi« (G. Schlumberger, Sigillographie de l'empire
byzantin, 288). — Sisinnius occupait le siège vers 1028
(Mansi, xix, 477 B). — Un métropolite de Celtzéné,
dont le nom n'est pas connu, signa le décret du pa-
triarche Jean Xiphillin sur les fiançailles (Mansi,
XIX, 1060 C). — Anthime occupait le siège en 1082
(Bulletin de l'Institut arctiéologique russe de Constan-
tinople, II, 36). — Joseph souscrivit la condamnation
du patriarche Jean Beccos au synode des Blachernes
(1285) (Éclios d'Orient, xxvi, 1927, p. 148). Enfin on
trouve au xix»" s. un titulaire de Celtzéné, Joachim,
nommé en août 1817, mais à titre purement honori-
fique, 'EKKÂriaiaCTTiKfi 'AAf|6£ia, vi, 462.
Le titre de Celtzéné n'a jamais été conféré dans
l'Église romaine, mais bien celui de Justinianopolis.
Celtzéné ne figure pas dans les hstes les plus récentes
de la Consistoriale, bien qu'il soit antérieur de plu-
sieurs siècles au schisme byzantin.
Lequien, i, 435-36. — Malkwart, Siidarmenien, 50-53. —
E. Honigman, Die Ostgrenze des byzantinischen Reiches von
363 bis 1071, 198-204. — H. Gelzer, U ngedruckle iind unge-
niigend verôffenlliche Texte der Notitiae episcopaluum,
Abhandl. der bayer. Akademie der Wiss., l. Cl., xxi. Bd,
III. Abth., p. 574-75, 580-84. i
R. Janin.
CEMBALO, ancien évèché latin de la Cherso-
nèse Taurique ((Crimée). Cette ville était déjà fort
connue des anciens qui la nommaient Symbolon
(ZupgôAcov Aipriv). Sa situation exceptionnelle au fond
d'une baie bien abritée de la mer Noire en faisait un
refuge assuré, même pour les navires de fort tonnage.
Strabon laisse entendre que les habitants, des Scythes,
se livraient à la piraterie. C'est actuellement Bala-
clava, petit port de pêche et station balnéaire à
quelques kilomètres au sud de Sébastopol. Au Moyen
Age, la ville appartenait aux seigneurs grecs de Théo-
doros ou de Gothie, petits souverains vassaux de l'em-
pire de Trébizonde à son origine, mais devenus indé-
pendants par la suite. Il est probable que les Génois y
avaient établi un comptoir dès le début du xiv« s.
Vers 1357, ils s'emparèrent de la ville et y établirent un
consul. Sur une inscription trouvée à Balaclava on lit
en effet le nom de Simone dell'Orto, consul pour l'an-
née 1357. Cembalo constituait |)our les Génois une
acquisition de première importance. La rade, déjà
naturellement j)rotégée par une ceinture de rochers,
devint pour leurs escadres une admirable base navale
que défendit encore une puissante forteresse construite
sur les hauteurs qui limitent le port à l'Est et dont les
ruines subsistent toujours. Cembalo resta au pouvoir
des Génois pendant plus d'un siècle, non sans leur
causer beaucoup d'ennuis. En 1453, la population
grecque de la cité se souleva contre leur domination,
chassa la garnison et fit sa soumission à l'ancien sou-
verain, le seigneur de Théodoros, Alexis. L'année sui-
vante, l'amiral génois Carlo Lomellino, à la tête d'une
flotte importante et d'un corps de débarquement de
6 000 hommes, réussit à reprendre la ville et y rétablit
l'ordre. Cembalo tomba aux mains des Turcs en 1475.
(iràce au zèle des missionnaires, franciscains et
dominicains pour la plupart, Cembalo était un centre
catholique florissant bien avant l'occupation génoise.
Dès 1320, les Frères Mineurs y possédaient un couvent
qui relevait de la custodie de Gazarie, comme les
autres monastères de Crimée. Nous n'avons aucun
renseignement sur l'érection de l'évêché latin; mais il
semble qu'il ne fut pas créé avant la prise de la ville
par les Génois. Il faut remonter jusqu'en 1364 pour
trouver mention d'un évêque. {^ette année-là, le
20 nov., le pape Urbain V nomma au siège de Cem-
balo le franciscain Heremus de Parpaiona qui succé-
dait à un évêque défunt, Nicolas. Ce dernier, dont on
ignore la date d'élection, fut probablement le premier
évêque de Cembalo. En 1386, le siège étant vacant, le
|)ape Lirbain VI y pourvut par la nomination d'un
certain Joseph de Armenia Majori, très probablement
de l'ordre des Frères Mineurs. Il est impossible de
savoir si cet évêque succéda immédiatement à Héré-
mus de Parpaiona ou s'il y en eut d'autres dans l'in-
tervalle. Le franciscain Dominique lui succéda le
9 août 1403. En 1427, le siège est encore dit vacant
par la mort d'un évêque Joseph. Martin V y nomma,
le 15 déc. de cette année, le dominicain Louis de Sam-
pietro, chassé de l'évêché voisin de Soldaïa. Le
15 avr. 1448, le franciscain Barthélémy Capponi suc-
céda à un évêque nommé Léonard. Il fut lui-même
remplacé par un autre frère mineur, Alexandre de
Montaguto, élu le l'""' déc. 1463. Avec ce dernier se
clôt probablement la liste des évêques effectifs de
Cembalo.
A côté des évêques résidentiels, il faut signaler une
série d'évêques titulaires dont la succession est à peu
près régulière jusqu'au début du xvii'" s. Le plus
ancien qui soit connu est un certain Jordan, qui réside
en Avignon du 15 nov. 1364 au 15 févr. 1365. Il est
transféré au siège de Fortiboli, le 2 mars 1366. Vers
1384, nous trouvons Wennemarus de Stadt, O. F. M.,
sufïragant à Munster (1410). Tilman Wesseli, béné-
dictin de l'abbaye de Rheinhardsbrunn (13 juill. 1410-
31), sufïragant à Hildesheim, puis à Breslau. André
Benzis, O. S. B. (1419), auxiliaire à Veszprem; Jean
Pannewetz, doyen de Brieg (11 avr. 1431-47), suffra-
gant à Breslau; Bernard, chanoine régulier de S.-
Augustin (15 mai 1447-56), sulïragant à Breslau; Jean
Pelletz ou Gardens, O. F. M. (1"^' mars 1456-?), sufïra-
gant à Breslau; Jean Wilde (12 mars 1495-?), sufïra-
gant à Kamin; Urbain Sagstetter (17 avr. 1553-57),
sufïragant à Passau; Érasme Pagendorfer (24 mars
1557-t 15 juill. 1561), sulïragant à Passau; Michel
Engelmeier (19 nov. 1561-t 13 juill. 1568), sufïragant à
Passau; Christian Kripper (8 nov. 1570-75), sufïra-
gant à Passau; Hector Wegmann (4 juill. 1575-
t 31 janv. 1589), suffragant à Passau; Christophore
Weilhamer (9 oct. 1589-t 22 mai 1596), suffragant à
Passau; André Hoffmann (1597), suffragant à Passau.
Pendant la longue vacance qui suivit la mort de
l'évêque Joseph de Armenia Majori, le siège de Cem-
balo fut occupé successivement par plusieurs évêques
qui peuvent constituer une seconde série titulaire. Il
133
CEMBALO
— CÉNALIS
134
s'agit peut-être cependant d'évêques effectifs qui ne
prirent pas possession de leur siège ou qui, n'ayant pu
acquitter les taxes requises pour l'expédition des
bulles de provision, perdirent ainsi leurs droits. Dans
ce cas, la Curie romaine procédait à une nouvelle
nomination. Cette seconde série présente la succession
suivante : Jean de Padoue, O. P. (vers 1403-déposé en
1404); Conrad Schopper, O. P. (22 déc. 1404-13);
André Pauli, O. S. B. (17 juill. 1413-?); Odoric de Va-
lentini, O. P. (28 nov. 1418-?); Barthélémy de Cau-
pons, O. F. M. (15 avr. 1448).
Strabon, Rerum geographicarum, XVI, iv. — Lequien,
Oriens christiamis, m, 1109-10. — Demidoff, La Crimée,
Paris, 1855, p. 103-107. — B. Gams, 432. — C. Eubel, i,
194, 495; ii, 143. — R.-A. Vigua, Codice diplomatico délie
Colonie Tauro-Ligure, dans Atti délia Società ligure di sto-
ria patria, vu, ii, Gênes, 1881, p. 721-25, 923-42. —
W. Heyd, Histoire du commerce du Levant au Moyen Age
(traduction Turcy Raymond), ii, Leipzig, 1884, passim. —
K. Kretschner, Die italienische Portolane, Berlin, 1909,
p. 643. • — G. Golubovich, Biblioleca bio-bibliograflca délia
Terra Santa et deW Oriente francescano, u, 72, 266, 267,
548; III, 205; v, 109, 110. — G.-I. Bratianu, Recherches sur
le commerce génois dans la mer Noire au XIII' s., Paris, 1929,
p. 5. — Oberhummer, Symbolon, dans Real-Encyclopàdie
Pauly-Wissowa, iv-a, 1091-92. — R. Lœnertz, La Société
des Frères Pérégrinants, Rome, 1937, p. 99, 123-24. —
A. Battandier, Ann. pontif., 1916, p. 488.
E. Jean.
CEMERINIANA (Ecclesiaj, dont nous connais-
sons l'existence par son évêque donatiste de 411, qui
déclara, dans la conférence de Carthage (Gesla coll.
Carlh., I, 201; P. L., xi, 1338), n'avoir pas de rival,
possédait une basilique catholique desservie par un
prêtre du nom de Terentius. Les revendications de
1 évêque catholique de Constantine, Fortunatus, à
ce sujet dans la même assemblée et le succès du dona-
tisme dans cet évêché suggèrent l'attribution de ce
siège à la province de Numidie. Mesnage nous paraît
un peu osé dans son identification de cet ethnique avec
Numituriana de la Table de Peutinger(K. Miller, Welt-
karle des Castorius genannt die Peutinger'sche Tafel,
Ravensburg, 1888, segm. m, 3), localité située à
6 milles de Milève, sur la route de cette ville à Cirta
(= Constantine).
Morcelli, i, clxix, p. 134-35. — Not. dign., annot.,
p. 655. — Gams, i, 465. — Ch. Tissot, Géographie comparée,
II, Paris, 1888, p. 781. — De Mas-Latrie, Anciens évêchés
de l'Afr., dans Bull, de corresp. ajr., Alger, 1886, p. 90;
Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1870. — Mgr Tou-
lotte, Géogr. de l'Air, chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894,
XLin, p. 106-7. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., Paris, 1912,
p. 412. — H. Jaubert, Anciens évêchés de la Numidie, dans
Rec. de Constantine, 1912, p. 30, § 41.
J. Ferron.
CEMESCAZACUZ, diocèse d'Arménie dont le
titulaire était suffragant du catholicos de Sis. Un
évêque de ce siège, Hayrapet, souscrivit au synode de
1307 tenu dans la ville de Sis.
C. Galani, Conciliationis Ecclesiae armenae cum romana...
pars prima, Rome, 1690, p. 470. — Lequien, t, 1429 sq. —
Mansi, xxv, Venise, 1782, col. 140. — A. Balgy, Historia
doctrinae catholicae inter Armenos, Vienne, 1878, p. 311.
Arn. Van Lantschoot.
CENA (Iles Kneis). A 27 km. au sud-ouest de
Mahares, entre le ras Yonga et le cap Skirra Kedima,
émergent des hauts fonds quatre îlots, dont le plus
grand, Jesira Bsila, n'est qu'un vaste marécage au
sud duquel s'échelonnent en mer, sur 5 km., trois
écueils minuscules. Déjà connus par les navigateurs
antiques — le plus grand semblant bien être « l'île
déserte » du périple de Scylax — il n'est plus fait
mention d'eux jusqu'au vi« s. où le moine Ferrand
nous en donne une description précise dans sa Vie de
S. Fulgence. Au xni^ s., ils réapparaissent dans les
portulans sous le nom de Frissoles.
Le nom de Kneis, quoique présentant une forte
analogie avec la racine arabe Knisia (église; pluriel :
Kneis), nous semble plutôt dériver directement de
Cenis, la ressemblance avec le mot arabe ayant seu-
lement permis la subsistance du toponyme primitif
par rappel du monument qui s'y élevait. Il a été signalé
un Khnis près de Lepti Minus et un Knaiss à 30 km. à
l'ouest de Djemmal; malgré cela il semble bien qu'il ne
faille pas hésiter à identifier l'un des îlots des Kneis,
celui du centre, comme étant le lieu où s'élevait le
monastère dans lequel vint se retirer S. Fulgence et
qu'a si bien décrit Ferrand... monasterium lucensi
littori proximum Bennefensi autem maxima ex parte
conliguiim...
Diverses hypothèses d'identification ont été pro-
posées. Quoique J. Partsch, Tissot, Mgr Toulotte,
Diehl, P. J. Mesnage aient été d'accord pour le situer
sur une des Kneis, Ch. Saumagne (Rev. Tun., 1930,
p. 170, 171), le supposait placé sur une île située au sud
du Ras Yonga, tandis que L. Poinssot qui n'avait pu
visiter l'îlot central, concluant à l'impossibilité de
l'existence d'un monastère sur l'archipel, se rappro-
chait de l'hypothèse de Saumagne. Une reconnaissance
effectuée par J. et P. Cintas en 1938 {Rev. Tun., 1940,
p. 243) et des fouilles effectuées par nous-même en
1941 ont mis la question au point {Rev. Tun., 1942,
p. 251). Il a existé sur l'îlot central, grand de 62 mètres
sur 54, une construction composée de nombreuses
pièces et de citernes, dont les différents éléments de
décoration découverts — chapiteaux ornés de croix
grecques, couvercle de sarcophage, plaques décorées
de croix latines et de pampres, claustra en plâtre
décorés de plaques de verre et de gypse, tombes à
éléments de céramique — prouvent l'existence à cet
endroit d'un édifice religieux dont l'identification avec
! le monastère où S. Fulgence se retira au début du
vi« s. ne fait plus de doute.
Les actes de la conférence de 411 donnent un Boni-
facius,ep(scopusCenens(s,etun compétiteur donatiste,
Vindemius. Il semble bien qu'il faille aller chercher
ailleurs une ville homonyme de l'île, car à part l'igno-
rance où nous sommes de l'existence du monastère à
cette époque, il ne faut pas oublier le caractère
d'imprécision des actes de 411 où il n'est pas tenu
compte des provinces.
Morcelli, Africa christicma, i, Brixen, 1816, p. 135. —
Ch. Tissot, Géographie comparée, i, 190. ■ — L. de Mas-La-
trie, Anciens évêchés de l'Afrique sept., dans Bulletin de corr.
afr., 1886, p. 82. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., 94. —
j Mgr Toulotte, Géographie de l'Afr. chrét., Byzacène, 78.
— Notitia dignitatum, éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53,
p. 623. — Gams, Séries episc, 465. — Ferrand, Vie de S. Ful-
gence de Ruspe, 1929 (trad. G.-G. Lapeyre). — R. P.
G. Lapeyre, S. Fulgence de Ruspe, 1929; Id., Du nou-
veau sur S. Augustin et S. Fulgence, 203. — Partsch,
M. G. H., SS., m. Pars post., p. xxxiv. — Ch. Sau-
! magne, Rev. Tun., 1930, p. 170-71. — L. Poinssot, Ma-
comades-lunci, dans Mémoires Soc. nat. ant. de France,
Lxxxi, 1945, p. 5. — J. Servonnet et F. Lafitte, Le golfe de
Gabès en 188S, 167. — L.-G. Seurat, Bull. Station Océan.
Salammbô, n. 3. — Diehl, L'Afrique byzantine, 427.
Fouilles. — J. et P. Cintas, Rev. Tun., 1940, p. 243
(carte de la région). — G.-L. Feuille, Rev. Tun., 1942,
p. 251.
G.-L. Feuille.
CÉNALIS (Robert), évêque de Vence (1522-30);
de Riez (1530-32); d'Avranches (1532-t 1561). Né à
Paris en 1483, docteur de la Sorbonne en 1513, il
devint chanoine de Soissons, trésorier de la Sainte-
Chapelle de Paris, confesseur du roi François I",
évêque de Vence (22 déc. 1522). Pendant son séjour à
Vence, eut lieu la bataille de Pavie où le roi fut fait
prisonnier. La reine mère, Louise de Savoie, s'étant
rapprochée à Lyon, l'évêque alla la voir pour lui faire
ses condoléances. Mais les diocésains le rappelèrent
d35
CÉNALIS — CENEDA
136
bientôt (1526) à Vence, décimée par des hordes conti-
nuelles de soldats ennemis et surtout par une peste
horrible. Il lutta courageusement pendant trois ans,
puis il fut transféré sur le siège de Riez (20 juin 1530).
Il commença par donner de nouveaux statuts à son
clergé, mais rencontra bientôt l'opposition de ses cha-
noines. En 1532, il fut promu à Avranches. Comme à
Vence, il y eut à lutter contre une peste qui ravageait
toute la région et ne cessa qu'en oct. 1533 pour
reprendre en 1551. Il promulgua en 1533 de nouveaux
statuts d'une haute sagesse. Les historiens y lirent,
au 4"= statut, la liste des ecclésiastiques obligés d'assis-
ter aux synodes d'Avranches, et en particulier la liste
des abbés et des prieurs. Il s'occupa activement de
polémique religieuse. Il mourut à Paris le 27 avr. 1560
ou 1561.
Principaux ouvrages. — De liquidorum leguminum-
que mensuris seu vera mensurarum ponderumque ra-
tione, 1532, 1535, 1547. — Appendix ad coenam Domi-
nicain, seu catholicorum responsio in Buceri offen-
sionem, 1534. — Axioma cathoUcum pro tuendo sacro
coelibatu, 1541, 1545. — Traciatus de uiriusque gladii
facuUate usuque légitima, 1546, 1556, 1558 (ouvrage
dirigé contre un opuscule anglais qui refusait toute
juridiction à l'Église). — Antidotum ad postulaia de
Intérim, 1548. — Axioma de divortio matrimonii
mosaici per legem evangelicam refuiato, 1549. — Opus
quadripartitum de compescenda haereticorum petulantia,
1557. — Adversus quemdam mali ominis, nullius vero
(quod sciri possit) nominis Apologastrum, in causa
tenebrionum haereticorum qui hodie cristas eregere
coeperunt juxta querimonia, 1558. — A ces ouvrages de
controverse Cenalis ajouta quelques livres d'histoire,
dont un Catalogus episcoporum Abrincensium, et une
Historia Galliae. — Traditio Parvae Sycophanticae,
petulanlissimaeque impietatis Calvinicaetraductio, 1556.
— Cenalis avait comme armes : de sable, à trois cygnes
d'argent.
Albanès, Gallia christ, novissima, i, 1899, col. 626-627. —
Bouche, Histoire de Provence, i, 285; ii, 261. — Chenu,
Archiepiscopi et episcopi Galliae, 90 et 550. — D. T. C, ii,
2100-101. — Fisquet, La France pontificale. Digne et Riez,
388-93. — Gallia christiana, i, 1715, col. 408; m, 1725,
col. 1228; IV, 407-9; xi, 1759, col. 497-99. — Papon,
Histoire de Provence, i, 1777, p. 240, 434. — Pigeon,
Le diocèse d'Avranches, sa topographie, ses origines, ses
évêques, Coutances, 1888. - — Tisserand, Histoire de Vence,
1860, p. 114.
P. Calendini.
CENCHRAE (Key/peai, auj. Kechriès), évêché
très douteux du Péloponèse, dépendant de Corinthe.
Cenchreae était le port oriental de Corinthe, sur le
golfe Saronique. Il y eut certainement là une commu-
nauté chrétienne dès les temps apostoliques, puisque
S. Paul parle de la diaconesse Phœbé qui en était
(voir Rom., xvi, 1). Lui-même s'y arrêta en retour-
nant en Asie et s'y fit raser la tête à la suite d'un vœu
(Act., XVIII, 18). C'est probablement à cause de ces
deux faits que l'on a créé la légende d'après laquelle
l'apôtre des gentils aurait établi évêque de Cenchreae
son disciple Lucius. C'est ce que prétendent les
Constiluliones apostolicae, vu, 45; P. G., i, 1052.
Leur témoignage est trop tardif pour mériter quelque
créance. II est du reste difficile d'admettre que Cen-
chreae, simple dépendance de Corinthe, eut un évêché
séparé. En tout cas, il ne figure sur aucune liste
épiscopale.
Lequien, ii, 177-78. — Boite, Kenchreai, dans Real-
Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi"-l, 167-70.
R. Janin.
CENCULIANA ou CUNCULIANA, bourg
de Byzacène qui n'a pu être identifié. En 411, il possé-
dait un évêque catholique, Januarius. La Notice
marque le poste vacant en 484.
Morcelli, Africa christiana, i, Brixen, 1816, p. 135. —
Mesnage, L'Afrique chrétienne, Paris, 1912, p. 190. —
Notitia dignitatum, éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, p. 623.
— L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afrique septen-
trionale, dans Bull, de correspondance afr., Alger, 1886,
p. 82. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Byz., p. 77.
— Thes. ling. lat., Onomasticon, ii, Leipzig, 1909, s. v.
G.-L. Feuille.
CENDENAS, Cendinus, martyr cité le 16 juin
par le martyrologe hiéronymien comme compagnon de
Saturnin et localisé à Messine (Misana). Le saint n'ap-
partient pas à cette ville, puisqu'il n'y a jamais été
fêté. Il faudrait l'identifier avec KîvSos du bréviaire
syriaque (10 mars), Quindeus (Vindeus) du martyro-
loge hiéronymien, Cindinv, du calendrier de marbre
de Naples (20 févr.).
Le martyrologe romain, au 11 juill., dit que Cindeus
subit le martyre à Side (aujourd'hui Eski-Adulia, sur
le golfe d'Adulie) en Pamphylie sous l'empereur Dio-
clétien et le préfet Stratonice. Après de nombreux
tourments, il fut jeté dans le feu. Il n'en subit aucune
atteinte et rendit l'esprit en priant. Cette notice fut
empruntée par Baronius, dit-il, à une Passion perdue
aujourd'hui et dont nous ignorons la valeur.
A. S., janv., iv, 31 ; juill., m, 186. — H. Delehaye, Saints
de Thrace et de Mésie, dans Anal. Bail., xxxi, 259-60. —
F. Lanzoni, 614-15. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 321,
241. — Mort. Rom., 281-82.
R. Van Doren.
CENDEUS, est honoré comme martyr africain
par le martyrologe hiéronymien le 9 mars, et même
le 11 mars à titre de saint carthaginois avec, comme
compagnons, S. Cyrille et plusieurs autres. Mais nous
retrouvons ces deux saints associés dans le bréviaire
syriaque, le 10 mars, sans indication de lieu, KûpiXXos
Kai KevSô:, le 12 mai, avec la désignation de la
ville, Axiopolis, èv 'AÇiouttôâei KûpiAAos kocI ÊTepoi
êÇ pâpTupes; dans le martyrologe hiéronymien, avec
cette dernière précision, les 25 avr., 9 et 10 mai. Dans
ces conditions, l'appartenance de ces saints à l'Orient
et non à l'Afrique ne paraît pas douteuse. Il n'est pas
impossible que Carthage et l'Afrique aient honoré ces
orientaux, surtout à l'époque de la domination
byzantine.
A. S., mars, ii, 3 et 51. — Mart. Hier., éd. de Rossi et
Duchesne, 30; éd. Delehaye, 134-35.
J. Ferron.
CENDRAS, Sendras, Sandrassium. Cette ab-
baye de l'ordre de S. -Benoît, au diocèse d'Alais, fut
fondée vers le x"' s. Elle porta trois vocables : S. -Loup,
S. -Martin, Ste-Marie. Soumise par Urbain V à S. -Vic-
tor de Marseille (1366), elle fut incendiée par les Cami-
sards en 1709 et ne put se relever de ce désastre.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'ancienne France,
ïv, 141. — Bull. corn, art chrétien, i, Nîmes, 1870, p. 393-
421. — G. Charvet, L'abbaye de Cendras. Notice historique
et archéologique, suivie du catalogue analytique des abbés,
Nîmes, 1880. — Cottineau, 651. — Gall. christ., vi, 519-20.
— Devic et Vaissete, Histoire générale de Languedoc, iv,
718-19.
R. Van Doren.
CENEDA, ou Ceneta, orthographe adoptée jus-
qu'en 1866, — localité d'origine romaine où l'on a
retrouvé quelques vestiges de l'antiquité, — dépendit
d'abord de l'ancien évêché d'Oderzo, détruit en partie
par Rotari, roi lombard, en 641, puis complètement
dévasté, en 668, par Grimoald. Les évêques d'Oderzo
et une partie de la population auraient émigré à l'île
d'Heraclea où l'évêché fut établi. Le territoire d'Oder-
zo fut ensuite divisé entre le nouveau diocèse de Cene-
da et les évêchés de Frioul, de Trévise et de Padoue.
On mentionne pour la première fois Ceneda sous Théo-
dose en 420; la localité fut détruite lors des conquêtes
byzantines, mais restaurée ensuite comme ville forti-
137
CEN
EDA
138
fiée. Les Lombards s'en emparèrent et au début du
vni« s. Ceneda était devenu le siège d'un duché lom-
bard dont Orso fut titulaire avant de devenir roi.
Le temps de la fondation du diocèse est vivement
controversé; il est certainement postérieur à la des-
truction d'Oderzo par Grimoald en 668. Un faux di-
plôme de 743 en attribue la fondation à Liutprand;
Paschini estime cependant qu'il faut remonter aux
temps du schisme des Trois Chapitres, pendant que les
rapports étaient coupés avec Rome, ou à la seconde
moitié du vii« s. Pendant cette période, un évêque
réfugié à Heraclea pouvait en même temps revendiquer
le titre d'évêque d'Oderzo et prétendre à la juridic-
tion sur le territoire de Ceneda. Il y eut probablement
au début, à Ceneda, un évêque arien. Orsino participa,
d'après Kehr, au concile romain d'Agathon en 680 et
serait le premier évêque connu de Ceneda. L'historien
de Ceneda, Botteon, fait commencer sa liste épiscopale
par Valentiano en 713. Les habitants de Ceneda
réussirent à se procurer le corps de S. Tiziano, évêque
d'Oderzo en 632, ancien archidiacre de l'évêque
S. Florian, cité en 620 et mort en odeur de sainteté. La
légende rapporte le transfert merveilleux du corps
d'Oderzo à Ceneda, malgré l'opposition des gardiens.
Ceneda aurait vu ses privilèges de ville épiscopale
confirmés par des prodiges, obtenus grâce à son saint
protecteur, alors que S. Magno, évêque d'Oderzo,
résidait à Heraclea vers 670. Le diplôme du 6 juin 743,
attribué à Liutprand, mais dont l'authenticité est à
juste titre contestée, dit que le duc de Ceneda s'adressa
au patriarche Jean d'Aquilée vers 711 pour obtenir la
fondation de l'évêché à Ceneda et confirmer les limites
du diocèse. Le patriarche consacra Valentiano comme
évêque de Ceneda en 713. Valentiano obtint de Liut-
prand pour Ceneda la confirmation des limites de
l'ancien évêché d'Oderzo, reprenant les territoires
administrés par les évêques de Frioul (Venise), Trévise
et Padoue. Il entra aussi en conflit avec le patriarche
de Grado Calixte. Celui-ci contesta la validité même de
la consécration de Valentiano, toujours d'après le
document de Liutprand de 743; il jjrétendait que
l'évêque d'Oderzo, réfugié dans une île au moment où
Valentiano avait obtenu la dignité épiscopale, restait
le vrai titulaire du diocèse; lui-même, Calixte, avait
administré ce territoire après la destruction d'Oderzo
et ne voulait pas être privé de cet avantage; il n'avait
d'ailleurs pas remis cette administration à l'évêque
d'Oderzo, résidant à Heraclea. Liutprand renvoya les
deux plaideurs devant l'évêque Pietro de Pavie, siège
de la résidence royale des Lombards. Valentiano céda
alors à Calixte la disposition de quatre paroisses de son
diocèse pour lui permettre de trouver un abri lorsqu'il
se rendait d'Aquilée à Pavie. A la mort de Valentiano,
Calixte choisit Massimo comme évêque de Ceneda et
voulut le contraindre à de nouvelles concessions. Le
différend fut porté par le duc de Ceneda devant le roi
en 743. Le document rapporte que, lors de la réunion
des évêques, Calixte ainsi que les évêques de Padoue
et de Trévise consentirent à céder définitivement à
Ceneda le territoire d'Oderzo qui leur avait été confié
lors de la destruction de la cité.
Ce document de 743, bien que très contesté, renfer-
merait, d'après Kehr et plusieurs érudits, de nom-
breuses informations précieuses pour l'histoire de la
fondation de Ceneda. Il en est de même d'un diplôme
de Charlemagne du 31 mars 794, concédé à l'évêque
Dolcissimo et confirmant les privilèges du diocèse et
les droits de comte de l'évêque sur son territoire;
bien que son texte ait été interpolé avec un diplôme
d'Otton III du 29 sept. 994, il conserve une réelle
valeur pour l'histoire ancienne du diocèse. Au xii« s.,
l'évêque Matteo eut à défendre la liberté de sa cité et
des biens de l'évêché contre les habitants de Trévise
qui voulaient soumettre tout le diocèse à leur autorité.
Innocent III accorda à Matteo l'autorisation de s'éta-
blir provisoirement avec son chapitre à Conegliaiio.
Heureusement, dès 1203, Matteo pouvait replacer le
siège du diocèse à Ceneda. Innocent III reconnut au
chapitre, le 25 nov. 1200, le droit d'éhre les évêques.
S'appuyant sur des donations de Charlemagne en
794 et de Bérenger en 908, les évêques de Ceneda
exercèrent sur le comté et les localités voisines, non
seulement la juridiction spirituelle, mais aussi l'auto-
rité temporelle. Ces donations souvent contestées et
confirmées par les empereurs causèrent de multiples
soucis aux évêques de Ceneda et les mirent souvent
en conflit avec les communes de Ceneda, de Trévise et
de Conegliano, puis avec Venise. Ils partagèrent leur
autorité avec la République à partir de 1337. Les
évêques tenteront à diverses reprises de reprendre le
pouvoir, mais, malgré le soutien du S. -Siège, se virent
dépossédés complètement de leur autorité temporelle
en 1768. Des attaques dirigées en 1615 par Paolo
Sarpi contre l'autorité comtale des évêques et les pré-
tentions du S. -Siège sont restées célèbres. Le diocèse
dépendit du patriarcat d'Aquilée jusqu'en 1752, puis
du nouvel archevêché d'Udine; actuellement, il est
suffragant du patriarche de Venise.
La cathédrale de Ceneda, dédiée à Ste Marie et à
S. Tiziano, avait été enrichie par des donations impé-
riales et reçut en 1093 du comte Herman et de sa mère
Cuniza des fondations importantes. Le chapitre comp-
tait dix chanoines et l'archidiacre, unique dignitaire
qui assurait les fonctions de curé de la ville, assisté de
six prêtres. Il n'y avait pas d'autres curés dans la cité.
Un chanoine assurait les fonctions de théologal; le
chapitre comprenait en outre 5 clercs et 2 sacristes.
Les revenus de l'évêché étaient estimés au xv!" s. à
3 000 ducats. Le diocèse comptait en outre trois cha-
pitres qui furent supprimés en 1810. Celui d'Oderzo,
établi en 1609 en souvenir de l'ancien évêché, possé-
dait un doyen, six chanoines et quatre clercs; celui de
Conegliano comprenait un archiprêtre et six chanoines.
Le diocèse comptait plusieurs anciens monastères :
Sta-Maria de Sana Valle di Follina, fondée vers 1150
par les cisterciens de Clara Valle de Milan ou par ceux
de S. Pietro de Cerreto de Lodi; monastère livré aux
abbés commendataires dès le xiv<= s. et attribué aux
camaldules au xvi« s. Les abbayes de S. Martino de
Colle et de Sta-Lucia, cédées en sept. 1122 aux cluni-
siens, appartenaient à l'ordre de S. Benoît. L'hospice
de Sta-Maria de Plavi, de Lovadina, fondé en 1009
obtint des faveurs des comtes de Trévise, mais fut
remis aux cisterciens de Sana Valle en 1229, puis en
1490 uni au monastère augustin de Sta Maria degli
Angeli de Muriano du diocèse de Torcello. Mention-
nons en outre, parmi les couvents établis à Ceneda,
les franciscains et les moniales augustines ; à Conegliano,
les chanoines de Latran, les franciscains, les conven-
tuels, les capucins, les bénédictines et les domini-
caines; à Oderzo, les dominicains, les religieuses ser-
vîtes et les capucines; à Serra Valle les conventuels, les
capucins, les bénédictines et les augustines; à Motta,
les franciscains; à Bussoleto, les servîtes.
En 1929, le diocèse comptait 240 000 habitants,
118 paroisses et 528 églises. — Le 20 nov. 1937 il
est devenu le diocèse de Vittorio Veneto.
Liste épiscopale. — Les listes de Mondini, Ughelli,
Cappellettî et Gams comportent certains noms
d'évêques aussi anciens que ceux d'Oderzo; il semble
qu'on peut les éliminer : Vendemio, 560, S. Evenzio et
Angelo. Si on admet que les indications du faux
diplôme de Liutprand ont cependant quelque valeur,
on peut commencer la liste épiscopale avec Orsino,
cité au concile romain d'Agathon en 680. S. Evenzio
est repris d'une liste de Pavie en 381 ; Vendemio aurait
139
CEN
EDA
14Q
été évêque de Cissa et Angelo ou Agnelo, évêque
d'Asolo. Un Satino, cité en 726, serait aussi à éliminer.
— Valentiniano, connu pour ses discussions avec le
patriarche Calixte, fut évêque entre 713 et 740. On a
conservé son sarcophage. — Massimo, rappelé dans le
document de 743 de Liutprand, aurait commencé son
épiscopat en 741 et serait mort avant 790; mais il y a
sans doute des lacunes dans la liste. — ■ Dolcissimo
obtint un privilège de Charlemagne le 31 mars 794.
M. G. H.yDipl. Kar., i, 238. Ce document fut contesté
lors d'un procès en 1337, l'original étant disparu. —
Emmo participa au concile de Mantoue en 827. —
Ripaldo, cité dans une donation contestée de Béren-
ger du 5 août 908, obtint pour les évèques de
Ceneda la part de Settimo sur la Livenza et les forêts
de Gajo et de Ghirano. — Sicardo, cité dans plusieurs
diplômes d'Otton I" de 962, 967, puis d'Otton III de
994 à 997, intervint au concile de Ravenne en 967 et
au synode de Vérone. L'empereur lui confirma la
possession du territoire de l'ancien diocèse d'Oderzo
le 29 sept. 994. — Grausone, consacré vers 998
d'après Lotti, est cité dans un document du doge
Pietro de Venise en 1002. — Elmengero, frère de
Wenceslas, officier du comte de Carinthie, était d'ori-
gine germanique. Il est cité dans les documents de
1021 à 1031. Il aurait été chapelain d'Henri II en
1004 et chargé de protéger les terres de Trévise et
Visena. Il fut un des fidèles de Conrad II. Il prit part
au synode d'Aquilée le 13 juin 1031. — Almanguino
aurait reçu le 10 juin 1053 un diplôme de Léon IX
pour l'abbaye de S. Vincenzo nel Volturno du diocèse
de Capoue. — Bruno, prévôt de Salzbourg, religieux
d'origine germanique, serait mentionné comme évêque
de Ceneda dans le nécrologe de l'abbaye bénédictine de
Salzbourg. Il serait décédé un 23 janv. d'après
Schwartz. — Giovanni, cité en 1074 au sujet des
quatre paroisses cédées au diocèse d'Aquilée par Va-
lentiano. — Roberto ou Roperto céda le 19 oct. 1124
l'église de Talpone à sa cathédrale et accorda un di-
plôme à l'hospice de Sta Maria de Plavi de Talpone
enrichi par les donations d'Herman, comte de Trévise,
en 1120. — Sigismondo, cité en 1130. — Azzone degli
Azzoni, patricien de Trévise, 1140-52. — Aimone,
1152-70. — Sigisfredo, 1170-84; en 1179, il obtint de
Frédéric I" la promesse de faire transférer le siège de
l'évêché de Ceneda à Conegliano et reçut un privilège
du même empereur en 1184 confirmant les droits de
Ceneda. — Matteo di Sicara intervint dans des sen-
tences et donations de 1 187 à 1216. Il eut à se plaindre
des vexations des habitants de Trévise qui s'étaient
emparés des terres de l'évêché, des maisons canoniales
et du palais épiscopal. Il fut autorisé le 25 mars 1199
par Innocent III à résider à Conegliano et, pour ne
])as être réduit à la mendicité, obtint la prévôté de
S. Stefano d'Aquilée. Il put rentrer à Ceneda en 1203.
— Gerardo da Camino, clerc minoré, élu par les cha-
noines en 1217, ne fut pas confirmé. Honorius III
ayant ordonné une enquête le 22 sept. 1217, l'élection
fut annulée. — Alberto da Camino est cité dans de
nombreux documents entre 1220 et 1242. (Gams insère
un certain Matteo en 1230, mais Eubel dôute fort si
Alberto interrompit son épiscopat.) — Guarnieri,
comte de Polcenigo, chanoine de Concordia, élu en
1242, rencontra de l'opposition à son installation à
Ceneda; mais il fut confirmé par Innocent IV le
21 oct. 1243 et l'évêque de Feltre fut chargé de l'ins-
taller. Le 12 juin 1251, il fut nommé évêque de Con-
cordia. — Ruggero, vice-administrateur du patriarche
d'Aquilée et archidiacre de Ceneda, fut élu en 1251 et
pourvu le 12 juin 1252. Il mourut en 1257, alors qu'il
se rendait à Aquilée pour remplacer le patriarche. —
Bianchino, comte de Camino, élu en 1257, serait mort
'a même année. (Certains ont introduit arbitrairement
dans la liste épiscopale un Gaspar intrus vers 1254,
élu par les membres du chapitre retirés à Camino,
adversaires du patriarche d'Aquilée et du pape. II ne
reçut pas de confirmation.) — Alberto da Collo, noble
de Ceneda, chanoine de Belluno, reçut l'investiture
pour les biens de l'évêché dès le 27 oct. 1257. Il inter-
vint dans plusieurs actes épiscopaux; mais Eubel et
Gams le considèrent comme simple élu et non comme
évêque consacré. Il serait mort le 20 déc. 1260. —
Oderico aurait été élu le 14 mai 1261 et serait mort
dès le 16 juin, suivant, sans avoir été consacré. Il
intervint cependant dans plusieurs actes féodaux
concernant le diocèse avec le titre d'évêque, dès le
12 mai 1261, et en signe un autre le 14 déc. — Gio-
vanni, intrus en 1260; est cité dans un acte du 13 mars
1261 ; il aurait été le prédécesseur immédiat d'Oderico
d'après Botteon; élu en févr. 1261, il serait décédé
avant mai de la même année, sans avoir été consacré.
— Prosavio de Novello, élu peu après le décès d'Ode-
rico, intervint dans des actes de 1262 à 1279. Il fut
transféré au siège épiscopal de Trévise le 16 oct. 1279
et mourut le 5 nov. 1291. — Marco da P'abiano, d'une
famille noble de Belluno, fut élu en 1279 et réunit le
synode diocésain en 1280, t 1285. — Pietro Calza,
originaire de Trévise ou de Conegliano, élu en 1286,
t 12 juin. 1300 et inhumé dans sa cathédrale. —
Francesco Arpone, dominicain, professeur de théolo-
gie et grand prédicateur, originaire de Trévise, élu en
1300, t à Trévise en déc. 1310 et inhumé dans sa
cathédrale. — Manfredo, comte de Collalto, élu en
1310, fut transféré à Feltre et Belluno en 1320. vers le
13 juin, .\lors qu'il se rendait à Belluno, il fut assas-
siné le 21 avr. 1321 par des conjurés de Camino. Il fut
inhumé dans la chapelle du château de Collalto. —
Francisco Ramponi, originaire de Feltre, citoyen de
Bologne, ou Rampon, du Quercy, d'après Albe, fut
élu le 4 mars 1320. Il avait été ermite de S. -Augustin.
Il fut élu évêque de Belluno, mais l'élection fut annu-
lée le 6 juin 1323. Benoît XII fit faire une enquête à
son sujet le 26 févr. 1340; on l'avait accusé de nom-
breux excès. La république de Venise lui céda la sou-
veraineté temporelle sur le territoire de Trévise, source
de nombreuses difficultés pour ses successeurs. Il dut
subir les attaques des habitants de Camino s'oppo-
sant à sa juridiction temporelle. Mort à Ceneda le
9 oct. 1348 et inhumé à la cathédrale. - Gasbert
d'Orgueil, dominicain français, originaire de Cahors,
maître en théologie et inquisiteur pour la province de
Cahors, fut nommé à Ceneda par Clément VI le
13 nov. 1349. Il fut aussitôt envoyé près de l'empereur
Jean Cantacuzène pour l'union des Églises. Il reçut le
27 oct. 1354 La confirmation des droits temporels et
privilèges concédés par les empereurs à ses prédéces-
seurs. Il mourut fin mars 1374 (E. Albe, Prélats origi-
naires du Quercy, dans Annales de S. -Louis des
Français, viii, Rome, 1904, p. 156-60). — Oliviero de
Vérone, promu évêque de Macerata et Recanati le
19 févr. 1369, n'étant que minoré, devint évêque de
Ceneda le 29 avr. 1374, alors que Venise proposait
Nicolo Morosini. Mis en possession le 19 oct. suivant,
il mourut en 1377. Lotti le dit originaire des Filandres.
— Le chapitre de Ceneda élut comme successeur en
janv. 1378 Francesco Lando; cette élection approuvée
par le sénat de Venise fut cassée par le pape. Un
Rossetti de Bologne avait été nommé par Clément VII
en 1377; mais il ne put prendre possession. — Andréa
Calderini, noble de Bologne, ami du pape Urbain VI,
fut désigné le 11 janv. 1378. Il avait déjà le titre
d'évêque de Tricarico; il ne vint pas résider à Ceneda
et resta à la Cour pontificale. Il est cité dans les actes
de 1381. — Giorgio Torti, originaire de Tortona, fut
élu évêque de Ceneda, probablement en 1381, et fut
désigné pour Crémone en 1383. Il paya ses taxes
141
C I<: N K 1) A
142
d'obligation en 1386. 11 mourut à Crémone le 25 avr.
1389 alors qu'il venait d'être désigné pour l'évêché de
Vicence. — Marco Porri, d'origine milanaise, élu à
Crémone en 1379, fut nommé à Ceneda en 1383, mais
n'arriva qu'en juill. 1389. Il fut transféré par Boni-
face IX à Nusco en 1394, après avoir été excommunié
pour ne pas avoir encore payé ses taxes pour Ceneda
à la date du 24 déc. 1390. Il mourut à Nusco en 1390.
. — Martino Franceschini, de famille noble milanaise,
archiprêtre de Gemona, archidiacre d'Aquilée, docteur
en droit, clerc de Boniface IX, fut promu évèque de
Ceneda le 26 janv. 1394. Il gouverna son diocèse jus-
qu'en avr. 1399. — Marcello Pietro, chanoine de Pa-
renzo, âgé de 23 ans, originaire de Venise, fut promu
le 24 avr. 1399. Transféré à Padoue le 6 nov. 1409,
devint archevêque de Candie et gouverneur de l'Om-
brie et de Pérouse. f 1428. — Antonio Correr, O. P.,
évêque d'Asolo depuis le 24 mai 1406, était originaire
de Venise et neveu de Grégoire XII. Il aurait exercé
des fonctions épiscopales à Brescia, puis en 1409, le
15 juin., il fut désigné par son oncle pour Ceneda.
Alexandre V cassa cette désignation et nomma un
Giovanni, puis Giacopo Cerbuti ou Cassini en 1410. —
Giovanni, moine bénédictin, aurait été investi de la
charge épiscopale par l'empereur et exerça en fait les
fonctions de 1405 à 1413. Marcello Pietro et Antonio
Correr, de l'obédience romaine, ne seraient pas venus
résider pendant cette période. Jean XXIII confirma
cependant Antonio Correr le 25 mai 1410. Il obtint
plus tard la possession de Ceneda et exerça sa charge
jusqu'en 1445. — Marcello Nicodemo de Venise, élu
en 1445, mourut peu après et fut remplacé par Pietro
Leoni, noble vénitien, évêque d'Ossero, clerc de Cas-
tello, docteur en droit, promu depuis le 6 févr. 1436.
Leoni fut nommé à Ceneda le 4 juin 1445; il résigna en
faveur de son neveu te 15 juin 1474. — Nicolo Trevi-
san, célèbre par son érudition, était né à Padoue et
remplaça son oncle. Il se retira à Padoue, après avoir
refusé la dignité cardinalice dont les insignes furent
cependant peints près de son tombeau érigé à la
cathédrale de Ceneda. t à Padoue le 10 janv. 1498. —
Brevio Francesco, auditeur de la Rote et des Sacres
Palais, originaire de N'enise, fut élu à Ceneda le
18 janv. 1498, tout en conservant sa charge en Curie
et tous ses bénéfices, t le 7 août 1508 à Parme où il
s'était retiré sur l'ordre de Jules II. Marino Gri-
mani, patricien de Venise, simple clerc âgé de 20 ans,
fut promu à (Ceneda le 16 août 1508. Il céda Ceneda au
cardinal Donienico Grimani, son oncle, le 19 janv.
1517, lorsque celui-ci renonça au patriarcat d'Aqui-
lée en sa faveur. Marino renonça lui-même à Aquilée
en faveur de son frère Marco, le 18 avr. 1529, étant
promu cardinal depuis le 3 mai 1527. Il reprit l'admi-
nistration d'.Xquilée le 1'"'' sept. 1535 et y renonça de
nouveau le 23 janv. 1545 en faveur de son frère
Giovanni, évêque de Ceneda. Il reprit l'administra-
tion de Ceneda du 18 déc. 1531 au 20 févr. 1540 et du
23 janv. 1545 à sa mort. Il rencontra alors de nom-
breuses oppositions à Ceneda et se rendit à Rome
pour plaider son cas près de Paul IV. Il fut retenu à
Civitta Vecchia où il mourut, peut-être empoisonné, le
26 sept. 1547. Il fut inhumé à Venise. — Domenico
Grimani, cardinal depuis 1493, fut administrateur de
Ceneda lors de la nomination de Marino à Ceneda en
1508, puis échangea avec celui-ci sa charge de pa-
triarche d'Aquilée en 1517. Domenico céda à son tour
Ceneda à son neveu Giovanni Grimani, le 28 mars 1520,
et mourut le 27 août 1523. — Giovanni Grimani, âgé
de 19 ans, confia l'administration du diocèse à son
frère Marino qui reprit la charge épiscopale le
18 déc. 1531 pour la rendre à Giovanni le 20 févr.
1540 et échanger de nouveau Aquilée contre Ceneda
le 23 janv. 1545, Giovanni gouverna Aquilée jus-
qu'au 17 déc. 1550, puis dut se justifier d'accusa-
tions d'hérésie. Il participa au concile de Trente. Il
reprit le titre de patriarche d'Aquilée le 11 nov. 1585
avec un coadjuteur et mourut le 3 oct. 1593 à l'âge de
92 ans. — Michèle comte délia Torre, clerc d'Aquilée,
né à l'dine en 1511, fut promu évêque de Ceneda le
7 févr. 1547 et fut aussitôt envoyé comme nonce en
France le 20 août 1547. Il participa au concile de
Trente du 11 oct. 1551 au 18 avr. 1552 et du 10 oct.
1561 à la clôture et restaura la discipline ecclésiastique
dans son diocèse. Il remplit les fonctions de vice-légat à
Pérouse en 1553 et fut de nouveau nonce en France
de 1566 à 1568. Il fut promu cardinal en 1583 et mou-
rut à Ceneda au début de févr. 1586. Il fut inhumé
dans sa cathédrale où un monument lui fut élevé. —
Marcantonio Mocenigo, originaire de Venise, prélat
cher à Sixte-Quint, fut nommé évêque de Ceneda le
5 mars 1586, bien que le chapitre de Ceneda eût en-
voyé trois missions pour demander la nomination de
Giovanni Mocenigo, neveu de l'évêque défunt. Mar-
cantonio érigea le séminaire de Ceneda; il accompagna
le cardinal Enrico Gaetani auprès d'Henri IV pour
établir la paix religieuse en France. Il renonça à son
évêché en faveur de son neveu en 1598 et mourut
en 1599. — Leonardo Mocenigo, noble vénitien, fut
promu le 13 janv. 1599. Il eut à débattre la question du
•pouvoir temporel des évêques de Ceneda, tant près du
Saint-Siège que près de la république de Venise. Il y a
aux archives vaticanes plusieurs volumes inédits sur
cette controverse qui reprend toute la question du
pouvoir temporel des évêques, dont un brillant
exposé de Paolo Sarpi : AUegazione , défendant le
point de vue de Venise. Mocenigo dut renoncer à rési-
der à Ceneda à cause de ces discussions et se retira à
Murano, laissant un administrateur pour le spirituel
et un autre pour les affaires civiles à Ceneda. On le
rappela enfin et il mourut en paix dans sa villa au
Belvédère di Cassano del Meschio le 20 mai 1623. Il
fut inhumé dans sa cathédrale. — Pietro Valier, ori-
ginaire de Venise, neveu du cardinal Agostino Valier,
devint chanoine de Padoue, puis évêque de Fama-
gouste et archevêque de Candie résidant à Rome. Il
fut promu cardinal le 11 janv. 1621 et obtint l'évêché
de Ceneda en juin 1623. Il vint résider en mai 1624,
mais fut promu à Padoue dès le 18 août 1625. t le
5 avr. 1629. — Marco Giustiniani de Venise, élu
évêque de Torcello le 19 févr. 1625, fut transféré au
siège épiscopal de Ceneda le 27 oct. suivant. Il passa à
l'évêché de Vérone le 7 avr. 1631. t le 23 août 1649 à
l'âge de 60 ans. — Marco-Antonio Bragadin de Venise,
référendaire des deux Signatures, docteur en droit,
âgé de 41 ans, évèque de t^rema depuis le 3 déc. 1629,
fut promu à C.eneda en avr. 1631 et passa à Vicence le
3 oct. 1636. Il fut élevé à la dignité cardinalice le
16 déc. 1641 et se retira à Rome en 1655. t le 28 mai
1658, âgé de 68 ans. — Sebastiano Pisani, né à Venise
le 9 oct. 1606, docteur en droit, fut promu à l'évêché
de Ceneda le 19 déc. 1639. Il vint résider en avr. 1641
et fut promu à Vérone en 1656. Il renonça à ce diocèse
le 10 déc. 1668. t le 20 avr. 1070. — Albertino Bari-
soni. fils d'un professeur de l'I'niversité de Padoue,
chanoine, vicaire capitulaire et archiprêtre de Padoue,
fut promu évêque de Ceneda le 23 nov. 1053. 11 aida
beaucoup le chapitre en augmentant ses revenus, t le
15 août 1667. — Pietro Leoni de Venise, chanoine de
Padoue, nommé le 19 nov. 1667 à Ceneda, devint
évêque de Vérone le 26 nov. 1691. t à Vérone le
7 sept. 1697. — Marcantonio Agazzi de Venise, neveu
d'.Mexandre VIII, chanoine de Trévise, élu le 1"=' janv.
1692; t le 28 mars 1710 et inhumé à la cathédrale. - -
Francesco Trevisano de Venise fut promu le 20 juill.
1710, mais ne vint résider que le 22 juill. 1715, ayant
continué l'exercice de ses charges en Curie. Promu
143
CENEDA — CENTINA
144
évêque de Vérone le 25 juill. 1725; f le 13 déc. 1732. —
Benedetto De Luca de Venise, nommé le 19 déc. 1725,
ne prit possession que le 26 mars 1726. Promu à Tré-
vise le 22 juin 1739; f le 27 mai 1750. — Lorenzo de
Ponte de N'enise, élu le 4 juill. et sacré à Rome le
17 déc. 1739, fut des plus actifs pour la reconstruction
de la cathédrale. Il mourut le 9 juill. 1768 après une
longue maladie et fut inhumé à la cathédrale. — ■
Giannagostino Gradenigo de Venise, moine du Mont-
Cassin, évêque de Chioggia depuis 1762, fut promu à
Ceneda le 19 sept. 1768. Le 14 déc. 1768, le sénat de
Venise déclara enlever pour toujours tout pouvoir
temporel aux évêques sur Ceneda et son territoire; Gra-
denigo ne réussit pas à faire rapporter le décret, mal-
gré toutes ses démarches et retarda son entrée à
Ceneda dans ce but jusqu'en mars 1770. f le 17 mars
1774 à l'âge de 45 ans. — Giampaolo Dolfm de Venise,
chanoine, puis prieur de Latran, fut promu le
3 juill. 1774. Transféré à Bergame le 28 juill. 1777,
t le 13 mai 1819. — Marco Zaguri, né à Venise le
9 juin 1738, nommé le 12 juill. 1777, promu à VI-
cence le 26 sept. 1785, t le 12 déc. 1810. — Pietro-
Antonio Zorzi de Venise, religieux somasque, pro-
fesseur au séminaire de Venise, fut nommé dès 1785,
mais n'arriva que le 3 avr. 1786. Il fut promu à Udine
le 24 sept. 1792 et reçut le chapeau cardinalice en 1803.
t le 17 sept. 1803. — Giambenedetto Falier de Venise,
abbé du monastère des camaldules délia Vangedizza,
fut promu en 1792. Il se montra particulièrement bon
et secourable lors des guerres et des famines de la fm
du siècle, f le 22 oct. 1821, âgé de 73 ans. — Jacopo
Monico, né à Riese, diocèse de Trévise le 26 juin 1778,
curé de S. Vito d'Asolo, fut nommé le 9 mai 1823. Il
fut promu au patriarcat de Venise le 9 avr. 1825 et
créé cardinal en 1833. t à Venise le 20 avr. 1857. — ■
Antonio-Bernardo Squarcino de Vicence, né le
19 juill. 1780, dominicain, nommé le 17 juin 1828,
s'appliqua à terminer la cathédrale. Promu à l'évêché
d'Adria en déc. 1841, t à Rovigo le 22 déc. 1851. —
Manfredo Bellati de Feltre, né le 11 sept. 1790, cha-
noine, puis vicaire général de Feltre, nommé le
21 oct. 1842, t le 28 sept. 1869. — Maria Corradino,
marquis Carriani, né à Mantoue le 9 mars 1810, fut
promu à Ceneda le 22 sept. 1871. Il renonça à l'épisco-
pat en févr. 1885 et se retira chez les jésuites de
Chieri. fen janv. 1890. — Sigismondo, comte Brando-
lini Rota, né à San Cassiano di Meschio le 14 avr. 1823,
nommé le 30 déc. 1878 évêque titulaire d'Orope et
coadjuteur de Ceneda, succéda à Carriani le 15 févr.
1889. t le 8 janv. 1908. — Andréa Caron, né à Rosa di
Basano, le 14 juin 1848, archiprêtre de Cologna
Veneta, fut nommé coadjuteur de Ceneda avec le
titre d'évêque d'Argos le 5 juill. 1905. Il fut promu le
29 avr. 1912 archevêque de Gênes où le gouvernement
italien lui refusa Vexequatur jusqu'au 17 déc. 1914. Il
fut désigné comme archevêque de Chalcédoine le
22 janv. 1915 et administrateur d'Albano et Civitta
Vecchia. t à Rome le 29 janv. 1927. — Rodolfo
Caroli, né à Rome le 13 déc. 1869, professeur au Sémi-
naire romain et employé des Congrégations, promu le
28 juill. 1913. Il fut nommé archevêque de Tyr le
8 mai 1917 et envoyé comme internonce en Bolivie,
t à La Paz le 25 janv. 1921. — Eugenio Becegato, né
à Fessalta le 23 déc. 1862, vicaire général de Trévise,
fut promu évêque de Sinope le 19 mai 1917 et désigné
comme administrateur de Ceneda, puis comme évêque
le 29 août suivant, t 17 nov. 1943. — Évêque de
Vittorio Veneto : Zafïonato, né le 29 août 1899,
transf. 27 sept. 1945.
Ann. pont., 1910, p. 213; 1918, p. 208; 1919, p. 187;
1928, p. 895. — V. Botteon, Un documenta prezioso riguardo
aile origini del vescovado di Ceneda e la série dei vescovi
cenedesi corretta e documentata, Conegliano, 1907. — Cap-
pelletti, X, 221-320. — E. Cessi, Venezia ducale, i, Le origini,
Padoue, 1927, p. 223. — Eubel, i, 180; n, 124; m, 162;
IV, 144. — Gams, 784. — Kehr, It. pont., vu, 1, 81-88.
La diocesi di Ceneda, Vittorio, 1915. — Lanzoni, 969. —
P. Paschini, Di un presunto documento riguardanle il
patriarca Cirillo e l'origine délia chiesa di Ceneda, dans
Bol. di Udine, ni, 1909, 59-69; Id., Le origini délia chiesa
di Ceneda, dans Miscellanea Giovanni Mercati, v, Citta del
Vaticano, 1946, 145-59. — G. Schwartz, Die Besetzung der
Bistûmer Reichs italiens, Berlin, 1913, 45-46. — Ughelli,
V, 170-220.
L. Jadin.
CE NO NUS, martyr romain; le hiéronymien le
mentionne le 2 juin; c'est le Zenonus du 15 février.
A. S., juin, I, 204. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 293. 295.
R. Van Doren.
CENSURE (Saint), serait le quatrième évêque
d'Auxerre, après S. Germain. En 475, Sidoine Apolli-
naire lui écrivit une lettre (Epist., x). Constance de
Lyon, vers 480, lui dédia ainsi qu'à Patience de Lyon
sa Vie de S. Germain (B. H. L., 3453). On a supposé,
mais sans preuve, que son épiscopat dura 37 ans.
Henschenius place sa mort vers 500. Censure est men-
tionné aux martyrologes hiéronymien et romain le
10 juin, et se trouve aux bréviaires d'Auxerre des
xiv-xv» siècles.
A. S., juin. II, 274-75. — B. H. L., 259. — Duchesne,
II», 445. — Gall. christ., xiii, 265-66. — V. Leroquais, Les
bréviaires mss. des bibl. publ. de France, lu, 8. — Mort.
Hier., éd. Delehaye, 313. — Mort. Rom., 231-33.
R. Van Doren.
CENSURIN est placé par le bollandiste Stilting
au 5 sept, comme martyr à Ostie sous Gallus, en 252,
avec Herculanus et d'autres compagnons. A cette
date, le martyrologe romain n'a retenu que Hercula-
nus. L'hiéronymien non plus ne parle pas de Censurin.
A. S., sept., II, 518-20. — Mort. Rom., 381. — Mort.
Hier., éd. Delehaye, 489.
R. Van Doren.
CENTENARIENSIS (Ecclesia), en Numidie,
n'a pas encore été retrouvée. Il se peut qu'elle corres-
ponde à l'un des deux Ad Centenarium de la Table de
Peutinger (Weltkarte des Castorius genannt die Peu-
tinger'sche Tafel, éd. K. Miller, Ravensburg, 1888,
segm. IV, 1 et segm. n,5),le premier situé à 12 milles de
Tigisi et de Gadiaufala, le second à 22 milles de Zaraï
et à 15 de Diana. La localité dite Centenarias de l'Ano-
nyme de Ravenne {Ravennatis anonymi cosmo g raphia,
m, 6, éd. Pinder et Parthey, p. 149, § 17) a été aussi
mise sur les rangs. Mais aucune découverte n'est venue
confirmer l'une ou l'autre de ces hypothèses. Reginus,
évêque de Tigillava, souscrit à la conférence de 411
(Gesta coll. Carth., i, 133; P. L., xi, 1308), pour un
Cresconius Centenariensis, absent pour raison de santé,
et dont le compétiteur anonyme s'était fait excuser
pour le même motif. La notice de 484 (NoI. prov. Afr.,
Numidia, 39; Victor de Vite, éd. Petschenig, 120;
P. L., Lviii, 270, 301) donne le nom d'un autre pas-
teur catholique du lieu, Florentins; il est cité le trente-
neuvième sur la liste des évêques numides.
Morcelll, i, clxxii, 135-36. — Not. dign., annot., p. 61",
644. — Gams, 465. — De Mas-Latrie, dans Bull, de cor-
resp. afr., 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889,
p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de VAfr. chrét., Numidie,
Rennes-Paris, 1894, xliv, p. 107-8. — P. Mesnage, L'Afr.
chrét., Paris, 1912, p. 307-8. — H. Jaubert, Anciens évêchés
de la Numidie, dans Rec. de Constantine, xlvi, 1912,
p. 30-31, § 42.
J. Ferron.
CENTINA, martyre, 18 sept. En 1754 furent
transférés à Atiliana, près de Mestre, les corps de
deux saints provenant du cimetière de S.-Priscille:
Centina et un autre qu'on appela Boniface; de même
le corps d'un saint enseveli au cimetière de S.-Caiixte,
145
CENTINA —
CENTURIUS
146
que l'on dénomma Fortunatus. S'agissait-il de mar-
tyrs? On pourrait en douter. .
A. S., sept., V, 758.
R. Van Doren.
CENTINI (Maurice), conventuel, théologien,
évêque de Massa Lubrese (1626), de Mileto (1631,
t 1640). Voir D. T. C, ii, 2136.
CENTULA, abbaye. Voir Saint-Riquier.
1. CENTULLION (Guillaume), évêque d'Apt
(1243-t 1246). Il était prévôt d'Apt, au moins depuis
1221, quand il fut appelé à succéder à Geoffroy II
(t 1243), sur le siège épiscopal d'Apt. En 1244, il se
rend à Manosque, où Zoën, évêque d'Avignon et légat
du pape, l'a convoqué avec plusieurs autres prélats de
la région. Le l^"' mai 1244, les évêques signent une for-
mule de trêve. Guillaume Centullion eut à lutter contre
les Simiane qui lui refusaient l'hommage dû à leur
suzerain. Ils vinrent même l'attaquer dans son château
de Signon. Il fut obligé, pour en venir à bout, de faire
appel au pape et au comte de Provence. Ceux-ci
confièrent le règlement de ce différend au légat Zoën,
qui, lui-même, passa la peu agréable mission à Guy
de Soliers, prévôt de Barjols. Les esprits étaient
tellement montés de part et d'autre qu'une solution
ne put intervenir promptement, et Guillaume Cen-
tullion mourut avant de la connaître, le 26 janv. 1246.
Archives des Bouches-du-Rhône, B 284, 313, 338. —
Albanès, Gallia christiana, nov., i, 233-34. — -Boze, Histoire de
l'Église d'Apt, 1820, p. 139. — Gallia christiana, i, 1715,
col. 359. — Papon, Histoire de Provence, i, 1777, p. 226.
P. Calendini.
2. CENTULLION (Raymond), évêque d'Apt
(1272-t 1275). Sautel ne l'admet pas dans sa liste
épiscopale, alors qu'Albanès le donne comme régu-
lièrement élu. Sa parenté avec Guillaume lui avait
probablement valu le canonicat d'Apt, car c'est à ce
titre de chanoine que nous le voyons, dès 1257, accom-
pagner à Marseille Pierre Baile, évêque d'Apt. Ce der-
nier y reçut, le 10 août, la déclaration des Aptésiens,
au sujet du consulat d'Apt, qu'ils reconnaissaient
appartenir de droit à leur évêque. Raymond Cen-
tullion consacra, dans sa cathédrale (sept. 1272), les
deux autels de la Ste- Vierge et de S. -Jean. Il mourut
le 10 juin. 1275.
Albanès, Gallia christ, novissima, i, 238; Instrum., i, 81.
— Bibliothèque de Marseille, ms. 1166, fol. 62 v». — Gallia
christiana, i, 1715, col. 360-61. — Papon, Histoire de Pro-
vence, 1, 227.
P. Calendini.
CENTURIENSIS (Ecclesia), se rattache à la
province romaine de Numidie. Elle est connue par
trois de ses évêques : Quodvultdeus, qui est excom-
munié par le concile de Milève en 402 pour avoir refusé
de discuter avec son rival (Codex canonum eccl. Afri-
canae, c. 87, éd. Christophorus lustellus, Paris, 1615,
p. 21 et 226) et qui prend part en 411 à la conférence
de Carthage (Gest. coll. Carth., i, 126; P. L., xi, 1289);
Cresconius, son compétiteur donatiste floc. iam cit.),
et Januarius, cité le 85« sur la liste de Numidie dans la
Notice de 484 {Nol. prov. Afr., Numidia, 95; Victor
de Vite, éd. Petschenig, 122; P. L., lviii, 271, 310). Il
est possible que cet évêché s'identifie avec les Cen-
turiae de Procope (De bello Vandalico, ii, 13, éd. Din-
dorf, 463), dans lequel Ch. Tissot (Géogr. comparée,
II, Paris, 1888, p. 424) reconnaît un nom de localité et
qu'il suggère d'assimiler à VAd Cenienarium de la
Table de Peutinger (Weltkarte des Castorius genannl
die Peutinger' sche Tafel, éd. Miller, Ravensburg, 1888,
segm. IV, 1) à 12 milles de Tigisi et à 6 d'Ad Rubras;
mais rien n'autorise jusqu'à ce jour ces identifications,
pas plus que celle de VAd Centenarium avec un point
situé à 9 km. à l'E.S.W. d'Ain Hadjar Allah, soutenue
par Tissot (op. cit., 419), ou avec Fedj Deriass, pro-
posée par Toussaint (Bull, du comité, 1897, p. 264-65,
271, n. 15; cf. St. Gsell, Atlas arch., Alger, 1911, f. 18,
Souk Ahras, 170 et 180).
Morcelli, i, clxxiii, 136. — Not. dign., annot., p. 617,
644. — Gams, 465. — De Mas-Latrie, dans Bull, de
corresp. afr., 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889,
p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Numidie,
Rennes-Paris, 1894, XLvr, p. 111-12. — P. Mesnage, L'Afr.
chrét., Paris, 1912, p. 311-12. — H. Jaubert, Anciens évê-
chés de la Numidie..., dans Rec. de Constantine, xlvi, 1912,
p. 31, § 44.
J. Perron.
CENTURIONENSISf Ecoles «a ; , f ait son app a-
rition dans l'histoire au concile provincial tenu à Cirta
(Constantine) entre 305 et 311, le 13 mai au plus tôt
(S. Augustin, Contra Cresconium, m, 27; éd. Barreau,
XXIX, 169-71; P. L., xliii, 510-12; S. Optât, De
schismate Donatistarum, i, 14; éd. Dupin, Paris, 1702,
p. 14-16; cf. Hefele-Leclercq, i, 209-11) : un Nabor a
Centurionis siège parmi les cinq évêques intègres de
l'assemblée. Par contre, en 411 (Gesta coll. Carth.,
I, 202; P. L., XI, 1341), c'est un donatiste sans com-
pétiteur catholique, Januarius Centurionensis, qui se
trouve à la tête de cet évêché. En 484, les catholiques
ont repris possession de la place avec Firmianus, dont
l'ethnique a été lu par les copistes Centurianensis et
qui est cité le sixième, avec la mention prbt, sur la liste
des évêques de Numidie convoqués à Carthage par
Hunéric (Notitia prov. et civil. Afr., Numidia, 6;
Victor de Vite, éd. Petschenig, 119; P. Z,., lviii, 270,
293). Il semble bien que ce soit la localité dont les ma-
gistrats sont mentionnés aux côtés de ceux de Cirta
dans l'interrogatoire des SS. Jacques et Marien (Rui-
narl, Acta martyrum sincera, Vérone, 1731, p. 196, § 5).
ÎVIais cela n'autorise nullement à conclure à la proxi-
mité des deux cités et encore moins à l'identification
de notre évêché avec l'actuel « El Kantour », puisque
ce nom présente un sens en arabe, celui de broussaille,
correspondant parfaitement à la physionomie de la
contrée (cf. A. Cherbouneau, Explication du nomd'El-
Kantour, dans Rec. de Constantine, vi, 1873-74, p. 85-
90; St. Gsell, Atlas arcli., Alger, 1911, f. 8, Phi-
Hppeville, 227).
Morcelli, i, glxxiv, 136-37, — Not. dign., annot., p. 616,
644. — Gams, 465. — De Mas-Latrie, dans Bull, de
corresp. afr., 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889,
p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Numidie,
Rennes-Paris, 1894, xlvi, p. 111-12. — P. Mesnage. L'Afr.
chrét., Paris, 1912, p. 311-12. — H. Jaubert, Anciens éoé-
chés de la Numidie, dans Rec. de Constantine, xlvi, 1912,
p. 31. § 44.
J. Ferron.
CENTURIUS, un laïque de la secte donatiste,
qui, vers les années 400à411, à l'époque où S.Augustin
menait sa campagne de prédications antischisma-
■ tiques, remit à l'Église, c.-à-d. à la hiérarchie catho-
lique, de la part de ses coreligionnaires, quelques-uns
des arguments qu'ils opposaient aux « traditeurs »
dans leurs enseignements oraux ou écrits, en y joi-
gnant un petit nombre de « soi-disant témoignages »
scripturaires favorables à leur cause. L'évêque d'Hip-
pone (Retract., ii, 19; éd. Barreau, n, 77-78; P. L.,
xxxii, 638) prit la peine de lui répondre par un
opuscule aujourd'hui perdu, intifulé Contra quod
attulit Centurius a Donati.stis, et où il reprenait point
par point les objections de son adversaire, en les réfu-
tant très brièvement, à commencer par la question
très débattue du baptême. Ce fut probablement l'oc-
casion du retour de Centurius clairement mentionné
par Augustin, quidam laicus tunc eorum.
P. Monceaux, Hist. litt. de l'Afr. chrét., vi, Paris, 1922,
p. 234; VII, 1923, p. 97-98 (l'auteur brode un peu).
J. Ferron.
147
CEOLFRID
— CÉOS
148
CEOLFRID, saint anglais, abbé des monastères
de Wearmouth et Jarrow (t 716). 11 naquit en 642,
trouva sa formation ascétique dans le monastère de
Gilling, et puis, invité par Wilfrid, il passa à Ripon où
il devint prêtre en 669. En 674 le fondateur de l'ab-
baye de Wearmouth, Benedict Biscop, l'invita pour
l'assister dans la fondation et le gouvernement de ce
monastère célèbre. Plus tard, Ceolfrid fut promu au
gouvernement des deux monastères de Wearmouth et
de Jarrow où il avait comme disciple le Vén. Bède qui
composa une Vie de Ceolfrid et en fit l'éloge dans son
Histoire ecclésiastique. C'était sur l'ordre de Ceolfrid
que Bède fut sacré prêtre. Promoteur zélé de l'unifi-
cation des pratiques ascétiques et des rites liturgiques,
Ceolfrid réussit à convertir plusieurs Irlandais, entre
autres Adamnan, abbé d'Iona, à accepter la pâque et
la tonsure romaines. A son instance, Nectan, roi des
Pietés de l'Écosse, entreprit une réforme des rites
dans son royaume et enjoignit à son clergé de se
conformer aux dispositions conseillées par Ceolfrid.
Après avoir bien établi une tradition monastique et
ecclésiastique qui influença pendant longtemps
l'Église d'Angleterre, Ceolfrid résigna son autorité
abbatiale et partit pour Rome en 716. Au cours de son
voyage, il mourut à Langres le 25 sept, de la même année.
Ses reliques furent transférées en Angleterre, proba-
blement à Wearmouth.
Bède, Viia sanctissimi Ceolfridi, éd. C. Plummer, Vene-
rabilis Baedae Opéra historica, i, Oxford, 1896, p. 388-404;
ti, 369-79. — B. H. L., n. 1726. — D. C. Biogr., i, 439-41.
F. O' Briain.
CEOLWULF, saint roi, et puis moine, en Angle-
terre (t 764). Il succéda à son frère, Osric, comme roi
de Northumbrie en 729 et il favorisa beaucoup l'orga-
nisation de l'Église dans son royaume et le choix de
bons prélats pour les jeunes diocèses placés sous son
autorité. C'était à lui — gloriosissimo régi Ceoliiulfo —
que le Vén. Bède dédia son Histoire ecclésiastique.
Malheureusement son règne fut court. Une insurrec-
tion lui ôta la couronne, et il fut tonsuré de force et
emprisonné dans un monastère en 731. Mis en liberté,
il renonça spontanément à son royaume et devint
moine à Lindisfarne en 737 où il mourut en 764. Il
devint l'objet d'un culte et ses reliques furent transfé-
rées à Norham et plus tard son crâne fut l'objet de
vénération à Durham.
Bède, Historia ecclesiastica gentis Anylorum, éd. C. Plum-
mer, n, Oxford, 1896, p. 336-40, 350, 379, etc. — A. S.,
janv., 1, 1081. — D. C. Biogr., i, 442-44.
F. O' Briain.
CÉOS (Kéoç), petit évêché des Cyclades, dépen-
dant d'Athènes, promu archevêché ])uis métropole
éphémère. L'île de Céos se trouve au sud-est du cap
Sounion (Attique); elle mesure 103 km- et compte
3 733 habitants (1928). Dans l'antiquité, elle porta
aussi le nom d'Hydrousa ('Y5poOaa), qui ne s'est pas
maintenu. Elle possédait quatre villes assez impor-
tantes qui ont laissé des ruines, dignes d'intérêt. Dès
l'époque romaine, le nom prit la forme de Kéa (latin
Cea), puis Keîa et Kia. Les Vénitiens, qui s'emparèrent
de l'île en 1207, la nommèrent Tzia, appellation dont
les Grecs firent Nxjia puis Tjiâ, forme encore em-
ployée de nos jours, bien que le nom ancien de KÉoç
ait été olficiellement rétabli. L'île resta possession
vénitienne de 1207 à 1537, date à laquelle le fameux
amiral turc Haïreddin Barberousse la conquit. Elle
fut unie au duché de Naxos en 1541, puis annexée à la
Turquie en 1566; enfin elle fut incorporée au royaume
de Grèce en 1833. Au début de 711, le pape Constan-
tin, appelé par l'empereur Justinien II, s'y arrêta
quelque temps et y rencontra le patrice Théophile,
chargé de le conduire à Constantinople. Michel Aco-
minatos, métropolite d'Athènes, s'y réfugia après la
prise de sa ville épiscopale par les latins (1205); il y
vécut jusqu'à sa mort (1220).
Il est difficile de dire à quelle époque la petite île de
Céos fut pourvue d'un évêché. On ne trouve pas trace
de celui-ci dans les listes officielles du patriarcat de
Constantinople pendant l'empire byzantin. Il paraît
pour la première fois dans la liste du moine sicilien
Nil Doxapatris (deuxième moitié du xii"^ s.) (G. Par-
they, Hieroclis Synecdemus et Notitiae graecae episco-
patuum, Berlin, 1886, p. 300, n. 276) parmi les onze
suffragants de la métropole d'Athènes. Encore n'est-il
pas sûr que ce ne soit pas une interpolation posté-
rieure, le texte de Nil ayant subi de multiples modifi-
cations. Le titre est f\ KÉcos Kal Geppicov. Thermia est
une petite île voisine de Kéos, appelée Cythnos (Kûôvos)
1 dans l'antiquité (c'est aussi le nom officiel de nos jours).
Elle mesure 82 km'- et compte 2 860 habitants (1928).
L'évêché grec, si tant est qu'il existât alors, dispa-
rut pendant l'occupation latine. Il fut rétabli après la
conquête de l'île par les Turcs et fut même uni à celui
de Syra en 1594. Le patriarche Cyrille Lucaris l'érigea
en archevêché en 1623. Il devint métropole en 1819 et
se vit attribuer alors l'île de Sériphos. La loi du
21 nov. 1833 sur l'organisation de l'Église de Grèce le
remit au rang des évêchés; le 15 déc. 1843, il fut com-
pris dans celui des Cyclades nouvellement créé; enfin
la loi de 1852 l'unit à celui d'Andros, lui-môme suppri-
mé lors de la réforme de 1900.
On ignore à quelle date les Vénitiens établirent un
évêque à Céos. La liste des titulaires connus ne pré-
sente qu'une douzaine de noms du xiv« au xvi'' s. :
Puricivallis (7-1376); Simon de Arezzo; François
Andréa, O. F. M. (6juill. 1422-35); François Berberii
(1435-t 1445); François, O. F. M. (9 juin 1445-
30 avr. 1453); Gometius (24 mai 1498-?); Jean Zotto
(6 févr. 1520-?); Denys Zanettini, O. F. M. (8 févr.
1529-11 déc. 1538); Constantin Justiniani, O. P.
(27 août 1540-t début 1545); Jean de Gaona, O. S. A.
(19 févr. 1546-?); Jacques de Roccha (après 1550).
Depuis la seconde moitié du xvi« s., aucun prélat
ne semble avoir été nommé au siège de Céos, qui
était devenu purement titulaire à la suite de la con-
quête turque. Le titre est de nouveau conféré : Jac-
ques-Thomas O'Dood, élu le 22 mai 1948, auxiliaire
à San Francisco.
La liste des évêques grecs connus ne commence qu'à
la fin du xvi« s. Il est donc assez vraisemblable que
l'évêché de rite byzantin succéda tout simplement
I au latin et qu'il n'existait pas avant le xiii^ s. Cette
liste ne renferme que quatorze noms : Syméon
(?-t 15 janv. 1594); Nectaire (déjà en 1622-8 juin
1630); Daniel (8 juiU. 1630-t avant déc. 1646); Nil
(5 déc. 1646-démissionne le 15 sept. 1650, en faveur
du suivant); Germain, neveu de Nil (juill. 1651-
déposé le 14 août 1651). Pendant le premier épiscopat
de Germain, le patriarche de Constantinople Joan-
nice II, déposé pour la quatrième fois en juill. 1656,
reçoit l'évêché de Céos comme revenu et y meurt à la
fin de 1659 ou au début de 1660; on ignore comment
les deux prélats s'accordèrent; Grégoire (14 août
! 1661-?); Germain, rétabli (mars 1675-?); Macairc
(1721); Barthélémy Deangelis (vers 1730); Ananie
Bradyglossos (vers 1740); Moïse (21 févr. 1748-?);
Néophyte (vers 1760); Grégoire Migadas (?-t pendu
par les Turcs en mai 1792); Sophrone (1792-96); Nico-
dème Roussos (1796-1842).
Bilrchner, Keos, dans Real-Encyclopddie Pauly-Wisso-
\va, xi-1, 182-89. — D.-P. Paschalès, Kios, dans MeyàXri
ÉXÂr|viKf) éyKUKAoTraiSsia, xix, 173-75. — • Jean N. Psyllas,
'iCTTopla Tfjç vi^aou Kéa;, 1921, p. 180-83. — Lequien, Oriens
cliristianus, m, 868-70. — Gams, i, 449. — A. Battandier,
Annuaire pontifical, 1916, p. 384.
H. Janin.
149
CEPARANA —
CÉPHALLÉNIE
150
CEPARANA (S.-Venance), de Separano, ab-
baye de bénédictins sise au confluent du Magra et du
Vara, près de Bollano, aux frontières de la Ligurie,
diocèse de Luni-Sarzana. Les archives étant perdues,
on ignore la date de la fondation du monastère, et
quand il passa sous l'autorité immédiate du S. -Siège.
Il semble avoir été dévasté, quand, en 1447, il fut
cédé par Eugène IV à l'abbaye des olivétains de S.-
Venereo de Tyro. Il fut placé sous commende avant la
fm du xv<^ siècle.
Cottineau, 652. — Kehr, //. pont., vi, ii, 384. — Semeria,
Secoli crist., ii, 154. — B. Tondi, Olivet. dilucid., 80.
R. Van Doren.
CEPARI (Vergiho), jésuite, né vers 1564 à Pu-
nicale près de Pérouse, mort à Rome le 14 mars 1631.
Avant son entrée au noviciat le 21 mai 1582, il avait
étudié le droit. Au Collège romain, il eut S. Louis de
Gonzague comme condisciple et comme ami et assista
à sa mort. Successivement prédicateur dans les prin-
cipales villes d'Italie, professeur d'hébreu au Collège
romain, de théologie aux universités de Parme et de
Padoue, recteur du collège de Florence et du Collège
romain, il se signala avant tout comme hagiographe.
Postulateur des causes de S. Ignace, de S. François
de Borgia, de Ste Marie-Madeleine de Pazzi, de
S. Louis de Gonzague, de S. Stanislas Kostka, des
Bx Rodolphe Aquaviva et John Ogilvie et du véné-
rable Père Joseph Anchieta, de S. Robert Bellarmin, il
consigna les connaissances acquises par une si multiple
expérience en un directoire des canonisations en dix
livres resté manuscrit et dont trois seulement sont
conservés. Benoît XIV le mentionne et en fait grand
cas. Ce sont ses biographies de S. Louis de Gonzague
et de S. Jean Berchmans qui lui ont valu sa renommée.
Sa connaissance intime de leurs vertus et sa propre
expérience spirituelle en font un témoin de première
valeur. Un juge aussi compétent que le P. H. Delehaye,
BoUandiste, n'a pas craint d'écrire — et l'observation
vaut aussi pour la Vie de S. Louis — que la Vie de
S. Jean Berchmans « est une des meilleures Vies de
saints, que l'on éprouve quelque satisfaction à ren-
contrer, dans un genre cultivé par trop de talents
insuffisamment mûris, un modèle aussi soigné, un tra-
vail aussi habilement et aussi soigneusement com-
posé. » (Vie de saint Jean Berchmans, collection Les
saints, 8).
La 1"^ édition de la Vie de S. Louis de Gonzague,
dont l'auteur avait déjà réuni des notes du vivant
même du jeune saint, parut en 1606 sous le titre :
Vila del Bealo Luigi Gonzaga délia Coinpagnia di
Gesu. Dédiée au marquis François de Gonzague,
frère du bienheureux, elle contient une lettre dédica-
toire du marquis au pape Paul V. Une édition revue,
corrigée et complétée par l'auteur, parut en 1630.
Rééditée un grand nombre de fois, elle fut traduite
dans les diverses langues de l'Europe. Grâce aux
appendices qui y furent ajoutés, l'édition du P. Boero,
S. J., de 1862 est la plus complète. Cepari écrivit
aussi une Vie de S. François de Borgia, l"'^ édit.,
1624 in-8, 236 p. Une réédition en fut faite encore en
1884, 2 vol. in-16», 190 et 216 p. La Vita di Giovanni
Berchmans, Fiammingo, religioso délia Compagnia di
Gesu, parue en 1627, fut traduite en néerlandais par
le P. Surius dès 1629, en français par le P. Jean
(Cachet, S. J., et en latin par le P.HermanHugo,S. J.,
en 1630. Sous le nom de Marie-Madeleine Anguillara,
la supérieure des Oblates de Ste-Françoise, fut pu-
bliée une Vie de Ste Françoise Romaine qui repose sur
les notes de Cepari mais qui fut complétée et ordonnée
par le P. Jacques Fuligati (Papebroch, A. S., mars,
II, 176-211 en donne une traduction latine). Confes-
seur et directeur de Ste Marie-Madeleine de Pazzi
et postulateur de sa cause, Cepari avait composé à
l'occasion de la béatification une Vie de la sainte sur
la demande des religieuses du couvent de la Très-
Sainte- Incarnation de Rome, fondation du couvent
N.-D.-des-SS. -Anges de Florence, quand il apprit
l'édition donnée par Racconisi de la Vie par Puccini.
Sur le désir du cardinal Barberini, l'impression fut
arrêtée et l'ouvrage poussé jusqu'au ch. lviii demeura
en la possession du couvent romain. En 1669 à l'occa-
sion de la canonisation, elle fut publiée et complétée
par le P. Fozi, S. J. (cf. A. S., mars, vi, 178 et 249;
elle fut traduite par Papebroch et insérée presque
entièrement).
Le traité ascétique Essercizio délia presenza di Dio,
1621, dédié au cardinal Bellarmin, était hautement
apprécié par celui-ci, qui en faisait sa lecture préférée
à la fm de sa vie. Cepari donna dans les Regole com-
muni délie Vergine di Gesu nel collegio di Castiglione,
1622, une règle à la congrégation fondée par les
saintes nièces de S. Louis de Gonzague (cf. A. S.,
juin, IV, actes de S. Louis à la fin du volume, n. 34
et 99). Une autre congrégation religieuse tiendrait,
elle aussi, sa règle du P. Cepari.
Sommervogel, ii, 957. — Southwell, Scriptores Sociefatis
Jesu, 783. — Patrignani, Menologio, 14 marzo, 101. —
De Guilhermy, Ménologe de la Compagnie de Jésus. Assis-
tance d'Italie, i, 324 n. — Cordara, Historia Societatis Jesu,
VI, 1. XVI, n. 11, p. 445. — A. S., juin, iv, 876 B, 891 F,
1090 sq.; mai, vi, 177-249.
A. De Bil.
CEPHAE CASTELLUM, Cephas, Hasan-
Keph, Hassan-Kef, Hesen-Kipha, Hisn-Kepha, Hi?n-
Petros (?), ville de Mésopotamie située sur le Tigre
dans le Tûr 'Abdin, au sud-est de Maypherqat. Son
évêque apparaît mentionné pour la première fois dans
la Vie du reclus Jacques l'Égyptien. Plus tard, les
jacobites à leur tour y établirent un siège épiscopal.
Évêques : Benjamin (sous Julien l'Apostat), Noé
(451), Athanase (1015; si Hisn-Petros = Hisn-Kepha).
On peut y ajouter l'évêque Denys (vers 1100), si
Hesna, dans la Chronique de Michel le Syrien, est à
identifier avec notre localité. Un autre évêque de
Hesna, Gabriel, participa au synode d'Amid (1616).
J.-S. Assemani, Bibliotheca orienlalis, i, Rome, 1719-28,
p. 547; III, 1, 600; m, 2, 736. — Lequien, ii, 1005 sq.,
1487 sq. — W. Wright, Catalogue of Sgriac Mss. in the
British Muséum, Londres, 1870-72, p. 95, 850, 1136. —
J.-B. Abbeloos-T.-J. Lamy, Gregorii Bar Hebraei Chroni-
con ecclesiasticum, i, Louvain, 1871, col. 429, note 1. —
J.-B. Chabot, Les évêques jacobites du VIII' au XIII' s.,
dans Bévue de l'Orient chrétien, vi, Paris, 1901, p. 198;
Chronique de Michel le Syrien, m, Paris, 1905-10, p. 499.
— E. Honigmann, Studien zur Notifia Antiochena, dans
Byz. Zeitschrijt, xxv, Leipzig, 1925, p. 75, 83. — J. Mark-
wart, Sudarmenia und die Tigrisquellen, Vienne, 1930,
p. 603 sq. (index). — E. Schwartz, Concilium universale
Chalcedonense, vi, Berlin, 1938, p. 49, 92. — R. Devreesse,
Le patriarcat d'Antioche depuis la paix de l'Église jusqu'à
la conquête arabe, Paris, 1945, p. 299, 300, 302, 306, 309.
Arn. Van Lantschoot.
CÉPHALLÉNIE (KE9aAÂr|via, auj. Céphalonie),
évêché des îles Ioniennes, dépendant de Corinthe, puis
métroi)ole. L'île de Céphalonie fut habitée dès
l'époque néolithique et participa à la civilisation my-
cénienne, comme le prouvent les nombreuses décou-
vertes que l'on y a faites. Chez Homère, le nom de
Céphaloniens n'est jamais donné aux seuls habitants
de l'île; il s'applique à tous les sujets d'Ulysse qui
peuplaient aussi les îles voisines, Zante, Ithaque, etc.
C'est Strabon le premier qui l'emploie uniquement
pour les gens de l'île. Céphalonie fut alliée à Athènes
pendant la guerre du Péloponèse et en subit le contre-
coup. Elle fit ensuite partie de la confédération éto-
lienne; elle résista victorieusement à Philippe V de
Macédoine (218 av. J.-C.) et tomba au pouvoir des
Romains en 192. Elle devint la propriété personnelle
151
CÉPHALLÉNIE
152
du consul Gaius Antoine, oncle de Marc Antoine;
il y vécut six ans en exil (59-53). Plus tard, elle fut
donnée aux Athéniens. Sous les Byzantins, Céphalonie
fut le centre du thème des îles Ioniennes jusqu'en 1185.
Elle subit les attaques infructueuses de Robert Guis-
card à la fin du xi« s. Guillaume II s'empara de l'île
en 1185 et y établit un gouverneur. Après la prise de
Constantinople par les latins (1204), elle devint le fief
de Mathieu Orsini, sous la suzeraineté de Venise. Les
Orsini la conservèrent jusqu'en 1357, date à laquelle
elle passa définitivement au pouvoir des Tocco. Cette
nouvelle situation dura jusqu'en 1479. Les Turcs
s'emparèrent alors de l'île; mais les Vénitiens les en
chassèrent en 1503. Les nouveaux maîtres s'occupèrent
sérieusement du développement économique du pays
qui devint rapidement brillant malgré les incursions
répétées des Turcs. Céphalonie fut cédée à la France
par le traité de Campo-Formio (1797), puis elle fit
partie de la République ionienne (1800-07) pour
redevenir française pendant deux ans. Les Anglais
s'en emparèrent en 1809 et la gardèrent sous leur
protectorat, ainsi que les autres îles ioniennes, jusqu'en
1 863 . Elles furent alors rattachées au royaume de Grèce.
Le christianisme pénétra probablement de bonne
heure à Céphalonie, à cause de la position de l'île sur
les voies maritimes qui relient l'Orient à l'Occident.
Au dire de Clément d'Alexandrie le fait se serait
passé vers la fin du i" s. On ignore complètement à
quelle date elle eut un évêché. Le premier titulaire
dont parlent les documents n'est que de 787. Le
diocèse comprenait probablement les deux îles de
Céphalonie et d'Ithaque. Quand les Vénitiens furent
maîtres du pays, l'évêché grec disparut et fit place à un
évêché latin qui en eut tous les droits. Il y eut cepen-
dant des titulaires byzantins, puisqu'en 1362 l'évêque
de Céphalonie était transféré à Naupacte par le
patriarche Calliste (Miklosich et Muller, Acta et diplo-
mala graeca medii aevi, i, 413-15). Toutefois l'évêché
grec fut rétabli vers le milieu du xv'' s. par Léonard
Tocco (1448-79), mais avec juridiction sur Zante et
Ithaque. Cyrille Lucaris l'érigea en archevêché le
6 juill. 1628. Ce fut la cause de démêlés assez violents
entre les clergés des deux îles de Céphalonie et de
Zante, surtout au sujet de l'élection de l'archevêque.
Pour y mettre fin, le provéditeur Pisani publia, en
1716, un décret qui réglait minutieusement cette
question. En sept. 1799, Céphalonie devint métropole,
ainsi que Zante. Quant à Ithaque, elle fut pourvue
d'un évêché soumis à Céphalonie. Celle-ci, comme les
autres îles Ioniennes, resta sous la juridiction du pa-
triarcat de Constantinople jusqu'en juill. 1886. Elles
furent alors rattachées à l'Église de Grèce.
Céphalonie et Ithaque forment aujourd'hui une mé-
tropole grecque orthodoxe qui compte 66 000 fidèles
(1928), avec 110 églises et 108 prêtres séculiers. On y
trouve cinq monastères d'hommes avec une cinquan-
taine de moines et trois monastères de femmes avec
60 moniales. L'évêché publie une revue religieuse,
'Ayios repàaitios. Le métropolite réside à Argostoli,
capitale de l'île.
La liste des évêques grecs n'est un peu complète
qu'à partir du xvi« s. On n'en trouve que deux à
l'époque byzantine. Au concile de Nicée (787), le
prêtre Georges remplaça le titulaire de Céphalonie
dont le nom est inconnu (Mansi, xiii, 145 B, 369 C,
392 B). Antoine prit part à celui de 879 qui réhabilita
Photius (Mansi, xvii A-xviii A,. 376 B). Un évêque,
dont le nom est inconnu, fut transféré à Naupacte en
sept. 1362 (Miklosich et Muller, op. cil., i, 413-15). —
Philothée Loberdos, 1567-80. — Anthime Antipas,
vers 1605. •— Parthénius I", 1622? — Pachôme Doxa-
ras, 1624. — Nicodème Métaxas, mai 1628-t 1646. —
Jérémie, 1646-t 1651. — Paisios Choidas, 1664-t 1672.
— Timothée Typaldos, 1684-t 1718. — Sophrone,
1721. — Séraphim, 1725. — Abramius Méhssène,
1756. — Sophrone Coutoubalès, déposé en 1762. — ■
Joannice, l'784. — • Parthénius II Macrès, sacré en
mars 1824-t juUl. 1842. — Constantin Typaldos, élu
en nov. 1842, refusé par le sénat ionien. — Spyridon
Contomichalès, déc. 1842-t juill. 1873. — Spyridon
Combothécras, nov. 1874-démission en mai 1876. —
Germain Calligas, oct. 1883, nommé archevêque
d'Athènes le 5 juin 1889. — Gérasime Dorigas ou
Dorizas, 5 févr. 1893-t 24 janv. 1901. — Damascène
Polydorou, 9 juill. 1901-t 1934. — Germain, sacré le
14 juin 1934.
L'évêché latin fut sans doute créé au début de 1207
en même temps qu'était nommé le premier titulaire.
Le 11 mars 1222, Innocent III l'unit à celui de Zante.
En 1625, cette union fut déclarée perpétuelle. Au mo-
ment de l'annexion des îles Ioniennes au royaume de
Grèce (1862), le diocèse de Céphalonie et Zante fut
soumis comme suffragant à l'archevêché de Corfou.
Quatre ans plus tôt, l'administration en avait été
confiée à l'archevêque de Corfou. De 1872 à 1885 il y
eut encore un évêque; mais depuis lors a été rétablie la
situation créée en 1859. Le nombre des fidèles a
d'ailleurs rapidement diminué. Les persécutions que
les orthodoxes leur ont fait subir après l'annexion à la
Grèce en décidèrent un bon nombre à s'expatrier.
L'exode a continué depuis lors. A la fin du xix« s. le
nombre des catholiques était tombé à 450, dont 300
pour l'île de Zante et 150 pour celle de Céphalonie. Ils
ont 7 églises et chapelles, avec 2 prêtres séculiers et
3 capucins. Zante possède une maison épiscopale,
mais il n'y en a point à Céphalonie.
La succession épiscopale est assez régulière depuis le
milieu du xiv» s., avec une interruption de cinquante
ans à la fin du xv, causée sans doute par l'occupation
turque (1479-1503). La liste des évêques connus ren-
ferme plus de quarante noms. Benoît, élu le 13 mars
1207-?. — G..., vers 1245. — Palmerius de Gallucio,
?-10 nov. 1252. — Rainier Nerucius, ?-t avant 1350?
— Emmanuel, O. S. B., 14 juin 1350-?. — Daniel,
?-t 1370. -- Perceval d'Aléria, 6 mars 1370-1375. —
Ange de Cotronio, O. S. A., 22 juin 1375-t 1383?. —
PrincivaUi, 1385. — Biaise, O. S. A., ?-1396. — Pierre
Jean, 12 janv. 1396-t 1400. — Grégoire Nardi,
29 nov. 1400-1427. — Antoine de Morellis, 17 oct.
1427-30? — Dominique de Pupio, 23 mars 1430-
t 1436. — Jean, 25 févr. 1437-t 1442. — Jean Jacobi,
O. S. A., 27 févr. 1443-57? — Jean de Archadia,
31 janv. 1458-62. — Jean-Antoine Scardameti, O. F.
M., 23 oct. 1462-?. — Marc, ?-1521. — Ferdinand de
Médicis, 9 août 1521-55. — Jean-François Commen-
done, 25 oct. 1555-? — ■ Jean-Pierre Delflno, chan. de
S. Aug., 27 mars 1560-?. — Paul del Grasso, 14 juill.
1574-î 1589. — Dominique Carh, O. F. M. Conv.,
26 juill. 1589-t 1596. — Raphaël Inviziati, 24 janv.
1597-1611. — Marc Pasqualigo, 10 oct. 1611-t 1624.
— Michel de Varofis, O. F. M. Conv., 27 janv. 1625-
1 1634. — Constantin Rossi, 24 juin 1634-15 août 1640.
— Jean Rossi, 3 déc. 1640-54. — François Gozzadini,
22 mars 1654-66. — Hyacinthe-Marie Conigli, O. P.,
6 mai 1675-mai 1695. — JunelU, O. S. B., 19 août 1695-
98. — Jean-Vincent Filippi, 1698-10 mai 1718. —
Jean-Chrysostome Calvi, O. P., 10 mai 1718-
7 sept. 1729. — Joseph Caccia, O. F. M., 28 nov. 1729-
8 janv. 1731. — César Bonaiuti, 8 janv. 1731-27 févr.
1736. — Balthasar Remondini, 27 févr. 1736-t 5 oct.
1777. — Bernard Nochini, O. F. M., 12 sept. 1778-
t 27 janv. 1785. — François Mercati, 2 oct. 1785-?. —
Pacifique Deani, 1815. — Louis Scacoz, O. F. M.,
8 août 1815-1830. — Louis Lastaria, 4 nov. 1831-59. —
Jean Evangelo Boni, O. F. M. Cap., 27 juill. 1872-
27 mars 1885.
J53
CÉPHALLÉNIE
— CÉRASONTE
154
Lequien, ii, 234-35; m, 889-92. — B. Gams, i, 399; ii,
89. — C. Eubel, i, 188; ii, 139; m, 178; iv, 145. — Smith.
Dictionary of Greek and Roman Geographg, i, 587-88. —
BUrchner, Kephallenia, dans Real-Encyclopàdie Pauly-
Wlssowa, xi-1, 193-215. — KEçaXArivia, dans MryàAri éA^rl-
viK^i éyKUKAoTTaiStla, xiv, 300-8.
R. Janin.
CÉRAMEUS (Nicolas), A'erameiis, médecin et
théologien grec (f 1672 ou 1670). Voir D. T. C, ii,
2136-37.
CÉRAMUS (Képapos), évêché de la province de
Carie, dépendant d'Aphrodisias ou Stauropolis. La
ville de Céramus était un petit port de cabotage situé
sur la rive nord du golfe Céramique et tirait son nom
de la terre à potier (Képaiioç) très abondante dans la
région. Colonie dorienne, elle parvint à une grande
prospérité, si l'on en juge par les monuments remar-
quables qui en restent : arc de triomphe, temples,
sarcophages, mur d'enceinte avec tours et en partie
conservé, acropole défendue par un triple rempart.
Elle fut d'abord soumise à Stratoniceia, puis devint
autonome et fut une des principales villes de la Confé-
dération Chrysaoricienne {Bull, de corresp. hellénique,
IX, 468). Elle battait monnaie sous l'empire romain.
C'est aujourd'hui la bourgade de Gérémé, nom qui
n'est que la déformation turque du grec KÉpaiiOS-
Céramus eut sans doute un évêché à partir du iv« s.
On ne connaît que quatre titulaires qui s'échelonnent
du w au ix" s. Spudasius assista au concile d'Éphèse
(431) (Mansi, iv, 1125 C, 1157 C, 1216 A, 1365 D;
VI, col. 873 A). Maurianus était administrateur du
diocèse lors du second concile de Nicée (787) (Mansi,
XII, col. 998 C). A ce même concile assistait Nicétas,
évêque nommé, ÙTTOi|ir|9ios de Céramus (Mansi, xiii,
393 C). Syméon prit part au concile de 879 qui réhabi-
lita Photius (Mansi, xvii A-xviii A, 376 E). L'évêché
de Céramus disparut probablement lors de l'invasion
turque (fin du xu« s.).
Le titre de Céramus a été conféré une dizaine de fois
dans l'Église romaine : Jean Davoust, M. E. P., 1771-
80, coadjuteur puis vicaire apostolique du Tonkin
occidental. — Louis Bernucci, O. F. M. Cap., 1822. —
Emmanuel Viccuna, 22 déc. 1828-2 juill. 1832, coad-
juteur à Santiago du Chili. — André Carruthers,
13 sept. 1832-t 24 mai 1852, vicaire apostolique du
district oriental d'Écosse. — Jacques Jeancard,
18 mars 1858-t 6 juill. 1875, auxiliaire à Marseille. — •
Salvador Casanas y Pagès, 28 févr. 1878-22 sept. 1879,
administrateur d'Urgel. — Patrick Manogue, 11 juill.
1880-24 févr. 1884, coadj. à Sacramento (U. S. A.). —
Étienne Reville, O. S. A., 27 janv. 1885-21 cet.
1901, coadjuteur à Sandhurst. — Georges Carie,
6 déc. 1906-8 juin 1918, auxiliaire à Makarska. —
Joseph Skwireckas, 10 mars 1919-5 avr. 1926, sufïra-
gant à Samogitie. — Jean Hildebrand, 27 avr. 1926-
t 28 sept. 1931, auxiliaire à Paderborn. — Antoine
Valente da Fonseca, 23 oct. 1931-31 mai 1933, auxi-
liaire à Vila Real. — Camille-Valentin Stappers,
0. F. M., élu le 26 févr. 1934, premier vicaire aposto-
lique de Lulua et Katanga.
Lequien, i, 917-18. — Smith, Dictionary of Greek and
Roman Geography, i, 589. — BUrchner, Keramos, dans
Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 589. — • A. Bat-
tandler, Ann. pont., 1916, p. 384.
R. Janin.
CERAMUSSA, évêché numide, mentionné seu-
lement dans les procès-verbaux de la conférence de 411
(Ge$t. coll. Carth., i, 65, 133 et 134; P. L., xi, 1235,
1275 et 1311). L'Ecclesia Ceramussensis, dont le nom se
trouve déformé en ceramunensis dans le compte rendu
(i, 133), n'avait alors qu'un évêque, Severianus, un
catholique. De la discussion qui s'éleva entre lui et
l'évêque donatiste de Milève (= Mila), le primat
(senex) Adeodatus, au sujet de la juridiction sur le
territoire de Ceramussa, il résulte qu'il n'y avait plus
de donatistes, s'il y en avait jamais eu, dans cette
Église, bien que le parti schismatique, en la rattachant
au diocèse de Milève, la revendiquât comme y ayant
des partisans. Nous estimons avec le P. Mesnage
(L'Afrique chrét., Paris, 1912, p. 298 et St. Gsell,
Atlas arch., Alger, 1911, f. 1, cap Bougaroun, 5) que la
grande distance qui sépare de l'antique Milève le
village actuel de Gueramoussa, situé près de la mer
au N. W. de Collo (= Chullu), s'oppose à la séduisante
identification établie par Mgr Toulotte (Géogr. de
l'Afr. chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894) entre cette
localité et notre évêché.
Morcelli, i, clxxv, 137. — Not. dign., annot., p. 644. —
Gams, 465. — Ch. Tissot, Géogr. comparée, ii, Paris,
1888, p. 778. — L. de Mas-Latrie, dans Bull, de corresp.
air., 1886, p. 90; Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1870.
— H. Jaubert, Anciens évéchés de la Numidie, dans Rec.
de Constantine, xlvi, 1912, p. 31-32, § 45.
J. Ferron.
CÉRASA (Képaaa), ou C erasae (Képaaai), évêché
de la province de Lydie, dépendant de Sardes. Cérasa
était une petite ville située entre Bagae et Mésotmolos.
On l'a identifiée successivement avec plusieurs villages
turcs, comme Sirgie, Eliesler, Beyseyr, mais sans par-
venir à une certitude.
Cérasa eut sans doute un évêché à partir du iv« s.
Toutefois on ne rencontre de titulaire qu'au v*'. Méné-
cratès assista au concile de Chalcédoine, 451 (Mansi,
VI, 573 D, 948 B, 980 E, 996 D, 1070 A, 1089 A; vu,
124 A, 152 D, 440 E). — Jean prit part au cinquième
concile œcuménique, 553 (Mansi, ix, 177 B, 193 D,
394 A). — Michel fut un des Pères du second concile
de Nicée, 787 (Mansi, xiii, 144 D, 369 B, 389 A). —
Agathon prit part au concile de 879 qui réhabilita
Photius (Mansi, xvii A-xviii A, 376 C).
Le titre de Cérasa ne figure dans les listes de la
Consistoriale que depuis 1923 et n'a encore été con-
féré qu'une fois. — André-Réginald Jacq, O. P.,
élu le 8 juill. 1948, coadjuteur du vicaire apostolique
de Langson et Caobang (Tonkin).
Lequien, i, 893-94. — Smith, Dictionary of Greek and
Roman Geography, i, 590. — BUrchner, Kerasa, dans Real-
Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 264.
R. Janin.
CÉRASONTE (KepacjoOs), évêché de la pro-
vince du Pont Polémoniaque, d'abord suffragant de
Néocésarée, puis métropole indépendante. La ville se
trouvait à 60 km. à l'ouest de Trébizonde, sur le bord
de la mer. Pendant longtemps on avait cru sans contes-
tation que c'était là qu'avaient abouti les Dix Mille au
cours de leur fameuse retraite (Xénophon, Anabase,
V, m, § 1-4,); des auteurs modernes par contre ont
prétendu, à la fin du xix" s., qu'il fallait distinguer
deux Cérasontes, l'une à l'ouest de Trébizonde et
l'autre à l'est. C'est à celle-ci que ferait allusion Xéno-
phon. Pour soutenir cette opinion, ils se basaient sur
les distances indiquées par V Anabase (cf. B. Mystaki-
dès, EOÇeivos FFôvtos, dans NeoAôyou égSotiafa
èiTieEcbpTiaiç, I, 1892, p. 697-98, et Périclès Trianta-
phyllidès, TTovTiKd, 174). Cette opinion a été abandon-
née depuis lors comme une pure hypothèse que rien ne
semble justifier.
La ville de Cérasonte était une colonie de Sinope et
remontait sans doute au vii« s. av. J.-C. Elle se trou-
vait dans la vallée, à une faible distance de la petite
ville actuelle de Giresun, qui retient encore, à peine
déformé, le nom ancien. Giresun est bâtie sur l'em-
placement de Pharnakia (CDapvocKÎa), fondée par
Pharnakès. Cette appellation ne supplanta pas celle de
Cérasonte, qui finit par être seule employée, surtout à
cause des cerisiers (KépoCTOi) très nombreux dans la
155
CÉRASONTE
— CERBON
15fi
région et juslement renommés dans le monde romain
depuis que Lucullus les avait fait connaître en Italie.
La ville n'eut jamais une grande importance, bien
qu'elle ait laissé des ruines qui ofTrent quelque inté-
rêt : les restes des anciens remparts, d'un amphi-
théâtre, d'une forteresse et de plusieurs églises byzan-
tines. Elle fit partie de l'empire de Trébizonde et
tomba avec lui entre les mains de Mahomet II. En
1915, la ville de Giresun comptait 20 000 habitants,
dont 12 000 Grecs, 6 000 Turcs et 2 000 Arméniens.
Elle n'en a plus que 5 000 à peine, presque tous mu-
sulmans. Les Grecs ont dû quitter le pays en 1922 et
les Arméniens ont été massacrés ou dispersés lors des
persécutions qu'ils ont subies de 1916 à 1922.
L'évêché de Cérasonte date très probablement du
iv« s. Sous Alexis Comnène il fut détaché de l'éparchie
de Néocésarée et érigé en métropole indépendante, la
67« sur 122 (G. Parthey, HierocUs Synecdemus et
Notitiae graecae episcopatuum, 98). Elle était la 77«
sur 112 sous Andronic II (H. Gelzer, Ungedruckte und
ungenùgend verOffentliche Texte der Notitiae episcopa-
tuum, Abhandl. der k. bayer. Akademie der Wiss.,
I. Cl., XXI. Bd, III. Abt., Munich, 1900, p. 599); la 64^
sur 110 sous Andronic III (H. Gelzer, op. cit., 608);
la 39'' sur 82 à la fin du xv'' s. (H. Gelzer, op. cit., 629) ;
la 39" sur 78 en 1645 ('OpôoSoÇfa, m, 1928, 239). Elle
se maintint jusque dans la seconde moitié du xvii« s.
et fut incorporée à celle de Trébizonde quand les
habitants, fuyant devant les persécutions des Turcs,
se retirèrent dans les villages reculés et devinrent
incapables de nourrir leur pasteur. On ne la retrouve
plus dans le Syntagmation de Chrysanthe de Jéru-
salem édité en 1715.
On connaît une quinzaine de titulaires grecs de
Cérasonte. Grégoire assista au concile d'Éphèse, 431
(Mansi, iv, 1145 D, 1173 B, 1364 D; vi, 871 C). —
Gratianus, dit aussi Gratidianus, participa à celui de
Chalcédoine, 451 (Mansi, vi, 572 C, 945 A, 980 A,
1084 A; VII, 24 CD, 122 B, 148 B); il signa la lettre des
évêques de sa province à l'empereur Léon à la suite
du meurtre de Protérius d'Alexandrie, 458 (Mansi,
VII, 605 D). — Théophylacte prit part au sixième
concile œcuménique à partir de la 16^ session, 681
(Mansi, xi, 616 B, 629 A, 651 B, 680 A). — Narsès fut
un des Pères du concile in Trullo, 691-92 (Mansi,
XI, 1000 C). — Jean prit part au second concile de
Nicée, 787 (Mansi, xiii, 145 D, 369 D, 392 D). —
Agathon fut à celui de 879 qui réhabilita Photius
(Mansi, xvii A-xviii A, 376 D). — Michel fut transféré
d'Ancyre à Cérasonte sous Michel Cérulaire (Nicé-
phore Calliste, Eccl. hist., xiv, 39). — Après lui, nous
trouvons Nicétas, 1082, Pierre, 1144, 1147, Cyrille,
1360, Achilleius, 1393, CaUiste, oct. 1483, Théophane,
juin 1572, Euthyme, 1590, Parthénios, avr. 1596, et
Néophyte, 1613'
Dans l'Église romaine le titre de Cérasonte n'a
encore été conféré qu'une seule fois : à Mgr Louis
Anneau, C. M. M., élu le 9 mai 1910, vicaire aposto-
lique du Shiré.
Lequien, i, 513-16. — Ruge, Kerasus, dans Real-Encyclo-
pàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 264-65. — Smith, Dictionarg of
Greek and Roman Geography, i, 590. — V. Cuinet, Turquie
d'Asie, I, 64-68. — A. Battandier, Ann. pont., 1916, p. 385.
R. Janin.
CÉRAT (Saint), Ciratus, évêque de Grenoble, est
cité en 6« lieu sur la liste épiscopale. Il fut présent au
concile d'Orange en 441. Avec Salonius et Veranus,
autres évêques de Gaule, il écrivit en 450 une lettre au
pape S. Léon. Il est encore question de lui dans l'épître
synodique d'Eusèbe de Milan, également à S. Léon.
On a émis diverses conjectures à son sujet; mais,
comme le disait déjà Papebroch, elles sont sans fon-
dement. Pie X confirma le culte du saint en 1903.
A. S., juin, I, 697-98. — Auvergne, Dissertation sur le
culte de S. Cérat, év. de Grenoble, dans Reu. des Alpes, 1858.
— B. H. L., 260, 1331-32. — Duchesne, i», 231. —
Gall. christiana, ii, 603. — Mansi, vi, 441. — Mort. Hier.,
éd. Delehaye, 307. — P. L., liv, 887-89, 946.
R. Van Doren.
CERAUNIA. Voir Cerynia.
CERAUNIUS (Saint), Céranou Ceranne, succéda
à Simplice sur le siège de Paris. Warnahaire de
Langres, dans sa biographie des trois saints jumeaux,
le compare à Eusèbe de Césarée pour le soin avec
lequel il recueillit les actes des martyrs, ce qui le fit
passer plus tard, non sans exagération, pour « un des
plus illustres collecteurs » de ces actes. Céran assistait
1 en 614 au V« concile de Paris, mais il ne vivait plus
quand se tint celui de 625. Il fut enterré près du corps
de Ste Geneviève. Au xiii« s. ses reliques furent dépo-
sées dans une châsse. — Inscrit dans plusieurs marty-
rologes à partir du xii^ s. au 27 ou 28 sept., Céran
était au bréviaire de Paris du xiii« s. Sa translation se
célébrait à Ste-Geneviève le 16 nov. Sa fête est éga-
lement au nouveau propre de Paris.
A. S., sept., VIII, 454-57. — Baudot, Dict. d'hagiographie,
155. — Duchesne, ii, 92. — Gcdlia christiana, vu, 23, 699.
— Hist. litt. France, m, 526-27. — V. Leroquais, Les bré-
viaires mss. des biblioth. publ. de France, ii, Paris, 1933,
p. 341, 466; m, 445, 446; iv, 28.
R. Van Doren.
CERBALI. Il y avait en Proconsulaire une
Ecclesia Cer6a/i7a/ia, qui n'est connue que par le concile
carthaginois de 525 (Hardouin, Coll. concil., ii, 1082).
L'episcopus plebis Cerbalitanae s'appelait alors
Constantius.
Morcelli, i, clxxvi, 137-38. — Not. dign., annot., p. 655
(le met dans les provinces incertaines). — Gams, i, 465,
— Ch. Tissot, Géogr. comparée, n, Paris, 1888, p. 781
(Cerbalitana, comme la Not. dign., et le met égale-
ment dans prov. incert.). — De Mas-Latrie, dans Bull, de
corresp. afr., 1886, p. 86; Trésor de chronologie, Paris, 1889,
p. 1878. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. clirét.. Proconsu-
laire, Rennes-Paris, 1892, xxxvi, p. 162. — P. Mesnage,
L'Afr. chrét., Paris, 1912, p. 190.
J. Perron.
1. CERBON (Saint), martyr à Mugello (Tos-
cane), 24 oct. 250 (•?). Une Passio SS. Crescii, Om-
nionis et Empti, Cerbonii et Pamphilae {B. H. L.,
1987), identique à celle de S. Miniatus, prétend que
ces saints sont venus d'Allemagne et subirent le mar-
tyre à Mugello. Le chroniqueur Giovanni Villani
(t 1348) parle de leur culte à Florence et de leur
supplice sous Dèce. En réalité, Cerbonius, qui doit être
séparé du groupe, est l'évêque de Populonia, vénéré
dans toute la Toscane. Les trois premiers noms pro-
viendraient de la mauvaise lecture d'une inscription
funéraire : cresc empti onis.
A. S., oct., X, 583-614. — Lanzoni, 576.
R. Van Doren.
2. CERBON (Saint), évêque de Massa maritima
(Populonia). S. Grégoire parle de la sainteté de Cer-
bonius (Dial., m, 11). A l'invasion des Lombards, C.
se retira à l'île d'Elbe, où il mourut vers 575, le
10 oct. Son corps fut transféré à Populonia.
Sa biographie (D. H. L., 1728-1729) est due à un
auteur anonj'me, qui s'inspira des Dialogues de S. Gré-
goire et de la Vita de S. Regulus (/}. H. L., 7102),
elle-même remplie de traits légendaires. Cerbonius,
dit-elle, fut un des compagnons de Regulus, « arche-
chevêque et père de l'Afrique ». Ensemble, ils avaient
quitté leur patrie à cause de la persécution arienne.
Devenu évêque de Populonia, Cerbonius fut condamné
par Totila à être dévoré par un ours. Mais il s'enfuit à
l'île d'Elbe. Son voyage d'Afrique en Italie, la longue
durée de son épiscopat, sa condamnation à mort par
157 CERBON — C
Totila ae sont que des fables. De même ses rapports
avec Regulus, dont, après la Vifa, parle le martyro-
loge romain.
A. S., oct., V, 87-102; Auct., 36. — P. Kehr, Ilalia pont.,
III, 271. — Lanzoni, 555-58. — Mort. Rom., 445-46, 374.
— Ughelli, III, 705.
R. Van Doren.
3. CERBON (Saint), cité au 10 oct. par le mar-
tyrologe romain comme évêque de Vérone, n'est pas
distinct de S. Cerbon, évêque de Massa maritima, qui
fut vénéré à l'église de S.-Proculus de Vérone. A une
époque récente, il fut inscrit sur la liste épiscopale de
cette ville. Mais les auteurs hésitaient sur la date de
son épiscopat; ils allaient du -v au vin» s. Biancolini,
pour tourner la difficulté, classa les évêques par ordre
alphabétique.
A. S., cet., V, 85-87; Auct., 36. — J.-B. Biancolini, Noti-
zie stor. délie chiese di Verona, Vérone, 1749, p. 167. —
Lanzoni, 929. — Mort. Rom., 446. — UgheUi, v, 678.
R. Van Doren.
CE RCA M P, Carus campus, Cerf camp, Cervi-
campus, ancienne abbaye de moines cisterciens située
sur la commune de Frévent (Pas-de-Calais), près de la
Canche, dans l'actuel diocèse d'Arras (jadis d'Amiens).
Hugues de Camp d'Avesne, comte de Saint-Pol, en est
le fondateur; il aurait accompli cette œuvre en répa-
ration de ses crimes, selon les conditions mises par
Innocent II à son absolution. Les moines venus de
Pontigny entrent à Cercamp en nov. 1141. Dès 1170,
Alexandre III doit intervenir pour faire restituer à
l'abbaye des propriétés ravies par les voisins (Jaïïé,
Reg., 11800 : lettre à Henri de France, cisterc,
archev. de Reims). L'abbé de Cercamp est alors
Hesselin, qui avait été chargé de remettre au roi d'An-
gleterre, Henri II, la première lettre d'avertissement
de la part de Thomas Becket.
Située aux confins des diocèses d'Amiens et de Thé-
rouanne, Cercamp était parfois objet de litige entre les
deux évêques, chacun prétendant y exercer sa juridic-
tion. Grégoire IX, en mai 1232, retint personnellement
l'affaire. Trente ans plus tard, l'église abbatiale, com-
mencée en 1150, était consacrée de concert par les
deux évêques. Plus tard, les guerres vinrent ruiner la
prospérité de l'abbaye. En 1442, ce n'est plus qu'un
monaslerium ruinosum et inops (suppl. à Eugène IV),
et il faudra attendre l'énergique abbé Pierre de Bachi-
mont (1512-1550) pour voir Cercamp se relever. La
commende n'arriva ici qu'en 1659, mais dans des
conditions très spéciales : dom Louis Lelièvre gouver-
nait en paix quand fut imposé subitement par le roi
de France un abbé commendataire qui n'était autre
que le cardinal Mazarin. Contre pareil compétiteur,
les protestations et les efforts de l'abbé régulier furent
inutiles. Nonobstant le régime destructeur des com- I
mendataires, l'abbaye se maintint durant le xvme s.
avec un chiffre de religieux évoluant de 12 à 15.
Série des abbés d'après Cardevacque qui rectifie le
Gallia et que complètent les statuts capitulaires de
Cîteaux : 1. Jourdain, 1141. — 2. Hugues I", 1142-54.
— 3. Urbain I", 1154-66. — 4. Hesselin, 1166-72. —
5. Alban, 1172. — 6. Pierre I", 1173-79. — 7. Artaud,
1179-88. — 8. Hugues II, 1189-1203. — 9. Urbain II,
1203. — 10. Robert I", 1204-09. — 11. Alard ou
Arnold, 1209-23. — 12. Adam, 1223. — 13. Robert II,
1224-40. — 14. Vaast, 1240. — 15. Jean I", 1240-61.
— 16. Willard, 1261-80. — 17. Gérard, 1280-87. —
18. Martin, 1287-89. — 19. Jean II, 1289-1303. —
20. Nicolas, 1303. — 21. Jean III, 1303-12. —
22. Jean IV, 1313-18. — 23. Guillaume, 1318-19. —
24. Enguerrand I", 1319-35. — 25. Jean V, 1335-39. —
26. Robert III, 1339-50. — 27. Alban, al. Thomas,
1350-59. — 28. Jean VI, 1359-69. — 29. Jean VII,
1369-72. — 30. Jean VIII, 1372-1416. — 31. Ro-
ERCANCEAUX ■ 158
j bert IV, al. Pierre, 1416-46. — 32. Jean IX de Va-
lières, 1446-55. — 33. Enguerrand Bernlcourt, 1455-
82. — 34. Jean-Laurent Lefranc, 1482-1503. —
35. Louis Vignon, 1503-12. — 36. Pierre de Bachi-
mont, 1512-50. — 37. Jean Rouget, 1550-69. —
38. PhiUppe de Saulty, 1570-75. — 39. Germain Pec-
queur, 1575-78. — 40. Eustache de Bayard de Gan-
tau, 1578-1613. —41. Philippe Delahaye, 1613-18. —
42. François Monchiet, 1618-26. — 43. Jacques
Lemaire, 1626-50. — 44. Antoine Géry, 1650-58. —
45. Louis Lelièvre, 1658-59. — 46. Cardinal Mazarin,
commendataire, 1659-61. — 47. Jules-Paul de Lyonne,
t 1721. — 48. Cardinal Dubois, 1721-23. — 49. Louis
de Bourbon, 1723-38. — 50. Théodore de Potocky,
primat de Pologne, 1738. — 51. Claude-Roger-
François de Montboissier-Beaufort de Canillac, 1739-
61. — 52. Cardinal Colonna-Sciarra, 1761-65. -
53. Cardinal Charles-Antoine de Laroche-Aymon,
1765-77. — 54. Alexandre-Angélique de Talleyrand-
Périgord.
Archives départ, du Pas-de-Calais, série H, 25, reg.
(80 liasses), chartes et privil. (16 de ces pièces originales ont
été éditées par le J. Ramackers dans Papsturkunden...,
Artois, Gœttingue, 1940, 11, 77 sq.). Terriers et cueilloirs;
obituaire signalé par Molinier, n. 247. Deux cartulaires
(xin«-xviii« s.) qui ne sont guère que des débris (cf. Stein,
n. 812, 813). Le dépôt départ, du Nord conserve un certain
nombre de pièces (cf. Inventaire par Bruchet, Lille, 1928,
série H). Quelques documents chez M. le marquis de
Beaufort, à Bruxelles. Paris, Bibl. nat.. Coll. Moreau,
ms. 563 (XVI» et xvii" s.), 566 : le vray discours du faict de
l'abb. de Cerc. (xvi« s.). — Cardevacque, Hist. de l'abb. de
Cercamp, Amiens, 1878. ■ — Douai, Bibl. munie, ms. S20,
fol. 150. — Gall. christ., x, 1336. — Janauschek, Origines
cisterc. Vienne, 1877, p. 66. — Macquart, L'abb. de Cer-
camp (thèse Éc. des chartes, 1913). — Manrique, Annales
cisterc, Lyon, 1642, ann. 1137 sq.- — Martène, Thésaurus, m,
1221, Hist. Pontiniac; 1264, De monast. quae ex Pontiniac.
prodierunt. — Potthast, Reg., 1534, 8929, 13157, 13506. —
Statuia cap. gen. ord. cisterc, édit. Louvain, 1933-41, i-viii,
passim. — Autres réf. dans Cottineau, 653.
J.-M. Canivez.
CERCANCEAUX, Sacra cella, Sarcocellum,
Cercancella, ancienne abbaye cistercienne située sur la
commune de Souppes, dans le dép. de Seine-et-Marne,
non loin de Château-Landon, diocèse de Meaux, jadis
de Sens. Les premières donations furent faites par
Henri Clément, sire du Mez; le roi Philippe Auguste
les confirma et les augmenta. L'abbaye de la Cour-
Dieu, au diocèse d'Orléans, envoya les moines fonda-
teurs avec Odon qui fut le premier abbé; c'était en
1181. Vingt ans après, sur les ordres d'Innocent III,
l'abbé de Cercanceaux et plusieurs autres abbés cis-
terciens, accompagnés du personnel jugé nécessaire,
partaient pour la croisade dirigée contre les Albi-
geois. Les statuts capitulaires de Cîteaux parlent
assez fréquemment de Cercanceaux; ils en signalent
surtout la pauvreté et, de ce chef, lui accordent dis-
pense des contributions générales. En 1514, le com-
mendataire fait son apparition; son premier soin est
d'expulser l'un des moines, Laurent Degrijs, nulle-
ment déméritant d'ailleurs. En 1768, on note la pré-
sence de quatre religieux seulement, et l'abbaye sera
bientôt supprimée.
Série des abbés d'après le Gallia qui l'avoue fort
incomplète : 1. Odon. — 2. Hugues, 1191. — 3. Gef-
froy. — 4. Guillaume I", 1218, 1223. — 5. Bertrand,
1236. — 6. Guérin, 1245. — 7. Guillaume II, 1249. —
8. N., 1323. — 9. Laurent, 1362. — 10. Guillaume III.
— 11. N., 1427. — 12. Jean, 1493. — 13. Guillaume IV
Rolland, commendataire, 1514. — 14. Antoine He-
rouet, 1550, év. de Die. — 15. Cardinal de Bourbon. —
16. Charles de Mansel. — 17. Pierre Chevron. —
18. François le Charron, 1615. — 19. Félix Vialart de
Herse, év. de Châlon, 1640. — 20. Bonaventure
159
CERCANCEAUX
— CERCYRE
160
Rousseau de Bazoches, 1670, 1680. — 21. Claude de
Vipard de Silly. — 22. Antoine de Bourbone, 1726. —
23. Marc -Antoine-Geoffroy CoefYy. — 24. N. de la
Chabrerie, 1737.
Archives : au dépôt départ, de Seine-et-Marne, série H,
n. 102, dont toutes les pièces sont du xviii" s. et ne concer-
nent que le temporel de l'abbaye. — M. Aubert, L'archit.
cist. en France, Paris, 1943; remarque quelques particula-
rités architecturales. — L. DeUsle, Catal. actes de Philippe
Auguste, Paris, 1856, n. 274 (suspect), 514. — Gall. christ.,
XII, 240. — Janauschek, Origines cisterc. Vienne, 1877,
p. 180. — Manrique, Annales cisterc, Lyon, 1642, ann. 1181,
IX, 1. — Morin, Hist. ... Gastinois..., Paris, 1630, p. 386-89.
— Statula cap. gen. ord. cisterc, édit. Louvain, 1933-41,
i-viii, passim. — Autres référ. dans Cottineau, 654.
J.-M. Canivez.
CERCEAU (Jean-Antoine du), jésuite, né à
Paris le 12 nov. 1670, f à Véret près de Tours le
4 juin. 1730. Entré au noviciat le 17 janv. 1688, il en-
seigna aux collèges de Rouen et de La Flèche. En 1702
il fut nommé professeur de rhétorique en ce dernier
collège. Nommé précepteur du prince de Conti, il avait
accompagné son élève au château du duc d'Aiguillon à
Véret. Dans le parc, le jeune prince, qui maniait mala-
droitement un fusil de chasse qu'il venait de recevoir
de ses parents, tua accidentellement son précepteur.
On dissimula d'abord l'accident et dans la lettre en-
voyée aux maisons de la province, le P. du Cerceau
passe pour avoir succombé à un coup de sang.
• L'œuvre du P. du Cerceau, tout en étant variée, est
avant tout d'ordre littéraire : poésies françaises et
latines, articles de critique, etc. Ses tragédies et
comédies de collège : L'enfant prodigue; Le faux duc de
Bourgogne ou Grégoire ou Les incommodités de la
grandeur; L'école des frères, Ésope au collège et Les
cousins furent assez célèbres et ont été jouées parfois
encore au xix« s. Ses autres poésies forment un assem-
blage varié de cantates, d'épîtres, d'idylles, d'épi-
grammes et de contes en vers. On y trouve nombre de
pièces de circonstance et de société. Parmi ses poésies
latines, outre le Filius prodigus, l'original de la pièce
française, un assez long poème Papiliones, Santolinus
vindicatus et la courte poésie Omnia vaniias praeter
amare Deum affirment sa maîtrise du vers latin, son
goût affiné quoique non exempt de recherche. Dans
ses poésies françaises, du Cerceau imite le langage et le
style de Marot. Ses œuvres de critique, pour la plupart
publiées dans le Mercure et les Mémoires de Trévoux,
comprennent entre autres une introduction à une
édition de Villon, et Réflexions sur la poésie française,
etc., 1742, in-12, 458 p. Ce sont des articles réunis en
volume après la mort de l'auteur. Du Cerceau pro-
nonça l'oraison funèbre des parents de Louis XV à
Bourges en 1712 et une Oratio de Christo in cruce
patiente, à La Flèche en 1703. On a de lui deux œuvres
historiques : une Histoire de la dernière révolution de
Perse, 2 vol., 1728, réimprimée en 1741 sous le titre de
Histoire de Thamas Kouli-Kan, sophi de Perse, et, en
1742, Histoire des révolutions de Perse depuis le com-
mencement de ce siècle jusqu'à la fin du règne de l'usur-
pateur Aszraff. L'auteur s'est servi des notes du
P. Thaddée Krusinski, S. J. L'édition de 1741 fut tra-
duite en anglais. La seconde œuvre historique : La
conjuration de Nicolas Gabrini. dit de Rienzi, tyran de
Rome en 1347, fut publiée après la mort de l'auteur et
dut être complétée par le P. Brumoy en 1733 (cf.
Mém. de Trévoux, 1733, p. 1877-87). Traduite en
anglais en 1836, elle eut plusieurs rééditions au xix'' s.
Du Cerceau intervint par quelques petits écrits dans la
controverse janséniste autour de la Constitution
Unigenitus et, antérieurement, en 1696, à propos de
l'épitaphe d'Antoine Arnauld par Santeuil; en 1698 :
Lettre d'Eudoxe à M. l'abbé ***, une réplique, non une
réfutation, à la lettre de l'abbé *** à Eudoxe du
P. Daniel. L'éloge funèbre de Du Cerceau qui parut au
Mercure (sept. 1730, p. 1962-67) est du P. Brumoy.
En 1828, Péricaud aîné et Breghot du Lup donnèrent
une édition des œuvres littéraires de Du Cerceau :
Théâtre et poésies, 2 vol.
Sommervogel, ii, 967-81; ix, 32; xi, 1642, 1-8. — Péri-
caud, etc.. Œuvres du P. du Cerceau (notice bio- et biblio-
graphique).
A. De Bil.
CERCIA (Raphaël), théologien de la Compagnie
de Jésus, professeur au Collège romain (1814-86).
Voir D. T. C, ii, 2137-38.
CERCINA (Ues Kerkena). Au N.-E. de la petite
Syrte, deux grandes îles, précédées au nord et à l'est par
une dizaine d'îlots, forment l'archipel des Kerkena.
La plus importante, Charki, mesure 30 km. de long,
tandis que Gharbi, la plus petite, n'en a que 14 dans sa
plus grande largeur. Elles étaient dans l'antiquité
reliées par un pont de près d'un km. dont Pline nous a
gardé le souvenir. Les voyageurs anciens ne manquent
pas de les signaler (Scylax, Hérodote, Strabon, Aga-
thomeros) et on les trouve successivement dans l'his-
toire sous les noms de Cyraumis, Karkinis, Cercina,
ces derniers étant réservés à la grande île et Cercinitis
à la plus petite. Diodore de Sicile nous la montre
colonisée par les Carthaginois et payant tribut à la fin
de la 2« guerre punique. Après le rôle épisodique
qu'elle joua dans la campagne de César comme base de
ravitaillement, Cercina paraît s'être tenue en dehors
des événements qui bouleverseront la Byzacène à
laquelle elle sera rattachée à partir du iii» s. par
Dioclétien.
Le fait le plus saillant et le plus connu de son histoire
est la fondation en 532 par S. Fulgence d'un monastère
sur un îlot... in quodam brevi scopulo cui nomen est
Chilmi. Celui-ci n'a pas été identifié, mais il existe au
N.-E. de l'île Chergui une série de petits îlots où sont
signalées des ruines romaines, dont un en particulier,
Er Roumadia, pourrait correspondre au brevis scopu-
lus par ses dimensions. Quelques ruines ont été signa-
lées en d'autres points : à El Marsa des columbaria
en ruines, à El Ksar une nécropole (type Thense),
enfin des catacombes au lieudit « Kraten ». Celles-ci
sont creusées dans le tuf et n'ont pas été explorées.
Rien ne prouve que nous ne soyons pas en présence de
souterrains-refuges si nombreux dans toute la By-
zacène.
L'évêché de Cercina se trouvait dans l'île la plus
orientale. Aucune trace n'en a été retrouvée. Un
évêque nous est connu; il est cité dans la liste de 484 :
c'est Athenius Circinatanus, qui fut envoyé en exil
par Hunéric.
Morcelli, i, Brixen, 1816, p. 142. — Notitia dignitatum,
éd. Bôcking, ii, Bonn, 1839-53, p. 623. — L. de Mas-Latrie,
Anciens évêchés de l'Afrique septentrionale, dans Bull,
corr. afr., 1886, p. 82; Trésor de chronologie, Paris, 1889,
p. 1866. — Tissot, Géogr. comparée de la prov. rom. d'Afr.,
184 et 734, 788. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrétienne,
p. 83. — Thes. ling. lai., Onomasticon, ii, 1909, s. v. —
P. Mesnage, L'Afrique chrétienne, Paris, 1912, p. 95. —
St-Gsell, Atlas archéol., i, 345, n. 4, 455. — Bertholon, Rev.
tunisienne, 1899, p. 54. — J. Despois, Z-es îles Kerkennah.
La Tunisie orientale, Sahel et basse steppe, 546 sq. —
Mgr Leynaud, Catacombes africaines, 346. — V. Guérin,
Voyage en Tunisie, i, 170-75. — J. Servonnet et F. Laf-
fltte, Le golfe de Gabès en 1888.
G.-L. Feuille.
CERCYRE (Sainte), martyre à Corcyre (Corfou),
est fêtée au 29 avr. par les ménées grecques. D'après
celles-ci, C. était fille de CerciUnus, roi de Chypre.
Elle devint chrétienne en voyant le courage des sept
voleurs convertis eux-mêmes par Jason et Sosipater,
dont parlent les Actes des Apôtres (xvii, 59). Elle subit
161
CERCYRE
— CERDON
182
le martyre vers l'an 100. Mais comme Jason et Sosi-
pater n'ont aucun rapport avec l'île de Chypre, les
sept voleurs et Cercyre elle-même sont des personnages
inventés par une Passion récente, d'où ils passèrent
dans les ménées.
A. S., avr., m, 620-21. — H. Delehaye, Saints de Chypre,
dans A. Boll., xxvi, 262. — Martinov, Ann. eccl. gr.-slav.,
1864, p. 116-17.
R. Van Doren.
CERDA (Juan Luis de La), jésuite, né à Tolède
en 1558, mort à Madrid le 6 (25?) mars 1643. Entré au
noviciat le 4 oct. 1574, il passa cinquante ans dans
l'enseignement des belles-lettres à Murcie, à Oropesa
et à Madrid. Philologue et professeur célèbre, il
exerça par certaines de ses œuvres une influence du-
rable sur l'enseignement classique en Espagne. Ur-
bain VIII l'avait en particulière estime et ne manquait
pas de le faire saluer par son neveu le nonce Barberini.
L'ouvrage classique qui attira le plus de renom à La
Cerda est son commentaire sur Virgile, 3 vol. in-folio,
parus, le premier à Madrid en 1608, les deux autres à
Lyon en 1612 et 1617. Son édition ne satisfait évi-
demment pas aux exigences modernes; elle n'a rien
d'une édition critique. Le commentaire, avant tout
grammatical, historique et littéraire, prouve chez
l'auteur une étonnante érudition, un goût moins sûr.
La comparaison de l'oeuvre de Virgile avec celle
d'Homère y tient une grande place et, jugement qui
nous surprend, l'art poli et étudié de Virgile y est
placé bien au-dessus, et cela d'une façon obsédante, de
la riche spontanéité d'Homère. On peut y reconnaître
un des caractères de la culture de l'époque. C'est par
une œuvre à première vue plus modeste qu'il in-
fluença pendant deux siècles l'éducation classique.
Sous le titre de De inslitutione grammatica libri V, il
remania et adapta les Grammalicae inlroductiones du
célèbre philologue Antonio de Nebrija (1449-1552),
professeur d'éloquence latine à Séville, à Salamanque
et à Alcala. La nouvelle édition parut en 1598 et le
livre commença à s'appeler l'Arte reformada de Anto-
nio. Le P. de La Cerda n'y ajouta pas son propre nom.
Le privilège de l'impression appartenait à l'hôpital
général de Madrid. G. Mayans, quand il fait un
reproche de ce privilège, ne peut viser la Compagnie.
La Cerda édita et commenta Tertullien : Quinti
Septimi Florentis Tertulliani opéra argumentis, expli-
cationibus ac notis illustrata, 2 vol., Paris, 1628, 1630.
Nombre de notes de La Cerda sont reproduites dans
l'édition de Tertullien qui se trouve dans P. L.
Le Nourry, dans sa dissertation (P. L., i, 753), tout en
reconnaissant la valeur de La Cerda, reproche à cette
édition de ne pas être assez critique, d'avoir choisi une
disposition typographique peu heureuse où le com-
mentaire coupe le texte, enfin de fournir un commen-
taire parfois surabondant. En 1626, La Cerda édita un
in-foHo composite sous le titre Adversaria sacra quibus
fax praefertur ad intelligentiam multorum scriptorum
sacrorum. Grâce à son étonnante érudition, l'auteur
s'y efforce de donner l'interprétation de vocables et de
textes difficiles. On y trouve aussi une collation de
variantes du N. T. grec, etc. Il y ajouta une édition
avec traduction latine et commentaires des psaumes
de Salomon. C'est l'édition princeps. Faite d'après la
copie d'un manuscrit de la bibliothèque d'Augsbourg,
qu'avait envoyée le P. André Schott, S. J., elle servit
longtemps de Ijase aux rééditions. La première édition
scientifique est celle de Hilgenfeld, toujours d'après ce
manuscrit unique, la meilleure celle que von Gebhardt
publia dans les Texte und Unlersuchungen, xiii, 2,
d'après divers mss. Dans la préface de son édition,
V. Gebhardt se montre d'une sévérité outrée pour La
Cerda dont la traduction est heureuse et le commen-
taire intéressant. Comme dernière partie du volume
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
nous trouvons une édition avec commentaire plus
développé du De pallia de Tertullien. On peut citer
encore un traité théologique De excellentia sacrorum
spirituum, imprimis de angeli cuslodis ministerio. Enfin
un supplément au dictionnaire de Calepini, Ex glossis
Isidori.
Sommervogel, ii, 984-90; ix, 22; xi, 1642. — Nie.
Antonio, J3iW. hisp. nova, i, 722. — Southwell, Script. S. J.,
p. 470-471. — Alcazar, Hist. de la provincia de Toledo, n,
457-61. — Astrain, Hist. de la C. de J., iv, 110-12. — Texte
und Unlersuchungen, xiii-2, p. 1-8. — Uriarte, Obras
anônimas y seudonimas de autores de la Companiade Jesùs,
III, 11.
A. De Bil.
CERDEGARIUS, évêque d'Évreux (892?-
912?). L'effigie de Cerdegarius figure parmi celles des
évêques conservées au palais épiscopal à Évreux. La
liste épiscopale, incomplète d'ailleurs, ne précise rien
à son sujet. Il assista au concile de Trosly (Trosleianus,
dioc. de Soissons) en 909; il était encore en vie au mo-
ment du traité de S.-Clair-sur-Epte, en 912.
Les auteurs du Gallia chrisliana admettent qu'on
pourrait l'identifier avec un S. Leodegarius, évêque
d'Évreux et martyr, dont les reliques se trouvaient à
Soupes, territoire de Wastin. Une reine Blanche,
souffrant de la lèpre, les y avait fait ramener d'An-
gleterre. En ce cas, Cerdegarius aurait été tué par les
Normands, et son corps emporté en Angleterre.
G. Bonnentant, Hist. gén. du diocèse d'Évreux, i, Paris,
1933, p. 8-9. — A. Chassant et G.-E. Sauvage, Hist. des
év. d'Évreux, 1846. — Gall. christ., xi, 570. — Gams, 549.
R. Van Doren.
CERDON, hérétique du ii" s. S. Irénée, Adv.
haeres., I, xxvn, 1, nous apprend que Cerdon suivit les
doctrines enseignées par Simon le Magicien et vint
habiter Rome sous le pontificat d'Hygin. Il ajoute
(Adv. haeres., III, iv, 3; cf. Eusèbe, Hist. eccles., IV,
II, 2) qu'il donna longtemps le change aux fidèles et
aux autorités de l'Église en dissimulant son enseigne-
ment ou en faisant semblant de regretter ses erreurs.
Cerdon enseignait qu'il y avait deux dieux, l'un bon,
l'autre cruel et mauvais. Le Dieu bon était le vrai
Dieu, le Père du Christ. C'était le dieu mauvais qui
avait créé le monde, qui avait aussi donné la loi à
Moïse et parlé par les prophètes. Il ajoutait que le
Christ n'était pas réellement venu dans la chair, mais
qu'il n'avait été qu'en apparence : dès lors ni la nais-
sance virginale ni la Passion ne sont des réalités; il n'y
a là que des illusions. De même, les corps ne ressusci-
teront pas; il n'y a d'immortalité et de résurrection
que pour l'âme. Cerdon rejetait les Évangiles et les
livres du N. T., à l'exception de S. Luc et des épîtres
de S. Paul; encore supprimait-il des passages du troi-
sième évangile et n'acceptait-il de S. Paul ni toutes les
épîtres ni ces épîtres entières (Pseudo-Tertullien, Adu.
omn. haeres., 6; S. Épiphane, Haeres., xli, 1; Filas-
trius, Adv. haeres., xliv).
La venue de Cerdon à Rome sous le pontificat
d'Hygin est encore attestée par S. Cyprien (Epist.,
Lxxiv, 2), par S. FirmiUen de Césarée (Ê'pfs/., lxxv, 5,
inter cyprian.), par Eusèbe (Chronic., éd. Helm, 202).
Elle est assurément le fait le mieux assuré de son exis-
tence. On peut croire aussi que Cerdon était originaire
de Syrie, comme le disent S. Épiphane {Haeres.,
XLi, 1) et Filastrius (Ado. haeres., xliv), sans doute
sur la foi du Syntagma de S. Hippolyte. Il faut ne pas
attacher d'importance à la 6ia5oxiî qui rattache Cer-
don à Simon : ce doit être là une simple formule.
Plus délicate est la question des rapports entre Cer-
don et Marcion. Les deux hérétiques ont sans doute
vécu à Rome en même temps et ils ont pu s'y ren-
contrer. Est-ce à dire que déjà Cerdon a clairement en-
seigné l'opposition du Dieu de l'A. T. et du Dieu du N.,
H. — XII. — 6 —
163
CE R DON
— CÉ RÉTAPA
164
ce qui est le dogme fondamental de Marcion? S. Irénée
l'assure; mais alors, on ne voit pas en quoi consisterait
l'originalité de Marcion. Il est possible que Cerdon ait
simplement professé le dualisme, qui était la doctrine
fondamentale des systèmes gnostiques, et qu'il n'ait
pas songé à parler d'un Dieu étranger, comme le fait
Marcion. I.e problème est peut-être insoluble dans
l'état actuel de nos informations. Du moins ne peut-on
pas nier, sans plus, une certaine dépendance de Mar-
cion à l'égard de Cerdon, peut-être dans l'acceptation
par Marcion du docétisme. Les auteurs anciens, à
commencer par S. Irénée (Adv. haeres.. I, .\xvii, 1;
III, IV, 3) et Tertullien (Adi>. Marcion., i, 2 et 22;
IV, 17), l'affirment trop clairement pour qu'on puisse
en douter.
A. von Harnack, Marcion. Dus Huangelium des fremden
Gottes, 2» édit., Leipzig, 1924, p. 31 '-.SG*. — F. Sagnard,
La gnose valentinienne, Paris, 1947, p. 86-89.
G. Bardy.
CERDON lENS, hérétitiues du ii" s. S. Épi-
phane (Haeres., xli) consacre une notice aux cerdo-
niens, disciples de Cerdon; mais il se contente en fait
d'exposer, d'après S. Irénée et S. Hippolyte, ce qu'il
sait de la doctrine de Cerdon. 11 ne connaît pas de
cerdoniens et pour cause. Ceux-ci n'ont jamais dii
former une secte séparée. Le nom même de Cerdon,
encore connu de S. Cyprien et de Firmilien de Césarée,
n'a pas tardé à sombrer dans l'oubli.
G. Bardy.
1. CEREALIS, Celer, Celeriits, est mentionné
au martyrologe romain le 28 févr. en tête d'un groupe
de martyrs d'Alexandrie. Cette insertion est due à
Baronius. Il se réfère à Bède, qui ne parle pas de
Cerealis, et aux anciens mss. dont il ne nomme aucun.
La seule source est l'hiéronymien, fort corrompu en ce
passage, et qui ne rattache pas les saints à .\lexandrie.
A. S., févr., III, 728-29. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 119.
— Mort. Rom., 79.
R. Van Doren.
2. CEREALIS (Saint), est rappelé au martyro-
loge romain, le 10 juin, avec Amantius et Gétule mar-
tyrisés à la via Salaria. Ces saints furent insérés au
martyrologe par Adon sur la foi de la Passion de Gé-
tule (B. H. L., 3524-25), identique à celle de Zoticus
{B. H. L., 9028) avec simple substitution de noms.
Cette Passion rapporte que Gétule de Gabii ((^asti-
glione) sur la via Praeneslina convertit Cerealis, vicaire
de l'empereur Adrien, et son frère Amantius et les fit
baptiser par le ])ape Sixte (116-25). Cerealis, dénoncé
par N'incent, fut emprisonné, puis décapité avec ses
compagnons à la via Salaria à 30 milles de Rome. Ils
furent ensevelis par Symphorose, femme de Gétule.
Que la Passion de Gétule ait inspiré celle de Zoticus,
ou inversement, elles sont entièrement légendaires.
C'est dire qu'on ne connaît rien au sujet de Cerealis.
A. S., janv., ii, 261-62. — ■ Barbier de Montault, Œuvres
complètes, xii, 1897, p. 27-28. — H. Delehaye, Les origines
du culte des martyrs, 278, 288, 295. — Lanzoni, 129-31. —
Mort. Hier., éd. Delehaye, 122. — Mart. Rom., 232.
R. Van Doren.
3. CEREALIS (Saint), Cerialis, Celialis, est
mentionné au martyrologe hiéronymien, le 3 juill.,
après Ste Euphémie de Constantinople. Mais il s'agit
d'un martyr latin, peut-être Cyrillus ou Cyrionis
qu'on lit à la même date.
A. S., Juill., I, 559. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 351.
R. Van Doren.
4. CEREALIS, soldat martyr. Le martyrologe
romain cite au 14 sept, parmi les 21 martyrs compa-
gnons du i)ape Corneille le soldat Cerealis et Sallustia
son épouse. Mais si le saint pape est mort en exil, ces
martyrs n'ont, avec lui, aucune relation; et même
l'indication toponymique via Appia ne mérite aucune
créance. De Rossi a découvert dans la crypte de S.-
Corneille une inscription : Sanctus Cerealis cum
Sallustia cum XKI; souvenir historique, sans doute, de
la déi)osition du groupe des martyrs. Ce qui expli-
querait aussi pourquoi leur mémoire est unie à celle de
S. Corneille.
A. S., sept., IV, 143-91. — H. Delehaye, Les origines du
culte des martyrs*, p. 286. — De Rossi, Roma sotterranea,
I, 279-80. — Lanzoni, 131. — Mart. Hier., éd. Delehaye,
.505-06. — Mart. Rom., 395-96.
R. N an Doren.
CEREIVIONIA, martyr à Nicomédie au 11 avr..
est mentionné par le martyrologe hiéronymien avec
Eustorge et deux autres qu'Henschenius plaçait sous
Dioclétieii. Mais ce nom ne correspond pas à un per-
sonnage réel.
A. S., avr., ii, 12. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 182-83.
— Mart. Rom., 134-35.
R. Van Doren.
CEREN iC, confesseur au diocèse de Séez, vénéré
le 7 mai. La première biographie du saint n'est pas
antérieure au x'' s. D'après elle, Serenicus, né à Spo-
lète, avait, avec son frère Serenidus, fait m pèlerinage
à Rome, puis, avec lui encore, s'était fixé en Gaule.
Il fonda à Hiesmes (arr. d'.\lençon, Orne), au con-
fluent de la Sarthe et du Sarthon, un monastère qui
donna naissance au bourg de S.-Cénéry. — Certains
historiens placent Cerenic au vi^ s. Mabillon le recule
jusqu'au vu"". Ses reliques furent transférées à Châ-
teau-Thierry, bien qu'on croie aussi les posséder
ailleurs. Sous Charles le Simple, le monastère était
déjà supprimé. Mais l'église romane remarquable sub-
siste encore.
A. S., mai, ii, 160-61; vu, 605. — Cottineau, 2629. —
Gallia christiana, xi, 711-12. — Hist. If//. France, iv, 1738,
p. 195-96. — Mabillon, A. S. Bened., u, 1669, p. 572.
R. Van Doren.
CERENZA. Voir Cariati.
CÉRÉTAPA (KepéToora, KepàToara), ou Chere-
tapa (XaipÉTaTTa, XaipéroTTOÇ ), évêché de la Phrygie
Pacatienne I'''", dépendant de Laodicée. La ville de
Cérétapa se trouvait au sud de la province, près de
Colosses. Elle porta aussi le nom de Diocésarée, qui lui
fut probablement donné au temps de Domitien; il
apparaît pour la première fois chez Ptolémée et on le
voit encore sur les monnaies de la ville sous le règne de
Commode. W. Ramsay (Ciliés and Bishoprics of
Phrijgia, i, 275 sq.) l'a identifiée près du village de
Kayadibi, au nord du lac Aulidenos (auj. Salda Gôl).
L'évêché de Cérétapa date probablement du com-
mencement du iv« s. On connaît huit titulaires. Les
trois premiers furent des ariens : Théodule, qui assista
au concile de Séleucie d'Isaurie, 359 (Philostorge,
Hist. eccl., VII, viii). — Carterius lui succéda et fut
remplacé par Jean (Philostorge, op. cit., IX, 18). —
Silvain prit part au concile œcuménique d'Éphèse, 431
(Mansi, iv, 1124 A, 1128 A, 1149 .\, 1221 E, 1365 B;
VI, 871 C). — Philetus fut un des Pères du concile de
Chalcédoine, 451 (Mansi, vu, 165 B). — • André parti-
cipa au concile in Trullo, 691-92 (Mansi, xi, 1001 B); le
texte porte 'AepuyaTrwv qu'il faut certainement corri-
ger en KepÊTCoTcov puisqu'il s'agit de la Phrygie Paca-
tienne. — Michel fut au second concile de Nicée, 787
(Mansi, xii, 998 C, 1106 D; xiii, 148 B, 372 A, 393 E).
— ■ Syméon prit part au concile de 879 qui réhabilita
Photius (Mansi, xvii A-xvin A, 377 D).
L'évêché de Cérétapa disparut probablement lors de
l'avance des Turcs en Asie Mineure au xii^ s. Le titre
ne semble pas encore avoir été conféré dans l'Église
romaine. Il n'a d'ailleurs été introduit dans les listes de'
la Consistoriale qu'en 1923.
165
CÉRÉTAPA
— CERETUM
166
Lequien, i, 811-12. — Smith, Dictionary of Greek and
Roman Geography, i, 592. — W. Ramsay, Cities and Bishop-
rics of Phrygia, i, 215, 275 sq., 328, 340. — Ruge, Keralapa,
dans Beal-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 287-88.
R. Janin.
CERETUM (Cerelensis selon la dénomination de
la Curie pontificale, actuellement Seret ou Siret), ville
de Bukovine, sur la rivière du Seret, au sud de Cer-
nauti (Tchernovitz), siège d'un ancien évêché catho-
lique latin dont les origines remontent au xiv« s. A
cette époque Seret était un centre commercial floris-
sant dont la prospérité attirait de nombreux étran-
gers, notamment des Polonais et des Hongrois aux-
quels s'étaient joints une importante colonie de
Saxons et quelques groupements d'Arméniens catho-
liques et dissidents. Au point de vue religieux, Seret
relevait de l'éparchie grecque orthodoxe de Halicz.
Les fils de S. François et de S. Dominique furent les
principaux artisans de la diffusion du catholicisme en
Moldavie. Dès 1340 les Franciscains y possédaient un
couvent. Leurs efforts aboutirent en 1370 à la conver-
sion de Latsco, voïvode de Moldavie. Celui-ci, par
l'entremise de deux franciscains, Nicolas de Mehlsack,
originaire de Prusse orientale, supérieur du vicariat de
Ruthénie dont dépendait le couvent de Séret, et Paul
de Schweidnitz (Silésie), confia au pape Urbain V,
dans l'été de cette même année, son intention d'abjurer
le schisme avec tout son peuple. Il demandait en outre
que Seret obtînt les privilèges et le titre de cité
(civilas) et devînt le siège d'un évêché catholique.
Urbain V, tout heureux de cette conversion, et croyant
sincèrement au retour vers Rome de tout le Proche-
Orient, retour qu'avait laissé entrevoir la récente
abjuration de l'empereur grec Jean VI Paléologue, se
hâta d'accéder au désir du prince roumain, non toute-
fois sans s'assurer quelques garanties. Par lettre apos-
tolique du 24 juin. 1370 il enjoignit à l'archevêque de
Prague et aux évêques de Breslau et de Cracovie d'ou-
vrir une enquête sur la sincérité de la conversion de
Latsco et de compléter son instruction religieuse, si
besoin était. Il leur donnait aussi tous pouvoirs pour
recevoir l'abjuration du voïvode et élever Seret au
rang de ville épiscopale. La bulle fixait également les
limites du nouveau diocèse, c.-à-d. tout le territoire
placé sous la juridiction de Latsco. Par la volonté
d'Urbain V, le siège de Seret devait relever directe-
ment de Rome, comme l'indiquent les termes du
document pontifical, solum et immédiate sancte sedi
apostolice in spiritualibus subsit. Cette clause n'avait
certainement qu'un caractère provisoire et devait
permettre au pape de suivre de plus près les dévelop-
pements de la nouvelle éparchie. En fait nous pensons
que très rapidement Seret fut rattaché à Halicz. De
toutes manières, la chose était accomplie en 1412,
puisque le document pontifical qui relate le transfert à
Lemberg (Lwow), en cette même année, du siège
métropolitain de Halicz, cite Seret parmi les évêchés
suffragants de la nouvelle métropole.
Dans quelle mesure le mouvement vers l'union
s'est-il propagé en Moldavie? Il serait difficile de le
dire avec certitude. Latsco, sans nul doute, avait
abjuré le schisme, puisque Grégoire XI l'en félicite
chaleureusement, le 25 janv. 1372, tout en l'exhor-
tant à ne pas se laisser pervertir par sa femme restée
orthodoxe. Il semble bien que le prince s'était trop
avancé en promettant le retour de son peuple à l'unité.
Les résistances ont dû se dessiner très rapidement. A
vrai dire, il serait exagéré de parler d'un échec com-
plet. Des conversions se sont produites certes, mais à
un rythme beaucoup plus lent que ne l'avait espéré le
Saint-Siège. Certains auteurs roumains, comme Xéno-
pol et Melchisédech, ont émis des doutes sur la sincé-
rité de Latsco; sa conversion n'aurait été qu'une
feinte destinée à masquer ses visées politiques : s'assu-
rer l'appui non négligeable de la papauté. Bien vite, il
serait retourné au schisme. Cette assertion manque de
fondement. Le fait que Latsco, mort en 1373, fut
inhumé dans l'église orthodoxe de Cernauti n'est pas
une preuve suffisamment concluante. Cette église
abritait le mausolée des voïvodes et personne ne
pouvait trouver étrange que Latsco reposât parmi ses
ancêtres. Cela ne signifiait pas nécessairement une
apostasie.
Sous le règne de Georges Koriatovitch, une violente
réaction orthodoxe se fit jour, qui faillit devenir fatale
à la jeune Église de Seret. Heureusement la bour-
rasque fut de courte durée. Avec Pierre Muchat
(1375-90), le calme revint. Marguerite, sa mère, catho-
lique et apparentée à la famille royale de Hongrie,
favorisa ouvertement le catholicisme. Nous savons que
Seret possédait déjà un couvent de franciscains. La
princesse y installa aussi des dominicains de la pro-
vince de Hongrie (1377) et fit construire en l'honneur
de S. Jean-Baptiste une église paroissiale qu'elle leur
confia et dans laquelle elle voulut être inhumée. Ce
sanctuaire, plus tard la cathédrale, auquel Gré-
goire XI concéda certains privilèges spirituels, devint
un lieu de pèlerinage très fréquenté à la suite de
nombreux miracles qui s'y produisirent et dont on a
dressé un acte notarié le 24 juin 1402. Le monastère
dominicain de Seret fut cédé peu de temps après sa
fondation au vicariat des Frères Pérégrinants par le
maître général de l'ordre, Élie Petit. Moins d'un siècle
plus tard, il devait faire retour à la province de
Hongrie, lors de la dissolution du vicariat des Frères
Pérégrinants.
Un document qui a fait couler beaucoup d'encre et
induit en erreur nombre d'historiens est une lettre
d'Eugène IV à Benoît, évêque de Turnu-Severin, et
datée du 15 sept. 1439. Le pape y fait allusion aux
diocèses de Seret et de Bacau, alors vacants. Ce docu-
ment, publié par le comte Kemeny et dont l'original
ne se trouve nullement aux archives du monastère
franciscain de Cluj, comme l'affirme l'éditeur, est un
faux. Cette prétendue lettre est d'ailleurs remplie de
contradictions qu'il suttîra de signaler. L'évèché de
Seret n'était nullement vacant au début du xv^ s. La
succession épiscopale est régulière et non interrompue
de 1371 à 1436, date de la nomination du dernier
évêque connu, sauf une courte vacance d'un peu plus
d'une année de 1412 à 1413. Bacau, certes, n'avait pas
d'évêque et pour la bonne raison que ce siège n'exis-
tait pas encore. Il date du début du xvii*^ s. et son
premier titulaire fut le franciscain Jérôme Arsengo de
Chio, préconisé le 17 sept. 1607. On cherche en vain un
évêque de Turnu-Severin du nom de Benoît. A l'époque
qui nous concerne, ce siège était occupé par Domi-
nique, élu le 27 mai 1437, précédemment archidiacre
de Sumeg, au diocèse de Veszprem. Il eut comme
successeur, le 2 juin 1447, le bénédictin Étienne, abbé
de Knoporli (?), également de Veszprem (voir C. Au-
ner, Episcopia catolica a Severinului, dans Revista
catolicâ, I, Bucarest, 1913, p. 60).
Seret eut peu d'évêques résidentiels. Le premier
titulaire, proposé par Latsco, était un franciscain,
nommé André de Cracovie, de la noble famille des
Jastrzebiec. LTrbain V, avant d'agréer cette candida-
ture, chargea l'archevêque de Prague et les évêques de
Breslau et de Cracovie d'examiner si le personnage en
question était idoine à ce poste (lettre apostolique du
25 juin. 1370). Le seul qui s'occupa eft'ectivement de
cette affaire fut l'évêque de Cracovie, Florian. Le sacre
eut lieu à Cracovie le 19 mars 1371. Le prélat consé-
crateur était Florian, assisté du dominicain Derslaus,
évêque d'Élatée, et du franciscain Nicolas, évêque de
Syene (?). Exactement deux mois après, le 9 mai 1371,
107
CERETIIM
168
le nouvel évêque prêta serinent devant Floriaii, repré-
sentant du pape, et signa le formulaire qui fut aussi-
tôt expédié à Rome. André, cependant, ne se pressait
pas de gagner son diocèse. Le 4 août l.'iTl, nous le
trouvons encore à Leniberg où il fait établir par
devant notaire une copie authentique de son acte de
consécration. Sans doute prévoyait-il les difflcultés
qui l'attendaient en Moldavie. La situation s'est révé-
lée tout de suite précaire. La bulle papale de fonda-
tion élevait la principale église du lieu au rang de
cathédrale et créait un chapitre que Latsco devait
doter. Or à Seret il n'y avait d'autre église catholique
que la chapelle des frères mineurs et le voïvode ne se
pressait pas de manifester sa générosité. L'évêque
avait à peine de quoi soutenir son rang. Il se plaignit
de cette situation à Rome et implora un bénéfice dont
les revenus lui permissent de vivre selon sa condition.
11 eut soin de faire apostiller sa pétition par la reine
mère Élisabeth de Hongrie. Grégoire XI fit droit à sa
requête en le félicitant du zèle qu'il avait déployé
pour convertir les schismatiques de son diocèse (lettre
du 25 juill. 1372). Déjà quelques mois auparavant, le
pape lui avait confié l'administration de l'évêché de
Halicz, qu'il garda jusqu'à l'érection de ce siège en
métropole (1375-76). Ces difficultés matérielles, aggra-
vées par la vive réaction orthodoxe qui suivit la mort
de Latsco, contribuèrent à détacher peu à peu André
de son diocèse. Il n'a pas dû y faire de longs séjours.
En fait, dès le mois de juin 1372, nous le trouvons de
nouveau en Pologne, à la cour de la reine mère Élisa-
beth, à Posnan. Il est fort probable que depuis ce mo-
ment André ne remit plus les pieds dans son diocèse et
se contenta de l'administrer de loin. Tous les docu-
ments qui le concernent le signalent en effet constam-
ment en Pologne. Dans ces documents, il est toujours
désigné sous les titres d'évêque de Seret et de sufl'ra-
gantde Gnesen. Notons qu'à cette époque le terme de
sulïragant indiquait souvent un évêque auxiliaire. Le
12 mars 1388, André fut transféré au siège de Vilna,
où il mourut en 1399.
La liste de ses successeurs est assez confuse. Des
documents mal interprétés ont engendré des erreurs
toujours fidèlement reproduites et partant difficiles à
extirper. Certains noms reviennent deux fois qui, ma-
nifestement, ne désignent qu'un seul et même person-
nage. Lequien s'est efforcé de rétablir la vérité sans y
parvenir tout à fait. Sa liste est à rectifier, non moins
que celle de Gams. Le successeur immédiat d'André
fut un dominicain, Jean de Cracovie, à qui Bzovius,
O. P. (Propago D. Hyacinthi, Venise, 1606, p. 50),
donne le surnom de Sartorius. Les listes épiscopales
connues signalent deux évêques de ce nom : Jean de
Cracovie, successeur d'André, et Jean Sartorius, qui
siège dans les premières années du xv« s. Nous avons là
un cas de dédoublement dû à Okolski (Riissia Florida,
Lemberg, 1646, p. 59), qui confondit la date du docu-
ment original (1394) avec celle de la copie authen-
tique (1403). Cette erreur fut répétée constamment
dans la suite. De Jean Sartorius, nous savons peu de
choses. Dans un acte officiel, il se nomme confesseur
des souverains de Pologne et suffragant de Cracovie.
Nous en concluons qu'il occupait la charge d'auxi-
liaire de cette ville et qu'il n'a pas dû résider dans son
diocèse. La seule marque d'intérêt que nous lui voyons
porter à sa ville épiscopale est une lettre adressée à ses
confrères de Seret et datant probablement de 1393 ou
de 1394. Il les félicite des conversions obtenues et
accorde 40 jours d'indulgence à ceux qui visiteront
l'église S. -Jean-Baptiste où s'opèrent des miracles.
Jean Sartorius mourut dans les premiers mois de 1394.
Le 8 juin 1394, Boniface IX lui donne un successeur
dans la personne du dominicain Étienne Martin, dit
Zajacsek, vraisemblablement d'origine ruthène, car il
est nommé ailleurs Étienne Ruthène. D'après Nie-
siecki (Koronn Polska, vol. iv, Lemberg, 1743, p. 642),
il aurait appartenu à une famille noble. Pour l'obliger
à la résidence, le jiape lui interdit de célébrer pontifi-
calement en dehors de son diocèse. Malgré cette clause
restrictive, il ne paraît pas qu'Étienne mît jamais les
pieds en Moldavie. Les temps n'étaient guère favo-
rables, il est vrai. Le roi de Hongrie, Sigismond,
venait d'être battu par le voïvode de Moldavie
(automne 1394). (;et échec a sans doute contribué à la
régression du catholicisme dans cette région. Tout en
conservant son titre d'évêque de Seret, Étienne est
nommé, vers 1396, auxiliaire à Cracovie, fonction
qu'il a dû garder jusqu'à sa mort, car à deux reprises
encore (en 1406 et 1411), les documents lui recon-
naissent cette qualité. Il meurt le 10 janv. 1412,
laissant tout son avoir au monastère des dominicains
de Cracovie.
Le siège de Seret resta vacant pendant plus d'une
année. Enfin, le 5 mars 1413, Jean XXIII y pourvut
par la nomination du moine Nicolas Venator, de l'ordre
de S. -Paul Ermite. Celui-ci devait avoir bientôt un
compétiteur dans la personne du dominicain Thomas
Grueber (ou Erneber), préconisé évêque de Seret par le
même pape, le 31 juill. de la même année. Cette élec-
tion, inexplicable de prime abord, car rien n'indique
que la première ait été annulée, doit sans doute se
mettre sur le compte du désordre de la Chancellerie
pontificale, désordre fort compréhensible au temps du
Grand Schisme. De toute façon, aucune des deux no-
minations n'était régulière, puisque Jean XXIII
n'était pas le vrai pape. Grégoire XII, pape légitime,
bien qu'abandonné par ses cardinau.x, n'avait pour-
tant pas abdiqué. Ceux-ci, réunis à Pise, dans un con-
clave anticanonique, avaient élu à sa place Alexan-
dre V (1409-10), à qui succéda, un an plus tard,
Jean XXIII (1410-15). Grégoire XII n'abdiqua qu'en
juin 1415. Comment la Curie pontificale mit-elle d'ac-
cord les deux compétiteurs au siège de Seret? Nous en
sommes réduits à des conjectures. Martin V, légitime
élu du concile de Constance, avait le choix entre deux
solutions : ou ratifier l'une des deux nominations de
! Jean XXIII ou procéder lui-même à une autre élec-
tion. Or les archives du pontificat de Martin V
recèlent un curieux document qui semblerait de prime
abord confirmer cette dernière hypothèse. Il s'agit de
l'élection au siège de Seret, le 14 sept. 1420, d'un
évêque Jean. Mais Eubel, qui cite cette pièce d'ar-
chives, avoue que le nom de l'évêché est presque illi-
sible et se demande si cet acte concerne véritablement
Seret. Par ailleurs, un autre document pontifical
signale que le 29 juill. 1436 le franciscain Jean est
nommé au siège de Seret vacant par la mort de
l'évêque Nicolas. Ce dernier ne serait-il pas Nicolas
Venator? D'après cette hypothèse, l'élection de Tho-
mas Grueber aurait été annulée et celle de Nicolas
validée par Martin V.
De l'évêque Jean, on ne sait rien sinon qu'il ne
parut jamais dans son diocèse. Il fut le dernier évêque
effectif de Seret. A partir de ce moment, le siège devint
une simple titulature. Le seul bénéficiaire connu est
Abraham Siedlchowski, nommé en 1622 par Paul V
auxiliaire à Kulm (Chelmno).
Lequien, m, 1117-20. — E. Picot, Chronique de Moldavie
de Grégoire Ureche, i, Paris, 1878, p. 34-35. — De Mas-La-
trie, Trésor de chronologie, Paris, 1889, col. 2097. — E. Hur-
muzaki. Documente privitoare la Istoria liomànilor, i, Buca-
rest, 1890, part. (1346-1430), p. 160, 162, 166, 167, 176,
197. — - A.-D. Xenopol, Histoire des Roumains de Dacie
trajane, i, Paris, 1896, p. 212. — C. Kubel, i, 189; ii, 140.
— R. Rosetti, Despre Unguri si Episcopiile catolice din
Moldavia, dans Analele Academiei Române, section histo-
rique, série II, Bucarest, 1905, xxvii, 247. — N. lorga,
Istoria Bisericii românesti, i, Valenii-de-Munte, 1908,
169
CERETUM
— CE RIS Y
170
p. 34-36, 60. • — C. Auner, La Moldavie au concile de Flo-
rence, dans Échos d'Orient, vu, 1904, p. 323-24; vm, 1905,
p. 77, 136. — I.-C. Filitti, Din Archivele Vaticanului, dans
Revista catolica, lu, Bucarest, 1913, p. 365-67; iv, p. 533,
534, 540-41, 545. — Voir aussi les articles de C. Auner,
dans la Revista catolica : Episcopia de Seret, ii, 1913, p. 226-
45; Cei din urma episcopi de Seret, iv, 1914, p. 567-77.
E. Jean.
CERIGNOLA. Voir Ascoli Satriano, D. H.
G. E., IV, 912-13.
CÉRINTHE, hérétique du i" s. S. Iréaée (Adu.
haeres., I, xxvi, 1) est le premier auteur qui nous ren-
seigne sur Cérinthe. Selon lui, Cérinthe enseigna en
Asie. Il prétendait que le monde n'a pas été fait par
le premier Dieu, mais par une vertu, très éloignée de
lui et qui l'ignorait; il ajoutait que Jésus n'était pas né
d'une vierge, mais qu'il était le fils de Marie et de Jo-
sepii, qu'il avait été supérieur à tous les autres
hommes par sa justice, sa sagesse et sa prudence; que,
lors de son baptême, le Christ était descendu en lui
sous forme de colombe, c.-à-d. une puissance émanée
du Dieu suprême, si bien qu'à partir de ce moment
Jésus avait pu aimoncer le Père inconnu et accomplir |
des miracles; que, finalement, le Christ avait aban-
donné Jésus et que Jésus avait souffert et était
ressuscité, tandis que le Christ demeurait impassible.
Il ressort de ce témoignage que Cérinthe aurait été un
gnostique et que son enseignement aurait été, sous une
forme simple, celui que devaient reproduire, en le
compliquant, les docteurs de la gnose.
Ailleurs (Adv. haeres., III, xi, 1), S. Irénée ajoute
que S. Jean a écrit son Évangile pour réfuter les
erreurs de Cérinthe. Il dit aussi : « Il y a encore des
gens qui ont entendu Polycarpe (de Smyrne) raconter
que Jean, le disciple du Seigneur, vint un jour aux
thermes d'Éphèse. Lorsqu'il y aperçut Cérinthe, il en
sortit précipitamment sans prendre de bain, en di-
sant : Fuyons, de peur que l'édifice ne tombe sur
nous. Cérinthe s'y trouve, l'ennemi de la vérité. »
(Adv. haeres., III, iii, 4.) Ces derniers renseignements
sont particulièrement importants, car S. Irénée, dis-
ciple de S. Polycarpe, était bien placé pour connaître
ce qui se rapportait à S. Jean et à son Évangile. Ils |
semblent d'ailleurs corroborés par certaines expres-
sions de la première épître de S. Jean. L'apôtre déclare
en effet qu'est menteur celui qui nie que Jésus est le
Christ (I Joa., ii, 22); tandis qu'il est de Dieu celui
qui confesse que Jésus-Christ est venu dans la chair
(I Joa., IV, 2). Ces deux formules ne viseraient-elles
pas l'erreur de Cérinthe qui distinguait Jésus et le
Christ et qui niait l'incarnation du Verbe?
D'autres renseignements cependant ne confirment
pas les données de S. Irénée, qu'a reproduites S. Hip-
polyte (Philosoph., VII, xxxiii, 1-2; X, xxi). Dans un
fragment des Capila adversus Caium, reproduit par
Denys Bar Salibi {In Apocalyps., Actus et episl.
canon., dans l'édition de L. Sedlacek, Rome et Paris,
1910, p. 1), S. Hippolyte nous apprend en effet que le
prêtre romain Caïus attribuait à Cérinthe la composi-
tion de l'Apocalypse; peut-être ajoute-t-il lui-même
que Cérinthe enseignait la circoncision, ce qui nous
obligerait à le ranger parmi les judéo-chrétiens, plutôt
que parmi les gnostiques. De fait, Caïus, au dire
d'Eusèbe {Hisi. eccles., III, xxviii, 1-2), représente
Cérinthe comme un millénariste qui interprétait au
sens le plus grossier les promesses de l'Apocalypse.
Denys d'Alexandrie, qui parlait également de Cé-
rinthe dans son livre Sur les promesses (Eusèbe,
Hist. eccles., VII, xxv, 1-3), lui attribue aussi des
thèses millénaristes.
S. Épiphane fait de Cérinthe un judaïsant (Haeres.,
xxvin). Selon lui, Cérinthe enseignait que le Christ
était né de Joseph et de Marie, que le monde avait été
créé par des anges, que la Loi et les prophètes avaient
été donnés par des anges et que celui qui avait donné
la Loi était un des anges qui ont fait le monde. Il ajou-
tait que le Christ n'était pas encore ressuscité, mais
qu'il ressusciterait au moment de la résurrection géné-
rale (Haeres., xxviii, 6). L'évêque de Salamine ne
paraît d'ailleurs pas très exactement renseigné sur le
détail de la doctrine de Cérinthe : c'est à S. Irénée et à
S. Hippolyte qu'il doit tout ce qu'il y a de positif dans
sa description.
On ne peut pas, semble-t-il, ajouter foi au témoi-
gnage de S. Épiphane, lorsqu'il prétend que Cérinthe
fut un de ceux qui s'opposèrent aux apôtres au mo-
ment du concile de Jérusalem et qui résistèrent à
S. Pierre lors de la conversion de Corneille ; ou encore
que ce fut lui qui ameuta la foule contre S. Paul lors du
retour de l'Apôtre à Jérusalem (Haeres., xxviii, 2
et 4). Ces récits traduisent peut-être les souvenirs que
S. Épiphane avait gardés d'une lecture un peu rapide
de S. Hippolyte. Ils ont grande chance d'être forgés
pour les besoins de la cause.
Somme toute, la personne et la doctrine de Cé-
rinthe restent enveloppées d'obscurité. Il paraît assuré
que Cérinthe a vécu et enseigné en Asie vers la fin du
i" s. et que S. Jean a écrit contre lui. Il a dû nier l'in-
carnation du Verbe, et peut-être enseigner un système
mélangé de gnose et de judaïsme. L'hypothèse de
Caïus qui lui attribue l'Apocalypse et même le qua-
trième Évangile n'a aucun fondement historique et
reste personnelle à cet écrivain. Il est difficile,
semble-t-il, d'affirmer plus que cela.
C. Schmidt, Gespràche Jesu mit seinen Jiingern nach der
Auferstehung, Leipzig, 1919, p. 403-52. — G. Bardy, Cérin-
the, dans Revue biblique, 1921, p. 344-73. — E. de Faye,
Gnostiques et gnosticisme, 2« édit., Paris, 1925. — A. Bludau,
Die erste Gegner der Joannesschriften, Fribourg, 1925. —
M.-J. Lagrange, L'Évangile selon S. Jean, Paris, 1925. —
J. Lebreton, Histoire du dogme de la Trinité, 2» édit., Paris,
1928, p. 483-94.
G. Bardy.
CÉRINTHIENS, hérétiques du i" s., partisans
de Cérinthe. Le seul auteur qui nous renseigne sur
l'existence des cérinthiens est S. Épiphane (Haeres.,
xxviii), dont le témoignage est trop tardif pour pou-
voir être accueilli en toute sécurité. Les écrivains
antérieurs, S. Irénée, S. Hippolyte, Caïus, Denys
d'Alexandrie, Pseudo-TertuUien parlent de Cérinthe
et donnent des renseignements sur sa doctrine, mais ne
disent rien de ses partisans. Selon les vraisemblances,
Cérinthe n'a pas dû faire beaucoup de disciples, et en
tout cas, il n'a pas dû exister, au moins durant long-
temps, une secte se réclamant de lui.
S. Épiphane prétend (Haeres., xxviii, 6) que l'héré-
sie de Cérinthe s'est répandue non seulement en Asie,
mais en Galatie et que l'usage du baptême pour les
morts était très fréquent parmi ses adeptes. Il ajoute
que les cérinthiens se servent de l'Évangile de S. Mat-
thieu, c.-à-d., semble-t-il, qu'ils rejettent les trois
autres Évangiles : il est impossible de dire où il a
trouvé cette assertion. Il est assez probable que
S. Épiphane a connu par expérience des communautés
ébionites qui vivaient de son temps dans l'île de
Chypre (Haeres., xxx, 18, 1) et ailleurs; et comme,
pour lui, Cérinthe est un des fondateurs du judéo-
christianisme, il a mis ces communautés en relations
avec l'hérésiarque. 11 y a là, de sa part, un arrange-
ment qui ne s'appuyait sur aucune tradition, et les
cérinthiens, s'ils ont jamais existé comme secte indé-
pendante, avaient depuis longtemps disparu au iv« s.
G. Bardy.
CERISY (Abbaye de S.-Vigor de) (Manche). La
commune de Cerisy est située à une vingtaine de km. à
l'ouest de Bayeux, et dépendait autrefois de l'évêché
171
CERISY
— CERLE
172
de cette ville. L'abbaye fut fondée vers le milieu du
vi« s., par S. Vigor, évêque de Bayeux, sous l'invoca-
tion des SS. Pierre et Paul, sur un territoire qui lui
avait été donné par Volusien et comportant 25 vil-
lages. Au x"" s., le monastère fut détruit par les Nor-
mands et la terre de Cerisy incorporée au domaine
ducal. En 1030, Robert le Magnifique le rétablit et
installa dans la nouvelle abbaye un abbé Durand, venu ■
de S.-Ouen de Rouen; la dédicace eut lieu le 22 nov.
1032. Robert et ses descendants enrichirent l'abbaye
par des dons de terres, de reliques et des privilèges;
elle ne relevait que du Saint-Siège et possédait, cas
fort rare, le droit de justice sur toute l'étendue de son
exemption ; les abbés commendataires laissèrent tom-
ber cette prérogative, pourtant exceptionnelle. Les
rois d'Angleterre et de l'rance prirent l'abbaye sous
leur protection, la forêt fut détrichée, la région voisine
vit s'accroître la population. L'église, construite au
xi<^ s., est considérée comme l'un des types les plus I
anciens de l'architecture solide et sévère des ducs nor-
mands; elle fut, au xiii" s., enrichie, ornée, le chœur
transformé et voûté; les bâtiments claustraux furent
agrandis à cette époque et au xiv« s. Eudes Rigaud, :
archevêque de Rouen de 1248 à 1275, la visita plu-
sieurs fois et constata que la vie monastique y était
régulière. Il y avait alors de cinquante à soixante
moines, presque tous prêtres.
Elle subit à la fin du xiv« s. les conséquences des
guerres, fut fortifiée; il fallut emprunter pour payer
ces travaux et l'entretien des gens d'armes et du capi-
taine qui y tenaient garnison. L'occupation anglaise î
aggrava la situation; Richard de Silly, capitaine, fut
contraint de la remettre au roi d'Angleterre qui s'em-
para des revenus et y mit un capitaine anglais, Thomas
Halgthon. Après la bataille de Formigny qui délivrait î
la Normandie (1450), l'abbé Richard Sabine prêta ser- ^
ment au roi de France, le chapitre fut reconstruit, les
cloîtres et bâtiments restaurés, mais le nombre des
religieux ne dépassait guère la dizaine. En 1502,
l'abbaye tomba entre les mains de commendataires et
cette situation fut encore plus funeste que la précé-
dente; il n'y avait personne pour la défendre quand les
protestants vinrent en 1562. L'abbé était en Auvergne,
les moines durent fuir, tout fut saccagé ou anéanti, le
vicaire général, Michel de Clugny, ne put que faire
dresser procès-verbal. Trois ans plus tard, la foudre
incendiait le clocher et une partie de la nef de l'église; !
il fallut la réparer et reconstruire la tour. En 1570, il
n'y avait que le prieur et sept moines.
Au xviie s., la situation fut meilleure au point de
vue matériel, plusieurs abbés eurent soin des bâti-
ments ; mais les religieux n'étaient plus à la hauteur de
leur mission, leur nombre diminuait et ils ne se sou-
ciaient que d'accroître leurs revenus personnels; ce fut
une ère de nombreux procès. En 1660, leur mauvais
vouloir empêcha l'introduction à Cerisy de la réforme
de S.-Maur. En 1706. ayant compris qu'ils obtien-
draient ainsi une pension plus considérable, ils accep-
tèrent un traité entre l'abbé de Vendôme et les Mau-
ristes. Un incident avec l'évêque de Bayeux pour une
question de ])réséance empêcha son approbation par le
roi, et les religieux, se considérant comme les seuls
maîtres, firent faire de multiples travaux, change-
ments, démolitions, si bien que, quand en 1716 le
concordat signé dix ans plus tôt fut approuvé par
Louis XV, le nouveau prieur, dom Lecourt, et ses
quatre mauristes éprouvèrent les plus sérieuses diffi-
cultés. Les charges excédaient les revenus; des sub-
sides et des économies permirent de redresser la situa-
tion, mais bientôt après on construisit un manoir
pour l'abbé, puis, en 1770, en place des anciens bâti-
ments, une vaste construction de 140 pieds de lon-
gueur; il avait également fallu refaire le clocher, plu-
sieurs fois atteint par la foudre. Tout cela avait obligé
à des ventes de bois, à des emprunts et 14 000 livres
restaient à payer en 1789. A cette date, la communauté
de Cerisy se composait de sept moines seulement; ils se
séparèrent quand les ordres religieux furent abolis,
les biens furent vendus nationalement et l'église devint
paroissiale.
Dans la longue liste des abbés réguliers, que le
Gallia christiana donne incomplète, on relève le nom
d'Estout d'Estouteville (1385-88) qui devint abbé du
Bec, puis de Fécamp. Quant aux abbés commenda-
taires, presque tous appartenaient à des maisons
illustres : Claude de Husson (1502-09) fils de Charles,
comte de Tonnerre et d'Antoinette de La Trémoille,
fut évêque de Séez, puis de Poitiers; Jacques de Silly
fut évêque de Séez (1509-39) ; Georges d'Amboise (1542-
50) fut archevêque de Rouen et cardinal; Charles de
Bourbon, fils de François de Vendôme et de Françoise
d'Alençon, fut également archevêque de Rouen; An-
toine d'Apchon (1557-80) ne fut pas, comme le prétend
le Gallia christiana, évêque de Tarbes : marié, il fut
lieutenant en Lyonnais, Forez et Beaujolais. Parmi ses
successeurs, on relève les noms de François de La
Guesle (1584-1614), de Pierre Habert (1614-30), de
Henri-Louis Habert deMontmort (1631-37), tous trois
conseillers au parlement de Paris; de Germain Habert
(1637-54), membre de l'Académie française; de Maza-
rin (1654-61); de Philippe de Bourbon-Vendôme (1661-
1727), fils de Louis, duc de Vendôme, et de Victoire
Mancini; de Paul d'Albert de Luynes (1727-88).
Huit prieurés dépendaient de Cerisy : S. -Martin de
Barnavast, S. -Martin des Deux-Jumeaux, S. -Paul de
Lyons, S.-Ouen de Marsay, S.-Froniond, S.-Marcouf,
Vauville, West-Shirburne (Angleterre).
Le travail le plus détaillé sur l'abbaye de Cerisy est celui
de P. de Farcy, Abbayes de Vévêché de Lisieux, i. — On
trouvera un grand nombre de références et indications de
sources d'archives dans Cottineau, i.
M. Prévost.
CERLE (Jean) (1633-91), ecclésiastique, né à
Aubin, dans le Rouergue, en sept. 1633, dans une
famille très modeste, joua un rôle important dans le
11 schisme de la régale » du diocèse de Pamiers. Fils
spirituel du fameux Caulet, il avait fait ses études à
l'université de Toulouse où il avait été remarqué par
l'un des « recruteurs » de l'évêque de Pamiers, Antoine
Charlas. C'était, chez Caulet, un parti pris de choisir eu
dehors de son diocèse ceux qui devaient être ses colla-
borateurs dans l'administration et la réforme de
l'Église de Pamiers, tactique qui lui facilitait la tâche
en le libérant des influences locales. C'est ainsi que
Cerle fut attiré à Pamiers et agrégé au chapitre réfor-
mé de Caulet, où l'on n'entrait qu'après une sévère
probation. Cerle fit la sienne à l'abbaye de Chancelade
(Dordogne) où, depuis la réforme d'Alain de Solmi-
nihac, la vie religieuse était en plein essor, sous une
règle apparentée à celle de Pamiers. C'est sans doute en
raison de cette formation que Cerle passera aux yeux
de certains — dont Voltaire — pour un « moine ».
Peu après son installation au chapitre de Pamiers
(1664), il subit une crise : à la stupéfaction générale et
à la déception de l'évêque, il se déprend de l'obser-
vance régulière, affiche de l'orgueil, de l'arrogance et
de l'ambition, mais c'est là une défaillance passagère,
car il se reprend bien vite et se rend de nouveau digne
de la confiance de Caulet. Ce dernier l'envoie présider
à sa place des conférences ecclésiastiques et le délègue
à la visite de certaines paroisses, comme s'il eût été
son grand vicaire.
A la mort de Caulet (7 août 1680), un conflit éclate
entre les chanoines régalistes (nommés par le roi à la
faveur du droit de régale) et les chanoines réformés.
Les premiers qui, du vivant du prélat, « s'étaient tenus
173
CEHLK
C E R N K
17/1
cois, s'abstenant de paraître au chœur, où l'autorité
civile n'avait osé les introduire de force », prétendent
occuper leurs stalles; les chanoines réformés refusent
de frayer avec ces intrus et le peuple prend parti pour
le chapitre, qui reçoit, d'autre part, un bref d'appro-
bation adressé par Innocent XI à Caulet, niais parvenu
après sa mort. La riposte de l'autorité ne tarde pas :
Foucault, intendant de Montauban, et le marquis de
Mirepoix, gouverneur du pays de Foix, se transportent
à Pamiers, suivis de quatre compagnies de cavalerie
qui, par représailles, vont cantonner chez les oppo-
sants. Ce sont presque des dragonnades. Des deux
vicaires généraux, l'un, d'Aubarède, est embastillé,
l'autre, Rech, est enfermé au château de Dax. Mais le
chapitre désigne un suppléant qui, plus heureux que
ces derniers, saura échapper à toutes les recherches de
la police : c'est Jean Cerle.
Il sera contraint de mener désormais une vie errante,
pleine de périls : le 16 avr. 1681, il sera condamné par
contumace à être décapité. Traqué, réduit à changer
chaque jour de retraite, il déployait une activité in-
tense. Voltaire a défini ainsi son rôle : « Un moine
nommé Cerle, qui était l'un des grands vicaires [de
Pamiers], casse et les sentences du métropolitain (de
Toulouse, Montpezat] et les arrêts du Parlement. Ce
tribunal le condamne par contumace à perdre la tête
et à être traîné sur la claie. On l'exécute en effigie. Il
insulte du fond de sa retraite à l'archevêque et au roi.
et le pape le soutient. »
En réalité, les « insultes » de Cerle étaient des
excommunications fulminées en bonne et due forme
contre des intrus, et nous devons reconnaître qu'elles
étaient justifiées. Contrairement à ce qu'avance Vol-
taire en employant le présent historique, qui exprime
la continuité, le soutien du pape fut loin d'être continu.
Sans doute, le bref du 1" juin 1681 confirma-t-il l'au-
torité de Cerle, mais une suite de décisions en sens
contraire prises par les bureaux de la Curie vinrent
neutraliser les effets de cette mesure. Selon le mot de
Mgr Vidal, il y avait « comme une fatalité qui s'achar-
nait à brouiller les cartes entre le Saint-Siège et ses
fidèles de Pamiers, au bénéfice du camp adverse ».
Ce conflit dégénéra en un véritable schisme qui
dura jusqu'en 1693. A cette date, Cerle était mort : un
séjour prolongé dans des cachettes humides, un régime
de privations continuelles, des alarmes quotidiennes,
les épreuves morales avaient ruiné la santé de ce
robuste Rouergat. Le 12 févr. 1689, il est, avec plu-
sieurs de ses amis, impliqué dans un procès contre la
sûreté de l'Rtat : quoique déjà mort en effigie et léga-
lement inexistant, il est condamné aux galères à vie.
(;et arrêt ne fut pas plus exécuté que les précédents, et,
quand Cerle mourut, le 16 août 1691, en un endroit
que nous ignorons, la police du roi n'avait pu se saisir
de sa personne.
Cerle est une très belle figure, jusqu'ici méconnue,
de la fidélité française à la chaire de Pierre. La fré-
quentation de cette belle âme procure, écrit Mgr Vidal,
un plaisir d'édification. >■ Et le biographe de Cerle fait
ressortir les qualités morales de Cerle : dévouement,
courage, mais aussi loyalisme ; le conflit qui ojjpose
Cerle aux agents du roi ne l'empêche pas de respecter
son autorité; il n'a rien d'un révolutionnaire, ni même
d'un esprit frondeur; la mort de Marie-Thérèse, les
victoires du roi, les alarmes que cause sa maladie sont
l'occasion de mandements pleins de pensées chré-
tiennes et patriotiques, où il parle de la personne du
monarque tout comme les évêques en résidence à
Versailles. Bien mieux, lors de la chute de Jacques II.
il fut le seul des Ordinaires de France à prescrire des
prières et des jeûnes expiatoires.
Lavlsse, Histoire de France, vu, 26. — Orisar, dans L. T. K.,
II, 817. — Dom Poulet, Histoire du christianisme, m.
1173. — Mgr J.-M. Vidal, Histoire des évêques de Pamiers,
VI, Jean Cerle et le schisme de la régale, Paris, 1938.
C. Laplatte.
CERNE, Cernel ou Cerne abbas, abbaye béné-
dictine située à une distance d'environ 7 milles de
Dorchester au comté de Dorset, dédiée d'abord à
S. Pierre, ensuite à Notre-Dame, S. Pierre et S. Benoît,
auxquels, plus tard, on ajouta S. Edwold. Nous
sommes peu renseignés sur les débuts de cette fonda-
tion. A en croire le chroniqueur, Guillaume de Mal-
mesbury {De gestis pont., Rolls Séries, lu, 184-86),
S. Augustin de Cantorbéry aurait été mal reçu, voire
même chassé, par les habitants de cet endroit.
Prophétisant leur conversion, il dit à ses compagnons :
Cerno Deum (Deum = El), qui et nobis reiribuet
gratiam et furentibus illis emendationem infundat
animant. Ils se convertirent effectivement à la vraie
foi et pour leur administrer le baptême le saint fit
jaillir une source qui s'est conservée jusqu'à nos jours.
Cette légende tardive paraît peu vraisemblable et les
historiens modernes n'en tiennent pas compte.
Ce qui est mieux attesté, c'est le séjour près de ce
puits d'un solitaire, S. Edwold, qui après le martyre
de son frère, S. Edmond, roi d'East Anglia, en 870,
vint s'établir à Cerne et y mourut. Peu après sa mort,
un riche habitant du voisinage, Egilward, y construisit
un monastère sous le vocable de S. Pierre. {Vita
S. Edwoldi, éd. Horstniann, Nov. Leg. Angliae, Ox-
ford, 1901, I, 362-64; Leland, Cotlect., m, 65.) De ce
début de vie monastique à Cerne nous ignorons tout,
ainsi que la suite de son histoire, jusqu'au grand
renouveau du x"" s. A. M. Ryan (A map of old English
monasteries and Retated Ecclesiastical Fouitdations
A. D. 400-1066, CorneH University Press. 1939) n'en
tient pas compte. Dom D. Knowles, par contre, y fait
allusion et estime que, comme la plupart des monas-
tères anglo-saxons à la fin du ix<' s.. Cerne passa aux
mains des clercs séculiers (The monastic Order in
fÙHjland, Cambridge, 1940, p. 34). .\u témoignage de
Leland (loc. cit.) il n'y avait, à un moment donné, que
trois moines dans le monasteriolum ad Fontem S. Au-
gustin:.
Le merveilleux renouveau dans l'ordre monastique
inauguré en Angleterre par S. Dunstan vers 943 ne
larda pas à se faire sentir à Cerne. A la suite d'une
translation des reliques de S. Edwold, Aethelmar ou
.\iliner, alderman du roi Ethelred, quelquefois nonuné
duc de Cornouaille, reconstruisit le monastère et y
rétablit l'observance religieuse. Ego volo, écrit-il dans
la charte de fondation (987), ut illic habitent servientes
et vacantes Deo, et iis cainrnodis utantur qui sanclam
regulam beaii lienedicti vita et moribus leneant. (Cf.
Dugdale, Mon. angl., 11, 625-26.) Il offrit le monastère
achevé à S. Dunstan, alors archevêque de Cantor-
béry, et à Aelfheah (ou Eli)hege), évèque de Win-
chester. Rien ne nous ai)])rend d'où vint la nouvelle
communauté, niais il est probable qu'elle essaima de
S. Swithins à Winchester. Ce qui est certain, c'est que
Aelfheah choisit pour la charge, non pas d'abbé,
comme l'on a longtemps cru, mais de maître des
novices de la nouvelle fondation le célèbre prédicateur
.Velfric. Celui-ci arriva de Winchester formé à la vie
monastique par S. Ethehvold lui-même, promoteur
bien connu de la réforme dans les monastères, et sous
la direction duquel il avait fait de fortes études
(voir AiiLFRic, supra, i, 648-50). Pendant son séjour à
Cerne, il composa les ouvrages suivants : iiremier
volume des Homélies (entre 990 et 991), De temporibus
anni (991), second volume des Homélies (991 ou 992),
une grammaire latine (994), un recueil de Vies de
saints (995), un glossaire latin-anglo-saxon (997),
traduction de la Bible (commencée avant 998, achevée
vers 1003), une lettre pastorale écrite pour son
175
CERNE —
C E R N E U F
176
évêque Wulfsige de Sherborne (999), Homélies sur
Eslher, Judith el les Rois (vers 1001), De septiformi
Spiritu (vers 1001), le Colloquium (manuel à l'usage
de ses écoliers, 1003) (voir Marguerite-Marie Dubois,
Aelfric, sermonnaire, docteur et grammairien, Paris,
1943, oïl l'on trouvera une bibliographie très complète).
En 1005 Aelfric quitta Cerne pour assumer la
charge d'abbé à Eynsham où Aethelmar venait de
fonder un nouveau monastère. Encore une fois l'his-
toire de Cerne s'entoure d'obscurité. Il ne nous reste
aucune trace de changement survenu au moment de la
conquête normande (1066). Quelques années plus tard,
au plus fort de la querelle des Investitures, un concile
tenu à Londres (29 sept. 1102) déposa neuf abbés
bénédictins, dont Haimo, abbé de Cerne, accusé de
simonie (Eadmer, Hist. nov., P. L., clix, 438).
D'autres indices encore nous révèlent que l'état du
monastère laissait à désirer dans cette première moitié
du xri" s., notamment que Gilbert Foliot, alors abbé
de Gloucester, plus tard évêque de Londres, soutint
de son autorité un essai de réforme dans la commu-
nauté. Il lui envoya un de ses moines, Bernard, qui
devint prieur et ensuite abbé. D'après les lettres que
Gilbert lui adressa et qui nous ont été conservées
(P. L., cxc, 745, 758, 761, 768), il est clair que la tâche
était dure et réclama une patience héroïque. Ses
efforts échouèrent et il dut quitter Cerne (1160). Dans
la suite, il devint abbé de Burton.
A partir du xiii« s., la documentation devient plus
riche. Un cartulaire du monastère ( The Red Book of
Cerne) nous est conservé pour la période 1216-1377; la
liste des abbés est complète (cf. infra); diverses
chartes témoignent de donations de terres, privilèges
accordés, fondations de messes (chantries), litiges, etc.
Cerne ne devint jamais une abbaye puissante ni riche
et semble avoir exercé peu d'influence. Un ms. de la
fm du XIII» s. provenant du scriptorium de Cerne
(Bodl. ,Ms. Aud. D, 4, 13) nous démontre que les
moines n'ont pas abandonné la bonne tradition d'Ael-
fric et que le travail intellectuel, et même théolo-
gique, garda tous ses droits dans la vie de la commu-
nauté. Nous y trouvons l'œuvre d'Amalricus ou
Aimeric, vraisemblablement moine de l'abbaye, dont
voici le détail : De principiis et partibus theologiae...
(1276); Distinctiones Evangeliarum; Tabulae nona-
ginta theologicae; une Confession en latin, inc. :
Conftteor tibi Domine... (cf. Madan, Craster et Den-
holme-Young, Summ. Catalogue, ii, I, 1922, p. 431-32).
On attendra ici un mot au sujet du célèbre Book of
Cerne. Ce livre ne fut ni composé ni écrit dans l'abbaye
de Cerne. Selon dom B. Kuypers qui l'a savamment
édité (The Book of Cerne, Cambridge, 1902, introd.,
p. xiv), ce recueil de prières privées provient du
royaume de Mercie (au centre de l'Angleterre) où il j
fut écrit entre 818 et 830 pour Aedelwald, évêque de
Lichfield. Nous ne sommes même pas sûr qu'il a appar-
tenu à la bibliothèque monastique de Cerne. On le
suppose; car, dès 1697, date où Bernard dressa ses
Catalogi, une collection de plus de 40 chartes de
Cerne était attachée au recueil de prières dont nous
parlons, et le ms., tel que nous l'avons, contient un
recueil de séquences liturgiques parmi lesquelles plu-
sieurs furent propres à cette abbaye. On en a conclu
que le tout appartint, à un moment donné, à la
bibliothèque de Cerne.
D'après les procès-verbaux et autres documents
relatifs aux chapitres généraux tenus régulièrement en
Angleterre par les moines noirs à partir de 1215, il faut
conclure que Cerne n'a jamais exercé une grande
influence. Pourtant son abbé, Robert de Symondsbury 1
(1382-1411), semble bien avoir joui de la confiance de
ses confrères et de l'estime des capitulants qui lui
confièrent à diverses reprises la mission de visiteur
de certains monastères importants. Son successeur
également, John Wede (1411-27), fut élu au chapitre
général de 1423 visiteur pour tous les monastères du
diocèse de Salisbury. Trois ans plus tard, au chapitre
suivant, le prieur de Bath rendit compte aux capi-
tulants de la visite canonique qu'il avait faite à
Cerne, et il témoigna que tout y était digne et régulier.
(Cf. W. Pantin, Chapters of the English Black Monks,
1215-1540, III, 1937, passim.)
C'est le dernier témoignage qui nous soit parvenu
de la vie monastique à Cerne. Un peu plus d'un siècle
plus tard, le monastère fut supprimé et la communauté
dispersée par Henri VIII dans les circonstances tra-
giques que l'on sait. Le dernier abbé, Thomas Corton,
essaya dès 1538 de négocier pour qu'on laissât son
monastère en paix. Ses efforts n'aboutirent à rien, et
par un acte formel (Act of Surrender, reproduit par
Dugdale) daté du 15 mars 1539, lui et les quinze moines
qui formaient la communauté livrèrent leur abbaye
au roi dans la personne de John Tregonwell. De l'église
abbatiale et des bâtiments claustraux, rien ne subsiste
sauf le grand portail. Suivant Hutchins. il serait de la
fm du xv» ou du début du xv!» s. Dugdale reproduit les
armoiries de l'abbaye (d'après Reyner et Tanner).
Plusieurs sceaux nous sont parvenus. Le sceau
conventuel (xiii» s. reproduit par Page, Vid. Counl.
Hist., Dorset, ii, 62 et Dugdale, Mon. Angl., t. ii,
pl. XVI); le sceau d'un abbé (xv« s. reproduit par Page,
ibid.); un morceau du cachet de l'abbé Roger Bemyster
attaché à un document daté de 1475.
Liste des abbés. — (?) Alfric Puttoc. — • Withelmus
(c. 1085). — Haimo (déposé en 1102). — William
(c. 1121). — Bernard (se démit de sa charge, 1160). —
Robert (c. 1166). — Dionysius (se démit, 1220). —
R., élu 1220. — WiHiam de Hungerford, élu 1232. —
Richard de Suwell ou Sawel, élu 1244, mort 1260. —
Philip, élu 1260. — Thomas de Ebblesbury, élu 1274.
— Gilbert de Minterne, élu 1296, mort 1312. — Ralph
de Cerne, élu 1312, mort 1324. — • Richard de Osming-
ton, élu 1324. — Stephen Sherrard, élu 1356. —
Thomas Sewale, élu 1361, mort 1382. — John de
Hayle, élu 1382, mort la même année. — Robert
Symondsbury, élu 1382. — John Wede, élu 1411,
mort 1427. — John Winterbourne, élu 1427, mort
1436. — ■ John Godmanston, élu 1436, mort 1451. —
William Cattistoke, élu 1451, mort 1454. — John
Helyer, élu 1454, démis 1458. — John Vanne, élu
1458, mort 1471. — Roger Bemyster, élu 1471,
mort 1497. — Thomas Sam, élu 1497, mort 1509. —
Robert Westbury, élu 1510, mort 1524. — Thomas
Corton, élu 1524, livra son abbaye au roi 1539.
Dugdale, Monasticon anglicanum, ii, 621-50. — • Hut-
chins, History of Dorset, 1861-70, iv. — W. Page, F. S. A.,
Victoria County History, Dorset, ii, 1908, p. 53-58. — D. M.
Knowles, The monasiic order in England, Cambridge, 1940,
passim.
Joseph Warrilow.
CERNEUF (Saint), ou Sirénat, patron de la
collégiale de Billom (arr. de Clermont), est habituelle-
ment identifié avec le martyr de Sirmium en Panno-
nie, Sinerotes (Sinorus, Serenus), mentionné le 23 févr.
au martyrologe hiéronymien, dont le nom se retrouve
dans deux inscriptions de Sirmium et est cité proba-
blement au bréviaire syriaque. Le martyrologe romain,
après Usuard, dit qu'il était moine et fut décapité
sous Maximien. Mais dom Morin croit que le saint de
Billom est ce Seronatus, haut fonctionnaire de l'empire
romain dans les Gaules, qui fut exécuté vers 472,
grâce aux poursuites des Arvernes, pour s'être montré
trop favorable aux Barbares.
A. S., févr., ni, 364-66. — B. H. L., 7595. — C. I. L.,
m, n. 10232-33. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 111. — Mari.
Rom., 73. — G. Morin, La formation des légendes proven-
177
CERNEUF —
CERQUEIRA
178
çales, dans Reo. bénéd., 1909, p. 25. — Sidoine Apollinaire,
Episiulae, éd. Luetjohann, 438.
R. Van Doren.
CERNIKÈ ou CERNITZA (KEpviKti, Kepvt-
T3a), évêché du Péloponèse H", dépendant de Fa-
tras. On ignore à quelle date il fut créé, car il ne se
rencontre pas dans les listes épiscopales avant la fin du
XV* s. (H. Gelzer, Ungedmckle und ungenûgend
verOffentliche Texte der Notitiae episcopatuum, Abhandl.
der k. bayer. Akademie der Wiss., I. Cl., xxi. Bd, m.
Abth., 634). Cependant il peut avoir existé depuis le
xiii^ s., puisqu'il semble prouvé qu'il y avait déjà un
titulaire latin en 1213. Le premier évéque grec connu
de Cernikè est un certain Malotaras en 1316. En
juin 1380, le patriarche Nil approuva le décret de
l'empereur Jean V Paléologue érigeant Cernitza en
métropole en faveur du titulaire, un certain Mathieu.
Celui-ci ayant été transféré à Janina, Cernitza fut
ramenée au rang de simple évêché, à la demande de
son ancien supérieur, le métropolite de Fatras (mars
1381) (Miklosich et Muller, Acla et diplomata graeca
medii aevi, ii, 8-11, 23-24). En sept. 1654, elle devint
archevêché (Sathas, MECTaicoviKf) piêXio6r|KTi, m, 590).
C'est sans doute vers la fin du xvii« s. que lui fut uni
l'évêché de Calabryta. (Voir ce mot.) On a la preuve
que cette union était faite en 1711. Les deux diocèses
unis de Cernitza et de Calabryta devinrent en nov.
1833 le diocèse d'Aegialée, à la suite de la réorganisa-
tion de l'Église de Grèce. Tandis que le nom de Cala-
bryta a reparu plus tard et se maintient encore de nos
jours, uni à celui d'Aegialée, celui de Cernitza ne
figure plus sur les listes épiscopales. La localité de ce
nom n'est d'ailleurs qu'un petit village qui compte
tout juste 111 habitants (1928). Il ne dut sa relative
importance qu'à la forteresse byzantine du même nom
construite non loin de là. En 1725, l'évêque logeait au
village de Diacopto.
Du XI v« au xix« s. on rencontre dix-neuf titulaires
grecs de Cernitza ou de Cernitza et Calabryta. Le
premier est Malotaras, 1316 (Miklosich et Muller, op.
cit., I, 52). — Mathieu, 1380-mars 1391 {ibid., ii,
9-11, 23-24). — Jean, 1510, connu par une inscription
du monastère du Mégaspiléon. — Néophyte, 1555
(Sp. Lampros, Catalogue of the Mss. on the mount
Athos, p. 47, n. 575/19). — Théodose, 1570 (Miklosich
et Muller, op. cit., v, 178). — Arsène Pachyioannès,
déposé en 1594 (Sathas, BioypaçiKÔv (7XÉ5iaa(jia
TTEpl ToO TTOCTpiapxoO 'lepE|i(ou B', 172-73). — Nec-
taire, 1594-? (ibid., 196). — Léon, vers 1600. — Élie,
vers 1610. — Farthénios, 1622-3 janv. 1639 (Sathas,
MEaaicoviKT) pigÂtoÔTiKTi, III, 573-74). — Arsène,
1639-déposé en sept. 1640 (ibid., 575). — Constantius
ou Constantin, sept. 1654-? (ibid., 590). — Léonce,
1690. — Élie Méniatès, 1711-1^* août 1714 (biographie
dans MEyôAri êXXiiviKf) èyKUKXoiraiSEfa, xvii, 140-
41). — Daniel, 1725 (Revue de l'Orient latin, i, 319). —
Daniel, 1770, un des chefs de l'insurrection grecque à
cette époque (St. Thomopoulos, 'Icrropia nocrpwv,
392). — Farthénios, 1776, d'après une inscription du
Mégaspiléon. — Cyrille, 1785. — Frocope, déjà en
1801-t 1824. Depuis lors le diocèse fut administré
successivement par Germain, métropolite de Fatras,
1824-26 ; Grégoire, évêque d'Eudoxiade, 1826-28 ; Mélé-
tios, évêque de Métrae, 1828-30, et Barthélémy,
évêque de Moschonis.sia, 1830-33 (Mansi, xl, 145 AB).
Le titre de Cernitza a été décerné au moins sept fois
dans l'Église romaine. Le premier prélat qui l'a porté a
effectivement gouverné ce diocèse. On a en effet une
lettre du pape Innocent III, datée du 26 août 1213, à
l'évêque d'Amyclon, nommé à Cernica, à propos de
biens ecclésiastiques. Le nom de ce prélat est resté
inconnu (P. L., ccxvi, 898-899). Ce prélat était peut-
être un grec uni. Lequien, qui parle du document,
déclare ignorer l'évêché de Kernica, mais il conjecture
qu'il devait se trouver dans le Féloponèse ou dans une
région voisine (Oriens christianus, m, 953-54). Cela
ressort, en effet, du texte même de la lettre pontificale.
Aussi doit-on s'étonner qu'on ait pu faire de Cernitza
un évêché de l'Épire et même l'identifier (A. Battan-
dier, Ann. pont., 1916, p. 385). Dans les années plus
récentes, cette publication a rectifié la situation
exacte de Cernitza.
En dehors de l'évêque anonyme de 1213, d'autres
prélats catholiques ont porté le titre de Cernitza.
Voici la liste donnée par VAnn. pont, de 1916, 385 :
Barthélémy, 1318. — Thomas, 1340-54, sufïragant à
Eichstaett, à Augsbourg, à Freising et à Trente. —
Rochard, 1370-99, suffragant à York — Pierre, O. P.,
1404-t 1424, auxiliaire en divers diocèses. — Alermus,
O. F. M., 9 avr. 1434-50. — Jacques, O. S. A.,
14 janv. 1451-?.
En dehors de la bibliographie donnée au cours de l'article,
cf. G. Papandréou, "laTopiaTÛv KaAagpûrcou, 1928, p. 137-40.
R. Janin.
CERNITORI (GiusEPPE), jésuite né à Civita-
Vecchia le 19 janv. 1749, mort à Rome le 7 févr. 1821.
Entré au noviciat de la province romaine le 26 janv.
1766, il suivait le cours de physique au Collège Romain
en 1772. Après la suppression de la Compagnie, il
resta en relations intimes avec le P. Zaccaria et
rentra dans la nouvelle Compagnie dès son réta-
blissement.
Œuvres. — Délia letteraria e cristiana istitutione
délia prima Gioventu, 2 vol., Rome, 1788; Biblioteca
polemica degli scrittori che dal 1770 sino al 1793 hanno
0 difjesi o impugnati i dogmi délia callolica romana
Chiesa, Rome, 1793. Cette dernière œuvre est inté-
ressante par les renseignements qu'elle fournit.
Sommervogel, ii, 999-1000. — Caballero, Bibliothecae
scriptorum Soc. Jesu, Suppl., ii, 25.
A. De Bil.
CEROSICUS, Cupsicus, qu'on lit au marty-
rologe hiéronymien au 10 sept, comme martyr à
Césarée, est une mauvaise lecture pour S. Eupsy-
chius (Eufepia) de Césarée (Cappadoce) au 8 sept.
A. S., sept., ni, 493. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 499;
cf. 498.
R. Van Doren.
CERQUEIRA (Luiz de), jésuite, cinquième
évêque titulaire du Japon, né à Alvito en 1552, mort à
Nagasaki le 15 févr. 1614. Entré dans la Compagnie à
Evora le 14 juill. 1566. Il enseignait la théologie à
l'université d'Evora quand il fut désigné comme coad-
juteur de l'évêque du Japon Pedro Martins et confirmé
par Clément VIII le 20 janv. 1592 avec le titre
d'évêque de Tibériade. Il fut sacré à Evora par l'ar-
chevêque Don Theotimo de Bragance en 1594 et
s'embarqua la même année pour les Indes. Il se ren-
contra avec l'évêque Pedro Martins à Macao et aborda
au Japon le 5 août 1598. Il gouverna seize ans, au mi-
lieu des plus grandes difficultés, l'Église confiée à ses
soins, dont il était devenu titulaire depuis la mort de
Pedro Martins le 18 févr. 1598. Tour à tour accueilli
avec honneur par les rois du Japon ou condamné au
dernier supplice, il visita les plus lointaines chrétientés
du Japon et les organisa avec une rare prudence. II
ordonna quelques Japonais qu'il préposa aux églises
de Nagasaki érigées en paroisses; il publia les décrets
du concile de Trente sur le territoire de Tacaco, en-
tièrement christianisé. Il mourut à Nagasaki peu de
temps avant la persécution de Daifusama. On possède
de lui une relation en portugais du martyre de six
chrétiens japonais les 8 et 9 déc. 1603. Elle fut traduite
en diverses langues : en allemand, français, italien,
latin, néerlandais; deux ouvrages en latin : Manuale
179
CERQUEIRA
— CERVETERI
180
ad sacramenta Eçclesiae minisiranda, etc., Nagasaki,
1605; Manuale casuum conscientiae, traduit en japo-
nais à l'usage des curés indigènes; deux lettres au
T. R. P. général Claude Aquaviva, relatant des
martyres de chrétiens (8 mars 1606-6 oct. 1613). On
les trouve dans les Lettere annue del Giappone, 1603-
1606, et 1612 sq.; une lettre ms. à la bibliothèque
d'Evora (Catal. des mss., I, 422) ; une autre à la p. 186-
191 du ms. 4156 de la Bibl. royale de Bruxelles.
Sommervogel, ii, 1001-1002; ix, 23. — Franco, Imagem
da virlud em o noviciado de Evora, 461-77. ■ — Bartoli, Giap-
pone, 1. II, § 41, 67; 1. III, 26-71. — Nieremberg, Honor
del Gran Pairiarca..., m, 694. — Charlevoix, Hist. et
descript. du Japon, ii, passim. — A. F. Cardim, Balalhas,
6. — Patrignani, Menol. (Borro), n, 274.
A. De Bil.
CERREDO, Ceretum, S. Maria in Cerelo,
SS. Petrus et Paulus de Cerelo, ancienne abbaye béné-
dictine, puis' cistercienne, située en Lombardie, diocèse
de Lodi, près de Pandino, le long du fleuve Adda.
D'après les documents étudiés par Kehr, l'église de
Cerredo aurait été érigée dès le xi« s. par le comte Albé-
ric et son épouse Erlinde; leur fils Bennon aurait fait
bâtir le monastère en 1084. Des bénédictins, ayant à
leur tête l'abbé Bernard, l'occupèrent. Au siècle sui-
vant, les moines paraissent avoir embrassé le parti de
l'antipape Anaclet; ce fut assez pour qu'Innocent II
voulût les remplacer par des cisterciens, et ce fut
Brunon, l'abbé de Chiaravalle près Milan (fondation de
S. Bernard de Glairvaux), qui vint en personne occuper
Cerredo avec ses religieux. Comblée de faveurs par les
papes et les empereurs, l'abbaye devint l'une des plus
notables parmi les maisons cisterciennes. Kehr donne
lui-même les preuves de cette affirmation, en parti-
culier le procès intenté par le S. -Siège à Lanfranc,
l'évèque obstiné de Lodi. Cerredo d'ailleurs était
comme un fief de Rome, lui versant annuellement, en
témoignage de sa dépendance, la somme de douze
deniers.
En mars 1231, Cerredo avait accepté comme mai-
son-fille Ste-Madeleine de Gava; en oct. de la même
année, Honorius III lui fit accepter de plus S.-Étienne
de Cornu. En 1247, il fut encore question d'un autre
établissement. La série des abbés commendataires
débute en 1439; parmi eux figure Julien de la Rovere,
le futur pape Jules 11. Désormais c'est bien fini de
l'antique prospérité. Cerredo fit partie dans la suite de
la Congrégation de S.-Bernard d'Italie, Toscane et
Lombardie. Elle disparut en 1798.
Archives décrites dans Kehr, It. pont., vi, pars I», 251. —
G. AgnelH, Monographia dell' abbazia cist. di Cerrelo, Lodi,
1884; S. Pietro di Cereto, dans Arch. stor. di Lodi, 1911,
1912. — Cottineau, 658. — Janauschek, Origines cisterc.
Vienne, 1877, vin, lxviii, lxxxii, 43. — Lubin, Abbatiar.
Italiae, Rome, 1693, p. 185. — Manrique, Ann. cisterc,
Lyon, 1642, ann. 1136, viii, 9; ix, 1. — Potthast, Reg.,
n. 608, 1975, 9071, 11120. — R. Riva, L'abbadia di Cerreto,
Crema, 1889. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, édit. Lou-
vain, 1933-41, i-viii, passim. — Ughelli, iv, 665; m, 137.
J.-M. Canivez.
CERRETO SANNITA. Voir Telese.
CERVANTES (Gonzalve), théologien espa-
gnol (xvi<= s.). Voir D. T. C, ii, 2168.
CERVANTES DE LORA (Juan). La chro-
nologie de ce cardinal a été diversement proposée par
les différents auteurs; celle de Flôrez (Esp. sagr.,
xxn, 213-20) paraît la plus acceptable : C. naquit à
Séville en 1382, fit ses études ecclésiastiques à Sala-
inanque, n'était encore qu'archidiacre de Séville lors-
qu'il fut promu cardinal du titre S.-Pierre-aux-Liens
par Martin V' le 24 mai 1426 et proclamé le 27 mai
1426. Le 10 nov. 1430, il était déjà en possession de
l'évêché de Tuy comme administrateur apostolique,
tout en restant à Rome. C. intervint à plusieurs
reprises au concile de Bâle; il informa Eugène IV des
décisions de la xix" session (1434); conjointement avec
Albergati, il fut désigné comme légat du pape à Bâle
et reçut pleins pouvoirs pour désigner le lieu de réu-
nion du futur concile, pour démontrer aux Pères du
concile qu'en s'écartant du pape, ils suivaient une
politique dangereuse, enfin pour résoudre la question
des bénéfices et autres problèmes qui divisaient alors
le S. -Siège et le concile (bulles du 17 févr. 1437, ses-
sion xxiv). Les légats rencontrèrent à Bâle une vive
opposition. Avec l'approbation d'Eugène IV, ils s'op-
posèrent au transfert du concile à Avignon (sess. xxv).
Ils s'eïTorcèrent aussi, mais en vain, d'empêcher les
Pères du concile d'envoyer à Eugène IV le Monito-
rium et le Ciiaiorium. On ignore à quelle date exacte
C. put revenir en Espagne; toutefois il est certain
que le 25 nov. 1437 il était déjà nommé évêque
d'Avila, quoi qu'il ne pût en prendre possession qu'en
j mars 1438. En 1442, il échangea l'évêché d'Avila
contre celui de Ségovie. On ignore aussi à quelle date il
devint évêque d'Ostie : si l'on accepte la date du
17 mars 1446, il y fut promu par le pape Eugène IV;
s'il ne fut nommé que le 27 mars 1447, il dut cette
nomination à Nicolas V. Enfin, à partir de 1449 (ou
mieux déjà avant le 20 août 1448) jusqu'au 25 nov.
1453, date de sa mort, il gouverna le diocèse de Séville.
Sa mort fut édifiante comme sa vie. Parmi ses œuvres
les plus remarquables, citons l'hôpital S.-Herméné-
gilde qu'il dota de revenus suffisants pour l'entretien
de 80 malades pauvres; il fonda la chapelle du même
saint martyr avec quatre bénéfices, érigea une
confrérie de la Passion, etc.
Ciaconio, Hist. pontif. Rom. et S. R. E. card., il, 860. —
A. Morgado, Prelados Sevillanos..., Séville, 1906, p. 348-57.
1 — M. Carramolino, Hist. de Avila..., ii, Madrid, 1872,
423-25. — E. Flôrez, Esp. sagr., xxii, 213-20. — Biografias
eclesiasticas, m, Madrid-Barc, 1850, p. 758. — Hefele-
Leclercq, vi, 753, 880, 924-49. — Joh. HaUer, Conc. Basi-
liense, i, Bâle, 1896, passim. — • U. Chevalier, B. B., i,
840. — Fr. J. Muiiana, O. P., écrivit la vie de Cervantes
au commencement du xvm" siècle.
F. PÉREZ.
CERVARA (S. HiERONYMi Silvariae), abbaye de
bénédictins au diocèse de Gênes, à 20 milles de Porto-
Fino (Ligurie). En 1159, l'empereur Frédéric donna
l'église de Cervara à l'évèque de Turin, Charles. Quand
elle eut passé au diocèse de Gênes, l'évèque Guy
(t 1368) y établit un monastère où, en 1377, Gré-
goire XI reçut l'hospitalité. La discipline qui y
régnait invita Martin V à lui adjoindre plusieurs
monastères, dont le plus important était S. Bénigne de
Capofaro. Unis en congrégation, ils eurent des cha-
pitres généraux annuels, des supérieurs temporaires et
des visites fréquentes. Mais déjà enl460. Pie II unit
Cervara et ses monastères à la congrégation de Ste-Jus-
tine de Padoue. L'abbaye fut supprimée à la Révolu-
tion française (1798-1810) et les édifices eux-mêmes
détruits en 1877.
Annales O. S. B., Subiaco, 1909, p. 48-57. — Cottineau.
659. — S. Hilpisch, Geschichte des Benediktinischen Mônch-
tums, Fribourg, 1929, p. 264-265. — G. Salvi, La badia di
S. Benigno di Capofaro, dans Riv. stor. Bened., ix, 1914,
p. 339-60; x, 1915, p. 50-71; 204-24; xi, 1916, p. 59-82. —
Ph. Schmitz, Hist. de l'ordre de S.-Benoît, m, 168-69. —
Ughelli, 2» éd., iv, 1049.
R. Van Doren.
CERVERA (Pierre), trinitaire espagnol, théolo-
gien polémiste (t 1590). Voir D. T. C, ii, 2168.
CERVETERI, ville d'environ 2 000 habitants,
située non loin de la mer entre Civitavecchia et Rome,
à 44 km. de cette dernière, sur l'emplacement d'un
181
CERVETERI
— CERVUS
182
centre étrusque (nécropole). Cerveteri (Caere velus)
posséda un évêché, dont une tradition légendaire
attribuait la fondation à Félix II. Adeodatus, dont
Mommsen a fait un évêque de Lorium (Santa RufTina),
en est le premier évêque connu. Il occupait ce siège en
499 (Duchesne, Lanzoni). La position stratégique de
Cerveteri par rapport aux deux grandes voies ro-
maines : la Claudia et l'Aurelia, amena l'empereur
Louis I<^'' à la céder à l'Église romaine en la personne de
Pascal I". Cette donation devait être confirmée dans
la suite par Otton I" (962) et par Henri II (1014). Une
forte diminution de la population au cours du xi" s.
entraîna la suppression du siège, et à la fin du siècle
suivant Cerveteri, qui avait été incorporée au diocèse
suburbicaire de Porto, fut concédée en fief à Pierre La-
tro de la famille des Corsi.
Liste des éuêques. — Adeodatus, 499. — Romanus,
826. — Adrianus, 853. — - Crescentius, 869. — Anni-
sus,993. — Stephanus, 998. — Benedlctus, 1015, 1029.
L. Canina, Descrizione di Cere anlica, Rome, 1838. —
Cappelletti, i, 547-49. • — L. Duchesne, Le sedi episcopali
helVant. ducaio di Roma, dans Archiuio délia Soc. romana
di st. palria, xv, 1892, p. 486. — Kehr, It. pont., ii, 22. —
Lanzoni, 323-28. — Liber pontificalis, i, 10. — G. Silves-
trelli, Città, castelli e terre délia regione romana, n,
2' éd., Rome, 1940, p. 602-04. — G. Tomassetti, La Campagna
romana antica, medioevale e romana, u, Rome, 1910,
p. 515-33.
M. -H. Laurent.
1 . CERVIA, ville des Romagnes bâtie, de 1698 à
1704, à 3 km. de la Cervia d'autrefois, qui, elle-même,
s'élevait sur l'emplacement de Ficula (Ficoclum, Fico-
dia). Son siège épiscopal est l'un des plus anciens de la
VIIP région. Un évêque de Cervia, Gerontius, figure
de fait dans les actes du synode tenu à Rome en 501, et
ce prélat s'identifie peut-être avec un personnage de
même nom mentionné dans deux lettres du pape Gé-
lase (495, 496). Placé sous l'immédiate juridiction du
S. -Siège, l'évêque de Cervia fut chargé, jusqu'au x' s.,
de la visite de l'archevêché de Ravenne lors de la va-
cance de ce siège. En 948, Cervia devint sufîragant de
Ravenne. Lors de la lutte entre le pape et l'empereur,
la ville fit sienne la cause impériale. Alliés ou ennemis
de Ravenne, les Cerviens prirent part, durant le
Moyen Age, aux différends qui opposèrent les com-
munes romagnoles. De 1290 à 1384, la ville fut assu-
jettie aux Polentani, en leur qualité de vicaires de
l'Église. En 1463, les Malatesta la remirent aux Véni-
tiens, et ceux-ci la cédèrent au S. -Siège, en 1509, à la
suite de la défaite de Vailate. Désormais l'histoire de
Cervia se confond avec celle des États pontificaux.
L'actuel diocèse est l'un des moins étendus d'Italie.
Il comprend, avec la ville épiscopale située dans la pro- \
vince de Ravenne, trois communes de la province de
Ferrare. La population d'environ 30 000 âmes est
répartie en treize paroisses.
Liste des évêques. — Geronzio, 501. — Severo, 591-
99. — Bono, 649. — Sergio, 769. — Lucido, c. 840-55.
— Giovanni, 861-81. — Stefano, 967-69. — Leone,
998-1030. — Giovanni, 1030-53. — Bono, 1059-70. —
Ildebrando, 1073. — Angelo, 1082. — Giovanni, 1109-
22. — Pietro, 1126-53. — Manfredo, 1163. — Alberto,
1166-73. — Ugo, 1174, 1 175. — Teobaldo, 1187-93.—
Alberto, 1198-1200. — Simeone, 1204, 1216. — Rusti-
co, 1217-29. — Giovanni, 1229-47. — Giacomo, 1254-
57. — Ubaldo, 1257. — Giovanni, 1260-64. — Tom-
maso, 1266-70. — Teodorico Borgognoni, 1270-98. —
Antonino, 1299-1306. — Matteo, 1307-17. — Guido ;
Gennari, 1317. — Francesco, 1324. — Geraldo, 1324- |
29. — Superanzio Lambertuzzi, 1329-37. — Guadagno
di Maiolo, 1342-63. — Giovanni dei Placentini, 1364-
70. — Bernardo dei Guasconi, 1370-74. — Astorge
Brason, 1374-78 [passé à Clément VII]. — Menendez,
administr., c. 1388-90. — Pino, dit par erreur Orde-
laffl, 1394-1402. — Paulus, 1402-31? (à la même
époque [1414], Mainardino Contrari fut nommé par
Jean XXIII; évêque élu, il résignera sa charge en
1417). — Cristoforo di San Marcello de Vicenza, 1431-
35. — ■ Antonio Correr, card. administr., 1435-40. —
Pietro Barbo, card. administr., 1440. — Isidoro, card.
administr., 1451-55. — Francesco Porzi, 1455-74. —
Achille Mariscotti, 1475-85. — Tommaso Catanei,
1485-1513. — Paolo Cesi, card. administr., 1525-28. —
Ottavio Cesi, 1528-34. — Giovanni Andréa Cesi, 1534-
45. — Federico Cesi, 1545. — Scipione Santa Croce,
1545-76. — Ottavio Santa Croce, 1576-82. — Lorenzo
Campeggi, 1582-85. — Decio Azzolini, 1585-87. —
Annibale Pauli, 1587-90. — Alfonso Visconti, 1591-
1601. — Bonifazio Bevilacqua, card. administr., 1601-
27. — Giovanni Francesco Guidi di Bagno, 1627-35. —
Francesco Maria Merlini, 1635-44. — Pomponio
Spreti, 1646-52. — Francesco Gheri, 1655-61. — An-
selmo Dandini, 1662-64. — • Girolamo Santolini, 1665-
67. — Francesco Riccamonti, 1668-1707. — Camillo
Spreti, 1709-27?. — Gaspare Pizzolanti, 1727-66. —
Giovanni Battista Donati, 1766-93. — Bonaventura
Gazzola, 1795-1820. — Giuseppe Mazzotti, 1820-26. —
Ignazio Giov. Cadolini, 1826-31. — Mariano Bal-
dassare Medici, 1832-33. — Innocenzo Castracane
degli AntelmineUi, 1834-37. — Gaetano Baletti, 1838-
42. — Gioachino Tamburini, 1842-59. — Giovanni
Monetti, 1860-76. — Federico Foschi, 1877-1908. A
partir de cette date, l'archevêque de Ravenne est à la
fois archevêque de Ravenne et évêque de Cervia.
Avec les listes épiscopales qui figurent dans Gams et
dans Eubel, on consultera : Cappelletti, ii, 557-78. - —
F. Forlivesi, Cervia, cenni storici, Bologne, 1889. — Kehr,
It. pont., V, 113-15. — Lanzoni, 448-49. — UgheUi, ii,
467-81. — • G. Zattoni, La cronotassi dei vescovi di Ceruia,
Ravenne, 1903.
M. -H. Laurent.
2. CERVIA (Santa Maria de), Ceroi'anu/n, mo-
nastère bénédictin du diocèse de Girone. Fondé en
1053 par Silvio Llobet et sa femme Adalets et dédié à
la Vierge Marie, à S. Michel et aux SS. Pierre et Paul,
avec le consentement de Raymond, comte de Barce-
lone et de Bérenger, évêque de Girone. Peu après
(1054), il fut soumis au monastère de S. -Michel de
Chiusa (Italie), ce qui l'empêcha de prendre de l'essor.
On peut encore voir les ruines de son église romane à
trois nefs et du cloître, ainsi que de quelques monu-
ments funéraires de la famille Cervia.
P. de Marca, Marca Hispanica, Paris, 1688, p. 448, 1099.
— MabiUon, Ann., iv, 503 (547). — Lambert, D. H. G. E.,
II, 1364. — Encicl. Espasa, xii, 1435.
F. PÉREZ.
CERVINI (Marcello). Voir Marcel II, pape.
CERVOLUS (Saint), fêté à Bénévent, 15 mai.
Au témoignage de Falcon de Bénévent (xii« s.), le
15 mai 1119, on découvrit à Bénévent les reliques de
S. Jean, évêque de cette ville, d'un S. Étienne, diacre,
d'autres saints et, parmi eux, d'un Cervolus martyr.
Falcon ne dit pas quelles garanties furent prises pour
vérifier l'authenticité des corps saints. D'ailleurs, sauf
pour Jean, il s'agit de personnages inconnus et ces
ossements ont disparu depuis lors.
A. S., mai, m, 466-68. — UgheUi, viii, 16.
R. Van Doren.
CERVUS (Jean), chanoine de Lwow et de Ploclc
(t V. 1557). Originaire de Tuchola en Poméranie polo-
naise. Son vrai nom semble avoir été Jelonek, latinisé,
selon la mode de l'époque, ea Cervus. Il fit ses études
à l'université de Cracovie, où il obtint en 1523 le
grade de bachelier ès arts. Vers 1529, il enseigna en
l'école des Cisterciens de Jedrzejôw et y prépara un
183
CERVUS —
CÉRYNIA
184
manuel de théologie pastorale, qu'il édita plus tard :
Methodus sacramentorum S. Ecclesiae catholicae, Cra-
covie, 1537. Son autre ou\Tage, De moribus Ecclesiae
catholicae, 1530, est une anthologie des écrits de
S. Augustin. Il enseigna aussi la grammaire latine à
l'université de Cracovie et publia de ses cours trois
ouvrages, en 1533 : Institutiones grammaticae, Syn-
taxis, et Quaestiones de declinatione et constructione
octo orationis partium, avec, en appendice, un recueil
de prières et une sorte de catéchisme (un des premiers
ouvrages de ce genre). Il s'appliqua en outre à l'étude
du droit, en particulier du droit municipal, et publia
dès 1531 sa Farrago actionum civilium iuris Magde-
burgensis, rééditée quatre fois depuis (1542, 1546,
1558 et 1607, ces deux dernières éditions posthumes);
puis un Epitome pontiftcii ac caesarei iuris de cogna-
tionibus, nuptiis, iure dotium et donationibus, édit. en
1534. Cette même année, Cervus fut nommé recteur de
l'école cathédrale à Lwow. N'étant encore que clerc
minoré, il obtint du conseil municipal une prébende
inférieure de la cathédrale (1538); deux ans après, il
devint chanoine en la même église et fut ordonné
prêtre en 1541. Il reçut vers le même temps un cano-
nicat en la cathédrale de Plock, ainsi que la prévôté
de l'église S. -Nicolas à Lwow. En 1540, il publia encore
trois ouvrages juridiques, dont un dictionnaire latino-
polonais des termes du droit et un traité De regulis
iuris utriusque.
M. Wiszniewski, Hist.literatury, vi, Cracovie, 1840-1857,
p. 130; IX, 178, 313. — D. Zubrzycki, Kronika miasta
Lwowa, Lwow, 1844, p. 154, 166. — Wl. Wislocki, Acta
rectoralia uniuersitatis Cracoviensis, i, Cracovie, n. 3093.
— St. Kutrzeba, Historia zrodel daivnego prawa polskiego,
II, Cracovie, 1926, p. 277-278. — J. Skoczek, Dzieje Iwow-
skiej szkoly katedralnej, Lwow, 1929, p. 160-71. — • Kultura
staropolska, Cracovie, 1932, p. 47, 61. — H. Barycz, Ceruus,
art. dans Polski slownik biograficzng, m, Cracovie, 1937,
p. 235-236, résumé ici.
J. OSTROWSKI.
CÉRYNIA ou CYRÉNIA (Kepûveia, KuprivEia),
évêché de l'île de Chypre, dépendant de Salamis.
Le nom de Cérynia, originaire de l'Achaïe, indique
nettement que la ville fut une colonie grecque.
Cependant les trafiquants sémites y possédèrent un
pied-à-terrç au temps des Perses, comme le prouve un
fragment d'inscription phénicienne trouvé dans la
localité. La forme Kupr|V£ia est byzantine et in-
fluencée par le nom de Cyrène en Lybie. Quant à la
tradition d'après laquelle Cyrénia aurait été fondée
par Cyrus, elle est récente et sans aucun fondement.
On trouve aussi le nom de la ville sous la forme Cerau-
nia (KEpocuvla) et même Coronè (Kopcbvri). Les croisés
l'appelèrent Cérines.
Elle se manifesta pour la première fois dans l'his-
toire au iV s. av. J.-C, quand son roi se rangea du
côté d'Antigone contre Ptolémée I", ce qui ne l'em-
pêcha pas d'ailleurs de tomber entre les mains de Sé-
leucus, allié de Ptolémée. Elle ne joua qu'un rôle
effacé jusqu'aux croisades. C'était un petit port assez
mal abrité des vents du Nord; mais il servait d'escale
aux pèlerins qui se rendaient en Terre sainte et de
centre commercial avec les côtes de Caramanie. Les
croisés y construisirent, entre 1191 et 1211, un château
fort qui passait pour inexpugnable; il subit plusieurs
sièges et ne fut jamais pris que par capitulation. Cé-
rynia est aujourd'hui une petite ville maritime de
2 200 habitants, dont 600 musulmans, située sur la
côte septentrionale de l'île de Chypre, au nord de
Nicosie. Elle est entourée d'une campagne plantureuse
qui lui a fait donner le surnom de ■< Jardin de Chypre ».
Elle ne conserve aucun reste antique et n'a de remar-
quable que le château fort des croisés qui est assez
bien conservé.
Cérynia eut peut-être un évêché d'assez bonne
heure. Le premier titulaire connu serait S. Théodote,
qui aurait été martyrisé sous Licinius; sa fête se
célèbre le 19 janv. Le P. H. Delehaye a émis des
doutes motivés sur l'authenticité du personnage ou au
moins sur son attribution à Cérynia {Anal. BolL,
XXVI, 1907, p. 258-59). — Zénon assista au concile
d'Éphèse (431) et en signa les actes, Mansi, iv, 1125 D,
1168 C, 1217 D, 1467 A; vi, 873 C. — Rufus prit part
au Brigandage d'Éphèse (449), Mansi, vi, 859 C,
926 A. — On ne trouve plus de titulaire qu'à partir
du xvii« s. Timothée fut un des évêques grecs venus
alors à Rome pour y faire l'union (L. Allatius, De
Ecclesiae occidentalis et orientalis perpétua consen-
sione, 1648, 1. III, c. ii, n. 7, col. 1092). — Lugaras
(peut-être doit-on le confondre avec le précédent) fit
profession de foi catholique à Rome en déc. 1646
avant d'aller prendre possession de son siège, Lequien,
m, 1232. — Nicéphore assista au synode des évêques
de Chypre au sujet des erreurs calvinistes, Lequien,
II, 1074. — Léonce était évêque de Cérynia en 1672
(Ricaut, Hist. de l'état présent de l'Église grecque et de
l'Église arménienne, c. m, 1692, p. 104). — En 1733,
c'était Gérasime, Lequien, m, 1232. — La liste est
complète depuis le début du xix* s. : Eugène, ?-avr.
1811 (Mansi, xl, 50 C). — Laurent, élu en mai 1811,
mis à mort par les Turcs en 1821 (ibid., 93 E). — Da-
mascène, 19 déc. 1821-mai 1824. — Charalambos,
8 juin 1824-oct. 1844. — Chariton, 20 nov. 1844-
8 déc. 1851. — Mélétius, 20 janv. 1852-t mars 1862. —
Chrysanthe, 19 avr. 1862-t déc. 1871. — Mélétius,
19 janv. 1872-t mai 1880. — Chrysanthe, 1" juin 1880-
t avr. 1889. — Cyrille Papadopoulos, 3 mai 1889-
5 avr. 1895. — Cyrille Basiliou, élu le 26 avr. 1895,
proclamé archevêque de Chypre, le 9 févr. 1908, mais
non reconnu, réélu régulièrement à ce siège, le
11 nov. 1916. — Macaire Mariantheus, nommé en
1917, exilé par les Anglais pour avoir pris part au
mouvement insurrectionnel d'oct. 1931 {Échos
d'Orient, xxxi, 1932, p. 78) ; il put rentrer au printemps
de 1947 et fut élu archevêque de Chypre le 24 déc.
1947. — Cyprien, 1948. Pour les métropolites d'Eu-
gène à Cyrille Basiliou, cf. TToveXXriviov A£\!n<coiJia
èôviKfjs âKcrrovTaeTTipiSos, 1821-1921, vi, 'EkkAtictIc-
KAfipos, p. 168.
Cérynia ne posséda pas d'évêché latin pendant les
croisades ni pendant le royaume de Chypre ou la do-
mination vénitienne. L'île ne comptait que quatre
sièges soumis à Rome : Nicosie, archevêché, Paphos,
Limassol et Famagouste, évêchés. Le diocèse de Cé-
rynia était compris dans les limites de l'archidiocèse
de Nicosie (Mas-Latrie, Hist. des archevêques latins de
l'île de Chypre, dans les Archives de l'Orient latin, ii,
207-08; Hackett, A History of the orthodox Church of
Cyprus, 587-88). Cependant Lequien (m, 1229-32)
donne une liste de neuf évêques latins de Cérynia, de
1301 à 1535. Il a dû les confondre avec ceux de Cy-
rène en Afrique ou d'autres sièges. La liste des évêques
titulaires est elle-même très difficile à établir à cause
de l'imprécision des renseignements que nous possé-
dons sur l'identité de leur véritable siège. Nous don-
nons ici celle de l'Ann. pont, de 1916, p. 399-400, sans
d'ailleurs pouvoir certifier qu'elle est exacte : Arnaud
de Arceto ou Acerto, O. S. A., 20 avr. 1517, sufîragant
à Aire. — - Nicolas Melchior, O. P., 12 avr. 1518, auxi-
liaire à Lucques ou à Nardo. — François Martyran,
O. F. M., 18 déc. 1523. — Ardouin de Saint-Germain,
30 mai 1533. — Balthasar de Heredia, O. P., 11 févr.
1536-6 juin. 1541, suffragant à Urgel. — Pierre Gau,
O. P., 15 mars 1542-49, suffragant à Urgel. — Jean
Punyet, O. F. M., 25 oct. 1549-?, suffragant à Urgel. —
Jean-Pierre Fortiguera, 4 juin 1567-26 avr. 1574,
suffragant à Monreale.
J85
CERYNIA
CESAIRE D'ARLES
186
Lequien, ii, 1073-74; m, 1229-32. — Oberhumer, Kery-
nia, dans Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, xi-1, 344-47.
— A. Battandier, Ann. pont., 1916, p. 399-400. — I.-C. Pé-
ristiannès, KepOvEia, dans MtyàXri èXAr)viKfi ÈyKUKXoTrai5£(a,
XIV, 281. — notvEXXi^viov XeÛKcona èâviKÎiç éKOTOvraeTriplSos
VI, 1821-1921, 'EKKXeCTfa-KXfjpos, 168.
R. Janin.
1 . CÉSAIRE, martyr à Nicomédie en Bythinie,
est signalé le 20 avr. par le martyrologe romain avec
Victor et d'autres martyrs. Le synaxaire de Sirmond
donne un résumé de leur histoire. D'autres livres litur-
giques les placent le 18 ou le 19 en diminuant leur
nombre ou en les séparant. La source qui les a inspirés
est inconnue, mais doit, elle-même, avoir été altérée.
Quant à l'endroit du supplice, Nicomédie en Bythinie,
il ne se trouve au martyrologe que depuis Baronius.
Une tradition postérieure a réclamé ces saints pour
l'Espagne, mais sans le moindre titre.
A. S., avril, ii, 745-46. — Mort. Rom., 609, 613, 617. —
Synax. Eccl. Constant., 609, 613, 617.
R. Van Doren.
2. CÉSAIRE (Saint), diacre et martyr. Le mar-
tyrologe romain cite au 1" nov. à Terracine un Césaire
diacre. Emprisonné avec le prêtre Julien, il fut comme
lui enfermé dans un sac et précipité à la mer. Les
sacramentaires gélasien (version sangalienne) et gré-
gorien ont, de fait, au 1" nov., le natale d'un Césaire.
Mais le texte du martyrologe provient de la Passion
(B. H. L., 1511-16) qui, bien que rédigée entre le v^ et
le vi« s., a l'allure d'une fable. Elle unit indûment Cé-
saire et Julien, les place sous Néron, et les fait venir
d'Afrique. Des recensions postérieures mettront ces
martyrs en rapport avec SS. Pierre et Paul, ou attri-
bueront aux suffrages de Césaire la guérison de Galla
Placidia ou encore parleront de la translation des
reliques à Rome.
Les deux saints sont cités aussi par les ménées
grecques, mais au 7 oct., avec un éloge emprunté à la
Passion (B. H. G., 2, 284), tandis que Césaire seul est
encore rappelé par le martyrologe hiéronymien au
21 avr., sans doute à cause de la dédicace d'un oratoire
en son honneur à cette date. Aujourd'hui, dit-on, les
reliques de Césaire et de ses compagnons, Julia, Félix,
Eusèbe, reposent sous le maître-autel de Terracine.
Ces derniers, cités par le martyrologe romain au
5 nov., ont été imaginés par la Passion.
A. S., nov., 1, 84-130 ; m, 32-33. — L. Pont., éd. Duchesne,
1, 371, 377, n. 12. — Lanzoni, 148-50; Id., A proposito delta
Passione di S. Cesario di Terracina, dans Riv. di archeol.
crist., I, 146-48. — Mari. Hier., éd. Delehaye, 201, 581-82.
— Mort. Rom., 488-89. — Synax. Eccl. Const., 115-18,
185-88. — Tillemont, Mémoires, ii, 132-573.
R. Van Doren.
3. CÉSAIRE, martyr. Le martyrologe romain
porte au 3 nov. un groupe de saints martyrisés à
Césarée en Cappadoce (sous Dèce) : Germain et ses
compagnons, et parmi eux un Césaire. Cette liste pro-
vient de Florus qui a repris une lecture défectueuse du
martyrologe hiéronymien qui les 3, 4 et 5 nov. confond
le nom de la ville de Césarée (Cessari) avec un nom de
personne.
MaH. Hier., éd. Delehaye, 584-87. — Mort. Rom., 493.
R. Van Doren.
4. CÉSAIRE (Saint). Le martyrologe hiérony-
mien honore le 4 nov. un saint africain du nom de
Césaire, Cesarius, Caesarius ou Cessarius. Dans le ms.
le plus important, celui d'Echternach, il revient même
deux fois ce jour. Le même nom se lit également le 3
et le 5 nov. avec l'indication de lieu in Cesarea; le
4 nov., il est placé avant deux saints dont le second,
Porfyri, est celui d'un martyr légendaire de Césarée de
Cappadoce (Van de Vorst, Une Passion inédile de
S. Porphyre le Mime, dans Anal. Boll., xxix, 1910,
p. 270-75). Il s'agit ici de la déformation d'un nom
de lieu.
Mari. Hier., éd. de Rossi et Duchesne, 139; éd. Delehave,
585-86.
J. Perron.
5. CÉSAIRE, martyr (28 déc), est cité au mar-
tyrologe romain d'après Baronius, qui l'a placé sous
Galère Maximin et à Arabissus (Arménie), sans d'ail-
leurs mentionner ses sources. Mais Arabissus est la
ville de Cataonia, en Cappadoce australe. Cependant
il n'existe aucun témoignage qu'il y eut là un culte de
ce Césaire.
Mart. Rom., 604-05.
R. Van Doren.
6. CÉSAIRE D'ARLES (Saint). I. Sa vie.
II. Son action pastorale. III. Son action liturgique.
IV. Son action canonique et administrative. V. Son
rôle théologique. VI. Son rôle politique. VII. Son
œuvre littéraire et oratoire. VIII. Conclusion.
I. Sa vie. — L'histoire de S. Césaire, évêque
d'Arles au vi" s., nous est connue surtout par une Vila,
œuvre collective de quelques-uns de ses disciples ou
confidents, dont le principal rédacteur fut l'évêque Cy-
prien de Toulon, et, d'autre part, par un certain nom-
bre de documents officiels concernant son épiscopat.
Né en 470 probablement, dans le pays de Chalon-
sur-Saône en territoire burgonde, il renonce au monde
à l'âge de 18 ans et se confie à Sylvestre, évêque de la
ville. Mais, épris d'ascétisme, il s'échappe de son pays
natal à l'insu de sa famille et se fait admettre au mo-
nastère de Lérins (vers 491) que dirigeait alors l'abbé
Porcarius. Là il s'initie aux exigences de la discipline
monastique et à la pratique étroite de la règle. Chargé
de l'office de cellérier, il s'acquitte de ses fonctions avec
une ponctualité qui soulève des murmures. D'ailleurs
épuisé bientôt par les austérités, il doit, sur l'ordre de
son supérieur, retourner à Arles pour refaire sa santé.
Accueilli dans une famille amie, chez Firminus, dont la
femme Grégoria lui était parente, il aurait pu s'initier
auprès de Julien Pomerius à la culture intellectuelle du
temps. Mais il renonça très vite, si jamais il y goûta, à
l'attrait des écrivains profanes et de la philosophie.
L'évêque Éone (^Eonius) d'Arles, auquel il est pré-
senté et qui est également son parent, l'agrège à son
diocèse. A Lérins, Césaire s'était assimilé les principes
de la liturgie et de la théologie catholiques; dans les
rangs du clergé d'Arles, à partir de 496 environ, il va
apprendre ce qu'on pourrait appeler sa mission sociale
de prêtre et se familiarise avec les besoins physiques et
moraux du peuple chrétien. Il est bientôt chargé de
l'administration d'un monastère dont le dernier abbé
n'avait pas su maintenir la discipline (499). Césaire se
replonge donc pendant trois ans dans l'isolement du
cloître. Arrivé au déclin de sa vie, Éone voit dans ce
jeune prêtre énergique un successeur idéal et propose
son nom aux suffrages du clergé et du peuple arlésien
et à la ratification des gouvernants wisigoths. Césaire,
se conformant à un précédent presque rituel et qui
mettait en relief l'humilité des appelés au pontificat,
simule une fuite et on le retrouve caché dans la nécro-
pole des Alyscamps. (En 503, d'après la chronologie
communément admise; plus vraisemblablement en
502, d'après Krusch, M. G. H., SS. rer. merov., m,
444.)
Dès le début de son épiscopat, Césaire se trouve en
présence d'une tâche compliquée : au point de vue
reUgieux, organiser la vie liturgique et paroissiale, non
seulement dans son diocèse, mais dans sa province;
maintenir ou faire revivre les prérogatives d'honneur
et de juridiction, anciennement reconnues au siège
métropolitain et vicarial d'Arles et fortement atteintes
par les revendications contraires de l'évêque de Vienne
k
187
CÉSAIRE
D'ARLES
188
(S. Avit); au point de vue politique, imposer aux chefs
wisigoths le respect de sa personne sacerdotale, dé-
fendre près des ministres et des rois ariens les droits de
la population catholique et assurer la continuation de
relations normales et d'offices charitables entre les
habitants catholiques de Provence et du pays d'Arles
(royaume wisigothique), et ceux du Rhône supérieur
(royaume des Burgondes).
Suspect au gouvernement d'Alaric II en raison de
ses affinités burgondes, il est exilé à Bordeaux en 505
et profite de son séjour dans cette ville pour entrer en
rapport avec l'épiscopat de l'ouest des Gaules, Cy-
prien de Bordeaux, Ruricius de Limoges. S'étant jus-
tifié, il gagne la confiance d'Alaric et, pour répondre
aux vues du prince, prépare et dirige en fait la grande
conférence qui, dans un but d'unification législative,
réunit le clergé aquitain et le clergé provençal : concile
d'Agde (sept. 506). La défaite d'Alaric, vaincu à
Vouillé par Clovis (507), déclenche une invasion des
Burgondes et des Francs en Provence et Arles doit en-
durer pendant plusieurs mois un siège rigoureux et
dévastateur. Césaire, compromis par la fuite à l'ennemi
d'un de ses jeunes parents, encourt un péril grave,
mais momentané. Après l'intervention de Théodoric et
la libération de la ville (508), Césaire s'applique à répa-
rer les désastres causés aux églises, aux monastères et
aux populations : relèvement des ruines et rachat des
captifs. Il consacre le 26 août 512 le monastère des mo-
niales. Mais en 513, il est appelé à Ravenne pour se
justifier d'une accusation dont on ignore la portée
exacte. Son prestige, son innocence certaine et sa cha-
rité généreuse lui valent l'amitié définitive de Théodo-
ric. Poursuivant son voyage à Rome, il obtiendra du
pape Symmaque, non seulement la confirmation des
droits de son Église (6 nov. 513), le renouvellement ou
l'extension du vicariat sur les Gaules et les Espagnes
(11 juin 514), mais encore l'honneur de porter le
pallium 11 dans toutes les régions de la Gaule » et des
distinctions pour le clergé d'Arles (port de la dalma-
tique pour les diacres). Alors s'étend la période fruc-
tueuse et paisible de l'épiscopat de Césaire : pendant
vingt ans, fidèlement soumis aux instructions des
papes, qu'il sollicite d'ailleurs de lui-même, agissant
en complet accord avec le gouvernement de Ravenne
et le préfet catholique d'Arles, le patrice Libère (Mar-
cellinus Félix Liberius), Césaire donne la pleine
mesure de son activité : institutions charitables,
constructions d'églises, visites pastorales, enseigne-
ment dogmatique et prédication absorbent tous ses
instants. Il s'attache à mettre en vigueur des règles qui
fixeront d'une manière indiscutable les usages litur-
giques, le statut des biens ecclésiastiques, les droits et
devoirs précis des évêques, des clercs et des laïcs. Des
tournées d'inspection, des réunions conciliaires fré-
quentes et qu'il semble avoir voulu rendre périodiques
lui donnent l'occasion de contrôler la morahté et
l'obéissance du clergé, de promouvoir son instruction
et son zèle, de combattre dans le peuple l'ignorance
religieuse, les superstitions païennes et le dérègle-
ment : conciles d'Arles (juin 524) et de Vaison
(nov. 529) qui rappellent ou complètent la législation
canonique codifiée à Agde; manifeste théologique
d'Orange (juill. 529); conciles de Carpentras (527) et de
Marseille (533), véritables assises devant lesquelles
sont traduits des évêques insoumis ou fautifs : Agre-
cius d'Antibes, Contumeliosus de Riez.
L'effondrement de la souveraineté gothique en 534-
35 eut pour conséquence la substitution en Provence
du pouvoir des rois francs, fils de Clovis, à celui des
princes héritiers de Théodoric. Césaire salua avec joie,
disent ses biographes, l'instauration d'un régime
catholique : royauté de Childebert. Affaibli par l'âge, il
n'assista pas au concile d'Orléans de 541 et consacra
ses derniers soins à assurer, après lui, la conservation
du monastère des moniales que dirigeait alors l'ab-
besse Césarie la Jeune. Il mourut la veille de la fête
de S. Augustin, le 27 août 542, d'après Krusch, en 543,
d'après la chronologie commune, après quarante ans
d'épiscopat.
II. Son action pastorale. — Césaire a mis en pra-
tique les plus hautes vertus sacerdotales. Ses bio-
graphes nous ont rapporté des exemples héroïques de
sa charité, qui ne reculait devant aucun sacrifice et
n'avait égard ni à la fatigue ni aux risques personnels.
Pendant la période tragique marquée par l'invasion de
508, le siège d'Arles et le repli des Burgondes, il a dé-
ployé des prodiges d'énergie et de diplomatie pour
ravitailler les indigents et les exilés, pour arracher à la
servitude et au péril d'apostasie au service de maîtres
ariens ou juifs les prisonniers catholiques. Il n'hésita
pas à vendre, pour le rachat des captifs, les vases et les
trésors de l'Église et obtint de Théodoric le rapatrie-
ment de la population d'Orange, déportée en masse.
Sa vie exemplaire, sa physionomie illuminée d'un
éclat surnaturel, l'autorité de sa parole lui créent,
jeune encore, un renom de sainteté. Les malades font
appel à sa pitié. Mais Césaire a moins que quiconque
l'orgueil du thaumaturge : ses miracles n'ont rien de
« spectaculaire ». Quand on l'appelle près d'un malade,
il fait écarter les témoins, se prosterne à terre, im-
plore le Seigneur et se retire ensuite, laissant agir la
miséricorde divine. D'ordinaire, il préfère charger un
de ses compagnons de bénir l'affligé. Il disait que celui
auquel incombe le soin des âmes ne devait s'occuper
qu'avec une forte crainte de la guérison des corps :
fortiter iimere.
Il ne voulait pas non plus que le souci des questions
matérielles le détournât de sa fonction essentielle qui
était de prêcher la parole de Dieu. Aussi se déchar-
geait-il du souci de la distribution des aumônes et de la
gestion des affaires sur ses diacres et ses ordinatores,
ceux-ci assermentés et soumis à un contrôle {Vita,
I, 15). Il avait fondé près de sa cathédrale un hôpital
très vaste, servi par un personnel spécialisé et d'où les
malades pouvaient, sans se déranger, entendre les
offices {Yila, i, 20). Ce fut d'ailleurs un grand bâtis-
seur : il avait travaillé de ses mains à l'édification du
monastère des moniales et, après les désastres du
siège, le reconstruisit en bordure même de l'église
Ste-Marie, dans laquelle était réservé l'emplacement
des tombes des religieuses. Il avait réuni dans un
quartier unique la demeure de l'évêque et du clergé,
le monastère féminin, rigoureusement clôturé, l'hôpi-
tal et les greniers d'approvisionnement : l'église était
un édifice d'architecture tripartite : triplicem in una
conclusione basilicam, dont une aile, celle de l'hôpital,
était dédiée à S. Martin, l'autre à S. Jean (côté du mo-
nastère), tandis que la nef centrale, surélevée et plus
belle, était dédiée à la Vierge Marie. Il en fit la consé-
cration le 6 juill. 524.
Mais l'activité de Césaire ne se borne pas à des
« fondations », ou, du moins, ses plus belles fondations
sont d'ordre spirituel. En dehors de la création d'une
communauté de moniales, ut... ctiam virginiim choris
Arelatensium ornaretur ecclesia, qui resta l'une des
plus chères préoccupations de sa vie, il s'est efforcé
d'imprimer non seulement dans son diocèse, mais dans
tout le ressort de son siège métropolitain, le respect
d'une discipline commune fondée sur la tradition la
plus saine. Il avait compris, comme moine, l'impor-
tance de la règle et son activité pastorale peut se résu-
mer en disant qu'il s'est efforcé d'inculquer à tous les
échelons du peuple chrétien l'observance des lois de
l'Église. Il oblige le clergé et en particulier les évêques,
souvent épris d'indépendance et de faste, à l'accom-
plissement strict des devoirs de leur charge. Il leur
189
CÉSAIRE
D'ARLES
190
prescrit spécialement le devoir de la prédication, leur
rappelant l'obligation d'évangéliser sans distinction
tous les fidèles, même les esclaves. En cas de déso-
béissance ou de scandale, il les censure et même les
brise (afïaires d'Agrecius et de Contumeliosus). A
l'égard des fidèles, il ne lui suffit pas de les mettre en
garde contre la superstition, l'ignorance et l'inconduite
et de modérer avec une sévérité qui semble presque
indiscrète l'exercice de leur vie conjugale; il s'efforce
de les plier à des habitudes religieuses : il insiste pour
qu'ils apprennent par cœur les prières usuelles, le
Paler, le Credo, les psaumes l et xc. Il leur facilite
l'assistance aux offices du soir, même en semaine; il
veut un recueillement absolu pendant la messe qui
doit être entendue jusqu'au bout; il généralise, en dé-
pit des résistances, l'usage de la génuflexion. Enfin, il
fait de la dîme versée au clergé une obligation
rigoureuse.
III. Son action liturgique. — Faut-il voir en Cé-
saire un des fondateurs de la liturgie gallicane méro-
vingienne? (J.-B. Thibaut, L'ancienne liturgie galli-
cane, son origine et sa formation en Provence aux et
F7«s. sous l'influence de Cassien et de S. Césaire d'Arles,
Paris, 1929.) Ce que nous savons de son caractère, de
sa fidélité à toutes les traditions montre assez qu'il ne
faut pas s'attendre à voir en lui un novateur. S'il a
modifié quelque chose aux usages d'Arles, ce fut sans
doute pour donner plus de vie et d'éclat aux céré-
monies, pour y attirer une plus nombreuse assistance.
Dès sa consécration, il institua dans la basilique S.-
Étienne l'office public quotidien de tierce, sexte et
none. Il a mis ses efforts à associer le peuple fidèle
(laicorum popularitas) à la récitation des psaumes, au
chant des hymnes; pour l'intéresser à la célébration de
la messe, il lui permet des cantiques et des répons en
grec et en latin, apparemment pour satisfaire aux
goûts d'une population bilingue : alii graece, alii latine
prosas antiphonasque cantarent. Mais il est douteux
qu'il ait touché à la structure de la messe. Il s'est
borné à enrichir le cérémonial des messes ordinaires de
certains éléments qui n'appartenaient qu'aux messes
solennelles, tel le Sanctus, et, par les canons 3 et 5 du
concile de Vaison, il invite à pratiquer, non seulement
à la messe, mais encore à la fin des psaumes, à matines
et à vêpres, la récitation du Kyrie et à dire le Gloria
Patri; il recommande en outre de faire à la messe mé-
moire du pape régnant. A en juger par ce que nous
apprend la Régula sanctarum virginum (c. 66-69), Cé-
saire s'est proposé, en ce qui concerne l'ordo des
psaumes et des leçons, de généraliser purement et sim-
plement l'usage adopté à Lérins. Par ailleurs, son
titre vicarial, sa dévotion au siège de Pierre, le port
même dans son clergé d'insignes sacerdotaux romains
lui faisaient un devoir de ne pas aggraver, bien au
contraire, les divergences existant entre le rit gallican
et le rit suivi par Symmaque et Hormisdas. S'il a
contribué à transformer les coutumes gallo-romaines,
soyons persuadés que ce n'est pas pour accentuer les
particularismes ni pour favoriser des liturgies d'as-
pect oriental.
IV. Son action canonique et administrative. —
Beaucoup plus que sur la liturgie, l'action de Césaire a
porté sur la discipline générale de l'Église. Profondé-
ment respectueux de ce qu'il appelle « les usages an-
ciens des Pères », il s'attache à les maintenir en vi-
gueur, tout particulièrement en ce qui concerne le
recrutement, la formation théologique et morale et la
hiérarchie du clergé. Il voulait que tout diacre, avant
son ordination, eût lu quatre fois le texte de l'A. et du
N. T. (Vita, I, 56). Il a toujours insisté sur les condi-
tions d'âge et de savoir requises pour l'ordination et
l'épiscopat. L'œuvre canonique du concile d'Agde est,
à cet égard, éminemment représentative : moins ori-
ginale peut-être qu'on ne l'a cru, car de nombreux
canons ne sont qu'une transcription plus clairement
rédigée des Staluta Ecclesiae aniiqua ou un rappel des
prescriptions antérieures édictées à Angers (453), à
Tours (461) et à Vannes (465), la législation d'Agde
n'en constitue pas moins un code d'une importance et
d'une autorité considérables, auquel se sont impli-
citement conformés tous les conciles contemporains ou
postérieurs, qu'ils se soient tenus en pays burgonde
(Épaone, 517) ou franc (Orléans, 541) et même en
Espagne (Tarragone, 517 et Ilerda, 527). Les déroga-
tions ou précisions que Césaire sollicita de Symmaque
(P. L., Lxii, 53; Mansi, viii, 211; M. G. H., Epist.
merov., i, 37-40) touchant la disposition des biens
d'Église, la profession des vœux féminins et pour en-
rayer l'accession indue ou vénale à l'épiscopat de
laïques puissants, les dispositions d'Arles (524) au
sujet de l'âge des ordinands, de Carpentras (527) rela-
tives à l'administration temporelle des paroisses, et de
Vaison (529) recommandant, selon l'usage italien, de
créer des centres d'enseignement pour la jeunesse ne
constituent en somme que des amendements à l'œuvre
capitale promulguée à Agde. Ce sont les canons d'Agde
qui fixaient la doctrine en tout ce qui touchait à la
juridiction épiscopale et ses limites, aux droits et
obligations des clercs, spécialement le célibat, au
statut des communautés monastiques ou des clercs et
moines errants, enfin et surtout aux exceptions qui
pouvaient être apportées, sous certaines garanties, au
principe de l'inaliénabilité des biens d'Église (Mansi,
VIII, 319-88). Dans quelle mesure faut-il admettre que
les Statuia qui ont fourni la majeure substance des
prescriptions d'Agde sont l'œuvre de Césaire? Mal-
nory, dans son S. Césaire, 50-58, a fourni en faveur de
cette thèse des présomptions très fortes, combattues
par dom Morin (Rev. bénéd., xxx, 1913, p. 334-43) qui
a montré que Césaire, lorsqu'il a parlé des Statuta, a
toujours été bien loin d'en revendiquer la paternité.
Il est certain que Césaire n'a pu prendre sur lui de
rédiger les statuts; mais n'a-t-il pu parfois en retou-
cher le texte, en opérer le classement? En tout cas, il
les a étudiés de très près; il en révère l'autorité et en
général il s'y tient. De là, l'embarras qu'il éprouve
lorsque la jurisprudence gallicane est en conflit avec la
jurisprudence romaine. Ce fut, par ex., le cas lorsqu'il
voulut faire reconnaître la validité de certaines ces-
sions ou dévolutions effectuées au profit des moniales
ou d'œuvres charitables, cessions auxquelles les papes
résistèrent ou du moins n'acquiescèrent que très
difficilement (cf. Malnory, op. cil, 118-19); ou encore
dans l'affaire de Contumeliosus, cassée pour vice de
procédure et au cours de laquelle le pape Agapet
reprocha à Césaire de n'avoir pas respecté le caractère
suspensif de l'appel et d'avoir soumis un évêque à la
pénitence de droit commun (M. G. H., Epist. merov.,
I, 56-57; éd. Morin, ii, 30-31).
Ces refus ou ces blâmes des papes, tout aussi bien
que leurs sanctions approbatrices, ne font que mettre
en lumière la docilité filiale et absolue de Césaire à
l'égard du siège de Rome. Il ne lui suffisait pas d'avoir
pour lui la tradition des conciles ou la coutume de son
diocèse et de ses compatriotes. Aucun soupçon chez
lui d'autonomisme épiscopal ou national. Il ne se
considère qualifié pour agir qu'en qualité de manda-
taire du pape et, même dans son diocèse, une question
d'ordre intérieur, comme l'établissement de franchises
spéciales en faveur de moniales, sera expressément
soumise, non seulement à la signature des évêques
coniprovinciaux, mais encore à la ratification des
papes.
Ce recours permanent à l'autorité suprême, en vertu
duquel Césaire exerçait son action disciplinaire, com-
portait naturellement à son profit et de la part de cette
191
CÉSAIRE
D'ARLES
192
même autorité la reconnaissance et la délimitation in-
discutée de sa juridiction territoriale. Depuis plus d'un
demi-siècle, les évèques d'Arles exerçaient leur auto-
rité métrojiolitaine sur les diocèses compris entre la
Drôme et la Durance. Or les prétentions des évèques
de Vienne et l'expansion de l'État burgonde avaient
remis en question cette autorité; indifférent aux
vicissitudes des frontières, Symmaque maintint au
profit de Césaire, comme il l'avait fait au profit
d'Éone, les droits traditionnels de l'évêché d'Arles, et
lorsqu'en 513 il lui renouvela son privilège vicarial, il
spécifia que celui-ci s'étendait sur les Gaules et l'Es-
pagne, c.-à-d. en fait sur la chrétienté transalpine.
Notons d'ailleurs que cette charge, bien qu'attribuée à
l'évêque d'Arles, n'en impliquait pas moins un carac-
tère de mission personnelle : c'est parce qu'il jouit
personnellement de la confiance du S. -Siège qu'il est
investi d'un si large pouvoir et il n'en use, en fait,
qu'en qualité de lieutenant et mandataire de Rome, à
titre de conseiller, d'inspirateur plutôt que de chef,
sans qu'on puisse dénoncer de sa part en Espagne,
dans le royaume franc, ni même dans la province limi-
trophe de Vienne, une démarche abusive ou seulement
indiscrète.
V. Son ROLE théologique. — Il ne faudrait pas en
conclure que pour Césaire sa charge de vicaire ne fut
qu'un organisme de liaison, un poste de contrôle où il
n'aurait eu qu'à assurer l'expédition des affaires disci-
plinaires ou temporelles. Délégué permanent du pon-
tife, il se doit de veiller au maintien de l'orthodoxie et
cela dans le sens le plus nettement « catholique ro-
main ». Cela explique son intervention, lors des conciles
de Valence et d'Orange, au sujet des questions de la
grâce et du libre arbitre. Tandis que l'influence dite
semi-pélagienne, propagée surtout par l'enseignement
de Cassien et de Faustus de Riez, restait profonde
dans une partie de l'épiscopat gallo-romain, Césaire,
depuis toujours admirateur d'Augustin et probable-
ment impressionné par une polémique récente de
Jean Maxence et par les traités de Fulgence de Ruspe,
se montra, de plus en plus ouvertement, partisan de
l'action prévenante et indispensable de la Grâce. Au
concile de Valence (sept. 528?), tenu en pays burgonde,
il fit défendre son point de vue par son meilleur dis-
ciple, Cyprien de Toulon. Déçu probablement de
n'avoir pu enlever l'approbation des évèques de Va-
lence, il se tourna vers Rome et présenta un avant-
projet en dix-neuf capitula (Mansi, viii, 722-24) que
Rome revisa, corrigea et compléta par l'addition de
« sentences » augustiniennes empruntées à Prosper.
(Cf. M. Cappuyns, L'origine des « Capitula » d'Orange,
dans Recherches de Ihéol. ancienne et médiévale, vi,
1934, p. 121-43 et nos observations dans Fliche et
Martin, Hist. de l'Église, iv, 416 et 418, n. 1.) De là un
document nouveau qui fut proclamé solennellement
lors de la dédicace de la basilique d'Orange le
3 juin. 529, et que Césaire faisait suivre encore d'une
explication insistant sur les conséquences du péché
originel, sur la nécessité initiale et la coopération
irremplaçable de la grâce, mais aussi sauvegardant, en
des termes auxquels on n'a pas toujours prêté suffi-
samment attention, l'efficacité du libre arbitre res-
tauré par la grâce du baptême. Ainsi se trouvait établi
un texte qui, dans la pensée de Césaire, devait clore
définitivement le débat sur la grâce, et pour lequel,
après une élaboration aussi minutieuse, non content de
l'adhésion de treize évèques sufiragants et de la
signature de laïques illustres, tels que le patrice Li-
bère, il voulut une fois de plus avoir la ratification
apostolique du document entier. Cette ratification lui
fut accordée par Bonitace II, successeur du pape Fé-
lix IV, et Césaire la fit précéder de la mention « Que
quiconque croira au sujet de la grâce autrement que le
fixe cette autorité (du pape) et que l'a établi ce synode
sache qu'il se met en contradiction avec le Siège apos-
tolique et avec toute l'Église dans le monde entier »
(éd. Morin, ii, 66; Malnory, op. cit., 154).
On a souvent parlé du « rôle théologique » de S. Cé-
saire (cf. P. Lejay, Rev. d'hist. et de litt. religieuse, x,
1905, p. '250 sq. et D. T. C, ii, 2108-85). Si on s'atten-
dait par là à un travail d'approfondissement, à un effort
spéculatif de recherche ou de synthèse, on ne trouvera
rien de tel. En dogmatique comme en discipline, Cé-
saire a toujours cherché la formule précise, sans équi-
voque et sûre, « fondée sur les définitions des Pères »,
qui doit prendre force de loi et être admise de tous.
Sa théologie franche s'exprime par sentences succes-
sives et vigoureuses qui enlacent la vérité, sans am-
bages ni enjolivements. On a voulu le qualifier : « un
augustinien de la stricte observance » (Lejay, D. T. C,
II, 2178). Cette formule appelle des réserves : augusti-
nien, plein de respect et de dévotion pour le grand
évêque d'Hippone, certes il le fut. Mais sans étroitesse,
sans fanatisme : sa théologie, humaine, compréhensive,
n'a pas le rigorisme de Fulgence de Ruspe ni même de
Prosper d'Aquitaine dans ses premiers écrits. Sa foi
entière dans la puissance de la grâce ne l'amène pas à
sous-estimer les efforts du libre arbitre, au moyen du-
quel tout chrétien baptisé peut et doit combattre pour
gagner son salut. Ce même souci d'exactitude et de
modération, ce même goût des définitions nettes et
simples le guide dans sa théologie trinitaire. 11 est
difficile d'apprécier son De myslerio S. Trinitatis et son
Breviarium adv. haereticos (éd. Morin, ii, 165-180,
182-208), œuvres de vulgarisation dont la substance
et l'argumentation proviennent en grande partie d'élé-
ments empruntés, et il n'est pas absolument prouvé
que le fameux symbole Quicumque, dit de S. Athanase,
soit de lui {Rev. bénéd., xliv, 1932, p. 206-19); mais il
est certain qu'il en a accueilli et propagé les formules
avec prédilection comme un compendium très clair de
la foi catholique, particulièrement utile en un pays de
confessions multiples, pour bien caractériser la doc--
trine à rencontre de l'hérésie arienne. (Cf. C. H. Tur-
ner, The history and use of ihe Creeds... in the early cen-
turies of the Church, Londres, 1906, p. 70-74 et dom G.
Morin, Rev. bénéd., xviii, 1901, p. 337-63 et xliv,
1932, p. 216-219.)
VI. Son ROLE politique. — Le rôle politique, et, si
l'on peut dire, historique de Césaire mérite d'être étu-
dié de près. Son épiscopat représente le premier essai
durable de « normalisation » des rapports officiels de
l'Église avec les royautés barbares. Jusqu'alors il n'y a
eu que des contacts précaires, orageux. Les évèques
ont essayé de leur mieux de protéger leurs peuples, de
sauvegarder la liberté religieuse et la propriété des
églises, de limiter les spoliations. L'exil les attend à la
première velléité de résistance. Les bons rapports que
S. Avit et S. Remi ont réussi à entretenir avec leurs
souverains burgondes et francs tiennent uniquement à
leur prestige personnel et à leur diplomatie; ils ne
reposent pas sur un pacte précis. Le wisigoth Euric
s'est montré extrêmement soupçonneux. L'épiscopat
de Césaire ne sera pas de tout repos ; mais dès son entrée
en charge, sa compréhension, son réalisme le mettent
en mesure de collaborer à la politique stabilisatrice
d'Alaric. Le concile d'Agde fait mieux que de jeter les
bases d'une politique d'entente; il fixe un statut par-
faitement équitable qui, sur beaucoup de points,
touche aux lois civiles, concernant la condition des
personnes et des biens. En matière politique, Césaire
professait « qu'en tout lieu, ibi et ubique, l'Église
devait rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui
est à Dieu; qu'il fallait obéir selon l'Apôtre aux rois et
aux puissances dans leurs prescriptions justes », mais
chez un prince arien, il tenait en mépris « la fausseté de
193
CÉSAIRE
D'ARLES
194
ses dogmes » ( Vila, i, 23). Cette règle de loyalisme ne
pouvait en venir à partager les préventions ethniques
des vainqueurs. Césaire s'est toujours senti gallo-
romain. Il a profité de l'expansion du royaume go-
thique pour nouer des rapports plus étroits avec l'épi-
scopat de l'ouest des Gaules, avec celui d'Espagne et
avec l'évêque de Pavie, Ennodius. Il n'a pas cessé, au
péril de sa situation, de considérer comme des compa-
triotes les catholiques burgondes et d'entretenir avec
leurs rois des relations qui furent profitables aux jours
de détresse ( Vita, ii, 9). Il ne semble pas qu'il ait ja-
mais tourné les yeux vers Justinien; mais la royauté
catholique de Clovis s'élevait comme une promesse.
Césaire avait subi en 508 les ravages de l'invasion
franque ; mais, du moment que le changement de régime
se faisait sans violence, il salua avec joie en 538 l'arri-
vée d'un prince catholique. Si en effet il avait pu appré-
cier pendant vingt ans le libéralisme de Théodoric et
si, de la part du patrice Libère, il avait rencontré le
concours empressé et constant du pouvoir civil, il con-
naissait trop le fanatisme arien des éléments militaires
goths pour ne pas appréhender le retour des tracasse-
ries passées. L'avènement de Childebert était au
moins à cet égard une garantie et une consolation.
D'ailleurs l'existence de frontières politiques arbi-
traires avait souvent gêné son action métropolitaine :
tout le temps que les Burgondes occupèrent la rive
droite de la Durance, ses ressortissants s'étaient ratta-
chés en fait à l'obédiencd' de Vienne et c'est ainsi qu'ils
avaient participé en 517 au concile d'Épaone. Sous
l'hégémonie de rois francs qui d'ailleurs favorisaient
son Église de dotations et d'immunités, il avait lieu
d'espérer que ces ennuis ne se reproduiraient plus; il ne
pouvait prévoir qu'Arles était destinée à perdre sa
primauté religieuse en même temps que son impor-
tance civile et que l'activité politique allait se trans-
porter vers les capitales du Nord : Orléans, Paris, Metz.
Néanmoins le mandat vicarial devait encore être ex-
pressément renouvelé, sous réserve de l'approbation
des rois francs, en faveur des successeurs directs de
Césaire : Auxanius, Aurélien et Sapundus par les papes
Vigile et Pélage, en 545, 546 et 557 (M. G. H., Epist.
merov., i, 59, 60 et 63).
VII. Son œuvre littéraire et oratoire. — Cé-
saire n'a jamais songé à faire montre de qualités litté-
raires; les préoccupations stylistiques d'un S. Avit ou
d'un Ennodius lui sont toujours restées indifférentes.
Son œuvre, relativement copieuse, ne comprend donc
que des écrits d'affaires et des textes de sermons. Les
premiers se ramènent en somme à des actes d'adminis-
tration : Lettre à Ruricius (P. L., xii; Mansi, viii, 43)
et à Agraecius (Mansi, viii, 343); Postulata présentés à
Symmaque (Mansi, viii, 211 et 228); Règle des moines
(éd. Morin, ii, 149-55) qui semble à bien des égards
une codification de la coutume de Lérins ; Ci'rcu/ai're
justificative et accusatrice au sujet de Contumeliosus
(Mansi, viii, 811-14, M. G. H., Epist. meroy., i, 45-57) ;
enfin son Testament (éd. Morin, ii, 281-89), sorte
d'adjuration adressée à l'évêque successeur et dans
laquelle s'exprime une dernière fois sa sollicitude
à l'égard des moniales. Il faut mettre à part la Régula
sanetarum virginum (éd. Morin, ii, 99-129 ; F/on7e^.
patristicum, xxxiv), chef-d'œuvre d'expérience abba-
tiale et de psychologie judicieuse qui prévoit, organise,
exhorte, mais aussi met en garde avec une dilection vi-
gilante contre des défaillances possibles. Une assez
longue recapitulalio additionnelle au texte primitif est
signée de .534. On doit aussi attribuer à Césaire la
rédaction des canons d'Agde et surtout de Vaison
(Mansi, viii, 725-28), peut-être aussi celle des xix Ca-
pitula sancti Augustini in Urbe Roma transmissa
(Mansi, viii, 722-24), et enfin la troisième partie de la
Déclaration dogmatique d'Orange (Mansi, viii, 7 1 1-1 7).
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
Le De mysterio sanctae Trinitatis et le Breviarium ado.
haerelicos contre les ariens sont des ouvrages d'apo-
logétique et de propagande, clairs et convaincants,
mais dont la documentation et la valeur démonstrative
doivent être rapportées aux « sources » que Césaire
a suivies. Il ne semble pas que le travail exégétique sur
l'apocalypse (P. L., xxxv, 2417-52) que D. Morin a
voulu lui attribuer {Reu. bénéd., xlv, 1933, p. 43-61)
soit plus original. Enfin, les deux (ou trois) lettres
d'exhortation adressées à l'abbesse Césarie et à une
religieuse inconnue qu'un lapsus a fait désigner sous le
nom d'Oratoria {P. L., lxviii, 1125-38; Floril. patrist.,
xxxiv, p. 33-52) ne sont qu'un recueil de passages édi-
fiants parmi lesquels on est surpris de rencontrer des
formules et des phrases empruntées presque intégra-
lement à des textes antérieurs, par ex. à la Lettre à Dé-
métriade, de Pélage. D'autres écrits (éd. Morin, ii,
159-64), sur la grâce, ne sont guère que des « dossiers »
de textes scripturaires ou patristiques {Rev. bénéd.,
xiii, 1896, p. 435-49; xxi, 1904, p. 226-35).
Les œuvres oratoires de Césaire présentent un inté-
rêt beaucoup plus grand. Non pas qu'elles aient en soi
un cachet plus littéraire, au contraire, mais parce
qu'elles constituent un exemple excellent, presque un
modèle d'éloquence populaire. Ce sont des entretiens :
sermones, des leçons : admonitiones, dans lesquels la
simplicité fraternelle du ton n'atténue en rien l'auto-
rité des commandements divins et la rigueur des
devoirs inculqués. Aucune virtuosité de style, aucun
souci de la copia. Des phrases familières, des exemples
concrets, d'ailleurs très expressifs, empruntés à la
réalité rustique, à la vie quotidienne. Les textes sacrés,
qui fondent l'obligation, toujours cités en vedette; des
impératifs nombreux, qui reprennent incessament les
mêmes devoirs et mettent en garde contre les mêmes
défauts. Un plan assez fiottant, mais d'ordinaire, en
guise de péroraison, un résumé, recapitulqtio, à l'usage
des esprits obtus ou distraits, détachant les conclu-
sions les plus importantes qu'il faut retenir et rappor-
ter à ses voisins.
En général, les considérations théologiques sont
écartées; les commentaires de l'Écriture, rapides et
sans inutile subtilité, orientés vers une application
pratique. Les Sermons de Césaire sont avant tout un
rappel des enseignements de la morale chrétienne.
Rien n'est banal ou oiseux dans cette prédication ; elle
combat des défauts ou des crimes qui étaient les tares
d'une civilisation en pleine transformation : la
superstition, résidu vivace des croyances païennes
(Append. Aug., 130 et 278; éd. Morin, 54 et 193);
l'ivresse brutale, importation des envahisseurs {Ap-
pend. Aug., 294; Morin, 46); l'infanticide et l'avor-
tement, effet de la corruption des mœurs ou consé-
quence de la misère (Append. Aug., 292; Morin, 44);
des fautes qui sont de tous les temps, l'inconduite et
l'infidélité aux lois du mariage (Append. Aug., 289;
Morin, 43); d'autres moins graves mais contre les-
quelles il s'élève avec indignation : la mauvaise tenue
au cours des offices divins (Append. Aug., 286;
Morin, 77). Telle instruction, comme le sermon 265
(Morin, 13), Sermo in parochiis necessarius, ou le ser-
mon 295 (Morin, 47), Ammonitio contra ebrietatis ma-
lum, nous donne bien l'idée des vérités que Césaire ne
se lassait pas de redire. 11 aimait à parler en toute cir-
constance, heureux d'exercer le ministère de la parole
divine, habile à saisir les allusions opportunes, les com-
paraisons frappantes, les mots qui tombent juste et
(|u'on n'oublie point. Il aurait pu tirer de son propre
fonds la substance de ses sermons; il s'en est rarement
donné la peine. Plein d'une humble vénération pour les
Pères en général, et pour S. Augustin en particulier, il
a estimé inutile de chercher à faire mieux qu'eux, et
sans le moindre souci de propriété et surtout d'orgueil
H. — XII. — 7 —
195
CÉSAIHK D'ARLRS
— CÉSATRF,
190
littéraire, il a tout simplement adapté à son usage les
richesses, authentiques ou non, de la collection
augustinienne.
Indifférent aux recherches du style, il resserre le dé-
veloppement, élague les subtilités, « fusionne » entre
elles plusieurs pensées; ce qui ne l'empêche pas de
garder en tête du texte ainsi refondu le nom de son
auteur (éd. Morin, Sermons. 17, 21, 24, 38, 177,
185, etc.). Ailleurs, il utilise des exhortations de Faus-
tus de Riez (éd. Morin, 56, 57, 58), et encore de S. Sé-
datus (193) et de S. Éphrem (72. 77). D'autres pièces
sont de véritables centons, des excarjjsu ou des excerp-
la (cf. Serm., 2(), 6G, 69, etc.). Sur les 238 sermons édi-
tés par dom Morin, 84 sont alïectés d'un signe critique
dénotant une source étrangère et il faudrait bien se
garder de conclure que les 154 autres sont purement
originaux.
La Sugyeslio humilis (Malnory, op. cil.. 294-307; éd.
Morin, Serm., 1 ), instruction pastorale adressée à ses
frères de l'épiscopat, montre toute l'importance que
Césaire attachait au devoir de la prédication : la
parole divine étant la véritable nourriture des âmes
dont les évêques et les prêtres sont les dispensateurs
responsables. C'est pourquoi il fit accorder aux diacres
le droit de lire les instructions des Pères aussi bien
dans les centres ruraux que dans les cités. Il avait or-
ganisé un véritable centre d'édition et de propagande
consacré à la diffusion de ses propres œuvres et de ces
sermons augustiniens et faustiens qui, adaptés et revi-
sés par lui, copiés probablement dans le scriptorium
des moniales (cf. Vila, i, 58), étaient par ses soins remis
à tous les visiteurs ou expédiés au loin : longe vero
positis in Francia (c.-à-d., en Germanie) in Galliis
atque in Italia, in Hispania dioersisque provinciis
constituas transmisit per sacerdoles qui in ecclesiis suis
praedicare facerent {Vita, i, 55).
Un tel travail ne fut pas perdu. Si, d'un point de vue
purement littéraire, on peut regretter que Césaire ait
défiguré l'aspect authentique de la grande éloquence
du v" s., il n'en reste pas moins qu'il a doté les mission-
naires d'un fonds homilétique infiniment précieux,
suppléant à l'ignorance du clergé et à l'insuffisance des
orateurs. Ses instructions, d'une haute valeur pra-
tique, d'un enseignement admirablement api)roprié
aux besoins d'une société qui allait s'enfoncer de plus
en plus dans la barbarie, sont devenues, dans le haut
Moyen Age, le bien commun de la prédication chré-
tienne. Remaniées encore par S. filoi et S. Boniface,
elles ont servi à évangéliser les pays bataves et ger-
maniques (Malnory, op. cit.. 242-44).
VIII. Conclusion. — S. Césaire reste l'une des fi-
gures les plus attachantes et les plus représentatives de
l'épiscopat dans la première moitié du vi" s. Il a rem-
pli sa tâche pastorale avec un zèle admirable. Il n'a
cessé de s'intéresser à l'éclat et à la piété des actes li-
turgiques. S'il n'a pu établir un régime durable de
coopération avec le large emi)ire de Théodoric, il a du
moins contribué à régler le statut de l'Église au sein
des nationalités nouvelles. 11 a eu l'honneur de pro-
mulguer à Orange un des textes capitaux de la théolo-
gie de la grâce. Par son action en faveur de l'instruc-
tion du clergé, il a retardé l'obscurcissement des
siècles barbares ; par son œuvre, directe ou indirecte, de
prédicateur, il a maintenu dans les masses un minimum
de moralité et de sens religieux. Et cependant per-
sonne n'a moins songé que lui à mettre en avant des
conceptions personnelles : l'efficacité et le mérite de
son action viennent peut-être de l'abnégation avec
laquelle il s'est effacé devant la tradition des Pères et
des conciles, devant les instructions des papes. Ce fut
sans doute la force de sa législation d'être moins une
réforme originale qu'une promulgation mieux définie
de la jurisprudence usuelle, comme c'est sa fidélité à la
doctrine de S. Augustin et aux enseignements de Rome
qui a fondé l'indiscutable autorité de la déclara-
tion d'Orange.
Vita sancti Caesarii, dans A. S., août, vi, 50-83; P. L.,
Lxvn, 1007-42, et surtout éd. B. Krusch, dans M. G. H.,
Merov., m, 457-501 ; cf. S. Cavallin, Literarhistorische und
texikritische Studien zur Vita S. Caesarii Arelatensis, Lund,
1934. — D. Germain Morin a travaillé pendant plus d'un
demi-siècle à la préparation d'une édition magistrale, dont
le vol. I comprend les oeuvres oratoires, Sancti Caesarii
episcopi Arelatensis opéra omnia : Sermones seu Admoni-
tiones, Maredsous, 1937, cxv-1056 p., et le vol. n (Opéra
varia), Maredsous, 1942, ix-39ô p., les lettres, les actes
des conciles, les écrits théologiques et la Vita; la Régula
sanctarum viryinum, ainsi que les Lettres à Césarie ont
été éditées à part, dans le Florilegium patristicum, fasc.
XXXIV, Bonn, 1933. D'autres ou^Tages ou opuscules de
Césaire ont été publiés ou analysés dans la collection
de la Revue bénédictine, notamment : xvi, 1899, p. 97-112
(Testament de S. Césaire); xiii, 1896, 433-43 et xxi, 1904,
p. 226-39 (Opuscules sur la grâce) ; xlv, 1933, p. 43-61 (Ex-
plication de l'Apocalypse); xlvi, 1934, p. 190-205 (Traité
la Trinité). — L'édition des œuvres de Césaire dans la
P. L. de Migne est très défectueuse (P. L., Lxvii). Les
œuvres oratoires, très infidèlement reproduites, étaient
groupées dans l'Appendice des œuvres de S. Augustin
(P. L., xxxix); Mansi, viii, donne les actes des conciles
d'Agde, d'Arles, de Carpentras, d'Orange et de Vaison.
Parmi les ouvrages modernes consacrés à Césaire d'Arles,
deux sont particulièrement remarquables : C.-F. Arnold,
Caesarius von Arelate und die gallische Kirche seiner Zeit,
Leipzig, 1894. — A. Malnory, S. Césaire, évéque d'Arles,
503-43 {Biblioth. de l'École des Hautes-Études, 103), Paris,
1894. — Outre ces travaux importants on peut consulter :
P. Lejay, Le rôle théologique de Césaire d'Arles, dans Revue
d'hist. et litt. religieuse, x, 1905, et l'article Césaire d'Arles,
dans D. T. C, ii, 2168-85. — M. Chaillan, S. Césaire (Les
Saints), Paris, 1912. — Bardenhewer, Geschichte der
altkirchl. Literatur, iv, Fribourg-en-Br., 1924, p. 345-56.
— Moricca, Storia délia letteratura latina cristiana, III, ii,
Turin, 1934, p. 1129-1200. — Fliche et Martin, His<. de
l'Église, iv, II" part., ch. vi, p. 406-19, par G. de Plinval,
Paris, 1937; et v, ch. xv, p. .506, par René Aigrain, 1938.
G. DE PlinvaL-
CÉSAIRE D'ARLES (RÈGLES DE s.)- Voir
D. D. Can., m, 260-78; D. H. G. E., xii, 213-14.
7. CÉSAIRE, moine cistercien d'HEISTER-
BACH, ou Val-S. -Pierre, diocèse de Cologne. Il naquit
vers 1180 à Cologne ou dans les environs; il suivit les
écoles de cette ville durant une dizaine d'années et au
début de 1199 il entra à Heisterbach où il terminera
ses jours vers 1240. Dans ses charges d'instructeur des
novices puis de prieur, il eut l'occasion d'exercer ses
talents d'inlassable conteur et de donner libre cours à
son activité littéraire. Il a lui-même énuméré tous ses
travaux dans une lettre écrite vers la fin de sa vie
(Epistola catalogica). De ses six ouvrages, quatre seu-
lement nous restent : Dialogus miraculorum; Homi-
liae; Libri VIII diversarum visionuni; Actus, Passio et
miracula Engelberti. Les écrits de Césaire furent beau-
coup lus et imités en leur temps; leur succès dans la
région du Rhin et en Hollande nous est garanti par le
nombre considérable de mss. encore existants. Par
ailleurs, grâce au travail de M. J.-Th. Welter, nous
connaissons mieux la place que tint V Exemplum dans
la lillérature religieuse et didactique du Moyen Age
(thèse de doct., Paris, 1929). En cette matière, notre
cistercien n'a pas innové; il continue une tradition
qui ne disparaîtra pas avec lui, mais plus qu'aucun
autre peut-être il est représentatif de son époque. De
nos jours encore on voit paraître fréquemment de
nouvelles études sur le personnage et ses écrits.
J. Greven, Kleinere Studien zu C. von H., dans Ann.
bist. Ver. Nieder., xcix, 1916, p. 1-35; L. T. K., ii, 779. —
Alf. Hilka, Die Wundergescbicbten des C. von H., Bonn,
1937. - — A. Meister, Die Fragmente der Libri VIIJ...,
197 CÉSAIRE — CÉSAR DR S A I NT-B O N A VE NT U RE 198
Rome, 1901, et critique de ce travail par le P. Poncelet,
dans A. Boll., 1902, p, 45-52. — A. Schônbach, Ueber
C. von H., dans Sitzungsber. der Akad. der Wiss. in Wien,
Phil.-hist. Kl., cxLiv, 1902, p. 1-93; eux, 1908, p. 1-51;
CLXiii, 1909, p. 1-90. — Ch. de Visch, Bibl. script, cisterc,
Cologne, 1656, p. 57, reproduit l'Epislola catalogica.
J.-M. Canivez.
8. CÉSAIRE de MILENDONK, bénédictin, dont
on sait seulement qu'il était abbé de Prum (Rhé-
nanie) en 1212 et qu'en 1217 il se retira à l'abbaye
cistercienne de Heisterbach. C'est ce qui a occasionné
parfois une confusion avec Césaire de Heisterbach
qui vivait vers la même époque. Mais ce dernier
mentionne lui-même son homonyme dans son Dialo-
gus miraculorum, 1. V, c. ii et 1. VI, c. m, etc. et dans
ses Homiliae, ii, 17. Césaire de Milendonk n'est pas
non plus à confondre avec le cistercien Césaire, prieur
de Villers-sur-Dyle, près Gembloux (Belgique), qui
vivait aussi vers le même temps et dont la mort est
mentionné dans le Menologium Cisterciense au 23 févr.
Gallia chrisliana, xiii, 597 sq. (confond Césaire de Milen-
donk et Césaire de Villers). — Al. Kaufmann, Caesarius
uon Heisterbach, Cologne, 1862, p. 84.
G. Allemang.
CÉSAIRE DE NAZIANZE (Saint), frère de
S. Grégoire (v. 330, f 9 mars 369). Voir D. T. C, ii,
2185-86. — ■ Mart. Rom., 76-77.
9. CÉSAIRE DE SPIRE naquit dans la ville
dont il porta le nom. Il fit ses études à l'université de
Paris, où il eut pour maître Conrad de Reisenberg,
plus tard prince-évêque de Hildesheim. Revenu dans
sa patrie, Césaire remporta par ses prédications des
succès peu ordinaires. Accusé d'hérésie, ce fut son an-
cien maître qui le défendit. Après cela Césaire partit
pour Paris où il s'enrôla pour la cinquième croisade.
En Terre sainte, il trouva François d'Assise et Élie de
Cortone, s'enthousiasma pour eux et se fit frère mi-
neur. Il revint avec eux en Italie et assista François
d'Assise dans la rédaction de la seconde règle des
frères mineurs (1221), en illustrant celle-ci de plusieurs
textes de la sainte Écriture. Au chapitre général des
nattes (1221), Césaire fut désigné comme supérieur de
la deuxième expédition franciscaine en Allemagne. Le
succès de cette mission et la fondation de l'ordre en ce
pays furent soigneusement notées dans la chronique
de Jourdain de Giano. En 1223 Césaire prit part au
chapitre général de l'ordre, qui l'exonéra de sa
charge de provincial et lui permit de mener en Ombrie
une vie consacrée à la contemplation et à la pratique
de la pauvreté franciscaine. Ce genre de vie et aussi
l'estime dont il jouissait chez ses confrères suscitaient
contre lui l'antipathie de frère Élie, général de l'ordre.
Celui-ci, abusant d'une licence accordée par le Sou-
verain pontife, fit jeter Césaire en prison et le confia à
la garde d'un frère laïque cruel. Un jour, Césaire, trou-
vant la porte de sa prison ouverte, voulut prendre
l'air, mais son gardien, supposant qu'il tentait de s'éva-
der, le frappa de son gourdin avec tant de violence
qu'il mourut peu après (1239). Ajoutons que le récit
de l'emprisonnement et de la mort de Césaire nous est
parvenu par les écrits d'Ange de Clareno, qui ne sont
pas toujours dignes de confiance.
Chronica fratris lordani de lano, éd. Anal. Franciscana,
I, Quaracchi, 1885, p. 4-41; éd. Boehmer, dans Collection
d'études et de documents sur l'hist. relig. et litt.du Moyen Age,
VI, Paris, 1908, p. 8-32. — lAnge de Clareno], llisloria
septem Iribulationum ordinis Minorum, éd. Tocco, dans
Hendiconti délia R. Accademia dei Lincei, classe v : Scienze
morali, xvii, Rome, 1908, p. 229-36; Epistola excusatoria ad
papam, éd. Ehrle, dans Archiv fur Literatur-und Kirchen-
geschichte, i, Berlin, 1885, p. 532. — Golubovich, Biblioteca
bio-bibliografica délia Terra sanla, i, Quaracchi, 1906,
p. 117-19. — Eubel, Geschichte der oberdeutschen (Strass-
burger) Minoriten-Provini, Wurtzbourg, 1886, p. 3-6. —
I Holzapfel, Handbuch der Geschichte der Franziskanerordens,
Fribourg-en-Brisgau, 1909, p. 8 et 24. — René de Nantes,
Histoire des spirituels dans l'ordre de Saint-François, Cou-
vin-Paris, 1909, p. 88-90. — Sbaralea, Supplementum et
castigatio, i, Rome, 1909, p. 198. — Lampen, De textibus
S. Scripturae allegatis in opusculis S. P. N. Francisci,
dans Archiu. franc, histor., xvii, 1924, p. 443-45. — K. L.,
II, 1662-68; iv, 371. — L. T. K., ii, 779-80.
A. Van den Wyngaert.
CESALPIN I (Andréa), médecin italien (xvi^ s.).
Voir D. T. C. u, 2186.
CÉSAR. Voir Caesar.
CÉSAR DE SAINT-BONAVENTURE,
carme déchaussé, missionnaire en Hollande. Jean Ber-
tier, fils de Pierre Bertier, naquit à Leyde (Hollande),
le 16 mars 1615. Son père était calviniste, mais se
convertit en 1621, avec sa famille, à la foi catholique,
à Paris où il s'était rendu pour exercer la charge de
géographe du roi. Jean, ainsi que deux de ses frères,
prit l'habit des Carmes Déchaussés à Paris. Il y fit
sa profession religieuse le 18 juill. 1632. En 1643, il
tenta d'établir la mission des Carmes Déchaussés de
la province de Paris en Hollande. A cet effet, il entre-
prit, en 1643, un voyage à Rome et proposa l'affaire
au chapitre général de 1644; seulement ce ne fut qu'en
1647 que le chapitre accepta cette mission et chargea
le P. César lui-même de son établissement. S'étant
donc rendu en Hollande, le P. César fonda une rési-
dence à I^a Haye. En 1657, à la suite de diverses
calomnies, à cause des intrigues de l'Espagne qui ne
souffrait guère la présence d'un missionnaire français
dans un pays qui lui était soumis et sur la demande du
nonce de Belgique, les supérieurs le rappelèrent en
France, quoiqu'il eût bien mérité de la foi catholique,
ayant converti nombre d'hérétiques et d'apostats.
En 1661, il fut élu prieur du couvent d'Amiens, et en
! 1662, envoyé par le chapitre général comme prieur au
couvent de Malte, où il mourut le 27 oct. 1662.
Le P. César nous a laissé différents écrits : 1° Des
relations sur la mission de Hollande : Relalio missionis
Hotlandicae, 1647, en latin, expose les difficultés que
les missionnaires ont rencontrées de la part de l'ordre
et des supérieurs dans l'établissement de la mission;
aux Archives générales, 274 d; Mémoires concernant
ma mission en Hollande, 1643-52, en français; aux
Archives générales, 274 c; De di/ficultatibus quas
paiitur in missione Hollandica P. Fr. Caesarius a
S. Bonaventura..., 1656, relatant les difficultés subies
de la part de la marquise de Francoso, dite communé-
ment princesse de Portugal, et du légat du roi d'Es-
pagne; aux Archives générales, 274 d; Des préten-
tions de Madame la marquise de Francoso..., diverses
relations écrites vers 1657, soit en latin soit en fran-
çais, sur les difficultés suscitées par cette marquise;
aux Archives générales, 274 g. — 2» Des ouvrages de
théologie mentionnés par Martial de Saint-Jean-Bap-
tiste et Cosme de Villiers.
Louis de Sainte-Thérèse, Histoire de la mission des Carmes
Déchaussés de la province de Paris en Hollande, dans Études
carmélitaines, m, 1913, p. 570-91; iv, 1914-19, p. 51-74,
205-24, 390-406; v, 1920, p. 86-120, 256-68, d'après le
ms. L 932 n. 8 des Archives nationales de Paris : le ms.
n'est pas signé, mais il ressort du ch. ii qu'il est l'ouvrage
du P. Louis; il contient 34 chapitres dont les ch. ii-xix
sont consacrés à l'œuvre du P. César. — Martialis a
S. Joanne-Baptista, Bibliotheca scriptorum utriusque
congregationis et sexus Carmelitarum Excalceatorum, 1730,
p. 64. • — Cosme de Villiers, Bibliotheca Carmelitana, 1752,
i, 306-07. — Blasius a Purificatione, Storia delta nostra
Missione in Inghilterra, Hibernia e Ollanda, P. 111; aux
Archives générales, 277. — Ambrosius a S. Teresia, Nomen-
clator missionariorum ordinis Carmelitarum Discalceatorum,
1944, p. 82-83.
Melchior de Sainte-Marie.
199
CESARE — CÉSARÉE
200
CESARE (Bonaventure-Amédée de), théolo-
gien conventuel (xviiie s.)- Voir D. T. C, ii, 2186.
1. CÉSARÉE, évèché de BITHYNIE, dépen-
dant de Nicomédie. Césarée n'était qu'une simple
bourgade (iroÀixvTi), qui portait aussi les noms de
SmjTalia (Z^upécXeiot), de Smyrdiané (Z^upSiavii) et
de Germanicopolis. Son identification n'est pas encore
certaine. Tournefort la plaçait au nord-ouest de
Brousse, ainsi que Kiepert (Forma orbis antiqui,
p. ix). W. Ramsay (As/a Minor, 180) précise qu'il
faut la chercher sur la côte, entre Apamée (Mouda-
nia) et Dascylion (laskil). On pense aujourd'hui
qu'elle occupait le site de Bademkôy.
Malgré son peu d'importance, Césarée de Bithynie
possédait un évèché dès le iii^ s. On en a la preuve
dans le récit du martyre de S. Thyrse et de ses compa-
gnons, sous Dioclétien. Il y est dit que l'évêque de
Césarée de Bithynie était Philéas, qui se cachait par
crainte des persécuteurs (P. G., cxvi, 517 C). — Rufus
prit part au concile de Nicée (325) (H. Gelzer, Patrum
Nicaerwrum nomina, Leipzig, 1898, p. lxiv). — Paul
assista à celui de Constantinople en 518 (Mansi,
vni, 1050 A). — Jean fut un des membres du concile
réuni en 536 par le patriarche Ménas (Mansi, viii,
878 D, 927 E, 935 E, 950 B, 974 A, 978 B, 1147 B). —
Théodose eut, le 24 août 655, une longue controverse
sur les deux volontés dans le Christ avec S. Maxime le
Confesseur, exilé à Bizya (P. G., xc, 135-60). — Théo-
dore prit part au sixième concile œcuménique en 681,
mais seulement à partir de la xvi» session (Mansi,
XI, 602 A, 628 D, 649 B, 677 B). — Constantin fut un
des Pères du second concile de Nicée (787) (Mansi,
XII, 995 D, 1102 E; xiii, 145 A, 369 B, 389 D). —
Théophile participa au concile de 879 qui réhabilita
l'hotius (Mansi, xvii A-xviii A, 376 E).
On ne connaît que ces huit titulaires et l'on ignore à
quelle date l'évêché lui-même disparut. Ce fut proba-
blement vers la fm du xi" s. ou au cours du xii",
lorsque les Turcs dévastèrent la région.
Le titre de Césarée de Bithynie n'a pas encore été
conféré dans l'Église romaine. Il est vrai qu'il ne
figure dans les listes de la Consistoriale que depuis
1923. Les évêques latins du titre de Césarée de Bithy-
nie indiqués par Lequien (m, 1021-24) appartiennent
à Césarée de Palestine.
Lequien, i, 627-28. — Caesarea, dans Real-Encyclopàdie
Pauly-Wissowa, m, 1288-89. — Kaiaàpeia, dans MeyàXri éAXTi-
viKf) ÉyKUKAoTTaiSsia, xiii, 496.
R. Janin.
2. CÉSARÉE, métropole civile et religieuse de
la CAPPADOCE. Le nom primitif de la ville était Ma-
zaca, à cause de Mosoch, héros légendaire qui passait
pour l'ancêtre des Cappadociens. La ville fut aussi ap-
pelée Eusebeia, peut-être à cause du roi Ariarathe
Eusébès. Elle porta celui de Césarée depuis le règne de
Tibère. Elle était bâtie au pied du mont Argée, à
1 100 m. d'altitude, sur un plateau ondulé formé de
cinq collines qui se trouve au sud-ouest de la ville ac-
tuelle de Kaysariè. Elle existait déjà du temps des
Hittites et fut la capitale des rois de Cappadoce.
Tigrane III, gendre et allié de Mithridate le Grand, la
prit d'assaut et en emmena les habitants, ainsi que
d'autres Cappadociens, pour peupler la ville de Ti-
granocerte qu'il venait de fonder. Lorsque les Ro-
mains s'emparèrent de cette dernière, une bonne par-
tie des gens de Mazaca retournèrent dans leurs foyers
(69 av. J.-C). Après la mort d'Antiochus III, roi de
(^omagène, qui possédait la Cappadoce, l'empereur
'fibcre réduisit celle-ci en province romaine et lui
donna pour capitale Mazaca, qu'il appela Césarée. Ce
fut une ville importante, située sur la route qui
conduisait de la côte occidentale de l'Asie Mineure et
de Constantinople jusqu'en Perse. Zonaras (Annales,
XII, 23) prétend qu'elle n'avait pas moins de 400 000
habitants lorsque Sapor V", roi de Perse, s'en empara
sous Valérien (260). Ce nombre paraît exagéré, étant
donné l'aire dans laquelle on a pu constater des ruines
certaines de l'antiquité gréco-romaine; encore une
partie de celles-ci appartiennent-elles à la ville nou-
velle que S. Basile construisit en dehors de l'ancienne
pour y abriter ses œuvres de bienfaisance. Justinien
répara les murs de Césarée, mais il en restreignit
l'étendue (Procope, De aedif., v, 4). La ville fut
constamment la capitale de la Cappadoce. Lorsque
l'empereur Valens divisa la province en deux, elle
demeura capitale de la Cappadoce I"'. Elle déclina
en même temps que l'empire byzantin et fut prise par
le sultan seidjoukide Alp-Arslan en 1064; la popula-
tion fut en grande partie massacrée. Les Seldjou-
kides construisirent au nord-est de l'ancienne ville une
forteresse pour abriter la population musulmane et les
chrétiens demeurés dans le pays. Les Mongols la
prirent en 1243 et elle finit par tomber aux mains des
Turcs osmanlis qui la détiennent encore. Elle fut le
théâtre du massacre des Arméniens, le 30 nov. 1895.
Elle compte actuellement 46 491 habitants (1935),
tous musulmans, sauf quelques centaines d'Armé-
niens. Quant aux 1 500 Grecs qu'on y trouvait encore
vers 1920, ils durent quitter le pays pour se réfugier
en Grèce à la suite de l'échange des populations or-
donné par le traité de Lausanne (25 juill. 1923). Il ne
reste plus grand'chose de la ville ancienne, car les
habitants extraient depuis longtemps tous les maté-
riaux utilisables pour des constructions nouvelles.
Il est probable que le christianisme pénétra à Césarée
dès les temps apostoliques, puisque S. Pierre s'adresse
aux habitants de la Cappadoce qui ont embrassé la
nouvelle foi (I Petr. , i, 1). Cependant les traditions qui
concernent ce fait sont nettement légendaires et la
liste des premiers évêques sujette à caution. La ville
compta de nombreux martyrs, dont plusieurs furent
l'objet d'un panégyrique de S. Basile, comme S. Ma-
mas ou Mammès, S. Gordius, Ste Julitte. Le plus
connu de ses enfants est sans contredit S. Basile, doc-
teur de l'Église et père du monachisme oriental; il fut
imité par plusieurs membres de sa famille, son frère
S. Grégoire de Nysse, sa sœur Ste Macrine, etc., que
l'Église a également canonisés.
Césarée joua un rôle assez important dans l'Église
orientale jusqu'au moment où Constantinople acca-
para la primauté. L'influence de S. Basile y fut pour
beaucoup, mais avant lui les évêques de Césarée exer-
çaient une véritable juridiction sur tout le diocèse ou
gouvernement du Pont, qui comprenait plus de la
moitié de l'Asie Mineure. C'est ainsi que S. Léonce
participa à la fondation de l'Église d'Arménie vers la
fin du iii« s. Cf. art. Arménie. Des conciles se tinrent à
Césarée, surtout à propos de l'arianisme, en 317, 358,
371, etc. Lorsque Constantinople fut devenue sans
conteste la tête de l'Église byzantine, Césarée conserva
la première place ai)rès elle dans la hiérarchie ; son
évêque était TrpcoTÔÔpovoç du patriarcat. II l'est resté
jusqu'à nos jours.
L'établissement des Turcs en Cappadoce dès la fin
du xii" s. accéléra la décadence de l'Église de Césarée.
Le régime des Seidjoukides fut en général assez tolé-
rant, mais celui des Osmanlis devint souvent tracas-
sier. Aussi nombre de chrétiens passèrent-ils à l'isla-
misme, poussés par l'intérêt ou par le manque d'une
véritable conviction religieuse. Au xix'' s., il se pro-
duisait un assez fort mouvement d'émigration qui dis-
persa beaucoup de fidèles dans les villes commer-
çantes, comme Constantino|)le et Smyrne, ou les ports
de la mer Noire. Aussi, bien que l'cparchie s'étendît
sur trois vilayets ou i)rovinces, son importance numé-
201
CÉSARÉE
202
rique était assez faible. Au début du xx« s., elle ne
comptait que 40 000 âmes environ, avec 90 prêtres,
répartis très inégalement entre une cinquantaine de
localités parfois très éloignées les unes des autres,
A. M. Lébidès, 'H nr|TpÔTToAis Kaiaapefaç KaTnra-
5oK(otç, dans 'HuepôAoyiov tcSv êôvikwv çiAotvQpco-
■mKwv KOTaoTTiiiâTCOv, Constantinople, 1905, p. 122-
55. Le métropolite ne résidait pas dans la ville même
de Césarée, mais près dé là, au monastère de S. -Jean-
Baptiste situé à Zincidere. Le couvent possédait
depuis 1882 une école théologique avec une centaine
d'élèves; elle formait des curés de campagne et des
instituteurs.
Malgré sa décadence irrémédiable, Césarée conserva
pendant longtemps une certaine influence sur les
affaires ecclésiastiques de l'Asie Mineure. C'est ainsi
qu'en 1327, le patriarche Isaïe et son synode lui
confièrent le soin des métropoles de Sébaste d'Armé-
nie, d'Euchaïte, d'Iconium et de Mocissos et de l'ar-
chevêché de Nazianze, dont les sièges étaient souvent
vacants (Miklosich et Muller, Acta et diplomata graeca
medii aevi, i, 143-44). Vers 1365, le saint synode
renouvelle le même geste pour les métropoles de
Tyane, de Mocissos, de Sébaste et d'Iconium et pour
l'archevêché de Nazianze (ibid., 468). — Même décla-
ration en nov. 1370 pour les métropoles de Tyane et de
Mocissos alors vacantes (ibid., 537). Cependant Mo-
cissos venait de recevoir un titulaire dans la per-
sonne de Joannice, évêque de Nysse. Le 20 nov. de la
même année, le saint synode chargea Joannice, con-
jointement avec le métropolite de Césarée, de remettre
de l'ordre dans l'éparchie d'Iconium, où un moine du
nom de Tagaris s'était arrogé les droits épiscopaux et
avait fait de soi-disant ordinations (ibid., 537-38).
Notons qu'en cette même année 1370 la métropole de
Nazianze fut unie à celle de Césarée (ibid., 536).
La liste des titulaires grecs de Césarée de Cappa-
doce est assez fournie, puisqu'elle renferme plus de
cent vingt noms, mais elle est loin d'être complète. Les
lacunes les plus considérables se rencontrent aux vii« et
viii« s. et du XI» au xvi^. Les trois premiers sont pure-
ment légendaires : Primianus ou Longin, qui ne serait
autre que le centurion qui perça le côté de Notre-
Seigneur sur le Calvaire, Apollo et Épaphrodite, tous
deux disciples de S. Paul. La série vraiment historique
commence avec Théocrite, vers 160. — Alexandre,
170-211. — Firmilien I", 235-56. — Théoctiste, 258. —
Firmilien II, 269. — Léonce I", 285. — Agricolatis,
314. — Eusèbe I", 315-20. — Léonce II, 325. —
Eusèbe II, 335. — Dianius I", 336. ~ Eusèbe III,
340. — Eulalius ou Eulabius, 341. — Hermogène, 341.
— Dianius II, 341-62. — Eusèbe IV, 362-70. — S. Ba-
sile le Grand, 370-79. — Héraclide, 379-80. — Hella-
dius, 380-96. — Pharétrius, 396-404. — Archélaûs,
404-31 . — Firmus, 431 -40. — Thalassius I", 440-51 . —
Alepius, 458. — Thalassius II, 469. — André, 485. —
Alype, 513. — Aréthas I", 518. — Élie, vers 530. —
Sotérius, 535-37. — Théodore I", 538-50. — Aré-
thas II, 550. — Sotérichus, 553. — Théocrite, vers
560. — Philalèthe, 681. — Cyriaque, 691. — Agapius,
783, 787. — Nicolas, 806. — Thomas, 812. — Eusché-
mon I", 857-59. — Euthyme, qui fut créé par Pho-
tius, vers 865. — Paul, 867. — Procope, 879-80. —
Théophane I»', 886. — K;uschémon II, 889. — Aré-
thas III, 910. — Basile II, 912-18. — Théophane II
Chœrinos, 928-33. — Ba.sile III, 933-?. — Aréthas IV,
945. — Eusèbe V, 9.50. — Basile IV, 9.50-80. —
?, 1066 (Mansi, xix, 1044 C). — ?, 1067 (ibid., 1060 B).
— Cosmas, ?-1084. — Étienne I", 1084-?. — Abram
Chrysos, xi«-xii« s. — Constantin, 1143-47. — Ma-
caire I", vers 1150. — Étienne II, 1156, 1166, 1171,
1177. — ?, 1186. — Démétrius, 1190, 1192. — Mé-
trophane I", 1242?-1260?. — Basile V Caranténos,
cet. 1352, déposé en 1363. — Méthode, 1365, 1368. —
Athanase, vers 1370. — Euthyme II, 1378. — Arsène,
1440, 1443. — Agapius, vers 1450. — Métrophane
II, 1545-49, nommé patriarche de Constantinople
en 1565. — Macaire II, sept. 1560. — Joasaph, 1574,
1575. — Pachôme Pachestos, ?-22 févr. 1584. —
Euthyme III, 22 févr. 1584-?. — Métrophane III,
1588. — Denys, vers 1600. — Grégoire I", 1606-23. —
Germain I", sept. 1623, élection annulée. — Mélèce,
sept. 1623-t 1624. — Grégoire, pour la deuxième fois,
1624-27. — Métrophane IV, juin 1627-déposé le
8 juin 1630. — Isaac, 8 juin 1630-37?. — Épiphane,
1637. — Grégoire II, 1637. — Anthime I", 1639. —
Zacharie, nov. 1642, démissionne en août, déposé en
déc. 1649. — Païsius I", févr. 1647. — Anthime II,
déc. 1649, déc. 1653. — ?, démissionne en 1663. —
Néophyte, 1671. — Grégoire III, 1672, déposé le
5 oct. 1674. — Germain II, 5 oct. 1674, déposé en
mai 1676. — Parthénius I", 1678. — Anthime III,
1702. — Cyprien, ?-25 oct. 1707, patriarche de
Constantinople. — Jérémie, nov. 1707-25 mars 1716,
patriarche de Constantinople. — Néophyte, 1716-
27 sept. 1734. — Parthénius II, 1734-52?. — Por-
phyrius, 1752. — • Gérasime, vers 1760. — Païsius II,
1760?-64. — Macaire III, 1765?-72?. — Grégoire IV,
1773-96. — Léonce III, juill. 1796, démissionne en
oct. 1801. — Païsius III, 1801-04?. — Philothée,
1804?-t 1816. — Mélétius, 1816-t 1817. — Joannice,
juin 1817-mort en prison en 1823. — Chrysanthe,
1823-oct. 1830. — Gérasime Domnénos, oct. 1830-
démissionne en mai 1832. — Païsius IV, mai 1832-
t 30 janv. 1871. — Basile VI, avr. 1871, élection an-
nulée. — Eustathe Cléoboulos, 30 sept. 1871-t 25 janv.
1876. — Méthode, 28 janv. 1876-t 12 mai 1878. —
Jean Anastasiadès, 21 mai 1878-t 28 avr. 1902. —
Gervais Sarantès, 7 mai 1902-16 mars 1910. — So-
phrone Nestopoulos, 27 mars 1910-déposé en avr.
1911. — Ambroise Staurinos, 28 avr. 1911, en dispo-
nibilité le 13 févr. 1914. — Nicolas Saccopoulos,
13 févr. 1914-22 févr. 1927. — Callinique Délicanès,
28 juill. 1932-t 11 janv. 1934. Depuis 1922, la métro-
pole de Césarée est purement titulaire.
Outre la métropole grecque, la ville de Césarée de
Cappadoce possédait depuis le Moyen Age un arche-
vêché arménien grégorien ou dissident, qui comptait
environ 30 000 fidèles au début de ce siècle. Elle avait
aussi, depuis le 30 avr. 1850, un évêché arménien
catholique, avec 1 500 fidèles seulement et 4 prêtres.
Cet évêché n'a eu que quatre titulaires : Jean Has-
gian, 2 juill. 1850-t 8 mai 1880. — Paul Emmanue-
lian, 26 août 1881-élu patriarche de Cilicie le 24 juill.
1899. Mathieu Sislian, 28 août 1901-t 1911. — An-
toine Bahabanian, élu le 1" oct. 1911, t 26 nov. 1938,
retiré en Avignon. On trouvait aussi à Césarée un
millier de protestants, presque tous d'origine armé-
nienne. Les Pères jésuites dirigeaient une école flo-
rissante, et les Sœurs de S. -Joseph de l'Apparition,
une école et un orphelinat. Toutes les œuvres chré-
tiennes ont disparu. Les Arméniens grégoriens ont
encore un prêtre à leur service, mais les Arméniens
catholiques, très peu nombreux du reste, sont presque
complètement abandonnés à cause de l'impossibilité
de leur envoyer un prêtre.
Ce n'est guère qu'au xix"" s. que le titre de Césarée de
Cappadoce a été conféré de façon indubitable dans
l'Église romaine. Les prélats indiqués par Lequien
(m, 877-78) comnje ayant été nommés à ce siège ap-
partiennent très probablement à l'une ou l'autre des
Césarées de Palestine ou de Philippe. La liste des titu-
laires certains ne comporte qu'une demi-douzaine de
noms : Dieudonné Bosvigian, 1800, abbé général des
Mékhitaristes de Venise. — Joseph Graniello, 11 juill.
1892-29 mars 1893, nommé cardinal. — Antoine Bu-
203
CÉSARÉE
204
glione, 11 sept. 1894-18 oct. 1896, coadjuteur à i
Conza. — Justin Adami, 13 janv. 1898-t 13 déc. 1906.
— Auguste Sili, 22 déc. 1906-15 déc. 1919, nommé
cardinal. — Vincent Pulisic, 2 avr. 1922-t 6 févr. 1936.
— Eugène Grellier, 18 juin 1936, ancien évêque de
Laval, t 13 févr. 1939. — Joseph Misuraca, élu le
2 juin. 1941, nonce au Vénézuéla.
Lequien, i, 351-90; m, 877-78. — Ch. Texier, Description
de l'Asie Mineure, ii, éd. 1862, p. 538-44. — V. Cuinet,
Turquie d'Asie, i, 304-15. — Smith, Dictionary of Greek
and Roman Geography, i, 469. • — - Caesarea, dans Jîeal-
Encyclopâdie Pauly-Wissowa, m-A, 1289-90. — • N. Mos-
chopoulos, KaiCTiipEia Kan-rraSoKiaç, dans MEyàATi êXXT|vlK^l
ÉyKUKAoïraiSEia, xiii, 495-96. — A. -M. Lébidès, 'H Mr|Tp6iT0-
AiS KaiCTopEias KaTriraSoKiaç, dans 'HuEpoAoyiou tûv èOviKcov
(piXocvôpcùTTiKcôv KOTaoTrinàTcov, Constantinople, 1905, p. 122-
55. • — ■ G. Bernadakis, Notes sur la topographie de Césarée
de Cappadoce, dans Échos d'Orient, xi, 1908, p. 22-27. —
Une liste des titulaires grecs, assez incomplète et fausse
sur plus d'un point, a été publiée par Anthime Alexoudès,
métropolite d'Amasée, dans 'AvaToXiKo; 'Aori^p, 1891,
p. 39-40.
R. Janin.
3. CÉSARÉE de MAURÉTANIE, Cherchel. —
I. Sommaire historique. — Située à 96 km. à l'ouest
d'Alger, au bord de la mer, l'actuelle Cherchel occupe
l'emplacement d'une ancienne échelle punique, loi,
que mentionne pour la première fois le Périple dit de
Scylax, au milieu du iv« s. av. J.-C. (111, Geogr. gr.
min., éd. C. Millier, i, 90). Tombée au cours du second
siècle aux mains de princes indigènes, elle devint la
résidence d'un roi Bocchus, sans doute Bocchus II
(38-33 av. J.-C.) (Solin., xxv, 16). Mais ce fut Juba II
(25 av. J.-C. -23 ap.) qui fit d'une simple regia une
véritable capitale à laquelle il donna en l'honneur de
l'empereur le nom de Caesarea (Strabon, XVII, m, 12;
Pomp. Mêla, I, vi, 30; Pline, H. N., V, ii, 20; Eutr..
VII, X, 3). Sa faveur en assura le développement éco- '
nomique et fit d'elle un foyer d'hellénisme. Lorsque,
en 40 ap. J.-C, Caligula eut fait assassiner le roi Pto-
lémée, Césarée devint la capitale de la nouvelle pro-
vince de Mauretania Caesariensis et fut élevée au
rang de colonie sous le règne de Claude (Pline, H. N.
V, II, 20).
C'est, à l'époque impériale, l'une des principales
cités nord-africaines. Elle s'est entourée, depuis le mi-
lieu du i»'' s., d'une enceinte de près de 7 km. qui en- |
ferme un « espace de 370 hectares couverts d'habita-
tions plus on moins denses et de jardins ». La partie
centrale de la ville antique est malheureusement oc-
cupée par la ville moderne et seules les statues et mo-
saïques qui forment les remarquables collections du
Musée témoignent vraiment de la splendeur de la cité
morte dont quelques inscriptions attestent par ailleurs
la prospérité. Les ruines, assez décevantes, à l'excep-
tion d'un théâtre transformé en arènes (au iv s.'?) et de
thermes montrent que la ville s'allongeait en plaine
sur une largeur d'environ 400 m. le long de la côte et
s'étendait sur les premières collines qui la limitent
vers le sud. De l'amphithéâtre, situé à l'est de la ville
et où, peut-être, Ste Marcienne fut martyrisée, il ne
subsiste que des restes assez informes.
La décadence de Césarée commença sans doute au
moment où la création de la Sitifienne par Dioclétien
diminua l'étendue de son ressort. Mais ce fut la
révolte de Firmus qui la précipita (Orose, VII, xxxin,
5; Ammien, XXIX, v, 17. 19 et 42; Symmaque,
Epist., I, 64). En 371 ou 372, la viUe fut prise par le
rebelle et incendiée. On déblaya les ruines et l'on
pansa les plaies comme on put. Bien qu'on n'en ait pas
la preuve absolue, on peut croire que la ville fut occu-
pée, au moins temporairement, par les Vandales. Elle
le fut, en tout cas, par les Byzantins (Procope, Bell.
Vand., II, V, 5 et xx, 32) qui en firent la capitale de la
I Maurétanie seconde (Procope, op. cit., II, xx, 31;
C. J., I, 27, 2, la). Mais pour cette période de son his-
toire, on ne sait à peu près rien d'elle. A partir de la
conquête arabe, elle ne joue plus de loin en loin qu'un
rôle épisodique. Dès le x^ s., elle était, semble-t-il,
déjà en ruines (Ibn Hawqal, trad. de Slane dans
Journ. Asiat., 3* série, xiii, 1842, p. 184; al-Bakrî,
trad. de Slane, 2"^ éd., p. 165; al-Idrîsî, trad. Dozy et
Goeje, 103).
II. Le christianisme a Césarée. — On ignore à
quelle date le christianisme fit son apparition à Césa-
rée, mais divers indices permettent de penser que ce
fut assez tôt (sans doute dès le ii"^ s.). La nouvelle reli-
gion est en effet attestée dans la petite ville voisine de
Tipasa dès 238 (C. /. L., vni, 9289/20856); l'ancre
figure sur quatre documents découverts à Cherchel
(P. Gauckler, Musée de Cherchel, 35-36; S. Gsell,
Cherchel, 1269-70; L. Leschi, dans Bull. arch. du Corn.,
1932-33, p. 311-12); enfin on peut présumer que la
colonie juive (cf. Passio Marcianae, 4 et 6) n'était pas
sans rapports avec l'Orient.
La persécution y sévit, mais le détail n'en est guère
connu. Certains martyrs sont pour le moins suspects,
tels Victor, honoré le 26 août (J. de Guibert, S. Victor
de Césarée, dans A. Boll., xxiv, 1905, p. 257-64), a ren-
contré l'incrédulité de S. Gsell, Cherchel, 1270-71 et de
P. Monceaux, Hist. lilt., m, 158, n. 13. J'accepterais,
au contraire, pour ma part, de voir en ce Victor un
martyr de Césarée. Cf. B. de GaifTier, dans A. Boll.,
Lviii, 1940, p. 82 et lx, 1942, p. 8) et surtout Arca-
dius, honoré le 12 janv. (A. Audollent, art. Arcadius,
dans D. H. G. E., m, 1485-87). D'autres sont plus
sûrs : Theodota et ses sept fils (Mart. Hier., 2 août, éd.
Rossi-Duchesne, 100), Severianus et sa femme Aquila
(Mart. Hier., 23 janv., éd. Rossi-Duchesne, 12; cf.
A. Audollent, art. Aquila, n. 4, dans D. H. G. E., m,
i 1110-11) et Marciana (Mart. Hier., 11 juill., éd. Rossi-
Duchesne, 90) dont on possède une passio (A. S.,
9 janv., I, 569) qui contient des éléments de valeur
assez diverse. Malheureusement aucun de ces mar-
tyres ne peut être situé avec quelque sécurité dans le
temps. Seul celui du vexillifer Fabius {Passio dans
A. Bail., IX, 1890, p. 123-34; cf. P. Monceaux, Hist.
litt., III, 123-26 et P. Franchi de' Cavalieri, Note agio-
grafiche, viii, n. 10, dans Studi e Testi, Lxv) peut être
î placé en 293, 299, 303 ou 304, sans qu'on ait de très
bonnes raisons de préférer l'une à l'autre de ces quatre
dates. En d'autres termes, nous ne sommes assurés de
la persécution à Césarée que pour la seule époque de
Dioclétien.
Il est vraisemblable que la cité eut des évêques anté-
rieurement à la paix de l'Église, mais il n'est pas pos-
sible de le démontrer. Une inscription nous fait con-
naître un certain Evelpius dans lequel on a voulu voir
un évêque (C. /. L., viii, 9585). La chose n'est pas
certaine (cf. S. Gsell, Cherchel, 1275-77 sur les diffé-
rentes interprétations dont le texte est susceptible).
Mais, dans le cas même d'une conclusion affirmative,
devant laquelle j'hésite pour ma part, il n'est pas per-
mis de dire que ce personnage ait dirigé l'Église de Cé-
sarée antérieurement au règne de Constantin, comme le
fait le P. Mesnage {L'Afrique chrétienne, 448). Un autre
texte (C. /. L., viii, 21418) très mutilé, porte
Cresce[n]s filoft[lus] (= filio eius? E. Diehl, Inscrip-
tiones, 1107 a) I episclopus]. La restitution est trop
conjecturale pour qu'on puisse inscrire ce personnage
sur nos fastes épiscopaux. Un sacerdos dont le nom est
inconnu {[Secun]dus? ) doit probablement y figurer.
Mais le texte qui nous le révèle (C /. L., viii, 9412/
21417) peut être daté soit de 368 soit de 468. Il n'est
donc pas possible de déterminer quelle place il y
occuperait. Si donc on laisse de côté l'évêque dona-
tiste Emeritus, contemporain de S. Augustin, nous ne
205
CÉSARÉE
206
connaissons que quatre évêques de Césarée : Fortuna-
tus, qui assista au concile d'Arles de 314 (Mansi, ii,
477); Clemens, vers 380 (Symmaque, Epist., i, 64);
Deuterius, qui assista au concile de Carthage de 411
(Mansi, iv, 266); Apocorius. qui assista au concile de
Carthage de 484 (Not. M. C, n. 21). Ajoutons que
(lésarée (KaiCTàpeia) est mentionnée encore parmi les
évèchés au début du vin« s. (6p6vos 'AAeÇavSpîvoç.
dans Hyz. Zeitschrift. ii, 1893, p. 26), et qu'elle eut en-
fin des évêques titulaires de 1652 à 1884 (liste dans
Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrét., Mauréta-
nies, 29-30).
L'information relative aux monuments chrétiens de
Cherchel est des plus pauvres. 1,'ecclesiu maior dans la-
quelle parla S. Augustin (Gesta cum Emerito, 1) n'est
connue que par les textes et on en ignore l'emplace-
ment. On a voulu voir une chapelle dans un ensemble
de ruines situé à l'ouest de la ville (S. Gsell, Atlas, iv,
16, 42). Mais ce n'est pas sûr. Sans doute convient-il
d'ajouter la cella que mentionne C. /. L., viii, 9585,
aujourd'hui disparue et qui s'élevait, peut-être dès le
s., dans une area cémétériale, à l'ouest de la ville
(S. Gsell, Atlas, iv, 16, 54) où ont été trouvées les deux
plus intéressantes inscriptions chrétiennes de Cherchel
(C. /. L., vm, 9585 qui concerne peut-être (?) le mar-
tyr Severianus et 9586 qui mentionne un accubito-
rium). Trois autres cimetières chrétiens ont été identi-
fiés, l'un à l'ouest (S. Gsell, Atlas, iv, 16, 47) et deux à
l'est (ibid., iv. 16, 56 et 57). Mais au total l'épigraphie
chrétienne de Cherchel est pauvre, une trentaine
d'inscriptions peut-être sur un total de plus de huit
cents et le sol n'a guère livré que des fragments de sar-
cophages, des lampes et de menus objets (S. Gsell.
Cherchel, 1278-81).
Nous n'en savons pas beaucoup plus sur les hommes
que sur les choses. Presque rien sur les fidèles, les
Iratres ou cultores Verbi comme se dit l'un d'eux
(C. /. L., viii, 9585). Deux prêtres seulement (Secunl-
dus qui devint ensuite évêque (C /. L., viii, 9412/
21417) et Victor (C. /. L.. viii, 9586); un diacre. Deute-
rius, qui assista au concile d'Arles (Mansi, ii, 477).
Aucune trace certaine de conciles, bien que la tenue en
apparaisse vraisemblable dans une métropole ( Gesta
cum Emerito, 1).
l,e donatisme se développa à Césarée connue dans la
plupart des villes africaines et son représentant, Kme-
ritus, un enfant de la ville, en fut un des jjrincipaux
champions au concile de Carthage en 411 (P. .Mon-
ceaux, Hist. litt., vu, 145-89). La querelle qui l'opposa
à S. Augustin est bien connue par l'œuvre de ce
dernier. Mais elle n'entre dans le cadre de l'histoire de
Césarée que par les épisodes qui marquèrent le séjour
qu'y fit, comme envoyé pontifical, l'évêque d'Hip-
pone dans l'automne de 418, en compagnie d'Alyi)ius
de Thagaste et de Possidius de Calama (Possidius,
Vita Augustini, 14; Augustin, De gestis cum Emerito,
passim; Contra Gaud., i, 14 [15]; De doctrina christ.,
IV, XXIV, 53; Retract., ii, 77 (51); Epist., c.xc, 1 et
c.xciii, 1 ; Sermo ad Caesariensis Ecclesiae plebem).
Une rencontre eut lieu entre les deux hommes le
1 8 sept. ; un colloque solennel, le 20. A son issue, Eme-
ritus, inimicus et mutas (Contra Gaud.. i, 14 [15]),
s'exila, demeurant fidèle à sa foi dont les dernières
traces ne durent pas tarder à disparaître à Césarée.
En tout cas, aucun document n'en atteste la survie.
La meilleure étude d'ensemble demeure celle de S. Gsell,
Promenades archéologiques aux environs d'Alger, Paris,
1926, p. 7-83, avec bibliographie sommaire, p. 161-62, à
laquelle on se reportera pour les travaux anciens. —
H. Dessau, art. Caesarea, n. 14, dans Real-Encycl., m,
1294-95. — S. Gsell, art. Cherchel, dans D. A. C. L., m,
1269-81 (excellent); Id., Atlas archéologique de l'Algérie,
feuille IV, n. 16 (1902), avec quelques additions (1911). —
Informations nombreuses mais éparses, dans P. Monceaux»
Hist. litt. de l'Afrique chrétienne, 7 vol., Paris, 1901-23.
■ — J. Mesnage, L'Afrique chrétienne, évêchés et ruines
antiques, Paris, 1912, p. 447-50. — P. Gauckler, Musée de
Cherchel, Paris, 1895. — M. Durry, Musée de Cherchel, sup-
plément, Paris, 1924. Ces deux derniers ouvrages dans la
Collection des musées de l'Algérie et de la Tunisie. — Parmi
les travaux récents aucun ne concerne le christianisme,
sauf L. Leschi, Vestiges du christianisme antique dans le
départ. d'Alger, dans l'Algérie catholique, déc. 1936, p. 13-
32. — M. Durry, Valeur de Clierchel, dans Ann. de l'Inst.
des Hautes-Études de Gand, i, Gand, 1937, p. 111-23. —
J. Bérard, Noie sur les aqueducs antiques de Cherchell, dans
Reu. afric, lxxv, 1934, p. 417-25. — J. Meunier, Les fortifi-
cations de Césarée et la porte de Zucchabar, dans Rev. afr.,
Lxxxvi, 1942, p. 179-94 et surtout P.-M. Duval, Cherchel et
Tipasa. Recherches sur deux villes fortes de l'Afrique romaine,
dans la Bibliothèque archéologique et historique, xLiii, Paris,
1946 (très important; plan détaillé). — Sur les mosaïques:
A. Bruhl, Mosaïques de la légende d'Achille à Cherchell,
dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, xlviii, 1931, p. 109-
23. — J. Bérard, Mosaïques inédites de Cherchel, dans
Mélanges d'archéologie et d'histoire, lu, 1935, p. 113-42;
Id., Un triomphe bachique sur une mosaïque de Cher-
chel, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire, lui, 1936,
p. 151-65. — Fr. Cumont, Une mosaïque de Cherchel figu-
rant Ulysse et les Sirènes, dans C. R. de l'Acad. des
Inscr., 1941, p. 103-09. — Épigraphie : J. Carcopino, La
reine Urania de Maurétanie, dans Mélanges F. Grat, i,
Paris, 1946, p. 31-38 — L. Leschi, La carrière de Marcius
Turbo, préfet du prétoire d'Hadrien, dans C. R. de l'Académie
des Inscriptions, 1945, p. 144-62.
(>H. Courtois.
4. CÉSARÉE de NUMIDIE. Comme la Mau-
rétanie césarienne, la Numidie possédait une Eccle-
sia Caesariensis, puisqu'un Domnicus Caesariensis
est nommé le 47'' sur la liste des évêques numides
dans la Notice de 484, Nol. Prov. et Civil. Africac,
Numidie, 17; Victor de Vite, éd. Petschenig, 121;
P. L., Lviii, 270, 302, avec indication de son sort par
l'abréviation prbt. Rien n'a encore révélé l'empla-
cement de cet évcché, qui ne paraît [)as pouvoir être
confondu avec Caesariana, dont la conférence car-
thaginoise de 411 (Gest. coll. Carlh., i, 188-89; P. L.,
XI, 1331) met en scène l'évêque donatiste Cresconius
avec, comme rival, un prêtre catholique, et dont
l'ethnique Caesarianensis, déformé en Caesaramensis
dans un ms. de la conférence (Codex biblioth. vatic.
Regin., 1032, cité par P. .Mesnage, L'Afr. chrét., Paris,
1912, p. 313), se rencontre encore dans les Acta Munati
Felicis (Gesta apud Zenophitum, dans V Appendix
d'Oplal), éd. Dupin, 168; éd. Ziwsa, 188.
Morcelli, l, cxxiv, 114-1.}. — Xot. dign., annot. p. 617,
644. — Gams, 464, 3. — De Mas-Latrie, dans Bull, de cor-
respondance africaine, 1886, p. 90; Trésor de chronologie,
Paris, 1889, p. 1870. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr.
chrét., Numidie, Rennes-Paris, 1894, xxvi, xxvii, p. 72-74.
— S. Gsell, Atlas arch., Alger, 1911, f. 17 : Constantine,
244. — P. Mesnage, op. cit., p. 406-07. — H. Jaubert,
Anciens évêchés de la Numidie et de la Sitif., dans Rec. de
Constantine, XLVi, 1912, p. 18-10, § 24 et 25.
J. I-'krron.
5. CÉSARÉE (le PALESTINE, ou CÉSA-
RÉE MARITIME (KaiCTàpeia rTapdÂios), mé-
tropole de la Palestine l"". La ville de ce nom fut fondée
par Hérode le Grand en l'honneur d'Auguste par
agrandissement de la bourgade phénicienne dite
ZTpÔTCOVOS riùpyoç, située entre .JafTa et CaifTa. Slra-
tonos Pyrgos existait déjà du temps d'.Alexandre le
Grand et devait |)robablement son existence au roi de
Sidon nommé Straton. Hérode mit douze ans à bâtir
une ville magnifique, avec un grand temple dédié à
Auguste, un théâtre, un amphithéâtre, un hippodrome,
un palais somptueux, un aqueduc, etc. Il la dota d'un
port comparable à celui du Pirée, abrité des vents du
Sud-Ouest par un môle fait de blocs énormes. Depuis
l'an 13 av. J.-C, Césarée fut la capitale de la Palestine
207
CÉSA
RÉE
208
et la résidence ordinaire des procurateurs romains et
des rois titulaires de la Judée Pline. (Hist., II, lxxix)
l'appelle caput Palestinae et dit qu'elle fut nommée
Colonia Prima Flavia par l'empereur Vespasien, qui y
fut proclamé empereur par ses troupes en 69. Sur les j
monnaies, elle est dite Colonia Prima Flavia Augusla
Caesarea.
En l'an 43 de notre ère, Hérode Agrippa mourait
subitement dans l'hippodrome de Césarée pendant
qu'on le proclamait dieu. En 57, à la suite de san-
glantes échaufîourées entre Juifs et Syriens, le gou-
verneur Florus massacra des milliers de Juifs et dé-
vasta leur quartier. Après la prise de Jérusalem (70),
Titus donna à Césarée des fêtes populaires pour célé-
brer sa victoire; des milliers de Juifs durent com-
battre contre les bêtes ou furent brûlés vivants. Plus
de 2 500 périrent à cette occasion. Sous Justinien, les
Juifs, alliés aux Samaritains, mirent à mort de nom-
breux chrétiens, brûlèrent leurs églises et tuèrent le
gouverneur (548). La répression fut impitoyable. Les
Perses prirent la ville en 612 et les Arabes en 633. Elle
resta possession musulmane jusqu'en 1101, date à la-
quelle Baudouin l", roi de Jérusalem, la prit d'assaut.
Il y trouva le calice devenu fameux dans les poèmes
du Moyen Age sous le nom de saint Graal. Césarée était
alors en partie déchue de son antique splendeur. Les
croisés la reconstruisirent, mais avec de moindres pro-
portions et la fortifièrent solidement. Tandis que la
ville romaine s'étendait sur une longueur de 4 milles,
celle des croisés ne mesurait que 550 m. sur 250. Elle
n'en joua pas moins un rôle important aux xii« et
xiii« s. comme place forte et comme port de ravi-
taillement du royaume de Jérusalem. Saladin s'en em-
para en 1187; les Francs la reconquirent en 1191 pour
la reperdre bientôt; Gautier d'Avesnes la délivra en
1217. Conradin la prit l'année suivante et en démolit
les murailles que S. Louis fit relever en 1251; Bibars
s'en rendit maître en 1265 et en entreprit la destruc-
tion qui fut achevée par le sultan Halil dit Malek el
Asfar. La ville resta déserte pendant six siècles et les
pierres servirent à bâtir les maisons et les remparts de
Jafïa, d'Acre, de Sidon et même de Beyrouth. En 1884,
le sultan Abdul-Hamid II y installa une colonie de
musulmans bosniaques dont la principale occupation
fut d'extraire et de vendre les pierres de la ville an-
cienne. Toutes les ruines n'ont cependant pas disparu.
On voit encore le vaste port restauré par les croisés, un
amphithéâtre qui pouvait contenir 20 000 specta-
teurs, des restes de canaux, d'aqueducs, un hippo-
drome avec un bel obélisque en granit rose, des colon-
nades, des restes de temples et de deux églises dont
l'une devait être la cathédrale des croisés.
C'est le diacre Philippe qui établit la première com-
munauté chrétienne à Césarée (Act., ix, 40); elle
n'était composée que de Juifs, mais S. Pierre ne tarda
pas à s'adresser aussi aux gentils, comme on le voit
par la conversion du centurion Corneille (Act., x).
S. Paul passa plusieurs fois par Césarée; il y fut amené
captif et y resta deux ans avant d'aller se faire juger à
Rome (Act., ix, 30; xviii, 22; xxi, 8; xxiii, 23; xxv).
La communauté fut très florissante jusqu'au vii« s.,
époque à laquelle elle souffrit beaucoup de l'invasion
des Perses (612) et de la conquête arabe (633-). Son
évêque fut pendant plus de quatre siècles le métropoli-
tain de toute la Palestine et exerça même sa juridic-
tion sur Jérusalem. La Ville sainte fut proclamée
patriarcat au concile de Chalcédoine (451) et Césarée
ne fut plus que la métropole de la Palestine l'^ avec le
titre de TrpcoTÔÔpovoç ou de premier en dignité
après le patriarche.
Plusieurs conciles se tinrent à Césarée, surtout au
temps de l'arianisme. Celui de 195 décréta que la fête
de. Pâques serait toujours célébrée le dimanche. La
ville compta de nombreux martyrs, particulièrement
pendant la persécution de Dioclétien. L'historien Eu-
sèbe, qui fut évêque de la ville, en parle longuement
(De marUjribus Palestinae, c. i, iv, vi, xi). Origène s'y
j retira vers le milieu du iii« s. et y composa la plupart
de ses œuvres exégétiques, entre autres les Hexaples,
dont le manuscrit se conservait dans la riche biblio-
thèque de l'évêché. Celle-ci ne disparut qu'au vu» s.,
détruite par les Perses ou les Arabes. L'école théolo-
gique fondée par Origène était célèbre dans tout
l'Orient. On y venait même de la province du Pont,
comme ce fut le cas pour S. Grégoire le Thaumaturge
et S. Basile. Un des meilleurs élèves d'Origène fut
Eusèbe Pamphile, qui devint évêque de la ville de 316
à 338. Pendant les croisades, Césarée fut métropole
latine avec dix suffragants.
Une tradition qui ne semble pas remonter plus haut
que le vi« s. prétend que les premiers évêques de Césa-
rée de Palestine furent le publicain Zachée, le centu-
rion Corneille, Théophile, puis Zachée II. On n'a de
données vraiment historiques qu'à partir de la seconde
moitié du ii<= s., et les premières sont transmises
par Eusèbe. Voici la liste des évêques connus par l'his-
toire : Théophile, vers 189 (Eusèbe, Hist. eccl., V,
xxii). — Théoctiste, vers 217, mort vers 258 (ibid.,
VI, xix; VII, v, xiv). — Domnus, vers 258 {ibid., VII,
xiv). — Théotecnus, vers 260, mort vers 303; il assista
au concile qui se tint à Antioche en 264 contre Paul de
Samosate (ibid., VII, xiv, xv, xxvii-xxx, xxxii). —
Agapius, vers 303(/6(d., VII, xxxii). — Agricolaus,312-
16; il prit part au concile d'Ancyre en 314. — Eusèbe
Pamphile, 316-28, l'historien bien connu; il fut l'un des
Pères du premier concile de Nicée (325) (H. Gelzer,
Patrum Nicaenorum nomina, p. xl, 62). — Acace, un
des chefs de l'arianisme, 338, 365-366; il fut déposé au
concile de Sardique (347), prit part à ceux de Milan
(355) et de Séleucie (359) et finit par revenir à l'or-
thodoxie (Socrate, Hist. eccl., III, ii, 40; IV, iv; Mansi,
m, 138 B, 321 A, 372 B). — Philumenus, Cyrille et
Euzoius, trois ariens, occupèrent le siège de 366 à 379,
date de la déposition d'Euzoius (S. Épiphane, De
haeresibus, 73, n. 37; S. Hieronymi, De scriptor. eccl.,
c. 113). Entre temps avait été nommé Gélase, neveu de
S. Cyrille de Jérusalem, qui fut chassé de son siège et
ne fut rétabli qu'en 379, 394-95; il prit part au concile
œcuménique de Constantinople en 381, et à un synode
tenu dans la même ville en 394 (Théodoret, Hist. eccl.,
V, 8; Mansi, m, 568 B, 852 B). — Jean I", 395-404. —
Euloge, 404-17. — Domninus, 417-?. — Glycon se fit
représenter au concile de Chalcédoine (451) par
l'évêque Zosime de Minois (Mansi, VII, 403 B). —
Irénée, 453. — Gélase II, vers 465. — Gélase III de
Cyzique, 476-t avant 484. — Timothée, 484-?. —
Jean le Chozibite, 518-t vers 536. — Élie, sacré en 536.
— Sergius, 541. — Jean assista au V» concile œcumé-
nique (553) (Mansi, IX, 174 B, 191 A, 192 B, 389 E).
Du vi^ au xvii« s. on ne rencontre que de rares
évêques grecs de Césarée de Palestine : Parthenius
en 1084, Anastase vers la fin du xii« s., Sophrone au
xiH"^, Élie en 1281, Mélèce, ?. On ne sait d'ailleurs
presque rien de la vie de la métropole pendant cette pé-
riode, sauf que les croisés lui donnèrent un titulaire
latin pendant près de deux siècles. Quand la ville eut
été détruite, dans la seconde moitié du xiii« s., le siègfe
devint purement titulaire. A partir du xviie s. nous
rencontrons : Callinique, 1645-51. — Dosithée Nota-
ras, 1666-23 janv. 1669, date à laquelle il fut nommé
patriarche de Jérusalem. — Chrysanthe Notaras,
neveu du précédent, 1669-févr. 1707, également pa-
triarche de Jérusalem. — Mélétius, mai 1720, août
1723. — Dorothée, 1733, 1734. — Parthénius, ?-1737.
— Ananie, 1743. — Abramios, ?-juin 1775. — An-
Ihime, 1788. — Zacharie, ?-démissionne en 1801. —
209 CÉSARÉE — CÉSA:
Philothée, oct. 1801-?. — Césarius, 1821, f 1832. —
Jean, 1887.
La liste des archevêques latins est difficile à établir,
surtout après les croisades, à cause de la confusion fré-
quente des quatre sièges du nom de Césarée. Pendant
les croisades, nous avons : Baudouin l", 7-1107. —
Ébremar, 1107-23. — Gaudentius, 1136. — Bau-
douin II, 1147-55. — Ernest, 1157-74. — Héraclius,
1180. — Monachus, 1187-94. — Pierre, 1220, 1227. —
Bertrand, 1237. — Joscelin, 1244, 1267. — Mathieu,
1280. Après cette période, on trouve : Grégoire, ?-
t avant sept. 1377. — Étienne, 18 sept. 1377-?. —
Jacques, 25 juin 1392-?. — Thomas, O. F. M.,
17 mars 1412-t après 1424, sufTragant à Constance. —
Ulric de Unicow, 12 févr. 1413-t 1432. — Félix de
Villaviciosa, vers 1430. — Jean, O. F. M., 1430-40,
suffragant à Constance. — Svederus de Culenborch,
10 déc. 1432-t 1439. — Othon de Hochberg-Roetelen,
6 sept. 1434-t 15 nov. 1451. — Jean Fabri, O. Carm.,
11 avr. 1440-t après 1444. — Gamesio di Moussolo,
1444-46. — Didace, O. F. M., 1" avr. 1446-1" févr.
1447. — Diégo de Majorque, O. F. M., ?-t 22 mai 1447.
— Guillaume de Brillet, 26 mai 1447-t 1" févr. 1449.
— Jean de Lespervier, 1449-16 janvier 1451,
coadjuteur de l'évêque de Quimper. — Jean de
Ségovie, 26 janvier 1453 -f 1458. — Jean de
Contreras, ?-t 1458. — Henri de Karlstein, O. P.,
1453-t 2 oct. 1465. — Thomas Basin, 27 mai 1474-
t 3 déc. 1491, suffragant à Utrecht. — Étienne, ?-
t 1488. — Jacques Jouvint, 5 mars 1488-?, auxiliaire
à Limoges. — François, O. Cist., 3 oct. 1489-t 1496,
auxiliaire en plusieurs diocèses. — Nicolas Hippolyte,
18 janv. 1493-t 1511. — Alexandre, 11 avr. 1496-?,
auxiliaire à Crémone. — Jérôme Planca d'Incoronati,
6 juin 1519-t 21 août 1531. — Alderic Billioti,
1" juin 1523-?. — Jacques Benuti, ?-4 juill. 1572. —
Ange Peruti, 5 nov. 1572-?, suffragant à Bologne. —
Antoine Lorenzi, 4 juin 1568-2 déc. 1575, suffragant à
Pise. — Christophore de Penfentenyo de Cheffon-
taines, 22 mai 1579-t 26 mai 1595, suffragant à Sens.
— Grégoire Carbonello, O. F. M., 1604. — François de
Rye, 1626-18 août 1636, coadjuteur à Besançon. —
Alonso de Aguayo, O. S. B., 23 févr. 1671-t 1680, auxi-
liaire à Avila. — Ignace Cribelli, 18 nov. 1758-
sept. 1759. — Jacques Guizacunior, 1840. — Jacques
Bozagian, abbé général des Mékhitaristes de Vienne,
4 nov. 1852-11 sept. 1855. — Jean-Manuel Irisari y
Peralta, 1855-t 1860, auxiliaire à Mexico. — Antoine
Agliardi, 3 sept. 1884-22 juin 1906. — Pietro Gas-
pard, 2 janv. 1898-14 déc. 1907. — Vincenzo Sardi di
Rivisondoli, 6 avr. 1908-t 11 août 1920. — Louis Ma-
glione, 1'=' sept. 1920-16 déc. 1935, promu cardinal. —
Cyrille Rizk, de rite grec-melkite, élu le l" mai 1927,
vicaire patriarcal à Beyrouth. — Louis Traglia,
20 déc. 1936, vice-gérant du Vicariat de Rome.
Lequien, m, 529-74; 1285-90. — Wilson, Lands o/ ihe
Bible, II, 250-53. — Discoveries at Caesarea, dans Palestine
Exploration Fund, Quart. Stalement, 1888, p. 134 sq. —
V. Guérin, La Samarie, ii, p. 321-29. — The Suruey o(
Western Palestine, Memoirs, ii, 13-19. — Smith, Diclionary
of Greek and Roman Geography, i, 470. — Caesarea, dans
Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, iii-a, 1291-95. —
G.-L. Arbanitakès, Kaiaàpeia, dans MEyàAr) éXAr|viKf|
êyKUKXoTTcnBela, xiii, 496-97. — C. Eubel, i, 153; ii, 113;
m, 144; IV, 126. — Ann. pont., 1916, p. .385-86.
R. Janin.
6. CÉSARÉE DE PHILIPPE ou CÉSA-
RÉE PANÉAS (Kaicrâpeia OiAî-mTou, Katcrà-
peia nàveaç), évêché de la province de Phénicie I'*,
dépendant de Tyr. Le nom primitif de la ville est in-
connu. Plusieurs auteurs ont voulu y voir Laïs, colonie
phénicienne devenue Dan, mais cette identification ne
peut être admise, car elle contredit le renseignement
précis donné par Josèphe (De bello jud., V, m), à savoir
RÉE DE PHILIPPE 210
que Dan se trouvait à 4 milles à l'ouest de Panéas. Le
nom de cette dernière ne lui était pas exclusivement
réservé, puisqu'on le donnait aussi à toute la région
environnante. C'est sous Antiochus le Grand qu'elle
fut appelée Panion par les Grecs à cause d'une grotte
consacrée au dieu Pan. Panion devint par la suite Pa-
néas. En l'an 20 av. J.-C, Auguste donna la ville à
Hérode le Grand qui construisit en son honneur un
temple magnifique près de la grotte de Pan (Josèphe,
op. cit., I, cDvii). Le tétrarque Philippe, fils d'Hérode,
l'embellit et l'appela Césarée à cause de Tibère son
protecteur (Josèphe, ibid., II, clxviii). C'est de lui
qu'elle tire son nom de Césarée de Philippe. Agrip-
pa II agrandit la ville et l'appela Néroniade en l'hon-
neur de Néron, mais ce nom ne put se maintenir (Jo-
sèphe, Ant. jud., XX, xxi). Celui de Panéas ne dispa-
rut jamais complètement et c'est même lui qui est le
plus fréquemment employé à l'époque chrétienne. Le
nom de Césarée de Philippe ne reparut que vers le
xiv^ s. et encore uniquement dans la nomenclature
ecclésiastique. Panéas est devenu Bânyâs en arabe.
C'est près de Césarée de Philippe que l'apôtre
S. Pierre fit la vibrante profession de foi au Christ qui
lui valut le titre de chef de l'Église (Matth.,xvi, 13-20).
D'après une tradition très ancienne, rapportée par
Eusèbe, la femme hémorrhoïsse que Notre-Seigneur
guérit était de Césarée de Philippe. Cet historien
raconte que devant sa maison on voyait un monument
en bronze représentant le miracle {Hist. eccL, VIII,
xviii). Julien substitua son effigie à celle du Sauveur.
Césarée de Philippe eut un évêché d'assez bonne
heure, mais non point depuis les temps apostoliques,
bien qu'une tradition locale fît d'Érastus (Rom.,
XVI, 23) le premier évêque de la ville. Cet évêché dé-
pendait de Tyr. Les croisés s'emparèrent de Césarée
en 1129 et y établirent un évêque latin. Le sultan
Tadj el Moulouk Bourk la reprit en 1132, mais pour la
reperdre bientôt. Nourreddin la reconquit en 1165 et
el Mokatam détruisit ses remparts. Le moderne Bâ-
nyâs n'est qu'un petit village, situé à 329 m. d'alti-
tude, au pied du mont Hermon, au milieu d'une
région extrêmement fertile à cause des nombreux
cours d'eau qui descendent de la montagne. Line des
sources du Jourdain sort de la grotte de Pan. Les
ruines sont nombreuses : des colonnes, des chapiteaux,
des sarcophages, etc., gisent un peu partout. L'an-
cienne église S. -Georges a été transformée en mosquée.
La liste des évêques grecs de Césarée Panéas ren-
ferme une dizaine de noms. Le premier qui soit connu
est Érastus, qui assista au premier concile de Nicée
(325) (H. Gelzer, Patrum Nicaenorum nomina, p. xli,
15). — Martyrius fut mis à mort près du temple de
Pan par ordre de Julien l'Apostat, napaaTàtreiç
oûvTOiioi xpoviKaî (H. Gelzer, Scriptores originum
Constantinopolitanarum, 53-54). — Baratus ou Bara-
chus prit part au premier concile de Constantinople
(381) (Mansi, m, 568 C). — Olympius fut un des Pères
du concile de Chalcédoine (451) (Mansi, vi, 569 D,
944 D, 1134 B). — Anastase est signalé à la fin du
vif s. comme étant devenu patriarche de Jérusalem
(Nicéphore Calliste, Eccl. hist., xiv, 39). — On con-
naît aussi Sabbas, sous Alexis Comnène, Gabriel
Broulas vers 1320, Euthyme, 1377-78, Germain, 1599,
Callinique, 1645, Procope, ?-nov. 1787, Athanase,
nommé en janv. 1827, élu patriarche de Jérusalem
quelques jours plus tard, enfin Agathange, 1827-?.
L'évêché est purement titulaire chez les Melkites
dissidents.
Depuis 1886, Bânyâs a été pourvu d'un évêché mel-
kite catholique, dont le titulaire réside à Gedaïdat-
Margyoun, près de Bânyâs. Il ne compte encore que
trois prélats chargés de le gouverner : Pierre Geraï-
giry, élu le 22 févr. 1886 et devenu patriarche d'An-
211 CÉSARÉE DE PHI
tioche en 1898, Mgr Clément Malouf, élu le 24 nov.
1901, t 18 juill- 1941, et Léon Kilzi, élu le 10 juill.
1944. Le diocèse compte 5 000 fidèles avec 10 prêtres.
On ne connaît que deux titulaires latins au Moyen
Age : Adam, vers 1132-33, et Jean, mort en 1169. Le
24 oct. 1272, le pape Grégoire X écrit à l'archevêque de
Nazareth et aux évêques de Bethléhem et de Panéas,
mais le nom de ces prélats n'est pas indiqué (Raynaldi,
Annales, ad annum 1272, n. 19). Le titre de Césarée a
été conféré assez souvent dans l'Église romaine, mais il
est difficile de toujours préciser à laquelle des quatre
Césarées il se rapporte. D'après VAnn. pont, de 1916, la
liste des titulaires de Césarée de Philippe serait la sui-
vante : Grant, O. S. A., 27 juill. 1513. — Bon Rous-
seau, 1658-68. — Aidan Devereux, 30 juill. 1847-
t 11 févr. 1854, vicaire apostolique du district oriental
du Cap de Bonne-Espérance. — Marino Shundjick,
O. F. M., 3 oct. 1854-t avant 1861, vicaire apostolique
de Bosnie-Herzégovine. — Mathias Eberhard, 7 avr.
1862-20 sept. 1867, coadjuteur à Trêves. — Robert
Mayer, 22 oct. 1869-t 1874, auxiliaire à Salzbourg. —
.\lexis-Marie Filippi, O. F. M., 20 janv. 1876-t 22 nov.
1888, vicaire apostolique du Hou-pé méridional. —
Cyrille Macaire, 15 mars 1895-19 juin 1899, vicaire
patriarcal copte, puis patriarche. — Julien Cabras,
17 déc. 1899-t 19 oct. 1905, auxiliaire à Sassari. —
Joseph Morticelli, 11 déc. 1905-t 16 oct. 1910. — Her-
man Zschokke, 17 nov. 1910-t 23 oct. 1920, auxiliaire
à Vienne. — Antoine Micozzi, 22 juill. 1921-23 déc.
1927, sufïragant à Sabine. — Hercule Attuoni,
15 juill. 1929-16 mars 1933, auxiliaire à Pise. —
François Beretti, 20 déc. 1936, délégué du vicariat de
Rome pour les hôpitaux.
Lequien, ii, 831-32; m, 1335-38. — Wilson, Lands of the
Bible, II, 175 sq. — • Thomson, The Land and the Book,
228 sq. — V. Guérin, La Galilée, u, 308. — Caesaria, dans
Real-Encyclopàdie Pauly-Wissowa, iii-a, 1290-91. — -Smith,
Dictionartj of Greek and Roman Geography, ii, 540. —
G.-L. Arbanitakès, Kaiaàpeia, dans MeycScXT) éXAr|viK^| êyKu-
KÂoiraiSEla, xiii, 497.
R. Janin.
7. CÉSARÉE, évêché de la province de THES-
SALIE, dépendant de Larissa. Cette ville, signalée par
Hiéroclès (G. Parthey, Hierodis Synecdemus et Noti-
tiae graecae episco[jatimm, n. 642, 11, |). 9) n'a pas en-
core été identifiée. On la connaît de plus par un pas-
sage de Procope (De aedif., iv, 3) où il est dit que Justi-
nien la rebâtit, et par le nom de deux de ses évêques.
Elle ne figure sur aucune liste épiscopale, ce qui
semble indiquer qu'elle disparut avant le milieu du
vii« s., date de la plus ancienne liste, ou du moins
qu'elle fut dépossédée de son évêché.
Les deux titulaires connus sont : Théoctiste, qui se
mit du côté des Orientaux au concile œcuménique
d'Éphèse (431) (Mansi, v, 768A), et Timothée, qui
figure dans une supplique envoyée au pape Boni-
face II par Étienne, métropolite de Larissa, qui
demandait sa réintégration sur son siège d'où il avait
été écarté par une sentence du patriarche de Constan-
tinople Épiphane (531). Le texte latin du document
porte sancta Dicaesarensis civitatis, mais il y a là une
erreur de copiste pour sanctae Dei Caesariensis civita-
tis, formule qui se retrouve deux lignes plus bas pour
Lamia (Mansi, viii, 746 D).
Le titre de Césarée ne semble pas avoir été conféré
dans l'Église romaine, bien qu'il figure sur les listes de
la Consistoriale.
Lequien, ii, 113-14.
R. Janin.
CÉSARÉE-AUGUSTE, évêché delà province
Euphratésienne, dépendant de Hiérapolis. U est plus
connu sous le nom de Néocésarée-Auguste. Voir
ce mot.
LIPPE — CÉSARIE 212
1 . CÉSARIE (Sainte), sœur de S. Césaire et ab-
besse du premier monastère féminin d'Arles, au vi» s.
(4657-525?). L'insuffisance et l'incertitude des docu-
ments que nous possédons sur la famille de S. Césaire
ne nous permettent pas d'apprécier pleinement le rôle
de Césarie et l'influence que son frère a pu exercer sur
elle ou réciproquement.
Nous savons par la Vita de S. Césaire que celui-ci est
né sur le territoire de Chalon-sur-Saône, d'une an-
cienne famille du pays, indigena, donc gallo-romaine et
non burgonde, qui dans sa double ascendance (utraque
[mss. : aeque] prosapies) s'était distinguée par ses tra-
ditions chrétiennes : fide potius et moribus. Une lettre
d'exhortation à une religieuse, à laquelle on a imputé
indûment le nom d'Oratoria (P. L., lxviii, 1135-38 :
O profundum...), nous laisse entendre que, pendant
l'a'dolescence insouciante du futur évêque, une parente
éloignée qui ne le connaissait que de nom : cuius in
multa praeterea familia nomen tantum audiiu noueras,
avait déjà cédé à l'attrait de la vie religieuse.
L'exemple de cette parente pourrait avoir décidé de la
vocation de Césarie, en qui rien n'autorise à voir une
sœur cadette de Césaire. Mais dom G. Morin a rejeté
l'authenticité de cette lettre {Florileg. patristic.,
xxxiv, 47-52). Pour nous en tenir aux renseignements
certains fournis par Cyprien, biographe de Césaire,
nous savons que la fondation d'un monastère féminin
fut l'un des desseins les plus chers et les plus suivis de
son pontificat. Il voulait doubler par des chœurs de
religieuses, virginum choris, les rangs déjà compacts de
son clergé et des congrégations d'hommes alors exis-
tantes (Viïa, I, 28). Désir de protéger et de discipliner
les vocations isolées, de constituer dans son diocèse un
centre et un modèle éclatant de vie parfaite, d'assurer
d'une façon meilleure la continuité des prières et de la
lectio divina; d'associer d'aussi près que possible les
religieuses au culte de la cathédrale tout en leur épar-
gnant le contact du monde; espoir d'obtenir d'elles une
docilité plus empressée que de la part des hommes et
une fidélité plus étroite aux vœux sédentaires, tels
furent les principaux mobiles qui ont dû inspirer
S. Césaire; mais de tels projets seraient restés sans
doute à l'état de souhaits, s'il n'avait pas eu pour
l'aider à les réaliser une personne en qui il pût placer
entièrement sa confiance, sa sœur Césarie. On peut ad-
mettre qu'il conçut ce dessein dès le début de son
épiscopat (502) et qu'il s'y appliqua d'une manière
effective après le concile d'Agde (506). Les travaux
étaient largement avancés et Césaire même y avait
travaillé manu propria et sudore ( Vita, i, 28), quand
survint le siège désastreux de 508. L'édifice commencé
fut en grande partie détruit : tabulis ac cenaculis
barbarorum ferocitate direptis pariter et eversis. Il n'est
pas absolument certain que ce fût du fait des ennemis :
les matériaux ont pu être utilisés pour renforcer les
remparts. Rien en effet ne garantit la tradition qui
veut que, avant d'être transféré dans l'enceinte de la
ville, le monastère ait été construit dans la plaine des
Alyscamps (cf. Malnory, S. Césaire, 93 et 259; contra,
B. Krusch, M. G. H., SS. rer. merov.. m, 470, n. 3).
Tout semble indiquer qu'il était construit dans les
parages immédiats d'une église urbaine, in latere
ecclesiae (i, 35), soit la cathédrale S. -Étienne, soit plu-
tôt sur l'emplacement déjà réservé par l'évêque pour
la future basilique. Après avoir paré aux plus doulou-
reuses conséquences de la guerre, Césaire revint à son
idée. L'édifice fut repris sur le même plan, ad instar
prioris normae, et sans doute au même endroit. Le ter-
rain sur lequel il s'élevait était ])ropriété ecclésias-
tique. Le 26 août 512 (et non 513; cf. B. Krusch,
M. G. H., SS. rer. merov., ni, 444, n. 9), Césaire put
faire la dédicace de son monastère. Celui-ci ne com-
prenait encore que la Mère Césarie et deux ou trois
213
CÉSARIE
214
compagnes qui, désormais, n'en devaient plus sortir,
ce qui montre bien que le monastère ne fut pas trans-
féré. Césaire, en en condamnant la plupart des issues
extérieures, en avait assuré l'isolement {Régula, 73).
« Il rappelle du monastère de Marseille sa sœur, la
vénérable Césarie, qu'il avait envoyée là pour s'y
instruire de ce qu'elle aurait à enseigner, pour être
d'abord élève avant d'être maîtresse » (Vita, i, 35). Il
s'agit de la communauté fondée par Cassien. Pour
assurer la subsistance des moniales, Césaire, qui avait
renoncé à son héritage personnel, dut leur constituer
une dotation à l'aide de biens provenant du domaine
épiscopal.
Désormais, l'institution est née; il ne reste plus qu'à
en consolider l'existence régulière et à en garantir la
durée. C'est pourquoi en 513, sans doute, Césaire
demande au pape Symmaque de protéger l'inviola-
bilité des personnes entrées en religion et de recon-
naître la validité des vœux des moniales; en outre,. il
essaie de faire légaliser la cession consentie en faveur
du monastère. Symmaque, sur ce dernier point, ne
veut point consentir à une aliénation définitive :
Horlalur (Mansi, vin, 212; éd. Morin, ii, Ep.). Plus
heureux avec le pape Hormisdas, qui le félicite vive-
ment de son initiative : Exsulto {P. L., lxxvi, 1285;
éd. Morin, ii, 125), il obtient une homologation
rétrospective de la vente et de la donation, et la garan-
tie formelle que ses successeurs n'auront aucunement
pouvoir contre ledit monastère : nullam potestalem
successores quandoque lui habere penitus permittanlur,
c.-à-d. apparemment qu'ils ne pourront en abolir les
privilèges ni en changer le caractère. L'existence de
son monastère cessait donc d'être suspendue à la fa-
veur de l'évêque actuel, à la vie de Césaire : il en avait
assuré la perpétuité. Mais il n'importait pas moins d'en
préserver le caractère spirituel : ce fut l'objet de la
Régula, ou plutôt des instructions successives qui,
sous leur forme définitive, sont devenues la Régula
sanctarum virginum (Floril. patristic, xxxiv).
Césarie aurait pu se contenter de garder les usages
de discipline et de piété dont elle s'était imprégnée à
Marseille, mais son frère, qui s'était formé à Lérins,
était désireux d'assimiler autant que possible les prin-
cipes de la vie monastique féminine à ceux des congré-
gations d'hommes, et en particulier d'en harmoniser
les exercices : prières, psalmodies et lectures sacrées.
Toutefois, il reconnut les difficultés qui auraient ré-
sulté de l'application pure et simple à des moniales de !
sa Régula ad monachos. Aussi, tenant compte des
besoins particuliers que l'expérience révélait, toujours
fidèle aux traditions des Pères et faisant de larges em-
prunts aux prudents conseils de S. Augustin {Ep.,
ccxi), il élabora, dès le début du monastère, in exordio
instituiionis monasterii, une constitution qui fit l'objet
de fréquentes retouches, multis tamen postea vicibus
ibi aliquid addilimus vel minuimus, dont la première
partie en 47 articles, pouvant sous sa forme actuelle
dater de 522-523 environ, fut suivie d'une recapilulatio
en 23 articles, qui est du 22 juin 534 (S. Caesarii...
opéra omnia, éd. Morin, ii, 101-24).
Observons d'abord qu'il ne s'agit que d'un règle-
ment intérieur, d'un guide de discipline pratique.
Tout ce qui relève du droit canonique : condition des
personnes, âge de profession, validité des vœux, res-
tant sous le coup des dispositions conciliaires ou des
décrétales (cf. lettre de Symmaque : Horlalur, écrite
en 513), ne fait l'objet d'aucune définition ni même
d'aucun rappel. Les principes qui sont mis en pleine
lumière sont les suivants :
a) Abandon total de la propriété personnelle. La reli-
gieuse ne peut, à aucun titre, conserver le moindre
souci de ses intérêts séculiers. Elle doit faire renon-
ciation expresse ou donation de tout ce qu'elle possède.
des héritages qui peuvent lui échoir, et si elle est en-
core trop jeune, elle doit remplir cette obligation aussi-
tôt qu'elle atteindra l'âge de sa capacité légale (c. 5
et 6). — b) Clôture rigoureuse. Le vœu de sédentarité
est absolu et valable pour la vie : usque ad morlem
suam de monasterio non egrediatur (c. 2). Cf. Vita,
I, 35. — c) Organisation rationnelle de la vie en com-
mun. Nulle ne peut, à son gré, choisir la tâche qu'elle
préfère : nulle ne peut avoir de cellule privée ni d'ar-
moire ou coffre à clé qui lui soit personnel, ni de ser-
vante affectée à son service. Travail et prière s'ac-
complissent d'un mouvement unanime : ensemble,
sous la direction de la praeposita, elles exécuteront
leur tâche de fileuses, sans bavardage ni murmures
ni disputes; ensemble elles prieront sous la conduite
de leur « Mère ».
Mais sous réserve de ces conditions sévères, la règle
écarte les fatigues inutiles, les mortifications épui-
santes. Les moniales de santé délicate bénéficieront
d'un régime plus doux; le vin n'est pas interdit. Enfin
si rigoureuse que soit la règle qui les fixe à jamais dans
l'enceinte du monastère, les religieuses gardent un
certain contact avec leurs familles : elles peuvent, sous
contrôle et permission de leur supérieure, en accepter
de menus envois comme, inversement, elles peuvent
venir en aide à leurs parents dans la gêne; elles
reçoivent la visite d'une sœur ou d'une mère; celle-ci
peut même être invitée, si elle vient d'une autre ville, à
dîner avec les sœurs. Mais on rappelle que ces der-
nières ont autre chose à faire que de préparer des
festins : jamais on ne devra inviter ni évêques, ni
abbés, ni personnes du monde. Le monastère n'est pas
un hôtel (c. 29); ce n'est pas davantage un orphelinat
ni une maison d'éducation (c. 7) ; seules seront admises
les fillettes, futures moniales, qui seront en âge <• d'ap-
prendre les lettres et de se conformer à l'obéissance »,
à partir de six ou sept ans.
La règle prévoit, comme il est naturel pour une com-
munauté déjà considérable, une certaine spécialisation
du personnel : si l'office de cuisinière et les divers ser-
vices ménagers sont remplis à tour de rôle par les
sœurs (c. 14), il y a des posticiariae, afïectées au ser-
vice des portes et aux relations avec le dehors, une
regestoraria, qui a la garde des clés, une cellararia qui
veille aux approvisionnements, et surtout, pour dé-
charger la INlère des soucis administratifs et discipli-
naires, la praeposita qui, entre autres tâches, a celle
de répartir à chacune le travail de la laine. La forma-
ria et la primiceria s'occupent de l'éducation des
novices et probablement des travaux de copie ou
d'édition. Le provisor, prêtre désigné par l'évêque,
s'acquitte surtout des fonctions du culte. La direc-
tion spirituelle aussi bien que l'administration géné-
rale du monastère relèvent de la Mère : c'est elle qui
est maîtresse après Dieu : Matri posl Deum omnes
oboediunt (c. 18). L'article 27 nous donne une idée de
ses nombreux devoirs : s'inquiéter du bien des âmes,
penser continuellement à la subsistance du monastère,
recevoir les visiteurs, répondre aux lettres des fidèles.
Lorsqu'un visiteur se présente, elle le reçoit avec
l'apparat convenable, entourée de deux ou trois sœurs
(c. 38). S'il s'agit d'un évêque ou de quelque person-
nage éminent par sa piété, il pourra, sur sa demande,
être introduit dans l'oratoire. Telle fut, pendant au
moins une douzaine d'années, la charge remplie par
Césarie, dont l'existence se passa comme celle de ses
sœurs inler psalmos atque ieiunia vigilias quoque et
lectiones, donnant l'impulsion spirituelle à une com-
munauté de plus en plus prospère. Elle mourut peu de
temps après la dédicace de la basilique Ste-Marie, qui
fut célébrée en 524. L'évêque avait fait préparer dans
le pavage de l'édifice des sarcophages : monobiles
arctias... de saxis ingentibus, destinés aux religieuses
215
CÉSARIE GESARINI
216
(Vita, I, 57). Césarie fut inhumée près de l'endroit
réservé à la sépulture de son frère. Le martyrologe
romain fait mention d'elle à la date du 12 janv. Le
poète Venance Fortunat a associé son nom à celui de
Ste Agnès et des vierges saintes de l'Église dans un
poème adressé à Ste Radegonde et à ses compagnes
(VIII, III, V. 39-40) :
Has inter comités coniuncta Casaria fulget
Temporibus nostris Arelatense decus.
On notera la forme exceptionnelle Casaria due à des
raisons métriques (M. G. H., Aud. antiq.,iy, 182).
Deux documents seulement nous donnent des informa-
tions sur l'histoire de Césarie : Vila sancti Caesarii, éd.
Krusch, M. G. H., SS. rer. merov., m, 457-501, ch. i, 28,
35, 58 et II, 26, et Régula sanctarum virginum, éd. G. Mo-
rin, Florileg. patristic, xxxiv, Bonn, 1933; S. Caesarii ep.
Arelai. opéra omnia, ii, Maredsous, 1942, p. 296-345. — Les
deux lettres de Césaire à l'abbesse Césarie : Coegisti me, i
tamula Dei... et Vereor, venerabiles... (ibid., ii, 101-24, 129-
44) ne renferment aucun renseignement personnel.
G. DE PHNVAL.
2. CÉSARIE LA JEUNE, abbesse. Aucune
indication ne nous a été laissée sur l'origine de la
seconde abbesse du monastère arlésien de S. -Jean,
mais il est assez vraisemblable de voir en elle une pa-
rente proche, peut-être une nièce de l'évêque Césaire
et de Ste Césarie. Formée par les soins de la première
abbesse, elle prit à la mort de celle-ci, probablement
en 52.5, la direction du monastère alors en plein essor
et comprenant plus de deux cents moniales.
A mesure qu'il sent approcher le terme de sa vie,
Césaire témoigne au monastère qu'il a fondé une affec-
tion plus vigilante. Il reprend le texte de la Régula,
rédigeant de sa propre main une recapitulatio en
26 articles qu'il fait contresigner par sept de ses
confrères (534). Il entre dans des détails encore plus
précis en ce qui concerne l'organisation intérieure et
l'ordre ou le calendrier des exercices religieux et des
jeûnes. Il fixe les conditions d'élection de l'abbesse et
veut que l'on choisisse celle qui, par son zèle à sau-
vegarder la règle et par ses réponses pieuses, humbles
et charitables, pourra donner du monastère l'impres-
sion la plus édifiante. Mais il est dominé par l'idée d'as-
surer par-dessus tout l'intégrité de la règle qu'il a
établie : « Si même, ce que je ne crois pas et que Dieu
dans sa miséricorde ne permettra pas, si en quelque
temps que ce soit une abbesse tentait de modifier ou de
relâcher quelque chose de cette règle établie, si par
sentiment de famille ou pour quelque motif elle vou-
lait se placer sous la dépendance ou l'influence privée
de l'évêque de la ville, avec l'inspiration divine et sur
notre permission, opposez-lui une résistance respec-
tueuse et forte et ne laissez pas cela s'accomplir sous
aucun prétexte, mais selon la lettre sacrée du très
saint pape de Rome (la bulle d'Hormisdas), appliquez-
vous à vous défendre. En particulier pour ce qui
touche à la recapitulatio ci-dessous que j'ai écrite et
signée de ma main, je vous conjure de n'en retrancher
absolument rien. Que toute abbesse ou toute prévôté
qui tentera d'agir à rencontre de la sainte règle sache
qu'elle aura à m'en rendre compte devant le tribunal
du Christ » (c. 64).
Cette adjuration fit encore l'objet de l'émouvante et
suprême instruction qu'il donna aux moniales à la
veille de sa mort (Vita, ii, 34). C'est dans le même but
d'assurer l'inviolabilité légale et la sécurité matérielle
de sa fondation que, non content des garanties accor-
dées par la bulle d'Hormisdas, il adressa dans son Tes-
tament une pressante recommandation à l'évêque
successeur, le suppliant de reconnaître les donations
assez considérables qu'il avait effectuées, abandon de
terres ou de vignes en Camargue, au Trébon, en
Crau, qui avaient appartenu à l'Église d'Arles, spéci-
fiant que le monastère resterait placé sous l'autorité
de l'évêque, que les biens aliénés reviendraient à
l'Église en cas de dissolution de la communauté, mais
faisant particulièrement appel à sa bienveillance pour
que l'évêque laissât en fait aux moniales la plus large
autonomie et même leur accordât le choix du prêtre
desservant, provisor. Dans d'autres lettres, aujourd'hui
perdues, il cherchait à s'entourer des mêmes garanties
du côté des autorités civiles {Vita, ii, 41). Le monastère
de S. -Jean avait été en effet pour Césaire la plus pré-
cieuse de ses créations : il avait associé les moniales à
son œuvre spirituelle, il les avait établies près de sa
cathédrale; elles concouraient au rayonnement de son
apostolat, à la diffusion de ses écrits : entre elles et lui,
c'était un perpétuel et surnaturel échange de pensées
et de prières. Il voulait qu'après lui cette communion
d'âme et cette sainte affection continuassent à jamais
d'exister (Reg., c. 72). Il lui semblait qu'il ne pouvait
prendre trop de précautions pour qu'elles pussent
garder la même résidence, le même esprit, la même
règle.
En ce qui concerne personnellement Césarie,
l'évêque lui léguait le grand manteau de chanvre
qu'elle lui avait tissé naguère. Nous savons que l'ab-
besse joignait à ses mérites pieux de grandes qualités
intellectuelles. Elle inspira à l'évêque de Toulon, Cy-
prien, et aux autres collaborateurs intimes de S. Cé-
saire, le diacre Étienne et le prêtre Messien, l'idée de
rédiger la biographie du grand évêque d'Arles. Maî-
I tresse experte, elle a développé dans son monastère
l'activité de ce centre d'édition d'où se sont répan-
dus, non seulement dans les humbles paroisses de
Provence, mais encore dans tous les diocèses de Gaule
et même plus loin, d'innombrables copies des Sermons
de Césaire et de S. Augustin, le texte des Livres saints,
et sans doute aussi, des missels, des lectionnaires
(Vita, i, 58).
Ce fut aussi une femme d'autorité qui dut veiller
avec tout son zèle au maintien de la règle et à la
défense de ses droits. S. Césaire avait réservé la basi-
lique de Ste-Marie pour la sépulture des religieuses. Il
arriva un jour que le sacrarium dans lequel certains
prêtres avaient été ensevelis fut annexé à la basilique.
L'abbesse intervint pour que désormais le privilège de
la sépulture dans ce nouvel emplacement fût laissé
aux moniales seules; elle exigeait que même dans la
tombe sa communauté ne formât qu'un indivisible
troupeau (texte cité par D. G. Morin, Floril. patristic,
xxxiv, 32 et Rev. bénéd., xliv, 1932, p. 19-20).
Le poète Fortunat a justement associé son souvenir
à celui de « Césarie la Grande » :
Sic hic Caesaria et praecelsa Casaria surgat.
(M. G. H., Auct. antiq., iv, app. xni, p. 283.)
Vita sancti Caesarii, éd. Krusch, M. G. H., SS. rer.
merou., lu, 457-501 ; Régula sanctarum uirginum, éd. Morin,
Flor. patrisl., xxxiv, Bonn, 1933, et Testament de S. Césaire
(éd. Morin, ii, Maredsous, 1942, p. 281-89). — Une lettre
de Césarie (Caesaria exigua) aux saintes dames PlichUde
et Radegonde, insérée dans M. G. H., Epist. merov., l,
450-52, est dénuée d'authenticité. Cf. R. Aigrain, dans
Bull. hist. et philol. du Comité des trav. historiques, 1926-
1927, p. 119-27. — Malnory, S. Césaire, évêque d'Arles, Paris,
1894, p. 276, n. 1.
G. DE Plinval.
CÉSARIENNE (Sainte), dont parle le martyro-
loge hiéronymieii au 21 juill. : Caesarianae, Cesiariae,
Taesianae, et dont on a fait une compagne d'Adrien,
est le nom de la ville de Césarée où le saint subit le
martyre.
A. S., juin., V, 163. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 389.
R. Van Doren.
1. CESARINI (Alessandro), f 1542. Fils de
Pierpaolo et neveu du cardinal Julien Cesarini junior,
217
CESA
RINI
218
Alexandre entra de bonne heure au service de l'Église.
Parmi les charges qu'il occupa, Katterbach (p. 75,
n. 22) mentionne celles de référendaire, clerc romain,
abréviateur, secrétaire (6 sept. 1512). Il était proto-
notaire apostolique et ami intime du cardinal Jean
de Médicis, lorsque celui-ci devint le pape Léon X. Il
figura, à la première promotion cardinalice de Léon X,
comme cardinal-diacre des SS.-Serge-et-Bacchus
(6 juiU. 1517; Eubel, m, 18), titre qui avait été occupé
de 1493 à 1503 par son oncle. Le 14 déc. 1523, il
échangea ce titre contre celui de S. -Maria in via Lata;
le 31 mai 1540, il fut évêque d'Albano et, le 14 nov.
1541, évêque de Palestrina.
En outre, il se vit confier l'administration de plu-
sieurs diocèses : le 6 juin 1519, ceux de Gerace et d'Op-
pido qu'il résigna sans délai (Eubel, m, 225); le
27 déc. 1520, celui de Pampelune (ibid., 285), où il fit
publier en 1531 les décrets et statuts synodaux et qu'il
résigna en 1538; le 9 avr. 1526, celui d'Otrante qu'il
céda, le 22 mars 1536, à Pierre de Capoue, jeune clerc
napolitain de 23 ans, plein d'avenir (Eubel, m, 228);
le 20 juin. 1526, celui d'Alessano qu'il résigna en 1531
(ibid., 115); celui de Cuenca, où il fut nommé le
24 mai 1538 sur présentation de l'empereur, et qu'il
garda jusqu'à sa mort (ibid., 190). D'après Chacon, il
aurait aussi administré l'évêché de Brescia, mais il n'y
est signalé ni par Ughelli ni par Eubel.
Alexandre Cesarini fut cardinal sous Léon X,
Adrien VI, Clément VII et Paul III. Avec ses 7 000 du-
cats de revenus (en 1523, cf. Sanuto, xxxv, 61), il
comptait parmi les fortunes moyennes du Sacré
Collège. Il fit partie de trois conclaves : 1521-22,
1523 et 1534. Est-il possible de déterminer sa posi-
tion dans le jeu diplomatique qui s'y manifesta? 'Tout
son curriculum viiae prouve que ses sympathies impé-
riales dépassaient la moyenne et qu'il était persona
grala auprès de l'empereur. Toutefois, les témoignages
de l'époque à son endroit sont assez réservés. En 1521,
Manuel, l'envoyé de Charles-Quint à Rome, le décrit
comme tenant une position médiane, mais manquant
d'indépendance. (Cf. G. A. Bergenroth, Calendar of
Leliers, Despalches and State Papers relating to the
négociations belween England and Spain preserved in
the archives at Simancas and elsewhere, ii, n. 370,
Londres, 1866.) Le même son de cloche se retrouve,
treize ans plus tard, dans les rapports du cardinal
Hercule de Gonzague au duc de Mantoue (10 oct.
et 6 nov. 1534, publ. par Pastor, v, 812-15). Dans
les Diarii de Marino Sanuto, il est signalé, tantôt
comme un partisan, tantôt comme un adversaire
des Médicis (voir par ex. xxxii, 263, 385). Par
contre, l'envoyé siennois, L. Sigardi, le dépeint
comme un adhérent déclaré du parti impérial (réfé-
rences dans Pastor, v, 7). Au cours du huitième scrutin
du conclave suivant la mort de Léon X, le 6 janv. 1522,
une manœuvre de Cesarini, qui ne fut peut-être qu'une
plaisanterie, faillit aboutir à l'élection d'un pape;
mais le stratagème auquel il avait eu recours ne fut
pas admis par les Pères et la manœuvre n'eut pas de
suite. (Voir Petrucelli délia Gattina, i, 520-21 et
C. Burmann, Hadrianus VI, Utrecht, 1727, p. 148.)
Au conclave de 1523, Cesarini fut choisi par le cardi-
nal Médicis comme négociateur avec le parti adverse.
Il refusa de constituer un tiers parti avec les autres
cardinaux romains. Par contre en 1534, dès le début du
conclave, il forma, avec trois cardinaux de ses amis, un
bloc des quatre, aussi solide qu'indépendant vis-à-vis
des deux factions divisant le Sacré Collège.
Les principaux événements de sa vie publique sont à
mettre en rapport avec les relations hispano-romaines.
Après l'élection pontificale d'Adrien d'Utrecht, l'envoi
en Espagne d'un cardinal-prêtre et d'un cardinal-
diacre fut mis aux voix par le Sacré Collège. Cesarini,
ayant obtenu 21 fèves blanches contre 15 noires, fut
élu, ainsi que le cardinal Colonna (récit de l'élection
par le secrétaire Blosius, dans Sanuto, Diarii,
xxxii, 387-89). Cette ambassade avait pour mission
d'obtenir du nouveau pontife la promesse de hâter son
voyage à Rome, de lutter avec vigueur contre l'hérésie
protestante, de ne pas déplacer de Rome le siège pon-
tifical et de poursuivre la préparation d'un concile.
(Cf. texte de l'instruction du 19 janv. 1522 aux trois
délégués du Sacré Collège (le cardinal Orsini y fut ad-
joint), dans Gachard, Correspondance de Charles-Quint
et d'Adrien VI, Commission royale d'histoire, vi, 10 sq.,
Bruxelles, 1859; Ch. Weiss, Papiers d'État du card. de
Granvelle, d'après les mss. de la bibliothèque de Besan-
çon, I, Paris, 1841, p. 241 sq.; voir corrections dans
Pastor, iv^, p. 22, n. 2.) Faute d'argent pour payer le
voyage, l'ambassade retarda son départ pendant plus
d'un trimestre. Cesarini semble être parti seul, fin
avr. ou début mai; il rejoignit le pape à Saragosse. Du-
rant le voyage de retour en Italie, Cesarini fit voile sur
le même navire que le pape avec l'envoyé espagnol
Mendoza et 2 000 hommes d'armes. L'escorte pontifi-
cale arriva à Civitavecchia le 26 août, à Rome le 29 ; le
couronnement du pape eut lieu le 31. (Récit du
voyage dans Pastor, iv^ p. 43 et Burmann, op. cit.,
171-76. Description de l'arrivée et des solennités dans
Sanuto, Diarii, xxxiii, 427-29.)
En 1527, lors de l'entrée à Rome des troupes impé-
riales du connétable de Bourbon, comptant sur sa ré-
putation de sympathisant du parti, Cesarini resta dans
son palais du rione San Eustachio. Beaucoup de Ro-
mains y étaient venus cherclier asile. Les chefs espa-
gnols avaient pris le palais sous leur protection contre
une rançon qui, après plusieurs marchandages, fut
fixée à 45 000 ducats; il resta épargné durant huit
jours. Survinrent alors les lansquenets en mal de
pillage. Suivant une version, Cesarini aurait fait
mettre son palais en état de défense en même temps
que le palais contigu du cardinal Délia Valle. Les assié-
gés se seraient défendus et le bruit courut jusqu'à
Venise que Cesarini était mort les armes à la main.
D'autres racontèrent que, apprenant les excès et les
voies de fait commis au palais Piccolomini, le cardinal
Cesarini ne s'estima plus en sûreté et alla chercher
refuge au palais Colonna. (Détails dans Sanuto, Diarii,
XLV, passim, résumé dans Pecchiai, 436-37.)
Par deux fois, Cesarini accompagna Clément VII du-
rant un voyage à Bologne. Départ du premier voyage :
7 oct. 1529; itinéraire dans Pastor, Iv^ p. 375, n. 4;
entrée solennelle à Bologne : 24 oct. Séjour en cette ville
jusqu'au début d'avr. (?). Au cours de ce séjour eut
lieu l'entrée solennelle de Charles-Quint (4 nov.) et son
double couronnement (22 et 24 févr. 1530); Cesarini
fut diacre assistant à la cérémonie du couronnement
impérial. Détails variés dans C/onaca..., éd. Giordani,
passim; Raynaldi, 1529, n. 78; Sanuto, lu, 142-45,
180-99, 259-73, 612-70.
Le second voyage, entrepris lui aussi pour rencontrer
l'empereur à Bologne, se place du 18 nov. au 8 déc.
1532. (Cf. Sanuto, lvii, 737.) Dès le lendemain de son
arrivée à Bologne, le 9 déc. 1532, un consistoire décida
d'envoyer Grimani et Cesarini à la rencontre de l'em-
pereur. Cesarini séjourna à Bologne jusqu'au 5 mars
1533. Il fut question de lui pour une légation en
Espagne, mais il s'excusa. Au départ de Bologne, il
accompagna l'empereur avec deux cardinaux jusqu'à
Pavie (10 mars).
Durant le pontificat de Clément VII, Cesarini fut
encore chargé, pendant cinq ans, de la protection de la
ville de Jesi. Le 15 janv. 1532, il fut chargé d'un con-
flit opposant les sièges de Munster et de Cologne
(Eubel, ni, 5, n. 9). A la mort de Clément VII, on lui
confia le règlement d'un grave désaccord, qui avait
219
CESA
RINI
220
soulevé le peuple contre les Strozzi, au sujet de stocks
de grains détenus par ces derniers (Orano, 384).
Dès les débuts de son pontificat, Paul III eut recours
aux services de Cesarini pour ses travaux de réforme et
de préparation conciliaire. Le 20 nov. 1534, trois car-
dinaux, Campeggio, Grimani et Cesarini sont nommés
qui ecclesiae status officiâtes ad syndicatus tenerent
{Acta consist., dans Ehses, Conc. Trid., iv, 451).
Lorsque, le 8 avr. 1536, un consistoire extraordinaire
des cardinaux, réuni en présence de l'empereur, décida
la convocation d'un concile, Cesarini fit partie de la
commission de dix membres chargée de préparer la
bulle du 2 juin, portant indiction du concile à Mantoue
pour le 23 mai 1537 (lettre de Giovanni Agnello au duc
de Mantoue, 8 avr. 1536, dans Pastor, v, 829; texte de
la bulle dans Raynaldi, ann. 1536, n. 35; Mansi,
SuppL, V, 551 ; Conc. Trid., iv, 2-6). Les difficultés op-
posées par le duc de Mantoue contraignirent à renoncer
à cette ville comme lieu de réunion; ensuite la reprise
des hostilités entre Charles-Quint et François I'"'
firent différer la date de convocation. Cesarini donna '
lecture (15 oct. 1537) de la bulle de prorogation. Le
7 janv. 1538, une nouvelle commission de 9 cardinaux,
parmi lesquels Cesarini, eut mission de préparer une
réunion du concile à Vicence, en 1538 puis en 1539;
réunion qui, en réalité, n'eut jamais lieu. (Conc.
Trid., IV, 142 sq.)
Le 28 oct. 1538, la commission de réforme créée par
Paul III en oct. 1536 fut portée de 4 à 8 membres.
Cesarini figure parmi les membres adjoints. D'après
une lettre de N. Sernini au cardinal de Gonzague
(dans Pastor, v, 132, n. 3), il y aurait pris une position
moins radicale, plus louvoyante, que Contarini. Le
27 août 1540, cette même commission fut portée à
12 membres avec une division plus poussée du travail.
Cesarini avec quelques autres fut deputatus pro rota
(Eubel, m, p. 16, n. 5; Ehses, dans Conc. Trid., iv, i
454). Mais les détails manquent concernant l'activité j
qu'il déploya dans cette sous-commission. Le 10 févr.
1540, il avait été désigné avec trois autres pour trouver
des fonds destinés à soutenir la défense de l'Europe
contre les Turcs (Eubel, ibid., n. 6). Fin 1540 et début
1541, la commission dont il faisait partie fut chargée
de discuter avec les évêques la mise au point des
articles contenus dans un projet de bulle Superni dis-
positione, visant à faciliter aux évêques la résidence
effective dans leurs diocèses. La rédaction en fut
achevée au début de 1542, mais elle ne fut jamais pu-
bliée (Ehses, Kirchliche Reformarbeiten, 397-400).
A deux reprises Cesarini fut chargé par Paul III
d'interrompre ses activités réformatrices pour accep-
ter une mission de confiance de nature politique, pour
laquelle ses anciennes relations avec l'empereur le
désignaient plus spécialement.
Le 29 nov. 1535, il fut envoyé à Naples avec le car-
dinal Piccolomini pour y rencontrer Charles-Quint
revenu victorieux de Tunis et se disposant à traverser
l'Italie. Ils partirent le 5 déc. et arrivèrent à Naples
le 12. (L. Dorez, La cour du pape Paul III d'après les
registres de la trésorerie secrète, i, p. 253, note 6;
G. Rosso, Historié délie cose di Napoli sotto l'imperio di
Carlo Quinto, 1526-1537, Naples, 1635, p. 123. Les
Nunziaturberichte aux Deulschland, i, 1, p. 68, note 2,
donnent le 7 déc.) Ils étaient chargés d'une mission
délicate : éviter que le rebondissement de l'affaire mi-
lanaise, consécutive au décès du duc François Sforza,
n'entraîne une reprise de la guerre franco-impériale.
La solution transactionnelle qu'ils présentèrent à
l'empereur, peu après leur arrivée à Naples (22 déc.
1535), ne fut pas acceptée par ce dernier (rapport des
deux cardinaux, 23 déc. 1 535, Conc. Trid. , iv, p. cxxvii).
A l'occasion de la Conférence de Nice (1538), les
deux souverains rivaux refusant toute entrevue en
tête-à-tête, Cesarini fut désigné, avec ses collègues
Ghinucci et Cupis, comme « légat volant », chargé de
faire la navette entre les deux souverains et le pape.
Alexandre Cesarini mourut à Rome, le 13 févr. 1542
(le 14 d'après Pastor, v, 142); il fut enseveli dans le
caveau de sa famille en l'église de l'Ara Coeli. Homme
très cultivé, au témoignage d'.\lde Manuce, il avait
brillé comme mécène des sciences et des arts au firma-
ment de la Renaissance du Cinquecento. Le récit des
fêtes nuptiales qui eurent lieu dans son palais en
janv. 1526 à l'occasion du mariage de sa cousine
(Pecchiai, 326-27) confirme pleinement ce jugement.
Le tableau généalogique de Litta lui donne un fils
naturel, Ascanio, qui fut évêque d'Oppido en Calabre,
de 1538 à 1542.
Ne pas le confondre avec son homonyme Alessandro
Cesarini, né à Rome en 1590, nommé cardinal-diacre
de Sta Maria in Domnica (30 août 1627), puis de
.Sta Maria in via Lata, évêque de Viterbe de 1636 à
1638, mort en 1644 (Moroni, xi, 123-24; Katterbach,
' 241, 268, 287).
L. Cardauns, Paul III., Karl V. und Franz I. in den
J. 1535 und 1536, dans Quellen und Forscliungen des kgl.
preuss. tiist. Instituts in Rom, xi, 1908, p. 147 sq. — L. Car-
della, Memorie storiclie de' cardinali delta S. Romana
Cliiesa, iv, Rome, 1793, p. 57-58. — A. Ciacconius-Oldoi-
nus, Vita et res gestae pontiflcum Romanorum et S. R. E.
cardinalium, m, Rome, 1677, p. 404 sq. — Coneilium Triden-
tinum, IV : Actorum pars P, par S. Ehses, Frlbourg, 1904,
p. 592. — Cronaca délia venuta e dimora in Bologna di Clé-
mente VII per la coronazione di Carlo V celebrata l'anno
1530, publ. par G. Giordani, Bologne, 1842, p. xvii et
passim. — S. Ehses, Franz I. von Frankreicli und die Kon-
zilsfrage in den J. 1536-1539, dans Romiscfie Quartalsclu-ift,
XII, 1898, p. 306 sq.; Id., Kirchlictie Reformarbeiten unter
Paul III. vor dem Trienter Konzil, ibid., xv, 1901, p. 153-
74, 395-409. — Eubel, m, p. 18. — W. Friedensburg,
Kaiser Karl V. und Papst Paul III. {Scliriften des Vereins
I ftir Reformationsgescliicfite, 153), Leipzig, 1932. —
î A. Korte, Die Konzilspolitilt Karls V. in den J. 153S-43
(même coll., 85), Halle, 1905. — B. Katterbach, Referen-
darii utriusque Signaturae (Studi e testi, 55), 75, n. 22. —
Litta, Famiglie celebri d'Italia, tabl. Cesarini. — Moroni,
XI, 123. — Nunziaturbericlite aus Deutscfiland, section i,
vol. i, 595; vol. ii, 218; vol. m, 302; vol. iv, 161; vol. v,
274 (Gotha, 1892-Berlin, 1909). — D. Orano, Il Diario di
Marcello Alberini ( 1521-1536 ), dans Arch. délia Soc. rom.
di storia patria, xvin, 1895, p. 319-98, 401. — Pastor, iv,
781 ; V, 875. — P. Pecchiai, Roma net Cinquecento (Storia
di Roma, xiii), Bologne, 1948, p. 560. — A. PendagUa,
Paolo III pontefice, Carlo V imperatore e Francesco I re di
Francia in Nizza per trattare la pace net 1538. Lettera nar-
rativa pubbl. dal can. Giuseppe Anionelli, Ferrare, 1870. —
F. Petrucelli délia Gattina, Histoire diplomatique des
conclaves, i, 512-77; ii, 1-8 (Paris, 1864).
Roger MoLS.
2. CESARINI (Julien) senior (13987-1444),
cardinal de S. -Ange, de Ste-Sabine et de Tusculum,
légat en Allemagne pour la question hussite, président
du concile de Bâle, membre actif de celui de Ferrare-
Florence, légat dans les pays danubiens, disparu à la
bataille de Varna (10 nov. 1444).
I. Avant le cardinalat. — Né en 1398 (?;
l'Ann. pont., 1932, p. 130 et plusieurs auteurs récents
donnent 1389), de parents peu fortunés, Andreuzzo
Cesarini et Paolotia di Lorenzo Rustici, C. fut destiné
très jeune aux études, d'abord à Rome sa patrie, puis
à l'université de Pérouse où il commença son droit.
Étudiant très soigneux et avare de son temps, il
savait suppléer par son zèle et son ingéniosité au
peu d'argent dont il disposait : il étudiait dans
des livres d'emprunt et économisait les bouts de
chandelle qu'il récoltait aux tables des banquets. Il
gagnait son gîte et son couvert en travaillant comme
précepteur chez un bourgeois de la ville, nommé
Buontempi, et se lia d'amitié avec toute la famille. Il
poursuivit ses études à Bologne et à Padoue, où il
221
CESARINI
222
conquit son grade de docteur in utroque jure (G. Zacca-
gnini, Storia dello Studio di Bologna durante il Rinas-
cimento, Genève, 1930, p. 80; N. C. Papadopolus,
Historia gymnasii Patavini, i, Venise, 1726, p. 214).
Jeune lauréat, il y débuta aussitôt dans l'enseignement
du droit canon. Il compta parmi ses élèves Dominique
Capranica, qui devait devenir son collègue de promo-
tion cardinalice, et Nicolas de Cues, dont il avait
d'abord été le condisciple et qui lui dédiera, le 12 févr.
1440, comme à son « maître vénéré », une de ses
oeuvres principales, De docta ignorantia (dans Opéra,
éd. de Bâle, 1565, p. 1 ; cf. Vansteenberghe, 266). Son
enseignement dura deux ans. Fechner (p. 40) en place
le début en 1421. Catalanus (p. 5, note) parle des
années 1415 et 1416, chose inacceptable si l'on s'en
tient à la date admise pour sa naissance. Voir détails
sur sa jeunesse dans les deux esquisses biographiques
de Vespasiano Bisticci et de Pogge.
Quoi qu'il en soit, le cardinal Branda de Castiglione,
partant pour sa deuxième légation en Allemagne
(1422-1425), l'emmena à sa suite. Il fut certainement
présent à Mayence au printemps 1423, quand Branda
y publia sa constitution de réforme. Il accompagna
aussi le cardinal dans ses déplacements en Europe
centrale, en vue de résoudre la question hussite.
A peine rentré à Rome, il dut repartir pour une nou-
velle mission en France, auprès du duc de Bedford, en
vue d'obtenir un règlement favorable de la question
des collations de bénéfices. Il parvint à modifier le
sentiment du régent et à lui faire admettre la supé-
riorité du système imposé par la Constitution ponti-
ficale du 13 avr. 1425, laquelle fut déclarée exécutoire
par ordonnance royale du 26 nov. (Recueil des ordon-
nances, XIII, 107). (Cf. N. Valois, Hist. de la Pragma-
tique Sanction de Bourges sous Charles VII, Paris,
1906, p. XXV, XXVI, xxx; Fechner, p. 14, 15, 19, 25,
56, 60 sq., 105; Wilkins, Conc. Magn. Britanniae,
III, 479 sq.)
J. Cesarini remplit aussi plusieurs fonctions à la
Curie. On ignore à partir de quelle date. B. Katter-
bach (Referendarii utriusque Signaturae a Martino V
ad Clementem IX..., p. 13, dans Studi e Testi, 55) le
signale comme référendaire de la Signature et proto-
notaire apostolique.
Il fut nommé auditeur de la Rote le 1" août 1424 et
assermenté le 24 nov. (Baix, 257; W. v. Hofmann,
II, 91 ; E. Cerchiari, Capellani papae et apostolicae Sedis
auditores causarum Sacri Palatii apostolici seu Sacra
Romana Rota ab origine ad diem usque 20 sept. 1870,
II, 44-45).
Au retour de son ambassade anglaise, il fut nommé
cardinal-diacre, dans la promotion du 24 mai 1426,
mais reservatus in pector'e (texte du décret consistorial
dans Catalanus, 167 sq., cf. Eubel, i, 34, 49). Sa nomi-
nation comme cardinal-diacre de S. -Ange fut publiée
le 8 nov. 1430 {Ann. pont, 1932, p. 130).
Durant les années 1426 à 1430, il séjourna principa-
lement à Rome. Pour seconder Martin V dans l'éla-
boration de ses projets de réforme, il compléta, en se
référant aux expériences faites au cours de ses léga-
tions, un projet plus ancien organisant la réforme de
la Curie (Concilium Basiliense..., i, 109, 163 sq.;
VIII, 18).
Depuis le 11 août 1428 (Baix, n. 686-87, p. 257;
Leodium, ix, 1910, p. 131), il possédait un canonicat et
une prébende à Liège ainsi que l'archidiaconé de
Famenne. Il fut aussi archidiacre de Condroz (Leo-
dium, ibid.). Le 13 mars 1431, Eugène IV lui commuta
ces prébendes contre l'archidiaconé de Hesbaye et
d'autres à Liège, d'un revenu deux fois supérieur
(225 marks) et en le dispensant de devoir y résider
(Repertorium Germanicum,... Eugens IV., n. 149,
284, 471, 702, 2111-15).
II. Au CONCILE DE Bale. — L'attitude de C. au
concile de Bâle a été fort discutée. Comme il fut une
des figures maîtresses de l'Église de son temps, beau-
coup d'auteurs anciens ont essayé de l'édulcorer ou de
glisser sur ce chapitre de sa vie. Raison de plus pour
l'examiner en détail, à l'aide des trois principales séries
de documents publiés : les Monumenta conciliorum
generalium saeculi xvi, le Concilium Basiliense... et les
Deutsche Reichslagsakten (sigles : M. C, C. B.,D. RA.).
1° La campagne hussite de 1431. — Martin V l'ayant
désigné (1" janv. 1431) comme légat en Bohême et
pays voisins (Theiner, op. infra cit., Hung., ii, 206) et
lui ayant confié ses pouvoirs le 11 du même mois,
C. se mit en route le 23 ou le 24 (M. C, i, 67; ii, 13).
Son passage est signalé à Florence le 31 janv. (Arch.
stor. ital., 1894-2, p. 282), à Bologne le 7 févr. {Cronica
di Bologna, dans Muratori, anc. éd., xviii, 631).
Il était à peine parti qu'une nouvelle série de bulles
à son adresse, en date du \" févr., lui octroyaient les
pouvoirs de légat chargé de présider au nom du pape
le concile de Bâle, dont l'ouverture théorique avait été
fixée au 8 mars ; il pouvait prendre toutes dispositions
utiles pour garantir la sécurité du concile et, s'il y avait
lieu, le retarder, le déplacer ou le dissoudre {M. C,
i, 67; II, 12, 53; Mansi, xxix, 8, 11, 53). Durant la
quinzaine suivante, Martin V le chargea encore de
prendre, dans le cadre de sa première légation,
diverses mesures rendues nécessaires par l'avance des
Turcs vers la plaine danubienne (Repertorium Germa-
nicum..., Eugens IV., n. 2-3; Theiner, op. cit., Hung.,
II, 210). Quatre jours après son dernier acte, Martin V
mourait frappé d'apoplexie (20 févr. 1431).
Parti pour sa première légation, C, accompagné de
Jean de Raguse, son théologien, arriva à Nuremberg le
4 mars (Chron. der deutschen Stàdle, i, 380; Z). RA., ix,
608). Devant la diète réunie en cette ville il exposa, le
11 mars, ses projets de croisade antihussite pour l'été
suivant. Sur ces entrefaites, l'évêque d'Olmutz lui ap-
porta les bulles romaines contenant sa nomination
comme président du concile de Bâle (M. C, ii, 14;
I, 67).
Devant choisir entre deux missions, C. estima préfé-
rable de terminer d'abord la croisade, d'autant plus
que la nouvelle de la mort de Martin V lui était parve-
nue au plus tard le 1" avr. (D. RA., x, 144). D'ailleurs,
il était personnellement peu enclin à assumer la prési-
dence du concile : il écrivit même au nouveau pape
pour en être déchargé (M. C, ii, 14, 95; D.iîA.,x, 134).
Il partit pour une tournée de recrutement dans les
pays rhénans et jusqu'en » Flandre », par Bamberg,
Wurztbourg, Francfort, Mayence, le Palatinat, Cologne
et Liège (M. C, i, 72-74). Au cours de ce voyage, il eut
une entrevue personnelle avec Philippe le Bon, dont il
obtint la promesse • — qui ne fut pas tenue — d'une
aide militaire contre les hussites (lettres de C. à Jean
de Raguse : Cologne, 16 juin, Wurtzbourg, 25 juin,
dans M. C, i, 85; cf. Toussaint, 44 sq.). Il revint à Nu-
remberg le 27 juin (D. RA., ix, 611-12; M. C, i, 86).
Après avoir lancé un dernier rappel à plusieurs villes
de l'Empire (\" juill., D. RA., ix, 558 ; Mansi, xxx, 53 ;
M. C, 1, 90), il quitta Nuremberg le 7 juill. à la tête de
40 000 cavaliers, dont un contingent de troupes per-
sonnelles de 200 à 300 hommes, commandés par le
comte de Blavo (D. RA., ix, 560). Le 1«'' août, l'armée
entra en Bohême, mais subit, le 14 août, un désastre
dans les défilés de Taus (Palacky, iii-2, p. 544 sq. ;
M. C, II, 27). Au cours du sauve-qui-peut général, C.
perdit sa croix, son chapeau de cardinal et jusqu'à la
bulle qui le nommait légat. Ce désastre réduisait à
néant tous les espoirs de voir résoudre la question
hussite par la contrainte.
2° Ouverture du concile. — Le 25 avr. 1431, de pas-
sage à Germersheim, au cours de sa tournée de recru-
223
CESA
RINI
224
tement pour la croisade, G. avait envoyé Jean de Ra-
guse à Bâie, pour expliquer aux quelques Pères déjà
présents les raisons de son retard et leur demander de
prendre patience (M. C, i, 73). Au retour de sa tour-
née, pour répondre au désir exprimé par les Pères
(missive du 4 mai; M. C, i, 76), il chargea Jean de Pa-
lomar et Jean de Raguse de le remplacer à Bâle
(3 juilL; M. C, i, 86; Mansi, xxx, 48). Ceux-ci, ayant
quitté Nuremberg le 9 juill., ouvrirent le concile le 23
devant une assistance minuscule.
Après sa défaite de Bohême, G. assista, à Nurem-
berg, à un conseil des princes, présidé par Sigismond,
où il fut décidé que le légat se rendrait sans tarder à
Bâle, pour y régler pacifiquement la question hussite,
tandis que le Roi des Romains irait en Italie pour y
recevoir la couronne impériale et y rétablir la paix
(D. RA., IX, 632; x, 138). Renonçant donc à accompa-
gner Sigismond, comme il l'avait espéré (Altmann,
n. 12, p. 289), le légat, parti aussitôt, passant par Ulm
et Laufenbourg, arriva à Bâle, le 9 sept. 1431, où il fut
reçu avec grande pompe (description, dans C. B., ii,
13-14; Lazarus, 86); il prit logement d'abord dans la
maison de l'ordre Teutonique, ensuite dans l'abbaye
S. -Léonard. Le 11 sept., il inaugura ses fonctions. Puis
il fit expédier aux quatre coins de l'Europe des invita-
tions au concile (19, 24 sept., 7 oct.; M. C, i, 110, 115,
116; II, 32).
Le 14 déc, jour fixé pour l'ouverture définitive, G.
déclara le concile firmalum et stabilitum et prit pour
thème de son allocution le texte d'Isaïe, lu, 11 : Mun-
damini qui fertis vasa Domini (Mansi, xxix, 3;
M. C, II, 46).
3° Premier conflit avec Eugène IV (1431-33). — Au
cours du conclave d'où il devait sortir pape, le cardinal
Condolmario avait souscrit, ainsi que tous ses con-
frères, à une capitulation stipulant qu'il s'en rapporte-
rait à la majorité du Sacré Gollège du soin de régler les
modalités du concile (Raynaldi, ann. 1431, n. 5-6).
Le premier acte d'Eugène IV, le jour même de son
couronnement (12 mars 1431), fut d'écrire à G. : il le
confirmait dans sa mission concernant « la cause de la
foi » (c.-à-d. la question hussite), mais faisait des ré-
serves et demandait conseils et plus amples informa-
tions quant au concile ( Mansi, xxix, 561 ; cf. Hefele-
Leclercq, t. vu, 673, note). Ges premières direc-
tives furent confirmées par deux autres bulles (22 avr.
et 30 mai). Cette dernière a été souvent interprétée
comme une ratification des pouvoirs octroyés par
Martin V. Son sens réel est bien plus réticent : le pape y
fait savoir au cardinal Julien qu'après le règlement de
la question hussite il sera toujours temps pour lui de se
rendre à Bâle pour y prendre une décision conforme à
la situation telle qu'elle se présentera alors (M. C, i,
106-07, avec date inexacte, 31 mai; Mansi, xxix, 13).
Cette date tardive et ce texte réticent prouvent que le
nouveau pape n'éprouvait à l'endroit du concile qu'un
enthousiasme mitigé.
C. eut connaissance de ces deux bulles avant de par-
tir pour son expédition de Bohême. A son retour, la si-
tuation quant au concile n'avait pas changé. Dès son
arrivée à Bâle, il délégua à Rome son envoyé de con-
fiance, Jean Beaupère, avec mission (C. B., ii, 549)
d'amener le pape à encourager la participation au con-
cile, à y venir lui-même si possible, et en tout cas à in-
tervenir au plus tôt pour faire cesser les obstacles,
avant tout les hostilités entre les ducs de Bourgogne et
d'Autriche qui se déroulaient aux portes même de
la ville.
Parti de Bâle le 17 sept. (C. B., ii, 15; M. C, i, 107;
II, 32), Beaupère fit route à petites journées. Il n'arriva
à Rome que le 2 nov. (D. RA., x, 146). Il y trouva un
pape devenu infirme par suite d'une grave attaque
d'apoplexie dont il ne se remit jamais entièrement. Les
renseignements qu'il apportait, en noircissant sans
doute encore les traits du tableau, expliquent l'issue de
sa mission : d'accord avec dix cardinaux, Eugène IV
décréta la dissolution du concile de Bâle et la convoca-
tion d'un autre à Bologne, pour le printemps 1433
(Quoniam alto, première rédaction, 12 nov. 1431 ;
M. C, II, 67). Une seconde bulle, datée du même jour,
donnait pouvoir à C. de dissoudre le concile (cf. Ray-
naldi, ann. 1431, n. 21 ; M. C, ii, 70; Mansi, xxix, 561,
date inexacte; D. RA., x, 146). Il se peut qu'un docu-
ment non daté (Reperlorium Germanicum..., n. 2298),
permettant à G. de convoquer un concile particulier en
Allemagne pour la question de la réforme, date aussi
de cette époque.
Les deux bulles du 12 nov. furent confiées à Daniel
de Rampi, évêque de Parenzo, avec mission, si besoin
en était, d'afficher la première aux portes de la cathé-
drale de Bâle. De Rampi eut en toute cette affaire une
attitude qui ne fait pas honneur à son rang. Arrivé à
Bâle, le 23 déc, il jugea plus prudent de ne pas dévoiler
immédiatement son message. Après plusieurs jours
d'atermoiements et quelques déclarations faussement
lénifiantes, il remit à C. la seconde bulle, nia avoir rien
reçu d'autre et quitta brusquement Bâle pour se
rendre à Strasbourg (après le 6 janv.). M^gré les
efforts de C, averti au dernier moment de ce qui se
tramait, un clerc de la suite de Rampi, Jean Geparelli
de Prato, tenta, le 13 janv. 1432, de donner lecture de
la première bulle du 12 nov., au cours d'une réunion
conciliaire. Il en fut empêché par les Pères assemblés
qui ne voulurent rien entendre (M. C, ii, 64-66). Le
conflit était ouvert.
A ce moment, G. se rendait fort bien compte de la
situation délicate où le mettait sa qualité de président
du concile. Peut-être l'idée lui vint-elle, au début,
d'obtempérer au désir d'Eugène IV (Valois, i, 134). Il
ne la retint pas, comprenant que la mesure prise par
Eugène IV s'expliquait surtout par un manque d'in-
formations récentes, suffisantes et exactes (voir sa
réponse aux instructions données par le pape à
l'évêque de Parenzo, Mansi, xxix, 279). Décrire au
pape la situation sous son vrai jour et, en attendant
que ses renseignements donnassent à celui-ci le temps
de se raviser, éviter que le concile ne s'engage sur une
pente irréparable, tel semble avoir été son objectif.
Il envoya trois messages à Rome : un premier, le
jour même de l'incident Geparelli (13 janv. 1432 : au
pape, M. C, II, 95; aux cardinaux, ibid., 109; voir
aussi Pastor, i, 300); un second et un troisième, les 22-
23 janv., le 8 ou 9 févr. (M. C, ii, 107, 108; 111-17).
C'est seulement lorsqu'il écrivit son troisième message
que G. avait eu connaissance d'une nouvelle mesure,
plus radicale encore, qui avait été prise à Rome le
18 déc. 1431. Par une deuxième rédaction de sa bulle
Quoniam alto (M. C, ii, 72; Mansi, xxix, 564),
Eugène IV prononçait d'autorité la dissolution immé-
diate du concile. Tandis que cette bulle était publiée
aussitôt à Rome, et que sa teneur était communiquée
aux puissances, elle fut adressée au légat avec un ordre
personnel lui enjoignant in virtute sancte obediencie de
quitter Bâle, aussitôt qu'elle y serait publiée, pour se
rendre là où il pourrait reprendre ses activités concer-
nant les hussites (C. B., i, 246). Entre temps, l'envoyé
de G., Jean Beaupère, était lui aussi revenu de Rome,
apportant au légat la confirmation du désir pontifical.
Toutefois un autre son de cloche se faisait entendre
du côté du Roi des Romains. Sigismond, venu en Ita-
lie pour y recevoir la couronne impériale, poursuivait
une politique conciliaire semblable à celle du légat et
gardait avec ce dernier un contact épistolaire étroit.
Dès qu'il eut reçu notification de la bulle du 18 déc,
Sigismond fit manœuvrer à Rome pour en obtenir la
révocation et il écrivit à G. de ne pas y donner suite.
225
CE S A
RI NI
226
(10 janv. 1432; Altmann, dans Regesta Imperii, xi,
n. 9004; Martène et Durand, viii, 54).
Se sentant épaulé par Sigismond, C. décida de ne
pas quitter Bâle, tout en gardant ses coudées franches
vis-à-vis du concile. Sa présence à Bâle serait purement
platonique. 11 refusa de signer l'encyclique conciliaire
du 21 janv. protestant contre le décret de dissolution.
A la séance du 8 févr., il récusa la présidence de l'as-
semblée certis de causis animum suum ad hoc movenli-
bus (C. B., II, 27). Le 11 févr., il s'abstint de paraître
aux délibérations, puis il envoya un message aux
Pères pour leur demander de suspendre les réunions du
concile, en attendant le retour de leur délégation en-
voyée à Rome. 11 fut soutenu par l'abbé de Cîteaux,
mais les autres passèrent outre et, d'un commun ac-
cord, la ii« session générale fut fixée au 15 févr.
(C. B., II, 32). G. n'y parut pas.
Retiré sur son Aventin, le président du concile garda
néanmoins le contact avec l'assemblée : il continua
d'assister aux cérémonies du culte et de trancher les
cas difRciles, pour lesquels il restait, comme aupara-
vant, l'arbitre ou le conseiller. Pourtant, l'attitude de
Rome risquant de passer pour de l'obstination, C. se
vit contraint de lâcher du lest : à partir du 20 mars, il
recommença à assister aux réunions de la députation
de communibus dont il était président; à partir du
16 mai (C. B., ii, 114), après avoir laissé sans réponse
pendant plus de deux semaines (C. B., ii, 110-12),
quelques Pères venus pour le fléchir dulcibus et
koneslis verbis (C. B., ii, 100), il présida à nouveau les
congrégations générales. Aux iv«, v« et vi« sessions
(20 juin, 9 août, 6 sept.), il fit acte de présence, mais
refusa d'acquiescer aux démarches faites pour qu'il
reprît la présidence (C. B., ii, 193, 216, 219).
11 espérait toujours qu'un revirement poindrait du
côté de Rome. Dans ce but, il adressa, le 5 juin, une
nouvelle lettre au pape; non content de faire valoir des
raisons d'opportunité, il y abordait cette fois le fond du
débat et réfutait toutes les objections soulevées contre
le concile (M. C, ii, 203; Valois, i, 160-61).
Pourtant les nouvelles qui arrivaient de Rome au
compte-gouttes étaient décourageantes. L'ambassade
conciliaire revint le 2 mai avec un rapport très défavo-
rable. Elle fut suivie, le 14 août, par une ambassade
pontificale, conduite par l'archevêque de Tarente. La
commission des Douze, chargée d'étudier son message
et d'y répondre, se réunit toutes les après-midi sous la
direction et dans la maison de C. (C. B., ii, 202). Le
3 sept., C. communiquait la réponse négative aux en-
voyés d'Eugène IV.
Un autre événement contribua grandement à déta-
cher C. de son attitude expectante : l'arrivée à Bâle de
ses deux amis, le cardinal Dominique Capranica et Ni-
colas de Cues, venus rejoindre le concile (Becker, p. 25-
26). Très influençable par l'attitude de ses amis, cette
arrivée, ainsi que le déni de justice dont Capranica
avait été victime de la part du pape, le firent réfléchir :
le 12 sept., il accepta de reprendre la présidence des
sessions, à condition toutefois de pouvoir s'en dé-
mettre quand bon lui semblerait (C. B., ii, 219). 11
présida donc la vu» session (6 nov. ; C. B., ii, 263),
ainsi que la viii« (18 déc. ; M. C, ii, 288) qui, pour
la troisième fois, mettait le pape en demeure de
retirer son décret de dissolution dans les soixante
jours.
Ce délai étant venu à expiration, la x« session
(19 févr. 1433) risquait de prendre une mesure irrépa-
rable en déclarant le pape contumace. C. réussit, par
une habile manœuvre, à différer l'éclat (Hefele-
Leclercq, vu, 792). Ce fut heureux, car à cette date
Eugène IV avait enfin modifié son attitude : le
5 mars (C. B., v, 43), une ambassade romaine, con-
duite par Jean de Mella, arrivait à Bâle, ppur proposer
DisT. d'hist. et de géogr. ecclés.
le choix entre quatre solutions transactionnelles
(C. B.y II, 366-67).
Peu après, une nouvelle bulle (14 févr. 1433; lue à
Bâle le 27 mars) acceptait la continuation du concile à
Bâle, sans toutefois ratifier ce qui y avait été accom-
pli, en particulier concernant les décrets de Constance
sur les rapports entre pape et concile (cf. Mansi,
xxix, 569; M. C, ii, 370). Enfin, le 1" mars, le pape
désignait quatre prélats pour présider le concile, sans
spécifier s'ils devaient remplacer C. ou siéger avec lui
(Raynaldi, ann. 1433, n. 8). Seulement, ces prélats
étant retenus à Rome par le couronnement imminent
de Sigismond fixé au 31 mai, le pape manda à Jean de
Mella et â ses compagnons d'assumer la présidence:
intérimaire (7 mai) et leur adjoignit C. (8 mai) (Mansi,
XXX, 539, 540; Martène et Durand, viii, 586-87),.
A Bâle, C. avait répondu, dès le 4 avr., aux envoyés
romains, que le concile ne pouvait se rallier aux propo-
sitions dont ils étaient porteurs (Mansi, xxx, 512).
Aussi, le 5 juin, leur demande de pouvoir partager la;
présidence du concile avec C. eut-elle pour effet de
réveiller l'animosité des Pères (C. B., i, 313 sq.;
II, 420-21). Sentant approcher l'orage, C. essaya, une
fois de plus, de le conjurer. Le 19 juin, il écrivit à l'em-
pereur, le priant d'user de toute son influence auprès
du pape {D. RA., xi, n. 6, p. 40); il joignait l'ébauche
d'une formule d'adhésion au concile (Dudum sacrum,
publ. dans Becker, 94) que l'empereur était prié de
faire accepter au pape. En même temps, il écrivit au
pape, lui promettant de prendre sa cause en mains s'il
s'engageait à suivre ses 'conseils (M. C, ii, 484).
Entre temps, le concile ayant achevé sa réponse aux
propositions pontificales, C. la fit connaître le 16 juin
(M. C, II, 373; Mansi, xxix, 267); par ailleurs, se con-
sidérant comme président légitime, il refusa d'user de
sa nouvelle investiture (Valois, i, 246). Le lendemain,
sous la conduite de l'évêque de Coire, une délégation
des ambassadeurs de tous les souverains représentés au
concile — sauf le roi de France — se rendit auprès du
légat, le priant de faire en sorte que tout éclat contre le
pape fût évité, aussi longtemps que les présidents
définitifs désignés par le pape ne seraient pas arrivés
(C. B., II, 433). De son côté, le cardinal Orsini écrivit
de Rome au légat une lettre suppliante (15 juill. ; texte
dans E. Kônig, 116). Toutefois, dans les députations,
la majorité soutint la solution extrémiste, qui fut ad-
mise en congrégation générale (19 juin; C. jB., ii, 434).
Des voix désavouées par le légat s'ét-aient même éle-
vées pour soumettre à examen la légitimité de l'élec-
tion d'Eugène IV (M. C, ii, 385). Bien qu'il eût lui-
même proposé une formule plus bénigne (G. B., ii.
441) qui fut rejetée par 34 voix contre 16, C. rédigea le
décret, sévère dans sa forme, accordant au pape un
délai de soixante jours pour comparaître (Mansi,
XXIX, 56; M. C, ii, 398).
Par mesure de condescendance, la xii» session, où il
devait être publié, fut retardée de dix jours : elle se
tint le 13 juill., au milieu d'une très grande confusion
(C. B., I, 66-68).
Le terme du délai approchant, une nouvelle tenta-
tive dilatoire fut entreprise par le protecteur du con-
cile, le duc de Bavière. A sa requête C. répondit fort
raidement que la responsabilité de tout schisme éven-
tuel retomberait sur le pape et non sur le concile dont
la mansuétude éclatait à tous les yeux; il conclut que
lapso termina concilium procedei prout Spiritus Sanctus
diclaverii, et taliter quod dominas imperator et totus
mundus meriio debebit contentari (17 août; C. B., il,
465; M. C, II, 408; X). iîA., XI, n. 20, p. 53). .
Ignorant ce nouveau raidissement des milieux bà-
lois, le pape, sollicité par Sigismond, publia trois nou-
velles bulles dont la principale, datée du 1^'' août,
n'était autrç que l'ébauche Dudum sacrum. Seulement,,
H. — XII. — 8 —
227
CESARINI
228
au lieu de jouer franc jeu, Eugène IV voulut finasser.
La bulle parut sous une double rédaction. Une pre-
mière, destinée à être mise sous les yeux de l'empereur,
reprenait le texte de l'ébauche en n'y modifiant que
deux mots (volumus et contentamur au lieu de decerni-
mus et declaramus). Une seconde sensiblement plus mo-
difiée fut envoyée à Bâle. Il se fit que le texte de la
première, parvenu à Bâle par des voies détournées, y
fut connu avant .celui de la seconde. Dès qu'il en eut
connaissance, C. vit le danger. 11 alerta l'empereur et
insista pour qu'il obtînt du pape le texte intégral de
l'ébauche proposée. L'empereur, qui avait déjà quitté
Rome pour se rendre à Bâle, mit en branle la diploma-
tie vénitienne (voir, sur la double rédaction Dudum
sacrum, D. RA., xi, 15-16 et les documents qui y sont
cités).
Auprès du concile Sigismond obtint juste à temps
(7 sept.), et grâce à l'entremise du légat, une promesse
de prorogation ultime de trente jours. La xiii'= session
(11 sept.), où cette prorogation devait être publiée, fut
très nerveuse et faillit tourner à l'orage. Le promoteur
du concile ayant déclaré le pape contumace, les am-
bassadeurs pontificaux accoururent pour protester;
par une intervention habile et éloquente, C. apaisa les
passions (C. B., ii, 479; M. C, ii, 444; D. RA.,
XI, n. 27, p. 61).
Pendant le mois qui suivit (certainement dès avant
le 16 sept.), C, tombé malade, dut se faire remplacer à
la présidence par le cardinal placentin Branda de Cas-
tiglione.
La tension atteignit son point culminant quand, le
jour même de l'expiration du délai (11 oct. 1433), le
concile étant réuni sous la présidence du cardinal
Branda, l'empereur s'y présenta, arrivant tout droit
d'Italie. Sa première parole fut pour demander que le
cardinal de Saint-Ange reprît, si possible, ses fonc-
tions (M. C, II, 464). Par considération pour Sa Ma-
jesté, le délai pontifical fut prorogé de huit jours.
Le surlendemain (13 oct.), C, à peine convalescent
et craignant encore de prendre l'air (rapport de .lean
de Montoison à l'abbé de Cluny; C. B., i, 255), reprit
néanmoins la présidence. Lecture fut faite de la bulle
Dudum sacrum qui, examinée en députation, fut reje-
tée à l'unanimité comme insuffisante. C. prit une part
très active aux discussions qui eurent lieu les jours
suivants dans sa propre maison eu présence de l'em-
pereur (C. B., II, 504; M. C, ii, 468; bon résumé
dans D. RA., xi, 20-21).
Le 16, au cours d'une entrevue restreinte, il prit la
parole au nom du concile. Dans un discours qui dura
au moins une heure (D. RA., xi, 111), il contesta au
pape le droit de dissoudre un concile général. L'ar-
chevêque de Spalato, Zabarella, ayant pris la défense
du pape, C. l'interrompit par deux fois et gratifia en-
suite son auditoire d'un nouveau discours (Mansi,
XXX, 645; M. C, u, 475). Finalement de nouveaux
délais furent accordés qui permirent le succès d'une
tentative de médiation proposée par l'empereur et les
Vénitiens. L'accord de principe eut gain de cause au
concile (7 nov., xiv« sess., Mansi, xxix, 72), ainsi qu'à
Rome (15 déc; M. C, ii, 565; Mansi, xxix, 78). La
paix fut scellée à Bâle au cours de la xvi" session
(5 févr. 1434; M. C, ii, 564).
Ainsi le premier conflit entre le pape et le concile
s'était terminé par une victoire bâloise. De fil en
aiguille, Eugène IV avait dû céder à peu près sur toute
la ligne : reconnaissance du concile et du lieu où il était
réuni, approbation rétroactive des décisions prises,
levée des sanctions prononcées contre deux cardinaux,
adoption jusqu'au dernier mot de la formule proposée
pour reconnaître le concile.
Si le schisme put être évité, on le doit avant tout à
l'action médiatrice personnelle de Sigismond et de C.
Lorsque plus tard ces deux appuis feront défaut, à
cause de la question grecque, le concile de Bâle ne tar-
dera pas à se séparer de l'obédience romaine.
4° La question hussite. — L'ancien compagnon de
légation du cardinal Branda n'oublia jamais l'impor-
tance de cette question pour la paix de l'Europe. La
solution violente ayant échoué à Taus, C. se mit, avec
la même ardeur, à rechercher un terrain d'entente
pacifique. Ses principales interventions en ce domaine
sont :
1. Envoi aux hussites d'une invitation à venir au
concile (15 oct. 1431; M. C, i, 135; ii, 38; Mansi,
xxix, 233). Eugène IV se montra fort mécontent de
cette initiative; elle fut une des causes de son acte du
18 déc. (Mansi, xxix, 567). Dans ses lettres au pape
des 23 janv. et 8 févr. 1432, C. tenta de se justifier.
Faisant état de la tournure favorable prise par les
négociations avec les Tchèques, il demanda au pape de
surseoir à la dissolution du concile au moins jusqu'en
juin. (Mansi, xxix, 665; M. C, u, 104). Pendant près
d'un an il travailla sans relâche à obtenir des Tchèques
l'envoi d'une délégation à Bâle (M. C, i, 135-258).
Peut-être fut-il aussi l'inspirateur ou le rédacteur du
traité inédit De justificatione vocationis Bohemorum
(Valois, I, 143, note);
2. Discours d'accueil très conciliant adressé, le
12 oct. 1432, aux deux premiers Tchèques arrivés
à Bâle;
3. Négociations avec la délégation hussite officielle
durant son séjour à Bâle (4 janv.-14 avr. 1433). A
cette occasion, il prononça trois discours remarqués :
a) le 10 janv. (texte dans Mansi, xxix, 492-522;
M. C, II, 299 sq.), discours de deux heures très émou-
vant (Palacky, iii-3, 73); — ft^ le 28 janv., discours
très irénique, comportant les 28 articles extraits des
œuvres de Wiclefî, au sujet desquels les Tchèques
étaient priés de se prononcer (Mansi, xxx, 258); —
c) le 13 avr., discours d'adieu (A/. C, i, 352 sq.).
C. prit aussi une part prépondérante aux échanges de
vues en séances publiques et en commissions (cf. M. C,
I, 258-86 : Jean de Raguse, Tractatus de reductione
Bohemorum: ibid., 289-356 : Petrus Zatecensis, Liber
diurnus de gestis Bohemorum in concilia Basiliensi).
Enfin, il savait mieux que personne combien visites et
banquets peuvent briser la glace : il noua ainsi avec
plusieurs membres de la délégation tchèque de solides
contacts personnels (Palacky, iii-3, 75-76);
4. Relations avec les deux ambassades du concile
envoyées à Prague pour y continuer les conversations
(avr. et sept. 1433) qui aboutirent aux Compactata
de Prague;
5. Négociations avec le concile, l'empereur et son
chancelier, Kaspar Schlick, au sujet de l'aide à appor-
ter aux catholiques de Bohême, surtout à la ville de
Pilsen assiégée par les hérétiques. D'abord très réti-
cent aux ouvertures de Sigismond (7 et 8 nov. 1433),
les interventions de C. se firent plus pressantes au début
de l'année suivante (M. C, ii, 584);
6. Projet de rencontre à Nuremberg entre l'empe-
reur et les hussites (janv. 1434; cf. propositions du
légat à l'empereur, à ses conseillers et réponse de
l'empereur, D. RA., xi. n. 141-43, p. 270-74; M. C,
II, 585-89);
7. Lettre sévère à Martin Lupac, réclamant l'obser-^
vation par les Tchèques des Compactata de Prague!
(26 févr. 1434; Mansi, xxx, 823; M. C, i, 735); |
8. Contacts épistolaires avec les nouvelles ambas-J
sades conciliaires chargées de poursuivre les pourparJ
1ers avec les hussites à Ratisbonne (août 1434), Vienna
(févr. -avr. 1435), Brunn (juill. 1435), Stuhlweissen-I
burg (Alba Regalis, déc. 1435-janv. 1436), Iglaii
(juill. 1436). Voir sur ces diverses ambassades et leurs
relations avec Bâle : G. Carlier, Liber de legationibusA
229
CESA
RINI
230
dans M. C, i, 361-700; T. Ebendorfer, Diarium geslo-
rum per legatos concilii Basil., ibid., 736-83; J. de
Tours, Regeslum actorum in legationibus a sacro
concilio in Bohemiam, ibid., 790-867;
9. Réception de la dernière légation hussite à Bâle
(18 août 1437; discours d'accueil, M. C, n, 1062);
direction des conversations avec les hussites touchant
la communion sous les deux espèces; discours à leur
départ (29 nov. ; M. C, ii, 1080); préparation du
décret du 23 décembre.
5" Travaux de réforme. — C. y consacra le plus clair
de son activité, surtout durant les deux années calmes
(1434 et 1435). Chaque semaine les députations lui
confiaient la solution de plusieurs questions en litige,
de celles surtout qui intéressaient l'extirpation des
abus. Impossible d'énumérer toutes ses initiatives en
ce domaine. La première mesure prise dès qu'il arriva à
Bàle fut d'organiser une visite canonique du clergé de
la ville (oct. 1431 ; C. B., i, 7; ii, 6). Une nouvelle visite
fut prescrite en août 1434. Toutes deux furent fruc-
tueuses : la première fut suivie de sanctions sévères
contre les clercs dont la conduite n'était pas régulière
(C. B., I, 14). A la suite de la seconde, il publia les sta-
tuts de réforme pour le chapitre de Bâle (C. B., vni,
182 sq.). De 1434 à 1437, le concile lui accorda aussi à
plusieurs reprises des pleins pouvoirs pour faire visiter
certains monastères allemands (énumération dans
Becker, 40 sq. ; Zeibig, Beitrûge zur Geschichte der
Wirksamkeit des Basler Konzils in Oesterreich, Sit-
zungsber. der Wiener Akad. der Wiss., viii, 522 sq.).
A l'intérieur du concile, il inspira la rédaction du
règlement De modo Vivendi in concilio (résumé et réfé-
rences dans Valois, i, 314; cf. Mansi, xxix, 382). Il
rappelait inlassablement aux Pères qu'un de leurs ob-
jectifs primordiaux devait être le travail de réforme
(ainsi les 30 mars et 20 avr. 1434, les 25 févr. et 7 août
1436; C. B., ni, 53, 76; iv, 58, 238). Du dehors on
s'adressait à lui pour qu'il agît en ce sens (Martène et
Durand, viii, 740; D. RA., xii, n. 17, p. 31). On lui doit
un projet de décret contre la simonie, présenté le
30 mars 1434 (C. B., m, 53; M. C, u, 676; R. Zwôlfer,
217), qui suscita l'hostilité des prélats et dut être forte-
ment remanié avant son admission en 1435.
Le principal obstacle à l'avancement de ces travaux
était la manie du concile de s'occuper de toutes les
questions d'administration courante de l'Église, en
lieu et place du pape et des services romains. Il s'en-
suivait un embouteillage de l'ordre du jour des dépu-
tations par des causes de toutes espèces : suppliques,
dispenses, procès, etc. Pour y remédier, plusieurs sug-
gestions proposées par C. furent admises : interrup-
tion, à certains jours déterminés, de tout travail autre
que celui de la réforme; simplification de la procédure
pour des causes profanes ou d'importance mineure
(août 1435 et févr. 1436; C. B., m, 477; iv, 60) : les
causes matrimoniales et les dispenses ob defecium nata-
lium furent directement confiées au légat, qui reçut
aussi le pouvoir de lever les censures réservées à la
Curie (M. C, ii, 342); — il fut même question, le
16 mars 1436, de lui confier le règlement de toutes les
dispenses (C. B., iv, 83).
Durant ce temps, C. travaillait en privé à une œuvre
de plus grande envergure, pour laquelle il sollicitait la
collaboration des bonnes volontés. Le vol. viii du
C. B. renferme (p. 33-181) le texte de 21 projets de
réforme datant de l'été 1432 au début de 1435. Ces
mémoires, annotés en marge par le légat, passèrent
par la suite en possession d'un autre grand promoteur
de la réforme, Nicolas de Cues : ils furent retrouvés par
J. Haller dans un codex de la bibliothèque de l'hôpital
de Cues (J. Haller, Die Kirchenreform, 10; C. B.,
vin, 4).
Muni de ce précieux dossier, le légat se retira, fin
févr. 1435 (C. B., lu, 324), durant trois semaines, à la
chartreuse de Klein Basel, pour le travailler. Les Pères
reçurent l'avis de lui faire connaître leurs suggestions.
Le 4 avr. 1435, Ulrich Stôckel manda à son couvent de
Tegernsee que C. avait achevé un beau plan de réforme
en sept parties et qu'il en soumettait l'ébauche, partie
par partie, aux députations conciliaires (C. B.,
I, 89, 92).
Ce plan n'a pas été conservé. Le décret De cultu
divine (xxi« sess., 9 juin 1435; M. C, n, 802) s'est
inspiré directement d'une de ses parties, comme aussi
des statuts de réforme du chapitre de Bâle (C. B.,
VIII, 25, note et 28).
Par la suite, le projet C. fut relégué dans l'ombre
par des questions plus brûlantes, mais il ne tomba pas
entièrement dans l'oubli : en 1440 et 1441, longtemps
après le départ de son auteur, des Pères de Bâle s'in-
formèrent encore des « cahiers » de l'ancien légat
(C. B., VII, 237, 389).
6° Armistice avec Rome et question des annales. —
L'accord conclu de mauvaise grâce, à la fin de 1433,
était loin de dissiper toutes les préventions réci-
proques. Préoccupé par les troubles graves qui avaient
éclaté en 1433 dans ses États (troubles soutenus en
sous-main par le duc de Milan et aussi, malgré les dé-
mentis de C, par une fraction des Pères de Bâle),
Eugène IV dut se montrer plus accommodant envers
le concile. Plus encore, en 1434, lorsqu'il fut contraint
de fuir sa capitale pour chercher refuge à Florence. Il
n'empêche : la lettre doucereuse, qu'en juill. 1434 il en-
voya de Florence à C. et dans laquelle il présente la
suite des événements comme s'il n'y avait jamais eu
entre Rome et Bâle de désaccord quant au fond
(C. B., I, 328), ne réussit pas à donner le change.
Eugène IV se méfiait toujours des Pères de Bâle et
redoutait, non sans raison, leurs réactions anti-
romaines. Même en C. il n'avait pas une confiance
absolue : personnellement, il reconnaissait sa loyauté
(lettre d'Eugène IV au doge : Raynaldi, ann. 1433,
n. 19; Hefele-Leclercq, 815); mais sa bulle du
17 déc. 1433 était ainsi rédigée qu'elle ne lui reconnais-
sait le pouvoir de présider le concile que conjointe-
ment avec quatre nouveaux présidents (Mansi, xxix,
578; M. C, ii, 604). Et puis, C. n'était pas tout le con-
cile. Parmi le clergé de second rang, les tendances dé-
magogiques s'accentuaient. Elles avaient déjà mis la
diplomatie de C. à une rude épreuve. La paix entre
Rome et Bâle tenait à un fil.
Le fil résista jusqu'au printemps 1435. Bien que
non sans peine (M. C, ii, 606 sq.; Valois, i, 320-29),
les quatre nouveaux présidents nommés par le pape
furent incorporés (24 avr. 1434; C. B., m, 80). Deux
jours après, la xvii« session, en présence de l'empe-
reur et de 106 prélats mitrés, fut présidée par eux en
même temps que par C. Il en fut de même dans la
suite, pour un grand nombre de réunions. Toutefois,
C. continua à tenir une place beaucoup plus impor-
tante qu'eux dans les délibérations. A plus d'une
reprise, il assuma même seul la présidence, en parti-
culier à la xviii* session, où furent renouvelés les dé-
crets de 1415 sur la suprématie conciliaire (26 juin
1434; C. B., m, 134; Mansi, xxix, 91 ; M. C, ii, 712).
En 1435, un nouveau conflit surgit au sujet des an-
nales. La suppression des annales et le dédommage-
ment éventuel à accorder au pape avaient déjà figuré
en 1433 à l'ordre du jour des travaux conciliaires, mais
ils ne furent qu'effleurés; leur discussion reprit en 1435.
Une congrégation générale et la xxi'= session, présidées
toutes deux par le seul C. — les présidents pontificaux
ayant protesté publiquement (C. B., m, 408, 412-
13) — décrétèrent la suppression des annales (3 et
9 juin 1435; Mansi, xxix, 104; M. C, ii, 801). Le
coup était d'autant plus sensible pour Eugène IV que,
231
CESA
RINI
232
se trouvant exilé à Florence, il ne touchait plus les
revenus de ses États. Très mécontent de cette déci-
sion, le pape en rejeta la responsabilité sur le légat
(C. B., 1, 91) et envoya à Bâle une nouvelle légation
conduite par le général des Camaldules, Ambroise
Traversari. Il ne pouvait mieux choisir son messager.
Traversari et Cesarini étaient d'anciens amis. Les trois
mois que Traversari passa à Bâle eurent sur l'attitude
du légat une influence décisive, malgré les apparences.
Les lettres de Traversari sont des témoignages de
première valeur sur l'attitude psychologique du légat
et son évolution dans la question pontificale. Excel-
lent observateur, Traversari se rendit fort bien compte
de la position de C. au concile. A son arrivée à Bâle, il
trouva un légat systématiquement soupçonneux et
méfiant envers tout ce qui portait une empreinte
romaine, très susceptible aussi vis-à-vis de ses coprési-
dents (Epist., cxxvi, éd. Mehus, col. 177). En 1434,
C. avait été fortement impressionné par la grandeur
avec laquelle le pape avait subi son humiliation. Il lui
en garda toujours une profonde admiration et ne se
faisait pas faute de le dire (Valois, i, 321). Mais il y
avait entre lui et les milieux romains une opposition de
principe. Profitant du séjour à Bâle de Traversari, le
pape fit pressentir G. (sept. 1435) pour qu'il s'entremît
entre lui et le concile. C. accepta et proposa au pape
une formule à rédiger en ce sens, en insistant toutefois
pour qu'Eugène IV fît un « geste audacieux » dans la
question des annates et des indulgences, afin de ba-
layer d'un coup toute la rancœur des Pères de Bâle
(mémoire de C. au pape, 4 oct. 1435; C. B., i, 387 sq.).
Pendant tout son séjour, Traversari eut avec C. des
conversations quotidiennes. Le général camaldule
n'épargna pas son ami; il lui parla à cœur ouvert; il
déploya tous ses efforts pour lui faire abandonner son
préjugé conciliaire (lettres à l'évèque de Cervia, cx-
cxxv, col. 141-76). Plus d'une fois il crut l'avoir em-
porté, pour constater le lendemain que rien n'était
fait. C. ne se livrait pas. Traversari se plaignit sou-
vent de ne pouvoir lire au fond de sa pensée.
Dans ses lettres au pape (xii-xvi, col. 28-35), Tra-
versari s'exprime à son sujet d'une manière où alternent
l'espoir et le découragement : saepe spes subit, saepe
desperatio (xv, col. 33). Une même hésitation se mani-
feste dans sa lettre xliii (col. 80) au cardinal Orsini, et
sa lettre li (col. 86-88) écrite à C. peu après son départ
de Bâle et où il le conjure de rester dans la bonne voie.
Extérieurement, la mission de Traversari se solda
par un échec. Aux déclarations et propositions qu'il fit
en public C. répondit en prenant la défense des déci-
sions conciliaires (3 nov. ; M. C, ii, 819; Mansi,
XXIX, 273). Mais le grand helléniste était assez fin
psychologue pour remarquer qu'un réel changement
s'était opéré dans la mentalité du légat (lettre cclv, à
Cosme de Médicis, col. 333; lettres dcii, dciii, à son
confrère Mariotto Allegri, col. 710, 712).
Pendant les premiers mois de 1436, on ne remarqua
aucun revirement dans l'attitude extérieure du légat;
il défendit quant au fond les principaux projets conci-
liaires, même les moins favorables aux prérogatives
romaines, pourvu toutefois que l'on tînt compte de
l'équité et de la conciliation; il eut des paroles très
sévères au sujet du pape (Valois, ii, 30-31); mais
jamais il ne donna son assentiment à un acte suscep-
tible d'entraîner une rupture.
Lorsqu'il fut question de nouveau d'envoyer un mo-
nitoire au pape pour « qu'il révoquât toutes les mesures
prises contre les décrets conciliaires concernant la
réforme dans le chef et dans les membres », il proposa
plutôt l'envoi d'une ambassade chargée d'exhorter le
pape à agir en ce sens; il rédigea le texte des instruc-
tions à lui confier et expliqua la manière dont elle
aurait à se comporter (13 et 20 janv. 1436; C. B.,
IV, 18, 20-24). Les présidents pontificaux s'étant abste-
nus de paraître à ces réunions par manière de protes-
tation, C. occupa seul la présidence et n'hésita pas,
malgré cela, à prononcer la conclusion (C. B., iv, 21).
Il fit de même d'une façon habituelle, depuis le
11 avr., un nouveau conflit ayant surgi au sujet des
indulgences que les Bâlois projetaient de décréter
pour subvenir aux frais du concile d'union avec les
grecs. Quand ce projet fut déposé pour la première fois,
C. demanda que l'on suspendît la décision jusqu'à l'ar-
rivée des délégués pontificaux envoyés à cet effet
(9 mars; C. B., iv, 75). La proposition dont ils étaient
porteurs n'ayant pas donné satisfaction, C. le leur noti-
fia au cours d'un exposé où il prit catégoriquement
fait et cause pour la théorie conciliaire. Il s'appuyait
sur une interprétation erronée des circonstances histo-
riques qui entourèrent le décret similaire pris à Sienne,
le 8 nov. 1423 (M. C, ii, 868; C. B., iv, 106).
Pendant les trois mois suivants, il continua (sauf
durant le mois de juin où il fut malade) à tenir en
cette affaire une place de vedette : il répond aux délé-
gués romains (11 mai; C. B., iv, 132); il demande, à
trois reprises, que l'on accélère les discussions à ce
sujet (C. B., IV, 143, 154, 160); il est chargé de rédiger
les instructions aux envoyés conciliaires (C. B., iv,
164); il mène les négociations avec l'ambassade du roi
de France (C. B., iv, 190, 202, 227); il propose qu'on
lui laisse choisir six ou huit compétences qui aient le
pouvoir de prendre une décision (12 et 14 juill.;
C. B., IV, 204, 207). Il finit toutefois par comprendre
que cette question des indulgences était subordonnée
à celle du lieu choisi pour la réunion avec les grecs :
le 29 oct., il déclara s'opposer à toute imposition de dé-
cime, aussi longtemps que le choix du lieu restait
incertain (C. B., iv, 318).
7° La question de l'union des grecs et du transfert. —
La rupture entre C. et ses propres troupes, déjà per-
ceptible lors du conflit des annates, élargie par l'action
personnelle d'Ambroise Traversari auprès du légat,
s'étala à tous les yeux à l'occasion de la question du
transfert du concile. Un des motifs allégués par Eu-
gène IV, au début de son pontificat, quand il essaya
de transférer le concile à Bologne, avait été que cela
faciliterait une rencontre avec les grecs. A cette
époque, C. taxa ce prétexte de « vieille rengaine »
(M. C, II, 105). Forcé de s'incliner devant Bâle,
Eugène IV attendit des temps meilleurs. Ceux-ci s'an-
noncèrent bientôt. Les grecs ayant répondu aux
avances du concile par une ambassade qui séjourna à
Bâle de juill. 1434 à juin 1435, l'union des Églises
revint à l'avant-plan de l'actualité.
Le légat surtout en comprit toute l'importance : son
discours de réception à l'arrivée de la délégation
grecque (Mansi, xxix, 1245; xxx, 671; cf. C. B., i,
335), ses interventions à la commission des Cinquante,
qui se réunissait quatre fois par semaine avec les grecs,
montrent un partisan convaincu de l'union. Plus tard,
la correspondance qu'il échangea avec Jean de Raguse
et ses compagnons, envoyés par le concile à Constanti-
nople, le confirmèrent dans ses sentiments (Cecconi,
n. Lxxv, Lxxviii, Lxxix, Lxxxi; C. B., i, 372).
La grande pierre d'achoppement était la question du
lieu où se tiendrait la réunion. Par sa seule existence
désormais reconnue, le concile de Bàle était en posses-
sion. Le transférer n'était justifiable que moyennant
un motif sérieux, homologué par une décision conci-
liaire. Seulement Bâle était trop loin au gré des orien-
taux. Ils avaient demandé que l'on fit choix d'une
ville riveraine de la Méditerranée ou, à la rigueur, de
quelque autre ville cisalpine (Cecconi, n. clxiv,
CXLVI, CLXXVII, CLXXX, CLXXXII, CLXXXIV, CLXXXV).
Ce motif était-il suffisant pour transférer le concile?
La question fut discutée à partir du 5 juill. 143
233
CESA
RINI
234
(C. B., IV, 196) et plus encore après la mi-octobre
(C. B., IV, 305). C. était partisan d'un transfert et, avec
lui, la grande majorité des Pères de Bâle. Mais leur
conclusion n'était pas la même. Le légat, ayant reçu
de la part de Florence des propositions très avanta-
geuses (promesse d'un prêt de 100 000 florins et autres
faveurs, 14 et 28 août 1436; cf. Cecconi, n. lxxxviii,
Lxxxix, xc, cxxxiii; G. Miiller, 161), pressenti depuis
longtemps par le pape (correspondance épistolaire,
automne 1436; C. B., i, 428, 430), et sollicité par les
délégations des souverains (demande de l'ambassade
française : C. B., iv, 190; réponse, M. C, ii, 893; —
pourparlers avec un représentant impérial : M. C,
II, 915; D. RA., xii, n. 17, p. 31), était d'avis que,
faute de pouvoir rester à Bâle et y amener les grecs, il
fallait accepter ne des villes proposées par eux (de
préférence Udine, Pavie ou Florence). Son avis était
partagé par un groupe qui se considérait comme la
pars sanior du concile. Par contre, beaucoup d'autres,
surtout parmi le clergé inférieur et les Français, pré-
tendaient qu'ils ne quitteraient Bâle que pour se
rendre en Avignon ou en Savoie.
C. s'apercevait toujours mieux que le sentiment do-
minant chez ce groupe de Pères restés à Bâle (plusieurs
cardinaux, entre autres ceux qu'il estimait le plus :
Castiglione et Capranica, étaient partis depuis long-
temps) était, non le souci du bien de l'Église, mais une
hostilité de fond envers le pape.
Son crédit auprès d'eux avait considérablement
baissé au bénéfice du cardinal Aleman (Pérouse,
p. 247-48, trace un beau parallèle entre les deux cardi-
naux). Déjà Traversari et Piccolomini avaient noté ce
recul : pauciora jam cepit passe quam velit, écrit Tra-
versari au cardinal Orsini (lettre xliii, col. 80;
cxxvi, col. 177), et Piccolomini, dans une lettre à
Piero da Noceto (21 mai 1437; Wolkan, i, 64-65),
risque une comparaison avec Cicéron, Démosthène et
même avec le Christ. Alors qu'extérieurement il tenait
encore au concile, dans le fond du cœur C. évoluait
déjà. Il se froissait surtout de se heurter à tout instant
à l'omnipotence démagogique du clergé inférieur et de
sentir les prélats à la merci de la loi du plus grand
nombre. C'est sur son ordre que Jean de Torquemada
compila, en 1437 à Bâle, ses Flores senlenliavum
B. Thomae de auctoritate Summi pontificis, oslendentes
papam esse super omnes (Valois, ii, 115).
Le 10 nov. 1436, inaugurant sa politique de défense
agressive, C. introduisit une demande quod nihil deli-
beretur contra Summum pontificem... nisi prius audia-
tur. Il ajoutait quod si non concederetur exnunc, illud
quod fiai contra Sedem apostolicam, déclarât irritum et
inane (C. B., iv, 327; M. C, ii, 914). La réponse qu'il
fit, le 17 nov., au promoteur du concile en dit tout
aussi long sur l'évolution de sa mentalité : il entend
auctoritate Sedis apostolice eligere locum ad quem in-
lendebat Iransire et qui vellet eum sequi sequeretur
(C. B., IV, 336).
Le surlendemain, au cours d'une cérémonie d'appa-
rat, il remit à Nicod de Menthon, capitaine de la flotte
devant partir pour Constantinopk au nom du concile
afin d'y embarquer les grecs, le vexillum Ecclesiae et
les insignes de son grade (C. B., iv, 337; M. C, ii, 916;
D. RA., XV, 783, 845). Le 21, il exposa en congréga-
tion générale son opinion au sujet du lieu à choisir
pour le concile d'union et proposa un projet en ce
sens (M. C, ii, 917; C. B., iv, 339-40). Les votes
furent exprimés au cours des journées suivantes. On
fit le compte le 5 déc. : Avignon ayant recueilli une
majorité dépassant les deux tiers, C. refusa de procla-
mer cette décision ; finalement il admit de proclamer le
seul choix de Genève en Savoie (Cecconi, n. xcvii;
Mansi, xxxi, 229; C. B., iv, 358-59) — concession de
pure forme : il savait le trésor ducal incapable de pour-
voir aux frais d'installation d'une si nombreuse assem-
blée (C. B., I, 445). Ce vote scindait le concile en deux
groupes; l'épreuve de force commençait.
Toute l'année 1437 ne fut qu'une longue lutte du lé-
gat pour amener la majorité à reconsidérer sa posi-
tion, et éviter ainsi une rupture. Il profita d'abord de
toutes les occasions pour faire obstacle à la décision de la
majorité. Le 23 févr., il refusa d'assister à l'assemblée
générale (M. C, ii, 937). Le 12 avr., à l'échéance du
terme fixé, la ville d'Avignon n'ayant pas payé la tota-
lité des 70 000 florins promis pour le transfert du con-
cile, C. prétendit faire dénoncer par le concile son ac-
cord avec cette ville et en revenir à la thèse défendue
par la minorité. Cette proposition donna lieu à des dis-
cussions orageuses : suivant un témoin, « des buveurs
dans un cabaret eussent eu une meilleure tenue »
(Aeneas Sylvius, dans Mansi, xxxi, 223).
Voyant la majorité s'obstiner, le légat changea de
tactique. A la tête de son groupe (55 adhérents sur
430 : rapport du concile à Sigismond; C. B., i, 449), il
prétendit opposer sa façon de voir jusqu'à l'imposer.
Dans les députations et à l'assemblée générale du
26 avr., ce fut la guerre ouverte; les voies de fait ne
furent pas rares. La session du 27 avr. fut si houleuse
qu'elle dut être renvoyée. Un nouvel essai, en dépit
des exhortations pathétiques du légat, n'eut pas plus
de suite (4 mai; Mansi, xxxi, 227; M. C, ii, 963 sq.).
Enfin, le 7 mai 1437, la xxv" session se tint dans une
confusion complète et se termina par la lecture simul-
tanée de deux décrets : le " grand » (de la majorité,
pour Bâle, Avignon, ou la Savoie; Cecconi, n. cxxi) et
le « petit » (du légat et des siens, pour Florence, Udine
ou tout autre lieu qui conviendrait au pape et aux
grecs; Cecconi, n. cxx). Voir le récit dans Valois,
II, 58-59. Quand le moment vint de sceller le « grand
décret », la bulle s'avéra introuvable. C. l'avait mise en
lieu sûr, décidé à ne la livrer que si on l'apposait sur les
deux documents. Pour le fléchir, il fallut recourir à
une intervention de l'empereur (C. B., i, 451-54) et
s'en remettre à un arbitrage (M. C, ii, 970-75; Valois,
II, 60). Seul le « grand décret » reçut la bulle du concile.
Quelques membres de l'entourage du légat ne se
tinrent pas pour battus. Dans la nuit du 13 au 14 juin,
à l'insu de leur chef (M. C, ii, 982), ils défoncèrent le
•coffre contenant le sceau, plombèrent un exemplaire
du " petit décrèt » et remirent tout en place (récit de la
double bullation : D. RA., xv, 789 sq.; Valois, ii, 62-
63). Trois jours plus tard, la fraude fut découverte.
C. réussit, non sans peine, à dégager sa responsabilité.
Il exigea qu'à l'avenir des mesures fussent prises pour
assurer une meilleure préservation des instruments de
bullation (20 juin; Valois, n, 66).
En juin. 1437, le groupe majoritaire reprit son projet
de monitoire au pape (M. C, ii, 1010-13). C. fut écarté
de la commission chargée de le rédiger. Dans les assem-
blées, il défendit la cause du pape, demanda un sursis
de trois jours pour rédiger un mémoire et, celui-ci lui
étant refusé (M. C, ii, 1005), il protesta contre la pré-
cipitation déployée en cette affaire et refusa de procla-
mer le vote (29 juill. 1437; M. C, ii, 1001; Valois, ii,
105). A la session du 31 juill. il s'abstint de paraître,
« pour des raisons de conscience » (Mansi, xxxi, 234).
Auprès du pape, tous les monitoires conciliaires
furent sans effet. Eugène IV avait reçu communica-
tion du « petit décret » et s'était empressé de lui donner
son approbation (30 mai), décidé à aller de l'avant
dans la voie de l'union, sans plus se soucier des Bâlois.
Le 18 sept., par la bulle Doctoris gentium (Mansi,
xxxi, 146; M. C, ii, 1033-40; Cecconi, n. clviii,
CLix), il transférait le concile à Ferrare, permettant
seulement qu'à Bâle on poursuivît durant un mois les
conversations engagées avec les hussites au sujet de la
communion sous les deux espèces.
235
CESA
RINI
236
A Bâle aussi le vent était à la rupture : à la xxvii"
session (26 sept.), les mesures hostiles furent renfor-
cées; le 1"' oct. (xxvin« sess.), Eugène IV fut déclaré
contumace. C. refusa de paraître à ces deux sessions; il
joignit une note de protestation, offrant de se rendre
lui-même auprès du pape pour trouver un terrain d'en-
tente. Enfin, comme grâce personnelle, il demanda un
sursis de quelques jours (Valois, ii, 108). Sa demande
fut rejetée.
Malgré la rupture virtuelle résultant des dernières
mesures prises, il continua d'espérer contre tout espoir.
Pendant trois mois, il tint bon, se résignant à un effa-
cement graduel. A partir d'oct. il n'exerça plus la pré-
sidence, qui fut assumée par le patriarche d'Aquilée
et le cardinal Aleman; il n'intervint dans les commis-
sions que pour discuter de la seule question hussite.
Le 20 et le 27 déc, il lança deux derniers appels aux
Pères pour rétablir un accord avec le pape; il parla
chaque fois pendant plus d'une heure; il évoqua la
paix promise aux hommes de bonne volonté et proposa
la médiation de l'empereur, dont il ignorait encore la
mort (M. C, ii, 1114-22, 1131-39; Mansi, xxix,
1258-69; Cecconi, n. clxvhi). Ce fut en vain. Jadis
« lumière » et « colonne » du concile, il était devenu
maintenant « Julien l'Apostat » (M. C, ii, 918; Valois,
II, 115, note 4); on le comparait « au berger qui aban-
donne ses brebis quand il voit venir le loup » ( M. C,
II, 1130). Sa parole irénique n'éveillant plus d'écho, il
décida de hâter son départ. Il aurait même offert des i
montures et un viatique à ceux qui voudraient partir
avec lui (lettre de En. Sylv. Piccolomini, 11 janv. 1438,
Wolkan, i, 79). Sa décision était prise depuis long-
temps : dès que l'arrivée des grecs serait annoncée, il
irait à leur rencontre. Le 7 juin, il avait écrit en ce sens
au duc de Médicis (Cecconi, n. cxxx). En sept., il fit
pressentir le gouvernement de Venise au sujet d'un
séjour éventuel en cette ville et de certains avantages
pécuniaires. Il en obtint une réponse favorable datée
du 23 sept, (lorga, dans Revue de l'Orient latin, vi,
388). Sur sa demande, Venise le tint régulièrement au
courant des nouvelles concernant l'arrivée des grecs
(lettres des 7 et 21 déc. 1437; lorga, ibid., 392, 393). Il
était aussi en relations épistolaires avec le marquis de
Mantoue (cette correspondance, du plus haut intérêt,
n'a pas encore été publiée). Dans la dernière lettre
qu'il lui adressa de Bâle (7 janv. 1438; Valois, ii, 118),
il annonçait son départ dans les trois jours.
III. Au CONCILE DE Ferrare-Florence. — 1" Fer-
rare (8 mars 1438-10 janv. 1439). — Invité par une
lettre particulière à se rendre n en vertu de la sainte
obéissance » au concile qui allait s'ouvrir à Ferrare, le
8 janv. (3 janv. 1438 : G. Hofmann, Epistolae...,
n. 114 bis, p. 151 ; Cecconi, n. clxxii), C. avait prévenu
cet ordre en quittant Bâle le 9 janv. (M. C, m, 11;
pourtant une lettre de Piccolomini datée du 11 janv.,
Wolkan, i, 79, annonce son départ imminent). Les
Pères l'escortèrent jusqu'en dehors de la ville, satis-
faits au fond de ne plus être gênés par sa présence
(Pérouse, 246).
Au cours de son voyage, il fit au moins deux haltes :
une première à Venise, où il rencontra la délégation
grecque (sauf-conduit, 21 janv.; arrivée entre le 18 et
le 20 févr. ; départ, 1" mars : cf. lorga, dans Rev. de
l'Orient latin, vi, 396, 397, note; Cecconi, n. clxxxv;
Traversari, lettre cxl, col. 196; Sanuto, dans Mura-
tori, anc. éd., 1053, 1055); une seconde à Mantoue
(Sanuto, ibid., 1056; Hardouin, ix, 742).
L'opinion, dont on trouve un écho dans une déclara-
tion de Thomas Ebendorfer à la diète de Mayence
en 1441, et suivant laquelle le légat se serait rendu à
Venise pour y persuader les grecs d'entreprendre
quand même le chemin de Bâle, est dénuée de tout
fondement. Celle du nonce pontifical à Londres,
Pietro del Monte (lettre du 30 mars 1438 à l'arche-
vêque d'York, dans Orientalia christiana periodica,
V, 1939, p. 415), l'est tout autant : C, indécis, aurait
voulu voir d'où venait le vent; constatant que les
grecs se rendaient à Ferrare, « comme un prudent nau-
tonnier, il aurait suivi le courant ». Le contraire est
plus vraisemblable : il aurait contacté la délégation
grecque à Venise pour la détacher définitivement de la
cause bâloise. Traversari, alors présent à Venise,
signale son arrivée, « prêt à mourir pour Sa Sainteté,
s'il le fallait «(lettre xxx, col. 59; Cecconi, n. clxxxiii).
D'ailleurs, ce ne fut pas le seul motif de son passage
par Venise. On a conservé le texte d'une supplique de
C, adressée le 25 févr. au Conseil de Venise (publ. dans
Becker, 94 sq.), sollicitant la médiation de la Séré-
nissime auprès du pape pour qu'il lui « fasse avoir son
droit » et en outre, si possible, un bénéfice en terre
vénitienne (Lazarus, 98, n. 64).
Accompagné de Traversari, C. arriva à Ferrare le
8 mars 1438 (description dans Ricordanze di Messer
Gimignano Inghirami, p. 54; cf. Hofmann, Ferrara,
139). Quantum ego sentio sincerus et integer et rébus
nostris maxime ulilis et necessarius, dit de lui Traver-
sari dans sa lettre lviii au gouverneur de Bologne
(col. 96; voir aussi lettre ccclv, col. 466). Quand tous
les orientaux furent arrivés, il prononça le discours
d'ouverture devant le pape, 9 cardinaux, 107 évê-
ques, abbés et supérieurs généraux d'ordres latins,
1 l'empereur d'Orient, son frère et 35 métropolites et
grands dignitaires orientaux (9 avr. 1438; G. Hof-
mann, Ferrara, 413). Même les grecs adversaires
de l'union, tels Syropoulos, rendirent hommage à
son éloquence. Excellent juriste et diplomate con-
sommé, C. joua au concile d'union un rôle de premier
plan.
La reprise des sessions publiques ayant été fixée au
9 oct., C. proposa, dès la première réunion prépara-
toire (peu après le 24 avr. ; G. Hofmann, Ferrara,
413-18), la formation d'une commission pour examiner
les questions controversées entre orientaux et occiden-
taux, afin de déblayer le terrain durant les six mois
d'intervalle. Pour vaincre la répugnance des grecs, il
se rendit chez le basileus. On tomba d'accord que, des
quatre points en litige : origine du S. -Esprit, pain
azyme, primat romain et purgatoire, les deux derniers
pourraient faire l'objet des discussions préparatoires
(Syropoulos, v, c. viii, p. 122-24).
Le 4 juin 1438, C. ouvrit le feu par son exposé de la
doctrine catholique du purgatoire (texte de son mé-
moire : éd. Petit, dans Patrol. orientalis, xv, 25-38;
éd. Hofmann, dans Orientalia christiana..., x\i, 1929).
Les discussions se poursuivirent jusqu'en juill.; C. in-
tervint à de nombreuses reprises (récit dans G. Hof-
mann, Ferrara, 418-24).
Il invitait aussi à sa table les principales notabilités
grecques, en particulier Bessarion (Syropoulos, v,
c. II, p. 113) et Marc d'Éphèse (P. O., xvii, 310), et
s'entretenait avec eux de questions philosophiques.
Ces agapes furent par la suite interdites par le pa-
triarche de Constantinople; l'interdiction ne fut pas
bien observée (G. Hofmann, Ferrara, 410).
A partir de la reprise des sessions publiques, C. fut
la vedette principale des latins dans leurs joutes théo-
logiques avec Bessarion et Marc d'Éphèse. Théologien
moins subtil que Jean de Raguse, controversiste moins
fougueux que l'archevêque de Rhodes, il était meilleur
diplomate, plus brillant orateur et plus versé dans la
connaissance des Pères de l'Église. C. leur ayant
concédé l'initiative de la fixation de l'ordre du jour
(ni« sess., 13 oct.), la première question proposée fut
celle de savoir si toute addition au symbole de Nicée,
même explicative, est interdite ou si cette interdiction
ne doit s'entendre que d'une addition hérétique. Après
237
CESARINI
238
un exposé par Bessarion, C. parla sur ce thème les 1 1
et 15 nov., 4, 8 et 13 déc. 1438 (cf. texte latin et grec
de son exposé, éd. Hofmann, dans Orientalia chris-
tiana..., xxii, 1931, p. 5-62; résumé des discussions,
G. Hofmann, Ferrara, 431-35). Bessarion fut forte-
ment ébranlé par son argumentation (E. Candal,
Bessarion Nicaenus in concilio Florentino, dans Orien-
talia christiana..., vi, 1940, p. 437).
Ces séances, qui se prolongeaient jusqu'à 23 heures
dans un froid glacial, étaient épuisantes. Et le résul-
tat ne répondait pas aux efforts. C. s'en rendait
compte. Il insista à plusieurs reprises auprès du pape
pour qu'il veuille s'entendre avec l'empereur afin
qu'on commence la discussion sur la question princi-
pale : la procession du S. -Esprit. Il lutta aussi contre
l'abus des interruptions intempestives : même l'em-
pereur se fit rappeler à l'ordre par lui, à la séance du
4 déc, pour être intervenu jusqu'à cinq fois dans une
discussion où il n'avait pas la parole.
Dès ce moment, le pape avait rendu à son ancien
antagoniste toute sa confiance. Il eut recours à lui
pour faire savoir à Traversari son désir de le voir par-
ticiper aux travaux conciliaires (Traversari, lettre
DcccxLviii, col. 976). Traversari se fit longtemps
prier (G. Hofmann, Episiolae..., n. 146). Dans l'entou-
rage pontifical, tous n'étaient pas aussi confiants : il
arrivait à Torquemada d'appeler son collègue « l'ora-
teur des Bâlois ■> (Apparatus super decretum Florenti-
num unionis graecorum, xxxiv, note 2, éd. E. Candal,
Concilium Florenlinum, sér. B, vol. n-1, Rome, 1942).
Même les Pères de Bàle nourrissaient encore des illu-
sions à son sujet; ils lui firent proposer de travailler à
Ferrare pour gagner des adhérents à leur cause
{M. C, III, 32 sq.).
2» Florence (25 févr. 1439-début 1442?). — Le siège
du concile ayant été transféré à Florence, pour se
rendre de Ferrare en cette ville, C. fit route, non avec
le pape et les autres cardinaux, partis le 16 janv. 1439,
mais avec l'escorte du patriarche de Constantinople.
Le voyage et la réception à Florence furent marqués
d'imprévus (récit dans Mansi, xxxi, 702, 1561 ;
Diario Fioreniino, dans Arch. stor. ital., V« sér., xiv,
1894-2, p. 296-97). Ayant quitté Ferrare, le 26 janv.,
d'abord en bateau puis à cheval, ils arrivèrent à
Faenza, où ils restèrent bloqués faute de moyens de
transport. Un mot de C. à Cosme de Médicis fit dépê-
cher de toute urgence un convoi d'une centaine de
mules (lettre publ. dans Orientalia christiana..., v,
1939, p. 233). Les grecs arrivèrent devant Florence le
7 févr. L'empereur y fit son entrée le 13, le patriarche
deux jours après, quand C. eut réussi à leur procurer
des logements (Millier, Documenti, p. 172). Ce fut
aussi C. qui se chargea d'assurer divers services, aux
frais du concile : envoi de courriers, achat de livres,
transcription de documents grecs. En déc. 1439 le pape
le fit rembourser (Gottlob, 60, 61, 63, 66).
Durant les neuf premières sessions (du 25 févr. au
24 mars 1439), il fut question de la procession du
S. -Esprit, sujet proposé par C. qui demanda aussi que
les séances publiques fussent tenues au moins une fois
la semaine. Au cours de ces séances il n'intervint que
par quelques remarques et des tentatives de concilia-
tion. La mésentente entre les grecs, divisés entre parti-
sans de Bessarion et de Marc d'Éphèse, ayant fait
surgir des difficultés sur la procédure à suivre, une dé-
légation latine vint trouver les grecs dans la demeure
du patriarche malade. C. prit la parole au nom des
latins pour redemander la reprise des réunions pu-
bliques communes. Mais il ne put vaincre la répu-
gnance de l'empereur (15 avr. ; Mansi, xxxi, 967;
Syropoulos, viii, c. xii, p. 234).
On décida d'un commun accord que deux déléga-
tions de dix membres consacreraient huit réunions à
poursuivre la discussion des points controversés. C. fit
partie de la délégation latine.
Parallèlement à ces réunions bi-partites, C. inter-
vint encore souvent, seul ou avec deux autres cardi-
naux latins, dans toutes les circonstances et dé-
marches plus délicates. Le pape le désigna comme son
porte-parole, lorsque le basileus sollicita une audience
pontificale pour obtenir un accommodement au sujet
du Filioque. C. eut alors avec le basileus trois entre-
tiens importants (15, 21 et 22 mai; Mansi, xxxi,
978 sq.). Il assista aussi aux deux audiences accordées
par le pape à la délégation grecque ou à certains de ses
I membres (27 mai, 8 juin). Au cours de cette dernière
I réunion, on se mit d'accord sur le Filioque. Il fut en-
! core un des cardinaux désignés par le pape pour propo-
! ser à l'empereur un programme d'aide matérielle et
militaire contre la menace turque (l'"' et 2 juin; Mansi,
xxxi, 999; G. Hofmann, Ftorenz, 393). Enfin, il fut du
nombre des trois prélats latins invités par l'empereur
au synode grec du 13 juin, après la mort du pa-
triarche de Constantinople.
I-e 9 juin, le pape fit connaître à une délégation
grecque les quatre points moins capitaux sur lesquels
! il fallait encore s'entendre, avant d'avoir réalisé
■ l'union : purgatoire, primauté romaine, matière de
i l'eucharistie, épiclèse (Mansi, xxxi, 1004). Au cours
{ des discussions qui se tinrent les jours suivants, C. ap-
j porta quelques précisions aux deux discours de Jean
' de Raguse sur le primat du pape et à celui de Jean de
Torquemada sur l'usage de l'azyme (16 et 20 juin;
Mansi, xxxi, 1666, 1671, 1676; Hardouin, ix, 958-66).
Une formule résumant les quatre points précités fut
proposée par les latins. C. réussit à dissiper à son en-
droit les préventions des grecs et surtout du basileus
(Mansi, xxxi, 1014; Hardouin, ix, 966 sq.). Une diffi-
1 culté surgit encore en dernière heure au sujet de la
i primauté romaine; elle faillit compromettre toute
l'union, le basileus refusant que le séjour des grecs en
Occident se prolongeât davantage. C. manœuvra
assez habilement pour éviter la rupture (Mansi, xxxi,
1018). Une nouvelle commission bi-partite de deux
fois 6 membres fut désignée le 26 juin (Hardouin,
IX, 978). A C. revint l'honneur d'y avoir proposé, dès le
lendemain, une formule transactionnelle, qui fut ad-
mise par les deux parties.
Le terrain ainsi déblayé, un synode partiel des latins
fut tenu le 27 juin, en présence du pape. C. y fit un
exposé d'ensemble de l'état des pourparlers avec les
grecs, sur tous les points controversés, et donna lec-
i ture des cinq articles sur lesquels un accord avait été
réalisé (Mansi, xxxi, 1689-93; Hardouin, ix, 979 sq.).
Les latins nommèrent alors une commission de 12
membres pour rédiger, en accord avec les grecs, la
bulle d'union (Hardouin, ix, 982). Cette commission
siégea sous la présidence de C, matin et après-midi,
dans l'église de S. -François (Mansi, xxxi, 1022 sq.;
Hardouin, ix, 983). Quand son travail fut terminé, C.,
au cours d'un nouveau synode latin, rendit compte au
pape du résultat obtenu (4 juill. ; Mansi, xxxi, 1689-
92; Hardouin, ix, 983). Le 6 juill. 1439, dans la cathé-
drale de Florence, nouvellement recouverte de sa cou-
pole par Brunelleschi, eut lieu la séance solennelle qui
dura douze heures (récit dans Ricordanze di Messer
Gimignano Inghirami, p. 57 sq. ; liste des souscrip-
tions, dans G. Hofmann, Florent, 414-17). Après la
grand'messe, C. donna lecture du texte latin du décret
I d'union, ensuite Bessarion lut le texte grec, puis les
deux prélats, les principaux artisans de l'union réali-
sée s'embrassèrent. Le seul exemplaire authentique de
l'acte d'union fut remis au cardinal C. qui le déposa
dans une cassette d'argent recouverte de velours et en
confia la garde à la Seigneurie de Florence où elle est
conservée encore aujourd'hui (publ. dans C. Milanesi,
539
CESA
RINI
"240
Giornale slorico degli archivi Toscani, Florence, 1857,
p. 210-25). A la promotion du 18 déc. 1439, Bessarion
reçut la pourpre; cette nomination fut en bonne
partie l'œuvre de Cesarini.
Après l'arrivée à Florence de la délégation armé-
nienne (13 août 1439), C. fut désigné pour prendre part
aux conversations qui aboutirent à la signature du dé-
cret d'union le 22 nov. (G. Hofmann, Die Einigung
(ter armenischen Kirche mil der katholischen Kirche,
dans Orienlalia chrisliana..., v, 1939, p. 151-85).
Ayant réalisé l'union avec les grecs et parallèlement
aux conversations avec les arméniens, Eugène IV
s'occupa aussi de la question conciliaire. Loin de se
borner à une condamnation radicale de toutes les
mesures prises à Bâle depuis la convocation du concile
de Ferrare (Constitution Moyses, 4 sept. 1439; Har-
douin, IX, 1004 ; M. C, m, 382), il s'attaqua au fond de
là question : les rapports entre pape et concile. Dans
ce but, il organisa (sept.-oct. 1439) une dispute con-
tradictoire sur la suprématie conciliaire telle qu'elle
avait été établie à Constance et à nouveau définie à
Bâle (Valois, ii, 202-04). C. fut choisi comme avocat de
la thèse conciliaire. Le texte de son exposé n'a pas été
conservé. On peut en conjecturer la trame par la
réponse qu'y fit, le lendemain, l'avocat de la thèse
•pontificale, Jean de Torquemada (Hardouin, ix,
1236 sq., surtout 1250-76). Dans cette réponse, Tor-
quemada ne nomme jamais son antagoniste, mais il le
fit plus tard dans sa Summa de Ecclesia, \: II, C. A ce
moment, l'évolution de C. vers le parti pontifical
s'était encore accélérée, par suite de l'étude approfon-
die des textes canoniques à laquelle il s'était livré au
cours de ses discussions avec les grecs (M. C. m,
1319). Il interprétait alors, semble-t-il, les décrets de
Constance comme établissant une subordination du
pape au concile, mais seulement quand I9 constitu-
tion générale de l'Église est en danger (Valois, 11,
304, note 3).
Cette évolution se poursuivit encore. Plus tard,
dans un entretien qu'il eut à Vienne avec Aeneas Syl-
vius, il reconnut sans ambages qu'il s'était trompé
(Raynaldi, ann. 1440, n. 10). Il rédigea même sur ce
sujet un traité (1440 ou 1441) que les Bàlois quali-
fièrent de Tractatus Juliani Apostate magis perniciosus
et plus furiosus (M. C, m, 1319).
Lorsqu'on apprit à la Curie la nomination par le
concile de Bâle de l'antipape Félix V (5 nov. 1439),
C. fut le seul à juger l'événement avec sang-froid :
aucun schisme, déclara-t-il, n'était à redouter d'un
pape qui avait des enfants et dont la nomination
n'était que le résultat d'intrigues familiales et finan-
cières (Giaconius, 11, 862; Pérouse, 334).
Le 12 mars 1440, C. fut un des neuf membres de la
commission chargée de déterminer la procédure à
Suivre pour condamner Félix V, ce qui eut lieu le 23 du
même mois (Ricordanze di Messer Gimignano In-
ghirami, dans Arcfi. slor. itaL^V^ sér., i, 1888-1, 60-61).
On ne sait à partir de quelle date C. cessa de parti-
ciper aux travaux du concile de Florence. Après
juin 1440 on n'y relève plus aucune trace de sa pré-
sence. Sôn'nam ne flgure-pas au bas du décret d'union
dès jacobltes, signé le 4 févr. 1442.
'■■•TV. Les dernières années. — 1° Charges el titres
divers. Tout en continuant souvent à se faire appe-
'1er cardinal de S.-Ange, C. échangea son titre cardina-
lice contre celui de cardinal-prêtre de Ste-Sabine. Sur
la date de cet échange, Eubel se contredit à une page
de distance (1442 : 11, 76; 1440 : 11, 75). Les deux dates
sont d'ailleurs inexactes, comme le prouvent de nom-
breux documents antérieurs à 1440, où le titre de
Ste-Sabine lui est donné, ainsi que les souscriptions où
11 signe de son nouveau titre. Ce titre apparaît pour la
première fois dans un document pontifical du 17 févr.
1435 (Mansi, xxix, 580); celui de S.-Ange lui est
donné pour la dernière fois le 12 nov. 1434 (C. B., m,
249); cependant, il n'est fait mention d'une grand'
messe célébrée par le légat qu'à l'occasion de la fête de
Pâques 1436 (8 avr.; C. B., iv, 102).
En févr. 1439, C. fut nommé administrateur de
l'évêché de Grosseto (Ughelli, m, 671). Mais Vespa-
siano se trompe, lorsqu'il affirme que le cardinal Ju-
lien refusa toujours d'accepter un autre bénéfice. De
1440 au 7 mars 1444, il administra aussi en commende
le siège métropolitain de Tarente (Ann. pont., 1932,
p. 130; Eubel, 11, 270, rem. 1). Depuis juin 1439, il eut
en commende le monastère cistercien de S.-Pastor au
diocèse de Rieti (Eubel, 11, 6, n. 8). Il avait aussi en
commende le monastère de S. -Basile à Rome, qu'il
résigna le 18 avr. 1440 (ibid., 27, n. 5a). En 1439 en-
core, il fut nommé archiprêtre de S. -Pierre à Rome et,
depuis le 23 mai 1443, il fut grand pénitencier
(E. Celani, p. 241, n. lxx; E. Gôller, Die pàpstliche
Poenitentiarie in ihrem Ursprung bis zur Umgestallung
durch Plus V., ii-l, Rome, 1911, p. 9). A partir de
juin (?) 1439 il fut aussi cardinal protecteur des Fran-
ciscains (Wadding, Annales Minorum, t. ix, anc. éd.,
p. 79; nouv. éd., p. 91). A Ferrare, il fut désigné
comme protecteur spécial des Lieux saints et, en cette
qualité, il envoya à Jérusalem le commissaire de la
province orientale des Franciscains, Jean Capistran,
pour y destituer de sa charge le procurateur séculier
des Lieux saints (Wadding, op. cit., xi, anc. éd.,
p. 47; nouv. éd., p. 53). Enfin, le 6 ou 7 mars 1444,
tandis qu'il était absent en légation, il fut promu car-
dinal-évêque de Tusculum (Eubel, 11, 29, n. 56a;
71 et 75; Celani, n. lxviii, p. 241).
2" Légation en Europe danubienne. — Envoyé
comme légat a latere dans les pays danubiens, auprès
de Ladislas II, roi de Pologne et de Hongrie, avec des
pouvoirs très étendus (14 bulles datées du 1" mars
1442 sont conservées aux archives Sforza-Cesarini,
liste dans Celani), C. partit de Florence le 14 mars
(Eubel, II, n. 22).
Le but de sa mission était : a ) d'empêcher le roi de
suivre les conseils de son cousin, le patriarche d'Aqui-
lée, en prenant parti pour l'antipape bâlois; b) de
trouver un arrangement entre la reine mère Élisabeth
et Ladislas au sujet de la succession au trône de Hon-
grie; c) et surtout d'écarter le danger ottoman de la
plaine danubienne, en promouvant une croisade à la-
quelle prendraient part les armées coalisées de Ladis-
las, de Jean Hunyade, voïévode de Transylvanie, et de
Georges Brankovitch, prince de Serbie (Dlugosz, 768).
Par faveur spéciale pour un croisé, les cardinaux lui
avaient reconnu le droit de toucher sa part de leurs
revenus communs, malgré son absence et pendant
toute la durée de celle-ci (Eubel, 11, 28, n. 22).
Pour cette croisade, la collaboration de la flotte
vénitienne était nécessaire, afin d'intercepter les Dar-
danelles. Au cours de son voyage d'aller, C. passa par
Venise, dont il obtint facilement le concours (arrivé le
10 mars, d'après Sanuto, dans Muratori, 1103). Il y
prolongea cependant son séjour jusqu'au delà du
26 avr. (lorga, dans Revue de l'Orient latin, vu, 61),
sans doute pour régler avec la succursale vénitienne de
la banque des Médicis le paiement de sa provision de
500 florins par mois (lorga. Notes..., 11, 21-22).
Cela fait, il continua sa route, d'abord vers Vienne
afin d'y gagner le Roi des Romains au parti d'Eu-
gène IV (Fraknoi, 108). Mais Frédéric était absent et
le légat fut plutôt mal reçu. Il quitta Vienne le jour de
la Fête-Dieu (M. C, m, 978-79; 1318-19).
Dès son arrivée auprès de Ladislas (avant le 27 mai),
le légat réussit sans peine à neutraliser l'influence
bâloise (cf. Fraknoi, 19-20; T. Zegarski, Païen und das
Baseler Konzil, Fribourg, 1910, p. 65). Le règlement de
241
CESA
RINI
242
la question dynastique fut plus ardu. C. dut se rendre
à deux reprises à Raab (Gyôr), auprès de la reine mère
Élisabeth, mais les conditions du compromis qu'il
proposa furent rejetées, les unes par Élisabeth, les
autres par la diète hongroise inspirée par Jean
Hunyade. Il ne réussit à obtenir qu'un armistice d'un
an, avec la promesse de négociations directes entre les
deux parties rivales (8 août 1442; Dlugosz, 769 sq. ;
Fraknoi, 21 sq.). La mort subite d'Élisabeth trancha
le différend.
Dans un autre domaine encore, la légation de C.
auprès de Ladislas se révéla fructueuse : par un acte
daté de Buda (22 mars 1443), Ladislas reconnut aux
Églises ruthènes de rite oriental se trouvant dans ses
États des droits égaux à ceux dont jouissaient les
Églises de rite latin en Pologne et en Hongrie (texte
dans M. Harasiewicz, Annales Ecclesiae Ruthenicae,
Leopol, 1862, p. 78 sq.). C. avait eu une grande part à
la concession de ce privilège, qui correspond bien à ses
sentiments unionistes (A. Ziegler, Die Union des
Konzils von Florenz in der russischen Kirche, dans Das
ôstliche Christentum, fasc. xlv, Wurtzbourg, 1938,
p. 114). Il se pourrait qu'en automne 1442 il soit ren-
tré en Italie. Eubel (ii, 28, n. 25a) le signale parmi les
membres présents à la Curie le 24 octobre.
Restait le problème principal : la croisade. Eu-
gène IV en promulgua la bulle, le 1" janv. 1443 (Ray-
naldi, ann. 1443, n. 14-19; G. Hofmann, Epistolae...,
n. 261). Pour la rendre possible, il fallait le soutien de
Venise et la neutralité de Vienne. Afin d'obtenir cette
dernière, C. fit sonder les dispositions de Frédéric III
par l'entremise d'Aeneas Sylvius Piccolomini, entré
depuis peu au service de la cour autrichienne (Wol-
kan, I, n. 45, p. 127); il avait écrit dans le même sens
au chancelier Kaspar Schlick. Il reçut en réponse une
invitation, en date du 6 mai, à venir à la diète de
Presbourg (de Schlick, Wolkan, ii, 7 sq. ; de l'empe-
reur, ibid., 12 sq.). C. s'y rendit et y obtint la promesse
d'un pacte de non-agression entre Frédéric et Ladislas
(lorga, dans Revue de l'Orient latin, vu, 80, 83 sq.).
Une lettre de Piccolomini à Jean Vrunt, secrétaire de
Cologne, donne des détails sur ces tractations et sur le
rôle qu'y joua C. (27 mai 1444; Wolkan, i, n. 141,
p. 320 sq.). Durant ce séjour (juin 1443), il eut aussi de
longues conversations avec Piccolomini, dans le but de
le détacher du parti de Bâle. Dans sa bulle de rétracta-
tion du 26 avr. 1463 (Fea, 157), Piccolomini, devenu
Pie II, et désireux de s'accorder le beau rôle, donne à
ces conversations un relief qu'elles n'eurent pas au
moment même, si l'on en juge par le contenu d'une
lettre écrite par lui, juste après le passage de C. en
Autriche, et dans laquelle il s'exprime au sujet du lé-
gat et de sa croisade sur un ton hautain et dénigreur
(Wolkan, i, n. 63, p. 165).
De Venise, C. avait déjà obtenu l'envoi de 10 000 li-
vres de poudre pour appro\asionner l'armée de terre
(8 août 1442; lorga, dans Rev. de l'Orient latin, vu,
73). Mais il fallait une aide plus effective. N'ayant pu
trouver l'occasion, comme il l'escomptait, de se rendre
à Venise, il y suppléa par d'abondantes relations épis-
tolaires (lorga, ibid., 73, 79, note, 94, 398, 409,
416 sq.). La Sérénissime, en froid avec le pape, se mon-
trait méfiante sous des dehors empressés, mais le légat
lui promit qu'elle obtiendrait Gallipoli et Salonique
pour prix de son concours (Fraknoi, 42, 54; Lju-
bitch, 201).
Ainsi garanti, Ladislas décida d'ouvrir les hostilités.
Le 22 juin., l'armée des croisés se mit en route. C. l'ac-
compagnait (Dlugosz, 779). Ayant franchi le Danube,
elle défit les Ottomans à Nisch (3 nov.) et entra victo-
rieuse à Sofia (lettre de C. à Frédéric III; Wolkan,
I, 281; L. Kupelwieser, Die Kàmpfe Ungarns mit
den Osmanen bis zur Schlacht bei Mohacs, Vienne,
1895, p. 67-71, avec carte des opérations militaires).
Mais, malgré une seconde victoire à Kounovitsa
(24 déc. 1443), les rigueurs de l'hiver et les difficultés
d'approvisionnement contraignirent les chrétiens à
rejoindre leurs bases de Hongrie. C. rentra à Buda le
2 févr. 1444 (Fraknoi, 39).
Apprenant ces succès et convaincu que la croisade
reprendrait avec le retour de la bonne saison, le pape
étendit la légation de C. à la Grèce « et aux régions
voisines et transmarines » (12 févr. 1444; Theiner,
op. infra cit., Slav., i, n. 549; G. Hofmann, Epistolae...,
n. 274). Les récits et les allusions relatifs à un retour de
C. en Italie au cours de sa légation ne s'appuient sur
aucun témoignage valable. Par contre, Eugène IV et
C. restaient en rapports étroits par messagers : Chris-
tophe, évêque de Coron, Étienne de Hongrie, Gérard de
Cologne, Revenus de Liège (lorga. Notes..., ir, 21-22).
3° Les pourparlers d'Andrinople et de Szeged (été
1444). — Les événements qui séparent la campagne de
1443 de celle de 1444 ne sont pas rapportés de manière
identique par les historiens. Il faut s'y arrêter, car de la
solution adoptée dépend le bien-fondé de la principale
accusation qui plane sur la mémoire du cardinal légat.
Jusqu'en ces derniers temps, l'opinion commune
était la suivante : conseillé par ses alliés Brankovitch
et Hunyade et peu soutenu par l'Occident, Ladislas
prêta l'oreille aux ouvertures de son ennemi vaincu.
Les pourparlers aboutirent à une trêve de dix ans,
conclue à Szeged, le 15 juill. 1444. Après quoi, Mou-
rad II abdiqua, cédant le pouvoir à Mahomet II, en-
core mineur. Mais C, adversaire de toute trêve et mé-
content de n'avoir pas été consulté, mit tout en jeu
pour obtenir la dénonciation de l'accord et la continua-
tion de la croisade. Sous l'effet de cette contrainte mo-
rale, Ladislas reprit sa parole et ses armes.
Ce récit classique des événements peut s'appuyer
sur un ensemble impressionnant de sources (Bleyer,
127 sq.) : sources grecques : Laonicus Chalcocondylas,
Historiarum libri decem, éd. Bekker, 1. VI, Bonn, 1843,
p. 316-17, 324-25, dans Corpus script, hist. Byzant.;
Doucas, Historia Byzantina, éd. Bekker, Bonn, 1834,
c. xxxii, p. 218, 220, ibid.; — sources turques : en par-
ticulier deux lettres de Mahomet II, datées de janv.
1445; — sources chrétiennes : Dlugosz, 789 sq. ;
Aeneas Sylvius Piccolomini, lettre à l'évêque de Pas-
sau, 28 oct. 1445 (Wolkan, i, 566); — message de la
Diète polonaise de Piotrkow à Ladislas, énumérant les
conditions de l'accord (26 août 1444; A. Sokolowski,
Codex epistolaris saec. xv, i, dans Monum. medii aevi
historica res gestas Poloniae illustrantia, ii-l, Cracovie,
1876, n. cxxv, p. 141-42; — chronique du Bourgui-
gnon Jean de Wavrin, dont le neveu Walerand, en sa
qualité de commandant de la flotte auxiliaire bour-
guignonne, avait vu de ses propres yeux le document
scellant l'accord conclu (Wavrin, p. 41-46). Tous les
auteurs anciens et la plupart des historiens modernes
non polonais admettent en substance le même récit.
Le jugement qu'ils formulent contre C, responsable
de ce « parjure », varie d'après l'appartenance confes-
sionnelle et nationale de ces auteurs. Frankl (p. 42-76)
en donne une vue d'ensemble.
Plusieurs historiens polonais n'admettent pas ce
récit. D'après eux, il n'y aurait eu aucune trêve con-
clue entre chrétiens et turcs, tout au plus des pourpar-
lers qui — exception faite de la défection de Branko-
vitch — n'aboutirent pas (cf. A. Cieszkowski, Fontes
rerum Polonicarum e tabulario reipublicae Venetae,
sér. I,fasc. n, Posen, 1890, p. 122, n. 6; A. Prochaszka,
Uwagi krytyczne o klesce warnenskiej , « Observations
critiques sur la bataille de Varna », dans Rozprawy
Akademii Umiejel nosci, « Travaux de l'Acad. des
sciences », sect. hist. et philos., II« sér., xiv, Cracovie,
1900, p. 1-60).
243
CESA
RINI
244
Ce non-lieu sans restriction s'appuie sur le silence
des sources italiennes capitales : le rapport vénitien
(9 sept. 1444) au commandant de la flotte des Darda-
nelles, qui ne mentionne que « certains pourparlers »
(texte dansLjubitch, 212) ; — le récit d'Andréa de Pala-
cio, d'après lequel les pourparlers furent engagés par
les deux alliés de Ladislas, à l'insu de ce dernier
(16 mai 1445; A. Lewicki, Codex epislolaris saec. xr,
II, dans Monum. medii aevi historica res gestas Poloniae
iltustranlia, xii, Cracovie, 1891, n. 308, p. 459).
La découverte d'une nouvelle source italienne a per-
mis de renouveler cette question, sans réussir toute-
fois à trancher le point central de la controverse. Il
s'agit d'un groupe de lettres inédites de l'humaniste
Ciriaco d'Ancona, de passage à Andrinople vers cette
époque. En combinant cette source nouvelle avec les
précédentes, on peut résumer comme suit les événe-
ments de l'été 1444.
Le 15 avr. 1444, la diète hongroise se réunit à Buda.
Le légat y assista et y fit un discours électrisant
(Frankl, 19, 26; le texte donné par AntoniusBonflnius,
Rerum Ungaricarum décades, déc. III, 1. V, Hanovre,
1606, p. 445-46, est incertain). Le roi s'engagea par
serment à reprendre la croisade, à condition d'être
soutenu par l'Occident (lorga. Noies..., ni, 108). C.
combina un plan de campagne : les armées de terre
longeraient le Danube, puis suivraient le rivage de la
mer Noire jusqu'à leur jonction avec la flotte qui dé-
boucherait des Dardanelles à leur rencontre. La cor-
respondance échangée entre C, l'ambassadeur Gio-
vanni De Reguardatis et les autorités vénitiennes en
mai et juin 1444 parlent de la croisade comme d'un
événement décidé (cf. Cieszkowski, op. cit., 91-96, 106-
113; Pall, Ciriaco..., 27, 37).
Tandis que cela se passait au vu et au su de tous,
Ladislas, cédant sans doute aux suggestions de Bran-
kovich et de Hunyade, crut devoir répondre aux
avances turques sollicitant des pourparlers : le
22 avr. 1444, il envoya Stoïka Gisdanich, muni de
pleins pouvoirs. Celui-ci, accompagné des délégués
serbes et transylvains, rencontra le sultan à Andri-
nople et conclut avec lui, le 12 juin 1444, une trêve de
dix ans, qui devait être ratifiée par le roi. La déléga-
tion des chrétiens rentra alors en Hongrie, accompa-
gnée d'une nombreuse ambassade turque (J. Turoczi,
Cfironica Hungarorum, part. IV, c. xli, dans Scrip-
(ores rerum Hung., i, Vienne, 1746); elle arriva à
Szeged vers la fin juill. Ici les récits divergent. Cer-
tains voudraient qu'à ce moment Ladislas eût ratifié le
traité conclu par son chargé de pouvoirs. Il y aurait
donc eu une paix conclue entre les deux parties, con-
formément aux indications contenues dans la majorité
des sources. Seule la date devrait en être reportée du
15 juill. à la fin du même mois (voir les deux articles de
F. Pall). D'autres estiment que tout ce que disent les
sources se rapporte à l'accord conclu à Andrinople
(cî. surtout les études de O. Halecki).
Quoi qu'il en soit, le 4 août 1444, le roi lança un ma-
nifeste annonçant la reprise de la croisade (texte dans
Frankl, 48-50; Cieszkowski, op. cit., 119-25; Dlugosz,
794). Aucune allusion n'y est faite à un traité qui
aurait été conclu ou ratifié moins d'une semaine aupa-
ravant (Becker, 85).
Du point de vue de la critique historique, le pro-
blème n'est donc pas résolu. Néanmoins, le revirement
qu'il faudrait admettre chez le roi, passant en moins de
huit jours de temps de la ratification d'une trêve à la
décision de reprendre les hostilités, n'est psychologi-
quement explicable que pour un motif de la plus
haute gravité. Ce motif aurait pu être un événement
important (il n'y en eut aucun), ou une influence
extérieure, par ex. celle du légat, doublée ou non d'une
menace d'excommunication (Pall, Ciriaco..., 44).
Une autre hypothèse, c'est que le roi aurait, dès le
début, tenté de miser sur les deux tableaux. Toutes les
négociations avec Mourad furent menées dans le plus
grand secret. Extérieurement, Ladislas poursuivait
ses préparatifs de croisade. La veille même de son dé-
part pour rencontrer la délégation turque à Szeged, il
écrivit au roi de Bosnie qu'il « était sur le point de
partir pour détruire ces maudits Turcs » (24 juill. 1444;
lorga, Notes..., u, 407).
Il est certain que des chrétiens considéraient alors
avec assez de légèreté une parole donnée à un infidèle,
surtout lorsqu'ils étaient liés par ailleurs envers
d'autres chrétiens. Faut-il alors supposer que le roi
Ladislas, d'accord ou non avec C, aurait dès le début
joué la comédie, engagé et mené à terme des pourpar-
lers qu'il était décidé à rompre dès le lendemain? Le
légat était un fin diplomate, mais sa vie antérieure
montre qu'il a toujours su respecter la frontière sépa-
rant la finesse de la fausseté.
Si Ladislas a joué un double jeu (ce qui est loin
d'être prouvé), C. n'en fut pas responsable. Rien ne
prouve qu'il avait eu connaissance des pourparlers en
cours. L'insinuation de Dlugosz (col. 790) ne s'appuie
sur rien. Autre chose est qu'ayant appris la conclu-
sion d'un accord désastreux pour la politique chré-
tienne en Orient, le légat ait considéré un tel accord
comme invalide et ait absous le roi de son serment. A
en juger par les reproches contenus dans une lettre
adressée en juin 1445 par la reine Sophie, mère de La-
dislas, à la diète de Hongrie, la thèse de la rupture y
aura trouvé de chauds partisans (cf. Sokolowski,
op. et toc. cit., ii-l, Cracovie, 1876, p. 5; Pall, Varna,
12). Bien entendu les prétextes invoqués à cette occa-
sion pour rejeter la responsabilité de la rupture sur les
infidèles, et dont Dlugosz (col. 793) se fait l'écho, ne
tiennent pas.
4" La croisade de Varna. — Décidé à reprendre les
armes, Ladislas fut encouragé par les nouvelles favo-
rables que C. venait de recevoir au sujet de la flotte
chrétienne croisant dans les Dardanelles et par une
missive du basileus Jean VIII Paléologue le suppliant
de ne pas déposer les armes et lui promettant le sou-
tien des forces byzantines (texte dans Dlugosz, 790;
cf. O. Halecki, La Pologne et l'Empire byzantin, dans
Byzantion, vu, 1932, p. 64-65; F. Dôlger, dans Byzanl.
Zeitschr., 1932, p. 439-40, tient cette lettre pour
inauthentique).
La guerre fut donc rallumée (opérations dans Ku-
pelwieser, op. cit., 83). Mais le retard consécutif aux
négociations, la défection de Brankovitch, l'incompé-
tence du commandement de la flotte alliée, et l'aide
accordée par les Génois à la flotte ottomane expliquent
le désastre qui frappa l'armée chrétienne à Varna
(10 nov. 1444).
S'étant heurtée devant les murs de cette ville à des
forces turques très supérieures en nombre, l'armée
chrétienne accepta la bataille, malgré l'avis du légat
qui conseillait de se renfermer dans les murs de la ville.
Sur la bataille de Varna (sources et études straté-
giques), voir les ouvrages mentionnés dans Pastor, i.
335 et Becker, 86 : surtout H. Zeissberg, Analekten zur
Geschichte des xv. Jahrhunderts, ii, Erinnerungen an
die Schlacht bei Warna, dans Zeitschr. fur die oesterr.
Gymnasien, xxii« année, 1871, p. 81-114. Le détache-
ment commandé par C. et portant la bannière de
l'Église occupait une position de choc à l'aile droite. Il
fut bousculé dès le premier engagement. Quoique
blessé, le légat accourut alors au centre de la mêlée
pour défendre l'étendard de S. Ladislas. C'est là qu'on
le vit pour la dernière fois. Nul ne sut jamais ce qu'il
devint (Andréas Palacius de Palacio, Litterae de clade
Varnensi ad Ludovicum cardinalem, éd. A. Lewicki,
op. infra cit., n. 308, p. 459-69).
245
CESARINI
246
Les bruits les plus contradictoires coururent : le lé-
gat aurait été tué dans la fuite (Laonicus Chalcocon-
dylas, Historiarum de origine atque rébus gestis Turco-
rum et imperii Graecorum libri X, Paris, 1650, p. 337);
achevé par un passeur valaque tandis qu'il se débat-
tait dans les eaux du Danube (Dlugosz, 810); tué par
des fuyards de sa propre armée (Piccolomini, dans
Wolkan, i, 538, 567). Un autre récit voudrait qu'il ait
été fait prisonnier, conduit devant le sultan et soumis
à de cruelles tortures pour lui faire abjurer la foi;
ainsi il serait mort martyr (récit de Gilles Charlier,
doyen de Cambrai, qui se prétendit témoin oculaire;
cf. Baluze, Miscellanea, ui, Paris, 1680, p. 301). Tous
ces récits sont dépourvus de toute garantie.
On raconta même qu'il était encore vivant en Va-
lachie, ainsi que le roi Ladislas, disparu comme lui, et
qu'ils expiaient dans un ermitage le parjure dont ils
étaient coupables. Ce bruit ayant circulé à Rome, le
pape envoya à Ladislas et au voiévode de Valachie un
message demandant des renseignements et une en-
quête (A. Lewicki, Codex epistolaris saec. xr, ii, dans
Monum. medii aevi hisiorica res gestas Poloniae illus-
trantia, xii, Cracovie, 1891, n. 304-05, p. 452-53).
La nouvelle de sa mort ne parvint à Rome que le
25 juin. 1445; le lendemain un service funèbre fut
célébré pour sa mémoire par le Sacré Collège (Eubel,
II, 30, n. 72-73). Son oraison funèbre fut prononcée
par le Pogge, dans le style ampoulé du temps (texte
dans A. Mai, Spicil. Romanum, x, Rome, 1844,
p. 374-84).
V. Portrait. — Pour juger équitablement Julien
Cesarini, il faut distinguer le caractère de l'homme et
l'attitude du théologien.
Même en un siècle aussi fécond en éloges dithyram-
biques, même en faisant la part des exagérations et
des clichés, il est rare de rencontrer une telle unanimité
à reconnaître chez un homme un si bel ensemble de
qualités humaines et de vertus chrétiennes.
Le plus beau portrait psj'chologique de G. est sans
doute celui de son ami Traversari dans sa lettre ex à
l'évêque de Cervia (éd. Mehus, col. 141-42). Le Pogge
dans son éloge funèbre et Vespasiano qui l'avait ap-
proché à Florence sont aussi très louangeurs. De même
Aeneas Silvius Piccolomini ne tarit pas d'éloges à son
endroit (voir lettre clxvii au duc de Milan; Wolkan,
I, 490). Jean de Ségovie, qui se trouvait pourtant alors
dans le camp opposé au sien, le qualifie de homo
indeviabilis et inflexibilis (M. C, m, 688; D. RA.,
xv-2, n. 350, p. 760). Le cardinal Branda avait cou-
tume de dire que si toute l'Église venait à se corrom-
pre, lui seul suffirait à en donner une image dans sa
pureté primitive. Il entretenait sa pureté de conscience
par une confession quotidienne. Guiraud (p. 318) a
rassemblé une belle collection de détails sur sa piété,
son esprit de mortification, sa charité. Cette dernière
était proverbiale : il lui arrivait de passer une journée
entière à visiter les malades; même s'il s'agissait d'un
simple palefrenier ou d'un gâte-sauce, ses domestiques
malades devaient recevoir deux fois par jour la visite
du médecin. Se souvenant de ses débuts difficiles, il
aidait volontiers les étudiants pauvres en payant leurs
études à Pérouse, Bologne ou Sienne.
Toutes ces belles qualités étaient rehaussées par un
extérieur attrayant et un tact sachant allier la simpli-
cité des rapports privés avec le sens de la grandeur due
à son rang. A en juger par une médaille commémora-
tive dont le seul exemplaire connu est au British
Muséum (reprod. dans Becker, frontispice; descrip-
tion, ibid., p. 13-14, note 27), c'était un homme aux
traits doux et réguliers.
C. n'était pas riche et ne le devint jamais. Il ne pro-
fita pas de ses hautes fonctions pour s'enrichir; il trou-
vait l'argent de ses aumônes en renonçant au luxe de
la table et en vendant les doubles de sa bibliothèque.
Ses contemporains ont pourtant exagéré son déta-
chement, en affirmant qu'à part l'évêché de Grosseto il
ne posséda aucun bénéfice. Il savait les demander et
les accepter avec modération ; ses plaintes ne sont pas
l'expression d'un désir de lucre mais de réelles diffi-
cultés à subvenir au train d'une maison qui ne comp-
tait que 30 personnes et 18 mules. Le fonctionnaire de
la Curie qui rédigea, vers 1436, un plan destiné à cir-
convenir le légat alors à Bâle et à payer son adhésion
au parti pontifical par l'octroi de quelque bon bénéfice
(C. B., I, 436-37) témoigne d'une méconnaissance de
son caractère.
Pas assez riche pour être mécène, il comptait pour-
tant parmi les meilleurs soutiens de l'humanisme nais-
sant du Quattrocento. Chez les Latins, ses modèles pré-
férés étaient Cicéron, S. Augustin et Lactance (Voigt,
Aeneas Sylvius, i, 216). Il avait reçu des leçons de grec
de Traversari et se fit offrir par lui, à l'occasion de sa
promotion cardinalice, la traduction d'une Vie de S. Gré-
goire de Nazianze (Epist., lxiii, cccv et dcccxxxvii,
101, 396, 959; cf. Guiraud, 140). Il emprunta encore à
Traversari diverses traductions, dont un S. Jean
Chrysostome, que le camaldule faisait recopier par
deux moines de Ste-Marie-des-Anges, Michel et Nico-
las (Epist., ccxxix, cDxcviii, cdxcix, 300, 616, 617).
Il profita du séjour à Bâle de son ami helléniste pour
parfaire sa connaissance du grec dans un « Boèce grec
et latin » (ibid., cdxcix, 617). Un autre traducteur,
Lapo da Castiglionchio, lui traduisit les Vies d'Aratus
et de Pélopidas par Plutarque (Traversari, Epist.,
CMXLviii, 1117; Guiraud, 149, 255). Léonard l'Arétin
lui dédia une histoire de la guerre contre les Goths
(Mancini, 177, 191). C. profitait de ses déplacements en
pays étrangers pour acquérir, à son compte ou à celui
de ses amis comme le Pogge et Niccolo Niccoli, des
livres ou des manuscrits anciens dont il avait la pas-
sion (G. Voigt, Die Wiederbelebung des klassisctien
Altertums, 3« éd., i, Berlin, 1893, p. 234, 249, 298).
Pour tous les frais de transport de livres, il avait conclu
un arrangement avec la banque de Médicis (Traver-
sari, Epist., cDxcviii, DcccxLviii, 616, 977). A partir
de 1438, l'humaniste Giovanni Tortelli fit partie de sa
maison (cf. Mancini, lac. infra cit.). A Florence, C.
compta parmi le cercle d'humanistes réunis en cette
ville à l'occasion du concile. Par l'entremise de Bessa-
rion il entra en relations avec des lettrés byzantins. Il
apprit aussi l'hébreu avec Gianazzo Manetti et Vespa-
siano rapporte (i, 172) qu'il gagna à la foi chrétienne
et baptisa de ses propres mains un autre membre de
ce cercle de lettrés, le médecin Israélite Giovanni
Agnolo.
Il s'intéressait aussi aux choses rares et curieuses.
Peu avant la fin de sa vie, il fit expédier des Balkans à
Eugène IV un dromadaire capable d'abattre 100 milles
en un jour (Attichy, 121 ; Mancini, 201).
Quoi qu'on en ait dit, il ne semble pas qu'un
reproche sérieux puisse être adressé à son attitude
extérieure. En vrai juriste de son époque, ancien élève
de Bologne et de Padoue, C. ne pouvait être qu'un
adhérent convaincu de la théorie conciliaire, adver-
saire de tout curialisme. Il était persuadé que, dans le
conflit entre Rome et Bâle, le pape défendait une
position intenable et il croyait agir dans l'intérêt supé-
rieur de l'Église en le suppliant de modifier son atti-
tude. Et il ne se gênait pas pour le lui dire (par ex.
lettre du 5 juin 1432; M. C, ii, 209). Mais il n'était pas
partisan d'une politique de coups d'épingles. D'accord
pour combattre tout ce qui pouvait être à l'origine
d'abus, il voulait que les mesures prises dans le cadre
d'une rejormatio capitis tinssent compte des exigences
de l'équité (provision à assurer en échange de la sup-
pression des annales), et s'opposait à des projets dont
247
CESARINI
248
le seul résultat eût été d'attenter à la dignité du Siège
apostolique sans aucun profit pour la réforme (pou-
voirs de légat a lalere proposés pour l'ambassade
conciliaire en France). Lorsque l'expérience lui eut
ouvert les yeux, en toute loyauté il ne s'obstina pas et
se rallia consciemment à une tlièse qu'il avait d'abord
combattue. Ainsi qu'il l'expliqua plus tard à Picco-
lomini, " c'est le privilège de l'être libre que de pou-
voir abandonner l'erreur pour la vérité » (Fea, 157-58).
Œuvres. — La trop courte vie de C, accaparée par les
fonctions extérieures, ne lui laissa pas le temps de produire
d'œuvres importantes. Les écrits cfu'il composa à l'occasion
des travaux conciliaires (discours de controverse théologique
ou d'apparat) ont été signalés à leur place au cours de cet
article. En dehors d'eux, il ne reste de lui qu'une abondante
correspondance (aucun inventaire ni édition d'ensemble).
Sources. — Aeneas Sylvius Piccolomini (Pie II), Opéra
omnia, Bâle, 1551, p. 3-81, 115-24. — W. Altmann, Die
Urkunden Kaiser Sigmunds, 1410-1437, Innsbruck, 1896-
1900, 2 vol., dans Regesta Imperii, xi. — François Baix,
La Chambre apostolique et les « Libri annatarum » de
Martin V (1417-1431), vol. i, Bruxelles-Rome, 1947,
p. xcviii, dans Analecta Vaticano-Belgica, xiv. — E. Cecco-
ni, Studi storici sul concilio di Firenze, i, Florence, 1869. —
E. Celani, Le pergamene delV archivio Sforza-Cesarini, dans
Arch. délia Soc. rom. di storia patria, xv, 1892, p. 238-41. —
Chevalier, B. B., 844. — Concilium Basiliense. Studien und
Quellen zur Geschichte des Concils von Basel, éd. par la
Historische und antiquarische Gesellschaft uon Basel, Bâle,
1896-1936, 8 vol. (sigle : C. B.). Comprend diverses sources,
dont la principale est le Protocole du concile d'après le
manuale du notaire Pierre Brunei, éd. J. Haller (vol. ii-iv).
— Bartolommeo di Michèle del Corazza, Diario Fiorentino,
ann. 1405-1438, dans Arch. stor. ital., V» sér., xiv, 1894,
p. 282, 296-97. — Deutsche Reichstagsakten, vol. ix-xii, xv-
XVI, Gotha, 1898-1935 (sigle : D. RA.). — ,1. Dlugosz,
Historia Polonica, éd. Leipzig 1711, vol. i, 1. XII, col. 768-
810. — Eubel, I, 34, 49; ii, 6, 27-29, 71, 75, 76. — Fabricius,
Bibliotheca latina mediae et infimae aetatis, vi, Padoue,
1754, p. 16, 18. — C. Fea, Plus II Pont, majcimus a calum-
niis vindicatus, Rome, 1823. — H. Giustiniani, Acta sacri
oeciimenici concilii Florentini, Rome, 1638. — Hardouin,
Acta concilioruni, viii-ix, Paris, 1714. — G. Hofmann,
Concilium Florentinum : i, Erstes Gutachten der Lateiner
ùber das Fegfeuer, dans Orientalia christiana periodica,
XVI, 1929; III, Denkschrift des Kardinals Cesarini tiber das
Symbolum, ibid., xxii, 1931, p. 5-62; Briefe eines pâpstli-
chen Nunzius in London ûber das Konzil von Florenz, ibid.,
V, 1939; Epistolae ponlificiae ad concilium Florentinum
spectantes, Rome, 1940-46, 3 vol. — N. lorga. Notes et
extraits pour servir à l'hist. des croisades du XV' s., vol. ii,
ni, Paris, 1899-1902. Avaient paru en partie dans Revue de
l'Orient latin, iv, 1896, p. 25-118, 226-320, 503-622;
v, 1897, p. 108-212, 311-88; vi, 1898, p. 50-143, 370-434;
VII, 1899-1900, p. .38-107, 375-429; viii, 1900-01, p. 1-115,
267-310. — S. Ljubid, Listine o odnosajih izmedyn juznoga
slavenstva i Mletacke Republike, « Documents sur les rela-
tions entre les Slaves du Sud et la république de Venise »,
IX, 183 sq., 192 sq., 212, 216, dans Monumenta spectantia
historiam Slavorum meridionalium, xxi, Zagreb, 1890. —
Mansi, xxix-xxxi. — E. Martène et U. Durand, Veterum
scriptorum et monumentorum... amplissima collectio, vin,
Paris, 1733. — Monumenta conciliorum generalium s. XV,
'4 vol. (sigle M. C). En particulier : t. i, Jean de Raguse,
Inititim et prosecutio Basiliensis concilii, éd. Palacky;
t. ii-iii, .Jean de Ségovie, Historia gestorum generalis
synodi Basiliensis. — G. Mliller, Documenli sulle relazioni
délie città Toscane colV Oriente cristiano e coi Turchi, Flo-
rence, 1879. — L. Petit, Documents relatifs au concile de
Florence, i, La question du purgatoire à Florence; ii. Œuvres
anticonciliaires de Marc d'Êphése (cf. R. GralTm-F. Nau,
Patrologia orientalis, t. xv-1, xvii-2), Paris, 1920, 1923. —
Poggius Florentinus (Bracciolini), Oratio in funere Rev.
card. D. Jul. Cesarini Romani, éd. Mai, dans Spicilegium
Romanum, x, Rome, 1844, p. 374-84. — Repertorium
Germanicum, Pontifikat Eugens IV., vol. i, par R. Arnold,
Berlin, 1897. — Ricordanze di Messer Gimignano Inghirami,
dans Arch. stor. ital., V sér., i, 1888-1, p. 20-68. — Marino
Sanuto, Vite dei duchi di Venezia, dans Muratori, Rerum
ital. scriptores, anc. éd., xxii, 1053-56, 1103, 1109-13. —
S. Syropoulos,'l<rrop(a Tfjs tv <I>XcopEVTi<y cruv65ou,éd. R.Creygh-
ton, Vera historia unionis non verae inter latinos et graecos,
sive concilii Florentini exactissima narratio, La Haye, 1660.
— A. Theiner, Vetera monumenta historiea Hungariam
sacram illustrantia, Rome, 1860, p. 206-12, 272; Vetera
monumenta Slauorum meridionalium historiam illustrantia,
I, Rome, 1863, n. 547, 549-551. — Ambrosius Traversari,
Epistulae et orationes, éd. Mehus, Florence, 1759. — Vespa-
siano Fiorentino (da Bisticcl), Vile di uomini illuslri, éd.
Mai, dans Spicilegium Romanum, r, Rome, 1839, p. 166-84;
éd. Frati, i, Bologne, 1892, p. 109 sq. — • Jehan de Wa\Tin,
Recueil des Croniques et anchiennes istories de la Grant
Bretaigne a présent nommé Engleterre, éd. Hardy, dans
Rerum Britannicarum medii aevi scriptores, vol. v, Londres,
1891, p. 16-57. — R. Wolkan, Der Briefwechsel des Eneas
Silvius Piccolomini, i, Briefe aus der Laienzeit (1431-144-ï),
2 vol., dans Fontes rerum Austriaccwum. Diplomalarin et
acta, Lxi, Lxii, Vienne, 1909.
Travaux. — La seule biographie moderne de Cesarini
est formée par un ensemble de deux thèses, se complétant
l'une l'autre : H. Fechner, Giuliano Cesarini bis zu seiner
Ankunft in Basel, diss. Marbourg, Berlin, 1907; P. Becker,
Giuliano Cesarini, diss. Kallmunz, 1935. — • Voir en outre :
F. Abert, Papst Eugen IV., Mayence, 1884 (voir sur cet
ouvrage Becker, op. cit., p. 19, note 13). — G. Andres,
Catalogo de codici manoscritti délia famiglia Capilupi di
Mantova, Mantoue, 1797, p. 27, 100-16. — D. Angyal,
Le traité de paix de Szeged avec les Turcs (1444), dans
Revue de Hongrie, vu, 1911, p. 254-68, 374-92. — Ann.
pont., 1932, p. 130. — B. Arle, Beitràge zur Geschichte des
Kardinalkollegiums in der Zeit vom Konslanxer bis Triden-
tiner Konzil, diss. Bonn., 1904, p. 35 sq. — J. Aschbach,
Geschichte Kaiser Sigmunds, Hambourg, 1838-45, 4 vol. —
L. d'Attichy, Flores hist. S. R. E. cardinalium, ii, Paris,
1660, p. 105-22. — J. Bleyer, Einige Bemerkungen ûber
den Szegediner Friedensschluss und die Schlacht bei Warna,
dans Mitt. des Instituts fur oesterreich. Gesch., xxv, 1904,
p. 127-37. — E. Bursche, Die Reformarbeiten des Basler
Konzils, diss. Bâle, 1921. L. Cardella, Memorie storiche
de' cardinali délia santa romana Chiesa, III, v-2, Rome,
1793. — M. Catalanus, De oita et scriptis Dominici Capra-
nicae cardinalis, Fermo, 1793. — A. Ciaconius-Oldoinus,
Vilae et res gestae Pont. Romcui. et S. R. E. cardinalium,
II, 1677, p. 861-63. — A. Dini-Traversari, Ambrogio
Traversari e i suoi tempi, Florence, 1912. — R. Durst,
Kônigin Elisabeth von Ungarn und ihre Beziehungen zu
Oesterreich (1439-1442), Gymnasialprogramm Bohmisch-
Leipa, 1907-10. — • G. J. Eggs, Purpura docta, ii, Munich,
1714, p. 82-103. — F. Fiorentino, Il risorgimento filosofico
nel Quattrocento, Naples, 1885, p. 13 sq. — V. Fraknoi,
Cescœini Julian bibornok magyarorszagi papai kôvel elete,
» Vie du cardinal Cesarini, légat pontifical en Hongrie »,
Budapest, 1890. — P. Frankl, Der Friede von Szegedin und
die Geschichte seines Bruches, diss. Berne, 1903. — A. Gott-
lob, Aus den Rechnungsbùcher Eugens IV., zur Geschichte
des Florentinums, dans Hist. Jahrbuch, xiv, 1893, p. 39-66.
— A. Gottschalk, Kaiser Sigmund als Vermittler zwischen
Papst und Konzil, diss. Erlangen, 1911. — • J. Guiraud,
L'Église et les origines de la Renaissance, Paris, 1902. — •
O. Halecki, La croisade de Varna, dans Bull, of the Intern.
Committee of hist. sciences, vol. xi-4, 1939, p. 485-95;
The crusade of Vcu-na, a discussion of controversial problems,
New-York, 1943, dans Polish Institute Séries, n. 3. —
J. Haller, Die Kirchenreform auf dem Konzil zu Basel,
dans Korrespondenzblatt des Gesammtvereins der deutschen
Geschichts-und Altertumsvereine, Berlin, 1910. — Hefele-
Leclercq, vu, 667 sq. — .1. Hergenrôther, E. S. Kardinal
Julian Cesarini, dans Wûrzburger kath. Wochenschrift,
éd. F. X. Himmelstein, 3' ann., v, Wurtzbourg, 1856, n. 24,
p. 369-76; n. 25, p. 387-91. — G. Hofmann, Die Kon-
zilsarbeit in Ferrara, dans Orientalia christiana periodica,
ni, 1937, p. 110-40, 403-55; Die Konzilsarbeit in Florenz,
ibid., IV, 1938, 157-88, 373-422. — W. von Hofmann,
Forschungen zur Geschichte der kurialen Behorden vom
Schisma bis zur Reformation, ii, Rome, 1914, p. 91, n. 8,
dans J5i6î. des kgl. preuss. hist. Instituts in Rom, xii-xiii. —
A. Huber, Die Kriege zwischen Ungarn und die Tùrken,
1440-1443, dans Arch. fur oesterreich. Gesch., lxviii, 1886,
p. 159. — R. Jenkins, The last Crusader, or the life and
times of cardinal Julian of the house of Cesarini, Londres,
1861. — M. Koch, Die Kirchenpolitik Kônig Sigmunds
wàhrend seines Romzuges, 1431-1433, diss. Leipzig, 1906. —
E. Kônig, Kardinal Giordano Orsini, dans Studien und
Darstellungen aus dem Gebiet der Gesch., vol. v-1, 1906,
249
CESARINI —
CÉSAROPOLIS
250
p. 62, 69-71, 83, 116. — P. Lazarus, Dos Baseler Konzil.
Seine Benijuntj und Leitiing, seine Gliederung und Behôr-
densorganisdtion, dans Hislorische Sludien, vol. c, Berlin,
1912. — G. Mancini, Giovanni Tortelli, dans Arch. stor.
ifal., LXXviii-2, 1920, p. 161-268. — F. Palacky, Ge-
schichte von Bôhmen, m-iv, Prague, 1845-60. — F. Pall,
Ciriaco d'Ancona e la Crociata contra i Turchi, dans Ac.
roumaine, Bull, de la sect. hist., xx, 1938, p. 9-68; Autour
de la croisade de Varna ; la question de la paix de Szeged et
de sa rupture (1444), ibid., xxii, 1941, p. 144-58. —
Pastor, I, 875. — G. Pérouse, Le cardinal Louis Aleman,
Paris, 1904. — G. Pray, Annales rerum Hungariae, ii,
358 sq.; m, 1-31, Vienne, 1764-66. — Raynaldi, Annales
ecclesiastici, éd. Mansi, t. ix, 1423-1453, Lucques, 1752. —
R. Thommen, Basel und dos Baseler Konzil, dans Baseler
Jahrbuch, 1895. — G. Tiraboschi, Storia délia letteratura
italiana, vol. vi-1, Florence, 1807, p. 274 sq. — P. de Toeth,
Il beato card. Nicolo Albergati e i suoi tempi, 1375-1444,
Acquapendente, 1934, 2 vol. — J. Toussaint, Les relations
diplomatiques de Philippe le Bon avec le concile de Bâle
(1431-1449), Louvain, 1942. — F. Ughelli, ni, 671-80. —
N. Valois, Le pape et le concile (1418-1450), Paris, 1909,
2 vol. — E. Vansteenberghe, Le cardinal Nicolas de Cues
(1401-1464), Paris, 1920. — H. Vast, Le cardinal Bessarion
(1403-1472), Paris, 1878. — G. Voigt, Die Wiederbelebung
des klassischen Altertums, 3» éd., Berlin, 1893, i, 234, 249,
298; II, 24, 30; Enea Silvio de' Piceolomini als Papst
Pius IL und sein Zeitalter, vol. i, Berlin, 1856. — R. Zwôl-
fer, Die Reform der Kirchenverfassung auf dem Konzil zu
Basel, dans Basler Zeitschrift fur Geschichte und Alter-
tumskunde, xxviii et xxix (1929 et 1930).
Roger MoLs.
3. CESARINI (Julien) junior (1466-1510),
petit-neveu du précédent. Fils de Gabriel Cesarini et
de Giulina (ou Godina) Colonna. Né à Rome, le
20 mai 1466. Cette date est prouvée par une inscrip-
tion commémorative de la diaeta slatuaria dédicacée le
jour anniversaire de ses trente-quatre ans (Lanciani,
Storia degli scavi, i, 133). Dès 1484, il est conservatore
di Roma et se voit confier la seconde garde du Vatican
durant le conclave d'Innocent VIII. Entre autres
postes honorifiques, il occupa ceux de protonotaire
apostolique, chanoine de S. -Pierre au Vatican (proba-
blement depuis 1490), 43« abbé de S. -Michel de Cuxa
(dioc. de Perpignan), d'archiprêtre de Ste-Marie-
Majeure (début 1503); il obtint aussi sous Jules II
l'abbaye de Nonantule, dont les revenus étaient esti-
més à 1 600 florins d'or.
Alexandre VI le nomma cardinal-diacre du titre des
SS.-Serge-et-Bacchus (20-23 sept. 1493). Promu au
siège d'Ascoli-Piceno le 14 févr. 1500 (Eubel, ii-2, 108;
Ughelli et Gams donnent le 19 févr.), il ne résida
jamais dans son diocèse. Il échangea son titre cardi-
nalice contre celui de S. -Ange, le 29 nov. 1503 (Eubel,
m, 82; Cristofori donne le 31 mai).
Grandis, pomposus et totus in vita et virtute magni-
ficus, dit de lui Grassi dans son Diaire (cf. Burchard,
Liber notariim, p. 462). Il fut traité avec des honneurs
inaccoutumés par Charles VIII, lors du passage de
celui-ci à Rome le 2 janv. 1495 (récit authentique dans
Pastor, m, 409, note 2). Du 27 mai au 27 juin, il fut
du nombre des vingt cardinaux qui accompagnèrent le
pape, lorsque celui-ci se retira à Orvieto, puis à Pé-
rouse, pour éviter de rencontrer le roi de France.
Grâce au Liber notarum de Jean Burchard, il est -pos-
sible de suivre ses principaux faits et gestes, de 1496 à
1506; la table alphabétique des matières donne l'énu-
mération détaillée de plus de cent cérémonies aux-
quelles il assista, durant les pontificats d'Alexandre VI
et de Jules II.
Au conclave de sept. 1503, il fut le seul à avoir voté,
dès le premier tour, pour les deux cardinaux qui occu-
pèrent cette année même la chaire de S. Pierre :
Pie III et Jules II. Au conclave d'oct. 1503, son vote
était acquis d'avance au cardinal délia Rovere. Il
accompagna Jules II durant sa première expédition
à Bologne : voyage d'aller, 26 août-11 nov. 1506;
séjour à Bologne; voyage de retour, 22 févr.-28 mars
1507 (nombreux détails dans le Diaire de Paride
Grassi, maître des cérémonies de la chapelle pontifi-
cale). A peine rentré à Rome, Cesarini repartit sans
délai pour l'Italie du Nord, où son passage à MUan et à
Brescia pour des affaires privées est signalé fin avr.
(Sanuto, VII, 56-58).
Il fut emporté subitement, après une maladie de
six jours, le 1" mai 1510, à Rome, et fut inhumé à
Ste-Marie in Ara Coeli. Mécène accompli, on lui doit
l'aménagement du plus ancien « jardin antique »
(diaeta statuaria) destiné « à ses études et au délasse-
ment honnête de ses familiers ». L'inauguration en eut
lieu le 20 mai 1500, jour anniversaire de ses trente-
quatre ans (voir l'inscription dans Hiilsen, p. vi).
F. Albertini, De mirabilibus novae urbis Romae, éd.
A. Schmarsow, Heilbronn, 1886, p. 28. — Ann. pont.,
1935, p. 115. — Johannis Burckardi « Liber notarum »,
dans Muratori, éd. Città di Castello, t. xxxii, part. I,
p. 610-611. — Cardella, Memorie storiche de' Cardinali,
III, 263-64. — Ciacconius-Oldoinus, m, 179. — Eubel,
II-2, 23; III, 5, 9, note. — Paride Grassi, Le due spedizioni
militari di Giulio II, traite dal « Diario », éd. L. Frati,
Documenti e studi pubblicati per cura délia R. deputaz. di
storia patria per la provincia di Romagna, i, Bologne,
1886. — 0. Hiilsen, Rômische Antikengàrten des XVI.
Jahrh., dans Abhandl. der heidelb. Akad. der Wiss., Phil.-
hist. Kl., IV, Heidelberg, 1917, p. vi. — M. Sanuto, I diarii,
vol. i-x. — UgheUi, i, 470-71.
Roger MoLS.
CÉSAROPOLIS (KaiaapÔTToAis), évêché de la
Macédoine II®, dépendant de Philippes. Cette ville est
de fondation assez tardive et ne remonte probablement
pas au delà du ix« s. de notre ère. Elle portait le titre
d'un césar byzantin et l'on a tout lieu de croire que ce
personnage n'est autre que Mousélé, un des gendres de
l'empereur Théophile, qui conduisit des opérations mi-
litaires dans cette région vers 830. En tout cas, l'évê-
ché paraît pour la première fois dans la Notice épisco-
pale dite de Léon le Sage (H. Gelzer, Ungedruckte und
ungenûgend verôffentliche Texte der Notitiae episcopa-
tuum, dans Abhandl. der kgl. bayer. Akad. der Wiss.,
part. I, t. XXI, sect. III, p. 558). On le retrouve au
xi« s. dans la Nova Tactica (H. Gelzer, Georgii Cyprii
descriptio orbis Romani, p. 80, n. 1707), et dans une
notice contemporaine de Basile II le Bulgaroctone
(G. Parthey, Hieroclis Synecdemus et Notitiae graecae
episcopatuum, p. 123, n. 578).
On ne connaît pas l'histoire de ce diocèse, sauf qu'il
fut plus tard soumis à la métropole de Zichna. Il dut
disparaître au xiv« s., lorsque les Turcs s'emparèrent
de la région. La ville se trouvait dans le thème de
Serrés, et Stilpon P. Kyriakidès (dans BujavTival
lasAÉrai, ii-iv, Thessalonique, 1939, p. 268-70) a pro-
posé d'en voir le site sur la colline appelée Yilan Kale;
d'autres le placent à SarU.
Il n'a pas encore été découvert d'évêques grecs de ce
siège tardif. En revanche le titre de Césaropolis a été
conféré plus de dix fois dans l'Église romaine depuis le
xvir" s. : Julien de S. -Germain, auxiliaire à Paris;
François Picquet (1674-85), vicaire apostolique de
Chypre, Alep et Tripoli; Louis Gorski, des Écoles pies
(17 sept. 1781-t après 1821), sufïragant de Coujavie;
Joseph Pecci (23 nov. ISSg-l^' mars 1841), coadjuteur
à Gubbio; Sigismond Deaky (12 juill. 1841-t 1872),
auxiliaire à Gyor; Jean-Cuthbert Hedley, O. S. B.
(25 juill. 1873-18 févr. 1881), coadjuteur à Newport;
Pierre Stumpf (13 mai 1881-17 nov. 1887), coadjuteur
à Strasbourg; Félix Midon, M. E. P. (23 mars 1888-
15 juin 1891), vicaire apostolique du Japon central;
Étienne Porro (8 avr. 1908), auxiliaire à Serajevo;
Hermann-Joseph Straeter (19 juin 1922-16 mars 1943),
auxiliaire à Cologne, puis à Aix-la-Chapelle; Marc
Glaser (10 juin 1943), adm. apostoUque de Jassy.
251
CESAROPOLIS — CESLAS
252
Stilpon P. Kyriakidès, dans Bu3avTival pEXérai, ii-iv,
Thessalonique, 1939, p. 266-70. — Ann. pont., 1916, p. 387.
R. Janin.
CESCOMES (Arnauld). Voir Arnauld (7),
D. H. G. E., IV, 500-08.
CÉSÈNE, ville des Romagnes (province de Forli),
d'environ 20 000 habitants. Les origines de son siège
épiscopal ne nous sont point connues, car on ne peut
accorder aucun crédit à la tradition qui rattache sa
hiérarchie aux disciples de S. Paul, Timothée et Phi-
lémon. De même les dix-neuf premiers personnages
qui figurent dans la liste d'Ughelli appartiennent à la
légende. Les premières données certaines ne remontent
pas au delà de la deuxième moitié du vi« s., date à la-
quelle le siège était occupé par Natale. Au cours du
siècle suivant et vraisemblablement pour des raisons
politiques, Césène, qui jusque-là avait relevé direc-
tement du S. -Siège, passa sous la juridiction de Ra-
venne. Occupée par les Grecs, puis par les Goths, elle
fit partie de l'exarchat, et son histoire n'est autre que
celle des Romagnes. Détruite par Bérenger, elle fut
concédée par Grégoire V à Gerbert, patriarche de Ra-
venne (998). Ville épiscopale jusqu'au xi« s., elle
devint, à cette époque, une ville libre, tantôt alhée,
tantôt ennemie des cités voisines. En 1333, Francesco
Ordelaffi en fut nommé vicaire par Jean XXIL Assié-
gée et prise par Albornoz, Césène passa sous l'autorité
directe du S. -Siège et fut gouvernée par des recteurs.
Concédée par Urbain VI aux Malatesti (1379), cette
famille la conserva jusqu'à la mort de Malatesta No-
vello (1465). Incorporée définitivement aux États de
l'Église, Jules II dota la ville d'une constitution
qu'elle conservera, avec de légères modifications, jus-
qu'à la Révolution française. En 1777, Pie VI rattacha
au diocèse de Césène un certain nombre de paroisses
qui avaient appartenu autrefois à celui de Rimini. De
nos jours, le diocèse de Césène compte environ
95 000 âmes réparties en 68 paroisses. Parmi les mo-
nastères fondés dans la ville épiscopale, le couvent des
frères mineurs a droit à une mention spéciale en raison
de la bibliothèque que Matteo Nuti y édifia, de 1447 à
1452, grâce à la munificence de Malatesta Novello. Au
fonds primitif, riche de manuscrits et d'imprimés rares,
fut unie, en 1878, la bibliothèque Piana, que Pie VII
avait léguée aux bénédictins de Sta Maria di Monte
(A. Campana, Bibl. délia provincia di Forli, dans
Tesori bibliograflci d'italia : Emilia, Milan, 1931,
p. 83-110).
Liste des évêques. — Natale, c. 560. — Concordio,
603. — Mauro, 649, 672 (?). — Floro, 680. — Costan-
tino de Césène, 690. — Candido, 702. — Marcello, 709.
— Claudio Mancio, 742. — Antonio, 769. — Giovanni,
804. — Romano, 826. — Floro, 858, 861. — Pietro,
877. — Mauro, 934-46. — Costanzo, 946. — Goiïredo
de Césène, 954-70. — Guido, 972-88. — Sergio, 997,
1001. — Mannazio, 1016. — Giovanni de Césène, 1042-
57. — Desiderio de Césène, 1057-64. — Aldebrando,
1065-82. — Gebizone Ottardi, 1083. — Ugone de Cé-
sène, 1106-25. — Benno de' Cocliti, 1126-49. — Od-
done de Césène, 1149-59. — Leonardo, 1175-85. —
Leto de Césène, 1186-1207. — Oddone Mainardi, 1207-
c. 1223. — Manzino de Césène, 1232-58. — Michèle de
Césène, 1259-62. — Francesco de Césène, 1263-c. 1270.
— Averardo de Saxe, 1271-c. 1274. — Aimerico de Cé-
sène, 1274-91. — Leonardo de Césène, 1291-1313. —
Giovanni Ricciardelli, 1313-21. — Gerardo de Fano,
1323-24.— Tommaso del Murro, 1324-26.— Ambrogio,
1326-33. — Giovanni Acciaiuoli, 1334. — Bernardo
Martellini, 1342-48. — Guglielmo Mirogli, 1348-58. —
Vitale de Césène, 1358-63. — Bencivenne de Bologne,
1363-64. — Lucio SavelH, 1364-74. — Giovanni Ber-
tet, 1374-76. — Luigi Alvisi, 1376-78. — Giacomo,
1378 (?). — En 1380, Clément VII, ayant transféré au
siège d'Angoulême G. Bertet, nomme à celui de Césène
Zenobio, évêque de Tortiboli. — Giacomo Boschetti,
1391-94. — Giacomo Saladini, 1398-1404. — Gregorio
Malesardi, 1405-19. — Vittore de Rimini, 1419-25. —
Paolo de Césène, 1425. — Paolo de Meldola, 1426-31.
— Antonio de Fossombrone, 1436-75. — Domenico
Camisati, 1475. — Giovanni Venturelli, 1475-86. —
Pietro Mezi, 1487-1504. — Fazio Santori, 1504-10. —
Cristoforo Spiriti, 1510-56. • — Odoardo Gualandi,
1557-88. — Camifio Gualandi, 1588-1609. — Michel-
angelo Tonti, 1609-22. — Francesco Sacrati, 1622-23.
— Lorenzo Campeggi, 1623-28. — Pietro Bonaven-
tura, 1628-53. — Flaminio Marcellini, 1655-77. —
Giacomo Elefantucci, 1677-79. — Vincenzo M. Orsini,
1680-86. — J. Casimiro Denhoff, 1686-97. — Giovanni
Fontana, 1697-1716. — Marco Battaglini, 1716-17. —
Francesco Sav. Guicciardi, 1718-25. — Giov. Batt.
Orsi, 1725-34. — Guido Orselli, 1734-63. — Francesco
Aguselh, 1763-91. — Carlo Bellisomi, 1795-1808. —
Francesco Sav. Castighoni, 1816-21. — Antonio M. Ca-
dolini, 1822-38. — Innocenzo Castracane, 1838-48. —
Enrico Orfei, 1848-60. — Vincenzo Moretti, 1860-67.
— Paolo Bentini, 1871-81. — Giovanni M. Strocchi,
1881-87. — Alfonso M. Vespignani, 1888-1904. —
Giovanni Cazzani, 1904-15. — Fabio Berdini, 1915-26.
— Alfonso Archi, 1927-39 (avec le titre personnel d'ar-
chevêque). — Beniamino Socche, 1939-45. — Vin-
cenzo Gili, 1946.
Avec les listes épiscopales dressées par Gams et par
Eubel, on consultera : D. Bazzocchi-G. Galbucci, Cesena
nella storia, Bologne, 1915. — G. B. Braschi, Memoriae
Caesenates, Rome, 1738. — P. Burchi, Le prime visite ed i
primi sinodi posttridentini a Cesena, dans R. di storia délia
Chiesa in Italia, ii, 1948, p. 166-182. — Cappelletti, n, 525-
56. — Kehr, It. pont., v, 127-31. — Lanzoni, 426-27, 466-67.
— Fr. Lanzoni, Cronotassi dei vesc. di Cesena, dans Appen-
dice al sinodo diocesano di Mons. G. Cazzani, vesc. di Cesena,
Gatteo, 1912. — F. A. Zaccaria, Séries episcoporum Caese-
natensium..., Césène, 1779. — Ughelli, ii, 441-67. —
R. Zazzeri, Storia di Cesena dalla sua origine fino ai tempi
di Cesare Borgia, Césène, 1890.
M.-H. Laurent.
CESLAS (Bienheureux), frère prêcheur (t 1242).
D'après une tradition qui s'exprime au milieu du
xive s. dans la Vie de S. Jacko (Hyacinthe), écrite par
le dominicain Stanislas le Lecteur (Bibl. hag. lal.,
n. 4052), Ceslas aurait été frère de Jacko et comme lui
neveu de l'évêque de Cracovie Ives Odrowaz (1218-
29) ; les deux frères auraient accompagné leur oncle à
Rome et seraient entrés dans l'ordre des Frères prê-
cheurs du vivant de S. Dominique. Une fois profès, ils
seraient venus à Cracovie et y auraient fondé avec
l'appui de l'évêque le premier couvent de l'ordre. En
réalité, on sait que sur les trois premiers dominicains
polonais deux au moins sont des Silésiens : Jacko
d'Opole (Oppeln) et Gérard de Breslau; le troisième
qui est Ceslas paraît avoir la même origine; on ne peut
rien affirmer de leur parenté avec l'évêque de Cracovie.
C'est à Paris, où ils étudiaient, qu'ils connurent les
premiers frères prêcheurs et qu'ils s'afiîlièrent à
l'ordre naissant. Le couvent de Cracovie fut fondé,
en 1222, par Jacko d'Opole et Henri de Moravie aux-
quels l'évêque Ives donna l'église de la Ste-Trinité.
Vers ce temps on trouve Ceslas à Prague; il y fonde,
avec un compagnon du nom de Jérôme, le premier
couvent dominicain près de l'église de S. -Clément.
Ceslas arrive avant 1226 à Breslau où l'évêque Lau-
rent lui donne l'église de S.-Adalbert; il sera le premier
prieur du couvent de Breslau et, selon toute probabi-
lité, le second provincial, après Gérard de Breslau, de
la province polonaise fondée en 1228. Il mourut à
Breslau le 15 juill. 1242 et fut enterré dans l'église de
S.-Adalbert. Son culte se développa parallèlement à
253
CESLAS — CEUTA
254
celui de S. Jacko; il était honoré à Breslau dès le
xiv» s. et son corps reposait sous un autel à lui dédié.
En 1607 Abraham Bzowski (Bzovius) transféra ce
corps dans une chapelle spéciale de l'église de S.-Adal-
bert; il tenta sans succès de faire ouvrir une procédure
de canonisation. En 1713 Clément XI autorisa le
culte du Bx Ceslas dans le diocèse de Breslau et
Benoît XIV, en 1748, fixa sa fête au 20 avril.
C. Blasai, Der selige Ceslaus, Breslau, 1909; Geschichte
von Kirche urtd Kloster S. Adalbert zu Breslau, Breslau,
1912. — B. Altaner, Die Dominicanermissionem des XIII.
Jahrh., 1924. — M. Nlwlnski, au mot Czeslaw, dans
Polski slownik biograficzny, t. iv-4, p. 357. — J. Woro-
niecki, O. P., Blogoslaiviony Czeslaw Dominikanin, Opole,
1947.
P. David.
CESSATOR (Saint), est cité comme 32« évêque
de Limoges (viii® s.) par Bernard Itier, moine et chro-
niqueur de S. -Martial au xiii« s. Mais son nom ne figure
pas encore dans la liste due à Adhémar (j 1034).
Cessator est le nom d'un saint local, honoré le 15 nov.
Duchesne, i, 47-50. — Gall. christ., n, 499, 544-660;
appendice, 162-204. — Gams, 564.
R. Van Doren.
CESSIA, Cassia, mentionnée au martyrologe
hiéronymien comme martyre à Terracine, est une
pure graphie.
A. S., nov., I, 82-83. — Mari. Hier., éd. Delehaye, 582.
R. Van Doren.
CESSUS (Saint), Cessius, est cité par le martyro-
loge hiéronymien le 10 juill. comme martyr à Nicopolis
en Arménie mineure, après Million, et le 11 juill. dans
un groupe de martyrs de Rome. Ce nom ne désigne
aucun personnage connu.
A. S., juUl., III, 34, 178. — Mort. Hier., éd. Delehaye,
365, 366, 367, 369.
R. Van Doren.
CESTROS (KéoTpoç), ou mieux Cestroi (Kécrrpoi,
Kécrrpa), évêché d'Isaurie, dépendant de Séleucie.
D'après Hiéroclès (Synecdemus, n. 7095), la ville de
Cestroi se trouvait sur les frontières de l'Isaurie et
doit probablement se confondre avec celle de Caystros
que Ptolémée signale dans la même région. Elle devait
être dans la plaine, au sud-ouest de Germanicopolis
(auj. Ermenek). On n'a pas encore réussi à l'identifier.
L'évêché fut fondé probablement au cours du iv« s.
On ne lui connaît d'ailleurs qu'un seul titulaire grec,
Épiphane, qui assista au concile de Chalcédoine et en
signa les actes (451; Mansi. vi, 569 B, 944 B, 981 E,
1090 A; VII, 37 B, 121 B, 144 B), et qui souscrivit la
lettre des évêques de la province d'Isaurie à l'empe-
reur Léon au sujet du meurtre de Protérius d'Alexan-
drie (458; Mansi, vu, 553 C).
Le titre de Cestros a déjà été conféré au moins six
fois dans l'Église romaine : Jean Pearson (1691), à
Francfort; Stanislas Sieracowski (1731-39), coadju-
teur; Pie Vidi (24 août 1886-t 28 août 1906), coadju-
teur du vicaire apostolique du Chen-si septentrional;
Barnabé Pietrabuena (16 déc. 1907-8 nov. 1910), auxi-
liaire à Tucuman; Édouard-Denys Kelly (9 déc. 1910-
janv. 1919), auxihaire à Détroit; Jean Scheifes
(7 mars 1921-?), auxiliaire à Munster; Édouard Bres-
son, mariste (l«f juill. 1937), vicaire apostolique de la
Nouvelle-Calédonie.
Le Quien, ii, 1025-26. — Ruge, Kestros, dans Pauly-
Wissowa, XI, 359. — Ann. pont., 1916, p. 387.
R. Janin.
CETHEUS (Saint), évêque d'Amiterno (t vers
600). D'après les Acta (B. H. L., 1730-31) qui ne mé-
ritent pas entièrement créance, Cetheus, au moment
de l'invasion de sa ville épiscopale par deux chefs
lombards Alais et Umbolus, s'enfuit d'abord auprès
du pape S. Grégoire le Grand. Il retourna cependant
à Amiterno, mais pour être bientôt accusé par Umbo-
lus d'avoir aidé Alais, qui avait permis l'attaque de la
ville par Vitalien, comte de Ortona. Il fut jeté dans la
Pescara. Son corps retrouvé à Zara (Dalmatie) y fut
enseveli avec honneur sous le titre de Peregrinus.
C'est sous ce nom qu'il est inscrit au martyrologe
romain qui, de cette victime d'une haine politique,
a fait un martyr de la foi.
A. S., juin, m, 181-90. — B. H. L., n. 1730-31. —
Chevalier, B. B., i, 844; ii, 3575. — Lanzoni, i, 363. —
Mort. Rom., 235-36. —D. H. G. E., s. v. Amiterno, u, 1291.
R. Van Doren.
CEUTA (ÉVÊCHÉ). — I. Histoire. — La mytho-
logie grecque parle des « Colonnes d'Hercule », dont
l'une aurait été placée à Abyla (Pauly-Wissowa, i-l,
col. 98), très probablement l'Excelisa de Ptolemée, la
Ceuta actuelle. Les Grecs l'appelaient "EiTTàSeAçoi
6p05, à cause des sept collines sur lesquelles elle se
trouve bâtie {ibid., 2. Reihe, iv, 1550). La traduction
latine d'"ETrrà56X90i, Septem fratres, a donné lieu au
nom actuel de Ceuta (septem, en arabe : sebta = Ceu-
ta). Au début Ceuta fit partie de l'empire de Car-
thage; plus tard, sous la domination romaine, elle
devint capitale de la Mauritania Tingitana, et l'em-
pereur Othon (t 69) l'attacha au Convenlus juridique
de Cadix. Lorsque les Vandales traversèrent le détroit
de Gibraltar, ils s'emparèrent de Ceuta, mais ils en
furent chassés par Justinien. Suintila, général et suc-
cesseur de Sisebut, roi des Visigoths d'Espagne, en
expulsa à son tour les impériaux; quoique cette der-
nière affirmation ne soit pas entièrement sûre, il est
néanmoins certain qu'au moment où les Arabes s'em-
parèrent de Ceuta, elle se trouvait sous la domination
des Goths. A en croire S. Isidore (Hist. Goth.), déjà le
roi Theudis avait tenté de la conquérir, mais sans
succès. Les Arabes restèrent maîtres de Ceuta jusqu'en
1415 (14 août), date à laquelle elle fut rachetée par
D. Jean !«% roi de Portugal. En 1580, sous Philippe II,
elle devint avec tout le royaume de Portugal posses-
sion espagnole. Lorsqu'en 1640 le Portugal reprit son
indépendance, Ceuta resta soumise à l'Espagne, à
laquelle elle fut définitivement incorporée en vertu de
l'art. 2 du traité du 13 févr. 1668. Depuis cette date,
elle resta acquise à l'Espagne, nonobstant les efforts
réitérés des Maures pour secouer la domination
étrangère.
II. L'ÉVÊCHÉ. — Après la conquête de Ceuta, une
des premières préoccupations du roi D. Jean I" fut
d'y ériger un évêché. Par sa bulle Romanus Pontifex
(4 avr. 1417), le pape Martin V chargea l'archevêque
de Braga, Ferdinand de Guerra, et l'évêque de Lis-
bonne, Diego Alvarez de Brito, d'examiner le bien-
fondé de ce projet et les autorisa à procéder éven-
tuellement à l'érection du nouveau siège épiscopal. Ce
qu'ils firent effectivement le 6 sept. 1420. Martin V,
par le bref Romani Pontificis (5 mars 1421), confirma
le premier évêque de Ceuta, Fr. Aymar, O. F. M.,
d'origine anglaise.
Primitivement l'évêché de Ceuta s'étendait à tout le
royaume de Fez; mais au cours des années, ses limites
ont été souvent modifiées (v. carte, art. Cadix, supra,
XI, 109). Durant le Grand Schisme d'Occident, comme
la Castille adhérait au pape d'Avignon et le Portugal à
celui de Rome, le territoire portugais appartenant à
l'évêché de Tuy, c.-à-d. la région de Valenza do Minho,
se détacha de sa métropole et quelques chanoines de
cette Église se constituèrent en chapitre indépendant
entre 1381 et 1392. En outre, la contrée d'Olivenza,
Campo Mayor et Onguella, soumise à l'évêché de Ba-
dajoz (supra, v, 105-06), suivit l'exemple de Valenza et
se détacha aussi de sa métropole (aujourd'hui cette ré-
gion appartient à l'Espagne). Ces deux territoires res-
tèrent indépendants jusqu'à ce que le pape Eugène IV,
255
CEU
TA
256
par sa bulle du 14 juill. 1444, les incorpora au diocèse
de Ceuta. Nicolas V confirma cette incorporation de
Valenza (bulle EIsi de singulis du 27 juin 1452) et celle
d'Olivenza (bulle Ex clemenli provisione du 5 août
1452). Mais Sixte IV (bulle du 18 déc. 1475) détacha
Olivenza de Ceuta et l'attacha à Braga. D'autre part,
en vertu du contrat passé entre l'évêque de Ceuta,
Fr. Henri de Coïmbre, et l'archevêque de Braga, Diego
de Sousa, le 20 sept. 1512, et confirmé par Léon X le
25 juin 1513, Valenza passa à Braga et Olivenza à
Ceuta. Depuis cette date les évêques de Ceuta fixèrent
leur résidence à Olivenza jusqu'au moment où, sous
l'épiscopat de Jacques de Lancaster, Pie V (bulle
Super cuncta du 9 juin 1570) incorpora la région d'Oli-
venza à l'évêché nouvellement créé d'Elvas. Ce dernier
démembrement réduisit le diocèse de Ceuta à son seul
territoire d'Afrique. Comme compensation, il reçut de
l'évêché de l'Algarve un impôt de 1 500 cruzados.
Encore durant la même année 1570, Pie V réunit en un
seul évêché, suffragant de Lisbonne, les deux diocèses
de Ceuta et Tanger. En 1668, le diocèse de Ceuta cessa
d'appartenir à l'Église portugaise et, le 16 déc. 1675,
Clément X le détacha de celui de Tanger; il confirma
en même temps le premier évêque nommé par le roi
d'Espagne et le subordonna à l'archevêque de Séville.
En vertu du concordat de 1851, l'évêché de Ceuta fut
définitivement uni à celui de Cadix (supra, xi, 109).
De 1876 à 1879 les administrateurs apostoliques
eurent leur résidence à Ceuta et depuis 1879 l'évêque
résidentiel de Cadix est en même temps administra-
teur apostolique de Ceuta (episcopus Gaditanus et
administ. apost. Septensis).
A plusieurs reprises, on a tenté, mais sans succès, de
rétablir le diocèse de Ceuta, soit comme évêché, soit
comme siège de la Préfecture apostolique du Maroc
avec juridiction sur tout le territoire espagnol
d'Afrique.
Primitivement le diocèse de Ceuta dépendait direc-
tement du S. -Siège. Eugène IV autorisa l'évêque
Fr. Jean Emmanuel, O. C, à s'appeler Primat
d'Afrique. Lors de l'érection de l'évêché d'Evora
(1540), le diocèse de Ceuta en devint sufïragant; il fit
ensuite partie de la province ecclésiastique de Lis-
bonne, enfin de celle de Séville comme nous venons de
le dire.
III. La ville. — D'après Procope, Justinien bâtit à
Ceuta une église consacrée à la très Ste Vierge Marie;
nous n'avons pas d'autres renseignements à ce sujet.
Après la conquête de la ville (1415), la mosquée mu-
sulmane fut transformée en cathédrale et consacrée le
4 sept. 1420. D'après Nicolas Lanckman de Valcken-
stein, qui nous a laissé une relation de son voyage à
Ceuta le 22 nov. 1451, cette église-mosquée possédait
180 colonnes de marbre de diverses couleurs et, tout
près du maître-autel, deux grandes statues de pierre
verte. Sous l'action nocive du temps, cette église eut
beaucoup à soufïrir : en 1615, le roi de Portugal auto-
risa une collecte pendant six ans dans son royaume en
vue de la restaurer; mais l'argent recueilli suffit à
peine à faire quelques réparations sans importance ; en
1656, le chapitre se vit obligé de se réfugier dans
l'église de N.-D. d'Afrique, à cause de l'état lamen-
table de la cathédrale; enfin, lorsque les Espagnols
restèrent seuls maîtres de Ceuta, elle fut définitive-
ment abandonnée et on édifia une nouvelle église dont
la construction dura quarante-six ans (1685-1731).
Les sources signalent à Ceuta l'existence de plu-
sieurs monastères : celui de S. -Jacques, bâti en 1446 et
confirmé par Martin V le 2 juin 1420, qui jusqu'en
1568 appartint aux franciscains de la province des Al-
garves et depuis 1568 aux trinitaires; celui de S.-
Jorge des PP. dominicains, qui passa aussi en 1575
aux trinitaires; un troisième enfin, également aux tri-
nitaires. En 1595, fut érigée la Hermandad de la Mise-
ricordia, logée au monastère de S. -Jorge parce qu'ell'
suivait la règle des Trinitaires. Vers 1850 sont meu
tionnées d'autres confréries, de S. -Pierre, du Rosair"
de S.-Antoine, de S. -Joseph, de Ste-Barbe, du Carmel
de N.-D. de los Remédias, del Valle et de la Victoria, etc.
Il y avait aussi plusieurs ermitages.
Outre la cathédrale, Ceuta possède le célèbre sanc-
tuaire de Nuestra Sefiora de Africa. Actuellement elle
compte encore : trois autres paroisses; deux commu-
nautés enseignantes, l'une de religieux de S. -Augustin
et l'autre de religieuses; un hôpital-asile, confié à une
communauté de femmes ; un mont-de-piété, dirigé par
le clergé. Elle fait partie de l'Union misional del
Clero. Depuis 1926, elle possède une Preceptoria de
latin y humanidades, sorte de petit séminaire où une
vingtaine d'enfants sont instruits en vue de poursuivre
leurs études au séminaire de Cadix. Ceuta compte env.
50 000 hab. presque tous catholiques, 20 prêtres sécu-
liers, des religieux et le clergé de l'armée. L'adminis-
tration ecclésiastique est exercée par un vicaire géné-
ral, un vice-vicaire et un secrétaire. Le chapitre com-
prend 3 dignités, 10 canonicats simples et 6 bénéfices.
La cathédrale est dédiée à l'Assomption de la Ste
Vierge; patrons du diocèse : S. Daniel et ses compa-
gnons martyrs (10 oct.).
Les constitutions synodales furent promulguées en
1553 par Jacques de Lancaster. Elles furent, plus tard,
modifiées et augmentées. On trouve à Ceuta quatre
dépôts d'archives : à l'évêché (1553), à la cathé-
drale (1572), à la Matriz (1583) et à la Câmara ecclé-
siastique (1586). La plupart des documents antérieurs
à 1553 ont été transportés à Simancas.
IV. Liste épiscopale. — L'Orbis seraphicus, p. 516,
de Dom. de Gubernatis et l'Hist. seraphica, V, c. xlii,
d'Esperanza mentionnent un évêque titulaire de Ceuta
du xiii« s., Fr. Lorenzo de Portugal, O. F. M. (voir
Maroc).
Évêques de Ceuta (Portugal). — Fr. Aymar d'Au-
rillac, O. F. M. (5 mars 1421-43). — Fr. Juan Manuel,
O. C. (20 juill. 1443-14 janv. 1459; 1476). — Alvaro de
Evora (1459-72). — Juan Alfonso Ferraz (9 janv. 1472-
76). — Pedro Martin (28 mars-24 sept. 1477). — Juan
Galvao (14777-79?). — Justo Baldino, O. P.? (1479-
93; v. supra, vi, 337). — Juan de Norohna y Meneses?.
— • Fernando de Almeida (19 juill. 1493-99 ; v. supra, ii,
640). — Diego Ortiz de Villegas I" (1500-27 juin 1504).
— Fr. Enrique de Coimbra, O. F. M. (30 janv. 1505-
t 14 oct. 1532). — Fr. Diego de Silva, O. F. M.
(4 mars 1534-39; f déc. 1541). — Diego Ortiz de Ville-
gas II (24 sept. 1540-t 4 juill. 1544). — Jaime de Lan-
castre (9 oct. 1545-12 mars 1569).
Évêques de Ceula-Tanger. — Fr. Francisco Guares-
ma, O. F. M. (9 juin 1570-76). — Manuel de Seabra
(14 janv. 1577-juin 1583?). — Diego Correa (15 juill.
1585-19 juill. 1598; t 9 oct. 1614). — Hector de Valla-
dares (1599). — Jeronimo Govea (1600-02). — Augus-
tin Riveiro (1602-13; t 12 juill. 1621). — Antonio de
Aguiar (21 oct. 1613-32; v. supra, i, 1055). — Gonzalo
de Silva (3 mars 1633-t 26 févr. 1645). — Fr. Juan
Andrade (élu en 1651-t 1655; v. supra, ii, 1592).
Évêques de Ceuta (Espagne). — Antonio Medina
Chacôn (16 déc. 1675-81). — J. Bautista Arambures
(1681-82). — Juan Porras y Atienza (30 juin 1682-
20 oct. 1683). — Luis Aillôn (1683-85). — Antonio
Ibafiez de la Riva (6 juin 1685-23 mai 1687). — Diego
Ibanez de la Lamadrid (9 juin 1687-t 5 avr. 1694). —
Vidal Marin (9 nov. 1695-24 mai 1705; f 10 mars 1709).
— José Salvada (1709). — Sancho de Velunza y Cor-
cuera (24 avr. 1714-sept. 1716). — Fr. Francisco Lasso
de la Vega, 0. P. (2 mai 1717-janv. 1721). — Tomâs
Aguero (13 nov. 1721-16 févr. 1727). — Fr. Tomâs del
Valle, O. P. (1" mai 1728-13 févr. 1731). — Andréa
257
CEUTA
— CEVA
258
Mayoral (22 juill. 1731-5 mars 1738). — Miguel Aguiar
de Padilla (mai 1738-t 14 févr. 1743). — Martin Bar-
da (15 juin. 1743-21 oct. 1755; v. supra, vi, 747). —
José de la Cuesta y Velarde (26 août 1756-9 avr. 1761).
— Antonio Gômez de la Torre (7 mars 1762-15 mai
1770). — José Domingo de Rivera (9 oct. 1770-
t 23 janv. 1771). — Manuel Fernândez de Torres
(31 oct. 1771-t 6 sept. 1773). — Felipe Antonio Solano
(16 août 1774-20 nov. 1778). — Fr. Diego Martin,
O. F. M. (26 mai 1780-30 mai 1785). — Fr. Domingo
de Benaocaz, O. F. M. Cap. (27 avr. 1786-t 16 déc.
1811; V. supra, vu, 1028). — Andrés Esteban Gômez
(13 juin 1816-8 avr. 1817). — Fr. Rafaël de Vêlez,
0. F. M. Cap. (15 nov. 1817-mai 1824). — Fr. Fran-
cisco Garcia Casarrubio, O. Cist. (1825). — Fr. Pablo
Hernândez, trinitaire (9 oct. 1826-t 21 juill. 1829).
— Juan Sânchez Barragân (8 oct. 1830-t 14 août
1846).
Administrateurs apostoliques avec résidence à Ceuta.
— Fr. Franc. Ildef. Infante, O. S. B. (févr. 1876-
mai 1877). — José Pozuelo y Herrero (26 juin 1877-
28 févr. 1879).
Évêques résidentiels de Cadix, administrateurs apos-
toliques de Ceuta. — Jaime Catalâ (juin 1879-17 août
1884). — Vicente Calvo (août 1884-1898; v. supra, xi,
494). — José Rancés (1899-1917). — Marcial Lôpez
Criado (1918-32). — Ramôn Pérez Rodriguez (1933-
37). — Tomâs Gutiérrez (1943).
Suarez da Silva, Memoria para la histor. de D. Joao I,
III, 1464 sq. — T. de la Encarnaciôn, Hist. Ecclesiae
Lusit., I, 33. — Figueiredo, Lusilaiiia sacra, i, vol. n,
p. 135 sq. — Sandoval, Antig. de la Iglesia cated. de Tuy,
Braga, 1610, p. 148, 174-85. — Flôrez, xxii, 19, 198, 201. —
Struve, Rerum Germanicarum script, varii. Hist. desponsat.
Frederici III cum Eleonora Lusit., Il, Strasbourg, 1717,
p. 11 sq. — Xiqiies, Obispos g administ. apostol. de Ceuta,
dans Bol. de la B. Acad. de la hist., vol. xviii, 1891, p. 402-
26. — Levy Maria Jordao, Hist. e Memor. da Academia dos
sciencias de Lisboa, t. vi, trad. esp., Memor. histor. de las
obispados de Ceuta y Tanger, Tanger, 1909. — Paiva Manso,
Hist. ecles. ultramarina, i, Lisbonne, 1872. — De Mas Latrie,
Les anciens évêques de l'Afrique septent., Alger, 1887. —
J. Becker, Hii^c/e Marruecos, Madrid, 1915. — P. deCenival,
Les sources inédites de l'hist. du Maroc, dans Arch. bibl. du
Portugal, i-ii, Paris, 1934. — J. de Esaguay, Libro de las
Veedores de Ceuta, Tanger, 1939. — A. Lôpez, O. F. M.,
Obispos en el Ajrica septentrional desde el s. XIII, Tanger,
1941. — Eubel. — Gams. — Anuario ecclesiastico, Barce-
lone, 1927. — Enc. Espasa, xii, 1513 sq.
F. PÉREZ.
CEVA (ToMMASo), jésuite, né à Milan le 20 déc.
1648, mort en la même ville le 3 févr. 1737. Il était le
frère de Giovanni Ceva (1649-1734), célèbre mathéma-
ticien et économiste, et de O. Cristoforo Ceva, S. J.,
poète latin, auteur entre autres d'une traduction en
vers latins de la Cerusalemme liberata du Tasse. Entré
au noviciat le 24 déc. 1663, Thomas Ceva fut, après sa
théologie, désigné pour la chaire de rhétorique du
fameux collège de la Brera à Milan et l'occupa pendant
quatorze ans. Il y eut comme collègue Carlambrogio
Cattaneo dont il édita plusieurs ouvrages. Proposé
pour la chaire de mathématiques, il emporta les suf-
frages de Caracciolo, la grande autorité mathéma-
tique de l'époque. Reçu comme membre de l'Académie
des Arcades, il prit le nom de Callimaco Neridio. L'em-
pereur Joseph 1<^' lui envoya un diplôme solennel qui le
proclamait théologien de l'empereur. Il réunit, chose
assez rare, la gloire du mathématicien aux lauriers du
poète. Son invention d'un instrument propre à exé-
cuter mécaniquement la trisection de l'angle lui valut
de la célébrité. Le marquis de Lhospital, dans son
Traité des sections coniques, publia l'invention sans
parler de son auteur et semblait tout au moins se l'ap-
proprier. On eut tôt fait de prouver que la publication
du jésuite italien précédait de dix ans celle de Lhospi-
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
tal. Ceva fut aussi le premier à formuler en Italie et à
défendre la loi de la gravitation universelle de Newton,
dans son petit traité De natura gravium, publié parmi
ses Opuscula malhematica en 1699. Cette publication
garde un intérêt historique pour l'état des sciences en
Italie à la fin du xvii« et au début du xviiie s. Scienti-
fique par le fond, poétique par la forme, une autre de
ses œuvres, Philosoptiia novo-antiqua, marque une
date dans l'évolution des théories scientifiques en
ItaUe. C'est en effet le dernier assaut sous forme litté-
raire contre les nouvelles théories physiques. En huit
dissertations, dont les deux dernières sont restées
manuscrites, le P. Ceva fait s'affronter la physique
aristotélicienne et les théories nouvelles en hexamètres
élégants. Ce poème scientifique fut très admiré et eut
plusieurs éditions et traductions en italien. L'œuvre
poétique la plus célèbre de Ceva, celle aussi où il dé-
ploya le plus de virtuosité et de talent, est sans contre-
dit son Jésus puer {V« éd., 1690). Le sujet du poème,
dit l'auteur dans sa préface, est emprunté à l'opinion
développée par S. Athanase, Titus de Bosra, Théodo-
ret, etc., qu'il a trouvée dans les sermons de Sébastien
de Barradas, S. J., missionnaire portugais (1542-1615),
que Jésus dans son enfance a manifesté peu à peu sa
divinité à ses concitoyens de Nazareth. Le poème dé-
bute par le retour d'Égypte; les dénions s'efforcent
d'abord dans une guerre ouverte de précipiter la ruine
du Sauveur, puis d'obscurcir sa divinité qui se dévoile.
Les habitants de Nazareth, après maintes péripéties,
découvrent les supercheries de Satan et reconnaissent
la divinité de l'Enfant vers lequel les attiraient depuis
longtemps l'amour et l'admiration. L'auteur appelle
son poème Comico-héroïque, parce que les acteurs en
sont des humbles et des personnages illustres. L'action
se développe en neuf livres et comprend 4 281 vers.
On y trouve un mélange des genres les plus divers, des
développements épiques, une grande fraîcheur, un
sentiment de la nature profond, presque romantique,
et un véritable réalisme dans les épisodes et scènes de
la vie champêtre; partout une étonnante virtuosité
dans l'art du vers latin. Ce poème n'eut pas seulement
un grand succès en Italie, où il connut nombre d'édi-
tions et trois traductions, l'une du futur cardinal
Zorsi, une autre du P. Muzzarelli, enfin en 1873 une
troisième due à Corrado Ferretti. L'élite littéraire
allemande du xviii« s. applaudit au talent poétique du
P. Ceva. L'abbé Souquet de La Tour, curé de S. -Tho-
mas d'Aquin à Paris, traduisit le poème en prose fran-
çaise (1843).
D'autres poésies du P. Ceva, d'abord détachées,
furent réunies sous le titre de Sylvae (1699) et furent
rééditées plus tard. Elles comprennent des pièces d'es-
pèces variées. Il composa en outre plusieurs oratorios.
En 1709 il publia sous l'anonymat deux opuscules sur
l'afïaire des rites chinois : Alcune riflessioni intorno aile
cose présente délia Cina (s. 1. n. d.) et Riflessioni sopra
la cosa delta Cina, etc. La première fut traduite en an-
glais et en français. La Vita di S. Giovanni di Dio,
d'abord anonyme puis rééditée plusieurs fois sous le
nom de l'auteur, est une adaptation en italien de l'ori-
ginal espagnol du P. Antonio de Goea. Un autre
ouvrage sur l'erreur janséniste est la traduction de
l'œuvre du P. J. Brun sur les 101 propositions extraites
des Réflexions morales sur le Nouveau Testament de
Quesnel. La Vie du P. Tommaso Ceva fut écrite par le
P. Guide Ferrari, S. J., et par le P. Giulio Cesare Cor-
dara, S. J., dans la série des biographies Degli Arcadi
illustri. Le P. Boero, dans sa réédition du Ménologe du
P Patrignani, se contente de mettre en relief les vertus
religieuses du P. Ceva. On trouvera des renseigne-
ments biographiques et bibliographiques dans la pré-
face de la traduction de S. de La Tour, et une biblio-
graphie complète dans Sommervogel.
H. — XIL — 9 —
2B9 CE VA - -
Sommcrvogel, ii, 1015-24; ix, 24; xi, 1284, 1642. —
Mémoires de Tréimiix. 1738, p. 323-30. — S. de La Toiir,
Jésus enfant, 1843. — Patrignani-Boero, Menolngio, ii,
Mese di Febbrnin. 67-70. G. C. Cordara, S. .1., Vita di
T. Ceim, 17.51.
A. De Bil.
CEYLAN, l'île « reine et perle des Indes » an-
glaises, d'une superficie de 65 605 l<m^ comptant
5 300 000 liab. d'une douzaine de races, avec les pour-
centages suivants : 42,8 Singhalais; 24,2 Kandiens;
11,5 Tamouls ceylanais; 13,4 Tamouls de l'Inde;
5,6 Maures de Ceylan; 0,73 Maures des Indes; 0,65 Eu-
rasiens; 0,30 Malais; 0,18 Européens; 0,10 Veddas;
0,49 divers. Les Singhalais sont bouddhistes, les Ta-
mouls hindouistes, les Maures mahométans.
Dès 1517 (1518?) les franciscains y avaient inauguré
leur apostolat. S. François-Xavier visita le Nord en
1544. Plus tard arrivèrent les dominicains et les
augustins. Au début du xvii« s. l'évêque de Cochin
envoya les jésuites dans le Nord. Il y aurait eu au
moins 100 000 catholiques lorsque, chassant les Por-
tugais, les Hollandais, maîtres en 1658, expulsèrent
les prêtres et persécutèrent les catholiques. Le P. Cal-
deiro, S. J. (supra, xi, 362-63), fut décapité à Jafïna.
Les oratoriens de Goa, parmi lesquels le P. Vaz et le
P. de Miranda, sauvèrent ce qu'ils purent; à l'arrivée
des Anglais en 1796, il restait quelque 50 000 catho-
liques; après dix ans d'hésitation l'Angleterre rendit
la liberté religieuse.
Divisions ecclésiastiques. — Sous le patronat portu-
gais (1517-1836), Ceylan dépendit d'abord de Goa et
depuis 1557 de Cochin. La période de 1836 à 1886 fut
celle des vicariats indépendants : Colombo (23 déc.
1836), Jafïna (1849), Kandy (16 avr. 1883), qui furent
élevés au rang de diocèses, le 1" sept. 1886, avec
Colombo comme métropole. Le 25 août 1893, furent
créés les diocèses de Galle et de Trincomalie; le
5 janv. 1939, celui de Chilaw.
F. de Queiroz, Conquista temporal e espiritual de Ceylao.
— Streit, VI, 23-2-1. — Ann. pont., 1948, p. 109, 113, 133,
148, 151, 257. — /,. r. K., ii, 819-20.
L. Van Hee.
CHAAGE (Notre-Dame de), Cavea ou Chagia,
à Meaux. En 1135, avec l'approbation des auto-
rités ecclésiastiques, quelques chanoines de la cathé-
drale S.-Étienne de Meaux se retirent pour mener la
vie régulière dans une ancienne église paroissiale, édi-
fiée sur les ruines d'un amphithéâtre romain et ayant,
dit-on, servi jadis de cathédrale. L'évêque Manassès,
qui méritera le titre de rector et fundator, et le chapitre
favorisent cette initiative et assurent le temporel du
nouveau monastère. Entre autres ressources, les régu-
liers jouissent d'une prébende, des annales des autres
bénéflciers et de cinq paroisses. Par contre, ils doivent
assurer le service hebdomadaire à la cathédrale et
voient leurs élections contrôlées par le chapitre. Ce
statut, analogue à celui de S. -Quentin de Beauvais, est
caractéristique pour les communautés formées par
une sorte de dédoublement des chapitres séculiers.
Pour assurer la discipline régulière, les convertis
choisissent leur premier abbé, Élie, à S. -Victor de
Paris. Assez ferme durant les premières années, le
lien avec la maison mère ne tardera pas à se relâcher
dans la suite. Les seuls événements marquants du
xii" s. sont la fondation du prieuré de Juilly en 1184 et
les difficultés avec S.-Étienne au sujet des annates. La
discipline subit un premier fléchissement au milieu du
xiii« s. Au début du xvi" apparaissent les abbés com-
mendataires. En 1642 la communauté s'aflilic à la
congrégation de France.
Liste des abbés, dans Coll. christ., viii, 1716-21.
Invent, des arcli. départ, de Seine-et-Marne, ii, 57-59,
// 203-211; IV, suppl. 13, n. 844-45. — Bibl. nat., Paris,
CHAALIS 2r,0
; coll. Baluze, vol. li, p. 20.3-08. — Chronicon..., bibl. Sto-
Gene%iève, ms. 727. - - T. Duplessis, Hist. de l'Église de
I Meaux, Paris, 1731, t. i, 141-44, 569-74; ii, 458-59.
Go//, christ., viii. 1715. - Pour plus de détail, L.-H. Cotti-
ne^u, i, 662.
Ch. Dereine.
CH AAL IS,fC/ia/;sii//n, Karolilocus (parfois con-
i fondu avec Carus locus, « Cherlieu »), illustre abbaye
I cistercienne près d'Ermenonville, dép. de l'Oise, dioc.
! de Beauvais (jadis Senlis). Ce n'était à l'origine qu'un
î petit prieuré dépendant de Vézelay; pour une rente
i annuelle de dix sous, il fut vendu à l'abbé de Ponti-
gny, qui y envoya une colonie de ses moines ayant à
leur tête André de Baudiment, premier abbé. D'autre
part, le roi de France, Louis VI le Gros, voulut doter
l'abbaye (charte de donation : 10 janv. 1136, d'après
Luchaire, op. cit. infra) en mémoire de son cousin,
Charles le Bon, comte de Flandre, lâchement assas-
siné à Bruges en 1127 (cf. Bertulf, supra, viii, 1111).
Louis VII le Jeune entra pleinement dans les vues de
son père; il confirma ses donations et fit lui-même
d'autres libéralités. Le clergé et la noblesse imitèrent
ces exemples; l'abbaye royale atteignit ainsi un haut
degré de prospérité. En 1151, elle créait une maison
fille : la Merci-Dieu, Misericordia Dei, au diocèse de
Poitiers.
Durant son premier siècle d'existence, Chaalis four-
! nit un évêque à Senlis, Amaury (1154-67), un arche-
vêque à Bourges (1183), Henri de Sully, frère d'Eudes,
qu'L^rbain III créa cardinal (1186), un second arche-
vêque à Bourges, S. Guillaume de Donjeon (1199-
1209, canonisé en 1218); plusieurs autres seraient à
i citer. Nombreux furent les abbés remarquables, que
Rome ou le chapitre général de Cîteaux chargeaient de
I missions importantes. Les sciences ecclésiastiques
j furent en honneur à Chaalis; parmi les écrivains nous
: voyons particulièrement Jacques de Thérines et sa
plaidoirie au concile de Vienne (1312), Guillaume de
] Digulleville et son Pèlerinage (vers 1330). A l'époque
de la Renaissance, Chaalis voit se succéder une série de
prélats — hommes énergiques — théologiens et admi-
I nistrateurs : Jean Le Fel, Robert de la Tourotte, Si-
1 mon Postel. Malheureusement la commende apparaît
! sous la pourpre d'Hippolyte d'Esté, appelé cardinal de
i Ferrare. « Politique habile, amateur de jouissances
j raffinées, ce prélat magnifique prit soin de bien orner
sa nouvelle abbaye, mais ses moines mouraient de
faim. » Son neveu hérita de tout. Plus tard, on eut un
petit-fils du Grand Condé, le trop fameux comte de
; Clermont, qui se désintéressa totalement de son béné-
I fice, moyennant une rente de 45 000 livres. De Chaalis,
! il faut aussi évoquer le souvenir de la bibliothèque
(v. infra) et de l'architecture (infra). Actuellement
subsiste encore une chapelle du xni" s., mais l'église
est en ruine. Les bâtiments et jardins appartinrent un
temps au prince Joachim Murât; en 1902, ils étaient
acquis par Mme E. André-Jacquemart qui en fit un
musée qu'elle légua en mourant à l'Institut de France.
Série des abbés d'après la Gallia : 1. André de Bau-
diment, 1136-42. — 2. Amaury, 1142-54. — 3. Didier,
1155-60. — 4. Humbert, 1160-71. — 5. Enguerrand,
1174-81. — 6. Pierre I", 1182-87. — 7. S. Guillaume
de Donjeon, 1187-99. — 8. Adam, 1202-17. —
9. Eudes, 1218-21. — 10. Jean 1^' de Caen, 1221-27. —
11. Milon, 1227-38. — 12. Jean II d'Arbone, 1239-55.
— 13. Pierre II Thomas, 1258-70. — 14. Jean III Nor-
man, 1270. — 15. Jean IV de Senlis, 1280. —
16. Laurent de Marceaux, 1282-90. — 17. Daniel
1 de Plailly, t 1296. — 18. Réginald de Roquemont,
t 1308. — 19. Jacques de Thérines, 1308-17. —
20. Jean V Picard, 1317-26. — 21. Jean VI de Gaillo
1326-t 1337. — 22. Enguerrand de Gournai, 1337-4
— 23. Laurent II de Marceaux, 1343-52. — 24
261
CHAALIS — CHABORA
262
Jean VII de Gaillon, 1352-72. — 25. Gautier le Comte,
1375-79. — 26. Jean VIII Dubois, 1380-97. —
27. Laurent III de la Rue, 1412-18. — 28. Paris de
Beaune, 1418-21. — 29. Alain de Sorel, 1438. —
30. Jean IX de Senlis, 1438-55. — 31. Guy d'Autun,
1456, devient abbé de Pontigny, puis de Cîteaux,
1458. — 32. Pierre III de Virey, devient abbé de Clair-
vaux, 1471. — 33. Jean X Le Fel, 1471-1501. —
34. Robert de la Tourotte, 1501-23. — 35. Simon Pos-
tel, 1523-41. — 36. Card. Hippolyte d'Esté, 1541-72.
— 37. Louis d'Esté, 1572-86. — 38. Julien de Saint-
Germain, év. de Césarée, 1586. — 39. Achille de Har-
lay, 1589. — 40. Abel de Montliard, 1601. — 41. Louis
de Lorraine, card., 1601. — 42. Charl. -Louis de Lor-
raine, card., 1630. — 43. Jean d'Estrades, év., 1642. —
44. Jules-Paul de Lionne, 1668. — 45. Louis, comte de
Clermont, 1721. — 46. Jean deBoisgelin de Cucé, 1779.
Bibliothèque. — Catal. des niss. de Chaaiis dressé vers la
fin du XII» s. : ms. 351, fol. 123-27, bibl. de l'^^senal, Paris,
et reproduit au l. viii, 439 du Catal. des mss. des bibl. de
France, .\rsenal. — Au xvii* s.. Ch. Le Tonnelier dressa
un autre catalogue : ms. 4630, fol. 24-46, bibl. de l'Arsenal.
• — En 1713, dom Martène parlait avec éloge de la bibl. de
Chaaiis, Voijafie litt., i, part. II, p. 258.
Architecture. — - M. Aubert, L'archit. cisterc. en France,
Paris, 1943, i, ii, passim. — C. Enlart, Orig. frnnç. archit.
goth. en Italie, Paris, 1894, p. 229, 230, 275. — L. Gillet,
Abbaye de Chaaiis et musée Jacquemart-André, Paris, 1914.
— Lefè\Te-Pontalis, L'église abbatiale de Chaaiis, Caen,
1903.
Archives. — Départ, de l'Oise, 34 registres, 309 liasses :
bulles (xii«-xiv" s.); donations (xii'-xiii» s.); sceaux (xn"-
XIII» s.); inventaire (xviu' s.); comptes (xviii« s.); registre
des noviciats, professions et sépultures (1766-85). — Arch.
nat. : L 1002. — Arch. départ, de Seine-et-Marne : 257
H 1 (H 44), carte géométrique de la seigneurie de Stains
(1740). — Bibl. nat. Paris : mss. lut. 9170, copies et invent,
des titres (xvii»-xvni« s.); 9976-9982, copies et extr. de
chartes; 9983, ibid. (xvi» s.); 9984, ibid. (1532); 10400,
fol. 40, fragm. cart.; 11003, cart. in-S" (1390); 17113, extr.
par Gaignières (xvii" s.); mss. fr. 20901, n. 65; nouv. acq.
lat. 2316, chartes originales (xii'-xiii» s.); coll. Bastard,
sceaux, n. 234; coll. Moreau, ms. 790; coll. Duchesne,
t. Lxxiv, fol. 112, extr. d'obituaire. — Bibl. de la Chambre
des députés : ms. 346, fol. 118; ms. 347, fol. 119. — Car-
pentras, bibl. munie. : ms. 1791, fol. .598. — Chaumont,
bibl. munie. : ms. 79, lettre de l'abbé .Tean (1484).
Cottineau, i, 662. — L. Delisle, Catal. des actes de Philippe
Auguste, Paris, 1856, n. 85, 314, 2099 et p. 531. — Gall.
christ., x, 1508. — L. Gillet, L'abbaye de Chaaiis, dans
Revue des Deux Mondes, 1912, p. 427 sq. ; Le Tasse à
l'abbaye de Chaaiis, Paris, 1914. — Jaffé, 8267, 9626,
10690, 11086, 12463, 13749. — Janauschek, Origines
cisterc. Vienne, 1877, p. 44. — Jean de Jlontreuil, descrip-
tion de l'abbaye, dans Martène, Amp/issima.., ii, Paris, 1724,
col. 1388. — A. Luchaire, Louis V7, Annales de sa vie...,
Paris, 1890, n. 563, 596; Études sur les actes de Louis VII,
Paris, 1885, n. 18, 62, 182, 195, 279, 605, 624, 792. — Man-
rique, dans Ann. cisterc, ann. 1136, c. ix, n. 1, 5, Lyon, 1642,
1, 5. — E. MuUer, Vingt-neuf chartes orig... Chaaiis, Senlis,
1892. — Potthast, Rey., 3239, 3919, 4388, 5373, 5811,
9528, 25678. — Statuta cap. gen. ord. Cisterc, i-viii, éd.
Louvain, 1933-41; les Indices donnent la synthèse des
nombreuses références concernant Chaaiis. — Trois lettres
du Mercure de France (1736-1740), rééd. Paris, 1923 (il
s'agit particulièrement des visites du roi S. Louis à Chaaiis).
J.-M. Canivez.
CHAALIS (Adam de). Voir Adam, abbé de
Chaaiis, i, 465.
CHABANEL (Noël). Voir Noël Chabanel
(Saint).
CHABANNES (Adhémar de). Voir Adémar de
Chabannes, I, 535-40.
CHABANNES (Rosalie de), moniale cister-
cienne-trappistine sous le nom de Sœur Augustine.
Née en 1770 d'une famille noble de la Gascogne, elle
entra âgée de dix-huit ans à l'abbaye cistercienne de
S. -Antoine de Paris. La Révolution ne tarda pas à l'en
faire sortir; elle échappa de justesse à l'échafaud. Vou-
lant continuer sa vie religieuse, elle court en Suisse où
s'était réfugié, avec un groupe de moines, dom Augus-
tin de Lestrange, maître des novices à la Trappe. Elle
devint bientôt supérieure des trappistines du Valais.
Mais il fallut fuir la Révolution toujours menaçante;
elle suivit donc alors les moines dans leurs invraisem-
blables pérégrinations à travers l'Europe. En 1802,
elle fut envoyée en Angleterre comme fondatrice. Elle
y créa, en effet, le monastère de Stapehill qu'elle gou-
verna jusqu'en 1844. Depuis 1935, Holy-Cross de
Stapehill, par Wimborne, dans le Dorsetshire, est
devenu abbaye.
Annales de l'abbaye d'Aiguebelle, i, ii. Valence, 1863. —
Comte de Charencey, Hist. de l'abb. de la Grande-Trappe,
II, Mortagne, 1911, p. 414. — Dom Lamb. Nolle, Das
Cisterzienserinnenkloster Stapehill, dans Studien..., 1937,
p. 321. — Odyssée monastique. D. de Lestrange et les Trap-
pistes pendant la Révolution, Grande-Trappe, 1898. —
Vie de dom Antoine de Beauregard, Paris, 1840, p. 74. —
La Trappe in England; C.hronicles of an unknow monastery,
Stapehill, 1937.
J.-M. Canivez.
CHABAS, évêché d'Égypte. Voir Cabasa,xi, 13.
CHABERT (Bernard). Voir Bernard Chabert,
vin, 660-61.
CHABORA, Habora, Haboura, Hâbûr, Khâbûr,
ville de Mésopotamie, située près du confluent du Hâbûr
et de l'Euphrate, identifiée par plusieurs, à tort, avec
Circesium (Dussaud, op. infra cit.), ce qui ressort aussi
des listes épiscopales de la Chronique de Michel le Sy-
rien qui distingue les deux diocèses. Nous avons trouvé
trace des titulaires suivants de cet évêché jacobite :
Dioscore (667), cité dans le ms. syriaque Berlin 179
(Sachau 221), fol. 110 v°, qui gouvernait également
le diocèse jacobite de Singâr; Étienne (759-767-68);
Ézéchiel (vers 965) et Jean (vers 1004), tous deux en
même temps métropolites de Dara; Bar Turca (1130);
Jean (1125-65); Daniel (1222) ; Timothée (1580). Deux
évêques de Habora sont encore cités dans le Liber
vitae, diptyques que le patriarche d'Antioche, Siméon
Ignace, fit dresser en 1648 et qui sont conservés dans le
nis. Vat. syr. 39 (S. E. Assemani et J. S. Assemani,
dans Bibliothecae aposlolicae Vaticanae codicum ma-
nuscriptorum catalogus, ii, Rome, 1758, p. 275 sq.), à
savoir : Abraham et Jean; ce dernier gouvernait en
même temps les diocèses de I.'arran et de Nisibe et la
liturgie syriaque jacobite possède une anaphore qui lui
est attribuée, composée, d'après A. Baumstark (Ge-
schichle der syrischen Litercdur, Bonn, 1922, p. 294),
en 1221-22. Un Abraham de I.Iabora est cité dans le
ms. British Mus. Add. 17 231 (W. Wright, Catalogue
of the Syriac mss. in ihe British Mus., i, Londres,
1870 sq., p. 300, col. 2) comme auteur d'un sedrâ en
l'honneur de S. Jean l'évangéliste; est-ce le même
personnage que l'évêque mentionné plus haut?
Le Quien, ii, 1485-90. — J. S. Assemani, Bibliotheca
orientons, ii, Rome, 1721, p. 111, 227. — J. B. Abbeloos-
T. J. Lamy, Gregorii bar Hebraei chronicon ecclesiasticum,
I, Louvain, 1871 sq., col. 322, n. 1; 520, 688. — Pauly-
Wissowa, xi-1, col. 505 (au mot Kirkesion). — J.-B. Chabot,
Chronique de Denys de Tell Mahré, Paris, 1895, p. 60, 90;
Chronique de Michel le Syrien, m, Paris, 1905 sq., p. 466,
469. — E. Sachau, Verzeichnis der syrischen Handschriften
der kgl. Bibliolhek zu Berlin, ii, Berlin, 1899, p. 587, col. 1 ;
Zur Ausbreitung des Christentums in Asien, dans Abhandl.
der preuss, Akad. der Wiss., Phil.-hist. Klasse, Berlin,
1919, p. 46. — R. Dussaud, Topographie historique de la
Syrie antique et médiévale, Paris, 1927, p. 4.58, 487. —
G. Levi Délia Vida, Documenli intorno aile relazioni délie
2 fi a
Chie.ie orientali con la S. Sede, Cité du Vatican, 1948,
p. S6, 89, dans Sliirli e Tesli, 143.
Arn. Van Lantschoot.
CHACHAPOYAS, ville du Pérou, dép. d'Ama-
zonas, fondée par Alonso de Alvarado en 1586, ancien-
nement appelée Ciudad de la Frontera ou San Juan de
la Frontera; depuis le 4 juill. 1843, siège d'un évêché,
fondé à Maynas en 1805 et suffragant de Lima.
Évêque de Maynas. — Hippolyte Ant. Sanchez
Rangel, fr. min., 27 juin 1805; trans. à Lugo, 18 déc.
1824. — Vacance.
Évêques de Chachapoyas. — Pierre Ruiz, 12 sept.
1853-t 1863. — François Sol. Risco, 27 mars 1865;
dém. — Joseph J. Yrala, salés., admin. apost. ;
év. 8 juin 1904; dém. — Émile Lisson, 16 mars
1909; archev. de Lima, 1918. — Octave Ortiz Arieta,
1921.
Gams, 142; suppl., 133. — Cath. Enc, m, 551; suppl., i,
174. — Enc. Espasa, xvi, 1382.
É. Van Cauwenbergh.
CHACO. Voir Concepcion de Paraguay.
CHACON (Alonso). Né à Baeza (Andalousie),
vers 1540, Chacon prit l'habit des frères prêcheurs au
couvent de S. -Thomas à Séville, où il fut régent des
études. Nommé pénitencier à S. -Pierre de Rome, il
s'adonna à l'étude des antiquités romaines et chré-
tiennes. Aussi, lorsqu'en 1578 (31 mai) un affaissement
du sol révéla l'existence de galeries souterraines sous la
i>i^7)a Sanchez, Chacon entreprit-il l'étude de cette
nouvelle catacombe. Les croquis qu'il en fit exécuter,
ainsi que dans d'autres cimetières romains (cata-
combes de Priscille et de Novella), constituent de nos
jours le ms. Vat. lat. 5409. Écrivain prolixe, la critique
s'est parfois montrée sévère à l'égard de ce domini-
cain, que ses contemporains ont considéré comme un
archéologue et un historien de valeur. Seules, de nos
jours, les Vitae et res gestae Summorum pontiflcum,
dans l'édition que le P. Oldoini en donna en 1677, sont
encore utilisées. Chacon travaillait à leur impression
(1" éd., Rome, 1601) quand il mourut. Son décès se
place certainement avant le 19 mai 1599, très proba-
blement, au témoignage de De Thou, le 4 févr. de
cette année.
N. Antonio, Bibl. nova hispana, i, 1783, p. 18-19. —
Quétif-Échard, ii, 344-46. — J.-B. De Rossi, La Roma
sotterranea cristiana, i, Rome, 1864, p. 15-17. — .1. Wilpert,
Die Katakombengemàhie und ihre alten Copien..., Fribourg-
en-Br., 1891, p. 4-23. — G. Mercati, La data délia morte del
P. Ciacconio, dans Studi Romani, ii, 1914, p. 354-56. —
Enc. Espasa, xvi, 1377. — A. Zucchi, Roma domenicana,
IV, Florence, 1943, p. 103, 197-98.
M. -H. Laurent.
CHAD (Saint). Voir Ceadda, xii, 13.
CHADIRA, Hazlra, Alhazïra, localité de Baby-
lonie, située non loin de Takrit, et siège d'un évêché
nestorien. L'existence de ce dernier est attestée pour
l'année 1257, du fait que son évêque I5ô'yahb parti-
cipa en qualité d'archidiacre à l'ordination du catho-
licos Makkîkhâ IL
Le Qiiien, ii, 1313 sq. — J. S. Assemani, Bibliolheca
orienialis, Rome, 1719 sq., ii, 4,55; iii-l, 556; m-2, 736. —
G. Hoffmann, Aits2ùge aus syrischen Akten persischer
Màrtyrer, Leipzig, 1880, p. 186 sq. — H. Gismondi, Maris
Amri et Slibae ilo patriarchis nestorianoriim commenlaria,
II» part., trad. lat., Rome, 1897, p. 69. — E. Sachau, Zur
Ausbreitung des Cliristentums in Asien, dans Abhandl. der
prenss. Akad. der Wiss., Phil.-hist. Klasse, Berlin, 1919,
p. 34-36.
Arn. Van Lantschoot.
CHADUC (Blaise), oratorien français (1608-94).
Voir D. T. C, II, 2189.
264
CHAFFRE (Saint), abbé de Carméry. D'après la
Vita, Theofredns, dont le nom en languedocien devint
Chaffre, était né à Orange et fut le 2" abbé de Carméry.
Lors de l'invasion des Sarrasins, après avoir mis ses
moines en sécurité, il resta près de son monastère
pour le protéger contre les attaques des barbares; il
tomba victime de son dévoûment. Son martyre, selon
toute probabilité, se place en 732. — Chaffre jouit d'un
culte très ancien (19 oct.), bien que son nom n'ait pas
été repris par le martyrologe romain. Ses reliques,
conservées dans l'église abbatiale, furent cachées à la
Révolution française. Il y en eut une reconnaissance
en 1822.
Ce S. Chaffre ou Theofredus est le même que
Teofredo ou Eufredo du 11 oct., titulaire de Cervere
et Cherasco. Ces églises primitivement dépendaient de
Carméry, mais en 1457 furent unies au monastère de
S. -Pierre de Savigliano. On fît alors de Teofredo un
saint de Cherasco ou un martyr thébain; et même,
l'église d'Alba croyait posséder son corps.
A. Boit., XVI, 104. — A. S., oct., v, 646-47; viii, 515-26.
— G. Arsac, Le monaslier S. Chaffre, Le Puy, 1907. —
B. H. L., 8103-05. — Ceillier, xn, 45. — H. L. Fr., iv,
60-61; vn, 411-12. — Mabillon, Acta S. Bened., 2' éd.,
Iii-l, 449-50. — Savio, Il monastero di S. Teofrede di
Cervere ed il culto di S. Teofredo, dans Miscell. star, ilal.,
1897, p. 57-77. — A. Ferma, Sull' origine del culto di
S. Cliiaffredo, dans A. Doll., lxvui, 362-68.
R. Van Doren.
CHAGNOALD. Voir Caonoald, xi, 174-75.
CHAIGNON (Pierre), écrivain ascétique, S. J.
(1791-1883). Voir D. T. C, ii, 2189-90.
CHAISE-DIEU, Casa Dei, abbayes de prémon-
trés : 1. au dioc. d'Auch, voir Case-Dieu, xi, 1268; —
2. au dioc. d'.Arras, voir Vi cogne.
CHAISE-DIEU (LA), Casa Dei, SS.-Vital-et-
Agricola, ensuite S. -Robert, abbaye de bénédictins, au
dioc. de Clermont, auj. du Puy, arrond. de Brioude
(Hte-Loire). Ce monastère, le plus important de l'Au-
vergne, eut comme premier abbé S. Robert de Tur-
lande, qui y vécut d'abord en ermite (1043), puis éta-
blit une communauté (1046) approuvée par le roi
Henri I" en 1052. Dès le début la Chaise-Dieu fut
l'objet de nombreuses libéralités. Elle devint bientôt
chef d'une congrégation qui compta 8 abbayes,
90 prieurés en Auvergne, 186 en France, 17 en Es-
pagne, Suisse et Italie. Ces maisons constituaient un
groupe très centralisé. Leurs supérieurs, d'après les
prescriptions de Pascal II et d'Eugène III, étaient
élus par l'abbé et les moines de la Chaise-Dieu, et
aucun dignitaire ne pouvait être nommé sans leur
assentiment.
Les huit premiers abbés furent tous canonisés.
Parmi eux se signale S. Robert Seguin qui aida à la
fondation des chartreux. Le pape Clément VI, moine
de la Chaise-Dieu, combla le monastère de ses faveurs.
Il fit élever à ses frais la splendide église abbatiale
(1344-52), construite par l'architecte Hugues Moret.
Il la choisit comme lieu de sépulture. Sous l'influence
de Richelieu, qui fut abbé commendataire, la Chaise-
Dieu fut unie à la Congrégation de S.-Maur en 1640. —
L'église, devenue paroissiale, a été conservée. Elle
possède un chœur avec 144 stalles, un jubé remar-
quable du xvii" s., une danse macabre du xv« s.,
17 riches tapisseries exécutées d'après les dessins de
Tadeo Gaddi. Parmi les bâtiments conventuels, qui
subsistent encore pour la plupart, se trouvent deux
galeries du cloître du xv« siècle.
Liste des abbés. — Robert, 1046-t 16 avr. 1067. —
Durand, év. de Clermont en 1078. — Robert Seguin,
CHABORA — CHAISE-DIEU (LA)
265
CHAISE-DIEU (LAj
— CHALAIS
266
1078, t 1094. — Ponce I" de Turnon, 1094, obtint
l'immunité, év. du Puy en 1102. — Êmeric, év. de
Clermont vers 1111. — Étienne I" de Mercœur, 1114,
t 1146. — • Jourdain de Montboisier, f 24 nov. 1158. —
Ponce II de Beaudimer, f 1169. — Guillaume I"
de Torrent, f 1176. — Bertrand Isarin, t 1179. —
Lantelme ou Lancelin, 1179, év. de Valence en 1192.
— Dalmace de Cusse ou de la Cour, f 1192 (?). —
Étienne II de Brezons, f 1194. — Bernard Balon ou de
Vallons, 1194. — Hugues I" d'Anglar, f 1203. —
Armand de Brezons, 1204, f 1227. — Gérald de Mont-
clar, 1227. — Guillaume II de Boissonnelle. — Ber-
trand de Paulhiac ou de Paulhine, 1247 (?), t 1259. —
Albert ou Arbert de la Molette, f 1282. — Eblo de
Montclar. — Aimoin de la Queuille (de la Cula), 1296,
1307. — Hugues II de Arcu, t 1318 ou 1319. — Jean
de Chandorat, 1318, év. du Puy en 1342. — Rigald ou
Réginald I" de Montclar, 1342, f 1346. — Pierre d'Ai-
grefeuille, 1346, év. de Clermont en 1347. —
Étienne III de Malet, 1347, archev. de Toulouse en
1350. — Étienne IV d'Aigrefeuille, 1350. — Guil-
laume III Gaultier, 1361, abbé de S.-Médard de Sois-
sons, 1366. — Guillaume IV de Ulmo, t 27 mars 1378.
— André de Chanac ou Airaud, f 12 mai 1420. — •
Hugues III Chauvigny de Blot, abbé de Menât, 1421,
démissionna en 1465, t 1" août 1478. — Réginald de
Chauvigny de Blot, t 9 mai 1491. — Jacques de
Seneterre, 1491, f 1518. — Gard. Adrien Goufler de
Boisy, év. de Constance, 1518, premier abbé commen-
dataire, céda en 1519 au suivant. — Card. François de
Tournon, archev. d'Évreux; en 1541, résigna l'ab-
baye en faveur de son neveu, tout en gardant l'admi-
nistration. — Charles de Tournon, év. de Viviers; en
1542 déjà, il rendit l'abbaye à son oncle, qui garda la
commende jusqu'à sa mort, 22 avr. 1562. — Henri
d'Angoulême, fils naturel d'Henri II, grand prieur de
Malte, nommé en 1562, tué en 1586 par Philippe,
baron de Castellane. — Les moines élirent Pierre de
Frétât, grand-prieur, mais Henri III cassa l'élection.
— Charles d'Orléans, fils naturel de Charles IX, 1586.
— En 1589, le chapitre élit un moine, Antoine d'Urfé;
mais Henri IV désigna Nicolas de Neufville, seigneur
de Villeroy. — En 1608, ce dernier céda la Chaise-
Dieu à Louis de Valois qui, en 1612, fut nommé à
l'évêché d'Agde, mais ne reçut pas les ordres. —
Louis de Valois s'étant marié en 1629, la Chaise-Dieu
passa au card. Armand I" du Plessis de Richelieu qui
la garda jusqu'à sa mort, 1642. — Card. Alphonse-
Louis du Plessis de Richelieu, l^"^ août 1643, t 23 mars
1653. — Card. Jules Mazarin, 10 oct. 1653, t 9 nov.
1661. — Card. François Mancini, son neveu, 1661,
t à Rome, 28 juin 1672. — Hyacinthe Serroni, noble
romain, O. P., évêque d'Orange, puis de Mende, com-
mendataire en 1672, t 7 janv. 1687. — Henri I"-
Achille de la Rochefoucauld, déjà abbé de Fontfroide
et de Beauport, nommé le 20 janv. 1687, 1 19 mai 1698.
— Henri II de la Rochefoucauld, abbé de Fontfroide
et de Ste-Colombe de Sens, nommé en 1698, t 16 déc.
1708. — François de Lorraine d'Armagnac, 24 déc.
1708, t 19 oct. 1712. — Card. Armand II Gaston de
Rohan, 22 avr. 1713.
A. S., avr., m, 317. — Acta S. ord. S. Bened., VI, ii, 183.
— V. Baubet, Éludes histor. et archéol. sur l'abbaye de la
Chaise-Dieu, 1043-1516, dans École des chartes, positions
des thèses, 1914, p. .5-10. — Beaunier-Besse, Abbayes et
prieurés de l'anc. France, v, 10. — Branche, Hist. des ordres
monastiques en Auvergne, 97-135. — Cottineau, i, 667-69. —
E. Darand, La Chaise-Dieu, Paris, 1903. — M. Faucon,
Documents inédits sur l'église de la Chaise-Dieu, dans Bull,
du Com. des trau. hist. et archéol., 1884-85. — Gall. christ..
Il, 327. — N. Gardon, Hist. de la Chaise-Dieu, éd. A. Jaco-
tin. Le Puy-en-Velay, 1912. — P. Georges, L'abbaye béné-
dictine de la Chaise-Dieu, Paris, 1924. — J. Langlade, L'ab-
baye de la Chaise-Dieu, Paris, 1923. — Martène-Charvin,
Hist. de la Congrég. de S.-Maur, n, 222. — Ph. Schmitz,
Hist. de l'ordre de S.-Benoît, m, 109. — Devic-Vaissete,
Hist. gén. de Languedoc, v, 746-63.
R. Van Doren.
CHALADE (LA), Caladia, Kaladia, Quatadia,
ancienne abbaye cistercienne située dans le dioc. de
Verdun (Meuse), sur la comm. de Lachalade, le long de
la Biesme. Ce n'était d'abord, dans la forêt d'Ar-
gonne, qu'une sorte d'ermitage où séjournait un petit
groupe de moines. Quand leur fut enlevé leur supé-
rieur, Robert, appelé à l'abbatiat de Beaulieu-en-Ar-
gonne, ils supplièrent Guy, l'abbé cistercien de Trois-
Fontaines, de leur envoyer quelques-uns de ses reli-
gieux. La Chalade devint ainsi abbaye petite-fille de
Clairvaux (1128). Des dons abondants lui furent con-
cédés, spécialement par le pieux évêque Albéron de
Chiny, au point que la population monastique du nou-
vel établissement atteignit presque le chiffre de 300
avant la fin du xii^ s. Vers 1398, un procès pénible
éclata à la suite de l'achat de l'importante ferme La
Borde à Thogny, que possédait l'abbaye de Cherninon.
A cette époque d'ailleurs, la feryeur était en baisse.
En 1637, Richelieu, qui réformait les monastères, fit
entrer la Chalade dans la stricte observance. La com-
mende n'allait pas tarder à venir. L'abbaye disparut à
la fin du xviii» s. L'église est en ruine; ce qui reste des
bâtiments conventuels est converti en habitations
particulières.
Abbés. — 1. Hugues, 1128. — 2. Haton, 1138. —
3. Gontier, 1148, 1156. — 4. Remi, 1167, 1169. —
5. Eustache, 1175, 1180. — 6. Guy, 1192. — 7. Richer,
1203. — 8. Adam, 1206, 1208. — 9. Thibaud, 1213. —
10. Robert, 1214. — 11. F., 1228. — 13. Roger, 1239.
— 13. Geofîroy, 1244. — 14. Martin, 1266. —
15. Jean I", 1310. — 16. Jean II, 1405. — 17. Jean III
de Varennes, 1421, 1429. — 18. Nicolas, 1451. —
19. Robert II, 1468. — 20. Nicolas II Clasquin, 1484. —
21. Jean IV de Monblainville, 1510. — 22. Jean V Her-
belet. — 23. Jacques Mahinet, 1529. — 24. Claude I"
Angenost, 1541. — 25. Bernard de la Ferté, th. doct.,
1574. — 26. Claude II Lollier, 1578, 1581. — 27. Ni-
colas-Thomas de Clermont, 1581. — 28. Charles,
card. de Lorraine, commendataire, 1583. — 29. Charles
Poignant. — 30. Christophe de la Vallée, év. de Tulle,
1592. — 31. François de Livron de Bourbonne, 1634.
— 32. Gilbert de Clerembaud de Palluau, év. de Poi-
tiers, 1648. — 33. Adrien de Guittoneau, 1680. —
34. Nicolas Cheron, 1683. — 35. Louis-François de
Vassinhac, 1692. — 36. N. de Geoffreville, 1717. —
37. Charles de Broglie, év. de Noyon, 1757. —
38. Claude de Tudert, 1774. — 39. Jacques-Marc- An-
toine de Mahuet de Lupecourt, 1779.
Archives. — Départ, de la Meuse : i7 H, 1 à 5, 3 cart.
(1645-1789); F 89. — Bibl. nat., Paris : c611. de Lorraine,
ms. 282 (1175-1515); coll. de Champagne, vol. v, fol. 90-
111, titres des xiF-xiii» s., copie du xyiii" (= Stein, Cart.
franç., n. 1788); coll. Moreau, ms. 24i, copie de chartes. —
Reims, bibl. munie. : ms. 346, fol. 192; coll. Tarbé, ms. 23,
carton II, charte de Thibaud (1228). — Verdun, bibl.
munie. : ms. 18, sentence rendue en 1574. — Arch. de
Chantilly : E S (1223-1759).
M. Aubert, L'architecture cist. en France, Paris, 1943,
I, II, passim. — Calmet, Hist. de Lorraine, i, preuves, 237;
11, 95; VII, p. XLiii. — Ga». christ., xni, 1319. — Janauschek,
Orig. cisterc, i. Vienne, 1877, p. 14. — ■ Laurentii, Gesta
episc. Virdun., dans M. G. H., SS., xii, 513. — Manrique,
Annales cisterc, ann. 1128, Lyon, 1642. — • Potthast,
Rey., 6978. — Statuta cap. gen. ord. Cisterc, i-vni, éd. Lou-
vain, 1933-41, passim.
J.-M. Canivez.
CHALAIS, Calesia, Chalaisium, au dioc. de
Grenoble, comm. de Voreppe, cant. de Voiron (Isère).
Une abbaye y fut fondée sous le vocable de Notre-
Dame et S. Jean-Baptiste, au début du xii« s., par
l'évêque de Grenoble, S. Hugues, avec Garin comme
267
CHALAIS
— CHALANT
268
premier supérieur. Les moines vécurent d'abord la vie ]
érémitique et portaient l'habit blanc. Mais dès avant j
1125 ils devaient suivre la règle bénédictine sous j
l'abbé Bernard, avec des constitutions inspirées sans :
doute de Cîteaux. Une douzaine de monastères, situés
dans le Dauphiné et le midi de la France, s'afTdièrent
bientôt à Chalais. Ce nouvel ordre eut ses chapitres
généraux, ses visites canoniques, et reçut en 1148 une
Charta caritatis semblable à celle de Cîteaux. Le voisi-
nage des chartreux, de Cîteaux et de prieurés cluni- [
siens nuisit à l'essor de la congrégation qui, en 1171, j
s'incorpora à Cîteaux (décision qui fut cassée par [
Alexandre III dès 1172). En 1247 fut projetée l'union !
avec les chartreux. Elle ne se réalisa qu'en 1304, après \
la disparition de la plupart des maisons, ou leur afTi- '
liation à des monastères plus puissants. En 1580 Cha- ;
lais fut supprimé comme maison religieuse et uni à la
Grande-Chartreuse. Vendu comme bien national à la j
Révolution française, il fut acquis par Lacordaire en \
1844 pour y installer une maison d'études des do- '
minicains.
J. Albanès, dans Bull. hisl. des arch. de Valence, ii, 1881,
p. 28. — U. Berlière, La congr. de Chalais, dans Rev. bénéd.,
XXXI, 1914-19, p. 402-19. — P. Chocarne, Le R. P. H. La-
cordaire, Paris, 1866, p. 376-86. — Cottineau, i, 670-71. —
D. H. G. E., I, 1190. — J. de La Martinière, Les chartes de
franchise de Ste-Aulaye et de Chalais (12 déc. 1288-9 oct.
1339), La Rochelle, 1910. — Gatl. christ., xvi, 263. —
E. Pilot de Thorey, Abbaye de N.-D. et S. -J. -Baptiste de
Chalais, Grenoble, 1874. — .J.-C. Roman, L'ordre dauphi-
nois et provençal de Chalais, Gap, 1920; Les chartes de
l'ordre de Chalais (1101-liUO), Ligugé, 1923, 3 vol. —
Ph. Schmitz, Hist. de l'ordre de S.-Benoît, m, 108.
R. Van Doren.
CHALANT (AiMON de). Voir Aimon de Chal-
LANT, I, 1192.
1. CHALANT (Antoine de). Il était abbé de
San Michèle délia Chiusa, en Italie (prov. de Cuneo),
quand Benoît XIII le désigna comme cardinal-diacre
du titre de Santa Maria in via Lata le 9 mai 1404,
afin de s'assurer les bonnes grâces d'Amédée VIII de
Savoie. Antoine lui fut longtemps dévoué; il l'accom-
pagna à Gênes en mai 1405, puis à Savone : le 27 janv.
1406, il recevait les pouvoirs de légat en France. La
mission à effectuer à Paris s'annonçait pleine de diffi-
cultés. Comment apaiser le mécontentement que sus-
citait la politique de tergiversation adoptée par
Benoît XIII? On était fatigué des vagues promesses de
cession ou d'ouverture de pourparlers qui remédie-
raient au schisme et qui jamais n'aboutissaient à
quelque chose de concret. Parvenu à Paris avant le
11 avr., le légat subit des affronts et échoua entière-
ment. Il était de retour à Nice le 12 octobre.
Quand Benoît XIII décida de se rendre de nouveau
en Italie, il partit seul avec lui de Marseille le 4 août
1407, séjourna jusqu'au 5 sept, dans l'île S. -Honorât,
puis gagna Nice afin d'y attendre la venue des autres
cardinaux, avant de se rendre à Savone où devait
avoir lieu une rencontre avec Grégoire XII. Le
20 mai 1408, le pape aragonais crut ingénieux d'adres-
ser quatre cardinaux — Antoine fut du nombre —
aux membres du Sacré Collège qui s'étaient séparés de
Grégoire XII et résidaient momentanément à Pise.
L'unité pourrait, espérait-on, peut-être se conclure au
détriment du pape romain. Un sauf-conduit était
nécessaire pour assurer la sécurité de Pierre de Luna.
Faute d'obtenir l'autorisation de gagner Florence, ses
ambassadeurs se résignèrent à se réfugier à Livourne.
Simon de Cramaud (voir ce nom) constata rapidement
qu'A, de Chalant nourrissait des sentiments trop
favorables pour Benoît XIII; il projeta de s'emparer
de sa personne, puis de ménager le même sort au
pape. Mis au courant de ses desseins, le caidinal quitta
furtivement Livourne de bon matin et vint prévenir, à
Porto Venere, son maître de ce qui se tramait contre
lui. Voilà comment s'imposèrent le départ pour la
Catalogne et la réunion d'un concile à Perpignan.
Antoine suivit Pierre de Luna avec trois de ses
collègues, Jean Flandrin, Louis Fieschi et Bérenger
d'Anglesola (15 juin 1408). En oct. survint un messa-
ger des cardinaux demeurés à Pise : il dévoila qu'An-
toine y avait précédemment encouragé les partisans de
Grégoire XII à participer à un concile, avec l'assenti-
ment de Benoît XIII; en conséquence, il requit le
consentement explicite de celui-ci à la convocation
d'une assemblée de l'épiscopat. Le cardinal protesta
avec véhémence et prétendit que les dires de ses
collègues étaient faux.
Le cardinal de Chalant prit une part importante au
concile de Perpignan et y lut de longs rapports justi-
fiant la conduite de Benoît XIII (F. Ehrle, Aus den
Akten des Aftersconcils von Perpignan, dans Archiv
fur Literatur-und Kirchengeschichle, v, 399, 463;
VII, 580-666).
L'adhésion d'Amédée VIII de Savoie aux dernières
assemblées à Pise l'engagea à répudier la cause de
Benoît XIII. En avr. 1409 Antoine se trouvait en Sa-
voie; le 7 juin, il arriva à Pise; le 10, il rentra en pos-
session de tous ses droits cardinalices grâce à l'entre-
mise du cardinal Nicolas Brancacci qui plaida cha-
leureusement en sa faveur. Quoiqu'il eût, suivant un
contemporain, espéré la tiare pour lui-même, Antoine
de Chalant vota pour Alexandre V. Dans la suite,
Jean XXIII lui octroya le titre de Ste-Cécile (19 mars
1412) qu'il cumula avec l'administration de l'arche-
vêché de Tarentaise, — Benoît XIII le lui avait
concédé le 1=' juin 1404. A cette occasion, Jean XXIII
lui conféra le sacerdoce.
Le 6 sept. 1413, Antoine partit de Florence avec
François Zabarella, ayant mission de négocier avec
l'empereur Sigismond au sujet du lieu où se réunirait
un concile général qui terminerait le schisme.
A Constance, il soutint la thèse de la triple cession
des trois pontifes qui prétendaient gouverner l'Église.
De même qu'il avait abandonné Benoît XIII, il dé-
laissa Jean XXIII et concourut à l'élection de Mar-
tin V. Des détracteurs, sans doute, l'ont accusé de
mauvaises mœurs et d'insuffisance d'instruction. Mar-
tin V apprécia pourtant ses conseils et médita de lui
conférer d'amples pouvoirs comme légat en France,
d'après un partisan de Benoît XIII.
A. de Chalant mourut à Lausanne, le 4 sept. 1418.
Ç'avait été, semble-t-il, sa vie durant, un opportuniste
ne craignant pas de se déjuger. La lettre qu'il écrivit
aux maîtres de l'université de Paris, au lendemain de
l'élection d'Alexandre V, dénote chez lui une singu-
lière inconscience (N. Valois, La France et le Grand
Schisme d'Occident, iv, Paris, 1902, p. 104, n. 1).
Les éléments de la biographie d'A. de Chalant sont dis-
persés dans Martin de Alpartils, Çhronica actitatorum tempo-
ribus domini Benedicti XIII, éd. F. Ehrle, Paderborn,
1906, p. 150, 153, 163, 167, 169, 170, 177-84, et dans les
actes des conciles de Perpignan, de Pise et de Constance
(voir F. Ehrle, art. cité). — Mansi, xxvn-xxix. — iNIartène
et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, ii, Paris, 1717. —
H. Finke, Acta concilii Constanciensis, Munster, 1896-1928,
4 t.; Forschungen und Quetlen zur Gescitichie des Konstan-
zer Konzils, Paderborn, 1889. — L'ou\Tage de Valois est
utile à consulter et contient des inédits. — Voir aussi
K. Zahringer, Das Kardinalkollegium auf dem Konstanzer
Konzil bis znr Absetzung Papsl Johannes XXIII., Miins-
ter, 1935.
G. MOLLAT.
2. CHALANT (Guillaume de). — Il fut succes-
sivement abbé de San Giusto à Suze, chancelier de Sa-
voie et abbé de San Michèle délia Chiusa, au dioc. de
Turin. C'est sans doute grâce à l'intervention de son
269 CHALANT — CHALCÉDOINE 270
frère Antoine qu'il reçut de Benoît XIII le siège de
Lausanne, le 13 août 1406. Jean XXIII le transféra
inutilement sur le siège de Narbonne, le 30 juin 1410.
Pourvu le 3 janv. 1415 de l'évêché de Thérouanne,
Guillaume pâtit de la situation religieuse que présen-
tait la France à cette époque. Il lui advint de se heur-
ter à Louis de Luxembourg, élu par le chapitre et
confirmé dans sa dignité par le vicaire général de
l'archevêque de Reims. Un conflit s'engagea devant la
Chambre des comptes qui donna tort aux deux concur-
rents. Mais un mandement royal du 1" août ordonna la
délivrance de la régale au profit de Louis de Luxem-
bourg. Guillaume de Chalant n'eut d'autre ressource
que d'obtenir sa réintégration sur le siège de Lau-
sanne, le 20 déc. 1417. Cependant Martin V sauve-
garda les droits du S. -Siège en relevant son concurrent
des censures contractées à l'occasion de son élévation
illicite à l'épiscopat et en le pourvoyant à nouveau de
l'évêché de Thérouanne. Le 24 mars 1415, Jean XXIII
députa Guillaume avec Regnault de Chartres, arche-
vêque de Reims, près de l'empereur Sigismond. Il
s'agissait de légitimer son départ subreptice de Cons-
tance et de transmettre des brefs notifiant la promesse
conditionnelle d'abdiquer si Grégoire XII et Be-
noît XIII renonçaient à la tiare. Guillaume mourut
le 20 mai 1431.
Eubel, I, 297. — N. Valois, La France et le Grand Schisme
d'Occidenl, u, Paris, 1902, p. 289, 412, 413. — Duplan,
Monnaie en or de Guillaume de Chalant, évêque de Lausanne,
dans Mémoires et documents de l'acad. du Chablais, vi, 1892,
p. iv-x. — A. Morel Fatio, dans Mémoires et documents de la
Société d'hist. de la Suisse romande, xxxiv, 1879-1881,
p. 381-405; xxxv, 107-119; Mémoires de la Société savoi-
sienne, vi, 329 (approbation de la fondation de Ripaille le
1" mai 1411).
G. MOLLAT.
CHALARD (Notre-Dame du), Castalium, sur
risle, non loin de Lavignac (Hte-Vienne), ancien
dioc. de Limoges. L'existence d'une ancienne abbaye,
fondée probablement au ix" s. en cet endroit désert
et détruite par les Normands, n'est attestée que par
des ruines dans lesquelles vint se fixer, le 6 janv. 1088,
Geoffroy de Noth, prêtre limousin, désireux de mener
la vie érémitique. Autour de l'ascète se forme spon-
tanément un groupe de convertis qui, après quelque
temps, adoptent la règle de S. Augustin et les cou-
tumes de S.-Ruf connues par l'intermédiaire de Gau-
cher d'Aureil. Grâce à la protection de Rainaud,
évêque de Périgueux, les chanoines réguliers surmon-
tent les difficultés causées par l'opposition du clergé
séculier, entre autres celles créées par l'archidiacre
Pierre Bruchard qui, après avoir longtemps persé-
cuté Geoffroy, deviendra son disciple.
Jusqu'en 1124, Geoffroy mène au Chalard une vie
austère consacrée à la prière et au travail manuel.
Il exerce sur les fidèles une grande influence et sa
renommée s'étend grâce à l'accomplissement de mira-
cles. Sous sa direction s'élèvent une petite église et des
bâtiments conventuels encastrés dans les ruines de
l'ancien monastère. Le culte du thaumaturge et de
l'ascète se développe rapidement après sa mort et
subsiste encore de nos jours.
Le manque de documents ne permet pas de retracer
avec précision l'histoire ultérieure du prieuré. A
Geoffroy succèdent Bernard, fondateur du prieuré
voisin S. -Nicolas, puis Géraud sous le gouvernement
duquel un chanoine rédige la Vie très intéressante du
premier ascète. Un peu plus tard, une bulle du pape
Eugène III confirme les biens du prieuré, entre au-
tres la possession des églises de Rilhac-Lastours,
Beynac, Courbefy, S. -Nicolas, Ladignac, Pleine-
Maysse et Bussière-Galland. On ne sait si les chanoines
desservaient eux-mêmes ces cures ou prieurés-cures.
A cette époque la communauté établit des liens de
fraternité avec les monastères voisins de Grandmont
et de l'Artige.
Au début du xv« s., le prieuré qui n'a jamais
compté plus de douze chanoines est ruiné par les
guerres. Les Anglais s'y retranchent en effet et sou-
tiennent, en 1419, un siège d'un mois. Le projet
d'annexion aux Jésuites formé en 1613 n'eut pas de
suite mais, en 1633, il n'y avait que trois religieux.
A la veille de la Révolution française, le Chalard
n'était plus qu'un bénéfice régulier rapportant
507 livres.
Bibl. nat., Paris, coll. Moreau, t. ccui. — liibl. Sle-Cieiie-
viève, ms. 717, fol. 44 sq.; ms. 376, n. 20. — Beaunier-
Besse, t. v, p. 23.3. — Bernard Guy, éd. Labbe, Noya
bibliotheca, t. i, 637. — A. Bosvieux, Vie de S. Geoffroy du
Chalard, Gueret, 1858. — G. Tenant de la Tour, Le Chu-
lard, dans Bull, de la Soc. arc'iéol. et hisl- du Limousin,
Lxxiv, 1932, p. 105-190.
Ch. Dereine.
CHALATA, AcMat, Ahlât, Clalh, Chalat, Ghelath,
Hlath, Kelat, Khelalh, Khilât, ville d'Arménie, de la
province de Bznouni, située sur la rive ouest du lac de
"Van. Les nestoriens y établirent un évéché relevant de
la métropole de Nisibe (supra, i, 317 sq.). Il y eut éga-
lement à Hlath un évêché jacobite. Michel le Syrien
rapporte que le patriarche d'Antioche Cyriaque (793-
817) consacra Jean évêque de Kelat à Calhnice. Hlath,
qui fut jadis un centre florissant de l'hérésie pauli-
cienne, passa par bien des vicissitudes au cours de
l'histoire. La notice des églises, rédigée par l'évêque
arménien Uskan dans la seconde moitié du xvii» s.,
nous apprend que cette ville était le siège d'un évêché
arménien sufîragant de l'archevêché de Van (voir
aussi AcHLAT, I, 317-18).
[Richard Simon], Hist. critique de la créance et des cou-
tumes des Nations du Levant, publiée par le Sieur de Moni,
Francfort, 1684, p. 228. — M.-J. Saint-Martin, Mémoires
hist. et géogr. sur l'Arménie, Paris, 1818-19, t. i, 103 sq.;
II, 396, 429. — G. Cappelletti, L'Arménie, i, Florence,
1841, p. 58. — P. Milller-Simonis, Du Caucase au golfe
Persique à travers l'Arménie, le Kurdistan et lu Mésopotamie,
Paris-Lyon, 1892, p. 303 sq. — F. C. Conybeare, Tlie Key
of Truth, Oxford, 1893, p. 135. — F. Tournebize, Hist.
polit, et relig. de l'Arménie, Paris, s. d., p. 847. — H. Gelzer,
Ungedruckte und unqenûgend verôffentlichte Texte der Noti-
tiae episcopatuum, Munich, 1901, p. 583, dans Abhand. der
philos. -philol. Klasse der kgl. Bayerischen Akad. der Wiss.,
xxi, 3. — J.-B. Chabot, Chronique de Michel le Syrien, lu,
Paris, 1905 sq., p. 451. — R. Dussaud, Topographie hist. de
la Syrie antique et médiévale, Paris, 1927, p. 484-86, 521.
Arn. Van Lantschoot.
CHALCÉDOINE, évêché de la province de Bi-
thynie dépendant de Nicomédie, puis métropole sans
sufîragant.
I. La ville. — C'était une colonie fondée vers 685
av. J.-Ch. par des gens de Mégare sous la conduite
d'un certain Archias. Telle était du moins la tradi-
tion. L'oracle de Delphes se moqua plus tard de l'aveu-
glement des colons qui n'avaient pas su choisir en face
la colline sur laquelle devait s'élever quelque temps
après la ville de Byzaiice. C'est pourquoi il surnomma
Chalcédoine TuçÂôttoâis, « Ville des Aveugles ».
Cependant, outre que la position choisie par les colons
de Mégare était excellente, avec ses deux ports natu-
rels, il est probable que les Thraces n'auraient peut-
être pas permis un établissement chez eux d'aussi
bonne heure.
Le nom de Chalcédoine (XaAKtiScbv ou KaAxriSGbv,
ce qui l'apparente à Carthage, KapxriScbv) n'est pas
grec, comme on l'a prétendu pendant longtemps, mais
phénicien, et signifie « La nouvelle Ville », Karichi
Don, tout comme celui de Carthage. On a d'ailleurs
découvert à la pointe de Moda des traces certaines
d'une installation phénicienne. Les Mégariens ne
firent donc que remplacer les gens de Tyr et de Sidon.
271
CHALCÉDOINE
272
Pline (Hist. nai., v, 43) prétend que les colons appe-
lèrent d'abord la ville Prokératis (TlpoKepaTis,
« Avant la Corne [d'Or] »). On la désigna aussi sous le
nom de KoArroOaa, à cause de ses deux ports. Cepen-
dant l'histoire n'a retenu que celui de Chalcédoine.
Quand les Turcs s'emparèrent de la ville vers le milieu
du xiv« s., ils l'appelèrent Kaleca Diinya, « la terre
du Tapis », sans doute à cause de l'aspect riant de la
campagne environnante. Après la prise de Constan-
tinople, Mahomet II la donna en fief au premier cadi
ou juge de Stamboul, Hidir bey, d'où le nom de
Kadikôy, « Village du Juge ».
Chalcédoine forma d'abord un petit État indépen-
dant, souvent rival de celui de Byzance; il possédait
deux ports sur le Bosphore pour commercer avec la
mer Noire : Chrysopolis (Scutari) et Phialé (Kôrfes).
Les Perses l'occupèrent à diverses reprises et pendant
des périodes assez longues, puis elle fut engagée dans
la lutte entre Athènes et Sparte, ainsi que dans les
conflits entre les successeurs d'Alexandre le Grand.
Rome, qui la reçut de Nicomède III, roi de Bithynie
(78 av. J.-Ch.), lui laissa ses privilèges de ville libre, ce
qui lui assura ainsi la paix pendant six siècles. Au dé-
but du iv« s. de notre ère, la persécution religieuse fit
une cinquantaine de martyrs, dont le plus célèbre est
Ste Euphémie. En 451 se tint dans la basilique dédiée
à cette sainte le IV<= concile œcuménique qui condamna
le monophysisme. En 602, l'empereur Phocas fit exé-
cuter dans le port d'Eutrope son prédécesseur Maurice
avec ses fils. Quelques années plus tard (609, 616, 627),
les Perses firent des incursions jusqu'au Bosphore,
prirent la ville et la brûlèrent. Les Arabes se présen-
tèrent à leur tour, en 657, 717 et 782. Les armées de la
première et de la deuxième croisade y campèrent avant
de s'enfoncer dans l'Asie Mineure. Celles de la qua-
trième s'y établirent pendant quelques jours, puis
elles passèrent le Bosphore. La conquête turque (vers
1350) acheva la décadence de la ville, qui avait eu, au
moins jusqu'au vii^ s., une importance relative. Quand
Pierre Gylles la visita, vers 1545, ce n'était plus qu'un
village. Chalcédoine, ou plutôt Kadikôy, prit un nou-
veau développement dans la seconde moitié du
xix« s. Les étrangers, séduits par son climat agréable,
s'y fixèrent au nombre de 3 000 environ et l'on vit se
fonder de nombreux établissements religieux catho-
liques. Les chrétiens indigènes affluèrent également,
en sorte que la ville comptait plus de 30 000 hab. eh
1928. Aujourd'hui la situation est complètement
changée. Depuis 1925 les étrangers sont partis en
grand nombre, la plupart des établissements catho-
liques ont dû fermer leurs portes en 1935 et les chré-
tiens indigènes sont bien moins nombreux.
La ville primitive occupait la colline située le long
de la mer et se terminait un peu au nord-est de la
place dite Altiyol, « Les six Chemins ». C'est des deux
côtés d'Altiyol, vers l'Ouest et vers l'Est, que se trou-
vaient les deux ports naturels, aujourd'hui complè-
tement ensablés. Celui de l'Est fut prolongé sous les
règnes de Zénon et d'Anastase par un nouveau port dû
au protospathaire Eutrope dont il prit le nom. On
découvre encore de temps en temps des pièces archéo-
logiques intéressantes, telle une double inscription du
temple d'Apollon qui devait se trouver à la pointe de
Moda (V. Laurent, Une nouvelle inscription grecque de
Chalcédoine, dans Échos d'Orient, xxvii, 1928, p. 24-
44). Bon nombre de maisons sont construites sur des
substructions romaines ou byzantines et les canalisa-
tions anciennes sont encore nombreuses. On connaît
quelques monuments chrétiens importants. Le princi-
pal était la basilique de Ste-Euphémie, déjà célèbre à
la fin du iv s. puisque la pèlerine Éthérie ou Égérie
la visita tout sjiécialement (Itinera Hierosolymitana.
éd. P. Geyer, 1898, p. 70). La basilique avait été
construite sur le tombeau de la sainte, à un mille au
nord de la ville. Son emplacement exact n'a pu être
déterminé, faute de ruines identifiables, mais il devait
être un peu au nord de la tranchée du chemin de fer.
Nous possédons du moins quelques renseignements
intéressants. Évagre (Hist. eccL, II, m, P. G.,
Lxxxvi, 2492-93) en a donné une description som-
maire. C'était une grande église de forme basilicale et
précédée d'un vaste atrium; près de l'édifice s'élevait
au Nord-Est une vaste chapelle de forme circulaire
qui abritait le tombeau de la sainte, une châsse allon-
gée en argent ciselé. D'après S. Astérius d'Amasée
(Enarratio in martyrium praeclarissimae marlyris Eu-
phemiae, P. G., xi, 332), cinq tableaux saisissants de
vie représentaient les épisodes du martyre de la
sainte. On peut se demander si la basilique de Ste-
Euphémie ne fut pas détruite lors des trois invasions
perses au vii« s., car aucun auteur byzantin n'en parle
depuis cette époque comme d'un monument encore
debout.
La seconde église est celle de Ste-Bassa. En l'hon- •
neur de cette sainte, martyrisée sous Maximin près de
Cyzique, on avait construit près de la petite rivière
Himéros (auj. Ayrlikçesmé) une église qui était desser-
vie en 464 par le fameux Pierre le Foulon; elle fut
flanquée d'un monastère au vi« s. Elle se trouvait
très probablement près de l'ancienne gare de Haydar-
pasa, où l'on a découvert des ruines importantes.
L'église S. -Christophe est connue par une inscription
dédicatoire découverte en 1877 (L. Duchesne, Inscrip-
tion chrétienne de Bithynie, dans le Bull, de correspon-
dance hellénique, u, 1878, p. 289-99). D'après ce texte,
l'église fut commencée en 450 et consacrée en 452.
Enfin l'église S. -Georges fut construite par le pa-
triarche monophysite Sergius (610-38), au dire du
Pseudo-Codinus (Th. Preger, Scriptores originum
Constantinopolitanarum, m, 280). En dehors du mo-
nastère de Ste-Bassa, on en rencontre un autre, édifié
au xi"= s. par un certain Michaïlitzès et qui porta son
nom. Il reçut le corps de S. Théodore Graptos, mort en
exil à Apamée Myrleia (Mudanya) (Syméon Méta-
phraste, Vita S. Theodori Grapti, xxxvi, P. G., cvi,
684-87; Syméon Magister, Annales. Theophilus, 23,
P. G., cix, 704). Au dire du Pseudo-Codinus, le pro-
tospathaire Eutrope construisit aussi un monastère,
probablement dans sa propriété qui avoisinait le port
du même nom (Th. Preger, op. cit., m, 267). Notons
aussi que S. Luc le Stylite passa quarante-quatre ans
(935-79) sur une colonne près du même port et que son
successeur fut renversé par un tremblement de terre
en 986.
Jusqu'à la seconde moitié du xix" s., les chrétiens
indigènes ne possédaient que deux sanctuaires assez
réduits : les grecs orthodoxes, une petite église dédiée
à Ste Euphémie; les arméniens grégoriens, une autre,
voisine, dite Sourp-Taqvor, « S. -Roi » (= N.-S. Jésus-
Christ); les arméniens catholiques possédaient seu-
lement une chapelle dans une maison particulière.
Depuis lors les grecs ont bâti la belle église de la Ste-
Trinité (1900) et ouvert une chapelle au quartier de
Haydarpasa (1918); les Arméniens catholiques ont
construit une église modeste à Altiyol (1910). Au
quartier de Moda, les étrangers catholiques commen-
cèrent en 1862 la belle église de l'Assomption, tandis
que les sœurs de N.-D. de Sion fondaient près de là un
pensionnat de jeunes filles (fermé en 1935). Dix ans
plus tard les frères des Écoles chrétiennes ouvraient
leur collège S. -Joseph, toujours en activité. Les mé-
khitaristes avaient au bord de la mer un autre collège,
incendié en 1916. Le quartier de Haydarpaja, quelque
peu délaissé jusqu'alors, vit s'ouvrir en 1895 le pen-
sionnat Ste-Euphémie des sœurs oblates de l'Assomp-
tion, ainsi qu'un local pour le service religieux des fi-
273
C HALCÉDOINK
274
dèles. Celui-ci est devenu l'église de N.-D.-du-Rosaire,
toujours en exercice, alors que le pensionnat est fermé
depuis 1935. Près de là les frères des Écoles chrétiennes
possédaient depuis 1905 l'externat S. -Louis, fermé en
1935. Dans le voisinage du port, la famille Tubini
construisit une chapelle, desservie par les franciscains.
Enfin, à Phanaraki ou Fenerbagce (anc. Hiéria), les
Pères de l'Assomption bâtirent un couvent pour eux et
un autre pour les sœurs oblates, tous deux fermés
aujourd'hui. La chapelle continue à être desservie.
Ces mêmes Pères ont fondé à Kadikôy, près de l'église
de l'Assomption où ils sont installés depuis 1895, un
centre d'études byzantines, dont la revue, les Échos
d'Orient, a commencé de paraître en nov. 1897; pour
des raisons de prudence l'œuvre s'est transportée à
Bucarest à l'automne de 1937 — c'est maintenant
l'Institut français d'études byzantines. Ils ont dû
fermer en 1925 le Séminaire oriental qui groupait
depuis un quart de siècle des élèves grecs, bulgares et
mêmes arméniens catholiques. Chargés depuis 1895 de
la paroisse de Kadikôy, ils ont vu le nombre de leurs
fidèles tomber de 3 000 environ en 1914 à quelque
300 en 1950, à cause des lois turques sur l'activité des
étrangers. Signalons encore l'égHse anglicane de Tous-
les-Saints dans le quartier de Moda, et l'église S. -Jean-
Baptiste des grecs orthodoxes à Kalamis.
II. La métropole. — On ne sait à quelle époque
Chalcédoine eut un évêque, mais il semble que ce fut
d'assez bonne heure. Le plus ancien qui soit connu de
façon certaine est Théocrite, qui vivait à la fin du
ii« s. ou au commencement du iii«. Quoi qu'il en soit, le
titulaire était soumis au métropolite de Nicomédie,
capitale de la province. Après le IV« concile œcumé-
nique (451), l'évêché fut élevé au rang de métropole,
mais sans sufiragant, institution alors anormale. On
ne sait ni quand ni comment fut prise cette décision.
On a prétendu qu'elle était l'œuvre des Pères du
concile qui avaient voulu honorer la ville, mais les
actes de l'assemblée n'en portent aucune trace. En
tout cas, elle était déjà en vigueur en 458, lors de la
consultation de l'empereur Léon après le meurtre de
Protérios d'Alexandrie (Mansi, vu, 523). Dans toutes
les listes épiscopales, Chalcédoine occupe uniformément
le neuvième rang parmi les métropoles. Son titulaire
s'appelle déjà « exarque de toute la Bithynie » depuis
au moins le xiv s. (Miklosich-Muller, Acta et diplomata
graeca medii aevi, i, 531), tout comme ceux de Nicomé-
die et de Nicée, autres métropolites de la province.
Pendant longtemps l'éparchie ne comprenait que la
moitié de la presqu'île qui s'étend du Bosphore à Ni-
comédie (Ismit). Quand la conquête turque eut fait
reculer le christianisme, on lui adjoignit le territoire de
celle d'Héraclée du Pont.
Dès le premier quart du xiv« s., la métropole de
Chalcédoine avait vu diminuer ses revenus de façon
considérable. Pour y remédier, le patriarche Jean XIII
Glykys (1315-20) lui unit l'archevêché de Maronia
avec tous les droits y afférents (Miklosich-MuUer, op.
cit., 1, 45-46). Les difïîcultés financières augmentèrent
naturellement avec la conquête turque (vers 1350). En
nov. 1387 le patriarche Nil disait que le nombre des
fidèles était si réduit qu'ils n'avaient pas besoin d'un
évêque. Il voulait y nommer métropolite le hiéro-
moine Mathieu, mais il préféra lui donner la métropole
de Cyzique en lui adjoignant celle de Chalcédoine avec
tous ses droits, y compris ceux qu'elle possédait à
Constantinople même — ces droits, si opposés aux
règles canoniques ordinaires, avaient été concédés
par on ne sait quel empereur; ils comprenaient entre
autres la juridiction sur l'église Ste-Euphémie de
l'hippodrome, où avaient été déposées les reliques de
la sainte au moment de l'invasion perse au commen-
cement du VII» s., le choix des desservants du sanc-
tuaire, des propriétés voisines, etc. Ce fut la cause de
multiples conflits avec le patriarcat. Les choses
allèrent même si loin que le patriarche Philothée
(1354-55; 1364-76) et son synode décidèrent de ne plus
nommer de métropolite de Chalcédoine pour couper
court aux abus. Aussi peut-on s'étonner que le pa-
triarche Nil ait reconnu ces droits au métropolite
Mathieu en nov. 1387. Moins de dix-huit mois plus
tard (avr. 1389), le Saint-Synode décida de nommer un
nouveau titulaire à Chalcédoine, mais sans les privi-
lèges, et cela d'accord avec l'empereur (Miklosich-
Muller, op. cit., ii, 131-32). Le conflit ne doit pas avoir
cessé pour autant, puisqu'un nouveau décret du
31 août 1390 spécifia que Chalcédoine n'avait aucun
droit sur l'église Ste-Euphémie de la capitale (ibid.,
II, 147-48). En janv. 1394 le métropolite de Chalcé-
doine recevait l'ordre de rendre au monastère d'Acap-
nos de Thessalonique les biens qui lui appartenaient
dans ce diocèse et dont la mense épiscopale s'était em-
parée (ibid., II, 202-03). En janv. 1395, le métropolite
de Chalcédoine était désigné pour faire partie d'une
commission chargée de faire restituer au patriarcat le
monastère S.-Cyrique dans le diocèse de Berrhée
(ibid., II, 234).
L'éparchie de Chalcédoine fut jadis une des terres
privilégiées du monachisme. Au concile de 536, on ne
voit pas moins de quarante monastères placés sous
l'autorité de l'évêque Photinus (Mansi, viii, 1014-18).
On trouve encore les ruines d'une douzaine d'entre eux
dans les environs de la ville à moins de 15 km. Les
plus célèbres étaient celui que S. Hypace construisit au
Chêne et celui que S. Auxence fonda sur la montagne
qui porta son nom. Il n'en existe plus un seul au-
jourd'hui. Chalcédoine est une des quatre métropoles
effectives qui restent encore au patriarcat œcumé-
nique sur tout le territoire de la République turque.
Elle a été amputée d'une partie de son territoire en
janv. 1924 pour former la nouvelle métropole de Prin-
kipo (dans 'OpOoSofîa, i, 1926, p. 273-74). Elle ne
compte guère que 15 000 fidèles avec une dizaine
d'églises.
Liste des évêques et métropolites. — Elle est
assez fournie, bien qu'elle ne soit pas complète. Une
tradition grecque tardive a voulu faire de Crescent et
de Tychique, disciples de S. Paul, les premiers évêques
de la ville, mais elle a contre elle, outre des documents
positifs, d'autres traditions, également grecques et
bien plus anciennes. Le premier titulaire certain est
Théocrite, qui lutta contre les Ophites à la fin du
ii« s. ou au début du iii» (Praedestinatus, i, 37, P. L.,
LUI, 583). — Un martyrologe signale S. Adrien, qui
vécut entre le ii« et le iv« s. (A. S., nov., ii, p. lxi, 131).
— Maris, fougueux arien, assista au premier concile de
Nicée (325), dont il signa les actes (H. Gelzer, Patrum
Nicaenorum nomina, Leipzig, 1898, p. 48, 49, 54); il
prit part au concile de 'Tyr qui condamna S. Atha-
nase (335), se rendit la même année à la dédicace de
l'église de la Résurrection à Jérusalem, participa à
l'élection de Macédonius au siège de Constantinople
(342), fit partie de la délégation d'êvêqucs orientaux
envoyée peu de temps après à l'empereur Constant; on
le retrouve encore au concile acacien de 360; enfin, il
paraît pour la dernière fois, vieux et aveugle, lors du
passage à Chalcédoine de Julien l'Apostat (362) (So-
crate, Hist. eccl., I, 31; II, xviii, xxviii; III, xii:
P. G., Lxvii, 161, 221, 281, 412). — Théodule assista
au premier concile de Constantinople (381 ; Mansi,
III, 572 A). — Cyrinus, déjà évêque en 403, adversaire
de S. Jean Chrysostome, mourut avant juin 405 (So-
crate, op. cit., VI, xv, P. G., lxvii, 709). — Philothée,
juin 405 (Callinique, Vita S. Hijpatii, Leipzig, 1895,
p. 27). — Eulalius, nommé probablement en 426,
1 450 (Callinique, op. cit., 68, 72, 82-84). — Éleuthère
275
CHALCÉDOINE
276
assista au concile tenu dans sa ville épiscopale (451),
signa la lettre des évêques de sa province à l'empereur
Léon sur le meurtre de Protérius d'Alexandrie, ainsi
que le décret du patriarche Gennade (459) (Mansi,
VII, 523, 917). — Héraclien écrivit, probablement du
temps de l'empereur Anastase, contre les manichéens
et les sévériens (Photii bibliotheca, dans P. G., cm,
280). — Marcien, en 518 et 520 (Mansi, viii, 492,
1047). — Photinus prit part au concile de 536 tenu
par le patriarche Ménas (Mansi, viii, 1014-18). —
Constantin assista au cinquième concile œcuménique
(553; Mansi, ix, 174-92). — Pierre vécut à la fin du
vi« ou au début du vii« s. (P. G., lxxxvii, 2997). —
Probus, un Syrien, gouverna l'éparchie au début du
vu" s. (Chronique de Michel le Syrien, trad. Chabot,
II, 362-64). — Jean I''' prit part au VP concile œcumé-
nique (681) et au concile in TruUo (692) (Mansi, xi,
669, 689, 989). — S. Nicétas, martyr des iconoclastes,
vécut probablement au viii« s. ("EAÀr)viK6s CDiAoAoyiKOS
SûAAoyoç, XXXVI, suppl., 38, 42). — André, entre 784
et 787 (A. S., sept., v, 281 B). — Staurace assista au
second concile de Nicée (787; Mansi, xiii, 146, 181). —
S. Cosmas vécut probablement sous Léon l'Arménien
(P. G., cxvii, 409). — S. Jean II, persécuté pour la
cause des images, fut un des correspondants de
S. Théodore Studite et mourut en 824 (P. G., xcix,
1360; S. Theodori parva catechesis, éd. Auvray,
80). — On possède un sceau de Damien, viii^-ix^ s.
(G. Schlumberger, Sigillographie de l'Empire byzan-
tin, 246). — Les deux patriarcats de Photius virent
Basile remplacé en 858 par Zacharie; celui-ci lui céda
la place en 870 et revint au pouvoir en 877 (Mansi,
XVI, 190 D; xvii-xviii, 373 B). — D'après Nicolas
Comnène Papadopoli, un auteur très peu sûr, Nicon
aurait été métropolite en 877 {Praenotiones mystago-
gicae, 1697, p. 131). — Étienne, dont l'épitaphe a été
retrouvée dans les ruines de l'église Ste-Euphémie de
l'hippodrome ('OpOoSoÇfa, xiv, 70), remonte proba-
blement à la fin du ix" s. — Dans les premières années
du xe s., Michel I" (H. Delehaye, Les saints stylites,
206, 208). — Jean III écrivit au x« s. un commentaire
sur le concile Quinisexte (Le Quien, i, 606). — Daniel
est signalé en 997 (Rhalli et Potli, SûvTocypa tcov
ÎEpcôv Kavôvcov, V, 19). — Théodore signa en 1027
deux sentences synodales (Rhalli et Potli, op. cit.,
V, 25, 32). — Nicétas vécut sous le patriarcat de Mi-
chel Cérulaire ('EAAriv. OiAoA. SûAAoyoç, vu, sup-
pl., 63, note). — Léon eut de sérieux démêlés avec
Alexis Comnène, ce qui amena sa déposition (1080-
86; M. Gédéon, TTorpiapxiKoi ttîvockeç, 339). — Il fut
remplacé par Michel II (1086-90), puis remonta sur
son siège après la réconciliation (1090-?). — Jean IV
prit part au synode des Blachernes en févr. 1147
(Mansi, xxi, 705). — Constantios prit part à celui de
1155 ('EKKAîicrtacTTiKfi 'AArjÔEia, iv, 457, 477). —
Constantin est signalé le 24 mars 1171 (A. Papado-
poulos-Kérameus, 'AvàAEKTa 'lEpoCToAupriTiKfis Zxa-
XUoAoyîaç, iv, 109). — Jean V gouverna l'Église du
27 nov. 1191 au 9 janv. 1192(AeAT(ov Ttjç îcrTopiKfiç
Kol êôvoAoyiKîïs ÈTaipEÎaç Tfjs 'EAAàSos, m, 419,
422). — Nicolas I", 16 janv. 1275 et 22 nov. 1278
(Pachymère, Hist. byz., v, 22). — Syméon est signalé
le 31 mars 1303 (Neôs 'EAAr|v6nvripcov, xv, 142). —
Théodule, 1315 (Miklosich-Muller, op. cit., i, 14). —
Jacques prit part au synode contre Barlaam et Acin-
dynus en 1351; il était encore en fonctions en 1370
(P. G., cLi, 715; Miklosich-Mullèr, op. cit., i, 433, 531).
— Mathieu était en même temps métropolite de Cy-
zique (Miklosich-Muller, ibid., i, 537). — Gabriel
avr. 1389-? (Miklosich-Muller, ibid., i, 132). — Joseph,
1477 ('EAArjV. OiAoA. lùAAoyoç, xvn, suppl., 715). —
Gabriel II, 1499 ("EAAtivikô, m, 46). — Euthyme,
1546, 1565 (Turcograecia, 172; 'EAAriv. OiAoA. ZûA-
Aoyoç, XV, suppl., 11, 12). — Sisinnius, janv. 1580
('EkkAtict. 'AAfi©£ia, ii, 731). — Dorothée, 27 févr. 1585
('OpeoSoÇia, IX, 255).
Pendant la première moitié du xvii« s., la succession
des métropolites est assez embrouillée sous l'in-
fluence des intrigues autour du trône patriarcal au
temps de Cyrille Lucaris et de ses successeurs. Timo-
thée, 1593, 1611, démiss, en 1620 ("EAAtiv. OiAoX.
ZûAAoyos, XVII, suppl., 75; xx, suppl., 98; A Papa-
dopoulos-Kérameus, MepoCToAupriTiKT) BigAioôrjKr), iv,
9, 20). — Jérémie, 1" juin 1617 (A. Papadopoulos-
Kérameus, 'AvàAEKTa 'lEpoCToA. STa^., iv, 90). —
Joseph II, avr. 1620 (Gallinique Délikanès, TîorTpiap-
XiKÔ lyypaça, i, 4). — Joasaph, mai 1623-mars 1626
('Opeo5o^îo(, XIX, 74-75). — Grégoire I", mars 1626
(ibid., 75). — Joseph III, nov. 1629 ('Op0o5oÇi'a, ix,
437). — Isaac, déposé en 1630 ('EkkAtict. 'AAriÔEia, ii,
695). — Nectaire, 10 juin 1630-t avant févr. 1637 (ibid..
Il, 670). — Pachôme, févr. 1637, démiss, avant juin
1638 (Sathas, Bibliotheca graeca ntedii aevi, m, 573). —
Denys I", juin 1638-39 (Sathas, op. cit., m, 579). —
Pachôme (2°) signa diverses décisions synodales de
1639 à 1647 (E. Legrand, Bibliographie hellénique du
xvii» s., II, 212). — Gabriel III, févr. (?), 1647-70
('EKKAr)a. 'AAriOeia, ii, 698). — Euthyme II, 1670,
démiss, en avr. 1671. — Jérémie II, 1671-85 (A. Papa-
dopoulos-Kérameus ('lEpoCT. BigA., iv, 170). —
Denys II, ex-patriarche, administra le dioc. de 1685 à
avr. 1686 (ÂeAtIov Tfjs îoropiKfiç..., m, 308). —
Gabriel IV, avr. (?), 1686-87. — Clément, 1687, 1689
(Le Quien, i, 612). — Gabriel IV (2°), 1688-août 1702,
élu patriarche de Constantinople (AêAtîov Tfjç icrro-
piKÎjs..., III, 469). — Constantius II, 1702-20 (Sa-
thas, op. cit., III, 525). — Parthénius, 1720-26 (Dra-
cou, 'EAAr|viKal EKKAriCTictariKai creAfSes, 79). — Nico-
dème, 1726-31 ("EAAr|V. OiAoA. ZuAA., xx, suppl.,
110, 112). — Callinique I", 1731-46 (Delicanès, op.
cit., I, 446, 450, 455, 918). — Gabriel V, avr. 1746-
sept. 1747, alors déposé ('EkkAtict. 'AAriÔEict, xix, 298).
— Joannice I" Caradja, sept. 1747-mars 1761 ('EAAtiv.
OiAoA. lûAAoyoç, xx, suppl., 117). — Joannice II,
mars 1761-janv. 1770 (ibid., xxi, suppl., 104). —
Parthénius IV, janv. 1770-mai 1777. — Parthé-
nius V, mai 1777-nov. 1790. — Jérémie III Mauro-
cordatos, nov. 1790-30 nov. 1810 (AeAtîov ttïs
ioTopiKfiç..., IV, 666). — Gérasime. déc. 1810-
févr. 1820 ('EkkAtict. 'AAiîeEia, ii, 297, 298, 317;
Cambouroglou, MvTipEÏa t&ûv *A0r|vcùv, ii, 291). —
Grégoire II, févr. 1820-été de 1821. — Anthime, oct.
1821- élu patriarche de Constantinople, 22 juill. 1822
('EAAtiv. OiAoA. ZùAAoyoç, xix, suppl., 14, 15). — Calli-
nique II, juill. 1822-t août 1825 (ibid., vu, suppL,
63, note 4). — Agathange II, août 1825-élu patriarche
de Constantinople, 25 sept. 1826 ('EkkAtiq. *AAf|6Eia,
II, 328). - Zacharie II, oct. 1826-mai 1834 (ibid., ii,
328). — Hiérothée, mai 1834-avant mars 1853
((6;rf.,ii, 346, 349, 429). — Gérasime III, 4 mars 1853-
mars 1875 (ibid., ii, 634). — CaUinique III Thomaïdès,
4 mars 1875-t déc. 1889 (ibid., ii, 635). — Joachim III
Euthyboulès, 16 déc. 1889-22 mai 1897. — Germain
Cabacopoulos, 22 mai 1897-élu patriarche de Constan-
tinople, 10 févr. 1913. — Grégoire II Zerboudakès,
20 févr. 1913-17 déc. 1923. — Joachim III Georgiadès,
20 déc. 1923-t 4 févr. 1927. — Nicolas Sacopoulos,
22 févr.-t 17 mars 1927. — Agathange III Constanti-
nidès, 2 avr. 1927-juin 1932. — Maximos Baporitzès,
28 juin 1932-élu patriarche de Constantinople, 20 févr.
1946. — Thomas, 19 mars 1946. '
Le titre de Chalcédoine a été souvent conféré dans
l'Église romaine depuis le xiii" s. : Henri, O. Cist.,
1263-t juin 1293, suffragant à Augsbourg. — Jacques
1297-?. — Pierre, ?-t 1388. — Jean Gillet, O. F. M.,
20 mai 1388-?. — Paul Oleni des Pratto, ?-18 juill.
277 GHALCÉDOINE
1401. — Alphonse de Sainte-Croix, O. F. M., 7 avr.
1403-?. — Pierre Mattei, 13 août 1404-?, suffragant à
Sienne. — Bernard de Montaigu, O. Garni., 1" oct.
1414-t 1416, sufîragant à Saragosse. — Gonzalve,
0. F. M., 31 août 1416-?. — Pierre de Calvis, O. S. B.,
18 juin. 1485-?, auxiliaire à Girgenti et à Palerme. —
François Chaillet, O. F. M., 1505-25, suffragant à Ver-
den et à Liège. — Damien Jarcinus, 13 août 1515-?,
sufîragant à Vacz. — Pierre Lavisson, O. S. B.,
1«' juin. 1515-?, suffragant à Reims. — Matliieu,
0. Praem., 18 avr. 1524-?, auxiliaire à Durham. —
Jean v. d. Heetvelde, 1525-28, aux. à Cambrai. —
Hugues de La Chapelle, 14 mars 1535-24 juill. 1538,
auxiliaire à Cambrai. — Jacques Aymeri, O. S. A.,
6 sept. 1536-?, suffragant à Sens et à Lyon. — Augus-
tin Gabel ou Ranel, O. S. A., 18 déc. 1538-t 30 août
1540, auxiliaire à Cambrai. — Pierre Syman, ermite de
S.-Paul, 13 févr. 1540-?, suffragant à Eger. — Martin
de Cuyper, O. Carm., 20 nov. 1541-?, auxiliaire à
Cambrai. — André Richer, O. Cist., 1550, auxiliaire à
Sens et à Troyes. — Mathieu Moullart, O. S. B.,
29 janv. 1575-?, suffragant à Cambrai. — André
Franquart, 5 janv. 1577-t 1583, auxiliaire à Cambrai.
— François Petrart, O. F. M., 4 mars 1587-t l*' juin
1592, auxiliaire à Cambrai. — William Bishop,
juin 1623-t 13 avr. 1624, premier vicaire apostolique
d'Angleterre. — Marcel Durazzo, ?-2 sept. 1688, vice-
légat en Avignon. — C... ?, 1734-?, secrétaire à Rome.
— Martien Carracciolo, 1743, nonce à "Venise. —
Jean-Octave Bufalini, 1745-1«' déc. 1766. — Michel
Giacomelli, 1772-?. — Jean-André Archetti, 1782-
20 sept. 1784, nonce en Russie. — Paul-François
Giustiniani, O. F. M. Cap., 1787-17 févr. 1789. —
Charles Zeni, 1819-3 août 1825, nonce en Suisse. —
Gabriel Ferretti, 1830-32, coadjuteur à Montefiascone.
— Louis Frezza, 1832-11 juill. 1834. — Raphaël Bo-
namie, Picp., 24 nov. 1837-t 8 juill. 1874. — Jean Si-
meoni, 15 mars-15 sept. 1875, nonce à Madrid. —
Vincent-Léon Sallua, O. P., 12 mars 1877-t 31 déc.
1896. — Antoine Belli, 26 août 1897-t 21 janv. 1904.
— Antoine Ayrès de Gouvea, 14 nov. 1904-t 17 déc.
1916. — André Caron, 22 janv. 1915-t 29 janv. 1927.
— Jean-Baptiste délia Pietra, 3 mars 1937-t 26 août
1940. — Jules-Victor-Marie Pichon, 30 août 1941,
anc. év. des Caies. — Rite arménien : Pierre Koyou-
nian, 17 mars 1911-t 13 déc. 1937. — Serkis Der
Abrahmian, 13 juin 1938-?. — Rite syrien : Clément-
Michel Baccache, 30 août 1922.
Ruge, Kalchedon, dans Pauly-Wissowa, x-1, 1555-59. —
Smith, Diclionary of Greek and Roman Geograpby, i, 596-
97. — Le Quien, i, 599-612. — J. Pargoire, Les premiers
évéques de Chalcédoine, dans Échos d'Orient, m, 85-91,
204-09; IV, 21-30, 104-13. — S. Vailhé, Les métropolitains de
Clialcédoine, v»-x« s., dans Êclios d'Orient, xi, 347-51. —
Mgr Gennade d'HéliopoIis, Suyypaçîa Tris loTopîas Tfjç
MTlTpOTTÔAecos XaAKr|56vos Kal 6 ÈTriCTKOTTiKÔs otÙTfiç KaTàXoyoç,
dans 'Opeo5oÇ(a, xix, 17-20, 38-41, 70-75, 120-24, 143-45.
— R. .Janin, La banlieue asiatic/ue de Constantinople.
Chalcédoine (Cadi-Keui), dans Échos d'Orient, xxi, 352-
86. — H. Leclercq, Clialcédoine, dans D.A.C. L.,ni, 90-130.
— Ann. pont., 1916, p. 387-88.
R. Janin.
CHALCIDIUS, traducteur et commentateur
du Timée de Platon. Les seuls renseignements que
nous possédions sur lui nous sont fournis par les mss.
et par la préface de l'ouvrage. D'après les mss., Ch.
était diacre, voire archidiacre, et il entreprit sa tâche
à la prière d'Osius, évêque de Cordoue. La préface
est en effet adressée à Osius et, bien qu'elle ne le pré-
sente pas comme un évêque, nous n'avons pas de
raison pour croire qu'il ne l'ait pas été. Ch. traduit
donc la I« partie du Timée jusqu'à la p. 53 c et accom-
pagne sa traduction d'un commentaire qui s'arrête
également à 53 c. Il est hors de doute que son exégèse
— CHALCIS 278
de Platon doit beaucoup à ses prédécesseurs grecs, en
particulier à Posidonius et à Adraste d'Aphrodisias. Il
l'est aussi qu'il est chrétien, qu'il connaît les Écritures
et qu'il utilise les Hexaples d'Origène. Le commentaire
de Ch. a été très lu durant le Moyen Age qui, jusqu'à la
fin du xii« s., lui a dû le meilleur de sa connaissance sur
Platon : au cours du xii'' s., on a même écrit un com-
mentaire du commentaire de Ch. Le principal intérêt
de Ch. est le témoignage qu'il rend aux préoccupa-
tions philosophiques de certains chrétiens de langue
latine dès la première moitié du iv"= s., ce qui est la
date probable de son activité littéraire.
ÉDITIONS : Augnstus .Justinianus, Paris, 1520. —
J. Meursius, Leyde, 1617. — F. G. A. MuUach, Fragm.
philn.',oph. graecor., ii, Paris, 1867. p. 149 sq. — .1. Wrobel,
Leipzig, 1876.
Voir : D. Tamilia, De Chalcidii aelate, dans Sludi ilal. di
fllol. class., VIII, 1900. — B. W. Switalski, Der Chalcidius-
Commentar zu Platos « Timaeus », dans Beiirdge ziir
Geschichte der Philosophie des Mitlelalters, m, 6, Munster,
1902. — M. Schanz, Geschichte der rôm. Liter., iv, 1 : 2' éd.,
Munich, 1914, § 823, p. 137-39.
G. Bardy.
1. CHALCIS (XcAkIs), évêché de la province
d'Europe, dépendant d'Héraclée. La ville, qui n'eut
jamais d'importance, a été identifiée avec le village
d'Inecilv. On ignore quand elle fut dotée d'un évêché.
Celui-ci ne figure sur aucune liste épiscopale avant
celle de Léon le Sage, au début du x« s. (H. Gelzer,
Ungedruckte und ungeniigend verôffentlichle Texte der
Notiliae episcopalimm, dans Abhand. der kgl. baijer.
Akad. der Wiss., part. I, t. xxi, sect. m, Munich,
1900, p. 552). Cependant on lui connaît un évêque au
vixi<= s., Sisinnius, qui prit part au II« concile de Nicée
(787) (Mansi, xii, 995 B, 1099 B; xiii, 388 D).
Le titre de Chalcis ne seriible pas avoir été conféré
dans l'Église grecque ni dans l'Église romaine.
R. Janin.
2. CHALCIS (XaÀKÎs), évêché de la province de
Grèce ou Hellade I", dépendant d'Athènes, puis mé-
tropole. La ville de Chalcis, capitale de l'Eubée, est
située sur la côte occidentale de cette île, au bord d'un
canal étroit qui la sépare de la Béotie, à laquelle elle
est unie par un pont. Elle fut fondée probablement
avant la guerre de Troie par une colonie ionienne.
Quand elle se fut développée, elle essaima à son tour
des colonies en Calabre et en Sicile. Elle fut l'alliée de
la Béotie contre Athènes. Battue par celle-ci, elle dut
subir son hégémonie, même après la guerre contre les
Perses. Cependant toute l'île se révolta en 411 av.
J.-Ch. et reconquit sa liberté pour quelque temps. Au
temps d'Alexandre le Grand, la ville occupait une
étendue assez considérable, puisque Dicaearchus lui
attribue 70 stades de tour. Elle était alors ornée de
gymnases, de temples et autres édifices publics. La
position de Chalcis en faisait une place de guerre im-
portante. C'est pourquoi les divers conquérants de la
Grèce s'en emparèrent tour à tour : Macédoniens, An-
tiochus, Mithridate et enfin les Romains. Le consul
Mummius la prit d'assaut et la détruisit (192 av.
J.-Ch.). Elle se releva assez vite de ses ruines. Justi-
nien la restaura et l'embellit à son tour. Au Moyen
Age elle prit le nom du canal qui la sépare de la Béotie
et s'appela Euripe (EûpiTTOS), d'où l'on fit Égripont,
Negroponte, à cause du pont qui la relie au continent.
Ville de 17 000 hab., elle est aujourd'hui la capitale
du nôme (département) du même nom.
Le siège épiscopal remonte probablement assez haut.
Cependant le premier titulaire connu de façon certaine
est Constantin, qui signa en 458 la lettre des évêques
de sa province à l'empereur Léon à propos du meurtre
de Protérius d'Alexandrie (Mansi, vu, 612 C). Depuis
lors le nom de Chalcis fait place à celui d'Euripe, sous
lequel signent désormais les évêques (voir Eubipe,
279
CHALCIS — CHALDIA
280
infra). Chalcis a reparu dans les listes épiscopales au
XIX* s. L'éparchie s'appela Euripe jusqu'en 1833, date
de l'organisation de l'Église de Grèce. Elle reçut alors
le nom d'Eubée, mais la loi de 1852 lui rendit son
ancien titre de Chalcis. Celle de 1900 annexa à
l'éparchie de Chalcis celle de Carystos dans le sud-est
de l'île. En 1923, Chalcis fut promue au rang de métro-
pole en même temps que les autres évêchés de l'an-
cienne (irèce. Le diocèse comprend maintenant toute
l'île d'Eubée et les îlots avoisinants. Il compte
120 églises paroissiales desservies par autant de
prêtres séculiers. Il existe également six monastères
avec une trentaine de moines.
Évêques connus dans la période moderne : Christo-
phore Stamatiadès, élu en févr. 1882, refusa ('EKKArj-
CTiacTTiKfi 'AAtiOeio, II, 1882, p. 308). — Eugène
Dépastas, 1882-t fin juill. 1902 (ibid., xxii, 352). —
Pantéléimon, 12 oct. 1906-tl907 (ibid., xxvi, 615). —
Chrysostome Probatas, juill. 1907-t 1917 (ibid.,
xxvii, 422; xxxvii, 32). — Grégoire, déjà en 1922.
On connaît au moins un évèque catholique de Chal-
cis pendant la domination latine. C'est Théodore, con-
verti du schisme en 1205, et dont parle une lettre du
pape Innocent III en 1208 (Potthast, Reg., 306,
n. 3552). Depuis lors l'évêché est connu sous celui de
Nègrepont. Le titre de Chalcis a été conféré assez
souvent dans l'Église romaine depuis le xix« s. : Paul
Marouchian, 19 avr. 1832-9 avr. 1838, vicaire patriar-
cal arménien à Constantinople. — Henri Altmayer,
O. P., 4 avr. 1884-27 nov. 1887, coadjuteur à Bagdad.
— Sévère Garcia, 1""' juin 1888-t 1890, ancien év. de
Tunja. — Antoine Dos Santos, 26 juin 1890-tl896,
ancien archev. de Bahia. — Pierre Facciotti, 19 avr.
1897-t 20 avr. 1913, ancien év. de Ferentino. —
Charles Pietropaolo, 29 avr. 1913-t 29 juin 1922, délé-
gué apostolique au Venezuela. — Jean-Baptiste Fal-
lize, 9 oct. 1922-t 24 oct. 1933, vicaire apostolique de
Norvège. — Gallus Steiger, déc. 1933, abbé de
Peramiho.
Le Quien, ii, 212-1.5. — Smith, Dictionartj of Greek and
Roman Geography, i, 569-70. — Oberhummer, dans Pauly-
Wissowa, III, 2078-88. — G. Capsalès, XcAkIs, dans
McyàXT) êXXîiviKf) éyKUKXoiraiSeia, xxiv, 427-28. — Ann.
pont., 1916, p. 388.
R. Janin.
3. CHALCIS (XaÀKÎç), métropole de la Syrie I".
Cette ville fut du temps des Romains la capitale d'une
province florissante, la Chalcidique, que les ravages
causés par les diverses invasions ont rendue presque
complètement déserte. C'est aujourd'hui Qennesré ou
Qennesrin, vocable employé au moins depuis le
vii« s., ainsi qu'il appert de la Chronique de Michel le
Syrien. Ce fut un centre monophysite important; il
possédait un monastère qui fournit plusieurs évêques à
l'Église jacobite (Chronique de Michel le Syrien, trad.
Chabot, m, 499, 452, 453, 454).
Métropolites orthodoxes. — Tranquille condamna
l'hérésie des noétiens (iii« s. ; Praedeslinatus, hérésie
30). — Thélaphius fut un des membres du conciliabule
de Philippopoli, dissident du concile de Sardique (341 ;
Le Quien, ii, 785). — Magnus assista au concile d'An-
tioche en 364 et souscrivit la lettre des Pères à l'empe-
reur Jovien (Socrate, Hist. eccles., III, xxv). —
Eusèbe, ordonné par Eusèbe de Samosate, prit part au
premier concile de Constantinople (381 ; Mansi, m,
569 D; Théodoret, Hist. eccles., "V, iv). — Apringius
assista à celui d'Éphèse (431; Mansi, iv, 1229 A). —
Antoine (Le Quien, ii, 785). — Jamblique prit part
au concile d'Antioche qui condamna Athanase de
Perrhé (ibid., u, 786). — Romulus ou Romanus était
à celui de Chalcédoine (451), dont il souscrivit les
actes (ibid., vi, 568 D, 941 E, 1090 B). — Domnus
signa en 458 la lettre des évêques de sa province à
l'empereur Léon sur le meurtre de Protérius d'Alexan-
drie (ibid., VII, 548 D). — Romanus fut chassé de son
siège par Pierre le Foulon en 477 (Théophane, Chrono-
graphia, 134). — Domitius ou Démétrius prit part au
V« concile œcuménique (553; Mansi, ix, 175 B, 192 D,
391 B). — Vers la fin du vi« s. Probus fut nommé mé-
tropolite de Chalcis et envoyé en ambassade à Chos-
roès par l'empereur Maurice (Théophylacte Simo-
cattas, Historia, V, 15). On n'a pas de preuve que la
métropole orthodoxe de Chalcis ait subsisté au delà
du vi" siècle.
Métropolites jacobites (monophysites). — Isidore fut
chassé de son siège par Justin I" en 518 (Chronique de
Denis de Tell Mahré, dans la Chronique de Michel le
Syrien, ii, 171). — Hanania, sacré vers 825 (ibid., m,
454). — Thomariqa, vers 835 (ibid., m, 454). —
Athanase, vers 870 (ibid., m, 457). — Ignace, vers 900
(ibid., III, 460). — Thomas, vers 915 (ibid., ni, 462). —
Syméon, vers 945 (ibid., m, 464).
Le titre de Chalcis de Syrie ne semble pas avoir en-
core été conféré dans l'Église romaine.
Smith, Dictionarii of Greek and Roman Geography, i, 598.
— Escher, dans Pauly-Wissowa, m, 2090-91. — Le Quien,
II, 785-88.
R. Janin.
CHALDÉENNE (ÉGLISE). — Voir D. T. C,
XI, 225-323.
CHALDIA (XaA5îa, XaASeîa), évêché grec de la
province du Pont Polémoniaque, dépendant d'abord
de Néocésarée, puis de Trébizonde, promu ensuite
archevêché et métropole. Aucune liste épiscopale ne
signale cet évêché avant la période turque, mais son
existence est attestée par d'autres documents à partir
du xiv« s. Le Syntaqmation de Chrysanthe de Jérusa-
lem lui donne le titre d'archevêché (1717). De fait,
cette promotion avait eu lieu sous l'évêque Sylvestre
(1624-53). A cette époque, l'évêché de Chaldia était dé-
jà uni à celui de Chériana. Il devint métropole en
juill. 1737. Le 18 mars 1900, son titulaire reçut le droit
de s'appeler « hypertinios et exarque de l'Hélénopont »
(dans 'EKKAriCTiaoTiKTi 'AAriôeiot, xx, 121). Ce métro-
polite résidait à Giimiishane. Le nom de Chaldia n'est
pas en effet celui d'une ville, mais celui d'une région.
Clergé et fidèles ont disparu pendant la guerre gréco-
turque de 1919-22 ou ont été échangés à la suite du
traité de Lausanne qui l'a suivie.
Évêques, archevêques et métropolites connus. — Cal-
listrate, à la fin du xiv* ou au début du xv« s. (Vizan-
liiski Vremennik, v, 679). — Sylvestre, 1624-53
(A. Papadopoulos-Kérameus, 'l6poaoÂu|jLr|TiKTi BigAio-
eriKTi, I, 212). — Euthyme Phytianos, déc. 1653, juiU.
1656, 1661 (A. Papadopoulos-Kérameus, op. cit., i,
347; 'AvâÂEKTa MepoCToÀuiiriTiKfis Ztox., i, 303; Sa-
thas, Bibliotheca graeca medii aevi, m, 588). — Gré-
goire Phytianos, 1680, 5 mai 1681 (A. Papadopoulos-
Kérameus, 'lEpoaoAupriTiKT) BigAio6r|Kr|, i, 303). —
Philothée, 1694-1717 (ibid., i, 215, 216). — Grégoire
Phytianos, archevêque, 12 sept. 1717-31 (ibid., i, 206,
215, 243, 347). — Ignace Codour, 1733, f 1749 (ibid.,
I, 546; 'AvâXeKTa 'UpocroA. Itox-, iv, 55, 56-57). — ■
Ignace Photianos, 1749-? ('O ÎEpôç vupcpaycoyôs,
116). — Denys, janv. 1767 (ibid., 116). — Théophile,
1850-juill. 1864 ('EKKXr|CTiaaTiKfi 'AX^Qaa, ii. 529,
n. 5; XXI, 210). — Germain, 14 juill. 1864-mai 1905
(ibid., II, 529, n. 5; xxv, 230). — Laurent Papadopou-
los, 10 mai 1905-24 oct. 1922 (ibid., xxv, 230). —
Basile Combopoulos, 24 oct. 1922-? Lors de cette no-
mination la métropole avait en fait cessé d'exister.
Le titre de Chaldia n'a pas été conféré dans l'Église
romaine et il ne figure même pas dans les listes de la
Consistoriale, comme ayant été probablement établi
après le schisme.
281
CHA[,1)IA —
CHALLONER
282
MeyiXri éA^TlVlK^) éyKUKXoiraiSeia, xxiv, 430. — Chr>--
santhe Philippidès, 'EKKXT)aia TpatrEjoOvros, dans 'ApxEÎov
novTOU, v-vr, 1936. p. .">3n, 569, 573, r><t1, 593-9."), 604, 6R3.
R. Janin.
CHALEIVIOT (Dom Claude), cistercien français,
t 1667. Entré à l'abbaye de Chaalis, il en devint
prieur; il occupa cette même fonction à Royaumont et
fut élu abbé à la Colombe (1648), au diocèse de
Bourges, aujourd'hui de Limoges. Il était de l'étroite
observance, mais sans le zèle outré d'Étienne Maugier
et autres. Instruit et docteur en théologie, il composa
plusieurs ouvrages : des Annales cisterciennes en deux
tomes, qui ne furent pas imprimées et ont disparu;
une histoire de l'Église de France qu'il préparait
quand la mort le saisit, ainsi qu'une édition de cer-
taines œuvres de Pierre le Chantre. Le seul travail qui
reste de lui est Séries sanctorum et beaiorum ac illus-
trium virorum S. O. Cisterciensis (Paris, 1666; 2« éd. en
1670). L'auteur s'était proposé de corriger le Menolo-
gium Cislerc. de Henriquez (1630) et de le compléter.
Intention louable, mais le résultat fut déficient, eu
égard surtout aux exigences actuelles de la critique
historique.
P. Féret, Les docteurs de la faculté de théologie de Paris,
V, Paris, 1907, p. 295. — Sér. Lenssen, Aperçu hist. sur la
vénération des saints cisterciens, Tilbourg, 1946, p. 107. —
Ch. de Visch. Biltliotheca script. S. O. Cisterc, Douai,
1649, p. 78.
J.-M. Canivez.
CHALETRICUS (Saint) (inscription), Cha-
lactericus (Fortunat), Caletricus (Vie de S. Lubin et
livres liturgiques), Caltry, Calais, Calétric. « Nous
n'avons rien de S. Calétric, a écrit très judicieusement
Baillet, hors l'épitaphe que lui fit Fortunat de Poi-
tiers, l'endroit de la Vie de S. Lubin où il est parlé
de sa maladie, et les souscriptions des conciles. » Le
nom de ce saint i)ersonnage suit, sur la liste épisco-
pale de Chartres, celui de S. Lubin et précède celui
de Pappolus. Il ne peut avoir été élu avant 552 ni
après 557 ; il mourut au plus tard en 573.
N'étant encore que prêtre, il fut guéri d'une grave
maladie après avoir reçu de S. Lubin une onction
d'huile bénite. Il assista au concile de Tours en 567
et à celui de Paris entre 556 et 563. Fortunat l'appelle
« l'espoir du clergé, le protecteur des veuves, le pain
des pauvres » et célèbre, en même temps que ses
vertus, la beauté de son visage et son talent de chan-
tre. Il nous apprend aussi que l'évêque Calétric
mourut âgé seulement de trente-huit ans.
Le sarcophage du saint évêque fut retrouvé, vide,
en 1703, lors de la démolition de l'église des SS.-Serge-
et-Bacche près de la cathédrale, à l'entrée de l'évêché.
Il est aujourd'hui conservé dans la crypte de la cathé-
drale. On y lit une inscription primitive, constatant
que Calétric mourut un 4 sept, (pridie nonas septem-
bris), mais le mot pridie a été martelé et oclobris a
été substitué à seplembris. Cette altération a été faite
à une époque inconnue, pour mettre d'accord l'ins-
cription avec le calendrier liturgique qui commémo-
rait S. Calétric le 7 oct. Cette date est celle d'une
invention déjà mentionnée dans le martyrologe char-
train écrit vers 1028 : Civilaie Carnosis invenlio
corporis Sancti Calelrici. On -se contentait, le jour de
la fête des SS. Serge et Bacche, de faire à leur olTice
mémoire de S. Calétric, ce qui explique l'absence de
leçons historiques. A une date qui n'est pas connue
avec précision, mais que l'étude des mss. liturgiques
chartrains permet de situer au cours du troisième
quart du xiv« s., on voulut faire mieux : il y eut en
l'honneur de S. Calétric une fête spéciale, fixée au
8 oct., et comportant un office complet. Depuis 1917
la fête est célébrée le 4 sept., anniversaire de la mort
du saint, jour que l'on a supposé, sans preuve, avoir
été celui d'une fête primitive.
A. S., mars ii, 315-49; oct., iv, 278. — Duchesne, ii,
1900, p. 422. — Fortunat, Poematunv 1. IV, vi, dans P. L.,
i.xxxviii, 159. — Gnll. christ., viii, 1744, 1096. - Lépi-
nois et Merlet, Cartulaire de N.-D. de Chartres, i, 1862,
p. xxx. — Le Blant, Recueil des inscript, clirét. de la Gaule,
1, 1856, p. 305. — Merlet et Clerval, Un ms. chartrain du
XI' s., 1893, p. 34.
Y. Delaporte.
CHALIVOY, Callovium, Chaliveyum, Challonel,
ancienne abbaye cistercienne sur la comm. de Herry,
départ, du Cher, dioc. de Bourges. A l'origine, un
ermite, Julien, et quelques disciples à qui Geoffroy de
Magnac fait don d'un terrain à Font-Just (1133). Ite-
rius de Boneuil confirme la donation en 1138, y ajou-
tant le conseil, presque une condition, de se donner à
l'ordre de Cîteaux. L'abbé de Bouras (Bonus radius)
accepte d'y envoyer une colonie de moines avec Ri-
chard, premier abbé, et l'on s'installe à Chalivoy, à
deux lieues de Font-Just. Des donations pieuses per-
mettent à la jeune abbaye de prendre son essor.
En 1277, l'abbé fut déposé par le chapitre général
qui, l'année suivante, dut priver Bouras de ses droits
de paternité sur Chalivoy pour les confier à Pontigny
— ils seraient ainsi mieux exercés. Le premier abbé
commendataire que l'on signale est l'évêque d'Or-
léans, Jean de Morvilliers (1563 ou avant); mais à
cette date Chalivoy semble ruinée; elle reprit vie
cependant. L'église, brûlée deux fois au cours des
guerres de religion, fut rebâtie au xvii« s. Les statuts
capitulaires de Cîteaux font mention de cette abbaye
jusqu'au terme du xviii« s. Depuis lors les bâtiments
conventuels ont disparu, et l'église a été totalement
transformée pour servir d'habitation privée.
Abbés. — 1. Richard, 1138-50. — 2. Mansel, 1153. —
3. Guillaume, 1156, 1162. — 4. Ulric I", 1170. —
5. Geoffoy, 1176. — 6. R. — 7. Élie, 1180-85. —
8. Ulric II, 1188-91. — 9. Bernard, 1198. — 10.
Amand I", 1220-33. — 11. S. — 12. Étienne I", 1255.
— 13. Laurent I", 1267. — 14. Amand II, 1270. —
15. Guillaume II, 1279-95. — 16. Jean I", 1302. —
17. Henri, 1323. — 18. Laurent II, 1327. — 19.
Étienne Quinaut, 1437. — 20. Jean Jaillet, 1440-49,
élu à Fontmorigny. — 21. Alman, 1450. — 22. Ber-
trand Gallois, 1467-1503. — 23. Toussain Gillet, 1503.
— 24. Guillaume Bouchetel, 1549-52. — 25. Jean de
Morvilliers, év. d'Orléans, commendataire, 1503. —
26. Guillaume Foucaut, 1581-1611. — 27. Palameder
de Fondria, 1626. — 28. Eustache Picot, 1637-51. —
29. N. Girard. — 30. Antoine de Furetière, 1663-88. —
31. Pierre de Beaumont de Chantelou de Bearnier,
1688. — 32. Hervé de Goazanvot, 1710.
-Archives au dépôt départ, du Cher : 83 art.. Invent, de
titres (1445), un cart. des xiv" et xv s. signalé par Stein,
n. 824 — Galt. christ., ii, 192. — Janauschek, Orig. cisterc.
Vienne, 1877, p. 52. — Manrique, Ann. cisterc, ann. 1138,
cap. XV, n. 1, 2. — Martène et Durand, Thésaurus, m,
1264. — Statuta cap. ijen. ord. Cisterc, i-viii, éd. Lou-
vain, 1933-41, passim.
J.-M. Canivez.
CHALKIAS (Jean), théologien grec (xvii"-
xviii^ s.). Voir D. T. C, ii, 2208.
CHALLANT. Voir Chalani.
CHALLONER (Richard), évêque de Debra,
vicaire apostolique du district de Londres, naquit à
Lewes, dans le Sussex, le 29 sept. 1691, de parents
presbytériens. Sa mère, devenue veuve, entra en ser-
vice dans des familles catholiques : Sir John Gage,
puis Lady Anastasia Holman. Cette dernière avait
pour aumônier un prêtre des plus distingués, John
(jother, connu par ses ouvrages de controverse. Il
s'intéressa à l'enfant, l'instruisit, le reçut dans
l'Église catholique en 1704, puis le fit admettre au col-
283
CHALLONRR
284
lège de Douai en 1705, à l'âge de quatorze ans. Le
jeune Richard, intelligent et laborieux, fit d'excel-
lentes études. A vingt et un ans, il fut chargé de la
classe de rhétorique et de poésie; un an plus tard il en-
seignait la philosophie. Prêtre en 1716, vice-président
du collège et professeur de théologie en 1719, il reçut
en 1727 le doctorat en théologie à l'université de
Douai. Mais l'enseignement n'était pas sa vocation
définitive : il demanda à travailler aux missions et en
1730 fut admis dans le clergé du district de Londres
par le vicaire apostolique Mgr Gifïard. Challoner se
livra avec ardeur au ministère dans les quartiers
pauvres de Londres. Il y joignit l'apostolat de la
plume. Déjà à Douai il avait publié un petit livre de
piété : Think wetl on't, « Pensez-y bien ». En 1732 pa-
rurent deux livres de controverse : The imerring au-
thority of Ihe CathoUc Church in mallers of failh, et The
Grounds o/ the Catholic doctrine contained in the pro-
fession of faith published bij Pope Pius the Fourth. Un
peu plus tard deux petits tracts : A Roman Catholick's
reasons why he cannot conform to the Protestant Reli-
gion, et The touchstone of the new Religion (1734). Ces
livres étaient écrits très simplement, mais avec beau-
coup de clarté et de logique : aussi furent-ils bien
accueillis. A cette époque également il entreprit une
traduction anglaise de V Imitation. Un autre ouvrage
sorti de sa plume en 1737 lui attira des désagréments :
The Catholic Christian instructed in tlie Sacrament, Sa-
crifice and Cerenwnies of the Church^ La préface réfu-
tait non sans ironie les écrits d'un Dr Middleton, qui
avait attaqué les cérémonies de l'Église. Celui-ci prit
très mal la critique et porta plainte devant les magis-
trats. Challoner, pour éviter l'application des lois pé-
nales, dut quitter pour un temps l'Angleterre. A peine
était-il de retour que le président du collège de Douai
mourait, après l'avoir demandé pour son successeur.
La nomination était faite, quand Mgr Petre, qui en
1734 avait succédé à Mgr Giffard, insista pour avoir
comme coadjuteur le Dr Challoner, dont il avait fait
son vicaire général, et dont il déclarait ne pouvoir se
passer. Rome accéda à la demande, et Mgr Challoner
fut sacré en 1741 évêque de Debra et coadjuteur de
Mgr Petre. Dans l'intervalle il avait écrit un petit
livre destiné à une grande fortune : The Garden of the
Soul (1740), recueil de prières, de méditations et de
conseils, simple mais substantiel, qui se répandit très
vite et eut dans la suite d'innombrables éditions. De
nouveaux devoirs s'imposaient à Mgr Challoner, car
c'est lui qui allait, en fait, gouverner le district, le vi-
caire apostolique étant âgé et valétudinaire. Tout
en continuant à s'occuper des fidèles de Londres, il
dut visiter le vaste district (six comtés, toute la partie
sud-est de l'Angleterre). Les catholiques y étaient peu
nombreux et très dispersés, ce qui ne facilitait pas les
visites. Le surcroît de charges n'interrompit pas l'ac-
tivité littéraire du coadjuteur. En 1741, il publia les
Memoirs of Missionary Priests en deux volumes,
simples notices des martyrs et des confesseurs de la
foi de 1577 à 1682; l'année suivante, un nouveau livre
de controverse : The Grounds of the old Religion, ré-
ponse à une nouvelle attaque du Dr Middleton; en
1745, Britannia Sancta, Vies des principaux saints
anglais, écossais et irlandais. Un peu plus tard il entre-
prit une nouvelle traduction anglaise de la Bible,
pour remplacer celle de Douai-Reims, très imparfaite.
Ce travail fut terminé en trois ans, malgré les mul-
tiples occupations de l'auteur. C'est lui qui dut faire
toutes les démarches dans un long conflit de juridic-
tion entre les religieux et les vicaires apostoliques.
Ceux-ci eurent gain de cause par im décret de Be-
noît XIV en 1753. Cette même année parurent les mé-
ditations pour tous les jours de l'année. Considéra-
tions upon Christian truths and Christian dulies.
ouvrage de solide piété et de doctrine, qui eut de nom-
breuses éditions et fut traduit en plusieurs langues.
Mgr Challoner écrivit aussi en 1755 une Vie des Pères
du désert, The Wonders of God in the wilderness, et une
Vie populaire de Ste Thérèse.
Il avait soixante-sept ans lorsque son vieil évêqu
Mgr Petre, mourut en 1758. Il devenait par le fait vi-
caire apostolique, mais cela ne changea rien à sa vie
austère et laborieuse. Cependant il obtint un coadju-
teur, Mgr James Talbot. Il lui confia la visite des
comtés, se réservant l'apostolat de Londres où rési-
daient les quatre cinquièmes des fidèles du district.
Il continua donc le ministère des âmes, prêchant, con-
fessant, assistant les pauvres. Les conférences ecclé-
siastiques furent rétablies, l'évêque les présidait lui-
même. Grâce à une sage économie du temps, il menait
de front cette activité extérieure et le travail litté-
raire. Vers cette époque furent publiés un supplément
au Britannia Sancta : A Mémorial of ancient British
piety, plusieurs traductions : des Confessions de
S. Augustin (1762), de V Introduction à la vie dévote,
d'un petit traité de S. Jean Chrysostome. En 1772 il
révisa le catéchisme de Douai : Abridgement of Chris-
tian doctrine. Son dernier ouvrage est un extrait de
l'histoire de la Bible (1777). La question de l'éducation
des enfants et des clercs avait toujours attiré son
attention. Il fonda deux collèges, l'un à Standon
Lordship, l'autre à Sedgley Park. Grâce à ses efforts,
les collèges anglais de S. -Orner et de Valladolid, laissés
vacants par l'expulsion des jésuites, furent conservés
au clergé anglais; celui de Lisbonne fut réformé. On
était toujours sous le régime des lois pénales. Certes,
ces lois n'étaient plus rigoureusement appliquées;
mais elles subsistaient comme une menace perpé-
tuelle. En 1765 un certain William Payne, alléché par
la prime de 100 livres accordée aux dénonciateurs des
prêtres, se mit à faire le métier de délateur. Que d'en-
nuis ne causa-t-il pas? Mgr Challoner lui-même fut
accusé, avec quatre de ses prêtres, et n'échappa à un
dangereux procès que grâce à une fausse manœuvre
du délateur. L'évêque allait voir poindre l'aube de
temps meilleurs. En 1778, les catholiques obtinrent
un léger adoucissement des lois pénales. C'était bien
peu de chose : ce fut assez, cependant, pour provoquer
une vague de fanatisme, qui aboutit aux émeutes
Gordon en 1780. Tandis que les chapelles et les
demeures des catholiques étaient livrées au pillage et à
l'incendie, qu'une populace en délire le cherchait pour
le maltraiter, Mgr Challoner, retiré chez un ami,
priait. Il dut ensuite s'occuper à réparer les ruines
accumulées en quelques jours. Il avait quatre-vingt-
neuf ans. Le 10 janv. 1781 il eut une attaque de para-
lysie, et mourut paisiblement deux jours après. Son
œuvre restait. Non seulement il avait formé de bons
prêtres et laissé lui-même l'exemple d'une sainte vie,
mais ses livres continuèrent longtemps, continuent
encore, à entretenir la foi et la piété des fidèles. Ses
restes, ensevelis au caveau de la famille Barrett à Mil-
ton (Berkshire), ont été solennellement transférés à la
cathédrale de Westminster le 1" mai 1946.
.1. Bamard, Life of Vener. and Rev. Richard Challoner,
Londres, 1784. — J. Milner, Brief account of ihe life of the
Riçihl Rev. Richard Challoner, Londres, 1798. — Ch. Butler,
Biographical account of Right Rev. Dr. Challoner, Catholic
Spectator, 1824. — M. Brady, Annals of Ihe Catholic Hierar-
chy of England and Scotland, m, Londres, 1877, p. 164. —
E. H. Burton and Noian, Sevenlh Douay Diary, dans
Catholic Record Society, 1928. — E. H. Burton, The Life
and times of Bishop Challoner, 2 vol., Londres, 1909. —
M. Trappes-Loniax, Bishop Challoner, Londres, 1936. —
D. Gwynn, Bishop Challoner, Londres, 1946. — Richard
Challoner, essais publiés par la Westminster Calhedral
Clironicle, 1946.
P. Chauvin.
285 CHALMERS — CH
CHALMERS (Guillaume), oratorien et théolo-
gien écossais (f 1678). Voir 7). T. C. u, 2211.
CHALMERS (Thomas), presbytérien écossais
(1780-1847). Voir D. T. C, ii, 2211-14.
CHALOCHÉ, Chalochei um, Calocerium, Kaloche-
rio, ancienne abbaye cistercienne au dioc. d'Angers
(départ, de Maine-et-Loire) sur la comm. de Chau-
mont, non loin de Baugé. D'abord fondation de Savi-
gny par Hamelin de Ingrandes (1129), elle entre
dans l'ordre de Cîteaux avec sa maison-mère en 1147.
Plusieurs délégations pontificales furent confiées aux
abbés de Chaloché; notons spécialement qu'Hono-
rius m délégua en 1217 Guillaume de Bressey avec
l'évêque d'Autun et l'abbé de Bouras pour faire l'en-
quête canonique sur les vertus de Guillaume, arche-
vêque de Bourges, canonisé en 1218. En 1359, les
moines quittent l'abbaye pour se réfugier à Angers, à
cause des fréquentes incursions des bandes, et l'ex-
trême pauvreté où ils furent réduits durait encore
trente ans après.
Chaloché ne prit point une extension considérable,
mais sut se dégager des étreintes de la commende et
aux xvii« et xviii" s. eut encore à sa tête des abbés de
valeur, tel Julien Meliand, procureur général de
l'ordre en France et visiteur des provinces d'Anjou, du
Maine et de Touraine. Les religieux embrassèrent la
stricte observance au xvii« s.; ils n'étaient plus que
six en 1768.
Abbés. — 1. Ernisius, 1140. — 2. Benoît, 1152. —
3. Adam, 1169. — 4. Raoul, 1184. — 5. G., 1190. —
6. Robert I", 1209. — 7. Maugier, 1205. — 8. Geoffroy
de Lucé, 1207-13. — 9. Guillaume de Bressey, 1 216-23.
— 10. Michel. — 11. Geoffroy de S. -Jacques. —
12. Herbert II, 1243. — 13. Gilles, 1255. — 14. André,
1274-79. — 15. Robert II de Caucheiseviller, 1281. —
16. Jean I" de Coinon, 1295-1310. — 17. Thomas I",
1317-20. — 18. Thomas II, 1345. — 19. Mathieu,
1390-1419. — 20. Jean II de Mathefon. — 21. Jean III
Ragouget, f 1448. — 22. Jean IV Barrant, 1448-86. —
23. Jean V de la Jaille, f 1521. — 24. Pierre Chevalier,
th. doct., 1555. — 25. Bertrand des Marais, 1559. —
26. Jean VI Terril, 1563. — 27. Joachim d'Availloles,
1564. — 28. Jean VII Pinaudeau, 1569. — 29. Fran- j
çois Clouseau, 1579-84. — 30. René de Daillon du
Lude, t 1600. — 31. Louis Legagneur, 1613. —
32. Charles Crouin, f 1648. — 33. Edmond Diard,
1653, 1675. — 34. JuHen Meliand, t 1689. — 35. N.
Dubois. — 36. Marc- Antoine de Beaurepaire, th. doct.,
1 1727. — 37. Eustache Malfilâtre, th. doct., 1 1739. —
38. Hubert Carnot, procureur général, 1759. —
39. Charles- Joseph Couthaud, th. doct., 1759-90.
Archiues. — Départ, de Maine-el-Loire : 2.3 art. A/oii-
uance et domaine (xw s. -1572); invent, de meubles et d'ar-
genterie (XVIII» s.); précis historique par dom .Jean Elye
(1787). — Bibl. nat., Paris : nouv. acq. lat. 2473, copie de
cartulaire. — Angers, bibl. munie, ms. 1022, notes sur l'ab-
baye. — Caen, bibl. munie. : coll. Mancel, ms. 4, n. 31, du
28 avr. 1388. — Lille, arch. : 27 H, n. 78, corresp. des abbés
de Loos avec ceux de Chaloché (xviii» s.).
Andegauiana, xxviii, 127-33, 9« centenaire de l'abbaye de
Chaloché. — M. Aubert, L'archil. cisterc. en France, i, ii,
1943, passim. — Cottineau, i, 673. — J. Denais, L'ahhaye de
Chaloché, dans Beviie de l'Anjou hisl., 1873. — Gall. christ.,
XIV, 720. — Guilloreau, Extr. d'obit. de Chaloché, La Flèche,
1904. — .Tanauschek, Origines cisterc. Vienne, 1877, p. 97.
— Manrique, Annales cisterc, ann. 1148, cap. vu, n. 10;
cap. XV, n. 33. — Potthast, Berj., .3048, 5416. 25.J.33. —
Statuta cap. gen. ord. Cisterc, i-viii, éd. Louvain, 19.33-
41, passim.
J.-M. Canivez.
CHALON (Amrdée de). Voir Amédée de Cha-
lON, II, 1147.
ALON-SUR-SAONK 286
CHALON-SUR-SAONE.— I. ville. —
I. Site et topographie. II. Histoire sommaire. III.
Institutions religieuses. IV. Monuments religieux.
V. Conciles.
I. Site et topographie. — Le site de Chalon, Ca-
billonum, Cabilonnum, Cabito, a été fréquenté par
l'homme dès l'époque paléolithique et la ville s'est
créée dès qu'il y eut du trafic commercial en Gaule.
Elle est située en effet à un coude de la Saône, à l'en-
droit où celle-ci est le plus rapprochée des plateaux
bourguignons et où, jusqu'aux chemins de fer, voya-
geurs et marchandises passaient de la voie fluviale à la
route de terre et inversement. Les objets trouvés dans
les dragages de la Saône remontent à l'époque de la
Tène, au iii« s. avant notre ère. Chalon était alors le
point de départ d'une route qui, en ligne droite, par
Beaune, Fleurey-sur-Ouche et Châtillon, menait à la
haute vallée de la Seine. A l'époque romaine, la ville
fut sur la grande voie d'Agrippa de Lyon au Rhin; de
celle-ci s'y détachait un embranchement vers Besan-
çon et un autre vers Autun et Sens. On a reconnu avec
précision le tracé de l'enceinte du iii^ s., en forme de
demi-ellipse appuyée à la Saône, de 1 300 m. de dé-
veloppement et d'une superficie de 15 hect.; sa posi-
tion vis-à-vis de l'île S. -Laurent implique l'existence
des deux ponts dont la présence de l'île facilitait la
construction alors qu'elle aurait compliqué le passage
par bac. Cette enceinte romaine est entièrement com-
prise dans le lit majeur de la Saône; ses fossés, creusés
à quelque distance des murs et sans communication
avec la rivière, étaient maintenus pleins, quel que fût
le niveau de celle-ci, au moyen d'une dérivation ame-
nant l'eau d'une dizaine de km. en amont; cette déri-
vation date peut-être seulement du haut Moyen Age;
c'est à tort en tout cas qu'on y a vu un bras naturel.
Au point le plus élevé de la ville, à l'angle sud-ouest de
l'enceinte, s'élevait une sorte de donjon, le Chàtelet.
Dans le haut Moyen Age apparaît autour de la cité
une série de faubourgs : S. -Jean de Maisel ou de Vieil-
Maisel {de veteri macello, c.-à-d. de la vieille boucherie
et non pas de la léproserie comme on le répète à tort),
le long de la voie de Lyon; près de celle d'Autun,
autour de l'abbaye S. -Pierre, le bourg S. -André; sur
celle de Langres, Ste-Croix, dit aussi S. -Alexandre; la
i Massonnière, formée d'une rue unique entre le flanc
ouest de l'enceinte et le fossé; Ste-Marie le long de la
Saône; en outre, dans l'île, S. -Laurent avec, au delà du
bras appelé Genise, les Chavannes ou Eschavannes.
Après l'incursion des Grandes Compagnies en 1362, on
protégea S. -Jean et la Massonnière par des palissades
qui furent reconstruites en briques au milieu du xv s.
avec un développement plus considérable; mais l'en-
ceinte était toujours entièrement comprise dans le Ht
majeur de la Saône et toujours protégée par la dériva-
tion. De 1547 à 1555 fut construit un nouveau rem-
part, en pierre, bastionné; il fut poussé jusqu'à la
crête du coteau et engloba l'abbaye de S. -Pierre, le
bourg S. -André et une partie de Ste-Croix; sa création
entraîna la destruction de l'église Ste-Croix et le bou-
leversement du réseau routier constitué alors encore
par les voies romaines. Ste-Marie et S. -Laurent furent
également protégés par des fortifications en partie en
terre. Après l'occupation passagère par les protestants
en 1562, une citadelle fut élevée pour surveiller la
ville; elle occupa le point le plus élevé de l'enceinte, là
où celle-ci formait un angle qu'il suffisait de couper
par une courtine transversale; la construction de ce
mur et le dégagement de ses abords amenèrent la
destruction complète du bourg S. -André. Le milieu du
xvi« s. marque la transformation complète d'une topo-
graphie qui n'avait guère changé depuis l'époque
romaine.
La citadelle fut déclassée, après de nombreuses
287
CHALON-S
TJR-SAONE
288
demandes des habitants, en 1788; l'emplacement en
fut loti et coupé par la nouvelle route de Paris; le
rempart tourné contre la ville, détruit. Sur la rive
gauche de la Saône, un second bras fut creusé en 1789
pour recevoir une partie des eaux en cas de crue. En
1814, la ville était encore entièrement enfermée dans
l'enceinte du xvi^ s. où tous les vastes enclos des cou-
vents avaient été morcelés et bâtis; à partir du règne
de Louis-Philippe, elle la déborda largement, s'éten-
dant surtout au Nord et à l'Ouest.
II. Histoire sommaire. — Les événements poli-
tiques sont relativement rares dans l'histoire de Cha-
lon et celle-ci est avant tout la description de son acti-
vité commerciale et du développement de ses institu-
tions. Au moment de l'arrivée de César, la ville faisait
partie du peuple des Éduens; en 52, pendant que
César était devant Gergovie, les habitants attaquèrent
les Romains « qui s'étaient établis là pour commer-
cer ». De l'époque du Haut Empire, nous ne savons
que ce qu'apprend l'archéologie : Chalon est avant
tout un port où débarquent les amphores de vin du
Midi et où l'on charge à destination de la Méditerranée
les lingots de plomb de la Grande-Bretagne. Une ins-
cription révèle le culte ofTiciel rendu à la déesse Saône :
Deae Sauconnae oppidani Cabilonnenses. Au Bas Em-
pire c'est une ville de garnison où réside le préfet de la
flotte de la Saône. De simple castrum la ville devient
ciuitas. Dès le ii'' s. le christianisme s'y était introduit
(voir Diocèse). Chalon est souvent cité à l'époque
mérovingienne; ce fut la résidence de plusieurs sou-
verains, Théodebert d'Austrasie à la fin de son règne,
puis Contran (562-93) et son successeur Thierry;
l'atelier monétaire est très actif. Puis c'est le silence
jusqu'au ix« s. En 834, Lothaire révolté contre son
père s'empara de la ville dont le comte, Guérin, avait
pris le parti de Louis le Pieux; elle fut incendiée. Au
x« s., avec le comte Lambert (t 978), Chalon devint le
centre d'un comté qui comprenait non seulement le
pagus Cabilonensis ou Chaunois, mais la région qu'on
appela plus tard le Charolais. Vers 1079, à la mort du
comte Hugues II, le comté fut partagé entre deux de
ses neveux et la ville elle-même morcelée également;
une des parts, avec le Châtelet, fut bientôt acquise
par le duc de Bourgogne; l'autre resta à la branche
issue de Gui de Thiers, qui comprit trois comtes du
prénom de Guillaume (plutôt que deux comme on l'a
cru longtemps), la comtesse Béatrice (1200-27), mariée
à Étienne d'Auxonne, puis séparée, et son fils Jean.
Guillaume II, par ses violences contre Cluny, provoqua
une intervention de Louis VII qui occupa le comté et
le tint quelque temps sous séquestre (116C). Jean, en
1237, échangea sa part avec le duc Hugues IV, contre
des terres en Franche-Comté, tout en gardant le nom
de Chalon. Mais, dans des circonstances mal connues,
les évêques s'étaient constitué un domaine temporel
important, comprenant une quinzaine de villages et
une partie de la ville. On en voit généralement l'origine
dans une cession en gage faite par l'un des comtes
après le partage de 1080, mais le territoire engagé
alors ne correspond pas au domaine épiscopal tel qu'il
est connu plus tard. Pour la cité même, il y a peut-être
eu un pariage entre l'évêque et le duc. A la fin du
xiii<= s., le chapitre et le vicomte ayant renoncé à leur
part de juridiction, le statut politique de Chalon fut le
suivant : l'évêque possédait Ste-Croix et la Masson-
nière; S. -André était à l'abbé de S. -Pierre et le reste
des faubourgs au duc. Quant à la cité, la partie occi-
dentale en était détenue par le duc et la partie orien-
tale ou « cloître » par l'évêque. Le duc tenait en fief de
l'évêque tout ce qu'il possédait à Chalon. Ste-Croix et
la Massonnière, mais non le « cloître », relevaient di-
rectement du roi et ressortissaient au bailli royal de
Mâcon. Tout le reste de l'agglomération était du du-
ché; le duc y avait un bailli, à titre occasionnel
d'abord, puis d'une façon permanente depuis le début
du xiv« s. Toute la rive droite était du royaume de
France, mais S. -Laurent et les Eschavannes étaient
en terre d'Empire; le parlement ducal, après avoir
rendu à Beaune des sentences dont on pouvait appeler
au parlement de Paris, venait à S. -Laurent juger en
dernier ressort les causes de la partie du duché sise
outre-Saône. Tous les habitants de la cité, sujets du
duc ou de l'évêque, constituaient une « communauté »,
mentionnée déjà en 1221, dont faisaient partie Ste-
Marie et, avec une certaine autonomie, S. -Jean et S.-
Laurent. En 1254, pour désigner six procureurs char-
gés de représenter la ville, les habitants devaient don-
ner chacun une délégation individuelle par devant
l'ofïicial, suivant les règles du droit privé; mais en
déc. 1256, le duc, qui en 1234 avait déjà fixé le chiffre
de la taille, créa quatre « prud'hommes », plus tard
appelés échevins. L'échevinage, à la tête duquel un
maire ne fut placé qu'en 1565, travailla sans cesse à
augmenter ses droits et à les étendre à toute la ville au
détriment de l'évêque.
La fin du xiii<' s. fut marquée par l'apogée des foires
de Chalon. Celles-ci sont citées dès le x« s. (921, 938,
953); vers 1275, alors que leurs revenus étaient mor-
celés entre le duc, l'évêque, le chapitre et de nom-
breux seigneurs, le duc Robert II en créa de nouvelles
dont il entendit avoir seul le bénéfice; il fut contraint
de dédommager les parties lésées, mais garda désor-
mais la haute main sur toutes les foires; il accorda des
avantages aux marchands et institua un « maître des
foires ». Les foires de Chalon se substituèrent alors
partiellement à celles de Champagne et jouèrent un
rôle international; les marchands italiens y rencon-
traient ceux des Pays-Bas; elles se tenaient deux fois
par an — les foires froides au début du carême, les
foires chaudes en août — au faubourg S. -Jean, partie
dans des halles permanentes ou « loges », partie dans
les prairies. Le principal objet des transactions était le
drap, mais on y vendait aussi les fers, les chevaux, les
épices, les pelleteries, la poterie d'étain. La guerre de
Cent Ans amena la décadence. Les privilèges accordés
par Philippe le Bon et Charles le Téméraire ne purent
arrêter le déclin de ces foires supplantées par celles de
Genève et de Lyon.
Lors de la réunion du duché de Bourgogne à la cou-
ronne, devant les intrigues des partisans de la du-
chesse Marie et à la suite de cas de rébellions plus ou
moins isolés, les représentants du roi se transpor-
tèrent à Chalon avec des forces considérables, en mai
puis en juill. 1477, pour exiger des habitants le renou-
vellement du serment de fidélité; la seconde fois douze
bourgeois furent exécutés. S. -Laurent fut brûlé dans
des circonstances inconnues. Le rattachement du du-
ché au domaine royal amena l'unification de la ville en
faisant disparaître la distinction entre territoire royal
et territoire ducal; par un accord de 1495, appelé traité
de Baudricourt, du nom du gouverneur de Bourgogne
qui servit d'arbitre, les échevins se firent reconnaître
par l'évêque le droit d'exercer leur juridiction sur les
métiers et leur autorité en matière de guet et garde
dans toute la ville y compris la Massonnière; seul S.-
Laurent conserva une demi-autonomie mal définie qui
ne fut supprimée qu'en 1790. Mais la séparation de la
Bourgogne et de la Franche-Comté fit de Chalon une
ville frontière et elle en subira les inconvénients jus
qu'à la fin du xvii* s.; les fortifications furent sans
cesse renforcées entraînant à chaque fois de nouvelles
démolitions de maisons.
En 1496, lors d'une peste, l'assemblée générale des
habitants décida « que l'on mectra sus le jeu et mistère
du glorieux ami de Dieu, Monsieur S. Sébastien » et
désigna des acteurs et des machinistes qui jurèrent
289
CHALON-S
UR-SAONE
290
d'assister « à toutes les récitations générales ». En
1545, le protestantisme est signalé à Chalon; alors que
le peuple restait fidèle au catholicisme, la Réforme
gagna les bourgeois les plus riches, marchands ou
hommes de loi, qui constituaient presque exclusive-
ment l'assemblée des habitants et parmi lesquels se
recrutaient les échevins. Ceux-ci laissèrent prêcher à
partir de 1559 les ministres François Guilletat, puis
Antoine Popilloa; l'année 1561 fut très troublée. A
l'annonce de la prise de Lyon par les protestants (29-
30 avr. 1562), les échevins armèrent leurs partisans et
agirent en maîtres. Les pillages d'églises commen-
cèrent le 5 mai et se poursuivirent méthodiquement.
Les ofTiciers royaux, ne disposant d'aucune force, mul-
tiplièrent en vain les concessions, puis quittèrent la
ville, qui ouvrit ses portes, dans la nuit du 22 au 23, à
l'armée de Montbrun, venue de Lyon. Mais, battus
par Gaspard de Tavannes, lieutenant du roi en Bour-
gogne, dans une escarmouche aux portes de la ville,
les protestants évacuèrent celle-ci le 31 mai. Soixante-
dix-sept condamnations à mort furent prononcées,
mais par contumace, et trois personnes seulement
furent exécutées, dont le ministre Guilletat. Une gar-
nison permanente installée dans une citadelle surveilla
dès lors la ville. Une partie des protestants chalonnais
retourna d'ailleurs à l'ancienne religion et Chalon
montra un grand zèle pour le catholicisme; en 1568 fut
créée une confrérie du S. -Esprit, première forme de la
Ligue; en 1576, lors de la préparation des cahiers pour
les États de Blois, un « comité de vigilance » catholique
signala à la population la tendance modérée des
cahiers élaborés dans une assemblée restreinte et les
fit reviser dans un sens plus intransigeant. Après l'as-
sassinat du duc de Guise à Blois, Mayenne s'assura de
Chalon (18 déc. 1588). Des lieutenants dévoués, aidés
à la fin de troupes napolitaines fournies par l'Espagne,
conservèrent jusqu'au bout la place à la Ligue, malgré
les tentatives des royalistes, malgré l'évêque Pontus de
Thiard, partisan de Henri IV, malgré les habitants
lassés de la guerre civile. Mayenne se réfugia à Chalon
après Fontaine- Française; et la trêve avec le roi fut
signée au château de Taisey, à une lieue de la ville. La
paix de Folembrai laissa celle-ci comme place de sûreté
à Mayenne, sous le gouvernement de son fils pour six
ans. Le culte protestant fut interdit pendant ce temps.
Le xvii« s. fut marqué par l'établissement de nom-
breuses maisons religieuses et par le développement
des œuvres d'instruction et d'assistance; les protes-
tants assez nombreux furent en butte à l'hostilité des
autorités; leur temple, bâti hors de la ville, sur la rive
gauche de la Saône, rasé pour des raisons militaires en
1636, ne fut, sous des prétextes divers, jamais recons-
truit; la révocation de l'Édit de Nantes entraîna le
départ de plusieurs familles notables. La conquête de
la Franche-Comté en 1674 mit fin à la situation de
ville-frontière et, au xviii« s., malgré une tutelle admi-
nistrative étroite qui rendit illusoires les libertés mu-
nicipales, malgré des finances souvent précaires, l'état
de Chalon s'améliora; le commerce se développa; les
remparts furent aménagés en promenades; les portes
médiévales qui gênaient la circulation, détruites; tout
le front de l'enceinte le long de la Saône fut remplacé à
partir de 1762 par des quais bordés de beaux im-
meubles; le canal du Charolais, aujourd'hui du Centre,
creusé.
Lors des réformes de la Révolution, Chalon perdit
son évêché, Mâcon lui fut préféré comme chef-lieu du
département, mais le siège du tribunal y fut fixé. Sous
la Terreur, la ville posséda une Société populaire très
remuante; de nombreux suspects furent enfermés aux
Cordeliers, mais six exécutions capitales seulement
eurent lieu. Pendant l'Empire, Chalon bénéficia
du blocus continental qui développa les échanges inté-
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
rieurs : les Chalonnais furent en majorité d'ardents
partisans de Napoléon et offrirent une résistance hono-
rable aux Autrichiens en janv.-févr. 1814.
L'introduction des bateaux à vapeur amena l'apo-
gée de la navigation sur la Saône et par conséquent
celle de l'activité de la ville comme point de transit.
Les premiers projets de chemins de fer prévoyaient
seulement une ligne de Paris à Chalon et la voie fut
tracée en conséquence. Le prolongement du chemin de
fer sur Lyon a mis fin au rôle séculaire de Chalon en
tant que lieu de transbordement. C'est actuellement
une ville toujours active, mais à cause du commerce
local et d'industries assez nombreuses. La [jopulation,
qu'on peut évaluer à 4 000 hab. pour le castrum ro-
main, s'élevait, pour la ville entière, à 7 000 hab. en
1700 (par suite des destructions du xvi« s., ce chiflre
est certainement inférieur à celui du Moyen Age), à
11 000 au début du xix«s. et à 20 000 sous le second
Empire; elle est de plus de 30 000 actuellement.
III. Institutions religieuses. — 1° Paroisses et
cimetières. — Les anciennes paroisses de Chalon
étaient S. -Vincent et S. -Georges (voir plus loin Cha-
pitres), qui se partageaient le territoire de la cité;
S. -Jean de Maizel; S. -André dont l'église fut dé-
truite en 1562 et le territoire uni à S. -Georges; Ste-
Croix, dont dépendaient deux chapelles, S. -Alexandre
(à laquelle, au xiii" s., était jointe une recluserie), et
S.-Jean-des-Vignes qui, après la destruction de
l'église Ste-Croix en 1547, devint le siège de la paroisse
désormais extérieure à la ville; Ste-Marie et S. -Lau-
rent. Sauf S. -André qui appartenait à l'abbaye S.-
Pierre, ces églises étaient des prieurés et dépendaient
d'abbayes hors de Chalon : S. -Jean, de Cluny (depuis
le x« s.); Ste-Marie, ancienne abbaye, de Fructuaria en
Piémont (1024) puis de S.-Bénigne de Dijon (1087-
1778); S.-Laurent, de S.-Marcel, puis de l' Ile-Barbe
près de Lyon (1070-1760); Ste-Croix, de l'abbaye,
puis collégiale S. -Pierre de Mâcon. La vie conven-
tuelle y cessa très tôt. Le Concordat ne rétablit que
deux paroisses : S. -Vincent et S. -Pierre, celle-ci dans
l'église ci-devant abbatiale; il s'y ajouta, en 1855,
S.-Cosme, commune alors annexée à Chalon et dont le
curé sous l'Ancien Régime était souvent compté dans
le clergé de la ville, puis au xx« s. le Sacré-Cœur et
Ste-Thérèse. S. -Jean, Ste-Marie, S.-Laurent, Ste-
Croix possédaient leur cimetière, mais les défunts de
la cité, y compris évêques et chanoines, continuaient
d'être ensevelis dans la nécropole gallo-romaine située
sur le coteau à la bifurcation des voies d'Autun et de
Langres; la tradition romaine s'était sans doute con-
servée grâce à l'abbaye de S. -Pierre qui, établie à
l'emplacement du cimetière antique, bénéficia du mo-
nopole des inhumations. Ce n'est qu'en 1284 qu'un
cimetière, avec une chapelle Notre-Dame, fut créé à
la Motte, à l'est de la cité; S. -Pierre dut reconnaître
son existence en 1301. En 1375 seulement, l'évêque
Nicolas de Vères obtint du pape l'autorisation pour les
évêques et les chanoines de se faire inhumer dans la
cathédrale; dès lors les laïcs aisés élirent aussi leur
sépulture soit à S. -Vincent, soit dans les différents
couvents ; le cimetière de la Motte servit à la sépulture
du commun jusqu'à 1778, date à laquelle les inhuma-
tions dans les églises cessèrent et où un nouveau cime-
tière fut aménagé plus loin de la ville.
2° Chapitres. — Le chapitre cathédral S. -Vincent
apparaît à la fin du ix® s. Dès la fin du siècle suivant,
chaque chanoine avait sa maison particulière; soumis
de nouveau à la vie régulière, sans doute depuis la
réforme grégorienne, le chapitre fut encore une fois
sécularisé à une date indéterminée après 1218. Le
nombre des chanoines, qui varia officiellement de
vingt à trente, fut en fait le plus souvent inférieur à
ces chiffres; le droit de collation aux prébendes appar-
H. — XII. — 10 —
C IIA L()\-SI' H-S A ONK
tenait au chapitre seul qui l'exerçait tantôt eu corps,
tantôt individuellement. Le chef du chapitre fut
d'abord le prévôt, qui disparut à la fin du s. (le pré-
vôt du cloître des xiii« et xiv« s. est un oflicier subal-
terne), puis le doyen ; ensuite venaient le chantre et le
trésorier. Les chanoines, astreints à fort peu de rési-
dence, se faisaient assister ou suppléer par quatre
prébendiers, deux sous-chantres, et des « choriaux » ou
prêtres habitués, dont le nombre à la fin du xV s. dé-
passait cinquante. La cure de S. -Vincent était unie au
chapitre et les fonctions curiales exercées par un cha-
noine, puis, à partir du xv^ s., par un vicaire perpétuel
amodiateur. Les rapports furent souvent tendus entre
le chapitre et l'évêque qui prétendit quelquefois au
droit de présentation aux prébendes ou à la juridic-
tion sur les chanoines. Le chapitre était sous la garde
royale, mais ses possessions, divisées en neuf vidamies,
relevaient du duc et non pas directement du roi.
L'église S. -Georges est citée dès 834; elle était pa-
roissiale sous le patronage de l'abbaye de S. -Pierre
lorsque Odard de Bourgogne, sire de Montaigu, y créa
en 1323 un chapitre auquel fut unie la cure, confiée
d'abord à un chanoine, puis à partir du xvii« s. à un
vicaire perpétuel. 1-e nombre des chanoines, théori-
quement de douze, puis de treize, plus le doyen, fut
toujours plus faible; il y avait aussi des choriaux.
3° Abbayes urbaines. - - L'abbaye bénédictine
d'hommes de S. -Pierre s'éleva d'abord sur le coteau au
nord-ouest de la ville, au milieu de la nécropole ro-
maine et probablement sur le tombeau d'un saint ])er-
sonnage. La tradition attribuait sa fondation à
S. Flavius, évèque au vi<= s., mais son existence n'est
formellement attestée qu'en 864, lorsque l'évêque
Gerbaud la réforma. L'abbaye fut sous la garde royale
jusqu'en 1285, date à laquelle le roi abandonna ce
droit au duc. L'essentiel de l'histoire du monastère
dans cette première partie de son existence consiste
dans la longue querelle qu'il soutint contre les évêques
au sujet du droit exclusif d'inhumation qu'il préten-
dait posséder, ainsi que nous l'avons vu, querelle dont
l'incident le plus violent se produisit en 1333 lorsque
les moines attaquèrent et dispersèrent à la sortie de la
ville le convoi funèbre de l'évêque Bertaut de la Cha-
pelle qui avait demandé à être enseveli dans son
village natal. Le 7 mai 1562 les protestants Sacca-
gèrent l'abbaye et expulsèrent les moines; elle fut
ensuite englobée dans la citadelle et transformée en
caserne, l'église rasée. On a des descriptions assez pré-
cises du monastère à cette époque, fortifié, avec une
grande église à deux clochers, riche en reliques et en
œuvres d'art. Les moines, après plusieurs asiles tem-
poraires, achetèrent des maisons au faubourg S. -Jean
en 1570 et y reconstituèrent leur abbaye; ils construi-
sirent une chapelle (consacrée en 1580), puis des bâti-
ments conventuels (1684-86), enfin de 1698 à 1713, sur
les plans du bénédictin dom Vincent Duchesne, une
église plus vaste, aujourd'hui paroissiale. L'abbaye
s'affilia à la Congrégation de S.-Maur en 1662. En 1768
il n'y avait plus que huit religieux, et quatre en 1790,
bien que les revenus n'eussent cessé de croître de la fin
du xvi« s. à la Révolution, atteignant près de
10 000 livres en 1768, car le domaine hors de Chalon
était très important.
Lancharre est un hameau de la commune de Cha-
paize, canton de .S.-Gengoux. Le monastère est cité au
début du XIII* s. avec le titre de prieuré. Malgré la
qualification de sanctimoniales ordinis Sancli Bene-
dicti donnée aux religieuses, ce fut plutôt pendant
toute la première partie de son existence un collège de
chanoinesses nobles; elles avaient chacune une maison
avec jardin et des domestiques. Depuis 1542 les archi-
prieures, comme on disait, étaient nommées par le roi
et toujours choisies dans la puissante famille du Blé
j d'Huxelles. Marie du Blé, nommée en 1611, procéda à
' une réforme complète du monastère. Ayant obtenu
l'autorisation de l'évêque et, grâce à son frère, gou-
verneur de la ville, celle de la municipalité, eUe
acquit des terrains à Chalon au faubourg S. -Jean et y
transféra le monastère conformément aux prescrip-
tions du concile de Trente (1626): puis elle rédigea une
constitution inspirée de la Règle de S. Benoît; l'évêque
approuva cette règle et donna à la prieure le titre d'ab-
besse (1638), ce qui fut approuvé par le pape en 1666.
Seize religieuses adoptèrent la réforme ; quelques-unes
seulement la refusèrent et restèrent jusqu'à leur mort
à Lancharre oîi subsiste une partie de l'église romane,
avec de belles pierres tombales des xiii" et xiv« s. La
vie du monastère demeura dès lors régulière et fer-
vente; il y avait vingt-sept religieuses à la fin du
xvii« s. Les abbesses furent en règle générale choisies
par le roi parmi les plus nobles familles de la région.
Les revenus s'accrurent, passant de 2 700 livres en
1667 à 13 400 en 1786. De Lancharre dépendirent les
deux prieurés de Puley et de La Chaux (voir Diocèse).
4° Autres établissements religieux. — Couvents
d'hommes. — Les carmes s'établirent au faub. S. -Jean
en 1324; les cordeliers, dans l'île S. -Laurent en 1451.
Les minimes furent appelés par Mayenne en 1595. Les
! capucins s'installèrent en 1604 à S. -Jean-des- Vignes,
1 aux i)ortes de la ville. Les oraloriens offrirent en 1624,
; sans résultat, de se charger du collège; ils créèrent
I néanmoins une maison qui devint en 1675 le séminaire
diocésain. Le collège, mentionné dès la fin du xv s. à
son emplacement actuel et dirigé par la municipalité
sous le contrôle du chantre de la cathédrale, fut cédé
en 1634 aux jésuites, grâce à l'intervention du prince
de Condé, gouverneur de la province, les protestants
et le parlement de Dijon ayant fait échouer toutes les
tentatives effectuées dans ce sens depuis 1608; après
l'expulsion des jésuites, le collège fut confié à un prin-
cipal laïc qui entra en conflit avec le Bureau, puis en
1784 aux prêtres missionnaires de S. -Joseph ou josé-
phisles de Lyon.
Couvents de femmes. — Un couvent de clarisses fut
fondé en 1328 au faub. Ste-Marie: la discipline s'étant
très relâchée, elles furent remplacées en 1611 par des
carmélites venues de Dijon. Les jacobines s'installèrent
en 1621 au faub. S. -André; les ursulines en 1627 (après
un échec en 1616) et les visiiandines en 1636 s'éta-
blirent au faub. S. -Jean.
5° Ordres militaires. — Les templiers avaient au faub.
S. -Jean une commanderie qui est citée depuis le début
du xii^' s. ; elle relevait du grand prieuré de Cham-
pagne et était le chef-lieu d'une « baillie » dont dépen-
daient huit maisons (voir Diocèse). Tout à côté
s'élevait une maison de l'ordre de S.-Jean de Jérusa-
lem ou de l'Hôpital, mentionnée en 1333, qui dépen-
dait de la commanderie de Bellecroix. Sa chapelle
était dédiée à Ste Croix et il ne faut pas la confondre
avec la paroissiale de ce nom. Malgré la cession en 1312
des biens de l'ordre du Temple à celui de l'Hôpital, les
deux établissements chalonnais restèrent distincts et
en 1646 le commandeur de Bellecroix céda le sien aux
religieuses de Lancharre.
6° Assistance. — Les hospitaliers de S. -Antoine de
Viennois, ou antonins, eurent une commanderie dans
la cité depuis 1240 environ; elle subsista jusqu'à la
suppression de l'ordre en 1777. Cinq douzièmes des
biens furent attribués à l'ordre de Malte, le reste au
chapitre cathédral. Il est à remarquer que les archives
de cette maison, transférées à la commanderie de
Pont-à-Mousson, sont actuellement aux archives de
Meurthe-et-Moselle.
Une léproserie ou Maladière, avec une chapelle sous
le vocable de la Madeleine, existait à 1 km. environ de
la cité, le long de la route de Chagny; elle était encore
2!)?.
r.HAI.ON-SUR-SAONE
20^.
utilisée comme telle au début du xvi« s. On la confond
souvent à tort avec l'hôtel-Dieu S.-Éloi, cité depuis le
xiii« s. et qui est peut-être le xenodochium dont Gré-
goire de Tours attribue la fondation à l'évêque S. Agri-
cole. Cet hôtel-Dieu se trouvait à proximité de la porte
septentrionale de la cité, sur la voie d'Agrippa. Il était
administré par un maître ou recteur. Lors de l'inva-
.sion suisse en 1513, il fut rasé avec une partie des
bourgs S.-André et Ste-Croix. Après un rétablissement
provisoire dans le même quartier, l'hôpital fut recons-
truit dans rUe S.-Laurent de 1528 à 1546 et administré
par la ville avec une communauté de » sœurs ser-
vantes » organisée en 1632 sur le modèle de celle de
l'hôtel-Dieu de Beaune.
'L'hôpital général, ou hospice S. -Louis, ou Charité,
destiné aux vieillards, aux orphelins et aux vagabonds,
fut projeté en 1682 par l'évêque. L'opposition de la
municipalité retarda la réalisation jusqu'en 1685;
situé au faub. Ste-Warie, il fut desservi par des reli-
gieuses d'un ordre spécial, puis par des sœurs de
S. -Vincent de Paul. Celles-ci, depuis 1660, adminis-
traient une œuvre fondée par des laïcs et appelée la
Providence.
IV. Monump;nts religieux. — Les bâtiments con-
ventuels du nouveau S. -Pierre, de Lancharre, des
cordeliers, des ursulines, des visitandines, datant du
xvii» s., subsistent presque intacts, ainsi que l'église
du Temple, du xiii" s., et la nouvelle église S. -Pierre,
très modifiée; il reste des parties importantes de la
chapelle des carmes (xv s.) et quelques vestiges inté-
ressants de Ste-Marie (xi«-xv^ s.); du premier S. -Pierre
demeurent deux bâtiments, surtout du xv s., dans
l'un desquels a été établie en 1852 une chapelle sur-
montée depuis 1873 d'une statue de la Vierge en exé-
cution du vœu fait par la ville en 1870. L'hôpital qui,
outre un bâtiment du xvi« s., encore tout gothique,
comprend des constructions de toutes les époques, a
perdu en 1854 son ancienne chapelle - grande salle
des malades, mais en conserve les vitraux (milieu du
xvi« siècle).
La cathédrale S. -Vincent paraît avoir occupé de
tout temps l'emplacement actuel contre le rempart
romain; son vocable est attesté dès le début du vi<^ s.;
tout ce qui a été dit au sujet d'un vocable antérieur et
sur les circonstances de son changement est hypothé-
tique ou erroné. La cathédrale est orientée au Nord-
Est, avec une brisure très nette de l'axe. Les deux
absidioles, les collatéraux voûtés d'arêtes, les croi-
sillons du transept presque entièrement recouverts de
berceaux brisés, les piliers et les grandes arcades du
chœur et de la nef sont romans et appartiennent au
type clunisien caractérisé par l'emploi fréquent de
l'arc et du berceau brisés et de pilastres cannelés (les
cannelures des piliers de la nef sont modernes); on
peut les dater du xii*" s. ; l'absidiole sud peut être du
xi«. Au xiii« s. on entreprit de reconstruire la cathé-
drale sur le même plan sans déambulatoire, mais avec
une plus grande élévation; l'abside tout entière et la
partie supérieure du chœur et de la croisée présentent
les caractères du gothique bourguignon du xiii« s. :
fenêtres étroites, galeries de circulation au-dessus du
triforium, têtes sculptées à la retombée des arcs; c'est
sans doute l'œuvre du doyen Artaud de Varennes vers
1230. Une seconde campagne commença au début du
XIV' s. ; sur la partie inférieure romane on construisit
alors le triforium de la nef, les fenêtres hautes et la toi-
ture; les voûtes entreprises à la fin du xiv s. furent
terminées en 1439. En 1460 commença la démolition
du clocher nord de la façade; en 1486 on replaçait les
cloches dans le nouveau clocher qui ne fut jamais
entièrement terminé et resta recouvert d'une toiture
provisoire; au Sud subsista un clocher très simple,
roman ou plus ancien, dont la flèche fut remplacée
I vers 1660 par un dôme à lanterne. A partir du début du
xv" s. jusqu'au xvr s., on construisit les chapelles laté-
rales et on multiplia les autels; le chœur, qui compre-
nait la croisée du transept, fermé en avant par un jubé
du xiii' s., fut clos des deux côtés par de petites cha-
pelles jointives du type des chantry chapels anglaises,
cas à peu près unique en France. La cathédrale fut
saccagée par les protestants en 1562; en 1778 les cha-
noines démolirent jubé, chapelles de la clôture du
chœur, autels, tombeaux; la Révolution détruisit ou
endommagea gravement les clochers. Les restaura-
tions du xix« s. furent souvent malencontreuses :
reconstruction des clochers de 1827 à 1844 dans un
style néo-gothique très contestable, réfection de cha-
piteaux, remaniements intérieurs exécutés sans goût.
Au nord de la cathédrale, l'ancien évêché, surtout du
xvii« s., possède encore une tour d'enceinte médiévale.
I Au Sud le cloître, morcelé à la Révolution, a été
I reconstitué; il présente encore trois galeries des xiv<=
î et xv^ siècles.
I V. Conciles. — Trois conciles rassemblèrent à Cha-
I Ion les évêques de tout un royaume mérovingien : celui
I de 579, convoqué par Contran, déposa les évêques
d'Embrun et de Gap; celui de 603, à l'instigation de
Brunehaut, déposa S. Didier, évêque de Vienne; le
troisième, réuni le 25 oct. d'une année indéterminée,
entre 643 et 652, par Clotaire II, promulgua vingt
canons de discipline ecclésiastique. Le concile réuni en
813 par Charlemagne fut l'un des plus importants de
la fin du règne; puis il n'y eut plus que des. synodes
provinciaux; celui de 873, rassemblé à S.-Laurent,
attribua à l'abbaye S. -Marcel cette église, reprise par
l'évêque de Chalon; celui de 894, tenu à S. -Jean de
Maizel, acquitta un moine accusé d'avoir empoisonné
l'évêque d'Autun Augier. Au xi« s., trois conciles pro-
vinciaux furent tenus par les légats pontificaux, en
1056, 1064 et 1072, ce dernier comprenant aussi des
prélats des provinces de Vienne et de Besançon; celui
de 1064 fixa les droits de Cluny à l'encontre de l'évêque
de Mâcon. D'autres conciles se tinrent à l'abbaye
S. -Marcel (voir ce nom).
La plus ancienne histoire de Clialon, De l'origine des
Bourgongnons... plus ilcs antiqiiilez d'Autun, de Chalon, de
Mascon... (Paris, 1581, in-fol.), par P. de Saint-Julien de
I Balleure, bien que publiant des documents, n'est plus utile
\ aujourd'hui que par une vue cavalière de la ville et le téinoi-
' gnage de l'auteur, doyen du chapitre cathédral, sur les évé-
nements contemporains. — L'ouvrage fondamental reste
celui du jésuite Cl. Perry, Hist. civile et ecclésiastique,
ancienne et moderne, de la ville et cité de Chalon (Chalon,
1659, in-tol.), rédigée dans un ordre strictement chronolo-
gique, mais bien informée. — L'illustre Orbandale ou l'his-
toire ancienne et moderne de la ville et cité de Chalon (Chalon,
1662, 2 vol. in-4'>), du minime L. Bertaut, prolixe et au plan
compliqué, n'est intéressante que par les documents qu'elle
donne. — Les histoires de V. Fouque (1844) et de l'abbé
L. Chaumont (1885; 2' éd., 1915) sont des compilations à
I peu près sans valeur.
; Les principales études relatives à l'histoire et à l'archéo-
j logie religieuses et donnant la plupart une bibliographie
] sont, dans l'ordre de la notice ci-dessus : P. Gras, Les forti-
fications et la topographie anciennes de Chalon, dans Mém.
de la Soc. d'hist. et d'archéol. de Chalon, xxx, 194,3. —
M. Canat, Précis concernant « le jeu et mistère de Monsieur
S. Sébastien », joué à Chalon-sur-Saône en 1497, dans Bull,
du Comité des travaux historiques, ii, 1850; P. Uesnard, Les
débuts de la Réforme et la confrérie du S.-Esprit à Chalon,
I .\utun, 1922, 19 p. — H. Batault, Notice hist. sur les hôpi-
taux de Chalon, Chalon, 1884, in-S"; Essai hist. sur les écoles
de Chalon, dans Mém. de la Soc. d'hist., vi, P« part., 1872;
Notice hist. sur l'abbaye des bénédictines de Lancharre, ibid.,
lu, 1'" part., 1851-5.3; P. Besnard, Recherches hist. sur l'ab-
baye de S.-Pierre de Chalon, Autun, 1910-12, 2 brochures in-
I 8°; Les cordeliers et les cordelières de Chalon, dans Revue
d'hist. franciscaine, iv, 1927, n. 4; Les capucins de Chalon,
ibid., VI, 1929, n. 1 ; Les processions à Chalon .lous l'Ancien
Régime, Autun, s. d., 36 p. — P. Gras, Les anciennes cha-
CHALON-SUR-SAONE
296
pellex de la. calhédralf S.-Vinrent. dans yifrn. de la Snc.
d'hisl.. xxxr. 1940.
II. DIOCÈSE. — I. Origines. II. Étendue et
circonscriptions. III. Liste des évêques. IV. Établis-
sements religieux.
I. Origines. — La tradition considère comme
apôtre du Chalonnais S. Marcel, martyrisé près de
Chalon dans le village qui porte aujourd'hui son nom,
compagnon de S. Valérien martyrisé à Tournus. Ses
.\ctes le rattachent à la persécution lyonnaise sous
Marc-Aurèle et sa mort se placerait donc en 177 ou peu
après. Certains passages incompréhensibles de cette
Passion semblent altérés ou interpolés, mais l'exis-
tence même du saint, objet d'un culte ancien dans
un grand nombre de diocèses, paraît incontestable.
Dans la Notitia dignitatum, au début du s., Chalon
est encore qualifié de castrum; la ville appartenait
Carte de l'ancien diocèse de Chalon-sur-Saône.
Léyende. du plan rte la ville. A, Cité; B, faubourg S. -Jean de Maizel avec ses deux enceintes du xiv» et du xv s.:
C, S. -André; D, Ste-Croix; E, La Massonnière; F, Ste-Marie; G, S. -Laurent; H, Les Eschavannes. — 1, cathédrale S. -Vin-
cent; 2, Les Antonins; 3, Collégiale S. -Georges; 4, Les Oratoriens; 5, Les Carmes; 6, Maison des Hospitaliers, puis abbaye
de Lancliarre; 7, le Temple; 8, nouvelle abbaye de S. -Pierre; 9, S. -Jean de Maizel; 10, les Ursulines; 11, les Visitandines:
12, Hôtel-Dieu S.-Éloi, puis .Jacobines; 13, Ste-Croix; 14, S. -André; 15, ancienne abbaye de S. -Pierre, devenue citadelle;
16, S. -Jean des Vignes; 17, Les Capucins; 18, Collège; 19, Chapelle de la Motte et cimetière; 20, les Minimes; 21, la Cha-
rité; 22, les Clarisses, puis les Carmélites; 23, Ste-Marie; 24, le nouvel hôpital; 2.">, S. -Laurent; 26, les Cordeliers.
297
CHALOiN-S
U R-SAO N E
298
donc encore à la cité d'Autun; l'existence de l'évêque
Donatien, mentionné vers 350 par des documents sus-
pects, est douteuse. Mais un fragment d'inscription,
gravée sur une chaire épiscopale de marbre dont on
possède quelques débris, paraît rappeler la consécra-
tion de cette chaire en 449 ; et vers 470 une lettre de
Sidoine Apollinaire mentionne l'évêque Paul comme
mort depuis peu ; ce serait l'un des premiers évêques,
sinon le premier.
Outre S. Marcel et S. Valérien, les saints propres du
diocèse sont d'abord les évêques Agricole, Sylvestre et
Loup, objets d'un culte ancien, puis Jean, Flavius et
Grat ajoutés au x« s. en même temps que les évêques
apocryphes Véran, de Cavaillon, et Tranquille, moine
cité par Grégoire de Tours. On considéra aussi comme
évêque S. Didier, ermite de Gourdon, dont Grégoire de
Tours montre le corps vénéré dès sa mort au vi« s. Tous
ces évêques ou considérés comme tels firent l'objet
d'une fête commune instituée en 1315. Le diocèse
honorait également comme saints le roi Gontran et
Gervais, diacre du Mans assassiné par des brigands sur
le territoire de Chalon en revenant d'un pèlerinage à
Rome, au v^ s. semble-t-il.
IL Étendue et circonscriptions. — Le diocèse de
Chalon, tel qu'il apparaît au milieu du Moyen Age,
s'étendait sur une partie des départements actuels de
Saône-et-Loire et de la Côte-d'Or et avait une forme
singulière. Outre un noyau de forme à peu près circu-
laire autour de Chalon, correspondant au pagus Cabi-
lonensis, il comprenait une antenne s'insérant le long
de la rive droite de la Saône entre les diocèses d'Autun
et de Besançon jusqu'à celui de Langres où elle se
fragmentait en trois enclaves; cette bande de terre
occupait une partie de l'Oscheret, ou pays de l'Ouche,
pagus Oscarensis. Aucune explication sûre n'a été
donnée de cette forme singulière. Le diocèse semble
avoir adopté le cadre d'une circonscription adminis-
trative ou militaire chargée d'assurer la surveillance
de la Saône sur une large partie de son cours, avec une
tête de pont en Bresse vis-à-vis de Chalon; l'extrémité
nord en aurait été morcelée par l'établissement posté-
rieur d'un couloir donnant passage à la route de Dijon
à S. -Jean de Losne. Mais on ignore complètement
l'époque de ces créations; le chanoine Chaume les
plaçait volontiers au i»' s. avant notre ère lorsque
Éduens, Lingons et Séquanes se disputaient le contrôle
de la Saône.
Le diocèse, 3"= de la province de Lyon, comprenait un
peu plus de 200 paroisses dont les principaux patrons
étaient l'évêque (plus de 60 cures), le chapitre cathé-
dral et l'abbaye S. -Pierre de Chalon (une trentaine
chacun); il n'y avait que quelques patrons laïcs. Jus-
qu'en 1189, le nombre des archidiacres cités dans les
textes ne dépasse jamais trois; depuis cette date, on
en trouve quatre. On ignore quand des circonscrip-
tions déterminées leur furent attribuées ; l'archidiaconé
de Chalon est mentionné pour la première fois en 1179,
celui de Bresse en 1185, celui d'Oscheret en 1113,
celui de Tournus en 1234 (toutes ces dates anté-
rieures à celles que donne Longnon dans les Pouillés de
la province de Lyon). Au-dessous des archidiaconés
étaient des archiprêtrés. Alors qu'on a la mention d'un
archiprêtré de Bresse dès 1130, les autres ne sont
connus qu'à partir de la fin du xii« et du début du
XIII» s. Leurs noms mêmes ne paraissent avoir été
définitivement fixés que dans le premier tiers du
xiii« s. C'étaient les archiprêtrés de la Montagne, de
Demigny, de Bresse et de Tournus, et le doyenné
d'Oscheret (doyenné étant le terme usité dans le
diocèse de Langres où l'Oscheret était en partie en-
clavé). Ces archiprêtrés ou doyennés correspondaient
chacun à un archidiaconé, sauf les deux premiers qui
se partageaient celui de Chalon. Au moment de l'éta-
blissement du premier pouillé connu, vers 1360, les
limites des différentes circonscriptions étaient les sui-
vantes : l'archidiaconé de Bresse comprenait toute la
rive gauche de la Saône, terre d'Empire; celui d'Os-
cheret, tout ce qui était au nord de la Dheune; celui de
Tournus, la partie du diocèse entre la Saône et la
Grosne et, en outre, le territoire compris entre cette
dernière rivière et le Droux, petit affluent de la Saône
à quelques km. en aval de Chalon, très court ruisseau
formé par la réunion de la Corne, de l'Orbize et de la
Thalie, et qui servit souvent de limite au Moyen Age;
on rencontre plusieurs fois dans les textes l'expression
inter Gronam et Derolum qui a embarrassé Longnon ;
l'archidiaconé de Chalon avait le reste du diocèse, la
limite entre l'archiprêtré de Demigny au Nord et celui
de la Montagne au Sud étant constituée par la voie
romaine de Chalon à Autun.
Vers 1670 apparaissent seize nouveaux archiprêtrés
qui se répartissent ainsi dans les quatre archidiaconés
dont les limites furent légèrement modifiées : Es-
barres et Les Maillys dans celui d'Oscheret; Tournus
et Brancion dans celui de Tournus; Chalon, Rully,
S. -Jean de Vaux, Jambles, Buxy, S.-Gengoux, Mont-
S. -Vincent dans l'archidiaconé de Chalon ; Ormes, Mer-
vans, Branges, Alleriot et Verdun dans celui de Bresse.
III. Liste des évêques. — Le catalogue contenu
dans un cérémonial du xiii« s., aujourd'hui perdu, se
révèle exact depuis la fin du 1x1= s., mais il est, pour la
période antérieure, dans un désordre complet, ne
donne pas certains évêques connus par ailleurs et en
renferme d'apocryphes comme S. Véran, Tranquille et
Didier; les évêques connus uniquement par ce cata-
logue sont donc douteux, ou au moins de date incer-
taine. En éliminant Donatien, la liste épiscopale peut
s'établir comme suit : Paul, mentionné, comme il est
dit plus haut, par Sidoine Apollinaire qui rapporte les
circonstances de l'élection de son successeur Jean,
vers 470. — Jamblique, Jamhjchus, évêque dont on
conserve la pierre tombale, n'était peut-être pas sur le
siège de Chalon, à moins que ce ne soit V Amblacus du
catalogue. — S. Sylvestre (probablement 490, t 532),
S. Agricole (532, t 580), S. Flavius (580, t après 591),
connus notamment par Grégoire de Tours. — S. Loup,
dont la date n'est pas assurée mais dont on possède
une Vie très simple dans laquelle il apparaît comme de
la même lignée que les évêques précédents et qu'il n'y
a nulle raison de repousser jusqu'au début de la
période carolingienne, comme le fait Besnard (la crosse
dite de S. Loup, conservée à S. -Vincent, est du
xiii« s.). — Anleslis, cité en 614. — Wadeliniis, évêque
qui possédait des biens à Chalon mais n'était peut-être
pas évêque de la ville. — Gelderinnus ou Gilderinus,
cité uniquement par la Vie de S. Grat comme prédé-
cesseur de celui-ci. — S. Grat, dont la Vie, tardive et
remplie d'anecdotes légendaires, n'a aucune valeur,
mais qui est connu par ailleurs, vers 650-54. — Didier,
persécuteur de S. Léger vers 670, n'était peut-être pas
évêque de Chalon. — A l'époque troublée de la fin des
Mérovingiens correspond une lacune où il faut peut-
être placer Legonce, Théodore et Agnibert, donnés
uniquement par le catalogue. — Les évêques certains
reparaissent seulement à la fin du vjii« s. : Hubert,
vers 779-90. — ■ Garnoul, Warnulfus, indiqué à cette
place par le catalogue. — Fova, vers 826-37. —
Milon, d'après le catalogue également. — Josseau,
Godesaldus, clerc du palais nommé par Charles le
Chauve, vers 849-62, ainsi que Gerbaud, Gerboldus,
vers 864-86, qui obtint de Charles le Gros que son
successeur serait élu par le chapitre. — Étienne, vers
887. — .\ndré, Ardradm, vers 890-920, appelé dans le
catalogue par une mauvaise lecture Axorantis, dont on
a fait à tort un autre évêque. — Stacteus, vers 922. —
Durand, indiqué ici par le catalogue. — Gibaud, Mil-
299
C H A JL U iN - S U R - S A 0 N E
300
deboldus, Gildebotdus, vers y3b-54. — Frogier, vers
960. — Hugues, Indiqué ici par le catalogue. — Raoul,
vers 977-84, le premier dont on connaisse la famille; il
était frère 'du comte I>ambert. — Lambert, vers 990-
94, parent sans doute du précédent. — Geoffroi de
Semur, vers 999-1039. — Gui, vers 1044-56. —
Achard, vers 1059-70. — Rodenus, vers 1072-78, qui
semble identique à Rodericus cité dans un diplôme de
Philippe I''' (Prou, n. 86). — AT)rès un intrus dont on
ignore le nom, installé par Philippe I'''' et déposé par
Grégoire VII, l'archidiacre Gautier de Couches — et ce
fut désormais la règle — fut élu par le chapitre, 1080-
1120. — Josseau, Jotsaldus, connu par des chartes non
ou mal datées, mais placé ici par le catalogue. — Gau-
tier de Sercy, vers 1129-57. — Pierre de S. -Marcel,
vers 1164-78. — Engilbert, vers 1179-82, se fit char-
treux. — Robert, vers 1185, t 1216. — Durand du
Puy, 1216, t nov. 1231. — (iuillaume de la Tour de
Chenôves — à tort appelé de Chevannes — juin 1231,
transféré à Besançon le 21 mars 1245. — Alexandre
de Montaigu, mai 1245, f déc. 1261. — Thibaut, 1263,
t déc. 1264. — Gui de Sennecey, 1265, j 19 mai 1269.
— Ponce de Sissey, 24 juill. 1269, t 14 févr. 1273. —
Guillaume du Blé, 1273, t 7 sept. 1294. — Guillaume
de Bellevêvre, 1294, t nov. 1301. — Robert de Dezize
(et non de Decize en Nivernais), nommé par Boni-
face VIII le 25 mai 1302 à la suite d'une élection
contestée où il était en minorité, mais après laquelle il
s'était rendu à Rome et avait résigné tous ses droits
entre les mains du pape; t fin 1315. — Bertaut de la
Chapelle de Villars, 1316-33.
Avec Hugues de Corabœuf, haut fonctionnaire
ducal (15 mars 1333, f entre mars 1341 et juin 1342),
s'ouvre une nouvelle période de l'histoire des évêques
qui furent désormais non plus élus, mais nommés
par le pape ; ce furent souvent des clercs du roi, du duc
de Bourgogne ou de la Cour pontificale, qui parfois
conservèrent leurs fonctions administratives et ne
résidèrent pas. Hugues de Corabœuf appartenait à la
noblesse locale; mais ses successeurs seront généra-
lement étrangers à la région. — Pierre de Chalon,
ancien maître des ports et passages du royaume,
26 juin 1342, f 15 mars 1345. — Jean Aubriot, haut
fonctionnaire ducal, 21 mars 1345, t 18 déc. 1350. —
Renaud Chauvel, dont on n'a connu longtemps que
le nom latinisé Chavelli, maître des comptes du roi,
3 janv. 1351, transf. à Châlons-sur-Marne le 2 oct.
1353. — Jean de Mello, 2 oct. 1353, transf. à Clermont
le 8 févr. 1357. — Jean l" Germain ou de Dixmont,
8 févr. 1353, transf. à Auxerre le 18 juin 1361. —
Jean de S.-Just, le maître bien connu de la Chambre
des comptes de Paris, 18 juin 1361, t 27 mai 1369. —
Geoffroy de Salagny, qu'on a dédoublé à tort en Jean
de Salorney et Guillaume de Saligny, 18 juin 1369,
transf. à Bayeux le 14 avr. 1374. — Nicolas de Vères,
12 mai 1374, t 8 nov. 1386. — Olivier de Martreuil,
29 janv. 1387, t 15 mars 1405, eut avec son chapitre un
conflit auquel mit fin — c'en est un des premiers
exemples — un arrêt du parlement de Paris. —
Étienne de Semur, doyen du chapitre, fut élu le
31 mars 1405 par les chanoines désireux de recouvrer
la liberté d'élection et qui s'adressèrent pour la confir-
mation au pape de Rome Innocent VIII; mais celui
d'Avignon, Benoît XIII, à l'obédience duquel le roi de
France s'était de nouveau rangé en 1403, nomma Jean
de la Coste, 6 avr. 1405, transf. à Mende le 10 mars
1408. — Phihbert de Saulx, 10 mars 1408, transf. à
Amiens le 14 avr. 1413. — Jean d'Arsonval, 14 avr.
1413. t 27 août 1416. — Hugues d'Orges, élu par le
chapitre sous la pression de la duchesse de Bourgogne,
le 3 sept. 1416, transf. à Rouen le 19 janv. 1431. —
Jean Rolin, nommé par le pape le 26 janv. 1431,
transf. à Autun le 20 août 1436. — Jean II Germain,
transf. de Nevers, 20 août 1436, t 2 févr. 1461, auteur
de nombreux ouvrages, chancelier de la Toison d'Or.
— Jean I" de Poupet, élu par le chapitre sur la
recommandation du duc et promu par le pape le
27 mai 1361, résigna en faveur de son neveu. —
André de Poupet, 14 juill. 1480, résigna aussi en
faveur de son neveu. — Jean II de Poupet, 11 déc.
1503, t 28 déc. 1531, inaugura le cumul du siège
épiscopal et d'abbayes tenues en commende. —
Antoine de Vienne nommé par le roi en vertu du con-
cordat, malgré les protestations des chanoines, le
23 févr. 1532, t févr. 1552. Louis Guillart, 16 oct.
1553, transf. à Senlis le 4 sept. 1560, ne résida pas, non
plus que ses deux successeurs, Antoine Erlault
(15 avr. 1561, t 28 sept. 1573) et Jacques Fourré
(16 nov. 1573. f 20 janv. 1578). — F>ontus de Thiard ou
Tyard, l'un des i)oètes de la Pléiade, 17 mars 1578,
chassé de la ville par les ligueurs, prit son neveu
comme coadjuteur en 1592 et résigna en sa faveur. — ■
Cyrus de Thiard, 24 janv. 1594, t 3 janv. 1624, présida
à la fondation de plusieurs maisons religieuses, sup-
prima la « danse des chanoines » et la fête des Inno-
cents, et fit adopter dans le diocèse le rite romain. —
Jacques de Neuchèze, 7 oct. 1624, t l*"' mai 1658,
continua la Contre-Réforme. — Jean de Maupeou,
31 juill. 1658, t 2 mai 1677, fonda le séminaire. —
Henri Staix, dit Henri-Féhx de Tassy, 18 juin 1677,
1 10 nov. 1711, défendit le curé de S. -Vincent accusé de
quiétisme, fut soupçonné de sympathies pour le jan-
sénisme et vit ses Ordonnances synodales saisies en
1701 comme « contraires aux libériez de l'Église
gallicane ». — François de Madot, 24 déc. 1711,
t 6 oct. 1753, publia la bulle Unigenilus, prit des
mesures contre les « appelants », entra en conflit avec
son clergé qui estimait trop sévère ses statuts syno-
daux. — Louis-Henri de Rochefort d'Ally, fin 1753,
t 14 juin 1772, ramena les fêtes chômées de 43 à 17 et
substitua dans la liturgie le rite parisien au rite
romain. — Joseph-François d'Andigné de la Châsse,
24 juin 1772, démiss, en 1781. — Jean-Baptiste du
Chilleau, sacré le 30 déc. 1781, fonda des écoles gra-
tuites, ne fut pas élu aux États généraux, les curés
du diocèse ayant monté une « cabale et complot »
contre le haut clergé; émigra en Suisse et ne démis-
sionna qu'en 1816. — A cette époque, il fut question
de rétablir l'évêché de Chalon supprimé en 1790 et un
titulaire fut même désigné, Paul-Ambroise Frère de
Villef rançon. — Un bref de 1853 a donné à l'évêque
d'Autun le titre d'évêque d'Autun, Chalon et Mâcon.
Les évêques de Chalon possédaient un domaine
important dont un des premiers éléments paraît être
une donation de S. Loup au vi« s. Il était constitué
essentiellement par « dix-sept villages » (dont plusieurs
n'étaient que des hameaux) situés pour la plupart au
nord de Chalon, relevant directement du roi (voir
supra, Chalon (Ville) : Histoire); les derniers vestiges
de leur indépendance ne disparurent qu'en 1561,
presque un siècle après la réunion du duché à la cou-
ronne; depuis le xvii" s., l'évêque s'intitula évêque-
comte de Chalon. Le domaine épiscopal comprenait
en outre des biens et des redevances dans un grand
nombre d'autres localités. Parmi les droits épiscopaux
figure la suzeraineté sur le duc de Bourgogne pour
tout ce que celui-ci possédait en Chalonnais (attestée
depuis 1218) et sur le comte de Tonnerre pour le
« parcours S. -Vincent » autour des Riceys (.\ube).
IV. Établissements religieux. — A la Révolu-
tion le diocèse comptait : cinq abbayes d'hommes :
S. -Pierre de Chalon (voir Ville); l'abbaye de cha-
noines réguliers de Tournus. ancien monastère béné-
dictin sécularisé en 1627; les abbayes cisterciennes de
Cîteaux, chef d'ordre, La Ferté et Maizières (voir ces
noms); deux abbayes de femmes : bénédictines de Lan-
c;UALUiN-SbK-SAUiNE —
charre (voir Ville), cisterciennes de Molaise (voir ce
nom). Les anciens pouillés donnent une longue liste de
prieurés; on peut y distinguer : les prieurés-cures,
églises paroissiales dépendant d'une abbaye, oîi la
vie conventuelle, si elle exista jamais, cessa très tôt,
et dont plusieurs furent « éteints » au xviii*' s. (tel
était S. -Laurent de Chalon); — les prieurés indépen-
dants, comme Lancharre avant son érection en ab-
baye, et Époisses (comm. de Bretenière, Côte-d'Or),
de l'ordre de Grandmont, connu depuis 1189, supprimé
en 1771 au profit du séminaire; — les prieurés pro-
prement dits, distincts des cures des paroisses dans j
lesquelles ils se trouvaient, tel le jjrieuré S. -Pierre de ;
Sermesse, prieuré de l'abbaye clunisienne de Baume, i
uni en 1513 au collège de S. -Jérôme de Uole (du '
diocèse de Besançon jusqu'au xvi'^ s., puis de Chalon),
non identifié par D. Cottineau; — enfin les anciens |
monastères indépendants soumis ensuite à d'autres
abbayes, comme S. -Marcel (voir ce nom), abbaye
mérovingienne agrégée à Cluny. Il faut y ajouter les
monastères disparus : Gourdon, où Grégoire de Tours
montre des moines réunis au vi" s. autour du saint
ermite Didier; les deux prieurés de femmes subor-
donnés à Lancharre, La Chaux (comm. de Cuisery)
et le Puley, cités depuis le xiii« s. et réunis à Lan-
charre, le premier au xiv» s., le second en 1615.
Il y avait : cinq couvents d'hommes, les récollets à
Tournus, les quatre autres à Chalon ; cinq de femmes,
tous à Chalon depuis la réunion en 1752 des ursulines
de S.-Gengoux à celles de Chalon. L'ordre de Malte
possédait deux commanderies : celle de Bellecroix
(comm. de Chagny), possession primitive de l'ordre de
S.-Jean de Jérusalem, dont dépendaient cinq maisons
parmi lesquelles le Temple de la Chapelle de Demi-
gny; celle de Chalon, venue de l'ordre du Temple,
dont dépendait huit maisons et à laquelle fut réunie la
commanderie des antonins de Chalon (voir Ville).
Les collégiales étaient : celle de S. -Georges de Cha-
lon (voir Ville), celle de Cuisery, fondée en 1348,
formée d'un doyen et de six membres portant le titre
de chapelains ou concurés — c'était donc plutôt un de
ces « méparts » que l'on trouvait dans la plupart des
bourgs, à Buxy dès 1263, à Givry, créé en 1485, à
Chagny, à S.-Gengoux. La collégiale de trois cha-
noines fondée vers 1270 à S. -Martin de Gâtinois,
transférée en 1301 à Allerey et portée à un doyen et
sept chanoines, disparut pendant la guerre de Cent
Ans.
Le grand séminaire fut installé en 1675 chez les ora-
toriens de Chalon; le petit séminaire fut créé à Tournus
en 1688 et réuni le plus souvent au collège municipal
de cette ville, jusqu'en 1699, puis de 1733 à 1742, puis
de 1766 à la Révolution. Les jésuites dirigèrent le
collège de Chalon.
Enfin, outre les hôpitaux de Chalon et de quelques
petites villes, toute une série de maisons-Dieu avaient
existé le long des vieilles routes, quelquefois loin des
agglomérations — ce qui les a fait souvent prendre
pour des léproseries — mais à un carrefour ou un
passage important : celle du Pont de Grosne (comm.
de Beaumont), disparue au xvi« s.; celles de Givry et
Rully, réunies en 1696 à l'hôpital de Chalon; celle de
Chagny, dont le pape Clément VIT en 1394 ordonnait
la restauration, comme « située sur le chemin qui
mène de Paris à Avignon »; celle de Marloux dont
l'histoire est bien connue grâce aux archives de Remi-
remont dont elle dépendait.
P. Besnard, Les origines et les premiers siècles de l'Église
chalonnaise, dans Mém. de la Soc. d'hist. et d'archéol.de Cha-
lon, xvri, 1920; xviii, 1922 (dont il parut une première ver-
sion inoiiis complète dans la Revue d'iiisl. de l'Ëi/tise de !
France, 1911). — J.-L. Bazin, Ilisl. des évéciues de Chalon,
dans Mém. de la Soc. de Chalon, xiv, l" part., 1914-17; xv, I
CllALU.NS-bUfl-MA H iN K
1918 (sûr seulement à partir du xv» s.; donne en tète du
t. I une carte du dioc. avec toutes les paroisses). —
Mlle M. Pellechet, Notes sur les livres liturgiques des dioc.
d'Autun, Chalon et Mâcon, Autun, 188.3, in-8°. — P. Gras,
Notes sur deux pouillés du dioc. de Chalon publiés par Lon-
gnon, dans Mém. de la Soc. de Chalon, xxx, 1943. —
Mme C. Dickson, Les églises romanes de l'ancien dioc. de
Chalon, Mâcon, 1935, in-8''. — Mlle Y. Fernillot, Les
églises gothiques de l'ancien dioc. de Chalon, dans École
nationale des chartes. Positions des thèses de la promotion
1946. — Chan. L. Ravenet, L« 7iiaison-/)i«ii (/p Notre-Dame
de Marloux, Aiitun, 1945.
1'. Gkas.
CHALONS (Aubeut oe), O. P., inquisiteur de
France de 1330 à 1332. Son activité est connue par
diverses bulles de Jean XXII (éd. J.-M. Vidal,
ISullaire de l' Inquisition française an SiV" s., Paris,
1913). Sa probité paraît suspecte, car le pape intervint
exceptionnellement en faveur du chirurgien Anselme
de Gènes et d'un clerc auxerrois, mis indûment en
prison sous faux prétexte d'hérésie et de sorcellerie et
délivrés de geôle après avoir encouru d'injustes et
lourdes peines, et même sous promesse de ne rien
révéler des iniquités qu'ils avaient souffertes. L'offîcial
de Paris était, il est vrai, pareillement compromis dans
l'affaire.
G. MOLLAT.
CHALONS-SUR-MARNE. — l. VILLE.
— 1. Origine et histoire sommaire. IL Établisse-
ments ecclésiastiques. III. Événements religieux.
I. Origines et histoire sommaire. — - La cité de
Chàlons était à l'origine une simple bourgade du pays
des Rèmes : Durocatalaunum ou Catalaunum (Reims,
la ville des Rèmes, s'appelait Durocortorum Remorum).
On suppose qu'elle fut fondée au i" s. de notre ère;
elle ne fut transformée en municipe distinct que sous
l'empereur Aurélien, sans doute après la victoire que
celui-ci remporta sur les troupes de l'usurpateur Te-
tricus, près de Châlons, en 273. C'était un « gîte
d'étape » à l'endroit où la route de Boulogne à Langres
traversait la Marne et ses aflluents, le Nau et le Mau,
sur un pont dont on a retrouvé les fondations. Cette
route y rencontrait une autre voie qui, par Autun,
Auxerre et Troyes, menait également du centre de la
Gaule vers la Bretagne. Châlons fut très probablement
entourée d'une enceinte à la fin du in« ou au début du
iv» s., mais le tracé de cette muraille n'a pu être déter-
miné jusqu'ici d'une manière satisfaisante. Les rives
de la Marne étaient jadis très marécageuses.
Au iv« s., les nécessités militaires exigent un regrou-
pement des circonscriptions administratives de l'Em-
pire : Châlons fut détachée de la civitas de Reims dans
la première moitié du iv^ s. et érigée en civitas indé-
pendante. La Notifia Galliarum la signale comme
étant la troisième des douze cités de la Belgique
seconde. On suppose cjue la nouvelle civitas fut consti-
tuée par démembrement des cités des Rèmes et des
Tricasses : on jugeait sans doute que la distance était
trop grande entre Troyes et Reims pour organiser la
défense contre les Barbares; or Châlons constituait un
précieux point d'appui sur le cours moyen de la Marne.
Le territoire de la civitas Catalaunensis s'étendait à
l'Est jusqu'au Perthois et au Sud-Est jusqu'en amont
de S.-Dizier.
La cité elle-même était une importante ville de gar-
nison où étaient cantonnés, au début du iv« s., des
cavaliers dalmates. C'était aussi un endroit de repos
pour les troupes de Bretagne. Ammien Marcellin, qui
connaissait l'importance militaire de la cité, en parle à
deux reprises. Vers 450, Châlons vit passer non loin de
ses murs les hordes d'Attila (épisode de S. Alpin).
M. Vercauteren - - à qui nous empruntons de nom-
breux éléments de cette notice — estime (ju'à partir du
Bas Empire la superficie de Châlons était de 6 à
303
CHALONS-S
UR- MARNE
304
7 ha. (alors que celle de Reims était de 20 à 30 ha.)- H
est probable que la cité de Chàlons fut soumise par les
Francs peu après la prise de Reims, c.-à-d. vers 486.
Après le décès de Clovis, en 511, elle fit partie du
royaume d'Austrasie de Sigebert I", et elle resta
austrasienne après la mort de ce souverain (575)
puisqu'en 581 Brunehaut en était encore maîtresse.
Grégoire de Tours en parle une fois seulement et la
nomme urbs Calalaunensis {De gloria confessorum,
Lxvi); mais il emploie à plusieurs reprises l'adjectif
Calalaunensis en parlant de l'évêque ou d'un diacre de
la cité. La ville avait quelque importance : c'est là que
Thierry I" réunit des légistes pour recueillir et coor-
donner la Loi des Francs ripuaires.
L'histoire de Châlons durant les longues guerres
dynastiques du vi'^ s. nous échappe complètement.
On sait toutefois qu'il y avait dans la cité, à l'époque
mérovingienne, un atelier monétaire. La plupart des
pièces trouvées qualifient Châlons de civitas; une seule
l'appelle caslrum, ce qui laisse entendre que la ville
avait conservé son enceinte du Bas Empire.
On ne sait rien des églises que comptait la cité de
Châlons avant les v et vi^ s.; Grégoire de Tours
signale l'existence d'une basilique dédiée à S. Memmie
et située en dehors des murs. Il est possible que l'église
S. -André, consacrée depuis 860 à S. Alpin et sise éga-
lement dans le subitrbium, existait déjà au v« s. Ce
suburbium, qui s'étendait à l'est de la cité, semble
avoir été l'endroit oiî furent construits les premiers
établissements religieux de Châlons... On ignore si, au
v« s. déjà, la cité comptait une église urbaine; la tradi-
tion qui attribue à S. Alpin la construction, à l'empla-
cement de la cathédrale actuelle, d'une chapelle dédiée
à S. "Vincent, est incontrôlable et sans doute sans
valeur. Au viii^ s., on érigea dans le suburbium, à côté
des basiliques S. -André et S. -Memmie, une chapelle
qui devint par la suite N.-D.-en-Vaux.
La cité échappa aux désastres que les invasions
normandes accumulèrent dans la Francia. En 887-88,
les Normands s'approchèrent de la cité, mais ne
l'attaquèrent pas, sans doute parce que ses murailles
romaines leur parurent trop difficiles à emporter. Mais
la cité eut beaucoup à souffrir au x« s. des guerres con-
tinuelles que se livraient les grands de la région : elle
fut brûlée deux fois; les évoques Bovon II et Gibuin
eurent à relever ses ruines.
Cependant l'activité commerciale prit à Châlons un
rapide essor. Au ix"' s. la ville en est au stade de l'éco-
nomie domaniale. Mais un diplôme tend à démontrer
que l'économie-argent n'avait pas complètement dis-
paru à cette époque : le 22 nov. 865, Charles le Chauve
établit à Châlons un atelier monétaire à la prière de
l'évêque Erchenraus. Au siècle suivant, la foire an-
nuelle est signalée dès 963; au xi« s., les faubourgs
étaient peuplés de boutiques et d'auberges. A cette
époque, le suburbium n'est plus une région exclusi-
vement rurale. Vers 1050 l'évêque Roger II obtint de
Eudes II, comte de Champagne, la promesse qu'au-
cune fortification ne serait construite dans un péri-
mètre de huit lieues autour de la cité : c'était sans
doute pour rassurer les marchands et les paysans qui
peuplaient les suburbia.
On suppose qu'aux ix« et x" s. le nombre des
hommes libres vivant dans la cité était très restreint.
Les non-libres étaient soumis à l'autorité de l'évêque :
une déclaration du temporel de l'évêché de Châlons,
fournie au roi Charles VI le 12 mars 1383, nous fait
connaître les taxes que l'évêque percevait sur ses serfs
et hommes de corps.
Dès la seconde moitié du xi« s., le territoire de Chà-
lons et de ses faubourgs était partagé entre quatre ju-
ridictions qui, au siècle suivant, donneront naissance
aux quatre bans ou « seigneureries » qui dureront jus-
qu'à la fin de l'Ancien Régime : le ban de l'Ile ou de
l'abbaye de Toussaints, le ban de S. -Pierre ou de l'ab-
baye S.-Pierre-aux-Monts, le ban des Clercs ou du cha-
pitre de S.-Étienne, le ban de l'évêque-comte de
Châlons.
Des deux abbayes que nous venons de citer la plus
importante était celle de S.-Pierre-aux-Monts, située
à l'est de la cité, dans le suburbium. La tradition lui
attribue une origine fort ancienne, mais aucun texte
authentique n'en fait mention avant le début du
xi^ s. Un diplôme délivré par le roi Robert II en 1028,
et qui confirme des donations faites à S. -Pierre par
l'évêque Roger, est le premier document qui nous
apprenne quelque chose de positif sur le compte de
cette abbaye. Elle reçut en 1028 tout le quartier ou
burgus situé dans le suburbium autour de l'abbaye;
dans la cité, elle entra en possession de l'église S. -Al-
pin, avec les maisons voisines, d'un four et d'un mou-
lin. A ces libéralités, l'évêque ajouta encore le tonlieu
qui se percevait au marché tenu dans le cimetière de
S. -Alpin. En 1043 un diplôme d'Henri I" confirma
l'abbaye dans la possession de ses biens et y ajouta
l'église S. -Germain, trois moulins situés dans la cité et
presque toute la partie du suburbium sise entre N.-D.-
en-Vaux et S. -Pierre. Tout cela formait une immense
propriété. L'abbaye fut restaurée au début du xi« s.
Elle était à ce point entourée de maisons et de cons-
tructions diverses qu'elle constituait une vraie petite
agglomération au milieu du faubourg. Afin de la proté-
ger efficacement, elle fut entourée d'une enceinte et,
dès l'an 1028, cette agglomération porte le nom
caractéristique de burgus. L'abbaye tenait une place
éminente dans le diocèse. Les moines instruisaient la
jeunesse. En 1700, on y trouvait vingt religieux, mais
il n'y en avait plus que quatorze en 1789. Le cardinal
de Richelieu, qui en était l'abbé commendataire, y
avait introduit la réforme de S. -Vanne en 1627.
Aujourd'hui, les bâtiments sont devenus une caserne
(Annales S. Pétri Calalaunensis, dans M. G. H., SS.,
XVI, 488-90; G. Robert, Le temporel de S.-Pierre-aux-
Monts en 13S4, dans Nouvelle revue de Champagne et de
Brie, 1929, p. 154; Jean-E. Godefroy, Les bénédictins
de S.-Vanne et la Révolution (nombreuses références);
Drouet, Note sur les abbayes de S.-Pierre-aux-Monts et
de Toussaints, dans Congrès archéol. de France,
1865, p. 271).
L'abbaye de Toussaints, située au nord de la civitas,
dans une petite île, fut fondée vers le milieu du
XI'' s. et dotée par l'évêque Roger II. Une charte de
1062, qui confirme sa fondation, énumère aussi ses
propriétés; elles consistaient en terres, en maisons,
en moulins situés dans les faubourgs de l'Ouest et du
Nord; la charte y ajoutait des redevances à percevoir
sur les auberges de ces suburbia. Un diplôme du roi
Philippe 1'=', délivré avant le 4 août 1065, céda en
outre aux moines la dixième partie des taxes levées
au marché de Châlons. Roger II avait fait venir des
chanoines réguliers; il la plaça sous les vocables de
Notre-Dame et de Tous-les-saints. Les évêques de
Troyes portèrent constamment un grand intérêt à
cette maison : l'évêque Hatton lui céda une cure de
son diocèse. C'était une abbaye très riche. Cinq
prieurés en relevaient. Les moines étaient fréquem-
ment en conflit avec le chapitre de la cathédrale :
cette hostilité latente donna lieu en 1344 à une scène
scandaleuse au cours de la procession traditionnelle du
mardi de la Pentecôte. Le pape excommunia l'abbaye,
sentence qui ne fut levée qu'en 1350. En 1392, l'ab-
baye, située alors extra muros, fut brûlée par les An-
glais; elle fut reconstruite en 1544 à l'intérieur de la
cité. La réforme y fut introduite en 1644 : elle fut
rattachée à la congrégation de Ste-Geneviève (abbé
Lalore, Chartes de Toussaints; chan. Prévost, Le dio-
305
CHALOiNS-S
UR-MARNE
30G
cèse de Troyes, i, 1923, p. 74; U. Robert, Charte de
S. Bernard, dans Bibl. de l'École des chartes, xxxviii,
1876, p. 238).
Le chapitre de S.-Étienne partageait avec l'évêque
et les deux abbayes précitées la juridiction de la ville.
Nous avons déjà vu l'origine et le développement de
sa puissance.
Nous avons dit également comment l'évêque avait
acquis l'ensemble des pouvoirs comtaux dans sa cité
épiscopale et nous avons décrit cette « absorption du
comitatus par l'episcopatus » qui se produisit vers la fln
du x« s. Le « ban de l'évêque » comprenait la portion du
territoire de la ville correspondant à l'ancienne civitas
gallo-romaine. A l'intérieur de celle-ci, l'évêque exer-
çait seul les droits régaliens. Afin de pourvoir à l'admi-
nistration de la cité, il déléguait l'exercice de son pou-
voir temporel à un vidame. L'existence de cet ofTicier
est certaine, dès 1062 au moins. L'évêque lui abandon-
nait certains droits utiles, notamment une partie des
taxes de formariage et de mainmorte levées sur les
serfs, ou hommes de corps épiscopaux.
Quelle fut, dans leur cité épiscopale, la politique des
évêques de Châlons? Nous connaissons seulement leur
attitude à l'égard du mouvement communaliste, sans
pouvoir dire, d'ailleurs, si cette attitude fut constante :
vers 1146, l'évêque Gui s'oppose à l'établissement
d'une commune à Châlons, sous prétexte que des
droits régaliens lui ont été délégués (cf. Mlle Maillet,
Les classes rurales dans la région marnaise, S.-Dizier,
1921, p. 66). Luchaire cite une déclaration d'un
évêque de Châlons qui se réjouit de constater que « la
fraternité frauduleuse » des bourgeois de sa cité n'a eu
qu'une existence éphémère (Les communes, Paris,
1890, p. 240; voir aussi : P. Pélicier, Deux lettres de
l'an 1255 relatives à V intervention de S. Louis dans les
démêlés de l'évêque avec les bourgeois de Châlons, dans
Mém. de la Soc. d'agriculture, sciences et arts de la
Marne, 1892, p. 23). En matière sociale, Philippe VI
contesta aux évêques de Châlons le principe d'une
autorité sur les collèges d'artisans, mais les évêques
n'abdiquèrent jamais leurs prétentions à cet égard
(cf. Coornaert, Les corporations en France avant 1789,
Paris, 1941, p. 98). Ils faisaient bénéficier les pauvres
d'une immunité fiscale sur le marché de la ville
(cf. A. de Barthélémy, dans Rev. de Champagne et de
Brie, 1882, p. 504). La juiverie de Châlons fut, elle
aussi, une cause de conflit entre la royauté et les
évêques de Châlons. Ceux-ci prétendaient que les
Juifs étaient leurs hommes et, à ce titre, revendi-
quaient leurs biens, confisqués au xiv" s. au profit du
trésor royal. Un procès était pendant en 1314 au par-
lement de Paris. Dans le dessein, sans doute, de par-
venir à un arrangement, Philippe le Bel fil, à cette
date, donation à l'évêque du cimetière juif de Châlons
(cf. Rev. des études juives, ii, 72 et xviii, 269).
II. Établissements ecclésiastiques. — - 1° Les
églises. — Il semble bien que les églises suburbaines
soient plus anciennes que la cathédrale de la civitas.
La basilique S.-Memmie, dont Grégoire de Tours si-
gnale l'existence dans le suburbium, ne se trouve pas
parmi les treize églises que comptait Châlons à la
veille de la Révolution, comme en 1362 (cf. un docu-
ment pontifical de cette date publié dans Rev. de
Champagne et de Brie, 1881, p. 365). En revanche,
S. -André s'y retrouvait, mais sous le vocable de
S. Alpin : reconstruite au xii« s., cette église est tou-
jours debout, avec son chevet du xvi« et ses beaux
vitraux (Mgr Hurault, Les vitraux de S.-Alpin, s. d.).
— L'église S. -Jean est actuellement la plus ancienne,
avec sa nef qu'on date du milieu du xp s.; sa façade
occidentale est du xi\'*. — N.-D. -en-Vaux, la plus
belle, possédait, avant la Révolution, cinq flèches et,
malgré l'amputation qu'elle a subie, elle reste un ma-
gnifique chef-d'œuvre de l'art champenois, fortement
influencé par les écoles rhénanes. En 1107, une bulle
de Pascal II la qualifie « église et paroisse »; elle for-
mait alors un édifice roman, qui se retrouve pour
partie dans l'édifice actuel; au milieu du xii« s., elle
fut reconstruite; dans sa forme nouvelle, elle servit de
modèle pour voûter le chevet de S.-Remi de Reims
(cf. L. Demaison, Les chevets de N.-D. de Châlons et de
S.-Remi de Reims, dans Bull, archéol., 1899, p. 84 sq.;
Richard Hamann, Geschichte der Kunst, Berlin, 1933,
p. 204, en donne une excellente photographie). Le
chœur, comme dans les églises de l'école germanique,
est cantonné par deux clochers; l'église possède un
carillon important. On a relevé des influences nor-
mandes dans l'architecture de ce monument (cf. M.
Anfray, L'architecture normande, son influence dans le
nord de la France aux x/« et xii" s., Paris, 1939 et
discussion de cette thèse dans La Semaine religieuse
de Châlons, 21 oct. 1949 et 18 nov. 1949). Les verrières
racontent la vie de S. Jacques. N.-D. -en-Vaux était
desservie par un collège de chanoines, qui ne furent
jamais plus de dix : en 1114, ils étaient six; en 1159,
Alexandre III permit d'en augmenter le nombre
(chan. Hubert, N.-D. -en-Vaux, Épernay, 1941). Ils
étaient très fiers d'avoir la garde du « Saint Nom-
bril ». Quand Noailles supprima cette dévotion bizarre,
il se heurta à une vive opposition : un mémoire des
chanoines protestant contre cette mesure fut imprimé
et distribué (1707). — La cathédrale, dédiée à S.
Étienne, fut consacrée par le pape Eugène III en
1147, mais elle fut presque entièrement reconstruite
de 1230 à 1280 (V. Mortel et P. Deschamps, Recueil
de textes relatifs à l'histoire de l'architecture, ii, 109-11).
Elle n'a certes pas la réputation de ses sœurs de
Reims, Beauvais, Coutances ou Chartres, mais elle
n'est pas sans beauté (cf. Mlle G. Maillet, La cathé-
drale de Châlons-s.- Marne, Paris, 1946).
Des autres églises châlonnaises, sept furent suppri-
mées, vendues et détruites sous la Révolution : Ste-
Catherine, S.-Éloi, Ste-Marguerite, qui se trouvaient
toutes les trois dans la même rue, S.-Sulpice, S. Ni-
caise, S. Antoine (cf. une note sur cette église dans
Rev. de Champagne et de Brie, 1886, p. 239), La Trinité,
collégiale qui n'était séparée de la cathédrale que par
une ruelle (cf. L. Grignon, L'ancien orgue de l'église de
La Trinité, ibid., 1882, p. 311). Il y avait donc deux
collégiales à Châlons; il fut un temps où il y en avait
une troisième : S. -Nicolas, mais elle fut réunie à La
Trinité au xiii« s. (L. de Barthélémy, Diocèse ancien de
Châlons, i, 118). Une autre église, S. -Germain, située
à proximité de Notre-Dame et de S.-Alpin, avait été
supprimée, d'accord avec l'évêque, quelques années
avant la Révolution (cf. L. Grignon, Reliques des
églises S.- Germain et S. -Antoine, dans Rev. de Cham-
pagne et de Brie, 1881, p. 387). Sauf La Trinité,
c'étaient des édifices peu importants. Des « treize »
églises de naguère, il ne reste donc que la cathédrale,
Notre-Dame, S.-Alpin, S. -Jean, et S. -Loup, érigée
en paroisse en 1245 — l'édifice actuel a été commencé
vers 1400 (cf. L. Grignon, Historique et description de
l'église et paroisse S.-Loup de Châlons-sur-Marne,
ibid., 1880, p. 150). La construction récente de Ste-
Pudentienne ne peut, de toute évidence, compenser
les pertes. On a découvert récemment des vestiges de
l'église S.-Sulpice (cf. La Croix de Paris, du 30 nov.
1946).
Les églises de Châlons sont riches en beaux vitraux.
Nous avons signalé ceux de S.-Alpin, dont l'un montre
le curieux symbole de la « Vierge à la Fontaine » (cf.
M. Vloberg, La Vierge, notre médiatrice, p. 141). Ceux
de la cathédrale ont été « découverts » aux alentours de
1900. Le plus remarquable est celui qui représente la
« Vision du prêtre Lucius » (cf. G. Maillet, Les vitrauxde
307
} 1 A H ) i\ s- S LJ K- M A K N )■.
;;u!S
Châlons, Châlons, 1925; un vitrail représentant 1
l'église se trouve rei)roduit dans le livre de P. Ladoué, \
Clochers, p. 121; un autre, qui montre la synagogue
portant la couronne d'épines, instrument du supplice
de Jésus, est l'objet d'une note dans la Rco. des
études juives, xlvii, 189). Les vitraux sont pour la
plupart des vitraux romans (cf. Les vitraux romans
de la cathédrale de Châlons, dans La Semaine religieuse
du 2 dée. 1949).
2» Religieux. — Nous avons parlé des aljbayes de [
l'oussaints et de S.-Pierre-aux-Monts; c'étaient les
deux maisons les plus importantes, qui abritaient,
l'une des auguslins. l'autre des bénédictins.
Abbés de Toussaints (d'après Barthélémy). - - Haine- ■
vard, 1047. Odoii, 1092. - Orbert, li21. - Eus- i
tache, 1128. — Kainibaud. li;{5. Pierre I". 114.'). !
.Jacob 1", 1148. — Hugues-Hoger, 1174. - iMilon,
1196. — Jacob II, 1202.— Gérard, 1213. Pierre II,
1235. — Guillaume I", 1259. — Clarin, 1280. — Pierre
Eistres, 1299. — Henri-Gauthier, 1300. — Égide,
1323. — Pierre d'Antre, 1344. — Ferry de Beauseys,
1369. — Pierre IV, 1373. — Robert, 1373. — Michel,
1384. — Guillaume Braux, 1419. — Nicolas de Mailles, 1
1433. — Michel Joly, 1461. — Jean le Marmel, 1483. '
— Jacob Lambesson, 1521. — Claude de Godet de Fa-
rémont, 1557. — Antoine Trusson, 1574. — Louis de j
Clèves, 1609. — Jean de Clèves, 1619. — Charles j
de Clèves. — Charles Édeline, 1631. — J. Lescot, 1656. '
— Antoine Talon. — Arthur Talon. — Joseph Élian,
1720. — Panage le Maître de Paravis, 1768. — N. de
Chamillard, 1789.
Abbés de S. -Pierre (d'après Barthélémy). — Richard,
t 1060. — Odilard, 1070. — Lambert, 1099. — War-
nier, 1106. — Widon,1110. — Benoît, 1118. — Raoul,
1129. — Hugues, 1140. — Louis, 1166. — Thomas,
1187. — Pierre de Briei, 1192. — Guillaume-Roland,
1213. — Jacob I", t 1298. — Walcher. — Jacob II. —
Nicolas de Saint-Germain, 1240. — Théobald I", 1266.
— Nicolas II. — Théobald II, 1287. — Jacob de Join- j
ville. — Othon de Poitiers. — Gérard de Podion. — I
Jean Charpentier, 1377. — Hugues de Villeneuve, ,
1403. — Jean de Triancourt, 1421. — Thomas de
Bruères, 1446. — Jacob Noisette, 1492. — Guillaume
Piédieu, 1500. — Pierre Ganisson, 1531. — Jérôme
Bourgeois. — Cosme Clausse, 1572. — Richelieu. —
Bichi, 1657. — Mazarin. — Pierre de Beauvilliers. —
Saint-Aignan, 1664. — Paul de Beauvilliers, 1671. —
Guillaume de Furstemberg. — François de Val-
pergue de Mazin, 1680. — N. de Raigecourt, 1738-89.
L'ordre de Cîteaux avait une maison-refuge à Châ-
lons, qui porte, aujourd'hui encore, le nom bizarre de
Haute- M ère-Dieu; elle appartenait à l'abbaye de
Haute-Fontaine. L'évêque Guillaume du Perche
(1210-26) attire en 1219 les dominicains, en 1224
les cordeliers, en 1225 les trinitaires (ou mathurins); ce
fut dans le couvent des dominicains que se donnèrent,
au xv« s., les représentations des mystères qui étaient
très en vogue à Châlons; ce fut aussi dans cette maison
que se tinrent les séances de la chambre du parlement
de Paris transférée à Châlons en 1590-91, puis, jus-
qu'en 1612, celles du présidial. Le couvent comptait
huit religieux en 1789.
Les cordeliers n'étaient que cinq à la même date;
leur maison dépendait de la custodie de Reims, et non
de la custodie de Champagne (cf. Rev. d'histoire fran-
ciscaine, 1926, p. 233). Dès l'année 1225, l'évcque avait
chargé les mathurins de desservir un hôpital situé hors
de Châlons, entre l'abbaye de Toussaints (alors dans
une île) et l'église S.-Sulpice. Ils furent placés tout
d'abord sous la dépendance de l'abbé de Toussaints,
([ui leur cétla l'hôpital, la cha|)elle, le cimetière el le ;
clos où ils s'installèrent. A la suite de difficultés, leur
maison fut déclarée indépendante en 1257. Leur cou- 1
vent fut à peu près rase au temps des guen'es de
Charles-Quint. Ces religieux faisaient partie d'un
ordre qui se consacrait au rachat des captifs en Barba-
rie. Notons à ce propos que, venant de Marseille, les
processions de captifs libérés passaient par Châlons
(cf. Motte, L'Église et les prisonniers, Paris, 1942,
p. 32). L'un de ces religieux, le P. Bazire, publia en
1668, sous le titre : Tableau de piété envers les captifs, la
relation d'un voyage à Tunis et à Alger, fait en 1666 et
1667 (cf. L. Grignon, dans Rev. de Champagne et de
Brie, 1887, p. 194). Sur le couvent des mathurins (ou
trinitaires) de Châlons-s. -Marne, on peut consulter La
Croix, du 6 févr. 1947. - Les ermites de S.-Augustin
s'étaient installés en 1292 : leur couvent était situé
presque à l'extrémité des rues de Chastillon et des
.\ugustins. 11 y avait encore six religieux et un frère
convers en 1790. Les templiers possédaient, depuis
le XIII» s., un établissement dit « la maison de Rhodes «,
entièrement soustrait à la juridiction de l'évêque. Ils
possédaient également une foulerie, qui fut l'occasion
de nombreux litiges. — Des frères hospitaliers dits
Rillettes étaient établis à Châlons depuis l'épiscopat de
Guy de Joinville (1164-90). Après avoir été soumis à la
règle de S. François, ils adoptèrent la règle de
S. Augustin. Ils disparurent en 1641. — La même
année fut supprimée une communauté très curieuse,
celle des moines mariés. Il s'agissait, en réalité, d'une
sorte de tiers ordre, dont les membres soignaient les
aveugles. — Les récollets (ou frères mineurs de l'étroite
observance) s'étaient installés en 1610, sous l'épiscopat
de Cosme Clausse. Dans la seconde moitié du xvii« s.,
leur maison abritait un peintre de talent, le frère Luc,
qui vécut ensuite au Canada et dont on a plusieurs
toiles à la chapelle de l'hospice de Sézanne. En 1789,
elle comptait 11 religieux. Leur maison, bâtie au
xviiF s., fut occupée depuis l'an XIII jusqu'en 1945
par les religieuses de la congrégation N.-Dame (J. Ché-
non. Les treize couvents du vieux Châlons, dans Alma-
nach Matot- Bruine, 1929, p. 323). — Sous l'Ancien
Régime, il y avait à (Châlons un prieuré S. -Joseph :
les bénédictines qui l'occupaient dépendaient de l'ab-
baye d'Avenay (cf. chan. Lucot, Le prieuré conventuel
des bénédictines de S.-Joseph (1614-1788) et la maison
de S.-Joseph de Châlons, d'après des documents origi-
naux, Châlons, 1889.
3° Établissements hospitaliers. — Selon une tradi-
tion, il n'y aurait pas eu moins de quinze hôpitaux à
Châlons. Il est certain que l'hôpital S.-Étienne existait
en 920 : le chapitre S.-Ètienne en avait la haute direc-
tion (cf. Antoine Héron de Villefosse, Chartes relatives
à l'hôpital S.-Étienne de Châlons, dans Rev. de Cham-
pagne et de Rrie, 1880, p. 5). — L'hôpital S.-Maur
aurait été fondé par S. Alpin. En réalité, son existence
n'est attestée qu'à partir du xii« s. Par la suite, il fut
confié aux religieuses du Bon-Pasteur. Rebâti en 1594
et en 1645, il ne servait plus, à cette époque, qu'au
logement des mendiants. — L'Hôtel-Dieu, desservi
par des trinitaires et par des religieuses, existait en
1197. Il fut rasé en 1544, à cause de sa situation hors
des murs du faubourg de Marne. — L'hôpital du
S. -Esprit existait en 1224, date d'une autorisation
donnée par Innocent IV pour l'érection d'une cha-
pelle. Les passants et malades étrangers y étaient soi-
gnés par des religieux et des religieuses. Des béguines
y furent introduites en 1539. — On cite encore les
maisons de Ste-Syre, Ste-Pome, S.-Liénard, S. -Léger
ou des Aveugles, des Dix-deniers. — Aux xii« el
xiii« s., l'abbaye de Toussaints recevait les pestiférés,
qui furent ensuite soignés à la maison de S. -Nicolas à
La Neuville (A. Perret, Les hôpitaux de Châlons-s.-
Marnc jusqu'au Wll" s., dans Positions de llièses de
l'École des chartes. 1946, p. 123.)
Un arrêt du 18 févr. 1616 réunit au « grand Hôtel-
3U'J CilALUiNs-S
Dieu 'I, c.-à-d. à l'hôpital S.-Étienne, tous les hôpitaux
et maisons de charité de la ville. L'hôpital de Châlons
possède de très riches archives.
4° Enseignement. — Le collège de Chàlons fut dirigé
par les jésuites de 1617 à 1763 (P. Delattre, Les éta-
blissements des Jésuites en France depuis quatre s.,
Wetteren, 1949, fasc. 4, cf. Châlons; sur la chapelle,
Rev. de Champagne et de Brie, 1897, p. 140). Après leur
expulsion, il fut confié à des prêtres séculiers. L'abbé |
Ménard, qui était principal en 1786, fut l'un des pro- I
moteurs des plantations de pins en Champagne pouil- I
leuse (cf. L. Aubry, Origine des plantations de sapins à !
Soudron, dans Almanach AI atot-B raine, 1913, p. 179).
Les religieuses de la congrégation N.-D.-de-S. -Pierre |
Fourier donnaient l'instruction aux filles (voir Dio-
cèse). On y comptait jusqu'à 60 religieuses, non coni- i
prises les s(Kurs converses. — Il y avait également des |
ursulines et des dames-régentes ou nouvelles catho-
liques. Pour la fondation et les débuts du séminaire,
V. infra. A la veiUe de la Révolution, le personnel se
réduisait à quatre lazaristes et quatre frères lais. Un
petit séminaire, transféré, après un incendie, place
des Ursulines, comptait 25 élèves en 1785.
III. Événements religieux. — Les conciles de
Châlons de 1113, de 1115 et de 1129 et la préparation
de la seconde croisade par S. Bernard en 1147 sont,
semble-t-il, les événements les plus saillants de l'his- i
toire religieuse de la ville au Moyen Age. Mansi
(xx, 591) cite un concile de Châlons de 1084, mais le
document qu'il publie à ce sujet prouve que cette
assemblée eut lieu sous Louis VI, roi de France à partir
de 1108 : il s'agit donc, vraisemblablement, du concile
de 1113 (cf. Hefele-Leclercq, v, 286). En 1115, un j
concile se tient à Châlons sous la présidence du car- j
dinal légat Conon (ibid., 549) et, en 1129, un autre,
présidé par le légat Mathieu d'Albano, qui est réuni
pour trancher le ditîérend mettant aux prises Henri,
évêque de Verdun, et ses diocésains qui l'accusaient
de simonie.
Pour l'époque moderne, ou ne relève pas de fait
notable jusqu'à la Révolution. Le 16 brumaire .an II
(6 nov. 1793), les statues de N.-D. -en-Vaux sont bri-
sées; dix jours plus tard, ce furent de nouvelles scènes
de vandalisme dans cette église et dans les autres.
Il y eut des massacres à Châlons en sept. 1792, mais
aucun prêtre n'en fut victime (Caron, Les massacres de
Septembre, Paris, 1935, p. 374 sq.). Le 29 sept. 1789, les
religieux de l'abbaye de S. -Pierre protestèrent auprès
de la Constituante contre les menaces visant les
moines (Jean-E.-Godefroy, Les bénédictins de S. -Vanne
et la Révolution, Paris, 1918, p. 93). L'abbaye de S.-
Pierre devint « maison de réunion » pour les moines
(ibid., p. 140 sq.).
En l'an II, N.-D. -en-Vaux devint « temple de la
Raison » (cf. É. de Barthélémy, La fête de l' inaugura-
tion du temple de la Raison à Châlons, dans Rev. de
Champagne et de Brie, 1888, p. 349). Il semble que les
fêtes civiques aient eu un certain succès à Châlons :
pour figurer la déesse Raison, on trouvait dix candi-
dates (cf. Souvenirs d'un vieux Châlonnais, dans
Mém. de la Soc. d'agriculture, II'' sér., xvi, 281). —
En 1940, tout un quartier de Châlons, voisin de
N.-D. -en-Vaux, a été détruit : aucune église n'a été
gravement endommagée.
La cathédrale, brûlée six fois avant 1230, une sep-
tième fois en 1668, reçut une torpille en mai 1940, fut
encadrée par dix bombes, le 16 juill. 1944, qui ébran-
lèrent son flanc nord (cf. art. de P. Labutte, dans La
Croix de Paris, du 25 août 1946).
On se reportera à M. G. H., SS. reriim nteroiK, i-2, p. XO.'Î.
P. (iarnier, (^liàlon (iiicien et iioiiiieaii, payen et chrétien,
depuis son origine jusqu'en 1726, éd. .\ubert, 1865. —
■I. Garinct, ilisl. de l'église cathédrale de Chàlons et de son
UK-AlARi\F. :5JI)
chapitre, Chàlons, 1840. — Df Barthélémy, llisl. tle la
ville de Châlons-sur-Marne, Châlons, 1854; 2' éd., 1888. —
D'Hastel, Hist. de la ville de Chàlons depuis 1789, Châlons,
1854. — Barbat, Hist. de la ville de Chàlons et de ses monu-
ments, Châlons, 18G8, 2 vol. — De Barthélémy, Cartulaire
de l'évêché et du chapitre S.-Êtienne de Chàlons, 1853. —
A. Aubert, Notices sur les chanoines de la cathédrale de
Chàlons, 1871. — Anatole et Édouard de Barthélémy,
Recueil des pierres tombales des églises et couvents de Chàlons,
Paris, 1888. — L. Grignon, Topographie historique de la
ville de Chàlons, Chàlons, 1889. — P. Pélicier, Cartulaire de
S.-Êtienne de Chàlons, dans Mém. de la Soc. d'agriculture,
1825, p. 1-11. — L. Demaison, Les églises de Chàlons, Caen,
1913. - - Pithois, Le journal d'un jésuite cliàlonnais an
XVII'' s. (1637-80), dans Mém. de la Soc. d'agriculture,
XXI, 1925, p. 345. H. Boullet, Lu vie municipale à Chà-
lons-sur-Marnc sous l'Assemblée Con.stiluante (mém. ms.,
1922), ms. de la Bibl. de Châlons 1237. - Carrez, //i.s7. de
l'abbé Champenois (curé et restanrateiir de N.-U. -en-Vaux,
au xix» s.). — U. Nicolas, L'esprit public et les élections dans
le déparlement de la Marne de 1790 à l'an VIIl, Chàlons,
1909. — Journal de Michel Cochelet, marguillier de S.-Jean
de Chàlons, dans Mém. de la Soc. d'agriculture, II« sér.,
XIII, 21 1 sq. — Chanoine Gauroy, Jeanne d'Arc à Chàlons-
sur-Marne, Chàlons, 1947.
il. DIOCÈSE. — • I. Assiette géographique. II. Ori-
gines chrétiennes. III. Les évêques de Chàlons.
IV. Liste épiscopale. V. Principaux événements reli-
gieux. VI. Le diocèse à la veille de la Révolution.
VII. La Révolution. VIII. Le xix« s. et l'époque
contemporaine. IX. Établissements religieux. X. Pèle-
rinages.
I. Assiette géographique. — Le diocèse actuel,
qui a près de 6 500 km^ est tout entier compris en
(Champagne. C'est une région de plaine, pauvre et
sèche au centre et au Sud, humide et boisée à l'Est, où,
par l'Argonne, elle touche à la Lorraine, et qui, à
l'Ouest, vient buter contre la Falaise de l'Ile-de-
F'rance. Le diocèse actuel s'étend sur trois régions
naturelles : VArgonne, au Nord-Est, dont nous venons
d'indiquer les affinités lorraines, la Champagne pouil-
leuse, au centre et au Sud (Perthois), la Brie champe-
noise, dont Sézanne est la capitale, à l'Ouest. Cette
dernière région manquait à l'ancien diocèse, qui s'éten-
dait en revanche beaucoup plus au Sud sur le Voilage,
par où il touchait au plateau de Langres. Les trois
régions qui composent le diocèse actuel sont assez
dissemblables : la zone centrale est crayeuse, l'Ar-
gonne et la Brie sont argileuses. L'Argonne est « un
pâté d'argile que les eaux ont isolé ». Cette composi-
tion tripartite vérifie l'observation de Jean Bruhnes :
« La Champagne ne s'est jamais suffi à elle-même...
elle n'a développé ses prédispositions qu'en enve-
loppant des territoires d'autres régions » (Géogr.
humaine de la France, i, 3;1). L'expression tradition-
nelle « Champagne et Brie » illustre bien cette ob-
servation.
Il est admis que le diocèse de Châlons fut établi sur
le territoire de la civitas Catallaunorum; toutefois, à
l'Est, le diocèse comprit dès le début quelques loca-
lités situées en dehors de la civitas : Ancerville, Som-
melonne, Savonnières, Couzances et Couzancelles. Des
origines à la Révolution, on ne voit apparaître aucune
modification territoriale. Sous l'Ancien Régime, le
diocèse comprenait 392 paroisses réparties en quatre
archidiaconés : Joinville (qui comprenait 2 doyennés :
Joinville et Perthes); Astenay (2 doyennés : Ste-
Menehould et Possesse); Chàlons (3 doyennés : Châ-
lons, Coole et Vitry-le-Château, en Perthois); Vertus
(un seul doyenné). Le doyenné de Châlons était de
beaucoup le plus petit : outre Châlons, il ne comptait
que 29 paroisses.
A la Révolution, 75 cures de l'ancien diocèse furent
doiMiées aux diocèses de Verdun et de l.angres. F'n
revanche, le diocèse reçut, quand il fut reconstitué en
1824, 181 paroisses des diocèses de Reims, Sens,
31.3
CHALONS-S
UH-MAKNE
314
Soissons et Troyes. Le diocèse nctiiel comprend donc
498 paroisses.
II. Origines chrétiennes. — Le diocèse de Châ-
lons est un de ceux pour lesquels la question de
l'apostolicité a été le plus vivement débattue. Le
premier — en date — de ses historiens, le P. Rapine
(xvii« s.), accrédita la légende de S. Memmie, évangé-
lisateur et premier évêque de Chàlons, envoyé par
S. Pierre en Champagne. Cette thèse, combattue par le
P. Lelong {Biblioth. histor. de la France, 183), par les
auteurs de la Gallia et par les Bollandistes {A. S.,
août, II, 15), connut cependant un grand succès au
XIX* s., grâce aux chanoines Boitel, Pannet et Lucot :
prédications, discours, vitraux exaltèrent à l'envi la
mission de S. Memmie dont on précisait la date à une
année près : 46 apr. J.-C, ce qui revient à dire que
Châlons aurait reçu la Bonne Nouvelle plusieurs an-
nées avant Athènes. On donne les détails les plus pré-
cis sur les origines de S. Memmie que l'on proclame
membre de l'illustre gens Memmia et parent de
Regulusl En réalité, rien de tout ceci ne résiste à un
examen critique : sauf une réserve, exposée ci-des-
sous, le catalogue des évêques de Châlons étant consi-
déré comme de bon aloi (Duchesne, m, 92 sq.), on ne
peut placer l'épiscopat de S. Memmie avant la fin du
III» s., sous peine de se heurter à une énorme lacune
dans la succession des évêques : il faudrait supposer
que S. Memmie a occupé durant quatre-vingts ans le
siège de Chàlons et que ses deux disciples, S. Donatien
et S. Domitien, venus avec lui de Rome, ont attendu
au moins leur centième année pour recueillir sa succes-
sion (cf. J. Leflon, Hist. de l'Église de Reims du i" au
r« s., Reims, 1942, p. 90).
A ces objections tirées de l'histoire locale primitive
s'ajoutent diverses considérations portant sur les con-
ditions dans lesquelles a pris naissance cette légende.
La plus ancienne Vie de S. Memmie est du viii^ s.; le
nom est écrit de façons très différentes : Minimius,
Mius, Misonius, Mangius. Jusqu'au P. Rapine, la
tradition est incertaine et tous les anciens bréviaires de
Châlons attribuent l'envoi de S. Memmie à S. Clément,
c.-à-d. après la mort de S. Pierre. (Sur le rôle de S.
Memmie en Belgique, à Dînant et à Namur, cf. Éd. de
Moreau, Hisl. de l'Église en Belgique, i, 2« éd., p. 30.)
Dans la préface de son premier ouvrage. Rapine
reconnaît lui-même que sa découverte au sujet de
S. Memmie a vivement peiné les vieux Châlonnais.
D'autre part, l'attachement à l'apostolicité ne fut pas
toujours désintéressé : au début du xviii« s., il s'agis-
sait de sauver la relique du Saint Nombril, conservée
dans l'église Notre-Dame depuis 1389 et que le cardi-
nal de Noailles venait de supprimer (10 mai 1707), au
grand scandale de certains : le meilleur moyen de dé-
montrer l'authenticité de la relique n'était-il pas de
reculer le plus possible dans le temps l'introduction du
christianisme à Châlons? C'est ainsi que, dans un mé-
moire, Pierre Garnier, curé de Férébrianges (1 694-1 736),
soutient que Châlons, fondée « peu après le déluge »
par les Cattes, était dotée dès le i" s. apr. J.-C. de sept
titres de confréries et d'hôpitaux.
Ces élucubrations étant éliminées, il reste que la
date exacte de l'évangélisation de Châlons et de sa
région n'est pas connue, ce dont il n'y a pas lieu de
s'étonner; on s'accorde pour ne pas la faire remonter
plus haut que le ni« s., approximation admise pour
toute cette région du nord-est de la Gaule (le 4'' évêque
de Reims, Betause, assiste avec son diacre Primogeni-
tus au concile d'Arles de 314). La première donnée
chronologique certaine se rapporte au 9'' évêque,
Amandinus, qui assista en 461 au concile de Tours.
« Cette donnée, écrit Mgr Duchesne, permettrait de
remonter à peu près à la même antiquité qu'à Sois-
sons ». Or, selon le même auteur, l'organisation auto-
nome de cette Église remonterait aux environs de
l'an 300 (i, 14).
Les noms des six successeurs de S. Memmie n'appa-
raissent que dans la Vita S. Memmii; « le catalogue
épiscopal reproduisant textuellement ce passage, il ne
faut accorder aucune créance à cette liste » (Vercau-
teren, Étude sur les o civitales » de la Belgique seconde,
139). A partir de l'épiscopat de S. Alpin, nous possé-
dons quelques certitudes historiques. On a de ce per-
sonnage deux biographies : la première, ancienne,
mais courte et sans grand intérêt, la seconde, plus
étendue, mais postérieure à 867-68.
III. Les évêques de Chalons. — L'évêque de
Châlons était l'un des personnages les plus importants
de l'ancienne monarchie, de sorte qu'on pourrait écrire
une histoire politique des évêques de Châlons. Des
liens traditionnels, dont nous ignorons l'origine en
raison de leur ancienneté, rattachent étroitement le
siège de Châlons à la cour de France. S. Élaphe,
17* évêque, est un des familiers de Sigebert I»'', roi
d'Austrasie; il meurt en 580 en Espagne où la reine
Brunehaut l'avait envoyé comme ambassadeur.
Loup II vit dans l'intimité de Louis le Débonnaire;
Willebert fut trésorier du même prince. Plus tard,
Roger II est chargé d'aller demander au grand-duc de
Russie la main de sa fille Anne, pour Henri I". La pré-
sence à la tête du diocèse de prélats engagés si avant
dans les affaires politiques n'était pas sans présenter
quelques inconvénients, car le diocèse se ressentait des
querelles des grands. D'autre part, les évêques négli-
geaient parfois leurs fonctions propres : en 1097,
l'évêque Philippe s'adresse à l'évêque d'Arras et le
prie de venir conférer les ordres dans sa ville épisco-
pale; « les affaires dont il est accablé ne lui permettant
pas de s'acquitter de ce devoir ». Ajoutons que Châ-
lons eut — mais c'est un trait commun à tous les
sièges épiscopaux — ses évêques casqués : on cite le
belliqueux épiscopat de Gui de Joinville (1164-90) qui
fit, en compagnie de l'évêque de Verdun, le siège de
Ste-Menehould.
L'évêque de Châlons était l'un des grands seigneurs
terriens de France : il était même suzerain des comtes
de Champagne (en ce qui concerne la châtellenie de
Bussy-le-Château) (cf. Longnon, La formalion de
l'unité française). A la fin du viii* s., divers diplômes
nous apprennent que les rois sécularisent ])lusieurs
domaines de l'Église de Châlons, mais il est probable
que les biens que l'évêque possédait à l'intérieur de
l'enceinte ne furent pas atteints par cette mesure.
L'évêque de Châlons était comte de sa ville épisco-
pale. Vers la fin du x« s., on assiste, selon l'expression
de M. Vercauteren, à « l'absorption du comitatus par
l'episcopatus ». Nous avons de bonnes raisons de
supposer qu'il existait encore un comte laïc à Châlons
au IX* s. Flach écrit (Les origines de l'Ancienne
France) que c'est sous l'épiscopat de Gibuin, c.-à-d.
dans la seconde moitié du x* s., que l'évêque de Châ-
lons acquit l'ensemble des pouvoirs comtaux dans la
cité. Cependant aucun texte ne peut être cité à l'ap-
pui de ces dires, et, selon toute vraisemblance, le pas-
sage des pouvoirs régaliens aux mains de l'évêque ne
s'est pas produit aussi rapidement et aussi complète-
ment que le pense Flach. Jusqu'au milieu du x* s., le
comte laïc conserve le droit de prélever une part des
revenus de la foire et du marché urbain, droits qui
étaient des regalia. Mais, dans le courant de ce siècle,
son autorité disparaît peu à peu dans la cité. Les
évêques prennent le titre de comtes, avec des droits
régaliens qui ne seront rachetés par le roi qu'en 1640,
pour la somme de 2 000 livres (droits sur les fouleries,
la jauge, le poids, etc.). Ils battaient monnaie, perce-
vaient les tonlieux : le 29 déc. 1306, à l'époque où le
roi, après un affaiblissement de la monnaie, décide un
.Tjf) CîTM.ONS-:
retour à la monnaie de S. Louis, un des sergents de
l'cvêque de Chàlons est pris à partie au moment où,
percevant les tonlieux, il en exige le paiement en
bonne monnaie. Il en résulte une véritable émeute.
L'autorité des évêques absorbe pendant plusieurs
siècles toute autorité à Châlons. Leur titre de pair de
France apparaît pour la première fois en 1142 avec
Gui de Montaigu. La cour épiscopale était digne d'un
évêché aussi puissant. Son organisation était due,
croit-on, à Gibuin II (vers l'an 1000); elle comptait
six ecclésiastiques et six laïques (sans doute à l'image
des douze pairs). On y voyait un maréchal, un cham-
bellan, un bouteiller, un maître d'hôtel, un chapelain
et un écuyer.
En face de l'évêque se dressait une autre puissance,
le chapitre de S.-Étienne, avec lequel il était presque
continuellement en différend. On ne sait pas exac-
tement à quelle époque une communauté de chanoines
fut établie dans la cité de Châlons. Ce fait a dû se pro-
duire dans la première moitié du ix»^ s., et, plus proba-
blement, au début de ce siècle, selon l'hypothèse de
M. Vercauteren.
La séparation du temporel en menses capitulaire et
épiscopale eut lieu assez tôt : un diplôme de Charles
le Chauve du 17 avr. 850, qui confirme une donation
faite par l'évêque Loup II au chapitre, montre que la
mense canoniale existait à cette date. Outre certains
biens fonciers, les chanoines possédaient également,
depuis 865, les revenus de l'atelier monétaire et proba-
blement les droits de quai et de passage qui se perce-
vaient le long des rives de la Marne. Dans le suburbium,
ils étaient propriétaires de l'église N.-D. -en-Vaux.
D'abord assez faiblement organisé, le chapitre se forti-
fia singulièrement après qu'il eut obtenu la constitu-
tion de son ban particulier, qui comprenait le cloître,
les maisons des chanoines, l'Hôtel-Dieu, etc. En 1113,
il comptait, indépendamment des huit dignitaires, le
doyen, les quatre archidiacres, le trésorier, le chantre
et le sous-chantre, quarante chanoines; en 1377, on y
ajouta deux vicaires perpétuels; de 39 chanoines et
fiO chapelains en 1690, le chapitre était réduit en 1789
à 28 chanoines, 2 vicaires, 3 prêtres habitués et 2 vi-
caires quart-prébendés. Il possédait d'immenses do-
maines, une justice, une police (douze francs-sergents).
En 1246, au cours d'un conflit entre l'évêque Geof-
froy de Grandpré et le chapitre, le doyen fit suspendre
l'ofïice divin dans la cathédrale. En 1268, l'évêque
ayant, de sa propre autorité, affranchi quelques serfs,
le doyen fit cesser le jeu des orgues, obtint du prélat
une indemnité de 1 100 livres tournois et ne fit recom-
mencer à jouer l'orgue que sur une bulle du pape, en
mars 1269. En 1284, nouvelle querelle avec l'évêque,
Jean de Châteauvillain. Les chanoines étaient soute-
nus par le pape Honorius IV, qui avait été lui-même
chanoine de Châlons : dès son avènement, il donna à
ses anciens confrères deux bulles leur reconnaissant le
droit d'excommunier ceux qui feraient tort à l'église
S.-Étienne (c.-à-d. la cathédrale) et de faire arrêter et
punir ceux, clercs ou laïcs, qui commettraient des
crimes dans le cloître. L'évêque, blessé dans sa supré-
matie, se plaignit au parlement et au roi : les chanoines
cessèrent de nouveau l'office divin. Jean de Château-
villain se fit ouvrir de force la cathédrale, y célébra la
messe, mais le parlement lui donna tort; obsédé de
ces perpétuelles discussions, il s'éloigna de Châlons,
mais, ce faisant, il n'échappait pas à son chapitre, qui
le relança en lui adressant une monition des plus
sévères pour qu'il eût à revenir sur son siège « et à
cesser de mener une vie vagabonde » (1295). Ce pé-
nible conflit ne prit fin qu'en 1300. Àu xiv« et au
xv" s., les pouvoirs et l'indépendance du chapitre par
rapjiort à l'autorité épiscopale ne cessent de croître;
en 1452, le parlement permit aux chanoines de refuser
UTH-MAHNI''. .Tin
le serment de foi et hommage. Il y eut une réaction au
I xvi^ s. et, quand les chanoines prétendirent que leur
évêque n'avait ni siège ni juridiction, ni autres droits
épiscopau.x dans l'église cathédrale, ni séance dans le
chapitre et qu'il devait être considéré par eux comme
une sorte de co-évêque, le parlement de Paris leur
donna tort. Cet arrêt, rendu le 15 févr. 1564, ne mit
pas fin au conflit, car les Mémoires du clergé rapportent
encore trois autres décisions postérieures se rapportant
à cette querelle. En 1690, le chapitre de Châlons, de
nouveau en conflit avec son évêque, demande une
consultation à tous les chapitres de France.
IV. Liste épiscopale. — Memmius, Donatianus,
Domitianus, Amabilis, Desiderius, Sanctissimus, Pro-
! vinctus (v. supra). — • Alpinus (v. supra, ii, 764, et
Dicl. de biogr. Iranç., ii, 318; en plaçant Alpinus avant
Amandinus, nous suivons l'ordre adopté par la liste
épiscopale). — Amandinus. — Florendus. — Provide-
1 rius. — Productor. — Lupus I" (qui assiste en 535 au
' concile de Clermont; cf. Vacancard, Études d'histoire
! et de critique religieuses, P« sér., p. 145; il serait mort
I en 541 au concile d'Orléans). — Papio. — Eucharius
1 (vers 577). — Teutmodus. — Elasius. — S. Lumier
i (t vers 595). — Félix I" (assista en 627 au concile de
I Clichy). — Regnault I". — Landebert. — Arnulfe
I (t vers 665). — Berthoend (vers 693). — Félix II. —
j Bladier (vers 754). — Scaric (vers 77)). ■ — Ricaire. —
I Gillebaud (vers 775). — Bovon I" (v. supra, x, 300). —
S. Hildegrin (qui devait évangéliser la Saxe et mourir
à Werden le 20 juin 827). — Aderin. — Loup II (vers
j 850). — Erchenraus (vers 860). — Guillebert (f le
2 janv. 878). — Bernon. — Rodoald. — Mancion
I (vers 900). — Letolde (assista en 909 au concile de
Troslé, près de Soissons). — Bovon II (917-47; v.
j supra, x, 301). -— Gibuin l" (947-98). — Gibuin II
(998-1001). — Gui (1001-06). — Roger I". — Ro-
ger II. — Roger III, dit de Thuringe. — Philippe de
Champagne (1094-1100). — Hugues (1100-13). —
Guillaume de Champeaux (1113-22). — Ebaldus
(1122-25). — Albéric de Reims (1125-27). — Erlebert
(1127-30). — Geoffroy (1131-42). La succession de ce
dernier donna lieu à de graves incidents. Le roi Louis
le Jeune était alors en guerre avec Thibaut de Cham-
pagne; il mit opposition aux élections et, le chapitre de
Châlons ayant passé outre à la défense, il refusa l'in-
vestiture à l'élu Guy II de Montaigu, cependant que
les troupes royales occupaient Chàlons et ravageaient
tout. A ce prélat (1142-46) succéda Barthélémy de
Sentis (1147-52) qui mourut en Terre sainte.
Viennent ensuite : Aimon de Bazoches (1153),
V. D. H. G. E., i, 1191. — Bovon (1153-61), ibid., x,
301. — Guy de Joinville (1164-90). — Rotrou du
Perche (1190-vers 1200). — Gérard de Doucy (f 1210).
— Guillaume II du Perche (1210-26). — Philippe II de
Nemours (j 1236). — Geoffroy de Grandpré (assiste le
13 mars 1239 à l'autodafé du Mont-Aimé). —
Pierre I" de Hans (f 1261). — Conon de Vitry (f 1270).
— Arnould de Loss (ou de Loches) (t 1273). — Rémy
de Somme-Tourbe. — Jean I" de Châteauvillain
(1285-1313). — Pierre de Latilly (1313-27). — Simon
de Châteauvillain (1327-vers 1331). — - Phihppe III
de Melun (1335-39).— Jean II de Mandevillain. —
Jean III de Happe (t 1350). — Regnault II (t 1356).
— Archambault de Lautrec (t vers 1390). — Charles
de Poitiers (1390-1413). — Louis de Bar (1413-20;
V. supra, VI, 543 sq.). — Jean de Sarrebruck (1420-
38). — Jean Tudert (1439; ne vint pas à Châlons).
Guillaume III le Tur (1441-53). — Geoffroy III de
S.-Géran (f 1503). — Gilles III de Luxembourg (1503-
35). — Robert de Lénoncourt (1535-49). — Phi-
lippe IV de Lénoncourt (1550-56). — Jérôme Bour-
geois (1556-73). — Nicolas Clausse de Marchaumont
(1573-74). - ■ Cosme Clausse (1574-1624). — Henri
I
Il 7 (' lî \ l,()NS-S
Clausse (1024-40). Félix Vialart de Hevsc (l(;44-80).
— Louis-Antoine de Noailles (108(1-95). — (}aston de
Noailles (1096-1720). Nicolas de Saulx-Tavannes \
(1721-34). — Choiseul-Beauprc (1734-63). — De Jui-
gné (1764-81). — De Clermont-Tonnerre (1781-90).
Pour la suite, voir col. 322 sq.
V. Principaux événements religieux. — Le
supplice de nombreux hérétiques au Mont-Aimé, près
de Vertus, autodafé que présida l'évèque Geoffroy de
Grandpré, le 13 mai 1239, est l'événement de l'histoire
du diocèse de Châlons au Moyen Age qui a le plus mar-
qué dans la mémoire des hommes. Depuis longtemps
déjà, l'hérésie s'était attaquée au diocèse. Au ix^ s.,
dans l'abbaye d'Orbais, sise dans le diocèse de Sois-
sons, mais à quelques km. seulement de la frontière du .
diocèse de Châlons, le moine Gottescalc enseigne le
prédestinatianisme. Vers l'an 1000, les manichéens, i
partis de Bulgarie, se manifestent à Orléans, Châlons, ;
Liège, Soissons. Quelques années plus tard, les sec- j
taires pullulent dans le diocèse de Châlons. L'évèque
consulte Wazon de Liège sur les mesures à prendre : il
semble que la population était « enragée » contre les
hérétiques. Or l'évèque jugeait ces sentiments odieux
(E. Vacandard, L' Inquisition, Paris, 1907, p. 41).
C'est une hérésie de type populaire. A Vertus, un
simple paysan, Leutard, se déclare inspiré de l'Esprit-
Saint, renvoie sa femme « pour obéir au précepte évan-
gélique », brise les crucifix et se fait bien voir des culti-
vateurs en leur enseignant qu'ils ne doivent pas la
dîme. Il fait un choix dans les Écritures, disant qu'il '
ne fallait croire qu'une partie de ce que les prophètes
avaient prêché. L'évèque de Châlons, Gibuin, le fait ,
saisir et l'oblige à avancer qu'il ne sait rien de la |
doctrine de l'Église, ce qui le discrédite aux yeux de j
ses partisans. " Quand il se vit vaincu et abandonné de i
ses disciples, ajoute Raoul Glaber, il se jeta la tête la '
première dans un puits » (Lavisse, Hist. de France, i
II, II« part., p. 196). Au xii« s., le canton de Vertus est
de nouveau gagné à l'hérésie. Cette région fut le ber- '
ceau de la secte des apostoliques, contre laquelle lutta
S. Bernard. I
Beaucoup de Juifs étaient établis au Moyen Age à
Vitry en Perthois, pays avoishiant la région troyenne
où se trouvait une juiverie très importante. En 1321, il
y eut un pogrom, les Juifs étant accusés d'avoir pro- i
pagé la peste en empoisonnant les fontaines.
Au xvi« s., le diocèse fut très troublé par la Ré-
forme. La région de Wassy — alors du diocèse de (;;hâ- j
Ions, aujourd'hui rattachée à Langres — fut parti-
culièrement atteinte. C'est là que se produisit, le !
1" mars 1562, le massacre qui inaugura les guerres de
religion en France. Peu avant cet incident, l'évèque de
Châlons, Jérôme Bourgeois, très zélé contre l'hérésie,
avait été chargé par Antoinette de Bourbon, la mère
des Guise, de ramener à l'orthodoxie les habitants de '
Wassy dont beaucoup s'étaient donnés à la Réforme. !
Il s'y était rendu avec un moine, mais, à la suite d'une !
sorte de joute théologique, il avait dû se retirer. Déjà, |
en déc. 1561, il avait eu à Troyes une discussion pu-
bUque avec Jean Gravelle, pasteur de Dreux, qui
avait tourné au désavantage de l'évèque. A cette j
époque, quoique en minorité, les calvinistes étaient
très agissants à Châlons (Lavisse s'avance trop en
disant qu'ils en étaient les maîtres). L'évèque Bour-
geois avait fait garder en 1561 par des soldats la rue
S.-Martin où devait se tenir un prêche et, de concert
avec les échcvins, il avait obtenu du roi que les protes-
tants ne pourraient plus servir à la garde des remparts
et des portes, mais qu'ils seraient tenus de payer un
impôt spécial, pour compenser cette exemption.
Le Perthois (région de Vitry) est la partie du diocèse \
où l'hérésie avait fait le plus de progrès (cf. G. Hérelle, '
Documents inédits sur te protestantisme ù Vitnj-le-
M?-MAI{\K .'M S
François, Épensv, Heillz-lc-Maurupi , Nettancourt et
Wassy, dans Soc. des sciences et arts de V il ry-le- Fran-
çois, xxvi, 1907, p. 1). Vitry est une position-carrefour,
ouverte aux influences convergentes. Dès 1524, un
certain Jean Châtelain, venu de Lorraine, dénonce
avec hardiesse les abus de l'Église romaine à Vitry;
l'année suivante, il est brûlé à Metz (R. Crozet, Le pro-
testantisme et la Ligue à Vitry-le-François et en Per-
thois, dans Rev. historique, clvi, 1). En 1554, les réfor-
més de Vitry-le-François attaquent l'abbaye S.-Martin
de Huiron, pour y enlever des reliques. Ce sont les
Guise, maîtres de la région, par leurs terres de Join-
ville et d'Éclaron, qui prirent l'initiative de la répres-
sion. Dès 1559, le cardinal de Lorraine, entreprend
d'extirper l'hérésie de S.-Dizier et de la région environ-
nante. L'un des agents les plus actifs de cette répres-
sion fut un procureur du roi appelé Léonard Bernard
(ou Bernacle) qui se fit redouter par sa brutalité, tant
à S.-Dizier qu'à Vitry-le-François. Le milieu protes-
tant de Vitry se recrutait parmi les gens les plus puis-
sants, les plus riches et les plus cultivés.
Le diocèse ne fut pas épargné par les troubles de la
Ligue : Joinville était l'un des bastions des Guise. En
1585, Guise s'empara de Vitry et de Châlons. La ville
était restée fidèle au roi, et, par la suite, l'évèque
Cosme Clausse, ligueur convaincu, reçut interdiction
d'y rentrer. (Châlons était le refuge des royalistes
troyens exilés (Henri de la Perrière, Nicolas de Haut,
1927, ]). 49). i.e 1''' mai 1589, le roi installe à Châlons
une chambre du iiarlement de Paris. Ces événements
sont un épisode de la rivalité traditionnelle entre Vitry
et Châlons : Vitry fait figure de ville rebelle et Châlons
de ville fidèle.
Guerres et troubles laissaient le diocèse dans un état
très fâcheux d'où le tirèrent les épiscopats réparateurs
du xviii= s. Celui de l'évèque Cosme Clausse (1574-1024)
les inaugure : ce prélat, malheureusement compromis
par la politique, fut en effet un évêque très zélé, qui
fonda, dans son diocèse, de nombreuses maisons reli-
gieuses. Il favorisa la fondation à Châlons, en 1614, du
premier établissement de la congrégation N.-D. de
S. Pierre Fourier qui ait été institué hors du duché de
Lorraine, où la congrégation avait pris naissance (cf.
L. Pingaud, >S. Pierre Fourier, Paris, 1898, p. 64). Mais
c'est surtout l'épiscopat de Vialart (1644-80) qui régé-
néra moralement le diocèse. Formé par S. Vincent de
Paul, ce prélat, qui avait reçu, tout jeune, la bénédic-
tion de S. François de Sales, était un assidu des « Con-
férences du mardi ». Cousin de M. Olier, il avait été son
collaborateur. En 1658, 1664 et 1665, il organise des
missions générales, confiées aux oratoriens, aux jé-
suites, ou à la congrégation de S. Jean Eudes (Malart
devait à S. Jean Eudes son élévation à l'épiscopat ;
cf. Boulay, Vie de S. Jean Eudes, m, Paris, 1907,
p. 463). En 1658, les missions de "Wassy et de Holmoru
(aujourd'hui Heiltz-le-Maurupt) furent de magni-
fiques manifestations religieuses (cf. Claude-Pierre
Goujet, La Vie de Messire Vialart; E. de Barthélémy,
Un évêque de Châlons sous Louis XIV, Châlons, 1856;
Gazier, Les dernières années du cardinal de Retz). Le
diocèse avait beaucoup souffert des guerres et de la
Fronde : c'est lui qui fut l'un des premiers à bénéficier
de l'action charitable des filles de S. -Vincent de Paul.
Dès 1653, ce dernier les installe à Châlons, à la
demande de la reine, avec mission de soigner les
blessés militaires (M. Coste, Le grand saint du Grand
siècle, passim). En revanche, le nom de Châlons ne
figure pas sur la liste des villes où des Compagnies du
S. -Sacrement furent établies par celle de Paris (cf.
liste dressée par dom H. Bcauchet-Filleau, Annales de
la Compagnie du S. -Sacrement, Marseille, 1902).
Louis et Ciaston de Noailles, qui ont les honneurs
des Mémoires de Saint-Simon, furent do bons évô-
319
CHALONS-S
UR-MARNE
320
ques. Louis-Antoine (1680-05) était appelé à devenir
archevêque de Paris et cardinal. Il avait porté sur le
siège de Châlons « son innocence baptismale ». Saint-
Simon le loue d'avoir gardé « une résidence exacte » et
d'avoir été « uniquement appliqué aux visites, au gou-
vernement de son diocèse et à toutes sortes de bonnes
œuvres » (cf. Barthélémy, Le cardinal de Noailles,
Paris, 1883). Son frère, Gaston, qui lui succéda (1696-
1720), était « un prélat d'un grand exemple, d'une
grande piété et d'une grande fermeté contre la bulle
Unigenitus. Son savoir et ses lumières étaient mé-
diocres ». Il fonda l'établissement du Bon-Pasteur
pour les filles repenties.
A la révocation de l'Édit de Nantes, la plupart des
protestants du diocèse se retirèrent en Westphalie.
Une colonie se fixa à Francfort-sur-l'Oder. Malheu-
reusement, l'hérésie janséniste fit, à cette époque et à
l'époque suivante, d'immenses ravages dans le dio-
cèse. L'évêque Vialart y a sa part de responsabilité.
L'abbaye de Hautefontaine, près de Vitry, était un
foyer très actif où se trouvaient des presses clandes-
tines : c'est là qu'étaient imprimées les fameuses
Nouvelles ecclésiastiques. Sompuis était un autre foyer
janséniste. Cette paroisse avait été « évangélisée »
(sic ) par l'abbé Paul Collard (de la famille de Royer-
Collard) (cf. Gazier, Hist. générale du mouvement jansé-
niste, II, 244; Rev. d'hist. ecclés., v, 96, et E. Jovy,
L'histoire religieuse de Vitry et les « Nouvelles ecclésias-
tiques », dans Bull, de la Soc. des sciences et arts de Vi-
try, XXI, 692). « Pour le diocèse de Châlons, écrit
M. Dedieu, l'énumération [des actes d'appel contre la
Constitution ] se poursuit dans une sorte de décor
théâtral. Nous voyons les curés des divers doyennés se
mettre en route pour Vitry-le-François, Ste-Mene-
hould, Vitry-le-Château, Vertus, Coole, Neuville-au-
Pont, Perthes, Joinville, Nettancourt, Givry, Wassy,
S.-Dizier et donner avec enthousiasme leur acte d'ap-
pel, en protestant qu'ils veulent défendre Quesnel et
son livre des Réflexions morales, qui a pris naissance,
disaient-ils, dans ce diocèse et qui n'a fait que du
bien ». (Sur la pénétration janséniste dans le diocèse,
voir V Inventaire de la coll. Languet, dans Introduction
aux études d'hist. ecclés. locale, m, 535).
Nicolas de Saulx-Tavannes (1721-34) tenta de ré-
duire par la douceur l'opposition janséniste, mais il
n'obtint que de maigres résultats; l'un des chefs de la
résistance était l'austère curé de Vitry-le-François,
Jean Le Boucher, célèbre par son entêtement.
En 1735, le diocèse passa aux mains de Claude de
Choiseul-Beaupré, aumônier du roi, gallican et quelque
peu philosophe (en 1748, il recevra Voltaire à Sarry),
qui rappela et réintégra les curés jansénistes exilés; il
se montra très hostile aux Jésuites. Son successeur,
Juigné (1764-81), futur archevêque de Paris, suivra
une politique opposée. Ce prélat, très attaché à ses
devoirs d'évêque, était d'une charité inépuisable.
A son arrivée dans le diocèse, les jansénistes le com-
blèrent d'éloges, mais il déçut leurs espérances. Quand
il eut établi dans son diocèse la fête de S. -Vincent-de-
Paul, ils déclarèrent que Juigné était « aussi imbu de
préventions qu'aucun évêque constitutionnaire ».
Mgr de Juigné fit preuve d'un courage et d'un dévoue-
ment admirables lors de l'incendie de S.-Dizier en 1775
(cf. Pisani, L'Église de Paris sous la Révolution, i,
Paris, 1908, p. 79).
VI. Le diocèse a la veille de la Révolution. —
1° L'évêque. — En 1789, l'évêque de Châlons était
Anne-Antoine-Jules de Clermont-Tonnerre (1781-
1808). Voici comment Sicard {Les évêques avant la
Révolution, Paris, 1912, p. 95) nous présente ce per-
sonnage dans le cadre de sa cité épiscopale : " L'évêque
de Châlons, M. de Clermont-Tonnerre, n'est pas moins
magnifique. Il passe l'été à Sarry, maison de campagne
de l'évêché, et n'a qu'un pied-à-terre à la ville, sur
l'emplacement même de la maison habitée aujourd'hui
par l'archiprêtre. Tous les dimanches et jours de fêtes,
il se fait porter à la cathédrale par une voiture attelée
de quatre chevaux blancs. Un piqueur se tient à
chaque portière. Au devant, marche un de ses ofTiciers
à cheval, portant l'épée nue, pour montrer que
l'évêque, comte de Châlons, a droit de vie et de mort.
Il est reçu à l'entrée de la ville. M. de Clermont-Ton-
nerre, qui avait rebâti presque entièrement le château
de Sarry, se disposait à en faire combler les fossés,
quand éclata la Révolution... Châlons était une des
très rares villes dépourvues de palais épiscopal, celui
bâti en 1469 par Geoffroy Soreau s'étant effondré en
1709, et celui entrepris à cette époque par Gaston
de Noailles n'ayant pas été achevé » (sur le cérémonial
d'entrée des évêques, cf. L. Grignon, L'entrée de
quelques évêques à Châlons, dans Rev. de Champagne et
de Brie, 1884, p. 83).
2° État moral du diocèse. — • Il nous est révélé par
les comptes rendus des visites archidiaconales :
23 registres sont conservés aux archives départemen-
tales de la Marne, qui correspondent aux années 1696-
1764. Ils ont été analysés par M. Gabriel Le Bras (dans
Nouv. rev. de Champagne et de Brie, 1935). D'après ces
documents, le nombre des non-pascalisants ne dépasse
pas 10 % pour l'ensemble du diocèse. Leurs noms nous
sont communiqués : ce sont surtout des bourgeois et
des cabaretiers. Il y a peu de manifestations de piété;
on relève beaucoup de négligence dans l'envoi des
enfants au catéchisme, d'où la faiblesse de l'instruc-
tion religieuse. On constate d'assez nombreuses infrac-
tions à la loi du dimanche, et l'on se plaint de la
mollesse des pouvoirs civils qui appliquent sans
rigueur les ordonnances sur la fermeture des cabarets.
3" L'instruction. — Le premier essai de séminaire
date de 1572 : l'évêque Jérôme Bourgeois avait décidé
la fondation d'un établissement de ce genre et il avait
constitué en sa faveur une rente sur ses biens, mais il
fallut deux arrêts du parlement pour contraindre ses
héritiers à fournir les sommes nécessaires à l'acquisi-
tion de cette rente (arrêts de 1591 et de 1606). Ce
premier séminaire fut, malheureusement, absorbé par
le collège des Jésuites. En 1624, Clausse de Marchau-
mont reprend le projet : il demande à Bourdoise douze
prêtres de sa communauté, mais il ne peut en obtenir
que deux et la tentative échoue. Il appartiendra à son
successeur, Vialart, de la réaliser. Dès l'année de son
installation, il achète une maison à Châlons et y place
des prêtres d'élite auxquels il confie les aspirants au
sacerdoce; en 1650, il obtient en faveur de son sémi-
naire des lettres patentes. En 1660, il y appelle les
Pères de la Doctrine chrétienne; mais, ces religieux ne
lui ayant pas témoigné une soumission à son gré suffi-
sante, il les remplace, en 1679, par des oratoriens, qui
doivent eux-mêmes céder la place à des lazaristes, à la
suite d'un arrêt du 5 sept. 1680, qui les exclut du
séminaire. On s'inquiétait des tendances jansénistes
qui régnaient dans cette maison.
Dans son ensemble, le clergé paraît honorable,
sérieux, niais sans ardeur. Le recrutement sacerdotal
était suffisant : il y avait environ 80 élèves au grand
séminaire en 1787. Le diocèse se suffisait. Il envoyait
même de ses prêtres aux diocèses voisins (Auxerre) et
surtout à Paris. Du 7 avr. 1787 au 7 mars 1789, Mgr de
Clermont-Tonnerre ordonna 38 prêtres. En 1790,
7 prêtres du diocèse de Châlons étaient employés
dans le ministère à Paris. En revanche, quelques
prêtres des diocèses de Trêves, de Coutances et de
Besançon étaient incorporés au clergé du diocèse de
Châlons. Ce clergé jouissait en grande majorité de
l'estime de la population.
L'instruction publique était développée. On comp-
il
( Il A i,(» \s-sr n - M \ R \ i-.
:vi'>
vil 1789, 37Î) écoles primaires de garçons ou écoles
mixtes, servant aux 392 paroisses du diocèse. Cent
vingt religieuses, appartenant à quatre congréga-
tions différentes, desservaient 95 écoles gratuites de
filles. Six écoles normales formaient des maîtresses
(abbé Puiseux, L'instruction primaire dans le diocèse
ancien de Châlons-sur- Marne, dans Mém. de la Soc.
d'agriculture de la Marne, xxiv, 1880, p. 305, et xxv,
1882, p. 231; Maggiolo, Les écoles dans les anciens
diocèses de Châlons et de Verdun avant 1789, dans Rev.
de Champagne et de Brie, 1881, p. 237). On trouvait
des collèges : à Châlons (tenu par les Jésuites, de 1617 à
1763), à Vitry-le-François (Pères de la Doctrine chré-
tienne, depuis 1665 : 8 professeurs, tous prêtres), à
Ste-Menehould, à Vertus (collège dirigé par les bénédic-
tins de S. -Sauveur).
4° Confréries. — On en trouvait dans la plupart des
paroisses rurales. A Châlons, il y en avait deux : celle
de S. -Jacques de Compostelle et celle des Frères des
Dix-deniers, qui accompagnaient les convois des
pauvres et soignaient les malades : ils furent, en 1616,
attachés à l'Hôtel-Dieu. — A Joinville, la confrérie de
la Ste-Croix groupait hommes et femmes; les premiers
portaient un sac de toile, les femmes une cape de
serge noire.
Nous sommes mal informés de la pénétration des
idées nouvelles à la veille de la Révolution. On cite le
cas de Morelly, régent à Vitry-le-François qui, dès le
milieu du xviii'^ s., prêche le communisme dans divers
écrits : Le prince, ou les délices du cœur, 1751; Le code
de la Nature, 1753. A la fin du xvm» s., il y avait des
prêches à Wassy, Heilz-le-Maurupt, au Mesnil-Oger
(G. Hérelle, Le protestantisme à Vitry (1596-1789),
dans Bull, de la Soc. des science.'! et arts de Vitry-le-
François, XXII, 1904, p. 3).
VII. La Révolution. — La Révolution n'eut pas,
dans la Marne, le caractère violent qu'on lui connaît
ailleurs. Il y eut des incidents à Châlons, lors du départ
de l'évèque, Mgr de Clermont-Tonnerre, qui faillit être
écharpé; mais ce fait est isolé. Sous réserve de ce que
nous dirons des déportations de Fructidor, le diocèse
ne donna guère qu'une victime à la persécution san-
glante : l'abbé Nicolas Musard, curé de Somme-Vesle,
prêtre réfractaire qui, rentré d'émigration en 1795, fut
arrêté l'année suivante et guillotiné à Reims. Dom
Leclercq a raconté sa fin édifiante (Les martyrs, xii,
397 sq.).
Le siège épiscopal de Châlons fut supprimé et il n'y
eut plus qu'un « évêché de la Marne », dont Reims
était le siège. La municipalité de Châlons protesta le
8 juin 1790; elle intervint également en faveur du
chapitre, mais en vain, puisque la cathédrale de Châ-
lons fut fermée le 19 nov. 1790. Mgr de Clermont-
Tonnerre et l'archevêque de Reims, Talleyrand-Péri-
gord, ayant refusé le serment, ce fut Diot, curé de
Vendresse (Ardennes), né à Reims en 1744, qui fut élu
évêque de la Marne (13 mars 1791). Le clergé du
diocèse de Châlons avait été vivement troublé par des
écrits — la plupart anonymes — publiés pour atta-
quer ou pour défendre la Constitution civile. Diot était
l'auteur d'une de ces brochures. C'était un prêtre de
valeur. Il vénérait l'archevêque de Reims, et la lettre
qu'il lui écrivit le 28 mars pour le supplier de se sou-
mettre à la loi paraît sincère. C'est à tort que l'abbé
Puiseux affecte d'y voir « un chef-d'œuvre d'hypo-
crisie » (Semaine religieuse de Châlons, 1891, p. 144).
Dans sa Lettre de communion, adressée à Pie VI, Diot
conservait cette attitude : il avait accepté le siège
vacant, mais il était prêt à se retirer aussitôt que le
titulaire se mettrait dans le cas de pouvoir y remonter.
Il fut sacré le 1" mai 1791 par Gobel. (Abbé Millard,
Le clergé du diocèse de Châlons : la Révolution, Châ-
lons, 1903.)
Les preslalions de serment furent nombreuses dans
\ la Marne, surtout dans les régions qui ne faisaient pas
partie de l'ancien diocèse de Châlons : 46 jureurs sur
116 prêtres dans le district de Châlons, mais 53 sur 66
dans celui d'Épernay et 104 sur 122 dans celui de Sé-
zanne, d'après l'abbé Millard. De nombreux religieux
acceptèrent d'être élus curés constitutionnels; le même
auteur en compte 33 dans ce qui forme aujourd'hui le
diocèse de Châlons. Bien des serments restrictifs
furent validés grâce à la complaisance du directoire du
département, « qui se montrait partisan des compro-
mis et recommandait de fermer les yeux sur le serment
des ecclésiastiques qui reconnaîtraient le nouvel
évêque ». C'est pourquoi, en certains endroits, les res-
trictions ajoutées aux serments furent omises dans les
procès-verbaux. Des curés s'en arrangeaient à mer-
veille, d'autres protestaient. « Enfin, il y eut cent irré-
gularités, toutes les finasseries de paysans retors »
(dom Leclercq, L'Église constitutionnelle, Paris, 1934,
p. 298). C'est, semble-t-il, la région de Vitry qui mar-
qua le plus d'opposition à Diot ; ce dernier se plaint que
les curés de ce district ne font pas usage des saintes
huiles consacrées par lui (sur Diot, Pisani, Répertoire de
l'épiscopal constitutionnel, Paris, 1907, p. 199 sq.).
Il y eut un « séminaire constitutionnel de la Marne »,
j mais il découragea successivement trois supérieurs,
! qui, d'ailleurs, ne manquaient pas de mérite. L'un
■ d'eux, F. Detorcy, reste l'une des personnalités les
plus fortes de l'Église constitutionnelle, éclipsant au
concile de 1802 la plupart des évêques, tenant tête à
Grégoire, qui doit compter avec lui (J. Leflon, Le
clergé sous le Consulat et le Premier Empire, dans Rev.
d'hist. de l'Église de France, 1945, p. 103).
Mgr de Clermont-Tonnerre laissa l'administration
de son diocèse à l'abbé Dubois de Crancé et se retira à
Rome. Bien placé pour connaître les sentiments et les
intentions de la Cour pontificale, il prêche la soumis-
sion aux lois de la République en l'an IV, ce qui lui
valut d'amers reproches du parti des princes (cf.
Theiner, Documents inédits, i, 458; ii, 86; Mgr de
Beauséjour, Les Clermont-Tonnerre comtois, Besançon,
1929; Pisani, L'Église de Paris et la Révolution, ii, 232).
Il refusa d'adhérer au Concordat, mais donna sa dé-
mission en 1801 (cf. Latreille, Napoléon et le S.-Siège,
Paris, 1934, p. 206; — sur ses relations avec Talley-
rand, cf. Henri Malo, Le beau Montrond, Paris, 1926,
p. 50).
VIII. Le xix«^ siècle et l'époque contempo-
raine. — Ni le diocèse de Châlons, ni le diocèse de
Reims ne furent rétablis au Concordat : la Marne était
rattachée au diocèse de Meaux. Mgr de Barrai, évêque
de ce siège, établit un conseil spécial pour ce dépar-
tement. En 1821, à la suite des difficultés de ratifica-
tion du concordat de 1817, on forma le diocèse de
Reims, couvrant la Marne et les Ardennes. Le 6 oct.
1822, le diocèse de Châlons fut enfin rétabli, par la
bulle Pnternne caritatis. (Pour ses limites, v. carte.)
Le premier évêque fut Mgr de Prilly (1823-60) qui
restaura l'administration diocésaine. C'était un ancien
militaire de l'Empire. En 1825, il présida une grande
mission, qui se termina par l'érection d'un calvaire,
placé aujourd'hui dans la cathédrale. En 1830, son
hôtel fut pillé et, le 11 nov., le petit séminaire fut la
proie des flammes (Ami de la religion, 25 nov. 1830,
p. 167). En 1832, il confia le grand séminaire aux Laza-
ristes et fit construire, en 1838, le petit séminaire S.-
Memmie. Fa\ 1843, il écrivit contre l'LIniversité une
lettre si vive que le gouvernement en appela comme
d'abus au Conseil d'État. L'affaire fit tant de bruit
que Victor de Balabine. secrétaire de l'ambassade de
Russie, en fait mention dans son Journal, au 18 nov.
1843 (cL Le Correspondant, 25 oct. 1913, p. 293). Voir
la biographie de Mgr de Prilly par l'abbé Puiseux : Vie
nirr. d'htst. ft niï r,Éor,B. ecclés.
H. — Xn. — 11 -
32?,
Il \ i () \ < s I lî M \ I! \ I-,
32^1
et Mires de Myr de l'rilly, évoque de Châkms, liS87. Ou a
prétendu qu'il avait peu d'action sur son clergé,
lequel n'avait alors, d'après les rapports ofliciels, que
peu d'influence sur la population (cf. Jean Maurain,
La politique ecclésiastique de Napoléon III, 285). En
1856, on lui donna un coadjuteur, Mgr Bara, qui lui
succéda à sa mort en 1860. Mgr Bara, t 1864, fut rem-
placé par le futur cardinal Meignan. Les Lazaristes
donnant un enseignement qu'il juge trop inférieur, si
l'on en croit Houtin, il les renvoie (sur l'enseignement
au séminaire de Châlons après la guerre de 1870, voir
les Mémoires de Loisy, dont un chapitre est intitulé
Un grand séminaire en 1874-1878, i, 35 sq.). En 1882,
il est nommé à l'évêché d'Arras; le jour même où sa
nomination paraît à l'Officiel (20 sejit.), il quitte Châ-
lons sans prévenir personne et va s'installer à Paris où
il attend ses bulles, procédé qui donne à entendre que
ses rapports avec son clergé laissaient à désirer (abbé
Boissonot, Vie du cardinal Meignan, Paris, 1899). —
Mgr Sourrieu, qui arrive à Châlons le 14 déc. 1882,
rétablit, l'année suivante, les Lazaristes au grand sé-
minaire. Il quittera le diocèse en 1894 pour Rouen. —
Mgr Latty, futur archevêque d'Avignon, gouverne le
diocèse de 1894 » 1907. 11 préside à la réforme des
études cléricales, en édictant pour son grand séminaire
d'excellents règlements, qu'il devait compléter en 1902
par sa Lettre aux directeurs du grand séminaire (Brugc-
rette, l^e prêtre français et la société contemporaine, ii,
272). — l^e futur cardinal Sevin prit possession de
l'évêché en 1908. Il le quitta en 1912 pour Lyon. Il
réprima rigoureusement le modernisme et le Sillon, ce
qui lui a valu la réputation d'un esprit étroitement in-
transigeant, penchant vers l'intégrisme (cf. Louis de
Lacger, Mgr Mignol, Paris, 1933, p. 115). Cependant
Loisy crut voir dans son mandement de prise de pos-
session un appel paternel et cordial qui lui était
adressé (Loisy était prêtre du diocèse de Châlons; cf.
Mémoires, m, 27). La mémoire du cardinal Sevin a
trouvé un défenseur bien informé en M. le chan. Al-
loing, dont la Vie du cardinal Sevin fl8ô2-19]6j,
Paris, 1931, contient un tableau précis de l'état du
diocèse de Châlons au début du xx« s. — A l'inverse de
ce prélat son successeur, Mgr Tissier, restera fidèle au
siège de S. Memmie. Sa belle conduite durant la
guerre de 1914 lui vaudra le titre d' « évêque de la
Marne ».
La première guerre mondiale fut cruelle au diocèse
de Châlons : nombre d'églises furent endommagées;
plusieurs villages — tel Tahure — furent entièrement
rasés; ils ne furent pas reconstruits. Plusieurs prêtres
périrent à leur poste, victimes de la guerre, tel le doyen
de Sompuis. Le curé d'Esternay faillit être fusillé.
D'autre part, plusieurs prêtres se distinguèrent alors
par leur patriotisme et rendirent d'éminents services à
leurs concitoyens.
IX. Établissements religieux. — La Gallia
christiana énumère pour l'ancien diocèse de Châlons
19 abbayes, dont 16 abbayes d'hommes : 7 appar-
tenaient à l'ordre de S. -Benoît, 4 à l'ordre de S. Augus-
tin, 7 relevaient de Cîteaux, 1, enfin, appartenait à
l'ordre de Prémontré.
1° Ordre de S.-Augustin. — D'après la tradition, la
plus ancienne abbaye du diocèse était celle de S. -Mem-
mie, sise aux portes de Châlons, qui portait le nom de
son fondateur. En réalité, on connaît mal l'histoire de
cette maison, où les chanoines réguliers s'installent en
1131. Au milieu du xviii'' s., on n'y trouvera plus que
six religieux. — Châtrices, sur l'Aisne, dans la région de
Ste-Menehould, fondée par Albéron, évêque de Ver-
dun, qui y envoya huit chanoines réguliers, entre 1137
et 1145; l'abbaye donna naissance à un village (cf.
L. Brouillon, L'abbaye de Châtrices, dans Travaux de
l'académie de Reims, cxii, 1903, p. 1-108). — Tous-
suints t \. J).-dr ), à Châlons, fondée on 1013 pai-
l'évèque Roger II. rattachée en 1644 à la congréga-
tion de Ste-{icneviève. - Vertus (N.-D.-dc-), dont les
moines sont venus de S.-Médard de Soissons, appelés
par Thibaut I'^''; cette maison fut brûlée trois fois
durant la guerre de Cent ans.
2" Ordre de S.-Benoît. — Le plus célèbre monastère
du diocèse était l'abbaye de Montierender, qui aurait
été fondée au vii« s. par S. Berchaire, fils d'un seigneur
d'Aquitaine. Elle fut restaurée au ix« s. par l'abbé
Hatton, qui fit venir des moines de Stavelot. Au
xii« s., l'abbé Vuiter y établit une école qui acquit une
certaine renommée. L'église de l'abbaye est un monu-
ment de grande valeur (cf. de Lasteyrie, L'architect.
relig. en France à l'époque goth., u, 115). — Lors des
guerres de religion, les moines firent preuve d'un esprit
très belliqueux, allant jusqu'à prendre les armes; le
cardinal de Guise était leur abbé (A. Drion, Récils
historiques et pittoresques sur l'ancien monastère de
Montier-en-Der, Versailles, 1842; M. Prou, Un diplôme
faux de Charles le Chauve pour l'abbaye de Montieren-
der, dans Mémoires de l'Académie des inscriptions, ix,
215; Ferdinand Lot, Xote sur la date du polyptyque
de Montierender, dans Le Moyen Age, 1I« sér..
XXVI, 107; I,éon Delessard, î,' abbaye de Montierender
des origines à ta fin du x V s., dans Positions des thèses
de l' hJrole des chartes, 1923; Inventaire des reliques... de
Montierender, dans Annales de la Soc. d'hist. de Chau-
niont, v, 1930, p. 318). — S.-Urbain, près de Joinville,
fondé vers 862 par l'évèque Erchenrad, fut la première
étape de la chevauchée de Jeanne d'Arc (cf. Louis
Leclerc, Proposition d'une rectification à la « Gallia
christiana », dans Bull, histor. et philçl. du Comité des
travaux historiques, 1889, p. 102; H. Patry, Le béné-
dictin Claude-Cyrille Peuchot, premier archiviste de la
Hte-Marne (1743-1817), dans Le bibliographe mo-
derne. 1899, 20; G. Robert, L'acquisition de Cha-
mouilley par S. Urbain, dans Nouv. rev. de Champagne
et de Brie, 1935, p. 226). — S.-Martin de Huiron, fondé
vers 1070 par l'évèque Roger III, fut d'abord simple
prieuré (cf. dom Baillet, Chronique de l'abbaye de Hui-
ron, éd. Hérelle, dans La Réforme et ta Ligue en Cham-
pagne; Prinet, L'abbaye de Huiron, description topo-
graphique et historique, dans Rev. de Champagne et de
Brie, iv, 1878, p. 195; A. de Barthélémy, L'abbaye de
Huiron, ibid., v, 18; de Lasteyrie, L'architecture relig. à
l'époque golh., i, 225). — Moiremont, aux confins des
diocèses de Châlons et de Verdun, aurait, d'après la
tradition, été fondé au début du vii^' s. Manassès.
archevêque de Reims, y envoya des bénédictins en
1074. En 1622, elle est gagnée à la réforme de S.-
Vanne. Elle possédait de grands biens (cf. É. de Bar-
thélémy, Ann. de la Marne, 1865, p. 471 ; G. Robert,
La ville de Florent, dans Travaux de l'acad. de Reims,
cxLiii, 1931 , p. 98, et La ville neuve de Lu Neuville-au-
Ponl, ibid., cxliv, 1932, p. 112). — S.-Sauveur de
Vertus, fondé par le comte Thibaut I''' en 1080. Au
XVIII'-" s., les moines y tenaient école et l'un de ses
maîtres, dom Mabille, s'acquit une grande réputation
(cf. Maupassant, Notice sur l'abbaye S.-Sauveur de
Vertus, dans Séance publique de la Soc. d'agriculture de
la Marne, Châlons, 1839, p. 211 ; L. Grignon, L'abbaye
de S.-Sauveur-lès- Vertus, dans Rev. de Champagne, xxi,
1886, p. 225; Néret, Vertus, glanes d'histoire, Avize,
1916, p. 15). En 1789, la situation financière de cette
maison était difficile : ses maigres revenus ne lui per-
mettaient pas d'amortir 11 000 livres de dettes
criardes (cf. .I.-E. Godefroy, Les l>énédictins de S.-
Vanne et la Révolution, Paris, 1918, p. 126). Béné-
dictines de l'abbaye à'Andecy (v. D. H. G. E., ii, 1556
sq.) — Enfin S.-Pierre-aux-Monts (v. supra, col. 304).
3" Ordre de Ctteaux. La très riche abbaye de
Trois-Fontaines, fondée par le comte de Champagne
i; Ti \ i.o \s-sr I! M \ i; \ i
Hugues l", CM 1 1 U). eut. dès 1 i;57, six abbayes filiales
dont Cheminon. Montiers-en-Argoniie (voir ei-dessous)
et Haiitefontaine. (dioc. de (;hâlons). La Chnrmoyc,
fondé en 1167, par le comte de Champagne Henri
le Libéral. — Montiers-en-Argonne, fondé par l'évêque
Godefroy I'''' en 1134, fut d'abord occupé par des
augustins. Des cisterciens les remplacent en 1144;
filiale de Trois-Fontaines. — S.-Jacques de Vitry,
fondé en 1235 par Thibaut, comte de Champagne, in-
cendié avec le bourg en 1420. — N.-D. de S.-Dizier,
plus connue sous le nom de S.-Pantaléon, fondée en
1227 par Guillaume de Dampierre et Marguerite de
Flandre.
4" Ordre de Prémontré. — N.-D. et S. -Maurice de
Moncelz, filiale de Braine, abbaye fondée en 1142, qui
ne devint jamais très importante. Ni les guerres du
Moyen Age, ni celles de la Ligue ne lui portèrent préju-
dice. En 1789, on y trouvait un abbé et quatre reli-
gieux (cf. Rev. Mabillon, m, 51 ; Diderot a fait de cette
maison le cadre de son roman Jacques le fataliste). —
Dans son livre Le diocèse ancien de Ctiàlons-sur-Marne
(i, 214), Barthélémy signale un monastère à Han-
court, mais il déclare lui-même n'en avoir trouvé
qu'une siïiiplc mciilioii flans un titre des archives
(l'Ulmoy.
.")" Prieurés. L'un des i)rieurés les plus iniporlanis
du diocèse était Épineuseval, près de Wassy (act. dioc.
de Langres); fondé par la famille de Dampierre, ses
biens étaient considérables. U dépendait de l'abbaye
du Val des Écoliers. Il disparut à la Révolution et il
n'en reste plus, pour ainsi dire, pierre sur pierre (cf.
Valin, Le prieuré d' Épineuseval, Wassy, s. d., [1930]).
— Cette région comptait eu outre : le prieuré S.-Fincre
de Mathons, connu sous le nom de Maison des Bons-
hommes, établi dans les dernières années du xii" s., pro-
bablement à l'instigation du l)aron de Joinville; il fut
peuplé par des moines de Grandmont (É. de Barthé-
lémy, Cartulaire du prieuré de Mathons, dans Mém. de
la Soc. d'agricult. de la Marne, Châlons, 1883, p. 89). -
A S.-Dizier, nous rencontrons le i>rieuré S.-Thiéhaut
(cf. C. Petit, Le prieuré de S.-Thiébaut de Passeloup à
S.-Dizier, dans Nouv. rev. de Champagne et de Brie,
XII, 1934, p. 129), et, aux environs, le prieuré de
Perthes. — A Joinville, des bénédictins occupaient le
prieuré Ste-Anne (D. H. G. E., ii, 1146) et des béné-
dictines le prieuré N.-D. de Pitié, maison fondée en
1553 par Antoinette de Bourbon. En 1557, Paul I\'
prononça l'annexion à cette maison du prieuré voisin
de S.-Jacques; en 1842, les bâtiments furent occupés
par les religieuses de l'Annonciade (cf. G. Robert,
N.-D. de Pitié de .Toinville, dans Nouv. rev. de Cham-
pagne et de Brie, ix, 1931, p. 100). — Près de Joinville,
le prieuré de bénédictines, N.-D. de Valdine ou
d'Osne-le-Val, qui dépendait de Molesmes, fit fâcheu-
sement parler de lui au début du xvii« s. Il fut trans-
féré en 1701 près de Charenton par Noailles; il abritait
alors une prieure et 35 religieuses (cf. Jobin.Le prieuré
du Val d'Osne à Charenton, Paris, 1883, et Vatin, Le
prieuré d' Épineuseval, 49). Non loin de là, dans le
canton actuel de Joinville, se trouvait le prieuré de
femmes de Vecqueville (ou Évêque-Ville). — A Wassy,
le prieuré Notre-Dame, relevant de Montierender,
appartient d'abord, à partir de 1625, aux jésuites de
Reims, pour revenir ensuite aux bénédictins. — A
4 km. de cette ville, le prieuré des Ermites de Wassy
relevait de la fameuse abbaye du Val des Écoliers. On
trouve également, dans le voisinage, les prieurés de
Planrupt, Trois-Fontaines-Ville et Villiers-aux-Bois.
Le prieuré de Trois-Fontaines-Ville était situé à Épin-
lieu; il a laissé de beaux restes d'une église du xii» s.
A Villiers-aux-Bois, le prieuré Ste-Anne (omis, semble-
t-il, dans Cottineau), fondé, selon toute probabilité,
par un sire de Joinville, relevait de Montierender.
Dans le diocèse actuel de Cliàlons. c'est dans la
( région du Perthois (qui touche d'ailleurs au territoire
du diocèse actuel de Langres) que les prieurés étaient
les plus nombreux. Dans cette région, le prieuré béné-
dictin de Sermaize relevait de l'abbaye de S.-Oyan
(dioc. de Dijon). En 1428, le prieur-curé de Sermaize
était Henri de Vouthon, frère d'Isabelle Romée, oncle
\ de Jeanne d'Arc (cf. A. Lesort, Les chartes de fonda-
tion du prieuré de Sermaize, dans Bull, philol. et hist. du
Comité des trav. hist., 1922-24, p. 99). — A Heiltz-le-
Maurupt (ch.-l. de cant. du Perthois), le prieuré d'Ul-
moy, O. S. B., relevant de S. -Bénigne de Dijon (cf.
! de Barthélémy, Cartulaire du prieuré d'Ulmoy, dans
j Mém. de la Soc. d'agriculture de la Marne, Châlons,
I 1883, p. 89), et, non loin de ce bourg, prieurés de Va-
\ naull-le-Châtel et de Vanault-les^Dames. Ce dernier
j abrita d'abord des religieuses, puis des chanoines régu-
j liers (Longnon, Pouillé, vi, 146, 1G4, 173, 716). —
j Vitry-le-Brûlé, à 4 km. de Vitry-le-François, comptait
deux prieurés : Ste-Croix, O. S. B., relevant de S.-
Pierre de Châlons, et S.~Thibaud, qui abritait des clu-
nistes. — Les prieurés de Charmont, de Possesse (S.-
' Crépin), de Larzicourt, situés dans la même région,
! n'ont pas laissé de souvenirs notables. — De l'autre
' côté de la Marne, vers S.-Remy-en-BouzemonI , le
1 prieuré de S.-Chéron n'a pas jeté plus d'éclat,
î Au centre du diocèse, le prieuré de Melette (village
situé près de l'Épine, cjui disparut vers le xvii" s.)
relevait de l'abbaye de Toussaints; celui de Courtisais,
sous le vocable de Ste Madeleine, passa au séminaire;
celui de S.-Michel-lès-Châlons (comm. de Fagnières),
qui relevait, lui aussi, de Toussaints, fut détruit par les
Anglais en 1351. Nous ne savons rien du prieuré de
i Chepy. Quant à celui de Vinets, occupé par des béné-
! dictines soumises à Molesme, il était situé tout d'abord
! dans la commune de S.-Martin-sur-le-Pré, aux portes
! de Châlons, et émigra, au début du xvii« s. , à l'intérieur
i de Châlons (cf. O. Beuve, Rapport sur le concours
j d'histoire, dans Mém. de la Soc. d'agriculture de la
i Marne, xvii, Châlons, 1920, p. 63). — Dans le nord du
diocèse, sur l'Aisne, le prieuré S.-Laurent de Chaude-
fontaine relevait de l'abbaye S. -Vanne de Verdun; il
lui fut enlevé en 1606 pour être donné aux jésuites;
Braux-S.-Remy, maison importante (cf. G. Robert,
Visite des prieurés de S.-Remi de Reims en 1560 et 1561,
Reims, 1913; voir aussi note dans Rev. de Champagne
et de Brie. 1887, p. 211); Ste-Menehould. fondé vers le
milieu du xiii'' s. j^ar l'abbaye de Moiremont, et Ante,
près de Dommartin-sur-Yèvre, qui relevait de l'ab-
baye de Toussaints. — Au Nord-Ouest, Grauves,
Montmort (prieuré Notre-Dame, dépendant de La
Charité-sur-Loire), Oger (fondé en 1153, dépendant de
Toussaints), Mesnil-sur-Oger, Chainlrix n'ont guère
laisse que leurs noms. — Quant aux prieurés de Gu-
monl et de Boucheraumont (sous le vocable de S. Louis),
nous n'avons pu les localiser; nous savons seulement
qu'ils faisaient partie du doyenné de .loinville. C'est
de Boucheraumont que sont venus les religieux qui,
en 1299, [irirent en charge le couvent des Rillettes
à Paris (Dumoulin et Ontardel, I^es églises de la Seine,
Paris, 1936, p. 94).
6» Ordres mendiants. — L'évêque Guillaume du
Perche avait appelé les dominicains et les cordeliers à
Châlons. Cosme Clausse y appela les récollets, malgré la
vive opposition des cordeliers. On trouvait également
des récollets à Vitry-le-François et des cordeliers à
Joinville (cf. Note sur les récollets en Champagne, dans
Rev. de Champagne et de Brie, 1884, p. 262). Les capu-
cins étaient établis à Ancerville, à S.-Dizier depuis
1613, à Ste-Menehould depuis 1619, à Joinville depuis
1635, à Wassy depuis 1643. Dans cette ville, c'étaient
des capucins irlandais, du moins depuis 1685 (J. Mas-
siet du Biest, Notes sur les archives des capucins irlan-
(. Il A I () \ S-SI' R- M \ I! \ K
dais, (ians Travaux de VAcad. ludionah de Reims.
cxxxviii, 1924, 1). 245). Kn général, les ciipucins reii
contrèrent dans le diocèse la plus vive opposition :
c'est ainsi que, malgré les instances de Richelieu, la
ville de Châlons leur ferma ses portes et qu'ils ne
purent s'y installer. — Il y avait des ermites de S.-
Auguslin à Châlons et des minimes à l'fipiiie (lfi24) et
à Vitry (1616).
7" Autres ordres. — Les trinitaires avaient une mai-
son à Châlons, à Vitry (depuis 1225), à I.a Veuve, à
Fère-Champenoise, à Ste-Notre-Dame (Deslandes,
L'ordre des Trinitaires, i, 1903, p. 484). — L'ordre du
Temple avait de nombreuses maisons en Champagne.
C'est au concile de Troyes de 1128 que sa règle fut
solennellement approuvée. Hugues de Payens fonda,
dès avant 1132, la préceptorerie de La Neuville-au-
Temple, puisqu'à cette date nous voyons l'évêque de
Châlons donner des terres « au Temple qui est à La
Neuville ». Cette maison fut richement dotée. Les
Templiers reçurent le village de S.-Hilaire. En 1142, ils
prennent la direction d'un hôpital à Possesse; en 1166,
ils s'établissent à Maucourt, là-même où s'élèvera
Vitry-le-François. Entre 1177 et 1191, ils fondent la
maison de Noirlieu, appelée La Neuville-lez-Épense,
puis celles de S.-Amand (près de Vitry) et de Bussy
(près (le Châlons). — L'ordre de S.-Jean de Jérusalem
avait un hôtel à Châlons, établi vers 1140, une maison
à Aultrecourt, un petit hôpital à Hraux (près de Ste-
Menehould), l'hôpital de Wassy, une maison à S.-
Amand. La destruction de l'ordre du Temple, en 1312,
ne produisit aucune commotion dans le diocèse et
l'ordre de S.-Jean hérita paisiblement des biens de son
rival (cf. E. de Barthélémy, Notes sur les établissements
des ordres religieux et militaires du Temple, de S.-Jean
de Jérusalem et de S. -Antoine de Viennois dans l'ancien
archidiocèse de Reims, dans Travaux de l'Acad. natio-
nale de Reims, lxx, 1882, p. 1; A. de Barthélémy, Les
maisons du Temple en Champagne, dans Rev. de Cham-
pagne et de Brie, 1891, p. 391).
8" Congrégations diverses. — On trouvait des jésuites
et des lazaristes à Châlons-sur-Marne; des ursulines,
depuis 1646, à S.-Dizier, et, dans cette ville, des Dames
régentes de la congrégation des Filles de la Croix, qui
donnaient l'instruction gratuite. Elles continuèrent à
vivre en communauté jusqu'au 2 août 1794. Il y avait
en outre de nombreuses religieuses desservant les éta-
blissements hospitaliers.
9° Établissements hospitaliers. — 11 est difficile de
faire confiance à la tradition selon laquelle il n'y aurait
pas eu moins de quinze hôpitaux à Châlons, dont cer-
tains auraient été fondés par S. Memmie ou S. Alpin.
Cependant, d'après Barthélémy, il y existait, dès 920,
un hôpital S.-Étienne, dont le chapitre avait la direc-
tion. Pour les autres établissements hospitaliers de
Châlons, voir la première partie de cet article :
Châlons (Ville). — L'hôtel-Dieu de Vitry-le-Fran-
çois, fondé en 1567, était desservi en 1575 par quatre
Pères de la Charité qui s'affilièrent par la suite à
l'institut des Frères de S.-Jean-de-Dieu (cf. H. Ade-
net. Origines et fondation de l'hôpital général de Vitry-
le-François, dans Almanach- Annuaire Matot-Braine,
1906, p. 359). Celui de Wassy fut, à l'origine, desservi
par l'ordre de S.-Jean de Jérusalem; celui de S.-Dizier
devait sa fondation aux sires de Dampierre, mais il ne
prit jamais un grand développement. On sait, d'autre
part, qu'il existait des Maisons-Dieu à Hans (près de
Ste-Menehould, établissement important), à Romi-
court, à Boucheraumont, à Joinville, à Arzillières. à
S.-Chéron, à Possesse et, sans doute, à 3 autres en-
droits e)>core. Quand on constate que le bourg de
S.-Memmie possédait sa léproserie, on est en droit de
supposer que les établissements de ce genre étaient
nombreux dans le diocèse (sur la léproserie de Vertus,
cf. I.. Le Giaiid, Pour composer l'histoire d'un établisse
ment hospitalier, dans Introd. aux études d'hisi. rrriés.
locale. 11, 456 et 457).
10° Collégiales. — • On en comptait trois à Châlons
(cf. supra, col. 306), une à Joinville (le chapitre S.-
Laurent, fondé au xii'' s. par Geoffroy III de Join-
ville) ; une à Vitry-en-Perthois, qui se trouvait sous la
dépendance de l'abbaye de S.-Pierre-aux-Monts et du
chapitre S.-Étienne de Châlons et qui fut transférée à
Vitry-le-François après l'incendie de Vitry-en-Per-
thois; une à Vertus (chapitre S. -Jean-Baptiste, quali-
fié, dans les deux derniers siècles de l'Ancien Régime :
« Chapitre royal »; fondé en 1188, il comprit jusqu'à
24 chanoines, mais, à la fin, il n'en comptait plus que 7).
X. PÈLERINAGES. — On ne connaît guère qu'un
pèlerinage, celui de N.-D. de l'Épine, près de Châlons.
Son origine est la découverte — classique — d'une
vierge dans un buisson par un jeune berger. L'événe-
ment serait de 1409 ou de 1419. L'église, commencée
presque aussitôt, fut bâtie en trois campagnes : elle ne
fut achevée qu'en 1524. Les Lorrains fréquentaient
volontiers ce pèlerinage (cf. Siméon Luce, Jeanne
d'Arc à Domrémy, Paris, 1887, p. 272). L'église est
grande comme une cathédrale; elle imite S.-Nicaise et
Notre-Dame de Reims (cf. E. Misset, N.-D. de l'Épine
près Châlons-sur-Marne, la légende, l'histoire, le monu-
ment et le pèlerinage, Paris, 1902; H. Stein, N.-D. de
l'Épine à l'époque révolutionnaire, dans Nouv. rev. de
Champagne et de Brie, 1935, )). 212; sur l'église, cf.
de Lasteyrie, L'architecture relig. en France à l'époque
gothique, i, Paris, 1926, p. 528; ii, 491; Luc Benoist,
N.-D. de l'Épine, Paris, 1933).
Dom François, Hist. du diocèse de Châlons-sur-Marne,
ms. (xviii« s.) de la biblioth. de Châlons-sur-Marne. —
Abbé Gagney, Hist. ecclés. de Châlons, ms. de la biblioth.
de Vitry {Catal. général, xlii, n. 98). — Rapine, Ann.
ecclés. du diocèse de Châlons, 1636, et Discours sur la Vie de
S. Memmie, éd. revue, 1869. — Faron, Hist. et Vie de
S. Alpin, 165(1. — Gall. christ., ix. — Dom Marlot, Hi.it. de
la ville, cité et université de Reims, éd. latine, 16r)6; éd.
française, 1841}. - L. Fr. Xav. Beschefer, Disserlalion sur hi
mission de S. Memmie, premier é.véque de Châlons, Chftlons,
1756. — Clouet, Hist. ecclés. de la province de Trêves et des
pays limitrophes, i, Verdun, 1844; ii, 1851. — Gard. Gous-
set, Actes de la province ecclés. de Reims, 4 vol. 1X1-4°, 1842. —
J. Garinet, Mém. sur l'établissement du christianisme à Châ-
lons et sur les institutions qui s'y rattachent, Chaions, 18,37. —
Ravenez, Origines des Églises de Reims, de Soissons et de
Chdions, 1858. — Éd. de Barthélémy, Diocèse ancien de
Châlon.^-sur-M(trne, histoire et monuments, Paris, Chaumont
et Châlons, 1861, et Catalogue histnr. des évêques de Châlons.
dans Annuaire de la Marne, 188;i. — L. Grignon, Le diocèse
de Châlons en 1405 (avec carte), dans Além. de la Soc.
d'agriculture de la Marne, Châlons, 1890, II" part., p. 1. —
Abbé Millard, Variétés sur le diocèse ancien de Châlons,
,3 vol., 1891, et Le clergé du diocèse de Châlons-sur-Marne :
la Révolution, Châlons, 1903. — P. Pelicier, Valeur des
rentes de l'évêché de Châlons en 1SJ2, dans Mém. de la Snc.
d'agriculture de la Marne, II' sér., v, 1903, p. 123-58. —
R. P. L. de Chérancé, Le premier apôtre de Châlons, Reims,
1898. — Correz, Recherches sur S. Élaphe et S. Lumier, 17' et
18' évèques de Châlons, Châlons, 1907. — Misset, La légende
de S. Memmie, ou Menge, patron du diocèse de Châlons, 1907;
S. Memmie, la gens Memmia et Regulus, Paris, 1912; Le
P. Rapine en contradiction avec la tradition châlonnaise,
Paris, 1913 (à rapprocher de Lucot, P. Rapine annaliste
châlonnais (1593-1648), dans Mém. de la Soc. d'agriculture
de la Marne, 1881, p. 161). — E. .Tovy, Une mystique en pays
perthois au XVII' s., Marie Douzy de Verzet (1639-79), Vi-
try-le-François, 1913. — Lettre circulaire de Mgr de Prilly,
évêque de Châlons sur le clergé de l'arrondissement de Vitry-
le-François, dans Soc. îles .sciences et arts de Vitry-le-
François, XXI, 661; Le séminaire de Soudé-Ste-Croix, ibid.,
693. — Houtin, La controverse de l'apostolicité des Églises de
France au XIX' s., Paris, 1903, p. 87, 197, 234, 240, 256, 278.
280. — Lallement, Nos séminaires et nos évêques au lende-
main de la Révolution, Châlons, 1924. -— Vercauteren,
Élude sur les « civiiates ' de la Relqiqne seconde. Contribution
32y C HALUNb-SUK-MAH
à l'histoire urbaine du Nord de la France, de la fin du ///«s. (i
la fin du XI' s., dans Mém. de l'Acad. royale de Belgique,
XXXIII, Bruxelles, 1934. — G. Le Bras, État religieux et
moral du diocèse de Châlons, dans Rev. de Champagne et de
Brie, 1935, p. 162-80. — Crozet, Hist. de Champagne,
passim. — William Meiidel Newman, Le domaine royal sous ]
les premiers Capétiens, Paris, 1937, p. 216. — G. Rigault, j
Hist. génér. de l'institut des Frères des Écoles chrétiennes, j
I, Paris, 1937, p. 37, 397, 409; m, Paris, 1940, p. 113. — |
Communications de M. l'abbé Ulrich, curé de Courtisols, de
M. l'abbé Gauroy, curé de S. -Loup de Châlons, de
Mlle Maillet, de M. le chanoine Foillot. — ■ Walter Maas,
Les moines défricheurs, étude sur les transformations du
paysage aux confins de la Champagne, Moulins, 1944.
C. Laplatte.
CHALUS (AiMEWic UE). Voir Aimeric de Cha-
Lus, I, 1174-76.
CHAM. Voir (^hammuensi ek.
CHAMALIÈRES,
Arvernensc, dans les dioc, caut. et arr. de Cleriiiont
(Puy-de-Dôme). Le comte de S.-Geiiès, sur le conseil
de l'évêque S. Prix ( Praejectus ) , y fonda, vers 665,
une abbaye de moniales sous les règles des SS. Benoît,
Césaire et Colomban. Par la suite, celle de S. Benoît
seule prévalut. Cinq églises y furent édifiées; celle de
S. -Pierre était occupée par les moniales, celle de Ste-
Cécile par les moines. Au xvii« s., ces communautés
furent remplacées par un collège de douze chanoines.
— On y conservait le corps d'une Ste Thècle. A la
reconnaissance qu'on en fit, en 1684, on découvrit une
inscription du ix« s. identifiant cette sainte locale, ou
soi-disant locale, avec Thècle, la martyre d'Iconium,
supposée contemporaine de S. Paul. — L'église prin-
cipale fut reconstruite en partie au xii« s. et au
xvii« s. Son entrée est précédée d'un narthex remar-
quable.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'aiir. France,
V, 88. — Cottineau, 676-77. — H. et E. du Banquet, Église j
de Cit. près de Clermont-Ferrand, dans Rev. d'Auvergne, i
XLVi, 1932. p. 1-68. — Gall. christ., n, 321. — Mabillon, |
Ann., 1, 328. — G. Morin, La formation des légendes proven-
çales, dans Rev. bénéd., xxvi, 1909, p. 24-31. — - Tardieu,
Hist. de Montferrand et de Chamalières, Clermont, 1876.
R. Van Doren.
CHAMARD (Dom François), bénédictin, né à
Cholet (Maine-et-Loire) le 16 avr. 1828, ordonné prêtre
le 17 déc. 1853, entra à Solesmes le 14 août 1854, fut
envoyé à Ligugé le 23 juin 1865; de 1890 à 1894 fut
prieur de S.-Maur de Glanfeuil. Réfugié en Belgique
par suite des expulsions, il mourut à Chèvetogne le
9 juill. 1 908. — Dom Chamard s'occupa de l'histoire du
Poitou et publia, en 1863, les Vies des saints person-
nages de l'Anjou. Il s'intéressa surtout à l'étude des
origines chrétiennes et à l'histoire apologétique de
l'Église, et dans son ouvrage Les Églises du monde
romain et notamment celles des Gaules pendant les trois
premiers siècles (1873), se fit l'âpre défenseur de l'apos- j
tolicité de ces églises. Sous forme d'annales (1869-89),
il continua l'Histoire ecclésiastique de Rohrbacher. Son
meilleur travail traite des Reliques de S. Benoît (1882);
il établit le caractère historique de la translation
au vi« siècle.
Bull. S. Mart. et S. Ben., xvi, 308-12. — P. de Montsa-
bert. Le R. P. dom Chamard, dans Bull. S. Mort, et S. Ben.,
XVII, 1909, p. 108-17; Id., Dom Fr. Chamard, Ligugé, 1909.
— Polybiblion, 1908, p. 177. — «eu. d'hist. eccl., ix, 1908,
p. 642. — Catholicisme, ii, 878.
R. Van Doren.
CHAMAY (Henri de), O. P., remplaça comme
inquisiteur du Languedoc Jean Duprat, nommé
évêque fl'fivreux le 11 avr. 1328, et exerça sa charge
jusqu'il la date de nomination de son successeur,
.\yinoii de Caumont (20 janv. 1337). Ses actes de pro-
iNh (, l-JAA)BAKLliA(, iiijU
cédure sont inclus aux mss. A'XF// et xxviii du fonds
Doat à la Bibl. nat. de Paris. On lui doit en particulier
le renouvellement par Philippe VI de Valois des privi-
lèges accordés aux inquisiteurs par les rois de France
{Ordonnances des rois de France, ii, Paris, 1723, p. 40).
Le roi fit plus encore, en signifiant aux sénéchaux de
Nîmes, de Carcassonne et de Toulouse de les respecter
(Hist. de Languedoc, x. Toulouse, 1889, Preuves,
col. 37-38).
C. Douais, Documents pour servir à l'histoire de l'Jnguisi-
tion dans le Languedoc, Paris, 1900. — Lea, Hist. de l'Inqui-
sition, trad. S. Reinach, ii, Paris, 1900-02. — J.-M. Vidal,
Bullaire de l'Inquisition au XIV' s., Paris, 1913 (voir la table
des matières).
(i. MOLLAT.
CHAMBARAND, Campus «ru/irfw.s, abbaye de
cisterciens-trappistes fondée en 1868, près de Roybon.
dép. de l'Isère, dioc. de Grenoble. Mgr Ginouilliac.
avant de quitter le siège de Grenoble pour relui de
Lyon, avait acheté le terrain nécessaire, l'abbé Coiu-
balot avait fait don d'une ferme qu'il possédait dans
cette même région, et l'abbé de Sept-Fons, Jehan,
baron de Durât, avait envoyé une colonie de ses
moines. Les débuts furent extrêmement pénibles en
raison du sol ingrat; deux prieurs s'y succédèrent
rapidement : dom Alphonse quitte en 1870 et dom Jé-
rôme Guénat en 1873. Le troisième, dom Antoine
Gaillard, devint abbé en 1878. Dom J.-B. Chautard le
remplaça en 1897 jusqu'à son élection à Sept-Fons en
1899. Depuis lors des moniales trappistines ont rem-
placé les moines.
E. Beaumont, Sept-Fons moderne et contemporain (1789-
1936), Moulins, 1938. — Janauschek, Origines cisterc.
Vienne, 1877, p. lxxvi. — Nortet, N.-D. de la Trappe de
Chambarand, Grenoble, 1876.
J.-M. Canivez.
CHAMBARLHAC (Philippe de). Natif du Pé-
rigord, il étudia le droit civil et acquit les titres de pro-
fesseur et de docteur. La i)rotectiou du cardinal Ar-
naud de Via, neveu de Jean XXII, lui procura des bé-
néttces, canonicats et prébendes à Mende et à S. -Pierre
de Rome (27 et 28 déc. 1326), qu'il put cumuler avec
ceux de S. -Front de Périgueux — la provision datait
du 20 juin 1324 — et de Compostelle (24 sept. 1332).
L'archidiaconé de Gand et un canonicat à Tournai
(4 oct. 1333) lui échurent encore (G. Mollat, Lettres
communes de Jean XXII, v, n. 19795; vi, n. 27391 et
27396; xii, n. 58443; xiii, n. 61667, 61668). — Le
1" sept. 1332, Philippe recevait de la Chambre aposto-
lique 40 florins d'or afin d'atteindre Rome, où le pape
l'avait chargé de veiller à la bonne gestion des of-
frandes déposées sur l'autel de la confession, à S.-
Pierre (K. H. Schâfer, Die Ausgaben der apostolischen
Kammer unter Johann XXII., Paderborn, 1911,
p. 536, et G. Mollat, op. cit., xii, n. 58391). Un docu-
ment du 30 nov. 1332 (ibid., n. 59050) lui attribuait le
titre de chapelain pontifical et un autre du 20 juin 1333
{ibid., n. 60597) celui de vice-recteur du patrimoine de
S. -Pierre. Dès sept. 1332, Philippe avait été mandaté
afin de recevoir la soumission de Viterbe, révoltée
contre l'Église romaine. Il prit possession des clefs de
la ville et du château de Sipicciano et leva toutes les
sentences d'excommunication précédemment promul-
guées contre les rebelles. Jean XXII apprécia ses
talents et le dota de la lourde charge de recteur du
patrimoine (1" juill. 1333) (Mollat, op. cit., xii,
n. 61317).
La pacification du domaine ecclésiastique exigeait
de l'habileté et de l'énergie : Philippe arracha, par la
force des armes, Orchia, qu'avait usurpé Lando Gatti,
et réduisit à l'impuissance un agent de désordres. Ame-
lia cl Todi donnèrent aussi de gros soucis au recteur.
Jean XXII n'eut qu'à se louer de son zèle. Légiste
331
C H A MB A liL 11 AL
— C H A M BÉH\
332
avant tout, son serviteur lidèle voulut mettre un
terme définitif aux contestations perpétuelles que les
sujets de l'Église soulevaient à tous instants, en com-
mençant la recollection des parchemins attestant les
droits que possédait le S. -Siège. Le fruit de ses
recherches formera l'amorce du précieux Regislram
curiae patrimonii beali Pétri iii Tiiscia, encore existant
aux Archives Vaticanes.
Remplacé par Hugues Augier le 13 sept. 1335, Phi-
lippe fut destiné par Benoît XI l à la carrière diploma-
tique (J.-M. Vidal, Lettres patentes et closes de Be-
noît XII, I, n. 527). En 1336, il franchit les Pyrénées
afin d'amener le roi de Majorque et le vicomte de Roca-
berti à conclure des trêves (Vidal, op. cit., n. 835-39,
845 et 895). Des lettres de créance du 4 déc. 1336 lui
enjoignirent de liavaillcr à conclure la jjuix entre
Philippe \1 du N'alois el Édouard III, roi d'Angle
terre. Des aniliassadeurs des deux princes avaient solh-
cité de Benoit Xll de s'interposer entre eux. Mais les
exigences du roi de l-rance rendirent stériles les négo-
ciations entamées et Philippe de Chambarlhac reçut
des lettres de rappel, le 6 févr. 1337 (G. Daumet,
Lettres closes, patentes et curiales de Benoît XII,
n. 238, 241, 244, 246 et 270). Il fut plus heureux dans
la suite, en rétablissant la concorde entre la maison de
Savoie et les dauphins de Vienne qui étaient en lutte
depuis de longues années (ibid., n. 335 et 357). Le
30 janv. 1338, une dernière tâche lui restait à accom-
plir, celle de lutter contre les usurpateurs des biens
ecclésiastiques qui avaient profité des bouleverse-
ments politiques en Savoie et en Dauphiné pour arron-
dir leurs domaines ; leur faire rendre gorge fut difficile
{ibid., n. 402 et 403).
A un homme qui avait bien servi l'Église, une ré-
compense s'imposait. Benoît XII le pourvut de l'évê-
ché de Sion (22 mai 1338) et Clément VI de l'arche-
vêché de Nicosie (25 sept. 1342). Transféré sur le siège
de Bordeaux le 21 juiU. 1360, Philippe de Chambar-
lhac mourut en juin 1361, à S.-Thibéry (Hérault).
Œuvres. - Rapport sur la situation politique du
patrimoine de S. -Pierre adressé au pape et publié par
R. Cessi, Roma ed il patrimonio di San Pietro in
Tuscia dopo la prima spedizione del Bavaro, dans Ar-
chivio délia società romana di storia patria, xxxviii,
1914, p. 57-86.
M. Antonelli, Vicende delta doniinazione puiitificia nel pa-
Irimonio di San Pielro in Tuscia dalla Iraslazione delta Sede
alla reslaurazione delV Albornoz, Rome, 1904, p. 75-82 et
198. — P. Fabre, Registruin curiae patrimonii Reati Pétri in
Tuscia, dans Mélanges d'archéol. el d'hist., ix, 1889, p. 298-
320. — A. Sorbelli, Vilerbo nella storia delta Chiesa, i, Vi-
terbe, 1007. — C. Calisse, / prefeiti di Vico, Home, 1887. - -
A. Theiner, Codex diploinaticus dominii temporulis Sanctae
Sedis, I et ii, Rome, 1861. — G. Krmini, 7 rettori provinciali
delta slato delta Chiesa, (la Innocenzo III ail' Albornoz, dans
Rivista di storia del dirilto italiano, iv, 1931, p. 29-101. —
J. Gremaud, Rull. de la Soc. d'bisl. et d'archéol. du Périgord,
VI, 1879, p. 273-76. — De Mas-Lastrie, dans Archives de la
Soc. de l'Orient latin, u, part. I, 1884, p. 267-72. — Mé-
moires et documents de la Soc. d'hist. de Suisse romande,
1876-80, XXX, 577-78; xxxii, 141-44. — H. de Montégut,
Philippe de Chambarlhac, évègue de Siou, arclievèque de
Rordeaux, dans Rull. de la Soc. d'hist. et d'archéol. du Péri-
gord, xxxiv, 1907. — Gall. christ., u, 836.
G. MOLLAT.
CHAMBÉRY. — l. ville. — I. Histoire som-
maire. II. Cathédrale. III. Ste-Chapelle. IV. Églises
paroissiales. V. Établissements religieux.
I. Histoire sommaire. — La ville de Chambéry est
construite au pied de la colline au haut de laquelle se
trouvait la station romaine de Léinenc, mentionnée
par V Itinéraire d'Antonin (Lemnicum) et par la Table
de Peutinger (l.emencum). Elle est située dans inie
petite vallée au sol sablonneux et maivcageux, ([u'ar-
rosent les torrents de la Leysse et de l'.Mbane, à la
jonction des routes de Lyon, de Grenoble, de Genève
et de l'Italie.
Les premières mentions de Chand)éry (Camberia-
cum) ne remontent pas plus haut que le xr' s. En 1288.
le comte de Savoie. Amédée V le (irand, lit l'acquisi-
tion du château qu'il agrandit et fortifia, pour y fixer
: sa résidence et faire de Chambéry sa capitale. Amé-
. dée VI, dit le comte Vert, commença en 1371 la
construction de nouveaux remparts; et l'érection de la
i Savoie en duché, en 1416, donna à la ville un éclat nou-
veau par la cour nombreuse et brillante qui vint
s'y fixer.
Chambéry tomba aux mains des Français en 1536,
sous le règne de François l'"'; et l'occupation dura jus-
qu'au traité du Cateau-Cambrésis, en 1559. qui restitua
le duché au tluc Emmanuel-Philibert. En 1562. celui-ci.
; sans doute pour elle |>lus à l'abri en cas de nouvelle
j guerre, li\a sa résidence à Turin, laquelle devint bien-
j tôt la capitale du duché. Chambéry ( ounul de nou-
veau l'occupation française sous Henri l\ . de 1600 à
1601; sous Louis XIIL de 1630 à 1631, et sous
Louis XIV, de 1703 à 1713. Pendant la guerre de Suc-
cession d'Autriche, ce furent les Espagnols qui en-
trèrent dans la ville à deux reprises, en 1 742 et en 1 743.
I En 1792, les Français s'emparèrent encore de Cham-
1 béry, y amenant la Révolution qui en fit le chef-lieu du
1 nouveau département du Mont-Blanc; situation qui
' dura jusqu'au traité de Paris, en 1815. Enfin, en 1860,
j par l'annexion définitive de la Savoie à la France,
Chambéry devint le chef-lieu du département de la
Savoie. Ajoutons que la ville connut encore l'occu-
pation allemande de 1942 à 1945.
Au cours de son histoire, en plus du joug que l'étran-
ger lui fit subir à maintes reprises, Chambéry eut plu-
sieurs fois à souffrir de grandes calamités, comme
furent les inondations provoquées par des pluies tor-
rentielles en 1550, 1551 et 1553, ce qui nécessita l'éta-
blissement d'une digue dont la construction et l'entre-
tien coûtèrent des sommes considérables; comme les
ravages de la peste en 1551 et 1564; comme aussi la
Terreur qui y régna en 1793 et la dictature du sinistre
Albitte en 1794; sans compter l'épouvante provoquée
j par l'invasion des Voraces en 1848. Le dernier en date
! de ces malheurs est le bombardement de l'aviation
î anglo-américaine dont les appareils lâchèrent sur
Chambéry, le 26 mai 1944, plus de 400 bombes, cau-
sant en un instant la mort de 120 personnes et jetant
par terre un nombre considérable de maisons.
II. La cathédrale. — Quand, en 1779, Chambéry
fut érigée en évêché. on choisit pour cathédrale la vaste
! église des Franciscains conventuels, construite en 1439
j et consacrée en 1488 en l'honneur de S. l'^rançois d'As-
j sise, laquelle était devenue j)aroisse en 1777 i)our rem-
placer l'église S. -Léger démolie.
Le nouvel évèque, qui devait relever immédiatement
du S. -Siège, hérita des prérogatives et des revenus du
j doyen de la Ste-Chapelle du château, dont le chapitre
j fut transféré à la cathédrale.
j C'est à l'église S. -François qu'en 1453 on avait dé-
posé le S. Suaire avant son transfert à la chapelle du
château en 1502. Désafi'ectée en 1793, la cathédrale
devint, comme temple décadaire, le théâtre de toutes
les mascarades révolutionnaires. En 1802, le Concor-
dat la rendit au culte, mais avec pour patron non plus
S. F"rançois d'Assise, mais S. François de Sales.
III. La Sainte-Chapelle. — Construite par Amé-
dée VIII au commencement du xv« s., la chapelle
i ducale du château de Chambéry prit le nom de Ste-
! Chapelle en 1502, quand elle abrita le S. Suaire, qui
' devait être transféré bientôt â Turin, en 1578, en même
temps ([uc la cour se transporta au delà des monts.
La Sle-(;iiai)elle était soumise iinmédiatenienl au
î S. -Siège et le doyen avait juridiction sur son chapitre
• J ô ô
(.HAAlliE 11 ^
334
composé de douze chanoines. Ce fut ce chapitre qui, en
1779, passa à la cathédrale lors de la création de l'évê-
ché de Chambéry.
IV. Églises paroissialks. — Chambéry comptait
anciennement trois paroisses : S. -Pierre de Lémenc,
S. -Léger et S. -Pierre de Mâché, auxquelles vint s'ajou-
ter, après la Révolution, celle de Notre-Dame.
1° S.-Pierre de Lémenc. — Le prieuré de S. -Pierre de
Lémenc est le plus ancien établissement religieux de
Chambéry. Restauré en 1029 par le roi de Bourgogne
Rodolphe III et sa femme Ermengarde, il appartenait
à l'ordre de S. -Benoît et dépendait de l'abbaye lyon-
naise d'Ainay, ce qui ne l'empêchait pas de servir en
même temps de paroisse. Le prieur était curé de tout le
territoire de Chambéry et avait juridiction sur toutes
les églises. Au xvu« s., les Bénédictins furent remplacés
au prieuré de Lémenc par les l-'euillanls, puis par les
l'raneiscahis. .Aujourd'hui ce sont les religieuses de la
Visitation qui Loccupent. - L'église coini)orte une
crypte apj)elée N.-D.-sous-lerre. avec un baptistère
vieux de plus de mille ans. qui est le monument chré-
tien le plus ancien de la Savoie et l'un des plus anciens
de toute la France.
2" S. -Léger. — Cette église, dédiée à S. Léger,
évêque d'Autun. était primitivement la seule paroisse
située à l'intérieur des murs de Chambéry. Fondée au
XI" s., l'église avait été rebâtie au xin«. Mais dès le dé-
but du xvi» s., le bâtiment menaçait ruine et on décida
de le démolir. Toutefois, ce ne fut qu'en 1760 que ce
projet fut mis à exécution. La paroisse fut alors trans-
férée à la Ste-Chapelle, puis à l'église S. -François
en 1777.
3° S.-Pierre de Mâché. — Au xiv" s., le comte de Sa-
voie fit construire près du château de Chambéry, là où
se trouve aujourd'hui le passage Henri-Murger, une
petite église qui prit d'abord le nom de S.-Pierre-sous-
le-Château. Elle était destinée à desservir tout le quar-
tier situé au pied du château, ainsi que le faubourg de
Mâché. Mais un jour vint oii les habitants dudit fau-
bourg se plaignirent d'être séparés de leur paroisse par
les murs de la ville, dont les portes étaient souvent
fermées. En conséquence l'église fut démolie en 1718
et rebâtie en dehors de l'enceinte en 1721. L'église ac-
tuelle date de 1832 et porte le nom de S.-Pierre
de Mâché.
4° Notre-Dame. — L'église N.-D. n'est autre que
l'ancienne chapelle du collège des Jésuites, recons-
truite à la fin du xvi« s. et consacrée en 1646. Elle fut
confiée en 1777 aux Franciscains et devint paroisse
après le Concordat, en 1803.
V. Établissements religieux. — 1° Avant la Ré-
volution. — 1. Hommes. — Il y avait à Chambéry,
avant la Révolution, des chanoines hospitaliers de S.-
Antoine de Viennois (xii« s.); des hospitaliers de
S.-Jean de Jérusalem; des franciscains conventuels ou
cordeliers (1220); des dominicains (1418); des francis-
cains de l'Observance (xv« s.); des jésuites (1564); des
capucins (1580); des augustins (1616); des carmes
(1639).
2. Femmes. — Les couvents de femmes étaient ceux
des clarisses urbanistes (xiii« s.); des clarisses réformées
(1470); des ursulines (1613); des bernardines de la
Réforme de S. François de Sales (1620); des visitan-
dines (1624); des carmélites (1634); des annonciades
(1641).
2° État actuel. — 1. Hommes. — ■ Les capucins sont
établis au faubourg de Montmélian; et les frères des
Écoles chrétiennes, à l'orphelinat du Bocage.
2. Femmes. — En plus des visitandines et des carmé-
lites, qui revinrent après la Révolution, on trouve les
filles de la Charité de S. -Vincent de Paul, à l'orphelinat
(lu Bocage; les sœurs de Charité au grand séminaire,
dans les hôpitaux, les ouvroirs et les patronages; les
sœurs de S.-Josepit (1812), qui ont a Chambéry leur
maison-mère, et sont établies à l'orphelinat et dans
diverses cliniques; les sœurs du Bon Pasteur (1839);
les sœurs gardes-malades de N.-D. Auxiliatrice (1869);
les sœurs de V Immaculée-Conception.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'ancienne l-'rance,
IX, Province ecclésiastique de Vienne, Paris et Ligugé, 1932,
p. 177-88 (—Arch. de la France mon., xxxvi). — Abbé F.
Bernard, Les origines féodales en Savoie et en Dauphiné,
Grenoble, 1949 (ouvrage très important). — Burlet,
Les cordeliers de Chambéry, dans Mém. Soc. savais, hist.
archéol., IV« sér., v. — Burnier, Hist. du sénat de Savoie et
des autres compagnies judiciaires de la même province, dans
Mém. Acad. Savoie, II» sér., vi et vu. — Le Carmel de Cham-
béry, fondation tic la princesse Marie-Liesse île Lnxembourij,
1634. Souvenirs de la dispersion et chronique de la restaura-
lion, 1792- isys. Tournai, 1910. T. (lhapperon, Cliambéry
à la fin du Xrv s., Paris, 186;i. - Chevalier, T.-B., tii 1-42.
— J. Cochon, [.'éijli.se des Cordeliers devenue la cuthédrale de
Chambéry, diiiis Mém. Soc. savois. hist. archéol., j.\ m, 1918.
I Costa de Beauregard, La din ltes.se de \'enlailour, lonilu- ,
I Irice du Carmel de Chambéry, dans Savoie lillér. et scientif.,
j 1921. — Louis Dimier, Hist. de Savoie, des origines à l'an-
nexion, Paris, 1913. — Fivel, Le château et la Ste-Chapelle de
Chambéry, dans Mém. Soc. savois. hist. archéol., vi. - Fo-
déré. Narration hist. et topogr. des convens de l'ordre de
I S.-François en la province anciennement appellée de
I Bourgonyne, Lyon, 1619. — Grillet, Dictionn. histor.
littér. et statistique des dép. du Mont-Blanc et du Léman,
Chambéry, 1807, 3 vol. in-S" : v Chambéry, n, 30-
192. — Fernand Hayward, Hist. de la maison de Savoie,
Paris, 1941-43, 2 vol. — A. de Jussieu, La .Ste-Chapelle du
château de Chambéry, dans Mém. Acad. Savoie, II" sér., x. —
Henri Ménabréa, Hist. de Savoie, Paris, 1933. — Léon Mé-
nabréa, Hist. municipale et politique de Chambéry, Chambé-
ry, 1846. — Micalod, L'église de Lémenc, Chambéry, 1906.
— Gabriel Pérouse, Le château de Chambéry, dans Mém. Soc.
savois. hist. archéol., LViii; Id., Le vieux Chambéry, guide
histor. et archéol., Chambéry, 1937. — Perrin, L'église
paroissiale de S.-Léger à Chambéry, dans Mém. Soc. savois.
hist. archéol., vu; Id., Les hospitaliers et la commanderie de
I S.-Antoine de Chambéry, dans Mém. Acad. Savoie, IV" sér.,
II. - Perrin et Bouvier, Le premier collège de Chambéry,
ibid., XI. — Ral)ut, JJocuments relatifs au couvent de S.-Do-
minique de Chambéry, dans Mém. Soc. savois. hist. arcliéol.,
I et II; Id., Les Antonins de Chambéry, dans Mém. Soc.
savois. hist. archéol., vit. — De Saint-Andéol, d'Oncieu et
Pillet, Le baptistère de Lémenc, dans Mém. Acad. Savoie,
11" sér., IX. — B. Secret, Le Bon-Pasteur de Chambéry
(1839-1939), Chambéry, 1940. — Fr. Trépier, Ste-Claire
hors ville et l'hôpital militaire de Chambéry, dans Mém. Acad.
Savoie, IV" sér., ni, 1890.
II. DIOCÈSE. — I. Origines et histoire sommaire.
II. Liste des évêques. III. Établissements religieux.
IV. Pèlerinages.
I. Origines et histoire sommaire. — Le diocèse
de Chambéry (Camberiensis) est l'un des derniers en
I date des diocèses de France, non pas seulement du fait
de l'annexion de la Savoie eu 1860, mais encore parce
que sa création ne remonte qu'à la fin du xviii^ s.
Jusqu'à cette époque, le territoire de la ville et des en-
virons relevait du diocèse de Grenoble, suffragant de
Vienne. C'était ce qu'on appelait le décanat de Savoie,
ou de S. -André, dont cinq paroisses, y compris celle de
S. -André, furent ensevelies dans les abîmes de Myans,
en 1248, par l'éboulement du mont Granier.
Les ducs de Savoie voyaient de mauvais œil leur
capitale et cette portion de leurs États placées sous la
juridiction d'un évêque français. Plusieurs fois des dé-
marches furent entreprises pour mettre fin à cet état
de choses. Ce fut d'abord la régente du duché, Yolande
de France, veuve du duc Amédée IX, qui parvint à ob-
tenir du pape Sixte IV une bulle en date du 20 juin
1474, qui soustrayait le décanat de Savoie à la juridic-
tion de l'évêque de Grenoble. Mais Louis XI en prit
ombrage, et deux ans phis tard, sur son intervention,
le pape dut révoquer sa bulle. Un nouvel essai fut
I tenté par le duc Charles 111 auprès du pai)e Léon X,
335
C A M B É R ^
qui aboutit à l'érection de Cliainbéry en archevêché, le
21 mai 1515. Mais, cette fois encore, le roi de France,
qui était François I"^', rendit cette décision sans elTet.
Ce ne fut qu'au xviii'^ s. que le roi de Sardaigne Victor-
Amédée III put enfin aboutir. Après entente avec
Louis XVI et l'évêque de Grenoble, il obtint d'abord
du pape Pie VI que le décanat de Savoie fût soustrait
clergé. Le serment fut imposé à tous les prêtres, el
l'émigration du clergé commença.
Le diocèse fut supprimé par la Révolution, qui créa
celui du ÎSIont-Blanc, avec pour chef un évêque consti-
tutionnel dont le siège fut fixé à Annecy. Mgr Conseil,
le premier évêque de (^hambéry, pour avoir refusé le
serment et protesté contre la nomination d'un intrus,
LÉGENDE
^^^^n* Limites des diocèses
— Limites du département
®
ARCHIPRÉTRe
o
Paroisse
Abbaye
t
Ancienne chapirwee
Ancien prieuré
Échelle
; 3 4 s s T B 4 ibKm
Meyrieuf le Bourget it^viers ^Méry
S'Pierre- "Voglans
'd-A/„ey leTreUlay
Veret
Ail
le-Jeune
Xhampagnetjx
dt^RMe^nl'"^"'"^" " """TTE SERVOLEX
^STGENIX °i"^'":y Biss<, J ''^^ ' °
. Arressiem ,, , oA-n A ■'"^P"' Mâché «)Notre-Dame Curieiine
m ^ î "laRavoire
» ^ Dullin ^ S'Cassw ^ S'Badalph s'Joire-
Domessin ^o^.^ "AiguebeleUe ° lmala}nale° "Prieuré
LêSQNT de aisBridOire
BEAtiVoiSIN Oiicm
S^Béron ° S^fhibaud-de-Coui ^ France
STPIERRE O'ALBIGN
®
S^Jean-de
la- Paru CM.
/ Hauteville*
OISE / o •
ApremoM Uyans ^Chigm'n . . / oVillard-iLHéty
" . 5K. * S'PirrrtalaJriniU
IsThtiile
S'franc
o/a Bauche
S^Jesn-de-Coui
^•Pierre- s'Chnstophe- ^"fti^ont-lfVieà^
de Geaebrm^la Grotte
/ ° la Table *
LA ROCHETTE "Etable J
Molettes o ® aPresIe /
l„^tjitiri Villaraui
^^^"\'laChipelleiAr>illartl
S'-Pierrt- ,«
'/i'Fnlrpmnnt *
GRE
O B L E
•t ChartTBus^
*ïde S^Hugon
Fig. lOG. — Carte du diocèse de Chambéry.
au diocèse de Grenoble, pour être rattaché à l'abbaye
de S. -Michel de la Cluse, en date du 8 juill. 1775. Enfin,
par bulle du 8 août 1779, Chambéry fut érigée en
évêché.
Le nouveau diocèse comprenait le décanat de Sa-
voie, avec un total de 64 paroisses; et l'église des
franciscains de Chambéry fut choisie pour cathédrale.
Dix ans à peine après sa fondation, il subit le contre-
coup de la Révolution française qui y sema le trouble
en maints endroits. Puis ce fut l'invasion de la Savoie
par les armées révolutionnaires, en 1792: avec pour
consé(iuencc la confiscation des biens d'I^giise, suivie
bientôt de la proclamation ilu la Constitution civile du
fut retenu captif dans son évêché; et c'est là qu'il mou-
rut en 1793, prisonnier de la Révolution. Ce fut ensuite
la Terreur avec ses fusillades et ses déportations en
masse, tandis qu'un petit groupe de prêtres, au prix
de mille difficultés, réussissaient à assurer tant bien
que mal le ministère des âmes, au risque de leur vie.
En 1802, avec la paix religieuse, le Concordat rétablit
le diocèse, mais avec le titre de Chambéry et Genève,
sous le patronage de S. François de Sales, lui attri-
buant un territoire considérablement accru, pour
corresjjondre aux limites des deux départements du
Mont-Blanc et du Léman (act. ceux de Savoie el de
llte-Savoie). C'est ainsi qu'en i)lus du décanal de Sa-
il
voie le nouveau diocèse comprenait les diocèses de
Genève-Annecy, de Tarentaise et de Maurienne, ainsi
que le Pays de Gex, avec Lyon pour métropole. Mais
pendant de longues années encore, le manque de
prêtres rendit très dilficile la reconstitution des
anciennes paroisses.
En nov. 1815, le second traité de Paris rendit la Sa-
voie à ses princes. Deux ans i)lus tard, le 16 juill. 1817,
le diocèse de Chambéry fut séparé de Lyon et érigé en
archevêché, avec .Voste pour suffragant, comptant
jusqu'à 627 paroisses. Mais bientôt, le 8 sept. 1819, il
se vit amputer de (ienève et de toutes les paroisses du
canton, qui furent rattachées au diocèse de Lausanne
— ce qui entraîna la suppression du titre de Genève,
désormais uni à Lausanne. Nouvelles anij)utations le
15 févr. 1822 par le rétablissement du diocèse d'Anne-
cy; puis ))ar la restitution du Pays de Gex au diocèse
de Belley, le U ocl. de la même année; et enfin, par le
rétablissement des diocèses de Tarentaise et de Mau-
rienne, le ;■) août 1825.
Le diocèse de Chambéry se trouva alors réduit au.\
limites qu'il a encore aujourd'hui, comprenant ()6 pa-
roisses du décanat de Savoie détachées du diocèse de
Grenoble (des 64 paroisses de 1779, 4 furent suppri-
mées par la Révolution et 6 furent créées depuis 1803);
45 détachées du diocèse de Genève; 39 de Belley; 16 de
Maurienne; et 6 de Tarentaise. Ce territoire correspond
à celui de l'arrond. de Chambéry, à quoi il faut ajouter,
d'une part, 8 paroisses de l'arrond. d'Albertville et 10
de celui d'Annecy, au départ, de la Hte-Savoie; et
retrancher, d'autre part, 8 paroisses rattachées au
diocèse de Maurienne. Ce qui représente une super-
ficie de 1 500 km^, avec une population d'environ
130 000 âmes. Les paroisses sont au nombre de 174,
réparties en 21 archiprêtrés.
Le diocèse de Chambéry a pour suffragants les
diocèses d'Annecy, de Tarentaise et de Maurienne.
Quant à celui d'Aoste, il fut rattaché à la métropole
de Turin en 1862, peu après l'annexion.
Les troubles de 1848 eurent leur écho en Savoie
comme partout. Le Statulo accordé par le roi Charles-
Albert marque le commencement de l'esprit nouveau,
qui se manifesta bientôt par l'expulsion des Jésuites de
Chambéry et la loi sur les congrégations, qui confis-
quait les biens des religieux. Persécution qui -contribua
à détacher la Savoie de ses princes et à préparer l'an-
nexion de 1860. Depuis cette date, le diocèse de Cham-
béry n'a connu d'autres vicissitudes que celles qui sont
communes à tous les diocèses de France : la disper-
sion des congrégations en 1880, l'école laïque en 1887,
la loi de Séparation en 1905, qui confisquait les biens
d'Église; et au milieu de tout cela, la déchristianisa-
tion menée lentement, mais sans relâche, par un pou-
voir athée.
II. Liste des évêques. — 1. Michel Conseil, ancien
vicaire général et officiai du dioc. de Genève, 1780-93.
— 2. René des Moustiers de Mérinville, anc. év. de Di-
jon, 1803; démissionnaire, 1805. — 3. Irénée-Yves de
Selle, anc. év. de Digne, 1805; archev., 1817-23. —
4. François-Marie Bigex, anc. év. de Pignerol, 1824-27.
— 5. .\ntoine Martinet, anc. év. de Tarentaise, 1828-
39. — 6. Alexis Billiet, anc. év. de Maurienne, 1840-73
(cardinal en 1861). — 7. Pierre-Anastase Pichenot,
anc. év. de Tarbes, 1873-80. — 8. François de Sales-
Albert Leuillieux, anc. év. de Carcassonne, 1881-93. —
9. François Hautin, anc. év. d'Évreux, 1893-1907. —
10. Gustave- Adolphe de Pélacot, anc. év. de Troyes,
15 juin-5 août 1907. — 11. François- Virgile Dubillard,
anc. év. de Quimper, 1907-14 (cardinal en 1911). —
12. Dominique Castellan, anc. év. de Digne, 1915-36.
- 13. Pierre-Marie Durieux. anc. év. de Viviers, 1937-
17. 1 1. I.ouis-Marie-Fernand île Bazclaire de Rup-
pière, anc. sup. du grand séminaire de Nancy, 1947.
III. ÉTABLISSEMENTS KELIOIEUX. - 1'^ Avulll la
Révolution. — Le diocèse comptait deux collégiales : à
Chambéry, la chapelle du château; à Aix, Notre-
Dame, érigée en 1513. En plus de cela, on y trouvait un
grand nombre d'ordres religieux d'hommes : Ordre de
S.-BenoU : les prieurés de S. -Pierre de Lémenc (xi'= s.);
de S. -Ours, ou S. -Philippe, de la Porte, à S.-Jean-de-
la-Porte (xi<^ s.); du Bourget (vers 1030): de S. Hippo-
I lyte, ou S.-Paul, d'Aix; de N.-D.-du-Granier d'Apre-
mont, anéanti en 1248, par la chute du mont Granier;
de S.-Nicolas d'Arbin (1011); de S. -Christophe de Fré-
terive; de N.-D. des Échelles (1042); de S. -Maurice de
Montailleur; de S.-Badoli)h, qui remplaça N.-D. du
Granier après la catastrophe de 1248; de S.-Martin de
i Voglans (1042 ou 1043). - Cluini)ines réguliers de S.-
Auyuslin : les prieurés de S.-Jeoire (1110); de N'.-D.
d'Aix (xir s.), qui devint collégiale en 1513; de N.-D.
; d'Arvillard; de S. -Barthélémy de Bassens; de S.-Va-
lentin de Bissy; de S. -Maurice de Clarafoiid (conuncn-
cemeut du xir s.); de S. -Jean-Baptiste de la Motlc-
^ Servolex; de N.-l). de Thoiry (xii« s.). - Cliurireux :
la chartreuse de S.-Hugon, à Arvillard (1173).
Couvents divers : dominicains, à Montmélian (1318);
carmes, à La Rochette (1329) et au Pont-de-Beauvoi-
sin (xiv« s.); franciscains de l'Observance, à Myans
(1458); capucins, à Montmélian (1596); ermites de S.-
Augustin, à S.-Pierre-d'Albigny.
2° Étal actuel. — 1. Hommes. — Abbaye N.-D.
d'Hautecombe, près S.-Pierre-de-Curtille; ancienne
abbaye cistercienne (1135), reprise en 1922 par les
bénédictins de Ste-Madeleine de Marseille, de la con-
grégation de France. Hautecombe fut choisie comme
lieu de sépulture par les princes de la maison de Sa-
voie tant qu'ils eurent leur capitale à Chambéry. —
Abbaye N.-D. de Tamié, près Plancherine, cisterciens
(1132), dont le premier abbé, S. Pierre, mourut arche-
vêque de Tarentaise. — Maison d'études des domini-
cains de la province de Lyon, à Leysse. — Frères des
Écoles chrétiennes, à la Motte-Servole.x.
j 2. Femmes. — .Sœurs auyustines de la Ctiurité, au
Pont-de-Beauvoisin (1818); filles de la Charité de S.-
Vincent de Paul, à l'orphelinat des Marches; sœurs de
Charité dans un grand nombre d'asiles, d'hôpitaux,
d'ouvroirs, de patronages; sœurs gardes-malades de
N.-D. Auxiliatrice, à Aix-les-Bains (1890); sœurs de
N.-D. du S. -Rosaire, dans plusieurs écoles et hôpitaux;
sœurs de S. -Joseph, dans un grand nombre d'hôpitaux,
ouvroirs, patronages, écoles et orphelinats.
IV. PÈLERINAGES. — 1° La Vlcrgc noire de N.-D. de
Myans, ou de N.-D. de Savoie; lieu de pèlerinage très
ancien, devenu très populaire depuis qu'à la chute du
Granier (1248) la masse énorme des éboulis épargna le
sanctuaire de la Vierge. Particulièrement fréquenté à
la fête de la Nativité (8 sept.) et pendant le mois de
Marie. — 2° Chapelle S.-Anthelme, à Chignin; cons-
truite sur les ruines du château de Chignin, lieu d'ori-
gine de S. Anthelme, général des Chartreux et évêque
de Belley, mort en 1 178. Fête le 26 juin. — 3° N.-D. de
l'Aumône, à Rumilly; ancienne chapelle de chanoines
réguliers reconstruite au xx« s. La statue de la Vierge
fut couronnée le 16 juin 1946, à l'occasion des fêtes du
septième centenaire. — 4. N.-D. de Bellevaux-en-
Bauges. Pèlerinage des paroisses environnantes, le
lundi de la Pentecôte, à une petite chapelle édifiée sur
l'emplacement de l'ancien i)rieuré clunisien de Belle-
vaux (1090).
R. Avezoïi, La Sauoie depuis les réjormes de Charles-Al-
bert jusqu'à l'annexion à la France, et La Savoie française
.sous le Second Empire, dans Mém. .Soc. saimis. hist. archéol.,
T.xix-Lxx, I9:i2-,'Î3, et r.xxiv, 19.{7-;H«; Id.. llisl. de .Savoie,
l'uris, 19tl ((;<)ll. Que sais-jf'.'). Ucaunier-Ui-sse,
Imye.s..., IX, cité plus liuul. Ahbo Ueriuircl, llist. du
décanat de la Horbetle (décanal de Val-Penouse), Chaui-
I. Il A .M 15 K II \
(. H A .MB J! LM».\ I A) \
béry, 1931; Id., -lu puyi de Montinayeur, « in agro Piijiii)-
nensi, 1036 », Chanibéry, 1933. — Besson, Mém. pour
l'hist. ecclés. des dincése.s de Genève, Tarentaisc, Aoste cl
Maurieime, Nancy (Annecy), 1759. - Mgr AI. Billiel,
Constitutions et instructions synodales du tliocèse de Cham-
l'éry, Chambéry, 1842; Id., Mém. pour sert'ir à l'Iiist. ecclés.
du diocèse de Chambéry, Chambéry, 186.">. — AlJbc J. Biir-
lel. Le culte de Dieu, de la Ste V'iertje et des xain/.v en Savoie
avant la Révolution, Chambéry, 1916. - M.-A. rte Buttet
d'Entremont, Notes historiques sur l'éijtise et le prieuré du
Bourget, dans Mém. Soc. savais, hist. archéoh. II» sér.,
XXVIII. — Abbé A. Cartier, Le prieuré de S.-Jeoire, Myans,
1941; Id., La Vierge noire de Myans, Myans, 1942. —
Chevalier, T.-B., 641-12. — Chan. Chevray, Notice histor.
sur N.-D. de Myans, Chambéry, 1848. C. Despine,
Sanctuaire et abymes de Myans, .Vunecy, 1862. ~ Fodéré,
op. supra cil. - G(dl. christ., \vi, 655-.')8; insir., 323-30. -
(lams, 828 el .Sup])!., ii.'i. Luvancliy, Le diocèse de Genève
(partie de Savoie) pciidtuil lu Révolution française. \nnw\.
1891, 2 vol. Al)bé (i. Loridon. Discours île réception l'i
l'Académie de Savoie (sur l'origine des diocèses do Savoie),
dans Mém. Acad. Savoie, V" sér.. vu. —.1'. .Maillel, l'èleri-
nage de N.-J). de Myans. 19(Kt. - Al)bé P. Martin, .\.-D. de
l'Aumône à Rumilly. Iiunull>, 1913. A.-l.. Millin.
Voyage en Savoie, en Piémont, à .Nice et à Gênes, Paris, 1816,
2 vol. — Abbé Ém. Moleins, Hist. religieuse de la Révolu-
tion dans le premier diocèse de Chambéry (1792-1802),
Bellcy, 1942; Id., Nos missionnaires savoyards depuis le
Concordai (de 1802 à 1942), Belk-y, 1943. — L. Morand,
Personnel ecclésiastique du diocèse de Chambéry de 1802 à
1893, Chaniliéry, 1893. — P. Mothon, Le couvent des
frères prêcheurs de Montmélian, dans Mém. Soc. savais, hist.
arehéol., xxiii, 1885. — G. Pérouse, Les environs de Cham-
béry, Chambéry, 1926-27, 2 vol. — M. Perroud, Le jansé-
nisme en Savoie, Chambéry, 1945. — Poncet, Étude liistor.
et artist. sur les anciennes églises de la Savoie, dans Mém.
Acad. salésienne, vu. — Trépier, Rech. histor. sur le décanat
de S.-André, dans Mém. Acad. Savoie, ïll" sér., vi et vu. —
Abbé J. Trésal, L'annexion de la Savoie à la France (1848-
60), Paris, 1913. — F. Vermale, La Révolution en Savoie,
Chambéry, 1925.
M. -Anselme Dimier.
CHAMBLY (AuAM de). Voir Adam de C.ham-
BLY, I, 472.
CH AlVI BON (Doiii TiiÉoDOKE), abbé de la Trappe
(dioc. de Séez), 1766-83. 11 composa plusieurs ouvrages
restés mss., notamment un mémoire justificatif de
l'abbé de Rancé (f 1700), dont il était le 8« successeur.
Il avait songé à publier la Vie de Rancé par dom Ger-
vaise, en y glissant une préface destinée à neutraliser
les effets de la plume acerbe et critique de son auteur.
L'abbé de Cîteaux l'en détourna. C'est sous l'abbatiat
de Chambon que le futur S. Benoît-Joseph Labre se
présenta pour être reçu au noviciat: il fut écarté,
n'ayant pas l'âge requis alors (24 ans). Dom Chambon
assista au chapitre général de 1768, où il fut choisi
comme déflniteur par l'abbé de Cîteaux, et reçut mis-
sion de collaborer à la rédaction de nouvelles constitu-
tions. 11 reparut encore au chapitre de 1771 avec la
charge de déflniteur.
Comte de Charencey, Hist. de l'abb. de la Grande-Trappe,
Mortagne, 1911. — Statuta cap. gen. ord. cisterc., éd. Loii-
vain, vu, 1939.
J.-M. Canivez.
CHAMBONS, Cumpi boni, Cambonium, an-
cienne abbaye cistercienne créée en sept. 1152, dans la
forêt de Bauzon, sur la commune de Borne (départ, de
l'Ardèche, dioc. de Viviers). Le chevalier Guillaume de
Borne avait fait don d'un terrain; des moines de l'ab-
baye de Sénanque vinrent le cultiver, et ce fut la note
dominante de cette communauté durant son existence
de six siècles et demi : travailleurs agricoles et fores-
tiers. Leurs propriétés s'étendirent d'ailleurs considé-
rablement par acquisitions successives, à titre gra-
cieux ou onéreux: ainsi, par leur travail assidu, les
moines firent de leur ahl)aye l'une des plus opulentes
de la région. En 1214, le chapitre général de Cîteaux,
sous l'abbé Arnaud If, crut devoir Uanslérer les droits
de paternité sur Chambons à l'abbaye de Bonneval
(dioc. de Rodez). Les statuts capitulaires (1490, n. 18)
ont conservé aussi le décret de nomination de Guil-
laume Tendille en qualité de prieur, pour gouverner la
communauté au spirituel comme au temporel, sous le
régime des abbés commendataires. Le premier qui se
1 présente ici est Charles de Joyeuse, et deux autres de
I la même famille lui succéderont.
Liste des abbés. — 1. Pierre Gaufred, 1152. —
j 2. Bernard Duranti, 1154-t 1^59. — 3. Guillaume I*',
j 1163-73. — 4. Pierre II de Mérule, 1173. — 5.
I Pierre III Adhémar. 1 180. — 6. Pierre IV de La Cha-
; pelle, 1202. ■ 7. Pierre V Aimar, 1212. — 8. Arnaud,
1219. — 9. Guillaume 11. 1229 (?). - 10. Pierre VI de
La Chapelle, r25(i. - 11. Mathieu de 'l'arbe, 1270-80.
12. Éblon. I'i85. 13. Ponce de 'l'arbe, 1292-1325.
I 1. Pierre Vil Roslang, 1327. 15. Pierre VIII de
Sanipson. 1362. 16. Armand <le Spalel, 13C0.
17. Etienne (iarnier, 1371. - 18. Pierre IX .\yn, 1395.
— 19. Pieric X Richard, 1409, délégué au concile de
Pise. — 20. Jean de Roque, 1439-74. — 2L Charles de
' Joyeuse, commendataire, 1474, f 1502. — 22. Guil-
j laume de Joyeuse. — 23. François de Joyeuse, card. de
I Rouen, t 1615. — 24. Henri de Lorraine, 1616, âgé
; de 3 ans (1). — 25. Louis de Chaumejan de Tourilles,
1642-t 1706. — 26. Henri-Xavier de Belzunce, év. de
Marseille, 1706. — - 27. René- Joseph-Marie de Gouyon
de Vaurouault, év. de S.-Pol de Léon, 1755.
Archives : dépôt départ. Ardèche, 43 liasses (xiii'-
xviii» s.). — Paris, Bil)l. nat., ms. lat. 17149, extr. titres par
Gaignières; ms. fr. 20892, n. 51; 20901, n. 75. — Poitiers,
Bibl. munie, Coll. Fonteneau, lv, 127 : notes sur Cham-
bons. — Cottineau, 680. - — Gall. christ., xvi, 607. — Ja-
nauschek, Orig. cisterc.. Vienne, 1877, p. viii, 133. — Man-
rique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, ann. 1152, vi, 8, 9. —
J. Régné, L'abbaye de Chambons de 1153 à 1500, dans Rev.
Mabillon, 1922, p. 242-62. — Statuta cap. gen. ord. cisterc,
' éd. Louvain, 1933-41, i-viii, passim. — Vaschalde, L'abb.
de Ch. et ses dépendances, dans Rev. Vivarais, 1910, p. 289-99.
J.-M. Canivez.
j CHAMBRE-FONTAINE, Camera-Fons, Ca-
merus-Fons, abbaye de l'ordre de Prémontré, située au
dioc. de Meaux, à 10 km. de cette ville, près de Guisy,
départ, de Seine-et-Marne, relevant de la circarie de
France et filiale de Valsecret. Elle fut fondée vers 1190
par Alelme, chantre de l'église de Meaux, et le comte Guy
de Cuisy. D'autres historiens rattachent son origine à
Milon, seigneur de Cuisy, et au fils de ce dernier,
Pierre, évêque de Meaux. L'abbaye fut d'abord étabUe
à Bruyère, puis, en 1257, elle fut transférée près de
Cuisy, par l'évèque Pierre de Meaux. C'est ce qui
explique la double tradition de sa fondation. Vers
1600, l'église abbatiale fut détruite et une partie des
biens claustraux se trouvaient dans un état lamentable
par suite de l'incurie des abbés. Depuis 1562, avait
commencé le régime des abbés commendataires, avec
Adrien Lamet. Ce n'est que vers 1650 que, grâce aux
soins de l'abbé Pierre Bouguier, les bâtiments furent
relevés de leurs ruines. Sous l'abbé Molé, cependant,
une nouvelle déchéance se produisit. L'abbaye fut
supprimée lors de la Révolution.
Liste des abbés. — 1. R... (seule la première lettre du
nom est connue par des chartes de 1202 et 1214). —
2. Jean I", 1230. — 3. Galter de Mauregard, t 2 janv.
1232. — 4. Milon de Cuisy, fils du comte, gouvernait en
1231, t 18 févr. 1236.'— 5. .\rnulphe, t 1239. —
6. Richard, organisa le transfert de la maison à son
nouvel emplacement; abdique en 1278, t 1280. —
7. Guillaume I", 1279. — 8. Laurent, 1284, t 9 févr. — -
9. Jean II, t 'e 22 mai 1327; mentionné en 1300 et
1316. 10. Jean III d'Yverni, l- 17 juill. 1335. - -
I I. Simon l'^' d'Yverni. t 11) aoùl 1317. - 12. .lean l\
de Com|)ans, j 2 oct. 1355. - 13. Simon 11, f 23 sept.
341
L11AM1JKL--I 0-\ 1 A lA r. ( . Il A M P A ( . M ,
1378. — 11. Jean V, t 10 Jiov. - 15. Otloard, t 1" oct.
1410. — 16. Jean VI Courroie, 1 403 et 1404, t 28 nov.
1423. — 17. Jean VII Chevance, f 15 oct. 1458. -
18. Pierre I"' Aubert, t 18 oct. 1487. - 19. René de
Fonlenay, coadjuteur du précédent en 1487 et succes-
seur, t 16 août 1501. • 20. Guillaume II Alix, t 17
janv. 1517. — 21. Aimé de la Fontaine, docteur de la
Sorbonne, nommé dans une charte de 1518, passa à
Cuisy en 1528 et présida comme vicaire général plu-
sieurs chapitres de l'ordre. — 22. Égide Tavernier,
dernier des abbés réguliers, 1530-t 25 sept. 1536. — ■
23. Adrien de Lamet, premier des abbés commenda-
taires, doyen d'Amiens, nommé le 6 janv. 1538;
t 20 août 1553. — 24. Gaspar du Vernai de la Garde,
nonmié dans plusieurs actes de 1537 et 1538. — • 25. .\s-
cagne du Mas. nommé dans des chartes a partir de
1,562, t28déc. 1597. 26. Innocent Moireau. 1601,
1607; démissionne en 1609. — 27. l'iaiit,ois de N illiers.
1609. — - 28. Pierre H Bouguier. conseiller au parle
ment de Paris, cité dans des actes de 161 I à 1625.
■!■ 1652. — ■ 29. François Molé, tuailre des recpiêtes.
déjà abbé de Ste-Croix de Bordeaux et de S. -Paul de
Verdun, obtint aussi l'abbaye de Chambre-Fontaine;
t 1712. — 30. Ignace de Brancas, désigné par le roi
le 15 sept. 1712, passa à l'évêché de Lisieux le
13 janv. 1715, t 1" avr. 1760.
Archives départementales de Seine-et-Maruc. Van Wae-
felghem signale un cartulaire du xvi" s. se trouvant chez
M. Parent, maire à Cuisy; d'autres documents sont au
grand séminaire de Meaux. — C.-L. Hugo, Annales Praem.,
I, 443. — Gall. christ., viii, 1728. — Toussaints-Duplessis,
Hist. de l'Église de Meaux, ii, 459-63. — R. Van Waetel-
ghem. Répertoire, 54.
M. -A. Erens.
CHAMINADE (Guillaume-Joseph), fondateur
des Marianistes, né à Périgueux le 8 avr. 1761, t à Bor-
deaux le 22 janv. 1850. Après des études à Mussidan
et à S.-Sulpice, il devint prêtre en 1785 et professeur à
Mussidan. Ayant refusé le serment à la (^Constitution
civile, il doit renoncer à ses fonctions, mais continue à
exercer son ministère au milieu des pires dangers, jus-
qu'au moment où, en 1797, il s'enfuit en Espagne; il
séjourne à Saragosse, jusqu'à son retour à Bordeaux,
en 1800; c'est là que, le 2 oct. 1817, il fonde la Société
de Marie (Marianites, Marianistes, Frères ou Clercs de
Marie), dont les constitutions furent approuvées en
1891, et qui est destinée à l'enseignement. Dès 1816, il
avait fondé, avec la Mère Adèle de Trenquelléon, la
congrégation des Filles de Marie (Agen), à laquelle
furent rattachés plus tard deux tiers ordres. La cause
de G.-J. Chaminade fut introduite à Home, le 8 mai
1918 (A. A. S., 1918, p. 246-49).
H.-J. Simler, G.-J. Ch., Bordeaux, 19(»1. - 11. Rousseau,
réveil relig. au lendemain du Concordat, G.-J. Ch., Paris,
1912. — L. Boyer, Un apôtre de Marie, G.-J. Ch., Péri-
gueux, 1923. — L. T. K., II, 831.
É. Van Cauwenbergh.
CHAMMUENSTER, CellaapudCambe, ancien
monastère bénédictin aux environs de Cham (citée
comme ville en 976, passée aux Wittelsbach en 1209),
situé dans le nord de la forêt bavaroise (Haut-Palati-
nat), fondé vers 739 par le duc Otilo pour coloniser la
forêt, et soumis à l'abbaye S.-Emmeram de Ratis-
bonne. Ce ne fut, sans doute, qu'une fondation d'ordre
économique. Renouvelé par le duc Tassilo III, il fut
détruit lors des incursions hongroises et abandonné.
Lorsque, en 1260, S. Wolfgang mit fin à l'union per-
sonnelle entre l'évêché de Ratisbonne et l'abbaye de
S.-Emmeram, Cham resta à l'évêque et devint église-
mère, avec de nombreuses filiales. Le projet d'y ériger
un chapitre de chanoines réguliers échoua. En 1260,
S. .\lbert le Grand incorpora la cure au chapitre cathé-
dral de Ratisbonne. Durement éprouvé pendant les
guerres hussitcs, (2ham tomba aux mains des protes-
I tants en 1556, mais fut rendu aux catholiques en 1021 ,
par le prince-électeur Maximilien l". La belle église,
avec ses parties ai)partenant au premier et au dernier
art gothique, possède des fresques de grande valeur.
• I. linnmi'r. Ileintalbucli des bugr. Bezirl<suinles Ch., 1922.
Iiuienlar der Kunstdeul;i)idler Bagerns, 1914, ii, 0, p. 46 sq.
j X. IJiihler, Deutsche Gauc, ii. 11, p. 86. L. T. K., u,
I 82(1. - Cottineau, i, 682.
[ P. VOLK.
CHAMPAGNAT (Vén. Jean-Benoit-Marcel-
hn), fondateur des Petits frères de Marie ou Frères
niaristes des écoles. Né à Rosey (comm. de Marlhes,
Loire), le 20 mai 1789, d'une famille d'agriculteurs, il
fit ses études à Verrières, où il eu! comme condis-
ciples Jean-Marie \iainiey et Jean-Claude (Colin, le
futur fondateur de la Société de Marie (Pèies nia-
ristes ); prêtre en 1816, il fut nommé vicaire à Lavalla
(connu, de S.-Cliamond). tC'est là (|u'il réalisa (2 janv.
1817) le plan, coni,-u dès le séminaire, de former une
équipe de frères, (jui seraient, pour les enfants des
campagnes, ce que les disciples de Jean-Baptiste de la
Salle étaient i)our la jeunesse des villes. Une école fut
d'abord organisée à Marlhes, puis à l'Hermitage, qui
devint le centre de la jeune congrégation. Des difh-
cultés diverses incitèrent Champagnat, auquel se joi-
gnirent dix-huit de ses confrères, à faire profession
dans la Société de Marie (approuvée le 29 avr. 1836) de
J.-C. Colin; il démissionna mais fut, par ce dernier,
remis comme supérieur à la tête de ses frères. Il
mourut à l'Hermitage le 6 juin 1840 et fut déclaré
Vénérable le 9 août 1896; Benoît XV proclama l'héroï-
cité de ses vertus le 11 juill. 1920.
A. Laveille, Un condisciple et émule du curé d'Ars,
M. Champagnat, Paris, 1921, 435 p.
É. Van Cauwenbergh.
CHAMPAGNE, Campania, ancienne abbaye
: cistercienne (comm. de Rouez, départ, de la Sarthe,
dioc. du Mans). Au temporel, elle reconnaît comme
fondateur Ironiques de Ribole, seigneur d'Assé et de
Lavardin. Savigny, dûment autorisé par le chapitre
général, envoya un groupe de moines en 1189; c'était
sa 23^ maison tille. Dans les bulles de protection et de
confirmation des biens, on signale particulièrement la
possession de plusieurs églises, Montenai, Hambers,
S. -Pierre de Cour — ce qui était contraire aux lois du
premier Cîteaux. En 1483, Champagne cède l'un de
ses moines, Raoul Briton, à l'abbaye de Tyronneau
qui le demande pour prélat. Au xviie s., dom Michel
Guiton, délégué par l'abbé de Prières, se présente dans
l'abbaye pour y introduire l'étroite observance. Oppo-
sition violente de la part des moines et de leurs amis du
dehors; en tête de ces derniers, le marquis de Vassé.
Une intervention personnelle de l'abbé de Rancé, ami
du zélé marquis, fit tout rentrer dans l'ordre. Au
siècle suivant, peu avant la disparition définitive de
l'abbaye, on n'y comptait plus que 7 religieux.
Liste des abbés. — 1. Mathieu, 1189. — 2. Guil-
laume I", 1190. — 3. Nicolas I", 1203. 4. Guil-
laume II de la Chai, 1205. — 5. Raoul P^ 1205, 1228.
-— 6. Robert ^^ 1229. — 7. Joscelin, 1232. — 8. Hu-
gues d'Acé, t 1233. — 9. Luc, 1247. — 10. Raoul II,
1253. — 11. Guillaume III de Maraville, 1270. —
12. Nicolas II, 1286. — 13. Denys, 1303, 1317. —
14. Robert II. — 15. Jean I", 1349. — 16. Richard. —
17. Laurent, 1371-79. — 18. Philippe, 1382, 1393. —
19. Jean II, 1402. — 20. Durand de La Chaise, 1406. —
j 21. Jacques Bouvet, 1407. — 22. Michel Viel, 1420,
I t 1449. — 23. Jean 111 de Mayenne, 1441, f 1483. —
i 24. Jacques IV Le Monnier, résigne 1491, f 1496. —
25. Lancelot I" de Beaumanoir, 149.5-1527, ]■ 1531. —
■ 26. François P'' l.avocat. 1547. -i- 1548. 27. Lan-
celot Il de \ assé, coiumendataii'e, v 1571. 28. .lean
de Vassé, év. de Lisieux. — ■ 29. Nicolas Quentin, 1581-
343
C HAiMPAG iN£
CllA.MPlUiN DK (. fCÉ
344
87. — 3U. Claude Parisot, 1596. — 31. Anne de Péruse
d'Escars, dit card. de Givry, f 1612. — 32. Pierre de
Gondi, év. de Paris, f 1616. — 33. Henri de Gondi, év.
de Paris, f 1622. — 34. Jean-François de Gondi, arcli.
de Paris. — 35. Léonor d'Estampes de Vallançay,
cv. de Chartres, puis Reims, t 1651. — 36. Henri
d'Estampes de Vallançay, t 1678. — 37. François de
Mornay de Montchevreuil, 1678-91. — 38. Joseph-An-
toine de Fiennes, t 1727. — 39. N. de Garanné,
t 1751. — 40. François Levoué, f 1754. — 41. Jean
Dumont, 1754-67. — 42. N. Kavel de Montmirail,
1767-90.
.Archives : dépol départ, de la Sai-Uie, ô(l nrl.; '.i Invcii-
laires (xviii^' s.); arch. du (Cogner, série //, p. 182 scj.,
publient in e.vtenso 1 I i>iéces (1240-1355); au Mans, bibl.
niuiiic, ms. i74, épilaphicr; Paris, Hibl. nal., Coll. Moreau,
ms. 790; rioui). acq. lui. 3002, i luirlulariiim ( ~= copie du
ms. lal. 17125 (cf. Biblioth. Ëcol. ilmrles, 1028, p. 253):
nis. frarn'. :10/i92 (.')6). M. .Vuhcrt, L'arrhil. tisl. vu
France, i, ii, Haris, lit 13, jxissim. .1. Cha])pée, plusieurs
travaux parus daus Jiev. Iiisl. du Mdiiie, xi-, 266-74; XLi,
114-24, 318; xliv, 26-56. Galt. clirisl.. xiv, .529. -
(iuilloreau, Exir. ilu nécroloye..., Ligugé, 1909. — Ja-
nauschek, Orii)ines cislerc. Vienne, 1877, p. Lxxi, 188. —
Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, ann. 1148, vu, 10;
1151, XII, 1, 10; 1188, VII, 13. — Martène, Amplissima
collectio, I, 987 : lettre de Guy de Paré, abb. de Cîteaux,
1189. — Piolin, Uist. de l'Église du Mans, iv, Paris,
1851-63, p. 555-60; 591-93. — Potthast, Rey., 8711,
10738, 11170. — Statuta cap. yen. ord. cisterc, éd. Louvain,
1933-41, i-viii, passim.
J.-M. Canivez.
CHAMPBENOIT, Campus benedicfus, abbaye
de bénédictines, sous le vocable de Notre-Dame, fon-
dée en 1138 par le comte de Champagne, Henri le Li-
béral, fils de Thibaud II, dans les environs de Provins
(dioc. actuel de Meaux, jadis Sens; dans le doyenné et
le cant. de Provins, départ. Seine-et-Marne). Elle
devint prieuré vers le milieu du xv« s. Les calvinistes
en détruisirent les bâtiments, restaurés un peu plus
tard. Cependant, au xvii« s., la maison passa par une
grave crise matérielle, qu'Ambroise de Bournonville,
pair de France, aida à surmonter. On jugea cependant
nécessaire de la transférer à Provins même. En 1781,
le prieuré de Villechasson lui fut uni.
Abbesses. — A..., 1197. — Eremburge, 1203. —
Pétronille 1'% 1233, 1234. — Éloïse P^. — Éloïse II. —
HéUssende, 1245. — Ahce, 1248, 1274. — Pétro-
nille II de Munaud, 1292. — Jeanne, 1319. — Prieures.
— Marie F" la Gaillarde, 1452. — Catherine de la
Lande, 1499. — Blanche de Fumechon, 1552. —
Louise d'Alonville, 1576, 1581. — Marie II Vipart,
1586. — Jeanne de Pellevé, nommée 1588, céda sa
charge en faveur de la suivante, f 28 déc. 1641. —
Renée de Garges, f 29 aoiît 1637. — Anne P« de Fres-
noy, t 25 mars 1668. — Anne II de Sens de Morsan,
resta en charge jusqu'en 1698. — Henriette de Levi de
Charlus. — Marie-Thérèse de Beauvillier, 1728. —
N. de Loheac de Crapadot, nommée abbesse du Lis,
26 juin. 1733.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'anc. France,
VI, 42, 63. — Cottineau, 684. — Gall. christ., xii, 193-95.
R. Van Doren.
CHAMPEILS (Léonard), jésuite français (t
1669). Voir D. T. C, ii, 2214.
CHAMPION DE CICÉ (Jérome-Marie). —
1» Jusqu'à la Révolution. — Frère puîné de Jean-
Baptiste-Marie Champion de Cicé, évêque de Troyes,
puis d'Auxerre, avec lequel il ne faut pas le con-
fondre, le futur archevêque de Bordeaux, puis d'Aix,
naquit le 4 sej)t. 1735, de Jérôme- Vincent Champion
de Cicé et de Marie-Rose de Varennes. Au collège du
l'Iessis. durant ses éludes classiques, il se lie avec
.Morellet, Necker, de Boisgelin, puis, se tieslinant aux
ordres, fait au séminaire S.-Sulpice de Paris, à Rome,
ses études théologiques, couronnées par le doctorat.
Sa haute naissance, sa valeur, ses relations lui per-
mirent une rapide et brillante carrière dans l'Église.
Abbé commendataire de Chantemerle dès 1760,
député du diocèse de Sens à l'assemblée générale du
clergé, il devient dès son ordination sacerdotale, eu
1761, vicaire général de son frère, l'évêque de Troyes,
et, en 1765, avec M. de la Luzerne, agent général du
clergé de France. Cette charge l'initie aux alîaires
administratives et financières, aux problèmes que
I j)osent les relations du spirituel et du temporel, à la
j diplomatie ecclésiastique. A l'expiration de son
I mandat quinquennal il est, comme M. de la Luzerne,
! élevé à l'épiscopal.
Promu en 1770, ii trente-cinq ans, au siège de Rodez,
I connne beaucoup de ses collègues il entre en lutte
avec son chapitj-c dont son autoritarisme brise la
résistance el, comme Boisgelin. Briemic, Dillon, il
, réalise le type de l'évêque administrateur; sans négli-
ger pour cela sa mission pastorale, Champion de Cicé
se préoccupe d'améliorer la situation économique, le
rendement des cultures, la perception des impôts,
l'hygiène, la justice, l'enseignement. Ses capacités
incontestables, la faveur de Necker lui valent de pré-
sider, à partir de 1779, l'assemblée provinciale de
Haute-Guyenne, où il rencontre et brise l'opposition
de l'intendant. Ce succès lui obtient, en 1781, l'ar-
chevêché de Bordeaux.
Durant cette période prérévolutionnaire, l'arche-
vêque de Bordeaux, qui mène la vie fastueuse d'un
prélat d'Ancien Régime, se montre ouvert aux idées
nouvelles. Il admet la tolérance comme « fondée sur
les préceptes du divin Législateur », mais en distin-
guant la tolérance civile, « par laquelle le prince
permet dans ses États à chacun de penser ce qu'il lui
plaît », de « la tolérance ecclésiastique, par laquelle
l'Église accorderait la même liberté dans la religion » —
il admet seulement la première, position de principe
à laquelle il restera fidèle sous le Consulat et l'Empire.
Champion de Cicé flatte en outre les tendances du
bas clergé au syndicalisme et à l'indépendance, réunit
ces « coopérateurs chéris » en « congrégations foraines »,
étudie avec eux les problèmes que posent les petites
écoles, les établissements de charité, le recrutement
des séminaires. Chef de la commission pour le tem-
porel à l'assemblée du clergé, il obtient pour eux une
augmentation des congrues, réclame une retraite
pour les prêtres indigents exclus par l'âge et les
infirmités des travaux du saint ministère. Membre
de la commission des réguliers, il propose, afin de
trouver un supplément de ressources, des « unions
de bénéfices », euphémisme adroit qui implique sup-
pression pure et simple des couvents aux effectifs
trop réduits.
Si, par cet esprit de tolérance, cette faveur accordée
au bas clergé, cette réduction des monastères, l'ar-
chevêque de Bordeaux se pose alors en homme de
son temps, il demeure toutefois l'homme de sa classe.
On le vit bien en 1787, lorsque la révolte de la noblesse
marque le début de la Révolution : il s'oppose aux
réformes nécessaires. Champion de Cicé en effet sou-
tient l'opposition de ses pairs. Mais, soucieux de ne
pas compromettre sa carrière politique, car il se croit
l'étoffe d'un Richelieu ou d'un Mazarin, il le fait avec
une prudente adresse. A l'assemblée des notables, le
prélat combat les projets de Galonné, mais, à son
retour en Guyenne, se donne le beau rôle en expli-
quant qu'il a voulu sauver le capital immobilier du
clergé et ses privilèges d'ordre, moyennant le sacrifice
partiel de ses revenus assujettis à l'impôt. Même
attitude louvoyante dans la lutte engagée par lirienne
contre les parlements et l'assemblée du clergé. Enfin,
( Il \ \i f io \ 1)1-, ( ic. i,
;ipn''s avoir ci)iiil)allu. en I7NN. a |:i secdiidc assoin
bléc des notables, le doublement du tiers, il réussit
à convaincre ses diocésains qu'ils doivent à son inter-
vention auprès de Necker les avantages de ce double-
ment, et ceux-ci le reçoivent avec l)ouquets, compli-
ments en vers et feux d'artifice.
Mais l'archevêque se rend bientôt compte que,
pour assurer son élection aux États généraux, il faut
miser sur le tiers état et suivre le mouvement général
de l'opinion. De là une orientation nouvelle qui s'ac-
centue de plus en plus. Celle-ci se marque d'abord
par la publication, en 1789, sous le titre suivant, de
sa déclaration à l'assemblée des notables de 1787 :
Discours prononcé par Mgr l'archevêque de Bordeaux
le 9 août 1787, ouvrage où l'on trouve les preuves les
moins équivoques de la pureté comme de l'étendue du
patriotisme de ce premier prélat de la Guyenne, et les
vœux qu'il formait dès lors en faveur du tiers état,
même sous l'administration de M. de Calonne. Cette
publication irrita la noblesse et le Parlement; mais
elle lui assura l'appui du tiers et lui permit, dans la
chambre ecclésiastique, d'échapper aux manœuvres
du curé Pifïon, le meneur du bas clergé. Dans cette
chambre d'ailleurs. Champion de Cicé conduisit la
délibération avec tant de maîtrise et un si grand
esprit de concorde qu'il ol)tint un cahier de doléances
rédigé sous son inspiration, et modéré de forme, où,
selon sa manière, sur les questions brûlantes, la pensée
se dérobe sous des formes ondoyantes. Plus heureux
que beaucoup de ses collègues, il réussit en outre à se
faire élire et à se faire élire en tête. La carrière politique
qu'il ambitionnait lui est donc ouverte. Dans la voie
qu'il s'est désormais fixée, l'archevêque de Bordeaux,
va s'avancer à grands pas.
2° Sous la Révolution. Aux États généraux.
Champion de Cicé se range aux côtés du bas clergé,
avec les prélats libéraux. Le Franc de Pompignan,
Lubersac, Seignelay-Colbert, du Tillet, Talaru de
Chalmazel, Boisgelin. Dès le (i mai, dans la chambre
du clergé, il se prononce pour la vérification des pou-
voirs eu commun. On le désigne même comme le
meneur de cette minorité patriote; aussi recueille-t-il
les ovations du peuple et les injures de la noblesse.
C'est chez lui que se réunissent, à partir du 23 mai,
les curés ligués contre la majorité des évêques;
c'est de chez lui qu'ils partent, le 22 juin, pour se
réunir avec lui et trois autres prélats aux députés des
communes dans l'église S. -Louis. L'Assemblée, où
il soutient Necker contre la cour, l'élit membre du
comité de constitution, et le rapport qu'il présente
au nom de ce comité lui vaut le portefeuille de garde
des sceaux.
Un évêque ne pouvait accéder au gouvernement
dans des circonstances plus délicates. La nuit du
4 août, qui atteint l'Église gallicane par la suppres-
sion des privilèges, pose un premier problème. Le roi
doit-il sanctionner ce décret? Par une formule astu-
cieuse, Louis XVI essaie de se dérober; il promet, le
21 août, de publier le décret, mais réserve son appro-
bation. On attribue le faux-fuyant à Cicé. Après les
journées d'octobre, il faut capituler et le prélat
apporte, le 5, à l'Assemblée la sanction exigée. Cette
expérience sans doute a découragé ses velléités de
résistance, car il met une hâte particulière à faire
sanctionner par le souverain la mise à la disposition
de la nation des biens du clergé.
La situation de l'archevêque-ministre devient en-
core plus embarrassante quand la Con.stituante vote
la Constitution civile du clergé. Sans doute, il est
gallican; mais son gallicanisme ecclésiastique et
épiscoi)alien ne concorde pas avec le gallicanisme
parlementaire et politique, dont la réforme ^'inspire
essentiellement. Mais, comme la plupart de ses col-
lègues, il csconiiilc un arrangement <|ui, selon le mot
de Barruel, ))ermettrait le baptême de cet enfant mal
I venu. Par là s'explique sa politique dilatoire. Pour
] obtenir cet arrangement, il faut gagner du temps.
Le 24 août, il conseille donc au roi de sanctionner la
Constitution, « mais sans la revêtir des patentes qui,
suivant les formes reçues, lui donneraient force de
loi », formule ambiguë, conforme à sa manière. Il
conseille en outre de tenir secrets les brefs adressés
par le pape à Louis XVI, à Pompignan et à lui-même,
pour détourner le roi d'accorder sa sanction à cette
loi schismatique. A son lit de mort, Cicé assurera
n'avoir rien à se reprocher au sujet de cette attitude
et sa sincérité en la matière ne peut être mise en doute.
Jusqu'au bout il espéra un compromis; pour ne pas
rendre celui-ci impossible, il crut sage d'éviter une
rupture entre Louis XVI et l'Assemblée. Les récents
travaux historiques qui ont apporté sur cette crise
tant de lumières expliquent son erreur et sa bonne foi.
Lorsque enfin, après un trop long silence. Pie VI
rend publique' sa condamnation, Cicé, qui a donné
le 20 sept. 1790 sa démission de ministre, cesse de
louvoyer et se montre ferme; il avait d'ailleurs refusé
de prêter le serment constitutionnel. Remplacé sur
son siège par Pacareau, contrairement à la majorité
de ses collègues. Il ne participe pas à la jiremière
émigration et ne (fuittera la France qu'en 1792.
lorsque la Législative obligera les réfract aires à la
déportation.
L'archevêque de Bordeaux connut alors les années
les plus pénibles de toute sa vie. Les prélats réfugiés
en Angleterre ne lui pardonnent pas ce qu'ils appel-
lent sa trahison. Les avanies redoublent quand, avec
Boisgelin, Émery, la Luzerne, il déclare licite le ser-
ment de Liberté et surtout quand il autorise, après
l'avènement de. « l'usurpateur », la promesse de fidé-
lité au gouvernement consulaire.
3° L'archevêque concordataire d'Aix en Provence. —
Après son ralliement à Bonaparte, Champion de Cicé
rentre en France, le 21 févr. 1802. Peut-être serait-il
revenu plus tôt, si sa sœur ne se fût jias compromise
avec le P. de la Clorivière. dans l'attentat de la rue
S.-Nicaise, eu abritant Carbon et Limoléan. Ce
n'était pas à tort qu'il redoutait l'hostilité de l-'ouché,
car celui-ci le fait arrêter alors qu'il vient de dîner
chez le consul Lebrun, et Bonaparte doit intervenir
en personne pour qu'on le raye de la liste des émigrés.
Le grand nom du prélat, sa haute valeur, son esprit
de concorde et de paix engagent le gouvernement
à lui confier un siège concordataire: le 9 avr. 1802. il
est nommé archevêque d'Aix.
Dans ce diocèse. Champion de Cicé trouve une
situation très difficile; il a contre lui le préfet, le
conventionnel Delacroix, les autorités, le commis-
saire général de la police, Lecointe, anticlérical fa-
rouche, le général Cervoni qui se vante d'avoir arrêté
Pie VI; il se heurte à la division de ses ouailles, fort
échauffée en sens contraire avec une passion toute
méridionale. Fidèle à sa politique adroite, ondoyante,
silencieuse, l'archevêque côtoie les obstacles et ma-
nœuvre avec un art consommé. Cet évêque adminis-
trateur d'Ancien Régime se montre si entendu aux
affaires qu'il s'impose à Napoléon, fort sensible aux
compétences, ce qui lui permet de contrôler les pré-
fets, d'obtenir leur disgrâce, de renouveler le personnel
des mairies. A la longue, il se rend maître du terrain
et redoutable aux autorités locales.
Chez lui se retrouvent également les conce|)tions
du xvm' s. en matière de tolérance religieuse; libéral,
comme par le passé, il adopte vis-à-vis des constitu-
tionnels une attitude miséricordieuse; sa réputation
de philosophe lui attire la sympathie des milieux
irréligieux. « C'est un renard et un athée », disait
''11 \ MIMOX
Napoléon. A quoi Thibcaudeaii répondail : l'n
renard, je vous raccorde, mais je vous assure qu"il a
la foi. » De fait, s'il respecte toutes les opinions, le
prélat n'entend nullement les mettre sur le même
pied, mais au contraire, quoique sans raideur, et avec
une infinie souplesse, assurer le triomphe des droits
de l'Église. Personne ne s'appliqua mieux, ni avec
plus de succès, à tourner les lois sur le culte, à élargir
leurs dispositions restrictives, à mériter ou à sur-
prendre les faveurs du gouvernement. Insaisissable
et subtil, il découvrait et accentuait les fissures,
étendant ses conquêtes, poussant ses avantages avec
un tact, une habileté, une persévérance incroyables.
Rien ne résistait à ses entreprises sinueuses. Lente-
ment, mais sûrement, à petits pas, il progressait.
Dans la réorganisation de son vaste diocèse, il avait
réalisé un véritable chef-d'œuvre.
La lutte qui s'ouvre, après 1806, entre le vSacerdoce
et l'Empire l'arrache à ses soucis locaux pour l'en-
traîner, bien malgré lui, dans la politique générale.
i< J'ai vécu quelques mois de trop », déclare-t-il lors-
qu'il apprend la captivité de Pie VIL L'archevêque
eût souhaité qu'on le tînt en dehors de cette querelle.
Mais il jouit d'une telle autorité que Napoléon veut
se (■ou\'Tir de son prestige, ))lus caijaljlc qu'aucun
autre de gagner l'épiscopat à sa cause. Il sollicite
flonc; son avis sur la ((uestion litigieuse el le ])rie
d'écrire au pape afin d'en obtenir la solution souhaitée.
Dans sa réponse, courageuse el pathétique. Cham-
pion de (;icé ose exprimer sa vive compassion pour
les soulTrances du Saint-Père et dénoncer les périls
d'un nouveau schisme. Mais, sur le fond du ])roblème,
il raisonne en gallican. Que le pape, pour des raisons
temporelles, puisse refuser systématiquement les
pouvoirs spirituels à tous les candidats de Sa Majesté,
il ne semble pas l'admettre. Pie VII peut seulement
dénier ces pouvoirs, pour indignité personnelle, à tel
ou tel élu. En conclusion, le prélat se prononce pour
le retour aux formes anciennes. Une fois de plus,
dans l'évêque concordataire, l'évêque d'Ancien ré-
gime se retrouvait. Sa manière caractéristique ne
réa])paraît ])as moins dans sa lettre à Pie VII où il
masque sa pensée sous des formes si estompées, si
ondoyantes que celle-ci ne se trahit guère.
Ce prélat du xviii» s., grand seigneur, politique,
philosophe, mourut le 22 août 1809, « en chrétien et
en ])rêtre, sans faiblesse ni mômerie, conservant jus-
qu'au bout sa force d'âme », écrit Thibeaudeau dans
ses célèbres Mémoires. Ce prélat gallican, mais fidèle
à riîglise romaine, avant de quitter ce monde, lais-
sait à son clergé cette recommandation sui)rènie :
« Soyez toujours luiis an Siège ai)ostoliqiie (|ui est le
centre de l'unité. »
L. Lév"y-.Sclineirter, L'applirniion <lii Concordat piir un
Cvèque d'Ancien réqime, Mgr Cli. de ('.., arch. d' Aix et Arles,
Piiris, 1921. - M. Lhéritier, La Héoolution ù liordennx.
La fin de l'Ancien lii'qiwe et la préparation de\ Ëtats (/<•-
ncraux ( J7 S7-17 H!) j, Pnris. 1912. - V. Hindcl, Hist. reli-
l/iensc de S'apoléon. Paris. 194(1, 2 vol.
J. Leflon.
CHAMPION DE M AHÉ (Pierre), jésuite né à
S.-Martin-de-Chaulieu (Manche), le 14 oct. 1632;
t à Nantes le 28 juin 1701. Entré au noviciat le
18 nov. 1651, sollicita les missions d'Orient; professeur
à Rennes et à Quimper, où il fut en rapport avec le
Vén. P. Julien Maunoir, l'apôtre et le thaumaturge de
la Basse-Bretagne. Désigné enfin pour les missions
d'Extrême-Orient, il tomba malade à Marseille où il
comptait s'embarquer. Missionnaire urbain et rural,
aumônier de la flotte, puis directeur de la maison de
retraite de Nantes et apôtre de la dévotion au Sacré
Cœur de Jésus, il subit l'influence du P. Vincent Huby
qui l'initia à la spiritualité du P. Louis Lallemant que
c ic 1-, r M \ \rp< .T^.S
lui avait tiansmisc le P. ,lcan Rigoleuc. Plus que pai'
ses autres ouvrages, c'est par l'édition des écrivains de
l'école mystique et ses biographies des apôtres de la
Bretagne qu'il mérite l'attention. Grâce à lui, nous
sommes renseignés sur l'œuvre et les méthodes des
retraites bretonnes : La vie du P. J. Rigoleuc de la
Comp. de Jésus avec ses traitez de dévotion et ses lettres
spirituelles, Paris, 1686; La vie et la doctrine spirituelle
du P. Louis Lallemant, Paris, 1694; La vie des fonda-
teurs des maisons de retraite : M. de Kerlivio, le P. Vin-
cent Hubij de la Comp. de Jésus et Mlle de Francfieville,
Nantes, 1698. — On lui doit aussi l'édition des deux
premiers volumes des Dialogues spirituels du P. Jean
Surin, comprenant l'œuvre de celui-ci moins ce qui
avait été édité sous le titre Des fondements de la vie
spirituelle, par le P. Bignon, S. J. D'après la préface du
S"" vol., la mort avait empêché le P. Champion de
retoucher ce dernier tome. Les Dialogues parurent
après la mort du P. Champion : 1704 (privil. 1703).
Selon l'habitude de l'époque, le P. Champion retoucha
le style des auteurs qu'il publiait. Sur la « collabora-
tion » du P. Champion, cf. l'édition revisée et annotée
[ par le P. Aloys Pottier, S. J., du texte primitif de La
vie cl la doctrine spirituelle du P. Louis Lallemant,
' 1924, préface et passim, et Bremoud, Hist. liltér. du
i .sentiment religieux en France, v, 4, 7, 8 et 39. - — Le
P. Watrigani, on 1886, et le P. J.-V. Bainvcl, en 1929,
ont réédité La vie des fondateurs...: les textes de ces
écrits de spiritualité restent basés sur l'édition du
I P. Champion.
Sommervogel, ii, \i)Xi-r>ry. — Moreri, s. /'. E. Lelierre,
.S. .r., flindes sur le Sacré Cœur, it, 47-.')2.
A. De Bil.
CHAMPS (Gilles des). Né à Rouen, il fut cha-
noine de la cathédrale. Après avoir conquis les grades
de docteur en théologie et de licencié in utroque jure, il
se classa parmi les maîtres les plus réputés de l'uni-
versité de Paris, en raison de son talent oratoire. Ce
fut avant tout un serviteur dévoué de Charles VI, qui
lui donna les titres de confesseur, de conseiller et d'au-
mônier. Il séjourna à la cour d'Avignon, de mai à
juill. 1395, comme ambassadeur, et prononça des dis-
cours en faveur de la voie de cession, plus propice à
l'extinction du schisme. L'ambassade aboutit à un
échec, comme celles qui eurent lieu en Allemagne et en
Espagne, en 1396. De retour à Avignon en juin 1397,
Gilles constata à nouveau que Benoît XIII éludait la
j voie de cession par des moyens dilatoires et astucieux,
j .\ussi, lors du concile tenu à Paris en 1398, il prôna la
! soustraction d'obédience et, bien plus, requit la dé-
' tention du pape. C'est ])ourquoi l'entourage du pon-
tife le tint désormais pour « un ennemi mortel ». Sa
harangue revêt une grande importance, car elle posait
un principe cher plus tard aux gallicans, à savoir que
j le roi de France avait l'obligation de procurer la paix à
j l'Église et d'empêcher les excès de pouvoir que com-
j mettrait le S. -Siège. Gilles promulgua soleiuiellemcnt
. l'ordonnance du 27 juill. 1398 sur la soustraction
d'obédience et la légitima dans un discours (l'' août).
Il fit partie de deux ambassades qui n'obtinrent aucun
succès près de Benoît XIII, en mars et en sept. 1399.
En 1400, le roi l'envoya en Italie et en Allemagne.
Gilles se trouvait à Rome au moment de la mort
d'Innocent VII (6 nov. 1406) et pria inutilement le
Sacré Collège de surseoir à une élection pontificale. La
i grande ambassade, qui partit de Paris en 1 407 à desti-
i nation des cours de Grégoire XII et de Benoît XIII et
l à laquelle il participa, échoua encore une fois par le
I mauvais vouloir des deux pontifes. Lors du concile de
j Pise (1409), une commission entendit son témoignage,
j A cette époque, il y comparut comme ambassadeur
I royal et comme évêque de Coutances. Alexandre V
I confirma son élection le 2 oct. 1409 et .lean XXIII le
Il \ M
( 1 1 \ \ \ <
noniiiia cai'cliiiHl le li juin llll. loiil. en lui lai^saiil
l'admiaistration du diocèse de C.oulanrps. I .c prélat
mourut eu mars 1418.
F. Ehrle, Archiv fur Literalur - und Kircliengeschidite,
VI, 1892, p. 273-87 (procès-verbîil du concile parisien de
1398). — Bourgeois du Chastenet, Nouv. hist. <lu concile de
Constance, Paris, 1718 (preuves). — H. Denifle ot E. Châ-
telain, Charlularium universitatis Parisiensis, m, Paris,
1889-97, p. 693. — N. Valois, La France et le Grand
Schisme d'Occident, Paris, 1896-1902, 4 vol. — V. Martin,
Les origines du gallicanisme, Paris, 1939, 2 vol. — Martin
de Alpartils, Chronica actitatorum temporibus domini Bene-
dicti XIII, éd. F. Ehrle, Paderborn, 1906, p. 76 et 161 (le
chroniqueur le classe parmi les ennemis mortels de Be-
noit XIII). • — ■ P. Feret, La faculté de théologie de Paris au
Moyen Age, m et iv, Paris, 1897. — E. Martène et U. Du-
rand, Amplissima collectio, vu, Paris, 1724-33, p. 479-.Î25
(journal de Gontier ("ol sur l'ambassade de 1.395 près de
Hennît XIII).
G. MOLLAT.
1 . CH AN AC (Bertrand de). Il était fils de Gui,
de la branche d'Allassac (Corrèze), et d'Isabelle de
Montbron. Les fonctions de clerc de la Chambre apos-
tohque le mirent en relief et lui permirent de cumuler
la paroisse de Samatan (Gers), le doyenné de S. -Mar-
tin de Tours, uu canonicat à Poitiers et à Tournai,
l'archidiaconé d'Agde. (irégoire XI le nomma ari^he-
vèque de Bourges le 2 août l.'H I l'I Clément \'1I pa-
Iriarche de Jérusalem, ainsi que commeiidalaire de
l'évêché du Piiy (30 mai 1382). Le 17 juill. 1385,
Pierre Gérard lui succéda au Puy. laii-même, créé
cardinal du titre de Ste-Pufleutienne le 12 juill. 138.5.
entra à la Curie le 9 mars 1380. 11 mourut, d'après
Eubel, le 21 mai 1401 et, d'après le chroniqueur Mar-
tin d'Alpartil, le 20 juin, à l'heure de compiles. Sa vie
durant, il suivit fidèlement les directives de la cour de
Paris : c'est ainsi qu'il assista, en mai 1379, à l'assem-
blée de Vincennes dans laquelle Charles V fixa sa
ligne de conduite à l'égard de Clément VII; qu'il se
montra partisan de la voie de cession sous Benoît Xlll
et de la soustraction d'obédience. Alpartil le tenait pour
un ennemi mortel du pape aragonais et regardait son
trépas foudroyant comme uu châtiment céleste. Le car-
dinal possédait à Avignon une somptueuse demeure.
É. Baluze, Vilae paparnm Avenionensium, éd. G. MoUat,
II, Paris, 1928, p. 849-.j1. — F. Ehrle, Martin de Alpartils,
Chronica aciitatornm, Paderborn, 1906, p. 35, 87 et 118. —
Gall. christ., ii. — F. Duchesne, Hist. de Ions les cardinaux
Irauçois de naissance, Paris, 16(»0-06.
(ji. MOLLAT.
2. CHANAC (FouLyuES dk). Il était fils de
Pierre II de Chanac et de Dauphine. La possession de
l'archidiaconé berrichon de Sancerre (Cher), d'un
canonicat dans la cathédrale de Bourges et d'un autre
dans l'église S.-Ursin à Bourges lui facilitèrent l'assis-
tance à des cours de droit romain, de 1328 à 1330
(G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII, vu,
n. 41950. et x, n. 51977). En 1333, il était docteur m
uiroque jure. Son oncle Guillaume, évêque de Paris,
put ainsi le gratifier de la charge d'ofTicial en même
temps que d'un canonicat et d'une prébende à Notre-
Dame (ibid., XIII, n. til401). Devenu clerc du roi de
France, Foulques fut envoyé en mission par Phi-
lippe VI près de Benoît XII en 1338 et en 1339, au
.sujet des troubles survenus dans le monastère de Fon-
tevrault (Maine-et-Loire) et d'autres affaires sur les-
quelles les documents demeurent muets. Les entre-
tiens avec le pape se prolongèrent à tel j)oint que des
excuses parvinrent au souverain (G. Daumet, Lettres
closes, patentes et cariâtes de Benoît XII, n. 190 et ()06).
Philippe VI apprécia le talent du négociateur et le
récompensa par le titre de conseiller. Clément VI, qui
favorisa ses compatriotes de façon choquante, lui
accorda le titre de chapelain pontifical et le doyenné
de Beauvais; il ne larda pas à lui ouvrir une brillante
i-arriérc. en !*• iiommanl i-vè(|ue de Paris (28 iiov. 1342)
sur les instances de son oncle. Le sceau du prélat a été
i reproduit par Baluze (Vitac paparum Avenionensium,
éd. G. Mollat, H. Pai-is, 1928, p. 610). Consacré le
16 févr. 1343, il vécut jusqu'au 25 juill. 1349.
Gall. chrisl., vu, 131-33. - Obituaires de la province de
Sens, I, Paris, 1902, p. 219, 228, 372, .i05, 524, 557. —
Denifle et Châtelain, Chartularium universitatis Pari.iien-
sis, II, Paris. 189J, p. 600, 601, 613, 621, 622.
G. Mollat.
3. CHANAC (Guillaume de). Il eut pour père
Pierre I" et pour mère Alaïs Foucher et fut ainsi
l'oncle de Foulques et du cardinal Guillaume. Il
posséda l'archidiaconé de Brie, dans le diocèse de
Paris, et l'échangea contre celui de Paris en vertu
i d'une décision épiscopale que confirma Jean XXII le
30 mars 1318 (G. Mollat, Lettres communes de
Jean XXII, ii, n. 6774). Les recteurs des paroisses
soumises à sa juridiction lui contestèrent le droit de
visite, si bien c[ue Guillaume eu appela au S. -Siège, qui
confia l'instruction de l'affaire litigieuse à des commis-
saires le 27 nov. 1322 (ihid., iv, n. 16655). L'oppo.si-
tion qu'il rencontra arguait sans doute que leur supé-
rieur n'était ([ue diacre. Guillaume ne se lit point
ordonner |)rOlro et ne reçut les ordres sacrés ((u'après
son élévation à la dignité épiscopale. Il eut aussi des
difficultés avec le doyen el l(> chapitre de Notre-Dame
I au sujet de l'Iiôpital du S. -Sépulcre établi sur la pa-
roisse S.-Merry. ([ui dépendait d'eux. Un accord inter-
vint le 1 mai 1329 : doyen et chapitre conservèrent la
juridiction si)irituelle totalement, la collation, l'insti-
tution et la destitution des dignitaires, des possesseurs
depersonnats,d'ofliceset de bénéfices, à charge d'aban-
donner à l'archidiacre de Paris des terres représentant
un revenu de cent livres parisis (ibid., viii, n.
! 45910). Le siège de Paris, devenu vacant, lui fut
i donné le 13 août 1332 (ibid., xi, n. 58038).
1 Guillaume ne s'empressa point de recevoir la consé-
cration épiscopale et perdit, par suite, la jouissance
I de son canonicat et de sa prébende à Notre-Dame, de
même que celle de son archidiaconé, le 8 avr. 1333.
Jean XXII ne lui octroya une dispense que jusqu'au
8 juin. Le 20 août, le prélat portait le titre d'évèque et,
le 16 sept., recevait l'autorisation de lever un subside
caritatif sur son clergé (ibid., xii, n. 59772, 59959 et
61033; XIII, n. 61414). Lors du service funèbre célébré
à Notre-Dame à l'occasion du décès de Jean XXII,
j Guillaume se querella avec le chapitre au sujet des
torches, des cierges et des ])arements dorés et de soie
qui ornaient le catafalque. Des arbitres se pronon-
cèrent eu faveur de la fabrique (J. \'iard. Documents
■ parisiens du règne de Philippe VI de Valois, i, Paris,
1899, p. 297 et 301; II. P'urgeot, Actes du parlement de
, Paris, Jugés, i, Paris, 1920, n. 1003, 1005, 1062). En
1339, Guillaume fonda à Allassac quatorze chapelle-
nies et à Paris le collège S. -Michel. Son alïection jiour
son neveu Foulques le poussa à se rendre à Avignon
afin de persuader à Clément VI de lui céder son évê-
ché et de lui donner à lui-même le patriarcat
d'Alexandrie (28 nov. 1342). Guillaume de Chanac
mourut le 3 mai 1348 et fut enseveli à S. -Victor. La
Gall. clirisL, vu, 129-131, a reproduit son épitaphe.
.J.-M. Vidal, Bullaire de V Inquisition française au XIV' s.,
Paris, 1913, n. 146, p. 122. — G. Clément-Simon, Docu-
ments sur G. de Chanac, évêque de Paris et patriarche
d'Alexandrie (1,324-39), dans Bull, hislor. et philnl. du
Comité des travaux scieîilif., 1903, p. 49-59 (l'auteur corrige
les généalogies dressées par Baluze). — Obituaires de la
province de .Sens, i, Paris, 1902, p. 126, 217, 557, 760. —
Denifle et Châtelain, Charlularium universitatis Parisien-
sis. II. Paris. 1891. p. 229 et 505.
G. Mollat.
4. CHANAC ((Guillaume de). Fils de Gui de
Chanac. fie la branche d'Allassac, et d'Isabelle de
:î:> I (■ Il \ \ \ (
AIonLbron, il entra, à l'iigc de scj)! iins. monastère
S. -Martial de Limoges et conquit le fjracle de dorteur
en droit à l'université de Paris. Successivement chef-
cier de S. -Martial de Limoges (25 févr. 1339), prieur de
Longpont (S.-et-O.) et de Vézelay (Yonne), il devint
abbé de S. -Florent de Saumur (30 avr. 1354), chance-
lier d'Anjou en 1360, abbé de la Fontaine-de-Bèze
(Côte-d'Or). Nommé évêque de Chartres le 23 sept.
1368, il fit partie du conseil du duc Louis I" d'Anjou et
reçut à ce titre mille florins d'or le 3 sept. 1369 (Hisi.
de Languedoc, ix, Toulouse, 1885, col. 827). Il était
évêque de Mende depuis le 8 janv. 1371, quand Gré-
goire XI le créa cardinal du titre de S. -Vital le 30 mai.
On le connut sous le nom de cardinal de Mende. Le roi
de France récompensa les services qu'il avait rendus en
Guyenne par le don de mille francs d'or (21 juill.
1371) (ibid.J.
Guillaume de Chanac paraît avoir été entièrement
dévoué à Louis I", duc d'Anjou; il négocia, en 1371 , un
accord entre ce dernier et la reine Jeanne I'" de Na-
ples. Il eut aussi la confiance de Grégoire XI qui le
laissa à Avignon, lors de son départ pour Rome, afin
de veiller aux intérêts temporels de la papauté. Guil-
laume de Chanac dut s'opposer aux agissements des
officiers royaux contre la juridiction de l'Église ro-
maine dans l'île sise sur le cours du Rhône et voisine
d'Avignon, ainsi qu'à Montélimar. Toutefois le pape
hii témoigna quelque étonnement qu'il n'eût rien tenté
pour protéger le Comtat-Venaissin contre les incur-
sions probables des troupes françaises, concentrées à
proximité, à la suite du mariage de Roland Johel avec
la nièce du prince d'Orange (L. Mirot, Lettres secrètes
et curiales de Grégoire XI, Paris, 1942, n. 2068).
Retenu en Provence, le cardinal de Mende ne con-
courut pas à l'élection d'Urbain VI. Après avoir donné
l'ordre au châtelain du château S. -Ange de lui livrer
les clefs, il changea totalement de conduite à son égard
et signifia à la chrétienté son adhésion à Clément VII
(É. Baluze, Vitae paparum Avenionensiiim, éd. G. Mol-
lat, IV, Paris, 1928, p. 168 et 192).
Guillaume de Chanac décéda à Avignon le 30 déc.
1383, après avoir été promu évêque de Tusculum et
avoir dicté sou testament. Son corps reposa quelque
temps chez les frères prêcheurs d'Avignon, puis fut
transporté à S. -Martial de Limoges où un luxueux
cénotaphe lui fut érigé.
Gall. christ., i et viii. — F. Duchesne, Ilist. de tous tex
cardinaux /rancoix de naissance, Paris, 1660. — ft. Baluze,
Vilae paparum Avenionensium, éd. G. Mollat, ii, Paris,
1928, p. 609-14 (son testament a été reproduit au t. iv,
273-89). — L. (iuibert. Ce que roùlail au XIV s. le tombeau
d'un cardinal, Paris, 1895; Le tombeau du cardinal G. de
Clianac à S.-Martial de Limoges, dans Cabinet liistorique,
nouv. sér., 1882, p. 23.3-42. — (Congrès arctiénl. de France,
II, Paris, 1910, p. .309. — Bibl. nat. de Paris, Pièces origi-
nales, vol. 668, dossier Chanac, n. 2.
G. MOLLAT.
CHANCELADE, Cancellata, abbaye d'augus-
tins située sur la Beuronne, à 5 km. environ au N.-O.
de Périgueux, dans ce diocèse. Chef d'ordre de cha-
noines réguliers dès la fin du xii^ s., centre de réforme
rayonnant sur tout le Sud-Ouest de la France au
xvii^ s., ce monastère, qui doit son nom à une source
entourée d'une grille de fer (camélia), s'est formé
autour d'un ermitage dont les origines sont obscures.
Le petit groupe de clercs et de laïcs retirés dans la soli-
tude boisée de la Beuronne avant 1115 — date à la-
quelle Foucaud, abbé de Cellefrouin, se joignit à eux —
étaient-ils disciples de Robert d'Arbrissel, comme leurs
voisins de La Couronne et de Cadouin? Ou dépen-
daient-ils des ermites si nombreux du diocèse tout
proche de Limoges? On ne sait. Une notice de fonda-
tion nous dit, par contre, comment, dès 1129, les clercs
ermites jettent les bases d'une église destinée à rem-
(11 \ XC F. I. A hl .i.-VJ
jilacer Ir modeste oratoire primitif. A cette occasion.
Guillaume de Blanche-Roche, évêque de Périgueux el
! ami des solitaires, confirme la donation de deux églises
j et celle des biens offerts par les convertis attirés par la
I réputation de Foucaud et de ses disciples. En 1133,
I ceux-ci font profession de vie canoniale régulière, selon
la règle de S. Augustin, et placent à leur tête un abbé,
Gérard de Monlava. Les coutumes adoptées furent-
elles celles des anciennes fondations du diocèse, N.-D.
de Châtres (1077) et S. -Jean de Côle (1080)? Ou bien
les ermites subirent-ils l'influence de la communauté
de La Couronne qui, par l'intermédiaire d'Aureil, se
rattachait à S.-Ruf? Étant donné le prestige de Lam-
bert, fondateur de La Couronne, cette dernière hypo-
thèse paraît plus vraisemblable. L'adoption du nou-
veau statut ne se fit pas sans difliculté et le chroni-
queur souligne la défection d'un certain nombre de
disciples, probablement désireux de rester fidèles à
l'érémitisme primitif.
Grâce à la protection constante des évêques de Péri-
gueux, la communauté connut, entre 1150 et 1250, un
développement considérable. Les bâtiments claus-
traux furent édifiés avec un certain luxe, si l'on en
juge par les nombreuses consécrations d'autels qui
s'échelonnent durant ce siècle, l^urant la même pé-
riode, l'abbaye acquit une bonne dizaine d'églises,
dons des évêques de Périgueux, de Sarlat et de Rodez;
I plusieurs furent transformées en prieurés ou en prieu-
j rés-cures. Ainsi S. -Saturnin de Beuronne, Ste-Cathe-
rine de Bor, S. -Jean de Morlande, S. -Saturnin de Blis,
S.-Vincent-sur-l'Isle, au dioc. de Périgueux; S.-Sul-
pice et S. -Innocent, au dioc. de Sarlat; Chantemerle,
La Fayette et Cabresie, etc. Une bulle d'Alexandre III
datée de 1174 confirme les possessions de l'abbaye.
Dans la première moitié du xiii« s., les chanoines de
Chancelade i-emplacent les bénédictins de l'abbaye de
Fontenelles, au dioc. de Luçon; ils forment alors l'orrfo
de Cancellata, dont l'organe centralisateur est un cha-
pitre général qui fonctionne comme ceux des autres
réguliers.
Cette forte organisation permit aux abbés de Chan-
celade de maintenir longtemps la discipline régulière.
En 1360, le cardinal Élie de Talleyrand fait preuve de
générosité à l'égard de l'abbaye en lui donnant le capi-
tal nécessaire pour l'entretien d'une trentaine de cha-
noines. Toutefois, les désordres du xv« s. et les guerres
de religion entraînent la ruine de l'abbaye. Le do-
maine dilapidé et les bâtiments en ruines n'étaient
plus occupés que par quelques chanoines lorsque, au
début du xvii« s., Alain de Solminihac reprit en main
la communauté. Grâce à son action énergique, Chan-
celade devient de nouveau un centre de réforme dont
l'action se fait sentir dans les diocèses de Périgueux,
Limoges, Saintes, Angoulême, Foix, etc. Alalgré les
tentatives du P. Faure qui, à la même époque, ré-
forme Ste-Geneviève de Paris et en fait le centre de la
congrégation de France, Alain de Solminihac conserve
son indépendance et introduit une discipline plus aus-
tère. Comme à Ste-Geneviève, les chanoines portent
l'habit blanc, mais, au lieu du rochet. un petit scapu-
laire de toile blanche. Après l'élévation du réforma-
teur au siège de Cahors (1637), la discipline est mainte-
nue par ses successeurs et disciples, Jean Garât, mort
en 1674, et Jean de Belair, sous lequel, en 1699, le cé-
lèbre hôpital d'Aubrac entrera dans la congrégation
(Pour tout ceci, voir art. Alain de Solminihac,
D. H. G. E., 1, 1313-17, et en outre E. Sol, Le vénérable
Alain de Solminihac, ahbé de Chancelade et évêque de
Cahors, Cahors, 1928).
On trouvera la liste des abbés dans la Gall. christ., ii,
1502; à compléter par un mémoire du xviii« s.,
éd. C. Mavjonade, dans Hev. Mabitlon, xvii, 1927,
p. 17-30,
i
35.1
CHANCELADE —
CHANOINES
354
L'ancien cartnlaire dont on a tiré la précieuse Narratio
lundadonis (Gall. christ., ii, itislr., 492) est perdu. On en
conserve une copie partielle dans le ms. Paris, B. N.,
lat. 9937, et dans la Coll. Périgord, iv, fol. 51-75; xii,
fol. 297 et 301 ; xxxiii, fol. 299-386. Des pièces relatives à la
réforme du xvii« s. sont conservées dans les mss. Paris, Ste-
Gene^^ève, 603, 651, 705, 709, 712, 720. — Pour les tra-
vaux, voir D. H. G. E., i, 1316-17, et L.-H. Cottineau,
I, 689-90.
C. Dereine.
CHANGANACHERY, ville des Indes britan-
niques (Travancore), sur les côtes de Malabar; devint,
le 28 juill. 1896, le siège d'un vicariat apostolique pour
les chrétiens du rite syro-malabar; il fut divisé en 1911
et élevé au rang d'évêché, dépendant d'Ernaculam, le
21 déc. 1923.
Hiérarchie : Matthieu Makil, vie. ap., 1896. — Tho-
mas Kurialacherry, vie. ap., 1911. — Jacques Kalara-
kel, admin., 1925. — Jacques Kalacherry, év., 1927.
Cat.Enc, li, 573; Supp/., i, 176. — Ann. ponl., 1948, 105.
É. Van Cauwenbergh.
CHANGHAI. Voir Shanghai.
CHANGSHA, Schangsha, Tchangsha, ville mu-
rée du Hunan (Chine centrale), siège du vicariat apos-
tolique de Houkouang dès 1696, du Hunan en 1856, du
Hunan méridional en 1879, reçoit le nom de vie. ap. de
Changsha le 3 déc. 1924. Après un démembrement
causé par l'érection de la préfecture apostolique de
Siangtan en 1937, Changsha fut, le 11 avr. 1946, par le
décret instituant la hiérarchie chinoise, élevé au rang
d'archevêché.
Il est confié aux frères mineurs italiens. Le premier
archevêque est S. P. Lacchio, O. F. M., 1946.
L. Van Hee.
CHANGTEH, Tchangleh, ville murée de la Chine
centrale, siège du vicariat apostolique du Hunan sep-
tentrional depuis le 19 sept. 1879; reçoit le nom de
vie. ap. de Changteh le 3 déc. 1924 et est élevé au rang
d'évêché par le décret du 11 août 1946. Il est confié
aux Augustins espagnols; l"' évêque : G. Herrero
Garrote, O. E. S. A., 1946.
L. Van Hee.
CHANIGAR, Hânigâr, Khànîgâr, évêchénesto-
rien, localisé non loin de Daqûq, sur la route de Bag-
dad à Arbèles. Le Livre de la Tour a gardé le nom de
deux évêques de ce siège : Cyriaque, qui fut présent au
sacre du catholicos Josué bar Nûn (824-28), et Jean,
qui fut ensuite métropolite de Mossoul et, en 893, ca-
tholicos de Perse. Ibn at-Tayyib nous apprend que,
sous le catholicos Sergius (860-72), une partie de ce
diocèse passa sous la juridiction de l'évêque de
Sahrazûr.
J. S. Assemani, Bibliotheca orientalis, m-2, Rome, 1728,
p. 737. — Le Quien, ii, 1133, 1243-46. — G. Hoffmann,
Ausziige ans syrischen Akten persischer Martyrer, Leipzig,
1880, p. 308 (index). — J.-B. Abbeloos-T.-J. Lamy,
Gregorii Bar Hebraei Chronicon ecclesiasticum, m, Lou-
vain, 1877, col. 18, note 1. — H. Gismondi, Maris Amri et
Slibae de patriarchis nestorianorum commentaria, i, Maris
oersio latina, Rome, 1899, p. 74; ii, Amri et Slibae oersio
lalina, Rome, 1897, p. 38, 46. — E. Sachau, Zur Ausbrei-
tung des Christentums in Asien, dans Abh. der preuss. Akad.
der Wiss., 1919, Phil.-hist. Klasse, i, Berlin, 1919, p. 25, 57.
Arn. Van Lantschoot.
CHANOINES (Des origines auxiii«s.). — In-
troduction. — Les laïcs, les moines et les clercs forment
dans l'Église, dès le iv^ s., trois groupes hiérarchisés
ayant leurs lois et leurs fonctions propres. Très tôt au
Moyen Age, les clercs par excellence, ceux qui, par
leur nombre et les services rendus, représentent l'ordre
ne sont pas, comme aujourd'hui, les prêtres des pa-
roisses, mais les communautés de chanoines qui,
autour des évêques et plus tard dans les collégiales, se
consacrent principalement au chant de l'ofiice divin.
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
L'histoire fort négligée de cet ordo canonicus ou cano-
nialis devrait être envisagée aux divers points de vue
économique, social, politique et intellectuel. Dans tous
ces domaines, en effet, les chapitres ont joué, jusqu'à
la fin de l'Ancien Régime, un rôle comparable à celui
des monastères. Tout en tenant compte le plus pos-
sible de ces différents aspects, nous nous bornerons au
; domaine strictement religieux, allant d'ailleurs ainsi à
: l'essentiel. Car, comme le dit M. Bloch, les services
I rendus à la société par les chapitres et monastères
n'étaient pas principalement d'ordre économique, cha-
ritable ou culturel, mais avant tout spirituel (cf. La so-
I ciété féodale; la formation des liens de dépendance, dans
i coll. Évolution de l'humanité, xxxi, Paris, 1940, p. 139).
Le développement de l'ordre soulève des problèmes
! multiples qui concernent ses origines, la formation
I progressive de son idéal, de sa discipline, de la fonc-
! tion canoniale, enfin ses rapports avec les laïcs et sur-
tout avec les moines. Des principes, qui relèvent de la
spiritualité et du droit canon, on devrait descendre
aux faits, apprécier les réalisations, dépister les in-
fluences, établir les périodes de décadence et de fer-
\ veur. Dans l'état actuel des travaux, un tel programme
I est difficilement réalisable. On dispose sans doute d'un
' bon nombre de monographies décrivant les origines et
[ l'organisation des chapitres. Mais les ouvrages de syn-
I thèse font défaut et l'on doit encore se reporter aux
études des érudits des xvii« et xviii« s., tels que Tho-
massin, Amort, Lelarge, etc.
Cet article sera limité, dans l'espace, à l'Occident
chrétien et, dans le temps, aux douze premiers siècles.
Encore est-il surtout destiné à compléter les articles
parus dans les diverses encyclopédies : H. Leclercq,
art. Chanoines, dans D. A. C. L., ni-1, 247 sq.;
A. Smith, art. Chanoines réguliers, dans D. Spir., ii,
463 sq. ; P. Torquebiau, art. Chanoines et Chapitres de
chanoines, dans D. D. Can., ni, 471-88 et 530-66.
La matière ainsi déterminée se divise assez natu-
rellement en quatre périodes : I. Les origines {i"-
v« s.). IL L'époque mérovingienne (500-750). III.
L'époque carolingienne (750-1050). IV. La réforme
grégorienne (1050-1200) (au cours de cette dernière pé-
riode, il sera principalement question des chanoines
réguliers).
Avant d'aborder le sujet, donnons encore quelques
précisions de vocabulaire.
L'adjectif latin canonicus, du grec kovovikos, si-
gnifie, comme ce dernier, « conforme à la règle »
(Kavoûv) et sert de doublet à regularis. Dans son sens le
plus large, il peut donc qualifier toute espèce de réali-
tés et, de fait, dans le vocabulaire ecclésiastique, il est
dit d'un livre, d'une élection, d'une décision, du droit
lui-même qu'ils sont « canoniques ». Il apparaît accolé
au mot clericus dès le vi» s. et est très tôt employé seul
— comme substantif — p. ex. au concile de Tours de
567. Il n'est pas douteux que, dès cette époque, l'ex-
pression clerici canonici ait signifié, pour les contem-
porains, des clercs vivant selon la régula canonica.
Telle est l'explication donnée par Ecbert d'York
{P. L., Lxxxix, 379), par Alcuin et par Gautier de Ma-
guelone au xii« s. Il importe donc peu de savoir si, du
point de vue de l'étymologie stricte, le mot vient,
comme le veulent certains, de Kavcov, signifiant soit la
matricule ou liste des membres d'une église, soit la part
des revenus ecclésiastiques, soit encore la psalmodie.
Comme synonymes on trouve les expressions clerici
cardinales ou officiâtes, surtout en Italie, parfois aussi
' malricularii, bien que ce mot désigne plus générale-
ment les fonctionnaires subalternes d'une église. De
j nombreux documents emploient des formules plus
vagues telles que fratres, servi Dei, pauperes Christi ou
même coenobitae, termes qui désignent aussi bien des
moines que des chanoines. Aussi voudrait-on trouver
H. — XII. — 12 —
3!Sr> C H VNOl \ l'-.S. OIUCINKS 350
dans le vocabulaire qui désigne le genre de vie, les bâ-
timents ou les autorités canoniales, des critères per-
mettant de distinguer les deux ordres. Malheureuse-
ment la plupart des expressions sont ambiguës. En
eflet, le mot vita (ou ordo, institutio, disciplina, régula,
congregatio) est accompagné indifféremment des ad-
jectifs regularis, coenohialis, monasterialis, claustralis,
aposlolica ou commuais, pour désigner tant les clercs
que les moines. Notons pourtant l'effort tenté par les
carolingiens pour distinguer l'ordo regularis (monas-
tique) de l'ordo canonicus (canonial).
Si, à l'époque carolingienne, le terme basilica dé-
signe le plus souvent une église occupée par des clercs,
par contre abbalia, claustrum, coenobium et monasle-
rium ne peuvent servir de critère, pas plus que le voca-
bulaire emploj'é pour les charges supérieures, tel abbas
ou praepositus. Cette confusion dans la terminologie
est d'ailleurs, nous le verrons, l'indice du rapproche-
ment opéré spécialement à l'époque mérovingienne
entre les deux genres de vie.
Le vocabulaire utilisé pour définir le genre de vie
mené par les chanoines n'offre pas moins de difficultés.
Que signifient vivere secundum instituta Patrum, secun-
dum vilam apostolicam, communiter, regulariier, cano-
nice ou au contraire saeculariter, irregulariler, more
laicorum, ut acephali, etc.? Le sens de ces formules a
varié considérablement avec les âges. Disons seule-
ment qu'avant la réforme grégorienne les mots mar-
quant la régularité désignent la conformité à la règle
canonique qui sera précisée au concile d'Aix de 816 et
comporte généralement une vie commune mitigée.
Les expressions exprimant un blâme marquent sim-
plement un état de fait regrettable. A partir de 1050
au contraire, les formules marquant la régularité sont
réservées pour ceux que l'on appelle alors les canonici
regulares, qui renoncent à la propriété privée, tandis
que les termes saeculares et équivalents désignent les
chanoines propriétaires vivant selon les anciennes tra-
ditions. Les mots regulares et saeculares indiquent
donc à partir de ce moment deux états juridiques dis-
tincts. L'emploi des adjectifs français correspondants,
« séculiers » et « réguliers », devrait se modeler sur
cet usage.
Outre les articles déjà cités, voir : A. Poeschl, Bisihofgut
und « mensa episcopalis », i, Bonn, 1908, p. 48 sq. —
.J. Wirges, Die Anjànge der Augustiner-Chorlierren..., Diss.,
Uetzdorf, 1928, p. 3.5 sq. — Pour le xi= s.. Ch. Dereine, Vie
commune, règle de S. Augustin et chanoines réguliers (tu
s., dans fteo. d'hisl. eccL, xi,i, 1946, p. ."ÎCi-lOe.
I. Les origines (i^-y- siècle). — Bien que le mot
canonicus n'apparaisse qu'au vi« s. et que la première
règle écrite date du viii«, on ne peut parler de l'ordre
canonial sans remonter jusqu'aux origines du chris-
tianisme. Il n'est pas question de prétendre, comme
l'ont fait certains, que l'institution fondée par les
apôtres a reçu d'eux l'organisation qui la caractérise
des siècles plus tard. Mais le lien idéologique qui rat-
tache les chanoines aux premiers temps de l'Église est
trop important pour qu'on n'en tienne pas compte.
En outre, il semble exact de dire que tout le clergé
primitif est canonial au sens large du mot. C'est l'ap-
parition tardive d'un clergé disséminé dans les pa-
roisses rurales et les villae qui a entraîné l'emploi d'un
terme nouveau pour désigner l'institution ancienne.
1° Les bases scripturaires. — Toute la tradition ca-
noniale repose sur quelques textes de l'Écriture qui
ont inspiré les organisateurs de l'ordre. La législation
des lévites de l'A. T. préfigure (/! ti/po celle du sacer-
doce de la Loi Nouvelle. De là rim])ortance des pas-
sages de la Bible qui décrivent la chasteté temporaire
et le mode de propriété pratiqués par les fils d'Aaron.
De même, les textes des ])saumcs Dominus pars here-
ditalis meae (xv, 5) et Portio mea Dominus (cxviii, .57),
repris dans l'ancienne liturgie des ordinations, four-
nissent le point de déj)art de considérations sur le dé-
tachement des biens terrestres.
1 L'Évangile fournit l'exemple des apôtres aban-
[ donnant tout pour suivre le Maître et les exhortations
' du Christ à la pauvreté évangélique (Luc, xiv, 33 et
I Matth., XIX, 21). Très important aussi est le passage
des Actes des apôtres (iv, 32) décrivant l'attitude d
la première communauté de Jérusalem. Dans ses
lettres pastorales, S. Paul donne une série de conseils
I qui se résument dans le grand principe : Nemo militans
! Deo implicat se negotiis saecularibus (II Tim., ii, 4),
; Exploitant ces thèmes, les Pères esquissent les grandes
i lignes de l'idéal du clerc. On en trouve un bon exposé
dans les Commentaires de S. Hilaire (P. L., ix, 551) et
de S. Ambroise {ibid., xv, 1294) sur le psaume cxvir
et surtout dans les lettres de S. Jérôme à Héliodo
(P. L., xxii, 352), à Népotien {ibid., 527), à Rusticu
{ibid., 1072), qui exerceront dans la suite une grand
influence.
2° Discipline. — Dans la ligne ainsi tracée, les auto
rités ecclésiastiques élaborent progressivement la dis
cipline propre au clergé. On sait que la loi du céliba'
, ecclésiastique s'est imposée petit à petit en Occident,
i Tertullien, S. Cyrille de Jérusalem et S. Jérôme té
moignent de l'extension d'une coutume qui fut sancr
tionnée aux divers conciles d'Elvire (vers 300), d"
Carthage, de Tolède et de Turin (vers 400). .\u v s,
S. Léon étendit aux sous-diacres l'obligation de!
chasteté (cf. É. Jombart, art. Célibat des clercs, dan
D. D. Can., ni, 132).
j Signalons, sans y insister, les diverses mesures pris-
durant les premiers siècles pour écarter le clerc du mi
I lieu séculier. Sont interdits dans ce but : le commerce
I les métiers incompatibles avec la dignité sacerdotale
] l'administration des affaires temporelles, les diver-
tissements profanes, etc. Des deux symboles de ce
état de séparation, l'habit et la tonsure, seule cett
dernière apparaît à la fin du s. Rappelons aussi qu
les divers degrés de la hiérarchie ecclésiastique s'or
ganisent durant cette période (cf. F. Mugnier, art
Cléricature, dans D. Spir., x, 964).
Il faudrait encore étudier l'évolution de la législa
tion concernant la cohabitation des clercs avec le
I femmes, qui aboutit au canon du concile de Nicée (325)
j et de celle de la stabilité des clercs, déterminée à Chai
! cédoine (451). Notons seulement que c'est l'ensembl
de ces prescriptions portées par les papes et les concile
qui forment la canonica régula. Il nous reste à voi
dans quelle mesure la vie commune fait partie d
I l'idéal primitif du clerc.
j 3° Vie commune. — A toutes les époques, des auteu
plus ou moins qualifiés ont affirmé que la pauvret
avait été imposée au clergé de l'Église i)rimitive a"
même titre que la chasteté. Grégoire le Grand e
j Chrodegang, Hildebrand, Pierre Damien et Yves d
j Chartres, plusieurs canonistes du xiv^ s. et plus tar
encore les historiens des chanoines réguliers, Lelarge
Zunggo, Pennotti, etc., ont partagé cette conviction e
l'ont défendue en invoquant les textes scriptuaires e
patristiques que nous avons cités et aussi l'exempl
donné par bon nombre d'évêques, entre autres S. Au
gustin. On leur répond actuellement qu'il ne faut pa
confondre idéal et obligation stricte, initiatives pri
vées et institution, et surtout qu'il faut distinguer le
divers degrés de vie commune. Cette expressio
recouvre en effet des genres de vie très variés, depui
! l'abandon de toute propriété jusqu'à la simple fré
; quentation plus ou moins continue d'un cloître, d'u
j dortoir et d'un réfectoire communs (cf. F. Mugnie
I op. cit., 970-71, et J. Wirges, op. cit.. 52-55).
I L'existence de collèges presbytéraux, le fait qu
dans l'exercice de leur ministère les clercs soient étroi
357
CHANOINES. L'ÉPOQUE M É KO V I N G 1 E N N E
358
tement associés à l'évêque, leur participation aux
biens ecclésiastiques, tous ces faits ne permettent
donc pas de conclure à une pratique généralisée de la
pauvreté. On n'en trouve en tout cas aucune trace
dans le clergé des grandes villes telles que Milan, Car-
thage et Rome au iv^ s. (cf. V. Monachino, La cura
pastorale a Milano, Cartagine e Romci nel s. iv, Rome,
1947, p. 23, 160 et 329).
Mais, si elle n'a jamais constitué une obligation
stricte, la pauvreté « apostolique » n'en est pas moins
considérée par beaucoup comme un élément impor-
tant de l'idéal canonial. Dès le début, les grands
évèques comme S. Ignace d'Antioche, S. Polycarpe,
S. Cyprien, S. Ambroise et plusieurs autres donnent
l'exemple du dépouillement personnel. Sous l'influence
de plus en plus forte de l'ascétisme monastique, cer-
tains pasteurs groupent autour d'eux des clercs qui
s'efforcent de joindre au ministère sacerdotal la pra-
tique des vertus apostoliques. Mais il est difficile de
définir le statut exact des communautés formées à An-
tioche autour de Diodore et à Verceil autour de
S. Eusèbe. D'après S. Ambroise (P. L., xvii, 720), ce
dernier in ecclesia eosdem monachos inslituit esse quam
clericos. Un exemple plus net de vie commune stricte
est rapporté par Sozomème {P. G., lxvii,.1389),
d'après lequel les clercs de Rhinokoukoure, fidèles aux
institutions de l'évêque Mêlas, vivaient sous le même
toit, fréquentaient la même table et mettaient en com-
mun tous leurs biens (cf. J. Wirges, op. cit., 52-54, et
H. Leclercq, op. cit., 235).
Mais le promoteur par excellence de la pauvreté des
clercs et de la vita apostolica est sans contredit S. Au-
gustin. On sait que les sermons De vita clericorum
(P. L., xxxix, 1569 sq.) et la Vie écrite par Possidius
{ibid., xxxii, 37 sq.) nous décrivent la discipline impo-
sée par l'évêque dans le monasterium clericorum. Faut-
il compter parmi les documents qui nous renseignent
sur la doctrine canoniale de S. Augustin les textes
connus au Moyen Age sous le nom de Régula S. Augus-
tini? Ce problème délicat, déjà soulevé au xii« s., a fait
récemment l'objet de nouvelles polémiques. Pour les
PP. Mandonnct, Merlin et Hiimpfner, l'évêque d'Hip-
pone a d'abord écrit l'Ordo monasterii (= OM, P. L.,
xxxii, 1449-52) à l'usage de sa communauté; il y a
ajouté ensuite la Régula tertia (= /M, P. L., xxxii,
1377-1434), en guise de commentaire, et il a transposé
lui-même au féminin ce dernier texte à l'usage de la
communauté de moniales dirigée par sa sœur, dans la
lettre ccxi (= EA, P. L., xxxiii, 958-65). Pour dom
Lambot au contraire, EA seule est l'œuvre de l'évêque
d'Hippone, tandis que RA résulte de la transposition
au masculin de la lettre ccxi et que OM est une règle
monastique datant du v« s., mais d'origine inconnue.
Cette dernière position défendue en toute objectivité
par des arguments très sérieux semble bien devoir être
retenue (cf. C. Lambot, S. Augustin a-t-il écrit la règle
pour moines qui porte son nom?, dans Rev. Bén.,
un, 1940, p. 42-60). Au sujet de la régula prima,
pactum visigothique du vin« s., également attribué à
S. Augustin, cf. C. J. Bishko, The date and Ihe nature
of the spanish consensoria monachorum, dans American
Journal of philology, lxix, 1948, p. 377-95.
Signalons dès maintenant la fortune faite au Moyen
Age à ces textes. Liés l'un à l'autre, OM et RA sont
déjà employés par S. Césaire d'Arles, par Cassiodore et
par l'auteur de la Régula Tarnatensis. Le fameux ms.
de Corbie (actuellement Paris, BN, lat. 12634), datant
du vn« s., nous en fournit le plus ancien texte connu,
tandis que les catalogues des bibliothèques de S. Wan-
drille, S.-Gall et Reichenau en attestent la diffusion au
ix« s. A la même époque, les deux textes transposés au
féminin servaient de règle aux moniales espagnoles de
Bobadilla. Mais il faudra attendre le xi« s. pour les voir
adoptés à nouveau dans l'ordre canonial (cf. C. Lam-
bot, loc. cit., et A. C. Vega, Una adaptacion de la Infor-
malio regularis, dans Miscellanea G. Mercati, n, Vati-
can, 1946, p. 34 sq.).
Mais il est plus important pour nous de déterminer
dans quelle mesure l'exemple donné par S. Augustin a
été suivi dans les autres diocèses africains. Le rôle de
séminaire joué par le monastère d'Hippone permet de
penser que les évêques qui en sont sortis, Severus de
Milève, Evodius d'Uzalis, Possidius de Calama, Fortu-
nat de Citra et bien d'autres, ont adopté à leur tour la
vita apostolica (cf. J. Wirges, op. cit., 60-64).
Avec les invasions des Vandales et la dispersion du
clergé africain en Italie, en Espagne et en Gaule, ce
genre de vie a-t-il été transplanté dans ces régions?
Plusieurs auteurs anciens l'ont afiirmé sans fournir
d'arguments précis. Seule une étude détaillée pourrait
donner des résultats satisfaisants. Si Césaire d'Arles
unit en sa personne l'office des clercs et les vertus mo-
nastiques, rien ne prouve qu'il ait imposé la vie com-
mune à ses clercs. De même, la tradition qui veut que
le pape Gélase ait introduit ce genre de vie au Latran
semble peu fondée. Par contre, Julien Pomère, dis-
ciple de S. Augustin, a défendu la doctrine de son
maître sur la pauvreté apostolique dans son De vita
I contemplativa (P. L., lix, 411-520) placé souvent au
Moyen Age parmi les œuvres de Prosper d'Aquitaine
(cf. J. Wirges, op. cit., 64-66, et J.-C. Plump, Pome-
I riana, dans Vigiliae chrislianae, i, 1947, p. 227 sq.).
I Voir pour tout ceci, H. Leclercq, loc. cit., 223-36. —
I P. Monceaux, S. Augustin et S. Antoine. Contribution à
l'hist. du monachisme, dans Miscellanea Agostiniana, ii,
j Rome, 1930, p. 63-87. — Pour la règle de S. Augustin, voir
un bon état de la question par .J. C. Dickinson, T/ie origins
oj the Austin canons and their introduction into England,
Londres, 19.50, append. i.
IL L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE (500-750). — 1° Le
milieu. — Le rapprochement déjà opéré à l'époque
précédente entre le monachisme et l'institution cano-
niale s'accentue encore à partir du vi« siècle.
Né au désert, de l'initiative de laïcs, le monachisme
n'avait à l'origine rien de commun avec le clergé.
Mais, dès 550, Cassiodore assigne aux moines du Viva-
rium une fonction intellectuelle inconnue des Pères du
désert. En même temps apparaissent dans les villes, à
Rome p. ex., les moines des basiliques qui, à côté du
clergé, consacrent tout leur temps au chant de l'office.
Leur genre de vie ressemble davantage à celui des
futurs chanoines réguliers qu'à celui de leurs confrères
du Mont-Cassin. La coutume de plus en plus répandue
dans les monastères de recevoir les ordres sacrés, les
missions de S. Augustin de Cantorbéry en Angleterre
et celles des moines anglo-saxons sur le continent
accentuent encore le rapprochement entre les fonc-
tions canoniales et monastiques.
Cette évolution entraîne une modification non moins
importante de la propriété des moines. Au désert, le
moine vit du produit de son travail manuel et telle est
encore la coutume pour les ermites qui se multi-
plient en Gaule et en Italie aux vi^ et vii« s. Mais, dans
les monastères où la liturgie prend de plus en plus
d'importance, la pratique du travail manuel tombe en
désuétude. Entièrement occupé au chœur, le moine se
fait remplacer aux champs par des colons ou des serfs.
En outre, la communauté s'enrichit très vite de biens,
tels que les tonlieux ou autres droits de ce genre, qui
mettent les administrateurs des domaines sur le même
pied que les séculiers. Le moine, qui sert désormais
l'autel aussi bien, si ce n'est mieux, que le clerc,
n'a-t-il pas droit, lui aussi, à vivre du fruit des biens
ecclésiastiques? Par la fonction comme par le type de
propriété, le monachisme se rapproche donc considé-
rablement de l'ordre canonial. Les législateurs essaie-
C H A N 0 T N i : S . I / E P O O U 1<; M E 1^ n V T N (; T K N N }•.
ront bien de rétablir la distinction primitive entre les
deux ordres. Le fait domine néanmoins toute l'histoire
religieuse de cette époque.
Voir E. Lesne, Hist. de la propriété ecclésiastique en
France, i. Époque romaine et mérovingienne, dans Mém. des
Fac. calh. de Lille, Lille-Paris, 1910, p. 79-99. — T.-P. Me
Lauglilin, Le très ancien droit monastique de l'Occident, dans
Arch. de la France mon., xxxvm, Ligugé, 1935, p. 1 11-26. —
D. Knowles, The monastic Order in Enqland, Cnmbridge,
1940, p. 17.
2° La législation. — Dans les décisions des conciles,
qui se multiplient en Gaule et en Espagne à partir de
l'année 520, le mot canonicus apparaît pour la première
fois, semble-t-il, dans le can. 15 du concile de Cler-
mont (535), le can. 12 du concile d'Orléans (538), le
can. 20 du concile de Tours (567) (cf. Maassen, dans
M. G. H., Conc. aev. merov., 69, 77, 167).
Ces mesures prises occasionnellement ne consti-
tuent évidemment pas une règle canoniale complète.
Elles permettent pourtant de se rendre compte de ce
que l'on entend à cette époque par canonicus. Est qua-
lifié ainsi le clerc qui remplit les devoirs de sa charge,
entre autres la récitation des heures canoniales, reste
attaché à son église, obéit à son évêque et mérite donc
de recevoir les stipendia ecclésiastiques; en un mot,
c'est celui qui observe les canones, c.-à-d. l'ensemble
des textes scripturaires, patristiques et conciliaires qui
fixent les traits essentiels de la vie cléricale. Bien que
non codifiée, cette tradition constitue pour les contem-
porains un ensemble bien défini de coutumes.
Ainsi compris, l'ordo canonicus — l'expression est
employée en 670 au concile d'Autun (Mansi, xii,
124) — se distingue de l'ordre monastique qui com-
mence à s'unifier progressivement sous la règle de
S. Benoît. Mais dans le clergé, il ne constitue pas une
institution ni un état juridique opposé à un autre. En
droit, tous les clercs devraient être canonici. Seule la
faiblesse humaine ou les conditions d'existence ne per-
mettent pas toujours l'observation complète de la
législation. Tels sont les clercs vagabonds et ceux qui
s'attachent au service de seigneurs dans les villae.
Dans son De ecclesiasticis officiis (P. L., lxxxiii, 779),
Isidore de Séville décrit ainsi la situation : Duo sunt
gênera clericorum, unum ecclesiasticorum sub regimine
episcopali degentium, alterum acephalorum id est sine
capite, quod sequuntur ignorantiam. Hos neque inter
laicos saecularium officiorum studia neque inter clericos
religio detentat divina sed solutos atque aberrantes, sola
turpis vita complectitur et regat. Notons pourtant que
l'on distinguera bien vite parmi les clercs vivant selon
les canones ceux qui sont soumis à l'évêque, le clergé de
cathédrale, et ceux qui dépendent des abbés, le clergé
appelé plus tard de collégiale.
Quelle est la place faite à la vie commune dans la
législation de cette époque? Pas plus qu'aux origines
de l'Église, l'abandon de toute propriété n'est géné-
ralement exigé des clercs. Le XI^ concile de Tolède
(675) distingue en effet trois groupes : ceux qui con-
servent leurs biens, ceux qui en font l'abandon à leur
église et ceux qui, n'ayant jamais rien possédé en
propre, vivent des revenus ecclésiastiques (Mansi,
XI, 140). Toutefois, dans la mesure où les circonstances
le permettent, les chanoines de nombreuses commu-
nautés sont tenus à une vie commune mitigée com-
prenant la prise en commun des repas et du sommeil.
Le 7« can. du IIP concile de Tolède (589) prévoit même
la lecture à table (Mansi, ix, 994). Mais c'est surtout la
législation du concile tenu à Tolède en 633 sous la
présidence d'Isidore de Séville, qui donne une idée
complète de l'idéal canonial de l'époque. Après avoir
rappelé divers points de la discipline relative à l'âge
des ordinations, à la tonsure, aux rapports avec les
femmes, etc., les Pères rappellent à tous les clercs.
depuis l'évêque jusqu'aux adolescents, l'obligation de
vivre in uno conclavi. Voici le can. 23 : Non aliter pla-
cuit ut quemadmodum antistites ita presbyteri atque
levitae quos forte infirmitas aul aelalis gravitas in con-
clavi episcopi manere non sinit, ut iidem in cellulis suis
testes vitae habeant vitamque suam sicut nomine ita et
mente teneant (Mansi, x, 626). Cette législation marque
une étape dans le développement de la discipline cano-
niale. Elle prépare, en effet, directement la fameuse
règle d'Aix dans laquelle Louis le Pieux, s'inspirant de
cet exemple, donnera à ces prescriptions une portée
générale (cf. P. Séjourné, S. Isidore de Séville, Paris,
1929, p. 203 sq.). On ne peut, par contre, attribuer la
moindre importance à un pseudo-concile de Reims
tenu en 625, où l'archevêque Sonnantius et de nom-
breux prélats de Gaule auraient imposé à leurs clercs
la vie commune (voir le texte dans Labbe, Conc, v,
1694, et la critique chez C. de Clercq, La législation reli-
gieuse franque de Clovis à Charlemagne, dans Rec. trav.
Louvain, II« sér., fasc. 38, Louvain, 1936, p. 65-66).
Pourtant l'idéal de vie apostolique tel que l'a conçu
S. Augustin ne disparaît pas entièrement de l'horizon
des législateurs. D'après Jean Diacre, Grégoire le
Grand a groupé autour de lui non seulement des
moines, mais encore des clercs in diversis professioni-
bus tiabebatur vita communis ita ut talis esset tune sub
Gregorio pênes urbem Romam ecclesia qualem hanc
fuisse sub Apostolis et sub Marco evangelista pênes
Alexandriam Philo commémorât {P. L., lxxv, 92).
Bien plus, le pape lui-même considère la vita apostolica
comme la règle du clergé de l'Église primitive. A
Augustin de Cantorbéry qui l'interroge sur la disci-
pline à imposer au clergé, il répond : Hanc débet con-
versationem instiluere quae initia nascentis Ecclesiae
fuit patribus nostris; in quibus nullus eorum ex his quae
possidebant aliquid suum esse dicebat sed erant eis
omnia communia (texte dans Bède, Ilist. eccL, I,
xxvii, éd. Plummer, p. 48). (Pour tout ceci, voir
L. Hertling, Kanoniker, Augustinerregel, Augustiner-
orden, dans Zeilschr. fur katti. TheoL, lui, 1930,
p. 148 sq.)
La fonction du clergé demeure, au cours de cette
période, ce qu'elle a été à l'origine. Les clercs inter-
viennent fréquemment dans les affaires ecclésiastiques
comme les conseillers naturels de l'évêque. Au vi« s.,
cette coutume est maintenue; en général, toute modi-
fication grave apportée aux possessions des églises
requiert le consentement des clercs. Sont soumis à la
même condition : l'établissement de monastères, l'or-
dination des clercs et la destitution de certains digni-
taires, les pouvoirs judiciaires à l'égard du clergé (cf.
P. Torquebiau, art. Chapitres de chanoines, dans
D. D. Can., m, 535-36).
Enfin, les législateurs de cette époque ont encore le
souci d'établir une distinction aussi nette que possible
entre les professions monastique et canoniale. Les
prescriptions relatives à ce sujet se rencontrent sur-
tout dans l'œuvre de Grégoire le Grand. Pour le grand
pape, la vie monastique est essentiellement une
retraite; pour la protéger, il interdit aux moines
toutes fonctions publiques ou affaires séculières. Les
oratoires des monastères ne peuvent servir de cha-
pelle pour les fidèles et les évêques eux-mêmes doivent
éviter de troubler le calme des cloîtres par des visites
trop fréquentes. Il faut surtout éviter que des clercs
deviennent supérieurs des moines, ce qui, généra-
lement, entraîne une sécularisation de la communauté.
Pour le pape, il est impossible d'unir la militia clerica-
tus et la professio monastica (P. L., lvii, 680). (Voir
U. Berlière, L'exercice du ministère paroissial par le
moines..., dans Rev. Bén., xxxix, 1927, p. 231-33.
3° Le clergé des cathédrales. — Quelques document
permettent de voir comment la législation de l'époqu
CHANOINES. L'ÉPUQUE MÉROVINGIENNE
362
était appliquée dans les cathédrales. Inutile de dire
que les sources qui nous renseignent sur la vie du cler-
gé, souvent des Vilae d'évèques, doivent être soigneu-
sement critiquées. Les documents légendaires relatifs
aux premiers évêques du Mans rapportent tous com-
ment ceux-ci ont établi dans leur clergé la vie com-
mune. D'après l'auteur des Actus pontificum Ceno-
manensium, c. viii (éd. G. Busson et A. Ledru, dans
Archives historiques du Maine, ii, Le Mans, 1902,
p. 10), du temps de S. Julien, l'idéal de vie aposto-
lique aurait rassemblé autour des clercs un certain
nombre de chrétiens qui, à l'exemple de l'Église primi-
tive, auraient mené la vie commune. On ne peut da-
vantage faire confiance à l'auteur d'une Vie tardive de
Birinus, évêque de Dorcester, d'après laquelle ce prélat
aurait, vers 635, placé des canonici regulares dans son
église (cf. n. H. G. E., viii, 1530), ni à celui de la Vita
de S. Paul de Verdun qui, écrivant au début du x« s.,
emploie la formule très carolingienne canonicos cano-
nice vivere inslituit, pour décrire la restauration du
chapitre cathédral (A. S., févr., ii, 176). Les historiens
n'attribuent pas non plus de valeur au témoignage de
la Viia Rigoberli, d'après lequel cet archevêque de
Reims aurait constitué une sorte de mense commune
pour ses chanoines (M. G. H., 'SS. rer. mer., vi, 63).
Avec Grégoire de Tours, nous nous trouvons sur un
terrain plus solide. Dans le Liber Vitae Patrum, il est
fait allusion à une mensa canonicorum à propos de
l'évêque S. Gall et du diacre Patrocle de Bourges
(M. G. H., SS. rer. mer., i, 2, 683 et 703). Dans l'His-
toria Francorum (X, xxxi), il est encore fait mention
de la même mensa établie à Tours par l'évêque Baudin
vers 550. Parfois les repas communs étaient quoti-
diens, du moins autant que le permettait l'état des
ressources, mais souvent aussi ils n'étaient prévus qu'à
certaines fêtes plus importantes. Ainsi, d'après les
Actus pontificum Cenomanensium {op. cit., p. 102),
l'évêque Bertrand aurait institué en 616, à l'usage du
clergé, un prandium le jour de la dédicace. \ Milan
aussi, d'après Grégoire le Grand (P. L., lxxvii, 715), le
réfectoire commun existait depuis plusieurs années.
Ailleurs, nous trouvons la trace d'une vie commune
plus poussée. Dans son exil, Fulgence de Ruspe s'en-
toure de moines et de clercs. Pour ces deux groupes, il
y avait communis mensa, commune cellarium, commu-
ais oratio simul et lectio. Cependant les moines
menaient une vie plus austère nihil omnino proprium
possidebant nec inter alios clericos, clericorum more vive-
bant (A. S., janv., i, 41). D'après Grégoire de Tours,
l'évêque de Lisieux, Aetherius, observait la discipline
du concile de Tolède et dormait habens circa lectum
suum multos lectulos clericorum (Hist. Franc, 277).
Certains auteurs relativement proches des événements
parlent même de la pratique de la vita apostolica.
D'après un disciple de S. Kentigern, ce prélat aurait
établi, vers 600, dans sa cathédrale de Glasgow, ma-
gnam congregalionem secundurri formam primitivae
Ecclesiae viventem (A. S., janv., i, 817). De même, dans
l'église de Vienne, sous l'évêque Sindulphe, vers 640,
apostolicam vitam lenentes in unumque viventes plurimi
clerici erant ita ut turmis dispositis officiorum ministeria
peragerent (ibid., 55). Souvent les évêques, tels S. Remi
de Reims et S. Léger d'Autun, favorisent cette insti-
tution d'une certaine vie commune, en léguant à leurs
clercs les ressources nécessaires (cf. acte de 677, dans
Cartulaire d'Autun, éd. Charmasse, p. 81-82). Enfin,
nous trouvons dans certains documents des traces de
réforme. Il y avait à Besançon, dès le vii« s., un réfec-
toire et un dortoir communs, mais ils avaient été
abandonnés par les chanoines. Vers 700, l'évêque
Tetradius réussit avec l'aide d'un prieur de Luxeuil à
restaurer la disciplina regularis (texte dans Chifllet,
Vesontio civitas imperialis..., Lyon, 1618, p. 169).
II est important de noter qu'à cette époque le
régime des cathédrales consiste non point en une seule
église mais en plusieurs, parfois séparées par de
grandes distances. A leur tête se trouvent des abbates;
vicaires des évêques dans l'administration de ces
sanctuaires, ils occupent la seconde place dans la
hiérarchie diocésaine. Une lettre adressée en 568 à
Pierre, évêque de Metz, donne une idée assez exacte
des divers grades. Après l'évêque figurent un rector
domus ecclesiae, des abbates sanctis templorum Umini-
bus conversantes, un archidiacre, un notaire et des
chantres (M. G. H., EE., m, 134-35). On comprend
dès lors que des clercs de l'église diocésaine soient aj)-
pelés à remplir diverses fonctions dans des monastères,
des paroisses, des basiliques urbaines ou même rurales.
En outre, un canon du concile de Mérida (606) nous
apprend que les évêques choisissaient parfois leurs
chanoines parmi les prêtres de paroisses; ceux-ci con-
servaient leurs titres et même une partie de leurs reve-
nus et se faisaient remplacer par des vicaires (Mansi,
XI, 99). Voir, pour tout ceci, E. Mayer, Der Urspruny
der Domkapitel, dans Zeitschr. der Savigny Stift.,
Kan. Abt., vu, 1917, p. 1 sq.
4° Le clergé des basiliques. — A côté de l'ecclesia de
l'évêque apparaissent déjà, chez Grégoire de Tours, un
grand nombre de basiUcae. Une belle étude de L. Levil-
lain sur l'abbaye de S.-Denys jette une vive lumière
sur ces institutions très complexes. La plupart d'entre
elles doivent leur origine au culte des martyrs. Pour
honorer les témoins du Christ, les fidèles n'hésitent pas
à construire de nouveaux temples ou à transformer
complètement de petits oratoires et des églises parois-
siales. A la suite d'un miracle de S. Patrocle, le mo-
deste oratoire desservi par un seul clerc est remplacé à
Troyes par une grande basilique (Grégoire de Tours,
Liber in glor. mart.,e,3; M. G. H.,SS. rer. mer.,i, 531).
Mais on doit distinguer soigneusement plusieurs
sortes de basilicae. Outre les basiliques monastiques,
occupées exclusivement par des moines, comme p. ex.
Marmoutier et Agaune, on trouve des basiliques ur-
baines et des basiliques rurales. La distinction est déjà
établie par le concile d'Orléans (538) (Maassen, op. cit.,
74). Les premières dépendent souvent très étroitement
de la cathédrale qui, au vii« s., est d'ailleurs désignée
par le même terme. Parmi les secondes figurent un bon
nombre de paroisses transformées, telles, p. ex., S. -Ju-
lien de Brioude, Candes, Chinon, S. -Julien de Pernay,
S.-Marien d'Évaux et N.-D.-d'Évron.
La plupart de ces institutions sont desservies, déjà
au vie par un clergé basilical. On en trouve la trace à
S. -Martin de Tours, S. -Germain d'Auxerre, S.-Hilaire
de Poitiers, S.-Symphorien d'Autun, S.-Médard de
Cambrai et S.-Arnould de Metz. Mais un bon nombre
de ces temples sont aussi des basiliques à monastère,
c.-à-d. qu'à côté du clergé se sont groupées, le plus sou-
vent de manière spontanée, des communautés de
moines. C'est le cas, p. ex., à S.-Cyrgue de Clermont,
S. -Laurent de Paris, S.-Symphorien d'Autun et S.-
Marcel de Chalon. De nombreux textes prouvent que
la population diverse de ces basiliques vivait sous la
direction d'un abbas, titre qui n'a donc, au vi'' s., rien
de spécifiquement monastique. On en trouve à S.-
Denys, à S. -Martin de Tours, S.-Hilaire de Poitiers et
aux côtés des évêques de Rodez et de Cahors (cf. Vita
Desiderii Cadurcensis episcopi, éd. Krusch, M. G. H.,
SS. rer. mer., iv, 571 et 593). D'après Sidoine Apolli-
naire, ces abbates sont les conseillers de l'évêque dans
les jugements, ses vicaires dans les églises, ses procu-
reurs dans les affaires, ses commensaux dans la vie
privée.
A côté des clercs dont la charge essentielle est de
assidue ministeria divina celebrare (Vita Gaugerici
episc, M. G.H.,SS. rer. mer., m, 657), on trouve des
363
CHANOINES. L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE
364
fratres qui remplissent divers offices ou métiers, des
matrimlarii ou pauperes qui assurent principalement
le service des portes et enfin un certain nombre de mo-
nachi ou laici religiosi. Ces derniers n'ont pas été éta-
blis près de la basilique par un fondateur et ne sont pas
à proprement parler des moines réguliers. Leur com-
munauté s'est formée progressivement par le groupe-
ment des convertis qui viennent se fixer dans le voisi-
nage du tombeau de grands thaumaturges pour y
vivre plus saintement. Ils ne suivent pas une règle dé-
terminée, comme celle de S. Benoît, mais se rattachent
plutôt aux ascètes orientaux ou aux disciples de
S. Martin de Tours. Ce rapprochement de deux popu-
lations canoniale et monastique aura, nous le verrons,
une grande importance dans le développement des
deux institutions.
On voudrait trouver dans les nombreuses expres-
sions employées pour désigner la population des basi-
liques un critère qui permît de distinguer le clergé
proprement dit des autres habitants. Mais, en dehors
du contexte, la plupart des termes sont ambigus : cus-
todes peut s'appliquer à tous ceux qui sont attachés au
service de l'institution, depuis l'abbé jusqu'au dernier
gardien; fratres, pauperes et môme monachi sont em-
ployés pour parler de tous ceux qui, clercs ou laïcs,
vivent sous le gouvernement de l'abbé. Par contre,
dans certains documents de S.-Remi de Reims ou de
S.-Denys, les clerici sont nettement distingués des
fratres ou pauperes, termes appliqués, comme celui
plus clair encore de laici religiosi, aux laïcs ou aux
pauvres qui se consacrent au service d'une église.
Pour abriter ces divers groupements, s'élevait, à
côté de la basilique proprement dite, la domus basilicae
ou monasterium assez semblable à la domus episcopi
des cathédrales. Les bâtiments s'élevaient le plus sou-
vent dans un atrium. On y voyait des sacristies, des lo-
gements pour les hôtes et les malades, des locaux pour
les enfants voués au saint service, etc.
La discipline adoptée dans ces communautés de
clercs varie suivant les circonstances. Certains docu-
ments permettent de s'en faire une idée assez précise.
Ainsi le De vita et miraculis Patrum Emeritensium
{P. L., Lxxx, 115-64; nouv. éd., J. N. Garvin, The Vita
SS. Patr. Emer., Text and transi., dans Publ. of The
Cath. Univ. of America, Washington, 1946) montre que
les canons du IV" concile de Tolède étaient appliqués à
Ste-Eulalie de Mérida comme en bon nombre de com-
munautés espagnoles. Dans cette canonica, on trouve
des dortoirs communs pour les adolescents, des cellae
pour les prêtres; tous vivent sous la direction d'un
praepositus et se réunissent pour chanter l'offlce, entre
autres, matines (cf. J. P. Llamazares, Clerigos y
monjes, Léon, 1944, p. 20-26).
Dès le vie au diocèse du Mans, des communautés
de clercs s'organisent sous la direction de saints per-
sonnages et mènent une vie très édifiante. Les dis-
ciples de l'abbé Constantin congregati in unum commu-
nem vitam ducebant et omnia in commune habebant (cf.
Ph. Labbe, Nov. bibl., ii, 516); de même S. Alavée,
retiré au désert de Ceaucé, groupe autour de lui des
fratres communem el regularem vitam amantes (A. S.,
sept., m, 807). On trouve encore des communautés de
ce genre à Péronne au vu' s., à S.-Trond et à Andage
où les clercs vivent sous la direction de S. Bérégise
(ibid., oct., I, 527). L'ambiguïté du vocabulaire em-
ployé pour désigner les communautés canoniales et
monastiques rend souvent difficile la tâche de déter-
miner le caractère exact d'une fondation. Souvent les
Mauristes et leurs disciples ont rangé parmi les moines
des groupements d'ascètes qui, du moins aux orignies,
restaient fidèles à la profession canoniale (cf. la discus-
sion à ce sujet, ibid., 500-15).
Le rap])rochement entre clercs et moines, que nous
constatons un peu partout, va encore s'accentuer du
fait d'une transformation opérée dans de nombreux
monastères de basiliques vers l'année 650. A cette
époque, la reine Bathilde impose à tous les moines
' martinieiis le sanctus ordo regularis, c.-à-d. les cou-
I tûmes combinées de S. Benoît et S. Colomban {Vita
Bathildis, M. G. H., SS. rer. mer., m, 493). Cette ré-
forme atteignit peut-être dans certains cas tous les
habitants des basiliques. Mais le plus souvent elle
aboutit à la situation assez confuse constatée à S.-
Denys, S. -Martin de Tours et S.-Hilaire de Poitiers, où
clercs et moines vivront encore longtemps en contact
étroit (cf. L. Levillain, op. cit., 74-78).
Il fallait rappeler ces rapports étroits entre les deux
genres de vie pour comprendre la confusion qui règne
dans les monastères au début du viii" s., et les efforts
: entrepris à cette époque pour établir une distinction
plus nette entre Vordo canonicus et ï'ordo regularis.
j L'évolution du monachisme et les nombreux rappro-
! chements avec les clercs avaient, en effet, effacé toute
I différence essentielle dans la conception de vie pour ne
j laisser subsister qu'une certaine diversité dans la disci-
pline. De là les nombreux passages d'un ordre à l'autre
et même les hésitations au sujet de la profession à
i choisir. Un texte de la Vie de Ste Odile, abbesse
] d'Hohenbourg, morte vers 720, éclaire parfaitement
I cette situation. Les religieuses rassemblées par l'ab-
i besse ayant préféré la vita regularis plutôt que la cano-
! nica, celle-ci s'oppose à cette résolution : Timeo nos si
j regularem vitam elegerimus maledictionem a successori-
I bus nostris incurrere quia iste ut scitis locus valde in-
' competens et laboriosus est regulari vitae adeo ut nec
! aqua nisi cum magno labore hic adipisci possit. Unde
mihi videtur si vestrae placuerit almitati melius esse ut in
: canonico habitu consistatis. Tune omnes elegerunt cano-
' nicam regulam. ..{Vita, M. G. H. , SS. rer. mer. , vi, 46).
j Dans ce cas comme dans bien d'autres, ce sont donc les
j circonstances qui déterminent le choix de la profession.
' Pour cette époque, voir surtout : L. Hertling, Kanoniker,
Augiistiiierregel, Auguslinerordern, dans Zeilschr. fiir kath.
Theol., Lin, 1930, p. 335-69. — L. Levillain, Étude sur
j l'abbaye S.-Denys à l'époque mérovingienne, dans Bibl.
' École des chartes, Lxxxvi, 1925, p. 5-99. — J. C. Dickinson,
: op. cit., p. 17 sq. — On ne consultera qu'avec prudence
] A. Leiarge, Disquisitiones de ordine canonicoruni, Paris,
j 1697, p. 110 sq.
III. L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE (750-1050). — 1° La
législation. — Soucieux avant tout d'ordre et d'unité,
les Carolingiens ne pourront supporter longtemps la
diversité quelque peu anarchique des coutumes cano-
niales et la confusion qui s'était établie, au vu" s.,
entre clercs et moines. Dans la voie ouverte par Isidore
de Séville, avec l'aide des membres les plus éminents
du clergé, ils élaboreront une discipline qui trouvera
son expression la plus parfaite dans la règle composée
au concile d'Aix de 816.
Deux hommes, Boniface et Chrodegang, font figure
de précurseurs. Le premier maintient la vie commune
dans la communauté de Fritzlar {Epist., éd. M. Tangl,
M. G. H., EE. sel., i, 80) et fait rappeler par les con-
ciles l'observance des antiquorum palrum canones
(M. G. //., Conc. karoL, i, 7). Le second introduit vers
750, dans la cité de Metz, les usages liturgiques ro-
mains et organise, à défaut de la vita apostolica qui
reste son idéal, une discipline claustrale comportant la
fréquentation d'un dortoir et d'un réfectoire, mais
n'excluant pas les maisons ni la propriété privée. Les
clercs jouissent en effet de l'usufruit des biens qu'ils
tiennent en précaire de l'église qui est aussi leur héri-
tière. Destinée à favoriser la vie liturgique, cette légis-
lation est inspirée en grande partie de la règle
bénédictine.
Nous possédons plusieurs versions de l'œuvre de
305
CHANOINES. L'ÉPOQUE C A K O L 1 N G lE N N E
366
Chrodegaiig. Le texte original, conservé par deux mss.,
a été édité par W. Schmitz (Hanovre, 1889) et plus ré-
cemment par J.-B. Pelt (Études sur ta cathédrate de
Metz. La liturgie, i, Metz, 1936, p. 6-28). Une version
légèrement retouchée est donnée par P. L., lxxxix,
1097-120; tandis que le ms. Leyde B. P. L. Si présente
une recension généralisée, débarrassée de tous les élé-
ments propres à l'église de Metz (cf. éd. W. Schmitz, en
note). Une grande partie de la règle passera en outre
dans la compilation d'Aix et dans des œuvres ana-
logues. L'influence de Chrodegang se fait encore sentir,
entre 750 et 816, dans la législation des conciles et des
capitulaires (cf. M. G. H., Capitularia, i, 32, 35, 60, 96,
209). Toute confusion entre clercs et moines est ban-
nie. Les membres des communautés mixtes sont tenus
de choisir un genre de vie déterminé. Enfin les conciles
tenus à Mayence et Tours, en 813, rappellent les points
essentiels de la discipline instaurée à Metz.
Tout cet eflort trouve son couronnement dans la
règle composée, à la demande de Louis le Pieux, au
concile d'Aix de 816. Une première partie (c. i-cxiv)
contient les fameux Canones ou Instituta Patrum,
c.-à-d. l'ensemble des textes patristiques ou conci-
liaires relatifs à la vie des clercs, entre autres les pas-
sages de S. Augustin, S. Jérôme, S. Grégoire le Grand,
Julien Pomère et Isidore de Séville que nous avons
signalés. La seconde (c. cxv-cxnv) donne des direc-
tives plus précises, reprises en grande partie de Chro-
degang. Dans l'ensemble, la discipline claustrale de
Metz est maintenue. Toutefois, au c. cxv, l'auteur dé-
finit l'idéal canonial et sa relation au monachisme.
Bien que les chanoines soient tenus comme les moines
à la perfection évangélique, ils peuvent manger de la
viande, se vêtir de lin et posséder en propre des biens
et des revenus ecclésiastiques, quia in sacris canonibus
mis prohibitum non legitur (cf. A. Werminghoff, Die
Beschliisse des Aachener Concils im Jahre 816, dans
Neues Archiv, xxvi, 1902, p. 607 sq., et le texte de la
règle, dans P. L., cv, 815 sq. et M. G. H., Conc. karot.,
I, 308 sq.).
Tout en rappelant et précisant les traditions cano-
niales, Louis le Pieux veut surtout procurer aux cha-
noines comme aux moines des revenus suffisants et un
statut juridique qui leur permette de vaquer en toute
liberté à leur tâche essentielle : le chant de l'ofTice. De
là, dans les années qui suivent, les nombreuses mesures
prises pour assurer la diffusion de la règle et la cons-
truction des cloîtres (cf. ibid., Capitularia, i, 289 sq.).
Bien que les circonstances politiques n'aient pas favo-
risé la réalisation de cette réforme, son influence fut
beaucoup plus considérable qu'on ne l'admet généra-
lement. Le grand nombre d'exemplaires de la règle
d'Aix, datant des ix«, x« et xi« s. et provenant des mo-
nastères comme des chapitres, témoigne du succès ren-
contré par ce code dans tous les milieux. D'ailleurs les
papes, les évêques, les empereurs et les rois ne cessent
d'urger l'application des mesures prises par Louis le
Pieux, p. ex. aux conciles romains de 826 et 853, à
ceux de Paris en 829, d'Aix en 836, de Meaux en 843,
de Mayence en 847, de Soissons en 853.
A côté du code officiel, d'autres textes témoignent à
leur manière de la vitalité de l'idéal canonial. A la fin
du ix« s. ou au début du x», un compilateur inconnu
réunit en 84 chapitres des extraits de la règle d'Aix et
de Chrodegang (éd. P. L., lxxxix, 1057 sq.). Une ver-
sion de ce code est transportée en Angleterre par le
Lotharingien Léofric, lorsqu'il monte sur le siège
d'Exeter en 1055 (cf. éd. A. B. Napier, Early English
texl soc, dans Orig.ser., n. 150, Oxford, 1916). Un an-
cien nis. du chapitre de Paris précise en quelques
lignes, intitulées De vita canonici, les principales obli-
gations canoniales (éd. Martène, De ant. eccl. rit., ii,
102). La même tradition se maintient dans les collec-
tions canoniques et aboutit, au x^' s., au Capitulaire
d'Alton (P. L., cxxxiv, 30 sq.) et aux Synodica de
Rathier de Liège (ibid., cxxxvi, 617 sq.).
Fruit d'une étroite collaboration entre les autorités
ecclésiastiques et laïques, cette législation donne à
l'ordre canonial l'unité et la stabilité nécessaires. Basée
sur une réforme du temporel qui assure aux chanoines
les ressources suflisantes, la discipline comporte la
claustralilé traditionnelle depuis Isidore de Séville et
(Chrodegang. Mais l'idéal de pauvreté apostoHque
j maintenu par ces derniers, au moins comme un idéal,
I s'estompe davantage. La distinction entre les profes-
; sions canoniale et monastique est rétablie, mais ne
1 consiste plus dans des fonctions différentes.
[ En outre, voir : H. Leclercq, loc. cit., 240 sq. — E. Four-
nier, Nouu. rech. sur les curies, chapitres et universités de
l'Église de France, Arras, 1942, p. 80 sq. — O. Hanneniann,
Die Kanonikerregeln Clxrodegangs von Metz undder Aactiener-
synode von SIG und dos Verhàltnis Gregors VII. daxu,
(thèse), Greifswald, 1914.
, 2° Expansion de l'ordre canonial. — Les circons-
j tances sociales et politiques dans lesquelles se trouvait
I l'Occident au ix« s. ne favorisèrent pas la promulga-
I tion de la discipline d'Aix. Pourtant celle-ci a gagné un
: nombre de chapitres beaucoup plus important que ne
I le disent en général les historiens. Sans doute les
1 cloîtres de cathédrales et de collégiales ne se sont pas
élevés comme par enchantement au lendemain du con-
; cile. Mais Louis le Pieux et ses successeurs, aidés par de
i nombreux prélats, ont poursuivi inlassablement la
I réalisation du plan primitif et l'idéal d'Aix s'est main-
I tenu, comme nous l'avons déjà signalé, jusqu'en plein
j xi« siècle.
' Déjà sous Charlemagne, les évêques Badurad de Pa-
derborn et Leydrade de Lyon ont rétabli dans leur
église la disciplina monaslerialis (Gall. christ., ni,
Instr., 3). Dès 814, Louis le Pieux encourage la restau-
ration des cloîtres de Reims et de Vienne (ibid.,xvi,
I Inslr., 4). 11 intervient en 817 à Limoges, en 818 à
Tournai, en 819 à Auxerre, en 822 à Paderborn, en 834
à Langres, en 835 au Mans où il trouve un collabora-
teur zélé en la personne d'Aldric. Jusqu'à la fin du
siècle, constructions ou réparations se poursuivent
sans arrêt, à Nevers, Arezzo, Autun, Spire, Rouen,
Verdun, Mâcon, Narbonne, Dijon, Lausanne, Asti,
Bergame. Dès 858, l'évêque d'Autun Jonas considérait
comme une exception le fait de voir une cathédrale
sans cloître (Cartulaire d'Autun, éd. A. de Char-
masse, I, 33).
Dans ces cloîtres comme dans les nombreuses collé-
giales fondées à cette époque, la règle d'Aix reste long-
temps en vigueur ou est rétablie dès que les circons-
tances le permettent. Le type le plus parfait de régu-
larité est créé à Hildesheim où règne une discipline
presque monastique. Elle est entretenue par les
évêques Altfrid, Bernard et Godehard, qui donnent
eux-mêmes l'exemple de la vie commune (Fundatio
Eccl. Hildensemensis, M. G. H., SS., xxx, 944-45). Al-
dric du Mans, Aldagaire d'Autun, Uldaric d'Augs-
bourg, Bruno de Cologne, Burchard de Mayence, Gé-
rard de Toul, Wolfgang de Ratisbonne, Adalbéron de
Reims maintiennent ces traditions durant le x*^ s.
Elles sont aussi introduites dans les nouveaux évèchés
de Bamberg, Hambourg et Brème (Adam de Brème,
Hamm. Eccl. pont. , dans M. G. H. , SS. , vu, 323 et 329 ;
Thietmar, Chronicon, ibid., S. R. G. in usum schol.,
470). Nous avons montré ailleurs (Vie commune, op.
cit., 366 sq.) que la règle canoniale persiste aux x'' et
xi" s., en Italie (Fiesole, Atino et Lucques), en France
(Narbonne, Nîmes, Albi, Apt, Auch, Le Puy, Troyes,
Màcon, etc.) et en Espagne (Girone, Barcelone, Ur-
gel, etc.). On pourrait y ajouter les réformes de Hugues
Salin à Besançon (P. L., cxlv, 641), de Landulfe à Tu-
367
CHANOINES. L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE
368
rin {Hisl. Pair, mon., DipL, i, 515), de Godefroid à
Coutances (GaZZ christ., xi, Instr., 218) et d'Artaud à
Maurienne (ibid., n, Instr., 164). Sans doute la disci-
pline a subi dans tous ces cas des vicissitudes que seules
des études approfondies pourraient justement appré-
cier. Mais dans l'ensemble la tradition d'Aix se main-
tient, spécialement en terre d'Empire, dans la zone
médiane (Liège, Metz, Verdun, Reims, Lyon, Besan-
çon) et dans le nord de l'Espagne.
A côté des cathédrales se multiplient, durant la
même période, dans les villes et les bourgades, les col-
légiales de chanoines d'origines d'ailleurs très variées.
Dans un grand nombre de monastères, les chanoines
remplacent, du moins temporairement, les moines. Au
diocèse de Liège, cette transformation affecte la moitié
des anciennes institutions monastiques, soit douze sur
vingt-cinq. L'auteur des Gesta episcoporum Camera-
censium (M. G. H., SS., vu, 454) constate le même fait
dans son diocèse. Il est d'ailleurs dû à des causes di-
verses. Tantôt les moines eux-mêmes abandonnent
leur profession pour prendre l'habit et les coutumes
canoniales; tantôt la transformation est la consé-
quence des ruines accumulées par les Normands ou des
exactions commises par les abbés laïcs. L'auteur du
Liber S. Hidulft... (M. G. H., SS., iv, 98) donne une
idée exacte de la situation des monastères de Haute-
Lotharingie, p. ex. Senones, Étival, Moyenmoutier et
Val-Galilée (voir aussi E. Lesne, L'origine des menses
dans le temporel des églises de France, dans Mém. et
trav. Lille, fasc. 7, 1910, p. 41; — pour la Bavière,
W. Wuehr, Die Wiedergeburl Montecassinos unter sei-
nem ersten Reformabt Richer von N iederallaich, dans
Studi Gregoriani, m, Rome, 1948, p. 369 sq.).
Ailleurs, c'est l'autorité ecclésiastique qui remplace
des moines décadents par des chanoines : ainsi à S.-
Maurice d'Agaune (Hist. Pair. Mon., DipL, ii, 6), à
S. -Bernard de Romans en 949 (Cartulaire, éd. U. Che-
valier, 49), à Dom-Èvre en 1010 (Gall. christ., m,
Instr., 1357). Dans son Decretum (P. L., cxxxvi, 549),
Rathier de Liège expose comment, lui aussi, a été obli-
gé de remplacer les moines de Magunzano par des
clercs. (Voir, pour tout ceci, É. Amann et A. Dumas,
L'Église au pouvoir des laïcs, dans Hist. de l'Église de
Fliche et Martin, vu, 318.)
Plus nombreuses encore sont, durant cette période,
les communautés de chanoines organisées dans des
églises paroissiales ou dans de nouveaux sanctuaires.
Les listes dressées par Hauck (ii et m, Appendice, 2)
permettent de se rendre compte de l'ampleur du mou-
vement de fondation. Entre 950 et 1060, on trouve six
collégiales dans le diocèse de Passau, huit dans celui de
Brème-Hambourg, neuf dans celui d'Hildesheim, sept
dans celui d'Halberstadt, cinq dans celui d'Augsbourg,
cinq aussi dans celui de Bamberg, dix-huit dans celui
de Mayence et à peu près autant dans celui de Cologne.
Dans celui de Liège, outre les sept collégiales fondées
au x" s. dans la ville même, on en trouve dans des
bourgades comme Aerschot, Lierre, Tirlemont, Ciney,
Florennes, Walcourt, etc. Le même fait apparaît dans
les autres diocèses formant la Belgique actuelle (voir
carte I a du P. de Moreau, Hist. de l'Église en Bel-
gique, tome complément.). Des sondages faits en
Auvergne (L. Bréhier, Les origines de l'architecture ro-
mane en Auvergne, dans Rev. Mabillon, xiii, 1923,
p. 11) et dans le nord de l'Espagne prouvent que le
mouvement a été vraiment général. Pour l'Angleterre,
voir R. Darlington, Ecclesiastical Rejorm in the late old
English period, dans English hist. rev., li, 1936, p. 385-
428, et K. Edwards, The English secular cathedrals in
the AI. A., Manchester, 1949. — Pour l'ensemble, voir
E. Tomek, Studien zur Reform der deutschen Kloster im
XI. Jht, I, Vienne, 1910, p. 62.
Les initiatives viennent de tous les milieux. Fidèles
à l'exemple de Louis le Pieux, Othon et ses succes-
seurs ont fondé ou enrichi bon nombre de chapitres,
entre autres à Aix-la-Chapelle (D. H. G. E.,i, 1266-67).
Tous les évêques cités plus haut ont installé des collé-
giales dans leurs cités. Ils furent imités par les digni-
taires ecclésiastiques comme Amiens, prévôt de Ver-
dun, qui édifie les églises de Ste-Croix et Ste-Marie-
Madeleine {Gesta episc. Vird., M. G. H., SS., iv, 49),
l'archidiacre Godefroid de Cambrai qui restaure S.-
Aubert (Gesto episc. Cam., ibid.,\u, 450). De leur côté,
les laïcs installent souvent des communautés de clercs
dans les églises dont ils sont propriétaires ou dans
leurs chapelles claustrales. Même les moines, p. ex.
ceux de Lobbes, fondent des chapitres pour les aider
dans le chant de l'ofTice.
3° L'organisation canoniale et ses adaptations. — Les
études récentes de Lesne, Amann, Dumas et Fournier
permettent de passer rapidement sur ce chapitre, un
des mieux connus de l'histoire canoniale. Examinons
d'abord les problèmes propres au clergé des cathé-
drales, pour nous tourner ensuite vers les questions
communes à tous les chanoines.
Au ix« s., l'évèque apparaît encore comme le rector
ecclesiae, recevant les offrandes des fidèles, gérant les
biens ecclésiastiques et dirigeant la communauté. En
principe, il mène la vie commune avec ses clercs et les
plus zélés se soumettent, nous l'avons vu, à cette règle.
Mais l'activité et les intérêts d'un prélat de l'Église im-
périale diffèrent trop de ceux des chapitres pour qu'une
telle situation se maintienne longtemps. Dans les
cathédrales comme dans les monastères, la formation
d'une mense capitulaire s'impose comme une mesure
propre à assurer la discipline claustrale. Au lieu de
recevoir de l'évèque leurs ressources, les chanoines se
voient attribuer un lot de terres et de biens dont ils
assument progressivement l'administration. Simple
mesure économique à l'origine, cette divisio engage les
I chapitres dans la voie de l'autonomie qui s'étendra
[ bientôt du temporel au spirituel.
j A l'égard des autorités civiles, l'indépendance des
j chanoines de cathédrale n'est pas moins grande. Pour
assurer la paix de ceux qui doivent se consacrer entiè-
rement à la prière publique, Louis le Pieux et ses suc-
cesseurs leur accordent souvent le privilège de l'immu-
nité. Dans les cités des x« et xi« s., le cloître des cha-
noines et ses dépendances forment donc une enclave
juridiquement distincte des autres quartiers. S'ils
; évitent de la sorte les interventions des fonctionnaires
laïcs, les chanoines se voient forcés d'assurer eux-
mêmes le bon ordre et la justice, charge qui les engage
profondément dans la vie séculière.
Le nombre des chanoines habitant les cloîtres cathé-
draux ou collégiaux varie évidemment avec les res-
sources des églises. La règle d'Aix recommande aux
prélats d'éviter deux défauts : n'entretenir qu'un petit
nombre de clercs par avarice ou bien en recruter, par
vanité, plus qu'il n'est souhaitable. Les grandes cités
épiscopales ou les collégiales royales comptent cin-
quante, soixante, soixante-douze ou même cent
membres. Dans le midi de la France et en Italie, les
diocèses plus restreints ne permettent pas de dépasser
la vingtaine. A cause de sa signification « aposto-
lique », le chiffre douze est souvent adopté par les fon-
I dateurs de collégiales. Mais certaines abbatiolae clerico-
rum ne comptent que huit, six, quatre ou même trois
membres.
La hiérarchie des dignitaires gouvernant les cha-
pitres varie elle aussi suivant les régions. Dans la plu-
I part des cas, l'archidiacre perd ses droits au profit
I d'un primicier, d'un doyen ou d'un prévôt. Ce dernier,
chargé surtout du temporel, voit sa puissance s'ac-
croître avec la formation de la mense capitulaire. Dans
' bon nombre de cas, cette fonction donna lieu à de tels
CHANOINES. L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE
370
abus que les chanoines en obtinrent la suppression et
gérèrent en commun leurs intérêts économiques. On
trouve, en outre, à la tête des différents services un
chantre, un écolâtre, un chancelier, des gardiens (cus-
todes) chargés de l'entretien du trésor (cf. L. Amiet,
Essai sur l'organisation du chapitre cattiédral de Char-
tres, Chartres, 1922, et J. Vos, Les dignités et les fonc-
tions de l'ancien chapitre N.-D. de Tournai, 2 vol.,
Tournai, 1898).
Dans le cloître, les chanoines fréquentent en prin-
cipe un dortoir et un réfectoire communs, mais la règle
d'Aix (c. cxLii) leur reconnaît le droit à une maison
particulière, située normalement dans l'enceinte claus-
trale. La difficulté des temps ne permit pas toujours
d'observer strictement ce dernier point et l'on trouve
souvent des demeures canoniales dispersées dans les
cités, mais gardant le privilège de l'immunité. Un des
droits que les chanoines se font confirmer le plus sou-
vent par les autorités ecclésiastiques ou civiles consiste
dans la libre disposition de ces maisons, limitée seule-
ment par le fait qu'elles doivent rester en possession de
membres du chapitre. Le droit de tester librement leur
est aussi souvent accordé (cf. E. Lesne, Hist. de la pro-
priété ecclés. en France, vi, 24-26).
Le fait le plus important dans l'organisation cano-
niale de l'époque carolingienne est certainement l'ap-
parition des prébendes individuelles. Le mot praebenda
et son synonyme canonica sont employés d'abord pour
désigner les droits des chanoines sur la mense com-
mune, droits qui avaient été déterminés scrupuleuse-
ment par la règle d'Aix. Mais les supérieurs du cha-
pitre gardent l'administration des biens et en assurent
la répartition. A la suite des invasions normandes et de
l'insécurité qui en résulte, ce régime devient souvent
précaire. Lorsque les revenus nécessaires à la table
viennent à manquer, les autorités distribuent ce dont
elles disposent et les chanoines assurent, chacun en
particulier, leur subsistance. Imposé le plus souvent
par les circonstances, ce système acquiert avec le
temps force de loi. Jusqu'au xii« s., la division n'affecte
que l'usage, les biens fonciers demeurant en main com-
mune. Les documents qui nous renseignent sur cette
opération importante sont malheureusement fort rares
et l'ambiguïté du vocabulaire rend leur interprétation
très délicate. Les mesures prises pour la division sont
souvent temporaires et le régime de communauté est
susceptible de bien des nuances. Un acte daté de 1121
rappelle les vicissitudes des biens de la collégiale S. -Sé-
vère d'Erfurt au xi« s. (Stimming, Mainzer Urkun-
denbuch, 395). L'évolution subie par le chapitre S.-
Barnard de Romans n'est pas moins suggestive : ré-
formé en 995 selon l'institutio canonica, il ne semble pas
avoir maintenu longtemps la pleine régularité car, en
1037, des mesures sont prises pour restaurer la commu-
nia. Un règlement spécial est prévu pour les bénéfices
des clercs et des laïcs. Chose curieuse, un acte de 1049
donne aux chanoines le droit de construire deux
cloîtres, unum iuxta ecclesiam ubi regulariter et commu-
niter vivant, alterum autem ad proprias mansiones
aedificandas. En 1052, les autorités réagissent contre
les déprédations opérées par les laïcs et finalement, en
1075, une partie des clercs adoptera la vie commune
stricte (Cartulaire, éd. U. Chevalier, 68, 85, 95,
117 et 189).
Les inconvénients du système des prébendes indivi-
duelles apparaissent surtout au moment où, sous l'in-
fiuence de la féodalisation générale de la société, elles
sont assimilées à un honor et deviennent l'objet de
convoitises de la part de candidats intéressés et des
laïcs (cf. E. Lesne, Les origines de la prébende, dans
Rev. hist. de droit franç. et étranger, YV" sér., viii,
1929, p. 242-90).
Entre les collégiales d'une cité et la cathédrale sub-
! sistent souvent des rapports assez étroits, maintenus
j en souvenir de l'unité primitive du clergé. Ils en-
I traînent des luttes entre la tendance centrifuge des uns
I et le conservatisme des autres. Le Liber de dignitate
I Ecclesiae Leodiensis d'Alger de Liège nous fournit des
détails intéressants sur ces questions (éd. Bormans,
dans Bull. Corn, royale d'hist., V« sér., vi, 1896
p. 505-20).
j Enfin, le problème des relations entre clercs et
! moines mériterait une étude approfondie. Notons seu-
I lement que la règle d'Aix (c. cxv) afTirmait la préémi-
nence de l'ordre canonial et que certains actes du ix« s.
I lui font écho (Charles le Chauve, pour S. -Martin de
j Tours, 862, dans Bouquet, Rec. des hist. de Gaule.
vin, 572). Mais comme la différence de fonction entre
les deux ordres s'était estompée et que la discipline
monastique était plus austère, souvent les moines
l'emportent dans l'estime des fidèles.
A. Poesch, Bischojqut imd « mensa episcopalis », ii, 12 sq. —
E. Lesne, Hist. de la propriété ecclés. en France, vi, 55 sq. —
É. Amann et A. Dumas, L'Église au pouvoir des laïcs, loc.
cit., VII, 250-64. — E. Fournier, Nouv. rech. sur les curies...,
140-70. — F. Vercauteren, Étude sur les « civiiales » de la
Belgique seconde, dans Mém. cour. Acad. royale de Belgique,
fasc. 3.3, Bruxelles, 1934.
4° L'activité des clmnoines. — Ainsi que l'affirment
explicitement la plupart des actes de fondation de cha-
pitres, le rôle principal des chanoines est d'assurer le
service de la prière publique, commune et continue.
(I Dans la société chrétienne, nulle fonction d'intérêt
collectif ne paraît plus indispensable que celle des or-
ganismes spirituels » (M. Bloch, op. cit., 139). Toute la
discipline claustrale tend à faciliter cette tâche et les
donations sont faites ut liberius et deuotius sacris
ofjiciis ualeant clerici deseruire. Aussi une histoire fidèle
de l'ordre canonial devrait-elle être avant tout une
histoire de la liturgie. Qu'il suffise de rappeler ici l'im-
portance prise à l'époque carolingienne par les écoles
de chant et les chapitres de Metz, Lyon, Chartres,
Reims, Liège, Cologne et Mayence. Les coutumiers
canoniaux, dont les Antigua statuta Ecclesiae Lugdu-
nensis (P. L., cic, 1092 sq.) fournissent un bon
exemple, permettent de mesurer le souci de perfection
apporté dans l'accomplissement des diverses cérémo-
nies liturgiques. Les inventaires de mss. de V. Lero-
quais, les publications d'ordinaires faites par U. Cheva-
lier dans sa Bibliothèque liturgique apportent de pré-
cieux instruments de travail, tandis que l'étude de
J.-B. Pelt (op. cit.) sur la liturgie de Metz constitue un
modèle du genre. Pour Besançon, cf. B. de Vrégifie,
Le rituel de S.-Prothade et l'ordo canonicorum de S.-
Jean de Besançon, dans Rev. du M. A. latin, v, 1949,
p. 97 sq.; pour Utrecht, cf. P. Séjourné, L'ordinaire
de S.-Martin d'Ulrecht, Utrecht, 1919-21.
Du fait que certains textes, d'ailleurs rares (J. Ma-
rion, Cart. de Grenoble, 74), opposent la vita activa des
chanoines à la vita contemplativa des moines, on aurait
tort de conclure que les chanoines pratiquaient le minis-
tère de manière généralisée. La règle d'Aix ne fait pas
même mention de cette activité et, si la version ampli-
fiée du Code de Chrodegang en parle (c. xliv), c'est
pour recommander d'éviter les négligences graves
dans ce domaine. De fait, entre la vie canoniale, consa-
crée avant tout au chant de l'office, et le ministère pa-
roissial, régnait une certaine incompatibilité qui se
remarque entre autres dans le fait que souvent une
église paroissiale est construite à côté de l'église capi-
tulaire. C'était le cas à Liège et dans la plupart des
villes rhénanes. Le service de la première était assuré
par un fonctionnaire d'ordre inférieur qui n'avait
guère d'importance dans la vie du chapitre. Dans la
suite, avec la multiplication des collégiales, bon
nombre d'entre elles étaient complètement dépourvues
37J
CHANOINES. L'ÉP(iQUE CAROLINGIENNE
de droits paroissiaux. Par contre, la règle d'Aix et,
dans la suite, bon nombre de conciles prescrivent aux
chanoines la pratique de l'hospitalité. Aussi voyons-
nous les évêques et dignitaires des chapitres veiller à la
construction et à l'organisation des hôpitaux destinés
à recevoir les voyageurs, les pèlerins et les pauvres.
Une partie des revenus du chapitre est spécialement
consacrée à cette œuvre et souvent les chanoines se
font un devoir d'en augmenter les ressources (cf.
E. Lesne, Hist. de la propriété ecclés. en France,
VI, 103 sq.).
L'enseignement, centré sur celui de la Bible, appa-
raissait au Moyen Age comme le complément de la
prière et les chanoines entretenaient, au moins dans les
centres importants, une école capitulaire. Aux n.'^ et
XI" s. surtout, leur importance est considérable. Il
suffit de rappeler les noms de Reims, Laon, Chartres,
Liège, Cologne et Paris, d'où sortira l'université
(cf. ibid., v, passim).
5° Ferveur et décadence. — Le maintien de la tradi-
tion d'Aix, la multiplication des collégiales, la vitalité
des centres canoniaux, voilà autant de faits qui nous
invitent à reviser le jugement de bon nombre d'histo-
riens, pour qui la période ici étudiée est caractérisée
par une décadence profonde du clergé. Pour se faire
une idée exacte de la situation, il faut se défier des ju-
gements simplistes des réformateurs grégoriens, tenir
compte des circonstances atténuantes que constituent
des conditions de vie souvent très difficiles et, enfin,
répartir aussi exactement que possible les ombres et
les lumières du tableau. Nous insisterons d'abord sur
ces dernières.
Célèbre dans toute la Gaule pour la perfection de
son chant, l'église de Metz ne l'est pas moins pour ses
vertus. Dans les dernières années du viii<^ s., Aldric,
élève de l'école palatine, désireux de vie plus parfaite,
obtient de Charlemagne la permission de s'y retirer.
Il y est bientôt promu à la charge de primicier et mon-
tera ensuite sur le siège épiscopal du Mans où il restau-
rera la vie commune ( Gesta Aldrici, M. G. H., SS., xv-
1, p. 308). Au début du x" s., le chantre Roland et le
chanoine Guarimbert mènent, dans le cloître de Metz,
une vie sainte et retirée. A Toul, les diacres Bernier et
Warnier font aussi honneur à l'ordre canonial. A Li-
moges, sous l'évêque Turpion, vers 920, certains vont
même jusqu'à faire abandon de tous leurs biens. A
Verdun, le doyen Richer el ses fidèles, Egbert, Ayri,
Gezon et Boson, maintiennent dans toute sa rigueur la
discipline claustrale {Gesta episc. Vird., ibid., x, 465).
Nous avons déjà signalé plus haut la ferveur du clergé
d'Hildesheim et des autres chapitres de l'Empire où
furent formés les saints prélats qui gouvernèrent les
diocèses allemands aux x« et xi^ s. L'église plus récente
de Brème ne fait pas exception. Son prévôt Eilhard se
fait remarquer vers 960 par son zèle pour la pauvreté.
Aussi les fondateurs de la collégiale de Rheperholt
exigent-ils que le même ordo soit observé dans leur
chapitre (M. G. H.,Dipl., ii-l, p. 358). Vers l'an 1000,
le doyen Eppon assure une grande renommée de vertu
au chapitre de Magdebourg et l'archevêque Taginon
favorise de son côté, par sa générosité et ses exemples,
la vie régulière (Thietmar, op. cit., 207 et 353).
De nombreux textes témoignent de la ferveur de
l'église de Lyon, célèbre surtout par la pureté de sa
tradition liturgique. Besançon ne lui cède en rien et
Liège constitue un centre de réforme dont des prélats
de la valeur de Wolbodon et Wazon renforcent encore
le rayonnement (Anselme, Gesta, M. G. H., SS., vu,
205 sq.). Reims mérite d'être citée en exemple pour sa
perfection in castilale, scienlia, disciplina, in correctione
el exhibitione bonuriiin opcruni (Hugues de Flavigny,
Chronicon, P. L., cLiv, 190). C'est dans ce milieu que
vivent Richard, futur réformateur de S. -Vanne, et
' deux chanoines du nom de Constant, célèbres par leur
j amour de la pauvreté et des pauvres (ibid., 200). Au
I xi« s. encore, Autun reste fidèle à sa tradition et la
transmet à la nouvelle collégiale de S.-Denys de Ver-
giaco (Gall. christ., iv, Instr., 77).
Des hommes de grande vertu se rencontrent aussi
dans de simples collégiales, tels le prévôt Adrade et le
doyen Gérard de S.-Genès à Thiers, au diocèse de
Clermont {ibid., ii, Instr., 76). Plus célèbres encore
; sont les chanoines de Dorât, au diocèse de Limoges,
■ S. Israël et S. Thibaut qui maintiennent la discipline
i claustrale dans toute sa rigueur {Vitae, éd. Labbe,
j dans Bibt. mss., ii, 565-67 et 682-84). Signalons enfin
i la collégiale de Loudun, au diocèse de Bordeaux, fon-
dée en 1063 par des prêtres désireux de mener la vie
canoniale authentique {Gall. clirist., u, Instr., 333).
Le grand nombre de recrues fournies par les cha-
pitres à l'ordre monastique constitue une autre preuve
de la ferveur du milieu. Des réformateurs célèbres,
Odon de Cluny, Erluin de Gembloux, Étienne de Liège,
Richard de S. -Vanne, Robert de La Chaise-Dieu,
Bruno le Chartreux, etc., ont été formés dans les
cloîtres de chanoines. En Lotharingie, au x'' s., ce sont
des clercs qui restaurent les centres monastiques de
Gorze, S.-Èvre, etc. S. -Vanne est réformé tout spé-
cialement à l'intention des chanoines de Verdun dési-
reux de vie plus parfaite ( Gall. christ., khi, Instr., 553).
S. -Laurent et S. -Jacques de Liège ont très probable-
! ment la même origine. A Worms, en 1010, l'exemple
d'un prévôt entraîne une véritable migration vers les
centres monastiques. Burchard se voit obligé de rap-
peler à son clergé que l'on ne peut changer de profes-
sion sans permission préalable, question d'ailleurs dis-
cutée par les canonistes {Vita Burchardi, M. G. H.,
SS., IV, 840). L'examen de l'obituaire de N.-D. de
Chartres prouve qu'entre 950 et 1100 une vingtaine de
membres du chapitre sont passés ad vitam arctiorem.
Mais la ferveur très réelle des uns n'exclut évidem-
ment pas un fléchissement disciplinaire dans d'autres
milieux canoniaux. Encore faut-il interpréter correc-
tement les textes qui en parlent, en établissant dans
toute la mesure du possible les causes et les degrés de
cette décadence. Beaucoup d'auteurs n'ont pas suffi-
samment tenu compte, dans leurs jugements, des con-
ditions de vie faites aux chanoines, à l'époque des in-
vasions normandes, et de l'anarchie féodale. De nom-
breux témoins affirment pourtant que seules les ruines
accumulées par les Normands et la dilapidation des
biens accaparés par les laïcs ont interrompu la vie com-
mune. Dans ses Gesta Senonensis Ecclesiae (M. G. H.,
SS., xxv, 273 sq.), Richer expose comment, après le
passage des envahisseurs, il restait à peine, dans les
monastères les plus florissants, de quoi entretenir
quelques clercs. Mêmes constatations à Toul après le
passage des Hongrois {ibid., 276) et à Chartres {Gall.
christ., VIII, Instr., 28). La mention des saevitia paga-
nonim et de la cupiditas malonim hominum devient un
leitmotiv dans les chartes de restauration. Pour les
chanoines comme pour les moines, une pénurie excès
sive de ressources ne pouvait favoriser le maintien de
la discipline claustrale. Comme le constate Louis le
Pieux dès 822 : Canonici... urgente omnimoda inopia,
longe a suo proposito aberrantes, cxorbitauerunt dum a
monasterii claustris, turpiter quaeritando ea quibus
suam tuerentur inopiam, longe laleque uagantur (Quen-
tin, Cartulaire de l'Yonne, u, 33-34). Même constata-
tion, à la fin du x« s., chez Adérald, archidiacre de
Troyes : Adhuc congregatio S. Pétri Trecorum saecula-
ribus nimis erat dedita nec his quae canonicorum intenta.
Nec ex toto culpa imminebat eis utpoteque egestale com-
pulsi saecularibus deseruiebunt nec unde conuntiniter
uiuerent habebanl {Vita, A. S., oct., viii, 991).
Provoquée plus ou moins complètement par des
373
CHANOINES. L'ÉPOQUE CAROLINGIENNE
374
causes d'ordre économique, cette décadence afïecte
surtout les ecclesiolae ou abbatiolae canonicorum,
c.-à-d. les petites communautés canoniales installées le
plus souvent de manière précaire dans les ruines des
anciens sanctuaires monastiques, pour maintenir au
moins un certain culte. Dès que les circonstances le
permettent, évêques et seigneurs laïcs s'efforcent de
restaurer l'ancien état de choses en remplaçant ces
chanoines par des moines. En 827, Louis le Pieux con-
firme, après enquête sur les origines du monastère, la
réforme opérée à Montier-en-Der, au dioc. de Châlons.
Les clercs adoptent d'ailleurs spontanément la règle
monastique (P. L., civ, 1163). De son côté, Anségise
restaure la Règle de S. Benoît à S.-Wandrille (Gesta
SS. Patrum Font, coen., éd. Laporte, 97). Le mouve-
ment se généralise dans le courant du x« s. On en
trouve des traces nombreuses en Haute et Basse-Lo-
tharingie, en Flandre, en Normandie, etc. Des évêques
comme Albéron I" de Reims et son homonyme de
Metz procèdent dans leurs diocèses à une restauration
systématique {Hist. mon. Mosomensis, M. G. H., SS.,
XIV, 608). Dans les actes qui confirment ces transfor-
mations, les chanoines sont en général qualifiés de ma-
nière peu flatteuse : acephali, saeculariter uiuentes,
non satis honesle uiuentes, etc. Mais la notice consacrée
à l'évêque Roricon dans l'obituaire de S. -Vincent de
Laon signale plus sobrement qu'il a institué la Régula
altéra. Au cours du xi« s., les chapitres ainsi réformés
deviennent le plus souvent des prieurés soumis à de
grands centres monastiques, Cluny, Marmoutier, Le
Bec, S. -Hubert, etc. (voir, p. ex., pour Marmoutier,
Piolin, Hist. de l'Église du Mans, m, 659-63). Le
renouveau du droit canon, résultant de la réforme gré-
gorienne, répand la conviction que ea loca quae ali-
quando fuerunl monasleria ulterius non licere fleri habi-
tacula saecularia. Telle était la pensée d'Yves de
Chartres (Lépinois et Merlet, Cartulaire de Chartres,
131). Aussi Calixte H accorde-t-il à Hugues, évêque
d'Auxerre, la permission de remplacer tous les clerici
saeculares par des moines ou chanoines réguliers
(P. L., cxviii, 1152). C'est donc souvent le désir de
restaurer l'état primitif des choses, et non avant tout
la conduite scandaleuse des clercs, qui provoque ce
genre de réforme. Dans certains cas, les chanoines
n'avaient d'ailleurs été placés que provisoirement, en
attendant la constitution d'une communauté monas-
tique (Gall. christ., viii, Instr., 296).
H. Dauphin, Le Bx Richard, abbé de S.-Vanne de Ver-
dun, dans Bibl. Bev. d'hist. eccl., fasc. 24, Louvain, 1946,
p. 67. — J.-F. Lemarignier, Étude sur les privilèges d'exemp-
tion... des abbayes normandes..., dans Arch. France mon.,
.\Liv, Paris, 1937, p. 28-.30. — L. J. M. Philippen, De
H. Norbertus en de strijd tegen hei Tanchelmisme, dans
Bijdragen tôt de gescbiedenis, xxv, 1934, p. 257. — P. G. Ca-
raman, The caracter of the laie Saxon clergy, dans Downside
Beview, XLni, 1934, p. 171 sq. — K. Edwards, The English
secular cathedrals in the Middie Ages, Manchester, 1949,
p. 9 sq. — E. Delaruelle et C. Higounet, Béforme prégrégo-
rienne en Comminges, dans Annales du Midi, LXi, 1949,
p. 143 sq.
Cette décadence, due surtout à des causes écono-
miques et affectant avant tout les abbatiolae, est res-
sentie par les contemporains comme un désordre qui
fait que les clercs adoptent les mœurs des laïcs, vivant
more laicorum, irregulariler ou saeculariter. Cette
confusion est susceptible de bien des degrés. Pour les
grégoriens, le droit à la propriété privée sera déjà con-
sidéré, nous le verrons, comme un premier stade de
cette sécularisation. Sans aller jusque-là, les réforma-
teurs fidèles à la règle d'Aix dénoncent souvent un
usage des biens ecclésiastiques trop peu conforme à
leur destination, qui est de favoriser l'accomplisse-
ment de la liturgie et de subvenir aux besoins des
pauvres et des églises. Tel est le thème développé,
p. ex., par Fulbert de Chartres, dans sa lettre à Hilde-
gaire, trésorier de S.-Hilaire (P. L., cxli, 260). Sont le
plus souvent condamnés le luxe dans la table et le vê-
tement et les dépenses occasionnées par des occupa-
tions profanes, comme la chasse et la guerre. Pour les
jeunes clercs éduqués dans les milieux féodaux, l'aban-
don de ces deux activités constituait un sacrifice
auquel plus d'un se résignait difficilement. Aussi
voit-on les conciles multiplier l'interdiction du port
des armes par les gens d'Église. Mais ici encore, il faut
tenir conqite des circonstances. Dans son De continen-
tia clericoruin (P. /.., cciii, 819), Philippe de Harvengt
raconte comment, devant l'inefficacité des mesures
spirituelles et la carence des autorités laïques, les cha-
noines de S. -Julien de Brioude furent amenés à prendre
eux-mêmes la défense de leurs propriétés. Le mariage
des chanoines ayant reçu les ordres majeurs constitue
évidemment le comble de cette sécularisation des
! mœurs. Malgré les condamnations des autorités, il
j tend, au cours du xi« s., à devenir une institution, au
; moins dans certaines contrées comme l'Italie du Sud,
j la Bretagne, l'Angleterre, etc. Mais ici encore, il faut se
i défier des jugements d'ensemble, même de ceux qui
furent portés par des contemporains (cf. A. Arquil-
lière, S. Grégoire VII, dans L'Église et l'État au
M. A., IV, Paris, 1934, p. 11 sq.).
Ce fléchissement des mœurs canoniales est encore
lié très étroitement à des abus d'ordre institutionnel
qui proviennent tous plus ou moins directement de ce
que l'on appelle « l'emprise laïque ». Lorsque les cir-
constances ne permettent plus l'envahissement brutal
des biens ecclésiastiques, les féodaux ne renoncent pas
pour autant à une telle source de revenus. Par achat ou
j autres moyens, ils arrivent à accaparer au profit des
: cadets de leur famille les prébendes et les charges les
! plus lucratives des chapitres. Souvent aussi, ils uti-
I lisent les clercs des chapitres dépendants de leur mai-
j son comme de simples fonctionnaires, créant ainsi la
I classe si souvent décriée des curiales. Les inconvé-
nients du système sont assez clairs; il aboutissait à in-
' troduire dans les cloîtres canoniaux un nombre consi-
dérable de recrues dépourvues de véritable vocation.
De là, outre la sécularisation des mœurs déjà signalée,
une série d'abus comme le refus de recevoir les ordres
majeurs, l'absentéisme, le cumul des prébendes et tout
le trafic des élections qui sera si sévèrement attaqué
par les grégoriens et qualifié de simonie (cf. F.-
X. Barth, Hildeberl von Lavardin..., dans Kirchen-
rechtliche Abh., n. 34-36, Stuttgart, 1906, p. 47 sq.).
Les sources qui nous renseignent sur la décadence de
la vie canoniale sont malheureusement assez rares.
D'où l'importance d'un texte comme VHist. custodum
Aretinorum (M. G. H., SS., xxx-2, 1471 sq.), qui nous
expose en détail la situation de l'Église d'Arezzo.
L'auteur, qui écrit à la fin du xi* s., rappelle d'abord
comment le roi Lothaire avait, vers 830, urgé l'appli-
cation de la règle d'Aix. Enrichie par de nombreuses
dotations, la communauté avait observé la vie com-
mune durant un siècle environ, puis avait procédé au
partage des biens. Mais au tournant du x" s., l'évêque
Helpert reconstruit le cloître et rétablit la discipline
canoniale. Dans la suite, pourtant, un fléchissement
sensible se produit. En voici la description : Cano-
nici... diuites effecli, mulieres conduxerunt, filiosque ex
eis genuerunl et dehinc ecclesiam inter se diuiderunt
{ibid., 1473). Au goût des richesses et au mépris de la
chasteté, ces clercs joignent encore l'orgueil et la né-
gligence dans l'accomplissement de leur devoir. Pour
cahner le peuple qui s'indigne de l'abandon ,du culte,
ils engagent des prêtres mercenaires, plus ou moins
aptes au service. Ainsi se forme la classe des custodes,
clercs mariés de rang inférieur, dont les prétentions
vont troubler le chapitre pendant de longues années.
3 75
Souvent ils dispersent les biens d'église et emploient la
violence pour s'approprier les offrandes des fidèles.
D'après Bonizo de Sutri (Liber ad amicum, M. G. H.,
Lit. de lite, i, 603), la situation était la même dans les
églises de Rome jusqu'au pontificat de Grégoire VII.
Ailleurs, les abus ne sont pas aussi graves. A Tournai,
p. ex., Heriman ne signale que l'intrusion des laïcs
qui jugent leurs désaccords dans le cloître, l'accapa-
rement des postes importants par les familles et l'ac-
quisition de prébendes à prix d'argent par des parents
désireux d'assurer l'avenir de leurs fils (Liber restaura-
tionis S. Martini, M. G.H.,SS., xiv, 280 sq.).
Pour porter un jugement équitable sur l'état rte
l'ordre canonial, il faudrait établir des statistiques, ce
que l'état des sources ne permet guère. Des études plus
approfondies jetteraient pourtant une lumière plus
grande sur les causes et les degrés de cette décadence
qui, en tout cas, ne fut pas générale.
IV. La réforme grégorienne (1050-1200). —
1" Les origines. — 1. Le milieu. — Alors que certains
évêques et dignitaires ecclésiastiques travaillent, au
cours du XI"" s., à restaurer la Règle d'Aix, d'autres
réformateurs, plus audacieux, proposent une formule
nouvelle ou du moins renouvelée de vie canoniale.
Leur initiative donne naissance à ce que l'on appellera
bientôt les chanoines réguliers. Les historiens ont
toujours éprouvé quelque peine à définir ce genre de
vie religieuse. Un chanoine adoptant la pauvreté mo-
nastique ou un moine ayant droit à l'exercice du mi-
nistère, telle est, d'après beaucoup, la nature hybride
du canonicus reqularis. D'autres insistent, pour le
caractériser, sur le choix de la règle de S. Augustin ou
sur le droit à la cura animarum. Mais ces traits, va-
lables peut-être pour la fin du xn« s., ne se retrouvent
pas aux origines. Pour donner au problème une ré-
ponse plus adéquate, il faut se demander pourquoi les
chanoines, qui, pendant de longs siècles, passaient au
monachisme lorsqu'ils désiraient mener une vie plus
parfaite, ont cherché dans leur ordre une formule de
vie plus régulière. Seule l'étude de l'esprit grégorien et
de l'état du monachisme fournira, pensons-nous, une
explication satisfaisante de cette attitude.
Ni les invasions normandes, sarrasines ou hon-
groises, ni les désordres qui en résultèrent ne réus-
sirent à ébranler l'organisation de la chrétienté, créée
par les Carolingiens. A peine la tourmente écartée, la
vie reprend dans le cadre de ce que l'on peut appeler
l'Église impériale. Nous avons vu que les chanoines
respectent, du moins en principe, les traditions cano-
niales d'Aix. De même, les réformateurs clunisiens,
italiens, normands et lorrains restent fidèles au type
de régularité fixé par Benoît d'Aniane. On ne remarque
aucune opposition tant soit peu généralisée au rôle
joué par l'empereur dans les affaires ecclésiastiques, ni
à la compénétration étroite de l'Église et de l'État.
Les réformes tendent à restaurer l'ordre moral, non à
reviser les principes.
Vers le milieu du xi« s. apparaissent, par contre, un
peu partout les signes d'une désaffection profonde à
l'égard' du programme carolingien. Ce qui était consi-
déré jusque-là comme des adaptations légitimes aux
nécessités du temps constitue pour les nouatores des
déviations graves. Le redressement doit donc se faire
dans les principes mêmes, en réaction contre la législa-
tion carolingienne et par le retour aux traditions de
l'Église primitive. Car, pour employer une formule
chère aux grégoriens, jamais la coutume ne peut pré-
valoir contre la vérité.
Cette lutte pour la restauration de l'ordre chrétien
ne vise pas seulement à rétablir entre les laïcs et les
clercs les relations authentiques, en réglant le fameux
problème des investitures, elle prétend rendre aux
chanoines et aux moines leur place et leurs fonctions
37ti
propres en écartant toute confusion entre leurs genres
de vie. Le vrai moine renoncera non seulement aux
fonctions ecclésiastiques, mais surtout aux grandes
propriétés formées de dîmes, d'autels, de droits féo-
daux et de terres cultivées par des serfs. Il vivra au
désert, à l'écart du système économique séculier, sans
empiéter sur les biens des clercs, tirant sa subsistance
du défrichement des terres incultes. Pour trouver le
temps de se livrer comme les Pères du désert au tra-
vail manuel, il simplifiera le chant de l'office, repre-
nant d'ailleurs ainsi les traditions authentiques. Après
bien des tâtonnements, cette réforme profonde trou-
vera son expression la plus parfaite dans les institu-
tions de Vallombreuse, la Grande-Chartreuse, Cî-
teaux, etc. Alors que le législateur carolingien avait
entériné le rapprochement opéré durant la période
mérovingienne entre les professions monastique et
canoniale, au xi'' s. les fondateurs des ordres nou-
veaux tentent au contraire une synthèse du cénobi-
tisme et de l'érémitisme, qui remet en honneur les élé-
ments laïcs du monachisme primitif.
C'est un mouvement parallèle de réaction contre la
formule carolingienne de vie canoniale et de retour
aux traditions de l'Église primitive qui provoque, au
xi« s., l'apparition des chanoines réguliers. Loin de
pouvoir remédier à la décadence des mœurs, la règle
d'Aix est considérée par les nouveaux réformateurs
comme la source de tous les maux. N'a-t-elle pas, en
effet, reconnu aux chanoines le droit à la propriété
privée, qui n'aurait jamais dû être qu'une simple
tolérance? Le retour à la vie commune stricte, qui,
pense-t-on, a été de règle durant les premiers siècles,
s'impose donc comme seule mesure efficace de redres-
sement.
Avant d'étudier le développement de cette doctrine
et l'expansion de la réforme, insistons sur le fait que
nous tenons dès maintenant l'essence de la profession
canoniale régulière. En face d'un monachisme qui,
dans son aile marchante, remet en honneur les aspects
laïcs de sa vocation, l'idéal du clerc vivant en tout
point selon l'exemple des apôtres acquiert une origi-
nalité et une force d'attraction nouvelles. Aspect
particulier du mouvement général de retour à la tra-
dition primitive, cette renaissance de la discipline
canoniale explique l'attitude des chanoines qui
cherchent dans leur ordre la perfection « aposto-
lique ». Comme dans le monachisme, la réforme se
situe donc avant tout dans le domaine de la pauvreté.
Dans la suite seulement apparaîtront la règle de
S. Augustin et la revendication du droit à la cura
animarum.
Cette esquisse visant à dégager les grandes lignes
du mouvement ne doit pas en faire méconnaître la
complexité. Si l'idéal primitif est simple, les réalisa-
tions seront aussi variées que possible. En outre,
comme dans le monachisme, le courant nouveau ne
supplante ni immédiatement ni complètement l'an-
cien. L'idéal d'Aix ne disparaîtra pas entièrement et
longtemps encore, des chanoines se retireront, comme
dans le passé, dans des communautés monastiques.
P. Fournier, Un tournant dans l'histoire du droit, dans
Nouv. rev. hist. de droit franç. et étr., xli, 1917, p. 129 sq. —
G. Tellenbach, Die Bedeutung des Reformpapsttums..., dans
Studi Gregoriani, u, Rome, 1948, p. 12.5 sq. — Ch. Dereine,
Odon de Tournai et la crise du cénobitisme au XI' s., dans
Reu. du Moyen Age lat., iv, 1948, p. 139 sq.
2. Les réformateurs. — Les promoteurs de la réforme .
canoniale se rencontrent, aux xi« et xn« s., dans tous
les milieux atteints par les idées grégoriennes. Il
semble, dans l'état actuel des travaux, que les premiers
centres soient situés en Italie du Nord et dans le midi
de la France. Ne cherchons d'ailleurs pas à ce mouve-
ment un « fondateur », comme on l'a fait souvent,
CHANOINES. LA REFORME GREGORIENNE
C H A N 0 I N 1^ S . I , A K F O R M (.HÉ C, (~> R I E N N l'.
378
. ex. dans la personne d'Yves de Chartres. L'idée de
retour à la tradition de l'Église primitive est dans
l'air; les initiatives se sont fait jour un peu partout,
indépendamment les unes des autres.
Des ecclésiastiques de tous grades, depuis le simple
clerc jusqu'au pape, des moines et des ermites, des
laïcs enfin participent à des titres divers à la ré-
forme. Souvent ce sont les chanoines eux-mêmes qui
choisissent la vie commune stricte. Malheureusement,
les sources, surtout lorsqu'elles sont de nature juri-
dique, insistent davantage sur le rôle de l'organisa-
teur du temporel d'une fondation plutôt que sur le
promoteur de la conversion. Celle-ci peut prendre,
comme nous le verrons plus loin, des aspects variés.
Lorsqu'un évêque approuve une réforme ou une
fondation nouvelle, il se conforme parfois simplement
à un devoir imposé par le droit canon. Mais plusieurs
d'entre eux ont pris vraiment à cœur la vie régulière
en suscitant ou en appuyant de tout leur pouvoir les
initiatives. Telle fut certainement l'attitude de Ger-
vais de Reims, Altmann de Passau, Anselme de
Lucques, Bertrand et Oldégaire de Barcelone, Yves de
Chartres, Conrad de Salzbourg, Othon de Freising et
plusieurs autres que nous rencontrerons dans la suite.
Quelques-uns sortaient d'ailleurs des rangs des régu-
liers. Dans ce domaine comme en bien d'autres, l'ac-
tion de la papauté fut considérable, ainsi que nous le
montrerons en étudiant la doctrine des réformateurs.
En Italie surtout, les premières régularisations
semblent avoir été faites sous l'influence directe des
promoteurs du monachisme nouveau, tels Romuald,
Jean Gualbert et Pierre Damien. Dans la suite, on
rencontre encore souvent des ermites à l'origine des
vocations de réguliers. Tel fut le cas pour S. Norbert et
Gerhoh de Reichersberg. De leur côté, S. Bernard, les
Cisterciens et les Chartreux favorisent la nouvelle
institution. Nous n'avons, par contre, rencontré nulle
part une action importante de Cluny.
De leur côté, les laïcs participent à des titres divers à
la réforme. Certains prennent l'initiative de fonda-
tions hospitalières qui se rattacheront plus ou moins
étroitement à l'ordre canonial régulier. Pour être
moins directe, l'action de la Pataria n'est pas moins
considérable à Milan et dans le nord de l'Italie. Ces
grégoriens farouches favorisent naturellement l'éta-
blissement d'un clergé « apostolique ». Ailleurs, les
rois et les grands féodaux contribuent à l'établisse-
ment temporel des réguliers. Signalons parmi les plus
zélés Henri I""' et la reine Anne en France, Henri I" et
la reine Mathilde d'Angleterre, Sanche Ramirez dans
l'Espagne de la Reconquista.
3. L'idéal. — Restaurer parmi les chanoines la pau-
vreté apostolique pratiquée par le clergé des premiers
siècles, tel est, nous l'avons vu, l'idéal des réforma-
teurs. De Romuald à Gerhoh de Reichersberg en
passant par Pierre Damien, Hildebrand et Urbain II,
cette doctrine essentielle va se développer et se diver-
sifier quelque peu. En Italie comme en France, les
premières réformes se font au nom de la vita apostolica
ou de la vita ad instar primitivae Ecclesiae. Au concile
de 1059 et plus tard dans sa règle, Grégoire VII ne
connaît pas d'autre autorité. Se basant sur la lettre de
S. Jérôme ad Nepotianum et sur les sermons de
S. Augustin, Pierre Damien invoque comme argument
l'étymologie du mot clericus. Comment celui qui, par
définition, est la possession de Dieu et dont Dieu est le
partage peut-il se laisser attirer comme un simple laïc
par l'appât de la propriété privée (De communi vita
canonicorum, P. L., cxlv, 504)? Par sa collection cano-
nique et un libellas fort répandu dans les commu-
nautés italiennes, Anselme de Lucques élargit encore
la base traditionnelle de la réforme en l'appuyant sur
l'autorité des Fausses Décrétales des papes Clément et
! Urbain, sur celle du concile de Tolède, de S. Jérôme,
S. Augustin et S. Grégoire le Grand. En groupant ces
textes, il vise évidemment à démontrer la continuité
de la pratique de la vie commune durant les sept
premiers siècles de l'Éghse. Cette charte de la vie com-
mune va être largement diffusée par les promoteurs de
la réforme, Yves de Chartres, Pierre de Honestis,
Lietbert de S.-Ruf, Gerhoh de Reichersberg, etc.
Mais, plus que tout autre peut-être, Urbain II a con-
tribué à la reconnaissance ofTicielle de cette doctrine.
Le premier, en effet, il introduit dans les bulles ponti-
ficales une formule qui rappelle les origines aposto-
liques de la vie commune et l'accueil qu'elle a reçu
chez les principaux Pères de l'Église (cf. P. L., cli,
338-39). Fréquemment repris dans la suite, ce texte
servira de base à plusieurs privilèges importants des
réguliers. Désormais les formules Vita regularis ou
Vita canonica employées jadis pour désigner la règle
d'Aix servent uniquement à caractériser la vie com-
mune stricte. Le terme saecularis commence à être
employé pour désigner le clerc propriétaire, même s'il
suit la règle d'Aix.
Line fois établi le caractère traditionnel de leur
doctrine, les réformateurs ne pouvaient que juger
sévèrement le code carolingien. Plusieurs s'accordent
à le condamner, dans la mesure même où il s'écarte de
VInstilutio apostolica, c.-à-d. dans les chapitres qui
permettent le pécule. Jamais les législateurs n'auraient
dû admettre comme un principe ce qui n'était tout au
j plus qu'une exception. Cette attitude intolérante, qui
j est celle d'Hildebrand, de Pierre Damien et de
I Gerhoh de Reichersberg, n'est pourtant pas adoptée
par tous. Le can. 4 du concile romain de 1059, repris
en 1063, prouve en effet que la majorité des Pères pré-
féra urger l'application de la règle d'Aix comme un
minimum, tout en conseillant vivement la pratique de
la vita apostolica. De fait, beaucoup d'évêques estiment
que la discipline régulière complète la vie séculière,
plutôt qu'elle ne s'y oppose. Sur ce point comme sur
tout le reste du programme grégorien, les réforma-
teurs prennent une attitude intransigeante ou plus
modérée (voir P. Fournier, op. cit., 155).
Notons enfin que si les réformateurs attachent tant
d'importance à la pauvreté, c'est à cause de la valeur
intrinsèque de cette vertu évangélique, mais aussi
parce qu'ils la considèrent comme le fondement et la
garantie de la chasteté, de l'obéissance et de la con-
corde, en un mot, de tout l'idéal canonial. Elle seule
aussi donne à l'apostolat toute son efficacité, en libé-
rant le clerc des enclaves causées par l'avarice (cf.
Ch. Dereine, Le problème de la vie commune chez les
canonistes, d'Anselme de Lucques à Gratien, dans
Studi Gregoriani, m, 287-98).
4. L'expansion. — Il n'est pas possible, dans l'état
actuel des recherches, de donner une idée exacte de
l'expansion de la réforme canoniale, surtout au début
du xi« s. Tantôt la rareté des sources ou l'ambiguïté
des formules ne permet pas de déterminer la nature
exacte de la discipline adoptée par une communauté,
tantôt le caractère spontané d'une fondation, ermitage
ou hôpital, ne permet pas de fixer le moment où les
convertis adoptent la profession canoniale.
Nous continuerons de donner au cours de l'exposé les in-
dications bibliographifiucs qui préciseront l'état de la ques-
tion. Notons ici les services très appréciables que peuvent
rendre Kehr, Gerni. pont, et II. pont., de même que les séries
des Papsturkiinilen. Par contre, Cottincau ne sera utilisé
qu'avec prudence, à cause de l'imprécision des dates de
fondation et des erreurs au sujet du type de régularité.
Seul .1. C. Dickinson, The origins oj Ihe Aiistin cations and
their introduction inio England, fournit pour l'Angleterre
les précisions souhaitables. — Cf., pour l'Irlande, P. .1. Dun-
ning, The Arrosian order in médiéval Ireland, dans Irish
hist. slndies, iv, 1945, p. 297-316. - Pour l'Iîspagne,
CHANOINES. I,A RÉFORME GRÉGORIENNE
380
.). Vincke, Die vila communis des Klerus imd dos spanische
Konigtum, dans Span. Forschungen der Gorresges., i-6,
1037, p. 30-S9. — Pour l'Allemagne, voir les listes de
A. Hauck, III et iv, annexe. — Pour la Belgique, les cha-
pitres consacrés à la réforme canoniale par Éd. de Moreau,
liist. de l'Église en Belgique, m, 423 sq. — On trouvera une
liste des principales fondations, D. H. G. E., v, 498-628. —
Voir aussi Ch. Dereine, Vie commune, règle de S. Augustin et
chanoines réguliers au XI' s., dans Rev. d'hist. eccL, xr.i,
1946, p. 365-406.
2° Les divers types de communautés canoniales. —
Quelques principes très simples constituent, nous
l'avons vu, l'essence de la nouvelle discipline cano-
niale. S'ils suffisent à donner l'orientation première, ils
ne peuvent régler dans le détail de la vie quotidienne
les actions des réguliers. Pour répondre à ce besoin, les
réformateurs élaboreront des règles et des coutumiers
dont la complexité contraste avec la simplicité de la
tradition primitive. Plusieurs fois dans la suite, nous
constaterons aussi des différences profondes dans l'or-
ganisation des communautés et même dans la concep-
tion de la vie régulière. Or, cette variété trouve son
explication dans un fait essentiel : la diversité des
origines.
Lorsque la formule nouvelle sera définitivement
fixée, les chanoines réguliers se propageront, comme
les autres ordres, par colonisation. Mais, durant la
période de formation, d'ailleurs assez longue, nous
distinguerons quatre types de communautés : 1. les
réformes proprement dites; — 2. les groupements
spontanés de clercs; — 3. les fondations érémitiques;
— • 4. enfin celles qui sont orientées, à l'origine, vers le
service hospitalier. Cette division doit être entendue
avec une certaine souplesse. Elle se justifie pourtant
par le fait que chaque catégorie présente des pro-
blèmes particuliers. Par contre, il nous semble arbi-
traire de vouloir les répartir en étapes chronologi-
quement distinctes.
1. Les réformes proprement dites. — Le but premier
des promoteurs de la vie commune est certainement de
l'introduire dans les chapitres déjà existants. Nous
examinerons les motifs de la réforme, les méthodes
employées, les obstacles rencontrés et les résultats
obtenus.
a ) Les réjormes de cathédrales. ■ — Il est plus difficile
de réformer les anciennes institutions que d'en créer
de nouvelles, (^ette constatation souvent répétée par
les auteurs spirituels du xii^ s. se vérifie tout parti-
culièrement dans le cas des chapitres cathédraux. Le
grand nombre de chanoines, la présence de dignitaires
assez indépendants et les grands privilèges de la com-
munauté constituent autant d'obstacles que les réfor-
mateurs les mieux intentionnés surmontent diffi-
cilement.
Dans des régions entières, comme le centre et le
nord de la France, les Pays-Bas, le nord et l'ouest de
l'Allemagne, les chanoines restent fidèles aux an-
ciennes traditions. Par contre, le mouvement de régu-
larisation gagne de nombreux sièges épiscopaux de
l'Italie du Nord, Fano, Florence, Pistoie, Milan,
Gubbio et aussi Cefalu en Sicile. Même succès dans le
midi de la France, à Toulouse, Avignon, Maguelone,
Nîmes, Arles, Carcassonne, Cahors, Béziers, Nar-
bonne, Lescar, Apt, Comminges, Mende, Albi, Nice et
Bordeaux. Sous l'influence de l'évêque Hugues de
Grenoble, les chanoines de cette ville, ceux de Taren-
taise et de Belley adoptent aussi la règle de S. Augus-
tin entre 1130 et 1142. Au nord -de la Loire, nous ne
voyons que Séez qui ait été réformé.
En Espagne, si Barcelone reste fidèle à la règle
d'Aix, malgré ses évêques venant de S.-Ruf, par
contre Pampelune, Jaca, Roda, Vich. Tolède, Tortosa,
Tarragone et Saragosse adoptent la vie commune.
Dans plusieurs chapitres, cette dernière est introduite
i en même temps que la liturgie romaine (cf. A. Ubieto
Arteta, La introduccion del rito romano en Aragon ij
Navarra, dans Hispania sacra, i, 1948, p. 299-324).
En Allemagne, Conrad de Salzbourg introduit des
réguliers dans sa cité et son exemple est suivi par Hil-
debald de Gurk. S. Norbert et ses disciples placent de
même des Prémontrés dans les nouveaux chapitres de
Havelberg,Ratzebourg, Brandebourg, Breslau et Riga.
A Carlisle, en Angleterre, et à Down, Clogher et Du-
blin, en Irlande, la réforme est aussi introduite sous
l'influence de S. Malachie.
Malgré l'indépendance économique et juridique ac-
quise par de nombreux chapitres, les évêques inter-
viennent fréquemment pour introduire la vie com-
mune. Conscients des difficultés de leur tâche, ils
s'assurent l'appui des papes, des empereurs ou des
grands féodaux. Même alors, leur tentative n'a guère
de chance de réussir si elle ne trouve chez les chanoines
eux-mêmes des partisans décidés. La lutte pour la ré-
forme dure parfois de longues années. A Lucques, de
1048 à 1110, les évêques Jean, Anselme et Rangerius,
I aidés par Léon IX, Grégoire VII et la comtesse Ma-
thilde, surmontent à peine l'opposition des chanoines.
A Bordeaux, Geoffroy de Lauroux doit abandonner
durant cinq années son siège épiscopal; l'excommuni-
cation lancée contre les chanoines rebelles demeure
sans effet jusqu'au jour où S. Bernard et d'autres pré-
lats réussissent enfin à faire accepter la vie com-
i mune (E. Kittel, Der Kampf nm die Reform des
Domkapitels in Lucca im xi. Jhl, dans Festsclirift
A. Brackmann, Weimar, 1935, p. 214 et Gall. ctirist.,
II, Instr., 814). L'action d'Arnaud de Maguelone et de
Dalmase de Narbonne est de même contrecarrée et
n'aboutit que sous leurs successeurs (P. L., cli, 408 et
Gall. christ., vi, Instr., 34). Ailleurs, à Séez p. ex.,
l'œuvre de l'évêque Jean est compromise par la mau-
vaise volonté de son successeur Girard (ibid., ix,
! Instr., 160). Pour remédier à ce danger, les bulles pon-
tificales prescrivent souvent que seuls des réguliers
peuvent désormais occuper les sièges de ces cathé-
drales (ibid., XV, Instr., 307).
La méthode employée par les réformateurs varie
évidemment selon les circonstances. Tantôt ils réa-
gissent contre les mœurs décadentes des chanoines en
imposant la vie commune : ainsi à Albi et Cahors
(ibid., 1, Instr., 5 et 155). Ailleurs, l'évêque opère un
véritable noyautage en s'assurant le concours de
quelques clercs; tel fut le cas à Gubbio, où l'évêque
Usbald réussit à introduire les coutumes de Stè-Marie-
au-Port de Ravenne (Vita Usbaldi, A. S., mars,
m, 631). Souvent aussi on fait appel à d'autres
centres: ainsi à Salzbourg où des chanoines de Rolduc
et de Springiersbach contribuent à introduire la vie
commune (Annales Roden.ies, M. G. H., xvi, 701).
Ailleurs encore, la règle de S. Augustin est adoptée
par des clercs fidèles jusque-là à la règle d'Aix, mais
désireux de mener une vie plus parfaite. On en trou-
vera de bons exemples à Arles (D. H. G. E., iv, 240) et
à Vich (Florez, xxviii, 296). Dans tous ces cas, la
réforme est le plus souvent progressive, c.-à-d. que la
vie commune n'est adoptée immédiatement que par
ceux qui le désirent ; les autres membres de la commu-
nauté gardent toute liberté de vivre selon l'ancienne
discipline mais, à leur mort, ils sont remplacés par des
réguliers (P. L., cli, 362 et 408; clxxix, 79, 80, 112,
127, 165, 245, 259, 271, 330, 351, 605).
Si, d'une part, la décadence des mœurs entraîne
presque inévitablement la dilapidation des biens, par
contre le retour à la vie commune suppose la restaura-
tion du temporel. Restitutions des biens, envahis par
les laïcs ou aliénés par les prélats, et donations nou-
velles précèdent, dans la plupart des cas examinés, la
réforme et facilitent d'ailleurs l'acceptation de la dis-
CHANOfNF.S. LA HKFORMK ( ', |{ F, ( ; () Hf E N N F.
382
dpline nouvelle. Le niouvemcnl de régularisation
rejoint donc ici, une fois de ))lus, un autre point du
programme grégorien : le retour mu clergé de la pro-
|)riété ecclésiastique.
Pour apprécier l'intensité du mouvement de ré-
forme comme pour mesurer les obstacles opposés, il
faudrait encore tenir compte des tentatives demeurées
sans effet. Malheureusement, ce genre d'initiatives ne
laisse guère de trace. Pourtant un chroniqueur de Nor-
mandie nous a gardé le souvenir des efl'orts faits par
Jean, évêque de Lisieux, et par son confrère, Geoffroy
de Chartres, pour établir la vie commune (Chronica
nova, éd. Chéruel, dans Mém. de la Soc. des antiquaires
de Normandie, xviii, 1851, p. 30).
Les résultats atteints par la réforme dans les cha-
pitres cathédraux sont, au total, assez maigres. Le suc-
cès rencontré dans certaines régions s'explique soit par
la présence de réformateurs décidés, comme Conrad de
Salzbourg et S. Norbert, soit par des circonstances
d'ordre temporel. Beaucoup plus nombreux, mais
moins importants, les chapitres des sièges épiscopaux
du midi de la France et du nord de l'Italie subissent,
en effet, davantage l'influence des évêques. L'en-
semble des bâtiments de S.-Trophime d'Arles, église,
cloître, dortoir et réfectoire, nous donne encore
l'image exacte du cadre dans lequel se développait, au
xn<= s., la vie régulière dans les cathédrales (cf.
D. Knowles, The calhedral monasteries. dans Down-
side reuieiv, li, 1933, p. 71-96).
b ) Les réformes de collégiales. — Selon qu'elle est in- j
Iroduite dans les chapitres importants ou dans de
simples ecclesiolae, la réforme prend ici encore des
aspects variés.
Dans certains cas, les clercs eux-mêmes poussent au
retour à la vie commune. A Cysoing, près de Lille,
vieille fondation carolingienne alors occupée par des
séculiers, deux chanoines, Léthard et Robert, désirent
mener une vie plus parfaite. Contre toute attente, ils
obtiennent la collaboration d'un nouveau prévôt,
choisi pourtant de manière simoniaque. Avec un clerc
tournaisien, ils se dirigent vers Reims pour faire ap-
prouver leur projet. Bien accueillis par l'archevêque,
ils mettent leurs biens en commun et se placent sous la
direction d'Anselme, chanoine de S.-Denys de Reims.
.Malgré l'opposition d'une partie de la communauté et
des ministeriales, ils prennent possession de l'ancien
monastère (cf. Carlulaire de Cysoing, éd. I. de Cous-
semaker, Lille, 1883, p. 4). Des conversions analogues
ont lieu à Bourgmoyen de Blois (Gall. christ., viii,
Inst., 420), et à N.-D. d'Eu (ibid., ix, Instr., 22).
A S.-Étienne de Dijon, le petit noyau des réforma-
teurs doit se retirer quelque temps dans une dépen-
dance de l'abbaye. Considérablement renforcé, il
occupe de nouveau le monastère vers 112.5 (ibid., iv,
752-55).
Des tentatives de ce genre se sont produites assez
souvent dans les collégiales, au moment où les idées
grégoriennes se répandaient un peu partout. Mais,
dans bien des cas, la majorité des chanoines s'op-
posent à ce qu'ils considèrent comme une nouveauté.
La Vie inédite de Gausbert de Montsalvy (ms. Paris,
B. N., franç. 24815, fol. 140) et celle de S. Norbert
(M. G. H., SS., xii, 678) nous donnent des exemples
de ces luttes.
Ailleurs, la réforme moins spontanée est surtout
l'œuvre des évêques ou des seigneurs laïcs. En 1095,
Pierre, évêque de Poitiers, rétablit la vie commune
stricte dans la collégiale d'Airvault (Gall. christ., ii,
Instr., 954). Arnald de Bordeaux agit de même à S.-
Émilion où certains clercs adoptent la discipline nou-
velle tandis que les autres acceptent d'être remplacés
progressivement (ibid., ii, Instr:, 324). Dans ces deux
cas, les réformateurs font appel aux réguliers de l'Es-
terp pour couTirmer leur œuvre. Au Mont-S.-Éloi, près
d'Arras, et à S.-.\ubert de Cambrai, l'évêque Lietbert
profite des difficultés économiques dans les(iuelles se
trouvent les communautés relâchées pour imposer la
vie commune; toutefois, ceux qui n'acceptent pas la
réforme reçoivent ailleurs des prébendes. De même, à
S. -Michel d'Anvers, sous l'influence de S. Norbert,
quatre chanoines embrassent la vie commune tandis
que les autres se retirent dans l'église Notre-Dame.
Parfois, comme à S. -Jean-Baptiste de Valenciennes,
les réformateurs chassent purement et simplement les
séculiers et les remplacent par des chanoines tirés de
monastères voisins (Jacques de Guise, Annales,
M. G. H., SS., xxx, 207). Ailleurs encore, l'adoption
de la règle de S. Augustin, loin de constituer une me-
sure de réaction contre le relâchement moral, signifie
un perfectionnement de la discipline d'Aix encore en
vigueur. Ce fut le cas à S.-Laon de Thouars {Gall.
christ., II, Instr., 373), à S. -Paul de Besançon (ibid.,
XV, 26), à S. -Paul de Narbonne (ibid., vi, Instr., 31) et
à S.-Salvy d'Albi (Rev. MabilUm, xiv, 1924, p. 201).
Seules de nombreuses études locales permettraient
de déterminer avec précision le nombre d'institutions
anciennes atteintes d'une manière ou d'une autre par
la réforme. Dans certains diocèses, à Salzbourg et
Thérouanne p. ex., grâce à l'action des évêques, la pro-
portion est relativement élevée. Ailleurs, au contraire,
comme à Liège, les chapitres déjà existants ne sont pas
touchés. Certains types de communautés canoniales
semblaient plus accessibles que d'autres aux idées nou-
velles. Si d'anciens monastères, jadis occupés par des
moines et sécularisés dans la suite, tels S.-Étienne de
Dijon, S. -Maurice d'Agaune, S.-Frigidien de Lucques,
S.-Aubert de Cambrai, sont réformés, par contre les
collégiales fondées aux x'' et xi^ s. échappent presque
entièrement au mouvement.
Les résistances rencontrées ne tiennent d'ailleurs
pas nécessairement au mauvais vouloir des clercs ou à
la décadence des mœurs. Dans bien des collégiales, la
règle d'Aix est encore en vigueur; elle seule est impo-
sée, on s'en souvient, par les conciles réformateurs de
1059 et 1063, alors que la vie commune est simplement
conseillée. Il faut aussi tenir compte de l'opposition
provenant des grandes familles ou des ministeriales
qui disposent des ressources d'une église comme de
biens héréditaires et se méfient i)ar conséquent de
toutes les mesures visant à écarter l'emprise laïque.
Sauf dans ceutaines régions, les réformes proprement
dites restent donc plutôt des exceptions. Mais si les
institutions résistent aux idées grégoriennes, les indi-
vidus y sont beaucoup plus sensibles. Leur initiative
va donner naissance à un grand nombre de nouvelles
communautés dont il faut tenir compte pour apprécier
l'ampleur de la réforme.
2. Les communautés nouvelles formées par migration
de clercs. — Si la majorité des anciens chapitres restent
fidèles à la tradition carolingienne, l'attrait de la vita
apostolica s'exerce sur un grand nombre de chanoines
qui, pour suivre pauvres le Christ pauvre, abandon-
nent leurs prébendes et se groupent dans des commu-
nautés nouvelles. Là où des clercs mariés et proprié-
taires s'opposent à toute tentative de réforme, des
scrupules de conscience provoquent le passage à la vie
régulière. Telle est l'histoire de Guillaume, futur fon-
dateur de Ste-Barbe-en-Auge (Vita, éd. N. Sauvage,
Caen, 1907, p. 20), de Gerhoh de Reichersberg (Dia-
logus de clericis saec. et reg., P. L., cxciv, 1414), et des
clercs de S.-.lcan-de-la-Vallée à Chartres (ibid.,
ci.xii, 294).
Cette attitude de réaction contre le milieu prend un
caractère très aigu en Terre d'Empire, où l'excommu-
nication de l'empereur et de ses partisans pose le
grave problème des rapports entre fidèles et schisma-
383
CHANOINES, LA TiÉV
OKMK GRÉGORIENNE
tiques. Voici comment Gerhoh décril la situation :
Persecutio quoque huic bono operala est. Nam dum e civita-
tibus meliores clerici eo quod, excommunicato principi
eiusque fautoribus et commiinicatoribus suant substraherent
communionem, pellerentur, in siluis et suburbanis agellis
cohabitantes, ubi eus quibus Deus inspiravit, fidèles ac pa-
tentes quidam tutati sunt, ea coeperunt conversationis norma
degere quam, Christo pro quo et perseculionem sustinebant,
maxime complacitam agnovissent. Sicque in clero et in mona-
cliatu apostolice institutionis vita quae primo in desertis ac
silvosis locis reviruit, paulatim etiam antiqua et suburbana
cenobia, revixit, eiectis inde malis colonis vel in melius com-
mutatis... (Liber de investigatinne Antecbristi, P. L.,
cxciv, 1463).
Les communautés de Marbach, S.-Pierremont et
probablement Triefestein doivent leur origine à ces
circonstances.
Mais le passage à la vie régulière ne revêt pas tou-
jours cet aspect de crise ou de violence. Tout comme
jadis les clercs désireux de vie parfaite se retiraient
dans les monastères bénédictins, ainsi maintenant ils
se groupent pour pratiquer la vie apostolique. Avec
l'appui de leur évêque ou du chapitre qu'ils aban-
donnent, ils occupent des églises paroissiales, relèvent
les ruines d'anciens sanctuaires situés dans le subur-
bium des cités ou construisent des églises nouvelles.
S.-Ruf, Pébrac et S.-Denys de Reims sont fondés de
cette manière par des clercs d'Avignon, de S. -Julien de
Brioude et de Reims. Les églises paroissiales de S. -Ger-
main d'Autun, S.-Loup de Nevers, Ste-Marie de Cor-
nillio, au diocèse de Lodève, et N.-D.-de-Chaage à
Meaux reçoivent des chanoines convertis. S. -Quentin
de Beauvais et S. -Léon de Toul sont construits spécia-
lement pour les réguliers.
Les chapitres séculiers d'où émigrent les convertis
participent souvent d'une manière ou d'une autre à
l'établissement des nouvelles communautés. Ainsi, les
chanoines de Limoges fournissent des ressources à
leurs confrères de Bénévent et Aureil (Gall. christ., ii,
Instr., 118); ceux de Meaux, l'église de N.-D.-de-
Chaage; ceux de Lodève, l'église de Ste-Marie de Cor-
nillio (ibid., vi, Insir., 279); ceux de Narbonne, l'em-
placement de S.-Martin-de-Vernete {ibid., vi, Instr.,
31). Les chanoines de S. -Julien de Brioude promettent
aide et protection aux réguliers de Pébrac (ibid., ii,
Instr., 131). Dans la plupart de ces cas, il est encore
prévu que, si des chanoines séculiers désirent mener la
vie régulière, ils jouiront jusqu'à la mort de leurs pré-
bendes (ibid., XII, Insir., 336). Ailleurs encore, p. ex. à
à S. -Quentin de Beauvais, à S. -Victor de Paris, à S.-
Jean-de-la-Vallée à Chartres et N.-D.-de-Chaage à
Meaux, des prébendes d'anciennes collégiales figurent
parmi les ressources des réguliers.
Dans tous ces cas et d'autres analogues, des rela-
tions de fraternité et de dépendance sont établies
entre les communautés. Les chanoines de Pébrac et
d'Aureil sont reçus à S. -Julien de Brioude comme des
membres du chapitre (ibid., ii, Instr., 131 et Vita
Gaucheri, A. S., avril, i, 852). A leur mort, ils jouissent
des suflrages comme les séculiers eux-mêmes. Mais, en
contre-partie, les séculiers se réservent souvent un
droit de regard sur les élections des réguliers.
Dans les communautés issues de réformes propre-
ment dites ou de fondations nouvelles, l'idéal cano-
nial reste toujours celui de la vita apostolica impliquant
la vie commune stricte et les usages ne varient guère.
Tel ne sera pas le cas dans les types de monastères que
nous devons encore examiner. .
3. Les communautés d'origine crémitique. — Les
clercs désireux de mener la vie commune à l'exemple
des apôtres ne sont pas les seuls qui, aux xi<= et xii^ s.,
quittent les anciens chapitres. D'autres, attirés par un
idéal plus austère encore, se retirent dans les solitudes
pour y vivre en ermites. Un certain nombre d'entre
eux, tels Robert de la Chaise-Dieu, Guillaume Firmat,
Brunon de Reims, Vital de Savigny et Girard de
Salles, adoptent la profession et les coutumes monas-
tiques. D'autres, au contraire, restent fidèles à l'ordre
canonial. Nombreuses sont les communautés régu-
lières formées de la sorte. Citons, parmi les plus im-
portantes : Bénévent, fondée en 1024 par Ausbert,
chanoine de Limoges ; Bez et Mont-Salvy (dioc. de Ro-
dez), organisées vers 1060 par Gausbert, ancien cha-
noine de S.-Amand de Rodez; Aureil, fondée vers 1074
en dépendance de la cathédrale de Limoges; Hérival
(dioc. de Toul), où s'installe en 1070 un certain Ingil-
bald; Chaumouzey (dans la même région), où les clercs
se groupent en 1080 autour d'un ermite Anthénor;
Pommerœul (dioc. de Cambrai), fondée par les clercs
Reniers et Fulbert en 1082; Miseray (dioc. de Bourges)
et Le Chalard (dioc. de Limoges), vers 1089; Arrouaise
(dioc. d'Arras), en 1090; Cheminon (dioc. de Châlons),
en 1095; Oigny (dioc. d'Autun), Eaucourt (dioc. d'Ar-
ras), Mont-Benoît (dioc. de Besançon), S.-Nicolas-aux-
Bois (dioc. de Laon), vers les années 1100 et 1103;
Mélinais (dioc. d'Angers) et Rolduc (dioc. de Liège),
en 1104; Beâulieu (région de Troyes), en 1107; Lônnig
(près de Trêves), vers 1110; Clairefontaine en Tié-
rache, vers 1111; Monte-Vergine (dioc. de Subiaco),
Guatines (dioc. de Tours) et Bouni (dioc. de Cambrai),
vers 1115; Prémontré (dioc. de Laon), Chancelade
(dioc. de Périgueux), La Couronne (dioc. d'Angou-
lême), Septfontaines (dioc. de Langres), Breteuil (non
loin de Beauvais), vers 1120. Le mouvement continue
après cette date jusqu'à la fin du xii« s. sans interrup-
tion. Citons encore, pour marquer la continuité : Vi-
cogne (dioc. d'Arras), en 1125; Ste-Barbe d'Auge
(dioc. de Lisieux), vers 1128; Stabulo Rodis (près de
Sienne), par Guillaume, vers 1155; La Bloutière (dioc.
de Coutances), en 1167; N.-D. d'Hérivaux et de la
Roche (dioc. de Paris), vers 1160 et 1196; au début du
xiii« s., la fondation du Val-des-Écoliers (dioc. de
Langres).
Des fondations de ce genre se rencontrent aussi en
Allemagne : Springiersbach et Dietramzell; — en Es-
pagne et en Angleterre : Lanthony, Nostell, Dale,
Bicknacre, Chirbury, Bushmead, Felley, Thremhall,
Charley, etc. (J. C. Dickinson, 143).
Pour désigner ces clercs ermites, les documents
parlent de convertis sub canonica professione et tiabitu
clericali heremiticam vitam agentes (Vita Norberti, loc.
cit., 672), de solitarius clericalem vitam agens ou de ca-
nonicam regulam et heremiticam vitam sequens (Vita
Stephani Obasiniensis, 152). Notons que certains
d'entre eux hésitent entre la profession canoniale et
monastique. Avant de s'affilier à Cîteaux, Étienne
d'Obazine a longtemps mené la vie canoniale (ibid.,
152); de même les disciples de Girard de Salles qui, aux
origines, mènent la vie de clerici eremitae (Vita Girardi,
A. S., oct., X, 261). Ailleurs, des communautés se
divisent, une partie adoptant la vie monastique,
l'autre la profession canoniale (cf. Vie de Christian de
l'Aumône, éd. M. Coens, A. BolL, lu, 1934, p. 18).
Lorsque les témoignages ne sont pas tout à fait
explicites, il est aussi difficile de distinguer parmi les
clercs qui abandonnent les chapitres ceux qui veulent
mener la vie commune et ceux qui désirent pratiquer
l'érémitisme. Le groupement de plusieurs individus,
deux, trois, six ou sept, n'exclut nullement ce dernier
genre de vie. A défaut d'autres indices, la situation
géographique et le titulus du sanctuaire permettent de
trancher avec une probabilité plus ou moins grande.
Mais le critère par excellence de l'érémitisme nous
semble être le désir d'une pauvreté radicale, basée sur
le rejet de toute forme de possessions séculières et la
pratique corollaire du travail manuel. Ces deux élé-
ments se retrouvent dans toutes les fondations énumé-
385
CHANOINES. LA RÉF
ORME GRÉCxORIENNE
rées plus haut. De Girard de Salles, qui passe de la
communauté régulière au désert, il est dit que de pau-
pere canonico factus est pauperior eremita ( Vila, loc. cit.,
255). De même Étienne d'Obazine a préféré l'érémi-
tisme parce que canonici etsi regulariter Deo canunt est
eis ex accuratis cibis lauta et copiosa refectio ac diuturna
quies, labor manuum aut nullus aiit minitmis {Vita,
152). C'est aussi le désir de fuir Volium de la vie cano-
niale même régulière qui pousse le clerc Miron à cher-
cher une autre retraite que l'abbaye S. -Jean de Rip-
poll (Vita Mironis, Florez, xxviii, 310). Ce même idéal
de pauvreté basée sur le travail manuel et une austé-
rité plus grande apparaît encore nettement dans les
fondations d'Aureil, d'Oigny, d'Hérival, de Rolduc et
de Prémontré (cf. Ch. Dereine, Les origines de Prémon-
tré, dans Rev. d'hist. eccl., xm, 1947, p. 370).
Ces ermitages de clercs deviennent rapidement un
centre d'attraction pour tous ceux qui recherchent
une vie plus parfaite. Des chanoines abandonnent
leurs prébendes, des familles entières quittent le
monde pour mener avec ces solitaires une vie plus
évangélique et plus pauvre. Comme, de leur côté, les
fondateurs se font souvent une règle de ne rejeter per-
sonne, ils se trouvent bientôt à la tète de communau-
tés nombreuses composées de clercs et de laïcs,
hommes, femmes et enfants. Si, à l'origine, l'exemple
du maître constitue une règle suffisante, bientôt le
choix d'une organisation plus ferme s'impose à tous.
Un grand nombre, nous l'avons vu, désirent rester
fidèles à leur profession canoniale et adoptent la règle
de S. Augustin. Par le fait même se pose un problème
de conscience très délicat. Faut-il adopter purement et
simplement les coutumes en usage chez les chanoines
réguliers? Mais que reste-t-il alors de l'idéal primitif
d'austérité et de pauvreté plus grande? La crise pro-
voquée par ce dilemme ne fut pas résolue de manière
uniforme. Si l'ancienne discipline canoniale s'impose
progressivement à bon nombre de communautés éré-
mitiques, ailleurs les fondateurs élaborent des cou-
tumes nouvelles plus conformes à l'idéal primitif.
Nous signalerons plus loin l'importance capitale de ce
fait pour le développement de la réforme canoniale.
4. Les communautés d'origine laïque et hospitalière. —
Au mouvement de conversion qui se manifeste dans les
milieux canoniaux, les laïcs participent également en
grand nombre. Certains, on l'a vu, se groupent autour
des clercs ermites. D'autres, plus aventureux, mènent
une vie de pénitents, de pèlerins ou de solitaires. Ils
attirent, eux aussi, des disciples et deviennent par la
force des choses fondateurs de monastères. Non loin de
Liège, vers 1080, un certain Gondran et une recluse
forment le premier noyau de l'abbaye de S. -Gilles
(Gilles d'Orval, Gesta episc. Leod., M. G. H., SS.,
XXV, 93). Deux pénitents vénitiens qui se fixent dans
une solitude non loin de Limoges deviennent les fonda-
teurs de L'Artige {D. H. G. E., iv, 811). De même une
veuve, Bénigne, fonde Springiersbach sur la Moselle
(Gall. christ., xiii, Instr., 339) et un ménage de conver-
tis, le monastère de Franckenthal au dioc. de Worms,
vers 1125 (Vita Eckemberti, éd. H. Boos, Monum.
Wormatiensia, m, 129).
Dans d'autres cas, plus nombreux encore, les laïcs
donnent à leurs fondations une orientation nettement
hospitalière. La situation géographique symbolise en
quelque sorte cette intention : fondées au passage
d'une rivière, d'une montagne ou au cœur d'une forêt,
ces maisons d'accueil, construites parfois sur les ruines
des anciennes mansiones romaines, sont destinées aux
voyageurs et pèlerins. Une des plus célèbres est sans
contredit l'hospice du Grand-S. -Bernard dont les ori-
gines sont malheureusement fort obscures. Mais on
trouve un peu partout des fondations de ce genre :
Flône (dioc. de Liège); Aubrac, fondé par un seigneur
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
flamand dans les montagnes du Rouergue; S. -Jean de
Falaise et Neufontaines (dioc. de Clermont). Dans tous
ces cas, l'élément laïc, qui domine nettement à l'ori-
gine, a été supplanté petit à petit par les clercs qui
s'organisent en communauté régulière. Cette évolution
ne s'accomplit pas sans heurts. Ces difficultés pré-
ludent en quelque sorte aux révoltes des laïcs que l'on
rencontre à la fin du xii« s. dans les ordres de Grand-
mont et de Sempringham. Notons toutefois qu'une de
ces communautés hospitalières, S.-Inglevert, fondée
vers 1125 au diocèse de Thérouanne par un certain
Oilard, réussit à conserver son caractère laïc en refu-
sant l'affiliation à la congrégation d'Arrouaise {Chro-
nicon S. Bertini, M. G. H., SS., xxv, 799).
A côté des clunisiens, les chanoines réguliers ont
joué un rôle important dans l'organisation de la route
du pèlerinage de S.-Jacques-de-Compostelle. L'hospi-
talité est donnée non seulement dans les chapitres
réguliers de S. -Romain de Blaye, Toulouse, Commin-
ges, Lescar, Pampelune et S. -Léonard de Léon, mais
dans des maisons spécialisées comme Roncevaux, le
Somport, N.-D. du Bonheur et Arvas. En Galice,
l'ordre militaire de S. -Jacques de l'Épée est organisé
par les chanoines réguliers de S.-Éloy pour assurer la
protection des voyageurs. De même, en Terre sainte,
les Templiers dépendent étroitement dans leur organi-
sation et leur règle des chanoines réguliers du S. -Sé-
pulcre. (Cf. A. Donnet, S. Bernard et les origines de
l'hospice du Mont-Joux, S. -Maurice, 1942; E. Lam-
bert, Ordres et confréries dans l'histoire du pèlerinage de
Compostelle, dans Ann. du Midi, lv, 1943, p. 370-403;
Ch. Dereine, Aspects de lavie hospitalièreauxii^s., dans
Bull, du Cercle pédagogique de Louvain, oct. 1947,
p. 17-23 et J. C. Dickinson, op. cit., p. 145 sq.).
Dans la réalité, les quatre grands types de fonda-
tions que nous avons décrits se trouvent parfois con-
fondus : une réforme proprement dite se double d'une
migration de clercs ou bien l'hospitalité et la vie éré-
mitique s'harmonisent chez les laïcs et les clercs. Le
fait essentiel, sur lequel on ne saurait trop insister, est
la grande variété des origines qui, seule, permet de
comprendre la diversité profonde que nous allons
retrouver dans les coutumes et l'organisation de la vie
régulière.
Comme études locales, signalons, outre celle de P. J.
Dunning déjà citée pour l'Irlande : E. Griffe, La réforme
canoniale en pays audois aux Xioet XII' s., dans Bull.de litl.
eccl. de Toulouse, XLiv, 1943, p. 72-92 et 1.37-49. — M. Gius-
ti. Le canoniche délia città e diocesi di Lucca al tempo délia
Riforma gregoriana, dans Studi Gregoriani, m, Rome,
1948, p. 321-67. — L. de Lacger, Vieux-en-Albigeois, dans
Rev. Mabillon, xii, 1922, p. 217-41. — J. Stulz, Geschichie
des regulierten Chorherrenstifles S.-Florian, Linz, 1835. —
A. Mebel, Die Anjdnge des Auguslinerchorherrenstiftes
S.-Peter auf ilem Lauterberge, Halle, 1916. — Voir
encore, pour l'Allemagne, Vita Lamberli praep. monast.
Novi Operis prope Hallam Saxonicam, éd. H. Bresslau,
M. G. H., SS., xxx-2, p. 948-52.
3° Règles et coutumes. — Aux xi« et xii« s., les réfor-
mateurs cherchent dans la tradition canoniale les prin-
cipes d'une discipline qui se fixera progressivement
dans les règles et coutumiers. Leur situation est assez
semblable à celle des moines du vii^ s. qui se compo-
saient un code en puisant dans les Vilae Patrum. Il ne
faut pas croire, en effet, que la règle de S. Augustin
fournissait aux réguliers une base comparable, p. ex., à
la règle bénédictine. Nous verrons que la complexité
des documents recouverts par cette formule pose des
problèmes très délicats. Son apparition est d'ailleurs
assez tardive. La période de tâtonnements et d'ini-
tiatives se prolonge jusqu'au début du xii'^ s. A cette
époque, deux tendances, déjà apparentes antérieure-
ment, aboutissent à des interprétations opposées de la
vie canoniale. Le conflit entre ce que les contempo-
H. — XII — 13 —
C HANOI Ni:S. J- A UKFORMl-: G H K G T F. N \M :
rains appellent Vordo antiquus et l'ordo iinuus pro-
voque des troubles et des modifications de coutumes
qui compliquent encore la situation.
1. L' « ordo antiquus ». — Dans les centres les plus
anciens de réforme, en Italie et dans le midi de la
France, les réguliers restent d'abord fidèles à la règle
d'Aix, modifiée sur le point de la pauvreté. Hilde-
brand n'avait-t-il pas proposé au synode de 1059 de
corriger les chapitres scandaleux de l'ancienne législa-
tion? Ce projet a été réalisé, car le ms. Vatican lat.
48S5, provenant probablement d'une comnmnauté ro-
maine, présente un texte où les chapitres incriminés
sont remplacés par des passages de l'Écriture et des
Pères qui recommandent la pauvreté. A S.-Ruf éga-
lement, les anciens usages étaient basés sur les Insti-
tuta Patrum, c.-à-d. sur toutes les œuvres des Pères et
les canons des conciles qui traitent de la vie canoniale.
Cet exemple sera imité un peu partout et de larges
extraits de la règle d'Aix subsisteront dans les livres
liturgiques des réguliers, même après l'adoption de
codes nouveaux.
Mais le besoin d'une législation plus précise ne tarde
pas à se faire sentir. Sous le pontificat de Grégoire VU,
les problèmes de liturgie et de discipline pénitentielle
se posaient d'ailleurs dans toute l'I^glise. A cette occa-
sion, le pape composa lui-même une règle pour cha-
noines réguliers où, après avoir rappelé l'idéal de pau-
vreté apostolique, il fixe les usages en matière de
jeûne, d'abstinence, de silence et de liturgie. Dans
tous ces domaines se manifeste son désir de retrouver
les anciennes traditions, les antiquorum Patrum mores.
Le rayonnement exact de ce code reste encore à étu-
dier. Mais il influença certainement l'ordo des monas-
tères autrichiens et bavarois comme aussi celui de
S.-Ruf (pour le texte, cf. éd. G. Morin, dans Rev.
Bén., xviii. 1901, p. 177-83, et Ch. Dereine, Note sur
l'influence de la règle de Grégoire VII, dans Rev. d'hist.
eccL, xLiii, 1948, p. 512-14). Voir aussi le ms. Milan,
Ambrosienne, lat. 45, qui contient la règle de Gré-
goire VII et la règle d'Aix.
Ce document ne satisfait pas encore tout le monde.
Vers 1115, Pierre de Honestis, fondateur et premier
prieur de Ste-Marie-au-Port de Ravenne, expose dans
son prologue comment, après avoir vainement cherché
un texte législatif complet — il ignore encore la règle
de S. Augustin — il s'est décidé à mettre par écrit ce
qu'il a trouvé de mieux dans les usages adoptés par les
anciens centres. Son œuvre, approuvée par Pascal II,
exerça une grande influence dans le nord de l'Italie et
au delà des monts, en Autriche (texte dans P. L.,
CLxiii, 691 sq.).
Mais, entre temps, la première mention de la Régula
S. Augustini apparaît, en 1067, dans la province
ecclésiastique de Reims, et ensuite dans les actes des
fondations situées dans le nord de la France. On la
repère à partir de 1087 en Catalogne, à partir de 1090
en Autriche. Dès le début du xii" s., elle est assez
généralement mentionnée dans les actes pontificaux et
épiscopaux. L'examen des mss. confirme ces indica-
tions. Encore rares à la fin du xi« s., les textes se multi-
plient au début du xii<'. Mais il importe davantage de
savoir ce que signifiait pour les réformateurs la Régula
S. Augustini. On se rappelle, en etîet, que dès le vi« s.
cette formule recouvrait trois œuvres très différentes.
Les chanoines réguliers ont-ils choisi la Régula prima,
la Régula te.rtia (RA) ou l'ensemble formé par VOrdo
monasterii (OM ) + RA? L'examen des mss. prouve
que, dans bien des endroits, ils ont manifesté une cer-
taine méfiance à l'égard d'OM. Ou bien ce texte
manque, ou il est mis hors d'usage, ou il est profondé-
ment modifié et amputé de ses prescriptions les plus
originales. Le fait n'a rien d'étonnant, car l'ascétisme
extrême d'OM et le caractère presque aberrant de ses
\ usages ne cadrent nullement avec l'ensemble de l.i
tradition canoniale. La préférence est donc accordée ;i
RA; notons pourtant que S.-Ruf fait une place à la
Régula prima.
Comprendre la portée exacte du choix de ce code
j augustinien n'est pas chose facile. Aux réguliers déjà
I en possession des Instituta Patrum, le texte de RA,
destiné primitivement à des religieuses, n'apportait
que des principes généraux de vie spirituelle présentés
comme une explication de la vita apostolica. Le nou-
veau document s'insérait, sans rien exclure, dans l'en-
semble de la tradition canoniale, comme le prouve
l'état des mss. Les contemporains donnaient d'ailleurs
au mot régula un sens très large. Il désignait d'abord
l'attitude concrète d'un homme ou d'un groupe et,
secondairement, le texte qui en transmet le souvenir.
Ainsi parlaient-ils de Régula aposlolorum pour indi-
quer le passage des Actes où est décrite la vie des
premiers chrétiens et de Régula Sytuestri pour une
décrétale encore plus brève. Aussi la Régula S. Augus-
tini est-elle pour beaucoup l'attitude adoptée par
l'évêque d'Hippone et son clergé, telle qu'elle nous est
connue par iî.4, mais surtout par les sermons sur la vie
des clercs et par la Vita de Possidius. Ces deux der-
niers documents présentent d'ailleurs l'avantage de
j mentionner explicitement des clerici. Pour donner le
I même cachet à RA, les réguliers l'intitulent Régula
canonicorum ou canonica S. Augustini (cf. Vie com-
I mune..., 392 sq. et Enquête sur la règle de S. A.).
Sur cette base traditionnelle élargie, s'élaborent
progressivement, entre les années 1070 et 1130, les
principaux types d'usages réguliers. Nous avons déjà
signalé l'œuvre de Grégoire VII et de Pierre de Hones-
tis. L'étude des coutumiers de Crémone (ms. 19 de la
bibl. capitulaire) et de l'importante congrégation de
Mortara (ms. non coté, musée de Pavie) accroîtrait
notre connaissance des coutumes italiennes.
A partir de 1073, les fondations de S. -Nicolas de
Passau, de S.-Florian, de Reichersberg et de Rotten-
bach forment en Autriche et Bavière des centres im-
portants de réforme. Les coutumes de la dernière com-
munauté sont adoptées à Berchtcsgaden (1108), Roi-
duc (1111), Hamersleben (1112), Neuwerk près de
Halle (1116), Baumburg (1118), Diessen (1132), et
Ellendorf (1154). Le ms. XI. 250 de S.-Florian de Pas-
sau, conservé sur place, donnerait l'état de la tradition
primitive. Le Liber ordinis de S. -Nicolas de Passau
montre qu'en matière de liturgie et de jeûne, les régu-
liers suivaient la règle de Grégoire VII (éd. Amort,
950 sq.). La description de la vie canoniale donnée par
Arno de Reichersberg, dans son Scutum canonicorum,
fournit une idée assez exacte des usages de la région.
En fidèle partisan de Vordo antiquus, il considère
S. Augustin comme une autorité entre beaucoup
d'autres et expose la légitimité de la modération des
usages (cf. P. L., cxciv, 1503 sq.).
Le plus célèbre des promoteurs de la vie canoniale,
Yves de Chartres, organise Vordo de S. -Quentin de
Beauvais à partir de 1070. Celui-ci est conservé dans le
ms. Paris, Ste-Geneviève, 349. Le prologue nous ap-
prend qu'Yves s'est inspiré des coutumes en vigueur à
S.-Martin-des-Champs de Paris et de traditions mo-
nastiques. Il base sa discipline sur les Instituta Patrum,
RA et la Vita de Possidius et reste fidèle à l'esprit de
modération en matière de jeûne et d'abstinence. Bien
que les monastères dépendant directement de S.-Quen-,
tin de Beauvais soient peu nombreux, Vordo est adopta
dans beaucoup d'autres abbayes de la province eccl^
siastique de Reims, p. ex. au Mont-S.-Éloy, près d'Ar-
ras, d'où Jean de Warneton le propage dans le diocèse
de Thérouanne. C'est encore à S. -Quentin de Beauvais
que viennent s'initier les premiers clercs anglais qui
implanteront le nouveau genre de vie dans l'île au dé-
CHANOINES. I,A REFORME G R ECxO R I E N N E
300
but du xii« s. (voir Les coutumiers..., 417-21, et
J. C. Dickinson, 110 sq.)- Deux autres coutumiers,
celui de S.-Denys de Reims (éd. Martène, De anl. rit.
EccL, III, 303 sq.) et celui de S.-Jean-des-Vignes de
Soissons (ms. Paris, Ste-Geneviève, 2973), se rat-
tachient probablement au type de S. -Quentin de
Beauvais.
A S.-Ruf, fidèle dès le début à Vordo anliquus, la
codification se fait sous l'abbatiat de Lietbert. Le
Liber ordinis, composé entre 1100 et 1110, est con-
servé dans le ms. Paris, B. N. lal. 1233 et à Ste-Croix
de Coïmbre (mss. 336 et 862, bibl. de Porto). Les lettres
adressées vers 1120 aux chanoines de Chaumouzey par
l'abbé Ponce et Gautier, évêque de Maguelone, dé-
crivent les points essentiels de Vordo, basé sur les anti-
quorum Patrum traditiones. Le ms. 149 de la bibl. du
musée diocésain de \\c\\, provenant de Las Abadesas,
près de Ripoll, et datant du milieu du xiii« s., donne
une idée plus concrète de ces coutumes. A côté de la
Régula prima, de RA et d'OM fortement amputé, on
y trouve de larges extraits de S. Isidore et de S. Jé-
rôme repris à la règle d'Aix. En dehors de l'ordre lui-
même, très répandu dans le midi de la France, la Cata-
logne et la Terre sainte, les usages de S.-Ruf sont en-
core adoptés par bon nombre de communautés. Des
témoignages positifs ou l'analogie des constitutions
permettent de retrouver son influence à Marbach,
Chaumouzey et S.-Pierremont, à Pébrac, Aureil,
Plaimpied et La Couronne, enfin ii Ste-Croix de
Coïmbre, au Portugal (cf. S.-Ruf et ses coutumes aux
.xi" et xii" s., dans Rev. bén., lix, 1949, p. 163).
Ces quelques exemples, qu'une étude plus exhaus-
tive permettrait de multiplier, suffisent à nous faire
une idée exacte de Vordo antiquus. Pour ses promo-
teurs, la vita apostolica consiste dans la simple vie
commune excluant toute propriété privée. L'ancienne
règle d'Aix, modifiée sur le point de la pauvreté,
constitue, avec les sermons de S. Augustin, la Vita de
Possidius et RA, la base traditionnelle d'usages carac-
térisés par leur grande modération. La liturgie, fidèle
aux directives de Grégoire VII, l'habit de lin, l'usage
modéré de la viande et du vin, des jeûnes espacés, un
silence limité à certaines heures de la journée, voilà les
traits essentiels de cet ordo (voir, pour plus de détails,
J. C. Dickinson, 180 sq.).
2. L\ ordo novus ». — L'existence de coutumes plus
austères que celles que nous venons de décrire a été
reconnue par plusieurs historiens, mais l'extension du
fait et son origine demandent encore des explications.
Un grand nombre de communautés canoniales se sont
formées, on se le rappelle, autour d'ermitages. Dans
ces centres règne naturellement un esprit d'ascétisme
plus poussé que dans les anciens chapitres réformés.
Aussi, tout en adoptant en principe l'ordo anliquus,
plusieurs réformateurs conservent-ils sur certains
points des usages plus austères. A Aureil, S. Gaucher
introduit les coutumes de S.-Ruf, mais reste long-
temps fidèle à l'abstinence complète de viande. A
Oigny et à Hérival, des solitaires s'efforcent d'unir les
avantages de la vie commune avec leur ascétisme pri-
mitif et considèrent entre autres le travail manuel
comme un élément essentiel de leur profession. A Roi-
duc, Ailbert d'Antoing, ne pouvant maintenir sa con-
ception très stricte de la pauvreté, abandonne ses dis-
ciples plutôt que de modifier son idéal apostolique.
Ces tendances encore peu cohérentes prennent une
signification nouvelle le jour où un réformateur croit
trouver dans OM le véritable code augustinien. Par le
fait même, le travail manuel, le jeûne, le silence perpé-
tuel et une abstinence très poussée sont considérés
comme des pratiques canoniales authentiques. Cette
initiative audacieuse semble bien avoir été prise par
l'organisateur de la communauté de Springiersbach-
sur-Moselle, dans les premières années du xii« s. In-
fluencé directement par cet exemple, S. Norbert
choisit à son tour OM comme base de la discipline im-
posée aux convertis qui se réunissent sous sa direction,
en 1120, dans la forêt de Voix. Plus que l'exercice de la
cura animarum, qui n'eut rien de systématique à l'ori-
gine, l'austérité de vie et la pauvreté basée sur le tra-
vail manuel caractérisent le nouvel ordo, qui se répan-
dit très rapidement dans les années suivantes. Loin de
subir l'influence de Cîteaux, Norbert obéit à un esprit
de littéralisme augustinien et se montre soucieux de
rester fidèle à sa vocation, canoniale (cf. Ch. Dereine,
Le premier ordo de Prémontré, dans Rev. Bén., lviii,
1948, p. 84-92).
Une simple comparaison entre les deux ordo permet
de mesurer le caractère révolutionnaire de l'innova-
tion des fondateurs de Springiersbach et de Prémon-
tré. Non seulement les usages traditionnels en matière
de jeûne, de silence et d'abstinence sont entièrement
modifiés, mais l'habit de lin est remplacé par celui de
laine grossière, la liturgie elle-même est bouleversée,
enfin la vita apostolica n'inclut plus seulement la vie
commune, mais un type de pauvreté basée sur le tra-
vail manuel. Entre deux conceptions si dillérentes de
la discipline canoniale, une opposition ne pouvait
manquer de naître qui, par bien des côtés, rappelle
celle qui, à la même époque, divise Cluny et Cîteaux.
Rendu plus sensible par de nombreux passages indivi-
duels ou collectifs d'une observance à l'autre, le conflit
porte non seulement sur la valeur traditionnelle des
usages, mais également sur l'authenticité du texte
augustinien servant de base aux deux observances.
Les partisans de Vordo antiquus dénient en efiet toute
valeur à OM qui ne peut être l'œuvre de l'évèque
d'Hippone, tandis que S. Norbert affaiblit l'impor-
tance de RA en rappelant qu'elle a d'abord été compo-
sée pour des femmes.
Mais les deux types de vie canoniale n'étaient pas
destinés à rester à l'état pur. Après s'être modifiés par
influence réciproque, ils donneront naissance à des
usages de transition. Diversité et instabilité caractéri-
seront par le fait même la spiritualité des chanoines
réguliers durant tout le xii« siècle.
3. Les règles de transition. — L'austérité très grande
des prescriptions d'OM, la distribution étrange des
heures liturgiques et certaines obscurités ne tardèrent
pas à provoquer chez ses partisans une inquiétude et
même des défections. En août 1118, Gélase II, consulté
par la communauté de Springiersbach, conseillait au
prévôt Richard de se conformer, surtout en matière de
liturgie, aux usages traditionnels. Le coutumier con-
servé dans le ms. Vienne lat. 1482 prouve que l'adap-
tation nécessaire fut exécutée dans le chant de l'office.
Par contre, le travail manuel y est encore présenté
comme faisant partie intégrante de la profession
canoniale. Une évolution analogue eut lieu à Prémon-
tré, où Honorius II intervint entre 1126 et 1128 pour
ramener la communauté à des usages liturgiques plus
conformes à la tradition. L'œuvre législative accom-
plie par Hugues de Fosses entre 1130 et 1134 répondit
à ces exigences.
Mais, dans les communautés fidèles jusqu'alors à
Vordo antiquus, l'apparition des coutumes nouvelles,
même mitigées, provoqua une véritable crise de
conscience. Où trouver désormais la tradition cano-
niale authentique? Seule l'intervention énergique de
Ponce, abbé de S.-Ruf, et de Gautier de Maguelone
empêcha les chanoines de Chaumouzey d'adopter la
nouvelle observance. A Rolduc, dès 1120, l'abbé
Richer impose la tunique de laine, le silence et le jeûne
plus sévère, l'ne tentative analogue a lieu à Reichers-
berg sous l'influence de Gerhoh, qui fait le voyage de
Rome pour se procurer le texte d'OM. L'abbé d'Ar-
391
CHANOINES. LA RÉFORMF- (; R ÉG O R TE N N l-.
392
rouaise, Gautier, modifie également les anciennes cou-
tumes, probablement sous l'influence des Prémontrés
(pour ce dernier, cf. H. Gosse, Hisl. de l'abbaye d'Ar-
rouaise, Lille, 1784, et les mss. Douai 558 et Tournai,
cathédrale, non coté). Plusieurs autres coutumiers im-
portants, entre autres ceux de S. -Victor de Paris (éd.
Martène, De ant. eccl. ritibus, m, 252 sq.) et de Mont-
fort-La-Cane (éd. Martène et Durand, Thésaurus...,
IV, 1215 sq.), semblent également présenter des cou-
tumes ayant subi l'influence des deux courants.
A côté des règles et des coutumiers proprement dits,
on trouve encore dans les mss. utilisés par les réguliers
certains documents qui ont valeur quasi oiïicielle. Les
uns ont été écrits à l'occasion des polémiques, telles
p. ex. les bulles de Gélase II et d'Honorius II, les
lettres de Ponce de S.-Ruf et de Gautier de Maguelone
qui sont groupées sous le titre Episiolae déclarantes
regulam S. Augustini. De portée plus générale sont le
commentaire de la règle publié par Migne parmi les
œuvres d'Hugues de S. -Victor (P. L., clxxvi, 881-
925) et que certains mss. attribuent à Lietbert de S.-
Ruf, le De claustro animae d'Hugues de Fouilloy
(ibid., 1051 sq.), le Colloquium magistri et discipuli in
regulam S. Augustini de vita clericorum de Richard de
Brindlington (ms. Bodleian lib. lat. Iheol. d. 17), le Pro-
logus cuiusdam sapientis in regulam S. Augustini
(ms. Vienne, lat. 2207).
P. David, Régula S. Augustini, dans Rev. Portuguesa de
tiistoria. m, 1943, p. 27-42. — Ch. Dereine, Les coutumiers
de S.-Quentin de Deauvais et de Springiersbacli, dans Rev.
d'Iiist. ecct., XLiii, 1948, p. 411-42; Id., Le premier « ordo » rfe
Prémontré, dans Reu. Bén., LViii, 1948, p. 84-92; Id., S.-Ruf
et ses coutumes au XII' s., ibid., lix, 1949, p. 161 sq. — J. C.
Dickhison, op. cit., 164-94. — J. Leclercq, Doc. pour l'hist.
des clianoines réguliers, dans Rev. d'hisl. eccl., xLiv, 1949,
p. 556-69. — On trouvera une liste plus complète des édi-
tions et mss. de coutumiers et ordinaires dans Ch. Dereine,
Coutumiers et ordinaires de clianoines réguliers, à paraître
dans Scriptorium, 1950.
4° L'exercice de la « cura animarum ». — L'interpré-
tation proposée plus haut des formules vita apostolica
et Régula S. Augustini enlève tout fondement à l'opi-
nion des historiens qui voient dans l'exercice de la cura
animarum le motif du choix de; la règle augustinienne
et un élément essentiel de la profession canoniale.
Quelques textes plus ou moins tardifs d'Anselme de
Havelberg, de Philippe de Harvengt et de Jacques de
Vitry ne peuvent en effet prévaloir contre les faits qui
prouvent que les problèmes de pauvreté et de liturgie
ont préoccupé plus que tous autres les chanoines régu-
liers, du moins aux origines. D'ailleurs, ici encore, il
faut tenir compte de la diversité des fondations; quand
bien même ils l'auraient voulu, bon nombre de cha-
noines réguliers se seraient vu interdire par les cir-
constances tout exercice d'apostolat paroissial ou de
prédication. La tâche de l'historien consiste donc à dé-
terminer à quelle époque et dans quelle mesure la cura
animarum a été pratiquée dans les différentes régions.
Seules des enquêtes très minutieuses, que le manque
de sources rend d'ailleurs fort ingrates, permettraient
d'obtenir une réponse satisfaisante. Nous nous conten-
terons donc de donner ici quelques indications
générales.
A l'époque où apparaissent les chanoines réguliers,
plusieurs circonstances contribuent à poser avec une
acuité toute nouvelle un vieux problème : ceux qui
ont renoncé au monde peuvent-ils encore exercer les
diverses formes d'apostolat? Parmi les promoteurs de
la réforme grégorienne figurent en effet bon nombre de
moines et d'ermites lancés dans la prédication par les
papes on de leur propre initiative. Avec une âpreté
farouche, ils stigmatisent tous les vices, spécialement
ceux du clergé; même lorsqu'ils font preuve de modé-
ration, ils attirent les foules et détournent ainsi une
partie des ofTrandes revenant aux curés. Attaqués
dans leur réputation ou menacés dans leurs intérêts,
ceux-ci ripostent en contestant la légitimité de telles
prédications. De quel droit ceux qui sont morts au
monde s'occupent-ils encore des choses du siècle?
L'objection semble avoir été fort répandue, car Pierre
Damien, Bernold de S. -Biaise, Urbain II et Rupert de
Deutz s'emploient successivement à la réfuter.
Par ailleurs, la doctrine de ces hommes très in-
fluents, qui n'hésitent pas à dire que ceux qui ont
renoncé au monde sont plus aptes que d'autres à
veiller au salut des fidèles, et surtout l'apostolat
exercé, avec l'approbation des autorités ecclésias-
tiques, par de nombreux ermites, tels Gautier de
L'Esterp, Gaucher d'Aureil, Gausbert de Mont-Salvy,
Robert d'Arbrissel et Norbert de Gennep, créaient un
précédent de grande importance.
Quelle sera donc l'attitude des chanoines réguliers?
Plus encore que des vues systématiques, les circons-
tances guident leur conduite. Dans les communautés
formées par régularisation d'anciens chapitres, le sta-
tut antérieur subsiste. Dans certains cas, les réguliers
auront donc à maintenir le service paroissial, dans
d'autres ils devront se contenter d'assurer le chant de
l'office. Dans les nouvelles fondations spontanées, la
situation varie de même, suivant que les chanoines se
groupent dans des sanctuaires pourvus ou non de
droits paroissiaux. L'histoire des fondations d'origine
érémitique est, à ce point de vue, paradoxale. Il est
certain, en effet, que l'idéal de pauvreté et de solitude
des premiers occupants ne les préparait en rien à deve-
nir les pasteurs des populations. Mais l'attraction
exercée sur la foule par leurs vertus et les besoins
pressants de ministère sacerdotal dans les régions très
retirées entraînèrent bon nombre d'entre eux à la
pratique fréquente de la cura animarum.
En outre, les chanoines réguliers ont acquis à cette
époque de nombreuses églises paroissiales. Dès leur
fondation, S. -Laurent d'Oulx, Mont-Salvy et L'Artige
en possèdent ])lus de vingt. Calixte II en confirme un
nombre très considérable à S.-Étienne de Dijon en
1124 {P. L., CLxin, 1333); Innocent II en confirme de
même une trentaine à Airvault (P. L., clxxix, 216), à
S. -Martin de Nevers (ibid., 71), à S.-Jean-des-Vignes
de Soissons (ibid., 514-15), quinze à S. -Sauveur de
Casale (ibid., 647) et six à Springiersbach (ibid., 642).
Souvent les donations sont le fait de laïcs qui éprou-
vent quelque scrupule à conserver des biens ecclésias-
tiques. Parfois aussi un évêque assure de cette ma-
nière la subsistance d'une communauté dont il est le
protecteur. Jamais on ne constate qu'une église ait été
donnée pour être desservie par des réguliers.
Quelques exemples feront mieux comprendre les
limitations apportées par diverses circonstances à
l'exercice de la cura animarum. Bon nombre de com-
munautés régulières furent installées, on l'a vu, dans
les banlieues des villes, dans des églises secondaires
abandonnées ou sur le territoire dépendant d'un an-
cien chapitre. Ainsi à Géronsart, près de Namur, et à
Neufmoustier, près de Huy. Lors de la fondation de
ces deux monastères, les anciennes institutions se ré-
servent explicitement tous les droits paroissiaux (cf.
A. Barbier, Hist. de Géronsart, Namur, 1888, p. 7, et
J. Closon, Alexandre de Juliers..., dans Bull. Soc. art et
hist. du dioc. de Liège, xiii, 1902, p. 467). Une mesure
analogue est prise souvent ailleurs, p. ex. dans la fon-
dation bavaroise de Berchtesgaden (P. L. , clxxix, 574).
Ailleurs, ce sont les réguliers eux-mêmes qui refusent
les occasions d'apostolat. A Rolduc, Ailbert restitue
au comte de Saflenberg l'église du village plutôt que
d'en faire assurer le service par un de ses clercs
(Ann. Rodenses, M. G. H., SS., xvi, 698). Le futur
évêque de Brixen, Hartmann, agit de même alors qu'il
393
CHANOINES. LA KÉFURME (i KÉGO RIE N NE
394
était prévôt de Klosterneubourg ( Vi7a, éd. A. Sparber,
Bressanone, 1940, p. 43). Dans une bulle adressée en
1143 aux chanoines de La Couronne, Lucius II spécifie
de même : Nullus eliam qui canonicus in eadem ecclesia
fuerit, capellanus parochialis ecclesiae fiât (éd. Cas-
taigne, L'abbaye de La Couronne, Paris, 1864, p. 119).
Même les Prémontrés, que beaucoup prétendent avoir
été fondés en vue de l'exercice du ministère, limitent,
dans leurs statuts de 1134, la pratique de l'apostolat à
l'existence d'une abbaye qui en soit le centre. Plu-
sieurs personnalités importantes de l'ordre, tels
Hugues de Fosses, Gautier de S. -Maurice et Adam
Scot favorisent plutôt la tendance contemplative. On
voit certaines communautés abandonner l'emplace-
ment primitif de leur fondation, à leur gré trop
bruyant, pour chercher dans la solitude le calme et la
paix (cf. F. Petit, La spiritualité des Prémontrés.. ■.,
p. 47-51 ; N. J. Weyns, Het premonstratenser Klooster-
leven volgens Adam van Dryburgh, Tongerloo, 1948;
Ch. Dereine, Les origines de Prémontré, lac. cit., 370).
L'opinion publique était d'ailleurs peu préparée à
voir des clercs, ayant fait profession de quitter le
monde, reprendre des charges considérées alors comme
séculières. Même des auteurs, par ailleurs bien disposés
à l'égard des réguliers, s'étonnent de leur prétention au
service des églises paroissiales (cf. Liber de diuersis or-
dinibus, P. L., ccxiii, 836). A la fin du xi« s., les
évêques de Limoges et d'Orléans n'hésitent pas à leur
interdire toute activité de ce genre. Dans ses Sentences
(éd. G. Lefèvre, p. 1883, p. 32), Anselme de Laon les
place à ce point de vue sur le même pied que les
moines. Consulté sur la question, Yves de Chartres
répond qu'en principe les réguliers sont plus qualifiés
que d'autres pour diriger les âmes, mais il conseille en
pratique une grande prudence {Epistolae, P. L.,
CLxii, 88 et 216). Les autorités ecclésiastiques ne tar-
dèrent pas à prendre position. Par le 3* canon du
concile de Nîmes, Urbain II confirme à ceux qui
suivent la régula apostolorum et mènent la vita com-
munis le droit d'administrer tous les sacrements
(Mansi, xx, 934). Cette mesure, si elle est authen-
tique, semble viser avant tout les chanoines réguliers.
En 1100, le concile de Poitiers réitère la même pres-
cription (ibid., 1123). Dans une bulle adressée à la
communauté de Colchester, Pascal II s'exprime en-
core de cette manière : Cum autem huic ordini a Pa-
tribus nostris dispensatio Verbi Dei, praedicationis
officium, baptismus, reconciliatio paenitentium semper
crédita fuerit... nos eorum exempta secuii... Patrum
sancita confirmamus (P. L., cxliii, 443). Mais on ne
peut se fier à ce document qui a été au moins partielle-
mont falsifié.
Fort de ces approbations, les chanoines réguliers
ont certainement desservi eux-mêmes les paroisses
dans lesquelles étaient installées leurs communautés
ou qui dépendaient d'eux. Dès 1089, Urbain II
s'adressait en ces termes à l'abbé de S.-Jean-des-
Vignes de Soissons : Interdicimus ne aliquis saecularis
in parochialibus ecclesiis vestris substituatur presbyter
nisi qui ab abbate vestro cum consensu capituli vestri
diocesano fuerit praesentatus episcopo. Vobis autem
claustri vestri canonicos per parochiales ecclesias vestras
liceat ordinare (P. L., cli, 515). Cette mesure sera
reprise dans la suite dans les bulles adressées par le
même pape, en 1093, à S. -Quentin de Beauvais (Anal,
juris pont., v, 1869, p. 532); par Pascal II à S.-Pierre-
mont en 1 102 (Pflugk-Harttung, m, 25) ; par Cahxte II
à Chaumouzey en 1119 et à Cheminon en 1120 (Bul-
laire, éd. LJ. Robert, i, 113 et 183); par Innocent II à
S.-Étienne de Dijon en 1139 (P. L., clxxix, 440).
Eugène III et Alexandre III les reprennent encore
dans les privilèges pour les communautés anglaises de
Osney et Merton (J. C. Dickinson, 220). Ces textes
nous prouvent que les paroisses étaient desservies
tantôt par des réguliers, tantôt par des séculiers choisis
par la communauté. Certains coutumiers, tels ceux de
Marbach, S.-Denys de Reims et S. -Victor, règlent le
statut des foranei, stationarii ou in obedieniiis commo-
i rantes, c.-a-d. des membres des communautés attachés
j à des églises paroissiales (Martène, De anf. rit. EccL,
j III, 279, 298, 371).
Mais c'est surtout en terre d'Empire que la pratique
de la cura animarum par les réguliers semble avoir été
très développée. On voit, p. ex., les archevêques de
Mayence concéder régulièrement le pouvoir de bapti-
ser, de confesser, d'administrer l'extrême-onction, de
prêcher, aux clercs vivant selon la règle de S. Augustin
dans les communautés d'Ettersburg, Bolanden et
Fredelsloh (Stimming, Mainzer Urkundenbuch, 407,
471, 531). Les papes confirment de même des droits
étendus aux monastères de Fraiikenthal, Ilbenstadt et
Schâftlarn (P. L., clxxix, 198, 493, 528). Une enquête
menée par K. H. Schâfer relève des traces d'apostolat
I paroissial à Kaltenborn, Halberstadt, Schifïenberg,
j Wadgassen, Steinfeld, Arnstein, Grâfrath, Hamersle-
j ben, Vessra, etc. (Zeitschr. der Savigny-Stift., Kan.
! Abt., XIV, 1925, p. 161 sq.). Le témoignage de cer-
tains polémistes confirme l'universalité du fait. Dans
son Epistola apologetica, Anselme de Havelberg reven-
j dique le droit à la cura animarum pour tous les cha-
! noines réguliers; seule l'envie peut pousser certains à
le mettre en question (P. L., clxxxviii, 1129). De
même, l'auteur du Dialogus inter Cluniacensem et
j Cisterciensem reproche aux Prémontrés : negant se esse
j monachos quia volunt dici praedicatores et ecclesiae
I redores (Thes. nov. anecd., v, 1616). C'est encore un
auteur allemand, probablement Honorius Augusto-
I dunensis, qui, dans le De vila vere apostolica (P. L.,
CLXX, 631), reproche aux chanoines réguliers d'avoir
j fait de la prédication un élément essentiel de la vita
apostolica.
Lors du concile tenu au Latraii en 1179, Alexan-
j dre III décida, par le 5" canon, que désormais les régu-
I liers non singuli per villas et oppida seu ad quascumque
î parochiales ponantur ecclesias sed in maiori conventu
[ aut cum aliquibus fratribus maneant (Mansi, xxii, 224).
, Dans les bulles adressées à diverses communautés il
i urgea la règle en spécifiant que les églises paroissiales
devaient être desservies par trois ou quatre chanoines,
dont l'un serait investi de la cura animarum (P. L.,
ce, 903; Codex diplomaticus S. -Ru fi, éd. U. Chevalier,
68; Holtzmann, Papsturk. England, ii, n. 169). Il est
difficile de savoir dans quelle mesure cette décision fut
appliquée. Elle devait certainement réduire le nombre
des églises desservies par les réguliers eux-mêmes, car
bien des communautés ne pouvaient fournir un per-
sonnel aussi nombreux à plusieurs jjaroisses. La dis-
tinction entre les chanoines foranei, desservant les pa-
roisses, et ceux qui demeuraient dans le cloître provo-
qua plus d'une fois des difficultés sérieuses, p. ex. à
S.-Jean-des-Vignes de Soissons (cf. Étienne de Tour-
; nai, P. L., ccxi, 354).
La pratique plus intense de la cura animarum dans
certaines régions de l'Empire, comme la Bavière et le
diocèse de Magdebourg, provoqua chez certains réfor-
mateurs des réflexions sur les rapports entre vie active
et vie contemplative. Les résultats auxquels ils arri-
vèrent méritent d'être notés. Pour la première fois
dans l'histoire de la spiritualité chrétienne, nous trou-
j vous en effet une théorie nuancée, où une priorité est
réciproquement accordée aux deux activités. Arno de
Reichersberg et surtout Anselme de Havelberg ont
, élaboré cette doctrine qui prépare celle de la vie
I mixte, développée au xiii« s. par S. Thomas d'Aquin
I (voir surtout Anselme de Havelberg, Epistola apologe-
j tica, P. L., CLXXXVIII, 1132-36).
395
CHANOINKS. LA RÉFORMK GRÉGOKlEiNNE
On peut résumer de la manière suivante l'attitude
très variable des chanoines réguliers à l'égard de la
cura animarum. Pas plus qu'elle ne détermine le choix
de la règle de S. Augustin, sa pratique ne constitue, à
l'origine, un élément essentiel de la profession. Dans
bien des cas, en efïet, le désir de mener une vie retirée
ou les obstacles créés par les droits des anciennes insti-
tutions ont écarté les réguliers du champ de l'aposto-
lat. Par contre, dans les régions dépourvues de pas-
teurs, ils devinrent, au cours du s., les auxiliaires
attitrés des évêques. Appuyés sur l'autorité d'Ur-
bain II et d'Yves de Chartres, ils arguèrent de leur
profession canoniale pour revendiquer le droit à la
cura animarum tout en le déniant aux moines.
P. Mandonnet, S. Dominique, ii, 189 sq. — G. Schreiber,
Gregor VJl., Cliinij, Cîteaiix; Préniontré zu Eigenkirche,
Parocliie, Seelsonjc, dans Zeitscitr. dcr Sav. Stijl., Kan. Abl.,
xxxiu, 1947, p. 151. — J. C. Dickinson, op. ci(., 220 s(i.
5° Les rapports des chanoines réguliers auec les
moines et les séculiers. — 1. Rapports avec les moines. —
Dans le ch. cxiv de la règle d'Aix, les législateurs caro-
lingiens s'étaient efforcés de fixer les rapports entre
clercs et moines. Mais l'apparition conjointe du mona-
chisme de type cistercien et des chanoines réguliers
exigeait une révision complète des solutions tradi-
tionnelles. On en trouve la trace dans les nombreuses
œuvres de spiritualité et de droit canon, qui, à cette
époque, sont consacrées à définir la nature des profes-
sions canoniale et monastique. Ces débats sur l'anti-
quité, la priorité et la dignité des deux ordres peuvent
nous paraître quelque peu puérils. Mais il ne faut pas
oublier que l'enjeu de la discussion n'était pas de défi-
nir une simple supériorité abstraite, mais de régler le
problème crucial du passage ad vitam arctiorem.
La grande diversité des genres de vie religieuse ré-
sultant de l'apparition des ordres nouveaux provoque,
en efïet, à la fin du xi" s., une inquiétude et une instabi-
lité qui affectent surtout les milieux canoniaux. Indi-
viduellement ou en groupe, des chanoines, ayant fait
profession de vie régulière, passent à l'ordre monas-
tique. Quelques exemples choisis entre beaucoup
d'autres permettront de mesurer l'ampleur de ce
mouvement.
Dans le diocèse de Passau qui, dès 1073, devint un
centre important de réforme canoniale, quatre commu-
nautés de chanoines réguliers, Garsten, Seitenstetten,
Melk et Gottweig passent au monachisme (Kehr,
Germ. pont., i-l, p. 219, 225, 227, 234). lien va de même
à Neresheim (dioc. d'Augsbourg) et à Walderbach
(dioc. de Ratisbonne) (ibid., i-2, p. 303 et n-1, p. 102).
Les deux fondations de Hasungen et Eberbach (dioc.
de Mayence) subissent le même sort (Stimming,
Mainzer Urkundenbuch, 257 et 490).
Dans le cadre de la Belgique actuelle, les commu-
nautés de S. -Martin de Tournai, de Ste-Madeleine-en-
risle à Liège, de Bornhem et de Pommerœul sont assi-
milées par l'ancien monachisme, tandis qu'Aulne et
Orval deviennent cisterciennes (U. Berlière, Monasti-
con, passim). En France, S.-Martin-des-Champs de
Paris, Montdidier, S. -Nicolas de Regny et S. -Laurent
d'Heilly (dioc. d'Amiens), S.-Étienne de Nevers, S.-
Médard de Dalon près de Nantes et S.-Georges-l'Ab-
baye (dioc. de Rouen) sont soumis à Cluny ou à un
grand centre bénédictin, tandis que Boulancourt,
Cheminon et Montier-en-Argonne passent aux cister-
ciens (cf. Cottineau).
Les cas de passage individuel ne sont pas moins
nombreux et certains ont laissé des traces dans des
œuvres littéraires importantes. Deux chanoines de S.-
Ruf s'associent à S. Bruno dans la fondation de la
Grande-Chartreuse. Des membres des communautés
de Prémontré, d'Eaucourt, de S. -Victor de Paris et de
Ste-Barbe-en-Auge sont attirés par la vie cistercienne.
Deux augustins flamands se retirent à S. -Berlin, tan-
dis qu'un clerc de S. -Jean de Sens est accueilli à La
Charité-sur-Loire. Un prieur de Hamersleben et des
chanoines de Berchtesgaden passent aussi à la vie mo-
• nastique. Notons enfin les cas d'Adam Scot, qui aban-
1 donne les Prémontrés pour la chartreuse de Witham,
et de S. Waltheof, qui se retire chez les cisterciens (cf.
J. C. Dickinson, 209 sq.).
I Pour remédier à l'instabilité qui afiecte les com-
munautés canoniales, les réformateurs, appuyés par
les autorités ecclésiastiques, prennent des mesures
dont nous retrouvons la trace dans les conciles et les
bulles pontificales. Déjà sous Grégoire VII, le concile
d'Autun s'élève contre la propagande de certains
moines qui s'efforcent de détourner les chanoines régu-
liers de leur profession (Mansi, xx. 801). Mais, dans ce
domaine comme sur plusieurs autres points, c'est Ur-
bain II qui prend des mesures décisives. Dans un pri-
vilège adressé vers 1095 à l'abbé de S.-Ruf, Arbert, il
stipule que nemo alicuius levitatis instinctu vel dis-
trictioris religionis obtentu ex eodem clauslro audeal sine
abbatis totiusque congregationis permissione discedere
(U. Chevalier, Codex diplom. S.-Rufi, 9). Cette formule,
avec le vel districtioris religionis obtentu qui en fait
l'originalité, sera reprise souvent par le même pontife
et par ses successeurs, entre autres par Calixte II, dans
les bulles adressées aux communautés de S.-Étienne de
Cahors, S. -Pierre de Loo, Berchtesgaden et Rolduc
(voir Bullaire, éd. U. Robert, i, 61, 107, 339, et ii, 23).
Dans un document célèbre envoyé aux chanoines de
Berchtesgaden, Innocent II reprendra le même texte
en l'appuyant sur une théorie de l'excellence de
l'ordre canonial (Pflugk-Harttung, ii, 319). Pour donner
plus d'efiicacité à leur décision, les pontifes spécifient
que les transfuges doivent être pourvus de lettres de
recommandation et accordent aux abbés le droit
d'excommunier les réfractaires.
La grande dillusion donnée à la bulle d'Urbain II
— que l'on trouve dans bon nombre de mss. à la suite
des coutumes ou de la règle de S. Augustin et dans les
collections canoniques d'Yves de Chartres et de Gau-
tier de Thérouanne — prouve l'importance que les
réguliers attachaient à ce privilège. Leurs adversaires
s'efforcèrent d'ailleurs d'en limiter la portée en souli-
gnant qu'il ne peut avoir été concédé que dans un cas
particulier et exceptionnel (De vita vere apostolica,
P. L., CLXx, ()60). Pour enlever toute force à cet argu-
ment, les chanoines réguliers n'hésitèrent pas à rédiger
des actes où le même privilège est concédé par
Léon IX et Gélase II à tout l'ordre canonial (cf.
W. Levison, Eine angebliche Urkunde Papst Gela-
sius II., dans Zeilschr. dcr Sav.-Stijt., Kan. Abl.,
VIII, 1918, p. 40).
Tous ces documents sont largement utilisés dans des
œuvres de polémique où le problème des rapports
entre chanoines réguliers et clercs est traité dans toute
son ampleur. Pour résoudre la question du passage, les
adversaires sont, en effet, amenés à traiter de l'origine
et de la nature des deux ordres. Mais, dans le camp des
moines, ce sont surtout les clunisiens, Abclard,
Hugues de Rouen, Rupert de Deutz et ses disciples,
qui se montrent agressifs. Plus que les cisterciens qui,
d'eux-mêmes, renoncent aux biens ecclésiastiques et à
tout exercice de la cura animarum, ils se sentent, en
I effet, visés par les théories des réguliers. Ceux-ci, par la
voix de leurs grands hommes, Arno et Gerhoh de Rei-
chersberg, Anselme de Havelberg. Philippe de Har-
vengt et Lietbert de S.-Ruf, soulignent la priorité de
l'ordre canonial. Préfiguré par Aaron et les lévites de
r.\. T.. l'ordo S. Pétri a été fondé par les apôtres. Par
son antiquité comme i)ar sa dignité, l'ordre canonial
! dépasse donc le monachisme qui, laïc à l'origine, ne
1 reçoit le sacerdoce que par concession, alors que les
CHANOINES. LA KÉFUKME li U É G U R I E iN N E
398
clercs en possèdent toute la plénitude. La vocation des
clercs est donc plus dangereuse, mais aussi plus utile,
car elle unit, à l'exemple de S. Paul et de S. Augustin,
les avantages de la vie active et de la vie contempla-
tive. Passant à l'attaque, les promoteurs de la vie
canoniale stigmatisent la conduite des moines qui, par
orgueil et envie, rendent la vie difficile aux réformés.
Au lieu de prendre la place des clercs, ils devraient,
fidèles aux principes de leur vocation, vivre au désert
dans l'humilité et la pratique du travail manuel (cf.
Philippe de Harvengt, De continentia clericorum, P. L.,
ccni, 771 sq.; Arno de Reichersberg, Scutum canoni-
corum, ibid., cxciv, 1493 sq.; Anselme de Havelberg,
Epistola apologetica, ibid., clxxxviii, 1119).
C'est surtout Rupert de Deutz qui s'est fait le dé-
fenseur de la conception clunisienne du monachisme.
Pour lui, l'essence de la cléricature consiste dans le ser-
vice des autels, que le moine exerce aussi bien que le
chanoine, en y ajoutant la dignité de la profes-
sion monastique. Son sacerdoce vaut celui du clerc et
lui donne des droits équivalents aux biens ecclésias-
tiques et à l'exercice de l'apostolat. Nouveaux venus
dans l'Église et menant une vie moins austère que
celle des moines, les réguliers doivent donc admettre la
légitimité du passage des leurs à la vie monastique (In
regulam S. Benedicti, P. L., clxx, 531; voir aussi le
De vita vere apostolica, ibid., 660 et Hugues de Rouen,
Dialogorum libri, vu, ibid., cxcii, 1217).
Ces discussions d'ordre spéculatif se doublent, dans
certains cas, d'oppositions sur le plan des intérêts tem-
porels. Il n'est pas rare, en effet, de trouver des com-
munautés de réguliers qui, du fait de leurs origines,
sont placées sous la tutelle de grandes abbayes béné-
dictines et, après quelque temps, supportent avec
peine cette sujétion. La longue querelle qui oppose, à
Liège, les augustins de S. -Gilles aux moines de S.-
Laurent offre un cas typique des difricultés de ce
genre (cf. Wibald de Stavelot, Ëpistolae, éd. Jaffé,
Bibl. rer. germ., i, 526 et 589 sq.). L'importance de la
lutte d'idées et d'intérêts entre moines et clercs ne
doit pourtant pas être exagérée. Dans bien des cas, la
paix et la collaboration unissent les deux ordres.
2. Rapports avec les séculiers. — L'attitude intransi-
geante adoptée par des réformateurs comme Hilde-
brand, Pierre Damien et Gerhoh de Reichersberg, à
l'égard de ceux qu'ils appellent les acephali, irregula-
res, proprictarii, saeculares, provoqua dans certains
milieux une opposition assez vive entre les partisans de
la règle d'Aix et les réguliers. Un canon d'un concile
tenu à Francfort en 1130 condamne les critiques exa-
gérées des réformateurs à l'égard de leurs confrères,
tandis qu'Innocent II s'efTorce de protéger les augus-
tins de Hamersleben contre les attaques des séculiers
(P. L., cLxxix, 375). Mais on aurait tort de croire
qu'un antagonisme général divisait les deux camps.
Nous avons vu comment, en bien des cas, les cha-
noines qui n'acceptaient pas pour eux-mêmes la ré-
forme s'efforçaient du moins d'aider les fondations
régulières et s'unissaient à elles par des liens de frater-
nité (cf. supra, 383). Beaucoup d'entre eux, tels Bo-
nizo de Sutri, Meingot d'Utrecht et Raimbaud de
Liège, admettaient sans difficulté la priorité de la vie
commune, tandis que bon nombre de partisans de
cette dernière reconnaissaient, avec les Pères du con-
cile de 1059, la légitimité des deux genres de vie.
La reconnaissance légale et le voisinage perpétuel de
deux disciplines canoniales différentes ne pouvaient
manquer de susciter un certain nombre de problèmes
auxquels les canonistes se sont efforcés de donner une
solution. Les témoignages d'Hildebrand et de fierhoh
de Reichersberg nous prouvent que la lecture de la
règle d'.A^ix constituait pour les chanoines réguliers
une perpétuelle tentation. Pourquoi l'enoncer à la
' propriété privée, puisque l'Église en reconnaît l'usage
légitime aux clercs? Tantôt des communautés entières
abandonnent rapidement la discipline régulière, tantôt
des individus se laissent aller à la prnesumptio parti-
cularitatis. Pour écarter ces dangers, les papes inter-
disent dans leurs bulles de changer l'orrfo établi dans
les communuatés et ajoutent qu'une fois profession
faite il est interdit aux chanoines réguliers de posséder
rien en propre ou d'abandonner la vie commune (cf.
i p. ex. P. L., cLi, 295). Le cas plus compliqué d'un cha-
noine d'Utrecht qui, après avoir fait profession de vie
régulière selon la règle de S. Augustin, à Springiers-
bach, désirait retrouver sa place au chapitre, provo-
qua une longue polémique à laquelle prirent part les
canonistes les plus fameux de la province ecclésias-
tique de Cologne (voir le dossier, éd. P. JalTé, Bibl.
rer. germ., v, Berlin, 1899, p. 366-82).
Il fallait aussi régler le passage des séculiers a la vie
régulière. Quand des liens étroits unissaient deux insti-
tutions comme S. -Julien de Brioude et Pébrac, ou
bien S.-Étienne de Limoges et Aureil, il était souvent
I prévu que les membres des premières communautés
1 désireux de vie plus parfaite pouvaient librement trou-
■ ver place dans les secondes. En outre, les bulles ponti-
ficales accordées à diverses communautés régulières
spécifient qu'aucun évêque ou prélat ne peut s'opposer
à la vocation d'un séculier (cf. p. ex. P. L., cli, 480).
Le seul problème vraiment discuté était de savoir si le
passage d'un chanoine ad vitam arcliorem était licite,
même sans la permission de l'évêque ou des autorités
du chapitre. Avec Urbain II, beaucoup de canonistes
répondaient par l'affirmative, mais, en pratique, la
question restait discutée et parfois des évêques, tel
Lambert d'Arras, menaçaient de peines canoniques les
supérieurs de réguliers qui admettaient, sans leur
assentiment, des chanoines convertis.
Voir pour toute cette partie, .1. C. Dickinson, 209 sq. et
Cil. Dereine, Le statut canonique dex chnnninoi réduliers, à
I piu-aître dans lieu. d'Isixt. eccl.
6° L'organisation des communautés et des congréga-
tions. — La diversité des origines qui marque si for-
tement les usages des réguliers et leur attitude à
l'égard de la cura animarum explique encore dans une
large mesure la variété que l'on rencontre à chaque
pas dans l'organisation de l'ordre. La constitution des
communautés, le titre du supérieur, les relations avec
les autorités ecclésiastiques et la structure des congré-
gations difTèrent en elTet suivant les cas.
; 1. Les communautés. — Si les clercs constituent dans
les chapitres réformés l'unique élément de la commu-
nauté, par contre, dans les fondations spontanées,
érémitiques ou hospitalières, les laïcs, hommes et
femmes, occupent une place importante. La présence
de ces conversi et conversae s'explique par le mouve-
ment de conversion qui pousse des individus, mais
aussi des familles entières, à se mettre à l'école d'un
prédicateur errant ou d'un solitaire. Parfois même, on
l'a vu, les laïcs prennent l'initiative de la fondation,
mais les clercs qui se groupent spontanément autour
d'eux ne tardent pas à prendre, dans la plupart des
cas, la direction de l'ensemble. De là, les nombreux
monastères doubles que l'on trouve un peu partout,
spécialement dans l'ordre de Prémontré. On sait que,
pour Herman de Laon, la conversion d'un nombre
considérable de femmes de toutes classes constitue un
des principau.K titres de gloire de S. Norbert (Mira-
i cula S. Marias Laudunensis, P. L., clvi, 996). De son
côté, Arno de Reichersberg considère comme un carac-
tère « apostolique », et comme un des avantages de la
mediocritas des usages, le fait de ])ouvoir accepter des
femmes et même des enfants ])arnn les convertis
(Scutum canonicorum, P. L., cxciv, 1503).
Dans ces communautés doubles ou même triples.
399
CHANOINES. LA RÉFORME GRÉGORIENNE
400
les rapports entre chanoines et convers ne diffèrent
pas sensiblement de ceux qui régnent dans les monas-
tères bénédictins ou cisterciens. Les premiers vaquent
à l'office divin, dans une mesure variable, à la cura
animarum et au travail manuel, surtout dans les mo-
nastères où Vordo novus est en vigueur. Les seconds se
consacrent entièrement à la culture, l'élevage et les
travaux domestiques ou bien se spécialisent dans la
pratique de l'hospitalité. Par contre, la présence de
sorores conversae pose à la longue des problèmes déli-
cats. Ces femmes ne se vouent pas, à l'origine, au
chant de l'ofTice comme les moniales, mais bien aux
travaux manuels appropriés, tels le tissage, la couture
et le lavage des vêtements. Elles vivent dans une clô-
ture très stricte. Le contact avec l'extérieur se fait
uniquement par une fenêtre, en présence de deux
autres sœurs. Le maintien de cette discipline suppose
une distribution particulière des bâtiments qui n'est
pas toujours réalisée. Avec le temps, le souci de la
réputation et certains abus provoquent une tendance
générale à l'éloignement de la communauté féminine.
Les difTicultés économiques rendent aussi cette
mesure souhaitable, car l'entretien de communautés
souvent nombreuses de conversae devient rapidement
une lourde charge. Le chapitre général de Prémontré
prend une mesure dans ce sens en 11 4L Elle est géné-
ralement appliquée dans les années qui suivent et un
mouvement analogue se produit dans les autres con-
grégations et même dans les monastères doubles
indépendants.
Mais la séparation des communautés pose, elle
aussi, des problèmes délicats. Il faut, en effet, opérer
une distribution équitable des ressources et détermi-
ner le mode d'administration des deux parts. A plus
d'une reprise, les papes ont dû rappeler aux abbés de
Prémontré leurs obligations de justice à l'égard des
sœurs, par lesquelles leur était parvenue la plus grande
partie de leurs biens. Une fois isolées, les sorores se
transforment rapidement en moniales pour qui le
chant de l'ofTice constitue la principale occupation.
Dans bien des cas, le droit de regard conservé par le
supérieur de l'ancien monastère double sur les élec-
tions et l'administration devient la source de conflits
que les autorités ecclésiastiques s'efforcent d'apla-
nir. (Voir, pour tout ceci, les Annales Rodenses,
M. G. H., SS., XVI, 706 sq. et A. Erens, Les sœurs
dans l'ordre de Prémonlré, dans Anal. Praemonslraten-
sia, V, 1929, p. 1 sq.)
2. Les supérieurs des communautés. — Suivant les
régions, les supérieurs de communautés régulières
prennent des titres variés. En France, ils portent géné-
ralement celui d'abbé, déjà en usage dans certaines
communautés canoniales à l'époque carolingienne; en
Italie, celui de prieur, et en Allemagne, celui de prévôt.
Cette variété a des causes diverses. Dans les fonda-
tions érémitiques, une certaine répugnance se mani-
feste à l'égard des usages de l'ancien monachisme et
l'on rejette le terme d'abbé par souci de simplicité
évangélique. Il semble bien qu'en terre d'Empire, le
désir de conserver aux communautés un caractère plus
strictement canonial ait fait préférer le terme de
praepositus. Dans les régions frontières, cette diversité
ne pouvait manquer de provoquer des conflits. Au
nom de l'ancien monachisme, Rupert de Deutz pro-
teste contre l'introduction du titre d'abbé dans les
communautés liégeoises de S. -Gilles et Rolduc (Com-
ment, sur la règle de S. Benoît, P. L., clxx, 526).
Lorsque la coutume s'étend à Springiersbach, le
premier abbé, Richard, se charge de répondre aux
objections du grand clunisien. Notons que certaines
bulles pontificales i)arlent à'abbas vel praepositus;
celle d'Honorius pour Beuron accorde au supérieur le
droit au titre d'abbé et à l'usage de la crosse s'il le juge
bon (P. L., CLXvi, 1313). Ce qu'il faut surtout retenir
de tout ceci, c'est que, chez les chanoines réguliers,
une communauté placée sous la direction d'un prieur
ou d'un prévôt et donc appelée prieuré n'est pas néces-
sairement dans l'état de dépendance juridique que ce
terme indique dans le monachisme. Beaucoup de ces
prieurés augustins ont connu un développement com-
parable en tous points à celui d'abbayes bénédictines.
Elaboré en pleine époque grégorienne par des papes
réformateurs, le statut des chanoines réguliers con-
tient entre autres privilèges celui d'élire librement
leur supérieur secundum timorem Dei et regulam
B. Augustini. Le plus souvent, il est conseillé de choi-
sir celui-ci dans la communauté même et de ne recou-
rir qu'en cas d'extrême nécessité à un étranger (ainsi
Innocent II pour Beuron, P. L., clxxix, 82). Ici en-
core, la diversité des coutumes était la source de
grandes difTicultés, comme le prouve l'histoire de l'ab-
baye de Rolduc, où deux supérieurs choisis à Sprin-
giersbach troublèrent longtemps le bon ordre en vou-
lant introduire les usages de leurs monastères (Ann.
Rodenses, M. G. H., SS., xvi, 706-07). Là où l'évêque a
joué un rôle important dans la fondation, il se réserve
parfois le droit d'y intervenir. Des chapitres séculiers
ayant participé à la fondation exerçaient, eux aussi,
on l'a vu, un certain contrôle (cf. G. Schreiber, Kurie
und Kloster in XI i. Jhl, ii, 331).
3. Les relations avec les autorités ecclésiastiques. —
Dans ce domaine encore, la diversité la plus grand^
règne parmi les chanoines réguliers à cause de la va
riété des origines. Les communautés issues de ré
formes proprement dites conservent normalement 1
statut de l'ancienne institution. Ainsi à Aulne (dioc. de
Liège), le supérieur des réguliers doit continuer à rem-
plir auprès de l'évêque de Liège l'office de chapelain,
comme l'avaient fait ses prédécesseurs séculiers (cf.
Miraeus et Foppens, ii, 823). Par contre, lorsque
l'évêque réformateur a pris l'initiative d'une fonda-
tion ou a du moins participé dans une large mesure à
son organisation, il établit le plus souvent des liens
assez étroits entre la communauté et l'autorité dio-
césaine. Ainsi Hugues, évêque de Grenoble, spécifie
que les chanoines réguliers de S. -Georges obedientes et
subiecti existant nobis et successoribus nostris tamquam
canonici proprio episcopo (Cartulaire de Grenoble, éd.
J. Marion, 138-39). A S. -Quentin de Beauvais, l'évêque
fondateur Guy avait conservé un droit de regard sur
les élections de la communauté. Les évêques de
Bayeux et de Liège agissent de même pour le Plessis-
Grimoult et Géronsart; Yves de Chartres intervient
également de manière assez constante dans l'adminis-
tration de S.-Jean-en-Vallée (cf. P. L., clxiii, 104 et
CLxxxx, 1462). Ailleurs, les évêques se réservent au
moins le droit de surveillance, à l'exclusion de leurs
officiers subalternes. Ainsi, en 1142, l'évêque de Liège,
Albéron II, spécifie pour Géronsart que, ut more
aliarum ecclesiarum in quibus regulariter vivitur, prior
nulli personae nisi nobis et successoribus nostris...
responderet (cf. Anal, pour hist. ceci. Belgique, iv,
1867, p. 465). On trouve une mesure analogue de l'ar-
chevêque de Mayence pour Schwabenheim en 1130
(Stimming, Mainzer Urkundenbuch, 438). Parfois
même, certaines communautés jouissent de l'exemp-
tion de la juridiction archidiaconale.
Toutes les circonstances que nous venons de rappe-
ler expliquent aussi, dans une large mesure, le fait que
les réguliers n'ont obtenu que très rarement l'exemp-
tion de la juridiction épiscopale (cf. G. Schreiber,
Kurie und Kloster in xii. Jlit, i, 101-05, 171, 238).
4. Les congrégations de chanoines réguliers. - On a
vu comment, à l'origine, les communautés régulières
se sont formées par suite d'initiatives multiples, en
ordre dispersé. Leur développement fut en partie
401
CHANOINES. LA RÉF
OJUIE GRÉGORIENNE
402
compromis par le nombre même des fondations et par
la concurrence des autres ordres monastiques, tel Cî-
teaux, alors en plein essor. Lorsque, vers 1110,
Hugues de Fouilloy entre au prieuré d'Heilly, celui-ci
ne compte que sept frères, quatre chanoines et trois
convers, qui n'avaient pas assez de biens pour entre-
tenir une charrue (H. Peltier, Hugues de Fouilloy,
dans Rev. du Moyen Age lut., ii, 1946, p. 29). Telle
devait être la situation dans un grand nombre
d'autres monastères qui, au cours de leur histoire,
soulïrirent toujours de la ienuitas de leurs ressources.
Pour eux, le seul moyen de survivre était de s'afTdier à
un organisme plus vigoureux.
Ainsi se formèrent progressivement autour de
centres plus importants, tels que S.-Ruf, S. -Quentin de
Beauvais, Arrouaise, Rottenbuch, S. -Victor, Sprin-
giersbach. Prémontré, etc., les grandes congrégations
de chanoines réguliers. Le rayonnement de la person-
nalité de leur fondateur et la renommée de leur ordo
contribuèrent tout autant que les difficultés d'ordre
temporel à rassembler autour de la maison centrale un
grand nombre de dépendances. Outre cet accroisse-
ment par afTiliation, elles essaimèrent bientôt en en-
voyant de tous côtés des colonies. Pour donner de la
cohésion à l'organisme ainsi constitué, les législateurs
établirent des constitutions communes en se basant,
dans la plupart des cas, sur l'exemple donné par les
cisterciens dans la carta caritatis. Ici comme là, le
grand instrument- de l'unité fut le chapitre général
réuni tous les ans à l'abbaye-mère. Nous le voyons
fonctionner à Prémontré, S. -Victor, Springiersbach et
dans les congrégations diocésaines d'Halberstadt et de
Worms (cf. G. Schreiber, op. cit., ii, 326). Dans bien
des cas, son action centralisatrice ne réussit qu'avec
peine à contre-balancer les forces de dispersion. Le
grand nombre d'affiliations, le développement extrê-
mement rapide et la diversité des coutumes ne pou-
vaient que contribuer au maintien d'une certaine auto-
nomie, au moins dans le détail de la discipline.
7° Les chanoines réguliers dans l'Église au Xii" siècle.
— Aux yeux des profanes et même de beaucoup d'his-
toriens, le xii« s. est celui de S. Bernard et de Cîteaux.
Sans vouloir rabaisser le moins du monde la gloire et
les mérites du grand Docteur et de son ordre, il im-
porte, si l'on veut se faire une idée exacte de l'époque,
de placer à côté d'eux les chanoines réguliers. Rappe-
lons seulement quelques faits qui permettront d'esti-
mer plus exactement le rôle joué par eux en des do-
maines très variés.
Quatre papes du xii« s., Honorius H, Innocent II,
Lucius II et Adrien IV, ont été formés dans les com-
munautés régulières de Ste-Marie-de-Rheno, du La-
tran, de Ste-Croix de Jérusalem et de S.-Ruf. Nom-
breux aussi sont les cardinaux, légats et évêques sor-
tis des rangs des disciples de S. Augustin et qui, par
leur science et leur sainteté, ont puissamment secondé
les papes dans leur œuvre de réforme. Parmi les prin-
cipaux collaborateurs d'Urbain II, de Pascal II et
d'Innocent II, nous trouvons Yves de Chartres, Oldé-
gaire de Barcelone, Gautier de Maguelone, Conon de
Préneste et Norbert de Magdebourg. Seule la mort
prématurée de ce dernier l'empêcha de jouer un rôle
comparable en tous points à celui de S. Bernard.
A côté de ces étoiles de toute première grandeur, on
trouve encore bien des prélats qui travaillèrent à la
réforme, dans le cadre de leur diocèse : Ramon de
Roda-Barbastro, Bertrand de Barcelone, Bernard de
Tarragone et Gaufred de Tortose, formés à S.-Sernin
de Toulouse et à S.-Ruf, agissent dans l'Espagne du
Nord et dans les territoires repris sur les Maures. De
même, Anselme de Havelberg, Evermode et Isfrid
de Ratzebourg évangélisent les Wendes. Jean de War-
neton et Milon, prémontré, rétablissent la paix et la
discipline ecclésiastique dans le diocèse de Thé-
rouanne. Citons encore l'action de Gérard d'Oulx,
devenu évêque de Sisteron, Guillaume de Champeaux,
év. de Châlons-sur-Marne, Ayrald de Grenoble, év. de
Maurienne, Lambert de la Couronne, év. d'Angou-
lême, Giraud et Béranger de Cassan, devenus év. de
Béziers et d'Agde, Godescalc du Mont-S. -Martin, év.
d'Arras, Guillaume Corbeil, archevêque de Cantor-
béry, et Robert de Béthune, év. d'Hereford, Laurent,
év. de Dublin, Jean de Guicamp, év. d'Aleth et de
S.-Malo, Hartmann de Klosterneubourg, év. de
Brixen, Guérin de Mortara, év. de Préneste, Albert,
patriarche de Jérusalem et organisateur du Carmel,
Jacques de Vitry, disciple de Marie d'Oignies et év. de
S.-Jean-d'Acre, etc. Notons enfm le rôle joué dans la
réforme de l'Église par des personnages de la taille de
Manegold de Lautenbach et Gerhoh de Reichersberg.
Dans certaines régions, comme la Catalogne et
l'Aragon, les provinces ecclésiastiques de Reims, Co-
logne, Trêves, Constance, Salzbourg et Magdebourg,
comme aussi en Terre sainte, les chanoines réguliers
dépassent les cisterciens par le nombre des commu-
nautés et la rapidité de l'expansion. Dans ces monas-
tères aux origines les plus diverses, la sainteté fleurit
non seulement parmi les chanoines, mais aussi chez les
convers et converses. A côté des prélats déjà cités,
tels qu'Oldégaire de Barcelone, Jean de Warneton,
Jean de S.-Malo et Laurent de Dublin, qui furent
canonisés, nous trouvons ceux que l'on a appelés ré-
cemment 11 les héros du mouvement apostolique » : des
fondateurs ermites comme Gautier de L'Esterp, Gaus-
bert de Mont-Salvy, Gaucher d'Aureil, Ailbert de Roi-
duc et Garembert de Mont-S. -Martin; des organisa-
teurs comme Hugues de Fosses et Guillaume d'Eskill;
des curés comme Frédéric de Feikome; des chanoines
comme Herman Joseph, le Juif converti de Steinfeld;
des seigneurs comme Godefroid de Cappenberg et
Louis d'Arnstein ; des converses comme Ode de Bonne-
Espérance, Mathilde de Diessen, Herluque de Bern-
ried et Marie d'Oignies. Chez beaucoup d'entre eux,
apparaît déjà cette dévotion tendre à l'humanité du
Christ et à la Vierge qui prendra son plein développe-
ment dans la spiritualité franciscaine (cf. F. Petit, La
spiritualité des Prémontrés aux .xn" etxiii^s., Paris,
1947, p. 65 sq.).
Indépendamment même de ces fruits extraordi-
naires de sainteté, la réforme a provoqué un relève-
ment considérable des mœurs du clergé. Pour juger
équitablement des résultats obtenus, il faut tenir
compte non seulement des difTicultés inhérentes à une
telle entreprise, mais encore du fait que jamais la vie
commune n'a été imposée par l'autorité ecclésiastique.
Voilà pourquoi le nombre des anciennes institutions
atteintes par la réforme est relativement peu élevé.
Mais, par contre, son action sur les individus ne saurait
être exagérée. Des milliers de clercs ont abandonné
leurs prébendes et une vie parfois peu édifiante, pour
mener la vie apostolique et suivre, pauvres, le Christ
pauvre. Leur exemple a certainement contribué à
relever le niveau général des mœurs canoniques, même
chez ceux qui ne suivirent pas le mouvement.
Bien des études particulières seront nécessaires pour
apprécier exactement les résultats atteints par la ré-
forme canoniale. Mais, dès maintenant, nous pouvons
mesurer la part qu'elle a prise dans le mouvement des
idées aux xi<' et xii» s. La formation de la théorie sur la
vie commune chez Hildebrand, Pierre Damien et An-
selme de Lucques est le plus pur produit de l'esprit
grégorien : réaction contre la coutume et la législation
carolingiennes; lutte contre le désordre et la confusion
introduits par elles dans la structure de la société chré-
tienne; retour à la tradition de l'Église primitive
— tous les traits essentiels de la mentalité réforma-
40:; CHA^Oll^ES. la kéfo
trice, avec sou radicalisme et ses vues quelque peu
subjectives, s'y trouvent nettement marqués dès l'an-
née 1059. Le développement de l'idéal canonial par
Urbain H, Yves de Chartres, Philippe de Harvengt,
Anselme de Havelberg, Arno et Gerhoh de Reichers-
berg marque une étape importante dans l'histoire de
la spiritualité. Aux problèmes des rapports entre
clercs et moines, entre vie active et contemplative, ils
apportent des solutions originales qui préparent celles
des théologiens du xiii"= siècle.
Dans le domaine plus largement compris de la vie î
religieuse et de la théologie, les chanoines réguliers ont !
encore rendu de grands services. Faut-il rappeler ;
l'œuvre de Richard et Hugues de S. -Victor et des j
autres maîtres de cette école trop peu étudiée? Par I
son De claustro aninuie, Hugues de Fouilloy se rendit ,
non moins célèbre dans les communautés canoniales et j
monastiques. Par ses trois livres de dialogues. An- j
selme de Havelberg vulgarise les idées de Grégoire de |
Nazianze sur le développement du dogme, tout en ré- j
futant les objections des orientaux. Gerhoh de Rei-
chersberg prit part lui aussi aux discussions théolo-
giques de son temps.
.J. de Ghellinck, L'essor delà littérature latine au A//" s.,
table. — .J. C. Dickinson, op. cit., 18.5. — G. Schreiber,
Praernonslratenserkiiltiir des XII. Jht, dans Anal. Prae- 1
monstratensia, xvi, 1940, p. 41-107. — Pli. Delhaye, L'orga-
nisation scolaire au XII' s., dans Spéculum, v, 1947, p. 241-
47. — .J. Chàtillon, Le contenu, l'authenticité et la date du i
« Liber exceplionum » et tles « Sermones centum » de Richard
de Saint-Victor, dans Hev. du Moyen Age lat., iv, 1948, !
p. 23-52 e( 343-66. — A. Cordoliani, Note sur un auteur peu 1
connu, Gerland de Besançon, ibid., i, 1944, p. 411 sq. — |
F. Pelster, Die anonyme Verteidigung der Lehre Gilberts i
uon Poitiers..., dans Sludia Medievalia in hon. R. Martin,
Bruges, 1918, p. 113-46. 1
Nous avons déjà signalé plus haut le rôle joué par les
chanoines réguliers dans l'organisation des routes de 1
pèlerinages, spécialement dans celle de S. -Jacques de !
Compostelle. Notons encore leur influence dans le do- i
maine de l'art. S.-Sernin de Toulouse, S.-Jean-des-
Vignes de Soissons, Airvault, La Couronne et S.-Ruf
d'Avignon devinrent des centres importants d'archi- j
lecture, tandis que Neufmoustier, près de Huy, et j
Oignies, abritèrent les grands orfèvres mosans, Renier
de Huy, Godefroid de Claire et Hugo d'Oignies.
Les faits rassemblés au cours de cette enquête per-
mettent de mieux saisir la portée des considérations
faites plus haut à propos des origines des chanoines
réguliers. La connaissance de la doctrine des réforma-
teurs nous empêche de considérer leur œuvre comme
une simple tentative de « monachisation » du clergé,
quelle que soit l'importance des emprunts faits aux di-
verses législations monastiques. Par contre, nous
avons constaté que la cura animarum, dont l'exercice
par les réguliers est loin d'être systématique, ne consti-
tue pas un trait essentiel de leur profession. Quant
aux motifs qui déterminent le choix de la règle de
S. Augustin, ils varient suivant que l'on entend par
cette formule la Régula tertia ou l'Ordo monasterii. Les
partisans de ce dernier y trouvent une justification de
leur ascétisme extrême, tandis que les promoteurs de
la première y voient une explication de leur idéal de I
vita apostolica. Cette expression sans cesse reprise par
les réguliers nous donne vraiment la solution du pro-
blème. Mais, pour en saisir la signification, il faut se
rappeler la grande inquiétude religieuse du xi« S., la i
lutte pour le bon ordre et le retour aux traditions de !
l'Église primitive qui forment les traits essentiels de la |
mentalité grégorienne. Tout comme le moine veut
retrouver au delà de toute adaptation la discipline des
Pères du désert ou la lettre de S. Benoît, de même le i
chanoine rejette la législation d'Aix et reprend la vie i
comnunie stricte adoptée, pense-l-il, aux origines de
KME (i H EGO RI EN ni: 'i04
l'ordre, à l'exemple des apôtres et des premiers chré-
tiens. Le même esprit de fidélité à la tradition le
pousse à reviser les autres points de la discipline,
entre autres la liturgie.
Mais cet idéal canonial qui, à l'origine du moins, ne
compte pas l'exercice de la cura animarum comme un
élément essentiel, est-il vraiment original? Ne faut-il
pas admettre avec l'auteur du Dialogus inter Clunia-
censem et Cisterciensem que, malgré leur prétention,
les chanoines réguliers ne sont que des moines? Telle
n'était certes pas la pensée d'Urbain II lorsqu'il inter-
disait le passage ad vitam arctiorem, ni celle des promo-
teurs de la vie canoniale dont nous avons analysé les
œuvres. Pour comprendre leur position, il faut,
croyons-nous, se placer dans la perspective d'une
église entièrement « apostolique ». En face d'un mona-
chisme de type cistercien, retiré au désert, adonné au
travail manuel et refusant les biens ecclésiastiques ou
séculiers, les chanoines, observant la vie commune
stricte, y auraient trouvé une place définie et nette-
ment différenciée. Mais, en réalité, la réforme aboutit
à la juxtaposition des chanoines séculiers et réguliers,
des moines blancs et noirs. En face de ces derniers qui
prétendent unir la plénitude du sacerdoce à la profes-
sion monastique, les clercs fidèles à la uita apostolica
n'offraient pas une grande originalité, si ce n'est dans
le mode d'habillement et la manière de clianter l'of-
fice — deux points d'ailleurs très importants aux yeux
des médiévaux. Cette complexité de la vie spirituelle
et la diversité des coutumes canoniales ont certaine-
ment contribué à affaiblir, dans la seconde moitié du
xii« s., l'originalité de la réforme dont les premiers pro-
moteurs avaient un sens très aigu. Mais, au cours des
siècles suivants, plusieurs mouvements religieux trou-
veront encore dans la vie canoniale régulière la for-
mule de spiritualité adaptée à leurs besoins. Au
xiii« s., le Val-des-Écoliers, les Croisiers belges et
d'autres congrégations font revivre l'érémitisme, tan-
dis que S. Dominique organise dans le même cadre ses
Prêcheurs. Plus tard encore, le Latran en Italie,
Chancelade et Ste-Geneviève de Paris, Windesheim
et Groenendael, centres de la mystique des Pays-Bas,
reprendront les traditions canoniales du xi« siècle.
Bibliographie. — Elle a déjà été dressée en grande par-
tie dans les articles déjà cités du D. A. C. L., du D. D. Can.
et du D. de Spir. — Parmi les anciens ouvrages, il faut sur-
tout retenir : E. Amort, Vêtus disciplina canonicorum
saecularium et regularium, Venise, 1747. — [A. Lelarge], De
ordine canonicorum disquisitiones, Paris, 1697. — J. \.
Zunggo, Hisloria generalis et spccialis de ordine canonicorum
regularium S. Augustini Prodromus, Tiguri, 1742, 2 vol. —
Des listes précieuses de cartulaires des cathédrales et collé-
giales sont fournies par A. Hauck, iv, in ftne, pour l'Alle-
magne, et par E. Lesne, Hist. de la propriété ecclés. en
France, vi. Églises et monastères centres d'accueil..., LiUe-
Paris, 1943, in fine, pour la France. — Parmi les travaux
déjà cités, voir, pour leur portée générale : .J. C. Dickinson,
The origins oj the Austin canons and their introd. inio
England, Londres, 1950. — E. Fournier, Nouv. rech. sur les
curies, cliapitres et universités de l'ancienne Église de France,
Arras, 1942. — L. Hertling, Kanoniker, Auguslinerregel,
Augustinerorden, dans Zeitschr. fur kath. Théologie, un,
1930, p. 335-69. — L. Levillain, Études sur l'abbaye de
S.-Denys à l'époque mérovingienne, dans Bibl. de l'École
des chartes, lxxxvi, 1925, p. 5-99. — E. Lesne, Ilist. de la
propriété ecclés. en France, dans Mém. publ. par la Fac.
cath. de Lille, fasc. 6, 19, 30, 34, 44, 46, 50, 53, Lille-Paris,
1910-43. — J. P. Llamazares, Clerigos y monjes, Léon,
1934. — P. Mandonnet, M. -H. Vicaire et R. Landner,
S. Dominique, l'idée, l'homme et l'œuvre, ii, Paris, 1937. —
A. Poeschl, Bischofgut und « nwnsa cpiscopalis », Bonn,
1908. — H. Schaefer, Pjarrkirchc und StiH im M. A.,
dans Kirchenrechtl. Abh., fasc. 3, Stultgart, 1903. — G.
Sclireiber, Kurie und Kloster im XIT. Jht, ibid., fasc. 67-
68, Stuttgart, 1910. J. Wirgt-s. J)ie Anfànge der Augus-
tincr-Chorherren.... Diss., Betzdorf, 1928. — On trou-
vera une bibliographie courante dans les AnalecUi Prae-
4U5 CHANOINES
monsiratensia, Tongerloo, depuis 1925, et dans Ordo canoni-
cus, Rome, depuis 1947.
Ch. Dereine.
CHANT AL (AiMON de). Voir Aimon de Chal-
LANT, I, 1192.
CHANTAL (Jeanne-Françoise de). Voir
Jeanne-Françoise de Chantal (Sainte).
CHANTELLE (S.-Vincent), Cantella, dioc. de
Clermont, aujourd'hui Moulins (Allier), sur la Bouble.
En 937, Ainaud et sa femme Rothilde fondèrent en
l'église de S.-Vincent à Chantelle un monastère qu'ils
donnèrent aux chanoines réguliers de S. -Pierre
d'Évaux. Cette église, ancienne, est déjà mentionnée
par Sidoine Apollinaire (fin du v« s.). Il ne semble
pas qu'avant d'avoir été confiée aux chanoines régu-
liers elle ait été occupée par des bénédictins, comme
on l'a cru. Le monastère ne fut d'ailleurs organisé en
prieuré qu'au xii« s. et ses religieux ne furent jamais
nombreux. — Réuni au collège des jésuites de Mou-
lins en 1612, il reçut, en 1644, la réforme des chanoines
réguliers de la Congrégation de France. Il fut vendu
comme bien national en 1794 et, en 1853, cédé aux
bénédictines de Pradines, qui y établirent une fon-
dation, érigée en abbaye en 1890.
L'église du xiii« s. et une partie du cloître des xi"
et XV* s. sont conservées.
Baunier-Besse, Abbages et prieurés..., v, 108. — Benne-
tôt, Chantelle et son monastère, Roanne, 1892. — Boudant,
Hist. de Chantelle, 1862. — Cottineau, i, 692. — M. Fazy,
M. Génermont, Un millénaire en Bourbonnais. Le prieuré
de S.-Vincent de Chantelle et l'abbaye de Chantelle, dans
Bull, de la Soc. d'émul. du Bourbonnais, xl, 1937, p. 173-
212. — P. Flamant, Le premier seigneur de Bourbon et la
charte de fondation de Chantelle. — Gall. christ., i, 66; ii,
35, 254; Instr., 6. — P. Delattre, Les établissements des
Jésuites en France depuis quatre siècles, fasc. v, Wetteren,
1949, col. 1284-88.
R. Van Uoren.
CHANTELOU (Claude), bénédictin de la con-
grégation de S.-Maur (t 1664). Voir D. T. C, ii, 2215.
CHANTEMERLE (Abbaye S.-Serein de). Con-
nus Merulae, cant. de Sézanne, dép. de la Marne, an-
cien dioc. de Troyes, aujourd'hui de Chàlons-s. -Marne.
Cette ancienne cella, connue par la Vie légendaire de
S. Serein (vii« s.?) et mentionnée en 826 dans une
translation de S. Sébastien, ne réapparaît dans l'his-
toire qu'en 1135, date à laquelle les chanoines de la
collégiale établie entre temps adoptent la règle de
S. Augustin. La nouvelle communauté, placée sous la
dépendance de l'évêque de Troyes, bénéficie des lar-
gesses des comtes de (Champagne et de la protection du
pape Alexandre III qui, en 1165, confirme le statut et
les biens de l'abbaye (Jafïé, 11176). Dès 1156,
Adrien IV était intervenu pour aplanir le différend
surgi entre les chanoines et les moines de Moustier-la-
Celle (Meinert, Papsturkurjden, nouv. sér., i, 49).
Le manque presque total de documents, constaté
déjà en 1610 par l'historien du dioc. de Troyes, Camu-
zat, ne permet pas de retracer l'histoire ultérieure de
l'abbaye qui fut unie en 1640 à S. -Loup de Troyes et
avec cette dernière à la Congrégation de France en
1650. Toutefois, en 1682, J. Cousinet relève dans l'obi-
tuaire la liste des abbés et entre en relation avec Pape-
broch au sujet de la vie et du culte de S. Serein.
Liste des abbés (d'après Gall. christ., xii, 593) :
Girard, 1155. — Ponce, 1163. — Grégoire, 1165. —
Guibert, 1185. — Thibaut, 1210. — Henri, 1218. -
Jean I", 1223. — Jean II, 1239. - Guy, 1242. —
Henri, 1259. — Nicolas 1", 1267. - Pierre I", 1325.
Robert, 1326. — Nicolas II, 1332. — Jean III, 1347.
- - Thibaut, 1384. Pierre II, 1399. - - Gilles I",
— LHAOSHIEN 4UU
1411. Jean IV, 1416. ■ Michel I", 1417. —
GiUes II, ? — Jean V, 1473. — Julien le Mayrat, 1491.
— Jean VI Chenier, 1516. — Sébastien Soniielon, ? —
Michel II, 1569. — Jean VII, 1632. — Ferry de
Choiseul, commendataire, 1625. — Gilbert de Choi-
seul, 1631. — Robert le Blanc, ? ■ — Louis Bourgeois
d'Heauville, 1680. — Henri de Briquerille, 1706. —
De Montenoy, 1760. — De Cicé, 1789.
Archives du dép. de l'Aube, H, quelques pièces. — Bibl.
Ste-Geneviève, mss. 12S0 et 727. — Beaunier-Besse,
Abbayes et prieurés..., vi, 144. — Gall. clu-ist., xii, 592-93. —
Vita S. Sereni, éd. des A. S., oct., i, 345 (= B.H. L., 7592).
1 — Mabillon, Annales O. S. B., Il, ann. 826. — N. Camuzat,
Promptuarium sacrum antiquitatum Tricassinensis dioc,
\ Troyes, 1610.
Ch. Dereink.
CHANTEUGES, Cuntoyilum, autrefois dioc. de
j S.-Flour, aujourd'hui du Puy; cant. de Langeac, arr.
I de Brioude (Hte-Loire), au confluent de l'Allier, de la
Desges et de la Fioule. En 936, Cunibert, prévôt de
Brioude, y établit, avec l'agrément de Raymond,
comte de "Toulouse, une abbaye de bénédictins sous le
titre des SS. -Julien (de Brioude)-et-Marcellin. Elle fut
soumise en 1137 à la Chaise-Dieu, mais cette appar-
tenance fut souvent contestée par Brioude. Aujour-
d'hui des bâtiments claustraux snbsiste l'église du
xii« s. avec sa façade du xvi".
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., v, 277. — Bréhier,
Origines de l'archit. romane en Auvergne, dans Reuue Mabil-
I Ion, XIII, 22. — A. Bninereau, Chanteuges, son hist., ses mo-
I numents, dans AUuanach de Brioude et de son arrondisse-
! ment, 7' ann., 1926, p. 107-28. — Chevalier, T. B., 653. —
Cottineau, l, 693-94. — Gall christ., u, 334, 346, 436-37. —
j Grellet, Chanteuges, son hist., ses antiq. et ses traditions, dans
j Annales Soc. agric, x. Le Puy, 1839, p. 273. — Mabillon,
i Annales O. S. B., m, 433, 707. — Devic-Vaissete, Hist. gén.
' de Languedoc, v, 17], 188, 699.
R. Van Doren.
CHANTOIN (S.-Piehre de), Cantabennum ou
Cantonium, à Clermont, dioc. de Clermont. Grégoire de
Tours nous a gardé le souvenir d'une crypte de Chan-
toin, où fut enterré au début du iv* s. Ubricus, et d'un
j oratoire élevé sur elle à la lin du v<=. Nous ne connais-
; sons rien de l'histoire du monastère de moniales qu'y
j installe au vii« s. S. Genès, évêque de Clermont. A la
I fin du xii"^ s., maître Alfred y place une communauté
de chanoines réguliers qu'il unit bientôt à la célèbre
abbaye de Pébrac, fondée un siècle auparavant par
S. Pierre Chabanon. En 1219 et 1229, Robert, évêque
de Clermont, encourage par des indulgences la généro-
sité des fidèles à l'égard de la nouvelle fondation et
précise son statut de dépendance à l'égard de Pébrac.
L'histoire de Chantoin se confond avec celle de cette
maison jusqu'au milieu du xvii"' s. A cette date, les
revenus de la mense abbatiale sont unis à ceux de
Notre-Dame-du-Port et une communauté de carmes
déchaux est installée dans le monastère jusqu'à la
Révolution. Au xix« s., les missionnaires diocésains
occupent la maison.
Line chronique très brève contenant des renseigne-
ments d'ordre politique a été rédigée à Chantoin, pro-
bablement au xiii'^ s., et éditée partiellement par Bou-
quet, Recueil des hist. de France, x, 169.
Bibl. de Clermont, ms. 672, fol. 1-12. — Grégoire de
Tours, Hist. Francorum, 1. I, c. xxxix; II, xxi. — Beau-
nier-Besse, Abbayes et prieurés..., v, 108. — Gall. christ., ii,
j 245; Instr., 124. — Cohadon, Becherches hist. sur Cluuitoin,
! dans Tablettes /lis/., m, .529. — Pour plus de détails, voir Colti-
j neau, i, 694.
' Ch. Dereine.
CHAOSHIEN, Tchaoshien, ville du Hopeh
(Tchély), préfecture apostolique, est détachée de
Chengting le 18 mars 1929, devient vicariat aposto-
lique le 11 jaiiv. 1932, est érigé en évèché suflraganl de
Pékin le 11 avr. 1946. Il est confié au clergé indigène.
407
CHAOSHIEN
GHAPEAVILLE
40S
En 1934 : 35 856 catholiques; 5 393 catéchumènes; I
25 prêtres.
Évêque : Jean Tchang, préf. ap., 1929; vie. ap.,
1932; év., 1946.
L. Van Hee.
CHAPDELA INE (Auguste), né le 6 janv. 1814,
neuvième enfant d'une famille normande qui avait
caché des prêtres sous la Révolution. Obligé de tra-
vailler aux champs, il dut attendre sa vingtième an-
née avant de commencer le latin. Admis au grand sémi-
naire de Coutances en 1839, il y devint le « bon et saint
Chapdelaine ». Prêtre en 1843 et quelque temps vi-
caire, il aimait la retraite et l'étude. Très austère, il
jeûnait le vendredi et le samedi.
Entré aux Missions étrangères à trente-sept ans, il
part d'Anvers en mai 1852 et atteint Hongkong en
1853. En 1854, il est au Kwangsi. A peine arrivé à
Silin, il est arrêté, puis relâché. Bon nombre de fa-
milles embrassent la foi. Pendant la persécution il se
cache chez un vieux néophyte. En févr. 1856, les satel-
lites arrivèrent à Yaochan. Furieux de ne pas trouver
l'Européen, ils battent les femmes, pillent le village et
arrêtent la catéchiste, Agnès Ts'ao. Le matin du
25 févr., des mandarins se présentent, suivis de deux
cents soldats. Le missionnaire est arrêté avec quatre
chrétiens. Au prétoire, le sous-préfet lui fait infliger
trois cents coups de bambou, mais les bourreaux ne
s'arrêtent que lorsque le corps est tout ensanglanté.
Jusqu'au lendemain soir, Ch. reste à genoux sur des
chaînes de fer tendues, maintenu au moyen de cordes
qui le tiennent suspendu par les pouces et les cheveux.
Le 26, il reçoit trois cents coups de semelle sur les
joues. Attribuant le silence du martyr à un sortilège,
le juge fait égorger un chien pour lui verser le sang
tout chaud sur la tête — stupéfaits du courage des
missionnaires, attribuant leur force d'âme à des pro-
cédés magiques, plus d'une fois les mandarins les arro-
sèrent avec du sang de chien : c'est que le sang du chien
(du chien noir surtout) était considéré comme antidote
de la magie. — Chapdelaine mourut le 4 mars 1856.
L. Van Hee.
CHAPEAVILLE (Jean), théologien et histo-
rien, né à Liège le 5 janv. 1551, t à Liège le 11 mai
1617. J. Chapeaville, ou Chapeauville, élève des uni-
versités de Cologne et de Louvain, où il obtint en 1576
sa licence en théologie, fut ordonné prêtre, puis nommé
en 1579 curé de S. -Michel à Liège et, en 1582, chanoine
de S. -Pierre dans la même ville et inquisiteur épisco-
pal. En 1585, le nonce de Cologne, Bonomi, lui obtint
les fonctions d'examinateur synodal et, en 1586, Sixte-
Quint lui conféra à la cathédrale de Liège une pré-
bende de chanoine pénitencier. En 1592, Chapeaville
assuma la présidence du grand séminaire de Liège; en
1598, il devint vicaire général, scelleur et conseiller pri-
vé; en 1599, prévôt de S. -Pierre et, en 1600, archi-
diacre de Famenne. Il fut inhumé dans l'église de Ste-
Gertrude, à Liège.
Chapeaville est surtout célèbre par ses Gesta pontifi-
cum, recueil de chroniques liégeoises, compilation in-
telligente continuée par Chapeaville lui-même. Il eut le
mérite de chercher les meilleurs manuscrits et d'éditer
les textes avec science et bonne foi. Pour l'histoire du
xvi'5 et du xviie s., il se montra bon historien, généra-
lement bien informé et faisant preuve d'un certain
souci de critique historique.
Comme théologien et fonctionnaire ecclésiastique, le
rôle de Chapeaville ne fut pas moins considérable. On
retiendra surtout la part qu'il prit à la fondation et à
l'organisation du séminaire de Liège, ainsi qu'à la mise
en pratique du concours pour la collation des cures.
Hn outre, il fit paraître plusieurs traités de théologie
morale dont on trouvera la description dans la liste
bibliographique qui suit.
De l'homme, nous savons peu de chose, si ce n'est
qu'il fut un des partisans les plus sincères de la réforme
catholique, un bienfaiteur héroïque des pestiférés et un
guide énergique pour le clergé.
Œuvres. — Tractatus de necessilate et modo admi-
nistrandi sacramenta tempore pestis, Liège, 1586, in-8";
Mayence, 1612, in-8°; Cologne, 1623, in-8''; Louvain,
1637, in-12; Strasbourg, 1680, in-12. — Petit traité des
vices et des vertus, desquels est faicte mention ès évangiles,
Liège, 1594, in-4'>; réimprimé en 1595 avec l'ouvrage
suivant. — Abrégé de la somme des péchez M. J. Bene-
dicti, Liège, 1595, in-4''. — De casibus reservatis, tracta-
tus in duas partes distinctus, Liège, 1596, in-S"; Liège,
1603, in-8°; Milan, 1608, in-12; Liège, 1614, in-12;
Douai, 1627, in-12; Liège, 1635, in-12; à partir de la
quatrième édition, ce traité est intitulé Thésaurus ca-
suum reservatorum. — Pastorum instructiones, d'An-
toine Ghénard, avec une épître dédicatoire de Chapea-
ville, Liège, 1598, in-8'>. — Catechismi Romani elucida-
tio scholastica, Liège, 1600, in-8°; Brescia, 1601, in-8<';
Liège, 1603, in-8''. — Historia admirandarum curatio-
num, quae divinitus ope deprecationeque divi Perpetui
Leodiensis episcopi et confessoris, ad ejus sacras reli-
quias Dionanti, anno 1599 et aliquot superioribus conti-
gerunt. Adjecta est vita diui Perpetui, cum descriptione
urbis Dionantensis, Liège, 1601, in-4"; éd. franç. la
même année chez le même éditeur. — Summa cate-
chismi Romani, in gratta ordinandorum, catechistarum
et parochorum dioec. Leodiensis, Liège, 1605, in-12;
nombreuses éd. ultérieures, dont une éd. flamande pu-
bliée à Liège en 1609. — Epistola ad catechistas. De
taedio quod catechistis obrepere solet ejusque remediis,
Liège, 1605, in-12; Liège, 1608; Liège, 1613. — Tracta-
tus historiens primae originis festivitatis sacratissimi
corporis et sanguinis Christi, ex vera testataque revela-
tione divinitus facta sanctae virgini Julianae; on as-
sure qu'une édition française de ce traité vit le jour,
avant que son texte latin ne soit inséré au t. ii des
Gesta. — Qui Gesta pontiftcum Tungrensium, Trajec-
tensium et Leodiensium scripserunt auctores praecipui,
Liège, 1612, 1613, 1616, 3 vol.; en 1618, l'imprimeur
ajouta aux exemplaires qui lui restaient un titre nou
veau, avec la date de 1618, le portrait de Chapeaville
par Valdor et sa Vie par un anonyme. — Catalogue des
évesques de Tongres, Maëstricht et Liège, ...tiré du latin
veu et prouvé par R. P. Jean Chapeauille...,Liège, 1617,
in-8°; réimpression, avec préface, par Ad. Delvaux
de Fenffe, Liège, 1929.
J. Daris, Hist. du dioc. et de la principauté de Liège pen-
dant le XVI' s., Liège, 1884, p. 627. — J. Daris, Notices sur
les églises du dioc. de Liège, i, Liège, 1867, p. 95; iv, Liège,
1871, II' part., p. 177. — M. Delcoiirt-.T. Hoyoux, Torren-
tius créancier de Chapeanville, dans les Miscellanea J. Gess-
ler, Louvain, 1948, p. 376-85. — J. de Theux de Montjar-
din. Le chapitre de S.-Lambert à Liège, m, Bruxelles, 1871,
p. 184. — X. de Theux de Montjardin, Bibliogr. liégeoise,
2» éd., Bruges, 1885, col. 19, 24-27, 36, 41, 43, 45, 49, 51, 55,
120. — A. Dubois, Le chapitre calhédral de S.-Lambert à
Liège au XTII» s., Liège, 1949, p. 207, 257. — T. Goberl,
Liège à travers les dges, iv, Liège, 1935, p. 310-11. — H. Hel-
big, Ciiapeauville, dans la Biogr. nationale, ni, Bruxelles,
1872, col. 428-32. — L. Lahaye, Analyse des actes coiitenus
dans le registre du scel des grâces sous Ernest de Bavière
(1580-1602), Liège, 1938, p. 53, 139, 150. — L. Mergent-
heim. Die Quinquennaljakultdten pro foro externo, i, Stutt-
gart, 1908, p. 201. — E. Poncelet, Inventaire analytique des
chcu-tes de la collégiale de S.-Pierre à Liège, Bruxelles, 1906,
p. xxviii. — E. Poncelet, Liste des vicaires généraux et des
scelleurs de l'évêché de Liège, dans le Bull, de la Soc. d'art et
d'hist. du dioc. de Liège, xxx, Liège, 1939, p. 44. — E. Pon-
celet, Mémorial des archives détruites en lt)44, i. Inventaire
des dépêches du conseil privé de Liège (1581-1612), Liège,
1945, p. 82-111. — E. Schoolmeesters, Une lettre de Cha-
peauville concernant Huy, dans Leodium, ii, Liège, 1903,
p. 63-64. — E. Schoolmeesters, Un rescrit de la nonciature de
Cologne contre le vicaire général Chapeaville, dans Leodium,
409
CHAPEAVTLT>K
C H A P E I. L I T A I L I . R F \\ R
410
III, Liège, 1901, p. 10-12. — G. Sinu-non, La nominalion des
curéx <ln dioc. de Liège après le mncile de Trente, dans Leo-
dium, VII, Liège, 1909, p. 2-4. — G. Simenon, L'historien
Cliapeauille, dans la Revue eeclésiastique de Liège, xxv,
Liège, 1933-34, p. 284-92. — G. Simenon, Chapeaville et ses
études théologiques, dans la Revue eeclésiastique de Liège,
XXVI, Liège, 1934-3.'î, p. 213-28.
L.-E. Halkin.
CHAPELAUDE (La), Chapelle-Aude, Chape-
lotte, Capella, dioc. de Bourges, aujourd'hui de Mou-
lins, cant. d'Huriel, arr. de Montluçon (Allier). Pa-
tron : S. Denis. Ce prieuré des bénédictins de l'abbaye
de S. -Denis en France fut fondé par Amblard Godeth
avant 1060. Il eut quelque importance jusqu'au jour
où il devint un simple bénéfice. Son église romane est
conservée.
Beaimier-Besse, Abbayes et prieurés..., v, 56. — M. A.
Chazaud, Fragments du carlulaire de la Ch.-A., Moulins,
1868. — Chevalier, T. B., 6.54. — Cottineau, i, 695. —
M. Fazy, Les origines du Bourbonnais, Moulins, 1924
(contient, ii, 137, la liste des prieurs). — D. Félibien, Hist.
de S.-Denis, 129-30. — Janin, Hist. de Montluçon, 507. —
Moret, Paroisses bourb., i, 408-14. — Raynal, Hist. du
Berry, i, 482.
R. Van Doren.
CHAPELLE-AUX-PLANCHES (La), Ca-
pella ad Plancas, abbaye de l'ordre de Prémontré, si-
tuée au dioc. de Troyes, près de Beaufort, arr. de Vas-
sy-sur-Blaise (Hte-Marne), relevant de la circarie de
France, et filiale de Beaulieu. Cette maison fut fondée
en 1145 ou 1146 par Simon de Beaufort et sa famille.
Une chapelle en bois avait été édifiée à l'endroit oii fut
fondée l'abbaye et lui donna son nom. La première
communauté vint de l'abbaye de Bellelaye. Le pape
Eugène III, de passage à Paris, approuva, en 1147, la
fondation de l'église et sa dotation; en 1152 Simon, fils
du fondateur, reconnut officiellement les dispositions
de son père en faveur de la fondation de l'abbaye; il
concéda en outre l'immunité de ses possessions.
Liste des abbés. — 1. Galter, mentionné en 1145 et en
1152, t 25 avr. — 2. Rainald, mentionné en 1172 et en
1175. — 3. Obert, vivait en 1182 et 1187. — 4. Jean I",
mentionné en 1188. — 5. Richer, mentionné en 1192.
— 6. Odon, mentionné en 1196. — 7. Noé, élu en 1197.
— 8. Bertrand, mentionné en 1202. — 9. Guillaume I",
mentionné en 1212 et 1220. — 10. (Nothus), signalé en
1225. — 11. Isembart, mentionné en 1242. — 12. Her-
bert, mentionné en 1242. — 13. Fulcon, vivait en 1257.
— 14. Jean II Danisy, t 31 mai 1336. — 15. Jean III,
promit obéissance sous l'évêque Pierre d'Arcis (1377-
95). — 16. Nicolas I", promit obéissance à l'évêque
Jean Léguisé (1426-50). — 17. Guillaume II, promit
obéissance à l'évêque Louis Raguier (1450-83). —
18. Étientie I", vivait en 1472. — 19. Hugues de S.-
Siria, mentionné en 1481. — 20. Étienne II Remy, élu
en 1501, t 16 mai. — 21. Jean IV Nanthier, alias
Manthier de Droye, élu en 1519, abdiqua en 1528,
t 1536. — 22. Jean V le Sellier, alias Ceiclant, du dioc.
d'Amiens, premier abbé commendat., nommé par le
roi et confirmé par l'abbé de Bellelaye, f le l""' nov.
1545. — 23. Louis Dauvet, fils du seigneur de Rieux.
En même temps prieur de Longpont. — 24. Jacques I"
du Plessis de Richelieu, aumônier du roi, évêque de
Luçon, commendataire en même temps de l'abbaye de
Nieuil-sur-l'Autize. — 25. Jacques II Genovillac, pro-
tonotaire apostolique, commendataire. — 26. Claude
Lhoste, démissionna après quelques années. — 27. Ni-
colas II Lhoste, fils du précédent, fit profession à Pré-
montré et assista au chapitre général de 1618.
28. Jacques III Lescot, nommé en oct. 1638; promu
évêque de Chartres, le 22 juill. 1643, céda l'abbaye en
faveur du suivant. — 29. Jacques IV Lescot, neveu du
précédent, obtint l'abbaye en 1670. — 30. N. de Brè-
vedent, seigneur de Berville, frère du sénateur de
; Rouen, était en possession en 1680 et 1691. — 31. Hen-
ri Guichard, seigneur de Vouldy, frère de N. camérier
du roi et chanoine de Troyes en Champagne, obtint
l'abbaye en 1691, t 1699. — 32. N. Boursault, seigneur
de Viantais, fils du marquis de ce nom, nommé le
24 déc. 1699. — 33. N. de Fusée de Voizenon, prêtre,
doyen et vicaire général de Boulogne, nommé par le roi
en déc. 1733. Céda en 1742 cette abbaye pour celle du
Jard (Seine-et-Marne). — 34. Jean-Baptiste Natal le
Rouge, docteur et syndic de la faculté de théologie de
Paris, chapelain de la reine et chanoine de la collégiale
de S. -Nicolas du Louvre, fut désigné comme abbé par
le roi le 2 avr. 1742, f 14 janv. 1753. — 35. N. Gouault,
vicaire général de l'évêque de Troyes, obtint du roi la
commende le 27 janv. 1753.
Archives départementales de la Hte-Marne, cartulaire,
plans, registres, bulles et chartes, etc. — Un obituaire se
trouve à la Bibl. nat. de Paris. — C. L. Hugo, Annales
Praem., i, 455. — Gall. christ., xii, 621-24. — Ch. Lalore,
Cartulaire de la Chapelle-aux-Planches, dans Coll. des cartu-
laires du dioc. de Troyes, 1878. — R. Van Waefelghem,
Répertoire, 55.
M. -A. Erens.
CHAPELLE TAILLEFER (Pierre de la).
Il naquit à La Chapelle-Taillefer (Creuse), du chevalier
Étienne. Prévôt d'Eymoutiers (Hte-Vienne) et cha-
noine de Notre-Dame à Paris, il professa le droit civil
à Orléans. C'est là qu'il connut Bertrand de Got, le fu-
tur Clément V, qui peut-être écouta ses leçons. Phi-
lippe le Bel le remarqua et apprécia ses services. En
1288 Pierre tenait le parlement à Toulouse et en 1290 à
Paris. Nommé évêque de Carcassonne (15 mai 1291), il
s'acquitta, en 1296, d'une mission délicate que lui avait
donnée à remplir l'épiscopat de la province ecclésias-
tique de Narbonne. Il s'agissait de promettre au roi de
France le paiement de décimes moyennant la conces-
sion de libertés. Or la publication subséquente de la
bulle Clericis laicos constituait un obstacle redou-
table. L'entrevue qui eut lieu aux environs de Limoges
avec Philippe le Bel se borna à un échange mutuel de
politesses sans conséquences (H. L. Fr., xxxiv, 68-69).
Le prince mandata Pierre pour effectuer les restitu-
tions de territoires, stipulées dans le traité qui avait
été signé avec Jayme II, roi d'Aragon (1298) (Ê. Ba-
luze, Vitae paparum Avenionensium, éd. G. Mollat,
m, Paris, 1913-27, p. 18-38). Il ne put qu'agréer son
transfert à Toulouse que lui aimonça Boniface VIII le
25 oct. 1298 (ibid., ni, 229). L'érection en 1295 du
diocèse de Pamievs lésait gravement les intérêts de la
mense du nouvel évêque; il eut assez de crédit près du
pape pour obtenir une enquête qui prouva le bien-
fondé de ses doléances (J.-M. Vidal, Les origines de la
province ecclésiastique de Toulouse, Toulouse, 1903,
p. 25-27). L'élection de Clément V lui assura un bril-
lant avenir. Créé cardinal du titre de S. -Vital le
15 déc. 1305 et parvenu à la Cour pontificale le
30 janv. suivant, il capta la confiance du S. -Père qui se
déchargea sur lui d'affaires épineuses. Le 13 mars 1306,
il devait partir pour le Languedoc afin de recueillir des
témoignages relatifs aux plaintes que les habitants de
Carcassonne et d'Albi avaient exprimées contre les in-
quisiteurs et l'évêque Bernard de Castanet. Pierre ins-
trumenta de concert avec Bérenger Frédol, réforma
les abus réels commis et donna tort à Castanet qui fut
suspendu de ses fonctions en 1307 (C. Douais, Docu-
ments pour servir à l'hist. de l'Inquisition dans le Lan-
guedoc, Paris, 1900, II" part., p. 306 sq.). Au cours de
sa mission il reçut l'évêché de Palestrina (déc. 1306).
Philippe le Bel lui témoigna également sa confiance,
l'envoya traiter la paix avec l'Angleterre et le chargea
d'examiner les clauses du traité d'Athis-sur-Orge con-
tracté avec les Flamands (1306) (G. Lizerand, Clé-
ment V et Philippe IV le Bel, Paris, 1910, p. 63, 71). Le
(:h\pkî,i-f. taii,i,efkr chappes
cardinal joua un rôle actif dans le procès fameux des
Templiers. Habilité pour en connaître par bulles du
13 juin. 1308 et chargé de la garde des prisonniers, il
les remit entre les mains du roi (Baluze, op. cit., m,
82-83). Le don de 16 000 livres tournois récompensa
sans doute cette complaisance (ibid., 138-40). Quant à
l'instruction du procès même, elle paraît avoir été
menée avec trop de rapidité. En 1309, Pierre négocia
avec les diplomates aragonais la question de la Corse
et de la Sardaigne qui divisait Jayme II et les Pisans
(H. L. Fr., XXXIV, 125-26). En août 1310, on le trouve
chargé d'enquêter sur le procès intenté à la mémoire de
Boniface VIII. Il eût dû également essayer d'apaiser
les querelles surgies entre les spirituels et les conven-
tuels, mais une maladie l'empêcha de s'en occuper. Il
mourut le 16 mai 1312 et fut inhumé dans le chœur de
la collégiale fondée par lui à La Chapelle-Taillefer. Son
tombeau en cuivre émaillé disparut pendant la Révo-
lution française, après avoir été démonté en 1767 et
transporté à Guéret.
H. Finke, Acla Aragonensia, Berlin, 1908-23. — Baluze,
op. cit., II, 106-11. — Douët d'Arcq, Cotlection de sceaux,
II, Paris, 1863, n. 6175. — H. L. Fr., xxvii, 423-24; xxxiv
(voir la table des matières). — J. de Font-Réaux, Le c/in-
pitrc de La Ctiàtre et tes paroi.tses de Fresselines el de La Cha-
pelle-Taillefer, dans Mémoires de la Soc. des sciences natu-
relles et archéol. de la Creuse, xxi, 1920, p. 303-10. — H. de
P.erranger-H. Hiigon, La fin du mausolée ù La Chapelle-
Taillefer, ibid., XXV, 1931-34, p. 477-83. — G. Lizerand,
op. cit., passim. — ,I.-M. Vidai, Bullaire de V Inquisition
française au XIV' s. et jusqu'à la fin du Grand Schisme,
Paris, 1913, p. 9-21, 41-42; Documents sur les origines de la
province ecclésiastique de Toulouse, Paris, 1901.
G. MOLLAT.
CHAPIVIAIM (Henry-Palmer, dom John), né
dans le Suftolk (Angleterre), le 25 avr. 1865, fit ses étu-
des à Oxford et Cuddesdon et fut nommé recteur de S.-
Pancrace à Londres. II se convertit au catholicisme le
8 déc. 1890, entra à l'abbaye bénédictine de Maredsous
en 1892 et passa à celle d'Erdington (Angleterre) en
1895. Il devint supérieur des bénédictins de Caldey en
1911. Il fut rattaché à l'abbaye de Downside en-1919,
dont il devint abbé en 1929. t le 7 nov. 1933.
Principales publications. — Bishop Gore and the
Catholic daims, 1905; The flrsl eight gênerai councils
and papal infaUibitity, 1906; The condemnation of
Honorius, 1907; Notes on the early histonj of the Vul-
gale Gospels, 1908; John the Presbyter and the Fourth
Gospel, 1911; Studies on the early papacy, 1928; St
Benedict and tlie sixth century, 1929. — Il collabora à
plusieurs revues de théologie et d'histoire.
Bull, d'hist. bénéd., iv, 1932-41, p. 191*-92*. — Had. de
Moreaii, Dom Jean Chapman, dans Keu. lit. et mon., xix,
1934, p. 441-47. — R. Hudleston, 7"he spiritual letiers of
dom John Chapman, 2» éd., 1935, p. 1-30. -— Rev. d'iiist.
eccl., XXX, 1934, p. 204, 456, 725. — Catholicisme, ii, 948.
R. Van Doren.
I. CH APRES (Pierre de). Docteur en droit
civil, il sut se ménager à la Cour pontificale de puis-
sants protecteurs, tels que Louis de Clermont, sire de
Bourbon, le cardinal Arnaud de Pellegrue dont il était
chapelain, et le régent Philippe le Long près duquel il
remplissait les fonctions de clerc et de conseiller. Aussi,
dès le 7 sept. 1316, Jean XXII lui conférait à la fois
des canonicats à Châlons-s. -Marne, à Bourges et à Pa-
ris, quoiqu'il en possédât déjà un à Reims et un autre à
S.-Outrille de Bourges, en plus d'une paroisse et des
prieurés de Duabus Casis (dioc. de Carcassonne) et de
Chavenon (Allier) (G. MoUat, Lettres communes de
Jean XXII, i, n. 202, 297, 346). En janv. 1317, la di-
gnité de chancelier de France le mit en relief. Philippe
le Long lui prouva sa confiance en le choisissant
comme arbitre dans le conflit survenu avec le duc de
Bourgogne et la noblesse champenoise, à l'occasion de
son accès au trône royal. En mars 1318, le chancelier se
rendit à Avignon afin de participer aux pourparlers
qui, espérait-on, mettraient fin aux hostilités existant
entre le roi et les Flamands. Si la sentence pontificale
fut rendue le 8 mars, la ratification du traité de paix
n'eut lieu que le 7 janv. 1320. Ce jour-là, P. de Chappes
exposa longuement l'état de la question dans une '
séance du grand conseil. A une date imprécise le roi
sollicita pour lui un évêché, dans une lettre souscrite
de sa propre main. N'ayant pas obtenu satisfaction, il
exprima sa « stupéfaction » à Jean XXII, qui d'abord
lui rappela les faveurs accordées à Pierre au début de
son pontificat, puis dévoila crûment ses sentiments : le
chancelier était « dévoré d'ambition, avide d'honneurs
temporels et de dignités, jaloux de ceux qui recevaient
l'épiscopat » (A. Coulon, Lettres secrètes et curiales de
Jean XXII, i, n. 799). Philippe le Long insista-t-il en-
core? On ne sait. Quoi qu'il en soit, Jean XXII accorda
l'évêché d'Arras à son protégé, le 29 oct. 1320 (G. Mol-
lat, op. cit., m, n. 12528). Cette faveur surprend, car
P. de Chappes commit certaines indélicatesses dans
l'exercice de ses fonctions de chancelier, qu'il aban-
donna le 24 janv. 1321 (L. Perrichet, La grande chan-
cellerie de France, des origines à 1328, Paris, 1912,
p. 312-18, 533-35; O. Morel, La grande chancellerie
royale et l'expédition des lettres royaux, Paris, 1900,
p. 423). Chose curieuse, la faveur royale demeura inté-
gralement : le prélat resta membre du grand conseil et
le souverain le désigna pour son exécuteur testamen-
taire. En 1323, Charles le Bel le nommera ministre de
Louis de Crécy.
P. de Chappes tarda à recevoir la consécration
épiscopale, postérieurement au 1" févr. 1321 (G. Mol-
lat, op. cit., III, n. 12900). Il eut des difficultés avec les
héritiers de son prédécesseur à Arras et avec des barons
rebelles (ibid., n. 12903, 12904).
Le revirement de l'opinion du pape à l'égard du nou-
vel évêque se manifesta très rapidement. On le voit lui
accorder sa confiance en 1323 dans une affaire judi-
ciaire qui fut en son temps sensationnelle, puisque la
cour de France s'en mêla. Il s'agissait du procès d'in-
quisition intenté par l'inquisiteur Maurice de Saint-
Paul au sire de Parthenay, Jean l'Archevêque. P. de
Chappes fut chargé d'en connaître avec Pierre de Mor-
temart. La cause traîna en longueur et des intrigues se
produisirent, si bien que l'inculpé et l'inquisiteur com-
parurent à Avignon devant les deux évêques auxquels
avaient été adjoints deux assesseurs. D'ailleurs, dans
l'intervalle, P. de Chappes avait été transféré sur le
siège de Chartres, le 21 mai 1326. Les séances d'au-
dience s'effectuèrent dans la salle du Consistoire. Tou-
tefois le prononcé de la sentence appartint à Bertrand
de Déaulx et à Raymond de Mostuéjouls (J.-M. Vidal,
Le sire de Parthenay et l' Inquisition (1323-25), dans
Bull. hist. et philol. de la Commission des travaux scien-
tifiques, 1903, p. 414-34).
Promu cardinal-prêtre du titre de S.-Martin-aux-
Monts le 18 déc. 1327, P. de Chappes fut mêlé à l'ins-
truction d'un procès inquisitorial avec trois de ses col-
lègues vers 1331. L'inquisiteur de Carcassonne avait
sollicité une décision pontificale relativement à la con-
fiscation des biens de dix-huit hérétiques, morts depuis
longtemps et non convaincus d'hérésie. L'instruction
du procès se prolongea et n'était pas encore terminée
le 10 mars 1334. Le mémoire des cardinaux, qui sub-
siste dans le ms. Doat xxxii, 120-64, a été en partie pu-
blié par Mahul, Cartulaire... de Carcassonne, Carcas-
sonne, V, 1857, p. 688-89 et par C. Douais, Documents
pour servir à l'hi.^t. de l' Inquisition dans le Languedoc,
I, Paris, 1900, p. ccix.
Jean XXII, qui avait précédemment censuré l'am-
bition « démesurée » du chancelier de France, oublia
une fois encore ses préventions et se plut à le combler
I
/. 1 :î t; h \ pp Ks
d'avantages matériels, en lui laissant en conimende les
j prieurés de Radonvilliers (Aube) le 13 juin 1328, de
I Souvigny (Allier) le 8 mars 1329, de Doncliery (Ar-
dennes) le 15 mars 1330, de Moutier-en-l'Isle (Aube) le
18 sept. 1333, de S.-Amand (Marne) le 29 déc. 1333, de
j Moissat (Puy-de-Dôme) le 7 févr. 1334, de Salon
(Basses-Alpes) le 3 juin 1334, et de Moret (Seine-et-
Marne) le 14 juin. 1334, un canonicat et la prévôté de
Chablis dans l'église S. -Martin de Tours le 13 juin
1328, un canonicat à Bourges, Autun et Nevers les
9 mars et 29 déc. 1332, les archidiaconés de Flavigny
(Côte-d'Or), de Châteauroux (Indre) et de Nevers les
9 mars 1332 et 18 janv. 1333, la prévôté de Béquigny
(Somme) le 13 janv. 1334. Que de bienfaits accordés
encore à son frère, à ses multiples neveux, à ses chape-
lains ou chambriersl Toutefois Jean XXII imposa à 1
l'heureux cardinal une souscription de 200 florins d'or
au profit de la croisade, en 1330 (E. Gôller, Die Ein-
nahmen der aposlolischen Kammer unler Johann XXII.,
Paderborn, 1910, p. 351). Lors de la mort du pape, le
3 déc. 1334, P. de Chappes assista à la déclaration que
fit le pape au sujet de la vision béatiflque (Denifle-
Châtelain, Chartularium univer.iitatis Parisiensis, ii,
Paris, 1897, n. 987).
Benoît XII ne se montra pas moins généreux à
l'égard de P. de Chappes, qui avait au surplus gardé
son crédit à la cour royale et qui servait à Avignon les
intérêts de Philippe VI de Valois. Le pape tolérait
qu'il lui communiquât oralement les désirs du souve-
rain (G. Daumet, Lettres closes, patentes et curiales de
Benoît XII, n. 112). Il lui accorda de nouveaux béné-
fices : canonicats à Meaux, à Paris et à Tours les j
9 janv. et 22 févr. 1335, l'archidiaconé d'au delà de la
Loire (Indre-et-Loire) le 22 févr. 1335, le prieuré de
Prévenchères (Lozère) le 7 oct. 1335. Les cardinaux
Arnaud de Pellegrue et Pierre de Mortemart le choi-
sirent comme exécuteur testamentaire. Lui-même
mourut le 24 mars 1336 (J.-M. Vidal, Lettres communes
de Benoît XII, ii, 427).
P. Lehiigeur, Hist. de Philippe le Long, roi de France
(1316-1322), I, Paris, 1897, p. 100, 101, 125, 155. 164, .'533.
— G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII, et .I.-M. Vi-
dal, Lettres communes de Benoît XIJ (voir les tables de
matières, au mot Petrus de Capis). — É. Baluze, Vitae papa-
riim Avenionensium, éd. G. Mollat, ii, Paris, 1928, p. 266-67.
— F. Duchesne, Hist. de tous les cardinaux françois de nais-
sance, Paris, 1660-66. 1. Lestocquoy, Les évéques d'Arras,
dans Mémoires de la commission départementale des monu-
ments historiques du Pas-de-Calais, iv, fasc. i. — J.-M. Vi-
dal, Bullaire de l'Inquisition française au XI V s., Paris,
1913, p. 79-84. 89, !)3, 107-10, 159. 204. — Gall. christ.,
III, 335.
G. Mollat.
2. CHAPPES (Pierre de), frère du cardinal,
lequel lui fit avoir des bénéfices avantageux : des cano-
nicats à S.-Outrille de Bourges, à la cathédrale de cette
ville, à Chàlons-s. -Marne, à Anagni, à Autun, à Sens et
à Nevers. Lorsqu'il fut pourvu de l'archidiaconé de
Nevers, il dut résigner le prieuré séculier de Graçay
(Cher) le 4 mars 1331. Maître en théologie, il obtint
l'autorisation d'étudier le droit civil pendant trois ans.
Cette faveur, octroyée le 16 août 1326, fut renouvelée
le 1" sept. 1328 et le 25 août 1329. A cette dernière
date les documents lui attribuent le grade de licencié
et le 19 nov. 1330 celui de professeur. Pierre de
Chappes lisait encore le droit civil le 9 mars 1331. Le
13 nov. l'évêché de Soissons lui était conféré. Le dia-
conat et le sacerdoce ne lui furent donnés qu'après le
26 nov., mais il ne reçut l'onction épiscopale qu'après
le 9 mars et avant le 26 sept. 1332. Il mourut en
sept. 1349.
G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII, et J.-M. Vidal, [
lettres communes de Benoit XII (voir tables de matières,
aux mots Prlrus de Capis et Petnis episcopus .Suessionensis). \
CH V liC AS /,\\
s. Sainrir. f.r iliar. de Snissnns, i, TÎvroiix. 1!)3."). - Gall.
rlirisl., tx.
Cl. Mollat.
CH APPUIS (Jean), canoniste français (xv«'-
xvie s.). Voir D. D. Can., m, 610-11.
CHAPT DE RASTIGNAC (Armand), polé-
miste français (1726-92). Voir D. T. C, ii. 2215-16.
CHAQQARA, monastère en Égypte. Voir
D. A. C. L., III, 519-58.
CHARAC-MOBA (KapaKpcogTi), évêché de la
Palestine Ille, dépendant de Pctra. Charac-Moba est la
transcription de Keral<a de Moab, terme par lequel le
Targum a rendu le nom de Qir Moab, équivalent de
Qir Haraseth, qui était celui de la capitale du pays de
Moab. Les Grecs modernes ont appelé la ville Kyriako-
polis. C'est aujourd'hui la ville de Kérak (12 000 hab.),
près de laquelle se dresse la forteresse construite par
Payen le Bouteiller, vers 1140, et illustrée par Renaud
de Châtillon.
On ne connaît qu'un seul évêque de Charac-Moba,
Démétrius, qui assista au concile de Jérusalem en 536
(Mansi, viii, 1174 A). Le titre de Charac-Moba ne
semble pas avoir été conféré par l'Église grecque, ni
par l'Église romaine.
Le Quien, m, 729-34. MeyàATi ' EXXti i^ikt) 'EyKUKÀoirai-
Seia, XXIV, 478. - F. -M. Abel, O. P., Céorir. de la Pales-
tine, II, 118-19, au mot Qir llaroselh.
R. Janin.
CH ARADROS (XàpaSpos), évêché d'Isaurie, dé-
pendant de Séleucie. Il fut uni à celui de Lamus au
moins dès le v» s. (voir à Lamus). Charadrus est
aujourd'hui le village de Karadran ou Kaladian.
Le titre a été assez souvent conféré dans l'Église
romaine depuis le xviii" s. : Cajetan de Paulis, 1745,
auxiliaire à Velletri. — ■ Jean Buckel, 17 janv. 1746,
auxiliaire à Spire. — Jean-Didier de S. -Martin,
M. E. P., 13 juin. 1783-t 13 nov. 1801, vie. ap. du Su-
Tchuen. — Pierre Tranchant, M. E. P., 1802- f 16 févr.
1806, vie. ap. du Sii-Tchuen. — Joseph-Élie Puyana,
sept. 1849-15 avr. 1859, vie. ap. de Tamaulipas. —
Jean Léonard, O. S. F. S., 1" oct. 1872-t 17 févr. 1908,
vie. ap. du district occidental du cap de Bonne-Espé-
rance. — Michel-Antoine Vuylsteke, O. P., 10 juin
1910-t 4 août 1930, vie. ap. de Curaçao.
Le titre de Charadrus a disparu de la liste de la Con-
sistoriale et ne sera plus conféré.
Smith, Dictionary oj Greek and liomun geoyruphij, i, 603.
— Le Quien, ii, 1017-18. — Ann. pont., 1916, p. 388.
R. Janin.
1 . CHARALAMPE, prêtre, qui subit le martyre
à Antioche de Pisidie le 10 févr. 202 ('?), avec les sol-
dats Porphyre et Baptacs et trois femmes, n'est pas
mentionné au martyrologe hiéronymien. Il est vénéré
à l'église de Wadelincourt (Hainaut) (jui en possède
des reliques.
A. S., févr., n, 381-86. — Delaiinois, Vie de S. Char, hono-
ré à Wadelincourt, Paris, 1808. — Fidjricius, B. G., x, 20 s(j.
• — Martinov, Ann. Eccl. gr. slai>.. 1864, p. 66-67, 225-26. —
Sgnax. Ectl. Constant., 455.
R. Van Doren.
2. CHARALAMPE, prêtre, martyr (28 avr.),
qui était fêté dans l'église de Ste-Euphémie à Constan-
tinople, apparaît au martyrologe hiéronymien avec
Eusèbe et 168 compagnons. Au martyrologe romain il
est cité avec Aphrodisius — probablement le nom
d'une ville — Agape et Eusèbe.
.\lart. Hier., éd. Delehaye, 215-16. — Mari. Boni.. 159-60.
- Sfinax. Ecrl. Constant., 717.
H. Vav Doren.
CHARCAS. Voir Sucre.
415
CHARDON — CHARISIUS
CHARDON (Charles-Mathias), bénédictin,
théologien français, f 1771- Voir D. T. C, ii, 2216.
CHARDON DE LUGNY (Zacharie), prêtre
français, f 1733. Voir J). T. C, u, 2216.
CHARENTON ou BELLEVAUX, Carenio-
nium, Bella-Vallis, dioc. de Bourges, arr. de S.-Amand-
Mont-Rond (Clier). Patronne : Notre-Dame. Abbaye
de moniales, fondée, dit-on, vers 620 par le Vén. Théo-
dulphe, surnommé Bobolène, sous la règle de S. Co-
lomban, qui fut remplacée plus tard par la règle béné-
dictine. En 1113, l'archevêque Léger substitua des
chanoines réguliers aux moniales, qui en 1120, à la
mort du prélat, reprirent le monastère. Celui-ci, en
1503, s'afTilia à la congrégation de Chezal-Benoît. Vers
1630, les moines de Ch.-B. furent remplacés par les
bénédictins de S.-Maur pour le ministère auprès des
moniales. Charenton était en pleine décadence lorsque,
en 1 677, Mme Renée de Mesgrigny entreprit sa restaura-
tion spirituelle et matérielle. — Des édifices subsistent
encore l'église avec belles parties romanes, les fonts
baptismaux du xi« s., une travée du cloître gothique
(xvi« s.), les bâtiments de 1698.
Liste des abbesses. — Agnès, 1147. — Adélaïde,
1187-1209. — Ermengarde, 1223-40. — Sibille l's
1247-61. — Isabelle P», 1261-1306. — Isabelle II de
Culant 1309-12. — Sibille II, 1312. — Margue-
rite I™ de Sancerre, 1315, f 1345. — Jeanne de
Vaillac, 1345-60. — Marie de Sancerre, 1367. —
Blanche de S. -Julien, 1371-78. — Superana de Gros,
fut transférée à l'abbaye S. -Laurent de Bourges. —
Catherine P« le Cellérier, 1381. — Jeanne II de Tref-
fort. — Marguerite II de Treffort, 1401, démissionna
en 1436. — Jeanne II de Bazerne, 1436, t 20 mai 1461.
— Madeleine d'Amboise, 1461, fut aussi abbesse de
S.-Ménulphe (Mailly); en 1497 résigna en faveur de la
suivante, sa nièce. — Marie II de Rochechouart,
t 3 févr. 1518. — Madeleine II de Chazeron, f 23 févr.
1539. — Madeleine III des Aages, en 1551 résigna en
faveur de sa nièce, j 29 mars 1559. — Anne de la
Grange de Montigny, t 12 mars 1630. — Margue-
rite III de la Grange de Montigny, sa sœur, 17 juill.
1659. — Marie III de Culant, 1660, t 1674. —
Catherine II de La Rochefoucaud, nommée le 21 mai
1674, transférée en 1675 au monastère du Paraclet. —
Renée de Mesgrigny, 22 sept. 1675, t 26 déc. 1697. —
Marie IV Louise de Beauverger Mongon, nommée le
29 mars 1698, 1715. — *■** de Mongon, nommée le
20 avr. 1715.
Beaitnier-Besse, Abbayes et prieurés..., v, 42. — U. Ber-
lière, La congrégation bénédictine de Chezal-Benoît, dans
fteu. bénéd., 1900, p. 124-26. — Chevalier, T. B., 657. —
C'.ottineau, i, 704. — A. de Mesgrigny, Mémoire concernant
l'anc. fondation du couvent de Charenton, 1698. — Gall.
christ., II, 174-78. — Mabillon, Annales O. S. B., I, 297;
VI, 61. — Martène-Cliarvin, Hist. de la Congrégation de
S.-Mniir, u, 100.
R. Van Doren.
CHARIOPOLIS (XapioOuoÂis), évêché de la
province d'Europe, dépendant d'Héraclée. Sa créa-
tion semble relativement tardive, puisqu'il ne figure
pas sur la liste épiscopale du Pseudo-Épiphane
(vii'= s.), ni sur celle de 806-15 (8" de G. Parthey). Il pa-
raît pour la première fois sur celle dite de Léon le Sage
(début du x« s.) (H. Gelzer, Ungedruckte und ungenii-
gend verôfjentlichte Texte der Notiliae episcopatuum,
dans Abli. der k. bayer. Akad. der Wiss., l'^ part.,
t. XXI, Munich, 1901, sect. m, p. 552). Cependant on
trouve déjà un évêque de Chariopolis à la fin du viii« s.
L'évêché devint purement titulaire probablement
après la conquête turque, à la fin du xiv s. Il existait
certainement encore, en août 1347, puisque une déci-
sion du patriarche Isidore le remet sous la juridiction
du métropolite d'Héraclée, conformément au prostag-
ma que l'intéressé avait obtenu de l'empereur. Le mé-
tropolite aurait tous les droits afférents à sa dignité, y
compris celui de sacrer l'évêque (Miklosich-MùUer,
Acta et diplomata graeca Medii Aevi, i, 257). L'évêché
de Chariopolis ne figure pas sur la liste épiscopale éta-
blie vers la fin du xv« s. (H. Gelzer, op. cit., 633). La
bourgade, qui eut jadis une certaine importance
comme centre de transactions commerciales, a été
identifiée avec le village de Hayrebolu, dont le nom
est la transcription turque, à peine déformée, du vo-
cable ancien.
Éuêques grecs connus, — Théophylacte prit part au
second concile de Nicée (787) (Mansi, xii, 995 B,
1099 B ; XIII, 388 C). — Cosmas était à celui de 879 qui
réhabilita Photius (ibid., xvii-xviii, 877 D). — N. prit
part à celui que le patriarche Calliste réunit contre
Barlaam et Acindynus (1351) (Allatius, De synodis
Photianis, 445). — N. faisait partie du synode du pa-
triarche Athanase I" contre Jean Drimys. • — Géra-
sime occupait le siège en 1725 {Revue de l'Orient latin,
1893, p. 315). — Joasaph, ?-oct. 1798 ('EKKÀTiCTiaa-
TiKTi 'AAiîeEia, II, 278). — Denys, déc. 1818-? {ibid.,
XXI, 52). — Jacques, juin 1824-juin 1827, auxiliaire à
Pélagonia. — Daniel, 7-1833 {ibid., xxi, 52; Cophinio-
tès, 'H 'EKKÀTiCTÎa 6V 'EAXàSi, 7). — Anthime, 27 juin
1837-? ('EKKÂriaiaCTTiKiî 'AArieEia, ii, 331, n. 3). — Pro-
cope, auxiliaire à Péra, ?-3 déc. 1855 {ibid., ii, 443,
n. 3). — Dorothée, 3 déc. 1855-11 janv. 1861, auxi-
liaire à Péra (Calliphron, 'EKKArjCTiaCTTiKÔv SeAtiov,
151; 'EKKÀTiaïaaTiKfi 'AArjÔEia, ii, 483, n. 3). — Calli-
nique, 1863-?. — Gennade Scholarios, 30 sept. 1867-
1894, auxiliaire à Psamathia ('EKKAr|CTictCTTiK7) 'AXr|-
ÔEia, II, 530; xix, 437). — Germain Caranvanghélis,
20 févr. 1896-21 oct. 1901, auxiliaire à Péra {ibid.,
XVI, 410; xxi, 465). — Philothée Michaélidès, 13 févr.
1903-11 mars 1908 {ibid., xxiii, 86, 115). — Constan-
tin, 16 mars 1908-10 janv. 1912, auxiliaire à Nicomé-
die. — Gennade Zésiadès, 27 mars 1926- f 25 juill.
1939, auxiliaire à Tatavla ('OpSoSofia, i, 13;xiv, 223).
Titulaires latins. — Jean-Chrysostome Kaczkowski,
25 juin 1781-16 déc. 1798, suffragant à Lutsk. — Ra-
phaël Serena, 2 oct. 1837-t 1848, auxiliaire à Naples.
— Agapios Bsciai, copte, 3 févr. 1866-t 1887, vie. ap.
au Caire pour les coptes. — François Giampaolo,
1" juin 1888-t 1898. — Joachim Buléon, S.-Espr.,
6 juin 1899-t 13 juin 1900, premier vie. ap. de la Séné-
gambie. — Claude-Marie Chanrion, mar., 31 juill.
1905-t 17 oct. 1941, vie. ap. de Nouvelle-Calédonie. —
Timothée-Georges Raymundos, O. F. M. Cap., 1945.
MEyàÂTi ' EXXTjviKT) 'EyKUKAoïralSeia, xxiv, 484. — Le Quien,
i, 1133-34. — Germain de Sardes, 'ETTiaKOTriKol KaTàXoyoi
TÎis 'AvaToAiKfjç Kai Autiki^is GpaKÎaç, dans GpOKiKà, vi,
193,5, p. 134-3.S. — Ann. pont., 1916, p. 381.
R. Janin.
CHARIS, martyr (ou martyre?), 28 janv., est
mentionné par un synaxaire du xiv« s. (Bibl. nat.,
1852), mais ne se retrouve dans aucun document latin.
On ignore tout du personnage.
A. S., janv., m, 447. — Sijnax. Eccl. Constant., 429-.';.5;
XXXVIII-XXXIX.
R. Van Doren.
1. CHARISIUS, Charisia, martyr, 16 avr., est
mentionné à cette date par le martyrologe romain avec
sept autres compagnons de Callistus, qui tous furent
précipités à la mer, à Corinthe. Le bréviaire syriaque
et l'hiéronymien avaient placé en premier lieu Leoni-
des, négligée par le martyrologe actuel, et lisaient les
noms au féminin.
A. S., avr., ii, 402-04. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 193-
94, 203. Mart. Rom., 139-40. — Synax. Eccl. Constant.,
604-0.5.
R. Van Doren.
417
CHARTSIUS
- CHARITÉ (LA)
418
2. CHAR IS lus, prêtre de Philadelphie au s.
Il se signala à la vi<' session du concile d'Éphèse (22
juin. 431) en dénonçant un symbole, soi-disant héré-
tique, qu'un certain Jacques, venu à Philadelphie,
avait fait signer à quelques clercs de la ville et à un
certain nombre de quartodécimans désireux de rentrer
dans l'Église. Le symbole en question avait pour
auteur Théodore de Mopsueste et certaines de ses ex-
pressions avaient une saveur nestorienne. Charisius,
qui avait refusé de le souscrire, avait été traité d'héré-
tique et excommunié à Philadelphie. Le concile
d'Éphèse, devant lequel il en appela, le releva de son
excommunication et interdit, sous les peines les plus
graves, l'adoption de tout autre symbole que celui de
Nicée. Cette décision, prise à la lettre, devait être pour
le concile de Chalcédoine l'objet de maintes discussions.
Mansi, iv, 1347 sq. — Hefele-Leclercq, ii-l, p. 330-31. —
G. Bardy, dans Fliche-M;»rtin, Flist. de l'Église, iv, 186. —
F. Kattenbusch, Das apostolische Sumhol, i, Leipzig, 189-1,
I, p. 358-61.
G. Bardy.
CHAR ISS I MUS, Charisius, martyr, 22 août-
1" mars. Le sj'naxaire de Constantinople mentionne ce
Charissimus au 22 août, avec Néophyte, comme servi-
teurs de Ste Anthuse. Ces noms, qui proviennent de la
Passio, très romancée, de la sainte, représentent-ils
des personnages réels, ou sont-ils dus à l'invention du
rédacteur, on ne saurait le dire. Le martyrologe ro-
main, au 22 août, cite Anthuse et ses deux serviteurs,
sans donner leurs noms. C'est sans doute ce Charissi-
mus dont parle l'hiéronymien au 1" mars.
A. Boll., XII, 5-42; lxvi, 86-87. — A. S., août, iv, 417-22.
— B. H. G., 136, 137, 182, 199. — D. H. G. E., m, 538. —
Mari. Hier., éd. Delehaye, 120-21. — Mort. Rom., 352-53.
— Siinax. Eccl. Con.^tant., 915-16.
R. Van Doren.
CHARITÉ (Sainte), appartient au groupe fa-
meux des trois sœurs vierges et martyres : Foi, Espé-
rance et Charité, dont la mère s'appelait Sophie. Tan-
dis qu'Usuard unit les quatre saintes au même jour, le
martyrologe romain, sans motif apparent, place les
trois vierges au 1" août et leur mère au 30 sept. Leur
culte est ancien, à Rome et ailleurs, mais le lieu et la
date du martyre, les noms eux-mêmes sont incertains,
au point qu'on conclut à une pieuse fiction. — La
vogue des saintes fut grande, puisqu'elles connurent
des Actes latins, grecs et orientaux, qui n'ont aucun
détail digne de créance. Quant aux reliques, de nom-
breuses églises déclarent les posséder.
A. S., août, I, 16-19. — B. H. G., 1638. — B. //. L.,
2966-73. — B. H. O., 1082-85. — Delehaye, Les orinines du
culte des martyrs, 286. — De Rossi, Roma sotteranea, i, 180,
182. — L. T. K., III, 1035-36. — Mort. Rom., 317-18. —
F. Savio, dans Riv. di scienze storiche, m, 1906, p. 90-95. —
Synax. Eccl. Constant., 51-52.
R. Van Doren.
1. 'CHARITÉ (La), Caritas, ancienne abbaye
cistercienne au dioc. de Besançon, sur la commune
de Neuvelle-lez-La-Charité, dép. de la Hte-Saône.
D'abord prieuré de chanoines réguliers, cette maison
devient abbaye cistercienne en déc. 1133. Bellevaux,
fondée jadis par Guy de Bourgogne, archevêque de
Vienne et futur Calixte II, fournit une colonie de
moines blancs. Dès 1139, ceux-ci créent une filiale,
La Grâce-Dieu, dans le même diocèse. Thierry, abbé
de La Charité en 1268, élu ensuite à Bellevaux, est 1
repris en 1294 par l'archevêque de Besançon comme
auxiliaire. Jean de Watteville sera pris également à
La Charité pour devenir cvêque de Lausanne en 1607.
L'année 1336 marque un désastre pour l'abbaye : la
Franche-Comté fut alors ravagée; « une ligue formi-
dable désolait le pays en haine d'Eudes IV, comte de 1
Bourgogne..., les murs de La Charité furent renversés » '
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
(Denifle, La désolation des églises, monastères... en
France, ii, 52). La commende eut quelque peine à
s'installer ici en raison des nominations simultanées
faites par le roi de France et celui d'Espagne (cf. pro-
cès de nomination..., dans Bull, de l'Institut hist.
belge Rome, de xi, 1931, p. 192). Le dernier abbé com-
mendataire fut l'archevêque de Besançon lui-même,
Raymond de Durfort.
Série des abbés. — 1. Pierre, 1137. — 2. Jacques 1",
1170. — 3. Thibaut, 1173. — 4. Martin, 1195. —
5. C, 1212. — 6. Amédée, 1216. — 7. Guillaume I",
1249. — 8. Thierry, 1268. — 9. Hugues I", 1286. —
10. Othon, 1286-96.. — 11. Jean I", 1299. —
12. Hugues II, t 1309. — 13. Simon, 1320, f 1329. —
14. Jacques II de Veseth, 1336, f 1343. — 15. Étien-
ne I" de Neuville, f 1359. — 16. Jean II de Salins,
t 1380. — 17. Étienne II, t 1399. — 18. Étienne III,
1402, t 1410. — 19. Étienne IV de Salins, f 1429. —
20. Guillaume II de Salins, th. dr., 1429, t 1460. —
21. Jean III de Maisières, 1467, t 1493. — 22. Jean IV
Bousson, t 1496. — 23. Guillaume III de Chazerans,
1497, t 1525.— 24. Louis de Vers, 1529, tl553.— 25.
Jean V de l'Aubespin, 1553, tl577.— 26. Claude de
Grammont, 1601, tl609.— 27. Jean VI de Watteville,
coadj., devient év. de Lausanne, 1607. — 28. Jean-
Charles, comte de Schwarzenberg, 1649. — 29. Jo-
seph Arnolfini de Illescas, t 1674. — 30. Nicolas-
Éléonor Bouton de Chamilly, 1675. — 31. Charles-
François d'Hallencourt de Dromesnil, év. de Verdun,
1706, t 1V54. — 32. Élisabeth-Théodore Le Tonnelier
de Breteuil, 1754-81. — 33. Raymond de Durfort,
archev. de Besançon, 1781-90.
Archives : dép. du Doubs, série H : 4 art. décrits dans
Rev. Mabillon, 1927, p. 74; dép. de la Hte-Saône, H 11 :
(1230-1790); dép. du Nord, 28 H, n. 104 : correspondance
des abbés de Vaucelles avec ceux de La Cliarité-Besançon,
bibl. munie., référ. au Catal. des mss., xxxiii, 1238; Gray,
bibl. munie, ms. 6, fol. 56 : les méfaits des sires d'Oiselay
(xiiP, xiv« s.); Paris, Bibl. nat., coll. Moreau, ms. 873,
fol. 223 : double des inventaires (xviii" s.). — Cottineau,
I, 704. — L. Delisle, Mss. de l'abb... au Musée britannique,
dans Bibl. de l'École des chartes, Li, 1890, p. 372. — GalL
christ., XV, 266. — .1. Gauthier, Catal. des mss. de La Charité,
rédigé par dom Guill. Pinard, religieux de la Chartreuse,
1766, dans Bibl. de l'École des chartes, xi.ii, 1881, p. 19-29.
— Janauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p. 30. — Man-
rique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, ann. 1133, iv, 2; vu, 1. —
Potthast, Reg., 2415. — G. Jourdy, Les deux chron. de La
Charité, dans Soc. grayloise d'émulation, 1898, p. 21-23. —
.1. de Trévillers, Sequania monast., Vesoul, s. d., 105. —
Statuta cap. gen. ord. cisterc, éd. de Louvain, 1933-41,
i-viii, nombreuses références.
J.-M. Canivez.
2. CHARITÉ (La), Caritas, S. M. de Caritate de
Lesiniis, ancienne abbaye fondée en 1184, ou même
plus tôt, par Guillaume de Lézinnes en faveur de mo-
niales, située dans le dioc. de Langres, aujourd'hui de
Sens (Yonne). Les statuts capitulaires de Cîteaux ont
conservé le décret faisant suite à la demande de Ro-
bert de Torote, évèque de Langres, puis de Liège, d'ac-
cepter ces moniales au nombre des leurs; c'était en
1237. Deux siècles plus tard, en 1434, l'abbé de Clair-
vaux, Guillaume d'Autun, demande au chapitre géné-
ral de convertir cette maison en une abbaye de moines;
il y envoie en effet Thomas de Rouen comme premier
abbé, et la Charité devient la 80'= et dernière fille de
Clairvaux. Les huguenots y passèrent en 1568, met-
1 tant tout à feu. C'est l'époque où la commende allait
faire une courte apparition en la personne de Georges
de Mandelot (1573). La série des abbés réguliers qui
viennent ensuite nous ol^re deux figures particulière-
ment intéressantes : Barthélémy Joly, qui devint pro-
cureur général en Cour de Rome, et Louis Meschet,
1 procureur général pour la France. Ce dernier, chauvin
' partisan des prérogatives de l'abbé de Cîteaux, fit édi-
H. — XII. — 14 —
fy 1 9
ter en 1713 les Privilèges de l'ordre de Cisteaux recueillis
et compilez de l'autorité du chapitre général et par son
ordre exprès. Évidemment il eiit son contradicteur. De
l'abbaye de la Charité l'église a disparu et quelques
bâtiments conventuels sont devenus une ferme.
Série des abbés. — 1. Thomas de Rouen, 1434. —
2. Claude I", 1458. — 3. Érard de Chassenay, 1464-80.
— 4. Mathieu d'Ampilli, 1486-90. — 5. Érard II de
Landreville, 1500-19. — 6. Jean I" de Narteau, 1522-
27. — 7. Jacques de la Chaulme, 1539-58. — 8. Fran-
çois Dorge, 1558-60. — 9. Georges de Mandelot, 1573-
82. — 10. Claude II Tassard, 1589. — 11. Nicolas
Profit, th. dr., 1601-13. — 12. Barthélémy Joly, 1626.
— 13. Jean II Cattois, 1633-41. — 14. Jean III le
Comte, th. dr., 1645-65. — 15. Michel Turpin, 1675. —
16. Louis Meschet, 1678, f 1715. — 17. N. de Reque-
laine, 1715.
Archives : dép. de l'Yonne, // 2063 : liasse; 2064 :
registre. — Paris, arch. nat., S 3304; Bibl. nat., ms. fr.
20892, n. 68. — Gall. chri.-it., iv, 847. Janauschek, Orig.
cisterc. Vienne, 1877, p. 275. — J. Laurent, art. dans Beau-
nier-Besse, Ahbaijes et prieurés..., xn, 1(141, p. 373-407. —
Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, ann. 1133, vu, 1. —
Martène, Thésaurus, i, 1087 : test. Mathildis..., 12.57. —
Statuta cap. gen. ord. cisterc, éd. de Louvain, 1933-41,
i-viii, passim.
J.-M. Canivez.
CHAR iTÉ-SUR-LO IRE (La), Caritas ad Li-
gerim (Notre-Dame), au dioc. d'Auxerre, aujourd'hui
de Nevers, arr. de Cosne (Nièvre), prieuré de bénédic-
tins. D'après la tradition, le monastère de La Charité ou
Seys remonte au viii« s. Il fut fondé par Rolland, sei-
gneur de Ronssillon, qui y établit des moines basiliens
sous la conduite du sous-diacre Loup. Pépin, roi des
Francs, le confia à des moines bénédictins. Il fut dé-
truit par des bandes armées en 743 et en 771. Après
cette date l'endroit resta désert pendant trois siècles.
— D'après les sources historiques, Bernard de Chail-
lant voulut, en 1056, restaurer une église ruinée qu'il
avait sur ses terres. En 1059, avec l'approbation de
Geoffroy de Champaleman, évêque d'Auxerre, il en
fit donation à S. Hugues de Cluny, qui y envoya une
colonie de moines, avec Gérard comme premier prieur.
Les travaux furent menés si activement que déjà en
1107 Pascal II pouvait en consacrer l'église dédiée à la
sainte croix. La Charité, « fille aînée de Cluny », fut,
comme son nom l'indique, d'une grande générosité à
l'égard des populations avoisinantes. Grâce à la muni-
ficence du S. -Siège, des rois, des évêques et des sei-
gneurs, elle jouit rapidement d'une puissance maté-
rielle considérable, non moins que d'une réelle autorité
spirituelle. Elle avait juridiction sur cinquante prieu-
rés, dont les plus importants sont : S. -Pierre de Rates
(Portugal); Northampton, Pontefract, Wenlock et
Bermondsey (Grande-Bretagne); Ste-Croix (Venise);
Longueville (Normandie); Sézanne (Champagne). Elle
possédait des centaines d'églises. Au temps de sa
splendeur, elle comptait jusqu'à deux cents moines. La
vie conventuelle s'y maintint jusqu'à la Révolution.
Au cours des siècles, ce monastère connut de nom-
breux revers : incendies en 1204, 1424, 1559; sièges et
dévastations pendant la guerre de Cent Ans et les
guerres de religion; occupations par les bourguignons
et les huguenots. Malgré les mutilations nombreuses, la
plupart des bâtiments claustraux sont encore conser-
vés. L'église, aujourd'hui paroissiale, ofi're un type
complet de l'architecture romane de transition de
l'école bourguignonne.
Liste des prieurs. — Gérard (Bx), 1056, t 1087. —
Vilencus, 1088, f 1107. — Odon I" Arpini, vicomte de
Bourges et seigneur de Montfaucon, 1107-21. — Yma-
rus, 1130. — Oldric? — Pierre I''^ de Paule, 1143.—
Guillaume I", 1143-50. — Théotard, 1 150. — Rainald,
1154-61. Humbald, 1162. — Rodulphe de Sully,
420
1164, abbé de Cluny en 1173. — Gaufrid I", 1173.
Rodulphe de Sully, démissionnaire de Cluny, f 21 sept.
1176. — - Odon II, 1177, 1179. — Guidon 1", 1182-92.
— Savaric, 1192, 1194. — Guillaume II, d'abord
prieur de Sézanne, 1198, fut destitué. — Gaufrid II,
1209, fut destitué par Innocent III, 1214 (?). — Guil-
laume III, nommé en 1212, n'entra en fonction qu'en
1214. — Hugues de Bourbon, d'abord prieur de Sé-
zanne, ensuite également prieur de La Charité. —
Élie de Lopsent, 1217. — B..., 1220. — Etienne,
d'abord prieur de Reuil, 1224, 1230. — Landeric,
1235. — Théobald, prieur de Reuil, 1237. — Guil-
lauine IV de Pontoise, moine de Flavigny, prieur de
S.-Martin-des-Champs, 1244, abbé de Cluny en 1245.
— ■ Jean I", t 1262. — Milon de Vergy, prieur de S.-
Martin-des-Champs, 1262, t 1273. — Simon d'Armen-
tières, 1274, créé cardinal le 20 sept. 1294. — Ber-
trand de Colombières, 1294, abbé de Cluny en 1295. —
Pierre II de Beljoyeuse, 1296-1330. — Jean II de Ma-
zières, prieur de Cluny, 4 mars 1333, t 1335. — Guil-
laume V de Poitiers, 1336, évêque de Langres en 1346.
— Othon II de Poitiers, son frère, abbé de S. -Pierre de
Châlons, 1350, puis év. de Verdun. — • Pierre III,
12 juin 1350, prieur de Bonny-s. -Loire en 1364. —
Bernard, prieur de Bonny-s. -Loire, échangea avec le
précédent le 6 juill. 1364, t 1394. — Valentin, prieur
de Reuil, 1394, t 1420. — Guillaume IV de Bosco-
vario, nommé en 1421, échangea la même année avec
le suivant. — Guidon II de Nourris, prieur de S.-Mar-
tin-des-Chami)s, 1421. — Jean III de Vinrelles, prieur
d'Inimont, puis, en même temps, d'Ancre, ensuite de
Sauxillanges, grand-prieur de Cluny, prieur de La Cha-
rité le 5 oct. 1421, devint abbé de S. -Claude de Jura. —
Théobald Doët, 1433. — Jean IV Quinart, 1434, sans
doute compétiteur du précédent. — - Jean V Cham-
bellan, 1439, t 1470. — Philibert de Marassin, abbé de
Méobec de Bourges, 1470, f 1486. — Charles de Bour-
bon, cardinal, év. de Clermont et archev. de Lyon,
t 17 sept. 1486. — Antoine de Rupe, créé prieur titu-
laire en 1488. — Jean VI de la Magdelaine de Ragny,
1504, abbé de Cluny en 1518, démissionna bientôt et
revint à La Charité. — • Jacques Le Roy, abbé de S.-
Florent de Saumur, nommé par l'abbé de Cluny, mais
résigna bientôt en faveur du suivant. — - Robert de
Lenoncourt, cardinal, év. de Châlons, Metz, Arles,
Évreux, prieur commendataire en 1538, en même
temps abbé de plusieurs autres monastères; réduisit
à trente le nombre des moines, démissionna eu 1561 en
faveur de son neveu, f 1561. — Philippe de Lenoncourt,
cardinal, év. de Châlons, puis d'Auxerre, abbé d'autres
monastères, réduisit les moines à dix-huit, f à Rome
1591. — L'abbé de Cluny, Claude de Guise, nomma
Benoît Jacquet, moine de La Charité, mais celui-ci,
selon une convention, résigna en faveur du suivant. —
Louis de Clèves, chan. régulier de S.-Augustin, fils
naturel de François de Clèves, abbé de Bourras, fut
nommé en 1595 par Clément VIII, sous la condition de
faire profession monastique. En 1606, devint év. titu-
laire de Bethléem, et résigna en faveur de son neveu.
— Jean VII de Clèves, chan. régulier de S.-Augustin,
fut nommé prieur commendataire en 1606, 19 oct.
1619. — Charles de Gonzague de Clèves, commenda-
taire le 9 mars 1622; devenu duc de Nevers, il quitta la
cléricature et démissionna en faveur du suivant. • —
Jean VIII de Passelaigue, moine de La Charité,
19 juill. 1625. Il reçut encore d'autres bénéfices, parmi
lesquels le siège de Belley. Après quatre ans, céda en fa-
veurdu suivant. — -Alphonse-Louis du Plessis de Riche-
lieu, card., archev. de Lyon; commendataire le
22 juill. 1629, réforma le monastère, dut quitter ce
bénéfice par suite d'une sentence du grand conseil. —
A cette époque, Charles-Louis de Lorraine, fils naturel
du card. de Guise, fut nommé prieur de La Charité,
CHARITE (LA) - C M .\ R IT E-S U R-LO I R R (LA)
^1
421
CHARITÉ-SIIR-LOIRE (LA)
— CHARITON
422
mais il est difTicile de lui assigner une date précise. —
Pierre IV Payen des Landes, 1646, résigna en faveur
de son neveu, t 15 janv. 1664. — Jacques Martineau,
nommé en déc. 1663, après six mois échangea La Cha-
rité contre l'abbaye des Vertus et le prieuré de S. -Vi-
vant en faveur du suivant, f 1681. — Nicolas Colbert,
év. de Luçon, puis d'Auxerre. Après six mois, à son
tour, résigna en faveur de son neveu. — Jean-Nicolas
Colbert, nommé en 1665. Fut nommé coadjuteur de
l'archev. de Rouen, archev. et primat de Carthage,
4 août 1680, t 10 déc. 1707. — Frédéric-Constantin de
La Tour d'Auvergne, chan. de Strasbourg, nommé en
1707. — Frédéric- Jérôme de Roye de La Roçhefou-
cauld, prieur à La Charité; coadjuteur de Cluny,
29 sept. 1738; abbé de Cluny, en 1747, à la mort de son
oncle. — Dominique de La Rochefoucauld, vie. gén. de
l'archev. de Bourges, reçut de ce dernier la commende
de La Charité et la coadjutorerie de Cluny, fut nommé
archev. d'Albi le 30 avr. 1747, de Rouen le 5 avr. 1759;
nommé abbé de Cluny en 1757, il céda La Charité au
suivant. — François-Joachim de Pierre de Bernis, com-
mendataire, 1757, card. -diacre en 1758, archev. d'Albi
le 30 mai 1764.
C. Aveline, Petite hist. de La Charité, La Charité-s. -Loire,
1924. — Baunier-Besse, Abbayes et prieurés..., vi, 94. —
P. Beaussart, L'église bénédictine de La Charité-s. -Loire,
La Charité, 1929. — Cottineau, 705-06. — Gall. christ., xii,
403. — R. de Lespinasse, Cartulaire du prieuré de La Charité-
s.-Loire ( Nièvre), ordre de Cluni, Nevers, 1887. — .1. Loc-
quin, Neiiers et Moulins. La Charité-s. -Loire, coll. Les villes
d'art célèbres, Paris. 1913. — Mabillon, Annales O. S. B.,
IV, 134, 562; v. — L. Serbat, La Charité, dans Congr.
archéol. de France, lxxx« sess., 1916, p. 374-400.
R. Van Doren.
1 . CHARITON, martyr, est cité le 23 janv., par
un synaxaire de Grottaferrata (xii« s.), comme com-
pagnon de S. Clément d'Ancyre.
A. S., janv., m, 71. — Sgnax. Eccl. Constant., 417-41.
R. Van Doren.
2. CHARITON, martyr en Syrie le 6 mars (?).
A cette date le martyrologe hiéronymien porte Cari,
Attonis. Certaines variantes lisent Cariaitonis. Mais ce
ou ces personnages ont-ils jamais existé?
A. S., mars, i, 361-62. — Mort. Hier., éd. Delehaye, 128.
R. Van Doren.
3. CHARITON est mentionné au 1" juin par le
synaxaire de Constantinople, avec Justin, comme
martyrs romains. Mais les documents latins les
ignorent.
.4. S., juin, I, 16-22. — Sgnax. Eccl. Constant., 721-22.
R. Van Doren.
4. CHARITON, martyr, 3 sept. Le martyrologe
romain cite Chariton avec Zénon et ajoute qu'ils
furent précipités dans un foyer ardent. Ce détail et
l'union des deux noms proviennent des ménées et
n'ont aucune base historique.
A. S., sept., I, 615. — Mart. Rom., 377. — Synax. Eccl.
Constant., 18.
R. Van Doren.
5. CHARITON, martyr, mentionné par le syna-
xaire de Constantinople au 9 sept. Le personnage est
inconnu par ailleurs.
Sgnax. Eccl. Constant., 32.
R. Van Doren.
6. CHARITON (Saint), fondateur de colonies
d'ermites (laures) en Palestine au iv« s., fêté dans
l'Église grecque le 28 sept. D'après sa Vie (voir injra),
Chariton, membre d'une famille en vue d'Iconion, con-
fesse la foi sous Aurélien (270-75); libéré à la mort du
persécuteur, il se met en route pour Jérusalem, et non
loin de la Ville sainte tombe aux mains de brigands qui
le séquestrent dans une caverne; ceux-ci meurent
bientôt tous ensemble pour avoir bu du vin empoi-
sonné; à l'emplacement de la caverne, Chariton fonde
la laure de Pharan, avec la « Vieille église » qu'il dédie
sous l'épiscopat de Macaire de Jérusalem, un des
Pères de Nicée. Bientôt, incommodé par les foules
qu'attirent ses miracles et sa réputation de sainteté, il
décide de quitter Pharan; après avoir fait ses recom-
mandations à ses disciples, il se retire dans une autre
grotte, au désert de Jéricho : c'est l'origine de la laure
de Douka. Il fonde ensuite de la même manière la
laure de Souka ou « Vieille laure », à environ 14 stades
de Thécua; à Souka, il élit domicile dans une grotte
inaccessible où il fait jaillir miraculeusement une
source, et qui portait encore du temps de l'auteur le
nom de KpepaCTTov toO àyîou XapÎTCovoç. Prévenu par
Dieu de l'imminence de sa mort, il retourne à Pharan,
et adresse avant de mourir une longue exhortation
aux moines des trois laures réunis autour de lui.
La Vie grecque de S. Chariton a été publiée sous sa
forme métaphrastique {B. H. G., 301) par le P. J. Stil-
tingh, en 1760, dans les A. S. (sept., vu, 612-21), puis,
en 1864, dans P. G. (cxv, 899-918). La Vie ancienne,
dont la recension métaphrastique est un remanie-
ment, n'a été éditée qu'en 1941 {Bull, de l'Inslihit
hi.it. belge de Rome, xxi, 16-46).
L'auteur ne donne sur lui-même que des renseigne-
ments vagues. A la fin de son œuvre (c. xlii), il
explique qu'il écrit longtemps après les faits qu'il
raconte, et sans le secours d'aucun document écrit.
Il Car des autres saints ascètes qui brillèrent par leurs
vertus monastiques bien plus tard [que S. Chariton],
on a écrit la vie, soit de leur vivant, en cachette, soit
immédiatement après leur mort... Mais personne du
temps de S. Chariton n'a recueilli sa vie par écrit, car
les moines étaient rares [en ce temps-là], et même les
chrétiens étaient très peu nombreux, et de plus pour-
chassés par les persécuteurs. C'est seulement par tra-
dition orale que les moines des monastères fondés par
S. Chariton se sont transmis successivement les uns
aux autres les faits et gestes du saint, et ont ainsi
conservé jusqu'à nous [le souvenir] de ce que nous
avons raconté. »
Comme l'a montré le P. Stiltingh (loc. cit., p. 609-10,
n. 8-14), l'auteur qui parle ainsi devait vivre à une
époque notablement postérieure à celle de S. Chariton;
il écrivait vraisemblablement au vi" s., et peut-être à
l'exemple de Cyrille de Scythopolis.
L'hagiographe déclare, on l'a vu, qu'il tient tous ses
renseignements de la tradition orale. 11 semble que l'on
puisse se fier à cette tradition orale pour l'essentiel de
ce qui est rapporté dans la partie proprement monas-
tique de la Vie (c. xiii-xxv); les laures de S. Chariton
pouvaient avoir conservé fidèlement le souvenir de
leur fondateur, et le récit ne semble pas devoir grand
chose à la pieuse imagination de l'auteur. Il faut sans
doute lire avec plus de défiance la première partie de
la Vie, où sont racontées la confession de Chariton
sous Aurélien (c. ii-viii) et l'histoire de brigands qui
lui advint ensuite; cette partie a une allure plus légen-
daire et, s'il y a quelque vérité dans le récit de lc*(on-
fession, l'auteur semble bien en tout cas faire erreur en
plaçant cet épisode sous l'empereur Aurélien (270-75),
car il est difficile de concilier cette donnée chronolo-
gique avec l'autre, de bien meilleur aloi, qui fixe la
dédicace de l'église de Pharan sous l'épiscopat de Ma-
caire de Jérusalem (314-33 environ). Dans la recen-
sion remaniée du Chronographicon sijntomon de Nicé-
phore le Patriarche (f 815), recension qui a vu le jour
vers l'an 850, peut-être à Jérusalem, une interpolation
au texte de Nicéphore place la confession de Chariton
sous le règne de Tacite (275-76) (éd. C. de Boor, Nice-
phori archiepisc. Constanl. opuscula fiistorica, Leipzig,
1880, p. 95, cf. p. xxxiv); cette interpolation dérive
sans doute de la Vie.
4 2 3
CIIAIUTON
CHAULE MA(ÎNF,
4 ■> r.
L'hagiographe fait mourir S. Chariton à Pharaii
(c. xxxvn); dans une lettre de 817 {Epist., ii, 17,
P. G., xcix, 1169 C), Théodore Studite exprime à
l'higoumène de la laure de S. Chariton (c.-à-d. de Sou-
ka) le désir qu'il aurait de visiter le tombeau du saint.
Sources. — Vie prémétaphrastique, éd. G. Garitte, dans
Bull, de l'inslit. hist. belç/e de Borne, xxi, 1941, p. 16-46. —
Vie métaphrastique, dans B. H. G., 301 : éd. J. Stiltingh,
dans A. S., sept., vu, Anvers, 1760, p. 612-21 : éd. de Paris,
1867, p. .572-81 ; 2« éd. indépendante de la première, dans
P. G., cxv, Paris, 1864, col. 899-918. — Notice du synaxaire
grec, dérivée de la Vie, éd. H. Delehaye, dans Synax. Eccl.
Constant, (dans A. S., Propylaeum de nov.), Bruxelles, 1902,
col. 85-86. — Vie géorgienne de S. Chariton, conservée
dans le codex Addil. 11281 du British Muséum, fol. 145 r"-
162 V» (xi" s.) : J. O. Wardrop, A Catal. oj Georg. Maniis-
cripls in the Brit. Mus., Londres, 1913 (appendice à F. C. Co-
nybeare, A Catal. of the Armenian Maniiscripts in the Brit.
Mus.), p. 397-405; cette version représente la recension pré-
métaphrastique. Une version géorgienne de la recension mé-
taphrastique est conservée dans le ms. 20 d'Iviron, fol. 105
r''-113 r° : R. P. Blake, dans Rev. de l'Orient chrétien, xxix,
1933-34, p. 127, n. 15. — Version arabe d'une des deux
Vies grecques dans le ms. arabe .395 du Sinaï (daté de 1328-
29) : Le Muséon, lxiii, 1950.
Travaux. — J. Stiltingh, dans A. S., sept., vu, Anvers,
1760, p. 607-12; Paris, 1867, p. 568-72. — F. Oltarzevsklj,
Palestinskoe monasestvo s IV do VI vjexa, dans Pravosl. Pa-
lest. Sbornik, xv-2, S.-Pétersbourg, 1896, p. 24-41. —
F. R. Génier, Vie de S. Euthyme le Grand, Paris, 1909, p. 7-
15 (coll. Eludes palest. et orient.) — S. Schiwietz, Dos mor-
genldndische Mônchtum, u, Mayence, 1913, p. 131-36. —
."j. P. Kirsch, art. Chariton, dans L. T. K., u, 1931, col. 841.
— G. Garitte, La Vie prémétaphrastique de S. Chariton, dans
Bull, de rinstilut hisl. belge de Rome, xxi, 1941, p. 5-50. —
F. Drexl, dans Ifijz. Zeilschr., xm, 1942, p. 314. — P.
Peeters, dans A. Bail., i.x, 1942, p. 230-31. — P. V. Corbo,
dans La Terra santa, xxii, 1947, p. 159-62. — Sur les
laures fondées par S. Chariton, voir A. Couret, La Palestine
sous les empereurs grecs (326-636), thèse, Grenoble, 1869,
appendice, p. vi-x. — C. Schick-K. Marti, dans Zeilschr. d.
deutsch. Palestina-Vereins, m, 1880, p. 6-11, 37-39. —
S. Vailhé, Les premiers monastères de la Palestine, dans
Bessarione, ni, 1897-98, p. 39-58; Id., dans Reu. de l'Orient
chrétien, iv, 1899, p. 524-25 (Souka), 528 (Crémaste), ,528-
29 (Douka); v, 1900, p. 42 (Pharan); x, 1904, p. 333-58. —
S. Schiewietz, Das morgenlàndische Mônchtum, u, 1913,
p. 136-43. — H. Leclercq, art. Laures palestiniennes, dans
D. A. C. L., VIII, 1966-72. — F.-M. Abel, Géographie de la
Palestine, u, Paris, 1938, p. 307, 404, 471 (coll. Études bibl.).
— Carte des monastères et laures de Palestine à la fin du
volume de M.-.I. Rouët de .Journel, Jean Moschus. Le Pré
spirituel, Paris, 1946, coll. Sources chrétiennes.
G. Garitte.
CHARLAS (Antoine), 1634-98, ecclésiastique
français qui fut mêlé à la querelle de la régale, au cours
de laquelle il seconda Caulet, évêque de Pamiers. Il na-
quit à Puymaurin (Comminges), en 1634, étudia à
l'université de Toulouse où il fut l'élève du domini-
cain Raymond Maillât, théologien insigne et réforma-
teur de la discipline religieuse dans son ordre. Sur
recommandation de ce dernier, il est, dès 16.57, nommé
par Caulet, évêque de Pamiers, vice-secrétaire de
î'ofiîcialité ; en 1660, il est agrégé au chapitre de
N.-B.-du-Camp; en 1670, il est promu ofïicial et direc-
teur du séminaire; en 1678, vicaire général.
Charlas joua un rôle de premier plan dans la querelle
de la régale. Son rôle a été ainsi défini par son dernier
historien, Mgr Vidal : « Parmi les hommes de son en-
tourage, celui à qui François-Étienne de Caulet,
évêque de Pamiers, paraît s'être le plus confldem-
ment livré, c'est Antoine Charlas, à qui il remit le
soin de sa propre conscience, puis la direction de son
séminaire, enfin, à titre de vicaire général, le gouver-
nement du diocèse. L'homme se distinguait en effet
par une intelligence vive, une science vaste et un
solide jugement. Il fut le penseur et le théologien du
groupe qui entourait l'évêque; aussi vertueux d'ail-
leurs que ses saints confrères et de bon conseil plus
qu'aucun d'eux. » Charlas collabora à la rédaction des
écrits de Caulet contre la régale : « M. du Ferrier, écrit
Laborde, a fourni la matière du Traité sur la régale:
1 mais MM. Charlas, Cazenave et Jullien l'ont mis en
la forme qu'il est. » Ces trois auteurs avaient des confé-
rences à Toulouse où Cazenave et Jullien résidaient.
Il faut noter que Charlas était un modéré, qu'il don-
1 nait à Caulet des conseils de prudence qui n'étaient
pas toujours suivis. C'était aussi son confesseur et
c'est lui qui l'assista à ses derniers moments. Caulet
mourut le 7 août 1680; aux obsèques, (charlas, désigné
comme exécuteur testamentaire, fit un discours au
peuple. Le chapitre lui conféra, ainsi qu'à Cerle, des
pouvoirs de vicaire capitulaire. Ils furent tous deux
obligés bientôt de s'enfuir pour se dérober aux
recherches de la police. Charlas mena quelque temps
une vie errante, fuyant de cachette en cachette, mais,
nul asile n'étant sûr pour lui en terre de France, il lui
fallut s'expatrier et chercher refuge à Rome (1683 ou
1684), où il vécut comme un ascète, très estimé du
pape et de plusieurs cardinaux. Cependant la police
française ne l'oubliait pas et, en 1687, il fut impliqué
dans le procès dirigé contre le médecin Peysonnel de
Marseille qui servait d'intermédiaire et faisait passer
la correspondance des réfugiés. Il fut condamné au
bannissement à vie et ses biens furent confisqués.
A Rome il ne borne pas son activité aux affaires de
la régale; il s'occupe du quiétisme et dans cette affaire
il seconde les agents de Bossuet qui, dans sa corres-
pondance, l'appelle Nicodème. Cependant la mort de
Cerle (vers 1691) l'obligea à s'immiscer plus avant
dans l'administration de son diocèse : c'est lui qui
communique en tant que vicaire général la bulle
d'indiction du jubilé; Mgr Vidal a publié in extenso la
très belle lettre qu'il envoya à cette occasion aux
fidèles de Pamiers. Le 2 juill. 1692, il rend une ordon-
nance prescrivant des prières publiques pour le roi,
la famille royale et l'État. Il mourut le 7 avr. 1698. Il
logeait alors chez les oratoriens de la Vallicella; tombé
dans une sorte de léthargie, un médecin français essaya
de l'en tirer par un remède violent qui le tua. Il fut
inhumé à Ste-Sabine. Ceux qui l'avaient connu décer-
nèrent de grands éloges à sa mémoire. C'était « un
oracle » pour les cardinaux qui le consultaient. Il avait
été « le penseur et l'écrivain du groupe antirégaliste »,
combattant également les théories gallicanes dont il
fut le contradicteur acharné. Son Tradatus de liber-
tatibus a été inscrit à l'Index par décret du 4 juin 1721.
j Œuvres principales. — Tradatus de libertatihus
j Ecdesiae gallicanae..., 1682; De la puissance de l' Église,
ou réponse au traité historique de Monsieur Maim-
bourg...; Du concile général..., Liège, 1688; Primatus
jurisdidionis Romano pontifiai assertus..., Cologne,
1700; Causa regaliae penitus explicata..., 1685 ; Dispu-
tatio theologica de opinionum deledu in quaestionibus
moralibus.
.J.-M. Vidal, Antoine Clicu-las, Castillon-en-Couserans,
1934, extr. du Bull. hist. du dioc. de Pamiers (avec portrait
de Charlas). — R. Naz, dansD. D. Can., m, 617. — Mgr Mar-
tin, Les origines du gallicanisme, i, Paris, 1939, p. 30.
C. Laplatte.
CHARLEIVIAGNE, en latin Carolus Magnus,
nom donné par l'histoire à Charles, le plus grand des
rois des Francs, qui régna de 768 à 814. |
I. Premières années. — Né en 742, il était le fils
aîné de Pépin le Bref et de Bertrade, fille de Charibert,
comte de Laon. Il avait un frère cadet, Carloman ,
(supra, XI, 1060-61, Carloman-2). A l'âge de douze
ans, le 28 juill. 755, il fut sacré à S. -Denis, avec son
père et son frère, par le pape Étienne II, venu en
Gaule, qui les oignit tous trois de l'huile sainte. Le I
pape fit ensuite, sous la menace de l'excommunica-
tion, défense aux Francs de choisir jamais un roi en
425
CHAHLEMAGNE
426
dehors de la descendance de Pépin. Cet acte indiquait
que Dieu et l'apôtre Pierre confirmaient Pépin dans
sa royauté et rendaient la couronne héréditaire dans
sa famille. Ainsi fut fondée la dynastie carolingienne,
dont Charlemagne fut le roi le plus glorieux (Levil-
lain, De l'authenticité de la « clausula de unctione
Pippini », dans Dibl. de l'École des chartes, 1927,
p. 20-42).
Le pape donna aussi aux princes qu'il venait de
sacrer le titre de n patrices des Romains ». Désormais
les lettres expédiées par la Chancellerie pontificale à
l'adresse de Pépin et de ses fils portèrent cette men-
tion : « Aux seigneurs nos très excellents fils, le roi
Pépin..., Charles et Carloman, tous trois patrices des
Romains. " Ce n'était à la vérité qu'un titre honori-
fique, dont il était difficile de déterminer la portée.
Pépin le Bref n'y attacha guère d'importance et ne le
porta point dans ses actes. Mais, plus tard, Charle-
magne sut en tirer des conséquences pratiques.
II. DÉBUTS DU RÈGNE. — • En 768, Pépin, sentant sa
fin prochaine, partagea, en présence des grands, son
royaume entre ses deux fils : car, comme les Mérovin-
giens, à qui il avait succédé, il était imbu de l'idée
qu'un royaume était semblable à un patrimoine, dont
chaque fils devait avoir sa part. Charles, l'aîné, eut le
lot le plus avantageux comprenant la majeure partie
de l'Austrasie et de la Neustrie et l'Aquitaine occiden-
tale. Carloman reçut la Bourgogne, la Provence, la
Septimanie, l'Alsace et l'Alémanie, avec quelques
comtés en Neustrie et en Austrasie et le reste de
l'Aquitaine.
Pépin mourut peu après, le 24 sept. 768. Le 9 oct.,
ses deux fils furent élevés à la royauté, Charles à
Noyon et Carloman à Soissons, « par leurs grands et la
consécration des prêtres ».
Les deux jeunes rois ne ijaraissenl pas avoir été
toujours d'accord. Mais Carloman mourut trois ans
après, le 4 déc. 771. Il laissait des enfants en bas âge.
Charles s'empressa d'occuper son royaume et de se
faire reconnaître roi par ses grands. L'unité de la mo-
narchie franque était rétablie. Charles, qui était main-
tenant le plus puissant des princes de l'Occident, allait
continuer l'œuvre de son père Pépin, en y mettant la
marque d'un prestige incomparable.
III. Guerres. — Charlemagne fut occupé presque
chaque année de son règne à faire campagne. Comme
le dit son historien Éginhard, « le royaume franc, qu'il
avait reçu de Pépin, son père, déjà vaste et puissant,
noblement développé par lui, fut augmenté de près
du double ».
Il affermit d'abord son autorité sur des pays qui,
après avoir été soumis par Pépin, s'étaient révoltés.
L'Aquitaine, qui s'était soulevée en 769, fut rapide-
ment domptée. Le duc Tassilon de Bavière, qui s'était
reconnu vassal de Pépin, ne tenait guère ses engage-
ments : en 788, Charles finit par le faire tondre et en-
fermer dans un couvent et annexa la Bavière. Des
comtes francs, établis en Aquitaine et en Bavière, y
remplacèrent les cadres indigènes.
Surtout Charlemagne conquit de nouveaux terri-
toires. Il faut remarquer que la plupart de ces guerres
eurent un caractère religieux. En Italie, il s'agissait de
défendre le Siège apostolique contre un roi chrétien
qui le menaçait. Ailleurs Charles eut à combattre des
peuples ennemis de la foi chrétienne, qui étaient pour
le royaume des Francs des voisins dangereux.
1" Expéditions en Italie. — Comme son père, Charle-
magne fut amené à intervenir en Italie à la demande
du pape, à qui Pépin le Bref avait constitué un do-
maine temporel dont les Lombards auraient voulu
s'emparer.
Au début de son règne, il semblait que tout était
disposé pour une paix durable. En 756, le duc de Tos-
cane, Didier, avait été élu roi des Lombards grâce à
l'appui du pape Étienne II et de l'abbé Fulrad envoyé
du roi des Francs. Il avait juré solennellement d'exé-
cuter les engagements pris par son prédécesseur As-
! tulf et même promis au pape de lui céder plusieurs
cités voisines de l'exarchat de Ravenne et de la Pen-
tapole. Pépin le Bref s'était imaginé que ce roi serait
un allié fidèle de la royauté franque et du Saint-
Siège.
I Didier ne répondit pas au.x espérances qu'on avait
\ mises en lui. En 768, à la mort du pape Paul I", il
tenta d'installer dans la chaire de S. Pierre une de ses
créatures, le diacre Philippe, qui d'ailleurs ne put pas
s'y maintenir. Le pape Étienne III, élu à la place de
Philippe, avait de justes raisons de se méfier de ce
perfide allié. Bien plus, en 770, Didier essaya aussi de
disposer de l'évêché de Ravenne qui pourtant faisait
partie du Patrimoine de S. -Pierre.
Cependant, du côté franc, on faisait encore con-
1 fiance à Didier. Après la mort de Pépin, ses deux fils
I Charles et Carloman, dociles aux conseils de leur mère,
I la reine Bertrade, croyaient possible de s'entendre
t avec lui. Même, Charles répudia sa première femme
Himiltrude pour épouser la fille de Didier, que sa
[ mère lui amena d'Italie.
1 Vainement le pape Étienne III écrivit aux deux rois
[ des Francs une lettre énergique pour les détourner de
: l'alliance lombarde. Il leur rappelle qu'il est contraire
aux usages de leur famille d'épouser des étrangères,
qu'au surplus ils sont mariés et que la loi de Dieu leur
interdit de « recevoir des femmes autres que celles
' qu'ils ont primitivement acceptées ». Puis il les prie
I de considérer « qu'ils ont promis au prince des apôtres
! et à ses vicaires d'avoir les mêmes amis et les mêmes
j ennemis que lui », et qu'ils ne peuvent s'unir en
conscience à un peuple parjure « qui ne cesse d'atta-
; quer l'Église de Dieu et d'envahir la province
. romaine ».
La lettre pontificale n'émut point Charles, qui
croyait encore aux Lombards. Cependant Didier
menaçait de plus en plus l'indépendance du Siège
, apostolique. En 771, sous prétexte de venir prier sur
i la tombe du prince des apôtres et de traiter directe-
ment avec le pape, il pénétra à S. -Pierre de Rome avec
une troupe armée, arrêta le primicier Christophe et son
j fils le secondicier et leur fît crever les yeux. Il sem-
1 blait tenir le pape à sa discrétion.
Néanmoins il ne put pas exploiter son succès jus-
qu'au bout. Le pape Étienne III, étant mort, fut
aussitôt, malgré les intrigues du parti lombard, rem-
placé par un pontife énergique, Adrien I", qui était
issu d'une vieille famille romaine (Adrien I", supra,
I I, 614-19).
1 Didier, tout en cherchant à négocier avec le nou-
, veau pape, mit, en avr. 772, la main sur Faenza et le
' duché de Ferrare et dévasta les environs de Ravenne.
! Bientôt il fit avancer ses troupes à travers la Penta-
I pôle. De plus en plus l'indépendance du S. -Siège était
j mise en péril.
I Entre temps, Charles avait répudié la fille de Didier
qu'il avait renvoyée à son père. Le roi des Lombards
! aggrava la brouille en donnant asile à la veuve et aux
deux fils de Carloman, qui venait de mourir. Même il
travailla de toutes ses forces à faire rendre aux deux
jeunes princes l'héritage de leur père, dont Charles
s'était emparé.
Aussi, en janv. 773, Charlemagne, se trouvant à
I Thionville, fit bon accueil à l'ambassade que
j Adrien 1" lui avait députée pour implorer son secours.
L'envoyé pontifical lui rappela que, depuis le jour où
Étienne II lui avait donné l'onction royale et le patri-
ciat des Romains, il était devenu le protecteur légi-
time et le défenseur de ces derniers. Laisserait-il plus
427
CHARLEMAGNE
428
longtemps la Ste Église de Dieu exposée aux attaques
de ses ennemis?
Charles, alors occupé par la guerre de Saxe, chercha
d'abord à négocier avec le roi des Lombards. N'ayant
obtenu aucun résultat satisfaisant, il se décida à inter-
venir en Italie. A l'automne de 773, il franchit les
Alpes et, après quelques jours de campagne, il obligea
Didier à se renfermer dans Pavie. Il jugea préférable
de réduire la ville par la famine plutôt que de l'empor-
ter de vive force. Aussi le siège durait encore au prin-
temps de 774.
Pavie étant rigoureusement bloquée, Charles alla à
Rome célébrer les fêtes de Pâques auprès des tom-
beaux des apôtres. Le pape Adrien l'accueillit avec le
cérémonial qui avait été autrefois en usage « pour
recevoir un exarque et un patrice ». Des délégations
vinrent au-devant de lui, à mesure qu'il approchait de
la Ville éternelle : les unes bannières en tête, les autres
portant des palmes et des rameaux d'olivier. Enfin, à
l'entrée de la ville, il fut reçu par les croix des sept
régions ecclésiastiques. Le patriciat du roi des Francs,
qui jusqu'alors était resté honorifique, semblait
prendre valeur, en se confondant avec la fonction
d'exarque.
En entrant dans Rome, le samedi saint 2 avr. 774,
Charles mit pied à terre, voulant montrer qu'il ne
venait qu'en pèlerin. Baisant chaque degré, il monta
les marches qui donnaient accès à l'atrium de S.-
Pierre. Le pape, qui l'attendait sur le palier, le reçut
dans ses bras. Puis, tenant la main du pontife, le roi
des Francs entra dans l'église, pendant que le clergé
chantait : « Béni soit celui qui vient au nom du Sei-
gneur 1 » Arrivé au terme de son pèlerinage, le roi avec
sa suite alla se prosterner devant la confession de
S. Pierre.
Charles suivit pieusement avec le pape toutes les
cérémonies des fêtes pascales. Après quoi commen-
cèrent les conversations politiques. Charles, s'étant
fait relire les promesses faites par son père au Siège
apostolique, les confirma et les augmenta. Désormais
le Patrimoine de S. -Pierre devait comprendre les cités
et les territoires sis au sud d'une ligne qui, partie de
Luna près de la Spezia à l'embouchure de la Magra,
remontait le cours de cette rivière, franchissait l'Apen-
nin au col de la Cisa pour englober tout l'exarchat de
Ravenne, tel qu'il était anciennement constitué, ainsi
que la Vénétie et l'Istrie qui étaient encore sous la
domination byzantine. Les duchés de Spolète et de
Bénévent, ainsi que la Corse, étaient pareillement
réservés au pape. Ainsi était tracée une démarcation
entre la zone d'expansion pontificale et celle du roi
franc pour le cas d'une défaite du roi des Lombards.
En raison de diverses difilcultés, le S. -Siège ne put pas
prendre possession de tous les territoires qui lui
avaient été attribués.
Après s'être accordé avec le pape, Charles reprit la
direction du siège de Pavie. En juin, la place se rendit :
Didier et sa famille furent envoyés en captivité à Cor-
bie. Maintenant Charlemagne était maître de tout le
royaume lombard et aussi protecteur des Romains.
Désormais il s'intitula, dans la suscription de ses
actes : Carolus gratia Dei rex Fmncorum atque Lango-
bardoriim ac patricius Romanorum.
Roi des Lombards, il gouvernait ce peuple au lieu et
place de Didier. La Lombardie continuait, en prin-
cipe, à former un royaume distinct. Mais Charlemagne
prit des mesures pour assurer la domination franque :
il installa dans le pays des comtes et des vassaux
d'origine franque; il y concéda des domaines à de
grandes églises de Francia comme S. -Martin de Tours;
il le fit constamment visiter par ses missi.
Patrice des Romains, Charlemagne fit de ce titre
une fonction efl'ective qui lui permettait de s'immiscer
dans les afïaires de la Respublica Romana. Sans doute,
depuis qu'il n'y avait plus de duc de Rome, le pape
exerçait l'autorité temporelle dans le Patrimoine de
S.-Pierre. Mais le patrice, en sa qualité de défenseur de
la Ste Église romaine, avait constamment son mot à
dire : il accueillait les plaintes des Romains contre les
officiers pontificaux, il envoyait ses missi à Rome
pour faire des inspections; au besoin il adressait au
pape les remontrances qu'il jugeait opportunes. De
plus en plus, la situation du Souverain pontife res-
semblait à celle d'un évêque du royaume des Francs,
qui, tout en jouissant de certaines prérogatives tem-
porelles sous le couvert de l'immunité, n'en était pas
moins soumis à la souveraineté royale.
2° Conquête de la Saxe. — - Avant Charlemagne,
aucun prince franc n'avait entrepris de conquérir la
Saxe. La domination franque ne s'étendait au delà du
Rhin que sur la Thuringe, la Hesse et la Bavière.
Les Saxons occupaient, dans la Germanie septen-
trionale, des pays qui du côté de l'Ouest étaient
proches du Rhin et allaient à l'Est jusqu'à l'Elbe et
son affluent la Saale; ils s'étendaient aussi sur le
littoral de la mer du Nord, de l'embouchure de la
Weser à celle de l'Eider. Ils étaient divisés en un
grand nombre de peuplades indépendantes, sans unité
politique. Mais ils formaient bloc dès qu'ils se sentaient
menacés.
C'étaient pour les Francs des voisins dangereux.
Restés païens, ils molestaient et massacraient les mis-
sionnaires chrétiens qui cherchaient à les convertir.
Ils allaient sans cesse piller et dévaster les pays limi-
trophes soumis à la domination franque.
Jusqu'alors les maires du palais et Pépin le Bref
n'avaient fait en Saxe que des expéditions punitives
qui se bornaient à manifester la force franque et à
exercer des représailles. Il ne s'agissait pas de conqué-
rir le pays. Tel fut encore le caractère des premières
expéditions de Charlemagne.
En 772, pour punir les Saxons qui avaient envahi la
Hesse, il détruisit le sanctuaire de l'idole Irminsul, qui
était l'objet d'une vénération particulière; il s'empara
du château d'Ehresburg pour en faire une position
avancée de son royaume; puis il parcourut le pays
jusqu'à la Weser en dévastant et en brûlant. Arrivé
sur les bords de ce fleuve, il reçut des chefs saxons qui
lui donnèrent douze otages en garantie de leur fidélité.
L'année suivante, 773, les Saxons, profitant du
départ de Charles pour l'Italie, ravagèrent de nouveau
la Hesse et la Frise. S'étant emparés de la basilique de
Fritzlar consacrée par S. Boniface, ils la profanèrent.
C'est seulement en sept. 774 que Charlemagne, revenu
d'Italie, lança à travers la Saxe quatre colonnes qui,
après avoir incendié et ravagé le pays, rentrèrent
avec un grand butin.
En 775, Charlemagne commença à songer à la con-
quête de la Saxe. La campagne militaire entreprise
avec des forces importantes eut un plein succès. Les
Saxons, rassemblés en masse sur les bords de la Weser,
furent dispersés au premier choc. Charles s'avança en-
suite jusqu'à rOcker. De nombreux chefs saxons
vinrent le trouver pour faire leur soumission : ils lui
jurèrent fidélité et lui remirent des otages. Pour sur-
veiller le pays, une garnison franque fut établie en per-
manence à Syburg sur la Ruhr. Désormais, suivant le
plan qui avait été arrêté à l'assemblée de Quiersy
avant l'ouverture de la campagne, commença l'évan-
gélisation méthodique du pays : des évêques et des
abbés, qui avaient suivi l'armée, prêchèrent la doctrine
chrétienne à cette nation attachée depuis la « création
du monde au culte des démons », afin de « la soumettre
par la croyance au joug doux et suave du Christ ».
Néanmoins, en 776, tandis que Charles était reparti
pour l'Italie, les Saxons reprirent l'olTensive. Mais, dès
429
GHARLEMAGiNE
430
l'été, le roi des Francs revint en Saxe et riposta victo-
rieusement. La terreur qu'il inspira amena une
prompte soumission. De nombreux Saxons, venus de
toutes les parties du pays avec leurs femmes et leurs
enfants, se rendirent aux sources de la Lippe où se
trouvait Charles; non seulement ils remirent au roi
autant d'otages qu'il voulut, mais encore ils lui pro-
mirent d'embrasser le christianisme. Pour la première
fois le baptême fut conféré à des multitudes, spectacle
propre à frapper l'imagination populaire. Il semblait
que la foi au Dieu des chrétiens était inséparable de la
fidélité au roi des Francs. Pour plus de sûreté, Charles
organisa une « marche », zone d'occupation militaire,
entre la frontière de la Hesse et le cours de la Lippe.
En 777, Charlemagne compléta ces mesures par une
solennelle manifestation. Accompagné d'un grand ap-
pareil de guerre, il tint un plaid général à Paderborn en
Westphalie. De nombreux Saxons s'y présentèrent
pour recevoir le baptême : ils jurèrent fidélité au roi,
ainsi qu'à la religion chrétienne, déclarant que, s'ils
manquaient à leurs engagements, ils consentaient « à
être privés de leur patrie et de leur liberté ». En même
temps, une première organisation ecclésiastique fut
établie en Saxe : le pays fut divisé en zones de mission
confiées à des évêques et des abbés venus de Francia.
Paderborn devint le centre d'évangélisation de la
Saxe. Une église y fut construite. Sturm, abbé de Ful-
da, y fut installé pour diriger la prédication du chris-
tianisme. Ce vieillard, qui remontait aux temps
héroïques de S. Boniface, connaissait bien les Saxons
avec qui il avait vécu en contact depuis son enfance.
Honoré d'un grand respect par Charlemagne, il obtint
avec ses prêtres d'heureux résultats.
La conversion des Saxons semblait en bonne voie.
Mais, en 778, parut un rude adversaire, Witikind, l'un
des premiers parmi les Westphaliens. N'ayant pas
pris part à l'assemblée de Paderborn, il était resté in-
soumis avec quelques autres chefs. Dès que Charle-
magne fut parti, il parcourut le pays, provoquant des
soulèvements de tous côtés. Le roi des Francs étant
occupé en Espagne, les Saxons s'avancèrent jusqu'au
Rhin, en brûlant les bourgs et les villages de la rive
droite de Deutz à Coblence et en massacrant les habi-
tants. De plus en plus, la lutte devenait atroce.
En 779, Charlemagne revint en Saxe. Il parcourut la
Westphalie en vainqueur, tuant, ravageant et brûlant.
Bientôt des rebelles vinrent lui prêter serment et lui
donner des otages. Il fit, en 780, avec un égal succès
une démonstration semblable qui le mena jusqu'à
l'Elbe. La situation paraissait rétablie. L'année 781 fut
tranquille. L'Anglo-Saxon Willehad qui, après la mort
de Sturm, avait été chargé de la direction des mis-
sions, obtint de nombreuses conversions.
Au début de 782, Charles pouvait croire que la Saxe
était définitivement soumise. En juill. il tint à Lipp-
springe une assemblée où, comme en 777, il se montra
en grand appareil de guerre. Beaucoup de chefs saxons
vinrent lui jurer fidélité. Il institua pour administrer
le pays des comtes, « pris parmi les plus nobles des
Saxons ». C'était une première ébauche d'organisation
administrative.
Mais, à l'automne, une formidable insurrection
éclata à l'instigation de Witikind, qui ne s'était pas
soumis. Les Saxons baptisés qui persistaient dans leur
foi nouvelle furent châtiés et les prêtres durent
prendre la fuite. Une armée franque fut surprise et
taillée en pièces au pied du Siintelgebirge, sur la rive
gauche de la Weser. Deux officiers du palais, quatre
comtes et vingt-quatre personnages de l'élite de la no-
blesse franque restèrent sur le terrain.
En apprenant ce désastre, Charlemagne se rendit
immédiatement en Saxe, bien que la saison fût avan-
cée. Ayant battu l'ennemi à Verden, près du confluent
de l'Aller et de la Weser, il fit décapiter 4 500 Saxons
qui lui avaient été désignés comme fauteurs de la
révolte. Ces hommes étaient coupables d'avoir man-
qué au serment de fidélité qu'ils avaient prêté au roi
des Francs : suivant le droit du temps, ils méritaient
la peine de mort.
Cette répression atroce n'amena pas la soumission
définitive. Witikind et ses compagnons continuèrent
la lutte. Charlemagne se décida à en finir en faisant la
conquête de toute la Saxe. Pendant trois années de
suite (783-85), dès que l'herbe des prés commençait
« à pousser », il se mit en campagne. Il gagna quelques
batailles rangées; mais surtout, « courant de tous
côtés, il mêlait partout le massacre à l'incendie, pillant
et prenant les châteaux ».
Tout le pays saxon étant dévasté, Witikind comprit
que la résistance était inutile et décida de se rendre.
Conduit à Attigny devant le roi des Francs, il lui prêta
le serment de fidélité et reçut le baptême. Charles fut
son parrain et lui fit de riches présents; mais il l'en-
voya résider quelque part en Gaule (785).
Désormais toute la Saxe semblait conquise. Charle-
magne, dans la Capitulatio de partibus Saxonie, édicta
une loi sévère propre à prévenir toute nouvelle révolte.
Diverses infractions contre la religion chrétienne
étaient punies de mort : non seulement le meurtre d'un
évêque, d'un prêtre ou d'un diacre ou les sacrifices
humains, mais encore le vol dans une église, l'iiiobser-
vation du carême, la crémation des cadavres, le refus
du baptême. La peine de mort était aussi portée contre
celui qui manquait à la fidélité envers le roi.
Dans les années suivantes, la hiérarchie ecclésias-
tique commença à être organisée en Saxe. En 787,
Willehad fut sacré évêque et fixa son siège à Brème
sur l'estuaire de la Weser. Des évêchés furent aussi
créés à Minden et à Verden.
Pendant plusieurs années, la Saxe resta tranquille.
Mais il y eut encore une révolte en 793. Des troupes
franques, qui traversaient la Westphalie i)our aller
faire la guerre contre les Avars, furent attaquées par
des bandes saxonnes sur la Weser et taillées en pièces.
La rébellion devint bientôt générale. <• Comme le chien
qui retourne à son vomissement, les Saxons retour-
nèrent au paganisme, mentant à Dieu et leur seigneur
le roi, qui les avait pourtant comblés de bénéfices, et
entraînant avec eux les peuples païens d'alentour...
Toutes les églises qui se trouvaient sur leur territoire
furent détruites ou incendiées; ils rejetèrent leurs
évêques et leurs prêtres, se saisirent même de quelques-
uns d'entre eux, en tuèrent d'autres et se replongèrent
dans le culte des idoles. » (Annales Laureshamenses,
793.)
Une fois de plus, tout était à recommencer. Charle-
magne dut faire quatre campagnes, de 794 à 797, pour
rétablir son autorité. Pour venir à bout des résis-
tances, il recourut au moyen nouveau de la déporta-
tion. A la fin de chaque campagne, des milliers de
Saxons furent transportés au loin dans l'intérieur du
royaume; leurs terres furent attribuées à des établisse-
ments ecclésiastiques, à des Francs, à des nobles
saxons restés fidèles.
A la suite de ces mesures, la majeure partie de la
Saxe se soumit. D'accord avec les chefs saxons, Charle-
magne publia, en 797, le Capitulare Saxonicum, qui
adoucit le régime de terreur institué par la Capitulatio
de 785. Les délits contre la religion chrétienne ou la
fidélité envers le roi n'étaient plus punis de mort : ils
n'étaient réprimés que par l'amende de 60 sous qui
sanctionnait les manquements au ban du roi ou par
des compositions pécuniaires au profit des victimes ou
de leur famille. La Saxe entrait dans le droit commun
de la monarchie franque.
Il restait cependant à conquérir la Nordalbingie, sur
431
CHARLE MAGNE
432
la rive droite du cours inférieur de l'Elbe. Après des
expéditions faites en 802 et en 804, ce pays fut vidé de
ses habitants, qui furent remplacés par des Francs ou
des peuples fidèles.
C'est ainsi que toute la Saxe fut incorporée à la mo-
narchie franque. Peu à peu, le christianisme pénétra
profondément dans tout le pays. Des évêchés furent
encore créés à Paderborn en 799 et à Munster entre
800 et 802. Assez rapidement le pays s'habitua au
nouveau régime. C'est au point que, vers 830,
Éginhard écrivait que, « unis aux Francs », les Saxons
<t ne formaient plus avec eux qu'un seul peuple ».
3" Guerres aux frontières. — L'extension du royaume
franc le mit en contact avec de nouveaux peuples :
Arabes, Avars et Danois, qui ne professaient pas la
foi chrétienne. Ces peuples étaient ennemis des Francs,
parce qu'ils étaient des infidèles. Charlemagne, pour se
défendre contre leurs incursions, fut amené à organiser
des marches ou commandements militaires sur ses
frontières.
1. Au sud de la Gaule, les musulmans d'Espagne,
que l'Occident tenait pour des païens, avaient été fort
dangereux au temps de Charles Martel. Battus à Poi-
tiers, en 732, ils avaient encore conservé en Gaule la
Septimanie, qui avait été reconquise par Pépin le Bref.
A l'avènement de Charlemagne, la domination arabe
s'arrêtait aux Pyrénées. Le voisinage avec le royaume
franc fut continu après la soumission complète de
l'Aquitaine.
Charlemagne était attiré vers les chrétiens d'Es-
pagne, demeurés sous le joug des infidèles, dont il
recevait fréquemment les plaintes. L'occasion lui
parut favorable à un moment où les chefs arabes
étaient divisés entre eux. En 777, le vali de Saragosse,
en révolte contre l'émir de Cordoue, vint à l'assemblée
de Paderborn solliciter son secours, » abandonnant au
roi les cités auxquelles il commandait ».
Au printemps de 778, Charles se mit en route et
franchit les Pyrénées. Arrivé à Pampelune, il reçut la
soumission des chefs arabes de la région. Puis Huesca,
Barcelone et Gérone tombèrent aux mains des Francs.
Mais le roi ne put prendre possession de Saragosse : un
chef arabe qui s'était installé dans la place en l'ab-
sence du vali refusa de la livrer. N'ayant pas de forces
suffisantes pour s'en emparer et rappelé vers le Nord
par le soulèvement des Saxons, Charlemagne battit en
retraite. Avec le gros de son armée, il repassa les Pyré-
nées, sans éprouver de résistance, au défilé de Ronce-
vaux; mais son arrière garde y fut surprise et massa-
crée par des bandes de Basques (15 août 778).
Dans ce combat d'arrière-garde, périrent plusieurs
grands personnages, dont le comte Roland, « préfet de
la Marche de Bretagne ». L'événement n'avait pas au
point de vue militaire une grande importance. Néan-
moins Charlemagne en eut une profonde douleur,
parce qu'il marquait l'échec de son expédition d'Es-
pagne par la mort de plusieurs de ses grands. Avec le
temps, la légende le développa pour inspirer, au xi^ s.,
la Chanson de Roland.
Charles ne put envoyer de nouvelles expéditions en
Espagne que quelques années plus tard. En 785, ses
troupes occupèrent Gérone au nord de la Catalogne; en
790, elles avancèrent le long des côtes de la Méditerra-
née. Mais, en 793, les Arabes reprirent l'offensive :
ayant franchi les Pyrénées, ils incendièrent les fau-
bourgs de Narbonne; arrêtés par le duc Guillaume,
comte de Toulouse, sur les bords de l'Orbieu, à mi-
chemin entre Narbonne et Carcâssonne, ils rentrèrent
en Espagne.
Les campagnes offensives se succédèrent ensuite,
presque d'année en année. Sous la direction du duc
Guillaume, les Francs s'emparèrent de Barcelone en
801 ; dans les années suivantes, ils devinrent à peu près
maîtres de la ligne de l'Èbre, qui marqua la frontière
sud du royaume des Francs.
Les territoires conquis constituèrent une circons-
cription militaire comprenant toute la Catalogne, qui
fut bientôt désignée du nom de « Marche d'Espagne ».
Ils furent divisés en comtés. Les musulmans ayant
quitté le pays, celui-ci était, comme la Septimanie, à
peu près vide d'habitants. Des colons, pour la plupart
chrétiens réfugiés d'Espagne, furent autorisés à occu-
per les terres vacantes : cette aprisio fut réglée par des
capitulaires.
A l'autre extrémité des Pyrénées, une série d'heu-
reuses expéditions permit aussi de constituer la
« Marche de Navarre », qui couvrit les cols de la partie
occidentale de la chaîne.
2. Après avoir achevé la soumission de la Bavière,
depuis longtemps chrétienne, Charlemagne fut en rap-
port avec les Avars.
Venus du cœur de l'Asie, les Avars, que les Francs
désignaient couramment du nom de Huns, étaient de
race turco-tartare. Campés en Pannonie, dans la vallée
du Danube, ils faisaient des courses de pillage dans
toutes les directions aux dépens des pays balkaniques
et des contrées de l'Europe centrale. Les trésors qu'ils
amassaient étaient accumulés dans une enceinte forti-
fiée que les Occidentaux appelaient, d'un terme germa-
nique, Ring ou « cercle ». Restés païens, ils étaient
aussi n ennemis des églises et persécuteurs des
chrétiens ».
Les Avars avaient soutenu les Bavarois dans leur
révolte contre les Francs. Après la défaite de Tassilon
de Bavière, ils lancèrent, en 788, contré les Francs des
attaques qui furent repoussées. Dans les années sui-
vantes, Charlemagne chercha à négocier avec eux.
Leurs incursions n'en reprenaient pas moins.
Enfin, en 791, Charles envahit la Pannonie, avec des
forces considérables. Le pays fut mis à feu et à sang.
De semblables expéditions furent entreprises dans les
années suivantes. C'est seulement en 796 que fut frap-
pé un coup décisif. Les années franques occupèrent
toute la contrée et s'emparèrent du Ring. Charle-
magne donna au pape une partie des trésors qui y
étaient entassés et partagea le reste entre ses fidèles.
Les Avars ne purent jamais se relever de ce coup. Il
y eut encore quelques soulèvements locaux dans les
années suivantes. Mais ils furent promptement ré-
primés.
Les anciens territoires avars sur la rive gauche du
Danube furent réunis à la monarchie franque. Des
marches y furent organisées pour protéger la fron-
tière. Des celons, la plupart d'origine bavaroise,
furent installés dans ces- pays qui étaient presque
déserts.
Les Avars qui n'avaient pas fui se soumirent au roi.
La religion chrétienne se répandit aussi parmi eux. A
la différence de ce qui s'était passé en Saxe, il n'y eut
pas de conversions forcées. Mais une prédication mé-
thodique eut rapidement d'heureux résultats. Les
Avars se convertirent en grand nombre. En 805 leur
khagan reçut le baptême.
3. Après avoir conquis la Saxe et la Bavière, Charle-
magne rencontra d'autres peuples païens, les Slaves et
les Danois, dont il ne soumit que quelques tribus.
Les Slaves étaient divisés en un grand nombre de
peuplades. Parmi eux, les Carinthiens étaient déjà à
demi gagnés par les Bavarois à la civilisation chré-
tienne : après la défaite de Tassilon, ils acceptèrent la
domination franque et peu à peu se convertirent à la
religion du Christ, qui leur fut prêchée par des mission-
naires envoyés par l'évêque de Salzbourg. Un autre
peuple slave, les Abodrites, établis sur la rive droite de
l'Elbe inférieur, qui étaient exposés aux coups des
Danois, des Saxons et des Slaves du voisinage, se
433
CHARLEMAGNE
434
mirent, dès 789, sous la protection du roi des Francs
et lui restèrent ensuite fidèles; cependant rien ne
fut fait pour les évangéliser.
Quant aux autres peuples slaves établis sur les bords
de l'Elbe ou en Bohême, Charlemagne se contenta de
les tenir en respect. Lorsqu'ils venaient piller des pays
incorporés à la monarchie franque, des expéditions de
représailles étaient faites sur leur territoire, qui se bor-
naient à des dévastations. Des châteaux furent aussi
construits sur la rive droite de l'Elbe pour préserver la
frontière. Mais Charlemagne, occupé par d'autres sou-
cis, ne songea pas à les conquérir. Il ne fit rien non
plus, malgré les conseils d'Alcuin, pour répandre parmi
eux la foi chrétienne.
Au nord de la Saxe, Charlemagne rencontra les Da-
nois du Jutland, qu'on appelait aussi les Normands. Il
chercha à leur tenir tête par les Abodrites qu'il fit ap-
puyer par ses troupes. Il établit ensuite, en 808, sur la
rive nord de l'Elbe, un système de défenses avancées,
qui constitua la « Marche des Normands ». Les Danois
étaient aussi dangereux par leurs courses maritimes :
déjà leurs vaisseaux venaient dévaster les côtes de la
Manche et de l'Atlantique. Dès 800, Charlemagne
commença à organiser une flotte pour réprimer ces in-
cursions. Malheureusement ses successeurs ne surent
pas mettre un frein aux pirateries des Normands.
IV. Gouvernement et administration. — L'auto-
rité de Charlemag'ne, comme celle de son père Pépin le
Bref, avait un caractère assez complexe.
Il était d'abord l'élu des grands. Cette élection
n'était, à la vérité, qu'une simple formalité, qui avait
été plusieurs fois renouvelée. En 768, Pépin le Bref
avait, avec le consentement des grands, désigné ses
deux fils pour lui succéder et attribué à chacun une
part de son royaume; la même année, après la mort de
Pépin, Charles et son frère « furent élevés sur le trône
par leurs grands »; de même, en 771, Carloman étant
mort, Charles « fut constitué roi du consentement de
tous les Francs ».
Un autre fondement du pouvoir était le sacre par
l'onction de l'huile sainte, qui donnait au roi un carac-
tère religieux, presque sacerdotal. Charlemagne fut
sacré deux fois : en 755, avec son père, par le pape
Étienne II; et en 768, à son avènement au trône, par
des évêques de Gaule. Le sacre mettait le roi au-dessus ■
des laïques : ainsi un pape écrit, en 769, à Charles et à !
son frère qu'ils sont « une famille sacrée et un royal i
sacerdoce ». Les deux jeunes princes, les premiers 1
parmi les rois des Francs, voulurent marquer qu'ils j
tenaient leur pouvoir de la clémence de Dieu : dès le
commencement de leur règne, chacun s'intitulait dans
ses diplômes : gratia Dei rex Francorum.
La royauté confirmée par le droit divin était l'insti-
tution maîtresse qui unissait des peuples de langues et j
de lois diverses. Tous les habitants du royaume étaient [
des fidèles du roi et de l'Église de Dieu. |
La sujétion envers le roi avait un caractère person- i
nel. Dès sa douzième année, tout habitant du royaume |
de sexe masculin devait jurer d'être fidèle au seigneur
Charles, fils du roi Pépin et de la reine Bertrade. Des
envoyés spéciaux étaient chargés de recueillir les ser-
ments des hommes libres du commun et d'enseigner
aux intéressés les conséquences de leur engagement.
On n'avait guère l'idée de l'État comme entité perma-
nente; mais le roi régnant exigeait que chacun des
hommes qu'il avait la charge de gouverner lui mani-
festât individuellement sa foi (A. Dumas, Le serment
de fidélité et la conception du pouvoir du j" au ix' s.,
dans Revue hist. de droit, 1931, p. 30, 289).
Le serment de fidélité, ainsi que l'indique le capitu-
laire de 802, impliquait une soumission sans réserve à
la personne du roi. Notamment il obligeait celui qui
l'avait prêté à obéir ponctuellement à ses ordres, à ne
pas se soustraire aux convocations pour le service mili-
taire, à payer avec exactitude le cens et autres sommes
dues.
Les fidèles du roi étaient aussi les fidèles de Dieu.
Le capitulaire de 802 marquait bien que le serment de
fidélité comportait divers devoirs, comme « se main-
tenir au service de Dieu », ne commettre « ni fraude, ni
rapine contre les saintes églises de Dieu, les veuves, les
orphelins, les voyageurs ».
Aussi Charlemagne gouvernait et administrait son
royaume à l'aide de clercs comme de laïques. Les deux
éléments assistaient le prince désigné par Dieu, soit
dans son palais, soit dans les pays placés sous sa dé-
pendance. Cette organisation, dans l'ensemble, procé-
dait de celle qui avait été établie par les Mérovingiens.
Le mérite de Charlemagne fut de tirer le meilleur parti
des anciennes institutions.
Le principal agent de l'administration locale était le
comte. Pris à l'ordinaire dans le personnel du palais,
c'était un serviteur du roi chargé d'une circonscrip-
tion, appelée pagus, qui tantôt correspondait au terri-
toire d'une ancienne cité romaine, tantôt était une
subdivision de la cité. Dans son pagus, le comte repré-
sentait le roi avec plénitude d'attributions. Il faisait
exécuter les ordres du roi, réunissait les contingents
militaires qu'il amenait à l'armée, rendait la justice,
levait les impôts et les amendes. Il était assisté par des
employés désignés par lui : le vicomte qui le remplaçait
quand il était absent ou empêché, les vicaires qui
étaient préposés à des circonscriptions secondaires, dé-
nommées vicaries ou centaines.
Dans l'ancienne cité romaine résidait aussi l'évêque
qui participait à la puissance temporelle. Il jouissait
d'un important patrimoine foncier, couvert par le pri-
vilège de l'immunité, qui en interdisait l'entrée au
comte et à ses agents. Dans ces domaines il exerçait la
puissance publique aux lieu et place du comte : non
seulement il y faisait rendre la justice par son avoué,
mais encore il y entretenait des hommes d'armes qu'il
devait amener à l'armée du roi. De plus, il donnait au
roi l'appui de son autorité spirituelle : il prêchait ou
faisait prêcher par tout son diocèse quels étaient les
devoirs des fidèles envers le roi.
Le roi avait aussi des vassaux répandus par tout le
royaume (vassi dominici); c'étaient des hommes qui
lui avaient juré leur foi en mettant leurs mains dans les
siennes. Étant en rapports personnels avec le roi, ils
relevaient directement de lui, sans l'intermédiaire du
comte dans le pagus de qui ils résidaient. Tenus avant
tout au service militaire, ils constituaient une armée de
cavalerie entièrement dévouée au roi. Le roi récompen-
sait ses vassaux en leur concédant en bénéfice des
terres fiscales, dont les revenus leur procuraient les
moyens de le servir.
Pour surveiller ce personnel dispersé sur tout le ter-
ritoire du royaume, des inspections étaient faites par
les missi dominici. Cette expression désignait des en-
voyés du maître, qui venaient sur les lieux faire exé-
cuter ses ordres ou recueillir des renseignements.
L'institution avait déjà existé à l'époque mérovin-
gienne, mais elle n'avait alors qu'un caractère excep-
tionnel. Charlemagne la dévelo])pa. 11 organisa des ins-
pections régulières par tous les pays soumis à sa domi-
nation. A la fin de son règne, quatre fois par an, deux
envoyés du roi munis de ses instructions, un évêque et
un comte, faisaient ensemble une tournée dans un
cercle qui leur était assigné et qui comprenait plu-
sieurs cités.
Au cours de leurs visites, ils réunissaient en divers
lieux des assemblées où étaient convoqués non seule-
ment tous les fonctionnaires laïques et les dignitaires
ecclésiastiques du pays, mais encore un grand nombre
d'hommes libres. Ils commençaient par expliquer les
435 CHAKLE MAGNE 436
ordres du roi en exhortant ses fidèles à s'y conformer.
Puis ils examinaient la conduite de tous ceux qui exer-
çaient quelque autorité : des comtes et de leurs agents,
des vassaux royaux et aussi des évêques, des abbés et
des clercs de tout rang. A cet effet, ils recevaient les
plaintes des populations : tantôt ils jugeaient eux-
mêmes les cas qui leur étaient soumis, tantôt ils les
renvoyaient à l'examen du roi.
Tout aboutissait au roi. Celui-ci était secondé dans
sa tâche par le palais, nom donné, suivant une an-
cienne tradition, à son entourage permanent. Le palais
n'était pas fixé en un lieu déterminé ; il était ambulant,
suivant le prince dans la plupart de ses déplacements.
Il comprenait un personnel nornbreux, qui était en
tout temps à la disposition du maître pour l'assister,
lui donner des conseils, transmettre ses ordres.
Dans le palais, divers dignitaires étaient pourvus de
charges particulières. Des officiers laïques, tels que le
sénéchal, le comte du palais, le connétable, le cham-
brier et le bouteiller, s'occupaient des services domes-
tiques. Les clercs n'avaient pas seulement à assurer le
service de la chapelle ; ils étaient aussi employés aux
écritures, sous la direction du chancelier, également
homme d'Église.
Presque chaque année, le palais du roi s'étendait
par la réunion du plaid général. Les grands, préposés à
l'administration locale, comtes, vassaux royaux,
évêques et abbés, se rendaient auprès du roi pour l'in-
former de ce qui se passait et recevoir ses ordres. Sous
Charlemagne, ces assemblées se tenaient au printemps
ou au commencement de l'été, souvent au moment où
se préparait une expédition de guerre. Chaque grand
y venait avec des troupes qu'il conduisait à l'armée du
roi. Aussi le plaid prenait l'aspect d'une réunion géné-
rale du peuple.
A l'occasion du plaid, le roi s'entretenait avec les
grands de diverses questions. Souvent il se bornait à
leur demander des renseignements. Parfois aussi il
requérait leur avis sur les décisions à prendre : chacun
était appelé à donner son opinion; puis le roi se pro-
nonçait en toute indépendance. Ensuite le peuple qui
avait suivi les grands était réuni : le roi, dans un dis-
cours, lui adressait ses admonitiones par lesquelles il
lui expliquait ce qu'il aurait à faire. Ces instructions du
roi portant sur divers articles étaient des capitulaires
(supra, XI, 863, Capitulaires). Tous les fidèles pré-
sents promettaient de s'y conformer. C'était ce que,
dans le langage de l'époque, on appelait le consensus
populi.
Gouvernant par ces divers organes, Charlemagne
eut le souci constant de tout rapporter au service de
Dieu, dont il tenait la place ici-bas. Comme il le dit
dans Vadmonitio generalis de 789, il n'estimait pas
avoir de tâche plus urgente que de ramener « le peuple
de Dieu » dans la voie du Seigneur et de l'aider à faire
son salut. Il lui appartenait de « veiller à ce que cha-
cun, selon son intelligence, ses forces et sa situation,
s'appliquât au saint service de Dieu ».
Inlassablement il recommanda à ses grands, et en
particulier aux évêques, de faire garder les lois de
l'Église. Il entendait que tous les enfants fussent bap-
tisés, que tous les fidèles apprissent au moins le Pater
et le Credo, que le repos du dimanche fût observé. Il
rendit obligatoire le paiement de la dîme destinée à
l'entretien des ministres du culte. Il en vint même à
s'occuper du dogme et de la liturgie.
11 estimait aussi que, comme roi chrétien, il avait le
devoir de maintenir entre ses sujets la paix et la jus-
tice.A cet effet, il prit diverses mesures dont l'applica-
tion pratique n'était point facile, mais qui devaient
donner un programme à tous les princes du Moyen Age.
La paix était, à l'époque, troublée par les guerres
|)rivées. La punition d'un crime contre un particulier
ne regardait que la victime et sa famiUe, qui pouvaient
en tirer vengeance sans s'adresser aux tribunaux.
C'était le régime de la faida, qui était reconnue légi-
time par les lois barbares. Charlemagne proclama que
la paix devait s'établir par la « concorde », c.-à-d. par
l'union des cœurs. Il ordonna à ses grands de mettre
fin, par tous les moyens en leur pouvoir, aux guerres
entre ses sujets. Celui qui ne voulait pas recevoir la
composition pécuniaire, qui lui était due pour prix de
sa vengeance, devait être amené devant le roi qui
l'enverrait là où il ferait le moindre mal. Devait aussi
être exilé le coupable qui ne voulait pas payer à sa
victime le prix de la faida. La paix du roi était garantie
particulièrement aux faibles qui ne pouvaient pas
prendre les armes pour se défendre : aux églises, aux
pauvres, aux veuves et aux orphelins; à la composi-
tion due à la victime s'ajoutait une amende au profit
du roi.
Charlemagne s'occupa aussi de faire rendre à chacun
la justice qui lui était due. Le principal devoir des
missi était de surveiller si la justice était bien rendue.
Dans leurs assises, ils recevaient les prises à partie des
juges qui s'étaient rendus coupables de négligence ou
de partialité. D'importantes réformes furent aussi fai-
tes dans l'organisation judiciaire ou dans la procédure.
V. Charlemagne et l'Église. — Charlemagne,
étant au service de Dieu, ne considérait pas seulement
qu'il devait faire appliquer par ses sujets les lois et les
enseignements de l'Église. Il pensait aussi qu'il lui
appartenait de régir l'Église pour la défendre contre les
périls qui la menaçaient.
Il était maître du choix des évêques. Déjà à l'époque
mérovingienne, les rois intervenaient dans les élec-
tions épiscopales pour recommander et imposer leurs
candidats. Charlemagne continua ces pratiques, esti-
mant qu'elles n'étaient que la conséquence du pouvoir
que Dieu lui avait donné sur l'Église. C'est au point
que l'archevêque de Lyon, Leidrade, lui écrivait en
s'intitulant : Divina dispensatione et vestra miseralione
episcopus. De la même façon le roi disposait des ab-
bayes, que souvent il donnait à des laïques.
Les évêques, qui tenaient leur dignité de la faveur
du roi, n'avaient qu'à lui obéir, même dans les ma-
tières religieuses. Suivant la tradition de ses prédéces-
seurs, Charlemagne réunit plusieurs fois des conciles
qu'il présidait et où il faisait prévaloir ses vues. Par
ses capitulaires, il régla la discipline ecclésiastique,
rappelant aux clercs de tous rangs qu'ils avaient le
devoir de prêcher au peuple les préceptes de la reli-
gion et de mener une vie exemplaire. Il réforma aussi
la liturgie en imposant d'autorité le rite romain. Au
surplus, les missi avaient pour instructions de sur-
veiller la conduite des clercs et de rappeler à l'ordre
ceux qui commettaient quelques écarts.
Charlemagne se mêla aussi de trancher des ques-
tions dogmatiques. Sans prendre l'avis du pape, il fit
insérer, dans le Credo qui se chantait à la chapelle '
Palatine, le Filioque qui marque que le S. -Esprit pro-
cède du Fils comme du Père : c'est seulement plus tard
que l'Église romaine adopta cet usage. En 793, il usa
de toute son autorité pour faire blâmer par un concile
tenu à Francfort le concile de Nicée de 787, pourtant
approuvé par le pape Adrien, qui, en condamnant <
l'hérésie des iconoclastes, avait admis le culte des
images. Il est vrai que, d'accord avec le pape, il fil
condamner l'adoptianisme par le même concile de
Francfort.
Non content de diriger l'Église franque, Charle-
magne prétendit aussi s'imposer au Souverain pontife.
Assurément il ne cessa de proclamer son respect pour
le Siège apostolique. Mais, maître de Rome comme pc-
iricius Romanorum, il tendit de plus en plus à traiter le
pape en subordonné.
437
CHARLEMAGNE
438
Adrien essaya encore de se défendre contre sa tu-
telle envahissante. Il ne cessa de rappeler au roi ses pro-
messes de 774 concernant le Patrimoine de S. -Pierre,
qu'il n'était guère disposé à tenir. Vainement aussi
il protesta contre les empiétements des agents royaux
dans les domaines pontificaux. Surtout il chercha à
sauvegarder l'autorité du Siège apostolique dans les ma-
tières proprement spirituelles : il affirma nettement son
point de vue dans les allaires des images et de l'adop-
tianisme; il fit au roi des remontrances sur les abus
qui se commettaient dans les élections épiscopales.
Léon III, qui succéda à Adrien I" en 795, fut plus
humble. Dès son avènement, il écrivit à Charlemagne
pour lui promettre obéissance et fidélité; ses légats ap-
portèrent au roi, avec d'autres présents, les clefs de la
confession de S. Pierre et l'étendard de la ville de
Rome; ils le prièrent aussi d'envoyer quelqu'un de ses
grands pour recevoir le serment de fidélité du peuple
romain. Par ces actes le nouveau pape reconnaissait
nettement la supériorité temporelle du patrice des
Romains.
Dans sa réponse, Charlemagne marqua nettement
sa conception des rapports des deux pouvoirs : « A
moi il appartient, avec l'aide de la divine piété, de dé-
fendre en tous lieux la Ste Église du Christ par les
armes : au dehors contre les incursions et les dévasta-
tions des infidèles; au dedans en la protégeant par la
diffusion de la foi catholique. A vous. Très Saint Père,
il appartient, élevant les mains vers Dieu avec Moïse,
d'aider par vos prières au succès de nos armes. » Le roi
ne manquait pas au reste de rappeler au pape ses
devoirs comme chef de l'Église : « Que votre prudence
s'attache en tous points aux saints canons et à suivre
constamment les règles tracées par les Pères! » Ainsi le
roi franc prétendait surveiller la manière dont le pape
dirigeait l'Église (Alcuin, Correspondance, lettre xciii).
Léon III avait d'autant plus besoin du roi que sa si-
tuation à Rome n'était point sûre. Le 25 avr. 799, il
faillit être victime d'un attentat provoqué par deux
ofTiciers du palais pontifical. Tandis qu'il traversait la
ville à cheval, il fut assailli par une bande de conjurés,
qui le jetèrent à bas de sa monture, le rouèrent de
coups et essayèrent de lui crever les yeux et de lui cou-
per la langue. Emprisonné, il ne fut mis en liberté que
grâce à l'intervention de deux missi du roi des Francs.
Mais bientôt l'émeute était maîtresse de la ville.
Le malheureux pape se rendit à Paderborn où se
trouvait Charlemagne. Le roi le fit ramener à Rome
par des commissaires qui le rétablirent dans son auto-
rité (30 nov. 799).
Néanmoins les instigateurs du complot cherchaient
à se justifier en accusant Léon III d'adultère et de
parjure. Ces griefs furent soumis à l'examen de Charle-
magne. Vainement Alcuin lui fit remarquer que, sui-
vant la tradition, le Siège apostolique jugeait tout le
monde, mais n'était jugé par personne. Le roi vint
quand même à Rome pour faire une enquête sur les
faits reprochés au pape.
Le 1" déc. 800, Charlemagne réunit à S. -Pierre une
assemblée composée de dignitaires ecclésiastiques et de
grands de l'ordre laïque, à laquelle il soumit les accu-
sations portées contre le pape. Mais la solution de l'af-
faire n'était point facile. D'un côté, personne ne se
présenta pour soutenir l'accusation. De l'autre, les
ecclésiastiques déclarèrent unanimement « qu'ils
n'osaient juger le Siège apostolique qui est la tête de
toutes les Églises de Dieu et ne saurait être jugé par
personne ».
Le roi était fort embarrassé. Plusieurs semaines pas-
sèrent sans qu'on trouvât la solution. Enfin le pape dit
qu' « il était prêt à se purifier par serment des fausses
accusations portées contre lui i>. Cette procédure, qui
était conforme aux usages de l'époque, fut acceptée.
Le 23 déc. 800, dans l'église S.-Pierre, en présence du
roi et de son entourage, Léon III monta en chaire et
prêta « devant Dieu qui connaissait sa conscience et
devant S. Pierre, le serment qu'il n'avait pas commis
les crimes qui lui étaient reprochés ». Certes il dit qu'il
faisait cette déclaration spontanément et volontaire-
ment sans vouloir créer un précédent qui ])ourrait être
invoqué contre ses successeurs. Il n'en reconnaissait
pas moins que Charlemagne était venu à Rome pour
entendre cette cause. C'est à ce prix que le pontife
parut réhabilité.
Il reprit l'avantage le surlendemain, jour de Noël, en
couronnant le roi des Francs empereur.
VI. Élévation a l'empire. — A la fin du viii« s.,
Charlemagne réunissait sous sa domination un grand
nombre de peuples de l'Europe occidentale. Depuis le
temps des Romains, on n'avait pas vu de puissance
semblable à la sienne. Les lettrés de son entourage ne
cessaient pas d'exalter son prestige en prose ou en vers.
Par lui « le Christ avait dilaté le royaume de la chré-
tienté ». Dans le vaste territoire uni par la vraie foi, où
il commandait, il y avait Rome, la première des cités,
Rome autrefois maîtresse du monde, aujourd'hui en-
core son honneur et sa tête. Ainsi Charles était le plus
célèbre des rois que le Créateur eût donné aux peuples
pour défenseur et pour père. On parlait de « l'éléva-
tion de son empire », « de la beauté de son règne im-
périal ».
Alcuin marqua la situation exceptionnelle occupée
dans la chrétienté par Charlemagne, dans une lettre
qu'il lui écrivit en juin 799. Il rappelait que, jus-
qu'alors, trois personnages avaient été au sommet de
la hiérarchie dans le monde : le pape, vicaire de
S. Pierre, l'empereur qui régnait à Constantinople, la
seconde Rome, et le roi des Francs. A la suite de l'at-
tentat commis contre Léon III, le prestige de la pa-
pauté était fort diminué; à Constantinople, l'empe-
reur avait été déposé. En conclusion, Alcuin disait à
Charlemagne : « Vient en troisième lieu la dignité
royale que Notre-Seigneur Jésus-Christ vous a réser-
vée, pour que vous gouverniez le peuple chrétien. Elle
l'emporte sur les deux autres dignités, les éclipse en
sagesse et les surpasse » (Alcuin, Correspondance,
lettre clxxiv).
Au même moment des poètes exaltaient le roi
Charles, « tête du monde et sommet de l'Europe »,
r« Auguste », le « grand Auguste », l'« honneur et la
gloire du peuple chrétien ». En lui, « Rome, capitale du
monde, voyait son protecteur ».
L'idée était donc dans l'air que Charles était plus
qu'un roi. Elle se précisa au cours du voyage qu'il fit à
Rome en déc. 800.
Suivant les annales de Lorsch, généralement bien
informées, une initiative fut prise par l'assemblée
tenue le 23 déc. pour recevoir la justification de
Léon III. Après que le pape se fut purifié par son ser-
ment, tous furent d'avis qu'il était juste que « Charles,
roi des Francs, qui possédait Rome, où les Césars
avaient toujours eu coutume de résider, ainsi que les
autres cités d'Italie, de Gaule et de Germanie, que
Dieu avait remises en son pouvoir, reçût le titre d'em-
pereur ». Charles déclara qu'il ne voulait pas repousser
la demande des évêques et du peuple (Annales
Laureshamenses, 801).
Beaucoup d'historiens ne veulent pas admettre ce
récit, sous prétexte qu'il n'est pas confirmé par
d'autres sources. Pourtant des érudits autorisés lui
font confiance : car seul il explique le grand événe-
ment qui arriva deux jours après (Levillain, Le cou-
ronnement impérial de Charlemagne, dans Rev. d'hisl.
de l'Église de France, 1932, p. 5-19).
Le jour de Noël de l'an 800, tous ceux qui avaient
assisté aux assemblées précédentes se pressaient dans
439
CHARLEMAGNE
440
la basilique de S. -Pierre pour entendre la messe.
Charles fit son entrée, revêtu de la longue tunique, de
la chlamyde, ayant aux pieds la chaussure des Ro-
mains, et alla prier devant la confession de S. Pierre.
Comme il se relevait, le pape lui posa sur la tète une
couronne d'or. Aussitôt l'assistance chanta des laudes
comprenant cette formule, qui revint par trois fois :
•> A Charles Auguste, couronné par Dieu, grand et paci-
fique empereur des Romains, vie et victoire 1 » Les
laudes terminées, le pape « adora » le nouveau César,
suivant la coutume observée à l'égard des anciens
princes, c.-à-d. qu'il se prosterna devant lui en baisant
le bord de son vêtement (Liber pontiftcalis, Léo,
23-24; Annales regni Francorum, 801).
Évidemment cette cérémonie avait été préparée à
l'avance : car chacun des participants connaissait le
rôle qu'il devait jouer. Tous les actes s'en déroulèrent
conformément au rituel qui était en usage à Byzance
pour le couronnement de l'empereur : le pape Léon,
suivant l'exemple du patriarche de Constantinople,
imposa la couronne au nom de Dieu; les acclamations
de l'assistance représentaient l'élection par le peuple
romain; l'adoration était la marque de la soumission
de l'officiant.
Pourtant Charlemagne ne se prévalut pas immédia-
tement du titre impérial. Dans un diplôme du 4 mars
801, il s'en tenait encore au titre de patrice des Ro-
mains. Au lendemain de la cérémonie, il regretta la
hâte avec laquelle elle avait été organisée : peut-être à
la réflexion trouva-t-il que le pape avait eu un rôle
trop important. Ainsi peut-on comprendre qu'il ait dit
à quelques-uns de ses familiers que son couronnement
avait été pour lui une surprise : « S'il avait pu prévoir
l'intention du pape, il n'aurait pas mis les pieds à
l'église ce jour-là, malgré la solennité de la fête »
(Éginhard, Vita Caroti Magni, 19).
Au bout de quelques mois les hésitations de Char-
lemagne cessèrent. Laissant tomber son titre de pa-
trice, il se dit ofiîciellement empereur. C'est ce qui ap-
paraît dans un diplôme du 29 mai 801. Désormais, jus-
qu'à sa mort, il s'intitula dans ses actes : Karolus,
serenissimus Augustus, a Deo coronatus, magnus, paci-
ficus imperator, Romanum gubernans imperium, qui
et per miser icordiam Dei rex Francorum et Langobar-
dorum.
Cette longue titulature appellerait tout un commen-
taire. Le nouvel Auguste était sérénissime comme les
anciens empereurs romains. Il indiquait qu'il tenait
directement sa couronne du Tout-Puissant : reprenant
la formule du chant des laudes, il marquait qu'il était
« couronné par Dieu ». Il se considérait comme grand,
prenant l'épithète de magnus que la postérité devait
accoler à son nom. Il se disait aussi pacifique (pacifl-
cus), parce que, suivant le vrai sens du mot, il « faisait
la paix », en l'imposant aux peuples barbares et à ses
sujets. Ainsi il gouvernait l'Empire romain; mais
cependant il restait, par la miséricorde de Dieu, roi des
Francs et des Lombards, titre qui, jusqu'alors, avait
été le principal fondement de sa puissance.
L'élévation de Charlemagne à l'empire provoqua
des protestations de la part de Constantinople. Les
relations du nouvel empereur avec l'ancien, qui ré-
gnait en Orient, furent d'abord assez tendues. A la
longue, l'affaire s'arrangea. En 812, l'empereur de
Constantinople Michel Rhangabé reconnut Charle-
magne comme empereur et « basileus ». Il y avait dé-
sormais deux empires, l'un d'Orient, l'autre d'Occi-
dent, dont les chefs s'intitulaiént chacun empereur
et Auguste.
Le titre impérial ne change pas grand chose à la
façon de gouverner de Charlemagne. Pas ])lus qu'aupa-
ravant, il n'avait une idée bien nette de l'État comme
institution supérieure à la personne du prince. Il en
j resta à la conception patronale et patrimoniale du
I pouvoir.
i L'autorité était toujours fondée sur le serment de
, fidélité. En 802, Charlemagne chargea ses missi d'exi-
; ger que tout homme qui lui avait prêté serment à
I titre de roi lui renouvelât sa promesse à titre de César,
j Ce n'était encore qu'un engagement personnel par
lequel chacun donnait sa foi au seigneur Charles, fils de
j Pépin et de Bertrade, très pieux empereur. Il était
même précisé que le promettant devait lui être fidèle
« comme par droit un homme devait être envers son
seigneur et maître ».
I L'idée d'État apparut encore moins dans le partage
^ que Charlemagne fit de ses royaumes entre ses trois
fils. Le 6 févr. 806, dans un plaid tenu à Thionville, il
fit une divisio regnorum suivant l'ancienne conception
I patrimoniale de la royauté. A chacun de ses fils il attri-
i hua un lot qui devait constituer un royaume distinct.
I II n'était pas question de transmettre à l'un d'eux la
dignité impériale qui, en lui donnant la supériorité sur
ses frères, aurait été une cause de querelles. Peut-être
Charlemagne considérait-il que cette dignité lui était
personnelle et devait s'éteindre à sa mort,
j Dans les années suivantes, deux des fils de Charle-
magne moururent. Un seul lui restait, Louis, déjà roi
d'Aquitaine, à qui il jugea bon de conférer le titre im-
périal en lui transmettant toute sa succession. Le
10 sept. 813, dans une assemblée de grands tenue à
Aix-la-Chapelle, il le fit « acclamer » comme empereur.
Puis, le lendemain, dans la chapelle d'Aix, il lui remit
de sa main une couronne, semblable à la sienne, qui
avait été déposée sur l'autel, tandis que l'assistance
criait : « Vive l'empereur Louis! » Dans cette cérémo-
nie, à la différence de ce qui s'était passé en 800, il n'y
eut point d'intervention de l'Église. Charles avait
montré qu'il n'avait pas besoin du pape pour disposer
de la couronne impériale.
Charlemagne mourut quelques mois après, le
28 janv. 814, ayant régné un peu plus de quarante-
cinq ans.
VII. Charlemagne et la postérité. — L'admira-
tion témoignée à Charlemagne par ses contemporains
augmenta après sa mort de siècle en siècle. Le Moyen
Age le considéra comme le souverain idéal.
Déjà, vers 840, le surnom de Magnus fut attaché
inséparablement à son nom par Nithard dans l'his-
toire que celui-ci écrivit des fils de Louis le Débon-
naire (i, 1, éd. Lauer, p. 4). Désormais la postérité ne
l'appela plus que Carolus Magnus, « Charlemagne ».
Il laissait le souvenir d'un grand empereur qui avait
réuni sous son autorité la plupart des peuples d'Occi-
dent. Son empire se disloqua au cours du ix^ s. Au
x« s., le roi de Germanie, Otton le Grand, prétendit le
rétablir en se faisant couronner par le pape empereur
des Romains. Ce titre resta dans la nation germanique
jusqu'à la fin du xviii« s. Beaucoup s'imaginèrent au
cours des âges qu'il donnait droit à la domination
universelle.
La légende se mêla aussi de glorifier Charlemagne.
Dès le ix" s., elle commença à prendre corps dans le
livre du moine de S.-Gall, recueil d'anecdotes composé
entre 883 et 887. Elle prit un nouvel élan, aux xi<' et
xn« s., dans les chansons de geste, premiers monu-
ments de la littérature française, qui donnèrent à
l'empereur l'allure d'un souverain féodal et d'un pré-
curseur des croisades. Ces récits épiques imaginés en
France se répandirent bientôt par tous les pays
d'Occident.
On fit encore de Charlemagne un saint, quoique sa
vie privée n'eût pas été très édifiante. Dès le ix« s.,
Raban Maur l'inscrivit dans son martyrologe. En
Allemagne on le vénéra comme l'apôtre des Saxons.
A Aix-la-Chapelle, où il avait été enseveli, ses reliques
'tdl r.HARIJ'MAGNE
étaient déjà au xi^ s. l'objet d'un culte : des pèlerins i
venaient prier devant son image éclairée par d'abon-
dants luminaires.
Frédéric Barberousse prétendit faire reconnaître
officiellement la sainteté du « divin Charles », qu'il se
proposait pour modèle. « De l'assentiment et de l'auto-
rité » de l'antipape Pascal III qui s'était réfugié
auprès de lui, il tint le 25 déc. 1165, dans le palais
d'Aix-la-Chapelle, une cour solennelle composée de i
ses grands laïques et ecclésiastiques pour l'élévation
et la canonisation du corps « très saint » de l'empereur.
Désormais le 28 janv. fut considéré comme le jour de
S. Charlemagne (A. S., janv., m, 504). j
Parmi les ouvrages généraux, il faut indiquer : Klein-
clausz. L'empire carolingien. Ses origines et ses transforma- '
lions, Paris, 1902; Charlemagne, Paris, 1934. — F. Lot,
Chr. Pfister et F. L. Ganshof, Les destinées de l'empire en
Occident, Paris, 1928-35, au t. i de Ja section Moyen Age,
dans G. Glotz, Hist. générale. — É. Amann, L'époque caro-
lingienne, dans Fliche-Martin, Hist. de l'Église, vi, Paris,
1937. — F. Cabrol et H. Leclercq, art. Charlemagne, dans
D. A. C. L., III, 656-82.5. — J. Calmette, Charlemagne. Sa
vie et son oeuvre, Paris, 1945. — L. Halphen, Charlemagne et
l'empire carolingien, dans L'évolution de l'humanité, Paris,
1947 (donne une liste détaillée des sources et des travaux
concernant l'histoire de Charlemagne, 501-11).
Auguste Dumas.
CHARLES LE CHAUVE (Charles I", roi
de France; Charles II, empereur), quatrième fils de i
Louis le Pieux, né en 823, mort en 877, roi de la j
France occidentale, puis einpereur des Romains. j
L'empereur Louis le Pieux avait déjà trois fils de sa
première femme Hermengarde. En 817 il partagea
entre eux son empire. Lothaire, l'aîné, était appelé à
succéder à la dignité impériale, avec autorité directe
sur la plus grande partie des pays soumis à la domina-
tion franque. Des royaumes étaient attribués aux deux
autres : à Pépin, l'Aquitaine; à Louis, la Bavière, avec
d'autres pays au delà du Rhin ; mais ils devaient rester
étroitement subordonnés à leur frère aîné. Cette ordi- :
natio imperii paraissait maintenir l'unité de l'empire j
fondé par Charlemagne.
Devenu veuf, Louis le Pieux épousa en 819 Judith
de Bavière, qui en 823 lui donna Charles, son qua-
trième fds. Dès 829, le partage de l'empire fut remanié
pour lui faire sa part. Ce fut la cause de troubles qui I
agitèrent désormais le règne de Louis le Pieux. Plu- j
sieurs fois encore, le malheureux empereur refit son
partage, sans arriver à satisfaire tous ses enfants.
.\ la mort de Louis, en 840, il ne lui restait que trois
fils ; Lothaire, Louis dit le Germanique, et Charles
qui, plus tard, fut surnommé le Chauve; Pépin était
mort en 838, laissant un fils, dit Pépin II, qui parais-
sait devoir être exclu par ses oncles. Lothaire préten-
dit faire exécuter Vordinatio de 817 qui, avec le titre
d'empereur, lui donnait une autorité prépondérante et
un lot avantageux. Mais ses deux frères, invoquant la
tradition franque, entendaient que la succession pater-
nelle fût partagée également, sans prérogative d'aî-
nesse. L'ne guerre civile éclata. Lothaire fut battu par
ses frères à Fontenoy-en-Puisaye, le 25 juin 841. Ce
combat n'était cependant pas décisif. Après diverses
péripéties, les trois frères se mirent d'accord pour con-
clure la paix à Verdun, en août 843.
Le traité de Verdun partagea l'empire de Charle-
magne en trois lots à peu près égaux, qui allaient du
Nord au Sud. Lothaire reçut le lot du milieu, ou
Francia média : il comprenait, avec l'Italie, une
bande qui s'étendait en Gaule de la mer du Nord à la
Méditerranée et qui était limitée approximativement,
du côté de l'Est, par le Rhin et, du côté de l'Ouest, par
la Meuse, la Saône et les Cévennes. Le second frère,
Louis le Germanique, eut pour sa part la Francia >
orienlalis, comprenant l'ensemble des pays entre le j
— CH.\HL1-:S 1er
Rhin et l'Elbe, appelés aussi du nom de Germanie.
Quant à Charles le Chauve, le traité lui attribua la
Francia occidentalis, formée de tous les pays de Gaule
à l'ouest du royaume de Lothaire, au delà de la ligne
Meuse-Saône-Céyennes. Lothaire conservait bien le
titre d'empereur; mais il n'avait aucune autorité
sur ses frères.
Ce partage fut fait seulement pour assurer aux trois
frères des revenus équivalents. Il ressemblait aux par-
tages antérieurs qui s'étaient faits entre les rois méro-
vingiens ou carolingiens. Aucune considération de
langue ni de nationalité n'intervint. La part de Lo-
thaire comprenait des peuples de langue romane et de
langue germanique, entre lesquels il n'y avait point
d'opposition de race. Les lots de ses frères, en raison de
leur situation, étaient plus homogènes : les sujets de
Louis étaient tous de langue germanique; presque tous
ceux de Charles étaient de langue romane.
L'unité de l'empire de Charlemagne était définiti-
vement brisée. Le pape et les évêques, soucieux de
maintenir la paix, cherchèrent à y substituer un
régime de « concorde » fondé sur la fraternité des rois
et la communauté de foi de leurs peuples.
L'idée apparut, dès 844, dans une bulle du pape
Serge II, instituant l'évêque de Metz, Drogon, son vi-
caire apostolique en Gaule et en Germanie. Le Souve-
rain pontife déclarait qu'il n'était pas tolérable que
trois frères, unis dans la même foi en la Trinité,
pussent s'écarter de la dilection mutuelle et de la com-
mune équité. Si l'un d'eux se dérobait à la paix géné-
rale, il devait être châtié.
Peu après, en oct., les trois frères voulurent montrer
qu'ils n'étaient pas sourds à ces exhortations. Accom-
pagnés de leurs fidèles, ils tinrent une conférence au
palais de Yiitz, près de Thionville. Les prélats des
trois royaumes, après en avoir délibéré sous la prési-
dence de Drogon, leur soumirent un programme qu'ils
acceptèrent. Les rois jurèrent devant leurs grands de
garder entre eux « les droits de la fraternité et de la
charité » et de s'entr'aider contre les ennemis du
dehors. Des assemblées semblables se tinrent encore à
Meerssen, en 847 et 851, où des capitulaires furent
arrêtés en commun pour assurer le maintien de la
concorde.
Mais ces réunions ne donnèrent que des déceptions.
Les bonnes paroles, qui y furent échangées, n'eurent
guère de résultats pratiques. Chacun des trois frères
continua à poursuivre ses intérêts particuliers, sans
s'occuper du bien commun.
La France occidentale, attribuée à Charles le
Chauve, était particulièrement troublée. L'autorité du
roi n'était reconnue ni dans le sud ni dans l'ouest de
son lot. En Aquitaine, son neveu Pépin II prétendait
conserver une part du patrimoine carolingien, dont il
avait été exclu par le traité de Verdun : il provoqua
plusieurs révoltes et Charles ne fut vraiment maître du
pays qu'en 864, quand il l'eut fait prisonnier. En
Bretagne, Charles eut affaire à des chefs indigènes, No-
minoé, puis Erispoé, qui prétendaient à l'indépen-
dance; en 851, il finit par reconnaître à ce dernier le
titre de roi contre une vaine promesse de fidélité. Puis
vint le roi Salomon, qui, après plusieurs rébellions, ac-
cepta, en 863, de lui prêter l'hommage.
Charles le Chauve fut aussi très occupé par les Nor-
mands, dont les invasions se multiplièrent. Remontant
les fleuves sur leurs barques, ces pirates pénétraient
fort loin à l'intérieur du royaume. Dès 841, une bande
vint piller et brûler Rouen. Depuis 843, l'Aquitaine et
la Bretagne furent sans cesse ravagées. Plusieurs fois,
la vallée de la Loire fut saccagée jusqu'à Orléans.
Paris aussi fut pillé en 845, 856 et 861.
Pendant longtemps, Charles le Chauve ne put guère
résister à ces incursions. En vain, il réunissait une
443
CHAR!
LES 1er
444
armée : plusieurs fois ses troupes furent prises de pa-
nique, quand elles furent en présence de l'ennemi; le
roi en fut réduit à acheter la retraite des pirates en
leur promettant un « tribut », qu'il levait sur ses
sujets. Souvent aussi les Normands trouvaient un ap-
pui dans des partis de rebelles.
En 861, Charles commença à réagir plus efficace-
ment. Il confia alors le commandement des pays entre
Seine et Loire à l'un de ses grands, Robert le Fort, qui
était déjà pourvu de plusieurs comtés dans la vallée de
la Loire et en Neustrie. Cet homme valeureux rem-
porta plusieurs succès; mais, en 866, il fut, avec le
comte de Poitiers, tué au combat de Brissarthe. Après
cette bataille, les Normands purent ravager à leur aise
la vallée de la Loire.
Dans les dernières années de son règne, Charles le
Chauve recourut à d'autres mesures. Il barra le cours
de la Seine avec des ponts fortifiés et des châteaux.
Il fit aussi restaurer les murailles romaines de plu-
sieurs villes. En 873, il réussit, avec l'aide des Bretons,
à chasser complètement les Normands de la vallée de
la Loire. Mais ce ne fut qu'un succès temporaire, qui
n'empêcha pas les pirates, dans les années suivantes,
de faire de nouvelles incursions.
De plus en plus d'ailleurs la France occidentale
tombait dans l'anarchie : les grands tendaient à relâ-
cher le lien qui les unissait au roi. En droit les comtes
n'étaient que des fonctionnaires révocables au gré du
roi; mais ces fonctionnaires n'étaient pas toujours très
dociles : chaque comte réunissait autour de lui des vas-
saux armés, qu'il employait souvent plus pour
ses intérêts particuliers que pour le service du roi. Cer-
tains d'entre eux avaient autorité sur plusieurs comtés,
qui avaient été groupés en marche pour mieux assurer
la défense du pays : étant plus puissants, ils étaient
moins obéissants. Souvent ces grands se révoltèrent
contre le roi, sous prétexte qu'il ne les traitait pas sui-
vant la justice. Charles le Chauve se voyait obligé de
composer avec eux : de plus en plus, il lui était impos-
sible de révoquer un comte rebelle. Il commençait à pa-
raître normal qu'un comte restât en fonctions jusqu'à
sa mort et même que, après sa mort, ses « honneurs »
fussent concédés à ses enfants.
Cette situation troublée fut exploitée par l'un des
frères du roi, Louis le Germanique, qui n'était guère
imbu de l'esprit de concorde prêché par l'Église. Déjà,
en 852, il était en relations avec quelques-uns des
grands de son frère. En 856, des grands, soulevés
contre Charles le Chauve, lui offrirent de venir régner
sur eux. Il ne répondit à cet appel qu'en 858 : ayant en-
vahi la France occidentale, il tint, le 1" sept., un plaid
à Ponthion où de nombreux comtes vinrent lui prêter
le serment de fidélité.
Charles le Chauve fut sauvé par le clergé. Réunis à
Quiersy, les évêques des deux provinces de Reims et de
Rouen refusèrent, à l'instigation de l'archevêque de
Reims Hincmar, de reconnaître Louis pour leur roi.
Cette résistance donna à Charles le temps de se ressai-
sir. Ayant pu se refaire une armée, il se jeta à l'impro-
viste sur Louis, qui, se croyant sûr du succès, avait
dispersé ses troupes et l'obligea à battre précipitam-
ment en retraite (15 janv. 859). La paix fut rétablie en
860. De nouveau la fraternité fut proclamée entre les
deux frères et leurs neveux, fils de l'empereur Lothaire
mort depuis quelques années.
A son tour, Charles le Chauve, violant le pacte de
fraternité, chercha à s'agrandir aux dépens des fils de
Lothaire qui s'étaient partagé le patrimoine pater-
nel.
En 861, il se jeta sur le royaume de Provence, por-
tion de la Francia média, échue à Charles, le plus
jeune; mais l'entreprise échoua. Puis, en 869, à la
mort de Lothaire II, roi de Lorraine, qui ne laissait
point d'enfants, il se hâta d'envahir le royaume du dé-
funt; il se fit reconnaître par les grands du pays et se
fit sacrer et couronner à Metz. Mais Louis le Germa-
nique voulut avoir une part de la succession. En 870,
les deux frères, dans une entrevue qu'ils eurent à
Meerssen, finirent par s'entendre pour partager la
Lorraine.
Désormais l'ambition de Charles le Chauve fut sans
bornes. En août 875, mourut le dernier survivant des
fils de Lothaire, Louis II, qui, à la mort de son père,
avait hérité le royaume d'Italie et la dignité impé-
riale, et à qui aussi appartenait la Provence depuis la
mort de son frère Charles. Immédiatement Charles le
Chauve occupa la Provence et réclama l'empire. Ras-
semblant ses fidèles, il partit avec eux pour l'Italie. Il
fut bien accueilli par le pape Jean VIII et les Italiens,
qui comptaient sur lui pour les protéger contre les Sar-
rasins. Le pape lui donna 1' « onction et la couronne
impériale » dans l'église S. -Pierre de Rome, le 25 déc.
875, jour anniversaire du couronnement de Charle-
magne. Puis, le 31 janv. 876, Charles fut couronné, à
Pavie, roi des I^ombards.
Le nouvel empereur n'avait pas les moyens de sou-
tenir son état. Déjà, pendant qu'il était en Italie, son
frère Louis le Germanique avait envahi la France occi-
dentale et avait célébré la Noël à Attigny. Il ne put
exploiter ce succès, parce que les grands restèrent fi-
dèles à Charles. Rentré dans son royaume, il mourut le
26 août 876. Mais ses fils restaient en guerre avec
Charles le Chauve.
Charles avait d'ailleurs compris qu'il ne fallait pas
prolonger trop longtemps son séjour en Italie. Rentré
en France, il se fit prêter serment comme empereur
par ses grands, dans un plaid tenu à Ponthion en
juin 876.
Mais bientôt le pape, attaqué par les Sarrasins, le
sollicita de revenir en Italie. Il lui remontra que le
premier devoir de l'empereur était de protéger le S.-
Siège contre ses ennemis. En 877, Charles se décida à
une nouvelle expédition au delà des Alpes. Pourtant
les Normands menaçaient d'occuper la vallée infé-
rieure de la Seine : il acheta leur retraite en leur payant
un tribut.
Avant de se mettre en route, il réunit ses grands, en
juin 877, à Quiersy-s.-Oise, pour régler l'administra-
tion de la France en son absence. Dans le capitulaire
qu'il publia à cette occasion, il s'occupa particulière-
ment des vacances qui surviendraient dans les com-
tés : il arrêta diverses dispositions qui tendaient à ré-
server les honneurs de la fonction comtale aux fils
des comtes décédés. On a vu à tort dans cet acte la
charte constitutive de la féodalité, qui aurait établi
définitivement le principe de l'hérédité des offices.
Ce n'était à la vérité qu'une mesure de circonstance;
elle n'en montre pas moins que déjà on trouvait natu-
rel que le fils d'un comte succédât à son père.
Après cette réunion, l'empereur partit en août pour
l'Italie. Se trouvant en sept, à Pavie, il apprit que
Carloman, l'aîné des fils de Louis le Germanique, mar-
chait contre lui avec des forces considérables, tandis
que, en France, plusieurs grands s'étaient soulevés. Il
se résolut à rentrer en France. Atteint de dysenterie, il
franchit en litière le col du Mont-Cenis, pour mourir le
6 oct. 877 dans un hameau de la Maurienne.
Charles le Chauve avait été un prince actif et éner-
gique. Mais il n'avait pas su mesurer ses ambitions
aux moyens dont il disposait.
On trouvera un répertoire complet des sources et des
ouvrages concernant Charles le Chauve dans L. Halphen,
Charlemagne el l'empire carolingien {Biblioth. de synthèse
hist. L'évolution de l'humanité, xxxiii), Paris, 1947, p. 501-
11. Voir particulièrement, dans la bibliographie, les n. 53-
56. 61. 68-75. 78, 83, 86-89, 9.3-94. 100. 121-31, 134. 150,
445
CHARLES 1er rHARJ/l':S III
44(i
l.il, 161. — .1. Dhondt, Études sur la naissance des princi- \
paillés terrilnrinles en France dX'-X- s.), Bruges, 1048. !
A. Dumas.
CHARLES LE GROS (Charles II, roi de
France; Charles III, empereur), fils de Louis le
Germanique, né en 839, mort en 888, empereur des
Romains.
Louis le Germanique, roi de Francia orientalis, mou-
rut en 876, laissant trois flls, dont Charles était le der-
nier. Les trois frères se partagèrent le royaume de leur
père : Charles reçut pour sa part l'Alémanie, la future
Souabe, avec l'Alsace et sans doute la Rhétie.
De tous, il était le plus proche de l'Italie. Dès la fin
de l'année 877, la mort de Charles II le Chauve laissa
vacantes les deux couronnes d'empereur des Romains
et de roi d'Italie. Le pape Jean VIII, après avoir fait
de vaines démarches auprès de plusieurs princes, en
arriva, en 879, à les offrir à Charles le Gros, espérant
trouver en lui un protecteur. Le roi d'Alémanie se déci-
da, en oct. 879, à franchir les Alpes. Arrivé à Pavie, il
se fit reconnaître roi d'Italie par les grands. Mais, mal-
gré les instances du pape qu'il rencontra à Ravenne en
janv. 880, il n'alla pas jusqu'à Rome. C'est seulement
l'année suivante que, cédant à l'appel du Souverain
pontife, il vint dans la Ville éternelle. Conformément
aux précédents depuis Charlemagne, il reçut la cou-
ronne impériale des mains de Jean VIII dans l'église
S.-Pierre, le 12 févr. 881. Il ne devait jamais plus
revenir dans la capitale de l'Empire.
De plus en plus, le nouvel empereur était attiré vers
la Germanie. Ses deux frères aînés étant morts à
quelques mois d'intervalle, il recueillit en 882 les por-
tions de la Francia orientalis qui leur avaient été
attribuées. Il reçut aussi le serment de fidélité des
grands de Lorraine. Déjà, il réunissait sous son auto-
rité près des deux tiers de l'empire de Charlemagne.
Charles le Gros ne fut pas à la hauteur de sa tâche.
Tandis que les Sarrasins menaçaient Rome, les Nor-
mands faisaient sans cesse des incursions en Germanie
et en Lorraine. Dans les derniers mois de 881 et au
commencement de 882, ils saccagèrent impunément
les pays de la basse Meuse et du Rhin. En mai ou
juin 882, l'empereur ayant réuni une armée vint les
assiéger dans Elsloo, près de Maëstricht; mais bientôt
il préféra acheter le départ des pirates moyennant un
tribut qu'il leva sur les églises. Cette conduite était un
encouragement pour les envahisseurs : des bandes
normandes revinrent dans les années suivantes pour
piller Deventer en 882, Duisburg en 883, la Frise occi-
dentale en 884. Encore moins Charles le Gros alla-t-il
en Italie lutter contre les Sarrasins.
Néanmoins Charles conservait son prestige. Le roi
de France occidentale, Carloman, mourut le 12 déc.
884, ne laissant pour plus proche parent qu'un jeune
frère, Charles, dit le Simple, qui n'avait que cinq ans.
Les grands du royaume firent appel à Charles le Gros,
qui était le seul descendant légitime de Charlemagne
en état de porter les armes. L'empereur vint recevoir
leurs hommages à Ponthion, en juin 88.5. L'unité de
l'empire de Charlemagne était rétablie au profit de
l'un de ses arrière-petits-fils.
Malheureusement Charles le Gros n'avait rien de
l'énergie et de l'esprit résolu de son glorieux prédéces-
seur. Pas plus qu'auparavant, il ne fut capable d'arrê-
ter les invasions normandes qui dévastaient la France
occidentale, comme la Lorraine et la Germanie. En
nov. 885, une grande armée normande assiégea Paris.
Grâce à la vaillance de l'évêque Gozlin et du comte
Eudes, fils de Robert le Fort, la cité résista à toutes
les attaques. C'est seulement en oct. 886 que l'empe-
reur vint à son secours, avec une armée formée des
contingents de l'Est et de l'Ouest. Mais, cette fois en-
core, il n'osa pas engager la bataille. Il acheta le départ
! des Normands en leur permettant de ravager la Bour-
gogne et en leur promettant un tribut. Les pirates, en-
couragés par cette inertie, firent, pendant l'hiver de
887-88, d'autres incursions en Champagne, sur la
Meuse et la Moselle, et dans la vallée de la Loire.
Charles était peut-être déjà atteint d'une maladie
qui, au début de 887, nécessita une opération à la tête.
De plus en plus, son caractère apparaissait faible et
irrésolu. Les grands ne voulurent plus obéir à un tel
seigneur. Des soulèvements éclatèrent un peu partout
en Germanie. Les rebelles élurent roi Arnulf de Ba-
vière, bâtard de Carloman, frère aîné de l'empereur.
Le 11 nov. 887, Charles, qui avait convoqué un plaid à
Tribur, fut abandonné par tous ses grands, qui allèrent
au devant d'Arnulf pour lui prêter l'hommage. Il
traita bientôt avec Arnulf, qui lui laissa quelques
domaines en Alémanie. Il mourut peu après, le
13 janv. 888, à Neidingen près de la Forêt Noire.
On trouvera toutes les indications nécessaires dans :
E. Lavisse, Hist. de France, ii, 1911, I" part., p. 390, n. 1 . —
F. Lot, Chr. Pfister et F. L. Ganshof, Les destinées de l'em-
pire en Occident, au t. i de la section du Moyen Age, dans
G. Glotz, Hist. générale, Paris; réimpr., 1940-41, 2 vol.,
avec quelques additions. — L. Halphen, Charlemaqne et
l'empire carolingien, Paris, 1947, p. 441-69. — J. Dhondt,
Études sur la naissance des principautés territoriales en
France (IX'-X^ s.}, Bruges, 1948.
A. Dumas.
CHARLES LE SIMPLE (Charles III), roi de
France occidentale, flls de Louis le Bègue, né en 879,
mort en 929.
Louis II le Bègue, qui avait succédé à son père
Charles le Chauve en France occidentale, mourut le
10 avr. 879. Il laissait deux fils de sa première femme
Ansgarde, Louis III et Carloman, qui furent sacrés et
couronnés en sept, suivant (supra, xi, 1065 sq., Car-
LOMAN-4). Mais sa seconde femme Adélaïde était en-
ceinte. Le 17 de ce même mois de sept., elle accoucha
d'un fils, Charles, qui fut plus tard surnommé le
Simple. Il ne fut pas question d'associer ce posthume à
ses frères.
Louis III mourut en 882, puis Carloman le 12 déc.
884. Le jeune Charles n'avait encore que cinq ans. Le
royaume étant dévasté par les invasions normandes,
les grands ne songèrent pas à prendre pour roi un
enfant. Ils firent appel à Charles le Gros, déjà roi de
Germanie et d'Italie et empereur des Romains, seul
Carolingien d'âge mûr qui subsistât. (;elui-ci mourut
le 13 janv. 888.
A ce moment, Charles le Simple était bien le seul
descendant légitime de Charlemagne; mais il n'avait
encore que huit ans. Les grands de France occidentale
l'écartèrent une seconde fois et prirent pour roi le
comte de Paris, Eudes, qui paraissait capable de dé-
fendre le royaume contre les Normands. Il fut sacré
par l'archevêque de Sens, Gautier (29 févr. 888).
Il y avait cependant encore un parti carolingien
pour qui Eudes n'était qu'un usurpateur. L'un des
plus ardents fauteurs de la légitimité était l'arche-
vêque de Reims, Foulque, qui avait recueilli Charles le
Simple. Le 28 janv. 893, il donna l'onction du sacre au
jeune prince, qui avait atteint l'âge de treize ans, alors
sufiisant pour le faire considérer comme majeur.
Presque tous les grands d'Austrasie le reconnurent,
tandis que la Neustrie restait fidèle à Eudes.
Une guerre civile commença entre les deux adver-
saires. Au début de 897, ils firent la paix. Il semble
qu'Eudes promit au jeune Charles de le proposer aux
grands pour lui succéder. Eudes étant mort le l'''' janv.
898, Charles fut reconnu sans difficulté par tous les
grands, même par Robert le frère du défunt, qui
réunissait les comtés de Paris, de Blois, de Touraine
et d'Anjou.
A l'avènement du nouveau roi, les invasions nor-
447
C HA R.LES 1 1 1
- CHARLES IV
44.S
mandes continuaient à désoler le pays. Pendant plu-
sieurs années, elles se renouvelèrent, suivies de pillages
et de massacres. Charles battit plusieurs fois les en-
vahisseurs; mais il n'obtint pas de résultat décisif.
En 911, les Normands avaient pour chef Rollon qui,
après avoir essayé de prendre Paris, ravagea le Dunois
et le pays chartrain. Mais le comte Robert, assisté
d'autres grands, lui infligea une sérieuse défaite devant
Chartres. Le roi en profita pour entamer une négocia-
tion avec le chef normand. Charles et Rollon eurent
une entrevue à S.-Clair-sur-Epte, où ils conclurent la
paix. Rollon s'engagea à embrasser le christianisme et
à cesser ses dévastations. Le roi lui abandonna en
Neustrie un territoire que les barbares occupaient
depuis longtemps et dont il n'y avait guère d'espoir de
les déloger : il avait pour centre la ville de Rouen et
comprenait plusieurs comtés voisins de la basse Seine,
de l'Epte jusqu'à la mer.
Ce traité eut pour conséquence d'incorporer les Nor-
mands à la civilisation franque. Rollon fut baptisé par
l'archevêque de Rouen. Ses compagnons suivirent son
exemple; les Normands furent de bons chrétiens.
Bientôt les abbayes anciennes se relevèrent de leurs
ruines et de nouvelles furent fondées. Rollon prêta
aussi l'hommage à Charles le Simple : il prit place
parmi les grands du royaume, en qualité de comte de
Rouen, et fut toujours fidèle à son roi. Les hommes
qui l'avaient suivi épousèrent des femmes du pays et
se mirent à parler la langue romane.
Désormais l'ère des grandes invasions normandes
était close. Sans doute, des courses de pillage furent
encore entreprises, les années suivantes, dans des pays
voisins, comme la Bretagne; mais elles venaient de
l'initiative de quelques bandes, sans que Rollon y
participât.
Tranquille du côté de l'Ouest, Charles le Simple se
tourna vers la Lorraine, où depuis longtemps il avait
des partisans. Le roi de Germanie, Louis III l'Enfant,
qui y dominait, mourut le 24 sept. 91 1 : l'occasion parut
favorable. Les Lorrains étaient très attachés à la
famille carolingienne qui était originaire de leur pays.
Ils refusèrent de reconnaître Conrad, le nouveau roi de
Germanie, qui avait été élu par les grands d'outre-
Rhin, firent appel à Charles le Simple, qui restait le
dernier descendant de Charlemagne, et le proclamèrent
roi. Charles prit possession de l'héritage de ses an-
cêtres, dès la fin de l'année 911, sans éprouver de résis-
tance sérieuse. Désormais il fit, dans ce pays, de longs
séjours, le préférant à tout autre.
Le royaume de Charles s'étendait maintenant jus-
qu'au Rhin, réunissant la Francia média et la Francia
occidentalis. Plus que les autres rois, à qui étaient échus
quelques morceaux de l'empire de Charlemagne, il
pouvait se considérer comme roi des Francs. Jus-
qu'alors, il s'était intitulé dans ses diplômes rex tout
court, sans indiquer la nation sur laquelle il régnait. Il
reprit le titre de rex Francorum, qui avait été délaissé
depuis la mort de Charlemagne.
Malheureusement, depuis un siècle, l'autorité royale
avait bien diminué. Un roi devait ménager ses grands,
évêques et comtes, qui, appuyés sur leurs vassaux,
tendaient à l'indépendance. Charles manifestait trop
ouvertement pour les Lorrains une préférence qui mé-
contenta les grands de France occidentale. Ceux-ci lui
reprochaient de se passer de leurs conseils pour suivre
les avis d'un certain Haganon, d'origine lorraine, mais
de basse extraction. A partir de 920, ils lui firent une
vive opposition.
En 922, le comte de Paris, Robert, qui était long-
temps resté fidèle au roi, se révolta et fut suivi par
plusieurs grands au nombre desquels était son gendre
Raoul, duc de Bourgogne. Robert, élu roi le 30 juin par
les rebelles, fut sacré le lendemain à S.-Remi de Reims,
par l'archevêque de Sens Gautier qui, déjà en 888,
avait donné l'onction sainte à son frère Eudes.
Charles rassembla une armée, composée principale-
ment de Lorrains. Les deux partis se rencontrèrent en
armes à Soissons, le 15 juin 923. Robert fut tué dans la
mêlée; mais Charles dut battre en retraite, dans le plus
grand désordre. Les insurgés victorieux élurent comme
roi Raoul de Bourgogne, qui fut sacré le 13 juill. par
' l'archevêque de Sens.
Charles croyait encore pouvoir soutenir la lutte.
Beaucoup de grands n'avaient pas pris parti. Le comte
de Vermandois, Herbert, feignit de se soumettre.
j Charles crut en sa parole et vint à lui en pleine con-
fiance. Il fut aussitôt arrêté, pour demeurer aux mains
d'Herbert jusqu'à sa mort. Il mourut prisonnier, à Pé-
ronne, le 7 oct. 929.
; E. Favre, Eudes, comte de Paris et roi de France, 1893. —
i R. Parisot, Le royaume de Lorraine sous les Carolingiens,
1898. — A. Eckel, Charles le Simple, 1899. — Lauer,
i Robert I" et Raoul de Bourgogne, rois de France, 1910. —
Prentout, Essai sur les origines et la fondation du duché de
Normandie, 1911 ; Étude critique sur Dudon de S.-Quentin et
son histoire des premiers ducs normands, 1916. — A. Fliche,
L'Europe occidentale de 888 à 1125, tome ii de la section du
Moyen Age, dans G. Glotz, Hisl. générale, 1930, p. 60-
82. — J. Dhondt, Études sur la naissance des principautés
: territoriales en France (IX^-X' s.), Bruges, 1948.
A. Dumas.
CHARLES IV LE BEL, roi de France (1322-
28). Il fut, conformément à la tradition capétienne, un
ami de l'Église, mais aussi un défenseur des droits de
l'État. L'année même de son avènement, il se dispo-
sait à partir en Terre sainte, sur la demande de
! Jean XXII, pour secourir les rois de Chypre et d'Ar-
ménie; le projet n'eut pas de suite. Dans la lutte entre
Jean XXII et Louis de Bavière, il se rangea aux côtés
I du pape : il eut même, à ce sujet, un entretien, à Bar-
j s. -Aube, le 17 juill. 1324, avec le duc Léopold d'Au-
triche, qui lui promit l'Empire : l'aventure échoua. De
même, dans l'affaire de succession de Majorque. Le
I conseil de régence, malgré l'opposition de quelques
; seigneurs et pour faire échec aux convoitises du roi
d'Aragon, avait désigné comme tuteur du jeune roi
don Philippe de Majorque : Jean XXII avait approuvé
ce choix. Charles IV prit fait et cause pour le pape : il
' signifia au comte de Foix qu'il devait cesser toute in-
trigue dans le Roussillon et il ordonna à ses sénéchaux
j du Languedoc de soutenir le candidat pontifical
; (11 juin 1325).
Mais lorsque Jean XXII voulut lever un subside
dans le midi de la France, pour financer la guerre que
son légat Bertrand du Poujet faisait aux Visconti et
I aux gibelins, Charles IV s'y opposa; il pria le sénéchal
de Beaucaire, le 12 oct. 1326, d'interdire cette levée et
I demanda des explications au pape. Quand celui-ci
j l'eut autorisé à percevoir le produit de deux années de
j dîmes, Charles IV consentit à la levée du subside
(Lea, Hist. de l'Inquisit. au M. A., m, Paris, 1902,
j p. 80). De même, les conflits de juridiction qui oppo-
! salent depuis un siècle et plus les tribunaux laïques
aux officialités, s'ils s'apaisèrent dans la pratique,
demeurèrent en théorie aussi aigus. Si le roi et le parle-
ment défendent les privilèges des clercs (affaires de
Laon, juill. 1322; d'Arras, 21 sept. 1322; de Carcas-
sonne, 30 avr. 1323; de Montreuil, 10 févr. 1327; de
Senlis, 20 juin 1327), ils font aussi respecter contre
les clercs les droits du pouvoir séculier (affaire de
I Luçon, 5 mai 1323; d'Amiens, 23 févr. 1324; d'Or-
I léans, 10 mai 1324; de Lisieux, 21 mai 1326...).
Ordonnances des rois de France, i. — Isambert, Rec. gén.
des anc. lois franç., m. — Devic-Vaissete, Hist. gén. de Lan-
guedoc, IX. — E. Lavisse, Hist. de France, iu-2, Paris, 1901,
par Langlois. — Fournier, Les officialités au Moyen Age,
Paris, 1880; Le royaume d'Arles et de Vienne, Paris, 1891. —
449
CHARLES IV
— CHARLES V
450
Olivier-Martin, L'assemblée de Vincennes de 1329..., Paris,
1909. — G. Mollat, Les piipes d'Aviqnon. 9» éd.. Paris, 1950.
— Fawtier, L'Europe occidentale de 1270 à 1380, 1" part.,
Paris, 1940, coll. Glotz. — Pirenne, etc., La fin du Moyen
Age, I" part., Paris, 19.31, coll. Halphen. — Registre de
Jean XXII, vi, vu.
H. Maisonneuve.
CHARLES V LE SAGE, roi de France (1365-
1380). Deux idées fondamentales s'imposent : d'une
part, la très grande piété du roi, qui prenait S. Louis
pour modèle (Christine de Pisan, Livre des faits et
bonnes mœurs du sage roi Charles V; Ph. de Mézières,
Le songe du vieux pèlerin); d'autre part, l'autonomie
du pouvoir royal envers le pouvoir ecclésiastique
(Ph. de Mézières (?), Le songe du verger). On étudiera :
I. La politique commune du roi et du pape. IL Les
conflits de juridiction. III. L'affaire du Schisme.
I. I^A POLITIQUE COMMUNE DU ROI ET DU PAPE.
Les relations entre les cours de Paris et d'Avignon
furent excellentes. Ainsi tout d'abord dans l'affaire du
mariage flamand. Charles V craignait une alliance trop
étroite de l'Angleterre et de la Flandre; Édouard III
désirait, en effet, que son fils Aymon, comte de Cam-
bridge, épousât Marguerite, héritière de Flandre. Or il
fallait une dispense de mariage au troisième degré.
Urbain V refusa la dispense, mais il favorisa le plus
possible l'union de Marguerite avec Philippe le Hardi,
duc de Bourgogne et frère du roi de France (18 déc.
1364-30 oct. 1365). Cette même année 1365, en mars,
c'est à Avignon, sous les auspices du pape, que
Charles V et Charles le Mauvais signèrent la paix. En
mai-juill. le pape et le roi essayèrent pareillement
d'engager les Compagnies au service du roi de Hon-
grie, contre les Turcs; l'affaire n'ayant pas réussi,
Charles V décida d'envoyer les Compagnies en Cas-
tille. Au mois d'oct., le pape donna de gros subsides à
Du Guesclin. En 1366, L^rbain V se résolut à rentrer en
Italie; Charles V lui envoya une ambassade solennelle
qui essaya en vain de retenir le pape. Urbain V partit
cependant et puis revint escorté par les galères royales.
Les relations continuèrent, presque aussi excel-
lentes, sous le pontificat de Grégoire XL C'est encore
sous ses auspices qu'Édouard III et Charles V firent la
paix, à Bruges, en 1375. Grégoire XI eut aussi à cœur
la défense de la foi. D'où une recrudescence de l'Inqui-
sition. Dans le nord de la France, le pape envoya
Jacques de More contre les « Turelupins ». Le roi
récompensa par une donation de 50 livres les peines
de l'inquisiteur, et reçut, pour son zèle, les remercie-
ments de Grégoire XI (Lea, ii, 148). Dans le Dauphiné,
repaire de Vaudois, sévissait Jacques Borel, mais les
officiers du roi, loin de le soutenir, se faisaient plutôt
complices des victimes. Grégoire XI s'en plaignit à
Charles V {Registre de Grégoire XI, 27 mars 1373,
n. 1171, 1172, 1173), sans obtenir l'appui attendu. II
dut multiplier les inquisiteurs, gourmander clercs et
laïcs, déployer une activité intense pour arracher,
croyons-nous, à Charles V des ordonnances exigeant
l'application des lois contre les hérétiques. Le résultat
fut admirable. Mais on a l'impression que le roi agit
plus par déférence envers le pape que par zèle inquisi-
torial. En 1376, Grégoire XI voulut s'assurer une part
des confiscations. Charles V s'y opposa; sans doute y
trouvait-il son compte. Il s'engagea pourtant — mais
seulement après la mort de Grégoire et en accord avec
son successeur, probablement Clément VII • — • par
ordonnances du 19 oct. 1378, à verser aux inquisiteurs,
aux lieu et place du fruit de leurs confiscations, un
traitement annuel de 190 livres tournois; il leur dé-
fendit encore de démolir les maisons des hérétiques,
sauf pour délits « énormes », mais toujours avec l'auto-
risation du gouverneur du Dauphiné (Isambert, v, 594).
II. Conflits de juridiction. — Depuis l'assemblée
de Vincennes, de 1329, la juridiction laïque n'avait
dict. d'hist. et de géogr. ecclés.
cessé d'empiéter sur la juridiction ecclésiastique,
quelles que fussent et la personnalité du roi et les cir-
constances politiques. « La lutte contre la juridiction
ecclésiastique, écrit Olivier-Martin, p. 252, est devenue
une œuvre collective, menée par les officiers royaux
sous le contrôle et la direction du Parlement, en com-
plet accord de vues avec le Conseil du roi. » Au temps
de Charles V, plusieurs ordonnances sont à ce sujet
particulièrement significatives. Le 14 mars 1368, le roi
ordonna aux sénéchaux de Toulouse, Carcassonne et
Beaucaire la publication de trois bulles ; celles des
papes Grégoire (IX?) et Clément (IV?), en vertu des-
quelles aucune censure d'excommunication ou d'inter-
dit ne pourrait être fulminée dans le royaume sans l'au-
torisation du Siège apostolique; puis celle d'Urbain V,
défendant, aussi longtemps que la papauté demeure-
rait au delà des monts, à tout prélat ou tout autre
ecclésiastique, de citer des sujets du roi, clercs ou
laïcs, sous quelque prétexte que ce soit, devant l'un ou
l'autre des conservateurs apostoliques institués par le
concile (I" de Lyon, c. 1; cf. Décrétâtes, 1. I, tit. xiv)
et siégeant hors du royaume (le roi se plaignait amère-
ment des atteintes que les juges d'Église portaient à la
juridiction séculière : quod nobis displicuit et displicet in
immensum). Le 8 mars 1372, Charles V publia une or-
donnance très importante, interdisant aux juges ecclé-
siastiques « de connaître, même par rapport aux clercs,
de toutes les actions réelles ou possessoires, et des cens
et rentes assignés sur les héritages » (De Héricourt, Les
loix ecclésiastiques de France, 1756, p. 120, c. 2). Gré-
goire XI protesta (bulle du 28 nov. 1372; Olivier-Mar-
tin, op. cit., pièces justificatives, v). Charles V ajourna
peut-être pour des raisons mal connues — affaire de
Bretagne — mais sans aucunement les annuler — ses
importantes dispositions. La même année (22 juin), il
soumit les clercs, comme les nobles et autres privilé-
giés, aux taxes et autres impositions levées sur cer-
tains héritages. En 1377, il ordonna, le 23 août, au
bailli de Màcon de signifier au chapitre de Lyon de ne
pas s'occuper d'actions réelles ou mixtes, car ces choses
« si elles étaient tolérées, nuiraient, dit le texte, à la ju-
ridiction temporelle ». A la fin de son règne, Charles V
acheta le comté d'Auxerre. Or les anciens comtes
avaient accordé aux habitants certains privilèges : ils
avaient même juré, en accord avec les archevêque et
évêque de Sens et d'Auxerre, qu'au cas où ils viole-
raient leurs engagements, ils seraient excommuniés et
leurs terres seraient interdites. Le roi confirma les pri-
vilèges, mais rejeta comme attentatoires à la majesté
royale, et sans doute aussi contraires aux privilèges
pontificaux accordés à la couronne de France, les
clauses relatives aux censures ecclésiastiques (août
1379).
Plus nombreux sont les arrêts du Parlement. En voi-
ci quelques exemples. En 1364, le bailli de Mâcon,
ayant condamné un clerc à mort, fut excommunié par
l'archevêque de Lyon. Sur la plainte du bailli, le Parle-
ment saisit le temporel de l'archevêque; celui-ci, pour
le récupérer, dut lever l'excommunication. En 1369,
l'archevêque de Bourges, qui avait défendu aux offi-
ciers du roi de connaître au criminel des clercs mariés,
à peine d'excommunication, dut se rétracter. En 1370,
l'évêque de Chartres, ayant jeté l'interdit sur le do-
maine du roi, fut contraint par le bailli de Chartres de
lever la censure. En 1371, l'évêque de Châlons, ayant
exigé des gouverneurs de la léproserie de S. -Jacques
une reddition de comptes, et ayant essuyé un refus,
avait excommunié les gouverneurs. Sur la plainte des
échevins, l'évêque dut lever la censure. En 1372, un
très grave conflit de juridiction opposa l'archevêque de
Rouen, Philippe d'Alençon, qui était de sang royal, et
le bailli Oudart d'Attainville, qui fut excommunié; sa
famille fut chassée des églises. Le Parlement signifia à
H. — XIL — 15 —
-ini CHA1U,KS V —
l'archevêque de lever les censures, sous menace de sai-
sie de son temporel (13 août 1373). Grégoire XI inter-
vint. L'afi'aire traîna en longueur, aucune des deux
parties ne voulant céder. Finalement, en 1375, l'arche-
vêque se retira à Avignon; le bailli fut absous par le
pape, mais envoyé à Mâcon; le roi rendit à l'archevê- i
ché le temporel. En 1378, les archevêque et évêques
de Tours, d'Angers, du Mans avaient excommunié
plusieurs personnes pour refus de dîmes et du tiers des
meubles des défunts. Sur la plainte du duc d'Anjou et
des principaux notables du pays, ils furent obligés de
lever les censures. On trouvera dans Olivier- Martin
(p. 253 sq.) beaucoup d'autres exemples.
III. L'affaire du Schisme. — Après l'élection
agitée d'Urbain "VI, le 8 avr. 1378, les cardinaux fran-
çais se retirèrent à Anagni. En juill., ils dépêchèrent au
roi le franciscain Jean de Guignicourt, qui témoigna
des circonstances troublantes de l'élection d'Ur-
bain VI; ils demandèrent subsides et protection :
Charles V leur envoya « grande finance » et routiers,
invita la reine Jeanne de Naples à intervenir en leur
faveur, les assura de toute sa sollicitude. Les cardinaux
lui envoyèrent deux nouveaux messagers : Arnauld,
évêque de Famagouste, et Nicolas de Saint-Saturnin,
maître des Sacrés Palais. Charles V réunit alors à Pa-
ris, le 11 sept., en une conférence, six archevêques,
trente évêques, des abbés, des docteurs de Paris, d'An-
gers, Orléans, des membres du Parlement. L'assemblée
ne prit aucune décision; le roi non plus, du moins
officiellement, car il inclinait de plus en plus vers les
cardinaux dissidents. Il envoya des lettres encoura-
geantes à son cousin — au 8^ degré — Robert de
Genève, lequel fut élu précisément le 20 sept., sous le
nom de Clément VII. Aussitôt le nouveau pontife
autorisa le roi à lever un subside, pendant trois ans,
sur le clergé français. Charles V réunit alors une nou-
velle conférence, cette fois à Vincennes, le 16 nov., qui
se prononça nettement en faveur de Clément VII,
lequel, dès le 18 nov. — échange d'amabilités — mit à
la disposition du roi la provision de cent canonicats et
à la disposition du dauphin celle de cent autres cano-
nicats. Pendant l'année 1379, Charles V s'efforça de
rallier à la cause de Clément VII les puissances spiri-
tuelles et temporelles de la chrétienté. En France
d'abord; il y eut quelques oppositions, peu impor-
tantes, à Toulouse et en Normandie. Quant à l'univer-
sité de Paris, elle se montrait extrêmement réservée.
Elle se rallia finalement au parti clémentin, à l'excep-
tion toutefois des « nations » anglaise et picarde, sous
l'influence notamment des légats Jean de Cros, Guil-
laume d' Aigrefeuille, Guy de Malesset, à l'assemblée de
Vincennes du mois de mai. Quelques semaines plus
tard, le 20 juin exactement. Clément VII et sa suite,
fuyant l'Italie, s'installaient à Avignon. Hors de
France, Charles V, ou plutôt son frère, le duc d'An-
jou, réussit à gagner au parti clémentin, puis à rega-
gner la reine Jeanne de Naples, et aussi Amédie VI de
Savoie, Pierre II de Chypre, Robert II d'Écosse, Fer-
dinand de Portugal, quelques princes allemands. Il ob-
tint seulement la neutralité bienveillante de la Castille
et de l'Aragon. Il échoua, non seulement, comme
c'était à prévoir, en Angleterre et en Flandre, mais
aussi dans l'Empire et en Hongrie. Aussi le roi de
France voulut-il, avant de mourir, justifier sa conduite
auprès des seigneurs et des évêques, et, comme il avait
des doutes et des craintes, il déclara s'en remettre
d'avance » au concile général ou à tout autre concile
compétent qui pourrait statuer sur la question ». Il
mourut quelques heures plus tard (16 sept. 1380).
Ordonnances des roix de France, vi. — Isambert, liée. yén.
des anc. luis jranç., v. — Devic-Vaissele, Hisl. gén. de Lan-
guedoc, IX. — E. Lavisse, Hist. de France, iv-2, J'aris, 1902,
par Petit-Dutaillis. — - Olivier-Martin, L'assemblée de l'i/i-
CHA RJ. RS Vî 4r>'_>
cennes de 1329. Paris, litOT. - Lea, Hist. de l'Inqiiis. nii
M. A., I, II. — (i. Mollat, Les papes d'Avignon, 9' éd., Paris,
1950. — Co\iIl<>. L'Enrope occidentale de 1270 à
II» part., Paris, 1941, coll. filotz. — Pircnne, La fin du
Moyen Age, coll. Halphen. — N. Valois, La France et le
Grand Schisme d'Occident, .> éd., Paris, 19.31. — Calmette,
Charles V, Paris, 194.5.
H. Maisonneuve.
CHARLES VI, roi de France (1380-1422). On
étudiera comme ci-dessus : I. La politique commune
du roi et du pape. II. Les conflits de juridiction. III.
L'affaire du Schisme.
I. La politique commune du roi et du pape. —
Dans les premières années de son règne (1380-92),
Charles VI continue la politique d'afiiance avec la pa-
pauté avignonnaise. D'abord en Flandre : Charles VI
se propose non seulement de mater la révolte de Phi-
lippe Van Artevelde, mais encore d'amener les Fla-
mands à l'obédience de Clément VII. Il le signifie ex-
pressément aux Gantois, à Courtrai, en déc. 1382.
Mais l'année suivante (23 févr. 1383), le parlement de
Westminster dépêche en Flandre l'évêque de Norwich,
Henri Despenser, pour maintenir ce pays dans l'orbite
de l'Angleterre et en même temps dans l'obédience
d'Urbain VI. Louis de Maie appelle Charles VI. Les
deux armées contiennent prêtres et moines d'obé-
diences différentes, autorisés par leurs papes à porter
les armes. Les évêques des deux partis s'excommu-
nient mutuellement. Louis de Maie meurt le 30 janv.
1384. Son gendre, le duc de Bourgogne, fait la paix
avec les Flamands, ses nouveaux sujets, à Tournai, le
18 déc. 1385, et il accorde aux Gantois ce qu'on pour-
rait appeler la liberté de conscience.
De son côté. Clément VII poursuit la réalisation de
son rêve italien : évincer son rival Urbain VI, en s'ap-
puyant sur la maison de France. Il donne au jeune
Louis II d'Anjou le royaume de Naples (21 mai 1385)
et le couronne à Avignon; il promet au duc d'Orléans
une partie des États de l'Église; il abandonne à
Charles VI qui vient le visiter à Avignon, en nov. 1389,
la collation de sept cent cinquante bénéfices; il invite
même le roi de France à descendre en Italie où Ur-
bain VI vient de mourir. Soudain Richard II d'Angle-
terre — est-ce pour sauver le nouveau pape romain
Boniface IX? — sollicite de Charles VI une entrevue
pour une paix définitive. Les négociations traînent en
longueur; les ducs de Bourgogne et de Berri, mécon-
tents d'avoir été évincés du Conseil, se rapprochent
des Anglais. Sur ces entrefaites, Charles VI devient fou
(août 1392).
II. Les conflits de juridiction. — Comme sous le
règne précédent. Parlement et ofiicialités s'opposent et
la juridiction laïque finit par s'imposer, non plus seule-
ment en fait, mais en droit. Très significatif à ce sujet
est le procès qui s'engage, en août 1384, entre le duc de
Bourgogne et l'évêque de Chalon, « non à propos d'une
affaire déterminée, écrit Olivier-Martin, mais sur la
question de compétence en matière réelle » {L'assem-
bléede Vincennes de iJ29...,p.347). Le Parlement argu-
mente : Deus summus collator duo brachia videlicet sa-
cerdothim et imperium et duas jurisdictiones ad invicem
separalas, distinclas et divisas ab ipso Dec coequaliter
procedentes quitus principaliter hic mundus regitur de
super contulerit et ordinaverit... On pourrait croire,
n'était le coequaliter, lire une décrétale de Boni-
face VIII ou d'Innocent III. Mais précisément ce coe-
qualiter justifie l'autonomie de la juridiction tempo-
relle : nostraque juridictio temporalis in nullo jurisdic-
tioni spirituali subsit cum in terris superiorem non reco-
gnoscamus... On mesure tout le chemin parcouru
depuis un siècle par la juridiction laïque. De ce prin-
cipe découlent toutes les conséquences, à savoir que
les tribunaux ecclésiastiques ne peuvent connaître que
des causes spirituelles relatives aux ordres sacrés, aux
m
453
CHARLES VI
454
clercs célibataires, au mariage, aux délits ecclésias-
tiques, et à quelques rares actions personnelles; tout le
reste est usurpation. L'évêque proteste au nom du
droit divin, canonique et civil. L'argumentation est
traditionnelle : Dieu gouverne le monde par le minis-
tère des anges, puis des hommes, prophètes et prêtres,
pourvus de la double juridiction spirituelle et tempo-
relle. Le Christ a exercé l'une et l'autre; il a transmis
ses pouvoirs à Pierre et aux apôtres et à leurs succes-
seurs, les papes et les évêques. Ces droits fondamen-
taux ont été reconnus à l'Église par Théodose, Justi-
nien, Charlemagne. Depuis lors, l'Église de Chalon a
toujours vécu dans la tranquille possession de ses pri-
vilèges. S. Louis a défendu contre la ligue des seigneurs
les libertés de l'Église. Philippe le Bel les a approuvées,
Phili])pe de Valois les a confirmées. Il y a prescription.
Mais la cause était perdue d'avance. L'évêque de Cha-
lon fut expressément invité, par arrêt du 9 sept. 1385,
à ne plus connaître désormais que des seules causes
spirituelles.
Le roi est le patron des églises, leur défenseur, leur
champion : afjectantes ecclesias et viros ecclesiasticos
regni nostri, quorum promptus defjensor et pugil existere
glnriamur (Isamhert, vi, n. 83). Aussi veille-t-il, au nom
même de la liberté que Jésus-Christ a voulu garantir à
son Église, à la correction des abus, qui sont nombreux. |
Charles VI les dénonce : 1. Des cardinaux de Clé-
ment VII et d'autres clercs s'adjugent des bénéfices
uniquement pour en percevoir les revenus. Aussi le ser-
vice divin est abandonné, les locaux d'habitation ne
sont pas entretenus, les terres sont incultes; en outre,
comme ces bénéficiers demeurent en dehors du |
royaume, ils « diminuent les droits du roi et abolissent ]
les études dans les universités ». — 2. pes collecteurs et j
sous-collecteurs raflent, à la mort des évêques et des ;
abbés, leurs biens et leurs meubles, de telle sorte que
leurs successeurs sont réduits, pour vivre, à vendre
les reliques, les vases sacrés, les ornements d'église; ils
s'emparent encore des revenus du bénéfice pendant la
vacance, « au préjudice de la juridiction temporelle et
des droits du roi », et même pendant la première année
de collation. — 3. Des clercs « soi-disans nonces du
pape » ou délégués lèvent de tels impôts sur le clergé
que celui-ci en est presque réduit à la mendicité : quod
nisi super hec nosira regalis majestas provideret, viri
ecclesiastici regni nostri quasi vagabundi in penuria
maxima constitua, circa divinum officium vacare nequi-
rent, ecclesiarum edificia ruinosa, ac cetera hereditagia \
inculta remanerent. Aussi le roi ordonne-t-il au prévôt
de Paris et à tous les baillis et sénéchaux de remédier à
ces abus suivant les directives qu'il leur donne le '
6 oct. 1385. Cette ordonnance est enregistrée au Par-
lement le 16 févr. 1386 d'après Isambert; les Ordon-
nances... disent au contraire que l'arrêt du Parlement
est du 16 févr. 1385 et que c'est parce qu'on n'en a pas
tenu compte que le roi a promulgué l'ordonnance du
6 oct. Quoi qu'il en soit, il y eut certainement des né- î
gligences et des résistances, comme en témoignent les
ordonnances du 20 sept. 1386 et du 7 sept. 1394, celle- \
ci avec menace de peines {Ordonnances des rois de j
France, vu, 133, 159, 673). !
Pour mieux confiner les évêques dans l'exercice de ,
leur juridiction spirituelle, le Parlement fait sienne la j
théorie de Jean Lecoq, avocat du roi, qui, plaidant [
contre l'évêque de Paris à propos de la saisie d'un !
hérétique par les agents de l'officialité, établit une
distinction entre territoire et juridiction. Suivant les
principes du droit romain, le roi a juridiction sur tout
le territoire et il ne peut rien distraire de sa souverai-
neté; l'évêque, lui. n'a pas de territoire, » car il ne peut
exécuter lui-même ses sentences » : autant dire qu'il
n'exerce qu'une juridiction spirituelle. C'est ce que le
Parlement rappelle encore en 1397. L'official d'Amiens
ayant déclaré excommunié quiconque porterait at-
teinte à la juridiction ecclésiastique, le Parlement fait
saisir le temporel de l'évêque. Celui-ci désavoue son
officiai et le temporel lui est rendu. (On trouvera
d'autres exemples dans l'ouvrage cité d'Olivier-
Martin.) Concluons qu'à la fin du xiv^ s. la juridiction
laïque a fait des progrès immenses et que « déjà s'éla-
borent les théories politico-religieuses que généralisera
bientôt le gallicanisme » (Olivier-Martin, op. cit.,
p. 389; cf. G. Mollat, Les origines du gallicanisme par-
lementaire aux XI et XF« s., dans Reu. d'hist. eccL,
XLiv, 1948, p. 90-148).
III. L'affaire du Schisme. — Charles VI, autant
que sa folie le lui permit, s'efforça de rebâtir l'unité de
l'Église : en fait, il agit le plus souvent sous l'influence
de l'université de Paris et sans doute aussi du Parle-
ment qui voyait peut-être dans cette affaire un moyen
de soustraire l'Église gallicane à la juridiction ponti-
ficale.
1° De l'élection de Benoît XIII à la soustraction d'obé-
dience. — En 1394, la campagne d'Italie, projetée par
Clément VII et Charles VI, un moment contrariée par
l'intervention anglaise, est toujours l'objet des pré-
occupations royales, mais elle est aussi, en France, im-
populaire. Le clergé, que la fiscalité avignonnaise ré-
duit, on l'a vu, à la mendicité à tel point que le roi est
obligé d'intervenir, se détache de Clément VII, sans
d'ailleurs adhérer à Boniface IX. L'université de Pa-
ris, surtout, s'inquiète de la prolongation scandaleuse
du schisme et décide d'intervenir. En janv. 1394, les
docteurs organisent une sorte de référendum d'oià il
ressort que la solution apparaît, non dans la « voie de
fait » caressée par Charles VI et Clément VII, mais
dans l'une ou l'autre des « trois voies », dites de ces-
sion, de compromis ou du concile. Ils réussissent, après
des démarches infructueuses et grâce à l'appui du duc
de Bourgogne, à obtenir l'audience du roi : le 30 juin,
ils lui remettent un mémoire dans lequel ils déclarent
notamment la nécessité d'en finir avec le schisme, in-
diquent les moyens de solution suivant l'ordre de leurs
préférences (comme ci-dessus), et estiment, au cas où
l'un des pontifes rendrait toute solution impossible,
devoir rompre toute relation avec lui. Le roi les écon-
duit. Les choses en sont là quand Clément VII vient à
mourir subitement, le 16 sept. Alors le roi se rap-
proche de l'Université et, l'occasion étant belle, invite
les cardinaux avignonnais à surseoir à toute élection.
Le Sacré Collège se fût peut-être laissé convaincre,
mais les agissements du cardinal d'Aragon, Pierre de
Luna, décident ses collègues à entrer en conclave, dans
l'intérêt même de l'union. Toutefois chaque cardinal
prête serment de faire tout son possible, au cas où il
serait élu, pour ramener l'Église à l'unité, même en
abdiquant le pontificat. Pierre de Luna est élu, à l'una-
nimité moins une voix, et prend le nom de Benoît XIII
le 28 sept. (art. de Baix et Jadin, dans D. H. G. E.,
VIII, 135 sq.). Comme il ne se désiste point, le roi réunit
à Paris, au commencement de févr. 1395, une assem-
blée de clercs et de laïcs éminents, théologiens et ju-
ristes, qui décident d'envoyer au pape une ambassade
solennelle, conduite par les ducs de Berri, de Bour-
gogne et d'Orléans, pour l'inviter à la « cession ». Le
pape s'y refuse, mais propose une quatrième « voie »,
celle de la discussion avec son rival de Rome. En réali-
té, c'est une fin de non-recevoir. L'Université, fu-
rieuse, s'entête pour la « cession »; le roi s'efforce d'y
gagner les princes étrangers, il échoue; le pape s'efforce
lui aussi, par une politique insinuante et l'exercice ju-
dicieux de sa juridiction gracieuse : dispenses de ma-
riages (N. Valois, III, 8 sq.), de se concilier les esprits.
En réalité l'opposition entre le roi et le pape se fait
chaque jour plus grave. En août 1396, Charles VI
réunit à Paris une deuxième assemblée sous la prési-
CHARLES VI
456
dence de Louis d'Orléans. Deux partis s'y opposent :
l'un, radical, en faveur de la " cession » immédiate;
l'autre, modéré, pour un ajournement; ce dernier l'em-
porte, mais de justesse. Charles VI réussit à gagner à
sa cause Henri III de Castille et Richard II d'Angle-
terre; celui-ci, dans l'espoir d'épouser Isabelle, fille du
roi de France, incline à suivre la politique de son
futur beau-père, mais, après son mariage célébré à
Calais le 4 nov. 1396, il se montre réticent — au reste,
le clergé anglais est hostile, par principe, à la politique
française. Charles VI a une entrevue, à Reims, en
mars 1398, avec Wenceslas de Luxembourg, mais qui
n'aboutit à rien; il échoue auprès de Martin d'Aragon.
De leur côté, Renoît XIII et Roniface IX négocient
pour la forme, comme s'ils s'étaient entendus secrète-
ment pour se partager les dépouilles de l'Église. Alors,
Charles VI, pressé par l'Université, convoque à Paris,
le 22 mai 1398, une troisième assemblée, considérable
par le nombre et la qualité de ses membres; après des
débats contradictoires et des scrutins falsifiés (N. Va-
lois, m, 148-88), elle décide de soustraire la France à
l'obédience de Renoît XIII.
2° Effets de la soustraction d'obédience. — 1. Effets
juridiques. — La soustraction d'obédience fut signi-
fiée aux Français par ordonnance du 27 juill. 1398.
En voici la substance. D'abord un historique de la
question, depuis la mort de Grégoire XI. Ensuite
les conséquences canoniques : refus de toute juridic-
tion spirituelle du pape : ne prefato Benedicto, ejusque
sequacibus ac officiariis et audiloribus seu justitiariis
quibuslibet obedire quomodolibet, aut contra tenorem
presencium aliquid attemptare présumant, si penas
graves nostra et Ecclesiae eis auctoritate infligendas
cupiunt non subire; et de toute la fiscalité avignon-
naise : volentes inter cetera, quod ab inde in antea ipsi
Benedicto, suisque collectoribus et aliis officiariis qui-
buscumque suis, eciam complicibus, fautoribus et sequa-
cibus, ac procuratoribus eorumdem, nullus cujuscumque
conditionis fuerit, de redditibus, proventibus et emolu-
mentis ecclesiasticis quomodocumque et ex quacumque
causa, solvere et respondere présumât. Quant aux béné-
fices, ceux qui seraient actuellement aux mains des
créatures de Renoît XIII doivent leur être enlevés et
mis en commende, jusqu'à ce qu'ils soient pourvus
canoniquement; ceux qui sont vacants doivent être
pourvus, soit par élection, soit par collation, conformé-
ment aux anciens usages, et dans la plus grande liberté
sans pressions d'aucune sorte. Enfin les sanctions : dé-
fense est faite aux officiers de Renoît XIII de faire
aucun acte de juridiction ni de procéder contre les su-
jets du roi, et ordre spécial est donné au sénéchal de
Reaucaire d'arrêter, sans toutefois les mettre en prison,
les porteurs de bulles et autres lettres pontificales
(Isambert, vi, 242 sq.; Ordonnances, viii, 258 sq.). Le
clergé était donc afïranchi des collecteurs pontificaux,
mais le roi lui infligea le paiement d'une aide, qui lui
fut « consentie et accordée » pour trois ans aux deux
conditions suivantes : « pourveu que ce feust sanz pré-
judice des libertez et franchises des églises et des per-
sonnes ecclésiastiques... et aussi que les exécutions qui
seront à faire pour lesdiz aydes lever sur lesdictes gens
d'église, soient faictes de l'auctorité de l'église... et par
personnes d'église, qui à ce seront nommées par cha-
cun prélat en sa diocèse » (2 août 1398; Isambert, vi,
247, 248). La contribution du clergé, écrit N. Valois
(m, 187), fut « exceptionnellement large. Le clergé...
accepta de i)ayer au roi 30 francs d'or, au lieu de 20,
par muid de sel vendu ou distribué, et non pas le hui-
tième, mais le quart du prix des boissons débitées au
détail ». Ce ne fut pas tout : l'année suivante, une nou-
velle assemblée du clergé, qui se tint à Paris du
20 févr. au 14 mars, dut consentir un subside, puis une
décime entière, soit le vingtième des revenus, qui fut
! levé en deux termes par des gens d'Église; le produit
j fut centralisé par des commissaires, dont l'évêque de
Paris, qui devaient le verser à la Chambre des comptes.
Ces impositions enrichirent surtout les princes. Elles
ne furent pas les seules. Si, en 1401, le roi n'osa pas
demander au clergé le renouvellement des aides con-
senties en 1398, d'autres à sa place se chargèrent d'im-
poser les prélats et les abbés, sans reculer devant la
confiscation du temporel des évèques récalcitrants. Le
clergé était donc affranchi de toute ingérence pontifi-
cale dans la collation des bénéfices, mais d'une part la
cour et les princes proposent leurs candidats : le duc de
Rourgogne, notamment, intervient, et avec succès,
dans les élections aux évêchés d'Autun et de Nevers, et
à l'abbatiat de S. -Denis; d'autre part surtout l'Uni-
versité réclame des bénéfices; à l'assemblée de 1399
qui supprime toutes les expectatives de Clément VII
et de Renoît XIII, elle en arrache un millier et exige
que les électeurs ou collateurs élisent ou nomment, une
fois sur deux, un de ses suppôts. Charles VI confirme,
le 7 mai suivant, les décisions de l'assemblée en ce qui
concerne les expectatives, et menace de sanctions,
dans ses lettres du 20 mars 1400, ceux qui refuseraient
de satisfaire aux désirs de l'Université.
2. Effets politiques. — Le 1" sept. 1398, Tristan du
Ros et Robert Cordelier, maîtres des requêtes et com-
missaires du roi, publient à Avignon l'acte de sous-
traction d'obédience et invitent les clercs, même étran-
gers, à quitter la Cour pontificale. Les cardinaux s'en-
fuient à Villeneuve, en France; ils adhèrent, le 17 sept.,
à la soustraction d'obédience, et ne craignent pas de
s'acoquiner avec Geoffroy Roucicaut et ses bandes de
j routiers, lesquels entrent dans Avignon, terrorisent la
I population et assiègent le pape dans son propre châ-
I teau (sept. -nov.). Les malheurs de Renoît XIII
j retournent l'opinion en sa faveur. Sur l'intervention
I diplomatique et armée — encore que celle-ci ait
échoué, janv.-mars 1399 — de Martin d'Aragon,
Charles VI consent à desserrer le blocus du palais pon-
tifical (avr.-mai 1399); sur la demande de Renoît XIII,
il consent même à rappeler ses troupes et la garde du
pape est confiée au duc d'Orléans (18 oct. 1400; pour le
détail des négociations, voir N. Valois, m, 205 sq.).
Quant aux autres puissances, elles ne suivent guère, ou
même pas du tout, la soustraction d'obédience : la di-
plomatie de Charles VI — disons plutôt celle des ducs
de Rerri et de Rourgogne — échoue en Navarre, en Sa-
voie, en Angleterre, en Écosse, en Italie, à Chypre, en
Allemagne; elle est même contrecarrée, avec timidité,
puis avec assurance par les universités d'Orléans (févr.
1402), de Toulouse (mars 1402), d'Angers (juill. 1402).
L'université même de Paris, avec Gerson et Nicolas de
démanges, incline, pour des motifs qui ne sont peut-
être d'ailleurs pas tous désintéressés, comme on l'a dit
ci-dessus, vers une solution d'apaisement. Enfin le Sa-
cré Collège s'humilie à son tour devant Renoît XIII et,
malgré les rebuffades du pape, implore son pardon
(janv.-févr. 1403). Alors Charles VI, avec l'avis de son
conseil, convoque, par lettres patentes du 28 févr., une
nouvelle et solennelle assemblée du clergé et de la no-
blesse, pour le mois de mai suivant, mais il défend en-
core de prêcher contre la soustraction.
3° De la restitution d'obédience à la neutralité. —
Charles VI, considérant les résultats négatifs de la
soustraction et persuadé que le pape avait enfin accep-
té la voie de la cession : attendentes eciam quod... prefa-
tus summus pontifex viam cessionis ab eo requisitam ac-
ceplavit, met à nouveau le royaume sous l'obédience
de Renoît XIII (30 mai 1403; Ordonnances, vin,
593; Isambert, vu, 306). Ce même jour, grande mani-
festation à Notre-Dame. En présence du roi et des
princes, l'évêque de Cambrai, Pierre d'AiUy, annonce
au peuple le retour d'obédience et donne lecture des
457
CHARLES VI
458
promesses de cession faites par Benoît XIII. Mais les
difTicultés ne tardèrent pas à renaître. D'abord au sujet
des bénéfices. Benoît XIII refuse de reconnaître la va-
lidité des provisions ecclésiastiques faites pendant la
soustraction et entend même conférer ces bénéfices à
ses créatures; de plus, il envoie des collecteurs qui
lèvent sur les clercs des impôts « excessifs », à peine de
censures, et osent même réclamer les arrérages de plu-
sieurs années de vacants et autres décimes. Charles VI
proteste et, en sa qualité de « gardien, deffenseur et
protecteur des églises » du royaume, ordonne le main-
tien dans leurs bénéfices des clercs pourvus pendant la
soustraction et le refus de paiement de tous arrérages
des taxes pontificales (29 déc. 1403; Ordonnances, m,
622; Isambert, vu, 315). Ces ordonnances, révoquées
le 9 juin 1404 — on nageait alors en pleine euphorie de
part et d'autre, N. Valois, m, 361 — sont remises en
vigueur le 16 déc. de la même année et encore le
3 juin. 1406 (Isambert, vu, 354). Vers le même temps,
semble-t-il (N. Valois, m, 442, n. 4; 429), les taxes
apostoliques cessent d'être perçues; elles sont abrogées
par arrêt du Parlement (11 sept. 1406). Cependant
Benoît XIII, au lieu de tenir ses promesses de cession,
essayait de résoudre le schisme par la « voie de fait ».
Grâce à une propagande intense, il réussit à s'imposer à
presque toute l'Europe occidentale, notamment à
l'Italie. En 1404, le rêve italien de Clément VII, con-
trarié par l'intervention anglaise (voir ci-dessus), se
réalise en partie. De nouveau le pape et le roi suivent
une politique commune où l'impérialisme de la papau-
té « clémentine » s'unit à l'impérialisme de la maison de
France, représentée notamment par le duc d'Orléans,
le roi de Sicile, le maréchal Boucicaut, frère de Geof-
froy. Mais Benoît XIII ne put s'entendre, ni avec Bo-
niface IX, mort en oct. 1404, ni avec Innocent VII. De
son côté, Charles VI ne voulut pas, malgré les invita-
tions pressantes de Benoît XIII (15 août 1405), en-
voyer des troupes; il empêcha le départ du duc de
Bourbon et rinter\'ention du roi de Sicile (25 août
1405). Bientôt la maladie et la guerre civile en Toscane
obligèrent le pape à se retirer à Savone (8 oct. 1405).
La marche sur Rome s'achevait, comme dit N. Valois
(m, 416), « dans la rivière de Gênes ».
L'affaire des bénéfices d'une part, l'échec de la cam-
pagne italienne d'autre part soulevèrent à ce point
contre le pape le clergé, l'Université, la cour, qu'il fut à
nouveau question de soustraction d'obédience.
Charles VI convoque à Paris, pour la Toussaint 1406,
une nouvelle assemblée du clergé, au moins la qua-
trième de son règne. Elle se prononce pour une nou-
velle soustraction et en appelle, pour la solution du
schisme, au futur concile. Une autre assemblée, moins
nombreuse, se tient en janv. 1407. Elle déclare nulles
les provisions ecclésiastiques faites par Benoît XIII au
mépris des clercs qui avaient été pourvus pendant la
soustraction, nulles aussi les censures qui avaient été
portées par lui ou ses officiers. De son côté, Charles VI
prépare des ordonnances, le 18 févr., d'après lesquelles
les bénéfices seraient de nouveau attribués, conformé-
ment aux lois canoniques, sans tenir compte des grâces
ou expectatives, et les officiers du pape sont invités à
ne plus lever de ta.xes sur le clergé. L'intervention du
duc d'Orléans en fait ajourner la publication. C'est que
le nouveau pape, Grégoire XII, se dispose à négocier
avec Benoît XIII l'extinction du schisme. .\ussitôt
Charles VI décide d'envoyer aux deux papes une am-
bassade solennelle et lui donne, par lettres patentes du
18 févr., des instructions précises : inviter les deux
papes à la cession à distance; à défaut, leur ménager
une entrevue; en cas de mauvaise volonté de la part de
Benoît XIII, le roi publiera les ordonnances de sous-
traction. On lira dans N. Valois, m, 502 sq., et supra, à
l'art. Benoit XIII qui la résume, l'histoire des palino-
dies pontificales. En France, on s'impatiente. Le duc
d'Orléans, le temporisateur, ayant été assassiné le
23 nov., le parti des violents s'impose à Charles VI. Le
roi décide, le 12 janv. 1408, que, si le jour de l'Ascen-
sion (24 mai), il y a encore deux papes, il gardera la neu-
tralité (Ordonnances, ix, 342; Isambert, vu, 404).
L'ordonnance produit un gros elTet en Italie où
Benoît XIII se voit peu à peu abandonné. Informé
aux environs de Pâques, celui-ci envoie le 18 avr. au
roi de France une lettre affectueuse, mais il y joint une
bulle du 19 mai 1407, tenue secrète, par laquelle il
excommuniait quiconque ferait soustraction d'obé-
dience ou se permettrait — fût-il roi — d'en appeler
des décisions du pape. La double missive pontificale
est remise à Charles VI, le 14 mai, avant la messe. Ce
fut un beau tapage. Aussitôt sont promulguées les or-
donnances du 18 févr. de l'année précédente. Le
21 mai, devant la cour, le Parlement, l'Université, le
peuple, Pierre de Luna est déclaré hérétique, schisma-
tique, perturbateur de la paix; la bulle est lacérée, les
partisans ou présumés tels de l'ex-pontife sont empri-
sonnés; le 22 mai, Charles VI essaie de débaucher les
! cardinaux de Grégoire XII et les invite à s'unir à
l'autre collège; le 25 mai, il fait publier « à son de
trompe » l'ordonnance de neutralité; le 5 juin, il défend
de tenir compte des bulles de Pierre de Luna, consécu-
tives au 19 mai 1407; il veut que celles qui pourraient
être présentées soient déchirées et que leurs porteurs
soient saisis et punis « tèlement que ce soit exemple à
tous autres » (Ordonnances, ix, 342, 346). Enfin, une
cinquième ou sixième assemblée du clergé se tint à
Paris, à la fin de l'année 1408. Elle décida notamment
la périodicité de conciles provinciaux, l'attribution des
bénéfices, comme au temps de la première soustrac-
tion, avec toutefois quelques réserves : création d'une
commission suprême de contrôle, interdiction des
recommandations, défense de dépasser un taux déter-
miné de revenus suivant la qualité des bénéfices. En
même temps, le roi réclame, avec une insistance qui en
dit long, la moitié ou le quart du dixième des bénéfices
ecclésiastiques, destinés à couvrir les frais de l'union de
l'Église (5 mars, 3 avr., 26 oct., 1", 7, 12 déc; Ordon-
nances, IX, 217, 309, 373, 396, 397, 399).
4° De la neutralité à l'élection de Martin V. —
Charles VI s'intéresse à l'initiative des cardinaux et
invite même très expressément, par lettres des 2 et
8 janv. 1409, les délégués du clergé à se rendre à Pise
pour le 25 mars, et les autres membres du clergé à
payer les frais de voyage. Il reconnaît Alexandre V,
mais il défend aux Frères Mineurs d'user des privilèges
— l'Université et les autres ordres étant jaloux — que
ce pape leur a octroyés (26 févr. 1410). Il défend encore
aux représentants du pape d'inquiéter les possesseurs
de bénéfices ecclésiastiques pourvus pendant la pé-
riode de neutralité (17 avr. 1410). Il entretient avec
Jean XXIII des relations excellentes : tandis que le
pape impose, sous des noms divers, les anciennes taxes
apostoliques et continue de pourvoir aux bénéfices, il
reçoit l'autorisation de lever lui-même des aides pour
une période de trois ans (11 juin 1410), et il finit par
imposer à l'assemblée de 1412, sous divers prétextes,
des subsides qui seront perçus rigoureusement (4 févr.-
8 avr. 1412). Le concile de Rome, de 1412, n'a d'autre
résultat que de resserrer l'alliance de Charles VI et de
Jean XXIII. Les ambassadeurs du roi demandent au
pape (discours de Jean de Montreuil, janv.-févr. 1413)
le droit permanent de provision à une partie des béné-
fices. Le pape, craignant le retour des « libertés de
l'Église », envoie un légat, le cardinal Adimari, qui
! remet à la disposition de la cour et de l'Université, le
; 16 avr. 1414, le droit de provision pour cinq cent trente
bénéfices.
I L'alliance de Charles VI et de Jean XXIII est de
459
CHARLES VI — CHARLES VII
460
courte durée. Le roi est absorbé par la rivalité des par-
tis et par la guerre anglaise; son rôle, jusqu'ici prépon-
dérant dans l'atlaire du Schisme, passe à l'empereur.
Quant au pape, il est déconsidéré, poursuivi dans ses
retraites successives, menacé, contraint d'abdiquer.
Cependant Charles VI convoque à Paris, le 1" oct.
1414, une assemblée du clergé, qui envoie une déléga-
tion au concile de Constance (sur l'importance et le rôle
de cette délégation, voir N. Valois, m, 256 sq.). La
cour de France hésite à reconnaître Martin V. On
craint, notamment, pour les « libertés de l'Église galli-
cane » (ordonnance de mars 1418, que la révolution
bourguignonne fait annuler le 9 sept. 1418, et que le
Parlement doit enregistrer le 31 mars 1419). L'année
suivante, Charles VI est déchu (traité de Troyes,
21 mai 1420). Il meurt le 21 oct. 1422.
Ordonnances des rois de France, vii-xii. — Isambert,
Rec. gén. des anc. lois franç., vi, vu. — N. Valois, La France
et le Grand Schisme d'Occident, ii, m, iv. — Calmette-
Deprez, L'Europe occidentale de la fin du XI V s. aux guerres
d'Italie, Paris, 1937, coll. Glotz, vu. — Halphen, La fin du
Moyen Age, Paris, 1931, coll. Halphen, vu.
H. Maisonneuve.
CHARLES VII, roi de France (1422-61). Le souci
constant du roi fut de maintenir, voire de renforcer, les
libertés de l'Église gallicane, sans toutefois rejeter la
juridiction pontificale. On étudiera : I. Le maintien des
libertés de l'Église gallicane. II. La Pragmatique
Sanction. III. Les projets de concordat.
I. Le maintien des libertés de l'Église galli-
cane.— Le dauphin et le Parlement s'accordèrent à pro-
clamer une fois de plus, en nov. 1417, ces fameuses li-
bertés (cf. ordonnance du 27 juill. 1398, précédemment
commentée). Or, dans le même temps, l'Université, qui
convoitait des bénéfices, avait présenté au pape un
« rôle » que celui-ci avait approuvé; d'où conflit entre
dauphin et Parlement d'une part, Université de l'autre.
Le dauphin fit emprisonner le recteur; l'Université se
soumit. L'année suivante, en mars, le Conseil prépara
des ordonnances aux termes desquelles la reconnais-
sance de Martin V était pratiquement conditionnée par
la reconnaissance des « libertés » par le nouveau pape.
L'arrivée de l'archevêque de Tours, Jacques Gelu, qui
revenait de Constance, procura toutefois une détente :
il témoigna des excellentes et bienveillantes disposi-
tions de Martin V envers la France; de son côté, le
Conseil craignit qu'un excès d'intransigeance ne jetât
le pape dans le parti de Sigismond; Martin V fut
reconnu, mais « très simplement ». Néanmoins les or-
donnances de mars furent publiées et enregistrées le
13 avr. (Isambert, viii, 653); une autre, du 12 mai, dé-
fendit de transporter hors du royaume, sans autorisa-
tion, de l'argent, des bijoux, des objets précieux, sous
prétexte de procurations, d'annates ou de vacants.
Cependant Martin V conclut avec la ■> nation » fran-
çaise, représentée à (Constance, une convention d'après
laquelle il renonçait à certains impôts ou en condition-
nait la levée au consentement des prélats; il renonçait
encore à certaines provisions de bénéfices majeurs et
mineurs, aux abus de la commende. Cette convention
ne pouvait satisfaire, pour conciliante qu'elle fût, l'in-
transigeance du dauphin, du conseil et du Parlement.
Les choses en étaient là quand la révolution bour-
guignonne éclata. Elle eut pour effet l'annulation des
ordonnances de mars, le 9 sept., et la soumission totale
à Martin V de cette partie de la France qui obéissait au
duc de Bourgogne. De son côté, le dauphin envoya une
ambassade au pape et se déclara prêt, aux États de
Clermont, en 1421, à reconnaître la convention passée
entre le pape et la « nation » française, lorsque, brus-
quement, en automne 1422, et non le 8 févr. 1423
comme le déclarent les Ordoimances, xiii, 22 (Isam-
bert, viii, 10; cf. N. Valois, Hist. de la Pragmatique
Sanction..., p. xiv), il rappela la nécessité de maintenir
les « libertés » et ordonna de punir les « infracteurs de
constitutions et ordonnances royaux, sans aucune dis-
simulation, et tellement que ce soit exemple à tous
autres ». Au concile de Sienne, la « nation » française
réclama de nouveau ses « libertés », mais, après la dis-
solution du concile (7 mars 1424), Charles VII entra en
négociations avec Martin V : lettres du 10 févr. 1425,
où il demanda au pape d'autoriser les « libertés ». Mar-
tin V répondit par bulles du 21 août 1426. Entre autres
choses, il anrmlait toutes les censures encourues par les
partisans du roi pour défaut de résidence dans leurs bé-
néfices situés en pays occupé par les Anglais; il confir-
mait dans leurs bénéfices vingt-cinq clercs nommés
par les collateurs ordinaires; il autorisait le roi à pour-
voir, à certaines conditions, à trois cents bénéfices; il
réduisait le nombre des réserves pontificales (N. Va-
lois, op. cit., n. 22, 23, 24). Les bulles furent enregis-
trées, non sans résistance (lettres du 24 nov., enregis-
trées au Parlement le 23 janv. 1427). Malgré certaines
difficultés d'interprétation, l'accord réalisé entre le
pape et le roi ne laissait pas de donner satisfaction à
l'un et à l'autre. Il dura jusqu'à la mort du pape
(20 févr. 1431).
II. La Pragmatique Sanction. — Charles VII es-
saya d'obtenir davantage d'Eugène IV. Il lui envoya
une ambassade dont on ne sut jamais au juste quel fut
le résultat (N. Valois, op. cit., p. lxi sq.). Il décida, le
10 mars 1432, que nul ne pourrait obtenir un bénéfice
qu'à la condition d'être né Français, afin d'obliger le
pape à ne nommer aux bénéfices que des sujets et des
amis du roi, à peine de saisie des bulles, du temporel et
des bénéfices des clercs indésirables (Ordonnances,
XIII, 177; Isambert, viii, 64). Il essaya aussi de remplir
entre le concile de Bàle et Eugène IV une mission mé-
diatrice qui lui permît de sauvegarder les libertés de
l'Église gallicane tout en maintenant l'amitié tradi-
tionnelle des rois de France avec la papauté. C'est dans
cette perspective qu'il faut situer, pour la bien com-
prendre, l'assemblée de Bourges de 1438. Elle comprit,
outre le roi, le dauphin et quelques seigneurs, quatre
archevêques, vingt-cinq évêques, des abbés, des repré-
sentants des chapitres et universités, même de celle de
Paris — la capitale avait été conquise l'année précé-
dente, — des délégués d'Eugène IV et du concile de
Bâle. Comme au temps du Grand Schisme, le roi de
France — tel était le vœu du clergé — était qualifié
pour rétablir l'union de l'Église. L'assemblée désigna
une commission de dix membres qui examina les dé-
crets réformateurs de Bâle, les soumit à l'assemblée
pour discussion, et finalement rédigea les vingt-trois
titres de la Pragmatique Sanction.
Ce document se compose d'un préambule dont voici
les idées essentielles. Les rois tiennent leur pouvoir de
Dieu « pour protéger et défendre la Ste Église... et pour
faire observer dans toute leur sincérité et garder dans
toute leur intégrité les très salutaires décrets inspirés
par l'Esprit de Dieu et promulgués par les saints et les
anciens Pères... ». Les conciles de Constance, Sienne,
Bâle ont précisément pour objet « de réformer l'état
ecclésiastique, tant dans son chef que dans ses
membres, réforme qui s'impose à l'heure actuelle... •
La cause de tous les maux « est dans ces réserves de
prélatures, de dignités et autres bénéfices ecclésias-
tiques, dans la multiplication de ces grâces expecta-
tives qui constituent un droit vraiment exorbitant à
des bénéfices qui ne sont pas encore vacants... »; elle
est encore dans le choix des ministres, indignes, incon-
nus.ou étrangers, qui souvent manquent à la résidence.
D'où les effets : désirs de la mort du prochain, litiges,
disputes, rixes, rancunes, haines, ambition, oppres-
sions, calomnies, chicanes, vexations, simonie, etc.
« De là une grande perturbation dans l'ordre hiérar-
401
CHARLES VII
462
chique de l'Église, une suite d'attentats contre le droit
divin et humain, et d'oppressions qui tournent à la
ruine des âmes... », enfin un appauvrissement général,
au spirituel et au temporel, de l'Église et du Royaume
de France. — En conséquence, l'assemblée de Bourges
adopte, en les modifiant quelque peu, les décrets réfor-
mateurs du concile de Bâle.
Suivent les titres dont voici la très succincte ana-
lyse. I. L'autorité et le pouvoir des conciles généraux,
d'après les sessions v et xxxix du concile de Constance
et I du concile de Bâle : affirmation de la nécessité pé-
riodique des conciles et, d'après la session xi du concile
de Bâle, de la supériorité du concile sur le pape. —
a. Les élections, d'après les sessions xii et xxiii du
concile de Bâle : leurs nécessité, solennités, conditions,
confirmation; la Pragmatique « ne croit pas répréhen-
sible si le roi et les princes, en s'abstenant de menaces
et de violences, se ser\'ent parfois de prières bienveil-
lantes et douces, au profit de personnes de mérite, zé-
lées pour le bien de l'État... ». — m. L'abolition de
toutes les réserves passées ou à venir : il n'y a d'excep-
tion que pour les réserves expressément désignées dans
le corps du droit, et celles exercées par les papes sur le
territoire de l'Église romaine. — iv. Les collations,
d'après la session xxxi du concile de Bâle : suppression
des expectatives; réglementation des collations béné-
ficiales, capitulaires et paroissiales, en faveur des gra-
dués des universités; vœu de l'assemblée de Bourges
en faveur du droit de patronage et du maintien du
droit de collation à tous les bénéfices, quels qu'ils
soient, au pape régnant, c.-à-d. à Eugène IV, mais à
lui seul. « Une telle conclusion, dit le texte de la Prag-
matique, est personnelle au pape régnant, qui ne pour-
ra en user au préjudice des libertés et droits de l'Église
gallicane. Elle ne passera point à ses successeurs. » —
v. Les causes, d'après la session xxxi du concile de
Bâle : les causes de toutes sortes, sauf les causes ma-
jeures (celles des cardinaux et autres officiers de la
Curie romaine, celles des provinces situées à moins de
quatre journées de Rome), doivent se traiter sur les
lieux mêmes; les appels doivent être interjetés au
supérieur immédiat, ensuite seulement au Souverain
pontife; l'assemblée insiste encore davantage sur le
rétablissement des juridictions des ofïicialités. — vi.
Les appels frivoles, d'après la session xx du concile de
Bâle. — VII. Les possesseurs pacifiques, d'après la ses-
sion XXI du concile de Bâle : il appartient à l'Ordinaire
seul, non aux tribunaux de rechercher les possesseurs
de bénéfices sans titre canonique, mais de bonne foi, et
de régulariser leur situation. — viii. Nombre et quali-
tés des cardinaux, d'après la session xxii du concile de
Bâle : ce nombre ne dépassera 24 que de très peu et ra-
rement; les cardinaux doivent être pris dans tous les
pays chrétiens, très rarement parmi les princes, jamais
dans la famille du pape ou d'un cardinal; ils doivent
être gradués. — ix. Les annates, d'après la session xxi
du concile de Bâle : suppression pure et simple; l'as-
semblée de Bourges fait à ce sujet quelques remarques,
notamment pour le maintien des annates à Eugène IV
« comme don gratuit et non autrement, sans préjudice
des libertés de l'Église de France, et seulement la vie
durant du pape actuel ». — x. La récitation de l'office
divin, d'après la session xxi du concile de Bâle : « sans
préjudice, ajoute l'assemblée de Bourges, des louables
coutumes, statuts et observances spéciales de chaque
Église du royaume et du Dauphiné ». — xi. Le temps
de présence au chœur, d'après la session xxi. — xii.
Comment les heures canoniales doivent être dites hors
du chœur, d'après la session xxi : « non de bouche, en
balbutiant entre leurs dents, en retranchant des syl-
labes, ou en y entremêlant des rires et des conversa-
tions, mais avec révérence, en prononçant distincte-
ment chaque parole et dans un lieu convenable pour la
dévotion — xiii. Les promenades dans l'église pen-
dant le temps des offices, d'après la session xxi. —
xiv. Le tableau apposé au chœur, d'après la session
XXI. — XV. Les abus de la messe, d'après la session
XXI. — XVI. L'absence à l'office divin, d'après la ses-
sion XXI. — XVII. La tenue d'un chapitre pendant la
messe, d'après la session xxi. — xviii. Les spectacles
dans l'église, d'après la session xxi : abolition de tous
usages concernant les fêtes et représentations données
dans les églises ou cimetières; les Ordinaires et les curés
devront, sous peine de privation des fruits de leurs bé-
néfices pendant trois mois, punir les transgresseurs de
censures ou autres peines. — xix. Les concubinaires,
d'après la session xx : recherche et poursuite des clercs
vivant en état de concubinage public ou notoire, et
sanctions canoniques. — xx. Les excommuniés non
vitandi, d'après la session xx : adoucissement de la
discipline; « il n'y a plus obligation de s'abstenir de
communiquer » avec eux. — xxi. La réglementation
de l'interdit, d'après la session xx. — xxii. Suppres-
sion de la clémentine du 1. Il, tit. vu, c. un., in Clem.,
d'après la session xxiii. — xxiii. Conclusions. — En
résumé, la Pragmatique Sanction présente un carac-
tère théologique, dans la ligne des conciles de Cons-
tance et de Bâle; et un caractère disciplinaire, tradi-
tionnel en ce qu'elle remet en honneur les ordonnances
de 1418, et nouveau en ce que l'intervention du prince
dans la collation des bénéfices, qui était un fait, s'est
transformée en droit.
Le roi, considérant les vœux de l'assemblée de
Bourges, promulgua la Pragmatique Sanction. Don-
née à Bourges le 7 juill. 1438, elle fut enregistrée au
parlement de Paris le 23 juill. 1439 (cf. Ordonnances,
xiii, 267-91; Isambert, ix, 110; texte français, dans
Duballet, Cours complet de droit canonique, i, Paris,
1896, p. 1 à 50*).
Charles VII usa, sans discernement, avec caprice, du
droit que lui donnait la Pragmatique : ses candidats ne
furent pas toujours des plus idoines, ni ses recomman-
dations des plus élégantes. Il en abusa, en se réservant
la collation de plus de six cents bénéfices et en ressus-
citant à son profit les expectatives pontificales. Enfin,
il laissa le pape, qui bien entendu ne reconnaissait pas
la Pragmatique, pourvoir aux bénéfices ecclésias-
tiques, ce qui ne laissait pas de créer des situations
confuses et pénibles ; il lui recommanda même, quelque-
fois, suivant ses intérêts, ses propres candidats. Voir les
nombreux exemples donnés par N. Valois (op. cit.,
p. xcii sq.). De là une opposition, pas toujours des
plus désintéressées d'ailleurs, à la Pragmatique, et par
conséquent un désir plus ou moins marqué de retour en
arrière. L'université de Paris avait, certes, des ten-
dances gallicanes, mais elle avait aussi des ambitions.
C'était ordinairement à ses maîtres et à ses suppôts que
les papes conféraient les bénéfices. Or, de même qu'au
temps de la soustraction d'obédience, sous le régime de
la Pragmatique l'Université se vit négligée. D'où ses
doléances (25 déc. 1438; 25 oct. et 16 nov. 1441;
22 déc. 1445 : lettre au roi pour le retour à l'ancien
régime, c.-à-d. au régime des collations pontificales; de
même le 12 févr. 1446) et ses tractations avec Nico-
las V (25 oct. 1447).
III. Les projets de concordat. — De 1438 à la fin
du règne, le roi et le pape, sans rompre jamais leurs
relations, s'efforcèrent, l'un de maintenir tant bien que
mal sa Pragmatique, l'autre d'amener le roi, par une
politique de négociations astucieuses et persévérantes,
à supprimer cette Pragmatique. Mais, comme le Sou-
verain pontife se rendait compte que les beaux temps
de la papauté avignonnaise étaient révolus, il se rési-
gna à composer avec le roi en lui i)roposant un
concordat.
Dans une première période décennale (1440-50),
463
CHARLES VII
— CHARLES VIII
464
Charles VII connut d'abord la tentation du schisme.
A une deuxième assemblée de Bourges (août 1440),
Thomas de Courcelles, délégué du concile de Bàle,
plaida en faveur de Félix V. Son discours, dit-on,
(1 plut beaucoup au roi ». Néanmoins Charles VII se
prononça pour Eugène IV. Mais l'assemblée refusa aux
représentants du pape d'apporter à la Pragmatique la
moindre correction. Elle voulut bien seulement recon-
naître au futur concile général le droit de lui apporter
quelque tempérament (2 sept. 1440; Ordonnances,
XIII, 319-22). Nouvelle tentative d'Eugène IV, avec
Antoine de Bourras, secrétaire du duc de Bourgogne et
chanoine de Chalon, auprès de l'université de Paris.
Audience de l'Université le 2 sept. 1441. Mais les
outrances de langage du délégué firent échouer sa mis-
sion. Loin de se décourager, Eugène IV envoya l'an-
née suivante l'évêque de Brescia, Pierre dal Monte, qui
parvint à rejoindre le roi, d'abord à Montauban
(23 déc. 1442), puis à Poitiers (juin 1443). Il chercha,
avec beaucoup de finesse, en se glissant dans ses
bonnes grâces, à obtenir l'abrogation de la Pragma-
tique. Il parut y réussir. Produisant alors son projet
concordataire, il représenta au roi les concessions du
pape : suppressions de beaucoup de réserves, de toutes
les expectatives, restrictions des appels en Cour de
Rome, collation aux bénéfices non électifs alternative-
ment avec les collateurs ordinaires, respect des élec-
tions, avantages accordés aux suppôts de l'Université;
mais sur la question, très irritante, des taxes pontifi-
cales, les termes du concordat manquaient de préci-
sion. Charles VII fit étudier le projet concordataire par
une commission, puis il le soumit à une autre assem-
blée de Bourges qui se réunit en sept. 1444. Elle se
montra assez réticente, diminuant la liste des béné-
fices réservés au pape, exigeant encore davantage pour
les suppôts de l'Université (décision du 28 sept.). Rien,
cependant, n'était encore perdu; d'ailleurs, le roi
n'avait pas assisté, ni à fortiori n'avait pu donner sa
sanction aux délibérations de l'assemblée. Il en prit
connaissance à Nancy. Elles furent de nouveau sou-
mises à une assemblée ecclésiastique; cette assemblée
fut encore plus sévère que celle de Bourges. Elle exigea
une réduction très sensible des taxes pontificales; le
représentant d'Eugène IV, sans doute le dominicain
Thomas Tomasini, évêque de Feltre et Bellune, s'y
refusa. Les pourparlers cessèrent.
Ils reprirent néanmoins dès 1445 ; Eugène IV envoya
l'archevêque de Lyon, puis l'archevêque d'Aix, Robert
Roger; après la mort de Robert Roger, Nicolas V dé-
puta le doyen de Tolède, Alphonse de Segura (janv.
1448), lequel accorda au roi et à sa maîtresse, Agnès
Sorel, des faveurs spirituelles, cependant qu'il lui pré-
sentait un nouveau projet de concordat, qui n'était en
réalité que le premier projet, plus favorable néanmoins
au clergé de France. Alors de nouveau Charles VII con-
voqua une assemblée, à Rouen d'abord (févr. 1450),
puis à Chartres (mai 1450). Mais l'absence du roi, sur-
tout la production inattendue de la « Pragmatique
Sanction de S. Louis », le discours enfin, très gallican,
de l'évêque du Mans, Martin Berruyer, firent à nou-
veau échec aux propositions pontificales. Toutefois
certains, dont le représentant de l'évêque de Châlons,
estimaient qu'on pouvait faire l'essai du concordat,
jusqu'à la convocation d'un concile général, qui se
tiendrait en France au bout de deux ans et oii seraient
réglés définitivement les rapports du S. -Siège avec
l'Église de France. Vu les dispositions de Nicolas V,
c'était une fin de non-recevoir.
Dans une deuxième période décennale (1450-60),
les tentatives d'entente entre la France et le S. -Siège
reprirent et continuèrent. L'initiative appartint encore
au pape. D'abord à Nicolas V : il envoya en 1451 le
cardinal d'Estouteville, qui arriva en France au mois
de décembre. Charles VII réunit encore une nouvelle
assemblée du clergé, à Bourges, en juill. 1452. D'au-
cuns, notamment l'archevêque de Bordeaux, Pey Bor-
land, et l'évêque de Périgueux, Élie de Bourdeille, esti-
maient qu'on pourrait faire au pape de larges conces-
sions. La majorité opina en sens contraire; toutefois
elle consentit à Nicolas V la perception, à titre person-
nel, du tiers des bénéfices majeurs, exempts et vacants.
Ce fut à peu près tout. L'assemblée s'en remit pour le
reste, comme l'assemblée précédente, au futur concile
général. Le roi sanctionna ces décisions (ordonnance
du 9 août 1452).
Néanmoins Calixte III dépêcha un nouveau légat, le
cardinal de Coëtivy (oct. 1456). Mais le pape avait
d'autres soucis : le péril ottoman. Il essaya d'entraîner
Charles VII dans une croisade contre les Turcs — c'est
peut-être avec cette arrière-pensée qu'il autorisa la
revision du procès de Jeanne d'Arc — le roi ne voulut
rien entendre. Du moins Calixte essaya-t-il de lever des
décimes sur le clergé; il se heurta à l'opposition de
l'université de Toulouse, des clercs normands, de
l'évêque d'Autun, le cardinal Jean Rollin, qui voyait
dans cette levée de décimes un moyen détourné de
recouvrer les taxes abolies. Le légat fulmina des
excommunications contre les clercs normands, qui en
appelèrent au Parlement. Finalement le roi autorisa, à
titre exceptionnel, la levée d'une décime, mais « sans
préjudice des droits, franchises, libériez et préroga-
tives de l'Église de France pour le temps à venir »
(3 août 1457; Ordonnances, xiv, 443; Isambert, ix,
236). Devant cette intransigeance. Pie II se fâcha. Il
dénonça, dans la bulle Exsecrabilis, du 18 janv. 1459,
comme attentatoire à l'autorité du S. -Siège, l'appel au
concile général; il déclara nuls les appels antérieurs et
fulmina l'excommunication latae sententiae contre qui-
conque se permettrait à l'avenir d'en appeler encore.
Le Parlement éleva à son tour deux protestations
solennelles (10 nov. 1460 et 10 févr. 1461). Son porte-
parole, le procureur Jean Dauvet, interpréta la bulle
pontificale comme attentatoire au roi et aux libertés
de l'Église gallicane, conformément aux canons des
j conciles de Constance et de Bàle, et interjeta appel au
; futur concjle de toutes les mesures que le pape se per-
î mettrait de prendre contre le roi. De fait. Pie II songea
peut-être à déposer Charles VII sous prétexte d'héré-
sie. Il se contenta de lui adresser, le 25 mars, une
lettre sévère, où il affirmait le primat suprême et uni-
versel du S. -Siège et dénonçait une fois de plus la
Pragmatique comme un « travail illicite, perpétré par
les prélats de ton royaume, qui ne peuvent le mettre à
profit sans compromettre leur salut ». Charles VII
mourut le 22 juill. Concluons avec N. Valois : « Toutes
les négociations échouèrent du vivant de Charles VII :
non que ce prince fût intransigeant sur le chapitre des
j « libertés »..., mais au contraire parce que, habitué à en
! prendre fort à son aise avec la Pragmatique, il n'éprou-
I vait pas un besoin urgent de révoquer cette ordon-
nance... Dans la Pragmatique, il voyait un moyen
commode d'empêcher l'ingérence de la Cour de Rome
quand celle-ci le gênait... Il se faisait la part large
dans les dépouilles du S.-Siège... Enfin il flattait la
passion, non certes de tout le clergé, ni surtout des
universitaires, mais d'un parti puissant dans le clergé
et dans la magistrature... » (op. cit., p. cxcii).
Ordonnances des rois de France, xiii, xiv. — Isambert,
Rec. gén. des anc. lois franç., vu, vin, ix. — N. Valois, Hist.
de la Pragmatique Sanction de Bourges sous Charles VII. —
Calmette-Deprez, L'Europe occidentale..., coll. Glolz, vu. —
Halphen, La fin du Moyen Age, coll. Halphen, vu.
H. Maisonneuve.
CHARLES VIII, roi de France (1483-98). I. Le
roi. IL La régence et le mariage. III. Le règne : situa-
I tion politique et religieuse. IV. La guerre d'Italie.
465
CHARLES Vlir
466
1" Causes et préparatifs. 2° Florence et Savonarole.
3" Rome et Alexandre VI. 4» Le retour. V. Dernières
années et mort.
I. Le roi. — Lorsque son père meurt, le 30 août
1483, Charles n'a qu'un peu plus de treize ans : ce fils
de Louis XI et de Charlotte de Savoie est né le
30 juin 1470. Malingre, chétif et délicat, il a été élevé à
Amboise. Sa croissance a été pénible : aussi a-t-on pris
plus de soin de son développement physique que de sa
formation; la chasse l'a plus tenu que les études; les
Grandes Chroniques de France et les romans de cheva-
lerie sont ses lectures préférées.
Il devait se montrer fougueux et aventureux,
quelque peu chimérique, assez libéral, « si bon, a dit
Commynes, qu'il n'est possible de voir meilleure créa-
ture », avec un grand fonds de religion. Petit, la tête
trop grosse pour le corps, il a des goûts bizarres pour
les parfums et les bijoux. Affligé d'une certaine nervo-
sité, il fait un peu « fin de race ».
II. La régence et le mariage. — Ce défaut de
précocité, alors même qu'il allait être majeur, pousse
le prudent Louis XI à inviter son fils à obéir, après son
trépas, à Pierre de Beaujeu, son gendre, lieutenant
général du royaume dès 1482, et il le lui confie sur
son lit de mort. Anne, épouse de Pierre, devait s'avé-
rer une maîtresse femme, intelligente, fine et rusée
comme son père; elle sera « Madame la Grande ».
Pierre et Anne agirent avec sagesse pour éviter une
réaction contre le régime autoritaire établi par le feu
roi. D'ailleurs, la bonne structure administrative et
judiciaire, la solidité des finances, l'armée permanente
avaient fortifié la royauté. Pourtant des concessions
furent faites : les conseillers trop compromis du roi
sont écartés, des charges honorifiques accordées aux
grands seigneurs, les impôts arriérés abandonnés. En
outre, en partie pour apaiser la jalousie de Louis, duc
d'Orléans, les États généraux sont convoqués le
24 oct. 1483.
Ils se réunissent le 15 janv. 1484. Le « chapitre de
l'Église » y réclame, outre le sacre rapide du souve-
rain, le rétablissement des anciens canons sur la provi-
sion des bénéfices et le jugement des causes ecclésias-
tiques, soit les franchises et libertés de l'Église galli-
cane remontant au « roi Clovis, à S. Charlemagne,
S. Louis... », et enfin le respect des immunités (Jour-
nal de Jehan Masselin, Appendice, 661-66); on s'offre
aussi à satisfaire les droits du S. -Siège dans un pro-
chain concile général. Le « chapitre du commun »
aborde également le problème ecclésiastique par le
biais des questions financières : la crise financière
provient, en partie au moins, du transport considé-
rable d'espèces envoyées à Rome pour la provision des
bénéfices, ainsi que des contributions ordinaires ou
extraordinaires (ibid., 669, 671 sq.). Aucune réponse
n'est donnée sur le « chapitre de l'Église » à cause de
l'opposition des prélats à la Pragmatique Sanction de
Bourges (1438), dont le rétablissement est ainsi
demandé. Quant aux autres requêtes, des promesses
sont faites; en particulier, on décide que le roi prési-
dera le Grand Conseil et, en son absence, le duc d'Or-
léans : ainsi, il suffira aux Beaujeu de faire venir le
souverain pour assurer leur pouvoir. Philippe Pot
avait proclamé que « la souveraineté n'appartient pas
aux princes, car ils n'existent que par le peuple... Les
États généraux sont dépositaires de la volonté com-
mune. Un édit ne pren(f force de loi que par la sanction
des États... ». Mais les régents, une fois leur position
affermie, renvoient l'assemblée et recommencent à
imposer le pays comme auparavant.
Le duc d'Orléans provoque alors la « guerre folle »,
puis deux soulèvements, l'un en 1486, l'autre en 1488,
dans lesquels il s'appuie sur le duc de Bretagne; à la
suite de la défaite de S.-Aubin-du-Cormier, François II
doit signer la paix de Sablé (21 août 1488) : il s'engage
à ne pas marier sa fille sans l'autorisation du roi.
En effet, sa mort laisse Anne seule héritière du du-
ché (9 sept. 1488), encore indépendant du domaine
royal. Pour maintenir cette situation, les conseillers du
duc lui font épouser Maximilien d'Autriche, le 19 déc.
1490, en dépit des engagements de Sablé. Les troupes
royales s'emparent alors de Nantes, et mettent le siège
devant Rennes. La duchesse, abandonnée par Maxi-
milien, finit par consentir à épouser Charles VIII qui,
par le contrat (13 déc. 1491), devient duc de Bretagne,
après avoir renvoyé sa fiancée, Marguerite d'Autriche.
Anne est couronnée reine à S. -Denis au début de 1492;
quant au roi, il a vingt et un ans. Aussi, les Beaujeu se
retirent après avoir gouverné avec autant de décision
que d'habileté.
III. Le règne : situation politique et reli-
gieuse. — Malgré l'évolution vers l'absolutisme et la
reconnaissance de l'autorité royale comme émanée
directement de Dieu, le gouvernement est paternel,
soucieux du bien public : les ordonnances de 1493
améliorent la justice selon le vœu des États de 1484.
La prospérité du pays aide au développement du
capitalisme naissant. Si la royauté s'immisce dans les
corps de métier pour réglementer leurs statuts, un
patronat oligarchique se réserve les maîtrises qui ten-
dent à devenir héréditaires. D'ailleurs, le négoce ne
suffit pas aux marchands : l'agiotage, l'accaparement,
la spéculation permettent l'élaboration de fortunes
immenses (Du Peyrat, Semblançay). Avec la richesse,
un luxe extravagant, la folie du jeu, puis la débauche,
des violences et des crimes prennent plus d'importance
dans la société. Quoi d'étonnant que la foi s'affaiblisse
en nombre d'âmes, qui perdent avec le respect de la
religion celui des choses saintes.
Les abus de la fiscalité pontificale, la vente des
offices, voire de bulles, ne sont pas faits pour remé-
dier à cette situation. Le S. -Siège, par ailleurs, ne
pense pas tant à arracher le clergé de France à l'em-
prise du pouvoir royal qu'à tirer profit de l'autorité
acquise par le pouvoir temporel : sa grande crainte est
de voir rétablir la Pragmatique Sanction abolie par
Louis XI en 1467. En fait, celle-ci paraît appliquée,
quoique pour la nomination des prélats le gouverne-
ment ne semble pas avoir une conduite bien arrêtée.
En général, les chapitres et communautés monas-
tiques, en vertu de leurs anciens droits, élisent évêques
et abbés. De son côté, le pape nomme aussi, sous pré-
texte de l'abolition de la Pragmatique. Il s'ensuit des
démêlés, des agitations; les concurrents soutiennent
leurs droits devant les parlements, ou par les armes.
Le Conseil du Roi, selon ses intérêts ou la nécessité de
l'heure, recommande son candidat ou confirme l'élec-
tion. Le protégé de la cour l'emporte souvent dans la
compétition. Au fond, le mode de nomination importe
moins au gouvernement que la nomination elle-même,
par la voie la plus sûre, d'un de ses favoris.
Ainsi, en 1485, au Puy, l'élu du chapitre est concur-
rencé par celui du pape, Geoffroy de Pompadour, qui,
aumônier du roi, et ainsi soutenu par la cour, demeure
en possession du siège. A Pamiers, la même année, le
candidat papal et l'élu capitulaire plaident au parle-
ment de Toulouse; le second gagne le procès, repousse
avec l'aide du vicomte de Narbonne les troupes en-
voyées par la reine de Navarre en faveur de son adver-
saire, et demeure sur le siège. En 1491, pour le rem-
placement de l'abbesse de Ste-Croix à Poitiers, se font
une nomination papale et deux élections; l'une des
élues, sœur du sénéchal de Poitou, est appuyée par la
force armée qui envahit et occupe le monastère. Par-
fois, comme à Paris en 1492, le roi présente un candi-
dat officiel à l'élection des chanoines, qui tiennent
d'ailleurs à garder leur indépendance.
467
CHARLES Vin
468
La conimende lait de grands progrès, ainsi que le
cumul des bénéfices : l'archevêque d'Auch possède
huit abbayes; les grandes familles s'emparent des
revenus des évêchés et des abbayes : le cardinal
d'Épinay a trois frères évêques et une sœur abbesse, le
cardinal d'Amboise quatre frères évêques. Certains
bénéfices sont troqués contre d'autres mieux pourvus
de rentes : on déploie autant d'efforts pour parvenir
aux dignités que dans la primitive Église pour les évi-
ter (Hisl. de l'Église gallicane, t. xxi, 210).
Beaucoup de ces prélats ne résident guère, l'esprit
du monde les gangrène; ils semblent moins soucieux de
leur tâche apostolique que désireux de récupérer leurs
frais de nomination; souvent installés grâce à la faveur
royale, ils prêtent volontiers leur concours au gouver-
nement. Ils laissent le Parlement leur arracher peu à
peu leurs pouvoirs : il visite les couvents, s'occupe des
indulgences, des reliques, de l'impression des livres
liturgiques; il va, en 1487, jusqu'à étudier la question
de savoir si les évêques peuvent porter la traîne hors de
leur diocèse. Ces prélats sont, par contre, très jaloux de
leurs droits vis-à-vis des patrons de bénéfices, en parti-
culier des chapitres et monastères, qui se défendent
par la procédure ou par les violences : ainsi, l'arche-
vêque de Sens est-il chassé du chœur de Notre-Dame
de Paris par deux chanoines, le 2 févr. 1492. Pour ren-
trer dans ses frais, l'évêque multiplie les excommuni-
cations et les dispenses, et élève les droits d'enregistre-
ment des testaments.
Quant aux curés, eux aussi ne résident guère, et se
contentent de percevoir les revenus de la cure. Les
desservants, sans fortune, vendent les sacrements ou
pratiquent des métiers manuels, afin de pouvoir faire
face aux exigences épiscopales. La formation sacer-
dotale des uns et des autres est vague; certains ne
connaissent même pas le latin, et baragouinent tant
bien que mal leur messe, et le concubinage des prêtres
renaît : Charles de Bourbon a maîtresse et en-
fants.
Chez les réguliers, la situation n'est guère meilleure :
l'abbé de Coustel vit avec femme et enfants, les reli-
gieuses du Paraclet vont au bal, l'abbesse de Fare-
moutiers entretient une meute de cent chiens. Les
couvents des Clunisiens et des Cisterciens s'éman-
cipent, rejetant l'autorité des chapitres généraux. La
vie commune disparaît peu à peu. Des moines plus ou
moins authentiques vendent parfois de fausses reliques
ou indulgences; les abus des Hospitaliers conduisent à
la sécularisation de certains hôpitaux; les Mendiants
(qui ont extorqué à Sixte IV, avec la bulle, le droit de
devenir propriétaires) sont en lutte continue avec les
évêques dont ils répudient l'autorité, ou avec les curés
dont ils envahissent le domaine.
Faut-il croire Jean Raulin qui tient le peuple chré-
tien, mal instruit par ses pasteurs, pour « inculte et
malheureusement presque païen »?
Un mouvement de réforme est cependant déclen-
ché : le chapitre général clunisien de 1491 restaure la
règle primitive; les chapitres de 1494, tant clunisien
que cistercien, procèdent à une rénovation radicale; en
1496, pénètre en France l'influence de la congrégation
de Windesheim; Charles VIII se fait le protecteur des
Minimes, dont l'institut est approuvé définitivement
en 1493.
Chez les séculiers, se notent aussi certains centres de
réforme : le concile de Sens (1485) se réunit pour rani-
mer la vie religieuse et morale des clercs et des fidèles,
renforcer la discipline ecclésiastique et réformer les
mœurs du clergé; à Tours (nov. 1493), un projet de
réforme est ébauché pour lutter contre la corruption
des mœurs, et favoriser la restauration des conciles
ainsi que le rétablissement du droit électif; une ordon-
nance royale du 7 mars 1493 ordonne aux évêques de
résider dans leur diocèse et de veiller à la conduite des
clercs et à la célébration des offices.
Un certain nombre de prêtres et de moines s'at-
tachent à l'éducation du clergé et des fidèles, tel Jean
Standonck au collège de Montaigu, qui espère aboutir
à un redressement de la doctrine et des mœurs, de
même qu'à une rénovation du sentiment religieux, en
renforçant les études des ecclésiastiques. Des prédica-
teurs populaires, comme Olivier Maillard, Étienne
Brùlefer, ont grand succès auprès du peuple, qui reste
croyant et d'une piété facile à émouvoir. Le culte de la
Ste Vierge (en particulier les Sept Douleurs, l'Imma-
culée Conception) et des saints est très vivant. Les
catéchismes de colportage se diffusent dans les masses,
ainsi que les petits livres d'édification. On insiste sur
l'éducation chrétienne des enfants par les parents.
L'ockhamisme reste permis à l'université de Paris.
La faculté de théologie défend toujours avec énergie
la doctrine de l'Immaculée Conception; les censures
qu'elle porte indiquent assez bien les tendances con-
temporaines : thèses sur le célibat sacerdotal, sur l'au-
torité de l'Église romaine, sur les prétentions des
Mendiants. Déjà se laisse percevoir le courant nouveau
qui voudra une réforme de l'enseignement parisien :
dès 1492, Lefèvre d'Étaples publie des commentaires
sur les ouvrages d'Aristote.
IV. La guerre d'Italie. — 1° Causes et préparatifs.
— Le problème des causes de l'expédition italienne de
Charles VIII est, avec celui, connexe, de sa portée, l'un
des plus discutés. Certains (H. Hauser) y voient des
années perdues pour la formation de la France mo-
derne, une « guerre de magnificence »; d'autres la
lutte des deux plus puissants États de l'Europe conti-
nentale, France et Espagne, ou une échappée pour la
noblesse française; d'aucuns (duc de Chaulnes, duc de
Lévis-Mirepoix) mettent en relief le besoin national
d'expansion, l'aboutissement de la politique de
Louis XI.
Il ne faut pas oublier les ajipels venus d'Italie même,
I dont les États plus faibles invoquent le secours de
l'étranger. Louis XI n'avait-il pas déjà joué le rôle de -
j médiateur? Ferrand, le roi de Naples, est particulière-
ment remuant; Innocent VIII le menace plusieurs fois
d'offrir son royaume à Charles VIII, héritier de la mai-
son d'Anjou, souveraine de Naples et chassée par les
Aragonais. La tyrannie de Ferrand renforce le parti
angevin. A Milan, gouvernée par Ludovic le Alore, au
nom de son neveu Jean-Galéas Sforza, une demande
identique est faite. Enfin, les adversaires d'Alexan-
dre VI, le cardinal Julien de la Rovère en tête, in-
vitent le roi à se rendre à Rome pour assurer la réforme
de l'Église. Étienne de Vesc et Guillaume Briçonnet,
conseillers du souverain, sont favorables à l'expédi-
tion, dont le détournent les anciens conseillers de son
père, Commynes et les Beaujeu notamment. Et le
jeune roi, aventureux et chevaleresque, voit au delà de
Naples Jérusalem et la croisade. N'avait-il même pas
des droits à l'empire d'Orient, droits cédés par le der-
nier Paléologue? Cela sans parler de visions et de pré-
sages qui l'inclinent en ce sens.
Charles VIII, par les traités d'Étaples (3 nov. 1492), i
de Barcelone (19 janv. 1493) et de Senlis (23 mai
1493), règle les difficultés pendantes avec l'Angleterre, i
l'Aragon, l'Autriche, et confie la régence à Pierre de j
Beaujeu. Il passe en Italie en sept. 1494.
2° Florence et Sauonarole. — = Le célèbre prédicateur
dominicain annonçait depuis plusieurs années de
grands châtiments pour l'Église; aussi proclame-t-il
que « le glaive est venu, les prophéties s'accomplissent,
le Seigneur mène ses armées ». Le 9 nov., Florence se
soulève contre le Médicis et envoie Savonarole vers |
Charles VIII; il le reconnaît comme « le nouveau Cy-
rus » désigné pour « soulager les maux dont souflre
469
CHARLES VIII
— CHARLES IX
470
l'Italie et réformer l'Église abattue », mais il le menace
des châtiments divins s'il ne respecte pas la ville. Le
roi promet de sauvegarder la cité, et y fait son entrée
le 17 nov. Avant son départ, le 28 suivant, Savonarole
l'exhorte à convoquer un concile général en vue de
déposer Alexandre VI dont l'élection avait été
simoniaque.
3° Rome et Alexandre VI. — Le pape, qui avait
gardé sur le trône pontifical ses mauvaises mœurs, ap-
préhende cette éventualité, d'autant que son grand
adversaire du conclave, le cardinal de la Rovère, se
trouve avec le roi. Il pense un instant résister, puis
renvoie les troupes napolitaines et se réfugie avec Cé-
sar Borgia au Château S. -Ange. Le 31 déc, Char-
les VIII pénètre à Rome.
On le poussait à réformer l'Église; mais il est « jeune
et mal accompagné pour conduire à bien une si grande
œuvre » (Commynes). D'ailleurs, le pape, qui avait
pensé fulminer une excommunication majeure, se ra-
vise; après avoir reçu les ambassadeurs du roi, il con-
sent à rendre aux cardinaux du parti royal leurs digni-
tés, à offrir libre passage aux troupes françaises, enfin
à donner en otages César et le prince Djem, frère du
sultan Bajazet, mais il refuse au roi l'investiture de
Naples (15 janv. 1495). Charles VIII prête obédience
au pontife, et Briçonnet reçoit le chapeau. Le 28, l'ar-
mée française quitte Rome. Les partisans de la ré-
forme sont déçus, et Savonarole proclame que le roi
appelle sur sa tête la colère du ciel.
Le souverain entre à Naples le 22 février.
4° Le retour. — Ces succès inquiètent Ludovic le
More lui-même; d'accord avec Venise, le pape toujours
effrayé par la perspective d'un concile, l'empereur et
Ferdinand d'Aragon, il forme, le 31 mars 1495, une
ligue pour la « défense de la dignité pontificale et des
droits du Saint Empire romain », ainsi que pour la ga-
rantie réciproque de leurs territoires.
Charles, averti par Commynes, ambassadeur à
Venise, décide le retour. Auparavant, il se fait couron-
ner roi de Naples, et fait son entrée solennelle en cos-
tume impérial, le globe à la main. Il remonte ensuite
vers le Nord, traverse Rome abandonnée par
Alexandre VI, et échappe aux coalisés à Fornoue
(6 juin.). Rentré à Lyon, il prépare une nouvelle expé-
dition destinée à dégager Gilbert de Montpensier, laissé
à Naples avec dix mille hommes; mais ce dernier devra
capituler devant Gonzalve de Cordoue à Atella
(27 juin 1496).
De cette expédition ne restaient que « gloire et fu-
mée • (Commynes), mais, si l'Espagne avait réussi à
s'implanter en Italie, la France gardait Asti et des
liens plus étroits avec la Renaissance italienne.
V. Dernières années et mort. — Les déceptions
s'accumulent sur le roi qui perd son fils aîné, puis deux
autres enfants. Ces épreuves répétées le frappent : il
change son mode de vie, songe au bien du peuple, dimi-
nue les impôts, sépare le Grand Conseil, chargé de la
justice, du Conseil du roi. La réforme de l'Église le
préoccupe toujours : « Il avait bien vouloir qu'un
évêque n'eût tenu qu'un évêché s'il n'eût été cardinal,
et celui-là deux, et qu'ils se fussent allés sur leurs béné-
fices » (Commynes). Au début de 1498, il consulte la
Sorbonne sur la nécessité d'un concile universel, et sur
le droit pour les princes de le convoquer. Savonarole
l'entretient par une lettre dans cette pensée.
Mais le 7 avr. il meurt inopinément, après s'être
heurté la tête à une porte basse du château d'Amboise.
Commynes en dit « catarrhe ou apoplexie »; peut-être
un transport au cerveau ; de toute manière, l'usure
prématurée de son organisme n'y fut pas indilTérente.
Sa « conversion » de 1497 ne put porter ses fruits.
Sources. — .\. Molinier relève les sources imprimées
dans Les sources de l'Iiist. de France des origines jusqu'aux
guerres d'Italie, v, Paris, 1902, p. 146-92; de même H. Hau-
ser. Les sources... : le XVI' s., i, Paris, 1906, p. 1-120. — On y
joindra le Journal des États généraux de liSi, par Jehan
Masselin, éd. A. Bernier, Paris, 1835. — Angelo de Vallom-
brosa, Epistola ad papam Alex. VI, Florence, 1496 (en
faveur du projet de croisade de Ch. VIII); Lettre au peuple
de France en faveur de Ch. VIII, s. 1., 1496. — Procès-ver-
baux du conseil de régence de Ch. VIII, éd. A. Dernier, Paris,
1866. — M. Sanudo, La spedizione di Carlo VllI, éd. Fulin,
Venise, 1873. — Lettres de Ch. VIII, éd. P. Pélicier-
B. de Mandrot, Paris, 1898. — Ph. de Commynes, Mé-
moires, éd. J. Calmette, Paris, 1924. — Kervyn de Let-
tenhove. Lettres et négociations de Ph. de Commynes,
Bruxelles, 1867-74.
Travaux. — Outre les ouvrages de Ch. Petit-Dutaillis et
de H. Lemonnier (coll. E. Lavisse, Hist. de France, iv-2;
v-1), de H. Pirenne (coll. Peuples et civilisations, vii-2) et
de H. Hauser et A. Renaudet (ibid., vin-1), on consultera :
C. de Clierrier, Hist. de Ch. VIII, Paris, 1888. — G. Picot,
Le parlement de Paris sous Ch. VIII, Paris, 1877. — Lévis-
Mirepoix, La France de la Renaissance, Paris, 1947. —
J.-A. Néret, Charles VIII, Paris, 1947.
Sur la régence : P. Pélicier, Essai sur le gouvernement de la
dame de Beaujeu, Paris, 1882; J. d'Orliac, Anne de Beau jeu,
roi de France, Paris, 1926; J. Viple, Les enseignements
d'Anne de France, Moulins, 1935; Anon, Les géants de la
politique, 1'" sér., Paris, 1943, p. 76-184. — Sur les États
généraux : G. Picot, Hist. des États généraux, Paris, 1888. —
Sur le mariage : A. Dupuy, Hist. de la réunion de la Bret. à
la France, Paris, 1880; A. de la Borderie, Hist. de la Bret.,
IV, Paris, 1896-1914; E. Gabory, Anne de Bret., Paris, 1941.
— Sur l'Église : L. Pastor, Gesch. der Pdpste, v, Eribourg,
1898; A. Renaudet, Préréforme et humanisme, Paris, 1919;
A. Dutourcq, Hist. moderne de l'Église, vu, Paris, 1925;
P. Imbart de la Tour, Les orig. de la Réforme, i-2, Paris, 1948.
— Sur les guerres d'Italie : ,1. Delaliorde, L'expédition de
Ch. VIII en Italie, Paris, 1888; Ed. Fueter, Gesch. des
europ. Staatensystems v. 1492-1559, Munich-Berlin, 1919;
H.-F. Delaborde, Un épisode des rapports d'Alex. VI avec
Ch. VIII, Nogent-le-Rotrou, 1887; Anon, Sur quelques
épisodes de l'expédition de Ch. VIII en Italie, Nogent-le-
Rotrou, 1900; J. Schnitzer, Savonarola, Munich, 1924,
2 vol.; R. Roeder, Savonarole, Paris, 1933; V. Magni,
Savonarole, Paris, 1946.
Ch. Lefebvre.
CHARLES IX, roi de France (1560-74). I. Le roi
et la reine mère. II. Michel de l'Hôpital et la veille des
guerres de religion. III. La première guerre de religion
et la fin du concile de Trente. IV. La seconde guerre de
religion et la fin de la politique de l'Hôpital. V. La
Saint-Barthélemy et ses origines. VI. La fin du règne
et l'apparition du parti des politiques.
I. Le roi et la reine mère. — Charles, duc d'Or-
léans, était le second fils de Henri II et de Catherine de
Médicis, né à S.-Germain-en-Laye le 27 juin 1550. Les
morts inopinées de son père et de son frère aîné
(5 déc. 1560) ont pour effet de l'appeler au trône.
L'éducation du jeune roi sera négligée : s'il n'a guère de
mémoire, ni d'éloquence, il est doué de brillantes qua-
lités intellectuelles (poète même) et morales, et à ce
point de vue profitera des leçons de son précepteur
Amyot; mais il est nerveux, au point d'avoir des hallu
cinations, et prédisposé à la tuberculose, qui finira par
l'emporter (A. Paré); les exercices violents auxquels
il s'abandonne, en particulier la chasse, accuseront
l'emportement croissant de son caractère (A. Chaus-
sade, A. Paré et Ch. IX, Paris, 1926). Aussi, il sera tou-
jours sous l'influence de sa mère, et même après la
proclamation de sa majorité par le parlement de
Rouen (17 août 1563), ou après son mariage avec Éli-
sabeth d'x\utriche, fille de Maximilien II (1566), elle
seule gouvernera en réalité.
Catherine de Médicis se ressentira dans ses procédés
de gouvernement de son origine italienne, mais elle est
mère et préoccupée de maintenir avec l'héritage de ses
enfants la paix dans le royaume et avec l'étranger;
r « opportunisme » (cf. Lennie England) l'emporte chez
elle pour assurer la conciliation; souvent, la peur
471
CHARLES IX
472
— l'affolement même — joueront un rôle déterminant
dans ses interventions (H. Hauser, Rev. hist., cxciv,
336); sont-ce des traits compatibles avec les qualités
d' « homme d'État » (J. Héritier)?
Il n'en reste pas moins que la France — et l'Église —
sont à une époque troublée : au danger de guerre, à la
fois religieuse et civile, se joint le péril extérieur; Ca-
therine est assez indifférente aux problèmes religieux,
mais, si l'on peut parler de tolérance de fait, c'est sa
psychologie surtout qui semble donner la clef des va-
riations, au moins apparentes, de sa politique.
II. Michel de L'Hôpital et la veille des
GUERRES DE RELIGION (1560-62). — Chancelier depuis
le 30 juin 1560, il est homme de gouvernement et mo-
déré, sous l'influence de l'humanisme érasmien, et
d'accord avec la reine mère pour parvenir à une conci-
liation. Aux États généraux convoqués à Orléans,
pour le 13 déc. 1560, en vue de résoudre les diflîcultés
religieuses et financières, il prêche le calme et la bonne
entente, et suggère la vente massive des biens du clergé
afin de venir en aide au Trésor (dette publique :
43 millions et demi de livres, dont 19 immédiatement
exigibles). Quintin, obscur orateur du clergé, donne
une réponse négative, et se plaint des hérétiques;
quant au baron de Rochefort, orateur de la noblesse, il
demande la liberté du culte, et insiste sur les abus de la
justice ecclésiastique; le tiers s'unit aux deux autres
ordres pour demander, avec la réforme de l'Église
gallicane, le retour à la Pragmatique. Les lettres du
28 janv. susjjendent, en fait, les persécutions contre
les protestants.
L'ordonnance du 31 janv. consacre ses 29 premiers
articles à la question religieuse : l'art. 1 rétablit en
partie l'élection, et laisse au roi le soin de choisir, pour
les évêques et archevêques, entre trois candidats pré-
sentés par les électeurs; les annates, suivant le vœu
du clergé, sont supprimées; enfin, divers statuts disci-
plinaires de la Pragmatique de 1438 sont repris, ainsi
en matière de résidence, de visite, d'enseignement ou
de simonie.
Entre temps, le pape Pie IV a publié la bulle de con-
vocation du concile (6 déc. 1560); or, pour remédier
aux désordres croissant en France, ainsi qu'à l'aug-
mentation des calvinistes, la reine mère estime la con-
ciliation préférable. Aussi, elle annonce le choix des
participants français, puis précise qu'ils ne seront en-
voyés que lorsque Ferdinand et Philippe II, qu'elle
sait rester dans l'expectative, auront envoyé les leurs.
Cette temporisation lui permet de publier l'édit de
juin, destiné à en imposer à la fois au triumvirat
(Guise, Montmorency, Saint-André) et à Coligny :
toute assemblée est interdite, de même que toute nou-
veauté dans l'administration des sacrements, mais en
même temps est prohibée toute violence pour motif
de religion.
Le caractère provisoire de cet édit ressort de la con-
vocation (12 juin) d'un concile national pour le
20 juin, à Paris (Poissy). Quelques canons discipli-
naires sont composés. Én même temps, des négocia-
tions s'engagent en vue de régler la question finan-
cière; sous la pression des États réunis (août) à Pon-
toise, le clergé s'engage à payer pendant six ans
1 600 000 livres pour le rachat des domaines et des
droits divers aliénés aux créanciers du roi; pendant dix
autres années, des annuités seront versées pour amor-
tir les rentes constituées sur l'Hôtel de ville au capital
de 7 650 000 livres : ainsi naissait le « don gratuit »
(Contrat de Poissy, 21 sept.). Pendant cet arrange-
ment, les calvinistes, convoqués dès le 25 juill., trans-
forment le synode en Colloque : Théodore de Bèze, dès
le 9 sept., indique sa position sur l'eucharistie; tout
accord s'avère impossible, et les interventions de Lor-
raine et de Laynez ne feront que manifester l'opposi-
tion existant aussi avec la thèse luthérienne sur ce
point. La clôture du Colloque (14 oct.), qui marque
l'échec de la politique de conciliation, est suivie d'un
progrès notable de la religion « réformée », surtout chez
les nobles et les moyens bourgeois.
Ces progrès décident la reine à un « concordat avec
les protestants » (édit de janv.) : la liberté du culte pu-
blic est reconnue hors des villes closes, dans les fau-
bourgs; à l'intérieur des villes, seulement dans les
maisons privées — en bref, l'Édit de Nantes avant la
lettre (L. Cristiani, 418). Mais une telle solution est
prématurée : elle ne satisfait ni les uns ni les autres. La
surexcitation des esprits est telle que se produit le mas-
sacre de Wassy (1<='' mars 1562). La politique de Cathe-
rine de Médicis et du chancelier suppose avant tout un
pouvoir fort; il faut bien dire que peu de circonstances
lui étaient favorables.
III. La PREMIÈRE GUERRE RELIGIEUSE (1562-63)
ET LA FIN DU CONCILE (1563). — La guerre ne tarde pas
à s'engager, et chacun, comme il est de règle quand de
très graves intérêts sont en jeu, fait appel à l'étranger :
Catherine recourt à Philippe II, à Emmanuel-Phili-
bert de Savoie, et à Pie IV; Élisabeth se fait promettre
Calais. Mais les chefs de partis disparaissent rapide-
ment, en particulier Guise assassiné devant Orléans.
La pacification d'Amboise accorde peut-être la liberté
de conscience, mais l'édit de janv. est limité à une ville
par présidial, aux seigneurs haut-justiciers, et ne
s'étend pas aux vicomté et prévôté de Paris (19 mars
1563). Le protestantisme risque ainsi de paraître
aristocratique.
L'affaiblissement des adversaires va permettre à
Catherine de faire prévaloir la politique de modéra-
tion, d'autant qu'elle parvient à régler rapidement
l'affaire de Calais avec Élisabeth (avant 1564).
Cependant sa politique subit un autre échec du fait
de la reprise du concile de Trente, le 18 janv. 1562.
Sans doute, le concile renvoie au pape le problème de
la concession du calice aux laïques, mais les décrets sur
le sacrifice de la messe montrent bien que le concile
reste dans la ligne des premières réunions. Or les ins-
tructions données aux prélats français non seulement
demandent l'usage du calice en France, mais réclament
l'administration des sacrements, le chant des psaumes
à la messe ainsi qu'aux vêpres en langue française, en-
fin le mariage des prêtres « et autres telles choses »
(J. Dupuy). Les ambassadeurs du gouvernement sont
arrivés en mai, Lorraine seulement le 13 nov. 1562.
Les Français appuient les impériaux et demandent une
réforme du pape et de la Curie romaine. Le 24 janv.
1563, du Ferrier proteste contre un membre de phrase
du projet de décret : « Le pape régit l'Église »; les ins-
tructions recommandent de sauvegarder les principes
gallicans. Le prestige de Lorraine est grand et, après la
mort du cardinal de Mantoue, certains pensent à lui
pour la présidence du concile; mais son attitude galli-
cane lui fait préférer Morone (17 mars 1563), qui a
l'adresse de se concilier l'empereur et Lorraine. Dès
lors, les obstacles principaux sont. franchis. A l'ofien-
sive dirigée contre la Curie, les légats répondent par la
nécessité d'une réforme des princes; du Ferrier, en par-
ticulier, proteste le 22 sept, par un discours qui indigne
les évêques français eux-mêmes. Néanmoins, si l'auto-
rité suprême du pape est affirmée, sa supériorité sur le
concile n'est pas définie, mais Morone a l'habileté de la
faire admettre implicitement le 4 déc, en demandant
au pape l'approbation, et en ajoutant que les décrets
conciliaires n'auraient de force que saloa apostolicae
Sedis auctoritate.
L'ensemble des décisions est trop contraire à la poli-
tique de la reine pour que celle-ci puisse en imposer
l'application. D'ailleurs la condamnation tant impli-
cite que parfois explicite du gallicanisme, au moins
CHARLES IX
474
royal, est une raison de plus dans le même sens. Aussi,
le conseil privé du 22 janv. 1564 se prononce pour la
négative, malgré Lorraine. Plus tard, il en sera de
même quand le pape citera des évêques suspects
d'hérésie, et quand il déposera Jeanne d'Albret, reine
de Navarre, comme protestante.
Il n'en reste pas moins qu'en dépit de l'échec subi au
concile la politique de la reine mère paraît avoir des
chances de succès, au moins momentanément.
IV. La seconde guerre de religion (1567-68) et
LA FIN DE LA POLITIQUE DE L'HOPITAL. En effet
une politique de renforcement du pouvoir royal s'af-
firme (proclamation de majorité du roi à Rouen; or-
donnance de Moulins), alors que les catholiques, si les
protestants parlent haut, n'ont plus comrne chef que
le septuagénaire Montmorency. D'ailleurs, les étran-
gers (Rome, Espagne, Empire, Savoie) poussent en fa-
veur d'une application stricte des décrets conciliaires,
mais Catherine trouve des raisons pour éluder ces pro-
positions. A Rayonne notamment (14 iuin-2 juill.
1565), durant le célèbre voyage du roi, elle s'engage à
ne « porter remède aux choses de religion » qu'une fois
le voyage terminé; l'engagement lui-même est au sur-
plus bien vague et équivoque. L'Espagne le comprend
bien, et les relations entre les deux pays ne font qu'em-
pirer; le pape Pie V peut cependant éviter une rupture,
tout en faisant remarquer à la reine que « plus vous
serez indulgente pour les hérétiques et plus s'accroî-
tront leurs audaces » (17 juin 1566).
Des violences, locales, se produisent (Languedoc,
juin 1566), dont l'autorité vient à bout; au conseil pri-
vé, elle impose la réconciliation aux Guise et aux
Chastillon. Mais les protestants se plaignent que
l'exercice du culte réformé soit interdit en tout lieu où
le roi séjournera (déclaration de Lyon, 24 juin 1564),
de même que soit prohibé le travail à boutique ouverte
les jours de fêtes catholiques (14 juin 1564), et que la
liberté du culte soit restreinte aux lieux où était célé-
bré le culte protestant lors de l'édit d'Amboise. Là-des-
sus, éclate le soulèvement des Pays-Ras (août 1566) :
la tension déjà existante avec l'Espagne ne peut-elle
être accrue? Malgré Coligny, Condé tente un coup de
main sur la famille royale, et en même temps une
révolte générale éclate dans les centres d'Orléans et du
Ras-Languedoc. L'Hôpital tente bien de ramener la
paix, mais les protestants réclament le rétablissement
des institutions libres et la convocation des États géné-
raux. Il faut se résigner à la guerre. Les négociations
ne tardent cependant pas à s'engager; la paix de Long-
jumeau (23 mars 1568) rétablit la pacification d'Am-
boise sans limites ni restrictions. Cette paix, conclue
malgré l'Espagne et Pie V, entraîne d'ailleurs la dis-
grâce de L'Hôpital; la reine ne lui pardonne pas
l'échec de sa politique à l'égard des protestants, à qui
pourtant elle accorde avec l'amnistie le maintien des
avantages antérieurs (24 mai 1568). Elle paraît déci-
dée à abandonner la politique de modération.
V. La Saint-Rarthélemy et ses origines (1568-
72). — De fait, la politique protestante s'est aliéné
l'opinion par ses maladresses et ses violences, alors que
le redressement catholique se manifeste. Aux moines,
réorganisés et populaires, s'ajoutent les jésuites, recon-
nus depuis le Colloque de Poissy; comme ils le font à
cette même date en Allemagne, ils développent l'en-
seignement; à Rillon, Mauriac, Tournon, Toulouse,
Lyon, Paris, Chambéry, Rordeaux, Cambrai, S.-Omer,
Douai, Verdun se sont fondés des collèges, de 1559 à
1566, pour enrayer l'attrait des nouveautés hérétiques.
Par ailleurs, des confréries et des ligues se constituent,
et le duc d'Anjou, fils préféré de Catherine, prend la
tête du mouvement de réorganisation catholique. Il ne
peut être question d'une intervention en faveur des
Pays-Ras, où momentanément triomphe Philippe IL
Néanmoins, l'exemple donné par la conduite du duc
d'Albe à l'égard de Hornes et d'Egmont est une indi-
cation pour Catherine. Aussi, Coligny et Condé
prennent peur; ils se retirent à La Rochelle, en adres-
sant au roi un manifeste (23 août 1568) dans lequel ils
déclarent être obligés d'en appeler aux armes pour se
défendre contre le cardinal de Lorraine et sa politique.
Appuyée par Pie V, qui met à la disposition du roi les
biens du clergé « pour réprimer le soulèvement des
huguenots hérétiques et rebelles », Catherine interdit
tout culte autre que le culte catholique, tout en main-
tenant la liberté de conscience (édit du 28 sept. 1568).
Malgré Jarnac (13 mars 1569) et Moncontour (3 oct.),
les opérations traînent en longueur; aussi, devant les
maux engendrés dans le pays par cette lutte, des négo-
ciations s'engagent; mais Charles IX s'emporte quand
les protestants réclament la liberté du culte et deux
places de sûreté. Cependant les hostilités leur devien-
nent favorables, alors que les Guise veulent le mariage
d'Henri de Guise avec Marguerite de Valois, et que
Philippe II écarte le projet de mariage en vue avec
cette même princesse. Irrités, le roi et Catherine con-
sentent à la paix de S. -Germain; les libertés de cons-
cience et du culte sont admises comme avant guerre,
sauf autour des résidences royales et de Paris; les pro-
testants obtiennent quatre places de sûreté, qu'ils ren-
dront deux ans plus tard, s'il y a pacification
(8 août 1570).
L'épuisement des combattants était une des causes
de cette paix, d'autant que, comme après la pacifica-
tion d'Amboise, les chefs les plus acharnés sont morts
ou en disgrâce. Mais l'animosité du roi et de la reine
mère contre Philippe II leur fait envisager une aide au
soulèvement prévu par Guillaume d'Orange aux Pays-
Ras; cette politique entraîne un rapprochement avec
l'Angleterre; Philippe II ne soutient-il pas les préten-
tions de Marie Stuart contre Élisabeth? Enfin, la
clientèle française en Allemagne et en Italie, la Tur-
quie même peuvent être appelées à la rescousse. Ces
projets supposent une réconciliation : Henri de Na-
varre ne peut-il épouser Marguerite de Valois? En
tout cas, Coligny est appelé au Conseil (15 sept. 1570).
Ce n'est qu'après le 17 juill. 1572, lors de la déroute
de Genlis venu au secours des révoltés dans les Pays-
Ras, que Catherine se rend compte des réalités : Elisa-
beth a déjà refusé le mariage avec le duc d'Anjou, les
princes luthériens d'Allemagne sont réticents, les
princes italiens, Cosme I" de Toscane en particulier,
négocient avec l'empereur et Philippe II, les Turcs
sont dispersés à Lépante, mais surtout la puissance
militaire espagnole s'avère invincible; aussi, à tout
prix, faut-il s'opposer à la guerre préconisée par Coli-
gny, ne serait-ce que pour éviter le retour des luttes
civiles en France.
Les traditions politiques italiennes donnent le
moyen de se débarrasser des gêneurs; mais pour éviter
une réaction trop violente des protestants Catherine
attend qu'ait été célébré le mariage d'Henri de Na-
varre avec Marguerite de Valois (18 août 1572). Le 22,
Maurevel, l'assassin à gages du roi, tire un coup d'ar-
quebuse sur Coligny. Quoique l'amiral n'ait été que
j blessé, la colère des protestants est extrêmement vive;
j ils accusent les Guise, et même le duc d'Anjou. Com-
ment faire pour se tirer de ce pas? Catherine apeurée
propose à certains membres du Conseil la mise à mort
des chefs protestants, tous présents à Paris. Charles IX
résiste d'abord; mais la reine mère, qui connaît son
pouvoir sur son fils, et le caractère de ce dernier, par-
vient à lui arracher la décision pour éviter le pire. Les
chefs seuls doivent être mis à mort, sauf Henri de Na-
varre et le jeune prince de Condé; mais le peuple ne
fait pas de distinction et, malgré l'ordre donné le 24
entre 3 et 5 heures, on massacre encore le lendemain et
475 CHARLES IX -
le surlendemain. Il y a à Paris deux à trois mille morts,
et en i)rovince, où le massacre continue jusqu'au
3 oct., plus d'un millier.
La mort des chefs empêchera-t-elle une nouvelle
guerre?
VI. La fin de Charles IX et l'apparition du
PARTI POLITIQUE. — L'absencc de préméditation, sauf
à l'égard de Coligny, était certaine, même de la part
des Guise, malgré certains propos du cardinal de Lor-
raine; mais il fallait donner une justification. Le roi
ordonne au Parlement l'ouverture d'une instruction
contre Coligny et ses complices, coupables de conjura-
tion contre la famille royale. Grégoire XIII, Phi-
lippe II, le Sénat de Venise, Cosme I" et Philibert-
Emmanuel acceptent l'explication, mais Maximi-
lien II, Élisabeth, les princes protestants d'Allemagne,
les Suisses et la population vénitienne la rejettent plus
ou moins vivement.
Quant à Catherine, elle ne songe qu'à exploiter la
décapitation du parti protestant, et reprend les négo-
ciations matrimoniales avec Philippe II, sans parler de
nouvelles conversations avec les princes protestants
d'Allemagne et des Pays-Bas ou avec Élisabeth.
Mais le sentiment religieux est trop ancré dans cer-
tains milieux populaires protestants pour ne pas les
entraîner à la résistance : dans le Midi, à Sancerre, à
La Rochelle, la lutte reprend immédiatement, et l'édit
de Boulogne (juill. l.'îTS) accorde la liberté de cons-
cience dans tout le royaume, et la liberté du culte à La
Rochelle, Nîmes et Montauban, villes auxquelles on
ajoute Sancerre (19 août).
Toutefois ces concessions ne lavent pas les crimes
commis : les protestants de Montauban exigent la
réhabilitation des victimes, et d'autres estiment toute
réconciliation impossible avec la reine mère. L'opposi-
tion ne peut que passer sur le terrain politique, et
François Hotman publie la Franco- Gallia où il s'efforce
de donner une base historique aux théories proclamées
dans les États d'Orléans. D'autre part, un certain
nombre de catholiques (du Ferrier, Montmorency,
Turenne, Matignon) souhaitent une entente avec les
protestants, afin de sauver l'intérêt commun du pays.
François d'Alençon, d'accord avec le roi de Navarre,
tente d'imposer la retraite de Catherine. Mais, si une
entente aboutit avec les protestants, la reine réagit
avec vigueur.
Subitement, la santé de Charles IX s'aggrave; son
caractère s'était assombri depuis la Saint-Barthélemy,
cependant que le prenaient des accès d'activité
fiévreuse qui l'entraînaient à la chasse plusieurs jours
de suite. Son organisme, miné physiquement et mora-
lement, devait le faire succomber le 30 mai 1574.
Quelle est la situation religieuse de l'Église de
France à la fin du règne? Les ruines, tant physiques
que morales, accumulées par les guerres, surtout par la
crise de 1562-63, sont considérables (V. Carrière),
quoique bien des contrées aient échappé aux dévasta-
tions (H. Sée, A. Rebillon, E. Préclin, Le XF/* s., Paris,
1942, p. 396). Néanmoins, si le parti des politiques a
fait son apparition (cf. F. de Crue), certaines positions
des catholiques et des protestants sont si irréductibles
que la paix religieuse ne semble pas encore poindre
à l'horizon.
Sources. — II. Hauser, Les sources de l'hist. de France,
XVI" s., m, Paris, 1906-lC. — V. Carrière, Intr. aux ét.
d'hist. eccl. locale, i, Paris, 1940. — .1. Héritier, Catherine
de Médiris, Paris, 1941. — L. Cristiani, L'Église à l'époque du
conc. de l>ente, Paris, 1947, p. 357, note; p. .39fi, note 1.
Travaux. — .I.-H. Mariéjol, La Réforme et la Ligue,
coll. Hist. de France d'ii. Lavisse, vi-1. — John Viénot,
Hist. de la Héforme française des orig. à l'Édit de Nantes,
Paris, 1926. — J. W. Thompson, The uiars of rel., Chicago,
1909. — L. Romier, Le royaume de Catherine de Médicis,
Paris, 1922; Catholiques et huguenots à la cour de Ch. IX,
— CHARLES X 47(i
Paris, 1924. — J.-H. Mariéjol, Catherine de Médicis, Paris,
1920; Marguerite de Valois, Paris, 1928. — P. Van Dyke,
Catherine de Médicis, New- York, 1922. — J. Héritier,
Catherine de Médicis, Paris, 1941. — G. Delaborde, Vie de
l'amiral de Coligny, Paris, 1878-82. — E. Marcks, G. de
Coligny, sein Leben und das Frankreich sein. Zeil, Leipzig,
1918. — H. Amphoux, M. de l'Hôpital et la liberté de
conscience au XVI^ s., Paris, 1900. — A. E. Shaw, M. de
VIL and his policy, Londres, 190,5. — J. Deseymard, La
sagesse auvergnate du chanc. l'Hôpital, dans Rev. des Deux
Mondes, Paris, 1941. — • A. Renaudet, La France de 1559 à
1610, Paris (cours de Sorbonne), 1946. — E. Doucet, Les
institutions de la France au XVI" s., 1948, p. 661 sq.
Sur les réunions de Poissy : L. Romier, Catholiques et
huguenots à la cour de Ch. IX, Paris, 1924; H. O. Evenett,
Card. of Lor. and Ihe counc. of Tr., Cambridge, 1930;
Roserot de Melin, Rome et Poissy, dans Alélanges de l'École
de Rome, xxxix, 1921; L. Serbat, Les assemblées du clergé
de France, dans Bi67. de l'École des hautes études, fasc. 154;
N. Valois, Les essais de conciliation religieuse, dans Rev.
d'Iiist. de l'Église de France, 1945. — Sur la S.-Barthélemy :
L. Romier, La S.-Barthélemy, dans Rev. du XFI' s., i, 1913,
p. .529-60; S. L. England, The mass. of St Barth., Londres,
1938; H. Hauser, Le P. Ed. Auger et le mass. de Bord., dans
Bull. hist. du prot. français, 1911, p. 289-311. — Sur le
concile de Trente et son application : P. Richard, Le concile
de Trente, Paris, 1930-31; H. O. Evenett, op. cit.; V. Mar-
tin, Le gallicanisme et la Réforme cath., Paris, 1919;
Ch. Hirschauer, La politique de S. Pie V en France, dans
Bibl. de l'École française de Rome, Paris, 1922, fasc. 120. —
Situation religieuse : J. Grente, Une paroisse à Paris sous
l'Ancien Régime, Paris, 1897; A. Lefranc, La vie quotidienne
an temps de la Renaissance, 1938; V. Carrière, Les épreuves
de l'Église de France au XVI^ s., dans Introd. aux études
d'hist. eccl. locale, 1, Paris, 1936. — L. Febvre, Le problème
de l'incroyance au XVI' s., Paris, 1942.
Ch. Lefebvre.
« CHARLES X». — Charles de Bourbon-Ven-
dôme naquit en 1517, cinquième fils de Charles de
Bourbon et de Françoise d'Alençon, et ainsi frère
d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre. Il est arche-
vêque de Rouen et cardinal, quand meurt le duc d'An-
jou, frère de Henri III, et héritier présomptif de la
couronne (10 juin 1583). La Ligue se refuse à admettre
Henri de Navarre, désormais plus proche parent de
Henri III, comme successeur possible; sur ses ins-
tances, le cardinal de Bourbon signe à Péronne
(30 mars 1585) un manifeste : Déclaration des causes
qui ont amené Monseigneur le cardinal de Bourbon et les
pairs, princes, seigneurs, villes et communautés catho-
liques de ce royaume de France de s'opposer à ceux gui,
par tous moyens, s'efforcent de subvertir la religion
cattiolique et l'État. Ce document est en même temps un
appel aux mécontents. Quatre ans plus tard, le jour
même de l'assassinat du duc de Guise (23 déc. 1588), le
cardinal est arrêté. Dès l'assassinat de Henri III
(1" août 1589), Mayenne, chef de la maison de Guise et
de la Ligue, le fait cependant proclamer roi sous le nom
de Charles X. Mais il meurt le 15 mai 1590.
H. Hauser, Les sources de l'Iiist. de France. Le XVI' s.,
Paris, 1906-16. — E. Saulnier, Le rôle politique du cardinal
de Bourbon, dans Bibl. de l'École des hautes études, 1912.
Ch. Lefebvre.
CHARLES X, roi de France (1824-30). I. L'An-
cien Régime. II. L'exil. III. Les première et seconde
Restauration. IV. Le règne. 1° La politique religieuse;
législation, gallicanisme, mennaisianisme. 2° Le minis-
tère Martignac et les ordonnances de 1828. 3° Le
ministère Polignac. V. Dernières années.
I. L'Ancien Régime. — Charles-Philippe, comte
d'Artois, naquit à Versailles, le 9 oct. 1757; quatrième
enfant du dauphin, fils de Louis XV, et de Marie-
Josèphe de Saxe. Jusqu'en 1764, il reçoit de son père
une éducation très soignée; mais, à la mort de celui-ci,
il a comme gouverneur le duc de La Vauguyon, qui a
déjà assumé la formation de ses trois frères : le duc de
Bourgogne, mort à dix ans, le duc de Berry (futur
4 77 CHA}-
Louis XVI), et le comte de Provence. Aimable, géné-
reux, spontané et quelque peu désinvolte, il n'est pas
guerrier, comme beaucoup de Bourbons; affranchi de
toute contrainte, il passe très vite à une indépendance
absolue.
Le 16 nov. 1773, il épouse Marie-Thérèse, fille de
Yictor-Amédée III, roi de Sardaigne; il en aura deux
lils, Louis, duc d'Angoulême, né en 1775, et le duc de
Berry, né en 1778. Grand seigneur, il mène une exis-
tence royale mais frivole dans l'aile gauche du châ-
teau; le soir, de somptueux dîners sont suivis d'un bal
qui se prolonge tard dans la nuit. Ce train de vie
amène des difficultés financières; en 1780, le roi lui
avait donné 14 millions et demi de livres; lors de la
Révolution, il a 16 millions de dettes exigibles. Aussi,
son crédit diminue à la cour et ses frivolités le compro-
mettent aux yeux de la noblesse.
En politique au moins, le comte d'Artois se montre
tout de suite adversaire irréductible de toutes les idées
nouvelles; toute sa vie, il restera le défenseur de l'ab-
solutisme, le fidèle partisan des institutions de l'An-
cien Régime; son aveugle intransigeance à l'égard du
tiers devait être lourde de conséquences. D'abord, la
politique de Necker reçoit son approbation, car elle le
favorise; dès que Necker propose la création d'assem-
blées provinciales (1779), d'Artois prend la défense des
privilégiés; son opposition se précise avec la publica-
tion du Compte rendu (1781). Sa réaction est aussi vive
quand Galonné propose, dans le mémoire du 20 août
1786, tout un plan de réformes, dont le remplacement
des vingtièmes par la « subvention territoriale », impôt
sur toutes les terres sans exemption pour personne;
dans l'assemblée des notables, réunie le 29 déc. sui-
vant, l'hostilité de l'aristocratie est telle, surtout à la
suite de l'Avertissement de Gerbier, que Galonné finit
par être renvoyé (8 avr. 1787). Brienne, qui a été son
adversaire, le remplace, mais reprend ses projets;
quand la question des nouveaux impôts est portée
devant le bureau dirigé par le comte d'Artois, La
Fayette aurait proposé la convocation d'une assem-
blée générale : « Quoi, se serait écrié le comte, vous
demandez la convocation des États généraux? —
Oui, Monseigneur, et même mieux que cela. » L'idée
devait être reprise, mais l'aristocratie comptera l'ex-
ploiter à son propre avantage. Après le renvoi de
l'assemblée, le Parlement se montre aussi irréductible;
le 14 août, il est exilé à Troyes; mais des troubles
éclatent, et le 17 le comte est mal reçu à la Cour des
aides où il est allé faire enregistrer l'édit de la « sub-
vention »; la Cour réclame publiquement la convoca-
tion des États généraux. Après les incidents qui
marquent la fin de 1787 et le printemps de 1788, l'arrêt
du Conseil du 5 juill. annonce la réunion des États
généraux, fixée au 1" mai 1789, par l'arrêt du 8 août.
La noblesse, en lutte avec le souverain, espère en faire
sortir définitivement sa prépondérance.
Mais la question financière reste pendante, d'où
l'appel de Necker à une seconde assemblée des
notables; elle va fournir au comte d'Artois l'occasion
de préciser la position de l'aristocratie. Le mémoire du
12 déc. 1788 rappelle qu'il faut « conserver la seule
forme de convocation des États généraux qui soit
constitutionnelle..., la distinction des ordres, le droit
de délibérer séparément, l'égalité des voix, ces bases
inaliénables de la monarchie française ». Ce mémoire
accroît l'hostilité contre les privilégies : le tiers devient
le parti national; le souverain semble prendre le parti
de ce dernier en admettant le doublement dans le
Résultat du Conseil du 27 déc. 1788.
Toutefois, il n'est pas précisé que le vote aura lieu
« par tête », et la lutte s'envenimera jusqu'il la réunion
des États le 5 mai suivant. Le comte d'Artois se
montre en particulier intraitable : à Necker qui offre sa
LFS X 471=;
démission, il répond : « Nous vous garderons comme
otage, et nous vous rendrons responsable de tout ce qui
pourra arriver» (J. Flammermonl, Lr deuxième minis-
tère Necker, dans Reu. Iiist., 1891, p. 25). Son activité
; est grande, fin juin et début de juill., pour en finir avec
I l'Assemblée nationale; il ne tardera pas à en subir les
conséquences.
II. L'exil. — Le 14 juill., au Palais-Royal, sa tête
est mise à prix; et le 16, il reçoit du roi l'ordre de quit-
ter le territoire. Son départ précipité semble donner à
la noblesse le signal de l'exil.
Mais le comte d'Artois n'est pas admis à Bruxelles ; il
part pour Turin, chez le roi de Sardaigne, son beau-père,
qui l'accueille avec quelque appréhension pour ce mi-
lieu voltairien. De La Vénerie, d'Artois pense agir
pour sauver le roi, rallier les émigrés et faire appel aux
puissances étrangères. Rejoint par Galonné et une cen-
taine de gentilshommes, il envoie des émissaires soule-
ver les catholiques contre les protestants à Montau-
ban, le 10 mai 1790, et à Nîmes, le 10 juin. Entre temps
I le prince Victor de Broglie est dépêché à Rome pour
; influencer les dispositions du pape dans un sens hostile
au régime nouveau. Dans l'affaire des princes alle-
mands dépossédés par les décrets des 5-11 août, il
délègue le marquis de Larouzière à Ratisbonne en vue
d'aboutir à un conflit; l'attitude de Léopold à Venise
ruine ses espoirs.
Après avoir assisté à Turin au passage de ses tantes.
Mesdames Victoire et Adélaïde, en route pour Rome,
le comte d'Artois rejoint Madame de Polastron à
Vienne. Sa première entrevue avec l'empereur, le
17 mai 1791, manifeste l'intention de celui-ci de lui
voir suspendre son activité. Il se rend alors à Coblence
(17 juin), où il espère meilleur accueil de la part des
I princes allemands; Monsieur l'y rejoint le 7 juill. On
I connaît l'état religieux des émigrés; les pascalisants
j n'y sont guère qu'une dizaine, suivant le témoignage
1 de Calonne.
\ Une seconde entrevue avec Léopold à Vienne n'est
i pas plus encourageante que la première; mais la décla-
I ration de Pillnitz ne tarde pas à rendre l'optimisme
j au comte d'Artois. Survient la déclaration de guerre
■ du 20 avr. 1792. et il espère pouvoir rétablir la mo-
' narchie grâce à l'armée constituée avec Condé; il ne
peut que suivre l'armée prussienne, et, après Valmy,
est entraîné dans la retraite. Il échoue à Hamm (West-
phalie), où l'a précédé Monsieur. Ils y apprennent la
j mort du roi.
; Monsieur, devenu régent, nomme son frère lieute-
; nant général du royaume et l'envoie en cette qualité à
I S.-Pétersbourg; d'Artois en revient avec un projet de
[ débarquement en Bretagne. Mais dès son arrivée en
; Angleterre, le cabinet britannique l'invite à regagner
Hamm. Revenu le 7 août 1795, il y apprend l'écrase-
ment des royalistes à Quiberon; malgré son ignorance,
il est rendu responsable de l'échec (Ch. Robert, iîxpe-
dition des émigrés à Quiberon, Paris, 1899). Pour ven-
ger ce désastre, le gouvernement britannique autorise
un débarquement; le 2 oct., il est à l'île d'Yen, face
aux armées républicaines; Charette l'attend, mais
n'indique pas d'endroit propice; les troujjes anglaises
se découragent, de même que les conseillers du prince,
qui lui représentent les dangers d'une opération; le 10
nov., la flotte repart pour l'Angleterre. D'Artois devait
tenter de se justifier en arguant d'un ordre du cabinet
anglais. Il se retire alors à Holy-Rood, avec une pen-
sion de 500 livres. L'isolement, l'aigreur, la jalousie
amènent une mésentente avec son frère; le mariage de
son fils, le duc d'Angoulême, avec .Madame Royale
consomme la rupture (1799).
Louis XVIII est hostile à un autre projet de débar-
quement en Bretagne et d'Artois abandonne l'idée de
.se mettre, en sept. 1799, à la tête d'une armée suisse
479
CHARLES X
480
jointe aux Russes. Il annonce cependant toujours son
arrivée en France, encourageant les attentats contre
le Premier Consul. L'échec du complot de Cadoudal,
qu'il avait patronné ouvertement, lui aliène tout le
pays. La rentrée des émigrés accroît ses déceptions. Là-
dessus meurt Madame de Polastron qui lui avait fait
promettre de changer de vie. Le prince devait être fidèle
à son serment, mais lui serait-il donné un jour de servir
un pays qu'il semblait comprendre de moins en moins?
IIL Les première et seconde Restaurations. —
Les défaites de Napoléon tirent le comte d'Artois,
Monsieur, de l'oubli où il est tombé; le 27 janv. 1814, il
débarque à Scheveningen, près de La Haye, et lance
une proclamation au peuple français; de là, il gagne
Bâle, puis Vesoul. Mais les alliés n'ont pour lui que mé-
fiance et dédain; aucun prince ne croit même à la
possibilité d'un retour des Bourbons; le peuple fran-
çais lui-même, témoigne A. Cournot (Souvenirs, 1760-
1860, Paris, 1913, p. 120), a oublié son nom. Vitrolles
cependant plaide sa cause auprès de Metternich;
comme la route de Paris est ouverte, Monsieur reçoit à
Vitry-le-François communication de la constitution
adoptée par le Sénat; la nation appelle de ses vœux le
roi — mais n'est-ce pas nier le « dogme » de la monar-
chie de droit divin? Pourtant, le 12 avr., lui est réservé
un accueil enthousiaste, et d'Artois prend la tête du
gouvernement provisoire : « Rien n'est changé en
France, dit-il, si ce n'est qu'il s'y trouve un Français
de plus. »
Mais les émigrés ne se sont rendu compte que dans
une certaine mesure de leurs erreurs; la plupart sont
revenus à l'Église, mais en même temps, ils identifient
leur cause avec celles de la religion et de la monarchie;
ils vont tendre à « restaurer l'autorité de ces deux puis-
sances, afin de rétablir leur situation et leurs privi-
lèges ». Ils seront « ultras et cléricaux » (J. Leflon).
Monsieur précisément prend la direction de ce mouve-
ment; à côté du gouvernement royal s'organise bien-
tôt un gouvernement occulte; « le pavillon de Marsan,
où il demeure, est l'asile et la forteresse de l'Ancien
Régime » (S. Charléty, p. 32). Par l'intermédiaire de
l'abbé de Latil, son aumônier, Monsieur est au courant
des intentions du comité ecclésiastique, et peut influer
dans le sens de l'abolition du Concordat de 1801. En ce
qui concerne l'Université, il aurait, dès le 13 avr. 1814,
fait préparer un projet de réforme (J. Poirier, L'Uni-
versité provisoire, dans Rev. d'hisi. moderne, 1926,
p. 249), sans parler d'une influence au moins indirecte
sur les mesures qui devaient suivre.
L'épopée des Cent Jours balaie les réorganisateurs,
mais dès le 8 juill. Louis XVIII est de retour, et les
élections du 22 août, préparées par les Chevaliers de la
foi, donnent la majorité aux ultras; Monsieur devient
chef de parti. Il encourage les représailles; à la tête de
la garde nationale, il se croit maître de la France.
Cette attitude partage la cour en deux camps : parti-
sans et ennemis de la Charte. Après le renvoi de la
Chambre introuvable, il continue ses attaques contre
le parti constitutionnel, sans jamais comprendre les
efforts du roi pour faire vivre côte à côte la monarchie
et la France nouvelle. Il n'hésite pas à organiser un
vaste complot qui assurerait le renvoi de tous les mi-
nistres; dans une note secrète rédigée par Vitrolles, il
demande le maintien des troupes étrangères sur le sol
national. L'assassinat du duc de Berry (13 févr. 1820)
entraîne la chute de Decazes et provoque le redouble-
ment des attaques contre Richelieu. Avec la compli-
cité de Madame de Cayla, l'amie du roi, il pousse au
pouvoir Villèle, avec qui, peut-on dire, commence son
règne. La mort de Louis XVIII (16 sept. 1824) con-
sacre ce pouvoir; le nouveau souverain fait son entrée
à Paris le 27 suivant.
IV. Le RftGNE DE Charles X. - — 1" Politique reli-
gieuse. — Il inaugure une politique réactionnaire,
principalement orientée vers le côté religieux, comme
l'attestent le sacre et le couronnement à Reims. Le
pape Léon XII, dans son allocution du 25 mai 1825,
souligne les espoirs fondés sur le nouveau roi. De fait,
Charles X, que certains croient même prêtre et affilié à
la Congrégation, estime que le seul moyen de consoli-
der le trône est de le placer sous la sauvegarde du
clergé : l'Église lui paraît la seule force capable de
résister aux révolutions. Il ne se rend pas compte que
le clergé, discrédité lui aussi, ne peut que compro-
mettre les Bourbons. A partir de 1824 surtout, les
nobles catholiques envahissent les hauts postes admi-
nistratifs et les ministères; l'administration, si forte-
I ment centralisée, passe au service des ultras. Le grou-
! pement de ces derniers dans une association religieuse,
] la Congrégation du P. Delpuits, mais surtout dans l'or-
j ganisation secrète de l'Association des bannières, ne
> pouvait manquer d'accroître leur influence (G. Bertier
I de Sauvigny, Ferdinand de Bertier, p. 406).
; 1. Mesures législatives. — Les ultras déploraient no-
I tamment que la Charte n'ait pas rendu un hommage
[ solennel à la religion, malgré la reconnaissance de son
caractère de « religion d'État » (art. 6). Le 4 janv. 1825
I sont déposés deux projets. L'un devait devenir la loi
sur le sacrilège du 20 avr. Elle punit des travaux for-
cés, de mort simple, ou de mort selon le mode d'exé-
cution des parricides, le crime de sacrilège. La discus-
sion, où interviennent en particulier Bonald et Royer-
Collard, met en relief l'opposition entre les principes de
la législation laïque et ceux de l'Église. Cette loi consti-
! tue une véritable révolution dans le droit public mo-
j derne. Elle ne devait d'ailleurs pas être appliquée.
Le second projet touchait les congrégations de
femmes; il faisait suite à un projet de 1824 donnant
l'autorisation, par simple ordonnance, à toute congré-
gation religieuse; la Chambre des pairs l'avait repous-
sé. La nouvelle loi du 24 mai 1825 réglemente la situa-
tion juridique des seules religieuses; une loi reste obli-
gatoire, conformément au décret du 3 messidor an XII
(art. 4), pour la fondation de toute nouvelle congréga-
tion de femmes; une simple ordonnance cependant
suffira pour la reconnaissance de congrégations exis-
tant déjà en fait, et pour la formation d'établissements
appartenant à des congrégations autorisées avant le
1" janv. 1825; deux types de congrégations subsiste-
ront ainsi côte à côte. Les établissements des congré-
gations autorisées reçoivent, par simple ordonnance
royale, l'autorisation de posséder et de recevoir; quant
aux religieuses, pour éviter l'accroissement des biens
dits de mainmorte, elles ne peuvent disposer en faveur
de leur ordre que du quart de leurs biens, sans que ce
quart puisse dépasser 10 000 francs. De plus, les con-
grégations doivent préalablement faire approuver leurs
statuts par l'évêque; ceux-ci sont ensuite soumis à la
vérification et à l'enregistrement du Conseil d'État.
Quant aux établissements, le consentement de
l'évêque et du conseil municipal suffisent.
Ce programme est complété par le projet de loi sur le
droit d'aînesse et le milliard aux émigrés, ainsi que par
de nombreuses mesures concernant les personnes, la
garde nationale et la presse.
2. Gallicanisme. — La politique de Charles X reste
d'ailleurs inspirée des principes traditionnels. Le sou-
verain proteste contre la communication faite par le
nonce Macchi aux Ordinaires de la bulle du jubilé; le
roi doit avoir revêtu cette dernière de son placet. L'or-
donnance du 26 janv. 1826 autorisant ensuite la pu-
blication de cette bulle précise qu'elle n'entend pas
approuver « les clauses, formules ou expressions qu'elle
renferme, qui pourraient être contraires à la Charte
constitutionnelle, aux lois du royaume, aux franchises,
libertés et maximes de l'Église gallicane ». Pour la même
481
C H A R
lp:s X
482
raison, Charles X interdit V Exhortation aux frères dis-
sidents appelés communément anticoncordatistes, par
laquelle Léon XII veut faire rentrer dans l'unité des
adhérents de la Petite Église. Le gouvernement exi-
gera même que les procès canoniques des évêques
passent par le ministère des Affaires étrangères. Les
nominations épiscopales d'ailleurs sont parfois faites
sans l'approbation du S. -Siège; ainsi, le roi accepte la
démission de Mgr Tharin, évêque de Strasbourg, et dé-
signe immédiatement son successeur. Ceci, sans faire
mention de la pression exercée pour évincer Fesch du
siège de Lyon au profit de Mgr du Pin, administrateur
apostolique du diocèse. Léon XII proteste contre les
uns et les autres de ces actes (archives des Affaires
étrangères, Rome 962, fol. 19-21), et il ne cédera pas
sur la question du remplacement de Fesch.
Le haut et le bas clergé sont, au surplus, aussi galli-
cans dans leur ensemble. La déclaration de 1682 est
enseignée dans les séminaires; douze diocèses seuls sur
quatre-vingts font des réserves sur le rappel qui en est
fait par la circulaire de Corbière, en mars et mai 1824
(F. 19 3955). La position des « Tablettes du clergé » est
caractéristique sur ce point, et Frayssinous obtient
l'adhésion de tous les évêques, sauf trois ou quatre
(en particulier Bonald, du Puy et d'Aviau, de Bor-
deaux), à une déclaration protestant contre l'ouvrage
de Lamennais, De la révolution considérée dans ses rap-
ports avec la politique (1825). Ce gallicanisme semble un
mélange des doctrines d'Ancien Régime et des doc-
trines concordataires fCh.-H. Pouthas, L'Église et les
questions religieuses, Paris, cours de Sorbonne, 1946,
p. 295).
3. Mennaisianisme. — Le problème soulevé par
Lamennais n'est pas moins net; dès cette date, Il
exerce déjà une sorte de « dictature » (F. Duine, La-
mennais, 1. II, La dictature de L.). Dès la fin de 1823,
devenu chef d'école, il s'oriente vers les idées libérales
dans le Mémorial catholique, tout en gardant son anti-
gallicanisme, qui stigmatise r« erreur théologique », et
aussi 0 révolutionnaire », des doctrines gallicanes.
Son souci de libérer l'Église le mène à abandonner
ses positions absolutistes; le gallicanisme de la monar-
chie, son cléricalisme impolitique soulèvent l'opinion
contre le « parti-prêtre »; la mise en tutelle de l'Uni-
versité et les autres lois d'inspiration religieuse abou-
tissent à des résultats diamétralement opposés à ceux
qui sont recherchés. Aussi faut-il, comme le disait le
publiciste Eckstein {Le catholique, ni, 225), « changer
l'esprit par l'esprit i>, refaire la société (ibid., vu, 116).
Si l'épiscopat royaliste, aristocratique et gallican,
réplique par une déclaration collective, le jeune clergé
est cependant attiré par le novateur.
Les prélats insistent auprès du roi pour une inter-
vention du pape. Léon XII reçoit Lamennais en 1824
et, finement, le juge : « C'est un de ces amants de la
perfectibilité qui, si on les laissait faire, bouleverse-
raient le monde..., c'est un homme qu'il faut conduire
avec la main dans son cœur. » Aussi, Rome garde le
silence « qui est toujours le parti qui convient le mieux
à la religion et à la politique » (archives des Affaires
étrangères, Rome 960, fol. 267-70). L'attitude du
nonce Lambruschini, en 1827, sera identique.
4. Le « Mémoire à consulter ». — Outre la réaction de
Lamennais, la politique du souverain devait provoquer
celle de Montlosier. Reprenant en partie les reproches
adressés par les libéraux, il dénonce (févr. 1826) quatre
fléaux particulièrement dangereux : la Congrégation,
les jésuites, l'ultramontanisme, et l'esprit d'envahisse-
ment des prêtres. Les jésuites, en effet, qu'il ne faut
pas confondre avec les Pères de la Foi ou les Pères du
Sacré-Cœur, ne pouvaient, quoi qu'ait pensé le P. de
Clorivière, rentrer officiellement. Profitant des dispo-
sitions de la Charte, ils reviennent s'attacher à l'œuvre
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
des petits séminaires et des missions; la société des
Missions de France exerce un apostolat extrêmement
fécond à travers toute la France (E. Sevrin, Les mis-
sions religieuses, p. 100 sq.). A eux aussi était due la
célèbre Congrégation, alors dirigée par l'abbé Legris-
Duval et le P. Ronsin, et dont l'activité propre est
exclusivement religieuse, quels que soient ses liens
avec l'Association des bannières. Pourtant, en 1824, la
Compagnie de Jésus ne comprend qu'un effectif de
108 prêtres et de 212 scolastiques ou frères coadju-
teurs. Mais les évêques ont beau protester, et Frayssi-
nous louer « l'excellence et l'utilité de cet ordre comme
corps enseignant », les accusations vont leur chemin.
En 1827, Bellema estime à plus de cent cinquante les
ouvrages parus depuis un an contre les jésuites (Trois
procès en un, Paris, 1827, p. 75).
2° Ministère Martignac et ordonnances de 1828. —
Ces tendances, jointes aux lois impopulaires sur la
presse (1827), achèvent de discréditer le gouvernement
Villèle. Après les élections de nov., le roi fait appel à
Martignac, sans abandonner pour autant sa politique
réactionnaire; Villèle n'aurait dû sa chute qu'à son
impopularité personnelle.
Le nouveau ministère songe à des concessions libé-
rales sur le terrain religieux. Le 10 févr. 1828, Vati-
mesnil reçoit la direction du nouveau ministère de
l'Instruction publique; il s'appliquera à réduire la por-
tée des directives de Mgr Frayssinous. Le 21 avr., les
évêques se voient retirer sur les écoles les droits obte-
nus de l'ordonnance de Corbière du 8 avr. 1824; mais
un comité de neuf membres, présidé par le délégué de
l'évêque, et dont deux autres ecclésiastiques sont
membres, statuera sur la nécessité d'ouvrir de nou-
velles écoles; le recteur décidera. En ce qui concerne
les écoles secondaires ecclésiastiques, la commission
d'enquête, nommée le 28 janv., trouve 53 écoles en
fraude sur 197 : huit ont été confiées aux jésuites.
Après un rapport de Mgr Feutrier, ministre des
Affaires ecclésiastiques, le ministère publie deux or-
donnances, le 16 juin : la première, de Portails, mi-
nistre de la Justice, expulse les jésuites des établisse-
ments indiqués et exige de leurs successeurs une décla-
ration écrite qu'ils n'appartiennent à aucune congréga-
tion non autorisée; la seconde, signée de Mgr Feutrier,
limite à vingt mille les élèves des petits séminaires, et
oblige ceux-ci, après deux ans de séjour, au port du
costume ecclésiastique. Un comité de défense, présidé
par Mgr de Quélen, proteste en vain dans un mémoire
rédigé par Clermont-Tonnerre, archevêque de Tou-
louse; soixante-dix évêques y adhèrent. Mais le S.-
Siège finit par conseiller de s'en remettre à la piété du
souverain (A. Garnier, Les ordonnances du 16 juin,
Paris, 1929). Les écoles en question furent ramenées au
chiffre de 127 avec 16 858 élèves en 1829 (Ch.-H. Pou-
thas, op. cit., p. 223 sq.), d'où une grave diminution de
cet enseignement (ibid., p. 300).
Charles X n'avait signé ces ordonnances qu'à contre-
cœur; aussi, la droite redouble-t-elle ses attaques, alors
que les libéraux se montrent plus exigeants encore.
30 Ministère Polignac. — Devant l'ampleur des
questions politiques qui se posent, les problèmes reli-
gieux passent au second plan. Le clergé soutient le
programme de la droite; quelques évêques même pu-
blient des mandements contre les 221; Lamennais,
bien au courant de la mentalité du jour, se plaint des
« extravagances » du clergé : « Si la religion se perd en
France, c'est lui seul qui l'aura perdue. » Les ordon-
nances du 25 juin. 1830 sonnent le glas de la Restau-
ration; la royauté entraîne dans sa chute le clergé et
l'Église en France. L'alliance du trône et de l'autel est
une cause, à laquelle il faut joindre la mentalité vol-
tairienne de la bourgeoisie qui accède au pouvoir, sans
parler des classes populaires aigries par la crise écono-
H. — XII. — 16 —
CHARLES X
— CHARLES LE BON
484
inique et travaillées par les sociétés secrètes, sur l'ac- 1
tion desquelles d'ailleurs des recherches sont à faire. ■
V. Les dernières années. — Le souverain déchu ^
part en Angleterre, où l'attend la plus grande indiffé- ;
rence, sinon l'hostilité. Deux ans plus tard, il laisse '
Holy-Rood et est hébergé au Hradschin, qu'il quitte j
pour Goritz, où il meurt le 6 nov. 1836.
Son règne s'est-il soldé par un échec, tant au point ;
de vue religieux qu'au point de vue politique? Les ap- ^
parences l'indiquent; on connaît le caractère antireli- j
gieux de la révolution de 1830. Il faut cependant j
avouer que certains travaux récents d'E. Sevrin et de |
G. de Bertier de Sauvigny incitent à rectifier un i
jugement peut-être trop absolu : le chiffre des ordina- !
tions a triplé en sept ans, les fondations de congréga- j
tions hospitalières et charitables sont multiples, les i
réguliers doublent leurs effectifs et atteignent
30 000 membres; quant à la pratique religieuse à la
campagne, dans les petites villes, même de la part des
ouvriers, si elle est entachée de conformisme, elle n'en
est pas moins générale, semble-t-il. ,
On trouvera une bibliographie complète dans J. Lellon,
La crise révolutionnaire, dans Hist. de l'Église de A. Fliche :
et V. Martin, xx, Paris, 1949, p. 10 sq., 12-14; 321, note 1 ; ;
394, note 2. — Pour la période antérieure et quelques points i
particuliers, voir : Th. Anne, Mémoires, souvenirs el anec- '
dotes sur l'intérieur du palais de Charles X et les événements
de 1815 à 1830, Paris. 1831. — Chr. de Parrel, Les papiers de
Colonne : les finances des princes en 1790, 91, 92, Cavaillon,
1932. — P.-L.-F. Villeneuve, Ch. X et Louis XIX en exil, \
mém. inéd., Paris, 1889. — Vaudreuil et Artois, Correspon- '
dance int. pendant l'émigration, Paris, 1889. — R. Busquet,
B. Roberty, A.-J. Parés, Mém. de L. Richaud sur... l'émi- \
gration, Paris, 1930. — Cérémonial du sacre..., avec le formu- 1
iaire modifié pour le sacre de Ch. X, La Rochelle, 1931. —
Stendhal, Souv. d'égolisme, Paris, 1941. — Vitrolles, Mém.,
I, Paris, 1950.
Autres travaux utiles : Ch. Boissonet, Le sacre de Ch. X,
Poligny, s. d. — Vicomte de Reiset, Le mariage du comte
d'Artois, Thiers, s. d. — C.-J. Bailleul, La France sous le
règne de Ch. X, Paris, 1824. — E. Daudet, Hist. de l'émi-
gration française pendant la Rév. jranç., Paris, 1904-07. — l
Dr Cabanes, L'éducation des 3 dern. Bourbons, Paris, 1923.
— F. Baldensperger, Le mouvement des idées pendant l'émi-
gration franç., Paris, 1924. — Ch. -H. Pouthas, Guizot pen-
dant la Restauration, Paris, 1924. — E. Vingtrinier, La
Contre-Rév., 1789-91, Paris, 1924-25. — P. de Vaissière,
A Coblence, Paris, 1924. — J. Lucas-Dubreton, Ch. X, '
Paris, 1927. — N. F. Scander, La France en 1814 et le gou-
vernement provisoire, Paris, 1934. — E. Beau de Loménie,
La carrière politique de Chateaubriand, Paris, 1929. —
H. Robert, Les grands procès de l'hist., Paris, 1932. —
E. Lavaquery, Necker, Paris, 1933. — E. Chapuisat, Necker,
Paris, 1938. — G. Lefebvre, La révolution aristocratique
(cours de Sorbonne), Paris, 1946. — • F. Trochu, L'abbé
Ch. Foyer (1771-1842), Lyon-Paris, 1948. — Ch. Girault,
Rochecotte et la chouannerie manc, Laval, 1949.
CHARLES D'ABBEVILLÈ, capucin fran-
çais (xvii<- s.). Voir D. T. C, n, 2272.
CHARLES D'ARENBERG. Voir Aren-
BERG (Charles d'), m, 1642.
CHARLES DE L'ASSOMPTION (Char
LES DE Brias), carme français, moraliste (1625-86).
Voir D. T. C, ii, 2272-73.
CHARLES D'AUTRICHE, évêque de Bres-
lau. Voir Autriche (Charles d'), v, 882.
CHARLES DE BLOIS (Bx). Voir Blois (Bx
Charles de), ix, 223-28.
CHARLES LE BON (Bx), comte de Flandre
(17 juin 1119-2 mars 1127), fils de S. Canut, roi de
Danemarlv (v. D. H. G. E., xi, 814-15), et d'Adèle de
Flandre, troisième fille de Robert le Frison. En 1086,
année de l'assassinat de son père, il était encore un
tout jeune enfant, filius parvulus. Étant née entre
1065 et 1071, sa mère ne peut s'être mariée qu'entre
1080 et 1083; elle eut trois enfants, dont Charles
semble avoir été l'aîné. Celui-ci naquit donc vraisem-
blablement entre 1082 et 1086. .\rrivé en Flandre
avec sa mère en 1087, il aura vécu avec elle, sans doute
dans les terres comtales d'Harlebeke, jusqu'aux se-
condes noces d'Adèle avec Roger, duc de Fouille,
célébrées peu après 1090. Depuis cette date il passa
son jeune âge à la cour de son grand-père. On connaît
peu de choses de son éducation. Charles savait lire
(il possédait un psautier et il l'employait) et écrire
(H. Nélis a prouvé qu'il souscrivit au moins deux
chartes de sa main. Deux chartes de Charles le Bon
pour rabbai/e de S.-Bavon, dans les Annales de la Soc.
d'émul. de Bruges, lvi, 1906, p. 129-42). Il ne faut
cependant pas en conclure, comme on l'a fait, qu'il
fut d'abord destiné à une carrière ecclésiastique. On
admettra plutôt qu'éduqué à la cour de Robert le
Frison, loué par Grégoire VII, Urbain II et Guibert de
Nogent pour sa culture littéraire (C. Verlinden, Robert
le Frison, Bruxelles, 1935, p. 10, n. 2), Charles aura
reçu une instruction littéraire soignée, qui n'était
d'ailleurs plus en ce moment chose si rare dans les
familles régnantes. Créé chevalier, il passa quelque
temps en Terre sainte au service des croisades de
secours. Il faudra rattacher cet épisode de sa vie au
voyage matrimonial et politique que Bohémond de
Tarente, beau-frère de sa mère, a fait en France en
1105-06 et au cours duquel il parvint à convaincre de
nombreux chevaliers de prendre la croix. Revenu en
Flandre, Charles allait reprendre une existence sans
histoire, lorsque, en 1111, à la mort de son oncle Ro-
bert II, il devint le principal conseiller du successeur,
Baudouin VII, qui n'avait que dix-huit ans. La pré-
sence de Charles est fréquemment attestée dans les
actes du jeune comte. Pendant les multiples expédi-
tions militaires en Normandie et durant les longs
mois de la maladie du comte, c'est Charles qui aura
dirigé les affaires. Il est permis de supposer que la
réputation de sévérité attribuée à Baudouin VII et
qui lui valut le surnom de « à la Hache » est due à
l'énergie avec laquelle son conseiller et successeur
Charles gouverna le comté.
En 1119, Baudouin succomba des suites d'une
blessure mal soignée. Déjouant les intrigues de sa mère
Clémence, qui soutenait la candidature de Guillaume
de Loo, petit-fils de Robert le Frison et né d'une rotu-
rière, le comte alité avait désigné Charles comme son
successeur; il avait contraint sa mère à conclure un
pacte avec Charles et avait rallié à ses vues les évêques
et les grands. Cependant peu après la mort de son
fils, Clémence, aigrie, épousa Godefroid de Louvain.
duc de Brabant, et suscita contre son neveu une coali-
tion dangereuse. Mais Charles parvint à la disloquer
et réussit, dès le commencement de son règne, à faire
respecter sa volonté. Comme ses prédécesseurs, il fit
appliquer la pax Dei, décrétée dès le commencement
du XI" s., par les évêques de la province ecclésiastique
de Reims et complétée plusieurs fois dans la suite. Il
en fut le premier jureur et le principal garant. Pro
poiestate sibi a Deo attributa (Gautier de Térouanne,
Vita Karoli, § 16), il se devait de faire observer cette
législation d'origine ecclésiastique. A côté d'elle, il
imposa des mesures nouvelles pour la sauvegarde de
l'ordre public : il obligea au respect des temps de tiêve
et de paix, défendit le port des armes dans les villes
et aux marchés, engagea les nobles à liquider leurs
querelles devant un tribunal plutôt que par les armes.
Ces mesures mécontentaient sans doute les éléments
turbulents; elles favorisaient d'autre part le commerce
Jl
485
CHARLES LE BON
— CHARLES BORROMÉE
486
et l'agriculture. Lors de la grande famine de 1125, il
édicta encore une série d'édits pour combattre le
marché noir. C'est donc à juste titre qu'il a été célébré
par ses contemporains comme défenseur des pauvres
et comme gardien de la justice et de la paix.
La renommée de son courage et de sa prudence
faillit deux fois le faire entrer dans la politique euro-
péenne. En 1123, il refusa la couronne de Jérusalem.
En 1125, à la mort de l'empereur Henri V, il s'opposa
à ce qu'on présentât sa candidature à l'Empire.
Les qualités humaines et surnaturelles de Charles,
sa bonté surtout, ses convictions religieuses, ses
multiples formes de dévotion sont abondamment
décrites par Gautier et Galbert (ce dernier ne lui
attribue d'autre péché que la transgression de la loi
ecclésiastique défendant les tournois). Ses largesses
et ses interventions au profit des institutions reli-
gieuses sont nombreuses. Les 32 chartes qu'on con-
naît de lui sont toutes délivrées en leur faveur. C'est
dans ces milieux aussi que sa mort provoqua le plus
d'émotion et une abondante littérature.
De sa vie familiale on ignore à peu près tout.
Marié à Marguerite, fille de Rainaud, comte de Cler-
mont, on ne rencontre son épouse qu'une seule fois
dans un acte, ce qui ne laisse pas d'étonner quand on
constate que Clémence de Bourgogne est mentionnée
de nombreuses fois dans les actes de son mari. Tou-
jours est-il qu'aucun enfant n'est né de ce mariage.
Faut-il incriminer la nature ou voir là un effet d'une
forme d'ascétisme, prêchée par les milieux dévots?
Le 2 mars 1127, Charles fut assassiné à l'église S.-
Donatien de Bruges. Les circonstances de ce meurtre
ont permis à l'Église de vénérer en Charles le Bon un
martyr et un bienheureux (culte immémorial reconnu
en 1882). Elles méritent qu'on s'y attarde un instant.
Voulant sauvegarder les intérêts de son domaine, le
comte ordonna d'établir la liste complète de ses serfs.
Un incident fortuit lui apprit que la famille des Erem-
baud, une des plus éminentes du comté, — elle avait
comme chef Bertoux, prévôt de S. -Donatien, et elle
était, par les nièces de celui-ci, alliée à six familles
de la meilleure noblesse, — était elle aussi d'origine
serve. Charles se crut obligé, pour ne pas infirmer une
politique domaniale suivie un peu partout à ce mo-
ment, de poursuivre son droit et de faire reconnaître
par les Erembaud qu'ils n'étaient pas d'origine libre.
Il leur permit cependant de produire en justice la
preuve de leur liberté, par serment prêté par l'un
d'eux avec douze cojureurs nobles. Les Erembaud
ne purent trouver les cojureurs, ni donc aussi olîrir
cette preuve. Se sentant déshonorés, ils en conçurent
une haine tenace contre le comte.
A ce conflit vint s'en ajouter un autre, qui allait
provoquer la mort de Charles. Un neveu de Bertoux,
Bourchard, menait une guerre privée contre Tancmar
de Straten, son voisin. De nombreuses fois déjà le
comte avait enjoint aux deux partis de respecter
la trêve de Dieu. Après une nouvelle violation du ser-
ment de paix, commise au détriment de Tancmar et
restée elle aussi impunie, voilà qu'en l'absence du
comte, Bourchard organise, en temps de paix encore
une fois, une incursion armée dans le domaine de
Tancmar. Une série de crimes, tombant manifeste-
ment sous les défenses de la législation de la paix de
Dieu, sont commis : effractions de demeures, dépré-
dations, pillages des paysans, meurtres mêrne. Cette
fois Charles, revenu de l'ost, décide de punir cette
injure faite, comme il s'exprime, « moins à lui qu'à
Dieu t, dont l'Église a lié le nom à sa législation de
paix. Il convoque ses barons à Ypres. On y décide
de descendre sur les lieux. Impressionné par le spec-
tacle qu'il y voit et cédant aux instances de ses grands,
le comte fait appliquer le droit d'arsin sur la demeure
de Bourchard, coupable d'infraction à la paix. Charles
considère donc comme un devoir de religion la puni-
tion sévère de cette violation exorbitante de la paix
de Dieu. Il admet les risques que son action peut com-
porter pour sa personne. Par deux fois, le 27 févr., il
en parle devant témoins et il exprime l'avis, partagé
par le canoniste Gautier, archidiacre de Térouanne,
qui assiste aux entretiens, que périr dans ce différend
serait tomber pour une cause religieuse et accéder au
martyre. Deux jours après l'arsin, Bourchard, furieux
d'une punition sévère mais légale, assassine le comte.
Le jour même les ecclésiastiques brugeois émettent
l'avis que leur comte, mort dans l'exercice d'un devoir
de religion, incombant à sa tâche, est un martyr et
ils engagent déjà, contre l'abbé de S. -Pierre de Gand,
une lutte pour la sauvegarde du pretiosum thesaurum
qu'est son corps, devenu une relique insigne. Le même
sentiment se retrouve exprimé d'innombrables fois
chez tous les auteurs contemporains qui ont traité du
meurtre de Charles le Bon. M. F. L. Ganshof, ne consi-
dérant que la querelle domaniale qui mit aux prises
1 le comte avec une famille de chevaliers serfs, n'a pas
' assez souligné les motifs de vengeance qui ont armé
la main de Bourchard : coupable d'avoir violé l'ins-
titution ecclésiastique de la paix de Dieu, ce dernier
ne fut puni par le comte que pour cette seule raison
et ce fut de cette seule punition qu'il prétendit se
venger, farouchement, deux jours après. N'ayant relu
] les sources que dans la perspective du remarquable
j travail de M. Ganshof, le P. de Moreau (Hist. de
l'Église en Belgique, m, Bruxelles, 1945, p. 9-17) n'a
pas exposé le véritable caractère du meurtre de Char-
les le Bon ni la théologie du martyre qui se dégage des
; sources.
Parmi les sources narratives, citons : Galbert de Bruges,
Hist. du meurtre de Charles le Bon, comte de Flandre (1127-
28), suivie de poésies httines contemporaines, éd. H. Pirenne,
Paris, 1891; éd. ancienne, dans A. S., mars, i, 179-219. —
Gautier de Térouanne, Vita Karoli comitis Flandriae, dans
A. S., mars, i, 163-79. — Anonymi passio Karoli, dans
' M. G. H., SS., XII, 619-23. — De nece Karoli, dans Neues
\ Archiv, xv, 1890, p. 448-52. — Hériman de Tournai,
Hist. restaurationis ecclesiae S. Martini Tornacensis, dans
M. G. H., SS., XIV, 274-327.
I Pour les actes du règne : F. Vercauteren, Actes des comtes
j de Flandre, 1071-1128, Bruxelles, 1938, n. 93-124 (à con-
I sulter avec les remarques de Eg. I. Strubbe, dans Revue
i belge de philol. et d'hist., xviii, 1939, p. 1017-1123, et de J.
Gessler, dans son livre Critica latina, Louvain, 1941, p. 161-
72).
On trouvera cités dans P. Allossery, Gescliiedkundige
Boekenschouw, i, Bruges, 1912, n. 3502, les anciennes bio-
graphies. Le seul travail digne de retenir l'attention paru
depuis cette date est celui de F. L. Ganshof, Étude sur les
ministeriales en Flandre et en Lotharingie, Bruxelles, 1926,
qui contient (p. 343-51) un exposé intéressant, mais à
notre avis incomplet, des mobiles du crime. Précieux aperçu
du règne de Charles dans F. L. (ianshof, La Flandre sous
ses premiers comtes, Bruxelles [1943].
J. M. De Smet.
CHARLES BORROMÉE (Saint), cardinal,
archevêque de Milan (2 oct. 1538-t 3 nov. 1584). I.
Premières années (1538-60). II. Période romaine
(1560-66). III. Période milanaise (1566-84). i. Borro-
mée à Milan, ii. Borromée hors du Milanais. IV. l\Iort
et survie.
I. Premières années (1538-60). — Deuxième fils
et troisième des sept enfants du comte Giberto Borro-
mée et de Margherita de Médicis, Charles naquit au
château de Rocca d'Arona, en vue du lac Majeur, dans
la nuit du 2 oct. 1538. Cette naissance aurait été
accompagnée de phénomènes merveilleux. (Détails
généalogiques dans F. Caivi, Famiglie nolabili mila-
nesi. II, Milan, 1881, tableau vin; G. Galbiati, Albero
genealogico délia famiglia principesca Borromeo di
Milano in cinque tavole. Milan, 1935.)
487
CHARLKS BORROMÉK
488
Ses premiers biographes le dépeignent volontiers
comme un enfant prédestiné, donnant des indices
manifestes de vocation. Chez un fils cadet, de telles
dispositions étaient de bon augure.
Des événements plus sérieux aiguillèrent l'avenir du
jeune cadet vers la cléricature : âgé de huit ans, Charles
reçut la tonsure (15 oct. 1545); en 1550, son oncle,
Giulio Cesare Borromée, lui céda son premier béné-
fice : le monastère des SS.-Gratiniano-et-Felino, situé
à Arona. Charles aurait demandé d'en pouvoir consa-
crer les revenus — 13 000 livres — aux bonnes œuvres
comme étant « le bien de Dieu et par conséquent des
pauvres » (Bascapè, 4).
Charles fut envoyé à Milan, pour y suivre les leçons
d'un précepteur, sous la direction du prévôt de S.-
Ambroise, Bonaventura Castiglioni. Le jeune élève
avait une intelligence i^lus solide que brillante. Bas-
capè (4) déplore que le manque de promptitude de
son esprit l'eût empêché de faire des progrès insignes
dans les lettres. Pourtant, dès l'âge de treize ans, son
bagage de latiniste était suffisant pour lui permettre
— fût-ce avec l'aide de son précepteur — d'adresser à
son père une lettre correcte, émaillée de réminiscences
classiques et lui demandant comme cadeau des ou-
vrages de Pline, Salluste et d'Aristote (1 déc. 1551;
texte et trad. dans Sylvain, i, 15-16).
A l'automne de 1552, Giberto Borromée envoya son
fils faire ses études de droit à l'université de Pavie.
Charles promit d'y suivre à la lettre les recommanda-
tions de son père (28 oct. 1552; fac-similé dans
S. C. B., 26). Il arriva à Pavie le 2 nov. La vie du
jeune étudiant fut studieuse, retirée, peu expansive,
fidèle à toutes les obligations incombant à un tonsuré
et éprouvée par de continuels embarras financiers
causés par la parcimonie avec laquelle son père lui
ouvrait les cordons de sa bourse. Il manifesta aussi sa
nature scrupuleuse à propos de la licéité canonique
de certains cours figurant au programme de ses études
(Sylvain, i, 25-27).
A plusieurs reprises, Charles fut obligé d'inter-
rompre ses études pour de longs séjours à Milan et à
Arona; il passa de nombreux mois dans la propriété
paternelle, à diriger les vendanges, à surveiller les
hommes de la garnison et à restaurer diverses cons-
tructions. En août 1558, par suite de la mort de son
père (27 juill.), il eut à porter le poids des afi'aires
successorales : en particulier, il dut négocier avec les
autorités espagnoles désireuses d'entrer en possession
de la forteresse d'Arona. Il révéla ainsi ses talents
d'administrateur et de diplomate.
Le 6 déc. 1559, Charles fut promu docteur in utroque
jure (fac-similé du diplôme dans L. Gramatica, Di-
ploma di laurea in diriito canonico e civile di S. Carlo
Borromeo, Milan, 1917). L'éloge académique du nou-
veau lauréat fut prononcé par son maître et ami Fran-
cesco Alciati.
Les régestes de cette partie de sa vie furent reconstitués
par A. Rivolta, Epislolario giovanile di S. C. B., dans
Aevum, xii, 1938, p. 253-67; Corrispondenti di S. C. B.
(1550-59), ibid., 556-619. La première liste contient
199 lettres écrites par Ch. B. avant son départ de Milan;
l'autre indique 6.52 lettres qui lui furent adressées à la
même époque.
Trois deuils déterminèrent la carrière de S. Ch. B. :
la mort du pape régnant, Paul IV; celle de Frédéric
Borromée, son frère aîné; et celle de son oncle mater-
nel, devenu pape à son tour. .
Le mois même où Charles venait de recevoir ses
lauriers à Pavie, son oncle maternel, le cardinal Gian
Angelo de Médicis, succéda (25 déc. 1559) à Paul IV
qui venait de mourir. Dès le lendemain de son élec-
tion (Pastor, VII, 80), le nouveau pape. Pie IV, qui
considérait son neveu « comme son œil droit » (rap-
port de Ricasoli à Florence, 12 janv. 1560; Pastor,
VII, 80), le fit venir à Rome. Frédéric, son aîné, l'y
avait précédé; arrivé à temps pour assister au cou-
ronnement de Pie IV (6 janv. 1560), il sera promu
capitaine général de l'Église, le 2 avr. 1561.
Charles quitta Milan, le 3 janv. 1560, faisant route
à une allure de sept postes par jour, par des chemins
couverts de neige, et vivement acclamé dans les loca-
lités situées sur son passage. Venu par la Romagne,
les Marches et l'Ombrie, il arriva à Rome au plus tard
le 13 janvier.
II. PÉRIODE ROMAINE (1560-66). — 1» Charges,
titres et honneurs. — Dès son arrivée à Rome auprès
de son oncle et durant tout son séjour. Ch. B. en fut
comblé. Voici les principaux :
1. Protonotaire apostolique, le 13 janv. 1560;
2. Référendaire de la Signature apostolique, le
13 janv. 1560 (B. Katterbach, Referendarii utriusque
Signalurae [Studi e Testi, lv], Rome, 1931, p. 121, 125);
3. Cardinal-diacre des SS.-Gui-et-Modeste : nommé
au consistoire secret, le 31 janv. 1560 (Paschini, 10-
11); chapeau conféré le lendemain, au consistoire
public (Acta consist., dans Baronius-Raynaldi, 1560,
II. 92; Massarelli, Diarium et Firmani, Diaria, dans
Conc. Trid., ii, 342, 532); bouche ouverte, le 14 févr.
(Eubel, III, 41). Le 4 sept. 1560, il échangea cette
diaconie cardinalice contre le titre de S. -Martin in
Monlibus, bien que ce titre fût ordinairement porté
par des prêtres (Eubel, m, 76). A l'époque de son ordi-
nation, il fut promu cardinal-prêtre, le 4 juin 1563
(Pastor, VII, 95). Il n'échangea son titre cardinalice
contre celui de Ste-Praxède qu'un an plus tard, le
18 nov. 1564 (Paschini, 115), et conserva ce dernier
titre jusqu'à la fin de sa vie. Avant 1575, il signa
toujours de son nom patronymique; après cette date,
il le remplaça par son titre cardinalice;
4. Cardinal protecteur : du royaume de Portugal.
depuis le début de 1565 jusqu'en 1572; — b) des
Pays-Bas, depuis mars 1566 (Oltrocchi, 27 a) jus-
qu'en 1572 (le 13 mars 1570, il est qualifié de proleclor
Belgiae; Eubel, m, 41); — c) des cantons catholiques
de la Suisse, du 12 mars 1560 (Baronius-Raynaldi,
1560, n. 95; Reinhardt-Steffens, p. xxvii) jusqu'à sa
mort; — de plusieurs ordres religieux : Francis-
cains mineurs et conventuels, du 6 mai 1564 (Sevesi,
dans Arch. franc, hist., xxxi, 1938, p. 77; le texte
de ce bref tel qu'il est rapporté par G. M. d'Ancona,
dans le vol. xix des Annales de Wadding, année 1564,
n. 2, est corrompu) au 27 oct. 1572; Carmes, jusqu'au
27 oct. 1572; Humiliali, du 13 févr. 1560 (Sala, Dis-
sertazioni, 414) à leur suppression; des Chevaliers de
Malle ou de S. -Jean de Jérusalem, avant le 29 juill.
1560 jusqu'à sa mort; des Chanoines réguliers de la
Ste-Croix à Coïmbre, des Chevaliers de S. -Lazare (avait
cessé de l'être en oct. 1571). En 1580 et 1582 il envoya
un légat pour réformer et pacifier l'ordre du Christ
en Portugal;
5. Administrateur du diocèse de Milan, avec obli-
gation de rester à Rome (bref de nomination du
7 févr. 1560, expédié le 23 févr.; ainsi s'explique la
double date donnée par Sala, Fascic. conclus., 12 sq. ;
cf. Eubel, m, 41, 257). Il sera préconisé archevêque
de Milan le 12 mai 1564 (Sala, Docum., m, 819) et
comptera les années de son épiscopat à partir de cette
date (Paschini, 85);
6. Administrateur des légations de Bologne et de
Romagne depuis le 26 avr. 1560, et des Marches
depuis une date plus tardive (Acta consist., dans Baro-
nius-Raynaldi, 1560, n. 92; Massarelli, £)/a/-iu/n, dans
Conc. Trid., ii, 344); il garda cette fonction jusqu'au
7 déc. 1563 (S. C. B., 73);
7. Conimendatairc de nombreuses abbayes avec
douze églises (Bascapè, 15-16). Dès le 22 janv. 1560.
p
489
il en reçut trois dont une en Portugal et une en Flan-
dre;
8. Préposé à la Secrétairerie d'État (voir para-
graphe suivant);
9. Membre de la Consulta, assemblée de huit ou dix
juristes se réunissant deux ou trois fois la semaine
pour l'expédition des affaires courantes intéressant
l'administration civile des États pontificaux; avant
le 22 janv. 1560 (Rivolta, Epistolario, 276; Giac.
Soranzo, dans Albèri, x, 135; Paschini, 126);
10. Membre de la commission des quatorze cardi- I
naux, se réunissant tous les jeudis " pour la réforme
des mœurs »; depuis mars 1560 (Massarelli, Diarium,
dans Conc. Trid., ii, 343);
11. Membre de la commission de cinq cardinaux
créée le 18 août 1563 pour préparer la fondation du
séminaire romain (Susta, iv, 196);
12. Archiprêtre de Ste-Marie-Majeure, peu après le
6 oct. 1564, jusqu'en 1572 (Paschini, 115);
13. Grand pénitencier, du 3 nov. 1565 (Paschini,
147, n. 9) jusqu'en 1572 (E. Gôller, Die pàpstliche
Poenitenliarie, ii-2, Rome, 1911, p. 98, n. 27);
14. Membre, de la commission de ravitaillement de
la ville de Rome, avant le 17 févr. 1560 (Paschini,
22, 107);
15. Citoyen d'honneur de la ville de Rome, lel«'juill.
1561 (diplôme reproduit dans Echi di S. C. B., 207).
Dans tous ces emplois, il considéra toujours le
service à rendre plutôt que la gloire à récolter. En le
favorisant ainsi, Pie IV avait fait montre de « népo-
tisme providentiel ».
2° Le bras droit du pape. — 1. Le cardinal neveu. —
L'intention du pape était de faire de Charles son bras
droit : il mit à sa disposition un logement au Vatican ;
il l'aida à recruter les cent cinquante membres de sa
jamilia et les fit habiller de velours noir aux frais du
trésor pontifical. L'un d'eux, Giulio Pogiani, entré à
son service comme secrétaire, a laissé sur lui de nom-
breux détails dans sa correspondance, publiée en 1757.
ïîxtérieurement, le nouveau cardinal ne payait pas
de mine : il n'eut jamais le sens du panache et fut
handicapé par plusieurs défauts, dus avant tout à la
timidité de son tempérament et à une certaine len-
teur d'esprit. Tous ceux qui le rencontrèrent pour la
première fois parlent de lui comme d'une personnalité
très effacée (Mocenigo et Girol. Soranzo, ambassa-
deurs vénitiens, 1560 et 14 juin 1563, dans Albèri, x,
53, 74; le cardinal de Mantoue au duc de Florence,
9 mars 1562, dans Susta, ii, 407; Requesens à Phi-
lippe II, 30 avr. 1564, 5 janv. 1565, dans Pastor, vu,
87).
Mais le pape avait discerné chez son neveu les indis-
pensables qualités de fond : serviabilité, patience,
modestie, désintéressement, zèle, conscience du de-
voir; il savait pouvoir compter sur lui pour neutraliser
l'influence des hauts dignitaires ecclésiastiques, des
souverains et de leurs créatures.
Ch. B. répondit pleinement aux espoirs de son
oncle. Les témoignages qui le concernent sont très
louangeurs : È huomo di frutto et non di fiore, de'fatti
et non di parole, écrivait de lui le cardinal Seripando (à
Paolo Manuzio, 28 juill. 1562; Pastor, vu, 98). Sa
capacité de travail semblait sans limites : il i)ouvait
consacrer sept heures d'affilée à l'étude d'une question
sans se fatiguer (Bascapè, 182), et il ne cessa jamais
de mesurer fort étroitement le temps réservé aux re-
pas et au sommeil (Pastor, vu, 89), bien que cette
dernière privation lui eût été au début fort pénible
(B. à son oncle Guido, 22 janv. 1560; Sylvain, i, 50).
2. La Secrétairerie d'État. — Voir P. Richard, ;
Origines et développement de la Secrétairerie d'État
apostolique (1417-1823), dans Revue d'hist. ecclés.,
XI, 1910, p. 521 sq. La tradition qui représente B, |
490
comme le premier en date des secrétaires d'État est
historiquement controuvée. Son action organisatrice
s'y borna à améliorer quelques services préexistants.
La partie principale de ses occupations consistait à
en assurer le fonctionnement. Par bonheur, il y était
puissamment secondé par Tolomeo Gallio, l'ancien
secrétaire du cardinal de Médicis, resté à son service
après qu'il fut devenu pape (voir sur lui P. O. von
Tome, Ptolémée (sic) Gallio, cardinal de Côme, Paris,
1908). Chaque matin, accompagné de Gallio, B. se
rendait auprès de son oncle et passait plusieurs heures
à lui soumettre les résumés de toutes les missives
reçues au cours de la journée précédente et à prendre
note des réponses à faire (Girol. Soranzo, dans Albèri,
x, 77; Susta, i, p. xxxiv). La rédaction des dépêches
revenait à Gallio, mais les minutes en étaient toujours
revues par B. et parfois soumises par lui au ])ape en
personne. Cette correspondance était énorme : outre
les relations épistolaires avec le concile de Trente et
celles avec les envoyés accrédités auprès des puis-
sances, elle comprenait toute la paperasserie admi-
nistrative courante (suppliques, demandes de faveurs,
recommandations, réclamations, etc.). Le iii« vol.
des Documenti publiés par Sala permet dè se faire
une idée de la variété des affaires qui étaient soumises
à B. Destinataire de toutes les lettres adressées au S.-
Siège, reviseur et signataire de la presque totalité de
celles qui en étaient expédiées, on peut dire qu'il
« tenait entre ses mains les fils d'une machinerie colos-
sale » (Dieringer, 147).
Pourtant son rôle, tout élevé qu'il fût, était celui
d'un subordonné. On l'a parfois oublié : des hagio-
graphes, plus soucieux de panégyriques que de vérité
historique, ont voulu voir en B. le vrai responsable de
tout le pontificat de Pie IV. C'est là fausser les pers-
pectives. Celles-ci sont excellemment rétablies par
L. Celier (43-44) : « Pie IV n'avait abdiqué entre les
mains de son neveu aucune part de son autorité.
S. Charles, surtout dans les premières années, ne fait
pas du tout figure de chef de gouvernement : cela
n'aurait convenu ni à son âge, ni au caractère de
Pie IV. Le pape donnait l'impulsion à tout et gardait
la décision suprême; son neveu s'elTorçait de le se-
conder... Les lettres signées par S. Charles sont innom-
brables; il ne faut pas oublier qu'elles étaient desti-
nées à transmettre non sa propre pensée, mais celle du
pape. »
Il est certain que la pondération du neveu n'approu-
vait pas toutes les décisions à l'emporte-pièce de son
oncle. Il ne refusait pas ses conseils, mais ce n'était
pas à lui d'imposer sa façon de voir, ni même de la
suggérer. On constate que, dans des questions où son
attitude ultérieure montra qu'il ne partageait pas les
sentiments de son oncle, il poussa la déférence jus-
qu'à n'en rien laisser voir tant que celui-ci vécut.
Ainsi dans la célèbre affaire du procès et du châti-
ment infligé aux cardinaux Carafa (R. Ancel, Le
procès et la disgrâce de<! Carafa, dans Revue bénéd.,
XXII, 1905, p. 525; xxiv, 1907, p. 224, 479; xxv, 1908,
p. 194; XXVI, 1909, p. 52, 189, 301).
3° Ch. Borromée et le concile de Trente. — 1. Négo-
ciations. — Des auteurs de second rang et des pané-
gyristes ont exagéré le rôle joué par B. à l'occasion de
la reprise du concile. Une histoire impartiale et mieux
éclairée doit rendre à chacun son dû. Le premier
artisan de la reprise du concile de Trente fut le pape
en personne. A lui en revient le mérite principal. Il
est vraisemblable qu'avant de s'y décider il en aura
parlé à son cardinal neveu; B. aura donc pu par ses
; conseils confirmer son oncle dans sa décision en faveur
I de la solution adoptée. Cette décision pr\t corps rapi-
dement. Le 29 nov. 1560, fut promulguée la bulle
[ d'indiction pour le jour de Pâques, 6 avr. 1561 (Bull.
CHARLES BORROMEE
I
491
CHARLES BORROMÉE
492
Rom., VII, 90 sq. ; Conc. Trid. (Ehses), viii, 103). Mais
l'aplanissement de nombreuses difTicultés prélimi-
naires surgissant du côté des souverains força à en
remettre l'ouverture jusqu'au 18 janv. 1562.
En sa qualité de secrétaire d'État, B. dirigea la cor-
respondance entre Rome et Trente; il s'acquittait de
cette tâche en suivant fidèlement les directives de son
oncle. Sa charge lui permit de ne rien ignorer des intri-
gues, manœuvres et machinations inséparables de
toute réunion conciliaire. Le récit de l'activité qu'il
déploya à cette occasion relève plus de l'histoire du
concile de Trente que de sa biographie. Nous nous
bornerons ici à mentionner la part déjà considérable
qui lui revient personnellement.
La correspondance de B. avec Trente n'est pas
exempte de passages confidentiels où perce, à travers
l'exposé de la façon de voir pontificale, celle du secré-
taire d'État. Il eut même l'occasion de joindre aux
missives officielles des billets exprimant son opinion
personnelle : ainsi au sujet du sauf-conduit à accorder
aux protestants (B. à Simonetta, avr. 1562; §usta,
II, 76), du devoir de résidence des évêques (B. aux
légats, 11 mai 1562; ibid., 136), de la préférence à ac-
corder aux canonistes par rapport aux théologiens pour
le règlement des questions délicates (ibid., m, 272).
L'action personnelle du cardinal B. fut encore plus
visible lors du conflit concernant l'indiction conci-
liaire et lors de la menace de disgrâce du cardinal de
Mantoue, président du concile. Fallait-il déclarer
explicitement que l'assemblée réunie à Trente conti-
nuait les deux réunions tridentines précédentes?
Conformément à une directive romaine du 29 mars
1562 (Susta, II, 71), les légats avaient promis de n'en
rien faire, ce qui tranquillisait la délégation allemande
soucieuse de ménager les susceptibilités luthériennes.
Mais les Espagnols insistèrent à Rome et y obtinrent
gain de cause : un bref du 30 mai 1562 (ibid., 175) en-
joignit aux légats de faire cette déclaration. N'osant
obtempérer à cet ordre, les légats venaient de décider
le départ pour Rome d'un des leurs, le cardinal Al-
teinps, lorsqu'un nouveau bref parvint à Trente,
expédié de Rome quelques heures après le précédent
(ibid., 180); le pape y modérait ses premiers ordres
et en remettait l'application à la circonspection de
ses légats. Une lettre du cardinal B. jointe au même
courrier (ibid., 181) expliquait comment le pape
s'était ravisé après une nuit de réflexions. On s'ac-
corde à croire que les conseils de son neveu n'y furent
pas étrangers.
Parmi les questions soumises aux délibérations
conciliaires figurait le point de savoir si la résidence
des évêques dans leurs diocèses était de droit divin.
Sur ce point le désaccord était profond entre deux
groupes de prélats (la majorité des Italiens contre
tous les autres), ainsi qu'entre deux légats pontifi-
caux, le cardinal de Mantoue, président du concile,
et le cardinal Simonetta, éminent canoniste (20 avr.
1562; Susta, ii, 86). Le pape, alerté par Simonetta
(27 et 30 avr. 1562; ibid., 91, 135), décida avec sa
célérité coutumière d'envoyer à Trente de nouveaux
légats avec un nouveau président (8 mai; ibid., 135).
B. obtint du pape de surseoir à l'envoi de la nouvelle
délégation. Entre temps, il avertit Mantoue de ce qui
se tramait (11 mai; ibid., 139-43), lui donna l'occa-
sion de se disculper (18 mai; ibid., 146-49), et décida
finalement le pape à envoyer d'abord à Trente un de
ses parents et amis, l'évêque de Vintimille, Carlo
Visconti, en qualité de négociateur entre les parties
en conflit (instructions rédigées par B., 20-25 mai;
ibid., 455-60). Averti par \'isconti du tort qu'aurait
fait au concile le départ de Mantoue (25 juin; ibid.,
488), le pape refusa sa démission et lui rendit sa con-
fiance (ibid., 220).
Le cardinal B. parvint encore à obtenir des Pères
du concile qu'ils s'en remissent au pape pour tout ce
qui concernait la réforme de la Curie romaine, cette
question épineuse et délicate menaçant de devenir
un nouveau point de friction.
A partir de 1563, les relations entre Rome et Trente
furent moins agitées et plus confiantes. Alors qu'en
janv. 1562 B. invitait les légats à tenir le S. -Siège
au courant de la moindre nouvelle, sans regarder à
la dépense occasionnée par l'envoi répété de courriers
(Susta, II, 1-2), il leur demande, en mai 1563, de
n'écrire que pour des choses importantes, en se bor-
nant à informer de ce qui se fait et non pour solliciter
à tout instant des ordres et des directives (ibid., m,
272). Il fallait avant tout accélérer les délibérations
pour pouvoir achever le concile cette année même. La
correspondance de B. se concentra bientôt sur cet
unique objectif. Il pouvait d'ailleurs s'en remettre
entièrement aux qualités diplomatiques du cardinal
Morone, président du concile depuis la mort de Alan-
toue.
B. fut aussi chargé de l'économat des services conci-
liaires. Son administration financière fut prudente :
durant ses années d'études, il avait appris à compter.
Cependant, il ne mesura jamais ses crédits (B. au
cardinal de Mantoue, 11 juill. 1562; C. Vitali, S. C. e
il concilio di Trenlo, dans Scuola callolica, sér. IV,
xviii, 1910, p. 780), même lorsque les disponibilités
commencèrent à tarir dangereusement (B. aux légats,
31 mars 1563; ibid.).
Toute cette action extérieure du cardinal se dou-
blait encore de celle qu'il exerçait tous les matins au
cours de ses entretiens avec le pape et dont il sera
toujours impossible de déterminer l'ampleur.
Le 26 janv. 1564, une bulle pontificale, contresignée
par tous les cardinaux présents, parmi lesquels B.,
donnait force légale aux décisions tridentines.
2. Application. — L'instrument de réforme était
forgé; restait à s'en servir. Ici encore, le cardinal B.
exerça une action de premier plan.
Il se mit sans retard à prendre connaissance per-
sonnellement des nouveaux décrets. Fidèle à son tem-
pérament méthodique, il les classa dans ce but en
trois catégories : le Sancta sanciorum, concernant la
foi et les sacrements; le Sancla, groupant les questions
de réforme et de discipline ecclésiastique; la dernière
catégorie se rapportant aux laïques (Giussano, 37).
Il fit partie du groupe des quatre cardinaux dési-
gnés au consistoire du 18 août 1563, puis de nouveau
le 29 déc, pour faire observer les bulles de réforme
(Paschini, 107, 110). Il fit partie également de la
Congrégation de huit cardinaux instituée par un motu
proprio pontifical pour l'interprétation des décrets
du concile (2 août 1564; Bull. Rom., vu, 300; Pastor,
VII, 658 sq. ; Panvinius, dans Conc. Trid., ii, 599), et
qui devint la Congrégation Super inquisitione herelicae
prauitatis (Bull. Ront., vu, 301, 298).
Sur plusieurs points, le concile s'était borné à des
directives générales, laissant à l'initiative pontificale
le soin de les préciser. En particulier, la rédaction
d'un sommaire de la doctrine chrétienne, la revision
de la Bible et des livres liturgiques, l'établissement
d'un Index furent confiés au pape. Selon une très
ancienne tradition, B. aurait surveillé la composition
du Catéchisme du concile de Trente, qui était prêt
à paraître lorsqu'il quitta Rome. Il aurait aussi col-
laboré à la revision du missel et du bréviaire (Oltroc-
chi, 38 b), ainsi qu'à la nouvelle édition originale des
Pères grecs avec traduction latine entreprise en 1561
par P. Manuzio. Paschini (75) met en doute qu'il ait
pris une part directe importante à ces travaux. On
sait qu'il obtint du duc de Florence des manuscrits
patristiques grecs (Pastor, vu, 296; Oltrocchi, 38 a);
493
CHARLES BORROMÉE
494
on sait qu'il continua de Milan à s'intéresser à l'achè-
vement du missel et du bréviaire (J. Schmid, Theol.
Quarlalschri/t, 1884, p. 654); on sait qu'il fit des
démarches en faveur de la composition d'un homi-
liaire (Sala, Docum., ii, 244, 246, 258); on sait que
son secrétaire Pogiani travailla au Catéchisme (Pastor,
VII, 291). Mais ce ne sont là que des indices secondaires.
Concernant la musique d'Église, le concile avait
blâmé toute mélodie profane et toute polyphonie
empêchant de comprendre le texte chanté. Cette
directive théorique, appliquée à la lettre, eût conduit
à supprimer toute la musique usitée à cette époque.
Une commission cardinalice, chargée de trouver une
solution, délégua à cet effet les cardinaux Borromée et
Vitelli. Ceux-ci firent appel à Palestrina, maître de
chapelle de Ste-Marie-Majeure depuis 1561, et lui
demandèrent de composer trois messes. On a cru
longtemps, sur la foi d'un codex des archives de la
chapelle Sixtine, qu'un groupe de trois messes, dont
la seconde est la célèbre Messe du pape Marcel, fut
composé à cette occasion; en réalité, celle-ci est
quelque peu antérieure (Harbel, Die Kardinalskom-
mission von 1-564 und Palestrinas « Missa Papae
Marcelli », dans Kirchenmiisikalisches Jahrbuch, vi,
1892, p. 82, 97). En 1565, B. fit encore composer des
messes en « musique intelligible » par deux composi-
teurs milanais, Ruffo et Don Nicolas.
4° Vie privée. — Sans avoir jamais mené une vie
licencieuse, le cardinal B. ne fut pas, dès le début,
l'ascète qu'il devint dans la suite. Au milieu de toutes
ses besognes, il trouvait encore le temps de s'instruire
et savait user des distractions propres aux jeunes gens
de son âge entrés dans la cléricature (échecs, balle,
culture physique, voire parties de chasse; Steinherz,
1, 324, et A. Boll., xix, 76-77 : dans une lettre du 4 déc.
1561 il demande au nonce d'Allemagne, Delflno, qu'on
lui envoie des chiens de grosse chasse). Il était aussi
un des meilleurs musiciens du Sacré Collège, sachant
manier le luth et le violoncelle.
Pour combler les lacunes de sa formation intellec-
tuelle, il réunissait, le soir, quatre fois par semaine,
dans ses appartements, un cénacle de brillants esprits
choisis parmi ses familiers. Ils formèrent l'académie
des Noctes Vaticanae. Leurs réunions se tinrent du
20 avr. 1562 au 14 sept. 1565. Il y avait là, entre
autres, un futur pape, Ugo Boncompagni (Gré-
goire XIII), plusieurs cardinaux ou futurs cardinaux :
Simonetta, François de Gonzague, Guido Ferrari,
Agostino Valier, Francesco Alciati, Silvio Antoniano,
Carlo Visconti, Tolomeo Gallio. A chaque réunion
étaient prononcés plusieurs discours latins en l'hon-
neur d'un princeps excellentissimus, élu au sort tous
les mois par les membres de l'académie. Celui-ci devait
alors y répondre par autant d'improvisations. Un
recueil de ces exercices oratoires fut publié au xviiie s.
par G. A. Sassi {infra, bibliographie). Il contient trois
discours signés Chaos (pseudonyme dont Ch. B. se
servait durant ces réunions) ; un commentaire de la
quatrième béatitude, une condamnation de la luxure
et un éloge de la charité. Ce sont d'honnêtes exercices
de style à la mode du temps (L. Berra, L'accademia
délie Nolli Vaticane fondata da S. C. B., Rome, 1915).
Une part non moins importante de son activité
était consacrée aux nombreuses cérémonies et récep-
tions pontificales : entrées princières, processions,
solennités diverses (énumération, d'après le calen-
drier hebdomadaire de VAvvisatore di Roma, dans
Paschini, 17-18, 31-34, 115; autres détails d'après
Firmani, Diaria, dans Conc. Trid., ii, 536-42).
Il profita aussi de sa situation pour accroître le
lustre de sa famille. La grandeur des Borromée n'était
pas pour lui un vain mot. Se rendant à Rome pour
rejoindre son oncle nouvellement élu pape, il écrivit
en cours de route à Arona pour qu'on lui fît parvenir
sans retard écussons et notices de famille (Rivolta,
Epislolario, 267). Deux ans plus tard, il revint à la
charge auprès de Tullio Albonese pour obtenir des
détails généalogiques (2 juill. 1562; Paschini, 14). Son
zèle se dépensa surtout pour ménager à ses frères et
sœurs des alliances brillantes : son frère aîné, Frédéric,
épousa Virginie délia Rovere, fille du duc d'Urbin
(mariage par procuration, 5 mai 1560) ; sa sœur Camille
se maria avec César de Gonzague (entre le 29 mai et le
16 juin 1560, dans Paschini, 35-36; ce beau-frère
devint un de ses plus fidèles correspondants); sa sœur
Geronima, avec un seigneur napolitain, Fabrizio
Gesualdo, prince de Venosa (peu avant le 16 mai
1562; ibid., 39); sa sœur Anne, avec Fabrizio Coloniia,
amiral de la Ootte de Sicile (9 juill. 1562; ibid., 40-41);
sa demi-sœur Hortense, avec son cousin germain
Annibal von Hohenems (6 janv. 1565). Dans toutes ces
tractations matrimoniales, le rôle du cardinal B. fut
très important. Mais il n'admettait pas que ses parents
se prévalussent des liens du sang pour obtenir des
avantages ecclésiastiques : « En matière de bénéfices,
écrit-il, je ne veux ni ne dois faire aucune considéra-
tion de personne, mais avoir égard seulement au plus
grand service de Dieu » (Sylvain, m, 127). A. Rivolta
(Epislolario, 267-80) donne le régeste de sa corres-
pondance privée de 1560 à 1565.
Le 19 nov. 1562, Frédéric Borromée fut emporté
par une mort presque soudaine. Cette disparition de
son aîné lui faisant « toucher au vif notre misère et la
vraie félicité de la gloire éternelle » (B. à une parente,
15 déc. 1562; Sylvain, i, 75), fut pour Charles le
signal d'une première « conversion ». Le soir même,
il manda son confesseur franciscain et mit au point
avec lui un programme de changement de vie (Bas-
capè, 9; Oltrocchi, 27 d).
Bien qu'il fût désormais l'aîné de la famille et le
continuateur du nom, il résolut de se préparer au
sacerdoce. Depuis 1560 (déc.?), il était déjà sous-diacre
(A. Boll., xiv, 346) et probablement aussi diacre
(Paschini, 19). Les biographes, se recopiant mutuel-
lement depuis Giussano (29), voudraient que Pie IV
eût conçu le projet de lui faire quitter la carrière
ecclésiastique et prendre femme. Des rumeurs de
cette espèce circulèrent dans l'entourage pontifical,
durant les premiers mois de 1563 (Bascapè, 9).
Pie IV les démentit catégoriquement, lors du consis-
toire du 3 juin, et y éleva son neveu au rang de car-
dinal-prêtre (A. Bail., xiv, 346; Sala, Docum., m,
269; Paschini, 82; Acta consisl., dans Susta, iv, 68).
Ch. B. fut ordonné prêtre par le cardinal Cesi,
le 17 juill. 1563 (Pastor, vu, 95). Le 7 déc. de la même
année et le 25 janv. 1564, il reçut la consécration épis-
copale et le pallium (Sala, Docum., m, 817-18; Pas-
chini 84-85; les dates données, à la suite de Giussano,
par beaucoup d'auteurs sont inexactes).
Au cours des mois suivants, il imprima à son train
de vie un cachet plus ascétique : il restreignit son per-
sonnel à quatre-vingts membres et son écurie à vingt
chevaux (Pastor, vu, 97, note; cf. 341, note); il se
refusa tout divertissement, fût-ce une simple prome-
nade; il renforça son programme de veilles, de jeûnes,
de prières et de disciplines. Depuis mai 1563, sous
l'influence d'un nouveau membre nommé Pellegrino,
il avait transformé les Nocles Vaticanae en conférences
religieuses. Il s'efforça aussi de compléter les lacunes
de sa formation première, trop exclusivement juri-
dique. Il s'exerça surtout à l'éloquence, prenant la
parole à Ste-Marie-Majeure, à Ste-Praxède et dans
divers monastères. D'après Pastor (vu, 95), l'idée
lui serait même venue d'entrer chez les Camaldules;
il en aurait été détourné par l'évêque de Braga, Bar-
thélémy des Martyrs. Mais le texte de Bascapè (9)
495
CHARLES BORROMÉE
496
est très vague et celui de Giussano peut être compris
d'un désir de se recueillir quelques jours dans un
ermitage. Cependant, l'évêque de Braga, comme
aussi son confrère dominicain, l'évêque de iModène,
Egidio Foscarari, comptent parmi les principaux
artisans de la transformation ascétique de B. Ils par-
tagent cet honneur avec son directeur de conscience,
le jésuite Ribera, par qui il se fit donner les Exercices
de S. Ignace comme préparation immédiate au
sacerdoce ou à sa première messe (Ratti, 4; Paschini,
83; voir, ibid., 93-94, le récit de la manière pitto-
resque dont le cardinal fit la connaissance du jésuite).
Fort mécontent de ce qu'il appelait des mœurs de
théatin, Pie IV menaça de consigner la porte de son
neveu aux deux jésuites, les PP. Ribera et Laynez,
qu'il estimait les princii)aux responsables de cette
transformation ascétique (Pastor, vu, 96). Cette
affaire fit du bruit jusqu'en Espagne, ce qui nécessita
une mise au point du secrétaire général des Jésuites
(Polanco à Araoz, 28 avr. 1564, dans Astrain, ii,
208 sq.; sur cet épisode, voir aussi Polanco, Comple-
menta, éd. Mon. hist. S. J., i, 449-52, et Canisii epis-
tiilae, éd. Braunsberger, 530-36).
B. tint bon. L'énergie qu'il déploya à appliquer
dans sa propre maison les directives tridentines força
l'admiration générale. L'envoyé vénitien, Giacomo
Soranzo, notait en 1565 : « Il donne à chacun un si
splendide exemple que l'on peut dire à bon droit
qu'à lui seul il fait plus de bien à la Cour de Rome que
tous les décrets tridentins réunis » (Albèri, x, 133-34,
138). Finalement ce fut le pape qui, s'inspirant de
l'exemple de son neveu, réduisit le train de sa mai-
son (Paschini, 105; Pastor, vu, 344). Il lui donna
aussi plusieurs nouvelles marques de confiance : per-
mission générale d'emprunter les livres de sa biblio-
thèque, y compris les « registres » (22 juin, 17 nov.
1564; Paschini, 71-72); charge de conserver dans les
archives tous les procès-verbaux des propositions
faites au cours des consistoires (6 déc. 1564; ibid.,
113). Au consistoire du 12 mars 1565, il ne nomma
que des cardinaux conseillés ou du moins approuvés
par lui (Giac. Soranzo, 135; Herre, 89 sq.).
5° Borromée et Milan avant 1566. — Nommé depuis
févr. 1560 administrateur de l'archevêché de Milan
et ne pouvant s'y rendre en personne, il délégua en
mai 1560 Antonio Roberti pour en prendre possession
en son nom; il s'y fit ensuite représenter à demeure
par son agent Tullio Albonese. A la fin de 1561, il
pria Sebastiano Donato, évèque de Bobbio, de le visi-
ter. Donato ayant été surpris par la mort, Borromée
s'adressa à Girolamo Ferragata, qui arriva à Milan
le 23 avr. 1562.
Durant cette même année, désirant introduire les
jésuites dans son diocèse, il insista auprès du Sénat
milanais pour vaincre sa méfiance (Sylvain, m, 56).
L'année suivante, son vœu fut exaucé : le 24 juin
1563. les Pères Palmio et Carvajal venaient s'installer
à Milan.
Plus importante encore par ses conséquences fut
l'envoi à Milan comme vicaire général d'un prêtre de
Vérone, Niccolô Ormaneto (sur ce dernier, voir F. M.
Carini, Mons. Nicole Ormaneto, Rome, 1894; C. Robin-
son, Nicolo Ormaneto, Londres, 1920). Ormaneto
arriva à Milan le l'''' juill. 1564. Il convoqua un synode
diocésain et y promulgua les principaux décrets du
concile de Trente (29-31 août; Acla Eccl. Mediol., i,
265-66). Outre diverses mesures de réforme et quel-
ques visites d'églises, sa réalisation principale fut
l'ouverture, à la S. -Martin 1564, d'un séminaire dio-
césain, installé d'abord dans des locaux de fortune,
puis, à i)artir du 5 mai 1565, dans la prévôté S. Gio-
vanni in Porta Orientale, qu'un niotu proj^rio du pape
avait enlevé aux Humiliati (Sala, Docum., i, 150).
B. obtint du P. Laynez, général des Jésuites, l'envoi
à Milan, de trente Pères, chargés à la fois de l'admi-
nistration du séminaire, de la direction spirituelle et
de l'enseignement (13 déc. 1564). Ormaneto s'étant
fait l'écho de protestations élevées par des membres
du clergé milanais, le cardinal maintint son choix
(B. à Ormaneto, 6 janv. 1565; Sylvain, m, 57-58).
B., qui avait supporté les principaux frais d'installa-
tion de son séminaire, témoignait à son égard d'une
sollicitude particulière; il désirait être renseigné,
« jour par jour », sur tout ce qui le concernait, y com-
pris le programme des cours, la liste des élèves et la
couleur de leur uniforme (B. à Ormaneto, 20 janv.
1565; Sylvain, i, 264).
Ormaneto s'attaqua aussi à la réforme des couvents
de religieuses. L'observation de la clôture y était
tombée si bas que des témoins du procès de canoni-
sation racontèrent y avoir assisté à des bals (Sylvain,
I, 266). Le retour à la normale, mesure qui comportait
alors le placement des grilles dans les parloirs, ren-
contra une très vive opposition, tant parmi les reli-
gieuses que parmi les membres de leur famille. Le
couvent des dominicaines de la Porta I.udovica, où
habitaient deux sœurs du pape et Isabelle, la sœur
aînée du cardinal, se fit remarquer par son obstination.
B. et Pie IV durent leur écrire longuement pour
leur faire entendre raison (lettre du cardinal, 28 avr.
1565; lettre du pape, 26 mai 1565; Sylvain, i, 267-70).
Le concile de Trente avait prescrit à chaque métro-
politain de réunir ses suffragants en un concile pro-
vincial. B. ne pouvait se soustraire à ce devoir. Pie IV
lui permit de se rendre pour quelque temps à Milan,
ajoutant aux pouvoirs de légat a latere pour toutes les
régions d'Italie qu'il traverserait d'autres pouvoirs
exceptionnels (17 et 31 août 1565; Sala, Docum., i,
155 sq., 483).
Parti de Rome le 1" sept., B. reçut un accueil prin-
cier dans toutes les villes où il Ht halte (Florence,
Bologne, Modène, Parme, Plaisance); il s'arrêta aussi
dans son abbaye de Nonantola et dans celle de Chiara-
valle. Le 23 sept., il fit son entrée solennelle à Milan
« comme archevêque, avec la chape et la mitre,
monté sur un cheval blanc, et non point comme un
légat » (B. au cardinal de Côme, 23 sept. 1565; dans
S. C. B., 116-17). Le récit de ce voyage est publié
dans A. Castellucci, Un episodio delta vita di S. C. B.,
Rome, 1927.
Le soir même de son arrivée, il entreprit la réunion
d'un concile provincial. Celui-ci se tint du 15 oct. au
3 nov. et groupa onze évêques (Acta Eccl. Mediol., i,
1-50; approbation par Pie V, 6 juin 1566, dans Bull.
Rom., VII, 458; cf. Baronius-Laderchi, xxxv, année
1566, n. 209). Pie IV félicita le cardinal dès le 22 oct.
1565 (Sylvain, i, 288). Muni d'un bref du 24 oct.
(Sala, Docum., i, 168), B. visita aussi les monastères et
collégiales de sa ville épiscopale.
Quelques jours après la clôture du concile, il quitta
Milan pour Trente, en compagnie du cardinal de Ver-
ceil, afin d'y escorter vers leur nouvelle patrie les deux
archiduchesses. Barbe et Jeanne d'Autriche, fiancées
l'une au duc de Ferrare, Alphonse II d'Esté, l'autre
au prince héritier de Florence, François de Médicis.
Tandis que l'escorte, partie de Trente après le 21 nov.,
faisait route à petites journées, des dépêches alar-
mantes parvenaient de Rome au cardinal concernant
la santé de Pie IV. Finalement, il n'y tint plus, quitta
à Firenzuola l'escorte princière et revint à Rome à
bride abattue, juste à temps pour préparer son oncle
à la mort, lui administrer les derniers sacrements et
recevoir son dernier soupir (9 déc. 1505; Baronius-
Raynaldi, année 1565, n. 28; Panvinius, dans Conc.
Trid., u, 600; la date du 10 déc. avancée par beaucoup
d'auteurs est inexacte).
497 CHARLES BORROMÉE 498
6° Le conclave de 1-565. — Après le décès de Pie IV,
plusieurs cardinaux soulevèrent des objections contre
l'ouverture immédiate d'un conclave. Mais le cardinal
B. insista pour que la prescription renouvelée par le
pape peu avant sa mort et selon laquelle un conclave
devait s'ouvrir dans les dix jours ne restât pas lettre
morte. Il eut gain de cause.
Au conclave, ouvert le 19 déc. 1565, le cardinal B.,
leader incontesté des vingt-quatre cardinaux nommés
par son oncle, était de ce fait l'arbitre de la situation :
son groupe disposant de plus du tiers des voix, « en
sa main était l'exclusive de tous ceux qui se trouvaient
dans le conclave » (C. Borghèse à César Borromée,
2 févr. 1566; Arch. slor. Lomb., 1903, p. 360). Aussi,
dans leurs rapports, les observateurs étrangers signa-
lent-ils toujours avec soin la position prise par B.
à l'égard des candidats possibles. Sur son lit de mort.
Pie IV lui avait donné à ce sujet ses dernières recom-
mandations : faire élire un membre de son groupe
ou, à défaut, le candidat recommandé par Florence
(Pastor, VIII, 17). Toutefois, avant d'entrer au con-
clave, B. ayant consulté des jésuites sur l'attitude à
y adopter (Salmeron, Epistolae, éd. Mon. hist. S. J.,
II, p. XIV, 60, n. 9) résolut de laisser une grande
liberté aux membres de son groupe : il s'engagea
même vis-à-vis de son cousin le cardinal Altemps à
ne pas appuyer la candidature d'un religieux (Pastor,
VIII, 27). Mais il était décidé à n'accepter qu'un par-
tisan convaincu de la réforme tridentine. Il réussit
ainsi à contrecarrer toutes les candidatures qui lui
déplaisaient, mais ne parvint à faire passer ni Morone,
bien qu'il l'eût essayé à trois reprises, ni Sirleto.
Finalement il tenta une démarche auprès de Farnèse
pour le convaincre de renoncer à sa candidature et
de proposer un candidat qui, réunissant l'assentiment
des deux groupes principaux, serait assuré de l'élec-
tion. L'accord se fit et, en moins de deux heures, le
choix tomba sur le cardinal Ghislieri qui fut élu et
prit le nom de Pie V (7 janv. 1566; cf. B. Hilliger, Die
Wahl Pius'V. zum Papste, Leipzig, 1891).
Dès le début de son pontificat. Pie V manifesta son
désir de faire largement appel au concours du car-
dinal B. Le 12 janv., il créa une commission de cardi-
naux chargée d'étudier les affaires allemandes; l6 23
du même mois, il en institua une autre pour la réforme
du clergé romain. B. fît partie de l'une et de l'autre,
mais il n'eut guère le temps d'y déployer son acti-
vité. Désireux de regagner son diocèse, il en obtint
la permission, moyennant la promesse de revenir en
automne. Il se mit en route sans apparat le 11 mars
et, passant par Lorette, arriva dans sa ville de Milan
le 5 avr. 1566.
Durant tout l'été 1566, le retour de B. à Rome fut
considéré comme certain, tellement sa présence y
paraissait indispensable à la bonne marche des
affaires, en particulier à celle de la réforme romaine.
Mais Ormaneto, rappelé de Milan à Rome (8 juill.), y
prit sa place et resta en étroite correspondance épis-
tolaire avec lui. B. était aussi en rapports étroits
avec ses agents et hommes de confiance romains,
G. F. Bonomi, Bernardino Carniglia et Cesare Spe-
ciani. Par leur intermédiaire, B. faisait parvenir au
Souverain pontife conseils et suggestions : comme par
exemple de contrebalancer l'influence des anciens car-
dinaux par « une bonne promotion d'hommes d'élite,
vraiment dignes d'être les pivots sur lesquels s'appuie
l'Église » (B. à Ormaneto, date incertaine, 1566; Syl-
vain, I, 326); ou bien encore de mettre en demeure tous
les évêques présents à Rome, même revêtus de la
pourpre, d'avoir à rejoindre leurs diocèses (B. à
Bonomi, 17 avr. 1566; ibid., 319). Par la même filière,
il fit tenir au pape, non sans l'avoir notablement re-
touché, un projet de réforme du Sacré Collège, qu'il
avait composé sous le pontificat de son oncle. Il y
ajouta un plan constituant une mense commune
formée par la réunion de toutes les abbayes commen-
dées à des cardinaux; les revenus mis en commun
permettraient une distribution annuelle de 3 000 écus
à chaque cardinal; ainsi serait bannie à tout jamais
la principale source de cupidité et d'ambition (B. à
Ormaneto, 4 nov. 1566; ibid., 326-28). Au témoignage
de Speciani, Pie V estimait ses avis au plus haut
prix (Pastor, ix, 896).
Il se fit aussi l'interprète de l'inquiétude de ses
diocésains devant la bulle du 1" avr. 1566 (Bull.
Rom., VII, 434 sq.) autorisant les poursuites en cer-
taines matières inquisitoriales non solum per accusa-
iionem et inquisitionem sed etiam ad simplicem et
secrelam denunciationem (cf. Verga, 31).
Pie V avait songé à réunir, à l'automne de 1566,
un synode national de tous les évêques d'Italie. Mais
comme les décrets du premier synode de Milan parus
entre temps avaient pourvu à tout le nécessaire, il
jugea son premier projet superflu et se borna à édicter
qu'aucune mesure ne fût prise en opposition avec
les décrets susdits (B. à l'évêque de Brescia, 27 déc.
1566, Sala, Docum., ii, 272). Aussi un contemporain
put-il dire en toute vérité que « la réforme romaine
était fille de la milanaise » (Pogiani à B., déc. 1566,
Epi'il., Il, p. xv). Tous les retours définitifs de l'ar-
chevêque de Milan à Rome restèrent à l'état de projet;
B. put désormais se consacrer entièrement à l'admi-
nistration de son diocèse.
III. PlÎRIOUE MILANAISE (1566-1584). — /. BORRO-
MÉE A MILAN. — 1° Le réformateur. — 1. Administra-
tion diocésaine. — Le diocèse dont B. prit en mains
l'administration était un des plus importants d'Italie :
46 collégiales, 753 paroisses, 1 420 succursales, 3 352
prêtres et clercs séculiers, 190 couvents et monastères,
environ 560 000 hab., dont 180 216 pour la métro-
pole lors d'un dénombrement prescrit par le cardinal.
La i)rovince ecclésiastique de Milan comprenait
15 évêchés sufTragants, réjjartis sur le Milanais, la
Vénétie et le duché de Montferrat. Le clergé et les
fidèles, délaissés par leurs pasteurs toujours absents,
offraient un tableau moral peu encourageant, bien
qu'il ne faille pas le noircir à l'excès. Aussi l'arche-
vêque décida-t-il, dès le début, d'adopter une poli-
tique de présence et de refondre les rouages de l'admi-
nistration diocésaine. La réglementation et le fonc-
tionnement en sont décrits dans Acta Eccl. MedioL, i,
535-97. Le diocèse fut divisé en douze circonscrip-
tions, six pour la partie urbaine, six pour la partie
rurale. Chaque partie était confiée à la haute surveil-
lance d'un visiteur général, et chacune des douze cir-
conscriptions placée sous la responsabilité d'un préfet.
Soixante vicaires forains, responsables d'un secteur
plus restreint, devaient se réunir à dates fixes avec
tous les prêtres de leur secteur.
A l'archevêché, B. créa le poste de vicaire général
et rationalisa les services judiciaires et la chancellerie.
Il veilla spécialement à l'intégrité des fonctionnaires
et à la gratuité des services. Il fit aussi tenir à jour,
dans les paroisses et les doyennés, un grand nombre
de registres spéciaux. Leurs renseignements, colla-
tionnés à Milan, donnaient une vue d'ensemble de
l'état religieux du diocèse, où chaque église avait sa
monographie renfermant tous les détails intéressants
à connaître : personnel, fondations, œuvres pies, au-
tels, œuvres d'art, etc. Les visiteurs devaient mettre
tous leurs soins à obtenir des précisions numériques.
Le premier concile provincial prescrivit aussi la tenue
de registres paroissiaux pour les baptêmes, confir-
mations, mariages et sépultures, ainsi que d'un liber
status animarum contenant l'énumération des foyers
avec le nom et l'âge de leurs habitants et devant
499 CHARLES BORROMÉE 500
être tenu à jour par inscription et radiation des
nouveaux arrivés et des émigrants (Acla Eccl. MedioL,
I, 20, 22). En 1574, on ajouta des directives précises
sur la manière de tenir ces documents, ainsi que l'obli-
gation d'en déposer un exemplaire tous les ans à
l'archevêché {ibid., i, 685-88). Le IV« concile provin-
cial fit en outre tenir par chaque curé des listes
nominatives de trente-cinq catégories de chrétiens
représentant l'élite et la lie des paroissiens (énuméra-
tion, ibid., i, 142-43, 560-61). Grâce à ces diverses'
mesures, B. peut être considéré comme un précurseur
de la statistique religieuse.
Très large pour doter son administration diocésaine
en hommes et en ressources, il veillait par contre à
réduire le personnel de sa maison privée au minimum
compatible avec sa dignité.
Collaborateurs et familiers étaient soumis chez lui
à une discipline presque claustrale. S'inspirant sans
doute des modèles ignatiens, il avait rédigé à leur in-
tention un règlement spécial pour chaque ofTice, par-
tagé en une partie spirituelle et une partie pratique.
Les exercices spirituels, confiés au soin d'un préfet
spirituel, comprenaient tous les jours : méditation,
examen de conscience, office divin ou de la Ste Vierge,
assistance à la messe et instruction religieuse. Sur
certains points de discipline le cardinal se montrait
très strict. Cette école de formation borroméenne
produisit nombre d'ouvriers d'élite de la Contre-Ré-
forme; elle fut une pépinière d'évèques et de nonces.
Citons le cardinal Silvio Antoniano, Niccolô Ormaneto,
Carlo Bascapè, Gianfrancesco Bonomi, Giambattista
Gastelli, Niccolô Mascardo, Bernardino Mora, Gio-
vanni Fontana, Antonio Seneca, Cesare Speciani,
Girolamo Trivulzio.
Dans un autre domaine encore, l'influence de cette
école n'a peut-être pas été mise assez en lumière. On
sait que Giovanni Botero, un des principaux écono-
mistes italiens de la Renaissance, a été secrétaire de
B. Ne serait-ce pas là qu'il puisa son sens de l'obser-
vation et son souci de la mesure quantitative des
choses et des personnes? (C. Gioda, La vila e le opère
di Giovanni Botero, Milan, 1895, 3 vol.).
2. Conciles provinciaux et synodes diocésains. —
Ayant réuni son premier concile de la province de
Milan en 1565, B. réussit à en maintenir presque sans
accroc la périodicité triennale prescrite par le concile
de Trente : 11^ conc, 24 avr. 1569 (Acla Eccl. MedioL,
I, 51-67); bref d'approbation moyennant quelques
corrections, 12 mai 1570 (Bull. Rom., vu, 819); —
III« conc, 9 avr. 1573 (Acla Eccl. MedioL, i, 67-89); —
IVe conc, 10 mai 1576 (ibid., 90-165); l'approbation
romaine fut très difficile à obtenir (voir plus loin); —
conc, 7 mai 1579 (Acla..., 166-242); — VI« conc,
10 mai 1582 (ibid., 242-64); — un septième concile
avait été convoqué pour 1585; la mort de B. empêcha
sa réunion.
Sur le point de l'assistance à ces conciles, B. était
inexorable et sourd aux excuses habituelles; il n'hési-
tait pas au besoin à provoquer ordres et sanctions
de la part de Rome. Il faisait préparer ces réunions
plusieurs semaines à l'avance par des prières com-
munes, des exercices spirituels, des prédications. La
législation qui y fut édictée constitue l'application la
plus complète des directives tridentines. Dans toute
l'Europe de nombreux conciles ultérieurs se bornèrent
à les démarquer.
Outre celui que présida son vicaire Ormaneto en
1564, l'archevêque de Milan réunit dix synodes dio-
césains : 4 août 1568; 15 avr. 1572 (présidé par le
vicaire général Castelli,B. étant à Rome au conclave);
16 nov. 1574; puis tous les ans de 1578 à 1584 (décrets
dans Acla Eccl. MedioL, i, 266-342). D'après les déci-
sions tridentines, il aurait fallu en réunir tous les ans;
mais divers empêchements s'y opposèrent durant les
années du début. Chaque fois le cardinal sollicita du
pape une permission d'ajournement.
B. compléta la législation des conciles provinciaux
et des synodes diocésains par une série d'instructions
reprenant systématiquement les matières les plus
importantes : prédication de la parole de Dieu (Acla
Eccl. MedioL, i, 390-407); administration des sacre-
ments (ibid., 407-66); construction, aménagement et
entretien des églises (ibid., 466-535).
En parcourant les prescriptions de ces conciles et
synodes, le lecteur du xx^ s. pourrait se sentir dépaysé
par la méticulosité, la sévérité et le caractère appa-
remment vexatoire d'un bon nombre de leurs articles:
par ex. indication du nombre et des dimensions de
tous les objets, outils et instruments devant se trouver
dans chaque sacristie paroissiale; défense à tous les dio-
césains d'entreprendre un en voyage en pays hérétique
sans la permission de l'archevêque ou du vicaire
général; profession de foi imposée aux médecins, aux
libraires et jusqu'aux professeurs d'arithmétique;
obligation aux imprimeurs et aux libraires de sou-
mettre mensuellement le catalogue de toutes leurs
publications; réglementations concernant l'habille-
ment, le logement, l'activité des Juifs; énumération
des activités publiques interdites à l'heure des offices
dominicaux, et bien d'autres choses. En faire grief
au cardinal B., ce serait oublier que ces mesures furent
prises pour sauvegarder la foi en une époque diffé-
rente de la nôtre et en un point stratégique de la chré-
tienté.
3. Visites pastorales. — Chaque année, sauf empê-
chement, B. consacrait plusieurs mois d'été à la visite
pastorale de son diocèse. L'année 1566, la première
après sa rentrée, fut employée presque exclusivement
à la cathédrale puis aux autres églises milanaises. A
cette occasion, il réforma le chapitre de S.-Ambroise
et lui donna des constitutions très détaillées (9 avr.
1567; Sala, Docum., ii, 472-88); il se montrait très
exigeant sur le point des prestations obligatoires, mai
très généreux en matière de prébendes, augmentan
les revenus de ses chanoines chaque fois qu'il leur pres-
crivait de nouvelles obligations chorales de jour o'
de nuit; il recourait souvent à eux pour l'aider dan
ses fonctions administratives. En 1566, il visita auss
l'église abbatiale d'Arona, dont il était le bénéficie
(S. M. Vismara, La visita pastorale di S. C. B. ne
1566 alla Badia dei SS. Gratiniano e Felino in Arona
dans Riv. stor. bened., iv, 1910, p. 571-84).
En 1567, il entreprit la visite de la partie rurale
qu'il continua et reprit inlassablement durant la plu
part des saisons suivantes jusqu'à sa mort. La recons
titution d'un itinéraire n'a pas encore été tentée. Eli
exige comme condition préalable le dépouillement d
son énorme correspondance, l'inventaire de nom
breuses inscriptions commémoratives et l'examen cri
tique d'un bon nombre de traditions locales. Actuel
lement on en est encore loin.
Pour 1583, année dont on peut reconstituer I
calendrier presque en entier, on sait que le cardina'
outre son retour de Rome et sa tournée dans le V
Mesocco, quitta Milan à onze reprises pour des a
sences variant de trois jours à trois semaines. C'étaien
presque toujours des visites pastorales; il ne séjourn
guère plus de deux cents jours dans sa métropole.
4. Correspondance et réceptions. — ■ La correspon-
dance de B. constitue un des principaux monument
de la réforme catholique. Les 268 volumes de lettre
conservées à l'Ambrosienne (Zerbi, Arch. stor. Lomb
1891, p. 81) témoignent par leur seule existence d
son zèle inlassable, de son énorme capacité de trava*
et de son sens de l'organisation. Ils prouvent auss
que Ch. B. était devenu dès son vivant une person
501 CHARLES BORROMÉE 502
nalité aux dimensions mondiales. Une même conclu-
sion se dégage des entrevues qu'il eut avec de grandes
personnalités de l'époque : à Monza (10 août 1574),
avec Henri III, revenu de Pologne pour ceindre la
couronne de France (relation de cette entrevue faite
au pape sur sa demande par B., dans Sala, Docum.,
II, 428, trad. Sylvain, ii, 366-72; récit fait par Otta-
viano de Ferreri au procès de canonisation, dans
Oltrocchi, 214); à Lodi (2 oct. 1581), avec la reine
d'Autriche, sœur du roi d'Espagne; à Milan nov.
1583 et 27 août 1584), avec le prince André Bathory,
venu à Rome pour y devenir cardinal et repartant en
Pologne comme légat du S. -Siège.
5. Enseignement et œuvres sociales. — La formation
d'un clergé capable et vertueux fut le principal but
apostolique du cardinal B. Sa sollicitude alla avant
tout à son séminaire. Les difTicultés de première ins-
tallation sous Ormaneto (voir plus haut) se dou-
blèrent rapidement de difficultés internes : la concen-
tration de tous les pouvoirs dans un séminaire diocé-
sain entre les mains de religieux exempts se révéla
funeste et aboutit à un grave différend entre l'arche-
vêque et les Jésuites. Le cardinal ne tarda pas à cons-
tater que l'élite de ses séminaristes entrait au noviciat
des Pères. Tout en craignant de contrarier de vraies
vocations, il désirait, pour de multiples raisons, freiner
cette hémorragie; il tenta d'obtenir du général l'en-
gagement de ne plus recevoir ses séminaristes, mais
se heurta à un refus; son appel au pape provoqua le
bref du 28 juill. 1570, interdisant aux séminaristes
milanais l'entrée en religion avant d'avoir exercé le
ministère pendant quatre ans (Sala, Docum., i, 245;
correspondance préliminaire entre Milan et Rome,
17 mai, 3, 14 juin 1470). Un bref à portée similaire
aurait aussi été donné le 6 nov. 1582 par Grégoire XIII
(Pastor, IX, 185, n. 2).
La situation ne s'améliora que lorsque l'adminis-
tration du séminaire fut remise entre les mains des
oblats de S.-Ambroise, en 1579. Cette même année,
une imprimerie fut adjointe au séminaire. Une des
premières œuvres qui sortirent de ses presses fut une
édition spéciale des sermons du P. Louis de Grenade,
dont un exemplaire d'hommage fut distribué à tous
les prêtres du diocèse. Aussi S. Ch. B. est-il désigné
comme patron de la bonne presse (A. Bernareggi, //
Seminario e gli Oblati, dans Humilitas, n. 21, 1930,
p. 681-722; La lipografia del seminario di Milano,
ibid., n. 2, 1928, p. 49-57, 75-79).
Pour subvenir à des nécessités particulières, le car-
dinal fonda encore les établissements suivants :
a) S. Giovanni aile case Rotte, à Milan, 150 places,
pour les vocations tardives et l'acquisition des con-
naissances indispensables au ministère sacerdotal; —
b) \e proséminaire Beatae Mariae alla Canonica, à
Milan, 60 places, pour la formation spécialisée des
curés de village (Sala, Docum., i, 428); — c) les deux
petits séminaires de Celana (1579) et d'Inverigo (1582),
40 places chacun, pour l'enseignement de la gram-
maire (de 1566 à 1579, le premier avait été uni à une
école apostolique des P. Émiliens à Somasca) (ibid.,
188, 412, 443, 473, 559 sq.); — rf; la filiale du sémi-
naire à Arona; — e) \e collège helvétique à Milan,
érigé le l" juin 1579 pour décharger le séminaire qui,
depuis plusieurs années, hébergeait 20 séminaristes
de Suisse et des Grisons aux frais de l'archevêque; il
fut établi dans l'ex-prévôté S. Spirito des Humiliati;
les élèves suivaient les cours à l'université de Brera
(Bull. Rom., viii, 269 sq.; Sala, Docum., i, 219, 317,
374, 393, 410; D'Alessandri, 254-58; bibliogr. détaillée
dans Pastor, ix, 521); — le collège pour les Grisons
à Ascona; un premier essai à Locarno ayant échoué,
B. travailla à cette fondation à la (in de sa vie; il
s'y rendit deux fois lui-même : le 15 juin 1583, pour
la pose de la première pierre, et le 30 oct. 1584, pour
l'inauguration (Sala, Docum., i, 248, 453; D'Ales-
sandri, 323, 402).
L'enseignement moyen et supérieur fut enrichi par
les fondations suivantes : le collège Borromée à
Pavie, pour loger les étudiants démunis de ressources,
construit de 1564 à 1568 (R. Majocchi-A. Moiraghi,
L'Almo collegio Borromeo. S. C. B. studente a Pavia e
gli inizi del collegio, Pavie, 1912; C. Baroni, // collegio
Borromeo. San Carlo, il Pellegrini e la costruzione del
collegio, dans Bail. slor. Pavese, i, 1937-38, p. 113-215);
— le collège des Nobles à Milan, qui existait déjà, mais
qui fut transféré à deux reprises en des locaux plus
vastes; — le collège des Théatins; — l'université de
Brera, confiée aux jésuites (ouverte le 7 janv. 1572);
ses douze chaires comprenaient les humanités et le
cycle complet de philosophie et théologie.
Un dessin représentant le saint entouré de ses
vingt-six principales fondations est reproduit dans La
Scuola cattolica, sér. IV, xviii, 1910, p. 107, et dans
S. C. B., 199.
Dans le domaine de l'enseignement primaire et
catéchétique, le nom de S. Ch. B. est inséparable de
celui de la Compagnie de la doctrine chrétienne. Cette
compagnie avait été fondée en 1536 par un prêtre de
Côme, Castellino da Castello, aidé d'un cardeur de
laine milanais, Francesco Villanova; elle s'adonnait à
l'instruction élémentaire des enfants et à des œuvres
de charité. Dès son arrivée à Milan, B. travailla à la
développer et à l'organiser sur la base d'une spéciali-
sation du travail; à côté des officiers généraux et du
directeur spirituel, il y eut des correcteurs, des infir-
miers, des conciliateurs ou pacificateurs et des « pê-
cheurs », ces derniers chargés de parcourir les rues de
la ville pour y raccoler des élèves parmi les vaga-
bonds. Le succès fut rapide et durable : onze ans
après la mort du saint, en 1595, les écoles de la Doc-
trine chrétienne comptaient 20 504 auditeurs réguliers
(S. C. B., 196). Sur les débuts de cette œuvre, voir
G. B. Castiglione, Storia délia Dottrina cristiana in
Milano e fuori; seule la première partie allant jusqu'à
l'arrivée de B. à Milan a été imprimée (Milan, 1800);
la seconde partie, de 1566 à 1777, est conservée manus-
crite à l'Ambrosienne (Sommaruga, 92; J.-A. Keller,
Des hl. K. B. Satzungen und Regeln der Gesellschaft
der Schulen christlicher Lehre, Paderborn, 1893; A.
Tamborini, La Compagnia e le Scuole délia Dottrina
cristiana. Milan, 1939; Sala, Dissertazioni, 63-100).
L'enseignement primaire fut aussi organisé dans plu-
sieurs centres ruraux du diocèse, comme à Varèse en
1567, à Bellinzona en 1583.
Dans le domaine social, B. développa surtout les
œuvres de bienfaisance et de réhabilitation. Milan
fut doté d'un asile de repenties (Ste-Marie-Égyptienne)
et d'un home de protection pour les jeunes filles (Ste-
Valérie). L'orphelinat des Somaschi fut agrandi. Un
asile de nuit, VOspedale délia Stella, ouvrit ses portes
dans un ancien couvent désaffecté et offrit gîte et
couvert aux vagabonds et aux pauvres errants. Une
institution originale, fondée par Isabelle d'Aragon et
dénommée II Soccorso, recueillait pour un temps les
épouses maltraitées ou dont le mari était absent.
En temps de disette, B. fit installer des soupes popu-
laires et organisa l'importation des vivres; il fit aussi
développer la culture du maïs qui devint la base de
l'alimentation du peuple.
2° Borromée et les ordres religieux. — Les Barnabites,
fondés en 1533, avaient compté parmi leurs premiers
membres plusieurs .Milanais, dont un ancien compa-
gnon d'université de B., Alexandre Sauli. Ils limi-
taient leur apostolat au pays de Milan. Devenu
archevêque de Milan, B. invita Sauli à son premier
concile provincial; de 1567 à 1570, Sauli, élu supé-
503
CHARLES BORROMÉE
504
rieur général de sa congrégation, résida à Milan et fut
chargé par B. de nombreuses missions de confiance
ainsi que de la prédication du soir à la cathédrale; en
mars 1570, il reçut de ses mains la consécration épis-
copale. B. choisissait volontiers ses auxiliaires parmi
les Barnabites : le P. Asinari l'accompagna souvent
durant ses visites pastorales; le P. Bascapè, qui devint
son meilleur biographe, reçut de nombreuses marques
de confiance. Leur couvent était pour lui un asile où
il venait se recueillir et vaquer aux Exercices; on y a
conservé la pierre sur laquelle il lavait alors la vais-
selle avec les frères. Le chapitre général de 1578 ayant-
chargé le P. Bascapè d'achever la rédaction des cons-
titutions de son ordre et ce travail ayant suscité des
critiques, le P. Besozzi, général, sollicita de Rome la
désignation du cardinal B. comme reviseur. Ces pou-
voirs lui furent délégués le 28 juill. Le cardinal fit
réunir un chapitre général de dix jours durant le mois
de nov. ; on y mit au point le texte nouveau, qui fut
promulgué le 25 mai 1579. Les Barnabites considèrent
S. Ch. B. comme leur second fondateur; l'église de
leur couvent de Rome, édifiée deux ans après sa cano-
nisation, fut placée sous son vocable; ce même cou-
vent possède un des fonds les plus riches d'archives
borroméennes.
Plus encore que par leur collaboration apostolique,
l'importance de l'action des Jésuites sur la vie du
cardinal se situe au plan intérieur. Ce fut dans la spiri-
tualité ignatienne, qui correspondait à merveille à
son tempérament, que S. Ch. B. puisa les traits prin-
cipaux de sa vie religieuse. Le P. Ribera, puis le
P. Adorno furent ses directeurs de conscience. Le
cardinal les avait en très haute estime. Après l'élec-
tion de Grégoire XIII, il présida la commission chargée
de se prononcer sur le maintien des modifications
apportées par S. Pie V à l'institut de la Compagnie.
Il reconnut le bien-fondé des objections présentées
par le P. Nadal et obtint du pape le retour au régime
antérieur (Astrain, m, 2). A la mort du quatrième
général de la Compagnie, Évrard Mercurian, B. entre-
prit des démarches (on ne sait trop qui en eut l'ini-
tiative; J. M. March, S. J., Don Luis de Reqaesens,
Madrid, 1946, 163, note) pour lui faire élire comme
successeur le P. Adorno ou le P. Palmio. Il écrivit en
ce sens au pape et à son agent romain, Mgr Speciani,
et fit présenter une requête à la quatrième congré-
gation générale (Astrain, m, 215, n. ; J. M. March,
op. cil., 163, note). Cette démarche échoua.
Dans l'ensemble, les rapports entre B. et les Jésuites
furent excellents : à de très nombreuses reprises le
cardinal fit appel à eux pour divers ministères apos-
toliques et pour l'enseignement. Il leur confia la pa-
roisse milanaise de S. Fedele et chargea son architecte
Pellegrini d'y construire pour eux une église (première
pierre, 3 juin 1569; inauguration, 24 juin 1579). Au
cours de ses visites diocésaines, il se fit habituellement
accompagner de plusieurs Pères. Le couvent de Brera,
devenu libre par suite de la suppression des Humi-
liati, devint sous Grégoire XIII un collège de jésuites.
B. favorisa aussi leur établissement en dehors de son
diocèse, en particulier dans les cantons suisses. Lors-
qu'il fut nommé visiteur apostolique en Suisse, il
consulta Pierre Canisius sur la manière de résoudre
certaines difiicultés canoniques en un pays à moitié
protestant; il lui demanda ensuite, en des termes
presque comminatoires, de l'accompagner au cours de
sa tournée, mais cette dernière demande n'eut pas de
suite(Ca/!(s;( ep/s^u/ae, éd. Braunsberger, VIII, 947, 949).
Cependant l'entente entre le cardinal et la Compa-
gnie fut loin d'être toujours parfaite. B. reprocha aux
divers généraux de lui mesurer au compte-gouttes les
renforts en hommes qu'il ne cessait de réclamer. Il
aurait voulu que le P. Gagliardi vint enseigner la
théologie à Milan; le duc de Savoie ayant refusé de
s'en dessaisir, il fut question d'envoyer le P. Bellar-
min; ce projet n'eut pas de suite (Polanco, Comple-
menta, éd. Mon. hist. S. J., ii, 160-64, 244-45). Si on
l'avait laissé faire, il aurait volontiers accaparé la
Compagnie entière pour son seul diocèse. Les généraux
assaillis de toutes parts devaient bien parfois faire
la sourde oreille. Les deux heurts principaux furent
occasionnés par la question du séminaire (voir plus
haut) et celle du P. Mazarini. Celui-ci, un parent
éloigné du célèbre Mazarin, avait pris parti en chaire
pour le gouverneur de Milan et censuré l'attitude de B.
(Sommervogel, v, 829). D'où un procès canonique qui
lava le jésuite de l'accusation d'hérésie, mais non de
celle d'insolence envers le chef du diocèse. Dans le feu
de la polémique, B. écrivit des phrases assez dures
contre la Compagnie. Ses ennemis, ravis de cette au-
baine, en publièrent des recueils (Lellere del glorioso
arcivescovo di Milano, Lugano, 1712; Nuova racolla di
Lellere del glorioso S. Carlo, Lugano, 1762; voir aussi
dans Sommervogel, xi, 183, 244, 638, 670) qui trou-
vèrent leur réplique (G. Boero, Riposta a Vincenzo
Gioberti sopra le lettere di S. C. B. inlorno ai Gesuiti,
Rome, 1849; Milan, 1850). Ces légers nuages ne par-
vinrent pas à ternir la solide affection que l'arche-
vêque de Milan portait à ceux qu'il considérait
comme d'excellents collaborateurs.
L'ancienne amitié unissant B. à Philippe de Néri
aurait pu faire croire que les Oraloriens occuperaient
une place importante parmi les auxiliaires religieux
de la Contre-Réforme milanaise. Il n'en fut rien. En
1575, après de longs efforts, B. finit par obtenir de
son ancien ami l'envoi à Milan de quatre prêtres de sa
congrégation. Mais des dissentiments ayant éclaté
par suite de la prétention du cardinal de disposer des
religieux à sa guise, ceux-ci furent rappelés à Rome
par leur général (lettre du 17 déc. 157'7, où B. expose
les raisons profondes de son dissentiment avec Phi-
lippe de Néri; A. BolL, lui, 1935, p. 435).
En 1570, la desserte de l'église S.-Calimère fut
confiée par l'archevêque de Milan à une communauté
de Théatins, comptant quatorze membres, parmi les-
quels S. André Avellini qui devint pour B. un confi-
dent et un ami. Au lendemain de la peste, en récom-
pense de leur dévouement, il leur offrit de se fixer dans
l'église S. Antonio, plus centrale et plus spacieuse.
A la congrégation des Somasques fut attribuée
l'église de S.-Mayeul, à Pavie, confiée jusqu'alors aux
Glunisiens (1568).
En sa qualité de protecteur des Frères Mineurs,
B. eut de très nombreux rapports avec les fils de
S. François. I) s'occupa d'abord d'un projet ancien
repris en 1567 par le P. Pozzi, comportant la fusion
des amadéens et des claréniens avec la branche prin-
cipale des mineurs de l'Observance (dossier dans Se-
vesi, dans Arch. franc, hist., 1938, p. 83-87). Le 20 janv.
1568, B. présida le chapitre provincial des mineurs à
Milan qui avait cette affaire à son ordre du jour (Wad-
ding, Annales, éd. Quaracchi, xx, 1931, p. 557). Le
princii)e de la fusion fut accepté. La bulle Beatus
Christi (23 janv. 1568; Wadding, Annales, xx, 558;
Bull. Rom., VII, 691) en détermina les normes et en
confia l'exécution à B. Un an plus tard, en janv. 1569.
un nouveau projet combina une fusion entre conven-
tuels et mineurs de l'Observance (pièces principales
dans Sevesi, ibid., 94-104). Pie V ayant élevé des
difficultés, ce projet fut abandonné (mai). Le désir de
B. d'être déchargé de son protectorat rencontra chez
Pie V le même accueil défavorable. Mais le cardinal
obtint la faculté de déléguer ses pouvoirs, ce qu'il
fit en faveur de son procureur à Rome, Mgr Speciani
(15 avr. 1572; Sevesi, ibid., 121). Grégoire XIII lui
ayant permis de résigner son protectorat, il s'elïorça
n05 CHAULES BORROMÉK 50(5
d'obtenir eu faveur des observants un protecteur |
distinct de celui des conventuels, en quoi il échoua.
Parmi les observants, il éprouvait une sympathie
particulière pour le groupe des « réformés »; mais il
refusa d'accepter leur vice-protectorat, que le P. Sera-
flno Tornielli lui offrit à plusieurs reprises (mai 1577;
Sevesi, ibid., 422, 424-25). Le bref Cum illius vicem
(13 juin 1579) ayant confirmé une bulle de GlémentVII
qui déterminait la situation canonique autonome des
réformés par rapport aux autres observants, le car-
dinal B. fut chargé de son exécution (Wadding, op. cit.,
XXI, 535) et veilla à sa stricte observation, surtout à
l'occasion des élections aux custodies de Milan et de
Gênes (Sevesi, ibid., 1945, p. 238-39). Dans sa corres-
pondance avec Speciani à Rome, il reprit aussi un
projet conçu par le P. Giacomo da Gandino de nommer
un gardien général de la réforme (févr. 1581). lJh\-
succès qu'il rencontra ne le découragea jamais de
soutenir les partisans de la réforme, même après la
suspension du bref Cum illius vicem (31 janv. 1582).
Dans les couvents de religieuses, le cardinal veilla
d'abord à renforcer les mesures prises par Ormaneto
pour rétablir la clôture. Dans ce but il obtint du pape
la bulle du 29 mai 1566 (Bull. Rom., vu, 447). Il
accorda une confiance particulière aux Angeliche, les
seules religieuses qui à son témoignage n'eussent pas
eu besoin d'une réforme; il se rendait volontiers en
leur couvent et leur adressait des exhortations spiri-
tuelles, dont une de ses auditrices a conservé le texte.
En 1568, B. introduisit dans son diocèse une asso-
ciation dont les membres ne formaient encore qu'une
sodalité pieuse vaquant à l'enseignement et aux œu-
vres de charité. Il en fut très satisfait mais leur imposa
néanmoins les trois vœux et la vie commune. Gré-
goire XIII approuva cette disposition en 1572. En
1579, B. fut nommé visiteur de la nouvelle congréga-
tion et en modifia totalement l'institut en la soumet-
tant directement à l'autorité des Ordinaires. Grâce à
ses recommandations, les ursulines furent établies
dans nombre d'évêchés voisins (V. Postel, Hist. de
Sle Angèle de Merici et de tout l'ordre des Ursulines
depuis sa fondation jusqu'au pontificat de Léon XIII,
I, Paris, 1878, 342 sq.).
3" Les conflits de juridiction sous Alburquerque. —
Quand B. prit possession de son siège, le pouvoir
civil était représenté à Milan par le gouverneur espa-
gnol, Gabriel de la Cueva, duc d'Alburquerque (abu-
sivement orthographié Albuquerque par de nombreux
auteurs), et par le Sénat milanais. Alburquerque était
un homme entièrement dévoué à son Dieu et à son
roi. B., à qui il avait été présenté lors de son séjour à
Milan en 1565, ne tarit pas d'éloges à son égard (B. au
cardinal Altemps, 26 sept. 1565; Sylvain, i, 374). Mais
les bonnes dispositions du gouverneur furent souvent
neutralisées par l'attitude du Sénat de Milan, qui for-
mait une oligarchie toute-puissante.
Les premières difficultés avec le gouverneur surgi-
rent pour des questions de protocole et de rubriques,
peu importantes en elles-mêmes; les deux partis firent
montre d'une égale ténacité (Serrano, iii, p. x; la
meilleure étude sur les débuts du conflit entre le car-
dinal et le gouverneur est celle de M. Bendiscioli, L'ini-
zio délia controversia giurisdizionale a Milano Ira l'arci-
vescovo C. B. e il Senato Milanese (1566-1568), dans
Arch. stor. Lomb., lui, 1926, p. 241-80, 409-62).
Une autre friction fut causée par la prétention des
sénateurs de censurer les décrets du premier concile
provincial, sous prétexte que plusieurs points étaient
contraires aux pouvoirs royaux (Bendiscioli, op.
cit., 258, n. 3, les énumère). Le cardinal refusa et,
pour prévenir d'éventuelles complications, avertit le
nonce en Espagne (Sylvain, i, 376). L'affaire n'alla
pas plus loin.
Beaucoup plus grave fut le conflit juridictionnel de
1567. Pour couper court à des scandales publics,
l'archevêque, voyant l'inanité de ses avertissements et
la longanimité des tribunaux séculiers, prétendit
renouer avec une tradition tombée en désuétude par
suite de la longue vacance du siège épiscopal : s'étant
fait couvrir par un bref du 22 mai 1566, lui accordant
de larges pouvoirs judiciaires (Sala, Docum., i, 178;
cf. Serrano, m, p. x), il cita au tribunal d'Église plu-
sieurs des principaux coupables. Aussitôt les magis-
trats civils crièrent à l'usurpation de leurs droits, et
le Sénat fit savoir à l'archevêché qu'à l'avenir il ne
tolérerait plus que l'on portât la main sur un laïque.
A ce dissentiment s'ajoutait une question de port
d'armes par des membres de la maison du cardinal.
Sur la requête de Philippe II, Pie V promit de tran-
cher le différend. Tandis que l'affaire était pendante à
Rome, elle se compliquait à Milan : le 6 juill., le vicaire
de l'archevêque fil arrêter et incarcérer un individu
nommé Castiglione qui « pour de l'argent livrait son
propre honneur et celui de sa maison » (Bonelli à Cas-
tagna, 2 août 1567; Sylvain, i, 380). En guise de repré-
sailles, le capitaine de justice de la ville, ayant ren-
contré au matin du 12 juill. le barigello de l'arche-
vêque porteur d'armes soi-disant prohibées, lui fit
donner en public « trois tours de corde » et l'expulsa
de Milan (rapport de Bonelli à Castagna; 25 juill.
1567; Serrano, ii, 169 sq.; Sala, Docum., iji, 388).
Grave violation de l'immunité ecclésiastique. Le car-
dinal excommunia aussitôt les quatre principaux
responsables et jugea insuffisantes les propositions de
conciliation présentées par le Sénat (Serrano, m,
p. XIV, n. 3; Bendiscioli, 410). Le Sénat fit parvenir au
pape un appel de protestation (13 juill.; Sala, ibid.),
auquel Pie V répondit en faisant savoir à Alburquer-
que qu'il approuvait l'archevêque (28 juill. et 15 sept.;
Serrano, ii, 171, 197) et en citant trois sénateurs mila-
nais à comparaître sans retard (19 août; Serrano, ii,
196, 181).
De son côté, Philippe II tenta de trouver un accom-
modement, d'abord par des négociations directes avec
B. (1" sept.; Serrano, ii, 202; m, p. xvi), puis par
l'envoi à Rome, via Milan, du marquis de Cerralbo
(lettre de créance, 12 oct. 1567; Serrano, ii, 220).
Celui-ci était muni d'instructions secrètes très sévères
pour B., menacé d'être dénoncé comme « perturbateur
de la paix publique » des États de Philippe II (Serrano,
II, 220-21, note). Cerralbo n'arriva à Rome que fin
janv. 1568, après une entrevue à Milan avec B. qui
demeura inexorable (Serrano, m, p. xvii-xix). Il eut
grand'peine à faire accepter par le pape une reprise
des négociations, qui aboutirent, fin mars, à un modus
Vivendi interprété par les historiens actuels comme
une reculade romaine. En fait chacun resta sur ses
positions.
Le conflit devait rebondir bientôt. Excipant d'un
droit contesté et dont la condition mise par Clé-
ment VII à sa concession ne fut jamais réalisée, les
chanoines du chapitre de S. Maria delta Scala à .Milan
prétendirent être exempts du droit de visite de l'ar-
chevêque. Ils furent soutenus par les autorités urbai-
nes. Le tribunal diocésain ayant fait emprisonner un
clerc de la Scala, le chapitre fit lancer l'anathème
contre deux fonctionnaires de l'archevêché. De son
côté, .\lburquerque fit afTicher, le 25 août 1569, un
édit punissant de peines allant jusqu'à la mort tout
acte portant ombrage à la juridiction royale (Serrano,
III, p. xxxii). Le texte avait une portée générale,
mais chacun savait qui était visé. Dès le lendemain,
pris de peur, les fonctionnaires de l'archevêché refu-
sèrent tout travail, justifiant leur attitude par l'édit
du gouverneur. Le cardinal dut improviser un per-
sonnel de fortune. Couvert par Pie V, il décida alors
507 CHARLES BORROMÉE 508
de procéder sans retard à la visite canonique de la
Scala; il refusa même le délai de trois jours, que lui
demandait le gouverneur. Le 30 août 1569 {Arch.
stor. Lomb., Il» sér., x, 1893, p. 554; S. C. B., 184),
comme il s'avançait processionnellement vers la Scala,
il s'en vit interdire l'accès les armes à la main; des
membres de sa suite furent gravement molestés et les
coupables, loin de tenir compte des peines canoniques
fulminées contre eux, portèrent l'audace jusqu'à pro-
noncer contre l'archevêque une sentence d'interdic-
tion formulée par un certain Barbesta, paré pour cette
circonstance du titre fantaisiste de subexecutor aposto-
licus (récit de B. à Ormaneto; Sylvain, ii, 7-8). Profi-
tant de cette situation trouble, le Sénat soutenu par
le gouverneur monta une cabale contre l'archevêque :
son intolérance, ses prétentions furent dénoncées à
Rome et à Madrid. Il s'agissait de faire comprendre
en haut lieu qu'étant discuté la paix publique exigeait
son effacement (Serrano, m, p. xxx; Sylvain, ii, 11).
B. se défendit vaillanmient. Il délégua à Rome un
chanoine de sa cathédrale, Mgr Speciani, qui avait été
témoin des événements. Mis au courant, le pape inter-
vint : au gouverneur de Milan il fit parvenir deux
avertissements sévères (10 sept., 8 oct. 1569; Sylvain,
n, 12; Baronius, xxxvi, 136); à B., une admonestation
paternelle (16 sept.; Baronius, xxxvi, 137) et un ordre
de procéder sans retard à la visite contestée (8 oct.,
ibid.); au gouverneur et au Sénat une note de protes-
tation contre le décret du 25 août préjudiciable à la
liberté ecclésiastique (19 oct.; Sala, Docum., ii, 20).
Il avait songé à envoyer aussi un délégué spécial à
Madrid, mais se borna à informer le nonce et à adresser
au roi d'Espagne une missive protestant contre les
agissements de son subordonné de Milan (25 oct.;
Sylvain, ii, 13-15).
De son côté, ému par la nouvelle de l'arquebusade
du 26 oct. (voir plus loin), Philippe II manda à Albur-
querque qu'il désapprouvait son attitude dans l'af-
faire de la Scala et le priait de mieux prendre le parti
du cardinal à l'avenir (Serrano, m, 192).
L'affaire se termina par la soumission des coupables
et la levée des censures ecclésiastiques (24 déc. 1569,
pour les fonctionnaires incriminés; 5 févr. 1570, pour
les chanoines de la Scala). Alburquerque, également
absous de ses censures, révoqua son édit du 25 août
(12 et 29 déc; Baronius-Laderchi, année 1569, n. 18;
1570, n. 153).
4" L'affaire des Humiliati el l'attentai du 26 oct. 1569.
— Un autre conflit qui faillit se terminer tragique-
ment opposa le cardinal B. aux Humiliati. Cette
congrégation, d'origine milanaise, avait grandement
contribué au développement de l'industrie lainière au
Moyen Age, ce qui lui avait valu de s'enrichir et de
perdre sa ferveur première.
Déjà en 1562, le cardinal avait essayé, mais en
vain, d'y réprimer certains abus. En 1567, profitant
du décès du général des Humiliati, Pie V reprit l'affaire
en mains. Un programme de réformes, proposées par
B., fut prescrit par un bref du 1" mai (Baronius-
Laderchi, année 1567, n. 74; Sala, Docum., i, 195 sq.),
et un nouveau bref autorisa le cardinal à substituer
un général de son choix à celui qui serait élu par le
chapitre, s'il ne donnait pas toutes garanties (10 mai;
Sala, ibid., 201). Les Humiliati réunis à Crémone
(5-14 juin) firent obstruction contre toutes les propo-
sitions de réforme et élurent comme général le P. Toso.
B. cassa leur élection et fit accepter comme supérieur
le P. Louis Bascapè. Celui-ci apporta un concours
loyal à l'œuvre de réforme. Le cardinal visita, par
lui-même ou par des délégués, toutes les maisons des
Humiliati. Couvert par de nouvelles dispositions pon-
tificales (28 juin, 18 sept. 1567; 29 mai, 11 sept. 1568;
Sala, ibid., 205, 209, 215, 220), il revisa tous leurs
contrats financiers; il institua un noviciat sérieux,
supprima la perpétuité des charges et la propriété
personnelle des membres.
Ces réformes se heurtèrent à un mauvais vouloir
général. Un premier essai de résistance ouverte ayant
échoué, grâce à une intervention énergique du gou-
verneur, quatre conjurés du couvent de Brera à Milan,
Girolamo Donato, surnommé Farina, Clémente Meri-
sio, Lorenzo Campagna et Girolamo Legnana, déci-
dèrent de recourir au crime. Farina, chargé de l'exé-
cution, se procura l'argent nécessaire par un vol
sacrilège et, après des péripéties vaudevillesques,
guetta l'occasion de porter son coup.
Le mercredi 26 oct. 1569, tandis que le cardinal
assistait dans sa chapelle à la prière récitée en com-
mun avec sa maisonnée, au moment où l'on chantait
le verset Non turbetur cor vestrum neque formidet, un
coup d'arquebuse fut tiré sur lui presque à bout por-
tant. Une balle et un plomb trouèrent son rochet et
sa soutane à la hauteur de l'épine dorsale, mais le
saint resta indemne et fit achever la prière. On possède
deux récits principaux de cet événement : l'un, dans
une lettre de B. à Pie V (29 oct.; S. C. B., 366; et avec
fac-similé dans // più prezioso autograjo di S. C. B,
pressa le Benedetiine di S. Maria in Firenze, publ. A.
Amelli, Milan, 1911); l'autre, anonyme et non daté
(Sala, Docum., m, 418; Sylvain, ii, 23) (voir l'ouvrage
de L. Anfosso, Storia dell' archibugiata tirata al card.
Borromeo in Milano 1569, Milan, 1913). Cette pré-
servation, considérée comme miraculeuse, accrut en-
core considérablement la popularité de l'archevêque
parmi ses diocésains, et de tous les coins de la chré-
tienté plus de deux cents lettres de félicitations lui
furent adressées par les personnalités les plus émi-
nentes. Pour faire oublier leur attitude passée, le
gouverneur de Milan et ses magistrats se montrèrent
pleins de zèle, au grand déplaisir du cardinal gêné par
toutes leurs mesures de protection : « J'aimerais beau-
coup mieux, écrivit-il, les voir plus diligents, plus
zélés, pour écarter les entraves et les obstacles apportés
à la liberté et à la juridiction de mon Église et de mon
devoir pastoral » (B. au nonce en Espagne, 4 nov.
1469; Sylvain, ii, 27).
Antonio Scarampa, évêque de Lodi, fut spéciale-
ment commissionné par Pie V pour enquêter sur cette
affaire. Laissant libre cours à la justice, le cardinal se
retira pour quelque temps à la chartreuse de Cari-
gnano. A la faveur du désarroi, le meurtrier avait
réussi à s'esquiver. Sa tête fut mise à prix : 2 000 écus,
plus d'autres faveurs, furent promis à qui le dénon-
cerait. L'enquête n'aboutit à rien, mais deux prévôts
des Humiliati, complices de l'attentat, espérant se
sauver eux-mêmes, dénoncèrent Farina. Mandés par-
devant Scarampa, ils dévoilèrent toute la trame de
l'affaire.
Le châtiment fut exemplaire : Farina, qui s'étai
enrôlé dans l'armée du duc de Savoie, fut extradé e
exécuté le 11 août 1570 avec ses complices {Arch
stor. Lomb., 1908, p. 187-88). Une bulle du 7 févr. 157'
supprima l'ordre des Humiliati et une autre du len
demain distribua ses possessions (Bull. Rom., vu
885, 888). B. tenta de faire transférer quelques-un
de ces couvents à d'autres ordres religieux, mais il s
heurta à un refus de la part de Pie V. Grégoire XII
se montrera plus généreux sur ce point.
5" Le rit ambrosien. — Une liturgie spéciale, anté
rieure à S. Ambroise mais qui fut certainement enri
chie par lui, était en usage dans l'Église milanaise
Transmis de siècle en siècle, ce précieux dépôt avai
quelque peu perdu de sa pureté primitive. Or, un
directive tridentine envisageait l'uniformisation de 1
prière publique de l'Église : le pape était chargé d
déterminer les mesures pratiques en ce sens. Par s
509
CHARLES BORROMÉE
510
bulle Quod a nobis (9 juill. 1568; Bull. Rom., vu, 685),
Pie V supprima tous les offices n"ayant pas au moins
deux siècles d'existence, ainsi que ceux ayant subi
des changements importants.
Quand le bréviaire et le missel romains furent prêts,
d'aucuns, parmi lesquels Speciani et le cardinal Mo-
rone, tentèrent de les faire adopter par l'archevêque
de Milan. Mais ils échouèrent : B. prétendit que son
Église resterait fidèle à son ancienne liturgie. Encou-
ragé par un bref pontifical du 25 janv. 1575 (Oltrocchi,
254 c) lui laissant la latitude d' « introduire ou de réta-
blir cet usage du rit et de l'office ambrosien », il conçut
même le projet d'étendre ce rit à tout son diocèse. Il
eut gain de cause dans quelques localités secondaires,
mais sa tentative de l'introduire à Monza (11 juin
1576) y fut très mal accueillie. Soutenus par le gou-
verneur de Milan, les habitants de Monza dénoncèrent
le cardinal à Rome, comme un esprit novateur hostile
aux usages romains et désireux d'imposer ses singula-
rités à ses subordonnés. Ces accusations trouvèrent
audience dans les milieux romains et provoquèrent
un tollé contre le cardinal. Mgr Speciani eut beaucoup
de peine à défendre son maître (Speciani à B., 21 juin,
14 juill. 1578; Sylvain, ii, 341-43). Les nouvelles de
plus en plus défavorables qu'il lui communiquait de
Rome concernant l'attitude de Grégoire XIII (Speciani
à B., 9, 15, 30 août, 1" oct. 1578; Sylvain, ii, 347-49)
le convainquirent de ne pas s'obstiner : le 16 oct.,
B. prescrivit l'emploi de la liturgie romaine à Monza
(F. Frisi, Memorie sloriche di Monza e di sua corte.
Milan, 1794; T. M. Abbiati, // rito ambrosiano a
Monza secondo una corrispondenza inedita di S. C,
dans La Scuola cattolica, lxvih, 1940, p. 200-09). On
put même craindre un moment que l'existence du rit
ambrosien tout entier ne fût menacée, mais une lettre
à la fois soumise et ferme du cardinal (Oltrocchi, 881 a)
écarta le danger.
Dans le but de restituer à la liturgie ambrosienne sa
forme primitive, B. chargea Pietro Galesino de l'épurer
de toutes innovations et excroissances. Les liturgistes
actuels jugent très sévèrement l'œuvre de cet épura-
teur à l'esprit fanatique et totalement dépourvu de
critique; étrange erreur commise par un homme ordi-
nairement si judicieux dans le choix de ses collabora-
teurs (M. Magistretti, S. Carlo e il rito ambrosiano,
dans S. C. B., 137-50). Cette refonte du bréviaire et
du missel ambrosiens fut achevée en 1582. A cette
occasion, B. fut aussi en correspondance suivie avec
le cardinal Sirlet, président de la commission ponti-
ficale à la refonte des livres liturgiques. Cette corres-
pondance fut publiée par Riboldi, VIII leltere édite ed
XL inédite di S. C. B. al card. G. Sirlelo, dans La
Scuola cattolica, 38« année, mars et mai 1910, appen-
dice.
Parallèlement à son action en faveur du rit ambro-
sien, B. collabora aussi par ses conseils et par diverses
démarches à l'édition des œuvres de S. Ambroise
entreprise par le cardinal Peretti de Montalto (le
futur Sixte-Quint) (août 1577-févr. 1580; voir sa cor-
respondance publiée à Viterbe, 1868, et // XV° cen-
tenario délia morte di S. Ambrogio, sér. II, 1895-98,
n. 4, 6).
6» La « Peste de S. Charles » (1576-77). — Voir
bibliographie spéciale dans Pastor, ix, 899. Le jour
même où Don Juan d'Autriche, frère du roi, faisait son
entrée solennelle à Milan (11 août 1576), le fléau qui
depuis plusieurs mois cheminait à travers villes et
campagnes vénitiennes et lombardes, atteignit le
faubourg de la Porta di Como. A cette nouvelle, l'ar-
chevêque absent revint en toute hâte vers sa métro-
pole que Don Juan, Ayamonte, le gouverneur, et
Lopez de Monténégro, le grand chancelier, s'apprê-
taient à fuir.
Les premières mesures : mise de la ville en quaran-
taine, prières publiques quotidiennes, au cours des-
quelles B. visitait à pied les églises, accompagné d'une
foule éplorée et suppliante, eurent pour effet de rendre
courage, mais furent impuissantes à enrayer le mal.
Ces mesures comportaient aussi le rassemblement des
pestiférés dans un vaste enclos entouré d'un portique :
le lazaret S. Gregorio, situé près de la porta Venezia.
Ils y étaient absolument séparés du monde des vivants
et privés de tout secours : pas de pain, pas de remèdes,
pas de lits, pas d'infirmiers, pas de prêtres; les monalti
eux-mêmes étaient en nombre insuffisant pour emme-
ner et ensevelir les cadavres.
Le cardinal comprit que toute l'organisation d'une
assistance chrétienne à ces malheureux reposait sur
lui. Pour cela il fallait des ressources et des dévoue-
ments. Pour les ressources matérielles, il fit quêter en
ville et au dehors et puisa sans compter dans son
patrimoine, vendant ce qu'il lui restait d'objets pré-
cieux, cédant les tentures de son palais pour en con-
fectionner des vêtements. Ne perdant pas de vue le
salut des âmes, il fit demander au pape des indulgences
exceptionnelles en faveur des pestiférés, de ceux qui
les assistaient, leur administraient les sacrements,
participaient aux jeûnes et aux i)rières publiques pour
la cessation du fléau (Sala, Docum., i, 315, 324-25).
Les dévouements, il espérait les trouver parmi le
clergé : il rappela à ses curés l'obligation de ne pas
abandonner les pestiférés et leur adressa à cette occa-
sion un mémoire qui forme comme un guide complet
(le la conduite à tenir en cas de peste.
Mais pour l'aider dans sa tâche surhumaine, il
comptait surtout sur les religieux. Pourtant, seuls les
capucins répondirent dès le début et avec empresse-
ment à son appel : trois des hôpitaux de pestiférés leur
furent confiés (B. à Speciani, 13 nov. 1576; Oltrocchi,
312). Théatins, barnabites, jésuites, chanoines du
Latran, observants, augustins, carmes prirent aussi
une part du fardeau. Mais il ne trouva pas chez eux,
et moins encore chez son ami Philippe de Néri, un
concours aussi entier qu'il l'avait escompté. Aussi
fit-il demander au pape la faculté de réquisitionner
pour le service des pestiférés tous les religieux qu'il
jugerait convenir à cette fin, sans avoir même besoin
du consentement de leurs supérieurs. Cette conces-
sion, spéciflait-il, ne me paraît pas exorbitante, dans
un cas où le danger de mort est si grand (cité par Syl-
vain, II, 146).
Le cardinal payait aussi de sa propre personne. Les
témoignages que l'on recueille sur ce point dans la
correspondance du temps et dans les dépositions au
procès de canonisation sont éloquents. Voir en parti-
culier la lettre du P. Jacques de Milan, capucin qui
l'accompagnait dans ses tournées (Sylvain, ii, 151).
Afin d'être toujours prêt à accourir au premier signe
de détresse, il réduisit son sommeil à une couple
d'heures ; il visitait lui-même tous les quartiers, remon-
tait les courages défaillants, pénétrait au lazaret et
dans les autres camps qu'il avait fallu aménager pour
les pestiférés, administrait lui-même les derniers sacre-
ments aux curés victimes de leur dévouement. Le
pape dut lui faire rappeler de modérer son zèle (Syl-
vain, II, 142-43); mais Charles continua comme aupa-
ravant à se dépenser sans compter. Il prenait cepen-
dant les précautions nécessaires : éponge imbibée de
vinaigre, herbes aromatiques. Cela fait, il allait de
l'avant (B. à l'évêque de Brescia, 9 juill. 1577; Syl-
vain, II, 144).
Malgré le danger qui pouvait résulter de ces rassem-
blements, il prescrivit un triduum de prières publiques
avec processions : le premier jour à S. Ambrogio, le
second à S. Nazaro, le troisième le long de l'ancienne
enceinte, en portant la relique du « clou sacré ».
511
CHARLES BORROMÉE
512
La peste ne fit qu'augmenter durant tout l'au-
tomne. Une quarantaine consignant tous les habitants
dans leurs demeures fut prescrite dans toute la ville
et dut être renouvelée; le cardinal réussit à adapter
son action apostolique à cette situation nouvelle : les
cloches des églises devinrent pour tous les foyers le
signal de la prière. Le fléau ayant diminué après la
Noël, la quarantaine fut rapportée en févr. Le cardinal
promulgua alors le jubilé spécial accordé par le pape
aux villes délivrées de la peste; il ordonna trois pro-
cessions expiatoires qu'il suivit lui-même nu-pieds;
à la cathédrale il fut acclamé par la foule comme le
« dompteur de la mort »; il décréta le retour à l'an-
cienne date initiale du carême; il voulut aussi orga-
niser des tournées de bénédiction dans toutes les
demeures. Le magistrat urbain, qui n'avait pas cette
assurance quant à l'extinction du fléau, fit interdire
ces tournées, mais il était trop tard. Le trafic des vête-
ments contaminés ayant provoqué un réveil de la
peste, B. l'interdit sous peine d'excommunication
(22 mars 1577) et le magistrat prescrivit une nouvelle
quarantaine. Cette mesure qui empêchait le déroule-
ment normal des solennités prévues pour le jubilé fut
très mal accueillie. Dès la fête de l'Annonciation, elle
fut violée pour la cérémonie du Pardon; elle dut être
suspendue au moment de Pâques. Le 3 mai, pour la
procession du saint clou, suivie d'une adoration des
Quarante heures, on s'arrêta à une solution mitoyenne:
la participation à cette solennité fut réservée aux seuls
hommes et garçons âgés de plus de douze ans. Il y
aurait eu plus de 80 000 assistants.
On a reproché au cardinal B. d'avoir en cette cir-
constance contrecarré par ses cérémonies de prières
publiques l'effet visé par les mesures administratives.
Mesuré à l'aune de l'état actuel de la science médicale
et des préoccupations prophylactiques d'aujourd'hui
le reproche est fondé. Mais la mentalité d'alors n'au-
rait pu comprendre qu'une cérémonie religieuse pût
constituer un danger de contagion, puisqu'elle était un
hommage vibrant rendu à l'Auteur de toute vie et
de toute santé.
Le fléau traîna durant tout l'été; il s'éteignit en
automne, sans doute faute d'aliment : il aurait fait
18 000 victimes. Le 7 sept., le cardinal bénit la pre-
mière pierre de l'église votive de S. -Sébastien; le
15 oct., il conduisit la procession du nouveau jubilé;
le 20 janv. 1578, la peste fut déclarée éteinte. Le
22 déc. 1577, le cardinal avait adressé à ses diocésains
un long opuscule. Mémorial, rappelant les épreuves
passées et remerciant Dieu pour la délivrance obtenue
(Acia Eccl. Mediol., ii, 1045-1220). Au concile pro-
vincial il réédita le guide qu'il avait composé au cours
de la peste sur les moyens de s'en préserver et les
soins matériels et spirituels à donner aux malades
(Pratica el inslrullioni per i curati el sacerdoti... inlorno
alla cura degli infermi et sospetti di peste, dans Acta
Eccl. Mediol., i, 182-210). Ce vade-mecum eut un tel
succès qu'il fut réimprimé lors de la terrible peste de
Milan en 1630.
7° Les Oblats de S.-Ambroise. — Les travaux apos-
toliques toujours plus nombreux, que l'archevêque ne
cessait d'entreprendre dans son diocèse, exigeaient
beaucoup d'ouvriers. Le clergé diocésain n'avait
jamais suffi à la tâche et était retenu par son ministère
pastoral. Parmi les réguliers, S. Charles avait trouvé
de nombreux dévouements, mais il s'était heurté plus
d'une fois aux instituts, aux règles et aux supérieurs.
Réfléchissant à ces obstacles, un projet mûrit dans
son esprit : fonder lui-même une congrégation de
prêtres diocésains vivant en commun, sous l'obéis-
sance de l'Ordinaire, et destinés à s'adonner, sous sa
direction exclusive, au ministère des âmes, là où il le
jugerait bon. L'idée lui en était venue en voyant un
groupement similaire, les Prêtres de la paix, existant
à Brescia. Dès 1574 il exposa son projet à Mgr Car-
niglia (B. à Carniglia, 9 nov. 1574; Sylvain, m, 81-82).
Il essaya d'abord de transformer son chapitre cathé-
dral en une communauté de ce genre, mais se heurta
au refus de plusieurs chanoines de souscrire à son pro-
gramme de pauvreté (Bascapè, 185). Il songea alors
au groupe de prêtres de la Doctrine chrétienne rési-
dant près de l'église du S. -Sépulcre et son projet prit
corps (il est exposé tout au long dans une lettre à
Mgr Speciani, début de 1578; Oltrocchi, 376; Svlvain,
III, 84-87).
Chargé de sonder les dispositions pontificales et
éventuellement d'obtenir l'autorisation de Gré-
goire XIII, Speciani y réussit non sans peine (Syl-
vain, III, 87-88). Muni du blanc-seing pontifical, le
cardinal B. se mit à la besogne. Au synode, il exhorta
son clergé à s'enrôler sous la bannière de S. Ambroise;
il adressa des invitations personnelles aux prêtres les
plus zélés; un registre, déposé au secrétariat de l'ar-
chevêché, devait recueillir les signatures des volon-
taires. Son appel fut entendu : le 16 août 1578, B.
présida à l'institution canonique des Oblats de S.-
Ambroise en l'église du S. -Sépulcre. S'aidant des
conseils de Philippe de Néri et ayant eu recours sur
un point controversé à l'arbitrage du Frère Félix,
convers capucin, il rédigea les règles de la nouvelle
congrégation, qui furent définitivement octroyées le
13 sept. 1581 (sur les débuts de cette congrégation et
ses rapports avec S. Charles, voir B. Rossi (Rubeus),
De origine et progressa congregationis Oblatorum sanc-
torum Ambrosii et Caroli, Milan, 1739; A. Bernareggi,
Le origini délia congregazione degli Oblati di S. Am-
brogio, dans Humilitas, n. 21, Milan, 1931). En 1611
au lendemain de la canonisation de Ch. B., la congré-
gation des Oblats a ajouté à son patronyme S. Am-
broise celui de S. Charles.
Les Oblats de S.-Ambroise répondirent aux espoirs
de leur fondateur. Sous leur direction, l'église du S.-
Sépulcre devint le centre de nombreuses œuvres spiri-
tuelles milanaises. La congrégation des oblats prêtres,
qui compta rapidement plus de 200 membres, fut
doublée d'une autre congrégation d'oblats restés
laïcs; ces précurseurs de l'action catholique ne se
liaient par aucun vœu, mais s'engageaient si)ontané-
ment au service de l'apostolat dans le diocèse. La
direction du séminaire et celle de plusieurs collèges et
sanctuaires (par ex. celui de Rhô) furent confiées aux
Oblats.
8° Les conflits avec Requesens et Ayamonte. — Après
la mort d'Alburquerque (nuit du 20 au 21 août 1571)
et le gouvernement par intérim du commandant de la
citadelle de "Milan, Alvaro de Sande (sept. 1571-avr.
1572), le poste de gouverneur du Milanais fut confié
à Louis de Requesens, grand commandeur de Castille
et lieutenant général de la flotte espagnole victorieuse
à Lépante. Sous son gouvernement, les relations entre
les deux pouvoirs furent normales la première année,
mais elles s'envenimèrent fortement en l'été de 1573.
Un Milanais nommé Resta était en procès avec des
religieuses de Gallarate; en vertu de la bulle In cena
Domini, l'affaire relevait du for ecclésiastique. Mais
les ministres royaux prétendirent s'en mêler. Sur ces
entrefaites, la vieille question du port d'armes par les
hommes de l'archevêque revint à l'ordre du jour. Une
décision de Philippe II avait limité à cinq le nombre
des hommes de l'archevêque autorisés à porter les
armes et leur avait interdit le port de certaines armes
comme les arquebuses (Sala, Docum., m, 451-52).
I Cette décision fut notifiée au fiscal, le 15 juill. 1573,
par trois gentilshommes milanais. Malgré les prières de
son entourage, le cardinal excommunia le gouverneur.
Celui-ci riposta en élevant une protestation publique
513 CHARLES BORROMÉE 514
(8 août; Sala, ibid., ii, 33), en faisant interdire aux
écoles de la Doctrine chrétienne et aux confréries de
pénitents toute réunion sans l'assistance d'un délégué
du pouvoir civil (Sala, ibid., iii, 484), en défendant le
port des uniformes et insignes distinctifs des congré-
gations, en afïîchant aux portes des églises un pas-
quino, pamphlet diffamatoire contre le cardinal
(31 août; Sala, ibid., n, 23; m, 491; Sylvain, ii, 74).
Un cordon de troupes surveilla les issues de l'arche-
vêché et le cabinet noir censura sa correspondance
avec Rome. Le gouverneur fit aussi occuper manu
militari le château d'Arona et les terres patrimoniales
du cardinal. Sur ce dernier point, B. avait ordonné
de n'opposer aucune résistance.
De part et d'autre on en appela au pape. B. manda
à Rome un envoyé spécial et le tint au courant des
événements par une correspondance presque journa-
lière. Grégoire XIII, très mécontent, soumit l'affaire
au consistoire du 7 sept. 1573 et en confia l'examen à
la Congrégation pour la juridiction ecclésiastique,
qu'il porta à cette occasion de 3 à 6 membres. Annibale
Grassi fut dépêché comme envoyé spécial à Madrid,
où il arriva le 14 nov., et obtint l'envoi à Rome de
deux juristes espagnols. Tandis que les négociations
se poursuivaient entre Rome et Madrid, Requesens
avait reçu de Philippe II sa désignation pour les Flan-
dres. Il prit occasion de son départ imminent pour
solliciter et obtenir du pape l'absolution de sa cen-
sure. Mais le cardinal n'ayant pas été averti de ce
fait, il en résulta des situations très pénibles dont il
se plaignit fortement à Rome (4 oct. ; Sala, Docum., m,
520). Une mise au point de Rome (10 oct.; Sala, ibid.,
529) et le départ de Requesens pour les Pays-Bas
rétablirent l'ordre.
Le nouveau gouverneur, le marquis Antonio de
Ayamonte, arriva à Milan le 17 sept. 1573. Dès la
première entrevue avec lui, le cardinal eut une impres-
sion défavorable (B. à Castelli, 7 oct. 1573; Sala,
Docum., iii, 528). Toutefois, durant les cinq premières
années, les hostilités se bornèrent à des coups d'épin-
gle. Infatué de sa personne, hautain, ombrageux et
tranchant, Ayamonte jalousait la popularité du car-
dinal et s'oublia un jour jusqu'à la lui reprocher en
face (B. à Speciani; Oltrocchi, 359). Le cardinal
ayant pris diverses mesures pour assurer le bon ordre
des cérémonies religieuses et le respect des lieux du
culte, il s'estima froissé de ne pas en avoir été averti
au préalable. Il puisa à nouveau dans l'ancien arsenal
des accusations et, par l'entremise du cardinal Alciati,
essaya d'agir sur la Curie en dénonçant B. comme un
violateur des droits du pouvoir civil, un novateur et
un perturbateur de l'ordre public, brandissant à tout
propos les foudres canoniques pour les motifs les plus
futiles. Il harcelait plus encore Philippe II de plaintes
incessantes.
A force d'être répétées, ces accusations finirent par
trouver créance; elles n'étaient d'ailleurs pas entière-
ment dépourvues de fondement. La réputation du
cardinal fut sérieusement atteinte dans les milieux
romains et madrilènes. Même de bons esprits se
demandèrent si B., malgré ses excellentes intentions,
ne manquait pas de discrétion, s'il n'oubliait pas par-
fois que le mieux est l'ennemi du bien et qu'il ne faut
pas exiger la perfection de la moyenne des fidèles. Dès
mars 1578, le nonce en Espagne note chez le roi une
certaine désaffection à l'égard du cardinal (Sylvain,
II, 208); et pour donner un gage aux réclamations
espagnoles, Grégoire XIII fit demander à B. de redou-
bler de circonspection (Speciani à B.; 30 août 1578).
Le pape accorda aussi au gouverneur sur sa demande le
privilège de faire célébrer les offices en rit romain par-
tout où il se présenterait. .Mais le cardinal ayant pro-
testé, ce privilège fut retiré (B. à Speciani, 28 oct. 1578).
DicT. d'mist. et de GÉOOR. ecclés.
Une cause plus grave de friction éclata en 1579,
quand Ayamonte, désireux de rehausser sa popularité
et de faire pièce au cardinal, décida de donner de
l'extension aux fêtes du carnaval en y ajoutant des
réjouissances inédites : tournois, bals, mascarades,
courses de chevaux et de chars, et en maintenant la
prolongation des festivités jusqu'au premier dimanche
de carême. Le cardinal protesta dans une lettre pas-
torale (22 févr.). Ayamonte rétorqua en étendant les
fêtes à tous les dimanches du carême. Il remporta
tout d'abord un franc succès : la foule qui se pressa
aux spectacles se déroulant sur la place du Dôme était
si dense que le cardinal lui-même eut de la peine à
s'y frayer un chemin pour entrer dans l'église. Mécon-
tent, B. publia un édit rappelant les décrets de Trente
qui interdisaient les réjouissances profanes à l'heure
des cérémonies religieuses et excommuniant tous ceux
qui à l'avenir assisteraient à ces jeux. Le peuple dut
bien obéir, mais la colère du gouverneur dépassa toutes
les bornes. Il résolut de profiter des dispositions
équivoques qu'il croyait exister en haut lieu : par une
pression exercée sur des fonctionnaires subalternes,
par un espionnage organisé de ses faits et gestes,
Ayamonte soutira une collection de plaintes contre
le cardinal (Bascapè, 1. V, c. i, p. 110). Il en fit dresser
un réquisitoire en vingt et un points (texte dans
M. Formentini, La dominazione spagnuola in Lombar-
dia. Milan, 1881, p. 486), contraignit les décurions de
la ville à le signer (B. à Speciani, 17 mai et 4 juin 1579;
Oltrocchi, 473) et le fit porter au pape par Giacomo
Ricardi. Grégoire XIII en adressa une copie à B., qui
y répondit en mettant toutes choses au point (28 juill.
1579; Sylvain, ii, 221-25). Le cardinal n'avait jamais
cessé de tenir le pape au courant des affaires mila-
naises; dès le début du pontificat, il s'était déclaré
prêt à obéir en tout, dût-il y perdre de ses prérogatives
(B. à Grégoire XIII, 15 sept. 1573; Sala, Docum., m,
500). Voyant que le conflit s'envenimait, il se décida
à suivre les conseils de Speciani (Bascapè, 1. V, c. vu,
p. 123) et à venir lui-même à Rome pour remettre
tout le règlement de l'affaire entre les mains du pape
(23 juill.). Ce voyage fut un succès complet (voir plus
loin).
Entre temps Ayamonte résolut de renouveler sa
tentative, espérant bien obtenir ainsi l'éloignement
définitif de son ennemi. Par diverses pressions et
chantages, il fit décider par une réunion groupant
36 décurions sur 60 l'envoi à Rome de deux d'entre
eux, Lonato et Trotto, chargés de présenter au S. -Père
une nouvelle supplique contre B. Ces ambascialori del
carnovale, comme on les surnomma à Rome, partirent
de Milan le 26 déc. 1579. Le pape, qui avait d'abord
refusé de les recevoir, ne se ravisa que sur les instances
de B. qui présenta lui-même les deux Milanais. Tandis
qu'ils étaient à Rome, B. revint à Milan. Avant de
partir de Rome, il avait reçu de Grégoire XIII la
consigne ferme de résister à tout empiétement sur les
droits de l'Église. A son arrivée à Milan, le premier
vendredi de carême, il se vit souhaiter la bienvenue
par Ayamonte escorté du commandant de la place,
des sénateurs et décurions. Dès le surlendemain, le
gouverneur prétendit renouveler les festivités de
l'année précédente. Mais il en fut pour ses frais : crai-
gnant les foudres cardinalices, les Milanais se tinrent
cois, les fils du gouverneur eux-mêmes se heurtèrent
à un veto décidé de leur mère, et seul un escadron de
cavalerie participa aux festivités au milieu de l'indif-
férence générale. L'archevêque excommunia tous ceux
qui avaient assisté aux jeux.
Ayamonte mourut à la fin d'avr. 1580, réconcilié
avec l'Église. Le cardinal n'en décida pas moins d'en-
voyer auprès de Philippe II un messager chargé de
lui exposer de vive voix tous les détails des conflits
H. — xn. — 17 —
515 CHARLES BORROMÉE 5dr.
l'ayant opposé aux gouverneurs. Son choix tomba sur
le barnabite Carlo Bascapè. Envoyé en juin, il arriva
à Badajoz le 4 août 1580 et fut reçu le surlendemain
par Philippe II. Sa mission réussit entièrement (Bas-
capè, 132-40; voir les actes dans Sala, Docum., n, 70-
94). B. put vivre sur pied de paix avec les deux gou-
verneurs suivants, Guevara y Padilla (1580-83) et le
duc de Terranueva (depuis juin 1583).
//. BORROMÉE HORS DV MILANAIS. — 1° Première
tournée alpestre (1567). — Elle fut l'achèvement
naturel de la visite pastorale au cours de laquelle B.
parcourut, pour la première fois, la partie rurale de son
diocèse (été de 1567). Les trois vallées tessinoises de
Leventina, Blenio et Riviera avaient été cédées par
• les ducs de Milan en condominium aux trois cantons
confédérés de Schwyz, Uri et Nidwalden, mais conti-
nuaient à relever au spirituel du siège de Milan. La
délimitation entre le spirituel et le temporel y était
très confuse; en pratique, les autorités locales avaient
accaparé presque tous les pouvoirs et les conflits de
juridiction étaient monnaie courante (détails dans
Reinhardt-Stefïens, p. cxcix sq.).
S'embarquant à Anghera, le 13 oct., sur le lac
Majeur, le cardinal rejoignit le lendemain, à Bellin-
zona, cinq notables cantonaux chargés, sur sa requête,
de l'accompagner au cours de sa tournée : Johannes
Zum Brunnen, Walter Roll, Heinrich Biintener, Mel-
chior Lussy, Johannes Casser (ibid., p. ccxv, ccxvii).
Tous ensemble se rendirent alors d'une traite jus-
qu'au S.-Gothard, puis ils redescendirent la vallée du
'Tessin en visitant chaque village sans omettre les
vallées latérales (détails chronologiques, itinéraire et
rapports sur chaque localité dans D'Alessandri, 18-56).
La visite fut clôturée, le 29 oct., par une assemblée
du clergé tessinois à Cresciano, avec promulgation des
décrets tridentins, profession de foi, répression des
abus (texte des ordonnances de Cresciano, en 33 ou
35 articles, dans D'Alessandri, 57-61 ; Reinhardt-
Stefïens, p. ccxxii). Le délégué d'Uri, Zum Brunnen
(Zambruno), promit l'appui des autorités civiles
(D'Alessandri, 66-68). B. rentra à Milan le 1" nov. Le
clergé tessinois fut profondément transformé. Mais
un projet du cardinal déterminant la compétence
réciproque des pouvoirs civil et religieux ne fut
accepté, le 29 déc. 1567, à la diète de Brunnen par les
Seigneurs des trois cantons que moyennant des réser-
ves qui ne satisfirent pas B. (D'Alessandri, 80-92,
donne le détail de ces pourparlers).
2° Mission à Mantoue (1568). — La nomination de
Camillo Campeggio comme inquisiteur à Mantoue
avait renforcé la tension qui existait de longue date
entre le duc de Mantoue et l'Inquisition de cette ville.
Un conflit entre le nouvel inquisiteur et un chanoine
de la cathédrale accusé d'avoir tenu des propos aver-
roïstes mit le feu aux poudres. La nuit de Noël 1567,
deux tertiaires de S. -Dominique furent trouvés assas-
sinés par des mains inconnues {Arch. stor. Lomb., vi,
1879, p. 792). Le pape alerté chargea l'archevêque
de Milan d'enquêter sur cette affaire et de rétablir
l'ordre (lettre du 10 févr. 1568; Sylvain, i, 406-07).
B. partit aussitôt; dès le 25 févr., il était sur place et, |
grâce à des mesures à la fois prudentes et énergiques,
réussit en peu de jours à pacifier la ville : un autodafé
eut lieu le 4 avr. ; trois étrangers furent livrés au bras
séculier et décapités.
3" Deuxième tournée alpestre et voi/age en Suisse
(1570). — Pour de multiples raisons, B. désirait nouer
des contacts personnels avec les cantons suisses, mais
ce projet se heurtait à de nombreuses susceptibilités,
tant de la part des confédérés restés catholiques que
de ceux passés à la Réforme. En l'été de 1570, il
décida de réaliser son projet, sous le couvert d'une
visite h rendre à sa sreur Horlensc on son (rhntean de
Hohenems, près du lac de Constance. Il combina ce
voyage avec une seconde visite aux vallées tessinoises,
qu'il commença les 3 et 4 août par Brissago, Locarno
et le sanctuaire mariai del Sasso. Il remonta alors les
trois vallées suivant un parcours à peu près inverse
de celui qu'il avait emprunté trois ans auparavant
(itinéraire dans D'Alessandri, 120-155). Le 19, il
atteignait le S.-Gothard, entreprenant la partie prin-
cipale de son voyage. L'itinéraire de ce voyage helvé-
tique n'a pu être reconstitué avec une certitude abso-
lue. En particulier la date de sa visite à Einsiedeln
reste incertaine. On ne dispose i) cet effet que de la
déposition de son valet de chambre, Ambroise For-
nero, au procès de canonisation, et de quelques pièces
de correspondance (surtout sa lettre du 10 sept. 157(i
à son cousin le cardinal Altemps; dans Robinson,
40-43). Voici les dates les plus vraisemblables : S.-
Gothard, nuit du 19 au 20 août; .\ltdorf, 20-21;
Stans, 21-22; visite au tombeau de S. Nicolas de Vlue,
22; Lucerne, 22-23 et 23-24; Zug, 24-25; Lichtensteig.
25-26; S.-Gall, 26-27; Rorschach, 27-28; Hohenems,
28-29 et 29-30 (peut-être cette seconde nuit à Feld-
kirch); Einsiedeln, 30-31; Schwyz, 31 aoùt-l«' sept.;
le 1" sept., il se rend à Altdorf, où il a une entrevue
avec plusieurs personnalités politiques confédérées.
Revenu à Milan le 6 sept., le cardinal composa un
rapport détaillé sur la Suisse et ses possibilités d'apos-
tolat, qu'il expédia au pape le 30 du même mois
(Reinhardt-Stefïens, p. cccxxiii-cccxxvii ; 6-17). Il
y proposait la désignation d'un délégué pontifical per-
manent qui n'aurait pas à s'occuper de questions poli-
tiques comme les nonces, mais seulement de réforme,
ainsi que la fondation de nouvelles maisons reli-
gieuses. Ce dernier vœu prit rapidement corps : en
1574 un collège de jésuites était fondé à Lucerne;
peu après, les capucins s'établissaient à Altdorf (S.
Wind, Der hl. K. B. und die Einfûhrung der Kapuziner
in die Schweiz, dans Zeitschr. f. schw. KG., xxix,
1935, p. 213-19; H. Huwyler, S. Carlo e l'introduzione
dei cappuccini in Svizzera, dans La Scuola cattoUca,
Lxvi, 1938, p. 474-81). L'affaire du délégué pontifical
dut encore mûrir : après de longues négociations, sur
une suggestion de B. (janv. 1579 et 16 avr. 1579;
Reinhardt-Stefïens, i, 316), l'évêque de Verceil,
G. F. Bonomi, fut désigné comme délégué pontifical
pour la Suisse intérieure (2 mai 1579; ibid., 325).
Du 6 au 19 oct. 1570, le cardinal visita à nouveau la
rive nord du lac de Lugano (Valsolda et pieve de Tes-
serete). Il y trouva une situation envenimée par suite
des prétentions du Focht (podesià) de la Riviera, un
certain Beato Hoffer. Celui-ci, ayant fait emprisonner
le P. Gardien des mineurs de Lugano (août 1571), fut
excommunié par le cardinal. L'affaire traîna encore
jusqu'en 1572 (détails dans D'Alessandri, 188, 189,
192, 195-203).
4° Conclave et séjour à Rome (été de 1572). — S. Pie V
étant mort (l"'' mai 1572), le cardinal B., sans égards
pour sa santé encore minée par une fièvre obstinée,
partit aussitôt pour le conclave, qui s'ouvrit le 12 mai.
Dès le lendemain, Ugo Boncompagni, cardinal de
Bologne, était élu; il prit le nom de Grégoire XIII. De
son propre aveu (lettres au roi d'Espagne, aux ducs de
Toscane et de Savoie), le cardinal B. avait eu une in-
fluence certaine sur cette élection, bien que Bon-
compagni ne fût pas son candidat préféré; B. ne l'eût
sans doute pas soutenu du tout, s'il avait été au cou-
rant d'un détail de sa vie privée (Pastor, ix, 9, note).
Le conclave terminé, le nouveau pape, appuyé par
les médecins, exigea du cardinal une prolongation de
son séjour à Rome jusqu'à la lin des chaleurs estivales.
Pour calmer sa conscience, B. sollicita du pape un bref
(17 août 1572; Sala, Docum., i, 258) le dispensant
durant nii trimestre fin deviiir de résidence; Il réitérii
517 CHARLES BORROMÉE 518
aussi sa demande d'être déchargé de plusieurs fonc-
tions incompatibles avec l'administration effective
d'un vaste diocèse : protectorat des Carmes et des
Franciscains, archiprêtré de Ste-Marie-Majeure, charge
de grand pénitencier. Il eut gain de cause. De Rome,
il gouverna son diocèse par une correspondance inces-
sante avec son vicaire Castelli; il lui fit réunir le
III« synode diocésain et régla les sujets à y traiter.
Parti de Rome après le 27 oct., il était de retour à
Milan pour l'avent ambrosien, après avoir passé par
Lorette (31 oct.) où il resta toute la nuit en prières à
la Casa Santa. Dès son arrivée à Milan, il écrivit à
tous les intéressés pour leur confirmer sa résignation
des fonctions dont il avait obtenu d'être déchargé
(12 et 19 nov. 1572; Sevesi, Arch. franc, hist, 1938,
p. 388-390).
5° Pèlerinage du jubilé (1575). — Voulant rehausser
l'inauguration du jubilé de 1575, Grégoire XIII convia
tous les princes de l'Église à se trouver à Rome pour
l'ouverture de l'année sainte. B., qui avait projeté
de faire son pèlerinage à l'automne de 1575, modifia
ses plans. Il prit ses dispositions comme pour une
longue absence, adressa une belle lettre pastorale sur
le jubilé (10 sept. 1574; Acta Eccl. Mediol., ii, 930) et
célébra une messe d'adieux au cours de laquelle il
distribua lui-même la sainte communion à ses dio-
césains (Sylvain, ii, 114-15).
Parti de Milan le 8 déc, comme un simple pèlerin
et sans interrompre son programme ascétique de
l'avent, il fit route durant treize jours, visitant au
passage Vallombreuse (Echi di S. C. B., 18-24), l'er-
mitage de Gamaldoli, le Mont-Alverne, le Mont-Olivet
(récit de son compagnon de route Lanfranc Reyna;
dans Oltrocchi, 249, note). A Rome, il logea d'abord
chez les chartreux de Ste-Marie-des-Anges, puis dans
la petite demeure qu'il s'était fait construire près de
son église titulaire Ste-Praxède et qu'il transforma en
hôtellerie à l'usage des pèlerins milanais. Au procès de
canonisation son page a raconté la manière édifiante
dont il vivait (Sylvain, ii, 118). Accompagné d'Ottavio
Forreri, il entreprit aussi la visite architecturale des
églises romaines, cherchant des indices d'usages
liturgiques primitifs. Il conseilla au pape d'étendre
aux diocèses du nord de l'Italie la pratique des visites
apostoliques inaugurée dans les États de l'Église dès
1573. Cette suggestion fut bien accueillie. On décida
de commencer cette année même. Le cardinal obtint
aussi par faveur spéciale l'extension du jubilé à son
diocèse pour l'année suivante, inaugurant ainsi un
usage qui se généralisera plus tard. Parti de Rome le
31 janv. 1575, il fit route en hâte par Florence et
Bologne, en sorte qu'il put assister, à Guastalla, à la
mort de son beau-frère; il était de retour à Milan le
25 février.
6° Visite des diocèses de Crémone et de Bergame
(1575). — En vertu des décisions prises concernant les
visites apostoliques, un bref d'avr. 1575 répartit les
diocèses à visiter entre les évèques visiteurs. Tandis
que l'évêque de Famagouste, Girolamo Ragazzoni,
irait à Milan (visite qui commença en mai), B. reçut
en partage Crémone et Bergame.
La visite de Crémone prit trois mois (12 juin-4 sept.
1575). L'évêque de ce diocèse, Nicolas Sfondrati (le
futur Grégoire XIV), revenu après une absence de
quelques mois, fut émerveillé des résultats obtenus.
Après un séjour à Milan pour fêter la Nativité de
la Vierge, B. s'attela à la visite de Bergame qui dura
un peu plus de deux mois (22 sept. -début déc). Il
en prit occasion pour opérer la translation des restes
des SS. Firmus et Rusticus, ce qui ne se fit pas sans
quelques désordres. Cette visite égala en fruits apos-
toliques celle de Crémone. Les actes ont fait l'objet
d'une publication par Roncalli et Forno.
Revenu en son diocèse, B. y prépara l'extension du
jubilé qui fut solennellement ouvert au Dôme, le
12 févr. 1576 (lettre pastorale du 20 janv. ; instructions
aux curés et aux fidèles, 4 et 6 févr.; autres docu-
ments en rapport avec le jubilé dans Acta Eccl. Mediol.,
II, 936-51 ; détails dans P. Tacchi Venturi, L'anno
santo del 1575 celebrato da S. Carlo in Milano seconda
una lettera inedita del P. Benedetto Palmio, Milan, 1938,
extr. des Echi di S. C. B.).
7° Troisième tournée alpestre (1577). — A l'automne
de 1577, l'archevêque de Milan envoya Mgr Bernar-
dine Tarugi comme visiteur dans les Tre Valli du
Tessin. Cette visite se clôtura par une assemblée du
clergé tessinois à Biasca (3 déc), où furent fulminées
une série d'excommunications contre divers potentats
locaux, coupables d'avoir enfreint des privilèges ecclé-
siastiques.
Malgré les frimas, B. décida de se rendre à Biasca
pour confirmer de son autorité les mesures prises par
Tarugi. La légende a complètement travesti le vrai
caractère de cette réunion, ainsi que le motif qui
poussa B. à s'y rendre. D'après elle, il se serait agi
d'une réunion de prêtres mécontents que le cardinal
aurait décidé de ramener à la raison.
Parti de Milan le 9 déc. de bon matin, il arriva
l'après-dîner à Ponte Tresa et, les montures ne pou-
vant aller plus loin, l'archevêque et sa suite franchi-
rent à pied et en pleine obscurité le col du Ceneri
couvert de neige et de glace, en avançant « comme des
chats », suivant l'expression d'Ambroise Fornero qui
fut de l'expédition. Le lendemain, deux heures avant
l'aube, son arrivée à Biasca provoqua l'étonnement
général. Le jour même, il tint une congrégation du
clergé (procès-verbal dans D'Alessandri, 229-30). Il
consacra les quatre jours suivants à une visite rapide
des principales paroisses de la région et revint le
16 déc. à Milan (procès-verbal des visites dans D'Ales-
sandri, 230-35).
8° Pèlerinage au saint suaire de Turin (1578). —
En exécution d'une promesse faite lors de la peste,
le cardinal B. projetait de se rendre à Chambéry en
1578, pour y vénérer le saint suaire. Le duc de Savoie,
Emmanuel Philibert, ayant fait transporter la pré-
cieuse relique à Turin (14 sept. 1578), le voyage du
cardinal en fut abrégé d'autant. Le récit de ce pèle-
rinage fut écrit par un de ses onze compagnons de
route, le P. Adorno, jésuite et recteur du collège de
Brera {Descrizione del viaggio di san Carlo Borromeo
(a Torino) per venerare la santa sindone, publ. par
P. Savio, dans Aevum, vu, 1933, p. 433-54; sur une
soi-disant publication de 1578 et une trad. latine de
1579, ibid., 429-30).
Partis de Milan, le matin du 6 oct., les douze pèle-
rins firent à pied et en quatre jours les 150 kilomètres
de leur pèlerinage; ils marchaient deux à deux, faisant
alterner méditations, psaumes et rosaire, et s'arrêtant
dans les églises pour les offices, suivant un ordre prévu
(Adorno, ibid., 440 sq.). Reçus en triomphe à Turin
par les principales personnalités du pays (soir du
9 oct.; Adorno, ibid., 446 sq.), une exposition privée
du saint suaire fut faite en leur honneur le lendemain.
Le dimanche 12, les solennités publiques avec proces-
sion, exposition de la relique et adoration des Qua-
rante heures se déroulèrent devant le château ducal
et à la cathédrale; B. prit deux fois la parole. Le mardi
14 eut lieu une réédition des festivités de l'avant-veille.
B. repartit de Turin le 16; il combina son voyage de
retour de manière à y inclure une visite au monastère
de S. -Michel in Chiusa et au sanctuaire du Monte
Varallo où il séjourna plusieurs jours (Adorno, ibid.,
454).
9" Voyage à Rome (1579). — Au cours des années
1578-79, les relations entre le cardinal et le gouver-
519 CHARLES BORROMÉK r>2n
neur de Milan, Ayamonte, s'étaient tellement enve-
nimées que B. se résolut finalement à se rendre en
personne à Rome pour en traiter directement avec le
Souverain pontife (voir plus haut). Venu d'abord à
Brescia, au chevet de son suffragant, Domenico Bolani,
il en partit entre le 15 et le 17 août. Comme d'habi-
tude, il combina son voyage avec une suite de pèle-
rinages : six jours à l'ermitage de Camaldoli (J. B. Mit-
tarelli, dans Annales Camaldulenses, viii, "Venise,
1764, p. 158-59) — le bruit courut même qu'il y reste-
rait toujours; visite au mont Alverne et à Loretta
(7 sept.; voir un récit contemporain de son séjour à
Lorette dans S. C. B., 458). Il arriva le 13 sept, à Rome
où il fut reçu par une foule enthousiaste. Le pape, en
villégiature à Frascati, le pria de séjourner quelques
jours auprès de lui; dans la suite, ils eurent encore de
fréquentes entrevues, au cours desquelles le cardinal
exposa au pape la situation milanaise et le rendit
entièrement favorable à son point de vue. Il remporta
encore un autre succès : le texte du IV« concile de
Milan avait été remis depuis plus de deux ans pour
examen au cardinal Montalto, lequel s'en était dé-
chargé sur des curialistes hostiles à B. Ceux-ci lui
avaient fait subir tant de retouches que leur travail
ressemblait plus à un coup d'éponge qu'à des coups
de lime (Oltrocchi, 473 c). Comme pour justifier leur
oeuvre, ils avaient joint à leurs corrections un dossier
complet de libelles, plaintes et réclamations adressées
de Milan contre le cardinal. Grégoire XIII se fit re-
mettre le texte original du concile incriminé et, en
ayant pris connaissance, lui donna son entière appro-
bation, ainsi qu'à celui du V« concile provincial que
le cardinal B. avait apporté avec lui.
Parti de Rome le 29 ou 30 janv., il se rendit d'abord
à Venise où il consacra six jours à traiter avec le doge
de diverses questions pendantes : tribunal de l'Inqui-
sition; étudiants étrangers suspects d'hérésie admis
à l'université de Padoue; visite apostolique du diocèse
de Brescia. Il mit son séjour à profit pour signaler au
pape divers points méritant réforme et pour corriger
des abus disciplinaires dans le comportement du
clergé. Il quitta Venise le samedi 13 févr. ; son arrivée
à Milan, le vendredi 19, déchaîna l'enthousiasme popu-
laire.
lO" Visite du diocèse de Brescia (1580). — La visite
de ce vaste diocèse, rendue difficile à cause des infil-
trations hérétiques qui s'y étaient produites, s'étendit
sur presque toute l'année 1580. Dès le début, B. dut
l'interrompre pour assister sur son lit de mort le
gouverneur de Milan, Ayamonte, et pour présider le
synode diocésain du 20 avr. ; ensuite il tomba malade
à son tour et ne put reprendre sa visite que fin juin.
Il commença par les localités rurales de la plaine lom-
barde : Orzinuovi, Quinzano, Verola, Asola, restant de
quatre à sept jours dans chaque centre. A Castiglione
délie Stiviere, où il séjourna du 19 au 23 juill., il pré-
para le prince Louis de Gonzague, alors âgé de douze
ans, à recevoir la sainte communion qu'il lui donna
de sa main. Rejoignant alors la rive ouest du lac de
Garde, il demeura à Salô du 24 juill. au 7 août. Il
entreprit ensuite la visite des trois vallées alpestres :
Val Toscolano, Val Trompia et Val Camonica, remon-
tant ce dernier jusqu'aux confins de la Valteline, pays
soumis par les Grisons et enjeu de tractations nom-
breuses de la diplomatie de cette époque. Arrivé là,
il ne put résister au désir de visiter le sanctuaire ma-
riai de Tirano tout proche, mais situé en territoire
valtelin. L'accès en avait été interdit par les Grisons
à l'évêque de Côme dont il relevait. Ayant demandé et
obtenu l'autorisation de l'Ordinaire du lieu (Came-
nisch, 250), B. franchit à pied la montagne, arriva à
Tirano dans la nuit du 27 au 28 août, y célébra la
messe et prêcha.
Poursuivant sa visite par le Val Trompia, il s'arrêta
dans la ville minière de Gardone. L'autorité véni-
tienne avait usé de la manière forte contre l'hérésie
qui s'y était infiltrée trente ans plus tôt; elle n'avait
abouti qu'à la remplacer par de l'indifférence; à
l'arrivée du visiteur, nul ne quitta son travail pour
l'accueillir. Il fallut des ordres officiels pour amener
le peuple au sermon. Le cardinal trouva l'accent qui
amollit ces rudes écorces. Il y laissa l'évêque de Ma-
riano et des jésuites pour achever son œuvre.
Ayant interrompu sa visite une seconde fois pour
1 fêter à Milan la Nativité de la Vierge, il la reprit au
; début d'oct., passa rapidement par les régions rurales
non encore visitées, puis procéda à la visite de la ville
de Brescia, qui ne fut terminée que le 22 nov., bien
qu'il y poursuivît le travail jusqu'à minuit (B. à
Speciani; Sylvain, ii, 325). Il rédigea alors le mémo-
rial et les ordonnances de sa visite (la revue Brixiu
sacra, i, 1910, a publié une série de monographies
sur le passage du saint dans diverses localités du dio-
cèse : Asola [A. Besutti], Chiari [L. Rivetti], Orzi-
nuovi [F. Perini], Valle Camonica [A. Sina], Sal<i
[P. Bettoni], Valle Trompia [O. Piotti]; une vue
d'ensemble y fut donnée par P. Guerrini).
11° Voyages de 1581. — De juin à sept. 1581, B.
j fut continuellement en route. Il se rendit d'abord en
I Piémont, pour une deuxième visite au saint suaire
de Turin. A Masino il eut une entrevue avec le duc de
Savoie, Charles-Emmanuel. Revenant par Arona et le
lac Majeur, il parcourut en tous sens la région monta-
gneuse des Préalpes séparant ce lac de celui de Lugano.
Malgré la fièvre, il y consacra douze églises entre le
18 juill. et le début d'août. Quittant Bellinzona le
2 août, il monta directement jusqu'au S.-Gothard, où
il officia le surlendemain. Redescendant le Tessin, il
visita plus en détail encore que lors de sa première
tournée les villages des deux rives jusqu'au confluent
j du Brenno, dont il remonta la rive gauche (itinéraire
et documents dans D'Alessandri, 272-97).
Arrivé à Olivone, au lieu de rebrousser chemin vers
le Midi comme lors de ses visites précédentes, il pour-
suivit sa route avec dix compagnons, pour répondre
l à une invitation de l'abbé bénédictin de S. -Martin de
Disentis (Grisons), Christian von Castelberg. Ayant
I franchi le col du Lukmanier (1917 m.), il arriva le
25 août à Disentis. Il n'y séjourna que vingt-quatre
I heures environ, mais tint à y passer la nuit en prières
devant les reliques des SS. Placide et Sigisbert. Re-
parti le 26 pour l'Italie, il reprit le cours de sa tournée
interrompue, présida une assemblée régionale du
clergé à Biasca (30 août), visita les villages du Val
Capriasca et revint à Milan le 4 sept. Trois jeunes gens
originaires du pays des Grisons l'accompagnaient
comme futurs séminaristes. L'un d'eux, Giovanni
Sacco, devint curé de Disentis et écrivit une relation
de la visite de B. en cette localité (imprimée à Coire,
1605; résumé dans Oltrocchi, 587-90, note, et dans
Sylvain, m, 19-22; cf. C. Cahannes, Die Pilgerreise
Carlo Borromeo's nach Disentis im August 1581, dans
Zeitschr. f. schw. KG., xviii, 1924, p. 136-65).
12° Voyages de 1582-83. — A l'occasion de la Fête-
Dieu (14 juin 1582), le cardinal B. fit un troisième
pèlerinage au saint suaire de Turin. Revenu à Milan
par les rives du Pô (26 juin), il en repartit le 4 juill.
pour une cinquième tournée dans les Alpes, choisis-
sant un itinéraire passant plus à l'Est que les précé-
dents et plus proche des frontières de la Valteline.
Par Monza et les rives méridionales du lac de Côme.
il rejoignit à Porlezza l'extrémité du lac de Lugano
(16 juill.). Il revit la région montagneuse séparant
ce lac de la vallée du Tessin et remonta cette vallée
jusqu'à Giomico seulement (réunion du clergé régio-
nal, 30 juill.). Revenant sur ses pas par Bellinzona,
521
CHARLES BORROMÉE
522
Lugano et Porlezza (7 août; itinéraire du 25 juill. au
7 août dans D'Alessandri, 311-17), il entreprit la
visite du massif montagneux bordant les rives orien-
tales du lac de Côme. Le 6 sept., il venait de quitter
Lecco pour rentrer à Milan, quand il apprit que sa
sœur Camille était gravement malade. Il partit la
nuit même pour Guastalla, à une allure si rapide que
le postillon lui-même ne put la soutenir; il ne s'arrêta
qu'à Lodi pour dire la messe et continua sans manger
jusqu'à Parme; cependant il arriva trop tard pour
trouver sa sœur encore en vie.
Comptant se rendre à Rome quelques semaines
plus tard et déjà muni selon sa coutume de la per-
mission de prolonger son absence hors de son diocèse
(28 août 1582; Sylvain, m, 138), il décida de passer
ce temps au couvent des capucins de Sabbioneta; il
régla par courrier les affaires diocésaines encore en
suspens et se livra à cœur joie à de rudes austérités
(Giussano, 637-38). Il composa aussi durant ce séjour
quelques avis spirituels et les confia à Agostino Va-
lier, cardinal de Vérone, qui les retoucha et en fit un
opuscule. De arle meditandi, resté inédit (Oltrocchi,
638 b).
Quittant sa retraite de Sabbioneta le 27 sept., il se
rendit à Rome en litière par l'itinéraire habituel,
Mantoue, Bologne, Florence, trajet qui lui permit de
visiter au passage le sanctuaire de N.-D. délia Quercia.
Arrivé à Rome le 24 oct., il fut pendant quatre jours
l'hôte du pape dans sa villa des Castelli; il se fixa
ensuite dans sa demeure près de Ste-Praxède. Réser-
vant le plus clair de ses nuits à l'oraison et aux péni-
tences, il consacra ses journées aux affaires de son
Église. Aidé du cardinal Paleotti, il persuada Gré-
goire XIH de nommer une commission pour régler
les rubriques et le cérémonial : ce fut l'origine de la
Congrégation des Rites. Il obtint aussi du pape l'érec-
tion du siège de Bologne en arclievêché (10 déc).
A son départ de Rome, il fut chargé par le pape
d'une triple mission : rétablir la concorde entre les
branches des Frères Mineurs; parcourir comme visi-
teur apostolique les pays soumis aux autorités helvé-
tiques (bref du 27 nov. 1582); prononcer le cas échéant
la nullité du mariage contracté entre le duc Vincent
de Mantoue et Marguerite Farnèse (bref du 15 janv.
1583).
Ayant quitté Rome ainsi chargé (mi-janv. 1583), il
choisit le trajet par Lorette. A Mantoue, il rencontra le
duc, le 28 janv., et traita avec lui de l'affaire du ma-
riage. Cette question obligea le cardinal à séjourner
à trois reprises à Parme, au cours de cette même
année : d'abord en févr., pour attendre le verdict
médical; ensuite vers la mi-mai, pour y apprendre
la décision de Marguerite Farnèse d'entrer au cou-
vent de S.-Paul; enfin le 30 oct., pour y recevoir ses
vœux.
13° Dernière tournée alpestre (1583). — Le bref du
27 nov. 1582 accordait au cardinal B. des pouvoirs
très étendus de visiteur apostolique, réformateur et
légat dans les parties des diocèses de Constance, Lau-
sanne, Sion. Coire, Côme, soumises aux autorités hel-
vétiques et grisonnes (D'Alessandri, 321). Compre-
nant la difficulté de la tâche qui lui était confiée, du
fait de l'attachement ombrageux des Suisses à leurs
libertés et de leur méfiance à l'égard de toute initia-
tive romaine, le cardinal recourut d'abord à un strata-
gème diplomatique : il fit sonder les principales puis-
sances européennes et quelques personnalités locales
importantes pour obtenir des lettres de recomman-
dation auprès des autorités confédérées, présentant
son déplacement comme une réédition de son voyage
privé de 1570 auprès de sa sœur de Hohenems.
B. ouvrit sa visite par une tournée dans le Val
Mesocco (ou Mesolcina; en allemand Misox). Cette
vallée tributaire du Tessin s'enfonçait comme un coin
entre des terres relevant au spirituel de sièges italiens.
Au civil, elle était soumise à une sorte de protectorat
plutôt nominal des autorités grisonnes. En fait, les
pouvoirs locaux étaient omnipotents. Cette vallée
était devenue un lieu de refuge et un repaire pour tous
ceux qui avaient eu maille à partir avec les autorités
milanaises. Sur la requête des autorités locales, le car-
dinal y avait envoyé un docteur en droit, Mgr Bor-
sato, pour y enquêter sur une affaire de sorcellerie.
Celui-ci y arriva le 6 oct. (D'Alessandri, 328).
B. quitta Milan le 9 nov. 1583, avec une nombreuse
suite, parmi laquelle trois prédicateurs de marque : le
chan. Ottaviano Forerio, le jésuite Ach. Gagliardi et
le franciscain Franc. Panigarola. S'étant arrêtés à
Lugano, Tesserete et Bellinzona, ils arrivèrent le 12
à Roveredo, première localité importante du Val
Mesocco, et y tinrent une mission de six jours qui se
solda par de nombreuses conversions et beaucoup de
retours à la pratique religieuse. Il y avait dans cette
ville un groupe d'une centaine de sorciers et sorcières
accusés de crimes abominables (Sylvain, m, 171). Le
prévôt même de la collégiale, Domenico Quattrino,
fut trouvé coupable de nombreux crimes sacrilèges,
sorcelleries et impudicités. Après enquête, onze sor-
cières furent déclarées coupables et livrées au bras
séculier; elles périrent sur le bûcher en trois séances.
Pendant longtemps on crut que le prévôt lui aussi
avait figuré au nombre des condamnés et on en avait
fait grief au cardinal. Il est vrai qu'au cours de l'en-
quête B. fit prier l'évêque de Coire de ne pas intercéder
en faveur de son subordonné (lettre à Bernardino
Mora, 28 nov. 1583; Oltrocchi, 694 a). Mais le pré-
venu fut seulement contraint de renoncer à sa fonc-
tion (Orsenigo, 158). Deux documents prouvent qu'en
1587 il vivait encore (D'Alessandri, 354-55, note;
sur cet épisode, voir F. Segmùller, S. Carolus Borro-
maeus vindicatus, oder S. Cari und die Hexenprozessen
in der Schweiz, Einsiedeln, 1924; Id., dans La Scuola
caftolica, lix, 1931-32, p. 28-40).
Au cours de la mission de Roveredo, B. réunit les
vingt-quatre chefs du Val Mesocco et leur demanda de
confirmer de leur autorité les ordonnances qu'il avait
promulguées : ratification des décrets de visite;
limitation à trois jours du droit d'asile aux prêtres
transfuges; désignation de deux responsables de
l'instruction de la jeunesse; amélioration de la légis-
lation matrimoniale et testamentaire; fondation d'un
collège de jésuites. Du 18 au 21, le cardinal remonta
la vallée jusqu'à Mesocco où il séjourna du 21 au 26.
Mais il s'y heurta à l'hostilité d'une population déta-
chée en bonne partie de la foi romaine... De Roveredo
il avait envoyé, le 18 nov., Bernardino Mora et Antoine
Fornero auprès des autorités des Trois Ligues gri-
sonnes pour négocier avec elles un séjour éventuel du
cardinal en Valteline. En attendant les résultats de
ces pourparlers, il revint à Bellinzona et y poursuivit
son travail de réforme dans la ville et ses environs
(29 nov.-17 déc; docum. dans D'Alessandri, 363-91).
Une lettre peu encourageante de l'évêque de Coire
(23 nov. 1583, nouveau style; Sylvain, m, 182) et
une autre de Mora tout à fait alarmiste lui firent
' renoncer à ses projets. Il écrivit en hâte à ses envoyés
i d'interrompre leurs négociations, mais il était trop
j tard : le l*' déc, le conseil des Trois Ligues grisonnes,
réuni à Coire, ayant examiné la requête du cardinal,
j décida que B. aurait toujours libre passage à travers
leur territoire, qu'il y recevrait les plus grands hon-
j neurs, mais que tout exercice du ministère ecclésias-
1 tique serait strictement interdit à quiconque n'était
! pas natif du pays, et que toutes les mesures prises dans
le Val Mesocco sans leur assentiment étaient annulées.
Cet échec ne lui fit pas abandonner ses projets.
523
CHARLES BORRUMÉE
524
IV. Mort et survie. — 1° La dernière année (1584).
— La dernière année de Charles fut comme un résumé
de l'activité de toute sa vie. Le cardinal l'inaugura
en convoquant à Milan une réunion extraordinaire
de tous les visiteurs et doyens ruraux; elle s'ouvrit le
18 janv. et dura environ trois semaines. Peu après,
un accès d'érysipèle l'obligea à garder le lit; ce qu'ap-
prenant, le pape l'obligea sous peine de péché d'obéir
aux médecins, ordre dont le saint se plaignit amère-
ment (lettre au card. de Côme, avr. 1584; Sylvain,
III, 325-27). Quelque peu rétabli et revenu d'une
visite au chevet de l'évêque de Brescia (l«''-3 mai), il
reprit, comme de coutume, ses tournées pastorales :
d'abord un peu plus d'un mois (début mai-11 juin)
dans les villages de la partie méridionale du diocèse;
ensuite deux circuits d'une dizaine de jours à Monza
et environs (essai de calendrier dans Oltrocchi, 743 a);
enfin une longue tournée (15 juill.-27 août) dans la
région accidentée de la Brianza et sur les deux rives du
Lago di Lecco. Il repartit le 19 sept, pour Turin : son
voyage unissait un but de piété (quatrième visite au
saint suaire) à un objectif diplomatique (obtenir
l'appui du duc de Savoie et du cardinal de Verceil
pour ses projets suisses). Quittant Turin le 8 oct., il
obliqua sur son sanctuaire préféré du Monte Varallo
où il arriva le 11.
Le 17 oct., il y reçut du cardinal de Verceil une
demande de rendez-vous pour le lendemain à Arona.
Cette entrevue à objet mystérieux, mais sans doute
en rapport avec le projet caressé par le cardinal B.
de pénétrer coûte que coûte en pays grison, s'étant
terminée le 20, il remonta vers Varallo où il reprit le
cours de ses exercices spirituels, consacrant six heures
par jour et parfois la nuit entière à la méditation (voir
détails dans Bascapè, 1. VI, c. vi, p. 161 sq.). A partir
du 24 oct., les accès de fièvre ayant reparu, il accepta,
sur l'ordre de son directeur le P. Adorno, de prendre
un peu de pain grillé trempé dans du vin. Il quitta
Varallo le 28 oct. pour Ascona où il présida, le 30, à
l'ouverture du collège. Il comptait être rentré à
Milan pour la Toussaint, mais un nouvel accès de
fièvre le terrassa tandis qu'il était en route : force lui
fut de s'arrêter à Arona au noviciat des jésuites. D'au-
cuns ont rapporté que, durant cette dernière maladie,
le saint aurait eu la révélation de sa mort prochaine.
Cela ne semble pas, si l'on en croit le témoignage
d'une lettre envoyée d' Arona le 1" nov. à Mgr Spe-
ciani, où il est question d'un qualche negozio secreto
qu'il lui faut arranger avec son beau-frère, le comte
Hannibal von Hohenems, et que l'on ne peut com-
prendre que d'une démarche liée à ses projets de
voyage dans les Grisons (L'ultima lettera scriita da
S. C. B., dans Boll. stor. délia Svizzera italiana, xxvi,
1904, p. 56-57).
Le lendemain 2 nov., c'était un moribond qu'un
bâteau-civière ramenait incognito à Milan. Les méde-
cins appelés en hâte furent impuissants. Au soir du
3 nov., l'archevêque avait cessé de vivre. Sur la mort
du saint, voir deux lettres de témoins oculaires :
Ch. Bascapè à l'évêque de Plaisance, 8 nov. 1584
(publiée à Venise, 1584; reproduite dans S. C. B.,
517-22); Giammaria Tagliaferri au cardinal Sirlet,
même date (ibid., 522-25); autres récits, dans Bas-
capè, 163, et Arch. stor. liai., xxv, 126. Sur les réac-
tions du pape, voir Pastor, ix, 881. Aux funérailles
célébrées le 7 nov. par le cardinal Sfondrati, l'éloge
funèbre fut prononcé par le P. Panigarola (dix éditions
sous deux titres divers, de 1584 à 1611; cf. Sevesi,
Arch. franc, hist., 1947, p. 150; Arch. stor. Lomb.,
Ile sér., X, 1893, p. 555-56). La dépouille fut déposée
dans la crypte devant le maître-autel du Dôme de
Milan (description dans Pastor, ix, 76, note, et dans
S. C. B., 592; épitaphe dans Ughelli, iv, 276). Réserve
faite de quelques souvenirs légués à ses serviteurs.
Ch. B. avait désigné comme légataire universel
VOspedale Maggiore de Milan (testament du 9 sept.
1576; dans Sala, Docum., m, 831 sq.).
2° Portrait : l'homme et le saint. — Dans une lettre
adressée en 1938 à Mgr Galbiati, le P. Delehaye,
bollandiste, avouait que « nous ne connaissons pas
encore la vraie physionomie de S. Charles ni le milieu
où il a vécu; pour atteindre ce résultat, de longues
enquêtes historiques sont encore à faire » (Una voce
bollandista. Ancora la biografia di S. Carlo, dans
Echi di S. C. B., 629). Il faut donc se borner à une
esquisse.
S. Charles était d'une taille un peu au-dessus de la
moyenne; il avait de grands yeux bleus, des cheveux
bruns, le nez long, le teint pâle; jusqu'en 1574, il porta
une barbe courte, d'un brun roux et fort négligée; il
ordonna alors à son clergé de se raser et en donna lui-
même l'exemple.
L'iconographie du saint est très riche; ses princi-
paux portraits sont reproduits dans les deux publi-
cations jubilaires San Carlo Borromeo (1910) et Echi di
San Carlo Borromeo (1938), ainsi que dans la mono-
graphie de L. Ferretti. Trois de ces images forment
comme le résumé de toute sa vie : la médaille gravée en
1563 par Rossi, le portrait de Figini plus récent d'une
dizaine d'années, et le moulage pris sur son lit de
mort. Il faut y ajouter le célèbre tableau de S. Charles
soignant les pestiférés, le plus populaire de tous,
La manière dont S. Ch. B. réalisa son programme
d'austérités prouve qu'il jouissait d'une forte consti-
tution physique et d'un bel équilibre des facultés et
du système nerveux. En mordant sur ses nuits et ses
loisirs, il réussit à doubler la durée de ses journées de
travail, sans en ressentir une fatigue paralysante
mais non sans miner la résistance intérieure de son
organisme. Depuis un grave accroc en 1571, sa santé
resta chancelante. Malgré cela il ne s'accordait qu'un
minimum de ménagements. A la mort de Pie V
(!'=■■ mai 1572), il ne voulut pas écouter les médecins
qui, redoutant une complication phtisique, lui décon-
seillaient de se rendre au conclave. Il consentit toute-
fois à emporter un arsenal complet de médicaments
chargés sur un mulet. On raconte qu'au cours du
voyage le mulet apothicaire, longeant un cours d'eau
près de Bologne, fit un faux pas et tomba à l'eau avec
tout son chargement. Borromée se serait montré ravi
de l'aventure et il est certain qu'il arriva à Rome en
excellente santé. La seule précaution spéciale qu'on
le vit jamais prendre de sa propre initiative, ce fut
durant la peste de 1576, au cours de laquelle il se
dépensa sans compter au chevet des contagieux : il
avait soin alors d'employer tous les préservatifs en
usage de son temps.
Le récit des dernières années de sa vie abonde en
traits édifiants montrant le peu de cas qu'il faisait de
sa santé. En ce domaine, il suivait des normes qui
n'étaient pas celles du commun des mortels et qu'il
justifiait par des maximes d'un radicalisme exagéré.
A moins de sous-entendre une protection spéciale de
Dieu, on ne peut interpréter certains de ses compor-
tements que comme des imprudences ayant abrégé
sa vie. Cependant, les quarante-six ans qu'il vécut
l'emportent sur la durée de vie de tous les autres
membres de sa famille.
La frugalité de ses repas était devenue proverbiale :
dans son entourage, jeûnes et abstinences étaient
appelés » le remède du cardinal B. ». A partir de 1577,
sauf aux jours de grande fête, il ne prit plus qu'un
repas par jour, avec du pain, de l'eau, quelques fruits
et légumes. En voyage, il descendait de préférence
dans des couvents, sûr de pouvoir s'y livrer plus à son
aise à ses austérités. Sans parler des nuits consacrées
525 CHAULES
tout entières à la prière, il rationnait son sommeil à
quatre ou cinq heures (deux heures seulement durant
la peste), qu'il passait sur une chaise ou une paillasse.
En hiver, bien qu'il eût les mains crevassées par les
intempéries, il n'admettait pas de feu dans sa chambre.
Il refusait obstinément de porter des habits neufs :
pour le tromper, son camérier devait porter d'abord
pendant quelques temps ceux qui lui étaient destinés.
Pour obtenir de lui une mitigation de ses habitudes,
les prières de ses amis, les interventions de ses méde-
cins, même en public (par ex. Gianangelo Cerri au
IV» concile [Sylvain, i, 438], et Annibale Castiglione),
étaient souvent insuffisantes. A plusieurs reprises le
pape dut manifester sa volonté. Même alors le cardinal
n'obtempérait qu'à son corps défendant et pour un
minimum de temps.
Les exemples de détachement, de mortilication,
d'abnégation rapportés à son sujet par ses biographes
et les témoins de sou procès de canonisation sont in-
nombrables. Son panégyriste, le P. Panigarola, O.F.M.,
ne recourait pas à un effet oratoire lorsqu'il disait :
«De toutes ses richesses, il n'a pas profité davantage
qu'un chien de celles de son maître : un peu de pain,
de l'eau et de la paille » (Bascapè, 1. VII, c. ni, p. 173).
Pourtant, les richesses ne lui manquaient pas : en
1563, l'envoyé vénitien à Rome, Girolamo Soranzo,
estimait ses revenus annuels à près de 48 000 écus
(.\lbèri, 11-4, 92). Les postes principaux en étaient :
archevêché de Milan, 7 000 écus; abbayes d'Arona,
de Mozzo (Vénétie), délia Folliua (ibid.), de Colle
(ibid.j, de Nonantola (duché de Modène), et une
sixième dans le pays de Na|)les, 9 000; i)ension du roi
d'Espagne, à prélever sur l'archevêché de Tolède,
!) 000; légations de Bologne et de fiavenne, 7 000 et
5 000; gouvernement de Spolète, 3 000; biens patri-
moniaux, 4 000 (Paschini, 81).
Venu résider à Milan, il se dépouilla des biens qu'il
n'avait conservés jusqu'alors que pour pouvoir garder
son rang de prince de l'Église, neveu du pape. Il fît
remettre à ses oncles la propriété des terres patrimo-
niales d'Arona et d'ailleurs dans le Milanais, n'en
conservant que l'usufruit; il céda à un autre membre
de sa famille le marquisat de Romagnano; il vendit
pour 30 ou 40 000 écus d'or la principauté napoli-
taine d'Oria, héritage de son frère aîné, et en partagea
le prix entre les pauvres, les hôpitaux et les commu-
nautés religieuses de Milan; un legs de 20 000 écus
transmis par sa belle-sœur alla rejoindre le même
chemin ; il vendit aussi trois galères armées — encore
un héritage de Frédéric — et en donna le prix à l'or-
phelinat de Gênes; il réalisa encore au profit des pau-
vres de Milan et de Venise une part des objets d'art et
des meubles précieux qui ornaient son palais à Rome.
Le reste fut distribué entre parents, amis, églises et
couvents (statues de marbre valant 4 000 écus d'or,
médailles et statues de bronze, tapisseries, soieries,
ornements sacrés, fourrures et une horloge mécanique
de grand prix; détails dans Sylvain, i, 321, note);
en lin il renonça à tous les biens et propriétés des
Carafa dont son oncle l'avait libéralement gratifié
après leur exécution. Ce qui l'ofTusquait dans le luxe,
c'était surtout le contraste avec la misère des malheu-
reux. Ayant fait halte au cours d'un voyage dans la
villa des cardinaux Farnèse et Gambara, à Caprarola
et Bagnaia, il y vit des volières, des étangs artificiels,
des enclos pour animaux exotiques. Il écrivit le jour
même à l'un d'eux pour lui dire son étonnement de
ne pas avoir vu, « parmi tant de commodes demeures
destinées à des animaux, un lieu de refuge, ou du
moins une place, pour y recevoir ces malheureux
catholiques... chassés de leur patrie par les ennemis de
l'Église » (B. à Gambara, 30 janv. 1580; Sylvain, ii,
249).
liORUOMÉE 520
Son intelligence compensait par sa solidité, sa jjon-
dération et son culte de l'ordre, un certain manque de
spontanéité et de brillant. B. s'intéressait aux choses
de l'esprit sans passion et en les subordonnant tou-
jours à son devoir d'état. Il étudia la théologie par
devoir et ce fut par devoir aussi qu'il s'exerça à
l'éloquence. Celle-ci se ressentait chez lui d'un défaut
de langue encore accentué par une timidité native. Il
fallut au saint plusieurs années pour surmonter son
agoraphobie. Plutôt que du haut de la chaire, il par-
lait de préférence le dos tourné à l'autel et revêtu de
ses ornements sacerdotaux, décor qui renforçait son
assurance. Avare de son temps, il se faisait faire la
lecture tout en mangeant ou en se faisant raser. Bour-
reau de travail, il déclara un jour à son économe,
Girolamo Castani : « Les évêques doivent être comme
les capitaines et les soldats : les plus braves dorment
assis. 1)
B. avait une des princi))ales qualités d'un bon chef :
homme d'ordre et de méthode, il ne laissait rien à
l'improvisation. Son ordre du jour et celui de ses ser-
viteurs était réglé minutieusement, de même que les
horaires de ses déplacements et les divers exercices
qui devaient les accompagner. Il s'était composé un
fichier contenant les principaux renseignements re-
cueillis au cours de ses visites, ses impressions per-
sonnelles et le résumé de ses entretiens avec ses visi-
teurs. Il le consultait avant d'entreprendre un dépla-
cement. Ainsi il était sûr de n'arriver nulle part en
pays inconnu, mais se trouvait prêt à alîronter inmié-
diatement les principaux problèmes et à en recher-
cher sans tarder une solution concrète. Il employait
la même méthode au cours de ses lectures et de ses
études : les détails à retenir étaient transcrits sur des
polizzini, classés suivant un ordre idéologique de son
invention. Quelques liasses de ces fiches furent conser-
vées. A Rome, il classa tous les papiers administratifs
datant de son passage à la Secrétairerie d'État. A son
départ, il les laissa dans sa demeure de Ste-Praxède,
spécifiant qu'elles y demeureraient à la disposition des
Souverains pontifes. En 1570, Pie V les ayant fait
réclamer, ils ne furent pas remis, B. ayant estimé qu'au
Vatican ils ne seraient pas assez à l'abri des curiosités
indiscrètes. Huit ans plus tard, sous Grégoire XIII, il
fut à nouveau question du transfert de ce dépôt au-
quel les rongeurs avaient déjà occasionné de sérieux
dégâts (Merkle, dans Conc. Trid., i, p. xix, n. 11, 13).
Nous avons déjà vu qu'il imprégna son administration
milanaise du même esprit de méthode.
Autre qualité d'un bon administrateur : B. avait le
don de discerner les talents d'élite et de les attacher
au service de son Église. Il faut « n'avoir aucune
considération pour qui que ce soit, quand il s'agit de
l'honneur de Dieu et de la réforme de son Église »,
écrivait-il à Bonomi (15 mai 1566; Sylvain, i, 323).
Pour apprécier quelqu'un, seule la compétence et la
valeur personnelle entraient en ligne de compte. Cette
passion d'accaparer les compétences le mit en conflit
avec plusieurs ordres religieux, avec des princes, et
même avec ses meilleurs amis, tel S. Philippe de Néri,
qui lui reprochait d'avoir à cet égard une vraie
« sensualité » (cf. A. S., 26 mai, p. 1055).
Pour juger de la culture intellectuelle de B., l'his-
torien dispose d'un témoin idéal : le catalogue de sa
bibliothèque, dont il légua les trésors au chapitre de
la cathédrale. Sa publication en 1936 par A. Saba
(dans la coll. Fontes Ambrosiani) éclipse tous les
travaux antérieurs (C. Canetta, Arch. stor. Lomb.,
1882, p. 535-56; F. Barbieri, Gior. stor. delta tetter.
itat., 1926, p. 280). 11 se dégage de cette liste que le
cardinal B. considérait sa bibliothèque, non comme
un luxe, mais comme un instrument de travail. Une
bonne moitié des pages de l'inventaire sont occupées
527 CHARLES BORROMÉE 528
par des ouvrages de théologie, depuis la Bible jus-
qu'aux auteurs ascétiques les plus récents. Les édi-
tions nouvelles y étaient à leur place; la bibliothèque
était tenue à jour. La Bible Royale qui venait de
sortir des presses plantiniennes s'y trouvait déjà, et
de même VEpiscopus publié en 1573 par son ami
Agostino Valier, ainsi que les œuvres du P. Louis de
Grenade. En outre, plus d'un millier d'ouvrages non
théologiques : 385 de littérature, 130 de philosophie,
270 d'histoire, 145 de poésie et 96 de médecine et
branches annexes. Ce dernier poste mérite de retenir
l'attention On y voit figurer les premières produc-
tions d'une science encore dans les langes. Il témoigne
assurément de l'ouverture d'esprit du cardinal.
Ce catalogue est très certainement incomplet : il ne
renferme aucune mention d'ouvrages juridiques,
absence inconcevable chez un docteur in utroque et
un homme d'administration. La bibliothèque juri-
dique et canonique de B. formait donc un ensemble à
part. Sa richesse résulte de l'inventaire général dressé
en 1584 et conservé aux archives de l'Ospedale Mag-
giore (publ. par G. C. Bascapè L'eredità di S. C. B.
aU'Ospedale Maggiore di Milano, Milan, 1936). De
cette liste, C. G. Mor {La culiura giuridica di S. C,
dans Echi di S. C. B., 641-46) a extrait ce qui se
rapporte aux manuscrits juridiques de S. Charles.
S. Ch. B. n'était pas insensible aux beautés de la
nature et de l'art. Mais il appliquait ici comme par-
tout le iantum quantum ignatien. Les rives des lacs et
les vallées alpestres ne reçurent sa visite que pour le
service de Dieu et de ses ouailles. Il ne se déplaça ja-
mais que par nécessité ou par zèle apostolique. Il
s'intéressa spécialement aux deux arts les plus utiles
pour un chef d'Église : l'architecture et la musique.
Déjà à Rome, il avait secondé son oncle dans son
mécénat artistique. C'est sur son initiative que Michel-
Ange transforma la salle des Thermes de Dioclétien en
une basilique dédiée à Ste Marie des Anges; il entreprit
de nombreux embellissements à Ste-Marie-Majeure et
dans ses deux églises titulaires, S. -Martin in Montibus
et Ste-Praxède; il construisit un nouvel édifice pour
l'université de Bologne (1562) et renforça les fortifi-
cations de Civitavecchia et d'Ancône (1562).
Devenu archevêque de Milan, il transforma son
diocèse et sa ville épiscopale par de nombreuses
constructions et des embellissements d'édifices reli-
gieux. Son architecte préféré fut Pellegrino Pellegrini
ou Tibaldi (1527-96; voir sur lui : S. C. B., 400-05;
G. Rocco, L'architelto di San Carlo : lettere di Pellegrino
Pellegrini a San Carlo, dans Echi di S. C. B., 217-23,
262-67; F. Malaguzzi-Valeri, Pellegrino Pellegrini e
le sue opère in Milano, dans Arch. slor. Lomb., II« sér.,
xxviii, 1901, p. 307-50). B. lui confia la construction
ou le remaniement du palais archiépiscopal (1570), de
l'Ospedale Maggiore, du palais de Brera, des églises de
S. Fedele (1569-79), S. Sebastiano (1577), S. Raffaele,
des sanctuaires de Caravaggio, Rho (1584), Saronno
(achevé en 1582), Varallo (1578 sq.), des collèges de
Pavie (1564-68) et d'Ascona.
B. l'employa plus encore à l'achèvement du Dôme
de Milan dont il fut nommé architecte en titre le
7 juin. 1567. Pellegrini y travailla durant dix ans :
il construisit ou aménagea la crypte, le baptistère, le
chœur et les portes. Les Annali délia Fabbrica del
Duomo di Milano daW origine sino al présente, iv,
années 1562-84, p. 44 sq., conservent le souvenir des
libéralités de l'archevêque pour sa cathédrale, en
faveur de laquelle il aurait dépensé 3 millions de
scudi (détails dans S. C. B., 405-07). Lorsque les tra-
vaux furent terminés, le cardinal présida, le 20 oet.
1577, à la consécration de l'édifice selon le rite ambro-
sien.
S. Charles recourut aussi aux services des architectes
Bassi (église S. Lorenzo), Meda (séminaire, 1570) et
Brambilla (ornementation du Dôme). Au cours de ses
visites pastorales, il s'intéressait spécialement à l'état
des édifices du culte et chargea Lodovico Moneta de
rédiger des directives pour la construction et l'aména-
gement des églises {Instructionum fabricae et suppel-
lectilis ecclesiae libri duo. Milan, 1577, dans Acta Ecct.
Mediol., éd. de 1683, i, 466-532).
Avec les années, l'affection du saint pour ses pro-
ches ne se refroidit pas, nonobstant certaines mesures
de détachement extérieur, comme sa renonciation à
l'usage de ses armoiries familiales et de sa signature
patronymique. A partir de 1575, il ne conserva comme
emblème que VHumilitas couronhée figurant sur les
armes de sa famille et remplaça sa signature par celle
de cardinal de Sle-Praxède. Mais il tint à rester tou-
jours pour ses proches un conseiller et un soutien
moral. Ce fut lui qui procura à son neveu. Don Ferrant
de Gonzague, un gouverneur espagnol capable de
diriger son éducation princière et chrétienne (22 sept.
1575); plus tard il eut son mot à dire à l'occasion de
son mariage (B. à sa sœur Camille, 5 juill. 1578; Syl-
vain, III, 117). A sa sœur Geronima, il procura un
surintendant des affaires (oct. 1575). A sa sœur Anne,
devenue veuve, il conseilla de ne pas prendre le voile,
comme elle en avait l'intention, mais de se consacrer
à l'éducation de ses deux fils (1580). Pour la dot de
sa nièce Marguerite de Gonzague, il obtint du grand-
duc de Toscane un prêt de 25 000 écus (oct. 1581;
Sylvain, m, 118; Sala, Docum., m, 723). On a vu plus
haut comment il interrompait occupations et voyages
pour accourir au chevet de ses frères et sœurs. Quand
son oncle, le comte Giulio Cesare, chef de la branche
puînée, vint à mourir (août 1572), Charles aida sa
veuve et ses deux fils, René et Frédéric, alors âgés de
douze et de huit ans : à l'aîné, il procura un précep-
teur, Bartolomeo Rossi, et il dirigea plus tard dans
la voie ecclésiastique le cadet qui devait lui succéder
un jour sur le siège de Milan.
Les biographes contemporains et les témoins du
procès de canonisation sont unanimes à décrire S. Ch.
B. comme un homme de prière. Son oraison fut grati-
fiée par Dieu de dons extraordinaires : il ne mesurait
jamais le temps qu'il lui consacrait. Il avait fait cons-
truire un passage privé lui permettant de se rendre
directement de ses appartements dans la crypte du
S. -Sépulcre, afin d'y passer une partie de ses nuits en
prières. Il s'ingéniait à combiner ses itinéraires de
manière à y faire figurer le plus possible de pèleri-
nages et de lieux de recueillement. Normalement il
y passait alors une nuit entière en prières. Ses dépla-
cements ménageaient aussi toujours un retour à
Milan, pour le 8 sept., fête titulaire de sa cathédrale,
dont il voulait présider l 'office en personne. Il avait
une dévotion spéciale à S. Ambroise. Son culte pour
les reliques était aussi fervent que dépourvu de toute
critique. Il présida en grande pompe à plusieurs trans-
lations (Verceil, Mantoue, Brescia, et S. Simplicien à
Milan, 27 mai 1582); il entreprit même une démarche
auprès de l'archevêque de Cologne pour rentrer en pos-
session d'une relique d'un des trois rois mages, enlevée
à Milan du temps de Frédéric Barberousse, et fit
intervenir dans ce but Grégoire XIII et Philippe II.
Il eut très à cœur de renforcer parmi ses diocésains,
non seulement la foi, mais encore la piété. Dans ce but,
il organisa de grandes cérémonies : prières publiques,
processions, translations, inaugurations, et veilla à
leur exécution parfaite. Au premier concile provin-
cial, il fit décréter le maintien perpétuel de la prière
des Quarante heures et son extension à tous les dio-
cèses de sa province. Il prit de nombreuses mesures
pour renforcer la dévotion mariale des Milanais (Sala,
Dissertazioni, iv, 110-23). L'attrait exercé par son
529
charlp:s borromée
530
renom de sainteté sur les âmes pieuses était considé- !
rable. Ses séances de confession et de distribution î
de la sainte eucharistie se prolongeaient durant des
iieures (Arch. stor. Lomb., 1893, p. 554; Sala, Docum.,
II, 471). Il établit à Milan la confrérie du S. -Sacrement
(Fête-Dieu 1583) et celle du S. -Rosaire (Annonciation
1584).
Est-il possible de défendre S. Ch. B. de toute ten-
dance à un certain rigorisme? Il faut s'entendre.
Méticuleux, il l'était certainement. L'histoire a popu-
larisé le sobriquet d' « empereur-sacristain ». A lire
certaines de ses instructions et réglementations, l'épi-
thète cardinal-sacristain ne semblerait pas déplacée.
Les jansénistes ont prétendu se prévaloir de son exem-
ple pour justifier leurs tendances. En quoi Innocent XI
leur a donné tort (Degert, 211). En fixant la première
communion au delà de dix ans, en conseillant pour
certains cas de faire revenir le pénitent plusieurs fois
avant de l'absoudre, B. ne s'écartait pas de la pratique
suivie à son époque (voir G. Sofia, La dottrina di
S. C. B. sul confessore, dans La Scuola cattolica, lxv,
1938, p. 16, 142, 261, 359, 481, 562). Il n'empêche
que, par tempérament, l'archevêque de Milan incli-
nait vers une certaine sévérité. On ne le voit pas très
bien signant l'Introduction à la vie dévote.
3" Canonisation. — Les démarches ofiicielles en vue
d'obtenir la canonisation de Ch. B. s'ouvrirent en
févr. 1601 par une requête présentée par les Oblats de
S.-Ambroise au vicaire général de l'archevêché. Une
commission diocésaine fut nommée qui travailla deux
ans. A partir de 1601, sur le conseil du cardinal Baro-
nius, les anniversaires du 4 nov. donnèrent lieu à
des manifestations de piété populaire toujours plus
imposantes (description par C. Locatelli, // 4 Nov.
1601, memorie e documenti, Milan, 1901; le même au-
teur composa des ouvrages similaires pour les anni-
versaires de 1602 à 1608, Milan, 1902-08; voir aussi
O. Premoli, // culto di S. Carlo a Milano nel 1603,
Rome, 1913; C. Castiglioni, Studi sul seicento, dans
Convivium, 1938, p. 61-74 [contient la revue des
panégyriques prononcés chaque année devant la
tombe du saint par les meilleurs orateurs sacrés de
l'époque]; C. A. Vianello, L'anuninistrazione civica di
Milano per la canonizzazione di S. C. B., dans Arch.
stor. Lomb., nouv. sér., v, 1940, p. 264-69).
En déc. 1603, deux suppliques furent adressées à
Clément VIII, l'une au nom du clergé milanais, l'autre
en celui du Conseil des Soixante de la ville (publ. dans
M. A. Grattarola, Successi maravigliosi délia venera-
tione di S. Carlo, Milan, 1614, p. 80-112). La double
délégation fut reçue par lè pape, les 4 et 7 févr. 1604.
De leur côté, les princes firent intercéder dans le
même sens; plusieurs écrivirent personnellement au
Souverain pontife. Le 16 févr. 1604, le procès ofïiciel
fut ouvert et confié à la Congrégation des Rites; les
évêques de Côme et de Plaisance furent spécialement
désignés pour étudier la cause.
En 1606, Paul V fit reprendre le procès et procéder
le 6 mars à la reconnaissance de la dépouille, qui fut
découverte intacte malgré l'humidité de l'endroit.
Le 7 mars 1607, le nouvel oratoire construit sur son
tombeau étant achevé, les restes du saint furent remis
en place (voir l'histoire du tombeau, dans S. C. B.,
587 sq.). Entre temps se poursuivait l'interrogatoire
des témoins. En 1609, une supplique collective fut
adressée à Rome au nom de tous les évêques lombards.
Enfin, les trois consistoires d'usage ayant eu lieu les
30 août, 14 sept, et 21 sept. 1610, Ch. B. fut canonisé
le 1" nov. 1610 (Bulle Unigenitus Patris Filius; Bull.
Rom., XI, 643). A cette date 10 982 ex-voto d'argent
et 9 618 objets précieux déposés sur son tombeau
témoignaient de la vénération des Milanais pour leur
ancien pasteur (S. C. B., 580). Après 1610, le culte du
saint se répandit rapidement, surtout dans les pays
soumis à la monarchie espagnole. Des autels, des cha-
pelles, des églises lui furent consacrés; des confré-
ries, des séminaires placés sous son vocable; sa mé-
moire fut popularisée par l'image. Un an après sa
canonisation, on avait frappé 150 000 000 de médailles
en son honneur (S. C. B., 587). En 1690, sa statue
géante, le Carlone, haute de 28 mètres et dressée sur un
piédestal de 14 mètres, fut érigée près d'Arona, sur une
colline dominant tout le rivage sud du lac Majeur
(œuvre de J. B. Crespi et B. Falcone). A l'occasion
du troisième centenaire de sa canonisation, en 1910,
son culte a connu un regain d'intensité. Nombre de
publications ont vu le jour. Pie X, dans l'encyclique
Editae saepe (23 juin 1910, A. A. Sedis, n, 1910, p. 357-
80), résuma quelle fut la place de S. Ch. B. dans l'his-
toire de la vie et de la pensée chrétiennes.
Sources. — Manuscrit.i. — La documentation manus-
crite concernant S. Ch. B. est tellement considérable que
les boUandistes, pour ne pas retarder outre mesure la
continuation des A. S. de nov., se résolurent à le passer.
Les six tonds principaux renfermant des sources borro-
méennes sont : Milan, curie archiépiscopale : documents
concernant son administration diocésaine. — Milan,
Ambrosienne : correspondance; dossiers divers; esquisses
d'homélies et de sermons, essais ascétiques; Notli Vati-
cane; procès de canonisation (il existe des inventaires).
— Rome, archives de la S. C. des Rites : actes du procès
de canonisation. — Rome, archives dn Vatican : noncia-
ture d'Espagne; nonciature de Germanie, fonds suisse.
— Rome, bibliothèque des barnabites à S. Carlo ai Cati-
nari : correspondance. — Bruxelles, bibliothèque des bol-
landistes : notes et documents réunis par le P. Van Ortroy
pour les A. S., et documents rassemblés par Mgr A. Ratti
et confiés par lui aux bollandistes. — Les archives privées
de la famille Borromée à Milan furent détruites lors d'un
raid aérien en août 1943.
Œuvres. — S. Ch. B. a énormément écrit, mais très peu
publié. Les Opère complète <li S. C. B., publiés par le préfet
de la Bibliothèque ambrosienne, G. A. Sassi (Sa.Yius)
[éd. de Milan, 1747, 5 vol.; éd. d'Augsbourg, 1758, 2 vol.],
contiennent surtout des oeuvres de pastorale et les Noctes
Vaiicaiiae. Celles-ci furent rééditées à part en 1784.
En règle générale, S. Ch. B. ne composait pas ses sermons;
il en dressait le plan avec la suite des idées, choisissant de
préférence des sujets d'apostolat pratique, de dévotion
et de morale; peu de théologie spéculative. Quelques volu-
mes de ces sctiémas furent conservés, ainsi que de rares
textes in extenso de sermons ou d'allocutions. — Les Acta
Eccl. Mediol. reproduisent ses discours de clôture des six
conciles provinciaux (éd. de 1683, vol. i, 49, 64, 88, 164,
240, 261), une adaptation latine des quatre instructions
qu'il prononça au XI" synode diocésain (ii, 1229-49), et
l'éloge funèbre de la reine d'Espagne, Aune d'Autriche,
prononcé le 6 sept. 1581 (ii, 1220-29, avec traduction
latine). — Plusieurs de ses instructions spirituelles aux
religieuses Angeliche de Milan furent recueillies par la
Mère Agatlia Sfondrata; dix-sept furent publiées par G.
Volpi, Padoue, 1720. Autres publications : Ammaestra-
menti di S. C. B. aile persane religiose. Discorsi aile Ange-
liche del monaslerio di S. Paolo, Lodi, 1885, et 2" éd..
Milan, 1902; Vingt discours de S. C. B. à des religieuses,
suivis de quelques lettres inédiles du saint à sa sœur Isabelle
Borromée, Roulers, 1910. — Des extraits en forme de
chrestomathie furent rassemblés par C. Gorla, Le piit belle
pagine délie omette di S. C, Milan, 1928 (Biblioteca dei
sanli). — Une autre collection comprenant les Monita ad
clerum fut publiée par P. Mauri, Monza, 1910.
La correspondance de .S. C. B. est restée en majeure
partie inédite. Il n'en existe que deux régestes à objet
limité : par A. Rivolta, pour l'époque antérieure à son
arrivée à Rome et pour la correspondance privée de l'époque
romaine; et par P. Sevesi, pour la correspondance avec
les franciscains. — La Bibliothèque ambrosienne a entre-
pris la confection d'un Epistolario di S. C. B., ossia raccolta
e indice complelo dei corrispondenti di S. C. B. secondo la
coltezione amhrosiana, devant paraître bientôt dans les
Fontes ambrosiani. — Il existe actuellement des recueils
de lettres de S. Ch. B. publiés : à .\nvers, 1623; Venise,
1762; Lugano, 1762-63, 3 vol.; Milan, 1868 (dans Sala,
531 CHAKLEb BUKHUMÉE
Uocnin.. II, 18;)-4j7; m, !)-"8,')). Jin outre, des pièces
inédites furent publiées dans diverses revues, surtout
l'ArcIi. stor. Lombardo, la Zeitschr. f. schweiz. KG. et La
Scuola callolica. — Sa correspondance avec le cardinal
Hippolyte d'Esté fut publiée par Baluze, Miscellanea,
éd. Mansi, iv, Lucques, 1764, p. 377-439.
Les documents se rapportant directement à Vadminis-
tralion du diocèse se trouvent rassemblés dans les Acla
Ecclesiae Mediolanensis. S. Ch. B. eut une part prépon-
dérante à leur rédaction; ils peuvent donc figurer à bon
droit parmi ses œuvres. Éditions des Acta Eccl. Mediol. :
Milan, 1582, par B. lui-même aidé de Pietro (ialesino (il
avait d'abord conçu le plan d'une édition romaine con-
fiée à C. Bascapè; cf. La Scuola cattolica, 1910-11, p. 850);
ce fut un grand succès de librairie (détails intéressants
dans Pastor, ix, 61); — Milan, 1599, 2 vol., par le card.
Frédéric Borromée; — Brescia, 1603, suivant un plan
idéologique; — Paris, 1643, par M. Olier et les Sulpiciens;
incomplet, cf. A. Degert, dans Bull, de lillér. ecclés. de
Toulouse, IV sér., iv, 1912, p. 193 sq.; — Lyon, 1683, avec
trad. latine des textes italiens; cf. Degert, loc. cit., 207; —
Bergame, 1738; — Padoue, 1754; — Milan, 1843-46; —
Milan, 1890-92 (vol. ii et m de la collection complète des
actes de l'Église milanaise par A. Ratti = Pie XI). Nous
renvoyons à l'éd. de Lyon, 1683.
Parmi les documents réunis dans les Acia Eccl. Mediol.,
il faut distinguer : les actes des conciles provinciaux et des
synodes diocésains; les édits et décrets concernant divers
points disciplinaires; — les instructions, étudiant dans leur
ensemble les principales questions louchant à la vie reli-
gieuse des fidèles; — les institutions ou règlements imposés
à certaines catégories d'inférieurs ou d' « ofTiciers » dio-
césains; — les lettres pastorales et le « niéniorial » adressé
en 1579 aux diocésains à l'occasion de l'extinction de la
peste. La plupart de ces documents fiu-ent publiés au fur
et à mesure de leur parution; certains tirent l'objet de
plusieiu-s publications successives. Citons : Conslilutione.-i
et décréta sex prouinc. siinodoruin Mediolanensinin, éd. dans
plusieurs diocèses en dehors de Milan (par ex., éd. D. Zuc-
chinetti, Venise, 1596, jointe à une éd. de la biographie du
saint par (^h. Bascapè). — Epilome decretorum oiimium con-
cilionim provitic. et diocesaii. S. Mediolanensis Ecries., éd. H.
Corio, Milan, 1640. — Instructionuin [abricae et suppellec-
tilis ecclesiae libri duo. Milan, 1577. — / cinque libri degl'av-
vertimenti, ordini, guide ed editti... nei tempi délia peste
nel 1676 e 1577, éd. S. Centorio, Venise, 1579. — Instruc-
tiones praedicationis verbi Dei, Milan, 1.581, et autres. —
Inslilutionum ad Oblatos S. Ambrosii pertinentium epitome,
1.581, et autres. — Institutiones ail universum seniinarii
regiinen pertinentes, 1618. — Hicnrdi overo Ammaestramenti
generati per il vivere christiano, Venise, 1687 et autres. —
Opusculum de choreis et spectaciilis, Rome, 1753. — Avver-
leuze per li cnnles.sori, qui fut très souvent édité et traduit
depuis l'année 1572 (par exemple, Paris, 1657, aux frais
de l'.Vssemblée générale du clergé de France; Rome, 1700,
sur ordre du pape Innocent XII; Milan, 1910, etc.).
Biographies contemporaines. — Les trois plus anciennes,
celle de son ami Agostino Valerio (Valier), év. de Vérone,
Vita C(a-oli Borromaei, Vérone, 1586 (trad. ital.. Milan,
1587), celle de Gian Francesco Bonomi, Vita et obitus
C. B., Milan, 1587; Borromaeis, ibid., 1589, et celle de son
ancien secrétaire G. B. Possevino, Discorsi délia vita ed
aitioni di C. Borromeo cardinale ed archivescovo di Milano,
Rome, 1591, sont peu importantes. Par contre les deux sui-
vantes sont des ouvrages capitaux :
Ch. Bascapè (Carolus a Basilica Pétri), De vita et rébus
gestis Caroli card. S. Praxedis archiepiscopi Mediolani,
Ingolstadt, 1592; Brescia, 1602; Lodi, 1658; plus d'une
fois joint sans nom d'auteur à la fin des Acta Eccl. Mediol.,
par ex. éd. Zucchinetti, Venise, 1596; Paris, 1643; trad.
l'ranç. A. Caillot, Paris, 1825. Ancien supérieur des bar-
nabites de Milan et comptant parmi les intimes de Ch. B.,
Bascapè, devenu évêque de Novare, composa sa biographie
sur la prière de son entourage, surtout du nonce .1. F.
Bonomi; il se documenta avec soin chez les anciens ser-
viteurs du saint et aurait compulsé 30 000 lettres de sa
correspondance. Le maître du Sacré Palais ayant fait
opposition à l'impression de certains passages, Bascapè
dut chercher un imprimeur en Bavière. Sur l'auteur voir :
L. Manzini, S. Carlo e il vén. Bascapè, dans La Scuola
cattolica, sér. IV, xvii, 1910, p. 51-66, 256-265, 383-401,
538-56, 685-704, 849-62. — A. Saba, Carlo Bascapè,
scrittore e bioyrafo di S. Carlo, dans Echi di S. C. B., 151-
59. — G. Guariglia, La corrispundenzu di C'or/o Bascapè
a S. Carlo Borromeo (157>t-S4), dans Aeuuni, x, 1936,
p. 282-.337.
G. P. Giussano [Glussianus], Istoria délia vita, virlii,
morte e miracoli di Carlo Borromeo, Milan, 1610; titre
devenu, après la canonisation, Vita di S. Carlo Borromeo,
j Rome, 1610; Brescia, 1612; Venise, 1613; dernière éd.,
Varèse, 1938. Ancien secrétaire et commensal du saint,
i son ouvrage devint la biographie classique du saint et fut
j maintes fois traduit. Une traduction à mettre hors pair
est celle en latin de B. Rossi (Rubeus), richement annotée
par B. OItrocchi, Milan, 1751. — Dix autres traductions
en allemand, anglais, espagnol, français, cf. Echi di
S. C. B., 727. — Sur l'auteur, voir G. Casati, // primo
biografo di S. Carlo, dans Echi di S. C. B., 189-93.
Autres sources. — E. Albèri, Le relazioni degli ambascia-
tori Veneli al Senato durante il sec. XVI, sér. II, iv (vol. x
de la sér.), Florence, 1857. — P. D'Alessandri, Alti di
S. Carlo Borromeo rigucu-danti la Svizzera e i suoi lerrilori,
Locarno, 1909. — C. Baronius, Annales ecclesiastici,
continué par O. Raynaldi et J. Laderchi, éd. Bar-le-Diic,
1879 sq., XXXIV, année 1560, n. 92, 94, 95; 1565, n. 21-28;
XXXV, 1566, n. 209-13; 1567, n. 71-75; xxxvi, 1568, n. 27-
42, 45-46; 1,569, n. 1-20; xxxvii, 1570, n. 153-61; 1571,
n. 147-57. — Bullarium diplomatum et privilegiorum .S'.
Roman. Ponti/icum, vii-viii, Turin, 1862. — Pétri Canisii
epislulae et acta, éd. Braunsberger, m-viii, Fribourg, 1901-
23. — K. Fry, Giov. A. Volpi, Nunzius in der Schwei:,
1565-68, vol. I, Fribourg, 1936; ii, Stans, 1946. — G. Gal-
biati, / duchi di Savoia, Emanuelc Filiberto e Carlo Enui-
nuele I, net loro rarteijgio con S. C. B., Milan, 1941. — Con-
cilium Tridentinum, éd. Gorresgesellschaft, i (S. Merkie),
Fribourg, 1901, p. 883; ii (S. Merkie), Fribourg, 1911.
p. 9U3 (ce tome contient en particulier : A. Massarelli,
Diai-ium, 245-362; II. Seripandus, De Trid. concil. comment.,
468-88; L. Firmani, Diaria, 518-72; O. Panvinius, De crea-
tioue PU IV, papae, 573-602); ui (S. Merkie), Fribourg,
1931; vui (S. Ehses), Fribourg, 1919, p. 991 (actes du
concile, sess. xvii-xxii); ix (S. Ehses), Fribourg, 1924,
p. 1166 (actes du concile, sess.xxii-xxv); xiii-1 (V. Schweit-
zer-II. Jedin), Fribourg, 1938, p. 431-fln. — I. Pogiani,
Epistolae et orationes, Rome, 1757. — A. Rivolta, Episto-
lario giovanile di S. C. B., dans Aeuum, xii, 1938, p. 25,'i-
80 (concerne les années antérieures à 1560 et la corres-
pondance privée de 1560 à 1565); Corrispondenti di S. C. B.
(1550-59), ibid., xii, 5.56-670; xiii, 6,5-116. — A. G. Ron-
calli-P. Forno, Gli atli délia visita apostolica di S. C. a
Bergamo (1576), dans Fontes ambrosiani, xiii-xviii
(1936-49). — A. Saba, La biblioteca di S. Carlo, Florence,
1936 (Fontes ambrosiani, xii); très précieux appendices. —
A. Sala, Docunienti circa la vita e le opère di S. C. B., 3 vol..
Milan, 1857-61. — D. L. Serrano, Correspondencia diplo-
matica entre Espaha y la Scuita Sede durante el ponti/icado
de S. Pio V, 4 vol., Rome, 1914; voir surtout vol. m,
p. v-XL. — F. Steflens-H. Reinhardt, Nunzialurberichtc
aus der Schweiz, part. I, Die Nunziatur von G. F. Bonlio-
mini, 1579-81, Soleure, 1906-10, 2 vol. — S. Steinherz,
Nunziaturberichte aus Deutschland, sect. ii, 1560-72, t. i.
Die Nuntien Hosius und Delfino, 1560-61, Vienne, 1897.
— G. Susta, Die rômische Kurie und das Konzll von Trient
unter Pius IV., Vienne, 1909, 4 vol.
Travaux. — Biographies non contemporaines. — Une
liste publiée dans Echi di S. C. B., 727-28, et intitulée Le
principali biografie di S. Carlo, énumère 46 biographies
parues entre 1610 et 1938. Parmi elles les suivantes sont
à retenir : Ant. Sala, Biografia di S. C. B., avec disserta-
zioni et ;io/e par son fils Arist. Sala, Milan, 1858 (sert de
préface aux Documenti publiés par ce dernier). — V. Civati.
S. C. B. nelle opère e nello spirito. Milan, 1884; 3" éd., Milan,
1937. — C. Sylvain, Hist. de S. Ch. B., Lille, 1884, 3 vol.
(ouvrage de première main mais manquant de critique).
S. M. C. Papalardo, S. C. B., Studio psicologico, Palernie,
1905. — C. Orsenigo, Vita di S. C. B., Milan, 1911 ; .3» éd..
Milan, 1929, 2 vol.; plusieurs trad. — L. Celier, .S'. Ch.
Borromée, Paris, 1912, coll. Les Saints; 6« éd., 1923; plu-
sieurs trad. — D. Franceschi, Carlo B., Bologne, 1930;
2' éd., Turin, 1938. — A. Rivolta, S. C. B., note biograflche.
Studio suite sue lettere e sui suoi documenti. Milan, 1938. —
Ajouter les biographies plus récentes : P. Gorla, Milan,
1939, 2 vol. (paru en partie dans Echi di S. C. B., en 1937-
38); G. Soranzo, Milan, 1944.
Études particulières. — A mentionner tout d'abord les
deux publications jubilaires parues sous forme de pérlo-
533
CHAHLI^iS BOKKUMEE
(;iiAKjj^:h GAH IN 11:11
534
cliques : l'une à l'occasion du troisième centenaire de sa
canonisation, San Carlo Borromeo nel 111° cent, délia sua
canoniziazione, 1610-1910, 26 fasc. Milan, 1908-10 (sigle
S. C. B.)\ et l'autre pour le IV centenaire de sa nais-
sance, Echi di San Carlo Borromeo, pubblicazione milanese di
contributi par la storia délia religione e délia cultiira, 20 fasc.
mensuels, 1937-38 (sigle Echi di S. C. B.); en 1941, G.
Galbiati a publié im complément intitulé Dopo il cente-
nario di San Carlo Borromeo, Scrilli su S. C. B., Milan, 1941.
— En 1910, La Scuola catlolica et Brixia sacra ont publié
des numéros spéciaux consacrés à des questions borro-
méennes. Ces deux revues, ainsi que Arch. slor. Lomb. et
Zeitschr. f. schw. KG., contiennent de nombreuses contri-
butions à une biographie de S. Ch. Borromée.
Mentionnons en outre : A. Arrigioni, S. C. B. e Monza,
Monza, 1910. — A. Astrain, Hist. de la Compania de Jesùs
en la Asistencia de Espaiia, ii-iii, Madrid, 1905-09. — F.
Barbieri, La controrijorma nello stato di Milano, da S. Anto-
nio a S. C. B., dans Boll. délia soc. Pavese di stor. pair.,
XIII, 1913, p. 119-50. — G. Battaglia, Il ininistero parro-
chiale e S. C. B., Rome, 1945. — F. Bertani, S. C, la bolla
« Coenae » e la (jiurisdizione ecclesiastica in Lombardia,
Milan, 1888. — P. Borella, S. C. B. e il cerimoniale dei ves-
covi, Varèse, 1937 (avait paru en latin dans Ephemerides
liturgicae, Li, 1937, p. 64-80). — P. Broutin, La lignée
épiscopale de S. Ch. B., dans Nouv. rev. théol., LXix, 1947,
p. 1036-64. — C. Camenisch, Carlo Borromeo und die Gegen-
reformation in Veltlin, Coire, 1901. — G. B. Castiglione,
Senlimenti di S. C. B. intorno ai spettacoli, Bergame, 1759.
— C. Castiglioni, Sludi sul seicento. S. C. iiella poesia e
nell'oraioria sacra, Turin, 1938; Un codice supposto perduto,
dans Aevuni, xxi, 1947, p. 233-37. — A. Chiapelli, S. C. B.
e Pistoia, Pistoie, 1910. — A. Ciaconius-Oldoinus, Vitae et
res gestae Pontiflcum Romanorum et S. B. E. cardinalium,
m, Rome, 1677, p. 891-904. - A. Degert, S. Ch. B. et le
clergé français, dans Bull, de littér. ecclés. de Toulouse,
sér. IV, IV, 1912, p. 145-59, 193-213. — R. Dieringer, Der
hl. K. B. und die Kirchenverbesserung seiner Zeit, Cologne,
1846. — L. Ferretti, S. Ch. B., Art religieux italien, Turin,
1923, 32 reprod.; S. C. B. nelVarte, Rome, 1927. — A.
Gemelli, A proposito di alcune accuse contro S. C. B.,
Ricerche epidemiologiche sulla peste di Milano del 1576,
Rome, 1910. — K. Germanus, Reformatorenbilder, Fribourg,
1883, c. V, Karl B. — F. Giacomello, Padova e S. C. B.,
Padoue, 1910. — L. Gramatlca, S. C. B. e la Terra santa,
Monza, 1919. — • J. Guillermin, La survivance d'un saint,
dans Études, cxxv, 1910, p. 305-35. — Hefele-Leclercq,
ix-2. — P. Herre, Papsttum und Papstwahl im Zeitalter
Philipps IL, Leipzig, 1907. — G. Leca, 5. Carlo e i Dome-
nicani, dans Rosario, nov. 1910. — U. Mannucci, S. Carlo
e S. Francesco di Sales nella storia délia Controrijorma,
Rome, 1910. — J. G. Mayer, Dos Konzil von Trient und die
Gegenreformation in der Schweiz, Stans, 1901-03, 2 vol. —
P. Paschini, Il primo soggiorno di S. C. B. a Roma ( 1560-
65), Turin, 1935. — Pastor, vu, viii, ix, passim; Carlo
Borromeo, dos Muster eines tridentinischen Bischofs, dans
Charaklerbilder kath. Reformatoren des XVI. Jahrh., Fri-
bourg, 1927, p. 105-37. — A. Pighi, S. C. in Verona,
Vérone, 1887. — L. Prosdocimi, Il diritto ecclesiastica dello
Stato di Milano dall'inizio délia signoria viscontea al periodo
tridentino. Milan, 1941. — A. Ratti (Pie XI), S. C. negli
scritti del cardinale Federico Borromeo, Milan, 1910 ; S. Ch. B.
et les Exercices de S. Ignace, 2" éd., Paris, 1922 (Biblioth.
des Exercices, 32). — E. Rembry, Le culte de S. Ch. B. à
Bruges, dans Ann. de la Soc. d'émulat. de Bruges, xlix,
1899; L, 1900. — C. Robinson, S. Ch. and Switzerlaiid,
Bruges, 1912. — G. Romerio, S. C. a Varallo, dans II
Santuario di Varallo, i, 1909, n. 10; San C. B. collezionista
di medaglie, dans Rivista ital. di numismatica, m, 1913,
p. 441 sq. — G. A. Sassi. Archiepiscoporum Mediolanen-
tiunt séries historico-chronologica, m, Milan, 1755, p. 1117-
60. — I. Schuster, // IV" cent, délia nascità di S. C, Varèse,
1937. — P. Sevesi, S. C. B., arcivescovo di Alilano, card.
protettore 0. F. M. e terziario francescano, dans Studi fran-
txscani, nouv. sér., x, 1924, p. 133-43; S. C. B. e il ven.
Francesco Gonzaga per la seraflca riforma, ibid., nouv.
sér.. XI, 1925, p. 156-86; S. C. B. cardinale protettore del
ordine dei Frati Minori (1564-1572), dans Arch. franc,
hist., XXXI, 1938, p. 73-126, 387-437; S. C. B. e la congre-
gazione dei Amadeiti e dei Clareni (1567-1570), ibid.,
xxxvn, 1944, p. 104-64; S. C. B. e i Frati Minori délia
'serafica riforma, ibid., xxxviii, 1945, p. 231-313; S. C. B.
ed il P. Francesco Panigarola, O. F. M., ibid., xl, 1947,
p. 143-207. — F. Sprotle, Die synodale Tàtigkeit des Id.
K. B. nebst clu-onologisch geordneten Regesten ùber seine
erzbischôfliche Wirksamkeit, Oppeln, 1885 (ouvrage vieilli).
— A Steeger, Karl B. als Erzieher, dans Der Katholik,
1910-12, p. 321-28. — S. Sugenheim, Der hl. B. und die
Jesuiten, Leipzig, 1872. — H. Thurston, S. Ch. Borromeo
and the récent encgclica, dans The Month, fasc. dlvf, 1910,
p. 390-406. — G. Tononi, S. C. B. a Piacenza, Plaisance,
1910. — E. Wymann, Der hl. K. B. und die schweizer.
Eidgenossenschaft, Stans. 1903; Kardinal K. B. in seiner
Bezieliungen zur alten Eidgenossenschaft, Stans, 1910 (ces
deux articles avaient paru auparavant dans Der Geschichts-
freund, lii-liv et lxv-lxvi). ^
Roger MoLs.
CHARLES GARN 1ER (Saint), jésuite, un des
huit martyrs canado-américains canonisés le 29 juin
1930. Né à Paris le 25 (26) mars 1606, martyrisé à la
mission de S. -Jean le 7 déc. 1649. Il appartenait à une
famille considérée et eut trois frères dans les ordres.
Élève au collège de Clermont (plus tard Louis-lc-
Grand), entré au noviciat le 5 sept. 1624, il fut profes-
seur au collège de Clermont, puis à celui d'Eu, où il eut
comme préfet le 1'. de Brébeuf, expulsé de Québec
par les Anglais lors de la prise de cette ville (1629) et
rentré en France. L'influence de ce vétéran fut sans
doute à l'origine de la vocation missionnaire du jeune
professeur. Rentré au collège de Clermont pour y faire
sa théologie (1632-36), Charles Gariiier sollicita la
mission du Canada. II se heurta à une opposition
décidée de son père à rencontre de laquelle les suiié-
rieurs ne voulurent pas aller. Enfin M. Garnier se
laissa fléchir et, quelques mois après son ordination
sacerdotale qu'il reçut en même temps que S. Isaac.
Jogues, le P. Garnier s'embarqua à Dieppe le 8 avr.
1636, en compagnie des PP. Isaac Jogues et Châte-
lain. Arrivés à Québec le 10 juin, les PP. Garnier et
Châtelain partent le 16 juill. pour Trois-Rivières, pre-
mière escale de la mission huroune; le 21 juill., les
deux jeunes missionnaires vont à Ste-Marie se mettre
à la disposition du P. de Brébeuf, et y assistent à une
horrible scène de cannibalisme qui leur fait toucher du
doigt les difTicultés de l'évangélisation de ces peu-
plades farouches. L'épidémie de 1636, qui faillit com-
promettre à jamais la mission huroinie, lui fournit
l'occasion de se dévouer aux malades. En 1638 et
1639, il rayonne autour de sa résidence d'Ossossané
et, grâce à la maîtrise des dialectes qu'il acquiert, son
influence sur les sauvages s'accroît. En 1640, il est
envoyé chez la nation des Pétuneux en comjjagnie du
P. Jogues, mais s'y heurte à l'obstination de la popu-
lation, line seconde mission en 1641 rencontre moins
de préventions. En 1642 il est envoyé à la mission de
S. -Joseph et l'année suivante à Ste-Marie. En 1649,
au moment de la destruction de la mission de S.- Ignace
et du massacre des PP. de Brébeuf et Lalemant, le
P. Garnier se trouvait à S. -Jean, au pays des Pétu-
neux. Dans une lettre du 27 avr. adressée au P. Bon-
tard du collège de Bourges, il écrit : « Il faut que je vous
fasse participant d'une grande merveille de ce pays,
qui est de grande consolation. C'est qu'il a plu à
Notre-Seigneur de donner la couronne du martyre à
deux de nos Pères... Bénissez Dieu, je vous en prie,
(le la faveur qu'il a faite à cette mission. » Au mois de
nov., le P. (iarnier fut averti que cette mission se
trouvait elle aussi menacée. Le 7 déc, alors que par
une fausse manœuvre la bourgade se trouvait sans
défenseurs, l'irruption iroquoise se produisit. Le P.
Garnier courut à la chapelle pour exhorter les néo-
phytes et se rendit ensuite dans les cases yiour y
conférer le baptême. C'est dans l'exercice de ce minis-
tère qu'il fut surpris. Blessé d'un coup de feu et tombé
à terre, il cherchait à se relever pour continuer son
œuvre lorsqu'un Iroquois lui fendit le crâne d'un
coup de tomahawk.
Le P. Garnier se distinguait par sa charité, sa moi-
535
CHARLES GARNIER
- CHA KL E VOIX
53H
tiflcatioii et son abnégation. La Bse Marie de l'Incar-
nation écrivait dans une de ses lettres spirituelles :
« Il faudrait un gros livre pour décrire la vie de ce
Révérend Père. Il était éminemment humble, doux,
obéissant et rempli de vertus acquises par un grand
travail. On avait du plaisir à voir la suite de ses vertus
dans la pratique. II était dans un continuel colloque
et devis familier avec Dieu. »
P. de Charlevoix, S. J., Hist. de la Nouvelle France, Paris,
1644. — F. Rouvier, S. J., Les bienheureux martyrs de la
Compagnie de Jésus au Canada, 2' éd., Montréal, 1925. —
C. de Rochemonteix, S. J., Les Jésuites et la Nouvelle France
au XVII' s. .Paris, 1895-96. — Martyrs de la Nouvelle France,
extraits des relations et lettres des missionnaires jésuites,
publiés par G. Rigault et G. Goyau, Paris, 1925. — R. Go-
billot, Les premiers martyrs du Canada, Paris-Toumai, s. d.
A. De Bil.
1. CHARLES DE SA INT - BERNARD,
feuillant (t 1621). Né à Paris de la noble famille de
Texier, il entra en religion en 1613 et pratiqua les
vertus de son état à un degré remarquable. Sur l'ordre
royal, il dirigea la reprise par les feuillants du château
de Fontaine-lez-Dijon, où S. Bernard avait vu le jour
et où bientôt s'élèverait une basilique. Voir texte du
décret de Louis XIII dans Morozzo. Sa biographie a
été écrite par son confrère, dom Charles de Ste-Marie,
Paris, 1622.
Morozzo, Cistercii reflorescenlis, seu... Fuliensis..., Turin,
1690, p. 219. — AU. Zimmermann, Kalendarium benedic-
tinum, IV, Metten, 1937, p. 29.
J.-M. Canivkz.
2. CHARLES DE SAINT-BERNARD,
originaire de la famille Malleti. de Turin (t 1658).
11 entre chez les feuillants d'Italie en 161.3. Prédica-
teur, canoniste, théologien, il devient examuiateur
synodal, consulteur du S.-Offlce, supérieur du monas-
tère de Ste-Marie Consolatrice. Parmi ses ouvrages,
citons : Médilations, Turin, 165.5; Théologie morale,
Turin, 1656; De hierarchia et iure Ecclesiae..., Turin,
1660 ([)osthume).
Morozzo, Cistercii reflorescenlis, seu... Fuliensis..., Turin,
1690, p. 108. — Ch. de Visch, Auctarium ad Bibl. cisterc,
Bregenz, 1927.
J.-M. Canivez.
CHARLES DE SAINT-PAUL, feuillant
de la congrégation française, né à Paris de Félix
Vialart, maître des requêtes au Palais, et de Jeanne
Hennequin. Son origine, ses vertus, ses connaissances
acquises le firent estimer de tous. Abbé de Feuillant
d'abord, puis supérieur de sa congrégation (1637-40),
il fut nommé évêque d'Avranches en 1640. C'est dans
l'église des feuillants de Paris qu'il reçut le sacre
épiscopal (1642), en même temps que son neveu,
Félix Vialart, évêque de Châlons-sur-Marne. L'évêque
d'Avranches n'eut qu'un épiscopat de deux ans; il
mourait déjà en 1644. On a de lui : Géographie sacrée,
Paris, 1641 ; rééd., Amsterdam, 1703 et 1704; Tableau
de la rhétorique française, Paris, 1632 (assez pauvre);
Mémoires du ministère du cardinal de Richelieu, Paris,
1640, ouvrage condamné à être brûlé, mais cet arrêt
ne fut pas exécuté.
Gall. christ., xi, 502. — Ganis, 506. — Morozzo, Cistercii
reflorescenlis, seu... Fuliensis..., Turin, 1690, p. 35, 90. —
Ch. de Visch, Bibl. script, ord. cisterc, Cologne, 1656, p. 61.
J.-M. Canivez.
CHARLES DE SAINTE-MARIE, feuil-
lant de Paris, de son nom de famille, Lauson. Philo-
sophe et théologien, doué pour la prédication et ascète
sévère, il remjilit les fonctions d'abbé général de sa
congrégation (1634-37). Mort à Paris le 17 déc. 1659,
après quarante-quatre ans de vie religieuse. Il laissa
un ouvrage : Catalogus monuchorum qui inter Fulienses
sanctiiatis opinione claruerunt; Henriquez l'utilisa
pour son Menologium, Anvers. 1630.
Morozzo, Cistercii reflorescenlis, seu... Fuliensis..., Turin,
1690, p. 36, 78. — Ch. de Visch, BibL script, ord. cisterc,
I Cologne, 1656, p. 61.
; J.-M. C.\XIVEZ.
I CHARLES DE SEYN, abbé de Villers-en-
i Brabant (1197-1209). Originaire de Cologne, il entre à
l'abbaye cistercienne de Himmerode, prend part à
' la fondation de Heisterbach ou Val-S. -Pierre (1189) et
I y devient prieur. Comme abbé de Villers-en-Brabant,
i il se montre un modèle de vie sainte et contribue
j notablement à la prospérité de son monastère. Il
, entreprend la construction de bâtiments claustraux
i et achève l'admirable église abbatiale dont les ruines
grandioses sont toujours debout. Il jouit d'un crédit
considérable auprès du duc de Brabant et d'autres
princes : en 1207, le duc Henri I" le délègue à la diète
de Gelnhausen, tenue sous la présidence du roi des Ro-
mains, Philippe de Souabe. En 1209, il fait accepter
sa démission par l'abbé de Clairvaux, Conrad d'Urach,
jadis abbé de Villers, et il revient à Himmerode. Mais
contrairement à ses désirs et à son espoir de vivre
caché, l'abbaye naissante de Ste-Agathe (plus tard
I occupée par des moniales) le réclame pour prélat.
I II sauva de la ruine ce pauvre monastère et y décéda
i vers 1215. Il n'est pas solidement établi qu'il jouisse
d'un culte immémorial.
A. S., janv., m, .591, texte un peu interpolé. — M. G. H.,
I .sa., XXV, 220 : Vita Karoli, par un contemporain, éd. G.
I Waitz. — Gall. christ., m, 586, 1024. — Martène, Thé-
saurus..., m, 1311, interpolé. — Éd. de Moreau, L'abbaye
lie Villers, Bruxelles, 1909, p. 40 sq. — Studien und Mittei-
lungen..., 1909, p. 327. — A.-N. Zimmermann, Kalenda-
! rium benediclinum, r, Metten, 1933, p. 141.
,I.-M. Canivez.
CHARLES - JOSEPH DE SAINT- BE-
I NOIT, feuillant, originaire de la famille Imbonati.
de Milan. A Rome, il fut élève de Bartolocci, qui en
fit un éloge sans réserve dans sa Bibliotheca magna
rabbinica de scriptoribus, iv, 1694, p. 229. Il fut chargé
parfois de remplacer son professeur, notamment au
collège des Néophytes. Il laissa un travail inédit :
Adventus Messiae ab haerelicorum ac judaeorum errori-
bus vindicatus...
Morozzo, Cislerrii reflorescenlis, seu... Fuliensis..., Turin,
j 1690, p. 1.32.
J.-M. Canivez.
CHARLES VERRI DE CRÉMONE, capu-
cin italien, moraliste (xvii" s.). Voir D. T. C, ii,
2274.
CHARLESTON, dioc. des États-Unis d'Amé-
rique, suffragant de Baltimore, érigé le 12 juill. 1820
et comprenant actuellement l'État de la Caroline du
Sud.
Évêques : John England, 1820-42. — Ignace A.
Reynolds, 1844-55. — Patrick N. Lynch, 1858-82. —
Henry P. Northrup, 1883-1916. — William T. Russell,
1917-27. — Emmet M. Walsh, 1927, transf. à Young-
stown, 1949. — John J. Russell, 1950.
Cath. Enc, m, 630-31. — Cath. Directory, 1950, p. 28.')-
87. — Ann. pont., 1948, p. 106.
É. Van Cauwenberoh.
CHARLEVOIX (Piehre-François-Xavierde).
jésuite, né à S. -Quentin le 29 (24) oct. 1682,
mort au collège de La Flèche le 1" févr. 1761. Il
entre au noviciat le 15 sept. 1698. De 1705 à 1709 il
est professeur au collège de Québec, puis il revient en
; France pour y faire ses quatre ans de théologie au
i collège Louis-le-Grand et voyage en divers pays. Il
manifeste son intérêt pour les missions de la Com-
pagnie, dont il sera appelé l'Hérodote, par une œuvre
de jeunesse : Hist. de l'établissement, du progrès et de
In décadence du christianisme dans l'empire du Japon,
r)37 CHAHJJ'.VOl X
1715 (traduite en anglais la même année). Plus tard
il reprendra son sujet sur une base plus large et
avouera, dans la bibliographie critique à la fin de l'ou-
vrage, s'être mépris sur plus d'un point dans cette
cpuvre de jeunesse.
En 1720 il rentra au Canada chargé d'une mission
d'information parle duc d'Orléans, régent du royaume
pour le jeune Louis XV. Le traité d'Utrecht avait
compromis le commerce extérieur du Canada. Dès
1717 on élabora le projet de rechercher une route vers
la mer de l'Ouest qu'on appelait mer Vermeille, qui
devait conduire aux relations avec le Japon et la
Chine. C'était une variante de la recherche du pas-
sage vers le Nord-Ouest qui avait lianté Gavelier de
la Salle. On se faisait une idée fausse de la largeur du
continent nord-américain. Charlevoix devait parcourir
les diverses parties de la Nouvelle France et prendre
partout des informations sur cette route. Parti de
Paris en juin 1720, il débarqua à Québec fin sept. La
saison ne se prêtant pas au voyage, il parcourut la
colonie canadienne, recherchant partout des voya-
geurs susceptibles de l'informer. Au début de mai
1721 il entreprend son voyage par Catarakoni, Nia-
gara, Détroit, Michillimakinac, Michigan, les grands
lacs, la rivière des Illinois, gagne le Mississipi, la Nou-
velle-Orléans, l'embouchure du grand fleuve et s'em-
barque pour S.-Domingue; mais il fait naufrage en
face des Bahamas, retourne au Mississipi par la côte
de la Floride, reprend son voyage vers S.-Domingue
et débarque au Havre le 26 déc. 1722. Reçu par le
régent le 13 janv. 1723, il lui expose les résultats de son
expédition et signale deux moyens de rechercher la
route de l'Ouest : remonter le Missouri ou établir une
mission chez les Sioux. Quand on se décide pour la
seconde solution, il s'ofïre pour la mission. A partir de
ce moment sa vie est consacrée à l'histoire du Nouveau
Monde.
En 1724, il publie la Vie de la Mère de l'Incarna-
tion, en exécution d'une promesse lors d'un grand
danger. La Vie est précédée d'une longue préface
apologétique sur la mystique, intéressante comme
caractéristique de l'attitude du xvii^' s. envers la
mystique. En 1730, il publie son Histoire de l'Isle
espagnole ou S.-Domingue, d'après les notes du P. J.-
B. Le Pers pendant vingt-cinq ans missionnaire en
cette île, mais aussi d'après de nombreux documents
originaux du ministère de la Marine. De 1733 à 1755,
il est attaché à la direction du Journal de Trévoux et y
public de nombreux articles, entre autres son plan
pour une histoire du Nouveau Monde, reproduit à la
fin de son histoire de la Nouvelle France. En 1736,
il publie son Hist. et description générale du Japon,
œuvre de compilation basée en partie sur l'histoire du
Japon et du Siam de Kaempfer. Sa bibliographie
critique à la fin de l'ouvrage (vol. ix) dénote un grand
souci d'information. Il semble avoir lu tous les
mémoires publiés sur cette matière. En 1744 paraît
la première édition de son Hist. et description générale
de la Nouvelle France, 6 vol., œuvre de première
importance pour l'histoire de l'ancienne colonie
française d'Amérique. Il y a joint son journal de
voyage sous forme de lettres à la duchesse de Lesdi-
guières, qui contient de nombreux détails intéressants
sur les diverses nations indiennes. Enfin eu 1756, il
donne Hist. du Paraguay. Contrairement aux ouvrages
précédents, on n'y trouve pas de bibliographie systé-
matique, mais nombre de pièces justificatives qui
prouvent son souci de documentation originale.
C. de Rochemonteix, S. J., Les jésuites et la Nouvelle
France au XVIII' s., i. — Sommervogel, ii, 197.)-80.
A. De BlL.
CHARLIER (GiLLKs). Voir Carlieh, xi. 1046-
10.50.
- CHAHMKNA 538
CHARLIEU (S.-Étienne), Carus locus, Cari-
\ locus, dioc. de Mâcon, auj. de Lyon, arr. de Roanne
j (Loire). Abbaye de bénédictins, fondée vers 876 par
I Ratbert, évêque de Valence, et Édouard, son frère,
sur leurs propres terres. Le premier abbé fut Gausmar.
En 946, ce monastère passa à Cluny, mais il lui fut
enlevé bientôt par le seigneur Sebo ou Sobo, qui le
restitua sous l'abbé Aimard. Cependant, Odalric,
archidiacre et plus tard archevêque de Lyon, contesta
aux Clunisiens la possession de Charlieu, mais, à son
' tour, il le leur rendit sous l'abbé Odilon, qui fit recons-
; truire les bâtiments conventuels avec l'église, consa-
crée en 1094 sous le vocable de S. Fortunat. Charlieu,
qui était déjà réduit au rang de prieuré en 1034,
comptait en 1412 vingt-six moines. Il fut frappé par
les édits de 1768 et de 1773, et supprimé définitive-
ment en 1789. Les édifices claustraux disparurent
presque tous en 1792. Subsistent encore une partie de
l'église, avec son porche célèbre (xii» s.), les cloîtres,
la salle du chapitre, et une grosse tour.
Abbés et prieurés connus : Gausmar, abbé en 876. —
Ingelarius, 887. — Robert, 1034. — Achard, xii« s. —
Guillaume, 1145. — Altard, 1180. — Guillaume de
Espinacia, 1412. — Simon de Ronchival, 1428. —
Jean de Magdalena, 1518. — Claude de Magdalena,
1527. — Gabriel de Roquette, év. d'Autun, échangea
Charlieu contre le prieuré de Val-Benoît, dans son
diocèse, 7 avr. 1697. — Bertrand de Senaux, aupara-
vant prieur de Val-Benoît, 7 avr. 1697.
Dr Barbat, Charlieu. Ses monuments, son abbaye, 2' éd.,
I Charlieu, 1925; Dévastation du prieuré de Charlieu pendant
! la Révolution, dans Ann. de l'Acad. de Mâcon, III" sér., xv,
1910; II» part., p. 309-15. — A. Bruel, Mémoire de l'abbé
de Cluny [Bertrand 1" de Colombier] contre les entreprises
[ de Guichard VI, sire de Beaujeu, sur les droits de l'abbaye
■ et des prieurés de Charlieu et de Salles en Beaujolais ( 1305),
! dans Bull, philol. et hist. du Comité des travaux hist., Paris,
j 1917, p. 239-45. — Chevalier, T. B. — Cottineau, 707. —
j J.-B. Desevelinges, Hist. de la ville de Charlieu depuis son
origine, Roanne, 1836. — Galt. clvist., iv, 1111. — Mabillon,
Ann. O. S. B., lu, 183, 192, 222, 257, 403, 486; vi, 205. —
A. Rhein, Charlieu, dans Congrès archéol. de France, sess.
Lxxx, p. 242-69. — N. Thlollier, etc., Fouilles à Charlieu
sur l'emplacement de l'église S.-Fort, dans Bull, de la Diana,
XXII, 1926, p. 475-500. — J. Vallery-Radot, Les analogies
des églises S.-Fort de Charlieu et d'Anzy-le-Duc, dans Bull,
monum., lxxxix, 1929, p. 243-68.
R. Van Doren.
CHARLOTTETOWN, dioc. du Canada,
comprenant l'île du Prince-Édouard, située dans le
sud du golfe du S. -Laurent; il fut érigé en vicariat
apostolique le 23 nov. 1818 et en évêché le 11 août
1829, dépendant depuis 1852 d'Halifax.
Évêques : Bernard A. Me Eachern, 1829-35. — Ber-
nard D. Me Donald, 1837-59. — Peter Me Intyre,
I 1860-91. — James Ch. Me Donald, 1891-1912. —
Henry J. O'Leary, 1913-20. — Louis J. O'Leary, 1920-
30. — Joseph A. O'Sullivan, 1931-44. — James Boyle,
1944.
I Cath. Enc, m, 632-33. — Calh. Directory, 1943, III» part.,
p. 73-74. — Ann. pont., 1948, p. 106.
I É. Van Cauwenberoh.
CH ARM EN A (Xappaiva, Xap^éva), évêché de
la province de Thessalie, dépendant de Larissa. Il ne
paraît qu'à une époque tardive parmi les nombreux
sièges épiscopaux qui pullulèrent dans la région aux
xin« et xiv« s. (G. Parthey, Hieroclis Hynecdemus et
Notitiae graecae episcopatuum, Berlin, 1866, p. 121,
218, 260). On n'en connaît aucun évêque. Du moins
les documents patriarcaux fournissent deux rensei-
gnements sur son compte. En août 1317, une décision
du patriarche Jean XIII Glykys permet au métropo-
lite de Larissa, qui ne peut rentrer dans son éparchie
I à cause de la guerre, d'exercer dans celle de Charmena
CHAH MENA — CHARHOUX
540
ses pouvoirs épiscopaux : ofrices publics, ordination de
diacres et de prêtres, etc., à l'exclusion du trône
épiscopal (Miklosich-Miiller, Acta et diplomata graeca
medii aevi, i, 79-80). En cet. 1318, le même patriarche
déclare que l'évêque de Charmena n'a aucun droit
sur le monastère patriarcal twv Mapuapiôtvoov, bien
qu'il soit voisin' de son siège (Miklosich-MûUerj i, 88).
Le titre de Charmena est inconnu des listes de la
Consistoriale.
R. Janin.
CHARMOYE (La), Charme.ia, Camiria, an-
cienne abbaye cistercienne fondée en 1167 par
Henri I", comte palatin de Champagne, comm. de
Alontmort (Marne), dans, les l)ois de Charmes, non
loin d'iïpernay, dioc. de Ghâlons. L'abbaye de Vau-
clair, tille de Clairvaux, fournit les moines. En 1275,
l'abbé de La Charmoye fut déposé par le chapitre
f^énéral de Cîteaux; il faisait partie de ce groupe de
neuf abbés qui s'étaient insurgés contre les définiteurs
(lu chapitre; deponnnlur in instanti, dit le décret. On
signale également en 1454 la déposition de l'abbé
Jean de Saint-Éloi; le cas fut assez grave pour que le
chapitre général crût devoir lui-même nommer à la
prélature vacante, supprimant ainsi l'élection cano-
nique. On choisit un religieux de Clairvaux, Nicolas
de Milleville, qui démissionna six ans après. La com-
mende ne put faire qu'un essai à La Charmoye. En
1602, Octave Arnolfini fit profession monastique, se
transformant ainsi en abbé régulier. On eut ensuite
Étienne Maugier, l'un des chefs de l'étroite obser-
vance, fougueux abstinent, dont les allures aggres-
sives nuisirent beaucoup à la cause qu'il défendait.
L'année 1697 vit l'élection du savant Paul- Yves
Pezron. La suppression de l'abbaye à la fin du xvni» s.
n'y trouva même plus dix religieux.
Série des abbés : 1. Bernard, 1167-73. — 2. Jean l",
1183. — 3. Joscelin, 1192-1200. — 4. Évrard, 1207. —
5. Arnold, 1220. ^ 6. Léodegaire, 1223. — 7. Jean II,
1235. ~ 8. Guillaume, 1246. — 9. Égide, 1250. — 10.
Jean III, 1266. — 11. Garnier, 1299. — 12. Jean IV,
1360. — 13. Égide Baudonnart, 1445. — 14. Jean de
Saint-Éloi (Gall. christ. : Philippe), déposé en 1454. —
15. Nicolas de Milleville, démissionna en 1460. — 16.
Baudouin Caulier, 1460. — 17. Jean de Longpré (Galt.
christ. : Sompuis), 1463. — 18. Jacques de Tournai,
1474-93. — 19. Claude Duplessis, 1497. — 20. Jacques
Duplessis, 1506-11. — 21. Jacques du Chesnel (Gall.
christ. : Quesnet), 1524. — 22. Eustache du Bellay,
év. de Paris, commendataire, 1543. — 23. François
de Tournon, cardinal, 1550. — 24. François des Es-
sarts, 1550-77. — 25. Philippe Porcherot, 1577. — 26.
Simon de Sommière, 1587. — 27. Octave Arnolfini,
1602. — 28. Étienne Maugier, th. dr., f 1637. — 29.
Étienne le Gendre, 1647. — 30. Charles Bourgeois,
th. dr., 1667. — 31. Étienne Guérin, th. dr., 1680. —
32. Thomas Chevalier, th. dr., f 1697. — 33. Paul-
Yves Pezron, démissionna en 1702, f 1706. — 34.
.Jacques Noël (Gall. ctirist. : Nouet), th. dr., 1702-26.
— 35. Siméon Hénault, 1726, t 1733. — 36. Mallon-
Nicolas Gruel, 1 734. — 37. Martian, 1 765. — .38. Simon
Louvet, 1771.
Archives : dép. de la Marne : 12 reg., 31 lia.sses, 1 plan;
(l^p. du Nord, 3.3, H, n. 2 : sceau de Pierre, abbé rte La
Charmoye; Paris, Bibl. nat., nis. fr. 20892, n. 71. — Éd. de
liarthélemy. Recueil des chartes de La Charmoye, Paris,
1886 (recueil factice d'actes des années 1169-1355, dit Stein,
n. 1794). — Cottineau, 708. — Gall. christ., ix, 970. —
Janauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p. 155. — Man-
rique, cisterc, Lyon, 1642, année 1167, ix, l;t. iv,
r>(iï. — Slaliiia cap. gen. on/, cisterc, i-viii, éd. de Lou-
vain, 1933-41, passim.
J.-M. Ganivez.
CHARON, Gratta B. Mariae, de Carone, Ja-
riintn. ancienne abbaye cistercienne au pays d'Aunis.
Le roi d'Angleterre, Richard Cœur de Lion, avait
voulu cette fondation en ce lieu qui relevait de lui en
tant que duc de Normandie et d'Aquitaine, 1189
(Gall. clirist., ii, Instr., 388). Des moines venus de
La Grâce-Dieu, dioc. de Saintes, s'installèrent en
1191 près de l'Océan, à trois lieues de La Rochelle,
jadis dioc. de Saintes. Les auteurs du Gallia reprodui-
sent l'inscription lapidaire de la porte d'entrée; elle
cite les grandes étapes de l'abbaye : détruite en 1562
par les huguenots, elle fut restaurée en 1614 par le
prieur Pierre Bagon, qui fit la même besogne à l'ab-
baye des Châtelliers et à celle de Boschaud. En 1714,
Charron ne comptait plus qu'un seul religieux; ils
étaient quatre en 1768.
Série incomplète des abbés. — 1. P., 1204. — • 2. An-
dré, élu à La Grâce-Dieu, 1408. — ■ 3. Nicolas, 1441. —
4. Jean I", 1451. — 5. Jean II Assille. 1464-80. — 6.
Hilaire Chapperon, 1527. — 7. Hubert de Prie, com-
mendataire, 1535-64. — 8. François Bonnault, 1590.
— 9. Jacques Jousselin, aumônier du roi. — 10.
Jean-Raymond Ferrier, 1676-1714.
Archives : dép. de Charente-Infér., H, 21-31 : 12 articles,
copie de titres de 1188 à 1789, procès-verbaux de visites
(xviii" s.); La Rochelle, bibl. municipale, mss. S3; 95-96,
p. 367; 123, fol. 5; 283, fol. 7; 621, fol. 187; Paris, Bibl.
nat., ms. lat. 12858; ms. /r. 20901, n. 81. — Cottineau, 710.
— Gall. christ., u, 1399. — Janauschek, Orig. cisterc.
Vienne, 1877, p. 194. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon,
1642, année 1191, vu, 7. — Meschinet de Richemond,
Cartulaire de l'abb... Choron en Aunis, La Rochelle, 1883.
— Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain, 1933-
41, paisim.
J.-M. Canivez.
CHARPUT, Kharput. Voir Hesna de Zaid.
CHARROUX (S. -Sauveur ou Ste-Croix),
Carrofwn, Carrofense, arr. de Civray (Vienne), dioc. de
Poitiers. Abbaye de bénédictins, fondée vers 785 par
Roger de Limoges et sa femme Euphrasie. Ce monas-
tère attirait de nombreux pèlerins à cause de la pré-
sence de reliques importantes, notamment une par-
celle de la croix, envoyée, dit Adhémar, à Charle-
magne par le patriarche de Jérusalem, ou, d'après une
autre tradition, remise par le pèlerin breton Fréde-
land à Roger de Limoges. Gharroux fut l'objet de
plusieurs donations de la part de Louis le Pieux. Très
éprouvé par la guerre de Cent ans, ensuite par les
guerres de religion, et quoique unie, en 1587, à la
congrégation des Exempts, l'abbaye ne parvint pas à
se relever. Quand, en 1760, elle fut unie au chapitre de
Brioude, il n'y avait que huit religieux, qui n'obser-
vaient plus la vie commune. L'église et le monastère
furent détruits au commencement du xix« s. Il en
subsiste pourtant un magnifique clocher octogonal,
construit entre 1028 et 1047. Le trésor des reliques fut
transféré à l'église S.-Sulpice (xii'' et xv« s.).
Liste des abbés : Dominique. — • David, 799. —
Justus, 817. — Gombald I", 830. — Walafrid, 869. —
Guillaume I", 862, 869. — Frotarius. — Grinferius,
879. — Alboin, 937, devint év. de Poitiers. — Adal-
bald. — Pierre l", simoniaque, expulsé par Guillaume
d'Aquitaine, qui fit appel à des moines de S.-Savin
pour réformer Charroux. — Gombald II, 1014. -
GolTred I", 1017, f 1"18. -- Hugues I", f 1017.
Rainald ou Réginald. - Fulcherius, 1028, 1040. -
Hugues II, 1050, 1061. — Kulrad (Fulcaud), 1088.
Pierre II, 1140. — Fulcald, 1147. — Guillaume II,
1180, 1187. — GolTred II, 1195. — Guillaume III.
1203. — Hugues III, 1208, 1210. — Jourdain II,
1217. — Émeric, 1217, 1220. — Jourdain III, 1234,
1269. — Pierre III, 1279, 1282. — Gui de Baussay. —
Raimond de Chàteauneuf, 1295, 1308. — Pierre IV
Bertaud, 1340. — Matthieu, devint év. d'Aix en Aqui-
I taine, en 1.358. •- Pierre V la Flotte. 1372. — Gérald
r./i1 CUAKHOIJX
(le Jovion, devint abbé de S. -Martial et de S.-Martin de
Limoges. — Bertrand, 1398. — Adhéinar, 1390. —
Guillaume IV Robert, 1444. — Jean I'""' Chaperon,
1 444-1447. — Louis Fresneau, abbé commendataire,
1481. — Godefroid III de Cluys de Briantes, abbé
régulier, 1504-1507. — Pierre VI Chateigner de la
Hocheposay, 1251, 1555 (?), donna Charroux en
échange de l'abbaye de La Grenetière. — Lazare de
Haïf, abbé de La Grenetière. — René (Louis) de Dail-
lon, év. de Luçon, abbé de Charroux de 1559 à 1567. —
l^antaléon de la Rochejaiibert, 1588. — l'Yançois de
la Hochejaubert, lti14. — Jean II de la Rochejau-
bert, 1(535. — .lean III Armand, card. du Plessis de
Richelieu. — Richard Smith, Anglais, év. de Chalcé-
doine, l(>48. -.Iules, rard. Mazarin, 1650. — Louis II
Maurice de la Trémoille, comte de Laval, 1651, t 1681.
- Frédéric-Guillaume de la Trémoille, prince de Tal-
mont, obtint les abbayes de son oncle, en 1681; il
quitta l'état clérical en 1689. — Charles F"rotier de la
Messelière, doyen de S.-Hilaire de Poitiers, 1689-
1708.
Abbaye S.-Sauveur. Charroux, son abbaye, ses reliquaires,
Poitiers, 1896. — Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés...,
III, 228. — Berlière, La congr. bénéd. des Exempts de France,
dans Revue bénéd., 1897, p. 413. — Besly, Hist. des comtes
de Poitou, 149-64. — G. Chapeau, L'église abb. de Charroux,
dans Bull, de la Soc. de.s antiq. de l'Ouest, III« sér., vui,
1929, p. 503-33; Fondation de l'abb. de Charroux, ibid., vu,
1926, p. 471-508; Les grandes reliques de l'abb. de Charroux,
ibid., 1928, p. 101-28. — Chevalier, T. B., 660. — Cotti-
neau, 711. — P. de Monsabert, Chartes et documents pour
servir à l'histoire de l'abb. de Charroux, Poitiers, 1911 (éd.
277 chartes [ix'-xviii« s.], un pouillé des bénéfices et la
liste des abbés). — Comte de Saint-Saud, Églises du Péri-
gord dépendant d'abbayes poitevines, i, Abb. de Charroux,
dans Bull, de la Soc. hist. et archéol. du Périgord, xlviii,
1921, p. 139-43. — Gall. christ., ii, 1277. — H. L. Fr., v,
39-40.
R. Van Doren.
CHARSZEWSKI (Raymond a sancto Casi-
miro, O. P.), év. de Théodosie, t v. 1659. Frère prêcheur,
il enseigna d'abord quelque temps à l'université de
Cracovie, puis fut envoyé en Crimée pour évangéliser
les Tartares et secourir les nombreux chrétiens captifs
en cette région. Son apostolat fut des plus féconds : au
seul centre de mission existant à son arrivée, celui de
Théodosie. il ajouta ceux de Kara-Su-Basar, Bakczy-
seraï et d'Eupatoria, puis quelques groupements de
moindre importance, de chrétiens on de catéchumènes,
qui tous restaient sous sou influence directe. Il fut
promu au siège de Théodosie vers 1658 et y mourut
vers 1659. Il a laissé une curieuse Succincta relatio de
statu missionis Tarlariae facta, où il décrit l'état de
ces chrétientés et esquisse son action apostolique et
pastorale à l'époque de la révolte des cosaques contre
l'État polonais; les confins sud-est de ce pays étaient
alors dévastés par de continuelles invasions tartares et
des déportations de chrétiens.
S. Baracz, Rys dziejow zakonu Kaznodziejskiego w Polsce,
II, Lwow, 1861, p. 57. — R. Loenertz, Le origini delta mis-
sione seicentesca dei Dominicani in Crimea, dans Archiv
Fr. Praedic, v, 1935. — .M. Dynowska, R. Charszewski,
dans Polski Slownik Hiograficzng, m, Cracovie, 1937, p. 265.
J. OSTROWSKI.
1. CHARTIER (.\lain), poète, orateur et
homme politique. Xé à Bayeux, à une date non jiré-
ci.sée, mais certainement antérieure à 1395, il était fils
de .lean, bourgeois de cette ville, mentionné en 1387
et en 1404. Il étudia à l'université de Paris el ses pre-
miers vers. Le loi de plaisance, dateraient de 1414.
C'est peu après la bataille d'Azincourt qu'il composa
le premier de ses ouvrages célèbres, Le livre des quatre
dames, qui traite de quatre personnes ayant perdu
dans la défaite leurs chevaliers : l'un a été tué, un
autre a été fait prisonnier par les Anglais, le troisième
- C H A riTfl'. U
a disparu et le dernier s'est déshonoré jiar la fuite; cha-
cune d'elles se juge la plus malheureuse. Chartier
s'était rendu à Paris lors de l'occupation de la Nor-
mandie par les Anglais et il adressa à Charles VI, en
1418, une épître de félicitations au sujet du maintien
des privilèges de l'Église gallicane. Il fut alors attaché
à la personne du dauphin dont il adopta la cause et
écrivit, avant le 4 juin 14'20, une lettre à l'université
de Paris pour défendre les droits de l'héritier de Char-
les VI, qu'il suivit dans sa retraite. Il vécut alors à la
cour et les comptes du dauphin le montrent recevant
des sommes assez considérables. Le spectacle de cette
cour oisive, ni édifiante ni sincère, lui inspira beau-
coup de ses œuvres qui peuvent être placées entre
1421 et 1428. Le quadrilogue invectif, que l'on date de
1422, met face à fa(* la France et les trois ordres, et
il est peu d'ouvrages où il y ait autant de poésie que
dans ce chef-d'reuvre de la prose française : la France
expose ses malheurs et supplie ses habitants d'avoir
pitié de leur mère, le peuple reproche aux nobles de
le pressurer et de vivre sur lui, la noblesse répond en
blâmant ses excès, les meurtres et insurrections, le
clerc se pose comme juge entre eux et est assez ménagé
par l'auteur. Il n'en est pas de même dans un de ses
livres postérieurs, Le livre de l'espérance ou consolation
des trois vertus (foi, espérance et charité), qui prend le
clergé violemment à partie et lui rei)roche avec verve
et éloquence la frivolité de sa vie et la dissolution de
ses mœurs : « Les nuits leur ont été trop courtes pour
leurs dévergondées plaisances et les jours trop brefs
pour dormir. » Le curial, apparemment de la même
époque, rédigé en latin et traduit en français par un
inconnu, est une satire amère contre la cour. Dans le
Dialogus familiaris amici et sodalis, il se pose en mora-
liste et dit que ce sont les mauvaises mœurs qui
causent la ruine de la France.
Entre temps, il avait été chargé de missions diplo-
matiques. Il avait peut-être été marié, mais en 1425
il était clerc, sans avoir reçu les ordres, et possédait
l'église de S. -Lambert au diocèse d'Angers; en 1426,
il avait un canonicat à Tours, et devait alors être reli-
gieux. En 1425 il avait été envoyé en Allemagne vers
l'empereur Sigismond pour tenter, mais inutilement,
d'obtenir un secours ou une intervention en faveur de
la paix; il prononça la harangue aux hussites pour les
ramener à la vraie foi. Son ambassade se continua
par Rome vers le pape Martin V, puis par Venise.
L'année suivante, il fut envoyé vers Philippe le Bon,
duc de Bourgogne, toujours à la recherche de la paix,
mais cette « paix heureuse, fille du Dieu des dieux »,
ne produit de fruits, dit-il, que si elle est dans les
âmes. En mai 1428 il fut envoyé en Écosse pour renou-
veler les alliances et négocier le mariage du jeune
dauphin avec Marguerite d'Écosse, mission accomplie
avec succès et dont la jeune princesse lui sut gré, si
l'on ajoute foi à la légende d'après laquelle il aurait,
étant endormi, reçu d'elle un baiser, en dépit de sa
laideur mais par amour et estime de la poésie. La
dernière œuvre d'Alain Chartier est la lettre à l'em-
pereur Sigismond sur Jeanne d'Arc (1429); il mourut
])robableinenl à la fin de cette- année, peut-être à
Avignon. Il est encore l'auteur de beaucoup d'autres
pièces, discours, rondeaux, ballades et chansons,
d'un poème, La belle dame sans merci, ou il se présente
comme le plus dolent des amoureux et qui a beaucoup
contribué à sa réputation. Ses Œuvres ont été publiées
en 1529 par (ialiot LJu Pré, puis en 1617 par A. Du-
chesne, ce dernier ouvrage contenant du reste des
travaux qui lui sont attribués à tort.
(jomnie écrivain politique, Alain Chartier est par-
tisan du dauphin, de la résistance à l'Angleterre, de
l'unité nationale, pressant le duc de Bourgogne (Le
lui] lie pair) de nirmtrer qu'il est né en France et
543
CHA HTIER
- CHARTRES
544
d'oublier le temps passé. Il ne craint pas de mécon-
tenter le monde en dénonçant la paresse des nobles,
la lâcheté du « fol peuple qui ne désire que mutation »,
du clergé qui de biens temporels a pris un tel faix « qu'il
le courbe tout vers la terre et le destourbe à regarder
sus aux cieux ». Certaines apostrophes annoncent
Bossuet : « O rois de la terre qui séez en chaire trem-
l)lante et commandez par autorité décevable sur le
le peuple pervertible, retenez cette leçon du roi des
cieux qui siet en trône perdurable, dont le royaume
ne se peut changer ne l'autorité contredire. Votre
règne faut avec la vie, le sien seigneurit sur la vie et
sur la mort de tous et de toutes choses. » « Celui qui
tout peut, déport et retranche les puissances et de sa
perdurable éternité mue les choses qui sous le temps
décourent. «
(i. de Beaucourl, Les Chartier, 1869. — Notice par Char-
pennes, dans l'éd. de La belle dame sans merci, 1901. —
Notice par E. Droz, dans Le quadrilogue inueclif, 1923. —
Notice par R. Bouvier pour le même, 1944. — P. Cham-
pion, Hist. poétique du XV' s., i. — C. J. Hoffmann, Alain
Chartier, his works and réputation, 1942. — Le livre de F.
Perrot, Reclierches sur la fdiation de Guillaume, Alain et
Jean Chartier, 1900, est sans valeur.
M. Prévost.
2. CHARTIER (Guillaume), évêque de Paris.
Né à Bayeux et frère cadet d'Alain (v. notice), il fut
le premier « écolier », c.-à-d. boursier de Charles VII
encore dauphin. En 1432, qualifié « docteur fameux
en l'un et l'autre droit », il fut envoyé à l'université
de Poitiers, nouvellement fondée, pour y enseigner
le droit canon. Il possédait la cure de S. -Lambert de
Saumur, avait le titre d'archidiacre de Gand, de
conseiller-clerc au parlement de Poitiers en 1433. En
1435 il prit part aux négociations qui aboutirent au
traité d'Arras. En 1437 il était chanoine de Paris, fut
élu évêque en déc. 1447, sacré à S. -Victor et prit
possession le 4 avr. suivant. En nov. 1449 il fut en-
voyé en Normandie par Charles VII pour des confé-
rences avec les commissaires anglais. Il est mentionné
dans divers actes administratifs diocésains : il fait
faire, le 13 oct. 1449, une procession en action de
grâces pour la victoire de Formigny, bénit ou consacre
des chapelles ou églises à Charonne, à S. -Denis, à
Groslay, fonde une chapelle à Bayeux, remet en état
les domaines épiscopaux à Gentilly et à Moissy-
l'Évêque, est membre de la commission qui préside
à la réforme de l'Université, figure en 1455 au nombre
des commissaires délégués par Calixte II pour la
réhabilitation de Jeanne d'Arc. En 1459, faisant
partie de l'ambassade envoyée par Charles VII à
Mantoue, il fut reçu en audience par le pape Pie II
qu'il harangua, et le pontife loua l'élégance, l'art et le
charme de ce discours qui est conservé dans le ms.
lat. 8576 de la Bibl. nat. Il fut chargé, avec Thomas
de Courcelles, de la réforme de l'abbaye de Fonte-
vrault.
II assista aux funérailles de Charles VII et au sacre
de Louis XI, mais quand le nouveau roi vint à Paris,
l'évêque demanda et obtint le maintien des libertés
ecclésiastiques et du privilège claustral de Notre-
Dame. Lors de la Ligue du bien public, il prit parti
pour les mécontents et demanda au roi que les affaires
fussent conduites par « bon conseil ». Quand le roi
fut parti pour la Normandie, l'évêque entra en rela-
tions avec les princes confédérés au sujet de leur entrée
à Paris, ce dont le roi fut fort, mécontent. Chartier
mourut subitement le 1"' mai 1472. Il était, dit le
chroniqueur Jean Castel, « saint, bonne personne et
grand clerc ». Mais Louis XI, qui ne pardonnait pas,
exigea que l'on mît sur son épitaphe qu'il lui avait été
hostile et avait agi contre lui. L'inscription disparut
après la mort du roi et fut remplacée par un éloge.
[ II possédait un des exemplaires originaux du procès
de réhabilitation de Jeanne d'Arc, qui, maintenant
à la Bibl. nat., a servi à Quicherat pour son édition.
G. de Beaucourt, L^s Chartier, 1869. • — L. Jaunay, Les
éoêques et archevêques de Paris, 258-62. — Gall. christ.,
VII, 152. — Les histoires et clu-oniques de Charles VU
et de Louis XI.
M. Prévost.
I 3. CHARTIER (Jean), chroniqueur, xiv^ s.
I On manque de notions précises sur le commencement
( de sa carrière; on l'a longtemps dit frère d'Alain et de
i Guillaume et on l'a fait naître à Bayeux, mais rien
■ ne prouve la communauté de famille ou d'origine. La
I première mention que l'on trouve de lui est de 1430,
j où il est dit prévôt de La Garenne, ce qui en faisait un
des dignitaires de l'abbaye de S. -Denis et lui assurait
I de bons revenus. Il l'échangea, en 1433, contre la
prévôté de Mareuil-en-Brie. Il fut dans les années
suivantes désigné par l'abbé de S. -Denis comme son
procureur pour diverses affaires, administrait la
préceptorie et était, dès 1435, commandeur de l'ab-
t baye. En 1445 enfin, il recevait la dignité de grand
chantre. C'est à tort que Vallet de Viriville le fait
vivre jusqu'en 1470; le nécrologe de S. -Denis men-
tionne son décès à la date du 19 févr. 1464.
Il pourrait avoir commencé à s'occuper d'historio-
graphie à S. -Denis vers 1407, fut nommé en 1437 his-
toriographe de France et, vers la même époque, cha-
pelain du roi. En dépit de son titre, il ne paraît pas
avoir accompagné Charles VII ailleurs qu'en la cam-
pagne de Normandie de 1450; c'est à S. -Denis qu'il
recueillait les témoignages et renseignements qui lui
étaient utiles; les sources de sa chronique sont géné-
ralement de caractère officiel; il parle rarement en son
nom personnel. Cette chronique a été publiée pour la
première fois dans l'édition des Grandes chroniques de
1476-1477, de nouveau par Denis Godefroy en 1661
j et enfin par Vallet de Viriville en 1858-1859. Il est
! également l'auteur d'une chronique latine qui em-
I brasse la plus grande partie du règne de Charles VII,
puisqu'elle ne s'arrête qu'au milieu de l'année 1450,
et qui paraît avoir servi de canevas à la chronique
française; elle est conservée dans le ms. des Nouv.
ncq. lat. 1796, de la Bibl. nationale.
De Beaucourt, Les Chartier; Hist. de Charles VII. —
Vallet de Viriville, notice en tête de l'éd. de la Chronique
de Charles VII. — Ch. Samaran, La chronique latine inédite
de Jean Chartier, 1928.
M. Prévost.
CHARTRES. — i. VILLE ET faubourgs.
— I. Histoire sommaire. II. Origines chrétiennes.
III. Liste épiscopale. IV. Légendes. V. Pèlerinage.
VI. Cathédrale. VII. Chapitre cathédral et autres
chapitres. VIII. Écoles de Chartres. IX. Paroisses et
principales chapelles. X. Abbayes et principaux
prieurés. XI. Communautés et congrégations.
I. Histoire sommaire. — Située en grande partie
sur une sorte de promontoire triangulaire délimité de
deux côtés par les vallées de l'Eure et du ruisseau des
Vauroux, la ville de Chartres occupe une position dont
I la valeur stratégique a dil être reconnue dès les temps
[ préhistoriques. Là se trouvait, à l'époque gauloise,
1 un des centres de la peuplade des Carnutes, dont l'im-
mense territoire comprenait aussi la région de Gena-
bum, devenu plus tard Orléans. Après la conquête
romaine, la ville, appelée Autricum, devint, vers le
milieu du iii^ s., le chef-lieu de la civitas Carnotum,
comprise d'abord dans la province Lugdunensis, et
à la fin du iv« s. dans la Lugdunensis IV ou Senonia.
Les autres cités de la même province correspondaient
aux territoires de Sens (métropole), d'Auxerre, de
Troyes, d'Orléans, de Paris et de iMeaux. Ces terri-
toires deviendront les diocèses primitifs de la province
545 CHAR
ecclésiastique de Sens, auxquels on ajoutera plus tard
celui de Nevers.
Il ne reste à peu près rien de la ville d'Autricum. Un
mur paraissant du iii« s. et passant sous l'abside de
la cathédrale, mur dont on ne sait au juste s'il a appar-
tenu à une enceinte fortifiée ou à quelque monument
religieux ou civil; une stèle probablement funéraire,
ornée d'une effigie très fruste; un chapiteau de pilastre
corinthien; quelques fûts ou tronçons de fûts de colon-
nes et quelques chapiteaux de basse époque conservés
à l'église S. -Martin -au-N'al, dans un faubourg; quel-
ques restes d'aqueducs et d'égouts; voilà à peu près
tout ce qu'on peut mentionner en fait de vestiges
gallo-romains.
Comme plusieurs autres chefs-lieux, la ville perdit
son nom pour prendre celui de la cité : Autricum de-
vint Carnotum; ainsi est-elle appelée, à la fin du
ivî s., par Sulpice-Sévère. Sous l'influence d'un texte
bien connu de César (De bello gallico, VI), la forme Car-
nutum a prévalu à l'époque moderne, mais c'est Car-
notum que l'on trouve dans tous les textes ecclésias-
tiques jusqu'au milieu environ du siècle dernier.
Nous ne croyons pas utile de résumer l'histoire de
Chartres pendant la longue période qui s'étend de la
chute de l'Empire romain aux premiers Capétiens.
Cette histoire, d'ailleurs, est une suite de désastres. En
600, la ville fut saccagée par l'armée de Thierry, roi de
Bourgogne; elle fut incendiée, avec la cathédrale, par
Hunald, duc d'Aquitaine en 743. Nouvelle dévasta-
tion, accompagnée de massacres, en 858 par les Nor-
mands, qui revinrent en 911, mais furent défaits
devant les murs de la ville, sur lesquels l'évêque avait
arboré la « chemise » de la Vierge — nous verrons plus
loin ce qu'était cette relique — donnée à l'Église de
Chartres par Charles le Chauve.
A partir du x"" s., Chartres eut des comtes, dont le
premier fut Thibault le Tricheur; les comtes de Char-
tres eurent également sous leur domination Blois et
la Champagne. En 963, Richard, duc de Normandie,
en guerre avec Thibault le Tricheur, s'empara de la
ville qu'il dévasta. Avec le xi«^ s. commence une pé-
riode plus tranquille. Grâce à ses célèbres écoles, Char-
tres devient un centre intellectuel. En 11.50, S. Ber-
nard y prêche la seconde croisade.
Le comté de Chartres fut réuni à la couronne en
1286. Peu après, la ville obtint de Charles de Valois,
frère de Philippe le Bel, une charte de franchises muni-
cipales. Son état, à cette époque, est assez bien connu.
C'est une ville où le clergé exerce une influence pré-
pondérante, localité principale d'une région agricole
et viticole, où prospèrent le commerce et l'industrie
artisanale.
C'est dans la banlieue chartraine que fut conclu, en
1360, le traité de Brétigny. Plus tard, en 1417, le parti
bourguignon livra Chartres aux Anglais qui en restè-
rent maîtres jusqu'en 1432. Après les guerres des xiv^
et xv« s., Chartres connut une période de prospérité et
de tranquillité relatives qui dura jusqu'aux guerres de
religion. C'est à cette époque que le domaine de Char-
tres fut érigé en duché (1528). A partir de 1562, le
pays chartrain eut beaucoup à souffrir, mais du mohis
la ville de Chartres ne fut jamais au pouvoir des hugue-
nots qui, après l'avoir assiégée en mars 1568, furent
contraints de se retirer sans avoir pu y pénétrer.
Depuis l'avènement des Bourbons, la ville de Char-
tres, fortement intégrée à l'unité française, n'a guère
d'autre histoire que celle du pays tout entier. La
Fronde y causa quelques troubles. Les principaux
événements des xvii" et xviii« s. furent des visites
royales ou des pèlerinages de personnages illustres. La
Révolution s'y passa d'une manière plus calme que
dans d'autres villes ; cependant, quoi qu'on en ait dit —
des documents ont été systématiquement détruits —
TRES 546
il y eut des victimes, dont un prêtre, Jacques-Louis
Brière, guillotiné le 22 août 1794 pour cause de reli-
gion.
Supprimé par le Concordat, le siège épiscopal de
Chartres a été rétabli en 1817, en principe, mais seu-
lement, de fait, en 1821.
Depuis la Révolution, l'existence de Chartres est
celle d'une ville d'une certaine importance commer-
ciale, qui doit sa prospérité à sa situation au milieu
d'une région de grande culture. Au cours de cette
période, la ville a connu trois fois l'occupation étran-
gère. La dernière guerre lui a été particulièrement
funeste en raison de la destruction, le 26 mai 1944, de
sa bibliothèque où étaient rassemblées les richesses
littéraires de l'ancien chapitre de la cathédrale et des
autres établissements religieux antérieurs à la Révo-
lution.
La population de Chartres est actuellement d'un peu
plus de 27 000 habitants; elle paraît plus nombreuse
qu'à aucune époque du passé.
La ville a conservé en grande partie son aspect
ancien. Malgré le charme de ses vieilles rues, elle serait
une ville comme il y en a tant en France si elle ne
possédait sa prestigieuse cathédrale, chef-d'œuvre
de l'art gothique, dont la renommée mondiale attire
chaque année des milliers de pèlerins de l'art et de la
foi.
IL Origines chrétiennes. — Cette question —
fort heureusement — peut aujourd'hui être traitée
sans passion. Le temps n'est plus où un certain nombre
de membres de la Société archéologique d'Eure-et-
Loir réclamaient, et obtenaient, sous menace de
démission collective, la modification d'un passage de
l'introduction du Cartulaire de Noire-Dame de Char-
tres où l'apostolicité de l'Église chartraine était con-
testée. Le temps est également révolu où les repré-
sentants de l'école critique se croyaient obligés d'adop-
ter le ton du persiflage. La question, à notre avis, a
fait couler plus d'encre qu'il n'était nécessaire.
Il existe au sujet des origines chrétiennes de Char-
tres une opinion dite « traditionnelle » qui, en somme,
se base uniquement sur la Passion des SS. Savinien
et Potentien. Voici, en résumé, ce qu'on y lit.
Savinien, Potentien et leur compagnon Altin étaient
du nombre des soixante-douze disciples du Seigneur.
Ayant suivi S. Pierre à Antioche, puis à Rome, ils
furent par lui envoyés en Gaule. Ils se fixèrent d'abord
dans un faubourg de Sens, où ils convertirent Sérotin
et.Eodald, qui furent ordonnés diacres. De là, Savi-
nien, fondateur du siège de Sens, envoya ses compa-
gnons évangéliser d'autres cités : Altin et Eodald
visitèrent successivement Orléans, Chartres et Paris;
Potentien et Sérotin se rendirent à Troyes. Après
avoir annoncé l'Évangile au péril de leur vie, car il y
eut des martyrs parmi les nouveaux convertis, les
missionnaires revinrent à Sens pour y travailler, sous
la direction de Savinien, à l'établissement de la vraie
religion. Ils y terminèrent leur carrière apostolique
par le martyre qu'ils subirent à des dates différentes.
A Chartres, où une église avait été dédiée en l'honneur
de la Mère de Dieu par Altin et Eodald, la persécution
ordonnée par le gouverneur (praeses) Quirinus avait
fait des victimes, au nombre desquelles était une
vierge appelée Modeste. Les corps des martyrs avaient
été précipités dans un puits voisin de l'église.
Telle est, réduite à ses éléments essentiels, l'histoire
des origines chrétiennes de Chartres d'après la Passion
des SS. Savinien et Potentien.
Quelle valeur convient-il d'attribuer à ce document?
On en connaît le lieu d'origine : Sens. On en connaît
la date, passablement tardive : le troisième quart du
xi« s. L'auteur a utilisé certaines données topogra-
phiques, onomastiques ou liturgiques qui sont exactes
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
H. — XII. — 18 -
CHARTRES
548
et (loiiiient à son récit une certaine apparence d'au-
thenticité. Mais il n'est pas besoin d'une longue étude
pour se convaincre que ce récit fourmille d'invraisem-
blances et d'anachronismes. De plus, ainsi que l'a fort
bien fait remarquer Mgr Duchesne, « à Chartres, à
Troyes, à Orléans, on ne relève, sur ce fait de la mis-
sion, aucune tradition indépendante de celle-ci et
capable de l'appuj'er ». I.a Passion, in extenso ou sous
forme d'extraits, apparaît au xii" s. dans les manus-
crits liturgiques chartrains, mais, antérieurement à
cette époque, on ne trouve dans les documents d'ori-
gine locale aucun renseignement de nature à en confir-
mer les assertions. J,a Passion de S. Chéron, qui place
au I" s. la venue à Chartres de ce saint, n'y fait aucune
allusion.
Faut-il donc croire, avec le rédacteur des leçons du
l)réviaire chartrain de 1783, qu' « en raison des
malheurs des temps et de l'incurie des auteurs l'his-
toire des premiers évêques de Chartres est tellement
obscure que Dieu seul les connaît »? Ce serait pousser
trop loin le scepticisme. Chartres, nous le verrons,
possède une liste épiscopale de nature à inspirer con-
fiance. Le nom qui figure au troisième rang de cette
liste, Valentinus, est très probablement celui d'un
contemporain de S. Martin. En somme, il est prudent
de conclure avec Mgr Duchesne que le siège épiscopal
de Chartres est un de ceux dont la fondation « est une
conséquence de la tolérance religieuse pratiquée par
Constantin et proclamée par les édits de 311 et 313 ».
Remarquons d'ailleurs, toujours avec le même histo-
rien, qu'il faut distinguer entre la constitution des
Églises épiscopales et l'existence, qui peut remonter
plus haut, de fidèles isolés ou même de ])etits groupes
de chrétiens dans les principales localités de la Lyon-
naise. Bien avant que la Passion des SS. Savinien et
Potentien ait été connue à Chartres, on y honorait des
martyrs locaux : S. Chéron, S. Eman, S. Piat et S.
Prest, ces deux derniers confondus à partir d'une cer-
taine époque avec d'autres saints homonymes, et
Paris rendait un culte à S. Lucain, martyr in pago
Dunensi. N'oublions pas cependant que le seul de ces
martyrs dont l'époque soit certaine, S. Eman, n'a
vécu qu'au vi'' siècle.
IIL Liste épiscopale. — Chartres est en posses-
sion d'une liste de ses évêques que l'on trouve sous
diverses formes dans des documents manuscrits et
dans les ouvrages d'histoire ecclésiastique locale. Dans
les copies postérieures au xiv<^ s., cette liste renferme
des erreurs de plus en plus nombreuses et s'encombre
d'indications chronologiques manifestement fausses.
Le plus ancien document donnant la série des évêques
de Chartres est le ms. lai. 13758 de la Bibl. nat., pro-
venant de l'abbaye de Vendôme; on y trouve, de
première main, les noms des évêques qui se sont suc-
cédé depuis l'origine jusque vers 1160. Ce catalogue
inspire confiance, car, comme R. Merlet l'a remarqué
avec raison, « il ne contredit aucune des corrections
que les auteurs du Gallia christiana ont apportées aux
autres listes, soit d'après les souscriptions de conciles,
soit d'après des pièces authentiques. On doit donc lui
accorder une semblable autorité pour la succession des
évêques sur lesquels on n'a point d'autre moyen de
vérification, du moins jusqu'à ce qu'on ait de vérita-
bles preuves à ai)porter à rencontre ». Quant aux
évêques de la lin du xii" s. et des siècles suivants, ils
sont connus ])ar ailleurs et il ne peut y avoir de doute
sur leur identité et le temps où ils ont vécu.
Voici cette liste prolongée jusqu'à notre époque :
Adventus. — Optatus. — Valentinus (Sulpice-Sévère,
Dial., II, II). — Martinus. — Anianus (S. Aignan),
V. D. H. G. E., I, 1111-14. — Severus. — Castor. —
Africanus. — Posse.ssor. — Polochronius (d'après dom
Cl. Morin ce personnage et le précédent seraient des
j évêques de Vcrdim « réfugiés » à Chartres). — Palla-
I dius (nom omis par erreur dans la liste des Fastes épis-
\ copaux... de Duchesne). — Arboastus. — Flavius. —
I Sollemnis (S. Solenne, contemporain de Glovis; Vie
ancienne). — Adventinus (S. Aventin; concile d'Or-
[ léans, 511), v. D. H. G. E., v, 102.5. ~ Aetherius
I (conciles d'Orléans, 533, 538, 541). — Leobinus (S. Lu-
bin; Vie ancienne; conciles d'Orléans, 549, et de
Paris, 552). — Caletricus (S. Caletric; conciles de
Paris, 556, 573; de Tours, 567), v. D. H. G. E., xn,
281. — Pabulus (Papolus; conciles de Paris, 573; de
Mâcon, 585). — Boetharius (S. Béthaire; vers 600,
Vie ancienne), v. D. H. G. E., vin, 1244. — Magne-
bodus. — Sigoaldus. — Mainulfus. — Theodaldiis
(concile de Paris, 614). — Bertegesilus (concile de
Glichy, 627). — Malardus (S. Malard; privilège de
j Rebais, 637 ou 638; concile de Chalon-sur-Saône,
650). — ■ Gauzbertus (chartes de 660 et 667). — (irodo-
! bertus. — Deodatus. — Domo. — Probo (ou Promo).
j — Bertharius. — Bertegrannus. — Haiminus. — Hai-
[ gradus (ou Ageradus; concile de Rouen, 688 ou 689;
! charte de 696 ou 697). — Agatheus. — Leobertus. —
Hado. — Flavinus. — Godalsaldus. — Bernoinus
(concile de Paris, 839; mentionné en 836 dans la
Translation de S. Liboire). — Helias (concile de Beau-
vais, 845), t 853. — Burchardus (mentionné en 853 et
854). — Frotbaldus (assemblée de Bonneuil, 856),
victime des Normands en 857 ou 858. — Gislebertus
(divers conciles, 859-878). — Haimo (translation des
1 SS. Wandrille et Ansbert, 885). — Girardus (cité en
886 ou 887). — Haimericus (mentionné en 890 et 891).
— Wantelmus (mentionné en 911). — Haganus,
t 941. — - Rainfredus. — Harduinus. — Vulfaldo
(chronique de Flodoard, 962). — Odo, f 1003. —
Radulfus, 1004-06. — Fulbertus (S. Fulbert), 1006-
28. — Teodoricus, 1028-49. — Agivertus (ou Agober-
tus; chartes de 1052-60). — Hugo, simoniaque, déposé
] par Alexandre II vers 1063. — Rotbertus, f 1068 ou
\ 1069. — Arraldus (mentionné en 1070), t 1075. —
Robert dont l'élection fut annulée pour simonie par
Grégoire VII en 1076. — • Geoffroy, déposé par Ur-
bain II en 1089. — S. Yves, 1090-1115. — Geoffroy
de Lèves, 1115-49. — Goslein de Musy, dit de Lèves,
1149-56. — Robert, 1156-64. — Guillaume de Champa-
gne, 1164-76. — Jean de Salisbury, 1 176-80. — Pierre
de Celles, 1180-83. — Renaud de Mouçon, 1183-1217.
— Gauthier, 1217-34. — Hugues de la Ferté, 1234-3(i.
— AubryCornut, 1236-44. — Henri de Grez, 1244-46.
— Mathieu des Champs, 1247-59. — Pierre de Mincy,
1260-76. — Simon de Perruchay, 1276-97. — Jean de
Garlande, 1298-1315. — Robert de Joigny, 1315-26.
— Pierre de Chappes, 1326-27. — Jean Pasté, 1327-32.
— Aymeric de Chastellux, 1332-42, — Guillaume
Amy, 1342-49. — Louis de Vaucemain, 1349-56. —
Simon Lemaire, 1357-60. — Jean d'Anguerant, 1360-
68. — Guillaume de Chanac, 1368-69. — Guérin
d'Arcy, 1370-76. — Ebles du Puy, 1376-80. — Jean
Lefèvre, 1380-90. — Jean de Montaigu, 1390-1406. —
Martin Gouges de Charpaignes, 1406-15. — Philippe
de Boisgiloud, 1415-18. — • Jourdain des Ursins, 1418-
19 (ne prit pas possession). — .lean de Frétigny.
1419-32. — Robert Dauphin, 1432-34. - Thibaut
Lemoine, 1434-41. — Pierre de Comborn, 1441-43. -
Pierre Bèchebien. 1443-59. — Miles d'Iiliers, 1459-92.
— René d'Iiliers, 1492-1507. Érard de la Marck,
1507-25. — Louis Guillard, 1525-53. — Charles Guil
lard, 1553-73. — Nicolas de Thou, 1573-98. — Phi
lippe Hurault de Cheverny, 1598-1620. — Léonor
d'Estampes de Valençay, 1620-41. — Jacques Lescol,
1641-56. — Ferdinand de Neufville de Villeroy, 1657-
90. — Paul de Godet des Marais, 1690-1709. — Char-
les-François des Monstiers de Mérinville, 1709-46. ■
Plerre-Auguste-Bernardiii de Rosset de l""leurv, 1716
549
CHAR
TRES
550
80. — Jean-Baptiste- Joseph de Lubersac, 1780,
démissionne en 1801. Pendant son épiscopat, Nicolas
Bonnet fut évêque constitutionnel (1791-93). En vertu
du Concordat de 1802, l'Eure-et-Loir fut rattaché à
l'évêché de Versailles jusqu'en 1821. — Jean-Baptiste-
Marie-Anne De Latil, 1821-24. — Claude-Hippolyte
Clausel de Montais, 1824-53. — Louis-Eugène Re-
gnault, 1853-89. — François Lagrange, 1890-95. —
Gabriel Mollien, 1896-1904. — Henri-Louis Bouquet,
1906-26. — Raoul-Octave-Marie Harscouët,. 1926.
IV. LÉGENDES. — Les origines de l'Église de Char-
tres ont donné lieu à une floraison de légendes, assez
discréditées au xviii« s., remises en honneur au xix«,
dont nous ne pouvons nous dispenser de faire mention.
Ces légendes se trouvent sous leur forme la plus déve-
loppée dans la Parthénie de Roulliard (1609), livre qui
paraît avoir suffi à la curiosité du public jusqu'à la
réaction critique du xvii" s. Voici, résumés en quelques
mots, les faits que l'auteur narre sur le mode oratoire.
Cent ans avant l'incarnation du Sauveur, les
druides chartrains, mus par une inspiration prophé-
tique, érigèrent dans une grotte un autel et une statue
en l'honneur de la Vierge qui devait enfanter (Virgo
paritura). Le souverain de Chartres, Priscus, fit don
de son royaume à cette Vierge qui dès lors fut la
» Dame de Chartres ». Lorsque, vers l'an 44, les SS.
Potentien, Altin et Eodald arrivèrent à Chartres, ils
trouvèrent les druides en prière devant l'image de
cette Vierge. Ils n'eurent pas de mal à les convaincre
que ce qu'ils attendaient était arrivé. Les Chartrains
furent baptisés; la grotte, dûment consacrée, devint
une église, qu'un clergé, ordonné à cette fin, fut chargé
de desservir.
Après le martyre des victimes de la persécution,
racontée par Roulliard comme par l'auteur de la
Passion des SS. Savinien et Potentien, à ce détail
près que Modeste est devenue la propre fille de Quiri-
nus, les Chartrains, ayant retrouvé la tranquillité,
envoyèrent à Marie une députation pour lui faire
savoir qu'en vertu de la donation de Priscus elle était
devenue leur souveraine, titre que la Vierge daigna
accepter. Roulliard n'en dit pas très long sur cet
épisode, mais Savard, auteur d'une autre Parthénie
restée manuscrite (1664), est plus renseigné. Il nous
apprend que 1' « ambassade » se composait de trois
membres choisis dans les « trois estats »; il nous donne
le texte de leur harangue à Marie ainsi que celui de
la réponse de celle-ci; il reproduit la traduction d'une
lettre adressée aux Chartrains par « Marie, l'indigne
servante du Seigneur », lettre dont l'original en hébreu
est conservé, dit-il, dans le trésor de l'église de Char-
tres.
N'accusons pas Roulliard d'avoir inventé. Cet au-
teur est crédule, mais d'une entière bonne foi. Quand
on peut identifier ses sources, qu'il ne cite pas tou-
jours, on constate qu'abstraction faite du style il les
reproduit exactement. Ici, sa source est un écrit de
1389, connu sous le nom de Vieille chronique, dans le-
quel, cependant, il n'est pas fait mention des druides,
l'érection de l'autel et de la statue y étant attribuée
aux « pontifes des idoles ».
L'introduction des druides dans la légende est
constatée dans différents écrits ne remontant pas
plus haut que le commencement du xvi<= s., notam-
ment dans un Petit traicté... touchant la fondation et
érection de l'église Notre-Dame et cité de Chartres, com-
posé par l'ofTicial Estienne Prévost (1558). On croit
que le rôle des druides avait été imaginé par quelque
érudit ayant lu César; tel est, à peu de chose près,
notre avis. Nous pensons que le premier auteur qui
ait mentionné les druides à propos de Chartres,
mais sans leur attribuer l'établissement du culte de
la Virgo paritura, est Oerson; un lecteur trop peu
attentif de son poème intitulé Josephina aura cru y
voir ce que l'auteur n'y a pas mis.
A part ce qu'il dit des druides, Roulliard doit à
peu près tout ce qu'il sait à la Vieille chronique de
1389. Mais où l'auteur de cet écrit a-t-il lui-même
puisé? Il s'est servi comme source principale de la
Passion des SS. Savinien et Potentien. Il est à noter
cependant qu'il n'est nulle part question dans ce docu-
ment du culte prophétique de la Virgo paritura; il y
est dit seulement que l'Église de Chartres a été fondée
du vivant de la Vierge, assertion souvent répétée au
xiv s. On a supposé que l'auteur de la Vieille chro-
nique s'était fait l'écho de traditions très anciennes,
qu'il pourrait s'agir de quelque survivance d'un culte
païen christianisé. De l'antiquité incontestable du
« puits des Saints-Forts », retrouvé en 1902, on ne sau-
rait, croyons-nous, conclure à celle du culte prophé-
tique de la Virgo paritura; car, bien qu'on ait dit que
la dévotion à ce puits fut associée de temps immémo-
rial au culte de la Vierge, le moine Paul, de S. -Père
de Chartres, qui écrivait au xi« s., n'évoque à ce propos
d'autre souvenir que celui des fidèles massacrés en 858
par les Normands. Il semble donc que les traditions
enregistrées en 1389 dans la Vieille chronique n'étaient
pas, à cette date, fort anciennes. Si, au xi» s., S. Ful-
bert de Chartres les avait connues, n'y aurait-il pas
fait allusion dans l'un ou l'autre de ses sermons pour
la Nativité? Et l'auteur de l'original latin du Livre
des miracles, qui écrivait dans les premières années du
xiii" s., ne leur aurait-il pas emprunté quelque récit,
si elles avaient eu cours de son temps? Il n'est pas
impossible qu'un mot isolé de son contexte ait été
pour quelque chose dans le développement ou même
la naissance du culte de la Virgo paritura. Dans son
office de la Nativité autrefois répandu dans tout l'Oc-
cident, Fulbert n'a-t-il pas célébré Marie enfant,
regem paritura supremum?
Est-il besoin d'ajouter qu'en pareille matière on est
forcé, presque toujours, de se contenter de probabi-
lités? Peut-être cependant est-il permis d'espérer plus
de lumière. S'il n'y a plus rien à tirer des documents
chartrains, aujourd'hui bien connus, il y aurait peut-
être quelque chose à attendre du rapprochement de la
tradition chartraine avec celle de Nogent-sous-Coucy,
oli un culte de la Virgo paritura est attesté dès le début
du xii« s. par l'abbé Guibert de Nogent, c.-à-d. par
un auteur qui n'était pas des plus crédules.
V. PÈLERINAGE. — Le pèlerinage de Notre-Dame de
Chartres est, depuis un temps immémorial, un des
grands pèlerinages français. L'un des objets matériels
que vénèrent les pèlerins est la relique connue autre-
fois sous le nom de « chemise » et aujourd'hui sous
celui de « voile » de Notre-Dame, donnée à l'Église de
Chartres, vers 876, par Charles le Chauve. On s'est
demandé si c'est en raison du pèlerinage que la relique
a été donnée à la cathédrale, ou si c'est à la relique
que le pèlerinage doit son existence. Faute de ren-
seignements, la question est insoluble, mais on ne peut
mettre en doute que la célébrité de la relique ait gran-
dement contribué au développement du pèlerinage.
Enfermée vers l'an mille dans une châsse qui resta
close jusqu'en 1712, la relique passa pour une che-
mise; lorsque Mgr de Mérin ville en fit la reconnais-
sance, on constata avec étonnement qu'elle consistait
en une pièce d'étoffe de soie écrue, parfaitement unie,
large entre les deux lisières de G m. 46 et longue d'en-
viron 5 m. 35. Dès le xii" s., et sans doute avant, la
« sainte châsse » était conservée au rétable du maître-
autel; les pèlerins y accédaient pour la vénérer et
rapportaient de Chartres, comme objets de dévotion,
soit de véritables chemises, destinées surtout aux
gens de guerre ou aux futures inères, soit de petits
insignes en forme de « chemi.sette », encore en usage
551
CHA RTT^ KS
aujourd'hui. La relique Tuf morcelée et dispersée en
1793. Le trésor de la cathédrale en récupéra depuis
plusieurs morceaux, dont un long de plus de 2 m.,
qui fut mis dans une nouvelle châsse. L'étofïe, exa-
minée en 1927 par M. d'Hennezel, conservateur du
musée des tissus de la chambre de commerce de Lyon,
peut remonter à l'époque à laquelle la tradition l'at-
tribue.
Au xii« s., on vint beaucoup à Chartres implorer
Notre-Dame pour la guérison du « mal des ardents ».
La Translation de S. Germer fait mention du pèleri-
nage que firent à cette intention, en 1132, les habitants
de Beauvais. Nous savons, par la traduction en vers
français (xiii'^ s.) du Livre des miracles, que les pèlerins
étaient hospitalisés pendant neuf jours dans une
partie de la crypte de la cathédrale.
C'est aux xii« et xiii« s. que le pèlerinage de Char-
tres paraît avoir atteint sa plus grande célébrité.
Guibert de Nogent (f 1124) dit que le nom et la relique
de la Vierge (nomen et pignora) y sont l'objet de la
vénération de presque tout le monde latin. Dans un
document de 1260, le pape Alexandre IV atteste que
la dévotion envers Marie attire à Chartres une multi-
tude innombrable de fidèles. Même assertion, presque
dans les mêmes termes, dans une bulle de Nicolas IV
en date de 1289.
Quelques années avant le milieu du xii« s. la dévo-
tion à Notre-Dame de Chartres prit une forme nou-
velle. A l'occasion des grands travaux qui étaient alors
en cours à la cathédrale, les pèlerins s'attelèrent aux
chariots qui amenaient à pied d'œuvre, quelquefois
de fort loin, les matériaux ainsi que les provisions des-
tinées au ravitaillement des ouvriers. Nul n'était
admis à ces pieuses corvées, s'il n'avait fait pénitence
de ses fautes et réparé le tort qu'il avait pu faire à son
prochain. Plusieurs textes — chronique de Robert
de Mont, lettres de Haymon, abbé de S.-Pierre-sur-
Dives, et de Hugues, archevêque de Rouen — ont
relaté ce fait que l'on constate en divers lieux, mais
dont l'origine est à Chartres. Le même enthousiasme
se manifesta de nouveau cinquante ans plus tard,
lorsque la cathédrale actuelle fut bâtie après l'incendie
de 1194. Le Livre des miracles de Notre-Dame de
Chartres nous fait connaître les pratiques des pèlerins
à cette époque. L'objet de leur vénération était sur-
tout la sainte châsse; c'est par conséquent devant le
maître-autel où elle était conservée qu'ils venaient
prier; ce maître-autel était déjà sans doute surmonté
d'une statue de la Vierge Mère. Il en fut ainsi jusqu'à
la fin du Moyen Age. Au xvi" s., on trouva que cette
afiluence de pèlerins dans le sanctuaire troublait les
offices; une réplique de la statue fut exécutée et
exposée en avant du jubé, et la châsse, renfermée
dans un « trésor », ne fut plus constamment visible.
Il est à noter qu'il n'est pas question au xni« s. de la
statue de la crypte, qui cependant existait déjà, car
l'original, brûlé en 1793, mais connu par de fidèles
reproductions, était une œuvre du xn« s. La célébrité
de cette statue ne paraît pas antérieure à la diffusion
du récit concernant le culte de la Virgo paritura. Au
xv« s., elle était fort vénérée; Louis XI, en 1471, la
fit placer dans un riche tabernacle; au xvi« s., elle
était le but de processions extraordinaires. Les pèle-
rins accouraient individuellement ou par petits grou-
pes; les affluences ne se produisaient qu'aux princi-
pales fêtes de Notre-Dame, à l'Assomption et surtout
à la Nativité qui, depuis S. Fulbert, était devenue la
grande fête chartraine. A cette occasion, les pèlerins
passaient la nuit dans la cathédrale, ce qui causait un
tel désordre que le chapitre, en 1531, jugea impossible
de célébrer les matines à l'heure habituelle et décida
de les retarder à l'avenir jusqu'au matin des l.'î août
el S sepletnhre.
Le sanctuaire chartrain jouit d'une grande célébrité
aux XVII* et ickiw s. Parmi les pèlerins illustres qui
vinrent y prier, il faut citer S. François de Sales.
S. Vincent de Paul, Monsieur Bourdoise, Monsieur
Olier, S. Benoît Labre.
La Révolution mit fin momentanément aux prati-
ques du pèlerinage. Quand le monument fut rendu au
culte, comme simple église paroissiale, les fidèles y
retrouvèrent la Vierge du Pilier (ancienne Vierge du
jubé); un peu plus tard, ce c)ui restait de l'ancienne
relique vénérée fut restitué et remis en honneur. La
crypte profanée ne retrouva sa destination ((u'en 1855
et ne fut totalement restaurée (pi'en 1860. De cette
période date la renaissance du pèlerinage, qui depuis
n'a cessé de prendre une am|)leur de plus en plus
grande. Signalons seulement (piel(|ues événements.
Un 1855, la Vierge du Pilier fut couronnée au nom de
Pie IX. La dévotion aux anciens sanctuaires qui se
manifesta après 1870 n'oublia pas Chartres : il y eut
un grand pèlerinage en 1873; un autre en 1876.
i Mgr Lagrange institua les pèlerinages diocésains, dont
I le premier eut lieu en 1891. D'imposantes fêtes mariâ-
tes, avec exposition du « voile de Notre-Dame »,
furent célébrées en 1927. Actuellement, le sanctuaire
chartrain est visité en tout temps par des pèlerins
individuels ou formant de petits groupes; pendant la
belle saison, on voit se succéder des groupes impor-
tants : œuvres, paroisses, sociétés diverses. Le pèle-
rinage le plus imposant est celui des étudiants, qui
font à pied au moins une partie du voyage. En 1935,
ils étaient une quinzaine; en 1948 et 1949 ils pou-
vaient être cinq ou six mille.
VI. Cathédrale. — La cathédrale de Chartres
jouit à bon droit d'une renommée mondiale; les con-
naisseurs les plus compétents sont d'accord pour voir
en elle le spécimen le plus parfait de l'art religieux du
Moyen Age à son apogée.
Telle qu'elle est aujourd'hui, elle date en majeure
partie des xii' et xiii« s., mais ceux qui l'ont élevée
î ont conservé ce qu'ils ont pu de l'œuvre de leurs de-
I vanciers, et elle a reçu dans la suite des temps d'im-
j portantes additions.
I Détruite par les pirates normands, l'église fut rele-
I vée au ix* s. Il reste de cette époque d'intéressants
I vestiges, notamment une crypte située sous l'abside.
! .\près un incendie survenu en 1020, la cathédrale fut
rebâtie par l'illustre évêque Fulbert. La crypte ac-
tuelle, comprenant deux galeries parallèles sous les
bas-côtés, reliées par un couloir semi-circulaire sur
[ lequel s'ouvrent des chapelles, remonte à cette époque.
L'église de Fulbert, élevée au début de l'art roman en
une région oîi cet art resta longtemps d'une extrême
simplicité, était un monument vaste et imposant,
mais d'un aspect fort austère.
A peine terminée, la cathédrale du xi« s. reçut di-
verses additions. Au xii« s., elle fut pourvue, à l'Ouest,
d'une nouvelle façade et de deux tours. Cette façade
' comprend l'admirable portail Royal, œuvre du même
atelier de sculpture que le portail de S. -Denis, mais
mieux conservé. On y remarque les célèbres « statues-
colonnes » dont la verticalité s'harmonise avec les
lignes architecturales. La tour nord, dont les parties
hautes sont plus récentes, est la plus ancienne des
deux; la tour sud, surmontée dès l'origine par son
immense flèche, est le célèbre « clocher vieux ».
La cathédrale romane, à l'exception des parties
occidentales ajoutées au xii« s. et de la crypte pro-
tégée par ses fortes voûtes d'arête, fut incendiée ei
1194. La reconstruction en fut aussitôt entreprise,
ce travail gigantesque, accompli avec enthousiasin
ne demanda qu'une quarantaine d'années. L'impo
tance de ce monument dans l'histoire de l'art e
considérable : c'est à Chartres ((u'un chef de chantie
553 CHA
au couiaiil de lous les perfeclioniienieiits apportés
de sou temps dans l'art de bâtir, a pour la première
fois mis fin définitivement aux tâtonnements du pre-
mier art gothique. Plus de tribunes, plus de voûtes
sexpartites, plus d'alternance dans les supports, plus
d'arcs-boutants timides rasant les combles des bas-
côtés. Les baies sont largement percées, et les arcs-
boutants concourent à la beauté de l'ensemble.
Les deux porches latéraux, terminés vers le milieu
du xiii« s., présentent un ensemble extrêmement
riche de sculptures, œuvre de plusieurs ateliers suc-
cessifs. Les statues les plus anciennes ont une gran-
deur austère et presque farouche — telles sont celles
des personnages de l'Ancien Testament au portail
nord; les plus récentes — telle la Ste Modeste du
porche nord ou les saints guerriers du portail sud —
sont d'un art qui annonce celui qui triomphe à Reims
dans les plus parfaites statues de cette cathédrale.
Mais ce qui constitue le plus grand charme de Notre-
liame de Chartres, c'est sa parure de vitraux, dont
l'ensemble est unique au monde. Les plus anciens et
les plus splendides sont ceux de la façade ouest : trois
grandes lancettes, dont une est le célèbre « arbre de
Jessé ». Les autres datent en majeure partie du xiii« s.
Trente-huit vitraux légendaires dont trente absolu-
ment intacts, une centaine de roses ou de lancettes
comportant de grandes figures, trois roses d'environ
10 mètres de diamètre composent cette collection sans
rivale. Aucun de ces vitraux n'est daté, mais beau-
coup ont été offerts par des donateurs identifiables,
ce qui permet de savoir que vers 123.5 ou au plus tard
vers 1240 la cathédrale était en possession de cette
magnifique parure.
Au cours du xiv« s., on reconstruisit, au chevet, la
salle du chapitre, qui fut surmontée d'utie chapelle
dédiée à S. Piat; au commencement du xv<^, I^ouis de
Bourbon fit élever, entre deux contreforts du bas côté
méridional, la « chapelle Vendôme », de style flam-
l)oyaiit. La flèche nord, ou « clocher neuf », fut bâtie
par le maçon Jean Texier i)our remplacer une flèche
(le charpente couverte en plomb foudroyée en 1506;
cette flèche est un chef-d'(i-uvre de l'art flamboyant.
Le même architecte fut chargé, (juelques années plus
lard, d'entourer le chœur d'une riche clôture qui,
conmiencée en style gothique, présente dans ses par-
ties les i)lus récentes le décor de la première Renais-
sance. Cette clôture est enrichie de groupes sculptés
dont les derniers en date remontent seulement au
premier quart du xviii» siècle.
Un grand travail — moins heureux — fut exécuté
au cours des trente années qui précédèrent la Révo-
lution : la transformation du chœur. Le maître-autel
fut inauguré en 1773. Il est surmonté, en guise de
rétable, de l'Assomption de Bridan, groupe colossal en
marbre de Carrare dont le mérite incontestable ne
justifie pas l'intrusion en pareil lieu. La décoration
du chœur, comportant des revêtements de stuc, des
bas-reliefs de marbre et de nouvelles stalles, était à
peine terminée lorsque les lois révolutionnaires ame-
nèrent la dissolution du chapitre qui avait commandé
ces coûteux travaux.
i-e xix"= s. s'est, en général, borné à restaurer. L'an-
cienne charpente des [jarties hautes, supportant une
couverture de plomb, fut incendiée en 183fi; on lui
substitua un comble métallique couvert en cuivre.
Profanée depuis la Révolution, la crypte fut rendue
au culte partiellement en 1855, totalement en 1860.
lille reçut au cours de cette période et pendant les
années suivantes une décoration picturale d'intention
archéologique et symbolique, en réalité d'un effet
assez contestable.
En somme, la cathédrale de Chartres est un des
monuments les plus représentatifs de l'art gothique;
1 elle possède la collection de vitraux des xii'^ et xih« s.
I la plus remarquable qui soit au monde; et l'on y peut
suivre le développement de la sculpture gothique de-
puis sa naissance jusqu'à sa maturité, au cours d'un
siècle qui est l'un des plus grands dans l'histoire de
l'art français.
VII. Chapitre cathédral et autres chapitres.
! — L'ancien chapitre de Notre-Dame de Chartres doit
être considéré comme l'un des plus illustres et des
j plus puissants de l'Église de France. Il est difficile
[ d'en préciser les origines. Il se trouva constitué lorsque
certains membres de la communauté cléricale dépen-
dant de l'évêque furent spécialement chargés du ser-
vice de l'église et pourvus d'une mense distincte. II est
probable que cela eut lieu au cours du ix« s. C'est à
cette époque qu'apparaissent dans les documents les
termes de canonicus et de capitulum. A l'origine, la
mense capitulaire fut administrée par quatre prévôts,
mais ces dignitaires se rendirent odieux par leurs
exactions et, en vertu de différentes mesures prises
dans le dernier tiers du xii^ s., les prévôtés devinrent
de purs titres honorifiques. II y eut une division des
prébendes qui furent administrées par les bénéficiers
eux-mêmes.
Au xiv« s., le nombre primitif des chanoines passait
pour avoir été de soixante-douze, en souvenir des
soixante-douze premiers disciples. Quoi qu'il en soit,
le chiffre réel est assez voisin de ce chiffre théorique :
le polyptyque de 1300 compte soixante-dix sept cha-
noines et le pouillé de 1738, soixante-seize.
j Les dignitaires apparaissent dans les documents aux
x'' et xi« s. Il y avait dix-sept dignités — ce nombre
n'a pas varié — dont voici la liste, dans l'ordre établi
j définitivement et conformément aux traditions en
1364 : doyen; chantre; sous-doyen; sous-chantre;
chambrier; chancelier; archidiacre de Chartres ou
grand archidiacre; archidiacre de Dunois; archidiacre
de Pincerais; archidiacre de Blois; archidiacre de
I Dreux; archidiacre de Vendôme; prévôt d'Ingré;
j prévôt de Normandie; prévôt de Mazangé; prévôt
j d' Anvers; chefcier.
j Toutes les dignités, à l'exception du décanat, et
! tous les canonicats étaient à la nomination de l'évêque,
à moins que le S. -Siège n'ait usé de son droit de
réserve. Il va sans dire que le roi exprimait parfois
des désirs qui étaient des ordres. Le décanat était à
l'élection du chapitre.
! En dehors des offices liturgiques, le chapitre se réu-
nissait fréquemment à la salle capitulaire, rebâtie au
xrv« s. pour remplacer une construction du xi«. Il
y avait deux^s par an, à la Purification et à la S.-
Jean-Baptiste, des réunions constituant des chapitres
généraux où étaient traitées les affaires les plus impor-
tantes.
Le chapitre possédait, en Reauce et au delà, de
grandes propriétés dont certains revenus en nature
(blé et vin) étaient entreposés, près de la cathédrale,
dans le magnifique cellier de « Loëns » encore existant;
il possédait à Chartres un certain nombre de maisons
canoniales, dont la plupart étaient dans le « cloître »,
enceinte qui fut close en vertu d'une convention passée
avec le comte Jean de Châtillon en 1256.
Puissant et riche, le chapitre n'échappa pas à la
tentation de l'indépendance. Ainsi que l'a fort bien dit
M. Maurice Jusselin, « oublier que la Vierge seule
était l'objet de ces libéralités et que tous ces biens
étaient les siens; refuser à l'évêque, qui était tout, la
juridiction et le contrôle sur la discipline du chapitre,
fut une séduction à laquelle ne surent pas résister les
chanoines de Chartres dès la fin du xiii« s. ». Élargis-
sant d'une manière abusive des privilèges réels, se
prévalant de prétendues coutumes, ils en arrivèrent à
se considérer comme les seuls maîtres dans leur cloître,
555
CHARTRES
556
leurs soixante-douze paroisses et même dans la cathé-
drale. Il y eut entre l'évêque et le chapitre, particu-
lièrement sous l'épiscopat de Miles d'Illiers (1459-92),
des moments de forte tension. Cela dura environ
quatre siècles. Du temps de Paul de Godet des Marais,
soutenu par Madame de Maintenon, Louis XIV fit
rendre par le Conseil d'État (1700) un arrêt mettant
fin à la situation privilégiée des chanoines, qui se
consolèrent par des épigrammes telle que celle-ci :
Comment gagner, quand on a contre soi le roi, la
dame... et le valet!
Il faut avouer que dans cette grande organisation
les intérêts temporels avaient bien un peu nui aux
soucis d'ordre spirituel qui n'auraient jamais dû cesser
d'avoir la primauté. A la fin du xvii« s., Sablon, auteur
d'une petite Histoire de l'Église de Chartres, est fier
d'écrire que le clergé de la cathédrale est composé de
« six vingts personnes portans surplis ». Il s'en faut de
beaucoup que telle ait été l'assistance ordinaire aux
offices dont trop de chanoines étaient exempts.
L'ancien chapitre finit dignement, ne cédant qu'à
la force (oct. 1790). « Tous et chacun de Messieurs ont
déclaré que les fonctions attachées à leur dignité leur
ayant été confiées par l'Église, ils ne peuvent en être
privés ni dispensés que par un jugement canonique... »
Outre le chapitre principal, il existait deux cha-
pitres, celui de S.-Piat et celui de S. -Nicolas, ayant
leur siège dans des chapelles annexes. Les prébendes
de ces chapitres, à la nomination et collation du grand
chapitre, avaient fini par servir de rétribution aux
ecclésiastiques du bas chœur. Il en était de même des
six canonicats fondés au xvi« s. par le chantre Thier-
sault.
Le chapitre cathédral a été rétabli par Mgr de Latil,
le 8 nov. 1821, et installé le 10 du même mois. Il
comprenait à cette époque quatorze chanoines, dont
quatre archidiacres dignitaires. L'ancien chapitre y
était représenté par quatre survivants. D'après ses
derniers statuts (1928), le chapitre « est composé d'au
moins neuf chanoines titulaires, y compris le curé de
la cathédrale ». Le doyen en est le seul dignitaire.
Trois des anciennes églises paroissiales de Chartres,
S. -André, S. -Maurice et S.-Aignan, étaient en même
temps collégiales. L'importance de leurs chapitres a
toujours été bien modeste, à tous les points de vue,
en comparaison de celle du chapitre de la cathédrale.
VIII. Écoles de Chartres. — Les écoles de
Chartres ont été célèbres aux xi« et xii« s.; elles sont
aujourd'hui bien connues du monde savant grâce à
l'importante monographie qu'un érudit chartrain,
l'abbé Clerval, leur a consacrée (1895). La très grande
valeur de cet ouvrage est à peine diminuée du fait
qu'on a pu y découvrir quelques légères inexactitudes
de détail. La principale critique qu'on pourrait lui
faire — mais cette critique est presque un éloge — est
de donner beaucoup plus que le titre ne promet. Ce
titre annonce une étude sur Les écoles de Chartres au
Moyen Age; or, on trouve dans l'ouvrage de longs
passages sur des personnages qui n'ont été ni maîtres
ni élèves de ces écoles. Le titre d'Hist. littéraire de
Chartres au Moyen Age conviendrait certainement
mieux, mais serait encore débordé, car le livre enre-
gistre des faits qui ne concernent guère l'histoire litté-
raire, tels que, par ex., l'envoi à Paris, en 1353, d'un
enfant de chœur dont les chanoines voulaient faire un
organiste, ou l'achat, en 1385, d'un psautier par la
fabrique de l'église rurale de Landelles. Cette réserve
faite, nous ne pouvons que recommander très vive-
ment le livre de l'abbé Clerval à tous ceux qui s'inté-
ressent à l'histoire de l'enseignement.
A Chartres, comme ailleurs, les écoles sont nées de
l'obligation qu'avait l'évêque de pourvoir à l'instruc-
tion de son clergé. Chartres a eu, au v« s., des évêques
I lettrés, tels que Flavius et S. Solenne, qui ont pu
I s'acquitter par eux-mêmes de ce devoir. Au vi" s., on
rencontre un maître de l'école cléricale qui n'est pas
l'évêque; ce maître, Chermir, est assez célèbre pour
que, dans une épitaphe, on fasse un titre de gloire à un
défunt d'avoir été son élève. Vers la fin du même
siècle, S. Béthaire est maître de l'école avant de
j devenir évêque de Chartres. Au vn« s., S. Leufroy,
' futur abbé du monastère de La Croix, y vient d'Évreux
pour y étudier; à notre avis, il est fort douteux qu'il y
ait enseigné.
! Il y eut, semble-t-il, une décadence de l'école de
Chartres au viii« s., et une restauration au ix«. On peut
citer comme élève à cette époque Hérifroid, qui devint
évêque d'Auxerre. Un peu plus tard, au x<= s., le moine
Richer, de S.-Remi de Reims, vint à Chartres pour y
étudier la médecine sous la direction d'un certain Héri-
brand qui paraît avoir été chanoine.
C'est au x« s. (931) qu'apparaît pour la première fois
dans les documents le titre de chancelier; on constate
que dans la suite les chanceliers, dont la fonction sup-
posait une certaine culture littéraire, eurent la respon-
sabilité des écoles, soit en y donnant eux-mêmes l'en-
seignement, soit en l'y faisant donner en leur nom.
Avant d'être évêque de Chartres, Fulbert y avait
été chancelier et écolâtre. Originaire d'Italie, disciple,
à Reims, de Gerbert et condisciple du roi Robert, il
était arrivé à Chartres dans les dernières années du
x« s. et avait commencé d'y enseigner avant l'an mille.
Il fut, dit l'abbé Clerval, « le prince des écoles char-
traines. Nul n'a plus fait pour leur gloire, nul n'a été
plus admiré des contemporains et de la postérité ».
Sous sa direction, l'école chartraine, sur laquelle nous
sommes abondamment documentés par divers écrits
contemporains — poème d'Adelman de Liège, lettres
d'étudiants — • fut un véritable foyer intellectuel qui
attira, même de loin, la jeunesse studieuse. On con-
naît le nom et la patrie d'une cinquantaine de dis-
ciples de Fulbert; ils sont originaires de lieux très
variés : Angers, Tours, Poitiers, Montmajour, Paris,
Mantes, Beauvais, Besançon, Cologne, Liège, etc.
Le Trivium et le Quadrivium constituaient, natu-
rellement, le programme des études, mais ce pro-
gramme était dépassé. On enseignait aussi à Chartres
les sciences sacrées, ainsi que la médecine, en laquelle
Fulbert lui-même excellait. Parmi les élèves, on peut
citer Jean, médecin du roi Henri I", qui aurait été
l'initiateur du nominalisme. L'hérétique Bérenger,
ainsi que plusieurs de ses contradicteurs — Arnoul,
Guillaume, Ascelin, Adelman — avait étudié à
Chartres. Peu respectueux de la tradition {« à quoi bon
se tromper avec tout le monde, si tout le monde se
trompe? »),il eut des adversaires pénétrés, au contraire,
de l'esprit de Fulbert, qui enseignaiit l'obligation « de
marcher droit dans la voie royale, en suivant toujours
avec soin les vestiges des saints Pères ».
Ajoutons, pour donner une idée exacte de ce que
pouvait être l'école de Fulbert, que le maître se mon-
trait toujours accessible et paternel avec ses disciples,
ne cherchant pas à leur en imposer par son éloquence,
et s'efïorçant toujours de les rendre vertueux autant
que savants. C'est pourquoi, dès sa mort, il fut honoré,
sans cependant être l'objet d'un culte proprement dit,
du titre de saint, titre qui n'est devenu officiel que de
nos jours, grâce à l'initiative du cardinal Pie.
Il faut avouer que pour la période du xi« s. qui suit
la mort de Fulbert (1028) on manque de renseigne-
ments précis. Une liste assez copieuse de chanceliers et
de maîtres, c'est à peu près tout ce que donnent les
documents; cela suffit à démontrer la continuité de
l'école.
On est beaucoup mieux renseigné sur son sort à par-
tir de l'épiscopat de S. Ive (1093-1115) et au cours de
557
C J^l A 11 l' K J<: S
558
la première moitié du xii«s. Yves dut y faire étudier le
droit canonique. Après lui se succédèrent plusieurs
maîtres illustres dont la renommée dépassa de beau-
coup le cercle de leurs auditeurs : Bernard de Chartres,
grammairien et rhéteur, philosophe platonicien; Gil-
bert de la Porrée, philosophe, théologien, commenta-
teur de la Sainte Écriture, qui devint évêque de Poi-
tiers; Thierry, auteur d'un Eptaleuchon, recueil de
textes classés dans le cadre du Trivium et du Quadri-
oium pour servir de programme aux études, philo-
sophe, exégète, auteur d'un curieux système concor-
diste pour l'interprétation des récits de la création
contenus dans la Genèse; Bernard, qui depuis devint
évêque de Quimper.
On vit à cette époque, comme à celle de Fulbert, les
élèves venir de loin pour recevoir l'enseignement de
l'école chartraine. h' Eptaleuchon de Thierry nous
révèle la nature de cet enseignement. On connaissait
alors l'Antiquité mieux qu'au siècle précédent; ainsi
Thierry, à la différence de Fulbert, avait étudié tous les
livres de VOrganum d'Aristote. En fait d'astronomie
et de mathématiques, les Chartrains du xii"= s. étaient
en possession de traductions d'ouvrages arabes.
Il est intéressant de constater à quel point le
milieu intellectuel chartrain de la première moitié du
xii» s. portait la vénération pour les anciens et l'amour
de la science. Il y avait déjà des discussions sur les
mérites respectifs des anciens et des modernes; à
Chartres, on prenait parti pour les anciens : « Ce sont,
disait-on, des géants; nous sommes des nains, et si
nous voyons plus loin qu'eux, c'est que nous sommes
juchés sur leurs épaules. » Thierry était le grand enne-
mi des arrivistes auxquels on avait donné le sobriquet
de Corniliciens : gens pratiques, qui désiraient abréger
le temps des études auxquelles ils ne reconnaissaient
d'autre utilité que de procurer des honneurs et de
l'argent. Ces courants d'opinion font penser à ceux que
l'on constate trois siècles plus tard dans les milieux
lettrés de Florence et de Rome : il y eut à la Renais-
sance des admirateurs fanatiques de l'Antiquité, et
aussi des arrivistes.
« En résumé, dit l'abbé Clerval, l'école de Chartres,
])endant la première moitié du xii» s., fut le foyer d'une
renaissance universelle des études. Elle aima l'Anti-
quité profane et se passionna pour ses écrivains, ses
poètes, ses philosophes. Avide de savoir, elle rechercha
les écrits d'Aristote, de Ptolémée et des autres auteurs
grecs, jusque chez les Arabes d'Espagne, et agrandit
le cercle des branches cultivées. Elle sut mener de front
la littérature, la philosophie, les sciences, le droit, les
arts. Elle porte un cachet d'idéalisme très nuancé, où
se rencontrent les influences d'Aristote, de Platon,
des Alexandrins, des Arabes, avec celles de la doctrine
chrétienne. Tous ces reflets divers, concentrés sur
elle, lui constituent une auréole qui n'appartient qu'à
elle seule au xii« s. • Bien qu'assez porté à grossir l'im-
portance des écoles chartraines, l'abbé Clerval avoue
qu'au cours de la seconde moitié du xn« s. elles « se
replient sur elles-mêmes ». Il serait sans doute plus
exact de dire, en termes plus clairs, qu'elles cessent
d'exister ou, ce qui revient à peu près au même, de
fonctionner. Sans doute on peut citer pour cette
époque un certain nombre de personnages dont le
nom, dans les documents, est précédé de la qualifica-
tion de mugisler, mais rien ne prouve qu'ils aient été
écolâtres, et écolâtres à Chartres. Sans doute il y eut à
Chartres, au cours de cette période, des évêques
lettrés, tels que Guillaume de Champagne (1164-76) ou
Pierre de Celles (1180-83), mais ils avaient étudié i
ailleurs qu'à Chartres et il n'est guère vraisemblable
qu'ils y aient enseigné. Le cas est un peu différent
pour Jean de Salisbury (1176-80), dont l'épiscopat se j
place entre ceux des deux évêques mentionnés ci- |
dessus. Cet illustre homme de lettres, le plus grand
peut-être des humanistes du Moyen Age, n'a pas
étudié à Chartres et les ouvrages qui ont fait sa célé-
brité étaient composés avant qu'il en devînt évêque.
Mais on y trouve de précieux renseignements sur les
écoles chartraines de la première moitié du siècle, car
il avait été, à Paris, disciple de Gilbert de la Porrée,
qui lui avait transmis des souvenirs concernant Ber-
nard de Chartres.
Un cas typique est celui de Pierre de Blois. Né vers
1130, il vint tout jeune à Chartres où il fit ses
premières études — c'était donc avant 1150; puis il se
rendit à Paris pour y cultiver la rhétorique, la philo-
sophie, les mathématiques et la médecine; de là il alla
à Bologne pour y étudier le droit. Cet exemple montre
bien le déclin des écoles de Chartres dont le prestige
allait s'efîaçant devant celui de l'université naissante
de Paris.
Au xiii« s., l'éclipsé est, s'il se peut, encore plus
complète. Si l'on étudie à Chartres, ce n'est plus dans
les écoles cléricales, mais chez les frères prêcheurs,
arrivés en 1231. On trouve bien, dans un document de
1285, mention d'un « recteur des grandes écoles », ce
qui prouve que le titre existait toujours. Mais quelles
étaient ses fonctions? Un autre document, de 1287,
nous fait savoir qu'il était tenu d'assister aux matines
les dimanches et jours de fête pour marquer les leçons
et en surveiller le chant. C'est peut-être à ce rôle mo-
deste qu'avait été réduite l'activité de l'écolâtre, dont
les prédécesseurs avaient eu tant de célébrité aux
xi" et xii'= siècles.
Au xive s. le titre de « recteur des grandes écoles »
n'existait sans doute plus, car c'est au chancelier
qu'incombait le soin de veiller à la bonne exécution
des lectures liturgiques. Le chancelier conserva jus-
qu'à la fin du Moyen Age quelque chose de ses an-
ciennes attributions en matière d'enseignement : la
surveillance des petites écoles et de la profession
de copiste.
IX. Paroisses et principales chapelles —
Avant la Révolution, Chartres possédait onze pa-
roisses, dont sept dans l'enceinte de la ville et quatre
dans les faubourgs, pour une population qui, en 1709,
avait été évaluée avec précision à 15 892 âmes. La
moyenne serait donc de près de 1 450 âmes par pa-
roisse, mais ces paroisses étaient d'importance très
inégale, l'une d'elles comptant près de 3 000 âmes et
la moins nombreuse n'en comptant même pas 550.
L'origine de ces paroisses est, dans la plupart des
cas, fort obscure. Toutes existaient au xii« s. En voici
rénumération.
Paroisses urbaines : S.-André. Fondée hors les murs,
cette église y fut renfermée au xii« s. EUe était le siège
d'un chapitre. La petite église S. -Nicolas, toute
proche, dont il ne reste rien, était probablement la
paroisse primitive. De S.-André il existe encore, mal-
gré deux incendies, de beaux restes en majeure partie
du xii« s. — S.-Aignan. Cette église aurait été fondée
à une époque très ancienne par l'évêque de Chartres
de ce nom, dont elle conservait le tombeau. Elle était
à la fois collégiale et paroissiale; c'est la seule des
anciennes églises paroissiales de Chartres qui soit
encore affectée au culte. Elle date, dans son état
actuel, des xvi"' et xvii" s. — Ste-Foy n'était, au xi« s.,
qu'une chapelle hors les murs; elle fut sans doute éri-
gée en paroisse, rebâtie et enclose dans la ville au
xii« s. Il n'en subsiste qu'une partie, restaurée au
xix" s. par les Maristes. — S.-Hilaire, église voisine de
l'abbaye S. -Père et en dépendant; elle a complètement
disparu. — S.-Salurnin, église primitivement hors les
murs, détruite au xv" s. et rebâtie en ville. Il n'en reste
rien. — S.-Marlin-le-Viandier (vitam dans?) aurait
rappelé le souvenir d'un miracle opéré à Chartres par
559 CHAR
S. Martin. Il subsiste quelques restes de l'église, no-
tamment une crypte du xii^ s. — S. -Michel, près de la
porte de ce nom, dont il ne reste aucun vestige.
Paroisses suburbaines : S.-Maurice, hors la porte
Drouaise, était une église collégiale et paroissiale; il
n'en reste rien. — S. -Barthélémy, au faubourg de ce
nom, a eu le même sort. — S.-Chéron n'avait d'autre
siège que la nef ou une des chapelles de l'église abba-
tiale du même nom, hors la porte Morard. — Il en était
de même primitivement de la paroisse S.-Brice, qui
avait son autel dans l'église du monastère S.-Martin-
au-Val; après la dévastation de celui-ci au cours de la
guerre de Cent Ans, elle eut son église particulière,
dont il ne reste rien.
Mentionnons aussi : la Madeleine, au faubourg S.-
Jean, église ruinée pendant les guerres de religion, qui
n'a pas été rétablie; la chapelle de l'hôpital des
aveugles, dédiée à S. Julien et autrefois considérée
comme paroissiale, très modeste édifice de la fin du
xvi« s., qui sert encore au culte.
En 1791, toutes les paroisses furent supprimées et
remplacées par une paroisse unique érigée dans la ci-
devant cathédrale. Lors du rétablissement du culte en
vertu du Concordat, il y eut deux paroisses : Notre-
Dame (ex-cathédrale) et S. -Pierre (ancienne abbatiale
S. -Père). La paroisse S.-Aignan a été rétablie en 1822.
Ces trois paroisses se partagent la population de la
ville qui est actuellement (1949) d'un peu plus
de 27 000 âmes.
Parmi les anciennes chapelles, d'ailleurs peu nom-
breuses et peu importantes, nous citerons seulement
Notre-Dame-de-la-Brèche, bâtie en 1600 pour com-
mémorer la levée du siège de Chartres par les hugue-
nots en 1568. Relevée en 1843, agrandie en 1869, elle
sert de chapelle de secours pour la paroisse Notre-Dame.
Parmi les nouvelles chapelles, dépendant la plupart
de communautés religieuses, il faut mentionner Ste-
Jeanne-d'Arc (1919) et Ste-Thérèse de l'Enfant- Jésus
(1934), chapelles de secours érigées sur le territoire de
S.-Aignan.
X. Abbayes et principaux prieurés. — S.-Père-
en-Vallée. — Ce monastère était situé dans la vallée de
l'Eure; primitivement il se trouvait en dehors des
murs de la ville. Si sa fondation par Clovis doit être
considérée comme légendaire, on ne peut mettre en
doute qu'il ait existé dès le milieu du vu» s. Envahi à
main armée et piUé par l'évêque batailleur Hélie (840-
46), dévasté une première fois par les Normands en
857, il fut restauré par l'évêque Gislebert vers 860.
Détruit lors d'un retour des Normands en 911, il fut
relevé par l'évêque Aganon qui y mit, vers 930, des
clercs séculiers. L'évêque Ragenfroy envoya leur
supérieur, Alveus, à Fleury, où il s'initia à la vie mo-
nastique et d'où il revint, en 954, avec un groupe de
moines bénédictins. Dès lors, l'abbaye se maintint
jusqu'à la Révolution. Elle paraît avoir été particuliè-
rement florissante au xii*' s. : à cette époque, les
moines correspondent avec S. Bernard, accroissent
leur bibliothèque, et le tombeau de S. Gilduin attire
les fidèles dans leur église. Les guerres de la fin du
Moyen Age et les guerres de religion éprouvèrent
l'abbaye. L'institution de la commende contribua à
sa décadence. En 1650 elle fut agrégée à la congréga-
tion de S.-Maur, ce qui lui valut une courte période de
prospérité. Elle ne comptait plus que huit religieux
en 1790.
L'église, aujourd'hui paroissiale sous le nom de
S. -Pierre, existe toujours; elle comprend diverses
parties dont les plus anciennes datent du début du
xi« s., peut-être du x", et les plus récentes de l'extrême
fin du xiii«. Les bâtiments réguliers, utilisés à diverses
fins depuis la Révolution, avaient été reconstruits
vers 1700 par les Mauristes.
TRES 5 60
S.-Marlin-au-Val. — Ce monastère, situé dans un
faubourg de Chartres, près de l'Eure, en amont de la
ville, paraît occuper l'emplacement du premier cime-
tière chrétien de l'Église chartraine; c'est là que se
trouvaient les plus anciennes sépultures épiscopales
dont l'histoire ait gardé le souvenir, et l'on voit encore
dans son église, rebâtie vers le commencement du
xi"' s., des sarcophages mérovingiens. Ce monastère
passe pour avoir eu le titre d'abbaye. Vers le milieu du
x« s., il fut donné à des clercs séculiers, et en 1128 il fut
remis à l'abbaye de Marmoutier qui en fit un prieuré.
En 1668, il fut acquis par les capucins, protégés par le
chancelier Séguier, qui y restèrent jusqu'à la Révolu-
tion. C'est aujourd'hui un hospice. L'église romane a
subi une restauration radicale au xix« s.; les autres
bâtiments datent de l'établissement des capucins.
S.-Chéron. — Dès l'époque mérovingienne une
église fut élevée sur le tombeau du martyr de ce nom,
sur la hauteur dominant la vallée de l'Eure, en face de
la ville. Une tradition, constatée par une inscription
paraissant du xi« s., attribuait à un roi Clotaire la
dotation de cette église qui, à l'époque mérovingienne,
était un lieu de pèlerinage. Dévasté par les Normands
au ix« s., sécularisé au x^, le monastère fut restauré au
xii". Il devint, vers 1149, une abbaye de chanoines
réguliers. Les guerres et la Réforme, ainsi que la com-
mende, introduite en 1541, eurent une influence né-
faste sur le monastère. Vers 1625, il passa à la congré-
gation des Génovéfains qui y établirent une maison
d'éducation. Il n'était plus habité que par quatre
religieux en 1790.
S.-Jean-en-Vallée. — L'église de cette abbaye, bâtie
vers 1020 au pied des murs de la ville et dédiée à
S. Jean-Baptiste, fut à l'origine confiée par S. Fulbert
à un collège de chanoines. En 1099 S. Yves y appela des
chanoines réguliers. L'abbaye fut particulièrement
florissante aux xii« et xiii" s. Située hors les murs, elle
eut, à diverses reprises, beaucoup à soufirir, mais le
siège de Chartres par les huguenots en 1568 lui fut
fatal. Les bâtiments furent mis dans un état tel que
leur restauration fut jugée impossible. Les chanoines
réguliers se retirèrent dans la viUe, au prieuré S.-
Étienne, situé près de la cathédrale, qu'ils possédaient
depuis leur établissement à S. -Jean. Vers 1640, les
génovéfains, arrivés en 1628, rebâtirent le prieuré.
S.-Jean-en-Vallée avait été soumis au régime de la
commende en 1556. En 1790, il n'y avait plus que
onze religieux.
Il ne reste rien du premier monastère. Les bâtiments
élevés par les génovéfains existent encore en majeure
partie et sont actuellement occupés par le grand
séminaire.
S.-Lubin-des-Vignes. — L'église S.-Lubin, située à
quelque distance des murs de Chartres, vers le Sud,
paraît remonter à l'époque mérovingienne; elle est
qualifiée dans les anciens documents d'église abba-
tiale. Au x« s., elle était tombée en mains laïques; au
xi«, elle fut donnée à l'abbaye S. -Père qui y établit un
prieuré. En 1585, l'abbé de S. -Père abandonna ce
prieuré aux capucins qui y restèrent jusqu'à leur
installation à S.-Martin-au-Val. Une croix en marque
aujourd'hui l'emplacement approximatif.
Les Filles-Dieu. — Prieuré de femmes suivant la
règle de S. Augustin. Après avoir séjourné quelques
années en ville, dans le quartier S. -André, les Filles-
Dieu se fixèrent, vers 1239, hors les murs, dans un fau-
bourg qui prit et garde encore leur nom. Leur monas-
tère était sous l'invocation de S. Jean l'Évangéliste.
Détruits lors du siège de 1568, restaurés en 1574,
détruits de nouveau lors du siège de 1591, les bâti-
ments furent relevés au xvii<= s. La maison des Filles-
Dieu connut alors une période de prospérité; les reli-
gieuses s'y livrèrent avec succès à l'éducation des
f)61
(; H ARTi{ KS
.62
jeunes Tilles. En 1790, elles étaient encore vingt et une,
aidées par six converses. Les bâtiments ont totale-
ment disparu.
XI. Communautés et congrégations. — 1" Avant
la Révolution. — Jacobins (Frères Prêcheurs). — Le
couvent de Chartres fut fondé en 1231 (et non 1221,
comme on l'a dit plus d'une fois), grâce à la protection
du doyen du chapitre, Hugues de la Ferté, futur
évêque de Chartres. La première pierre de l'église fut
posée en cette même année, en présence de Blanche de
Castille. On peut citer parmi les dominicains de
Chartres, aux xiii« et xiv s., plusieurs théologiens ou
exégètes (Geoffroy d'Ablis, Thomas d'Épeautrolles,
Gérard de Hanches); aux xv!": et xvii" s., de nombreux
prédicateurs (Michel l'Allemand, Médard de La-
val, etc.). L'église était le siège d'une confrérie de
S. -Jacques. En 1790, le couvent, bâti pour une tren-
taine de religieux, n'abritait plus que six profès.
Cordeliers (Frères Mineurs). — Les frères mineurs
s'établirent à Chartres, au Grand-P'aubourg, en 1231,
c.-à-d. la même année que les frères prêcheurs, mais
probablement un peu plus tard. Leur fondation pros-
péra. Ils se livrèrent avec succès à la prédication et
ouvrirent, à la fin du xiv» s., une école de théologie.
Au commencement du xvv s., ils furent réformés et
réparèrent leurs bâtiments. Le siège de 1568 fut cause
de la destruction du couvent qui, dans la suite, fut
transporté en ville. En 1790, les frères mineurs char-
trains étaient au nombre de dix, dont quatre seule-
ment résidaient. Il susbiste du couvent un portail et un
cloître de la fin du xvi« s.
Capucins. — Ils arrivèrent à Chartres en 1585 et
s'établirent, comme nous l'avons dit plus haut, au
prieuré S.-Lubin-des-Vignes. Leur église fut un lieu de
dévotion très fréquenté; Henri III ne manquait pas de
s'y rendre lors de ses nombreux pèlerinages à Chartres.
En 1663 ils prirent possession de l'ancien prieuré S.-
Martin-au-Val dont les lieux réguliers furent recons-
truits. L'histoire a gardé le souvenir de leur conduite
édifiante lors des épidémies. En 1790, la communauté
comprenait seulement cinq profès, y compris le
gardien.
Minimes. — Arrivés à Chartres en 1615, ils se
fixèrent en 1618 sur la paroisse S. -André. Leur cou-
vent, qui n'a jamais eu grande importance, ne com-
prenait plus que deux religieux en 1790. Il ne reste à
peu près rien des bâtiments.
Carmélites. ■— C'est en 1020 qu'elles viiuent à
Chartres. Elles eurent pour première prieure une fille
de Mme Acarie. Leurs bâtiments, construits vers 1660,
servent aujourd'hui de prison, et leur chapelle, dédiée
en 1660, de local à la cour d'assises. Les religieuses se
maintinrent dans la régularité jusqu'à la fin de l'An-
cien Régime. Il y avait, en 1790, vingt-cinq sœurs de
chœur et cinq sœurs du voile blanc.
Ursulines. — Cette congrégation eut à Chartres un
établissement en 1626. Les religieuses s'installèrent
dans l'ancien hôtel de Montescot, où elles ouvrirent un
pensionnat pour l'éducation des jeunes filles. Leur
communauté, qui avait cessé de prospérer, fut dis-
soute en 1 760 par Mgr de Fleury.
Visitation Notre-Dame. — Le couvent de la Visita-
tion fut établi en 1647, d'abord sur la paroisse S.-
Hilaire, puis, définitivement, en 1653, sur la paroisse
Ste-Foy, tout près de la cathédrale. Ce monastère
garda, jusqu'à la fin, comme celui des carmélites, toute
sa régularité. En 1790 les religieuses étaient au nombre
de trente-neuf. Une partie des anciens bâtiments du
couvent existe encore.
Sœurs de la Providence de Chartres. — Cette petite
congrégation, destinée à l'éducation des jeunes filles
pauvres, fut fondée en 1653 par M. Pedoue, chanoine
de la cathédrale. Établies d'abord sur la paioisse
S. -André, elles remplacèrent, après 1760, les ursulines
à l'Hôtel de Montescot. Considérées comme se livrant
à l'enseignement public, elles furent d'abord épar-
gnées par la Révolution, mais leurs idées les firent
bientôt proscrire : elles avaient dit à leurs élèves que
l'évèque constitutionnel était un intrus. Elles furent
dispersées en 1792.
Filles de la Charité. — L'hôtel-Dicu de Chartres
leur fut confié en 1662.
Union chrétienne ou Filles de S.-Chaumont. — Appe-
lées à Chartres dans les dernières années du xvii« s. par
Mgr de Godet des Marais, elles s'installèrent, sur la pa-
roisse S.-Hilaire, dans une maison qui avait appartenu
à la léproserie de Beaulieu. Elles y ouvrirent une école
qui fut fréquentée au xviii" s. par une centaine d'en-
fants. Il n'y avait plus qu'une sœur en 1792.
Sœurs de S. -Paul. — Louis Chauvet, curé de Leves-
ville-la-Chenard, petite paroisse de Beauce, fonda,
dans les dernières années du xvii« s., une pieuse asso-
ciation ayant pour but d'apprendre aux petites filles
de la campagne à prier et à travailler. Mgr Paul de
Godet des Marais les fit venir à Chartres, les installa,
en 1708, au faubourg S. -Maurice, et les plaça sous le
patronage de S. Paul. La nouvelle congrégation pros-
péra; elle s'adonna à diverses œuvres et, dès 1727,
préludant à son expansion missionnaire, eut un éta-
blissement à Cayenne.
2» Après la Révolution. - Les lois révolutionnaires
furent fatales aux ordres d'hommes. Lorsque la paix
religieuse fut rétablie, plusieurs congrégations de
femmes se reformèrent. Le Carniel, a|)rès un séjour
provisoire dans l'ancien monastère de la Visitation,
s'est fixé, en 1836, à proximité du faubourg S. -.Jean ; Il
y est resté, sauf pendant un exil forcé au début rie ce
siècle. La Visitation avait trouvé, dès 1834, un empla-
cement propice au faubourg S. -Maurice; elle a dû,
elle aussi, s'ex|)atrier plusieurs années. La Providence
a pris jjossession, au commencement du siècle dernier,
de l'ancienne abbaye S. -Jean qu'elle a quittée en 1920
pour faire place au grand séminaire. Les Filles de la
Charité ont pu de nouveau se dévouer aux mala<les
de l'hôtel-Dieu.
Quant aux sœurs de S. -Paul, installées depuis 1803
dans l'ancien couvent de S. -Jacques (dominicains),
elles ont vu, au cours du xix« s., leur rayon d'action
s'accroître de plus en plus. Elles ont créé des établisse-
ments charitables aux Antilles, en (;hine, dans l'Indo-
chine française, au Siam, au .lajjon, en tlorée, aux
Philippines. Tout récemment (1949), elles ont fait une
fondation en Afrique équatoriale.
Chartres a vu aussi, au xix"" s., la création de mai-
sons religieuses appartenant à des congrégations nou-
velles ou nouvellement introduites dans la ville. Les
sœurs du Bon Secours, fondées à Auneau en 1719, sont
venues s'y établir en 1844. Une œuvre de jeunes filles,
créée en 1832 par la baroime de Coussay, est devenue,
un peu plus tard, la congrégation du Saint-Cœur de
Marie, dite « Maison Bleue ». Les petites s(Eurs des
pauvres ont ouvert leur établissement en 185.'î. Les
scjBurs de Notre-Dame de (Chartres, après un séjour de
quelques années à Berchères-l'Évèque, ont transporté
leur maison mère à Chartres en 1865. Enfin, les fran-
ciscaines de Notre-Dame de Pitié (de Perron), arri-
vées en 1891, assurent depuis 1908 le service de la
clinique S. -François.
Une seule congrégation d'hommes s'est établie à
Chartres depuis la Révolution, celle des maristes, qui
en 1857 ont acheté et restauré ce qui restait de l'an-
cienne église paroissiale Ste-Foy. Ils n'ont jamais été
nombreux, mais ils ont toujours rendu au diocèse,
surtout comme prédicateurs, des services très ap-
préciés.
Nous mentionnerons plus loin, en traitant du
563
( . H A R 1
diocèse, les congrégations vouées spécialemenl à l'en- !
seigiiement.
Ouvrages généraux. — M. Jusselin, Charires dans le
passé, suivi d'une introduction à l'étude de V Eure-et-Loir,
Chartres, 1937. — .f.-B. Souchet, Ilist. de la ville et du dioc.
de Chartres (ouvrage écrit vers 1650), Chartres, 1866-83,
4 vol. — E. de Lépinois, Hist. de Chartres, Chartres, 1854- j
58, 2 vol. — Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, Mémoires, depuis
1858, 17 vol. — La voix de Notre-Dame de Chartres, depuis \
1857. — Coll. de l'Ordo.
Origines chrétiennes. Légendes. — S. RouUiard,
Parthénie, Paris, 1609. — A. C. Hénault, Origines chré-
tiennes de la Gaule celtique. Recherches hist. sur la fondation
de l'Église de Chartres, Paris-Chartres, 1884. — L. Duchesne,
Bull, critique, 1885. — R. Merlet, La cathédrale de Chartres et
ses oriqines, dans Bévue archéol., 1902; Les traditions de I
l'Église de Chartres, dans Archives hist. du dioc. de Chartres, \
1914. — M. .Jusselin, Les traditions de l'Église de Chartres à [
propos d'une bulle de Léon X, dans Mémoires de la Soc.
archéol. d'Eure-et-Loir, xv, 1914; Nouvelles recherches sur
les traditions de l'Église de Chartres, Chartres, 1917.
Liste épiscopale. — Gall. christ., viii, Paris, 1744. —
R. Merlet, Catalogues des évêques de Chartres, dans Mémoires
de la Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, ix, 1889. — Fisquet,
La France pontificale (Chartres), Paris, s. d. • — Duchesne,
II.
PÈLERINAGE. — A. Clcrval, Petite hist. de Notre-Dame de
(^Iiartres, Rennes, 1908. — Y. Uelaporte, Le voile de Notre-
Dame, Chartres, 1927. — Fêles mariâtes, Chartres, 1927. —
Mgr Harscouët, Chartres, Paris, 1933, coll. Les pèlerinages. \
Cathédrale. - - Bulteau, Dcstrip/ion de la cathédrale de '
Chartres, 1850; Monographie de la cathédrale de Chartres,
Chartres, 1887-1901, 3 vol. — A. Lecocq, La cathédrale de
(Chartres et ses maîtres de l'œuvre, dans Mémoires de la Soc.
archéol. d'Eure-et-Loir, vi, 1876. — K. Lefèvre-Pontalis,
Les architectes de la construction des catliédrales de Chartres, i
dans Mémoires de la Soc. des Anti(iu;nres de France, 1905. I
— R. Merlet, La cathédrale de Charires (" Petites monogra- !
j)hies »), Paris, s. d. (1909). — M. .lusselin, La maîtrise de '
l'œuvre à Notre-Dame de Chartres, dans Mémoires de la !
Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, 1921. — Y. Delaporte-E. [
Houvel, Les vitraux de la cathédrale de Chartres, Chartres,
1927, 1 vol. et 3 recueils de planches. — É. Màle, Notre-
Dame de Chartres, Paris, 1948.
Chapitre cathédral. — E. de Lépinois-L. Merlet, '
Cartulaire de Notre-Dame de Chartres, Chartres, 1862-
65, 3 vol. — L. Amiet, Essai sur l'organisation du chapitre
cathédral de Chartres, Chartres, 1922.
Écoles. — A. Clerval, Les écoles de Chartres au Moyen j
Age, dans Mémoires de la Soc. archéol. d'Eure-et-Loir, xi, i
1895. 1
Paroisses. — N'. Doublet, Pouillé du dioc. de Chartres, !
Chartres, 1738. — P. Buisson-P. Rellier de la Cliavignerie,
Tableau de la ville de Chartres en 1750, Chartres, s. d.
Abbayes, prieurés et communautés. — Gall. christ.,
VIII, Paris, 1744. — • M. Guérard, Cartulaire de l'abbaye de
S.-Pcre de Chartres, Paris, 1840, 2 vol. — J. Vaudou, Hist.
générale de la communauté des Filles île S.-Paul de Charires,
Paris, 1922-31, 4 volumes.
II. DIOCÈSE. — L Limites et divisions. II. His-
toire sommaire. III. Établissements religieux. IV.
Enseignement.
I. Limites et divisions. — Jusqu'à la fondation du j
siège de Blois (1697), le diocèse de Chartres était l'un
des plus vastes, le plus vaste peut-être, des diocèses de i
France. Ne pouvant en jalonner ici tout le pourtour,
nous nous" contenterons d'en indiquer les limites
extrêmes. Il était borné au Nord par la Seine ou, plus
exactement, par la rive droite de ce fleuve dont les
îles, par ex. celle où se trouvait la paroisse S. -Jacques
de Meulan, lui appartenaient. Au Sud, il débordait
notablement la Loire et, s'étendant au delà de l'ab-
baye de Pontlevoy, touchait presque le Cher. De j
l'Est, où sa limite voisinait, sans cependant l'at- i
teindre, avec le méridien de Paris, il s'étendait, vers I
l'Ouest, plus loin que les sources de l'Eure. Il était
limité par les diocèses de Paris, de Rouen, d'Évreux,
de Séez, du Mans, de Tours, d'Orléans et de Sens. Il
renfermait, avant son démembrement, 903 paroisses i
où vivait une population évaluée — approximati-
vement, bien entendu — à 400 000 âmes.
On a prétendu, mais à notre avis sans preuves déci-
sives, que le diocèse de Chartres avait cédé, à une
époque très ancienne, une partie de son territoire,
notamment .Alortagne et Bellême, à celui de Séez.
Les anciennes limites du diocèse de Chartres corres-
pondent à peu près, autant que l'on peut en juger,
avec celles de la civitas Carnotensis, mais rien ne
prouve que la correspondance ait jamais été parfaite.
Ainsi que l'ont fait remarquer les éditeurs du Cartu-
laire de Notre-Dame de Chartres, on ne peut croire que
les premiers apôtres du pays se soient arrêtés devant
les frontières qui séparaient les pagi chartrains des
pagi limitrophes. « Ils poussèrent en avant la parole de
Dieu, sans souci des limites administratives, et ratta-
chèrent à l'Église chartraine tous les territoires qu'ils
avaient évangélisés. Oux d'Évreux, de Séez, du
Mans, de Tours, d'Orléans, de Sens, de Paris, de
Rouen firent de même, en rayonnant autour de leur
Église mère. Voilà, pensons-nous, comment les évè-
chés furent constitués dans l'origine et pourquoi les
limites du nôtre pouvaient très bien ne pas corres-
pondre exactement avec celles de l'antique cité ou des
pagi qui la composaient au iv-v siècle. »
La Vieille chronique attribue à S. Lubin (milieu
du vie s.) la délimitation du diocèse : Hic Leobiiius
Carnotensem diocesim delimilavit . Malgré la date tar-
dive du document (xiv<^ s.), le renseignement mérite
d'être pris en considération, car le fait est tout à fait
vraisemblable. L'époque de S. Lubin est celle de
l'achèvement de l'évangélisation des campagnes. Les
derniers paguni avaient disparu, les centres chrétiens
avaient cessé d'être des îlots; il était temps de déli-
miter le territoire déi)endant de chacun d'eux.
Il y eut peu après, sous l'épiscopat de Pappolus, une
tentative de démembrement. Le roi Sigebert, à qui
appartenait Châteaudun, essaya de fonder dans cette
ville un évêché pour la partie austrasienne de l'an-
tique civitas Carnotum. L'évêque de Chartres protesta,
en ,573, au concile de Paris qui lui donna gain de
cause. Cependant l'évêque de Châteaudun, Promotus,
se maintint dans ses fonctions jusqu'à la mort de Sige-
bert (575).
L'ancien diocèse, outre la ville et la banlieue de
Chartres, comjirenait six archidiaconés : 1. le grand
archidiaconé, composé des six doyennés d'Épernon,
d'Auneau, de Rochefort, du Perche, de Brou et de
Courville; — ■ 2. l'archidiaconé de Dunois : doyennés de
Beauce et de Dunois-au-Perche; — 3. l'archidiaconé
de Pinserais, composé des doyennés de Poissy et de
Mantes; — 4. l'archidiaconé de Dreux, composé des
doyennés de Dreux et de Brezolles; — 5. l'archidia-
coné de Blois; — • 6. l'archidiaconé de Vendôme. Ces
deux derniers ne comprenaient qu'un seul doyenné.
« Nos archidiaconés concordent mieux avec les pagi.
font remarquer les éditeurs du Cartulaire, que le
diocèse avec la cité mérovingienne et carlovingienne...
Quelle qu'ait été la date précise de cette institution
dans notre diocèse [celle des archidiaconés], on était
bien loin de l'époque où les pagi formaient la division
administrative du pays; mais comme ils avaient élc
remplacés assez fidèlement par les comtés, l'autorité
ecclésiastique trouva sans doute une certaine conve-
nance à donner à ses archidiaconés les limites des cir-
conscriptions territoriales familières aux habitants. -
L'étendue du diocèse de Chartres en motiva le dé-
membrement. En 1697 fut créé le diocèse de Blois,
formé des archidiaconés de Blois et de Vendôme et
d'une partie, comprenant 54 paroisses, de l'archi-
diaconé de Dunois — il est à noter que la carte du
diocèse de Blois, publiée dans ce dictionnaire, établie
sans doute d'après celle de Jaillot (1701), n'est pas
565 CHARTRES 5titi
parfaitement exacte; la limite des deux diocèses est
trop au Nord : elle donne, par ex., à Blois Baignolet et
Viabon qui n'ont jamais cessé d'appartenir à Chartres.
C'est sous l'épiscopat de Paul de Godet des Marais
que le nouveau siège fut érigé, mais c'est une erreur de
dire qu'il ait eu l'initiative du démembrement. Le
projet n'était pas nouveau, et lorsque Godet des Ma-
rais devint évêque, la décision, ainsi qu'il résulte de la
correspondance de M. Tronson, était déjà prise en
haut lieu.
En vertu des lois révolutionnaires, le diocèse de
Chartres fut réduit aux limites du département
d'Eure-et-Loir et gouverné par l'évêque constitution-
nel Bonnet. La bulle Qui Christi Domini, en exécution
des dispositions du Concordat de 1801, supprima le
diocèse de Chartres et en rattacha le territoire à celui j
du diocèse de Versailles.
Le diocèse de Chartres fut rétabli en 1817 et Mgr de i
Latil, aumônier du comte d'Artois, en fut nommé
évêque. Mais c'est seulement en 1821 que la mesure
fut réalisée. Depuis ce temps, les limites du diocèse,
qui sont celles du département d'Eure-et-Loir, n'ont
pas varié.
En somme, le territoire du diocèse a toujours été en
diminuant. Il a perdu un très grand nombre de ses
paroisses et n'en a gagné que très peu : quatorze qui
appartenaient autrefois à celui d'Orléans (région de
Janville) et une seule (S.-Bomert) qui faisait partie de
celui du Mans. Ses divisions actuelles concordent à peu
près avec les divisions civiles, ce qui nous dispense de
les décrire en détail. Il comprend les quatre archiprê-
irés de Chartres, de Châteaudun, de Dreux et de
Nogent-le-Rotrou. Quant aux doyennés, ils corres-
pondent aux cantons, avec cette différence que le
doyenné du canton d'Orgères est à Terminiers, et qu'il
existe, depuis 1927, un doyenné de Louville dont le
territoire a été constitué au moyen de paroisses enle-
vées aux doyennés d'Auneau, de Janville et de
Voves.
On trouve dans VOrdo de 1950 les renseignements
suivants : « Le diocèse de Chartres compte une popu-
lation de 258 110 habitants, répartie en 426 com-
munes. Il est partagé en 4 archiprêtrés et 25 doyennés
formant 377 paroisses qui sont desservies par 208 curés
et administrateurs, 45 vicaires, 2 ])rêtres auxiliaires.
Il compte en outre 77 prêtres : chanoines, supérieurs,
professeurs, aumôniers, etc., ce qui constitue un total
de 332 prêtres en exercice. »
1 1. Histoire sommaire. — • 11 est dillicile de résumer. |
même très sommairement, l'histoire d'un grand dio- j
cèse dans une note aussi brève que celle-ci ; nous nous
contenterons donc d'en tracer les grandes lignes.
Nous avons dit ailleurs que l'histoire des origines
chrétiennes de la ville de Chartres nous était presque
totalement inconnue; autant faut-il en dire, et à plus
forte raison, de celle de l'évangélisation des diverses
régions du diocèse. S. Martin y est passé ; il est probable
que c'est par l'elïort de propagande chrétienne auquel
son nom reste attaché que les populations rurales
de cette partie de la Gaule ont abandonné le paga-
nisme. L'évêque de Chartres S. Soleime — confondu
postérieurement avec un autre Solenne dont on véné-
rait le tombeau en Touraine — est mentionné par son
biographe comme ayant « catéchisé » Clovis, c.-à-d.
l'ayant marqué du signe de la croix qui fait les caté-
chumènes. S. Lubin, qui vivait au milieu du vi" s., est
le plus célèbre des évêques de Chartres de la période
mérovingienne. Un demi-siècle après lui, l'évêque
S. Béthaire, au cours d'une guerre entre Clotaire II et
Thierry, roi de Bourgogne, se conduisit, au péril de sa
vie, en véritable « défenseur de la cité ».
C'est au cours de la période historique antérieure
aux invasions normandes que se place vraisemblable- |
ment la fondation de la plupart des paroisses rurales.
Il y eut aussi à cette époque une belle floraison de vie
monastique.
Les incursions des pirates du Nord, accompagnées
d'incendies, de pillages et de massacres, furent né-
fastes, dans le pays chartrain, aux institutions reli-
gieuses. En 858 la ville de Chartres fut détruite, et
l'évêque Frotbold périt avec plusieurs membres de son
clergé. Un peu plus tard par contre, en 911, les Nor-
mands furent vaincus et repoussés sous les murs de
Chartres, tandis que l'évêque Gantelme opposait à
leur attaque, sur une des portes de la ville, la célèbre
relique de la Vierge.
Au cours des x« et xi^ s., il y eut une restauration
religieuse qui atteignit son apogée au xii^ Tous les
évêques, il est vrai, ne furent pas à la hauteur des cir-
constances : il y en eut de cupides, de simoniaques et
de batailleurs. Mais il y en eut aussi de saints et de
savants, tels que S. Fulbert et S. Yves. A cette
époque, l'influence monastique fut prépondérante.
Beaucoup de laïques qui détenaient des biens
d'Église, soit par usurpation, soit par héritage, les
remirent à des institutions religieuses qui furent la
plupart du temps des monastères, soit des abbayes du
pays chartrain, soit des abbayes plus lointaines, mais
célèbres, telles que Cluny ou Marmoutier. Beaucouj) de
prieurés, dont la plupart ne devaient avoir qu'une
assez courte durée, furent fondés à cette époque;
beaucoup d'églises rurales, jusque-là en bois, furent,
par les soins des moines, rebâties en pierre. Au point de
vue religieux, le xn« s. fut une époque brillante.
L'Église de Chartres eut d'illustres évêques, tels que
Geoffroy de Lèves et Jean de Salisbury; elle fut visitée
par trois papes : Pascal 11, Innocent II et Alexan-
dre III; S. Bernard y vint deux fois. Le xiF s. fut
aussi la belle époque des écoles chartraines. Il se ter-
mina dans l'enthousiasme populaire qui rendit pos-
sible la construction en quelques années de la cathé-
drale actuelle.
Dès le xiii« s. apparaissent certains signes de déca-
dence. Des conflits se produisent, puis se multiplient,
entre l'autorité religieuse et l'autorité civile, avec leurs
conséquences ordinaires : interdits, excommunica-
tions. Le chapitre cathédral jouit, pour son malheur,
d'une indépendance de plus en plus grande qui finira
par l'opposer aux évêques en une lutte où, finalement,
il aura le dessous. Les abbayes commencent à déchoir
de leur prospérité; par contre, les ordres mendiants,
frères prêcheurs et frères mineurs, s'implantent et
prospèrent.
La fin du xiv« s. et la première moitié du xv« furent
une triste époque pendant laquelle, en raison de la
guerre étrangère et de la guerre civile, la pluj)art des
établissements religieux et charitables furent privés de
leurs ressources et ne purent entretenir leurs bâti-
ments dont beaucoup tombèrent en ruine. Au moment
du Schisme, Chartres suivit, avec la France, le parti de
Clément VII et eut pour évêque, en 1380, Jean
Lefèvre, un de ses partisans décidés.
Lorsque, vers le milieu du xv^ s., la paix eut ramené
la prospérité, le diocèse de (>hartres connut des jours
meilleurs qui durèrent jusqu'aux guerres de religion.
On releva les ruines matérielles et morales. La plupart
des églises furent alors reconstruites, agrandies ou
restaurées. Il s'en faut de beaucoup, cependant, que
tout ait été parfait à cette époque. Le peuple, en son
immense majorité, était croyant et pratiquant; mais
sa foi n'était sans doute pas toujours éclairée, et sa
pratique paraît n'avoir pas été exempte de forma-
lisme. L'Église de Chartres eut à sa tête des évêques
trop souvent mêlés à la politique, observant peu la
résidence; quelques-uns d'ailleurs ne firent que passer
sur le siège épiscopal. Le clergé était nombreux; on
567
CHARTRES
n'oserait dire qu'il ait toujours été à la hauteur de sa
tâclie. Il n'était pas rare de voir des curés résider hors
de leurs paroisses, après les avoir affermées à des
desservants moyennant une somme fixe et des rede-
vances en nature. Quant aux ordres religieux, à l'ex-
ception des mendiants, ils étaient dans un état de
décadence que devait encore aggraver, au xvi« s., la
généralisation du régime de la commende.
Le protestantisme semble s'être infiltré d'assez
bonne heure dans le diocèse de Chartres. A partir de
1523, on en signale diverses manifestations, d'ailleurs
durement réprimées. La Réforme se propagea au
cours de la seconde moitié du xvi^ s., favorisée par la
neutralité plutôt bienveillante de l'évèque Charles
Guillard. Des Églises protestantes furent fondées en
divers lieux, tels que Châteaudun, Nogent-le-Rotrou,
Dangeau. Les nouvelles doctrines firent des adeptes
dans la petite noblesse. Il y eut des défections dans le
clergé : un abbé commendataire de S. -Père, Pierre de
Brizay, se retira dans son château de DenonviUe et se
maria; plusieurs curés passèrent à la Réforme. Au
point de vue militaire, les protestants éprouvèrent sur- ■
tout des revers dans le diocèse de Chartres : le prince
de Condc fut battu à Dreux en 1562; il fut forcé, en
1568, de lever le siège de Chartres; les reîtres furent
mis en déroute à Auneau en 1587. Lors des guerres de
la Ligue, Henri IV s'empara de Chartres eu 1591,
mais trois ans après, ayant abjuré l'hérésie, il y revint
pour se faire sacrer (1594). Aujourd'hui il n'y a plus
en Eure-et-Loir qu'un petit nombre de j^rotestants; ils
sont surtout groupes à Chartres et dans les villages de
Mézières-en-Drouais et de Guillonville.
Déjà commencée à la fin du xvr s. par l'évèque Ni-
colas de Thou, la réforme catholique, doiil le diocèse
avait le plus grand besoin, fut réalisée par les évêques
du siècle suivant, notanunent par Jacques Lescot,
Ferdinand de Neufville de Villeroy et Paul de Godet
des Marais, prélats savants, édifiants et zélés. Ferdi-
nand de Neufville fonda le grand séminaire; Godet des
Marais assura le recrutement du clergé par quatre
petits séminaires et prit part activement aux contro-
verses religieuses de son époque; c'est à lui et à son
successeur, Charles de Mérinvillc, que le diocèse de
(Chartres est redevable d'avoir été, dans son ensemble,
préservé du jansénisme. En même temps que le clergé
séculier, les réguliers éprouvèrent les heureux effets
d'une réforme qui, pour n'avoir pas produit de résul-
tats très durables, n'en fut pas moins bienfaisante : les
bénédictins se rallièrent à la congrégation de S.-Maur
et les chanoines réguliers à celle de Ste-Genevièvc.
Différents ordres nouveaux ou réformés s'installèrent
à côté des anciens. Il est à remarquer cependant que
les jésuites, qui avaient été sous Henri IV à la veille de
se voir confier la direction du collège de Chartres, ne
possédèrent aucun établissement dans le diocèse.
Le zèle des évêques pour la formation des ecclésias-
tiques porta ses fruits : on constate l'existence, au
xviiF s., d'un clergé plus cultivé et plus édifiant que
celui du siècle précédent. Et les documents de tout
genre — innombrables — sont d'accord pour attester
que la population était dans son immense majorité
non seulement pratiquante, mais pénétrée de convic-
tions chrétiennes. Dans la seconde moitié du siècle
cependant, les idées nouvelles s'infiltrèrent dans cer-
tains milieux, surtout dans la classe bourgeoise.
Quant aux ordres religieux d'hommes, ils connurent
une période de décadence accélérée, à laquelle n'échap-
pèrent ni les frères prêcheurs ni les frères mineurs qui,
restés fidèles à leurs devoirs, virent leur recrutement
se tarir. Seules les congrégations de femmes restèrent
prospères jusqu'au jour où elles furent forcées de
se dissoudre.
Lorsque se manifestèrent les premiers symptômes de
la Révolution, une partie du clergé fut favorable aux
idées nouvelles. Ces ecclésiastiques ne faisaient que
suivre l'exemple de leur évêque, Jean-Baptiste- Joseph
de Lubersac, bientôt désabusé d'ailleurs, qui avait
1 donné sa confiance à Sieyès, alors son vicaire général.
Quand parut la Constitution civile du clergé, certains
curés furent ravis de voir disparaître les moines et les
chanoines, s'imaginant que tout ce qu'on enlèverait
à ces prétendus parasites profiterait aux « pasteurs
utiles ». Il est difficile de savoir au juste combien
prêtèrent serment à la Constitution civile; les statis-
tiques officielles, même complètes et sincères, ne
tiennent pas toujours compte des restrictions plus ou
moins manifestes et des rétractations subséquentes.
Les assermentés furent sans doute entraînés par l'in-
fluence et l'exemple du lazariste Gratien, supérieur du
grand séminaire, partisan de la Constitution civile et
futur évêque constitutionnel de la Seine- Inf. On
])eut admettre, approximativement, qu'il y eut un
nombre à peu près égal d'assermentés et de rcfrac-
taires. Si parmi ces derniers on ne signale dans le
diocèse de Chartres qu'une victime, la plupart des
autres connurent les épreuves de l'exil, de la déporta-
tion — • où beaucoup moururent misérablement — ou
furent contraints d'exercer leur ministère en cachette
et au péril de leur vie, tandis que Mgr de Lubersac,
passé en Angleterre, jiuis en Allemagne, s'efforçait de
diriger et de secourir les prêtres fidèles restés dans le
diocèse ou émigrés.
Le Concordat rétablit la i)aix religieuse, mais suj)-
prinia le diocèse de Chartres. La fameuse cathédrale ne
fut i)lus, pendant une vingtaine d'années, qu'une
église paroissiale du diocèse de Versailles. Cet état de
choses dura jusqu'au concordat de 1817 qui, en ce qui
concernait (>hartres, ne sortit son elîet qu'en 1821. Les
autorités religieuses |)urent alors relever, peu à i)eu,
les ruines causées par la Révolution. Le chapitre, les
séminaires furent rétablis. Les congrégations reli-
gieuses de femmes coninirent une nouvelle prospérité.
De 1824 à 1853 Chartres eut pour évêque Mgr Clause!
de Montais, dont la jeunesse s'était écoulée sous l'An-
cien Régime et <iui, depuis, n'avait rien appris ni rien
oublié, gallican impénitent, mais homme d'hoimeur,
incapable de transiger avec le devoir et défenseur in-
trépide des droits de l'Église.
La restauration de la crypte de la cathédrale, l'éta-
blissement de l'Œuvre des clercs ou Maîtrise (école
j cléricale), l'extension du pèlerinage de Notre-Dame
' sont les événements qui dominent l'histoire religieuse
chartraine de la seconde moitié du xix' s. « J'ose le
! prédire, Chartres redeviendra plus que jamais le centre
de la dévotion à Marie en Occident; on y alfluera
comme autrefois de tous les points du monde. » Mal-
gré rétablissement de pèlerinages nouveaux qu'il ne
pouvait prévoir, cette parole de Mgr Pie, prononcée en
1855, n'a pas été démentie par les faits.
' Après un siècle de tranquillité relative due au Con-
cordat, interprété tantôt avec bienveillance, tantôt
avec hostilité, l'Église de Chartres s'est vue de nou-
veau spoliée par la loi de Séparation et privée, par la
loi sur les associations, du concours des congrégations
j religieuses. Les événements qui se sont succédés depuis
bientôt cinquante ans sont encore trop rapprochés
pour qu'on puisse en parler avec une sérénité parfaite.
( Bornons-nous à constater que si l'Église de Chartres
a subi, au point de vue matériel, de lourdes pertes, elle
jouit d'une indépendance plus grande qu'autrefois,
que ses séminaires ont pu être reconstitués, que
l'œuvre du Denier du culte assure au clergé un mini-
i mum — malheureusement bien bas — de ressources,
que les congrégations religieuses ont pu, dans une cer-
taine mesure, reprendre leur rôle bienfaisant, que le
culte de Notre-Dame de Chartres attire des pèlerins
C. HA HT R lis
plus iionibreiix que jauiais, et tout cela malgré les i
pertes en vies humaines et les ruines matérielles et
morales occasionnées par les deux dernières guerres. !
m. Établissements religieux (dans les limites
actuelles du diocèse). — 1" Chapitres. — S.-Étienne de '
Dreux. — (^e cha])itre paraît pouvoir rivaliser en
ancienneté, sinon en importance, avec celui de Notre-
Dame de Chartres. Bâtie dans l'enceinte du château,
l'église qu'il desservait existait déjà sans doute ù
l'époque mérovingienne. Le chapitre, dont l'existence
au x« s. est bien constatée, fut l'objet des libéralités de
Louis le Gros. Au xvin'' s., il comprenait treize cha-
noines. L'église S.-Étienne n'existe plus.
S.-.Je<in-Jiuptixle à Nogenl-le-Rotrou. - Il tut fondé
en 1194. par (ieolTroy IV, comte du Perche. Il était
composé au xviii<' s. de neuf chanoines, y compris le
doyen. L'église S. -Jean a complètement disparu.
S. -André de Châlcaiiduii. — 11 remonte à 1211, et fut
établi en partie grâce aux libéralités de l'abbaye de
Bonneval. La dignité de doyen y fut instituée en 1263.
Il comprenait au xviii" s. un doyen, un prévôt, un tré-
sorier, quatre chanoines résidants et quatre chanoines
honoraires. Il ne reste rien de l'église S. -André.
La Ste-Chapelle du Danois. — Le célèbre Dunois fit
rebâtir, à partir de 1451, la chapelle du château de 1
Chàteaudun, qui fut dédiée à Notre-Dame et à S. Jean-
Baptiste. Elle fut d'abord desservie par des chanoines
réguliers de S. -Victor de Paris, qui furent remplacés
en 1490 par un collège de chanoines séculiers. Au
xviii« s., il y avait un prévôt, un chantre et huit cha-
noines. La Ste-Chapelle existe toujours.
Notre-Dame de Maillebois. — Il fut fondé en 1505
par Jeanne de Montfaucon, pour desservir la chapelle
que son mari, Jean d'O, décédé depuis peu, avait fait
bâtir. Au xviii« s. il n'y avait plus qu'un doyen, curé de
la paroisse S. -François, érigée en 1588 d^ns la collé-
giale, et deux prébendés. L'église existe toujours j
comme paroisse. j
S. -Nicolas de Maintenon. — Jean Cottereau, sei-
gneur de Maintenon, rebâtit, près de son château, l'an-
cienne église paroissiale S. -Nicolas et y établit, en
1522, un chapitre de six chanoines dont le doyen ou
chevecier était en même temps curé de la paroisse.
L'église S. -Nicolas, désalTectée, existe encore. 1
Tous ces chapitres ont été supprimés à l'époque
révolutionnaire.
2° Abbayes et principaux prieurés. — Nous ne pou-
vons mentionner ici tous les anciens établissements
monastiques compris autrefois dans le territoire actuel
du diocèse de Chartres. Les donations faites aux
abbayes aux xi« et s. donnèrent naissance à une
multitude de petits prieurés dont l'existence, en tant !
que communautés monastiques, fut éphémère. Il y en
eut une centaine dans les limites actuelles du diocèse j
de Chartres. A partir du xiii« s., le droit commun et le i
droit diocésain firent rentrer dans leurs abbayes les \
moines dispersés dans ces petits prieurés oii la vie régu- [
lière était à peu près impossible. Nous ne ferons men-
tion que d'un très petit nombre de prieurés excep-
tionnellement importants.
Bonneval, abbaye SS.-Florentin-et-Hilaire. — - Voir
D. H. G. E., IX, lOCl sq.
Coulombs, abbaye Notre-Dame. Ce monastère
existait au x'' s. Deux fois détruit, il fui restauré en
1028 par Odolric, évèque d'Orléans, en exécution des
intentions de son oncle, Roger, évèque de Beauvais.
Très éprouvé par la guerre de Cent .Ans et les guerres de
religion, il fut restauré i)ar la congrégation de S.-Maur
qui s'y installa en 1H48. 11 ne reste que peu de chose i
des anciens bâtiments. [
Tiron, abbaye de la Ste-Trinilé. — ,\près une cxis- I
lence assez mouvementée, Bernard d'Abbeville, réfor- !
mateur du clergé la lin du xt» s. et au début <lu xii",
vint se fixer avec quelques compagnons aux environs
de Nogent-le-Rotrou pour y mener une vie particuliè-
rement austère (1109). Inquiété par les moines de
Cluny établis à Nogent-le-Rotrou, il dut quitter son
premier établissement et se réfugier sur une terre
concédée par l'évêque et le chapitre de Notre-Dame de
Chartres (1114). La nouvelle fondation prit un déve-
loppement extraordinaire : Tiron devint la maison
mère d'une congrégation qui comprit, en France et en
Angleterre, jusqu'à 14 abbayes et 86 prieurés. La déca-
dence vint vite. En 1629 Tiron passa à la congrégation
de S.-Maur qui y établit un collège, transformé un peu
plus tard en école militaire. Cette école finit par se
substituer à l'abbaye, dont le titre abbatial fut sup-
primé en 1782.
Ce qui subsiste de l'église est aujourd'hui utilisé
pour la paroisse de Tiron. Il ne reste presque rien des
bâtiments réguliers; ceux de l'école militaire sont
aujourd'hui une habitation privée.
Josaphal, abbaye Notre-Dame. — Geoffroy, évèque
de Chartres, de la puissante famille de Lèves, fonda ce
monastère en 1117, aux environs de Chartres, en un
site dont les pèlerins de Terre sainte avaient remarqué
la ressemblance avec celui de la célèbre vallée. Les
premiers moines vinrent de Fourmetot, en Norman-
die, après la destruction de leur monastère. Tombée en
décadence, l'abbaye fut relevée par les mauristes en
1640. Elle est aujourd'hui occupée par un hospice. Des
fouilles pratiquées en 1905 et 1906 ont mis à jour une
partie des substructions de l'église, qui datait du
xii^ siècle.
Ctiâteaudun, abbaye de la Madeleine (ordre de S.-
Augustin). — Il faut considérer comme légendaire ce
qui a été dit de la prétendue fondation de cette abbaye
par Charlemagne. Une église dédiée à Notre-Dame fut
sans doute élevée au x« s. par les comtes de Cham-
pagne. Au xii« s., elle fut remplacée par celle qui a
subsisté, et confiée, entre 1118 et 1120, aux chanoines
réguliers de S. -Augustin. C'est vers cette époque
qu'elle changea son titre pour celui de Ste-Madeleine.
L'abbaye fut réunie à la congrégation de France de
Ste-Geneviève en 1634. Les bâtiments réguliers, plus
récents, très endommagés au cours de la dernière guerre,
étaient occupés par la sous-préfecture et la prison.
S.-Vincent-des-Bois (ordre de S. -Augustin). — En
1066, Geoffroy, évèque de Chartres, concéda à un
nommé Guismond une chapelle dédiée à S. Vincent,
dans le Thimerais, pour qu'il y menât, avec quelques
compagnons, la vie érémitique. Vers 1130, Hugues de
Châteauneuf fit de ce modeste établissement une
abbaye qu'il dota et où il fit venir des chanoines régu-
liers. Après diverses vicissitudes, l'abbaye fut restau-
rée en 1667 par les génovéfains. Ce monastère passe
pour avoir été, au xviii" s., le pénitencier de la congré-
gation. Ce qui en reste a perdu tout caractère.
S.-Avit (abbaye de femmes; ordre de S. -Benoît). —
Faut-il croire que l'abbaye de S.-Avit, dans un fau-
bourg de Chàteaudun, a succédé au monastère de
Piciacus, dont il est question dans l'histoire de
S. Avit? C'est un problème que nous ne pouvons exa-
miner ici. Pour nous en tenir à ce qui est historique-
ment certain, nous nous bornerons à dire que l'abbaye
de S.-Avit a été fondée ou restaurée en 1045. Elle a
subsisté jusqu'à la Révolution, et une partie des bâti-
ments existe encore. Quelques objets précieux (châsses)
lui ayant appartenu ont passé aux bénédictines de
Verneuil.
Arcisses (prieuré, puis abbaye d'hommes, puis de
femmes; ordre de S. -Benoît). — Prieuré dépendant de
Tiron et fondé du vivant de S. Bernard d'Abbeville, il
fut érigé en abbaye en 1225. A peu près désert, ce mo-
nastère passa à des moniales en 163(i. Il n'en reste que
peu de chose.
r>7i
Ahhnye de Ste- Gemme (ordre de S. -Benoît). — Mo- '
nastère de femmes, fondé en 1 148, donné à l'abbaye de i
S.-Avit. Érigé dans la suite en abbaye, puis aban- ',
donné, il fut attribué en 1444 à l'abbaye de Coulombs.
Abbaye de l'Eau (abbaye de femmes; ordre de Cî-
teaux). — Situé à quelque distance en amont de
(;hartres, dans la vallée de l'Eure, ce monastère fut
fondé en 122fi par Jean de Châtillon, comte de
Chartres. Il a subsisté jusqu'à la Révolution. Quelques
restes de l'église et des lieux réguliers sont reconnais-
sablés.
Nogent-le-Rotrou, prieuré S. -Denis (ordre de Cluny).
— GeolTroy III, comte du Perche, fonda, en 1028 ou
1029, un monastère à proximité du château de Nogent-
le-Rotrou. Son successeur, Rotrou II, y appela des
moines de S.-Père de Chartres. Geoffroy III, comte du
Perche, s'étanl brouillé avec S.-Père, y fit venir des
moines de Cluny, qui le mirent au nombre de leurs
prieurés (1081). En décadence et presque désert, le
prieuré S. -Denis fut supprimé dès 1788. Il en subsiste
des restes importants, dont une grande partie de
l'église, bâtie avant l'arrivée des moines de Cluny.
Épernon, prieuré S. -Thomas. — Ce prieuré a succé-
dé, au s., à un ancien monastère nommé la Trinité
de Seincourt. Amaury, seigneur de Montfort et d'Éper-
non, le réunit, par une donation confirmée en 1052 par
Henri I", à l'abbaye de Marmoutier. Les restes de
l'église attestent l'ancienne importance de cet éta-
blissement monastique.
Belhomerl, prieuré Notre-Dame (prieuré de femmes;
ordre de Fontevrault). — Ce monastère fut fondé, peu
après 1119, par Hugues de Châteauneuf; il dura jus-
qu'à la Révolution. Quelques bâtiments anciens en ont
subsisté, mais l'église a totalement disparu.
Éclimont (prieuré de l'ordre des Célestins). — Ce
petit monastère, destiné à être peuplé de huit reli-
gieux, fut établi en 1557 par Étienne de Poncher,
évêque de Rayonne, dans la propriété attenante à son
château d'Éclimont. Condamné par la Commission
des réguliers, il fut supprimé en 1774.
3° Commanderies (d'après le pouillé de 1738). —
Citons celle de Champagne, La Boissière (près Châ-
teaudun), La Ville-Dieu (paroisse de Manou), Sours
(avec maison et hôpital à Chartres) — le pouillé ne
mentionne pas une autre Ville-Dieu (paroisse de
Laons) qui a été aussi le siège d'une commanderie.
Tous ces établissements ont été fondés au xii<i siècle.
4° Couvents et communautés diverses (en dehors de
Chartres). — Nous nous sommes servis pour en éta-
blir la liste du pouillé de 1738, en le rectifiant ou en le
complétant au besoin. Nous n'osons la donner comme
complète; il y a eu sans doute de petites congréga-
tions locales qui ont disparu sans laisser autre chose
que des souvenirs plus ou moins précis.
Cordeliers : Châteaudun (xiii^ s.); Anet (1582). — -
Capucins : Nogent-le-Rotrou (1601); Dreux (1615). —
Récollets : Châteaudun (1608).
Dames du S. -Sacrement : Dreux (1696); Nogent-le-
Rotrou (prieuré de Nazareth, 1635) : à la fin du
xvii« s. ce monastère comptait trente professes qui
tenaient un pensionnat de jeunes flUes. — Hernar-
dines : Courville (1643); ces religieuses qui avaient des
pensionnaires consentirent, en 1748, à la suppression
de leur monastère, en raison de difficultés financières.
— Religieuses de la congrégation de Notre-Dame (de
S. Pierre Fourier) : Châteaudun (1643). — Ursulines :
Nogent-le-Rotrou (1631). — Filles de la Charité de
S.-Vincent de Paul : hôtel-Dieu de Châteaudun (1654).
— Filles de la Providence de S.-Rémy d'Auneau
(1729), devenues depuis les Sœurs de Bon Secours de
Chartres. — Sœurs de la Présentation de Sainville,
fondées par la Mère Poussepin (1695), devenues depuis
les Sœurs de la Présentation de Tours. — Sœurs de
^12
Levesville-la-Chenard (fin du xvii» s.), devenues les
Sœurs de S. -Paul de Chartres.
5" Depuis la Révolution. — Tous les établissements
mentionnés ci-dessus ont disparu à l'époque révolu-
tionnaire. Dès que la liberté religieuse a été rendue à
la France, les congrégations y ont reparu, et ont
connu au cours du xix^ s. une grande prospérité. Ne
pouvant énumérer ici tous leurs établissements dans le
diocèse de Chartres, nous nous bornerons à donner un
aperçu de leur statistique d'après La Voix de Notre-
Dame de Chartres de 1895. Nous laissons de côté les
établissements de la viUe de Chartres, dont il a été
question plus haut, ainsi que les congrégations pure-
ment enseignantes dont nous parlerons ci-dessous.
Trappistines, venues de Mondaye à la Cour-Pétral
en 1845 : 1 établissement. — Visitandines : 1 ét.
(Dreux). •— Sœurs de S. -Paul de Chartres : environ
80 ét. — Filles de la Charité : 3 ét. — Sœurs de Bon
Secours de Chartres : 3 ét. — Sœurs de la Providence
de Ruillé-sur-Loir : 7 ét. — - Sœurs de Notre-Dame de
Chartres, fondées à Berchères-l'Évêque et autorisées
par décret du 23 mars 1857 : 27 ét. — Sœurs de la
Présentation de Tours : 4 ét. — Sœurs de l' Immaculée-
Conception, fondées à Nogent-le-Rotrou en 1808 :
3 ét. — • Sœurs d'Évron : 3 ét. • — Sœurs de la Charité
de Besançon : 2 ét. — Sœurs de la Providence de
Langres : 1 ét. — Sœurs de Champigneul : 1 ét.
La loi du 1" juill. 1901 contre les congrégations a été
cause de la disparition d'un certain nombre de ces
établissements. D'autres modifications sont égale-
ment survenues. Ainsi les trappistines de la Cour-
Pétral ont été remplacées en 1935 par les servantes du
S. -Sacrement et l'ancien prieuré d'Épernon a été
occupé, en 1936, par les filles de la Croix. Les Pères de
Picpus se sont établis à Châteaudun en 1927; les
rédemptoristes, à Dreux en 1946. Les Pères du S.-
Esprit dirigent depuis 1946 l'orphelinat Notre-Dame
au château des Vaux, et les dominicains depuis 1945
l'œuvre Ste-Madeleine à La Ferté-Vidame.
IV. Enseignement. — « La première trace certaine
que l'on trouve de l'enseignement primaire en Eure-et-
Loir, écrivait Lucien Merlet vers 1874, est une ordon-
nance capitulaire du chapitre de Chartres de l'année
1324. Dans la séance tenue le mercredi après la S.-
Vincent, le chapitre recommande aux curés soumis à
sa juridiction d'avoir dans leur paroisse une école
primaire... » Même recommandation adressée à tout le
diocèse dans les statuts synodaux de 1489, 1526 et
1636. Aux xvii« et xviiie s. se multiplient les fonda-
tions, par testament ou par contrat, pour l'établisse-
ment ou l'entretien des écoles. Partout où on le peut,
les garçons ont leur école et les filles la leur. Il n'y a
pas encore pour les filles de congrégations vouées uni-
quement à l'enseignement, tel du moins qu'on le con-
çoit aujourd'hui, mais un certain nombre de commu-
nautés ont des pensionnaires qu'elles instruisent, et
reçoivent même des élèves du dehors. Les frères des
écoles chrétiennes de S. -Jean-Baptiste de la Salle
ouvrent pour les garçons des écoles à Chartres (1699), à
Nogent-le-Rotrou (1723) et à Dreux (1740).
Avant la Révolution, il existe plusieurs collèges.
Celui de Dreux remonte à 1536, celui de Chartres à
1572, celui de Bonneval à 1611, celui de Nogent-le-
Rotrou à 1654. Quant au collège de Châteaudun, on
sait seulement qu'il est antérieur à 1590, date de sa
destruction au cours des guerres de la Ligue. Nous
avons déjà mentionné l'école militaire de Tiron; il faut
aussi ajouter à la liste des collèges l'abbaye des géno-
févains de S.-Chéron-lès-Chartres où des pension-
naires étaient reçus et instruits.
Pour la formation des clercs, il n'y eut pas d'éta-
blissements spéciaux avant le xvii» s. Après quelques
essais infructueux auxquels furent mêlés Bourdoise et
chartrp:s
i73
CHA RTf{ES
Olier, le premier séminaire fut établi en 1659, dans la
banlieue chartraine, au prieuré de Beaulieu, ancieime
léproserie. Dirigé d'abord par des prêtres du diocèse, il
fut confié, en 1680, aux lazaristes. A la tin du siècle,
en 1699, Godet des Marais fonda quatre petits sémi-
naires : un à Chartres, le séminaire S. -Charles, le plus
important, où les lazaristes furent appelés en 1719; un
à S.-Cyr; un à Fresnes (Ecquevilly), dans le diocèse
actuel de Versailles, comme le précédent; un à Nogent-
le-Rotrou, qui, de fait, paraît s'être confondu avec
le collège.
.\près la Révolution, l'enseignement chrétien a
passé dans le diocèse de Chartres par les mêmes vicis-
situdes que dans les autres diocèses de France. Depuis
la laïcisation de l'enseignement public, on a cherché à
multiplier les écoles congréganiste.s, surtout pour les
lilles. Les religieuses du Sacré-Cœur ont ouvert des
maisons d'éducation à Chartres et à Châteaudun.
Mentionnons aussi celles qui sont tenues par la société
fondée par Mlle Delfeuille à Nogent-le-Rotrou (1832),
à Chartres et à Dreux. Bénéficiant des dispositions de
la loi de 1850, l'institution Notre-Dame de Chartres,
collège secondaire pour les garçons, a pris sa forme
actuelle en 1854.
Le grand séminaire a été rétabli à Chartres, en 1821,
dans les bâtiments de l'ancien petit séminaire S.-
Charles; quelques années plus tard, en 1825, un petit
séminaire était fondé dans l'ancienne abbaye de
S.-Chéron. Dès avant le rétablissement de l'évêché, il
y avait eu un petit séminaire, peu important, à Ter-
miniers (1819-33). Un autre petit séminaire fut fondé à
Nogent-le-Rotrou en 1853.
Les lois antireligieuses du début de ce siècle (loi
contre les congrégations en 1901, loi de Séparation
en 1905) ont gravement atteint l'enseignement reli-
gieux, et les fidèles ont dû s'imposer de lourds
sacrifices pour le sauvegarder. Voici l'état actuel
des établissements d'enseignement relevant de l'auto-
rité diocésaine.
Les écoles primaires de garçons sont au nombre de 6 ;
2 sont tenues par les frères des écoles chrétiennes. Il y a
46 écoles de filles, dont 26 tenues par des congréganistes.
Il existe deux établissements secondaires pour les
garçons : l'institution Notre-Dame de Chartres et le
pensionnat S.-Pierre de Dreux, tenu par les frères des
écoles chrétiennes. Il y en a également deux pour les
filles : l'institution Jeanne-d'Arc à Chartres, et l'insti-
tution Delfeuille à Nogent-le-Rotrou. Il y a en plus
deux cours secondaires rattachés à des établissements
primaires (institution Guéry à Chartres, institution
Delfeuille à Nogent-le-Rotrou).
Deux établissements relèvent également de l'auto-
rité diocésaine : l'école d'agriculture de Nermont,
pour les jeunes gens, et l'école ménagère des sœurs de
S. -Paul de Chartres pour les jeunes filles.
Pour la formation du clergé, le diocèse dispose
actuellement des établissements suivants : du grand
séminaire, qui occupe, à Chartres, les bâtiments de
l'ancienne abbaye S. -Jean; de la maîtrise, école cléri-
cale fondée en 1853, qui a recueilli les élèves du .sémi-
naire S.-Chéron, et est aujourd'hui le principal petit
.séminaire; du petit séminaire de Nogent-le-Rotrou,
qui a pu être rétabli en 1934; enfin de l'école cléricale
de Mézières-en-Drouais, fondée en 1941 et dirigée
par la communauté sacerdotale des Prêtres du (<hrist-
Moi, dont les élèves sont conduits jusqu'au sacerdoce.
Outre les ouvrages mentionnés à C.hartrbs (Ville), on
pourra consulter :
LiMiTE.s uu DIOCÈSE : Haye, Martyrologe Je l'Église de
Chartres, précédé d'une étude sur les liitiiles du diocèse, s. d.
[1890J.
Histoire sommaikk : Lehr, Jm Kéforine et les Églises
réfornifes dans le départ, actuel d' Eure-et-Loir, 1912.
lÎTABi.rsSKMRNTS RELIGIEUX : Vilbcrt, Dreux... Abrégé
hist. de cette ville et de son comté, par le président Eu.^tache
de Rotrou, 1879. — • Bordas, Hist. sommaire du Dunois,
1884, 2 vol. — Comte de Souancé, Nogent-le-Rotron, 1916.
— Guérard, Cartulaire de l'abbaye S.-Père de Chartres, 1840,
2 vol. — L. Merlet, Cartulaire de l'abbaye de Tiron, 188.'^,
2 vol. — Bigot, Hist. de l'abbaye de S.-Florentin de Bonne-
val, 1875. — Mêlais, Cartulaire de Notre-Dame de Josapliat,
1911-12, 2 vol. — L. Merlet-L. .Tarry, Cartulaire de la
Madeleine de Châteaudun, 1896. — R. Merlet, Cartulaire de
S.-Jean-en- Vallée de Chartres, 1906. — C. Lemenestrel-
M. Boudet, Annales du couvent des capucins de Dreux, dans
Archives du dioc. de Chartres, xxiv, 1914-35. — Métais,
Les TempUer.t en Eure-et-Loir, ibid., vu, 1902.
Enseignement : L. Merlet, De l'instruction primaire en
Eure-et-Loir avant 1790, dans Mémoires de la Soc. archéol.
d'Eure-et-Loir, vi, 1876. — Renard, Le séminaire du Grand-
Beaulieu-lès-Chartres, 1890-1908; [,e séminaire S.-Charies
de Chartres, 1908.
Y. Delaporte.
CHARTRES (Renaud, oumieux Regnault de),
archevêque de Reims et chancelier de France. Il était
fils d'Hector de Chartres, seigneur d'Ons-en-Bray,
connu par l'établissement du célèbre Coutumier des
forêts de Normandie. Destiné à l'Église, il obtint le dé-
canat de Beauvais en 1404, fut nommé archevêque de
Reims en 1414 par le pape Jean XXIII, cependant que
l'université de Paris écrivait à la municipalité et au
chapitre pour tenter de faire élire Jean Canart. Il fut
chargé de missions politiques et diplomatiques, assista
au concile de Constance et figurait en 1415 parmi les
ambassadeurs du roi de France qui conseillaient à
Jean XXIII d'abdiquer et lui offraient des garanties
de sécurité. Toutes ses occupations firent qu'il résida
peu à Reims et il nomma Jean Raimond vicaire géné-
ral pour l'administration du diocèse. Le 3 oct. 1416 il
assistait à la conférence avec les ambassadeurs bour-
guignons qui réussit seulement à conclure une trêve et,
en 1417, à celle de Barneville en face des délégués du
roi d'Angleterre; c'est lui qui prit la parole, mais sans
rien obtenir et, en avr. 1420, il partit pour l'Écosse où
il fit un long séjour et d'où il ramena une armée de
4 000 à 5 000 hommes qui contribua à la victoire de
Baugé en mars 1421. Il fut nommé chancelier de
France par lettres du 28 mars 1425, mais les sceaux
furent rendus au mois d'août à Martin Gouge et il
reçut en dédommagement une pension de 2 500 livres.
L'année suivante, il fut député à Rome pour chercher
une solution à la collation des bénéfices. Il demeurait
un des conseillers les plus influents et ses richesses lui
permettaient de faire des avances au trésor. En 1427 il
accompagna le roi en Poitou et, au mois d'avr. sui-
vant, il faisait partie de l'ambassade envoyée en
Écosse en vue du renouvellement des alliances et afin
de demander la main de Marguerite d'Écosse pour le
dauphin. Les sceaux lui furent rendus par lettres du
8 nov. 1428 et il devait garder son poste jusqu'à sa
mort; c'est lui qui dirigeait le Conseil et il fut chargé
des pays nouvellement soumis à l'autorité royale.
Il assista en 1429 au couronnement de Charles VII
à Reims, étant arrivé dans cette ville peu de jours
avant le roi et, après le sacre, le souverain lui fit don
des tapisseries qui avaient servi pour la cérémonie.
Ce n'est pas sans un sentiment de honte qu'on le voit
dans la suite annoncer aux habitants de Reims, qui
avaient vu Jeanne dans sa gloire, la prise de l'héroïne
devant Compiègne et qu'elle « ne voulait plus croire
conseil mais faisait tout à son plaisir •> et que Dieu
l'avait i)uiiie « [lour ce qu'elle s'était constituée en
orgueil ». Il continue ensuite ses missions diploma-
tiques; au mois d'oct. 1431 il est envoyé pour traiter
de la paix avec le duc de Bourgogne, puis à Auxerre
avec les délégués anglais. Il prit part ensuite au con-
grès qui aboutit au traité d'Arras avec Philippe le Bon,
le 21 sept. 1435, les négociations antérieures n'ayant
r»7r) c HA HT m-: s —
amené qu'une trêve. 11 présida eu 1436 la séance d'ou-
verture du Parlement, nouvellement rétabli à Paris et,
en juin 1438, il accompagnait à Cambrai Catherine,
fille de Charles VII qui allait épouser Charles le Témé-
raire. En 1439 il était à la conférence de Gravelines,
rompue parce qu'il exigeait la renonciation du roi
d'.\iigielerre à ses prétentions sur la France.
11 avait revu l'évêché d'Orléans en conimende, le
17 mars 1439 d'après les registres du Vatican; il y fit
son entrée le 2.5 oct. suivant, pendant la tenue des
lîtats généraux. Le 18 déc. de la même année, il était
créé cardinal au titre de S.-Étienne-du-Mont-Cœlius.
En 1442 II confirma par ordre du roi l'établissement du
conseil de ville de Reims et rétablit le collège de
Reims en l'université de Paris. Il était à Tours avec le
loi quand il mourut, le 8 avr. 1444, semble-t-il. Un
sceau de lui, sur une charte de 1441, lui attribue le
titre de premier pair de France.
F. Duchesne, Hisl. des chanceliers, 483-88. — Marlot,
Hist. de Reims, JV, 160-8.5. — N. Valois, La France et le
Grand Schisme d'Occident, iv. , — De Beaucourt, Hist.
de Charles VII et les autres histoires et chroniciues de
l'époque.
M. Prévost.
CHARTREUSE (Grande-) et CHAR-
TREUX (Ohdrk des). Voir Grande-Chartreuse.
CHARTREUVE, Curiovornm , Carthooonim , Car-
Ihophorum, abbaye de l'ordre de Prémontré, dioc. de
Soissons, à 10 km. de Fismes (Aisne), de la circarie de
France et filiale de Beaulieu. Abbaye fondée par Odon
de Bailleul (de Balliolo), seigneur de Chéry, en 1133 (le
Trésor des chron. donne vers 1100 [?], et U. Chevalier,
1200). Cependant, ses origines restent obscures : il
semble en effet que le monastère existant sous la
règle de S. Augustin, et peut-être occupé par des mo-
niales, remonte à 1122. D'après les documents de
Beaulieu, ce monastère ne passa à l'ordre de Prémon-
tré qu'en 1140 ou 1145. Les chroniqueurs se plaignent
des pertes subies par les archives de Chartreuve. Le
passé de ce monastère reste fort incomplet.
Liste des abbés. — Girelm ou Girlem, 1134, 1150 et
1158. — Robert, venu de Vicoigne, vers 1179. —
Willerm, 1178 et 1 185. — Pierre, 1192. — Baudouin de
Chartreuve, passa en 1201 à Prémontré. — Louis,
1213. — Gilles. — Eustache. 1244. ■ — Robert des
Cosses, 1265. — Hugues. — Jean. — Manassès, 1300,
t le 9 mai. — Bernard, 1315. — Jean II Chaudroy,
1338. — Thibaut. — Jacques, résigna, f 23 déc. —
Hugues II, venu de Braine. — Théodéric. — Gervais.
— Bertrand de Cury, 1409. — Jean III, vivait en
1426. — Thomas le Fèvre, 1465. — Radulphe de
Lannois, 1516, f 7 déc, après 1616. — Antoine Parent,
élu le 2 févr. 1517, f 4 juin 1530; fut le dernier abbé
régulier. — Guillaume le Petit, premier abbé com-
mendataire. — Nicolas Guerrin, docteur en médecine
et professeur, obtint l'abbaye en 1545, et fut forcé, par
sentence du parlement de Paris, d'abandonner une \
part des revenus de l'abbaye pour l'entretien des '
religieux. — Jean Panyer, f 2 janv. 1578. — Henri {
Nidet, t 1582. — Théodéric Moët, f 1582. — François
Brulart, archidiacre de Reims, abbé de 1588 à 1601. — !
François le Picard, conseiller et aumônier de la reine.
— Simon de Gras, évêque de Soissons, f 28 oct. 1656.
- — Cliarles de Bourbon, évêque de Soissons, f 26 oct.
1685. — René de Morlay, t 1710. — N. de Clairem-
bault, t 1718. — Nicolas Hubert de Mongaut, duc de
Chartres puis d'Orléans, eu possession en 1726, et
après cette date.
Archives : dép. de l'Aisne; bibl. de Reims. — C.-L.
Hugo, Annales, i, 475; Proh., 377.5-78. — Galliu citrisl.
netiis, IV, 224; nooa, ix, 483-85.
M. -A. Erens.
C II ASSAC. NI'. r>76
CHASCH, Kâsh, Kâs, Khûsh, Qas, localité du
Ségestan située au sud-est de Farah. Est mentionnée
dans le synode de Mâr Abâ (544) comme constituant,
avec Farah et Zarang, le territoire soumis à la juri-
diction de l'évêque Yazd-Aphrïd.
O. Braun, Das Buch der Synhados, Stuttgart, 1900, p. 117.
— J.-B. Chabot, Synodicon orientale, dans Notices et ex-
traits, xxxvii, Paris, 1902, p. 343 sq., 680. — G. Le Strange,
The Lands of the Eastern Caliphate, Cambridge, 1905,
342 sq. — E. Sachau, Ziir Ausbreitung des Christenlums in
Asie/1, dans Ahh. der preiiss. Akad. der Wiss. (1919),
phil.-liist. Kl., I, Berlin, 1919, p. 67. — A. Mingana, The
early Spread of Christianity in Central Asia and the Far
East, dans Bull, o/ the .John Rylands Library Manchester,
IX. 1925, p. 319 sq.
Akn. Van Lantschoot.
CHASES (Les), Casae, abbaye de bénédictines
sous le patronage de S. Pierre, dioc. de S.-Flour, auj.du
Puy, comm. de S.-Julien-des-Chazes (Hte-Loire), sur
l'Allier. Ce monastère, le plus renommé de l'Auvergne,
fut fondé vers 800 par la femme de Claude, seigneur de
Chanteuges. Au xi« s., il reçut la direction de S. Pierre
de Chavanon. Il se soumit, en 1637, à la juridiction et
à la visite du prieur de La Chaise-Dieu, puis, en 1670,
s'unit à l'ordre de Cluny, après que les religieux de
S.-Maur eurent refusé de le diriger.
Liste des abbesses. — Blanche de Seissac, 1213. — ■
Laure, 1221. — Guillemine P« de Gravier, 1255. —
Guillemine II de Petra, 1263, 1272. — Marguerite I"
de AUegria, 1282, 1311. — Isabelle de Langeac, 1322,
1362. — Marguerite II de Prunet, 1375, 1390. —
Beatrix de Vergerac, 1403, 1421. — • Marie I'« de
Aubeyra, 1431, 1457. — Marie II de Langeac, 1462,
1475. — Isabelle, 1482. — Blanche de Langeac, 1482.
— Antoinette de Chalançon, 1494, démissionna,
t 1533. — Gabrielle de la Fayette, 1531, f 1541. —
Isabelle II de la Fayette, 1543, t 1563. — Catherine de
Rivoyre, 1566, f 1609. — Jeanne de Beauvergier
Montgon, 1613, t 1662. — Françoise de Beauvergier
Montgon, sa nièce, coadj. 1642, t 1675. — Charlotte de
Beauvergier Montgon, coadj. 1665, f 1715. — • Marie-
Louise de Beauvergier Montgon, 1715. — Élisabeth-
Henriette de Beauvergier Montgon, coadj. 1721.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., v, 270. — Cha-
brier. L'abbaye de S.-Pierre-des-Chazes en Auvergne, dans
Annales de la Soc. d'agric. du Puy, xxxv, 1889-97, p. 159-
69. — Cottineau, 719. — Gall. christ., ii, 452. — J. Pouget,
Les Chazes, dans Alin. de Brionde, iv, 1923, p. 111-12. —
Spicil. Brivat., 549-5.58.
R. Van Doren.
CHASSAGNE, Cassania, La Chassaigne, an-
cienne abbaye cistercienne située sur la comm. de
Crans, dans les Dombes (Ain), dioc. de Belley, jadis de
Lyon. Étienne II de Villars, sur le point de partir à la
croisade, avait fait don à Ainard, abbé de S.-Sulpice
en Bugey, de plusieurs propriétés : Chassagne et
autres lieux. L'abbé mit quelque lenteur à créer une
maison filiale; ce n'était d'ailleurs pas une condition
apposée dans les actes de 1145. La croisade terminée,
le donateur revint et exigea la fondation d'une
abbaye; elle commença le 1" nov. 1162. Les années
qui suivirent furent marquées par des donations et
acquisitions; la famille de la Palud fut noblement
généreuse. En 1314, l'abbé de Hautecombe se déchar-
gea sur Chassagne du soin de refaire le fameux pont du
Rhône; lourde tâche qui absorba les belles forêts de
l'abbaye. Trente ans après, Jean de Lay, abbé démis-
sionnaire, voulut s'emparer d'une ferme dépendant du
monastère, sous prétexte qu'une pension lui était due.
Le chapitre de Cîteaux dut le menacer d'excommuni-
cation. Les difficultés furent plus graves en 1548 quand,
au lieu d'un abbé régulièrement élu, le pouvoir civil
voulut imposer un commendataire, Pierre de Gondy,
futur cardinal et évêque de Paris. Les elTorts des
577
CHASSAGNE
— CHATEAU-L'ABBAYE
578
moines conjugués avec ceux du chapitre général
furent vains. Chassagne disparut à la fin du xviii« s.;
il n'y avait plus qu'une ombre de communauté.
Série des abbés. — 1. Wilfred, 1162. — 2. Guy, 1190.
— 3. Pierre, 1197. — 4. Guy II, 1198. — 5. Aniédée,
1206. — 6. Durand I", 1212. — 7. Guibert, 1219. —
8. Gauthier, 1220. — 9. Jean I", 1228. — 10. Tho-
mas I", 1230. — 11. Guy III, 1232. — 12. Étienne I",
1250. — 13. Jean II, 1260. — 14. Gauthier II, 1264. —
15. Ponce I", 1269. — 16. Bernard, 1272. — 17.
Ponce II, 1274. — 18. Nicolas I", 1280. — 19. Hen-
ri I" de Villars, 1290, archevêque de Lyon en 1296,
t 1301. — 20. Hugues, 1299. — 21. Guillaume I".
1300. — 22. Durand II, 1303-09. — 23. Rainald, 1314.
24. Jean III de Braissy, 1316-29. — 25. Guillaume II
de Fetans. 1331. — 26. Jean IV de Lay, 1334. —
27. Georges Chavent, 1345. — 28. Thomas II, 1352. —
29. Antoine de la Roche, 1387. — 30. Étienne II de
Bovet, 1389. — 31. Henri II du Tour, 1390. —
32. Jean V Julien, 1393. — 33. Jacques I" Mitte de
Chevrières, 1423. — 34. Jean VI Rivière, 1431. —
35. Guillaume III Rivière. — 36. Benoît Dimier, 1451.
— 37. Louis de Chandée, 1475. — 38. Jean VII
Pioche, 1484, t 1513. — 39. Jean VIII de Francia,
1535. — 40. Donat Pioche, 1535. — 41. Claude
Guinet, 1539. — 42. Jacques II Raudet, 1545. —
43. Pierre de Gondy, card. commendat., 1545. —
44. Jean Imbert, 1571. — 45. Charles-Maximilien de
Grillet, 1582. — 46. Amédée de Baronnat, 1590. —
47. Nicolas de Bregeat, 1592. — 48. Albert de Grillet,
1595. — 49. Charles d'Anglure de Bourlemont, 1638.
— 50. Henri de Migneux. — 51. Antoine de la Chaize
d'Aix, 1677. — 52. François de Nettancourt de Haus-
sonville, 1691. — 53. Nicolas Pajot, 1693. — 54. N. de
Vallavoire de Montlaur, 1712. — 55. Pierre de Bor-
sat, 1724.
Archives : dép. de l'.Vin : V Inventaire sommaire de 1891
signale 1 liasse, H 211 (1391-1785), et 1 cahier, H 212
(1790); Paris, Bibl. nat., ms. /r. 20892, a. 87. — Cottineau,
719. — Gall. christ., iv, 299. — Janauschek, Orig. cisterc..
Vienne, 1877, p. 147. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon,
1642, ann. 1162, vi, 1, 7. — Marchand, L'abbaye de Chas-
sagne, dans Revue de l'Ain, 1885-86. — J.-B. Martin,
Conciles et bullaire... Lyon, Lyon, 1905, n. 728, 2141. —
Potthast, Reg., 3280. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-
viii, éd. de Louvain, 1933-41, passim. — Stein, Cartulaires
français, Paris, 1907, n. 1795 : original perdu; existait en-
core au xvii« s.; dans sa Biblioth. Sebiisiana, p. 22, 129, 131,
Guichenon en a publié trois chartes.
J.-M. Canivez.
CHASTEL (Marie-Ange), jésuite français, con-
troversiste (1804-61). Voir D. T. C, ii, 2319.
CHASTELIERS, CH ASTILLON, CH AS-
TRES. Voir Chatelliers, Chatillon, Châtres.
CHATEAU (Louis de), a Castro, conventuel
belge, polémiste (î 1632). Voir D. T. C, ii, 2318-19.
CHATEAU-CENSOIR, Caslrum Censorium,
Châtel-Censoir, dioc. d'Autun, auj. de Sens (Yonne).
Dédié à S. Potentien, ce monastère, dont on ignore la
date de fondation, appartenait aux Bénédictins jus-
qu'en 1157. Il fut dévasté à cette date et passa ensuite
à un collège de chanoines, dont le doyen portait le
titre d'abbé. Il fut incendié en 1338 et en 1448. Le
chœur et la crypte de l'église du xi^ s. sont conservés,
ainsi qu'une salle capitulaire de la fin du xw.
Liste des abbés. — Hugues, 1193. — Pierre, 1262. —
Renaud de Fretoy, 1342. — Jean de la Rochette. —
Jean de la Routière, abbé de Ste-Marguerite de
Beaune, 1400. — Nicolas I" de PoUicis, 1448. —
Jean l" de la Rochette. • — Pierre II de S. -Pierre. —
François le Bourgoin. — Antoine 1" de la Chaume. —
nicT. d'hist. k.t de oi%oor. kcclés.
Jean II de Veilland. — Nicolas II de Veilland. —
Jacques de la Boutière (Bouterix). — Antoine II de
Poméry. — Guillaume I" le Bourgoin. — André
Figean. — René Seguin. — Étienne II Pertuy. —
François II Pertuy. — Guillaume II Fernier. —
Adrien Boussuet. — Étienne III Fercadel. — Claude
Charlier. — Guillaume Gonault. — Alexandre Galliart.
Cottineau, 734. — Gall. christ. ,iv, 4A3 ;Animadv., v-vi. —
E. Pallier, Recherches sur l'hist. de Châtel-Censoir, dans
Bull, de la Soc. scient, de l'Yonne, xxxiv, 1880.
R. Van Doren.
CHATEAU-CHALON, abbaye de moniales,
dioc. de Besançon. Voir D. H. G. E., viii, 1161.
Cottineau, 722. — .1. de Trévillers, Sequania monastica,
Vesoul, s. d. [1950], p. 81-82.
CHATEAU-L'ABBAYE, Castellum abbatiale,
Castellum Dei, Castellum Mauritaniae, Mortania, Cas-
tellum S. Martini, Chàteau-Mortagne, abbaye de
l'ordre de Prémontré, dép. du Nord, primitivement
construite à Mal-Maison, par Louis le Bègue, roi de
France, vers 870 ou 880, pour des chanoines réguliers
chargés de prier perpétuellement à l'intention des,
chrétiens massacrés en ces lieux par les Normands. Le
monastère passa à l'ordre de Prémontré en 1141, et fut
placé sous le patronage de S. Martin. Vers 1335 l'ab-
baye fut restaurée ou plutôt réédifiée par Érard Ra-
doulx, seigneur de Mortagne, d'où le nom de Château-
l'Abbaye. Le monastère était fllle de Vicoigne, qui lui
donna son premier abbé. Cette abbaye jouissait des
privilèges des monastères des Pays-Bas : elle ne fut
jamais donnée en commende.
Liste des abbés. — Raoul, venu de Vicoigne vers
1155, fit confirmer son abbaye par André, évêque
d'Arras, par Baudouin, seigneur de Mortagne, et par le
pape Alexandre III. Il devint abbé de Vicoigne. —
Herbert, gouverna pendant quinze ans. — Warin,
1208, 1215. — Robert, abbé pendant quinze ans. —
Odon ou Eudes, cité en 1221, ancien religieux de Vi-
coigne. — Évrard, fit construire la chapelle de N.-D.-
au-Bois, démissionna et passa le reste de sa vie, retiré
en cette chapelle, où il fut inhumé. — Baudouin, 1234,
1240. — Robert II, 1248. — Étienne, gouverna jus-
qu'en 1271. — Jean, vers 1280. — Pierre, 1289, 1299.—
Michel, 1317. — Jacques I" Jacquenies, dit de
S.-Amand, cité en 1332, lorsqu'il fit fondre deux
cloches. — Gauthier I" de "Templemarche, 1354,
t 1355. — Jacques II de Jacquenies, 1356. — Gau-
thier II, 1381. — Jacques III; sous son abbatial les
guerres dispersèrent les religieux et ruinèrent les
biens du monastère; il se démit de ses fonctions en
1410. — Jean Hanouze, fut installé par les abbés de
Prémontré et de Vicoigne, t 1430. — Gossuin Cor-
bisson, t 1" oct. 1445, et inhumé sous le chœur de
l'église abbatiale. — Nicolas de Montegny, chanoine de
Vicoigne, et installé comme abbé du Château. —
Gérard Caron. — Pierre Campion. — Gérard Fou-
quet. — Jean Gourdin, t 11 mai 1500, fut inhumé dans
le cloître devant la statue de la Ste Vierge. — Jean
Aufïroid, démissionna en 1522 en faveur du suivant. —
Josse Pasquin, fit de grands travaux de construction
et agrandit l'église abbatiale, qu'il embellit d'un
chœur nouveau et de chapelles latérales. — Pierre
Brassart, f 31 oct. 1565. — Olivier de Bochaghem ou
Bochagen, se retira à Condé-sur-l'Escaut devant les
incursions militaires, t 19 juin 1580. — Guillaume
Monart, redressa les revenus, rétablit plusieurs édi-
fices et en construisit de nouveaux, f 4 oct. 1590, à
l'âge de cinquante-six ans. — Jacques IV Thierry,
t 4 févr. 1603. — Hermès Fontaines; béni par Michel
d'Esne, évèque de Tournai, le 31 mars 1603, f 13 mai
1631. — Arnoul Bauduin, f 24 août 1640. — Jean
Magnet, fit construire le quartier des étrangers et-
H. — XIL — 19 —
579
CHATEAU- L'ABBAYE
— CHATEAU-LANDON
580
rétablit la discipline, t 25 déc. 1656 à l'abbaye de
S.-Nicolas-des-Prés. — Michel Roguet, f 21 sept. 1675,
et inhumé près du maître-autel de l'abbatiale. Il eut
un coadjuteur à la fin de sa vie. — Jean III Grard,
béni le 26 août 1676, par Gilbert de Choiseul, évêque
de Tournai, f 22 juill. 1684. — Basile I" Wery, béni
par l'archevêque de Cambrai, le 29 avr. 1685, t 15 avr.
1711. — Basile II de Lespierre, béni par l'abbé de Flo-
reffe, vicaire général de l'ordre. — Gaillard Delvigne,
né à Valenciennes, élu abbé au commencement de
1747. — Antoine Delvigne, nommé le 15 nov. 1787,
expulsé par la Révolution, rentra un instant en posses-
sion de ses biens en 1794 pendant l'occupation autri-
chienne, fut expulsé définitivement, se retira à Tour-
nai où il fut nommé chanoine, et mourut le 21 avr.
1842.
Ahchives : dép. du Nord; Paris, Bibl. nat.; Mons,
arch. de l'État; bibl. de Douai. — C.-L. Hugo, Annales, i,
489; Prob., 380-82. — Gallia christ, (vêtus) m, 468. — Le
Glay, Cameracum christianum, 1849, p. 338 sq.; Mémoire sur
les archives du monastère de Château-V Abbage, dans Archives
hist. du nord de la France, Valenciennes, 1858. — J. Van
Genechten, Rond de afzetting van den abt van Château-
l' Abbaye, Hermès du Pont (1625-29), dans Analecta Prae-
monstratensia, ii, 1928, p. 154-72. — J. Gennevoise, L'ab-
baye de S.-Martin-du-Château, dans Bull. trim. de la
Soc. d'études de la prov. de Cambrai, xxxvm, 1938-40,
p. 57-131.
M. -A. Erens.
CHATEAU-LANDON (S.-Séverin), Castrum
Nantonis, cant. et arr. de Fontainebleau (Seine-et-
Marne), dioc. de Sens, auj. de Meaux. D'après l'an-
tique Vita S. Severini (B. H. L., 7643-46), S. Séverin,
abbé d'Agaune, aurait été appelé vers 507 auprès de
Clovis pour le guérir d'un mal pernicieux. Sur le
chemin du retour il se serait arrêté dans un petit ora-
toire de bois à Château-Landon pour y mourir. Chil-
debert aurait construit une basilique à cet endroit et y
aurait placé une communauté de clercs (Vita, éd.
Krusch, dans M. G. H., Rer. merov. script., m, 168-
70). Mais la critique moderne ne laisse rien subsister de
cette légende (M. Besson, S. Séverin a-t-il été abbé
de S.-Maurice?, dans Revue d'hist. ecclés. de Suisse,
V, 1911, p. 205-09). Du moins l'activité de l'hagio-
graphe atteste-t-elle l'existence, aux viii» et ix« s.,
d'une communauté de clercs vénérant les reliques d'un
S. Séverin et revendiquant le privilège de l'immunité,
accordé selon eux par Childebert (Krusch, op. et loc.
cit., 168-69).
La communauté ne réapparaît dans l'histoire qu'au
début du xn» s., lorsque, en 1125, Louis VII accorde
aux chanoines de S. -Victor la jouissance des annates
dans plusieurs des collégiales royales, entre autres
S.-Séverin (Fourier-Bonnard, i, 21). Une vingtaine
d'années après, la règle de S. Augustin est introduite
dans la collégiale, sinon à l'initiative, du moins avec
l'approbation du roi Louis VII qui donne aux canonici
régulâtes, en pleine liberté, les églises de S.-Séverin, de
S.-Tuguale et les autres dépendances de l'ancienne
collégiale. Le premier abbé semble avoir été pris dans
la communauté régulière de S. -Jean de Sens, car il est
qualifié par l'archevêque de Sens de noster Seno-
nensisque Ecclesiae subiectus et professus, dans une
charte par laquelle le prélat unit à S.-Séverin, tenera et
novella religio, la communauté de Noère où la trop
grande pauvreté nuit au maintien de la discipline
claustrale (Gall. christ., xii, Instrum., 37-38).
Favorisée par de nombreuses donations du roi
Louis VII, l'abbaye voit en outre ses droits confirmés
par les papes Adrien IV en 1156, Anastase IV en 1158,
Alexandre III en 1163, Lucius III en 1181. Les pon-
tifes s'efforcent d'apaiser le conflit survenu entre S.-
Séverin et S.-Victor au sujet de la perception des
annates (P. L., ce, 196). Ils approuvent la fondation
d'un prieuré dans l'ancienne collégiale S. -Sauveur de
Melun, celle d'un hôpital desservi par un chanoine à
Château-Landon et confirment la possession de
l'église Ste-Croix donnée par Philippe Auguste en
1181. La construction de tout autre sanctuaire dans
l'agglomération de Château-Landon est soumise à leur
permission {P. L., ce, 200).
L'abbaye où la vie régulière semble s'être maintenue
durant les xiii" et xiv« s. est entièrement détruite par
les Anglais vers 1450. Seules les reliques de S. Séverin
échappent à ce désastre. Dans ces conditions, la vie
régulière devient impossible. Un eordelier placé cano-
niquement à la tète des chanoines ne peut réprimer les
abus car, pour lui faire pièce, ces derniers lui opposent
l'un d'eux, Antoine Carin. Le eordelier résigne alors
l'abbaye en faveur de Jacques d'Aubusson, protono-
taire apostolique, qui, malgré la résistance de la com-
munauté, prend possession de S.-Séverin, soumet les
rebelles et relègue Carin dans le prieuré de S. -Sauveur.
Abandonnant l'idée d'une réforme par S.-Victor,
l'abbé commendataire, sur le conseil de Jean Stan-
donck, fait appel au grand centre religieux des Pays-
Bas, Windesheim. En 1497, six chanoines de cette
abbaye, ayant à leur tête le Bruxellois Jean Mom-
baer, appelé en France Mauburne, se présentent à la
porte de l'abbaye avec un ordre royal et la protection
de l'évêque de Paris. Grâce à ces appuis, ils par-
viennent à triompher de l'opposition des anciens cha-
noines de S.-Séverin (Fourier-Bonnard, i, 447-51;
P. Debongnie, Jean Mombaer de Bruxelles, abbé de
Livry. Ses écrits et ses réformes, Louvain, 1928, Unio.
de Louvain. Recueil de travaux, II« sér., fasc. xi).
Dès ce moment, l'abbaye devient le centre du mou-
vement qui, grâce à l'action de Mauburne, devenu en
1499 abbé de N.-D. de Livry, aboutit en 1503 à la for-
mation de la « congrégation des Chanoines réguliers de
l'ordre de S. -Augustin réformé au royaume de France».
Elle comprend à cette date les abbayes de Livry, de
Falempin, de Cisoing, de Château-Landon et le
prieuré de S. -Sauveur de Melun. Le prieur Jean Goth
participe à la rédaction des statuts de la nouvelle
congrégation qui sont officiellement approuvés en
1508. Il séjourne en 1515 à S.-Victor pour préparer
l'entrée de cette maison dans la réforme, ce qui eut
lieu la même année. Les chapitres généraux de la
congrégation, appelée désormais de S.-Victor, se
réunissent chaque année; ils ont lieu à Château-Lan-
don en 1533, 1563, 1575, 1580 et 1603. Le successeur
de Jacques d'Aubusson, Noël Osoud, de même que
Chrétien de Hert, prieur de S. -Sauveur, se dis-
tinguent par leur ferveur et leur compétence. Le
premier devient général de la congrégation au mo-
ment où celle-ci gagne les abbayes de La Chaage, La
Roche, La Victoire, Hérivaux, S.-Samson d'Orléans,
S.-Ambroise de Bourges, S. -Jean de Sens, la cathé-
drale de Séez, les prieurés de S. -Lazare et de Beaure-
paire (Fourier-Bonnard, i, 1-19). L'histoire de cette
période particulièrement brillante serait encore à
écrire à l'aide des nombreux documents conservés à la
bibliothèque Ste-Geneviève : le Liber de origine cano-
nicorum reformatorum in regno Franciae anno Christi
1496 a coniemporaneo canonico S. Severini, mss. 574 et
618 (copie du xvii» s.); la correspondance relative à
cette réforme contenue dans le ms. 1149-1150 (copie du
xvii= s.); les statuts de 1505-08 et les décisions des cha-
pitres généraux tenus jusqu'au xvii« s., d'après les
mss. 1641, 2963, 2967, et le Paris, Bibl. nat., lat.
15202; les textes de spiritualité contenus dans les
mss. 1921 (Rosarium de Mauburne, remanié à Châ-
teau-Landon), 2963 (règle de S. Augustin et varia),
1646 (textes de S. Bernard, Hugues de S.-Victor, etc.);
le nécrologe du xvii« s., arch. dép., H 20.
Malheureusement, le successeur d'Osoud, Prégent
581
CHATEAU-LANDON —
CHATEAU- L'ERMITAGE
582
de Moustier, va compromettre l'œuvre de la réforme.
En 1547, les chanoines obtiennent la séparation des
menses afin de se libérer de l'autorité de leur abbé
tombé dans l'hérésie. Au début du xvii« s., l'abbé géné-
ral de S. -Germain n'arrive pas à faire reconnaître
son autorité et bientôt, en 1636, sous l'abbé Pierre II,
une nouvelle réforme est introduite par l'afFiliation à
la congrégation de Ste-Geneviève ou congrégation de
France {Gall. christ., xii, 201; Fourier-Bonnard,
II, 121-25).
■ Malgré cette dernière mesure, l'abbaye ne retrouve
plus une grande vitalité. .\ la fin du xviii"' s., les
revenus sont répartis de la manière suivante :
4 762 livres pour la mense conventuelle et 6 360 pour
le commendataire. A la veille de la Révolution on n'y
trouve qu'un prieur-curé, Jacques-François Feucher,
et un chanoine faisant fonction de procureur, Jean-
Antoine Robert. Le premier prêtera le serment consti-
tutionnel et deviendra curé de la seule paroisse admise
par le gouvernement, Notre-Dame. La vente des
biens rapporte 102 514 livres. Les bâtiments sont
divisés entre plusieurs acquéreurs. Au cours du
xix« s., la maison claustrale est transformée en asile
d'aliénés (A. BafToy, Les derniers jours de l'abbaye
S.-Séverin de Château-Landon, dans Annales de la
Soc. hist. et archéol. du Gâtinais, xxviii, 1910,
p. 75 sq.).
Liste des abbés (d'après Gall. christ., xiii, 200). —
Bérard, 1125. — Garnier, 1151-55. — Godefroid, 1156.
— Garnier, 1157-66. — Jean I", 1173-78. — Hugues,
1180-85. — Étienne I", 1188-1209. — R..., 1213. —
Jean II, 1215-21. — André, 1227. — Remy, 1233-39.
— Gautier, 1244-53. — Philippe de Soisy, 1261-79. —
N..., 1279. — Guillaume, 1282-88. — Pierre I", 1308.
— Jean III, 1310. — Clément, 1310-12. — Étienne II,
1322-27. — Jacques I", 1345. — Jean IV, 1410-36. —
Robert Junain, 1442-68. — Antoine Cabrin, 1469-76.
— Jacques II d'Aubusson, commendataire, 1476-
1519. — Nicolas I" Osoud, 1519-40. — Prégent du
Moustier, 1540-72. — Nicolas II Faverel, 1572-86. —
Charles Fougeu d'Escures? — Pierre II Fougeu,
1621-37. — Pierre III de Poussemothe, 1638-61. —
Jean-Édouard de Poussemothe, 1661-65. — Pierre IV
de Poussemothe, 1666-67. — Pierre-François Seguier,
1667-89. — Henri de la Grange-Trianon, 1689-1730. —
N. d'Aigreville de Millancourt, 1731.
.\rchives : nat., Q 1402; dép. de Seine-et-Marne, H
51-71; Inventaire somniaire, par L. Lemaire, Paris, 1864,
p. 13-18; outre les mss. cités, Paris, Bibl. nat., lat. 13886.
— Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., vi, 38. — Gall.
christ., XII, 200-02; Instrum., 37-38. — Dorvet, Château-
Landon et l'abbaye S.-Séoerin, Fontainebleau, 1877. — A.
Préaux, Notes et souvenirs. Tulle, 1910. — Fourier-Bonnard,
Hist. de l'abbaye royale... de S.-Victor de Paris, Paris, s. d.,
2 vol. — A. BafToy, Les derniers jours de l'abbaye S.-Séverin
de Château-Landon, dans Annales de la Soc. hist. et archéol.
du Gâtinais, xxviii, 1910, p. 75 sq.
Ch. Dereine.
CHATEAU-L'ERMITAGE, Casletliensis ou
Caslelliensis in heremo, arr. de La Flèche, dép. de
la Sarthe, dioc. du Mans. D'après une tradition incon-
trôlable, des solitaires se seraient succédé depuis le
x« s. dans un ermitage situé parmi les ruines d'un camp
romain, sur la butte S. -Thibaut, à l'orée de la forêt de
Douvre. Les documents attestent en tout cas leur
présence au début du xiF s. Ils se rattachent très pro-
bablement au mouvement ascétique lancé dans cette
région par les prédicateurs errants tels que Robert
d'Arbrissel et Bernard de Tiron. Comme tant d'autres,
l'ermite Gilbert et ses disciples adoptent, après un
certain temps, la règle de S. Augustin. La communauté
bénéficie des largesses d'Hélie de la Flèche, de Foulque
d'Anjou et de Geoffroy, son fils. En 1146, l'église est
consacrée par l'évêque du Mans, Guillaume, qui dans
une charte rappelle les origines érémitiqueset confirme
le statut de la fondation.
Au xiii" s., la discipline conventuelle se maintient
et le monastère s'enrichit par acquisitions ou par dona-
tions. Un lien de fraternité est établi à cette époque
avec l'abbaye de Beaulieu au Mans. Mais l'invasion
anglaise arrête cet essor et, en 1356, le prieur est
obligé de solliciter la charité des fidèles pour maintenir
la vie conventuelle. Un peu plus tard un conflit
s'élève entre les prieurs qui prétendent à l'exemption
et les évêques du Mans. Malgré les interventions de
Grégoire IX, l'autorité diocésaine est maintenue sur
la communauté. Le début du xv« s. marque le retour
des dévastations. Une bulle d'indulgence accordée par
Eugène IV et les largesses du roi René permettent
une restauration provisoire car, en 1491, le prieuré
est ruiné de fond en comble. Il comptait à cette époque
au moins huit religieux.
Malgré les efforts faits par les religieux pour main-
tenir les élections régulières, suivant l'antique cou-
tume, la commende est introduite à la fin du xv« s.
Les élus de la communauté et les commendataires
nommés par le roi et le pape entrent en compétition
en 1549-52, en 1573-76 et en 1578-80. En outre,
durant l'année 1589, la vieille fortification est occupée
par les ligueurs. Dans ces conditions, la vie régulière
est impossible et les chanoines jouissent de pensions
personnelles servies par le prieur commendataire qui
détient tous les droits sur le patrimoine.
Mais la réforme qui s'étend progressivement en
France au xvii« s. gagne aussi Château-l'Ermitage. En
1637, P. Gallet, prieur de la Toussaint d'Angers,
arrive en qualité de visiteur et, en 1652, l'affiliation à
la congrégation de France est chose faite. Seuls deux
des plus anciens religieux refusent de s'y plier et une
pension leur est servie jusqu'à la mort. Malgré cette
restauration de la vie régulière, les commendataires
continuent à occuper le priorat, mais il est spécifié
qu'ils ne peuvent intervenir dans la discipline inté-
rieure. A la veille de la Révolution, le prieuré compte
6 profès et 5 novices. Tous les profès manifestent leur
désir de persévérer dans leurs vœux et, en qualité de
curé, le prieur revendique la possession de la cure et
d'une pension adéquate. Les revenus sont évalués à
32 500 livres. La communauté est dispersée et les biens
sont acquis le 28 juin 1791 par G. Joulin.
Liste des prieurs (d'après H. Roquet) : A..., 1175. — ■
Matthieu, 1188. — Aucher, 1189-1203. — Gervais,
1225-29. — Jean, 1245. — Pierre, 1290. — Thibaut,
1293. — Thomas de Sablé, 1328-39. — Foulques
Guillon, 1365-71. — Denis Bélier, 1378-1411. — Jean
Bourgeois, 1411-35. — Jacques du Verger, 1435-45.
— Adam More l", 1445-77. — Payen de Brie (com-
mendataire), 1477-1504. — Adam More II, 1504-20.
— Louis de Taillye, 1520-49. — Jacques^de Taillye,
1549-73. — François Quanette, 1573-76. — Martin de
Beaume, 1576-78. — René Daillon, 1578-1600. —
Charles Guilloteau, 1604-12. — Gaspard de Daillon,
1612-76. — Louis de Monlezun de Busca, 1684-92.
— Antoine-François de Monlezun de Busca, 1692-
95. — René de Boufilers, 1695-1721. — Adrien des
Champs, 1721-41. — J.-B. Benoît d'Hélyot, 1745-86.
— René-Henri de Carbonnieure de S.-Brice, 1786-90.
Archives nat., Paris, MM 894 ; Inventaire des arch.
dép. de la Sarthe, i, 224-53; arch. du Cogner, H 223-26;
bibl. de Reims, coll. Tarbe, n. 154; Paris, Bibl. nat., ms.
lat. 9067, fol. 2.''j2 sq.; bibl. Ste-Geneviève, ms. 608, fol. 296;
675, fol. 272-98. — De Mailly, Documents hist. sur le prieuré
conventuel de Château-l'Ermitage, Le Mans, 1869. — E.
Bûcher, Anniversaires de Château-l'Ermitage, dans Le
manuscrit, 1895, p. 88-91. — H. Roquet, Le prieuré con-
ventuel de Château-l'Ermitage, dans La province du Maine,
1937-40, passim.
Ch. Deheine.
CHATEAUBRTA ND
- CHATE AUVILLAIN
584
CHATEAUBRIAND (François-Rknk, vi-
comte i)K), homme d'État et écrivain français (17ti8-
1H4.S). Voir D. T. C, ii, 2331-39.
CHATEAUDUN, Caslrodunum, Castellum Ihi-
num, Casiriim Dimense, etc., ville située dans la
partie méridionale du dioc. actuel de Chartres, sur
une ])osition dominant la vallée du Loir. Cette ville
a eu autrefois une certaine importance au point de vue
ecclésiastique comme ayant été deux fois la résidence
d'un évêque.
Après la mort de l 'évêque de Chartres Flavius,
Solenne fut désigné par le roi Clovis 1" pour lui suc-
céder, mais il se cacha et ne reparut que lorsque Aven-
tin eut été ordonné à sa place. Ayant reçu malgré lui
la consécration épiscopale, il envoya Aventin à Châ-
teaudun pour administrer le pays dunois. Aventin
succéda à Solenne, mais continua peut-être de résider
à Chàteaudun. Il prit part au concile d'Orléans de .'ill.
Un peu plus tard, Sigebert, à qui appartenait Chà-
teaudun, essaya d'y fonder un évêché pour la partie
austrasienne de la civitas Carnotum; son choix tomba
sur un clerc nommé Promotus. Pappolus, évêque de
Chartres, protesta, et le concile de Paris de 573 lui
donna gain de cause ; cependant, protégé par Sigebert,
Promotus se maintint quelque temps à Chàteaudun.
Nous n'avons pas à revenir sur ce que nous avons
dit à propos de Chartres (diocèse) au sujet des
monastères, chapitres et congrégations de Chàteau-
dun. Avant la Révolution, pour une population où
l'on comptait 3 240 communiants, Chàteaudun pos-
sédait six paroisses : La Madeleine, S.-Aignan, S.-
Lubin, S.-Médard, S. -Pierre, S.-Valérien, plus la
paroisse suburbaine de S.-Jean-de-la-Chaîne. Aujour-
d'hui Chàteaudun est une ville d'un peu plus de 7 000
âmes réparties en trois paroisses : La Madeleine, S.-
Valérien et S.-Jean-de-la-Chaîne. Les religieux de la
congrégation de Picpus y ont un établissement depuis
1927.
La ville de Chàteaudun a été, à plusieurs reprises,
cruellement éprouvée; elle a été incendiée pendant les
guerres de la Ligue (1590), en 1723 et en 1870. Les
événements de 1940 ont causé l'incendie de l'église de
La Madeleine qui, actuellement (1950), n'est pas
encore entièrement restaurée.
On conçoit qu'après de telles vicissitudes les monu-
ments religieux ne soient plus très nombreux à Chà-
teaudun. L'église S.-Valérien, des premiers temps de
l'art gothique avec un beau clocher flamboyant, est
la mieux conservée. La Madeleine possède de belles
parties dont les plus anciennes remontent à l'époque
romane; S.-Jean-de-la-Chaîne date en grande partie
des XI" et xii« s. La chapelle du château, œuvre char-
mante du xv" s., possède de très belles statues. Désaf-
fectée, elle a servi au culte ]>lusieurs années après
l'incendie de La Madeleine en 1940. L'ancienne cha-
pelle du Champdé, du début du xvi" s., sur la paroisse
S.-Valérien, détériorée par un incendie en 1878, mais
réparable, a été regrettablement démolie; il n'en
subsiste que la façade.
A. S., sept., VII, 68-70. — Bordas, Hist. sommaire du
Dunois, ouvrage du xviii' s., publié seulement en 1884.
— Duchesne, ii, 422-23. — Gall. christ., vni, 1744, col. 109.5,
1098. — Lepinois-Merlet, Cariulaire de Notre-Dame de
Chartres, 1862, p. xxxi. — Outardel, Chàteaudun, Monu-
ments religieux, dans Le XCIII' congrès archéol., de la Soc.
française d'archéol. -- Soc. danoise, Bulletin, passim.
Y. Dklaportf..
CHATEAUNEUF (Bertrand de). Voir Ber-
trand, archevêque d'Embrun, vin, 1056.
CHATEAUROUX (S. -Sauveur -et- S.- Gil-
DAs), Caslrum Kodulfi, S. Gildasius ad Indrum, chef-
lieu de l'Indre. Abbaye de bénédictins fondée vers 913
par Kbbes, seigneur de Déols, pour les moines de
Rhuys fuyant devant les Normands avec leurs reli-:
ques. Elle fut sécularisée en 1623, à la demande d
Henri de Bourbon-Condé. On voit encore les vestige
des bâtiments claustraux.
Liste des abbés. — Dajocus. — Durand, 1040.
Vital, 1067. — Nicolas, 1178. — S..., 1202. — Geof-
froy, 1206. — Emeno, 1210. — P..., 1219. — Théo-
bald, 1231. — Pierre, 1234. — Guillaume Warmaul,
1235. — Guidon, 1256. — Geoffroy, 1263. — Jean,
1409, envoya un délégué au concile de Pise. — Thomas
de Leffe, 1456, f 1462. — Jean de Montalembert,
prieur de S.-Martin-des-Champs, devint en 1470
évêque de Montauban. — ■ François Guerin, 1512. —
Jean II Niquet, 1571. — François de Chenevières,
conseiller et aumônier du roi, abbé commendataire,
t 1616.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., v, 31. — Cheva-
lier, T. B., 2706. — Cottineau, 733. — Fauconneau-Du-
fresne, Hist. de Déols et de Chàteauroux, i, 153-168. — Gall.
christ., II, 153. ~ Mabillon, Ann. O. S. B., i, 23, 151 ; iv, 440.
R. Van Doren.
CHATEAUROUX-LES-ALPES, Caslrum
Rodulphi, dioc, cant. et arr. d'Embrun, auj. dioc.
de Gap (Htes-Alpes). Une abbaye de bénédictins, de
l'ordre de Chalais, y fut fondée en 1124, sous le titre
de la Ste-Croix. En 1293, elle fut unie à Boscodon
{D. H. G. E., IX, 1309), ainsi que son monastère dé-
pendant, S. -André des Baumes, et fut réduite au
rang de prieuré. Après sa suppression, ses biens furent
attribués en 1584 au séminaire d'Embrun.
A. Albert, Hist. du dioc. d'Embrun, i, 139-40. — Beau-
nier-Besse, Abbayes et prieurés..., ii, 165. — Chevalier,
T. B., 2791. — Cottineau, 733. — D. H. G. E., xii, 266. —
Gall. christ., m, 1107.
R. Van Doren.
1. CHATEAUVILLAIN (Jean de). Issu de
Jean I", seigneur de Châteauvillain et d'autres
lieux, et de Jeanne de Luzy, il était chanoine de Châ-
lons-sur-Marne et diacre quand l'épiscopat à Chàlons
même lui échut (24 avr. 1285). Honorius IV lui permit
de retarder la réception de la consécration épiscopale
jusqu'au 1<"' nov. (M. Prou, Les registres d'Hono-
rius IV, Paris, 1889, n. 21). Jean assista à la transla-
tion du chef de S. Louis à la Ste-Chapelle, le mardi
17 mai 1306 (É. Baluze, Vilae paparum Avenionen-
sium, éd. G. Mollat, m, 63-64). Il eut de longs démêlés
avec le chapitre de sa cathédrale au sujet de la juri-
diction spirituelle et temporelle. On trouve son nom
parmi les évêques qui se rendirent au concile de Vienne
(1311-1312) (E. Millier, Das Konzil von Vienne, Muns-
ter-en-W., 1934, 76). Mort le 2 avr. 1313.
A. Duchesne, Hist. généalogique de la maison de Chas-
teauuillain, 42 et Preuves, 37-40, dans Hist. généalogique de
la maison royale de Dreux, Paris, 16.31. — Gall. christ., ix,
889-90.
G. Mollat.
2. CHATEAUVILLAIN (Simon de). Il eut
pour père Simon II et pour mère Marie de Flandre. Le
5 mai 1325, Jean XXII lui conféra un canonicat à
Tournai et l'autorisa à cumuler les canonicats de
Langres et de S. -Servais de Maëstricht en Hollande
(G. Mollat, Lettres communes de Jean XXi/. v, 22271).
Le 6 avr. 1328, le pape lui donnait l 'évêché de Chà-
lons-sur-Marne et lui permettait de recevoir le diaco-
nat, la prêtrise et la consécration épiscopale des mains
d'un évêque de son choix. La cérémonie eut lieu tar-
divement, car le 30 avr. 1330 seulement le canonicat
et la prébende qu'il possédait à Langres étaient
attribués à un candidat pontifical. Simon assista au
concile de Compiègne (1329) et à l'assemblée du clergé
tenue la même année à Vincennes. Il se décida à
prendre la croix et à suivre en Orient Philippe VI de
585
CHATEAUVILLAIN
C HATILLUiX
58G
\ alois (bulle du 20 sept. 1333 lui accordant la per-
mission) (G. iMoUat, op. cit., vu, 40813, 40988 et 41110;
IX, 49442; xm, 61455). Il n'exécuta pas son projet
et mourut le 8 janv. 1335.
Gall. chrisliana, ix, 891. — A. Duchesne, Hist. généalo-
gique de la maison de Brojes et de Cliasteauvillain, 45 et
Preuves, 40-41, dans Hist. généalogique de la maison royale
de Dreux, Paris, 1631.
G. AlOLLAT.
CHATEL (F'erdinand-François), prêtre fran-
çais, fondateur de 1' « Église catholique française »,
t 1857. Voir D. T. C, ii, 2339-50.
CH ATELLIER (Charles-Louis oeSalmon du),
1761-1841, évêque d'Évreux, né le 24 août 1761, au
château du Chàtellier, fut tonsuré à douze ans et
chanoine du Mans à vingt et un ans. La Révolution
l'oblige à s'exiler dans les Pays-Bas, puis en Angle-
terre où il prêche et compose divers écrits. Rentré en
France en 1814, il est nommé aumônier du comte
d'Artois. Désigné en 1817 pour l'évêché de Laon
qu'il est question de rétablir, puis, en 1821, pour celui
de Mende, il se trouve dans une situation pécuniaire
difficile, car sa nomination a eu pour premier effet
la suppression de son traitement d'aumônier. Cette
nomination est d'ailleurs rapportée et c'est à Évreux
qu'il sera finalement envoyé : sacré le 2 juin 1822 par
Mgr de Quélen, il prendra possession de son siège le
17 juillet.
A Évreux, il rétablit l'oHice canonial, récupère
l'évêché, où la préfecture s'était installée, et fonde un
petit séminaire. Le 5 déc. 1824 il est gratifié du titre
de comte et appelé à siéger à la Chambre des pairs.
Quand paraissent les ordonnances de 1828, il adresse
à Mgr Feutrier des observations si véhémentes que
celui-ci en mourut, j)araît-il, de chagrin. De 1827 à
1829 il procède à une réforme de la liturgie pour faire
disparaître les « bigarrures liturgiques » consécutives
à l'annexion au diocèse d'Évreux de régions appar-
tenant naguère aux diocèses de Rouen et de Lisieux.
L'une de ses dernières créations fut la fondation d'une
caisse de secours pour les jjrètres âgés et infirmes.
En 1828 il perd la vue, mais il continue d'officier aux
quatre grandes fêtes de l'année : il apprend plusieurs
messes par cœur. La chute de Charles X l'affecte
beaucoup et, quand le monarque partant pour l'exil
passe à Verneuil, il va le saluer. Il mourut le 8 avr.
1841.
Abbé Uelanoë (vicaire général et confident de Mgr du
Chàtellier), Éloge hist. de Mgr Charles-Louis de Salmon du
Chàtellier, Évreux, 1842. — Répertoire de l'épiscopat concor-
dataire. — Chan. Bonnenfant, liist. générale du dioc.
d'Évreux, ii, Paris, 1933, p. 136, 203-05, 208, 221, 245.
C. Laplatte.
CHATELLIERS (Les), S. M. de Castellariis,
ancienne abbaye cistercienne située sur la comm. de
Fontperron, non loin de S.-Maixent, dioc. de Poitiers
(Deux-Sèvres). A l'origine, c'était un petit groupe
d'ermites, fondation du B. Giraud de Sales, qui y
termina ses jours en 1120. En 1163. ils deviennent
cisterciens et leur maison est fille directe de Clair-
vaux. Leur domaine dut plusieurs de ses accroisse-
ments à des donations faites par des seigneurs voisins
partant pour la croisade. La guerre de Cent Ans
amena ici de tels désastres qu'en 1437 une supplique
était présentée à Eugène IV dans laquelle l'abbé déplo-
rait que, depuis vingt-quatre ans, son église et autres
lieux consacrés se trouvaient pollués et hors service.
Ce furent ensuite des procès qui vinrent ronger le
patrimoine monastique : en 1466, contre les descen-
dants des premiers bienfaiteurs; en 1729, 1764 contre
le commendataire et autres. On a parfois qualifié
cette abbaye de » royale »; la principale relation nota-
ble qu'elle eut avec la famille régnante est d'avoir
accueilli Marie d'Anjou au cours d'un de ses voyages;
très malade en ce moment, la veuve de Charles VM
ne tarda pas à mourir et reçut dans le monastère une
sépulture honorable. A la fin du xviii« s.. Les Châtel-
liers — bâtiments et domaine — furent vendus comme
propriété nationale et l'église elle-même tomba bientôt
en ruine.
Série des abbés (d'après Duval). — 1. Aimeri I",
1161. — 2. Jomeri, 1171. — 3. Aimeri II, 1196. —
4. Foulque, 1212. — 5. Renaud, 1218. — 6. Jean I",
1236. — 7. Thomas, 1249. — 8. GeofTroi, 1281. — 9.
Jean II, 1335-47. — 10. Seguin, 1354-65. — 11. Hu-
gues, 1369. — 12. Jean III, 1379-87. — 13. Gilles
Cornet, 1390-1409. — 14. François, 1415, reçoit le
privilège de porter la mitre. — 15. Pierre Bernard,
1426, démissionna en 1450 (?). — 16. Guillaume Fur-
gant, t 1456. — 17. Jean Billard, 1456-75. — 18. Louis
de Beaumont, év. de Paris, commendataire, 1476,
t 1492. — 19. Jean du Chilleau, abbé régulier, lutta
contre un prétendu commendataire, 1492, f 1501. —
20. Noël Bouhier, religieux, 1511-16. — 21. Guil-
laume de la Croix, 1522, démissionna en faveur de
son neveu. — 22. Jean de la Croix, commendataire,
1528-39. — 23. Jean-Baptiste Tiercelin de Brosse,
1542-60. — 24. René de Daillon du Lude, év. de
Bayeux, 1591. ~ '25. Charles Guiiloteau, 1605.
26. Gaspard de Daillon du Lude, év. d'Albi, f 1676.
— 27. François-Armand de f^orraine-Armagnac, à
onze ans, 1676-1728. — 28. Poussard du Vigean, 1729,
t 1741. - 29. Chasteignier de Rouvre, 1742-80. —
30. Joseph-Dominique de Cheylus, 1780.
Archives : dép. des Ueux-Sèvres, série //, non classée;
Paris, Bibl. nat., ms. lat. 12666, fol. 1-4; 12756: 18380;
ms. /r. 22477 : état de l'abbaye en 1744; rés. S. -Germain,
n. 1011 : brèves noies sur Les Châtelliers; Poitiers, bibl.
municipale, coll. Fonteneau, mss., v, 11-320 : 117 pièces
(1120-1685). — Auber. Hist. du Poitou, vm, 35. — M. Au-
bert. L'architecture cisterc. en France, i-ii, Paris, 1943, passim.
— Barbier de Montault, Inventaire archéol. de l'abbaye des
Châtelliers, S.-Maixent, 1882; L'architecture et la décora-
tion... Châtelliers du XII' au XVIII' s., Poitiers, 1892. —
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., m, Paris, 1910,
p. 237. — Cottineau, 737 (confond deux abbayes : Les Châ-
telliers, au dioc. de Poitiers, et S. M., en l'île de Bé, appelée
parfois Les Petits Châtelliers). — L. Duval, Cartulaire de
l'abbaye des Châtelliers, Niort, 1872, recueil factice de 358
pièces (1145-1725), d'après Stein, Cartulaires français,
n. 2047. — Gall. christ., ii, 1402. — Jaffé, 8755, 13073. —
Potthast, Reg., 16871, 21354, 22347. — Statuta cap. yen.
ord. cisterc, i-viii, éd. de Louvain, 1933-41, passim.
J.-M. Canivez.
CHATENIER (Bernard), évêque d'Albi. Voir
Castanet, XI, 1413.
CHATERIZ. Voir Chaïtekis.
CHATHAM, ancien dioc. du Canada, compre-
nant la partie septentrionale du Nouveau-Brunswick,
sufTragant de Halifax, érigé le 4 mai 1852. Un décret
consistorial du 15 mai 1938 transféra le siège de l'évê-
ché à Bathurst; depuis 1936, il dépend de l'archevêché
de Moncton.
Évêques. — James Rogers, 1860-1902. — Thomas
F. Barry, 1902-20. — Patrick A. Chiasson, 1920-42,
premier év. de Bathurst. — Camille A. Le Blanc, 1942.
Cath. Enc, ni, 642. — Cath. Directory, 1943, I1I« part.,
p. 69-70. — Ann. pont., 1920, p. 198; 1948, p. 85.
É. Van Cauwenbergh.
CHATILLON, Caslellio, ancienne abbaye cis-
tercienne, en Lorraine, dioc. de Verdun (Meuse).
Albéron de Chiny, évêque de Verdun, ami de Bernard
de Clairvaux, voulait une fondation monastique et cis-
tercienne dans son diocèse. L'abbaye de Trois-Fon-
taiiies, première fille de Clairvaux, fournit le personnel.
587
CHATILLON
— CHATILLON-SUR-SEINE
588
Le premier emplacement du monastère fut délaissé
durant neuf ans pour un essai regrettable à Wiberstap
en 1153. A la fin du xiii« s., deux évêques de Verdun,
deux frères, Gérard et Henri de Grandson, prirent à
tâche de faire reconstruire l'église abbatiale. En 1365,
après le passage des armées, ce monument avait grand
besoin de réparations; or on était dans la misère et
l'incapacité d'entreprendre un tel travail. Élu abbé
en 1375, Nicolas d'Arencey constatait que la plus
grande partie de la bibliothèque avait été vendue ou
mise en gage. Le cheptel était à peu près nul; on
n'avait ni blé, ni vin, ni sel, ni provisions quelconques.
Deux ans après, il fallut aliéner le reste des biens,
malgré l'intervention de Grégoire XI (Denifle, Déso-
lation..., II, 701).
Il semble bien que l'abbaye n'ait fait que végéter
péniblement jusqu'à l'arrivée d'Octave Arnolfini.
D'abbé commendataire de La Charmoye, il devint
moine de Clairvaux et entra résolument dans la ré-
forme. Abbé de Ghâtillon en 1605, il y introduit la
stricte observance. Son neveu, docteur en théologie
et proviseur du collège S. -Bernard de Paris, lui suc-
céda et continua son œuvre. Claude le Maistre, abbé
en 1699, répara les désastres des guerres de religion;
Fléchier l'honorait de son amitié. Au xviii<^ s. finis-
sant, Ghâtillon comptait encore seize religieux, chiffre
relativement élevé alors.
Série des abbés. — 1. Gilbert. — 2. Thibaut. — 3.
Dudon, 1187. — 4. G..., 1190. — 5. Geoffroy. — 6.
Nicolas 1", 1209. — 7. Pierre I", 1217. — 8. Jean 1",
1231-38. — 9. Pierre II, 1238. — 10 . Guy, 1243. — 11.
Jean II, 1248. — 12. Louis I". — 13. Jean III, 1258-
69. — 14. Pierre III, 1270. — 15. Fornier, 1286-93. —
16. Pierre IV, 1294-1301. — 17. Jean IV, 1301-21. —
18. Jean V de Montmédy, 1324. — 19. Jacques I"
d'Amis, 1333. — 20. Odon, 1340. — 21. Thierry I",
1344. — 22. Raoul, 1350. — 23. Hugues I", 1354. —
24. Thierry II, 1365. — 25. Nicolas II d'Arencey,
1375. — 26. Jacques II, 1385. — 27. Jean VI de Mont-
faucon, 1408. — 28. Guillaume de Guitry, 1440-63. —
29. Gérard (ou Conrad) de Haitois, 1464. — 30.
Jean VII d'Arencey, 1467. — 31. Hugues II Thibaut,
1482. — 32. N. Habillon, 1500. — 33. Léon de Chap-
pée, 1511. — 34. Alexandre Tourel, 1525. — 35. Gé-
rard Tourel, 1542. — 36. Mongin Henrion, 1567. — 37.
Jean VIII Collet, t 1604. — 38. Octave Arnolfini,
1605. — 39. Joseph Claude Arnolfini, 1627, t 1656.
— 40. Jacques III Minguet, 1656, t 1688. — 41. Claude
le Maistre, 1669. — 42. Jacques IX Chappier, t 1717.
— 43. Louis II Vielle de Montville, t 1748. — 44. N.
Boutteville, 1748. — 45. Boisset, 1768.
Archives : dép. de la Meuse, série 17 H \ k 17 H 91 :
9 registres, 82 cartes, annales de l'abbaye (1694); cartu-
laires (xviii« s.); terrier; inventaires des titres (xvii" s.,
1790); Paris, Bibl. nat., ms. /r. 20892, n. 98; 20901, n. 103;
coll. de Lorraine, ms. 282, fol. 154; ms. 721, fol. 5; Rome,
ms. 3236 Barberin., fol. 195 sq. : nomination de l'abbé C.
Haitois (1464); fol. 319, 320. — Calmet, Hist. eccl, et civ. de
Lorraine, n, Nancy, 1728, p. 109; m, p. lxxxiii. — Cotti-
neau, 739. — Edmond des Robert, Les sceaux du couvent
et... abbés, dans Mémoires de la Soc. des lettres... de Bar-
le-Duc, 1907. — Gall. christ., xiii, 1323. — Jafté, 8597,
8769. — Janauschek, Orig. cisterc.. Vienne, 1877, p. 135.
— Laurentii gesta episc. Virdun., dans M. G. H., SS., xii,
511. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642, ann. 1131, x,
8; 1153, xvii, 6. — Potthast, Reg., 1224. — Staluta cap.
gen. ord. cisterc., i-viii, éd. de Louvain, 1933-41, passim. —
Stein, Cartulaires français, Paris, 1907, n. 908, 909.
J.-M. CA.NIVEZ.
CHATILLON (Le cardinal de). Voir Coligny
(Odet de).
CHATILLON (Garin de), évèque d'Amiens
(1127-44). Sa famille tenait son titre de la ville de Châ-
tillon-sur-Marne ; elle y joignit le nom de S.-Pol
quand Gauthier de Chàtillon, compagnon d'armes de
Philippe Auguste en Terre sainte, eut reçu ce comté
en héritage par sa femme. Il était archidiacre d'Amiens
quand il fut élu; il assista en 1128 à l'assemblée des
évêques de la province de Reims, réunis à Arras sous
la présidence de Matthieu, légat du S. -Siège; à la
dédicace de l'église de Thérouanne en 1133; à celle
de l'église que l'abbé Suger avait élevée à S. -Denis en
1135, déclare vouloir continuer l'œuvre entreprise par
S. Geoffroy en l'honneur de S. Martin et donne le
sanctuaire élevé à l'endroit où celui-ci « revêtit de sa
chlamyde le Christ dans la personne d'un pauvre »
aux chanoines, canonicis, qui y professent la règle de
S. Augustin.
Le 25 août 1131, Hugues Gampdavoine, comte de
S.-Pol, vint mettre le siège devant S.-Riquier, où ses
vassaux révoltés avaient trouvé asile; il lança des
projectiles enflammés, l'église fut réduite en cendres,
2 700 personnes, religieux et laïques, femmes et en-
fants, furent mises à mort par ses soldats. En 1137,
l'abbaye de Valloires fut fondée par Guy, comte de
Ponthieu ; durant l'épiscopat de Garin, à la demande de
Gérard de Picquigny, le pape Célestin II érigea en
abbaye le prieuré de S. -Jean d'Amiens; le même Gé-
rard fonda en 1139 l'abbaye de Notre-Dame du Gard;
l'établissement du prieuré d'Ancre (aujourd'hui Al-
bert) est du même temps.
Le 3 août 1137, un incendie lit de grands ravages
dans la ville d'Amiens; pour subvenir aux frais des
réparations, le clergé décida de prendre un moyen fré-
quemment employé au Moyen Age : porter en pro-
cession les reliques de S. P'irmin à travers les cam-
pagnes. Mais arrivés à la porte du Grand-Pont, la
châsse devint si lourde que les prêtres furent obligés
de la déposer. La veille même de l'incendie d'Amiens,
l'église et une grande partie du monastère de Corbie
furent aussi brûlés. Garin de Chàtillon était en rap-
ports d'amitié très étroite avec Pierre le Vénérable,
abbé de Cluny; il se retira dans son abbaye dont
il était le bienfaiteur et y mourut peu après en
1145.
Abbé Bouvier, Ilisi. religieuse de la ville d'Amiens,
Amiens, 1921, p. 202. — Abbé Gosset, N.-D. de Brebières,
BouIogne-sur-Seine, 1908, p. 117. — Pierre le Vénérable,
Epist., IV, XIV ; P. L., CLXxxix, 319. — E. Soyez, Notices
sur les évêques d'Amiens, 52. — Actes de l'Église d'Amiens,
I, p. xxxviii. — Gallia christ., x, 1173. — Decourt, Afém.
chron., i, 327; bibl. d'Amiens, mss. 802-803.
A. ftloLIEN.
CHATILLON-SUR-SEINE (Notre-Dame
de), s. Maria de Caslellione, chef-lieu du cant. de
Chàtillon, arr. de Montbard. Ancien chapitre collégial
de la forteresse des évêques de Langres, transformé en
abbaye de chanoines réguliers affiliés à la congrégation
d'Arrouaise en 1142 au plus tard, abbaye réformée
par les Génovéfains en 1635, connue sous le nom de
Ste-Marie-du-Château, ou sous celui plus commun de
S.-Vorles (S. Verolus). Sur la butte du château de
Chàtillon, l'actuelle chapelle S. -Bernard, située en
position de crypte en contrebas du croisillon nord du
transept de S.-Vorles, conserve, dans ses pierres sinon
dans sa structure, les restes d'un oratoire qui a porté
dès les premiers temps de la chrétienté châtillonnaise
le nom de S. Maria de Caslellione. Une église voûtée,
édifiée à l'époque mérovingienne sur cet emplacement,
et dont les parties orientales sont conservées dans le
chevet et le transept de S.-Vorles, porta, dès le vu* s.
sans doute, le môme nom, puis celui de Ste-Marie-S.-
Martin.
Devant la menace des invasions normandes, l'évê-
que de Langres, Isaac (859-80), y transféra, en 868,
les reliques de S. Vorles, alors ensevelies à Marcenay.
Ghâtillon détrôna dès cette date comme forteresse,
589
CIIATILLUN-SUR-SEINE
C H AIRES
590
marché et Heu de pèlerinage, la vieille cité voisine de
Latisco.
C'est en vain que l'évêque Geilon, successeur
d'Isaac, chercha à y établir une communauté de cha-
noines; l'illustre évêque Brun de Roucy (980-1016) y
parvint; en outre, il restaura, du porche au transept,
l'église Ste-Marie, alors croulante, la recouvrit de
voûtes en bois, et changea son nom en celui de S.-
Vorles. Les chanoines de Chàtillon se consacrèrent à
l'enseignement, ouvrirent des écoles, et comptèrent
S. Bernard parmi leurs disciples. Se souvenant de ses
maîtres, et aidé des évêques de Langres, Vilain d'Ai-
gremont et Godefroy de la Roche Taillée, S. Bernard
introduisit à Chàtillon des moines de Ruisseauville
qui imposèrent au chapitre collégial la règle augustine
en 1135-36 et l'afrilièrent à l'ordre d'Arrouaise vers
1142; le premier abbé du nouveau monastère, Aldon,
familier de S. Bernard, reçut en 1138 la confirmation
de cette réforme par le pape Innocent II.
Bientôt l'abbaye N.-D. s'établit, au cetitre de la
boucle de la Seine, entre le château appartenant à
l'évêque et le bourg de Chamont, possession du duc
de Bourgogne. Les évêques de Langres, les ducs de
Bourgogne, les comtes de Champagne et de Bar-sur-
Seine, Hugues de (irancey, sénéchal de Bourgogne,
furent les principaux donateurs. L'église abbatiale
présentait un plan très voisin de celui de Fontenay;
celle de S.-Vorles, desservie jusqu'en 1139 |)ar un
prêtre séculier, fut après cette date transformée en
paroisse curiale pour toute la ville : elle fut desservie
par un chanoine et, en 1195, l'évêque Gautier unit la
cure à l'abbatiat.
Au début du xiii"' s., l'abbaye N.-D., bien que gênée
dans son expansion par les possessions des monastères
voisins, Clairvaux, Fontenay, Jully, Longuay, Mo-
lesme, Rothières et le Val-des-Choux, profita de l'im-
portance exceptionnelle de la place de Chàtillon, jiivot
de la politique ducale en Bourgogne du Nord. L'abbé,
seigneur justicier d'un tiers de (Chàtillon depuis 1182,
du faubourg de Courcelles-Frévoires, des villages
environnants de Chaume, Poinson et Villote-sur-
Ource, percevait les dîmes de sept localités proches,
les revenus de deux moulins en aval de Chàtillon, de
deux fours, et étendait le temporel de son abbaye sur
un trapèze de 20 km. au plus grand côté, entre Larrey,
Belan, S.-Fal et Chamesson, le long de la Seine et de
rOurce.
Les autres églises de Chàtillon, S.-Mammès (créée
en 1003), S. -Nicolas pour le bourg, S. -Jean plus tard
pour Chamont, étaient succursales de S.-Vorles; les
chanoines de l'abbaye desservaient en outre quatorze
églises voisines.
Malheureusement les guerres qui désolèrent les
confins de la Champagne et de la Bourgogne au cours
du xiii"^ s., et les procès engagés par l'abbaye avec les
coseigneurs de la ville ou le couvent des Cordeliers
établi à Chàtillon en 1258, affaiblirent la discipline :
dès 1320 l'abbé faisait table à part; en 1340 les
charges de l'abbaye furent transformées en bénéfices.
Les ravages dont fut victime Chàtillon lors de la
guerre de Cent Ans compromirent l'équilibre : les
Anglais détruisirent le château et tentèrent d'incen-
dier S.-Vorles; lors de la guerre entre Louis XI et
Charles le Téméraire, l'abbaye elle-même fut incendiée
en 1475. I^es chanoines, obligés de vivre dans le
siècle, ne firent plus table commune. Lorsque, après
deux essais infructueux du duc de Bourgogne en 1459,
fut imposé en 1494 le premier abbé commendataire,
la règle était si délaissée que seul l'habit, mi-partie
blanc, distinguait la communauté des chanoines sécu-
liers. Fortement ligueuse, Chàtillon fut incendiée,
lors des guerres de religion, en 1595, à la fois par les
protestants du maréchal de Biron et par le gouverneur
de Thenissay agissant au nom de la Ligue. Les cha-
noines, privés de revenus et des bâtiments de l'abbaye
rasés, furent dispersés.
En 1607, le cistercien Pierre Conard parvint à les
rassembler, mais sans pouvoir relever la règle; ce fut
l'infirmier Cl. Esperit (f 1649) qui, malgré les persé-
cutions de l'abbé Philippe de Ste-Colombe, imposa, en
1635, la réforme génovéfaine. L'église S.-Vorles et les
bâtiments claustraux furent relevés, la bibliothèque
reconstituée; en 1732 le revenu de l'abbaye avait
recouvré le niveau du xiv« s. : en 1789 il atteignait
4 500 livres. En 1791, la communauté fut dispersée
et rendue à la vie laïque. Les chanoines persistant
dans leur profession furent envoyés à Molesme. En
1806, l'antique église S.-Vorles, celle de S.-Mammès,
ou plutôt la chapelle édifiée en 1629 sur les ruines de
la magnifique église incendiée en 1595, celle de S.-
Jean de Chamont, devinrent paroisses succursales au
bénéfice de S. -Nicolas, aujourd'hui seule curiale. Les
bâtiments subsistant de l'abbaye N.-D., dont l'église
elle-même est très abîmée, ont été transformés en un
hospice civil sous le vocable de S. -Pierre.
Lisle des abbés. — Aldon. — Baudoin, f 1146. —
Nicolas I", 1145-58. — Waldric, 1159. — Andelin,
1160-85. — Daniel, 1185. — Géraud, 1186-97. —
Henri I", 1197-1202. — Hugues I", 1203-22. —
Guy I", 1223-25. — Henri II, 1227. — Guy II, 1230-
48. — Jacques I", 1248-79. — Nicolas II, 1279-1307.
— P..., 1310. — Guillaume I", 1320-48. — Hugues II
de Corbigny, 1349-67. — Dominique, 1368. — Jac-
ques II des Riceys, 1368-71. — Hugues III de la
Marche, 1371-85. — Guillaume II de Chastenay,
1387-92. — Jean Mandoville, 1392-1414. — Hugues IV
de Noyers, 1414-59. — Guy III Gastefarine, 1459-62.
— Guillaume III du Bois, 1462-94, abdiqua, 1 1502. —
F"rançois I" de Dinteville, premier abbé commenda-
taire, 1494-1514. — Eustache de Saintes, 1514-20. —
Pierre Rouillard, 1531-43. — Antoine de Saurac, 1548-
69. — Louis de Lorraine, cardinal de Guise, 1569-77.
— Guy IV Garry de Montrigaud, 1579-96, t 1601. —
[Bertrand de Latzagues, 1601-07, non reconnu]. —
Pierre Conard, 1606-11. — Philippe Legrand de Ste-
Colombe, 1611-22 et 1632-38. — J.-B. Legrand de
Ste-Colombe, 1622-32. — François II de Metel de Bois-
Robert, 1638-64. — Henri III de Larrey, 1664-1711. —
Philibert Guyet, 1711-21. — Gl.-Aimé-François Gagne
de Perrigny, 1721-57. — Louis-Marie Lebascle d'Ar-
genteuil, 1757.
Archives : dép. de la Côte-d'Or, H" 625-60, assez
fournies : 33 registres, 2333 chartes, plans; H" 205 :
cartulalre du xiv» s. (1137-1362) (Stein, Cartulaires fran-
çais, 911); H" 20«. cart. du xvn» s. (1195-1523) (Stein,
912); Inventaire, ms. H" S8, par Ant. Petot, 1786; bibl.
Ste-Geneviève, mss. 608, 700, 3265-3337. — Beaunier-
Besse, Abbayes et prieurés..., xii, 1941, III» part., p. 376-86,
avec bibliogr. abondante. — Gall. christ., iv, 1728, p. 770-
77. — A. S., juin, m, 383-89 : S. Veroli oita et miracula.
— F. Hocmelle, Hist. descriptio... B. Mariae de Castellione,
1723, cf. bibl. de Chàtillon, ms. 5, trad. par H. Bernard,
1893; ms. 43. — E. Le Grand, L'hist. saincte de la ville de
Chàtillon, Autun, 1651. — G. Laperouse, L'hist. de Chà-
tillon, Chàtillon, 1837. — Abbé Roussel, Le dioc. de Lan-
gres, ui, Langres, 1873, p. 13.
R. F'OSSIER.
CHATIZEL DE LA NÉRONNIÈRE
(Pierre-Jérome), théologien français, t 1817. Voir
D. T. C, II, 2350.
1 . CHATRES (Notre-Dame de), Sancta Maria
de Castris, cant. de Terrasson, arr. de Sarlat (Dor-
dogne), dioc. de Périgueux. Cette abbaye de chanoines
réguliers a été fondée en 1077 par l'évêque de Péri-
gueux, Guillaume, sur les ruines d'un ancien castrum.
Comme toutes les fondations de ce genre dans la
591
CHATRES ^
CHATRICES
592
région, elle a probablement subi l'influence de S.-Ruf,
soit directement, soit par l'intermédiaire de S.-Sernin
de Toulouse. L'histoire de la communauté nous
échappe presque entièrement. Elle dut exercer un
certain rayonnement, si l'on en juge par l'extension
des prieurés dans les diocèses de Pèrigueux, Sarlat
et Saintes. L'église devint rapidement le centre d'un
pèlerinage réputé.
La communauté souffrit beaucoup de la guerre de
Cent Ans. Pour réparer les ruines, l'abbé Nicolas
Realitas adressa en 1436 une supplique au S. -Siège.
Au milieu du xvii« s. l'abbaye comptait encore treize
chanoines, un prieur et un cellérier. Mais au début du
xvm<^ s. elle était de nouveau dans un état lamentable
et ne se releva pas de ses ruines. A la Révolution les
revenus furent évalués à 2 300 livres.
Liste des abbés. — Pierre, 1114. — Guillaume, 1120.
— Lambert, 1146. — Pierre II, 1150. — Étienne,
1179. — Raymond, 1226. — Jean, 1244. — Alexan-
dre, 1264. — Bernard de Verneuil, 1320. — Adhémar
de Rovelle, 1340. — Hugues de Valence, 1390. —
Jean II Lavala, 1425. — Nicolas Realitas, 1436. —
Matthieu Lillaud, 1455. — Bertrand, 1456. — Pierre
III Bretenèche, 1462. — Gabriel Lillaud, 1541. —
Bertrand II Lillaud, 1541. — Jean II Vilette, 1571. —
Gaspard de Chaptau, 1613. — Jean III Lavergnac? —
Boysseilhe, 1630. — Pierre du Port? — François Dolu,
1640. — Pécon de S.- Nicolas? — Hector de Royère,
1656. — Pierre IV d'Aubusson. — Jean V de Lau-
rond, 1664. — Jean-Georges d'Aubusson, 1670. —
François d'Aubusson? — 'Berthet, 1716. — De Ségon-
sac, 1717. — Pierre de Tesserot, 1719. — J.-L. de
Cahusac, 1748. — G.-C. de Raynoud, 1767.
, Prieurés. — Pont-Roumieu ; Guilhgorce (dioc. de
Pèrigueux); S.-Jean-de-Bosc, Lomagne, Doudrac
(dioc. de Sarlat); Le Chalard (dioc. de Pèrigueux);
S.-Jacques-de-Bosc-Fleury, Ste-Colombe (dioc. de
Saintes).
Archives : dép. de la Dordogne, série H : quelques pièces;
Paris, Bibl. nat., coll. Périgord, xxxiii, 387-320. — J.
Puteanus, Hist. episcoporum Petragorensium, Pèrigueux,
1629, p. 20. — Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., m,
204. — Gall. christ., u, 1504. — De Boscodon, Liste des
abbés..., dans Bull, de la Soc. hist. du Périgord, i, 1880,
p. 268-69. — E. Comte, L'abbaye de Châtres..., ibid., xxx,
1903, p. 69-78, 118-39.
Ch. Dereine.
2. CHATRES (Notre-Dame de), Sancta Maria
de Castris, près de Cognac (Charente), dioc. de Saintes.
On a souvent confondu cette fondation avec la précé-
dente, d'où l'obscurité qui règne sur ses origines. Seul
le jugement rendu en 1148 par Geoffroy de Louroux
en donne une idée exacte. Sur l'ordre du pape Eu-
gène III, l'archevêque de Bordeaux règle le conflit
survenu entre la communauté de Châtres et celle de
Fontevrault. Cette dernière prétendait établir son
domaine sur l'église de Châtres en arguant que le
fondateur, un certain Robert, avait été un convers,
profès de son ordre. C'est donc un disciple de Robert
d'Arbrissel qui, après 1110, vint fonder près de Cognac
une communauté de chanoines réguliers. Geoffroy mit
fin à la querelle en procédant à une nouvelle réparti-
tion des biens.
Les quelques documents échappés à la ruine du
prieuré montrent qu'il a bénéficié des largesses des
familles de Bourg et de Lusignan, ce qui permit aux
prieurs de construire une belle église à quatre cou-
poles dont il ne reste malheureusement que la façade.
En 1237 un lien de fraternité fut établi avec l'abbaye
de Mauléon au diocèse de Poitiers. Au xiv s., la com-
munauté eut beaucoup à souffrir de la guerre de Cent
Ans. Elle se releva grâce à la générosité du bon comte
Jean. Mais à la fin du xv" s., la commende fut établie
et, peu après, les calvinistes ruinèrent entièrement le
monastère. A la fin du xviii« s., il ne rapportait guère
que 1 300 livres aux abbés commendataires.
Liste des prieurs (d'après Barraud et Nanglard). —
Pierre, 1114. — Bernard, 1148. — Étienne, 1179. —
Raimond, 1211. — Guillaume I", 1237. — Étienne II,
1279. — Robert, 1341. — Jean I" de Cor, 1447-55. —
Guillaume II, 1457. — Bernard, 1467. — François de
Jarnac, abbé de Baigne, commendataire, t 1493. —
Arnaud de L'Estang, 1491-1514. — ■ Guy de Massou-
gnes, 1524-25. — Jacques de Lyvène, 1529, déposé. —
Charles I" Guérin, se retira. — François II de Ly-
vène, 1530. — Charles II de Lyvène, 1540-1548. —
Jean II, 1575. — Maurice, 1652. — Henri de la Mothe-
Houdencourt, 1633. — J. de Maniban, 1700. — Du-
pont, 1701-1703. — J. de Pons, 1714-1715. — L.-G.
de Polaston, 1717. — H. de Barreau de Beinges, 1723-
40. — G. de Batz, 1741. — J.-M. de Lastic, 1745. —
F.-F. de Graves, 1752. — L. de S. -Pierre, 1782.
Liste des prieurés-cures. — Brie, près de Pons; S.-
Brice, S. -Sévère, Ste-Radegonde, N.-D. de Bois-
Fleury, S. -Martin de Ronçay.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., iit, 291. — P.-B.
Barraud, Recherches hist. sur l'ancienne abbaye de N.-D.
de Chastres, Cognac, 1870. — Gall. christ., ii, 1131. — Mar-
chegay, Docum. inédits sur la Saintonge et l'Aunis, dans
Archives hist. de la Saintonge et l'Aunis, v, 1878, p. 19; x,
1882, p. 263. — J. Nanglard, Cartulaire de l'Église d'Angou-
lême, Angoulême, 1900, p. 131 sq.; Pouillé hist. du dioc.
d'Angoulême, m, Angoulême, 1900, p. 486-598. — Rhein,
dans Congrès archéol. de France, lxxix, 1912, p. 409-12. —
Cottineau, au mot Châtres.
Ch. Dereine.
CHATRICES (Notre-Dame de), Castrilocus ou
Castriciae, abbaye de chanoines réguliers de S.-
Augustin, arr. de Ste-Menehould (Marne), sur l'Aisne,
dioc. de Châlons-sur-Marne. A l'initiative d'Albéron
de Chiny, évèque de Verdun, grand protecteur des
chanoines réguliers et des cisterciens, une communauté
de clercs suivant la règle de S. Augustin s'organise
entre 1140 et 1144 à Châtrices, sous la direction d'Eus-
tache, abbé de Montier-en-Argonne. En 1147, les
membres de cette dernière communauté, suivant
l'exemple de leurs voisins de Cheminon, passent à
l'ordre de Cîteaux. L'abbé Aimar de Châtrices donne
son consentement à cette transformation, mais reste
fidèle à la règle de S. Augustin. Par l'intermédiaire de
son évèque, Barthélémy, il demande l'affiliation à la
congrégation d'Arrouaise où il obtient la dix-septième
place. Mais l'èloignement de l'abbaye mère constitue
sans cesse une source de difficultés. Vers 1200, l'abbé
Milon et tous les membres de la communauté prêtent
le serment de ne jamais abandonner les coutumes
d'Arrouaise (Martène, Ampliss. coll., i, 815, 1043).
Le manque de documents édités ne permet pas de
suivre le développement économique de l'abbaye
placée, comme celle de Montier-en-Argonne. sous une
dépendance assez étroite à l'égard de l'autorité dio-
césaine. En 1267, le prieur doit combattre les préten-
tions du comte de Champagne pour maintenir la
liberté des élections, l'n lieu de fraternité est établi
avec l'abbaye S.-Nicolas-des-Prés de Verdun. Le
premier abbé commendataire apparaît en 1548, mais
la réforme est introduite vers 1650 par l'affiliation à
la Congrégation de France.
Liste des abbés (d'après le Gall. christ., ix, 952). —
Eustache, 1140-46. — Aimar, 1147-70. — Philippe,
1191. — Pierre I", 1196. — Milon, 1200. — Guibert,
1209-12. — Pierre II, 1220-21. — Aubert, 1230-60. —
Jean Papelard, 1304. — Guillaume, 1331-50. — Geor-
ges Aubry-Massin, av. 1390. — Georges de Paris,
1390. — Jean le Lièvre, 1455. — Remi de Boussu,
commendataire, 1548. — Théodore Petit? — Louis de
Mainteterne, 1562-74. — Louis d'Épinay, 1644. —
593
CHATRICES —
CHAUMES (LES)
594
Alexandre Bichi, 1657. — Claude Gallard de Béart,
1659. — De Brassac, 1670-1679. — François-Ignace
de Mont-Saulnin? — Antoine Fagon, 1682. — Au-
gustin du Rosel,. 1705-19. — Jean du Caulet, 1721-25.
Archives : dép. de la Marne, H 384-448; voir P. Péli-
cier, J. Berland et R. Gandilhon, Inventaire sommaire,
sér. H, I, 1949, p. 110-20; Paris, Bibl. nat.,coll. Champagne,
fol. 72-126; bibl. Ste-Geneviève, ms. 608, fol. 388 sq. —
Laurent de Liège, Gesta episc. Virdunensium, dans M. G. H.,
SS., X, 512. — Martène, Ampliss. coll., i, 815, 1043. —
Gall. christ., ix, 952-54, 967. — L. Gosse, Hisl. de l'abbaye
d'Arrouaise, Lille, 1786, p. 39 sq. — Pour plus de détails,
Cottineau, i, 742.
Ch. Dereine.
CHATTERIS (Notre-Dame de), abbaye de
moniales bénédictines, au comté de Cambridge, ancien
dioc. d'Ely. t'ondée entre 1006 et 1016 par Erdnoth,
premier évêque de Ramsey, puis évêque de Dorches-
ter, et sa sœur Aelfwen, épouse d'Athelstan, roi d'Est-
Anglie, et sans doute la première abbesse, cette
abbaye fut donnée par Henri l<" à l'Église et à l'évêque
d'Ely; Richard I^'' précisa cette donation : l'abbaye
était tellement la propriété de l'évêché qu'en cas de
vacance de ce dernier les revenus devaient aller à la
Couronne comme le reste. La dotation de l'abbaye en
biens immobiliers ne fut jamais considérable, même
si l'on tient compte des diverses acquisitions opérées
durant les deux siècles qui suivirent la fondation.
L'évêque d'Ely, qui confirmait l'élection des nouvelles
abbesses, jouissait à cette occasion du droit de nom-
mer une nouvelle moniale; en cas de vacance du siège
d'Ely, l'archevêque de Cantorbéry revendiquait le
même privilège : en 1298, la moniale ainsi nommée
par l'archevêque étant illettrée, quelques difTîcultés
en résultèrent. Entre 1306 et 1310, un incendie rava-
gea l'abbaye et ses dépendances : le malaise matériel
qui en fut la suite dura longtemps, et une visite
canonique en 1345 reflète encore une certaine pénurie
qui n'était pas sans influer sur le spirituel. Aux xiv
et xv« s., plusieurs demandes d'exemption de taxes
montrent que la pauvreté restait considérable. En
1355, Alice Shropham, abbesse démissionnaire depuis
1347, obtint un induit pontifical l'autorisant à choisir
son confesseur à l'heure de la mort. En 1388 l'évêque
d'Ely permit de même à l'abbesse et aux moniales de
choisir leur confesseur, qui n'était pas nécessairement
leur aumônier. En 1536, bien que le revenu net de
l'abbaye ne fût que de £ 97, 3, 4, celle-ci fut maintenue,
mais pour être supprimée deux ans plus tard, le 3 sept.
1538, l'abbesse étant alors Anne Gayton, qui gouver-
nait dix moniales : ce chiffre représentait les deux
tiers de la communauté en 1347. L'église abbatiale
servait alors de paroisse à quatorze familles de l'en-
droit. L'inventaire des biens de l'abbaye a survécu
(Exch. K. R. Mise. 11, 13). Les religieuses et l'abbesse
reçurent les pensions généralement accordées après
la suppression des monastères.
Le cartulaire-chronique de l'abbaye fut écrit vers 1456
pour l'abbesse Agnès Archfeld ou Ashfield : Brit. Mus., bibl.
Cotton., Jul. A. 1; voir les titres des principaux actes dans
Dugdale, p. 615, n. i, et le texte des plus importants, p. 616-
20. — Cf. V<. Dugdale, Mon. Angl., n, 614-20; V. C. Hisl.,
Cambridgeshire and the Isle o/ Ely, u, 1948, p. 220-22.
H. Dauphin.
CHATZINZARIENS ou CHAZINZA-
RIENS, hérétiques arméniens du vii« s. Voir
D. T. C, II, 2350.
CHAUME (La), Calma, Calmaria, B. M. de
Machecolio, dioc. et arr. de Nantes (Loire-Inf.), ab-
baye de bénédictins, sous le vocable de Notre-Dame,
fondée en 1055 par Harcouët de Retz, ou en 1060 par
Haterid, baron de Paris, tout en restant soumise à
Redon. Sous le cardinal de Retz, abbé commendataire.
elle fit partie en 1618 de la Société de Bretagne, qui en
1628 passa à la congrégation de S.-Maur. La mense des
quatre moines fut supprimée en 1767 et unie à Vertou.
Il subsiste aujourd'hui quelques ruines des bâtiments.
C. .\., La Soc. de Bretagne de l'ordre de S.-Benoit, dans
Revue bénéd., 1894, p. 97-107. — Beaunier-Besse, Abbayes
et prieurés..., viu, 247. — Cottineau, 745. — Gall. christ.,
XIV, 851. — S. de la Nicollière-Teijeiro, L'abbaye N.-D.
de La Chaume prés de Machecoul ( 1065-1792 ), dans Bull,
de la Soc. archéol. de Nantes, xviii, 1879.
R. Van Doren.
CHAUMES (Les), Chaumes-en-Brie, Calmi, Ca-
lami, cant. de Tournon, arr. de Melun (Seine-et-Marne),
dioc. de Sens, auj. de Meaux, abbaye de bénédictins,
sous le vocable de S.-Symphorien, ensuite de S. -Pierre.
Détruite par les Normands, elle fut restaurée en 1181.
Jusqu'au xvine s., la vie régulière y était bien observée.
A partir de 1564, elle reçut des abbés commendataires.
Elle fut supprimée en 1747; ses bâtiments devinrent
une habitation privée, et sa mense conventuelle fut
unie au i^etit séminaire de Sens. On y vénérait des
reliques que l'on disait être celles de S. Domnole,
évêque du Mans.
Liste des abbés. — Robert I^^ — Maur. — Manfred.
— Étienne. — Rodulphe. — Théobald I", 1152, 1154.
— Simon 1", 1157. — Anselle, 1166. — Odon, 1181,
1198. — Robert II, 1201. — Gaufrid I", 1204. —
Robert III (?), 1205, 1207. — Guillaume I" de Limi-
niac, 1218, 1220. — Simon II de Mallaforte, 1230,
1234. — Jean I". — Henri I", de Courpalay, 1240,
1245. — Gaufrid II de Blanchery, 1246, 1253. —
Hugues I" de Nevincourt, 1260, 1263. — Simon II
de Eviac, 1278. — Jean II, 1278. — Hugues II, 1280,
1283. — Louis I", 1283. — Jean III de Vaux le Penil,
1285. — Hugues III, 1291, 1301. — Henri II de Pran-
ciac, 1303, 1318. — Pierre I" de Monte Angulari, 1318.
— Arnulphe de Monte Angulari, f 28 déc. 1328. —
Théobald II, 28 avr. 1334. — P..., 1335. — Jean IV
de Hainaut, f H janv. 1363. — Odoimetus, 29 nov.
1371. — Jean V de Pouy, t 29 nov. 1376. — Guidon
Cassinel, 1377. — Jean VI de Hainaut, f 1380. —
Jean VII de Pouy, 1385, 1387. — Jean VIII Brodin,
1391, 1402. — Milon Marce, élu le 20 févr. 1407, 1426.
— Jean IX Grandin, t 1438. — Jean X Modard, élu
le 27 nov. 1438, f H oct. 1439. — Simon III Cheva-
lier, compétiteur du précédent, élu en 1438, réélu en
1439, 1457. — Jean XI Seyer, élu le 2 août 1461,
résigna en 1475. — Pierre II Damoiseau, nommé le
26 avr. 1475, 1481. — Tristand de Salazar, archev. de
Sens, 1482, t 1519. — Jean XII du Fay, 1519. —
Antoine de S.-Marcel, 1521, 1526. — Charles de S.-
Martin ou Bechet, 1529, t 1532. — Jean XIII Prud-
homme, nommé le 29 oct. 1532, 1550. — Jacques
L'Epreuvier, 1561. — Pierre III de Gondy, év. de
Langres, commendataire en 1564, 1566. — Jean XIV
de Gondy, 1570, t 1574. — Claude de Lair, t 1593.
— Nicolas Auroux, 1593. — Guillaume II de Ma-
raudes, 1593. — Cardinal Louis de la Valette; son
cousin, le duc d'Épernon, dissipa les revenus pendant
quinze ans. — Jean XV de Binos, commendataire de
1640 à 1656, qui échangea avec le suivant l'abbaye de
S. -Orient d'Auch. — Louis-Henri de Gondrin, arche-
vêque de Sens, f 16 sept. 1674. — Antoine II Arnauld,
nommé le 1" nov. 1674, t 12 déc. 1698. — Charles
Calonne de Courtebourne, 25 déc. 1698, f 9 oct. 1723.
— Charles-Louis-Auguste le Tonnelier, son neveu,
nommé év. de Rennes et abbé de La Ch. le 17 oct.
1723, t 24 avr. 1732. — Jean XVI Couturier, supérieur
général de S.-Sulpice, nommé le 31 juill. 1732.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., v, 26. — Chevalier,
T. B., 676. — Cottineau, 745-46. — Gall. christ., xii, 184.
— Mabillon, Annales O. S. B., vi, 646.
R. Van Doren.
595
C HAUMONT
— CHAUMONT-LA-PISCINE
596
CHAUMONT (Louis-Makin Barthélémy ue),
1737-1808, évêque de S.-Dié, né à Paris le 24 aoùtl737,
appartenait à la famille des Chaumont de La Galai-
zière, fut, très jeune, pourvu de nombreux bénéfices.
Grand prévôt de S.-Dié en 1768, il est nommé évêque
de ce siège lors de son érection (1774). Sacré dans la
chapelle du château de Brienne, le 21 sept. 1777, par
Loménie de Brienne, avec lequel il s'était lié au cours
d'un voyage en Italie, il administra son diocèse avec
une sévérité qui lui valut le surnom de « Monseigneur
de la crosse ».
C'était le « géant du clergé de France » : sa taille
atteignait 6 pieds et il était gros en proportion. Mais
cet athlète était défiguré par un œil cyclopéen mons-
trueux, infirmité qui avait décidé de sa vocation,
comme le pied bot de Talleyrand.
Il aimait le luxe, le faste. C'était un prélat mondain,
qui allait jusqu'à recommander à ses prêtres de se
friser et de se poudrer.
Il refusa le serment à la Constitution civile du clergé
et quitta le royaume en mars 1791 : il se réfugia à
Bruxelles, puis passa en Suisse, en Souabe et en Ba-
vière, sans jamais cesser de s'occuper de son diocèse.
Le P. Armand Jean se trompe quand il déclare dans
son recueil {Les évêques et archevêques..., 418) qu'il
refusa de se démettre de son siège au Concordat. Il
mourut au château de Mareil, le 30 juin 1808.
Il portait dans sa jeunesse le titre d'une terre de sa
famille, « de La Galaizière »; mais ce marquisat ayant
été aliéné en 1777 par son frère aîné, il cessa de le
porter : de la sorte il ne peut et ne doit être appelé
que Mgr de Chaumont.
Morellet, Mémoires, i, 23-26, 36, 84. — Roussel, Quelques
notes sur la jeunesse de Mgr de La Galaizière (sic), dans
Bull, de la Soc. philomatique vosgienne, 1935-36, p. 3-9. —
P. Boyé, Le chancelier Chaumont de La Galaizière et sa
famille, dans Pays lorrain, 1937, p. 146 s<|.
C. Laplatte.
CHAUMONT-LA-PISCINE (Notre-Dame
de), Calviis-Mons, Chaumont- Porcien, abbaye de
l'ordre de Prémontré, dioc. de Reims, entre Rethel
et Château-Porcien, arr. de Rethel (Ardennes), rele-
vait de la circarie de Floreffe et était filiale de Pré-
montré. La légende raconte que vers la fin du v^ s.
l'endroit — un monticule couvert de bruyère, qui lui
donnait un aspect de chaume — servait de retraite
aux ermites Berthold et Amand, de souche royale,
auxquels s'étaient jointes des vierges nobles qui ser-
vaient le Seigneur sous l'autorité de Berthold. Ces
origines se perdent dans la nuit des temps. Plus tard
l'endroit fut fréquenté par des ermites et des cha-
noines. A leur sujet il n'existe qu'un document de
1087, émanant du roi Philippe \", qui fait don du
village de Renaucourt à l'église de Chaumont. En
1142, la fondation formait un chapitre collégial auquel
en cette année l'évêque Samson de Mauvoisin con-
firmait la possession d'un alleu, don du comte Henri
de Chastel et de Clarembald de Rosoy aux chanoines
de l'endroit, qui obtenaient en même temps assigna-
tion de la dîme. Il est certain d'autre part que l'église
de Chaumont relevait en 1087 du prieuré de Château-
Porcien; qu'en 1142 cette église se trouvait sous
l'obéissance de chanoines réguliers et que les alentours
hébergeaient des ermites; qu'en 1147 ces chanoines
réguliers relevaient de l'ordre de Prémontré. Comme
fondateur de cette maison est cité Réginald de Rosoy
(d'après le nécrologe de S. -Juste de Beauvais). L'église
se trouvait sous le patronage de la Ste Vierge et de
S. Berthold.
L'abbaye était réputée comme endroit d'un pèle-
rinage florissant. L'abbé Pierre le Boucher de Roqui-
gny (1426-44) fit construire un hospice pour les pèle-
rins qui venaient honorer en foule S. Berthold. L'ab-
baye reçut en don de Jeanne de Châtillon, dame de
Chaumont, une lampe d'argent et une dotation de
100 livres, pour l'ornementation de la sépulture du
saint.
L'abbé Cousin fut le dernier des réguliers (f 1550).
Sous l'abbé commendataire Claude le Roi, l'abbaye
et les religieux eurent gravement à souffrir des calvi-
nistes : pillages et emprisonnements furent à l'ordre
du jour et la maison fut en partie dévastée. On la res-
taura, mais elle fut de nouveau incendiée pour la
plus grande partie. On chercha alors un endroit plus
favorable pour reconstruire le monastère et, le 23 juin
1623, la communauté émigra à Aubilly, où de nou-
velles constructions avaient été élevées. On avait pu
sauver les plus précieuses reliques, qui avaient été
mises en sûreté à Reims. Le nouvel emplacement de
l'abbaye se nommait ' la Piscine >-. L'église fut consa-
crée par l'évêque de Tarse, sufTragant de l'archevêque
de Reims.
Tous ces événements n'avaient pas été sans in-
fluencer la discipline conventuelle. L'abbé Picot
(t 1638), mais surtout son prieur Jean Lieuteau s'at-
tachèrent à remédier à la situation. Dans cet es-
prit, le 24 sept. 1641, Pierre de Thieuville, abbé de
Ste-Marie de Pont-à-Mousson, annexa Chaumont à la
jeune congrégation de la réforme de Lorraine et plaça
des religieux de cette tendance à l'abbaye de
Chaumont pour y consolider les nouvelles directives.
Liste des abbés. — 1. Jean, venu de Prémontré,
nommé dans la bulle du pape Eugène III, qui attribue
Chaumont aux Prémontrés. — 2. Gésaire, 1158. — 3.
Julien ou Jules, assista au chapitre général de 1171. —
4. Jean II, f probablement le 2 janv. — 5. Anselme,
ou Alelme ou Atelme, gouvernait en 1182 et en 1195.
Il est douteux qu'il faille l'identifier avec l'abbé An-
selme, de Bonne-Espérance, abbaye à laquelle il aurait
passé. — 6. Albéric. — 7. Alelme, t 1219. — 8. Roger,
t 1222. — 9. Henri, t 1231. — 10. Odon, t 1246. —
11. Pierre de Baucigny, f 26 nov. 1256. — 12. Jean III
de Logni, f 1273. — 13. Alard, 1 1285. — 14. Simon I",
passa comme abbé à Cuissy en 1287. — 15. Simon
d'Aharis ou d'Achaires, passa comme abbé à Braine.
— 16. Pierre de Baucigni II, f 1347. — 17. Jean IV,
t 1365. — 18. Radulphe de Châtillon, t 1383. — 19.
Jean V, f 1409. — 20. Pierre le Boucher de Roquigni,
t 1444. — 21. Jean Lochart. — 22. Gobert de Roqui-
gni. — 23. Jean Hardy, vivait en 1497. — 24. Pierre
de Frouart, alias Fuyart, présidait en 1517. — 25. Go-
bert Cousin, dernier des réguliers, f 6 juill. 1550. — 26.
Robert. — 27. Ponchard. — 28. Galtier : ces trois noms
doivent être intercalés dans la liste précédente, mais
on ne sait pas à quelle date. — 29. Étienne Lallemand,
premier abbé commendataire; la veille de son mariage,
il passa l'abbaye au suivant. — 30. Mathieu Chalon,
clerc de Chartres, qui ne fut admis par les religieux
qu'après sentence d'excommunication en 1557, f 1560.
— 31. Claude le Roi, t 1614. — 32. Étienne Galinet,
qui fut transféré à l'abbaye de la Piscine. — 33. Eus-
tache Picot, chanoine de la Ste-Chapelle de Paris,
t 1648. — 34. Cyrus de Villers-la-Faye, év. de Péri-
gueux, était prélat en 1653, t 4 oct. 1665 et enseveli
à Paris chez les capucins de S.-Jacques. — 35. Égide
de Fontaines, aumônier du roi, f à Paris 1697. — 36.
Marc-Antoine de Brisai-de-Denonville, nommé le
25 déc. 1696, chanoine de Chartres, en même temps
commendataire de S. -Pierre de Cannes. — 37. Charles-
Amand de Gontaut-Biron, nommé en 1723, t 7 oct.
1732. — 38. Louis Chaumel, auparavant évêque
d'Orange, obtint l'abbaye par lettres royales du 3 mai
1732.
Les archives de Chaumont-Ia-Piscine se trouvent, pour
la plupart, aux archives du dép. des Ardennes; un cartu-
laire de la fin du xvi« s. était conservé chez la veuve Lucas
597 C H A UMONT-LA-PISCl
à Château-Porcien ; d'autres archives se trouvent à Chau-
mont et à Reims. — C.-L. Hugo, Annales Praem., i, 437. —
Gall. christ., ix, 326-29. — M. Jadert, Le bourg et l'ancienne
abbaye de Chaumont-Porcien, dans Revue hisl. ardennaise,
1904. — Lannois, Notice sur l'abbaye de Ctinumont, Rethel,
1880. — G. Marlot, Metropolis Remensis hisl., Reims, 1844.
— C. Oudin, Hist. ecclesiae Calvinalis ex monumentis ipsius
loci, dans A. S., juin, ii, 102-08.
M.-A. Erens.
CH AUMOUZEY, Calmosiacensis, abbaye de
chanoines réguliers de l'ordre de S. -Augustin, près de
Mirecourt, cant. et arr. d'Épinal, dép. des Vosges,
dioc. de Toul, puis de S.-Dié. L'histoire des origines
de cette importante communauté a été écrite par un
des principaux fondateurs, Séhère, dans les Primordia
Calmosiacensia. Dans le dernier quart du xi" s., un
vénérable prêtre, Antenor, se retire pour vivre en
ermite dans la solitude célèbre du S. -Mont. Bientôt il
est rejoint par bon nombre de disciples désireux de
restaurer sous sa direction le primiliuae Ecclesiae sla-
tum, en pratiquant la pauvreté, cette nutrix uirlutum,
selon la règle de S. Augustin. La réputation de ces
convertis leur attire une recrue de choix, Liutolf,
doyen du chapitre cathédral de Toul, qui se joint
à eux avec tous ses biens, entre autres une église
qu'il a construite dans le suburbium de Toul en l'hon-
neur du pape S. Léon, où à sa demande les frères
fondent une nouvelle communauté avec l'approba-
tion de l'évéque Pibon (1094). Entre temps, le S.-
Mont se révèle peu propice à la vie régulière, proba-
blement à cause du voisinage des chanoinesses de
Remiremont, et les ascètes se retirent dans un endroit
solitaire, l'alleu de Chaumouzey, qui leur est donné en
toute propriété ainsi que l'église du lieu par une femme
pieuse et son mari, Thierry. La communauté s'étant
encore accrue de nouveaux membres, les frères sen-
tent le besoin de fixer de manière plus précise leur
discipline. Dans ce but, ils envoient deux des leurs à
S.-Ruf, abbaye provençale dont la réputation de régu-
larité est parvenue jusqu'à eux. Les délégués revien-
nent inslructi uerbis et scriplis et initient leurs con-
frères aux coutumes de la célèbre communauté (Pri-
mordia..., dans M. G. H., SS., xii, 325-30; Gall. christ.,
XIII, Instrum., 172).
Pendant plusieurs années encore, l'attrait de la vita
apostolica menée par les chanoines leur attire des
recrues venant de tous les milieux, clercs et laïcs,
hommes et femmes. Beaucoup d'entre eux abandon-
nent à la communauté, lors de leur profession, des
biens de tous genres qui forment petit à petit le patri-
moine temporel. Pour assurer leur avenir, les cha-
noines procèdent à une élection canonique et leur can-
didat, Séhère, est consacré par l'évéque de Toul
comme abbé de Chaumouzey et de S. -Léon. Un statut
spécial règle les rapports des deux communautés et
prévoit l'émancipation définitive de Chaumouzey, ce
qui se fera sans difficulté peu après. A peine en fonc-
tion, le nouvel abbé doit faire face à de nombreuses
difficultés. A la mort de Thierry, principal bienfai-
teur, son frère fait opposition à la donation de Chau-
mouzey et, par la violence, trouble le calme de la
communauté, allant jusqu'à incendier l'église parois-
siale. Malgré le recours au duc de Basse-Lotharingie
et à l'évéque, il faut attendre deux ans avant qu'un
compromis ne règle définitivement ce débat. Peu après
Séhère fait confirmer par l'évéque Pibon les posses-
sions de l'abbaye, préciser le statut à l'égard de l'au-
torité diocésaine et celui du curé de la paroisse de
Chaumouzey (5 mai 1101) (Primordia, dans M. G. H.,
SS., XII, 327-31).
Entre temps les chanoinesses de Remiremont veu-
lent étendre à Chaumouzey les droits qu'elles ont
exercés sur les ermites du S. -Mont. Elles revendiquent
la possession de l'alleu, réclament les offrandes de
INE CHAUMOUZEY 598
l'église et y placent un curé de leur choix. Pour résister
à ces prétentions, Séhère engage une longue lutte dans
laquelle interviennent les évêques de Toul, le duc de
Lotharingie, le roi de France et le légat pontifical,
Richard. Finalement, Pascal II, de passage à Langres
(févr. 1107), appelle l'affaire à son tribunal. Les cha-
noines ayant invoqué la donation faite par Thierry,
les cardinaux leur opposent la législation de Gré-
goire VII interdisant aux laïcs de disposer des biens
d'église, mais par ailleurs ils citent le passage de Gré-
goire le Grand qui exempte des dîmes ceux qui
mènent la vie commune. Finalement le conflit est
réglé et, pour éviter toute difficulté ultérieure, Séhère
se fait confirmer par l'évéque et l'archidiacre, per
baculum, les églises qu'il avait reçues antérieurement
des mains des laïcs (Primordia..., dans M. G. H., xii,
338-41; bulle de Pascal II [original à Paris, Bibl. nat.,
iiouv. acq. lal., 2547, n. 13], dans P. L., clxiii, 206).
Malgré leur origine érémitique, les chanoines de
Chaumouzey avaient adopté jusqu'en 1120 les cou-
tumes modérées de Vordo antiquus tel qu'il était en
vigueur à S.-Ruf. Mais à cette date, les fondateurs de
Springiersbach et de Prémontré introduisent dans
l'ordre canonial des usages plus austères en suivant
à la lettre les prescriptions de Vordo monasterii qu'ils
considèrent comme la seule règle authentique de
S. Augustin. Cette innovation jette le trouble dans la
communauté de Chaumouzey. Les frères sont tout
disposés à suivre les novateurs mais, avant de prendre
une résolution définitive, ils envoient une délégation
à S.-Ruf pour consulter les autorités compétentes.
Par deux lettres qui nous renseignent sur ces événe-
ments. Ponce, abbé de S.-Ruf, et Gautier, évèque de
Maguelone, rassurent leurs confrères en établissant le
caractère traditionnel de Vordo antiquus et en criti-
quant le manque de discrétion des nouveaux réfor-
mateurs. Ils leur reprochent entre autres d'accorder
trop d'importance à Vordo monasterii qui ne peut, à
leur avis, avoir été composé par S. Augustin (Ch. De-
reine, S.-Ruf et ses coutumes aux xi" et Xii^ s., dans
Revue bénéd., lxix, 1949, p. 167-75).
Pendant les xii« et xiii" s., le temporel de l'abbaye
ne cessera de s'accroître régulièrement grâce à la
générosité des évêques de Toul, des archevêques de
Besançon, des ducs de Lorraine et de nombreux par-
ticuliers. Pour assurer une bonne administration,
Séhère fait établir un censier. Lui-même et ses suc-
cesseurs recourent volontiers à l'autorité pontificale
pour confirmer les biens et le statut de l'abbaye. Sui-
vant l'exemple de Pascal II, Calixte II, Innocent II,
Eugène III, Adrien IV, Alexandre III, Grégoire VIII
et Honorius III accordent leur protection aux cha-
noines. Parmi les biens nommés dans les bulles pon-
tificales figurent bon nombre d'églises ou de chapelles.
Outre Chaumouzey donné à l'origine, on trouve la
paroisse de Dompierre, la chapelle de Dommartin et
Orquevaux (1115), Ambacourt (1116), Marast (1123),
Dombasle (1127), Meuil-en-Saintois (1129), la chapelle
de Pierrefltte (1132), Fleury, Chesnois et Frocourt
(1147), Montjustin et la chapelle d'Ainecourt (1150),
BoufTromont et Tilleux (1197), Clerjoux (1198) et
Vouxey (1229). Plusieurs de ces églises sont retirées
des mains des laïcs qui les détenaient injustement et
sont données ad suslentationem paupertatis. Rien ne
prouve que les chanoines de Chaumouzey les aient
desservies eux-mêmes durant cette période. Le statut
fixé par l'évéque Riquin en 1115 pour Chaumouzey
est étendu aux acquisitions ultérieures : les églises
sont libérées de tous les droits dus à l'évéque, au doyen
et à l'archidiacre, sauf le denier synodal; le vicaire
est investi de l'autel par l'abbé, mais répond devant
l'évéque de la cura animarum; l'archidiacre exerce
l'action synodale et un cens récognitif est dû pour
599
CHAUMOUZE Y
— CHAUNY
600
chaque donation (Cartulaire, p. 10 sq. ; Wiederhold, i,
27, 47, 72).
Ces documents permettent encore de déterminer
quelques points importants du statut canonique de
l'abbaye. Dès 1102, Pascal II reconnaît aux chanoines
la liberté dans les élections; seule l'intervention de
spiriluales uiri est prévue. En 1123, Calixte II con-
firme la stabilité des membres en interdisant tout
départ qui n'est pas autorisé, même arctioris uitae aut
lerosolimitanae peregrinalionis obtentu. Toutefois,
suivant l'évolution générale du droit canonique, le
libre passage ad uitam arcliorem est prévu dans la
bulle accordée en 1198 par Grégoire VIII. Enfm, en
1221, à la demande de l'abbé, Honorius III interdit
la réception à Chaumouzey de moines bénédictins et
cisterciens ou de prémontrés. La liberté accordée aux
églises suscite quelques difïicultés de la part des archi-
diacres. Toutefois, en 1193, Gérard reconnaît l'im-
munité dont jouissent les chanoines sur ce point.
Grands bienfaiteurs de l'abbaye, les évêques de Toul,
tout en reconnaissant aux chanoines une grande
liberté, avaient maintenu leurs droits essentiels. Au
début du xiii'= s., les abbés semblent avoir tenté
d'acquérir l'exemption. Ils entrent en conflit avec le
pouvoir épiscopal et sont excommuniés. En 1223
Honorius III intervient en leur faveur et affirme que
le monastère relève directement du S. -Siège, nullo
medianie. Trois des églises données par les laïcs,
Marast, Chenoix et Fleury, deviennent durant cette
période des prieurés qui, avec Chaumouzey, forment
une congrégation dont le chapitre général constitue
l'organisme centralisateur. Kn 1294 il décide que les
abbés qui négligent les statuts se verront interdire
l'accès de l'église (Cartulaire, Wiederhold, ibid.).
Les xiv<^ et xv» s. marquent un affaiblissement de
vitalité pour l'abbaye. En 1312, le pape doit inter-
venir pour maintenir l'autorité de l'abbé combattue
par un groupe de factieux qui prétendent introduire
le pécule. En 1354 Innocent IV place lui-même l'abbé
Liébaud à la tête de la communauté et se réserve le
droit de nomination. Malgré cela les chanoines élisent
eux-mêmes le successeur, Thierry, en 13()2, et après
enquête Urbain V ratifie cette élection et confirme
toutes les immunités de l'abbaye. Le problème de
l'exemption est encore soulevé vers 14.50 et. sur l'ordre
de Nicolas V, Ferry, chantre de S.-Dié, mène une
enquête qui aboutit à la confirmation des privilèges.
Au cours du xvi« s. la commende est introduite.
Toutefois, en 1586, une recrue de choix, P. Fourier,
entre à l'abbaye, est ordonné prêtre et avec lui, l'es-
prit de réforme gagne progressivement : en 1595
Clément VIII accorde la séparation de la mense
abbatiale, mais une première tentative de réforme
conduite par le cardinal de Lorraine échoue. En 1637
une requête signée par huit religieux est adressée à
l'abbé pour établir une union avec la congrégation des
réformés de Pont-à-Mousson. Elle ne sera réalisée
qu'en 1653. Sous l'abbatiat d'Antoine Dubourg (1654-
80), la situation des réguliers est encore bien précaire,
mais ils réussissent en 1699 à élire son successeur,
Jean Legagneur, et pendant un demi-siècle environ
l'abbaye connaît un nouvel âge d'or. Le rayonnement
spirituel va de pair avec la restauration matérielle;
la mense conventuelle est estimée à 40 000 francs
barrois et les bâtiments nouveaux sont construits.
Nicolas Verlet poursuit la réalisation de la tâche entre-
prise par son prédécesseur et conclut un accord avec
l'évêque de Toul au sujet des neuf églises sur lesquelles
il exerce les droits de patronage. Sous l'abbatiat de
François Huguin, général de l'ordre (f 1738), la béa-
tification de P. Fourier constitue une approbation
éclatante du mouvement de réforme. Mais, après une
vacance de trois ans, les abbés commendataires re-
prennent de nouveau la direction de l'abbaye, jus-^
qu'à la Révolution française. Évalués à 50 000 livres,
les biens sont alors vendus au citoyen Haener qui
transforme les bâtiments en carrière. La dévastation
est presque totale. Il ne subsiste qu'une portion du
quartier abbatial et des caves. Le musée départe-
mental conserve la tombe de l'abbé Guy (t 1182), des
débris de chapiteaux romans et des statues du xv« s.
Liste des abbés (d'après A. Philippe, Inventaire som-
maire..., p. VIII). — Séhère, 1091-1128. — Jocelin,
1128-37. — Rory, 1140-60. — Viard, 1168. — Guy,
1172-80. — Pierre, 1187. — Hugue, 1189. — Hum-
bert, 1193-97. — Gui, 1204. — Guillaume, 1224-29.
— Hugue, 1230? — Séhère, 1235. — Guillaume II,
1243-57. — Renaud de Darnieulles, 1274-av. 1281. —
Oscelin, 1284. — Demenge, 1292-95. — Guillaume III,
1297. — Jean de la Porte, 1308-13. — Ponce, 1317-45.
— Liébaud, 1354-56. — Thierri de Dompaire, 1363-
78. — Thiébaut de Dompaire, 1394-1406. — Jean de
Buffignecourt, 1427. — Jean de la Grand-Maison de
Parroie, 1452-56. — Guillaume de Vaulx, 1469. —
Philippe de Craincourt, 1487-1505. — Charles de Frais-
nel, 1505-20. — Jean de Fraisnel, 1520-60. — Claude
de Fraisnel, 1560-66. — N. de Mercy et Nicolas de
Louppy?, commendataires. — Gérard du Hautoy,
1569-86. — François Pasticier, 1586-1601. — Fran-
çois II Pasticier, 1601-54. — Antoine du Bourg, 1654-
80. — Antoine de Lenoncourt, 1680-99. — Jean le
Gagneur, 1699-1714. — Nicolas Verlet, 1714-26. —
Sigisbert Verlet, 1726. — François Huguin, 1726-38.
— Jean de Krakinski, commendataire, 1741-58. —
Jean-Anaclet de Bassompierre, 1758-65. — Stanislas-
Louis de Bassompierre, 1765-90.
Archives : dép. des Vosges, sér. // 12-13; cf. A. Phi-
lippe, Inueiitaire sommaire..., sér. //, ii, Ëpinal, 1930, p. 16-
54; Paris, Bibl. nat., coll. Lorraine, 717, fol. 228 sq.; Metz,
bibl. municipale, 1174, fol. 31-42. — Primordia Calmosia-
censia, mss. Metz 1219, et Épinal 202; éd. Martène, Thé-
saurus..., ni, ] 161-98; Calmet, Hist. de Lorraine, u, 90-109;
P. L., CLXii, 1120-52; M. G. H., SS., xii, 32.5-46; Duhamel,
Documents rares ou inédits relatifs à l'tiist. des Vosges, ii,
18-90; voir les corrections proposées par Ch.-E. Perrin,
La clironique de Cliaumouzey, dans Annuaire de la fédération
liist. lorraine, iv, 1931-32, p. 26.5-80. — Censiers, av. 1130
et 1160, éd. Ch.-E. Perrin, Rechercties sur la seigneurie
rurale en Lorraine d'après plusieurs censiers {Pubt. de la
[ faculté des lettres de l'univ. de Strasbourg, fasc. Lxxi), Paris,
I 1935, p. 711-16, et commentaire, ibid., 374-404. — Cartu-
1 laire, éd. Adnot, dans Duhamel, Documents rares..., x, 1891,
! p. 1-300; XI, 1898, p. 307-42 ( = Stein, Cartulaires français,
917). — Documents rares..., i, 296 sq., liste des abbés,
prieurs et chanoines; m, 53 sq., acte de vente de Frocourt
à Morimond; iv, 198 sq., droits seigneuriaux de l'abbé
I sur le village de Chaumouzey; vu, .326 sq., ordination de
j P. Fourier. — Calmet, Hist. de Lorraine, passim. — Gall.
j clu-ist., xiii, 1419 sq. — Wiederhold, Papsturkunden, i,
I passim. — A. Thévenot, Notice topogr., statistique et liist.
■ sur Chaumouzey, dans Annales de la Soc. d'émul. des Vosges,
j Lxv, 1889, p. 1-112. — A. Philippe, Les chartes-parties des
I archives départ, des Vosges, dans Bull, philol. et hist. du
I comité des travaux hist. et scientifiques, 1921, p. 153-209.
j — Pour plus de détails bibliographiques, Cottineau, i, 747
j et A. Philippe, Inventaire sommaire, p. vu.
Ch. Dereine.
CHAUNY (Notre-Dame de), Calniacum, puis
S.- É loi- Fontaine, S. Eligii Fons, comm. de Commen-
chon, arr. de Laon (Aisne), dioc. de Noyon, auj. de
Soissons, sur la rive droite de l'Oise. L'ancienne col-
légiale Notre-Dame de Chauny, fondée probablement
par la famille de Vermandois, n'entre dans l'histoire
qu'au moment où, vers 1130, les chanoines adoptent
la règle de S. Augustin et s'affilient à la congrégation
d'Arrouaise, dans laquelle ils occupent la cinquième
place. Le premier abbé, Baudouin, abandonne rapi-
dement sa communauté pour prendre la tête de la
réforme à Notre-Dame de Chàtillon-sur-Seine, au
601
CHAUNY
CHAUVIGNÉ
602
diocèse de Langres, d'où il revient peu après pour
occuper le siège épiscopal de Noyon (D. H. G. E.,
VI, 1420).
Dans sa première ferveur la communauté exerce
une certaine attraction sur les clercs du diocèse. Tel
par ex. Alulfe, archidiacre de Noyon, qui succède à
Baudouin vers 1135. Désireux d'assurer plus de calme
à ses religieux, il procède au transfert de l'abbaye
en un lieu appelé S.-Éloi-Fontaine, à 6 km. de la
ville (milieu du xii^ s.). Pendant quelque temps une
partie de la communauté continue à assurer le service
divin à Chauny, mais dans la suite cette église devient
une simple cure desservie par un religieux (archives
communales de Chauny, G G 21).
Le temporel de l'abbaye se développe rapidement
aux xii« et XIII' s., grâce à la générosité des évêques
de Noyon qui donnent onze églises. Les comtes de
Flandre et de Vermandois imitent leur exemple, de
même que les rois de France. Par le fait même les
chanoines possèdent des droits très étendus sur la
ville de Chauny, entre autres sur les moulins, le cours
de l'Oise, les remparts et l'hôpital. La cloche de Notre-
Dame est en même temps celle de la commune. Un
règlement intervient dès 1213 pour fixer l'utilisation
des moulins par les habitants mais, malgré cela, la
commune entre souvent en conflit avec l'abbaye sur
ce point comme sur beaucoup d'autres (archives de
Chauny, DD 13-15; BB 32-33). Des privilèges accor-
dés en 1139 par Innocent II, en 1147 par Eugène III,
en 1155 par Adrien IV viennent renforcer la position
des abbés, qui n'en restent pas moins soumis assez
étroitement aux évêques de Noyon, comme le prou-
vent le serment de dépendance prêté en 1250 par
l'abbé Albéric et la déposition de l'abbé Baudouin II
par l'évêque Foucaud en 1321 (Gall. christ., ix, 1127).
Vers le milieu du xni« s., l'abbé Albéric procède à
l'installation de la paroisse de Commenchon sur le
territoire de l'abbaye et à celle d'une chapellenie dans
l'hôpital de Chauny. Au xvii» s., l'abbaye se débarras-
sera de cette charge au prix de 80 livres payées à la
ville (archives communales, BB 15-16). Le consen-
tement des abbés est en outre requis pour l'installa-
tion de nouveaux couvents dans la ville. Ce fut le cas
pour la communauté des frères et des sœurs de l'hô-
pital en 1390, pour le monastère de Ste-Croix en 1486
et pour les clarisses en 1538.
Aux xiv« et xv« s., l'abbaye souffre des guerres
continuelles. La communauté doit chercher refuge à
Chauny en 1472. Dans ces conditions la discipline
régulière ne se maintient que difficilement. La com-
niende est établie en 1539, mais la réforme est intro-
duite en 1639 par l'affiliation à la Congrégation de
France.
Liste des abbés (d'après le Gall. clirisl., ix, 1126-28).
— Baudouin, 1130-35. — Alulfe, 1135-61. — Renier,
1162-85. — Arnould, 1185-1200. — Simon, 1200-28.—
Jean I", 1233-48. — Albéric, 1259-60. — Barthélémy,
1261-72. — Simon II, 1274-76. — Thomas, 1279. —
Bauduin II, 1296-1321. — Jean Moyset, 1322-40. —
Hugues, 1349. — Viard, 1361-90. — Jacques I", 1394-
97. — Robert Maillard, 1398-1420. — Simon le Bon,
1422-28. — Pierre Régnier, 1445-72. Louis le
Noble, coadjuteur, 1472. — Jean de Raillancourt,
1472-77. — Jacques d'Arson, 1477-90. — Jean Cau-
fourier, 1500-18. - Martin Baucher, 1520-32. ^
Charles le Poulchre, commendataire, av. 1539-65. - —
Claude Sublet I", 1566-73. — Louis Chiconneau, 1574-
1620. — Claude Sublet II, 1620-30. — Pierre Sublet,
1630-58. — Eustache Le Secq, 1658-?. — Augustin
Languet, 1662-70, en compétition avec Bernard Mai-
nard de Belle-Fontaine. — Michel Poncet de la Ri-
vière, 1678-1723. — X. de Chevrières, 1729-37. —
Jean de Krasinski, 1738-58.
Archives : dép. de l'Aisne, série H, Inventaire som-
maire, éd. J. Souchon, Laon, 1899; Paris, Bibl. nat.,
coll. Picardie, 193, toi. 164 et 232, loi. 60; archives commu-
nales de la ville de Chauny, Inventaire sommaire, éd. J.
Souchon, Laon, 1926, passim. — J. Ramackers, Papstur-
tcunden Frankreictis, iv, Picardie, p. 43, 45. — Gallia christ.,
IX, 1125-28. — M. Gosse, Hist. de l'abbaye d'Arrouaise,
Lille, 1786, p. .39 sq. — Pour plus de détails, voir Cotti-
neau, i, 748.
Ch. Dereine.
CHAURAND (Honoré), jésuite français (1615-
97). Voir D. T. C, ii, 2350-51.
1. CHAUVIGNÉ (Christophe de), évêque de
S.-Pol-de-Léon au xvi« s., naquit vers 1475 au manoir
de Boisfrout, près de Lassay (Mayenne, arr. de
Mayenne). Par son père René de Chauvigné et sa
mère Antoinette de Scépeaux, -ses origines étaient
toutes mancelles et angevines; la terre de Chauvigné
est près de Craon. D'abord curé de Thorigné dans le
Haut-Maine, au moins jusqu'en 1516, il avança par la
faveur du cardinal Philippe de Luxembourg, évêque
du Mans, qui le créa chanoine et dont il fut en 1519
un des exécuteurs testamentaires, chargé spéciale-
ment de la fondation du collège du Mans à Paris.
Nommé évêque de Léon le 3 juin 1521, il prêta
serment au roi le 11 nov. suivant. Bien que n'ayant
jamais cessé de s'intéresser à son pays d'origine, où
il devint en 1529 archidiacre de Montfort, il résida
assez régulièrement dans son diocèse où il séjournait
volontiers au manoir de Goatanescop (« bois de l'évê-
que ») en Guimiliau. En 1539 le roi le gratifia en com-
mende de l'abbaye cistercienne de Boquen, en Plenée-
Jugon (Côtes-du-Nord, arr. de Dinan, cant. de Jugon).
Il promulgua des statuts pour le chapitre de S.-Pol
le 24 août 1531 et aida, semble-t-il, après 1535, au
développement de la ville et du port de Roscofî. Il
se heurta à de grosses difficultés pour obtenir de son
clergé les doubles décimes réclamés par le roi en 1544
et ne dut qu'au mauvais état de sa santé (il était
atteint de gravelle) de ne pas être incarcéré au château
de Nantes jusqu'à complet paiement.
En 1554 il se démit de son évêché et de son archi-
diaconé de Montfort et se retira à Septforges (Orne,
arr. de Domfront), au manoir de Cheviers, sur les
bords de la Mayenne. Le clocher de l'église paroissiale
de Septforges, témoin de sa munificence, rappelle un
peu les clochers bretons. Christophe de Chauvigné
dut mourir peu après 1555.
Albert le Grand, Les Vies des saints de la Bretagne armo-
rique, éd. de 1901 (catalogue chronologique). — Marquis de
Beauchesne, Ctvistoptie et Roland de Chauvigné, évêques de
S.-Pol-de-Léon, dans Association bretonne, congrès de 1911,
p. 97-120.
H. Waquet.
2. CHAUVIGNÉ (Roland de), évêque de
S.-Pol-de-Léon, second fils de François de Chauvigné
et d'Antoinette de Prunelé, n'avait que vingt-deux ans
et n'était pas engagé dans les ordres quand il se vit,
le 6 avr. 1554, nommer administrateur de l'évêché que
venait d'abandonner son oncle. Il fit acte d'évêque
au moins jusqu'au 25 nov. 1563. Son frère aîné étant
mort sans enfant, Roland se maria en 1564. Sa femme,
Françoise Lesné, était nièce de Bertrand de Lesné,
seigneur de Torchamp, huguenot farouche. Son propre
frère Claude de Chauvigné combattit dans les rangs
protestants. On ignore quelle fut l'attitude définitive
de Roland dans la guerre civile.
Il était né le 5 mai 1532, au manoir de Fontenailles,
près d'Écommoy (Sarthe, arr. du Mans, chef-lieu de
cant.); il mourut en 1572, étant déjà veuf et laissant
deux filles de l'éducation de.squelles Catherine de
Médicis se chargea.
Voir les ouvrages indiqués dans la notice précédente,
H. Waquet.
603
CHAUVIN
— CHELLES
604
CHAUVIN (Constantin), 1859-1930,' évêque
d'Évreux, né à Cossé-le-Vivier (Mayenne), le 15 sept.
1859, professeur d'Écriture sainte au séminaire de
Laval, supérieur du petit séminaire en oct. 1897,
membre de la Commission biblique en 1903, vicaire
général en 1 907, fut promu à l'épiscopat le 30 juinl 920.
On a dit de lui que c'était un champion de l'apostolat
intellectuel, « s'intéressant plus aux idées qu'aux
états d'âme et aux sentiments » et qu'il était peu sou-
cieux de l'élégance de la forme. Il s'était attaché tout
particulièrement à la question de 1' « inspiration »,
qu'il traita en thomiste. Sa thèse est longuement
analysée dans l'article Inspiration du D. T. C, vu,
2168. Son livre sur Le procès du Christ est très super-
ficiel et nettement insuffisant au point de vue juri-
dique. Dans l'affaire de L'Action française, il prit très
nettement position, dès le début, contre les rebelles.
Il est mort à Vernon le 17 mars 1930.
Œuvres. — L'inspiration des Écritures, Paris, 1896;
Leçons d'introduction générale aux divines Écritures,
Paris, 1898; Le procès du Christ et L'enfance du
Christ, coll. Science et religion. Son livre sur l'inspira-
tion ayant soulevé des contradictions, il y répondit
dans un article intitulé Encore l'inspiration biblique,
dans La science catholique, xiv, 1900, p. 301-04.
Luc Verus, I.' absolutisme pontifical d'après Mgr Chauvin,
Paris, 1927; Mgr Chauvin continue, Paris, 1928. — Nicolas
Fontaine, S.-Siège, Action française et catlioliques intégraux,
Paris, 1928, p. 55, 118. — Abbé Desdouits, Mgr Chauvin,
évêque d'Évreux, dans Revue catholique de Normandie, 1930,
p. 129. — Portrait, dans L'almanach catholique français pour
1931, p. 112 et dans La Vie catholique du 22 mars 1930.
C. Laplatte.
CHAVASSE (Balthasar), théologien moraliste
et controversiste de la Compagnie de Jésus {\?>?>\-
1634). Voir D. T. C, ii, 2351.
CHAVIGNY (Denis-François de). Voir Bou-
THILLIER DE ChAVIGNY, X, 269-70.
CHEFOO, Tchéfou, port du Shantung (Chine
septentrionale), siège du vicariat apostolique du Shan-
tung oriental depuis 1894; appelé vicariat apostolique
de Chefoo, le 3 déc. 1924; élevé au rang d'évêché
suffragant de Tsinan, le 11 avr. 1946. Il est confié
actuellement aux frères mineurs français. Premier
évêque : L. Pr. Durand, O. F. M., 1946.
L Van Hee.
CHÉHÉRY, Caherium, Chéri, Cheery, Caesarium,
ancienne abbaye cistercienne, comm. de Châtel-Ché-
héry, dioc. de Reims, dép. des Ardennes. La seigneurie
de Chéhéry appartenait jadis aux chanoines de la
métropole de Reims. Ils en firent don à Gauthier,
abbé de La Chalade, pour qu'y soit fondée une abbaye
cistercienne, en 1147. Cependant, en 1189, l'abbaye
fondatrice consentit à passer ses droits de paternité
à l'abbaye de Trois-Fontaines. Le peu de documents
qui restent sur Chéhéry ne permet guère d'en reconsti-
tuer l'histoire.
Série incomplète des abbés : 1. Haimon, 1147-67. —
2. Raoul, 1174. — 3. Hellin, 1181. — 4. Pierre I",
1187. — 5. Drogon. — 6. Guy, 1203. — 7. Pierre II,
1208-15. —8. R. (Roland?), 1232. —9. Jacques, 1240.
— 10. Lambert, 1241-59. — 11. J., 1270. — 12. Wer-
ner, 1463. — 13. Adam Lambin, f 1546. — 14. Fran-
çois Butor, 1554, commendataire. — 15. Philippe de
Lénoncourt, 1554. — 16. Philippe de Marcilly, 1559.
— 17. X... Roberval, 1623. — 18. Louis de Bassom-
pierre, év. de Saintes en 1648, f 1676. — 19. X...
d'Escoubleau de Sourdis. — 20. Mathurin Savari,
év. de Séez, 1670, t 1698. — 21. Jean Danneri, 1698.
— 22. X. de la Garlaie, 1734.
Archives : l'inventaire du dépôt départemental des
Ardennes, publié en 1888 par Sénemaud, signale unique-
ment, dans le supplément, une pièce de 1787 et un plan. —
E. Berger, Les registres d'Innocent IV, n. 4135. — Cotti-
neau, 753. — J.-L. Jailliot, Recherches sur l'abbaye de
Chéhéry, Sedan, 1898. • — Janauschek, Orig. cislerc. Vienne,
1877, p. 107. — Gall. christ., ix, 309. — Manrique, Ann.
cisterc, Lyon, 1642, année 1147, xix, 1, 6; 1148, xvi, 11.
— G. Robert, Le temporel du clergé régulier du dioc. de
Reims en 1384, Reims, 1926 (aucun document sur Chéhéry).
— Statula cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. de Louvain,
1933-41, passim.
J.-M. Canivez.
1. CHELIDONIUS, évêque de BESANÇON,
le deuxième de la liste épiscopale. Vers 444, S. Hilaire
d'Arles ayant appris que l'ordination de Chelidonius
avait été irrégulière, réunit un concile, probablement
à Besançon, et le déposa. Chelidonius se rendit à Rome
auprès de S. Léon, qui l'admit à sa communion, et
après enquête, malgré l'opposition d'Hilaire, le réta-
blit sur son siège.
A. S., mai, ii, 31-32. — D. H. G. E., viii, 1153. — Du-
chesne, i, 114-16; m, 212-16. — Pagi, Crit. Ann. Baronius,
1689, année 445, 8-9. — Tillemont, xv, 72, 844-45.
R. Van Doren.
2. CHELIDONIUS, Celedonius, est cité par
l'hiéronymien comme martyr romain du 29 sept. En
réalité, il s'agit de Chelidonius du 3 mars, à CALLA-
! QURi (Calahorra) en Espagne. D'après le martyro-
loge romain, Chelidonius est compagnon d'Emeterius
(l'édition publiée sous le nom de Benoît XV les appelle
frères, on ne sait pourquoi). Tous deux soldats au
camp de Léon en Galice, ils partirent vers 295 pour
Calahorra, au moment de la persécution, pour y
confesser le nom du Christ. Ils y furent exécutés. Cet
éloge provient de F"lorus qui a résumé la Passion
(B. H. L., 2533). Les seules données historiques con-
cernant les saints sont fournies par Prudence (Péristé-
phanon, 1. VIII) et Grégoire de Tours (/n gloria mar-
tyrum, 1. XCII).
A. S., mars, i, 228-34. — Mari. Hier., éd. Delehaye,
123-24, 532-33. — Mort. Rom., 83-84. — D. H. G. E., au
mot Calahorra, ix, 269.
R. Van Doren.
CHELLES, Calae, Calense, cant. de Lagny,
arrond. de Meaux (Seine-et-Marne), à 19 km. de Paris,
dioc. de Paris, auj. de Meaux, abbaye de moniales bé-
nédictines sous le titre de Notre-Dame, Ste-Croix et
S.-Georges. Établie par Ste Bathilde (f 680) (supra, vi,
1321-22), veuve de Clovis II (t 656), dans sa villa royale,
l'abbaye eut pour première abbesse Ste Bertille
' (t 705 ou 706) (supra, viii, 1004), qui était venue de
Jouarre avec un groupe de moniales. La Vita Clothildis
(x« s.) affirme que Chelles remonte à Ste Clothilde
elle-même; mais les documents contemporains ne
connaissent pas cette donnée que Mabillon et d'autres
après lui ont reprise.
Une bulle d'Innocent III place le monastère sous
la juridiction immédiate du S.-Siège. Les moniales y
furent habituellement fort nombreuses : à la fin du
XYnii^ s., elles étaient encore soixante. Elles portèrent
l'habit blanc jusqu'en 1614, date où elles adoptèrent
la couleur noire.
Chelles connut plusieurs réformes, dont la plus
célèbre se fit sous Jean Simon, évêque de Paris (1499),
qui, pour repeupler le monastère devenu presque
désert et fort relâché, appela douze moniales de F"on-
tevrault. Il établit des abbesses temporaires, dont la
première fut Jeanne de la Rivière. Sous la direction de
celle-ci la communauté compta 80 membres; ce qui
lui permit d'opérer la réforme d'autres abbayes de
femmes, notamment Montmartre et le Val-de-Grâce.
En 1513, elle remplaça les prêtres séculiers chargés du
ministère spirituel par une communauté de bénédic-
tins qui plus tard s'unit à la réforme de S.-Maur. A
partir de 1527 les abbesses furent nommées par le roi.
605
CHELLES
- CHELM
606
La maison fut supprimée en 1790. — Dans l'église on
conservait les corps de Ste Bertille et de S. Genès,
évêque de Lyon. Détruits par les flammes à plusieurs
reprises (1220, 1399, 1599), les bâtiments monastiques
furent chaque fois restaurés. En 1793, ils furent rasés.
Liste des abbesses : Bertille, f 5 nov. 702-04. —
Sigisla, 708. — Vilcoma, f 724. — Ermengarde. —
Clémence. — Asceline I". — Sibilla. — • Marsilia. —
(Sonichilde, femme de Charles Martel, fut enfermée à
Chelles, mais ne semble pas avoir été abbesse comme
on l'a cru.] — Gisèle, sœur de Charlemagne, 800, 810.
— Helvide, mère de l'impératrice Judith, 825, 835. —
Ermentrude, femme de Charles le Chauve, 855, t oct.
869. — Rothilde, fille de Charles le Chauve, 922. —
Mathilde I«, 1097, t 1112. — Ameline I«, 1127, 1137.
— Mathilde U, 1156. — Helvide II, 1156, t 1177. —
Asceline II, t 1178. — Marie I" de Duny, 1178, tll90.
— Ameline II, 1192, t 1205. — - Marie II de Néry,
1206, t 1208. — Mathilde III de Berchère, 1208,
t 1220. — Mathilde IV de Corbeil, 1220, f 1222. —
Florence, 1222, 1228. — Marguerite I« de Néry,
1230, t 1231. — Pétronille I« de Mareuil, 1231, tl250.
— Mathilde V de Nanteuil, 1250, t 1274. — Il y eut
ensuite une longue vacance. — Adeline, 1280, f 1311.
— Alice I« de Clignet d'Otis, t 1317. — Marguerite II
de Pacy, 1317, t 1348. — Pétronille II de Paroy,
1348, t 1354. — Adeline II de Pacy, 1354, t 1363. —
Jeanne I" de Soissy, t 1363. — Agnès de la Queue,
1363, t 1" mai 1368. — Jeanne II de la Forest, 1368,
t 7 oct. 1379. — Jeanne III de Roye, 24 nov. 1379,
tl399. — Agnès II de Neufville, 1399, 1414. — Alice II
de Théozote (de Thorote), 1414, 1419. — Marie II de
Cléry, 1420, t 1429. — Élisabeth de Pollye, 1429,
tl475. — Catherine de Lignières, 1475, flO nov. 1504.
Abbesses triennales : Jeanne de la Rivière, f 1507. —
Marie I« de Reilhac, 1507-10, f 16 août 1547. —
Marie II Cornu, 1510. — Catherine de Champrond,
élue et morte en 1518. — Barbe de Tallensac, 1518,
t 1537. — Madeleine de Chelles, 1528, 1542. — Jac-
queline d'Amignon, 1542.
Abbesses nommées par le roi : Renée de Bourbon,
1543, -f 1583. — Marie de Lorraine, 1579, f 27 janv.
1627. — Marie-Henriette de Bourbon, 1627, t 10 févr.
1629. — Madeleine de la Porte de la Meilleraye,
30 août 1629, f 4 sept. 1671. — Guidona Marguerite
de Cossé, 1671, démissionna en 1680. — Catherine de
Scorailles de Roussile, 6 août 1680, t 6 avr. 1688. —
Guidona Marguerite de Cossé (pour la 2« fois), tl3 juill.
1707. — Agnès de Villars, 15 août 1707, démissionna
en 1719, t 17 sept. 1723. — Adélaïde d'Orléans,
10 mai 1719, démissionna le 3 oct. 1734. — Anne de
Clermont Gessan, moniale de Chelles, nommée en
1726 abbesse de Beaurepaire (ordre cistercien), trans-
férée à Chelles, 1735.
A. S; nov., m, 83-94. — Beaunier-Besse, Abbayes et
prieurés..., i, 67. — BerthauU, L'abbaye de Chelles, O. S. B.,
dioc. de Paris (657-1790), Paris, 1889-94, 3 vol. — Cheva-
lier, T. B., 679. — Cottineau, 753-54. — Dom T. Duplessis,
Hist. de Meaux, ii, Paris, 1731, n. 90, 403. — Dom M. Féli-
bien, Hist. de Paris, Paris, 1725, iv, 615; v, 676. — Gall.
christ., VII, 558. — • Mabillon, Annales O. S. B., i, vi. — C.
Torchet, Hist. de l'abbaye royale de N.-D. de Chelles, Paris,
1889, 2 volumes.
R. Van Doren.
CHELM, ville de Pologne, dans le palatinat de
Lublin, à 63 km. à l'est de cette ville; sur le croisement
des lignes de chemin de fer Varsovie-Lublin-Rôwne et
Léopol-Brzeéé. Chef-lieu du district du même nom;
29 100 hab. en 1931. Ancien siège d'un diocèse latin
et d'un diocèse gréco-ruthène.
I. Histoire politique. — 1» La province. — Les
terres sur le Bug sont habitées par les Slaves depuis
les temps préhistoriques. Elles sont mentionnées pour
la première fois dans la chronique de Nestor, à l'année
981, où Vladimir, prince ruthéno-varègue de Kiev,
0 alla contre les Polonais et prit leurs villes de Prze-
mysl, Czerwien, et autres ». Ces terres furent reprises
en 1018 par Boleslas I". Elles furent l'objet de fré-
quentes contestations de la part des princes ruthéno-
varègues de Kiev, jusqu'à l'invasion tatare de 1241,
qui mit fin à l'existence de cet État. Depuis cette
date les duchés orientaux de la Pologne, fiefs des
princes de la dynastie de Rurik, oscillèrent entre les
Tatares et les Lithuaniens, encore païens (qui avec
Olgierd étaient à l'apogée de leur puissance), entre la
Hongrie et la Pologne, à laquelle ils furent définitive-
ment réunis, passant par héritage du dernier descen-
dant des Rurikides de Halicz, Georges de Masovie,
à Casimir le Grand. La terre de Chelm ne fut plus
contestée à la Pologne, même à l'époque des partages.
Au cours du xix» s., après une brève période d'occu-
pation autrichienne (1795-1809), elle faisait partie,
d'abord du duché de Varsovie (1809-1815), puis du
« royaume de Pologne », donné à l'empereur de Russie
en 1815 au Congrès de Vienne, et occupé depuis 1831
par les troupes russes, qui l'abandonnèrent en 1915.
Après vingt ans de vie au sein de la Pologne indé-
pendante, ces terres furent envahies en 1939 par les
troupes de la coalition russo-allemande; elles restent
actuellement à l'ouest de la ligne Curzon-Ribbentrop-
Molotov, sous l'administration du « gouvernement
provisoire », établi en 1945 à Varsovie.
2° La ville. — Le nom de « Chelm » (en polonais
« monceau, cime, cimier, heaume »; racine commune
indo-européenne, culmen) provient de la situation de
la ville sur un monticule dans la plaine. La ville n'est
pas mentionnée chez Nestor parmi celles qui furent
conquises en 981 par Vladimir de Kiev : elle n'était
alors qu'un bourg sans importance. On peut se de-
mander si certaines informations relatives au diocèse
gréco-ruthène de Chelm (infra) du xi« s. ne doivent
pas se rapporter plutôt à Kholm, en Novogrodie. La
ville devint importante au xixi« s. seulement, après
l'occupation de la « Kiovie » parles Tatares, quand Da-
niel de Halicz en fit une place forte en 1233, et y vint
habiter, sa capitale de Halicz ayant été dévastée et
incendiée parles Mongols. Un incendie dévasta la ville
en 1246; le roi Daniel ne l'abandonna pourtant pas,
y mourut et y fut enterré en 1266. Chelm souffrit
beaucoup au cours des guerres du siècle suivant, jus-
qu'à ce que Casimir le Grand vint en héritier pour y
établir la paix. La ville obtint les droits de « cité
libre » sous Ladislas Jagellon, avant 1430; elle devint
en 1470, sous Casimir Jagellon, siège d'une castellanie.
Les castellans de Chelm prenaient place dans le Sénat
de la couronne parmi les castellans mineurs. Un nouvel
incendie est signalé en 1473. Pourtant, au cours des
trois siècles suivants, la ville florissait comme chef-
lieu de la castellanie et siège d'un évêché latin, donc
résidence ofïicielle de deux sénateurs du royaume,
avec son important évêché gréco-ruthène, ses nom-
breux couvents et écoles, et un commerce suffisam-
ment développé.
Avec les partages de la Pologne, Chelm cessa
d'être chef-lieu de la castellanie. La citadelle royale
datant du roi Daniel ainsi que les murs de la ville,
inspectés encore en 1780, furent détruits au xix« s.;
il en restait dernièrement deux tours de garde,
situées en dehors des anciens remparts. La transla-
tion de l'évêché latin à Lublin, la catastrophe de
l'évêché ruthène contribuèrent à la décadence de la
ville.
Chelm commença à se dépeupler au xix" s., n'ayant
vers 1861 que 3 605 hab., dont 1 116 Polonais, 10 Rus-
ses, et 2 481 Israélites (Bartoszewicz). A partir de 1900
la ville reprit ; elle eut un grand essor après la libération
607
CHELM
608
de la Pologne en 1918, dépassant en peu d'années le
nombre de 29 100 hab. (recensement de 1931).
Liste des castellans de Chelm: Mikolaj Chrzastowski,
1470. — Jan Drohojowski, 1540. — Jan Siennicki. —
Jedrzej Bzicki, 1557. — Stanislaw Zamoyski, f 1572.
— Mikolaj Lysakowski, 1576. — Jan Zamoyski, 1613,
t 1619. — Samuel Koniecpolski, 1621. — Zbigniew
Gorayski, 1649. — • Michal Broniewski Firley, 1650. —
Jan Piaseczynski, 1670. — Stanislaw Druzkiewicz,
1690. — Wojciech Oledzki, f 1717. — Karol Krasicki.
— Piotr Miaczynski, 1734-36. — Jan Krasicki, 1737,
t 1751. — I. Komorowski, 1757. — Stefan Kunicki,
1760-65. — Wojciech Weglinski, t 1785. — Wojciech
Poletyllo, 1786-95 (?).
II. Histoire religieuse. — 1° Le diocèse latin. —
On rattache ordinairement les origines du diocèse
latin de Chelm à un évêché latin qui avait existé, au
xiw s., à Lukow (environ 100 km. au N.-O. de Chelm)
pour des missions dans la tribu lithuanienne des Jad-
vingues. Nous y connaissons l'évêque Henri, O. P.,
nommé par le légat Albert en 1248. Boleslas le Pudi-
que (1221-79) installa les templiers à Lukow. Une
lettre d'Innocent IV, datée d'Avignon le 13 juill. 1254,
autorise l'abbé de Mazzano à détacher Lukow du
diocèse de Cracovie, et à y créer un évêché. Il semble
que l'évêque Bartlomiej, O. F. M., provenant de
Bohême, fut désigné pour cet évêché par Alexandre IV,
le 1" févr. 1257 (Eubel, i, 314, confond Lukow avec
Luck, Lucéorie).
Il y a une lacune de cent ans entre la date de la
nomination de Bartlomiej à l'évêché de Lukow et
l'apparition du premier évêque latin de Chelm. En
outre, les historiens se trouvent souvent devant la
difTiculté d'établir si tel évêque ou telle institution
ecclésiastique de cette époque se rapportent au rite
latin ou au rite gréco-ruthène. Peut-être cette difTi-
culté n'est-elle que le résultat d'une certaine confusion
qui aurait régné au Moyen Age entre les divers rites
catholiques.
Le premier évêque latin de Chelm serait Tomasz,
fils de Ninogniew, de Sienno, O. F. M., auxiliaire de
Cracovie, nommé par Innocent VI en 1358, sacré en
1359, mort en 1383. C'est donc de cette époque que
date l'existence parallèle des deux évêchés catholiques,
latin et gréco-ruthène, à Chelm; l'évêché latin n'est
pourtant solidement établi que depuis le 19 juill. 1417,
par l'acte de Ladislas Jagellon, qui dota l'évêché en
lui attribuant les terres de Kumow, Porokowice,
Dobrnow, Plitniki, Zagaczyce, Lyszcze, Siedliska et
autres, et en y érigeant un chapitre de dix chanoines.
Jan Zaborowski de Opatowice, des Frères Prêcheurs,
en devint l'évêque, et dès lors la liste des succes-
seurs est certaine. C'est aussi Zaborowski qui fut
le premier des évêques de Chelm qui entra au Sénat
de la couronne de Pologne; les évêques de Chelm
y occupaient le dixième, c.-à-d. l'avant-dernier des
sièges épiscopaux, cédant le pas à l'évêque de Chelmno
et précédant l'évêque de Kamieniec. Jan Zaborowski
revendiqua, d'ailleurs sans succès, la région de Lublin,
proche de Chelm mais faisant partie du diocèse de
Cracovie; il se heurta à l'opposition du cardinal
Olesnicki.
Au xve s., les évêques de Chelm semblent ne pas
avoir encore fixé leur résidence : nous les voyons
siéger à Hrubieszow (1473) et à Krasnystaw (1490).
Au XVI* s., vingt évêques latins se succédèrent à
Chelm; cette série de pontificats brefs est due au fait
que le diocèse était un des plus pauvres de Pologne,
et que les évêques polonais des « sièges inférieurs »
passaient volontiers aux « sièges supérieurs », comme
les sénateurs séculiers; on compte ainsi quatre évêques
de Chelm qui arrivèrent plus tard au siège primatial
de Gniezno (Dzierzgowski, Uchanski, Przerebski, Mac.
Lubienski), et cinq autres qui furent évêques de Cra- ^
covie (Maciejowski, Zebrzydowski, Dabski, Kaz. fl
Lubienski, Turski). Le diocèse latin de Chelm comp-
tait, vers le milieu du xyii^ s., 83 églises paroissiales.
Fréquemment le S. -Siège, en raison de leur pauvreté,
autorisait les évêques de Chelm à cumuler les béné-
fices. Ce fait contribuait aussi aux multiples change-
ments d'évêques, qui continuèrent, quoiqu'un peu
ralentis, au cours des xvii« et xviii* s. (26 évêques en
deux cents ans).
! En 1600, le grand chancelier Jan Zamoyski fonda
I une académie à Zamosc, dans le diocèse de Chelm;
i cette école n'atteignit jamais au lustre de l'université
; de Cracovie, mais elle n'était pas privée de mérites
dans le domaine de l'instruction, surtout de celle du
clergé. Un collège pour les ecclésiastiques fut fondé à
I Zamosc par Catherine Zamoyska.
i On connaît les synodes diocésains de Chelm : en
1606, sous l'évêque Zamoyski; en 1624, sous Maciej
Lubienski; en 1694, sous Swiecicki; en 1717, sous
Kazimierz Szembek, avec la participation de Jozef .
Lewicki, évêque gréco-ruthène de Chelm et du clergé
des deux rites. C'est à ce synode que se rattache aussi
la fondation du séminaire diocésain à Krasnystaw,
j qui supplanta bientôt le collège de Zamosc pour
l'instruction du clergé; ce séminaire, transféré d'abord
à Chelm, puis à Lublin, existe toujours.
Le partage de la Pologne en 1772 divisa aussi le
diocèse de Chelm. La Grande Diète s'occupa d'une
réorganisation du diocèse, et son projet fut confirmé
par la bulle du 20 juill. 1790. C'est ainsi que la terre
de Lublin se trouva faire partie du diocèse de Chelm,
qui prenait le nom de « Chelm et Lublin », pour devenir,
depuis le 23 sept. 1805, « diocèse de Lublin ». C'est
cette date qui-marque la fin du diocèse latin à Chelm. '
Les évêques de rite gréco-ruthène restaient seuls à
Chelm, en face de la persécution que la Russie pour-
suivait au cours du xix« siècle.
Liste des évêques latins : Tomasz, flls de Ninogniew,
de Sienno, élu en 1358, confirmé par Innocent VI en
1359, t avant 1383 (coadjuteur de Cracovie). — Stefan,
t 1417 (coadjuteur de Poznan). — Jan Zaborowski
■ de Opatowice, O. P., 1417-40. — Jan Taranowski,
I 1452-62. — Pawel Grabowski, 1463-79. — Jan
Kazimierski, 1484. — Jan de Targowisko, 1488. —
Maciej de Stara Lomza, t 1505. — Mikolaj Koscie-
! lecki, 1506-18. — Jakub (Jan?) Buczacki, 1538. —
i Sébastian Branicki (Korczak?), 1540. — Samuel
: Maciejowski, 1542. — Mikolaj Dzierzgowski, 1543-45.
— Andrzej Zebrzydowski, 1545. — Jan Dziaduski,
1546. — Jan Drohojowski, 1550. — Jakub Uchanski,
1552-57. — • Jan Przerebski, 1559. — Adam Konarski,
j élu en 1562. — Mikolaj Wolski, 1565. — Wojciech
Starozrebski, 1567. — Jan Mlodziejowski, élu et tl575.
— Jan Zaborowski, élu et f 1577. — Adam Pil-
chowski, t 1585. — Stanislaw Ossowski, t 1586. —
Wawrzyniec Goslicki, 1591. — Stanislaw Gomolinski,
j 1600. — Jerzy Zamoyski, 1600, f 1620. — Maciej
Lubienski, 1626. — Remigiusz Koniecpolski, f 1640.
— Tomasz Oborski, élu en 1640. — Pawel Piasecki,
1644. — Szymon Koludzki, élu et f 1644. — Stanislaw
Pstrokonski, f 1657. — Tomasz Lezenski, 1667. —
Thomasz Ujejski, nommé en 1667. — Jan Rozycki,
t 1669. — Krzysztof Zegocki, f 1673. — Stanislaw
Dabski, 1676. — Stanislaw Swiecicki, t 1696. —
Mikolaj Wyzycki, t 1704. — Kazimierz Lubienski,
1711. — Teodor Wolf, élu et f 1712. — Jan-Krzysztof
Szembek, 1718. — Aleksander Fredro, 1719-24.
Stanislaw- Jozef Hozjusz, élu en 1732. — Jan-Feliks
Szaniawski, t 1733. — Jozef-Eustachy Szembek, 1752.
— Walenty Wezyk, 1753-64. — Feliks-Pawel Turski.
1770. — Antoni-Onufry Okecki, 1781. — Jan-Alojzy
Aleksandrowicz, f 1781. — Maciej Garnysz, 1781-90
609
C H E L M
610
(depuis le 20 juill. 1790, év. « de Chelm et de Lub-
lin »). — Wojciech (Adalbertus) Skarszewski, év. de
Chelm et de Lublin depuis 1790, « de Lublin » depuis le
23 sept. 1805 (suppression du dioc. de Chelm).
2" Le diocèse de rite gréco-ruthène. — Les origines de
ce diocèse gréco-ruthène remonteraient d'après une
tradition plutôt incertaine à Vladimir de Kiev qui,
après avoir conquis « les villes de Czcrwien » sur la
Pologne, aurait fondé une église à Chelm en 1001. La
présence de Jean, évêque de Chelm, à la translation
des corps des princes Boris et Hleb est notée dans les
chroniques ruthènes, en 1072 (il s'agit peut-être d'un
évêque de Kholm, près de Pskow en Novogrodie).
D'après la chronique Hypatienne, Daniel de Halicz
a fondé un évêché en 1223 à Uhrovesk (Uhrusk, près
de Parczow), dont on ne connaît qu'un seul évêque,
loasaf. Il est fort probable que le siège du diocèse de
Uhrovesk a été transféré à Chelm, résidence du roi
Daniel, donnant ainsi naissance au diocèse du même
nom. Ce diocèse se rattache peut-être aux missions
dominicaines des « frères pèlerins »; avec les autres
missions en Ruthénie, elles étaient sous le patronat
des évêques de Lubusz, et c'est probablement de cet
évêché qu'il s'agit dans les documents de Grégoire XI
de 1375 (publiés dans Theiner, Mon. Pol. hist., i,
675, n. 13-14) où le pape, après s'être assuré de l'exis-
tence des évêchés à Halicz, Chelm, Vladimirie et
Przemysl, les détache du patronat de l'évêque de
Lubusz, en constituant l'archevêché de Halicz.
Il semble, vu la fondation du roi Daniel de Galicie,
dont les relations avec Rome sont bien connues, et qui
obtint la couronne royale du pape, que le diocèse ait
été, dès ses débuts, en union avec Rome. Il n'en est
pas moins possible que certains évêques gréco-ru-
thènes, surtout pendant le premier siècle après la
fondation du diocèse, aient cherché à établir des
liens avec les métropolites schismatiques qui de Kiev
passèrent en Moscovie, après la débâcle produite
par l'invasion tatare; mais il est peu probable que le
schisme ait pu s'établir après que les rois de Pologne
eurent le diocèse sous leur protection. Grégoire XI,
en 1372 et 1375, ne semble avoir aucun doute sur son
caractère catholique. Du reste, la liste des évêques des
xiv"=-xv« s. montre leur appartenance aux familles
notoirement catholiques des ducs de Holszany (dont
un des membres devint évêque latin de Wilno), de
Kobryn, de Zbaraz, dont la fidélité envers Rome n'est
point douteuse. Nous savons que Georges, évêque
ruthène de Chelm, qui avait obtenu des privilèges de
Ladislas III, était fidèle à Rome. Les tendances vers
le schisme, dont on ne saurait ignorer le lien idéal avec
les courants antiromains de la Réforme, apparaissent
clairement au xvi« s. (in/ra); c'est aussi vers la fin
du même siècle que la victoire de la Contre-Réforme,
dont les grands jésuites polonais furent les artisans,
coïncide avec l'acte de l'union de Brzeàé, en 1596, par
lequel les évêques de rite gréco-ruthène en Pologne,
et parmi eux aussi l'évêque gréco-ruthène de Chelm,
Dionizy Zbirujski, appartenant par sa famille au clan
des Kosciesza, juraient leur soumission à l'Église de
Rome. La réaction à cet acte se fit à peine sentir
parmi un groupe de moines basiliens du monastère de
Jabloczno; le peuple du diocèse resta fidèlement
attaché à l'union, ainsi que le clergé et les évêques.
Nous notons parmi les évêques (v. la liste) Athanase
Pakosta (1613-25), qui s'occupa de la discipline du
clergé et tint plusieurs synodes; Metody Terlecki
(1626-49), qui obtint en 1641 une décision dans l'af-
faire des dîmes entre le clergé gréco-ruthène et le
clergé latin; Jakub Susza (1658-87), auteur distingué
d'œuvres polonaises et latines (Finkiel, n. 8 034, 3 603,
13 960, 14 204, 14 224, 14 465, 26 336; Cursus uitae
et certamen martyrii B. Josaphat Kunceuicii archiep.
DicT. d'hist. et de gèoor. ecclés.
Poloc., éd. récente, Paris, 1865; Relatio de ciuilate
Chelmensi, Zamosc, s. d.); Maksymilian Ryllo (1759-
85), fondateur du séminaire.
Ce n'est qu'au xix« s., après les partages de la
Pologne, que les efforts de la Russie pour détacher de
Rome les diocèses polonais de rite gréco-ruthène abou-
tirent à un certain résultat. Il y fallut pourtant un
demi-siècle de lutte acharnée, et de désorganisation
systématique de la hiérarchie et du clergé uniates.
L'apostasie des évêques gréco-ruthènes, accomplie
sous l'influence du métropolite Siemaszko, le 12 févr.
1839, qui mit fin à l'existence de l'Église catholique
gréco-ruthène dans les terres annexées par la Russie
au cours des partages de la Pologne, laissait encore
intact le diocèse de Chelm. Cette situation s'explique
par le fait que ce diocèse, bien qu'il fût sous la domi-
nation des tsars, n'appartenait pas à l'Empire russe,
mais au « royaume de Pologne » créé par le Congrès de
Vienne. Les tsars voulurent au début y régner « en
monarques constitutionnels ».
L'évêché gréco-ruthène de Chelm comptait, à
l'époque de la création du « royaume », 317 paroisses,
avec environ 400 prêtres, 227 673 fidèles, 5 couvents
de l'ordre de S. -Basile, un couvent de nonnes, un
séminaire. L'évêque, Mgr Ferdynand Ciechanowski,
qui de 1813 à 1815 connut l'exil et fut ensuite séna-
teur du royaume, mourut le 15 juin 1828.
Ses successeurs, Filip-Feliks Szumborski (1830-51),
Jan Teraszkiewicz (1851-63), Jan Kalinski (1863-66),
eurent à supporter une lutte acharnée contre le gou-
vernement russe, qui s'efforçait de détacher les fidèles
de l'Église universelle, et de soumettre le diocèse à
la juridiction du S. -Synode de l'Église russe schisma-
tique. Pour arriver à cette fin, le gouvernement suivait
la voie déjà battue : affaiblir les liens entre l'Église
gréco-ruthène et l'Église latine; faire disparaître les
différences entre le rite gréco-ruthène et le rite de
Moscou; après quoi, obtenir la soumission de l'évêque
et du clergé au S.-Synode, et faire en sorte que le
peuple, suivant ses évêques et ses prêtres, devienne
schismatique sans s'en apercevoir. La première partie
de ce plan était présentée sous la forme de « dépolo-
nisation et délatinisation ». L'évêque Szumborski,
après la victoire russe sur l'insurrection polonaise de
1830-31, subissait des pressions de la part du gouver-
nement russe. Il essaya de s'opposer à l'introduction
des livres et des usages moscovites dans la liturgie
ruthène; Nicolas I", à son passage par Varsovie en
1840, invita l'évêque à Pétersbourg, où il renouvela
personnellement les pressions gouvernementales,
comme il l'avait déjà fait, avec succès, pour le métro-
polite Siemaszko. Mgr Szumborski ne sut pas résister
et publia, à son retour à Chelm, une lettre ordonnant
certaines modifications de la liturgie dans le sens
moscovite (14-26 sept. 1841). Grégoire XVI, dans un
bref du 23 févr. 1842, l'en blâma, et l'évêque révoqua,
bien qu'avec retard, ses dispositions. Il dut subir des
instances continues, et il y eut entre lui et le gouver-
neur russe de la province, Albertov, des scènes vio-
lentes. Le gouvernement, s'il ne put obtenir de l'évê-
que l'unification rituelle, réussit pourtant à introduire
dans l'administration du diocèse des prêtres qui lui
étaient dévoués.
Mgr Teraszkiewicz, coadjuteur de Mgr Szumborski,
lui succéda de droit en janv. 1851. Il céda aux volontés
du gouvernement, qui exigeait de lui l'envoi de cer-
tains de ses séminaristes à l'académie de théologie
schismatique, à Moscou; il n'admit pourtant pas de
prêtre schismatique au séminaire, et repoussa avec
constance les pressions dans le sens de la « délatini-
sation ». Il mourut le l^' mars 1863.
Mgr Kalinski, son coadjuteur, nommé avec droit
de succession, ne fut pourtant pas admis au sacre
H. — XII. — 20 —
611
CHELM
612
par Tcherkassky, prince russe d'origine mongole,
athée, directeur des affaires ecclésiastiques pour le
royaume de Pologne (dans Brockhaus-Efron (en russe),
Lxxvi, 572-76). Ce prélat refusa de bannir la langue
polonaise des sermons et des chants dans son diocèse.
Tcherkassky fit fermer les couvents de l'ordre de S.-
Basile; il essaya de créer les apparences d'une révolte
du clergé paroissial et obtint un ukase (18-30 juin
1866), qui mettait ce dernier à la merci de l'adminis-
tration; enfin, ayant échoué dans la tentative d'in-
troduire le schisme dans le séminaire, il fit arrêter
Mgr Kalinski, la nuit du 11 (23) sept. 1866 et l'en-
voya à Wiatka (Vyatka), aux pieds de l'Oural (où se
trouvait déjà Mgr Krasinski, évêque de Wilno).
Mgr Kalinski y fut frappé d'une mort subite, le 19 oct.
1866. Dix jours après sa mort, Pie IX fit son éloge
dans l'allocution du 29 oct. 1866.
La violence dont Tcherkassky usa contre l'in-
flexible Kalinski avait pour but l'installation d'un
intrus. Un prêtre révolté, Jozef Woycicki, fut intro-
duit par la police à l'évêché de Chelm la nuit même
de la déportation de Mgr Kalinski. On emprisonna les
prêtres qui protestèrent contre l'intrusion. Pie IX,
dans l'encyclique du 17 oct. 1867, déclara l'intrus
soumis à des censures. Il resta néanmoins et réussit à
introduire des professeurs schismatiques au séminaire.
Il fit tout le possible pour séparer le clergé gréco-
ruthène du clergé latin et dénonça les prêtres des deux
rites qui prenaient part à des offices communs. Il
« épura » l'église cathédrale de tous les objets « latins »
(bancs, confessionnaux, ostensoirs, clochettes), et
interdit l'usage de la langue polonaise dans les églises,
ainsi que les cantiques, les scapulaires, le rosaire. Une
circulaire de Woycicki (8 oct. 1867) permettait aux
autorités laïques de faire appliquer ces dispositions.
Cette circulaire marquait le déclenchement d'une
lutte entre la police, bientôt soutenue par les troupes,
et les fidèles, qui voyaient dans les objets interdits le
symbole de leur union à l'Église universelle. Le gou-
verneur russe Gromyko ordonna aux cosaques de se
livrer à des « dragonnades » dans les villages résis-
tants, et le sang coula abondamment au cours de
toute une année (sept. 1867-sept. 1868). Un grand
nombre de prêtres furent arrêtés.
Un relâchement de la persécution (peredichka) eut
lieu à l'automne de 1868. Le gouvernement russe
consentait à éloigner l'intrus, et admettait un évêque
nommé par le S. -Siège, Mgr Kuziemski. Ce dernier
obtint la libération de certains prêtres, mais fit main-
tenir les « réformes puristes » de Woycicki (circulaire
du 23 oct. 1868). Confirmant ainsi, par un ordre pro-
venant de lui, évêque légitime, les ordonnances de
l'intrus, il affaiblissait la résistance. Le gouvernement
russe, considérant que son rôle était ainsi fini, le priva
de son diocèse le jeudi saint 1871 et le renvoya en
Autriche. On l'obligea encore, au moment de son dé-
part, à remettre l'administration du diocèse au prêtre
Popiel, dont le caractère d'intrus fut ainsi voilé. Le
relâchement, qui avait duré plus de deux ans, prenait
fin.
Le nouvel intrus, Marceli Popiel, après une visite à
Pétersbourg, s'était décidé pour le schisme. Il aug-
menta le nombre des prêtres prêts à lui obéir en fai-
sant ordonner n'importe qui par un évêque schisma-
tique bulgare, Sokolski. Il obtint bientôt la constitu-
tion d'un groupe organisé de « prêtres obéissants ». Le
gouverneur Gromyko recommença en 1871 les arres-
tations très nombreuses des autres, qu'on appelait
« résistants ». Le peuple était tout entier avec eux.
Après une nouvelle visite de Popiel à Pétersbourg,
en 1873, l'empereur confirma, le 10 (22) juin 1873,
un ukase (pour la date : Likowski, Dzieje Kosciola Unic-
kiego, ii, 207, note) qui chargeait les autorités admi-
nistratives de soutenir les obéissants et d'envoyer en
exil les résistants. Le 19 oct. 1873, Popiel adressa à
tous les prêtres une circulaire (datée du 2 oct.) exi-
geant une acceptation par écrit du rite « épuré des
erreurs polonaises et latines ». La police fut chargée
de recueillir les signatures, et d'envoyer les résistants
à Chelm, où ils furent arrêtés et emprisonnés. Plu-
sieurs (plus de cent) s'enfuirent en Autriche. La résis-
tance du clergé fut ainsi brisée. Le peuple la continua,
en refusant d'admettre dans les églises les prêtres
obéissants et de fréquenter les églises où ces prêtres
officiaient. Gromyko revint aux dragonnades, qui
furent particulièrement sanglantes, en 1874, à Ro-
zanka, Dolgobrody, Hama, Kalembrod, Rudno,
Przegaliny, Ossowa, Koden, Lomazy, Rozsosz, Wlo-
dawa. La population, pour fuir les cosaques, se réfu-
giait, malgré l'hiver, dans les forêts. Le 13 mai 1874,
Pie IX publiait l'encyclique Omnem sotlicitudinem
{Acta PU IX, VI, Rome, 1874, p. 316-23), dans laquelle
il protestait contre les persécutions des catholiques
dans le diocèse de Chelm, et interdisait l'usage de la
« liturgie schismatique », introduite par le « pseudo-
administrateur ». Alexandre II, en passant peu après
par Varsovie, rejeta nettement une pétition qui de-
mandait la liberté religieuse et la cessation des dra-
gonnades (11 juin. -26 juin 1874), ce qui ne fit qu'aug-
menter le zèle des persécuteurs et le nombre croissant
des victimes pour la foi. L'hiver rendait particulière-
ment difficile la situation de la population, réfugiée
dans les forêts. La résistance ne fut pourtant pas
brisée. Le gouvernement russe ne réussit qu'à créer
une fausse apparence de soumission. Certains curés
obéissants (au début ceux de Koden et de Wereszczyn)
commencèrent à adresser au gouvernement des péti-
tions, au nom de leurs paroisses, pour être reçus, avec
leurs ouailles, dans le giron de l'Église schismatique.
Les paroissiens, terrorisés et désorientés, n'osèrent
pas protester.
Dès le commencement de 1875, les dragonnades
eurent un nouveau but : il ne s'agissait plus de con-
naître quels étaient les curés obéissants, mais d'im-
poser le passage explicite au schisme (voir Documents
officiels publiés par le gouvernement anglais. Corres-
pondance relative au traitement des membres de
l'Église grecque-unie en Russie, présentée par ordre
de S. M. à la Chambre des Communes, le 5 mars 1877,
Zurich, 1877). On envoya plusieurs centaines de laïcs
résistants en Sibérie, en les choisissant parmi ceux qui
constituaient le noyau principal de l'opposition.
Le 18 févr. 1875, le « pseudo-administrateur »
Popiel rassembla le clergé de la cathédrale et du con-
sistoire de Chelm, et fit rédiger un acte où il était dit
« que cent vingt paroisses désiraient s'unir à l'Église
orthodoxe [schismatique], et que le diocèse deman-
dait à l'empereur la permission de faire dorénavant
partie de cette Église » (texte de l'acte, dans Likowski,
op. cit., II, 240 sq.). Cet acte, absolument analogue à
l'acte de Polock du 12 févr. 1839, le complétait, et
mettait fin à l'existence du dernier diocèse catholique
de rite gréco-ruthène dans les terres sur lesquelles
s'étendait la puissance des tsars.
Popiel se rendit à Pétersbourg, accompagné d'une
<i délégation » choisie par lui. Une cérémonie officielle
eut lieu au palais d'Hiver, le 25 mars (6 avr.) 1875,
où Alexandre II déclara la réunion du diocèse de
Chelm à l'Église orthodoxe et fit publier un ukase .
du Synode à ce sujet (11 mai 1875) (texte dans
Likowski, op. cit., ii, 255). Dans cet acte le Synode
incorporait le diocèse de Chelm au diocèse orthodoxe
de "Varsovie, et le soumettait à l'évêque orthodoxe de
cette ville, qui prendrait le titre d' « évêque de Chelm
et de Varsovie », tandis que son auxiliaire résiderait
à Chelm, avec le titre d' « évêque de Lublin ». Marceli
613
CHELM
— CHELMICKI
614
Popiel obtint ce titre et fut sacré dans le schisme à
Pétersbourg. Le diocèse gréco-ruthène de Chelm cessa
d'exister.
Pourtant des 250 000 catholiques de rite gréco-
ruthène du diocèse de Chelm, 150 000 au moins res-
taient fidèles à Rome. Ces résistants devaient soufTrir
pendant plus de trente ans la persécution. Leur parti-
cipation aux services catholiques latins fut déclarée
passible de peines, dans une ordonnance du 18 févr.
1875, et ces peines furent sévèrement appliquées,
tant aux uniates qu'aux prêtres latins qui leur admi-
nistraient les sacrements. Les églises latines de Koden,
Lipsk, Nieciecz, Orchowek, Rozsosz, Pratulin, furent
fermées pour cette rai.son, et beaucoup de prêtres
latins furent emprisonnés et envoyés en Sibérie « pour
avoir administré les sacrements aux uniates ».
Considérés comme des orthodoxes schismatiques
qui refusaient les sacrements, les catholiques gréco-
ruthènes étaient exposés à des difTicultés sans nombre :
entre autres d'abord l'illégitimité présumée de leurs
mariages, s'ils n'étaient pas célébrés dans les églises
orthodoxes, ainsi que la bâtardise de leurs enfants
par-devant les autorités administratives. Ils étaient
sous la menace constante d'être condamnés pour
cause d'apostasie de la foi orthodoxe, s'ils recevaient
les sacrements des prêtres latins.
L'ukase de tolérance de Nicolas II, du 17 avr. 1905,
mit fin à cet état de choses : tous les anciens catho-
liques de rite gréco-ruthène, tous les « uniates » dans
les terres du tsar, restés fidèles à l'Église romaine,
bien qu'ils fussent considérés comme orthodoxes par
le gouvernement russe depuis 1875 (et pour les autres
diocèses, depuis 1839), profitèrent de la liberté qui
leur fut donnée de devenir catholiques de rite latin
(le rite gréco-ruthène restant toujours interdit). Ils
abandonnèrent le rite pour conserver la foi. Le nombre
de ceux qui se sont joints à l'Église catholique latine,
dans les années qui suivirent l'ukase, serait, selon les
statistiques ofTicielles russes, de 300 000 environ. La
majeure partie étaient du diocèse de Chelm, car dans
les autres diocèses, abolis en 1839, la persécution
avait sévi au cours de deux générations, faisant plus
de ravages. Ainsi dans la région de Chelm il n'y eut
plus de catholiques gréco-ruthènes et, quand en 1918
la liberté du rite gréco-ruthène fut rétablie avec le
retour des autorités polonaises, il n'y avait plus de
fidèles de ce rite pour qui l'ancien diocèse eût pu être
rétabli : ni le concordat du 10 févr. 1925 (A. A. Sedis,
1925, p. 273), ni la bulle Vixdum Poloniae unitas du
28 oct. 1925 (ibid., 519) n'en font plus mention, en
confiant à des évêques latins la juridiction sur les
fidèles du rite oriental qui s'y trouveraient (concordat,
art. 18).
Notons encore ici que le diocèse orthodoxe de Chelm
n'a jamais existé : il y eut des tendances, dans le dio-
cèse gréco-ruthène de Chelm, de rupture avec Rome,
et d'union avec l'Église de Moscou, mais elles n'eurent
jamais de suite, ni de consistance. Elles furent les plus
puissantes à l'époque des mouvements protestants,
vers le milieu du xvi« s. Certains éléments anti-
romains, parmi le clergé gréco-ruthène, qui cher-
chaient l'appui de Moscou, se concentrèrent après
l'acte de BrzeSé en 1596 dans le monastère de l'ordre
de S. -Basile, à Jabloczno. Les rares « dissidents » qui
restaient hostiles à l'Église romaine, et par consé-
quent au diocèse gréco-ruthène de Chelm, relevaient,
depuis 1650, de l'évêché dissident (schismatique) de
Kiev. Comme il fut dit plus haut, l'ukase qui abolis-
sait le diocèse gréco-ruthène de Chelm, le 11 mai 1875,
ne créa point de diocèse orthodoxe de ce nom, mais
se borna à soumettre l'administrateur intrus et apos-
tat, ainsi que le clergé et les fidèles qui le suivaient,
à l'évêché schismatique de Varsovie.
Certains évêques schismatiques, qui apparaissent
avec le titre d' « évêque de Chelm » (tel Isaia Czer-
kaski, 1620; Sylwester Kossow; Dyonizy Balaban,
1650), n'ont jamais exercé leur juridiction sur ce
diocèse.
Liste des évêques gréco-ruthènes : Joan (?), 1072. —
Cyryl, 1243. — Iwan, 1246-61. — Jan, 1331. — Nestor
Algimuntowicz-Hoiszanski. — Sylwester Kobrynski.
— Charyton, 1415-16. — Jerzy (Grzegorz?), 1444-56.
— Aleksander Zbaraski, 1504. — Filaret Oblaznicki,
1507-09. — Jonasz Nalecz-Sosnowski, 1533-40. —
Michal Sosnowski, 1543. — Bazyli Baka, 1546-52. —
Teodozy Lazowski, 1552-66. — Zachariasz, 1566? —
Leoncjusz Pienkowski, 1585. — Dionizy Zbirujski,
1586-1604. — Arseniusz Andrzejowski. — ■ Atanazy
Pakosta, 1613-25. — Teodor Mileszkiewicz, 1626. —
Metody Terlecki, 1626-49. — Jakub Susza, 1658-87.
— Aleksander Lodziata, 1691. — Gedeon Woyna-
Oranski, 1693. — Jozef Lewicki, 1720. — Felicjan
Wolodkowicz, 1730-56. — Maksymilian Ryllo, 1759-
85. — Porfiry Skarbek-Wazynski, 1788-1804. —
: Ferdynand Ciechanowski, 1810-28. — Filip-Feliks
, Szumborski, 1830-51. — Jan Teraszkiewicz, 1851-63.
— Jan Kalinski, 1863-66 (non consacré, f en exil).
— Jozef Woycicki, 1866-68 (administrateur intrus).
— Michal Kuziemski, 1868-71. — Marceli Popiel
(« pseudo-administrateur »), 1871-75.
Finkiel, Bibliografia historyi polskiej, i-iii, Lwow, 1891-
1904, au mot Chelm, ainsi qu'aux noms des évêques des
deux rites et des castellans de Chelm cités plus haut. —
Abraham, Organizacja Kosciola lacinskiego na Rusi, i,
Lwow, 1905. — • .J. Bartoszewicz, Biskupstwo Chelmskie
lacinskie, dans Orgelbrandt, Encgklopedia Powszechna, m,
Varsovie, 1860, p. 605; Biskupslwo Chelmskie ruskie, ibid.,
609. — Harasiewicz, Annales Ecclesiae Ruthenicae, Lwow,
1863. — S. Ketrzynski, Chelmskie biskupstwo lacinskie,
dans Podreczna encgklopedia koscielna, vi, Varsovie, 1905,
p. 14 sq.; Chelmskie biskupstwo obrzadku greckiego, ibid.,
12. — E. Likowski, Dzieje Kosciola Unickiego..., ii, Var-
sovie, 1906. — M. Loret, art. Chelm, dans Treccani,
Enciclopedia, ix, Rome, 1931, p. 962. — M. Piechowski,
Cornucupiae infulae Chelmensis, Zamosc, 1717. — B. E.
RoudakofF, Kholmskaia eparchia (dioc. de Chelm), dans
Brockhaus Efron, Lxxiv, S. -Pétersbourg, 1903, p. 520. —
L. Dymsza, Kholmskg wopros (question de Chelm), S.-
Pétersbourg, 1910. — Archives vaticanes, Arch. Nunz.
Vars.. vol. 137, 146, 148, 149, 149 AA, 68-71, 89-92, etc.;
Nunz. Pal., vol. 8, 70, 129, 344-iv, 391; Add. 7, 12, etc.
X. W. Mevsztowicz.
CHELMICKI (Sigismond), protonotaire apos-
tolique, écrivain, orateur, f 1922. Originaire de vieille
noblesse de la province polonaise de Masovie, il naquit à
1 Varsovie en 1851. Il étudia successivement à Chelmno,
à Plock et à la faculté de théologie catholique de Miins-
ter en Westphalie. Rentré en Pologne, il devint vicaire
à la cathédrale de Plock, puis recteur de l'église du
S. -Esprit à Varsovie; il organisa de nombreuses œu-
vres d'assistance et se distingua par ses talents ora-
toires. Il fonda à Zielonka, près de Varsovie, un hos-
pice pour institutrices en retraite, puis coopéra en 1882
à la fondation des caisses ouvrières. Il entreprit un
voyage au Brésil pour se rendre compte personnelle-
ment du sort des émigrants polonais et s'appliqua,
après son retour, à améliorer leur condition ou à aider
bon nombre d'entre eux à rentrer dans leur pays. Il
publia les impressions de son voyage, Brazilii, notatki
z podrozy (Varsovie, 1892, 2 vol.). Il fut chanoine de
Varsovie (1903), juge suppléant de l'oflicialité métro-
politaine (1909), prélat du chapitre (1914) et proto-
notaire apostolique (1920). Par contre il refusa de
devenir métropolitain de Mohylew ou archevêque de
Varsovie.
Chelmicki publia une collection considérable d'ou-
vrages variés, groupés sous le nom de Bibliothèque
d'ouvrages chrétiens, comptant 172 volumes; à côté
615 CHELMICKI
d'une encyclopédie catholique, on y trouve un cer-
tain nombre de traductions d'oeuvres importantes,
telles l'Hist. ecclésiastique de Hergenrother, l'Apolo-
gétique de Schanz, ou de travaux de P. Allard, de
P. Batifïol, de E. Hello..., et nombre d'ouvrages origi-
naux polonais.
Il publia, en outre, Nasi nowi biskupi, ouvrage sur
l'épiscopat polonais (Varsovie, 1888), Opowiadanie
(Varsovie, 1897), ainsi que de nombreux articles dans
la Podreczna encyklopedja katolicka et deux ouvrages
d'exégèse.
Il fut aussi mêlé à la politique. Avant la guerre de
1914-18, il fit partie du groupe politique, dit réaliste,
prônant une attitude loyale envers le gouvernement
russe, quitte à en obtenir le respect des quelques
libertés restées aux Polonais sujets de l'Empire russe.
Il maintint cette attitude après la déclaration de
guerre en 1914. Cependant, après l'occupation de la
Pologne russe par les armées allemandes, il se décida
à prendre une part active dans le gouvernement de
l'État polonais restauré par l'acte du 5 nov. 1916 de
Guillaume II : il devint en fait chancelier du Conseil
de régence placé à la tête de cet État. Au lendemain
de l'armistice, son rôle politique prit fin. Il se confina
dès lors dans les travaux de la curie métropolitaine de
Varsovie et mourut le 3 juill. 1922.
Wiadomosci archidiecezjalne warszawskie, 1922, n. 8. —
A. Szlagowski, Mowg narodowe, Poznan, 1924. — Kurier
Warszawski, du 4 julU. 1922. — Z. Ch. Godlewski, dans
Polski Slownik biograftczny, m, Cracovie, 1937, p. 277-78.
J. OSTROWSKI.
CHELMNO, Culma, ville de Pologne, au palati-
nat de Pomorze (Poméranie), située sur les collines de la
rive gauche de la Vistule, d'où le nom (chelm, « mon-
ceau »). 12 800 habitants, 10 652 catholiques (1938).
Titre d'un diocèse catholique du même nom (résidence
de l'évêque : Pelplin). District et décanat (« vicairie
foraine »).
I. Histoire de la province. — La terre de Chelmno
proprement dite se trouve sur la rive droite de la Vis-
tule, entre les fleuves Ossa au Nord, et Drweca au
Sud; elle touche à la région lacustre de la Prusse
orientale, où ces fleuves ont leur source. Elle com-
prend, à part la ville de Chelmno, les villes de Gru-
dziadz, Wabrzezno, Brodnica, Chelmza et Torun.
Elle forme la partie centrale du diocèse, qui occupe
actuellement un territoire beaucoup plus vaste (v.
carte). Cette région entre dans l'histoire avec le docu-
ment de Mieszko I", Dagome iudex (985-92), étant
comprise dans les frontières des terres de ce prince;
elles touchaient ici ad fines Bruzze, « aux confins de
la Prusse ». Dans les temps préhistoriques, autant
que les fouilles le démontrent, la région fut habitée
par des Slaves, et avant eux par des peuples de la
civilisation « de Lusace ».
La Prusse, pays limitrophe de la terre de Chelmno,
appartenait jusqu'au xiii« s. aux Borusses, Pruthènes
ou Prussiens, peuple du groupe ethnique letto-lithua-
nien. Après le baptême de la Pologne, les Pruthènes
devaient rester païens encore pendant trois siècles.
Les missions chrétiennes qui y allaient de Pologne
finissaient par le martyre des missionnaires (S. Adal-
bert, t 997; S. Brunon (Boniface), t 1009; v. ces noms).
La défense des terres polonaises devant les incursions
prussiennes fut, pour les rois de Pologne, et surtout
pour les ducs de Masovie, un problème constant jus-
qu'au XIII» s. La terre de Chelmîio avec ses nombreuses
places fortes faisait partie du duché de Masovie et
était au centre du système de défense de la Pologne
contre les invasions des barbares de la Prusse.
L'immense puissance, créée par Gengis-Khan en
Asie centrale, eut une part décisive dans l'histoire du
pays. La défaite que les Tatars infligèrent en 1224 sur
- CHELMN(^ 616
la Kalka aux princes Rurikides du florissant État
varégo-ruthène de Kiev ouvrait les yeux des princes
polonais sur le nouveau danger qui les menaçait du
côté oriental. En 1226, deux ans après la bataille de
Kalka, Conrad de Masovie faisait venir en Pologne
l'ordre militaire teutonique de Ste-Marie de Jérusa-
lem qui, après s'être retiré de Terre sainte, restait à
Venise, avec le grand maître Herman von Salza, sous
la protection de l'empereur Frédéric II de Hohen-
staufen.
Conrad leur donnait en fief provisoire la terre de
Chelmno, avec l'obligation de défendre les chrétiens
devant les invasions des Prussiens; il espérait ainsi
avoir le flanc couvert pour l'heure de l'invasion mon-
gole, qui ne tarda pas (1240). L'ordre teutonique
extermina en peu d'années les Prussiens et établit sa
domination sur leurs terres; rien ne restait de ces
anciennes tribus, sauf le nom de Prusse. Les terres de
la Prusse conquise devinrent domaine de l'ordre.
Celui-ci s'étendit encore sur les rivages de la Baltique,
après s'être, en 1237, uni avec les chevaliers Porte-
glaives qui dominaient la Livonie. L'ordre conquit
aussi bientôt des terres appartenant aux ducs de
Poméranie, avec la ville de Szczecin (Stettin). Les
chevaliers voulurent se libérer de la souveraineté
polonaise, fondée sur la donation de Conrad. L'ordre
lutta contre la Pologne; en 1410 il fut battu à Grûn-
wald; malgré cela, la terre de Chelmno ne revint défi-
nitivement à la Pologne que par le deuxième traité de
Torun, en 1466. En cette même année, Casimir Jagel-
lon y créa un palatinat (qu'il donna à Augustin do
Scheve); il renouvela aussi, avant 1476, l'ancienne
castellanie. La terre de Chelmno tomba encore une
fois, au xix« s., sous la domination étrangère, à
l'époque des partages de la Pologne; attribuée par le
Congrès de Vienne (1815) à la Prusse, la province,
revint à la Pologne par le traité de Versailles (1919),
Pendant la seconde guerre mondiale elle fut ravagée
par une invasion hitlérienne (1939-44).
II. Histoire de la ville. — Chelmno, selon la
tradition historique, aurait déjà existé au x= s. Elle
fut, en 1139, le siège d'un castellan. En 1207, Leszek
le Blanc la céda à son frère, Conrad, duc de Masovie,
qui en fit, depuis 1226, la résidence de l'ordre teuto-
nique de Ste-Marie de Jérusalem. Au cours des
invasions des païens, prise et incendiée plusieurs fois
aux xii« et xiii« s., elle fut reconstruite en 1253. Le
siège des grands maîtres de l'ordre fut transféré en
1309 à Malborg (Marienburg). Chelmno fit partie de
la Hanse, se gouvernant selon des lois propres (lus
Culmense). Délivrée de l'oppression de l'ordre teu-
tonique en 1410, elle fut reprise par les chevaliers en
1457 et revint définitivement à la Pologne en 1466
par la seconde paix de Torun. Dès lors elle fut le
siège d'un palatinat et d'une castellanie du même
nom. Alexandre Jagellon céda ses droits sur la ville
à l'évêque de Chelmno (1505). La ville fut prise et
incendiée par les Suédois en 1655. Occupée par le roi
de Prusse en 1772, elle revint en 1807 au duché de
Varsovie. Depuis le traité de Vienne jusqu'à la pre-
mière guerre mondiale elle appartint à la Prusse
(1815-1918).
La ville donna son nom au diocèse; pourtant depuisj
1243 elle n'en est pas le siège.
Chelmno comptait, en 1928, 12 744 habitants.
L'ancienne cathédrale, actuellement église parois-
siale, datant du xiii« s., est gothique; elle est dédiée à
l'Assomption de la Ste Vierge. L'hôtel de ville (xvi« s.)
et les remparts (xiii« s.) sont les principaux monu-
ments de la ville.
III. L'ÉvÊcHÉ de Chelmno. — 1" Les origines. —
La terre de Chelmno a-t-elle appartenu, depuis les
origines du christianisme en Pologne, à l'évôché
617
CHELMNO
618
fondé en 966 par Mieszko l" (ou par son fils Boleslas I»'
vers l'an 1000) à Kolobrzeg (plus tard Wolin et
Kamien)? Appartenait-elle au diocèse de Plock? Ou
bien faut-il croire Dlugosz, qui fait remonter les ori-
gines de l'évêché de Chelmno à 966, en faisant déli-
miter ce diocèse la même année par le légat Yves?
Comme pour tous les autres diocèses de l'archevêché
de Gniezno, il nous dit le titre de l'église cathédrale :
la Ste-Croix, et le nom de l'évêque : Octavianus; il
connaît aussi le nom de l'évêque de Chelmno en 1070 :
Martin. On est beaucoup moins enclin de nos jours à
rejeter le témoignage de Dlugosz, qu'on ne l'était
vers la fin du siècle dernier, quand l'école de la critique
allemande dominait pleinement. Dlugosz avait certai-
nement connu des documents qui, comme tant d'au-
tres en Pologne, ont disparu depuis lors ; la question
du catalogue des évêques de Chelmno, dont on re-
trouve des traces chez Nakielski et Miechovita et où
serait mentionné un Hippolyte, Romain, évêque de
Chelmno en 1180, mériterait une étude plus appro-
fondie; de même la bulle Sacrosancta d'Innocent II,
de 1133, dont on a mis en question l'authenticité et
où le nom de l'évêché Pomerana est cité à côté de
tous les évêchés avoisinant celui de Chelmno, de
sorte qu'on n'en trouve aucun autre à qui on pour-
rait l'attribuer. Mais, même si on admettait que le
diocèse ait existé avant 1243, il est certain que des
interruptions, dues aux invasions païennes, aux xi»
et XII* s., ont eu lieu. Innocent IV confiait à son légat
Guillaume de Modène la tâche de délimiter les dio-
cèses dans les terres de l'ordre teutonique, en 1243.
L'étude attentive de cet acte nous laisse perplexes
quant au fond, s'il marque, comme on l'a cru, la
constitution d'un nouveau diocèse à Chelmno. Il n'y
a évidemment aucun doute sur le fait que les limi-
tes de ce diocèse ont été alors tracées à nouveau.
Mais les textes ne nous offrent pas de données assez
sûres pour rejeter complètement la thèse tradition-
nelle des historiens polonais avant le xix« s. Selon
cette tradition, Christian, moine cistercien de Lekno,
aurait été évêque de Chelmno depuis 1222, par nomi-
nation de Leszek, prince de Pologne, et de Conrad,
duc de Masovie, ce qui ne serait aucunement en con-
tradiction avec la nomination, antérieure peut-être
à cette date, du même Christian au titre d'évèque
(« missionnaire ») pour la Prusse encore païenne.
Quoi qu'il en soit des antécédents du diocèse de
Chelmno, la liste incontestable des évêques, selon
Gams et Eubel, commence en 1243 par Henri, de
l'ordre des Frères Prêcheurs.
2" Le siège de l'évêché a-t-il jamais été à Chelmno?
Ce ne pourrait être qu'avant 1243; depuis cette date
les évêques ont eu leur siège à Chelmza jusqu'à 1824,
année où leur résidence fut transférée à Pelplin, qui
est encore la leur.
3° L'organisation métropolitaine. — • Le diocèse ap-
partint depuis sa création à l'archevêché de Gniezno.
En 1255, l'ordre teutonique obtint la sujétion des
évêques de Chelmno à l'archevêché de Riga, créé
depuis peu; après une longue contestation, l'évêché
resta définitivement à l'archevêché de Gniezno par
le traité de Torun de 1466 (celui de Riga cessait
d'exister en 1566), et il est de ce ressort actuellement.
4" Les limites du diocèse, qui auraient été établies au
x« s. par le légat Yves, ne sont pas connues; depuis
le xiii« s., elles sont identiques à celles de la donation
conradienne, entre la Vistule, la Ossa et la Drweca, et
restent telles jusqu'à 1601 ; à cette date, Clément VIII
adjoint à Chelmno ce qui reste du diocèse de Pomé-
sanie : l'autre fragment, qui après 1466 était demeuré
à l'ordre teutonique, était passé en 1525 au protes-
tantisme avec l'évêque Erhard von Quels. Au xix's.,
sous la domination de la Prusse (1821; bulle De sa-
lute animarum), l'évêché s'étendit sur la rive gauche
de la Vistule : la ville de Dantzig y était comprise,
La dernière délimitation fut faite en 1925 par la
bulle Vixdum Poloniae unitas, d'après laquelle le dio-
cèse est compris entre la mer, les frontières que la
Pologne avait à cette époque avec le Reich, et la
ville de Dantzig; au Sud, il touche à l'archidiocèse de
Gniezno, au diocèse de Vladislavie et à celui de Plock.
Le diocèse s'étend actuellement sur 16 582 km''.
5" Les évêques. — Nous avons déjà signalé les infor-
mations qui existent sur les évêques de Chelmno
avant 1243, et nous avons vu combien elles sont frag-
mentaires, à cause de lacunes dans les archives du
pays ravagé par les invasions. Après 1243 et jusqu'à
1466 les évêques de Chelmno étaient choisis de préfé-
rence parmi les prêtres membres de l'ordre teuto-
nique : sur 19 évêques, 7 au moins (et peut-être
10) y étaient affiliés; il y eut aussi 4 dominicains.
L'évêque Henryk de Chelmno avait couronné, par
ordre d'Innocent IV, en 1253, Mindove (Mendog,
Mindaugas), roi de Lithuanie, qui s'était converti.
Cette conversion aurait été une gloire pour l'ordre
teutonique, si une réaction païenne, provoquée par
l'oppression de la part des chevaliers, n'avait bientôt
eu lieu en Lithuanie. Il fallut attendre encore plus
d'un siècle pour que le pays, dernier refuge du paga-
nisme en Europe, devînt catholique, grâce à Jagellon
et à Hedvige d'Anjou, reine de Pologne. Pourtant
la question du couronnement du grand-duc Witold, en
1430, fut l'objet d'une correspondance entre Martin V,
Jagellon et Jan Marcaenaro (Margenau), alors évêque
de Chelmno.
Le plus célèbre des évêques de l'époque teutonique
fut incontestablement Jan, dit Kropidlo, « le gou-
pillon », des princes de Opole, de la maison des Piast,
élève de l'université de Bologne, qui, après une car-
rière ecclésiastique orageuse, ayant été successive-
ment évêque de Poznan, de Vladislavie, promu par
Urbain VI au siège archiépiscopal de Gniezno, qu'il
ne put obtenir à cause de l'opposition du roi et du
chapitre, ensuite évêque de Kamien, puis de Chelmno,
mourut enfin comme évêque, pour la seconde fois, de
Vladislavie.
L'évêque Arnold (1402-16) célébra un synode.
Depuis le retour de la terre de Chelmno à la Pologne
en 1466, les évêques de Chelmno prennent le neu-
vième siège au Sénat polonais; après l'entrée au Sénat
des évêques lithuaniens en 1569, leur siège est le
douzième : ils cèdent le pas aux évêques de Przemysl,
et passent devant ceux de Ghelm. Cette qualité de
sénateur leur reste jusqu'à 1795. Le siège sénatorial
détermine en grande partie l'activité des évêques qui
dorénavant, jusqu'au xix« s., s'occuperont autant des
affaires de l'État que de celles du diocèse.
La chancellerie de la couronne fut souvent confiée
aux évêques de Chelmno : Jedrzej Leszczynski,
Andrzej Zaluski furent grands chanceliers; Piotr
Tylicki, Wawrzyniec Gebicki, Jedrzej Olszowski,
Jan Malachowski, Jan Alten-Bokum, vice-chanceliers.
Parmi eux, Olszowski, principal auteur des élections
royales de Michel Korybut et de Jean III Sobieski,
est peut-être le plus remarquable; il fut, depuis 1674,
archevêque de Gniezno et primat de Pologne.
Parmi les autres évêques qui méritent une mention
spéciale, notons ici Jan Dantyszek (dit Dantiscus,
Linodesmon, a Curiis, von Hoeffen), humaniste et
poète latin distingué (1485-1548), homme d'État et
diplomate au service de Sigismond de Pologne,
connu à toutes les cours de l'Europe, surtout à celle
de Charles V. Il fut nommé par le roi et pourvu d'une
provision papale pour Chelmno en 1530, ordonné
prêtre et sacré en 1533, nommé au diocèse de Warmie
en 1538. Il fut un des grands adversaires du luthéra-
619
CHELMNO
620
nisme; beaucoup de ses poésies sont d'inspiration
religieuse. Stanislaw Hoziusz (Hosiusj (1504-79),
dont Cracovie et Wilno se disputent la naissance et
qui commença aussi sa carrière comme secrétaire du
même roi Sigismond I", fut un des grands diplomates
de Sigismond et de son fils Sigismond-Auguste; il
devint cardinal en 1561, légat président du concile de
Trente; homme de grande piété, théologien remar-
Mgr Okoniewski, historien distingué, qui mourut en
exil au cours de la dernière guerre, en 1944. L'évêque
actuel, Mgr Kazimierz Kowalski, a été nommé en 1946.
6° Le chapitre de Chelmno a-t-il existé avant 1251?
L'acte de l'évêque Henryk, O. P., du 22 juill., est-il
une fondation, ou une rénovation d'un chapitre plus
ancien? En tout cas, depuis cet acte, le chapitre sui-
vait la règle des chanoines réguliers de S. Augustin.
CARTE DU DIOCÈSE
WEJHEROWO
KARTUZYt^'
• KOiCIERZYNA
tUKOWO
'A
STAROGARD t jfr;
\ .*
Si >
CHOJNICEi'
tcZERSK
/'i S
/ KAMIEN
irUCHOLA \~
PELPLIN
NIEW
lOWE
Igrudziadz
■'\ swiecieI
>yt chelmno'
JRAOIYHI-
FORDONir ' 1 iHELMZA ^ * ,
«4^::;^ierzgl6w /
TÎtRUlil
AO 50 Km
Fig. 107. — Diocèse de Chelmno. Limites des décanats.
quable, un des vainqueurs du protestantisme en Po-
logne; il fut, lui aussi, avant de devenir évêque de
Warmie en 1552, évêque de Chelmno pendant deux
ans. — Les évêques de la famille des Kostka (Piotr,
qui gouverna le diocèse de 1574 à 1595, tint un synode
en 1583, donna des privilèges à la Compagnie de
Jésus; et Mikolaj Kostka, qui mourut en 1600, avant
d'avoir pris possession de son église) sont illustres
par leur parenté avec S. Stanislas.
A l'époque des partages de la Pologne, il y eut à
Chelmno une série de quatre évêques allemands : le
premier, Anastase Sedlag, fut nommé grâce à l'appui
de la cour de Berlin en 1834; le dernier, Augustin
Rosentretter, le fut en 1899; il eut pour successeur
En 1264, réduit à vingt-quatre membres, il prenait
l'habit et la règle de l'ordre teutonique, qu'il aban-
donna à nouveau à la paix de Torun en 1466; on en
trouve trace dans les armoiries capitulaires, qui sont
d'argent à la roue de sable à quatre rais de même :
c'est très probablement une transformation de la
croix des chevaliers. Les statuts du chapitre furent
revus et confirmés en 1599 et 1603. Il possédait de
nombreuses terres, qui furent confisquées par le
gouvernement prussien à l'époque des partages de
la Pologne; il fut réorganisé par la bulle De salute
animarum du 16 juill. 1821; il compte dix chanoines A
effectifs. La résidence fut transférée à Pelplin en 1824. fl
Les chanoines, j)ar un bref du 21 févr. 1927, portent "
621
C H E L M N 0
622
l'habit des prélats romains. Depuis 1641, les évêques
auxiliaires sont élus parmi les chanoines.
7» Les synodes diocésains, s'ils ont été célébrés par
les évêques de Chelmno avant le milieu du xiii« s.,
n'ont point laissé de traces que nous puissions relever;
nous connaissons par contre les synodes suivants :
1248, à Torun (Simon Grunau, Preussische Chronik,
éd. Perlbach, Leipzig, 1875, p. 214; la valeur de cette
information est discutée); — sous l'éyêque Arnold de
Stapil, 1402-16; — sous Jan Marcaenaro, 1416-57 :
12 janv. 1438, (?); — 1481, déc, sous Stefan de Nid-
bork; — 1583, 12 oct., sous Piotr Kostka; — 1605,
21 juin, sous Wawrzyniec Gebicki, à Chelmza; — ■
1641, 12-13 juin, sous Kasper Dzialynski; — 1745,
16-18 sept., sous Andrzej-Stanislaw Zaluski, à Lu-
bawa; — 1928, 27 aoùt-9 déc, sous Stanislaw Oko-
niewski, à Pelplin. (Statuta synodi dioecesanae Cul-
mensis Pelplini ab... episcopo Stanislao W. Okoniewski
habitae... A. D. 1928..., Pelplin, 1929, 237 p.)
8" Le séminaire. — Urbain VI, en 1386, publiait
une bulle autorisant la fondation d'une université à
Chelmno; ce projet ne fut pourtant jamais mis à exé-
cution, très probablement à cause de l'opposition des
universités de Prague et de Cracovie.
Après le concile de Trente, quand des séminaires
pour la formation du clergé furent fondés dans beau-
coup de diocèses de Pologne, il y eut des essais pour
eu créer un au diocèse de Chelmno. L'évêque Piotr
Kostka mourut avant de réaliser ses desseins à ce
sujet; l'abbesse bénédictine de Chelmno, Malgorzata
Morteska, fonda à Torun le séminaire qui y exista
depuis 1618; il semble que c'est le même institut qui
fut transféré en 1651 à Chelmno, ensuite à Chelmza,
et, après les désastres causés par les guerres, restitué
à Chelmno en 1680 par l'évêque Malachowski, sous
la direction des missionnaires de S. -Vincent de Paul
(lazaristes); ce séminaire fut transféré en 1829 à
Pelplin. Bien que son activité eût été deux fois inter-
rompue par les Allemands (1876-87, 1939-44), cet
établissement continue; il comptait 167 élèves en
1938, et 39 en 1950. — Un jjetit séminaire fut fondé en
1836 par Mgr Sedlag, et réformé en 1927 par Mgr Oko-
niewski; il comptait 240 élèves en 1928 et servait de
cours préparatoire au grand séminaire; il comprenait
un gymnase et un lycée.
90 Les congrégations et les ordres religieux. — Nous
avons déjà noté l'ordre des chevaliers teutoniques,
ordo Crucilerorum, qui eut une grande part dans l'his-
toire du diocèse de Chelmno, et qui en fut éloigné en
1466. Citons encore les frères mineurs (1239 à Torun,
1258 à Chelmno, 1282 à Nowe), les frères prêcheurs
(1228 à Chelmno, 1263 à Torun, 1284 à Tczew), les
augustins (1872 à Swornegacie, Chojnice), les cister-
ciens (1253 à Byszewa, Koronowo, Pogodki, Pelplin),
les chartreux (1381 à Kartuzy), les chevaliers de Cala-
trava (1224 à Tymawa), les bénédictines (1311 à
Torun), les cisterciennes (1235 à Zarnowiec), les nor-
bértines (1209 à Zukow), les béguines, etc. La Ré-
forme au xvi« s. fit de profonds ravages parmi ces
religieux, surtout parmi ceux chez qui l'influence des
(hevaliers teutoniques avait introduit des Allemands.
Les jésuites vinrent à Torun assez tard, en 1596. La
dissolution de la Compagnie par Clément XIV, le
21 juill. 1773, eut lieu juste au moment où la région de
Chelmno passait, par le troisième partage de la Polo-
gne, sous la domination de Frédéric II de Prusse qui,
malgré la décision pontificale, maintint les maisons
des jésuites à Grudziadz et Chojnice.
Une congrégation de bénédictines réformées, sous
l'influence des jésuites, fut fondée à Chelmno, en 1579,
par l'abbesse Magdalena Morteska; cette congrégation
eut de nombreuses maisons dans toute la Pologne.
Les congrégations et les ordres ont beaucoup souf-
fert au xix» s. sous l'occupation allemande, qui les
supprima presque tous; ils reprirent après la restitu-
tion du diocèse à la Pologne, en 1918. La période
« entre les deux guerres », 1918-39, vit une grande
floraison des ordres et congrégations dans toute la
Pologne ainsi que dans le diocèse de Chelmno. En 1938,
nous trouvons : les verbistes à Corna Grzepa; les
rédemptoristes à Torun; les pallotins à Chelmno;
les jésuites à Gdynia; les missionnaires de la Ste-
Famille à Lidzbark; les frères mineurs conventuels à
Gdynia; les Pères de la congrégation du S. -Esprit à
Bydgoszcz; les salésiens à Rumia; les sœurs de Cha-
rité de S. -Vincent de Paul (13 maisons); les sœurs de
Ste-Élisabeth (21 maisons); les sœurs de l' Immaculée-
Conception (7 maisons); les sœurs ursulines (2 mai-
sons); les sœurs de S. -François (6 maisons); les sœurs
de S. -Dominique; les sœurs de S. -Joseph (4 maisons);
les sœurs de la Résurrection (4 maisons) ; les sœurs du
Bon-Pasteur (5 maisons); les sœurs de S. -Félix a Can-
telicio; les sœurs de la Ste-Famille de la Ste-Vierge;
les sœurs missionnaires de la Ste-Famille; les sœurs
albertines.
L'invasion hitlérienne de 1939-44 fut désastreuse
pour les congrégations; presque tous les couvents
furent fermés, et nombre de religieux déportés et
emprisonnés. Pourtant, dès que les troupes alle-
mandes se furent retirées, les religieux revinrent à
leurs couvents, où les rejoignirent leurs confrères
chassés de la Pologne orientale. Le diocèse compte
actuellement 79 religieux (au lieu de 123 en 1938),
et 885 religieuses (elles n'étaient que 812 en 1938), qui
continuent leur activité dans des conditions difficiles,
en raison de l'hostilité du régime imposé au pays.
10° Les écoles. — La large diffusion de l'instruction
populaire a été une des gloires de la Pologne depuis
le Moyen Age. Il y eut une école pour les mission-
naires à Chelmno en 1218; un gymnase y fut fondé en
1472 (qui exista jusqu'à 1536). On constate la pré-
sence d'au moins une vingtaine d'écoles paroissiales
dans le diocèse vers le milieu du xv« s. Les écoles
eurent un grand essor après le synode de Vladlslavie
de 1487, qui obligeait chaque paroisse à en avoir une;
les autres sources faisant défaut, on arrive par des
listes d'étudiants des universités, surtout celles de
Cracovie et de Leipzig, à établir l'existence d'au
moins 52 écoles paroissiales dans le diocèse de Chelmno
aux xv« et xvi" s. La liste des écoles dans le diocèse de
Chelmno de 1670 comprend les noms de 139 paroisses.
Le nombre des élèves s'accrut encore considérablement
sous le régime de la Commission d'éducation, appelée
à diriger l'instruction publique en Pologne au xviii« s.
Toutes ces écoles furent prises en charge par l'admi-
nistration du gouvernement prussien à l'époque des
partages de la Pologne au xix« s.
Les écoles catholiques connurent une nouvelle flo-
raison après la restitution du diocèse à la Pologne en
1918. Les catéchistes ecclésiastiques enseignaient alors
dans toutes les écoles de l'État, et de nombreux éta-
blissements dépendant des institutions ecclésiastiques
secondaient leur travail. Toutes ces écoles subirent
une période de suspension après l'invasion allemande
de 1939. L'enseignement de la religion dans les écoles
de l'État est fortement réduit sous le régime actuel,
et les statistiques ofTicielles de 1949 ne comptent que
7 instituts catholiques d'éducation, avec 804 élèves
pour tout le diocèse.
1 1° Les saints. — Aucun saint du diocèse de Chelmno
n'a été canonisé; pourtant il y a, dans le diocèse, des
bienheureux : Juta, veuve, f dans un ermitage près de
Chelmza, 9 oct. 1260; Jan de Lobdow, O. F. M., t à
Chelmno, 1264; Szymon de Torun, O. F. M., t 9 nov.
1363; Dorota de Monty, veuve, t à Kwidzyn, 25 juin
1394; Bernard de Wabrzezno, bénédictin de Lubin,
623
CHELMNO
624
t 2 mai 1603. D'autres serviteurs de Dieu y sont spé-
cialement vénérés : Bernard Kopciovvski, bénédictin
de Lubin, t 12 sept. 1666; Mikolaj Sosnowicz, prêtre,
t 16 août 1682; Katarzyna Kostczanka (de la famille
de S. Stanislas Kostka), prieure norbertine à Zukow,
t après 1671; Magdalena Morteska, abbesse bénédic-
tine de Chelmno, f 1632; Marianna Czapska, bénédic-
tine de la même abbaye, t 1735; Andrzej de Osnow,
ermite, t 1710, et d'autres, auxquels on joint les nom-
breux martyrs des années récentes, après 1939.
Le martyrologe de l'Église de Chelmno après 1939
n'est pas encore écrit. De 1939 à 1950, le nombre des
prêtres séculiers est passé de 646 à 456, ce qui tait
190 prêtres morts en dix ans; la plupart moururent
dans les camps de concentration, surtout à Dachau.
Enfin, en parlant des gloires du diocèse de Chelmno,
on ne saurait omettre le nom de Nicolas Copernic,
astronome, né le 19 févr. 1473 à Torun, qui, après des
études commencées dans les écoles de cette ville et
poursuivies à Cracovie, Padoue et Bologne, enseigna
à Rome et à Cracovie, et mourut chanoine de Warmie,
le 24 mai 1543.
12" Les hérésies. — Les hérésies apparaissent dans
le diocèse de Chelmno au xvi'^ s., surtout parmi les
bourgeois de Torun, dont beaucoup étaient venus
d'Allemagne au temps de la domination de l'ordre
teutonique. Déjà en 1520, Sigismond 1^' publiait de
Torun un décret interdisant l'entrée, en provenance de
l'étranger, des livres hérétiques. Beaucoup d'églises
furent prises, dans tout le diocèse, par les protestants.
Sigismond-Auguste, par un privilège du 22 déc. 1558,
reconnaît aux citoyens de Torun la liberté de choisir
leur foi, et ce privilège est maintenu par ses succes-
seurs. Les calvinistes tiennent à Torun un synode en
1595; en 1606 les protestants, devenant agressifs,
chassent les jésuites de Torun; ceux-ci y revinrent
pourtant bientôt; une dispute entre protestants et
catholiques y eut lieu en 1645. Les invasions suédoises
renforcent le protestantisme; en 1724, les protestants
détruisent le couvent des jésuites et, à la suite d'un
procès célèbre qui bouleversa l'opinion de toute l'Eu-
rope, dix citoyens de Torun (parmi eux le bourgmestre
Rosner), jugés responsables de l'émeute, furent déca-
pités. Les hérétiques devinrent plus nombreux après l'u-
nion au diocèse de Chelmno des terres qui, après avoir
appartenu- aux évêchés de Sambie et de Pomésanie,
étaient restées à l'ordre teutonique lors du traité de To-
run de 1466, et dont les évêques, Georges Polnitz et
Erhard von Queis, apostasièrent en 1524 et 1525, suivant
leur suzerain, Albert de Hohenzollern. Depuis ce temps,
les évêques de Chelmno ont à lutter contre le luthéra-
tiisme, qui profite de la tolérance religieuse des rois
Jagellons.
A l'époque des partages, le gouvernement prussien
aida les protestants à bâtir de nombreuses églises. La
proportion de protestants s'était accrue à la suite de
la distribution des terres aux colons allemands. Cer-
tains de ces colons quittèrent le pays après la première
guerre mondiale; pourtant, en 1939, le nombre des
non-catholiques dans le diocèse s'élevait à 111 299,
dont 102 123 protestants et 5 548 Juifs.
13° La statistique actuelle. — D'après les statistiques
de 1948, il n'y a sur le territoire du diocèse que 6 925
non-catholiques. Ce changement est la conséquence de
l'extermination des Juifs par les hitlériens en 1939-44,
et du départ pour l'Allemagne des Volksdeutsche,
presque tous protestants, en 1945 et 1946.
D'autre part le diocèse comptait en 1949 : 507 égli-
ses; 340 paroisses; 456 prêtres; 99 séminaristes; 35 reli-
gieux prêtres; 17 couvents d'hommes, avec 79 reli-
gieux; 85 couvents de femmes, avec 886 religieuses;
4 instituts d'éducation masculine, avec 484 élèves;
3 instituts d'éducation féminine, avec 320 élèves;
59 instituts d'action catholique, avec 4 950 membres;
1 588 020 catholiques; 1 594 945 habitants; 16 582,75
km* de superficie.
Le diocèse de Chelmno comprend les décanats
(vicairies foraines) de : Bierzglow, Brodnica, Chelmno,
Chelmza, Chojnice, Czersk, Fordon, Gdynia, Gniew,
Golub, Grudziadz, Kamien, Kartuzy, Koscierzyna,
Lidzbark, Lubawa, Nowe, Nowemiasto, Osiek, Puck,
Radzyn, Starogard, Swiecie, Tczew, Torun, Tuchola,
Wabrzezno, Wejherowo, Zukow.
IV. Listes des dignitaires. — La liste des évêques
de Chelmno, présentée par les éditions officielles du
diocèse, suit l'école allemande, et ne commence qu'avec
1245; elle omet les noms de plusieurs prélats qui furent
nommés à l'évêché, mais n'en ont pas pris possession.
[Octavianus, 966. — Martinus, 1070. — Hippolitus,
Romanus, 1180]. — Christian, 1222 (?)-43 ou 45. —
Henricus, O. P., 1245, t 1263. — Jan, O. P., 1263-64.
— Fryderyk a Husen, ordre S. M. Teutonique, 1264-
t 1274. — Werner de Orsele (Orzelle?), ordre S. M.
Teut., t 1291. — Henryk Pincerna, t 1301. — Her-
man a Pryzna, ordre S. M. Teut., 1303, t 1311. —
Eberhard, can. Culmen., élu en 1311, t 1316. — Miko-
laj, O. P., Powala (?), 1319, t 1323. — Otto, 1323,
î 1349. — Jakob (a Chelmza?), ordre S. M. Teut.,
1349, t 1359. — Jan Schadeland, O. P., 1359-63. —
Wigbald Dobilstein, 1360-80 (85?). — Reinhard de
Sain (cornes de Zeicz), 1385-90. — Mikolaj a Buk
(von Schifîenburg, von Schippenpiel), ordre S. M.
Teut., 1390-98. — Jan, prince de Opole, « Kropidlo »,
1398-1402. — Arnold de Stapil, ordre S. M. Teut.,
1402, t 1416. — Jan Marcaenaro (Margenau), 1416,
t 1457, dernier évêque de l'ordre de S. M. Teut. —
Jan, O. P., 1422. — Rainardus, 1432?. — Andrzej
Santberg, élu, t 1457. — Wawrzyniec Zankezyn, élu,
1458. — Bartlomiej, can. Culmen., élu, 1460-61. —
Wincenty Kielbasa, 1467-79. — Stefan z Nidborka,
1480, t 1495. — Mikolaj Chrapicz, 1496-1507. —
Jan Konopacki, 1508, f 1530. — Jan Dantyszek,
1530-38. — Tydeman Gize, 1538-49. — Stanislaw
Hoziusz, 1549-51 (depuis 1561 cardinal). — Jan
Lubodzieski, 1551, t 1562. — Stanislaw Zelislawski,
1562, t 1571. — Lukasz Koscielecki et Bartlomiej
Plemiecki, contestation, 1571-74. — Piotr Kostka, 1 574-
t 1595. — Piotr Tylicki, 1595-1600. — Mikolaj
Kostka, élu, f 1600. — Wawrzyniec Gebicki, 1600-10.
— Maciej Konopacki, 1611-13. — ■ Jan Kuczborski,
1614, t 1624. — Jakob Zadzik, 1624-35. — Jan
Lipski, 1635-38. — Kasper Dzialynski, 1639-46. —
Jedrzej Leszczynski, 1646-52. — Jan Gembicki, 1653-
55. — Jan Leszczynski, élu, 1655-57. — Adam Kos,
1658-61. — Jedrzej Olszowski, 1662-74. — Maciej
Bystram, coadjuteur, administrateur, 1675-76. —
Jan Malachowski, 1676-81. — Kazimierz Opalinski,
1681-93. — Kazimierz Szczuka, 1693-94. — Stanislaw
Swiecicki, élu, 1695-96. — Teodor Potocki, 1699-1712.
— Teodor Wolf, élu, 1712, f 1713. — Jan Kos, élu,
1713, t 1717. — Jan Alten-Bokum, 1719-21. — Feliks
Kretkowski, 1723-30. — Franciszek Czapski, 1731-
33. — Adam Grabowski, 1736-39. — Andrzej-Stanis-
law Zaluski, 1739-46. — Wojciech Leski, 1747, t 1758.
— Jedrzej z Broniewic Bajer, 1759-85. — Jan-Karol
Hohenzollern, 1785-95. — Franciszek Rydzynski,
1795, t 1814. — Jan Wilkxycki, coadj., admin., 1814-
24. — Ignacy-Stanislaw Mathy, 1824, f 1832. —
Anastazy Sedlag, 1834, t 1856. — Jan Marwicz, 1857-
86. — Léon Redner, 1886-98. — Augustin Rosen-
tretter, 1899-1926. — Stanislaw Okoniewski, 1926,
t en exil, 1"' mai 1944. — Kazimierz Kowalski, 1946.
Évêques auxiliaires de Chelmno : Jan Kaldeborn,
1392-1402. — Jan Rakowski, 1650-59. — Maciej
Bystram, 1659-70. — Tomasz Skotnicki, 1687-1700. —
Seweryn Szczuka, 1703-27. — Franciszek- Ignacy
625
CHELMNO
CHEMNITZ
626
Wysocki, f 1728. — Maciej-Aleksander Soltyk, 1728-
49. — Fabian Plaskowski, 1749-84. — Iwon Rogowski,
1785-1806. — Jan Wilkxycki, 1806-31. — Jan Ku-
towski, 1835-48. — Stanislaw Dekowski, 1850-54. —
Jerzy Jeschke, 1856-81. — Johann Trepnau, 1905-06.
— Jacob Klunder, 1907-27. — Konstanty Dominik,
1928-42. — Bernard Czaplinski, 1948.
Palatins de Chelm.no : Augustyn a Scheve, 1466. —
Gabriel Bazenski, t 1476. — Ludwik z Mortaga, tl481.
— Mikolaj Dabrowski, t 1483. — Kapol a Felden
Zakrzewski, t 1499. — Jan Dabrowski, f 1515. —
Jan Luzyanski, t 1551. — Stanislaw Kostka, 1551.
— Jan Dzialynski, t 1585. — Mikolaj Dzialynski,
t 1602. — Ernest Weiher. — Maciej Konopacki, 1610.
— Ludwik Morteski, 1612. — Stanislaw Dzialynski,
t 1618. — Jan Weiher, t 1626. — Melchior Weiher,
t 1633. — Kasper Dzialynski, 1639. — Mikolaj
Weiher, t 1647. — Jan Dzialynski, f 1648. — Jan
Koss, t 1657. — Jan Gninski, 1680. — Michal Dzia-
lynski, t 1687. — Jan Koss, f 1699. — Tomasz
Dzialynski, t 1714. — Jakob Rybinski, f 1725. —
Franciszek Bielinski, 1732. — Jan Czapski, 1738. —
Michal Bielinski, t 1739. — Wladyslaw Kretkowski,
1748. — Zygmunt Kretkowski, f 1765. — Franciszek
Czapski, 1772.
Castellans de Chelmno. — Ludwik z Mortaga, 1476.
— Mikolaj Dabrowski, 1481. — Karol a Felden
Zakrzewski, 1483. — Ludwik Morteski, f 1509. —
Arnold Fracki, t 1529. — Mikolaj Dzialynski, 1539.
— Jan Sokolowski, 1544. — Stanislaw Kostka, 1546.
— Jan Dzialynski, 1551. — Jerzy Konopacki, f 1567.
— Jerzy Oleski, f 1577. — Jan Dulski, f 1590. —
Jerzy Konopacki, t 1602. — Achacy Plemietki, 1 1605.
— Jerzy Kostka, 1607. — - Michal Konarski, 1611. —
Jerzy Niemojewski, f 1615. — Jan Niemojewski,
t 1618. — Stanislaw Niemojewski, t 1620. — Maciej
Niemojewski, 1626. — Fabian Cerna, t 1629. — Lukasz
Elzanowski, 1636. — Stanislaw Dzialynski, f 1643. —
Albrecht Czerski, f 1648. — Jedrzej Krzystof Przy-
jemski, t 1662. — Damian Kretkowski, t 1674. —
Jedrzej Los, t 1685. — Jan Dzialynski, f 1679. —
Michal Dzialynski, f 1681. — Wladyslaw Los, 1683. —
Sébastian Czapski. — Kazimierz Zawadzki, t 1691. —
Jan Przebendowski, 1697. — Stanislaw Konopacki.
— Piotr Czapski, t 1717. — Piotr Czapski, 1726. —
Wladyslaw Kretkowski, t 1728. — Adam Koss. —
Jedrzej Grabowski, t 1737. — Stanislaw Konarski,
1754. — Tomasz Grabczewski, 1757. — Stanislaw
Skorzewski, 1758.
Travaux. — Bp. Stanislaw Okoniewski, Diecezja Chel-
minska, Pelplin, 1928. — X. Tadeusz Glemma, Historio-
grafta diecezji Chelminskiej , Cracovie, 1925. — Finkiel,
Bibliografia historiî polskiej, i-iii, Lwow, 1891-1904, au
mot Chelmno, ainsi qu'aux noms des dignitaires cités plus
haut. . — S. Ketrzynski, Chelminskie biskapstivo, dans Po-
dreczna encyklopedia koscielna, xxix, Varsovie, 1905, p. 7-12.
Sources. — C. P. Woelky, Urkundenbuch des Bislhums
Culm, Dantzig, 1887. — Spécialement pour les archives en
Pologne, Okoniewski, op. cit., 87-89. — Pour les archives
du Vatican, V. Meysztowicz, De archioio nuntiaturae Varsa-
oiensis, Vatican, 1944. — P. Savio, De nctis nuntiaturae
Polonicae, Vatican, 1945. — Voir, entre autres, Arch. nunt.
Vars., vol. 136, 146, 148; Nunt. Pol., vol. xxxi, add. .3, 176;
LX, add. 6, add. 7, 144, 2.56. — Pour le synode de 1928,
Okoniewski, Staiuta synodi dioec. Culmen.-sis, Pelplini...
habitue, A. D. 1928, Pelplin, 1929.
X. W. Meysztowicz.
CHEMINAIS DE MONTAIGU (Timo-
léon), jésuite français, f 1689. Voir D. T. C, ii,
2353-54.
CHEMINON, Chemino, Ciminum, S. Nicolaus
ad Chiminum, ancienne abbaye de chanoines réguliers
au dioc. de Chàlons (Marne), non loin de Vitry. Les
quelques ermites qui se trouvaient dans la forêt de
Luiz se donnèrent aux chanoines réguliers d'Arrouaise,
et Pascal II leur adressa une bulle de confirmation
en cet. 1102. Sept ans après, la communauté se trans-
porta au lieu appelé Cheminon. Les chanoines d'Ar-
rouaise adoptèrent les principes de gouvernement que
l'abbé de Cîteaux, S. Étienne Harding, venait de
donner à son ordre (ms. 562 de la bibl. d'Amiens :
concordance verbale avec la première rédaction de la
Charte de charité). Cette circonstance poussa Cheminon
à un rapprochement plus complet encore avec Cîteaux;
elle demanda l'afTiliation, qui fut accordée et confir-
mée par Innocent II en 1138. Cheminon devint
maison fille de Trois-Fontaines. Elle partagea les
vicissitudes des établissements de la région; en 1565
elle entra dans la grève des décimables; mais elle ne
sut pas éviter la commende ; on vit chez elle quatre fils
de la maison de Lorraine se succéder à cette sinécure
rémunératrice. L'étroite observance vint lui donner,
au xv!!": s., un regain de ferveur; en 1768, on y comp-
tait encore douze religieux.
Série des abbés: 1. Hugues, 1138. — 2. Robert, 1169.
— 3. André, 1189. — 4. Henri, 1208. — 5. Raoul I",
1225. — 6. Hugues II, 1230. — 7. Pierre, 1248. — 8.
Aubert, 1254. — 9. Guillaume, 1258. — 10. Guy,
1262. — 11. Geoffroy. — 12. Geoffroy II. — 13. Raoul
II, 1269. — 14. Philippe, 1271. — 15. Hugues III,
1279. — 16. Gérard, 1292. — 17. Nicolas, 1308. —
18. Étienne, 1309. — 19. Jean I", 1311. — 20. Cons-
tant, 1315-31. — 21. Garnier. — 22. Jean II, 1387. —
23. Jean de Tibimont, 1446. — 24. Anselme d'Ander-
ney, 1483-93. — 25. Oger de Dijon, 1497, démissionna
en 1503. — 26. Marc Dyllies, 1503. — 27. Louis de
Heiz l'Évêque, 1508, t 1526. — 28. Jean de Rancières,
commendataire, 1526-43. — 29. Claude d'Ancienville,
1546. — 30. Jacques Belleau, 1548, t 1583. — 31.
Charles de Lorraine !<"•, card., 1586. — 32. Henri de
Lorraine, év. de Verdun, 1595. — 33. Charles de Lor-
raine II, év. de Verdun, 1619. — 34. François de Lor-
raine, év. de Verdun, 1629. — 35. Louis-Marie- Ar-
mand de Simiane-de-Gordes, 1641. — 36. Claude-
Charles, dit comte de Poitiers, 1665-81. — 37. Maxi-
milien-Henri, dit comte de Poitiers, 1683. — 38. N.,
comte de Poitiers, 1704.
Archives : à Chàlons, 2 inventaires anciens, dont un du
xiii" s.; cartulaire (xiio-xiii» s.); nombreux actes anciens à
partir de 1110; plans. Paris, Bibl. nat., coll. Champagne,
vol. XIV, fol. 31-5.3. Vitry-le-François, bibl. municipale,
ms. 95, fol. 5.52 : donation. — Éd. de Barthélémy, Recueil
des chartes..., Cheminon..., Paris, 1883 (la plupart des
pièces sont analysées; celles dont le texte est donné en
entier sont la minorité). — Cottineau, 756. — Gall. christ.,
IX, 964. — .Jafté, n. 5 921, 6 563, 6 804, 7 874, 11 992,
13 051, 13 508, 15 245, 15 474, 16 083. — .Janauschek,
Orig. cisterc.. Vienne, 1877, p. 49. — Manrique, Ann. cisterc,
Lyon, 1642, année 1137, vu, 1, 8; 1140, x, 1 ; xi, 9. — Mar-
tène, Ampliss. coll., u, 888 : epist. Alex. III ad Henricum
Remensem. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. de
Louvain, 1933-41, passim. — Stein, Cartulaires français,
Paris, 1907, n. 924-925.
J.-M. Canivez.
CHEMNITZ, Bergkloster, abbaye bénédictine
dédiée à N.-D., située en Saxe, cercle de Zwickau.
Fondée vers 1136 par l'empereur Lothaire III, elle
fut supprimée en févr. 1541 par le duc Henri de Saxe.
Calendarium sive necrologium mona.iterii S. Mariae in
Kemniz..., éd. dans Mercken, .Scr. rer. Germ., ii, 1728,
p. 155-64 (éd. abrégée et assez défectueuse); éd. complète
par Hub. Ermisch, dans Codex dipl. Saxoniae reg. part. II,
vx, Leipzig, 1879, p. 472-82; voir Potthast, Bibl., 813. —
Cottineau, 756-57. — Studien und Mitleit. O. S. B., liv.
1936, p. 85-89.
P. VOLK.
CHEMNITZ (Martin), théologien luthérien
allemand (9 nov. 1522-8 avr. 1586). Voir D. T. C,
II, 2354-57.
627
CHEMNITZ
— CHERBOURG
628
Bibliogr. récente dans K. Schottenloher, Bibliogr. zur
deutschen Geschichte im Zeitalter der Glaubensspaltung,
1517-1585, I, Personen, Leipzig, 1933, n. 2850-58.
CHENGCHOW, ville du Honan (Chine cen-
trale), siège de la préfecture apostolique du Honan occi-
dental depuis le 22 janv. 1906; du vicariat apostolique
du même nom depuis le 2 mai 1911 ; du vicariat apos-
tolique de Chengchow depuis le 3 déc. 1924; devint
évêché, suffragant de Haifeng, le 11 avr. 1946. Il est
confié aux Missions étrangères de Parme.
Évêque : F. Tissot, 13 juin 1946, transféré à
Tsingtao.
L. Van Hee.
CHENGTING, ville murée du Tchely (Chine
septentrionale), siège du vicariat apostolique du
Tchely sud-occidental, démembré du diocèse de Pékin
en 1856; érigé en vicariat apostolique de Chengting le
3 déc. 1924, en évêché suffragant de Pékin le 11 avr.
1946. Il est confié aux Lazaristes.
Évêque: Job Tchen, vie. ap., 1939; év., 13 juin 1946.
L. Van Hee.
CHENGTU, Tch'engtou, ville célèbre du Szech-
wan (Chine occidentale), siège d'un vicariat aposto-
lique en 1696, réorganisé et modifié maintes fois;
devint vicariat apostolique du Szechwan nord-occi-
dental en 1856; dénommé Chengtu le 3 déc. 1924;
élevé au rang d'évêché le 11 avr. 1946. Il fut confié
dès les débuts aux Missions étrangères de Paris.
Évêque : J. V. M. Rouchouse, vie. ap., 1916; év.,
11 avr. 1946.
L. Van Hee.
CHENOUTÉ, martyr en Egypte. Voir Senouté.
CHEPHTONA, Haflûn, Heftûn, Hejlôn, Heph-
lôn, Heplôn, Hewiôn, Hiblûn, localité située sur la rive
gauche du grand Zâb, était siège d'un évêché nesto-
rien relevant de la métropole d'Arbèles.
Évêques : David (790), gouvernait en même temps
l'évêché de Henâythâ, comme l'atteste sa signature
sous la rétractation que dut faire Nestorius, prêtre
du monastère de Mâr Yozedeq, accusé de messalia-
nisme. — Marc (1074), devint par la suite métropolite
de Damas. — SabrîSô' (1092) et Gabriel (1257), assis-
tèrent respectivement au sacre des catholicos Mak-
kikhâ I" et Makkikhâ II.
Il faut distinguer ce diocèse de celui de Cheptian
(voir ce mot).
.1. S. Assemani, Biblioth. orient., Rome, 1719 sq., ii, 455;
III-2, 737 sq. — G. Hoffmann, Auszùge aus syrischen Akten
persischer Martyrer, Leipzig, 1880, p. 233 sq., 238, 240, 245.
— H. Gismondi, Maris Amri et Slibae de patriarchis nes-
torianorum comn}entaria (trad.), Rome, 1897 sq., part. I,
95, 105, 114 sq., 118, 133; II, 69. — E. A. Wallis Budge,
The Book of Governors, u, Londres, 1893, p. 388, 613. —
J.-B. Chabot, Synodicon orientale, dans Notices et extraits
des mss. de la Bibl. nal., xxxvii, Paris, 1902, p. 608, n. 3,
619. — E. Sachau, Zur Ausbreitung des Christentnms
in Asien, dans Abhandl. der preuss. Akad. der Wiss.,
Phil.-hist. Klasse, Berlin, 1919, p. 54.
Arn. Van Lantschoot.
CHEPTIAN, citée comme métropole chaldéenne
dans la profession de foi présentée par le patriarche
'AbdiSô" au pape Pie IV en 1562 (D. T. C, xi-1, 229),
avait comme évêchés sufiragants Chramleis et
Achusch. D'après Hoffmann, cette localité n'est autre
que Huftiyân-i-Surliâb, et non pas Heftûn, comme le
prétend Assemani.
J. S. Assemani, Biblioth. orient., Rome, 1719 sq., lii-2,
p. 429, 738. — G. Hoffmann, Auszûge aus syrischen Akten
persischer Martyrer, Leipzig, 1880, p. 241, n. 1915. — S.
Giamil, Genuinae relaliones inter Sedem apostolicam et
Assyriorum orientalium .seu Chaldaeorum Ecclesiam, Rome,
1902. p. 64.
Arn. Van Lantschoot.
CHERBOURG (N.-D. du Vœu), Beaia Maria
de Voto, Caesarisburgi, abbaye d'Augustins, vers 1145,
j dioc. de Coutances (Manche), à l'embouchure de la
i Divette. Pour bien comprendre les origines de cette
abbaye, il faut rappeler l'histoire d'institutions ana-
logues avec lesquelles les historiens l'ont souvent
confondue. Vers les années 1060-61, Guillaume le
Bâtard, duc de Normandie, étant tombé gravement
malade à Cherbourg, fait le vœu de fonder un chapitre
j s'il échappe -à la mort. Étant guéri, il donne des reli-
ques insignes à la chapelle castrale, la fait dédicacer,
et y installe des clericos canonica institutione servientes.
! Il leur assure les ressources nécessaires pour vaquer
librement à l'office divin et pour construire des mai-
! sons infra castellum. Bientôt le duc et ses vassaux
augmentent les revenus du chapitre composé de huit
chanoines placés sous la direction d'un custos et ayant
chacun une prébende déterminée. La comtesse Ma-
thilde y ajoute trois clercs inférieurs et, après la con-
quête de l'Angleterre, le chapitre reçoit des donations
situées dans le nouveau royaume. Les prébendes des
chanoines, qui ne furent jamais regulares, passèrent
en 1209 à l'évêché de Coutances et l'église fut détruite
en 1760. Voir la charte de fondation, éd. partielle dans
Gall. christ., xi, Instr., c. 229, et éd. complète, d'après
un vidimus de 1369, dans J.-L. Couppey, Charte de
Guillaume le Bâtard, duc de Normandie..., dans Mém.
de la Soc. acad. de Cherbourg, 1852, p. 154 sq.
L'initiative de la fondation d'une abbaye cister-
cienne à La Valasse, non loin de Lillebonne (Seine-
Infér.), revient à Gualeran, comte de Meulan, qui fait
appel aux moines de Morlemer. En 1157, la reine
Mathilde enrichit la communauté et mérite le titre de
seconde fondatrice. L'abbaye porte à cette époque le
I titre de N.-D. du Vœu. Cf. F. Somménil, L'abbaye
[ du Valasse, Évreux, 1904 et éd. du Chronicon Valas-
sense, Rouen, 1868. Quelques-unes des chartes rela-
tives à cette fondation ont été insérées par erreur
dans la notice consacrée à N.-D. du Vœu de Cher-
bourg par Dugdale, Monasticon, éd. 1830, vi-2, p. 1111.
Tout à fait indépendante des deux premières est la
fondation entreprise par la reine Mathilde vers 1145,
près de Cherbourg, à l'embouchure de la Divette.
j D'après une tradition constante, confirmée par des
I sources monumentales, cette princesse aurait été sur-
' prise par une tempête violente, au large de Cherbourg,
vers l'année 1145. Ayant fait le vœu de fonder une
abbaye, elle échappe au danger et entreprend tout
d'abord la construction d'une chapelle appelée N.-D.
du Vœu. Durant tout l'Ancien régime, ce sanctuaire
sera un centre de pèlerinage pour la population de
Cherbourg et, dès le xiii« s., le siège d'une confrérie de
Notre-Dame. En 1791, elle est donnée à la Marine,
mais, dès 1817, le clergé et les fidèles entreprennent
sa restauration. Cf. A. Besnard, De l'église de N.-D. du
Vœu de Cherbourg, dans Mém. de la Soc. acad. de
Cherbourg, viii, 1861; ix, 1867; x, 1870.
Mathilde entreprend alors, au même endroit, la
construction d'une abbaye qu'elle dote d'un patri-
moine important. Elle obtient de l'archevêque de
Rouen, Richard, le droit d'en disposer à sa guise et
c'est à juste titre que le nécrologe lui reconnaît le titre
de fondatrice. Pourtant, on ne sait s'il faut lui attri-
buer, ou bien à l'évêque de Coutances, Algar, l'intro-
duction d'une colonie de chanoines réguliers venant:
de S. -Victor de Paris, sous la direction d'un abbé Ro-
bert. Ces derniers occupent en tout cas le monastère
avant 1160. Suivant l'exemple de sa mère, le roi
Henri II accorde, durant les années suivantes, de
nombreuses donations. Pourtant la situation maté-
rielle de la communauté n'est pas encore satisfaisante
et, d'accord avec l'archevêque de Rouen, il décide
l'union des deux communautés de N.-D. du Vœu de
629
CHERBOURG
630
Cherbourg et de S.-Hélier fondée auparavant dans
l'île de Jersey et placée sous la direction d'un certain
Robert, chanoine d'Arrouaise. Il est prévu que l'abbé
résidera à Cherbourg et que S.-Hélier, pourtant trois
fois plus riche, sera réduit à l'état de prieuré comptant
cinq membres. La diversité des observances ne facilite
pas cette incorporation et les coutumes de S. -Victor
ne sont définitivement en vigueur que sous le troisième
abbé, Gautier, en 1185. Voir Robert de Torigny, Chro-
nicon, M. G. H., SS., vi, p. 516; description des docu-
ments par Dubosc, Inv. somm. des arch. dép. Manche,
série H, p. 295-297; L. Couppey, L'abbaye de N.-D. du
Vœu près de Cherbourg, p. 1-35.
Une série de bulles pontificales destinées à la com-
munauté — d'Alexandre III en 1180, d'Urbain III en
1186 et 1187, de Célestin III en 1192 — permet d'ap-
précier le développement de la fondation. On y trouve
la mention de 13 églises, desservies la plupart par des
chanoines et transformées en prieurés : Ste-Marie de
Beaumont, S. -Michel de Herqueville, S.-Pierre de
Hubertville, Ste-Marie de Vasteville, Ste-Marie de
Jomboc, S. -Laurent de Nacqueville, Ste-Geneviève
d'Amreville, S.-Hélier et Ste-'Trinité à Jersey, et, en
Angleterre, les paroisses de Hag, Hustone, Rechborn,
Blontendon. Au début du xin« s., des difficultés seront
suscitées par le chapitre cathédral de Coutances au
sujet du service de ces paroisses. Outre le statut
commun aux chanoines réguliers, les bulles permet-
tent la libre sépulture dans l'abbaye, les droits des
curés étant saufs ; la libre élection canonique, exercée
la première fois en 1204 par la communauté, restera en
vigueur jusqu'en 1517. Malgré la conquête de la Nor-
mandie par Philippe Auguste, le xiii« s. constitue pour
l'abbaye une époque de prospérité. Les rois d'Angle-
terre, les évéques de Coutances, les seigneurs nor-
mands, mais aussi les bourgeois de Cherbourg et les
prêtres de paroisses contribuent au bien-être temporel
de la communauté. Vers 1250, celle-ci compte 21 cha-
noines à Cherbourg et une vingtaine de (orenses,
répartis dans les prieurés. Les revenus sont de 800 li-
vres. Lors de ses visites, l'archevêque Eudes Rigaud
ne doit légiférer que contre des abus mineurs : pré-
sence de séculiers dans la clôture, sorties trop fré-
quentes des religieux, usage de peaux de lapin sur les
habits. En 1266, il se réjouit du renouveau de vie
intellectuelle dont fait preuve la communauté. A
partir de cette époque, les abbés prêtent régulièrement
serment d'obéissance à leurs évèques, mais, par ail-
leurs, ils jouissent dans Cherbourg et ses environs
d'une situation privilégiée : étant « seigneurs et pa-
trons de Cherbourg en partage avec le roi », ils exercent
les droits de haute justice dans un territoire étendu.
Voir les documents dans Dubosc, op. cit., p. 300 sq. ;
L. Couppey, L'abbaye N.-D. du Vœu de Cherbourg, ses
abbés, dans Rev. cath. de Normandie, xni, 1902-03,
passim; A. Drouet, La haute justice de l'abbaye N.-D.
du Vœu, dans Mém. de la .Soc. acad. de Cherbourg,
x\nn, 1910, p. 65 sq.
A partir de 1290 et pour de longs siècles, la lutte
continuelle entre la France et l'Angleterre va créer des
conditions de vie extrêmement difficiles pour la com-
munauté de N.-D. du Vœu. Située en dehors des forti-
fications, l'abbaye est soumise fréquemment au pil-
lage, entre autres en 1294 et en 1340. Les propriétés
importantes situées en Angleterre ne donnent presque
plus de revenus. En outre, l'un ou l'autre des adver-
saires procède à des confiscations contre lesquelles
les abbés ne se défendent que péniblement. Au cours
du xiv" s., ils organisent dans Cherbourg un refuge, le
manoir Sartrin, où vivent tant bien que mal les mem-
bres de la communauté réduite à dix environ. En 1406,
le supérieur sollicite du pape la permission de placer
des chanoines dans toutes les cures afin de subvenir
plus facilement à leurs besoins. En 1423, l'abbé fait
soumission au duc de Bedford, régent de France, et
entreprend la restauration de l'abbaye. L'église sera
réparée et réconciliée solennellement en 1464. Entre
temps des liens de fraternité sont établis avec les
abbayes de S. -Sauveur-le- Vicomte (1442), Ste-Tri-
nité de Lessay (1446), N.-D. de Montbourg (1450) et
S. -Nicolas de Blanchelande (1469). Voir ms. Cherbourg
114, fol. 224 sq. En 1478, l'abbé élu canoniquement
par 14 profès est écarté en faveur de Jean de Ker-
quendlam, nommé par Sixte IV en vertu du droit de
réserve pontifical. Peu après, en 1552, par suite du
concordat du Latran de 1516, le roi de France nomme
désormais les abbés qui seront donc commendataires.
La plupart d'entre eux s'occuperont uniquement de
toucher leurs revenus, au détriment de la reconstruc-
tion de l'abbaye. Depuis 1605, la communauté a été
retranchée, par bref pontifical, de l'ordre de S. -Victor
et placée directement sous la juridiction de l'évêque de
Coutances. Ce dernier constate en 1641 que la vie
commune ne peut être respectée, faute de locaux adap-
tés. Malgré cela, l'abbé commendataire se réserve plus
d'un tiers des revenus. Il faut attendre 1689 pour voir
la réforme s'introduire à Cherbourg. Pour tout ceci,
voir L. Couppey, op. cit., 1906 à 1913, passim.
En 1689, l'abbé commendataire Alexandre-Guil-
laume Le Jay s'adresse, mais en vain, à la congréga-
tion de France pour réformer son abbaye. Il se tourne
alors vers un centre religieux local : Bourg-Achard.
Les quatre chanoines établis en 1132 par Nivelon du
Bosc dans sa collégiale de Bourg-Achard avaient, en
1142, à l'initiative de l'un d'entre eux et avec l'accord
de Roger, héritier de Nivelon, adopté les coutumes
des chanoines réguliers de S.-Jean-de-Falaise. Lorsque
cette dernière communauté passe, en 1158, à l'ordre de
Prémontré, Bourg-Achard devient indépendant. Dans
les dernières années du xii"= s., de nombreuses dona-
tions accroissent de manière sensible le temporel. On
trouve une dizaine de chanoines auxquels il faut ajouter
les desservants d'au moins six prieurés-cures. L'his-
toire ultérieure du prieuré échappe presque entière-
ment, faute de sources. Toutefois, au xvii« s., après
une vaine tentative de réforme par affiliation à Ste-
Geneviève, la vie régulière reprend vers 1685, grâce à
l'initiative de l'archevêque de Rouen qui y introduit le
P. Jean Moulin, prieur de S.-Cyr de Friardel, au dioc.
de Lisieux. Très rapidement, et malgré une certaine
opposition de la congrégation de France, Bourg-
Achard devient le centre d'un groupement de maisons
ferventes comprenant, outre N.-D. du Vœu de Cher-
bourg, Sausseusse, S. -Laurent de Lions, Yvernaux,
au dioc. de Paris, et Beaulieu, près de Rouen. Les
coutumes rédigées à cette époque pour les membres de
la congrégation sont conservées dans le ms. Ste-Gene-
viève 2979. Cf. L. Passy, Notice sur le cartulaire de
Bourg-Achard, dans Bibl. de l'Éc. des chartes, xxi,
1861, p. 342 sq. et xxii, 1862, p. 513 sq. ; P. Duchemin,
Hist. de Bourg-Achard, Pont-Audemer, 1890; pour
plus de détail, voir Cottineau, i, 459.
En 1689, six chanoines réformés de Bourg-Achard
viennent s'installer, suivant les clauses d'un contrat,
à côté de l'ancienne communauté destinée à dispa-
raître progressivement. Des difficultés éclatent entre
les deux groupes, mais bientôt les réformés prennent
le dessus, ouvrent des écoles pour enfants et s'assurent
un recrutement sérieux. En 1695, deux chanoines
partent de Cherbourg pour tenter la réforme de La
Bloutière. Malgré le mauvais vouloir des commenda-
taires dont la cupidité freine le travail de reconstruc-
tion, la vie religieuse se maintient jusqu'au milieu du
xviii« s. On ne compte pas moins de huit professions en
l'espace de deux ans. Malheureusement, en 1758, une
invasion anglaise provoque le pillage de l'abbaye et les
631
CHERBOURG
— CHÉRI AN A
632
difficultés avec les commendalaires augmentent en
conséquence. Dès 1764, l'abbé Claude-François de
Mury projette la suppression de la communauté.
L'arrêt définitif est rendu le 12 oct. 1774. Cinq reli-
gieux rentrent dans leur famille, tandis que trois
d'entre eux se groupent dans une maison de Cher-
bourg pour continuer la vie régulière. A cette époque,
les revenus de l'abbaye sont encore évalués à 50 000 li-
vres. Cf. L. Couppey, op. cit., 1912-13.
Liste des abbés (d'après ms. Cherbourg 114 et L.
Couppey, op. cit.). — Robert, 1160-68; Benjamin,
1168-84; Richard, 1185-1204; Eudes, 1204-25; Guil-
laume I", 1225-35; Roger I" de Vauville, 1235-40;
Roger II Poutrel, 1240-56; Raoul I" Maquerel, 1256-
66; Richard II Durand, 1267-82; Guillaume II de
Getheville, 1282; Raoul II Du Clos, 1282-95; Robertll
de Coudray, 1295-1331; Robert III Le Pouchin, 1332-
49; Guillaume III de Troismonts, 1353-86; Onfroy,
1386-94; Richard III, 1394-1409; Philippe de Barne-
ville, 1409-18; Robert V, 1419-22; Michel Foubert,
1422-31; Jean II Basan, 1431-44; Jean III Baudaire,
1444-59; Gautier le Blond, 1459-78; Jean IV de Ker-
quendlam, 1478-87 ; Thomas Léonard, 1487-91 ; Jean V
Hubert, 1492-1504; Jean VI Noël, 1504-14; Jacques
Marette, 1514-18; Léobin le Pilastre, 1552-83; Lan-
celot de Matignon, premier commendataire, 1583-88;
Louis I" le François et Robert Eustache, 1598-1605;
François I" Hotman, 1605-36; Alexandre Guillaume
Le Jay, 1636-1704; Louis du Pertat de Villemareuil,
1704-05; Étienne Valat, 1707-30; Jean- Joseph Le
Normant, 1730-53; Louis-Achille de Cugnac de Dam-
pierre, 1753-58; Claude-François de Mury, 1759-72;
Alphonse-Hubert Lattier de Bayanne, 1772-90.
Les archives conservées aux archives départementales
de la Manche, à S.-Lô, ont été détruites en 1944. On en
trouve toutefois des copies dans les mss. Cherbourg 119,
copie du XVIII» s.; Cherbourg 115, cartulaire du xvi« s.;
Paris B. N., lat. 10068, fol. 22-.37 ; B. N., nouv. acg. lat. 2242
et 1649. Histoire manuscrite de l'abbaye, par E. Jardin,
ms. Cherbourg 296 et ms. Cherbourg 49, fol. 707-764. Le
ms. Cherbourg 114 contient une copie, faite au xviii" s.,
des coutumes de S. -Victor en usage dans l'aJibaye. On a
perdu la trace du nécrologe et du rituel cités par les anciens
historiens.
Gall. christ., xi, 940-944. — A. du Monstier, Neustria pia,
Rouen, 1663, p. 813-816. — Dugdale, Monasticon, éd. 1830,
vi-2, 1110-1112. — Beaunier-Besse, vu, 150. — Dubosc,
Inv. somm. des arch. dép. de la Mancfie, série II, i, S.-Lô,
1866, p. 295-682. — Fourier-Bonnard, Hist. de l'abbaye
royale de S.-Victor, i, Paris, s. d., 159 et 229. — L. Couppey,
L'abbaye de N.-D. du Vœu près de Cherbourg, Évreux, 1910;
L'abbaye N.-D. du Vœu et ses abbés, dans Rev. cath. de Nor-
mandie, 1903-1913, passim. Pour plus de détails, voir Cot-
tineau, i, 759.
C. Dereine.
CHERBURY (Épouard- Herbert, premier
lord), déiste anglais (1583-1648). Voir D. T. C, ii,
2357-60.
CHERCAMP. Voir Cercamp.
1. CHERCHEMONT (Jean de). Né à La
Motte-S.-Héraye (Deux-Sèvres), il était dit, le 1 1 sept.
1316, clerc et conseiller du régent Philippe le Long,
et également chancelier de Charles de Valois (G. Mol-
lat, Lettres communes de Jean XXU, i, n. 944, 966). Il
posséda des canonicats à N.-D. de Paris, à Chartres,
à Ste-Radegonde de Poitiers, à S. -Martin de Tours, à
Beauvais et à Autun. Il fut, en outre, chanoine et
doyen de Poitiers, archiprêtre de Melle (Deux-Sèvres),
chanoine et trésorier de Laon, prévôt de Chalautre-la-
Grande (Seine-et-Marne), et obtint le personat de
Nibas (Somme) et la fonction de notaire de la cour
archiépiscopale de Narbonne. Jean XXII le chargea,
avec Renaud de la Porte, archevêque de Bourges,
d'opérer des réformes à l'université d'Orléans, le
7 juin. 1317 (M. Fournier, Statuts et privilèges des
universités françaises, i, Paris, 1890, n. 50). Dévoué à
Philippe le Long, il figura parmi les quinze agents qui
négocièrent secrètement et vainement, en 1317, un
accord avec les seigneurs qui voulaient l'écarter de la
succession au trône de France. Devenu roi, Philippe V
le désigna comme son procureur pour entamer des
pourparlers de paix avec les Flamands. En cette qua-
lité il assista à la conférence tenue à Royal-Lieu, près
de Compiègne (11 oct. 1318); mais comme celle-ci
échoua, il se rendit à Avignon afin de provoquer l'in-
tervention de Jean XXII (P. Lehugeur, Hist. de
Philippe le Long, roi de France, i, Paris, 1897, p. 101,
142, 144, 332-38). Le roi le nomma chancelier en janv.
1321. Jusqu'à sa mort, survenue le 25 oct. 1328, Jean
de Cherchemont conserva cette importante charge.
De son vivant, il fonda la collégiale de Ménigoute
(Deux-Sèvres). Son neveu, avec lequel on l'a parfois
confondu, lui dut de multiples honneurs et l'épiscopat.
G. MoUat, Letlres communes de Jean XXII, voir la table
des matières aux mots Johannes de Cherchemont. — M. Bou-
let, Quaestiones Johannis Galli, Paris, 1944, p. 279. — L.
Perrichet, La grande chancellerie de France des origines à
1328, Paris, 1912.
G. Mollat.
2. CHERCHEMONT (Jean de). — Neveu du
précédent, il fut chanoine prébendier et chantre de
Ste-Radegonde de Poitiers (18 févr. 1318), chanoine
de Beauvais (10 juin 1322), chanoine prébendier et
doyen de S.-Germain-l'Auxerrois à Paris (17 févr.
1323). Il posséda aussi un canonicat et une prébende
à S. -Quentin (Aisne), à Vatan (Indre) et à Âlortagne
(Orne). Jean XXII lui accorda une dispense d'âge
— il avait seize ans — pour garder la chantrerie de
Ste-Radegonde (15 mai 1319). A deux reprises diffé-
rentes le pape lui accorda l'autorisation d'étudier le
droit civil et de le lire (1" janv. 1322 et 23 mars 1324);
puis il le promut évèque de Troyes le 26 avr. 1324. Le
prélat, qui n'avait d'autre ordre que le sous-diaconat,
n'avait point encore reçu la consécration épiscopale le
2 mai 1325; c'était chose faite le 23 juill. Une bulle du
18 févr. 1326 le transféra sur le siège d'Amiens. Le
23 mars, une autre lui donnait dispense d'âge pour
gérer son évêché. Le prélat encourut la suspense et
l'excommunication en n'acquittant pas en temps
voulu les services communs; il dut s'en faire relever
le 23 juill. 1327. LTne autre mésaventure lui arriva :
jusqu'en 1332, il cacha, sur le conseil de son oncle, la
vérité sur une supercherie qui datait de loin et qui
l'avait entaché d'irrégularité; en effet, il avait reçu
jadis des bénéfices sans obtenir dispense d'âge et de
suivre des cours de droit civil; d'où la nécessité de
recourir au S. -Siège et de lui dévoiler la supercherie
commise. Jean de Cherchemont mourut le 26 janv.
1373.
J.-M. Vidal, Bull, de l' Inquisition française au XfV s. et
jusqu'à la fin du Grand Schisme, Paris, 1913, p. 142-43,
148-49 (part prise au procès d'hérésie d'un clerc); Lettres
communes de Benoit XII. — G. Mollat, Lettres communes
de Jean XXII, voir la table des matières à Joannes de
Cherchemont. — Gall. christ., x, 1192-93; xii, 510-11.
G. Mollat.
CHÉRI. Voir Chéhery.
CHÉRI AN A, Xepfava, XEppi'otva, XEppafava,
évêché de la province du Lazique, dépendant de
Trébizonde. Ce nom est à la fois celui d'un village et
celui de la contrée environnante, située au sud-ouest
de Trébizonde et au nord-ouest d'Erzincan. Il paraît
pour la première fois dans les listes épiscopales au
x« s., comme protothronos de Trébizonde (H. Geizer,
Ungedruckte und ungeniigend verôffentlichte Texte der
Notitiae episcopaluum, dans Abh. der k. bayer. Akad.
633
CHÉRIA NA
C H É R O N
634
der Wiss., 1. I, xxi, sect. m, Munich, 1900, p. 576).
Cet évêché disparut probablement lors de la conquête
turque et fut uni à celui de Chaldia (voir ce mot). On
ne connaît ni son histoire ni le nom d'aucun des pré-
lats qui en occupèrent le siège.
Le titre de Chériana a été conféré dans l'Église
romaine sous la forme Caraciensis. Théobald, O. F. M.,
13 nov. 1363-5 nov. 1365. — Evrard de Muisgen,
O. Carm., 22 janv. 1397-t 1400, sufiragant à Cologne.
— Henri de Wynter, O. S. A., 24 nov. 1400-?, auxi-
liaire en plusieurs diocèses. — Bernard Foiardi,
O. F. M., 18 déc. 1437.
Chrysanthe Philippidès, 'H 'EKKATitrfa TponrejoOvTOS, dans
'ApxEîov nôvTou, v-vi, 16.3. — Ann. pont., 1916, p. 389.
R. Janin.
CHERLIEU, Carus locus, Kari locus, célèbre
abbaye cistercienne au dioc. de Besançon, sur la
comm. de Montigny-lez-Cherlieu (Hte-Saône). Fondée
par Réginald III, comte de Bourgogne, en 1127, elle
aurait été occupée deux ou trois ans par des chanoines
réguliers, mais donnée ensuite à S. Bernard, qui y
envoya ses moines claravalliens. Elle prit rapidement
de magnifiques accroissements; son personnel attei-
gnit parfois le chiffre de 600. Cinq abbayes filles furent
créées durant ce même xii« s. : Acey en 1136, Haute-
rive en 1138, le Gard en 1139, Hautcrêt en 1143 et
Beaulieu-en-Bassigny en 1170. Cherlieu a compté des
hommes remarquables au nombre de ses abbés; l'un
d'eux fut élu à Clairvaux en 1312, un autre passe à
Morimond et de là à Cîteaux en 1503, pour succéder
à Jean de Cirey. Les épreuves cependant n'ont pas
manqué ; la guerre de Cent Ans fait passer et repasser
les armées sur Cherlieu; les années 1336, 1339, 1359,
1431 furent fatales. En 1636, les Suédois ravagent la
vaste et antique église.
A cette époque les difficultés avec les abbés com-
mendataires duraient déjà depuis un siècle. Charles
de Brassey, premier commendataire (1515), prétend
exercer la juridiction spirituelle sur la communauté
et nomme prieur Humbert Cordienne. Grand émoi au
chapitre général de 1523. Claude de La Baume, arche-
vêque de Besançon et commendataire de Cherlieu
(1546), fit la même tentative, puis retira le prieur de
son choix, Nicolas Guérin, pour en faire son évêque
auxiliaire. En 1768, l'abbaye ne comptait plus que
dix religieux; ce groupe restreint ne sut pourtant pas
se dérober à l'engouement général de l'époque et vou-
lut à tout prix rebâtir en style nouveau. La Révolu-
tion de 1793 arrêta les travaux. Église et bâtiments
devinrent une carrière ouverte où l'on vint s'appro-
visionner de matériaux de construction. L'ancienne
propriété monastique est depuis lors « la forêt doma-
niale de Cherlieu ».
Série des abbés: 1. Guy I", 1131 (cf. P. L., clxxxii,
1121, Praefatio seu Tract, de Cant., qui est de lui plus
que de S. Bernard). — 2. Luc, 1162, f vers 1175. —
3. Pierre I", 1179. — 4. Guy II, 1188. — 5. Gabaud,
1196. — 6. Galo, 1209. — 7. Guy III, 1214-26. — 8.
Réginald, démissionna en 1227, t 1228. — 9. G., 1229.
— 10. Albéric, 1241. — 11. Guillaume I", 1242. —
12. Bésonce, 1255. — 13. Simon, 1264. — 14. Gau-
thier, 1275. — 15. Jean I", 1277. — 16. Richard,
1304. — 17. Guillaume II, élu à Clairvaux en 1312.
— 18. Thibaut, 1314. — 19. Jean II, 1317-20. — 20.
Réginald II, 1323, 1328. — 21. Arnoul, déposé par le
chapitre général. — 22. Guy IV de Caudenay, 1338. —
23. Nicolas de Campignolle, 1341, t 1357. — 24. Odon
de Pierrefltte, 1358, t 1365. — 25. Jean III, 1369. —
26. Guy V de Pierrefltte, 1393-96. — 27. Jean IV de
Vaux, 1396-1400. — 28. Jean V d'Aynans, 1400-10.
— 29. Laurent, 1412. — 30. Étienne. — 31. Jacques I"
de Montigny, t 1456. — 32. Jean VI, f 1459. — 33.
Égide de La Tour. — 34. Drouhet Henrion, 1483,
déposé par le chapitre général pour dilapidation. —
35. Jacques II de Pontailler, 1491, élu à Morimond en
1495, à Cîteaux en 1503.— 36. Matthieu Six, 1496.—
37. Remi Morelot, 1500. — 38. Charles de Brassey,
1515, commendataire. — 39. Claude de Nicey, 1522,
t 1546. — 40. Claude de La Baume, archev. de Be-
sançon, 1546. — 41. Prosper de La Baume-Montrevel,
1579-99. — 42. Ferdinand de Rye, archev. de Be-
sançon, 1599. — 43. François de Rye, archev. de
Besançon, t 1637. — 44. Pierre de Cléron, 1639. — 45.
Antoine-François de Blitterswyck de Moncley, 1694,
t 1734. — 46. Louis de Berton de Crillon, archev. de
Narbonne, 1734-51. — 47. N. Playcart de Rayge-
court, év. d'Aire, 1758. — 48. Matthieu Poncet de la
Rivière, év. de Troyes, 1758-80. — 49. Matthieu-
Jacques de Vermont, 1790; il touchait 40 000 livres
de l'abbaye.
Archives : dép. de Hte-Saône, 96 art., H 246; cartulaire
(1127-1209), copie du XVII' s.; inventaire général. — Quel-
ques pièces dans les arch. dép. du Doubs, du Jura, du Nord
(28 H, n. 4, 33). — Paris, Bibl. nat., ms. lat. 10 973, cartu-
laire XIII' s.; coll. Bourgogne, ms. 119, fol. 10; coll. Moreau,
ms. 873, fol. 328, 446, 874. — Ste-Geneviève, ms. 1253 :
lettre de Matthieu Six, 1498.— Besançon, bibl. municipale,
ms. 1215, fol. 136 ter : anniversaires à célébrer; coll. Chifllet,
ms. 49, fol. 39; coll. Droz, ms. 41, fol. 121 : donations de
1150-1214; coll. Dunand, ms. 30, p. 483; coll. Duvernoy,
ms. 39, fol. 50; ms. 77, fol. 144, 169, 326, 363. — M. Aubert,
L'archil. cisterc. en France, i-ii, Paris, 1943, passim. —
L. Besson, Mém. hist. sur l'abbaye de Cherlieu, Besançon,
1847. — Chatelet, Les monuments de l'abbaye de Cherlieu,
1885-86. — Cottineau, 760. — Denifle, Désolation..., i,
383; II, 52, 53, 248. — J. Finot, Les derniers mainmortables
de l'abbaye de Cherlieu, 1881. — Gall. christ., xv, 252. —
Janauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p. 19. — H. Hirsch,
Die elsâssisch-burgundischen Zisterzienser-Privilegien. Frie-
drich I., 1938. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642,
année 1131, v, 1. — Martène, Voyage litt., i, 138. — Pot-
thast, Reg., 241. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii,
éd. de Louvain, 1933-41. — Stein, Cartulaires français,
Paris, 1907, n. 931, 932.
J.-M. Canivez.
CHÉRON (Saint), ou Cheron (on ne tient pas
compte à Chartres de l'accent aigu), Caraunus. Si
l'antiquité du culte rendu à Chartres au martyr S.
Chéron est une chose bien avérée, on n'en saurait dire
autant des faits de l'histoire de ce saint personnage
telle qu'on la lit dans ses Actes. Ce document que l'on
attribue avec vraisemblance au ix^ s., et que l'on
trouve, dès le x«, dans un lectionnaire chartrain,
paraît avoir été composé dans l'abbaye de la banlieue
chartraine où l'on vénérait le tombeau du saint. Voici
ce qu'on lit dans ce récit.
Chéron, issu d'une illustre famille romaine, résolut,
après de brillantes études, de se consacrer au Seigneur.
Après avoir refusé de se marier, il entra dans le clergé,
où il monta jusqu'au « sixième degré », ce que l'on
entend d'ordinaire du diaconat. Désireux de prêcher
l'Évangile, il en reçut la mission de S. Clément, comme
S. Pothin et S. Denis. Il s'arrêta d'abord dans une île
de la Méditerranée, puis à Marseille et à Lyon, mar-
quant son passage par des conversions et des miracles.
De Lyon il se rendit à Chartres où il trouva un très
petit nombre de chrétiens et une grande multitude de
païens. Le narrateur ne raconte qu'un fait se rappor-
tant au séjour du saint à Chartres : la guérison d'un
paralytique. Avec quelques disciples, il se dirigea
vers Paris, mais, non loin de Chartres, ses compagnons
ayant fui, il fut décapité par des voleurs. On retrouva
son corps près de Chartres, sur une hauteur dominant
la vallée de l'Eure, en un lieu où il avait exprimé le
désir de recevoir la sépulture.
Il est bien difTicile de savoir ce qu'il peut y avoir
d'historique dans ce récit, et même à quelle époque il
convient de placer la mort de S. Chéron. Les bollan-
635
CHÉRON
— CHERSONNÈSE
636
distes n'ont pas cru qu'il ait vécu avant le v«s.; Baillet
a placé son martyre vers la fin de ce même siècle. Il
n'y a même pas à discuter l'opinion de ceux qui ont
voulu faire de S. Chéron un évêque de Chartres.
En somme, le cas de S. Chéron est un cas assez
banal en hagiographie. On a honoré le tombeau d'un
saint personnage dont l'histoire ne tarda pas à s'ou-
blier; plus tard, on a comblé cette lacune au moyen
d'une œuvre d'imagination utilisant peut-être, mais
dans une mesure impossible à déterminer, quelques
données traditionnelles. Une basilique fut élevée, dès
le vi'' s., sur son tombeau; elle fut desservie par des
moines, ensuite par des clercs, puis, depuis le xii« s.
jusqu'à la Révolution, par des chanoines réguliers.
Probablement dès l'époque mérovingienne, mais sûre-
ment dès le ix'' s., le tombeau de S. Chéron était un
lieu de pèlerinage. La principale fête du saint était et
est encore célébrée dans le diocèse de Chartres le
28 mai; outre cette fête on solennisait dans l'abbaye
une translation, à la date du 18 oct. S. Chéron est
mentionné dans le martyrologe d'Usuard. Son culte
est passé du diocèse de Chartres dans d'autres dio-
cèses, notamment dans celui de Paris.
A. S., mai, vi, 749-754. — Clerval, Les écoles de Char-
Ires, 1895, p. 28. — Souchet, Hist. du dioc. et de la ville de
Chartres, ouvrage du xvii« s. publié de 1866 à 1873, i,
320-34.
Y. Delaporte.
1. CHERSONNÈSE (Xepaôvriaoç ou mieux
Xeppôvrjaoç), évêché de CRÈTE, dépendant de Gor-
tyne. Il existait trois villes de ce nom dans l'île. Celle
qui fut dotée d'un évêché se trouvait sur la côte nord,
à 25 km. de Cnossos. Ses ruines sont encore visibles
près des villages de Chersonésos et d'Episcopiano.
L'évêché existait de façon certaine depuis le v« s. On
voit en effet plusieurs de ses titulaires prendre part
aux conciles de cette époque. Il disparut pendant que
les Vénitiens furent maîtres de l'île (1204-1669), ou
plutôt il fut remplacé par un évêché latin du nom de
Chironensis, Kironensis, Kyronensis. La succession
orthodoxe reprit après la conquête turque. L'évêché
fut uni à la métropole en 1838, rétabli en 1842 et
définitivement supprimé en 1900.
Voici quels sont les titulaires grecs sur lesquels on
possède des renseignements certains. Andérius assista
au concile d'Éphèse (431; Mansi, iv, 1216 B, 1365 B;
VI, 872 C). — Longin était au Brigandage d'Éphèse
(449; ibid., vi, 612 A) et au synode réuni à Constanti-
nople un peu plus tard {ibid., vi, 749 B, 756 B). —
Euphratas signa la lettre des évêques de la province
à l'empereur Léon à propos du meurtre de Protérius
d'Alexandrie (458; ibid., vu, 622 D). — Sisinnius I"
prit part au concile in Trullo (692; ibid., xi, 996 A). —
Sisinnius II était au second concile de Nicée (787;
ibid., XIII, 145 B, 392 A). — La période moderne n'est
guère plus fournie en titulaires. Vers la fin du xvii« s.,
Raphaël, ancien évêque de Chersonnèse de Crète,
était proédros ou administrateur du patriarcat d'Och-
rida, dont il devint titulaire le 8 juin 1699 (H. Gelzer,
Der Patriarchat von Ochrida, Leipzig, 1902, p. 77-80).
— Nicéphore occupait le siège en 1701 (A. Papado-
poulos-Kérameus, "l£pocroÂu|jiTiTiKTi piêXio6r)Kri, iv,
301). — Nectaire, en 1725 (Revue de l'Orient Latin,
1893, p. 314). — Gérasime Calognomon, 1788 (M. Gé-
déon, norrpiapxiKai ècpTmepîSEÇ, Athènes, 1937, p. 348).
— Mélétios, ?-t avant janv. 1870 ('EKKXriaïaaTiKfi
'AAfiÔEia, II, 634). — Timothée Castrinoyoannakès,
20 janv. 1870-20 sept. 1882 (ibid., xvi, 424). — Denys,
déc. 1882-11 mars 1896. — Agathange, 11 mars 1896,
transféré en sept. 1900. L'évêché fut alors supprimé.
Évêques résidentiels latins : Marin, 7 oct. 1252-?. —
Paganus, 19 avr. 1257-?. — Léonard, vers 1290-
t avant févr. 1306. — Boniface Donoraticus, O. P.,
17 févr. 1306-1328. — Jean, administrateur, 4 juill.
1328-?. — François, ?-t avant oct. 1359. — Jean de
Canali, O. F. M., 21 oct. 1359-t avant juill. 1374. —
André Lorenzo, O. F. M., 14 juill. 1394-t avant sept.
1398. — François Pavoni, 26 sept. 1398-8 févr. 1406.
— Jacques, 1^' mars 1406-?. — Nicolas Catanigo,
3 mars 1410-t avant mai 1428. — François Premarino,
17 mai 1428-1465. — Marc de Nona, 15 févr. 1465-
1483. — Nicolas de Monte, 14 févr. 1483-1521. —
j François Dandolo, 2 oct. 1521-1526. L'évêché fut
j uni à celui d'Ario (Agrion) le 17 oct. 1527, union con-
firmée le 18 févr. 1537. — Marc Adantino, O. F. M.
Obs., 20 févr. 1538-?. — Tite, 1549. — Jean-François
Verdura, 7 juin 1549-t 1572. — Jules Floretti, O.F.M.,
5 sept. 1572-t 1587. — Jean-Baptiste Bernini, O.F.M.
Conv., 7 aoiît 1587-?. — Dominique Mudaccio, 10 oct.
1605-?. — Pierre, dernier évêque résidentiel, 1605?-
1637.
Évêques titulaires latins : Jean de Rossi, 24 mars
1634-24 oct. 1657, coadjuteur à Céphalonie. — Victor-
Antoine de Glutz, 29 mai 1802-?, auxiliaire à Bàle. —
Baron Casimir Haefïlin, 1810-18 avr. 1818, ministre
de Bavière à Rome. — Jean-Théodore Laurent,
25 févr. 1842-t 20 févr. 1884, vicaire apostolique de
Luxembourg. — Holowinski, 1850-?, suffragant de
Mohilew à S.-Pétersbourg. — Marc Chatagnon,
M. E. P., 25 janv. 1887-t 26 nov. 1920, vicaire aposto-
lique du Su-Tchuen méridional. — Raphaël Balanza
Navarro, 13 août 1923-2 mars 1928, auxiliaire à
Tolède. — Antoine Cardona Riera, 10 mars 1928,
coadjuteur à Majorque.
Le Quien, i, 269-72. — • Smith, Dictionary o/ Greek and
Roman Geography, i, 607. — Burchner, dans Pauly-Wis-
sowa, III, 2251-52. — MEyàXri èXXriviKf) êyKUKAo-rraiSela,
xxiv, 575. — Eubel, i, 192; ii, 142; m, 181. — Ann. pont.,
1916, p. 389. — Germain de Sardes, 'E-rriaKOTriKol KaTàÂoyoi
Tfjs 'EKKAr|CTla5 Kpi^Tr|ç, dans 'EKKAriaiotCTTiKbs «Pàpos, xxxv,
1936, p. 97-101.
R. Janin.
2. CHERSONNÈSE (Xepa6vTiaos), évêché de
la province d'EUROPE, dépendant d'Héraclée. Cette
bourgade, qui n'eut jamais aucune importance, se
trouvait au commencement de la presqu'île de Galli-
poli, aux environs d'Hexamili. L'évêché ne fut peut-
être établi qu'au iv^ ou au v« s. On ne lui connaît qu'un
seul titulaire, Pierre, qui assista au Brigandage
d'Éphèse (449; J. Fleming, Akten der ephesinischen
I Synode vom Jahre 449 syrisch, 1917, p. 9, 1. 18). On
j ignore à quelle époque disparut ce siège qui figure
: cependant sur les listes épiscopales jusqu'au milieu
du x« s., puisqu'on le retrouve dans la Nova Tactica
de Constantin Porphyrogénète (H. Gelzer, Georgii
Cyprii descriptio orbis Romani, Leipzig, 1890, p. 63),
mais qui disparaît dans les suivantes. On n'a même
pas d'exemple que l'Église grecque de Constantinople
l'ait conféré comme titulaire. Il en est de même dans
l'Église romaine.
Le Quien, i, 1127-28. — • Smith, Dictionary of Greek and
Homan Geography, i, 608. — Burchner, dans Pauly-Wis-
sowa, m, 2251-52. — ME/dAr) éXXriviK^i éyKUKAoTraiSeia,
i XXIV, 575.
R. Janin.
3. CHERSONNÈSE (XepCTOvvi^aoç, Xepacbv
pour les Bj'zantins), évêché de la province de ZÉ-
CHIE, puis archevêché indépendant et enfin métro-
pole. Cette ville, fondée par une colonie dorienne,
occupait l'emplacement de Khorsun, près de Sébas-
topol en Crimée, et n'a aucun rapport avec le moderne
Kherson d'Ukraine. Elle passa entre les mains de
plusieurs peuples et fut au Moyen Age le centre d'un
petit État qui gravitait dans l'orbite de l'Empire
byzantin. Justinien II y fut relégué par Léonce en 695
et le césar Nicéphore par son frère Léon IV Khazare.
637
CHERSONNÈSE
— CHERTSEY
638
en 775. Théophile en fit la capitale d'un thème qui
porta le même nom. Les Tatares s'emparèrent de la
ville en 1427 et les Turcs la détruisirent en 1475; ils
employèrent les matériaux à la construction de
Sébastopol.
L'évêché fut promu de bonne heure à la dignité
d'archevêché, puisqu'il paraît comme tel dans la plus
ancienne liste épiscopale que l'on connaisse, celle du
Pseudo-Épiphane, où il occupe la 24« place (H. Gelzer,
Ungedruckte und ungenûgend verôjfenlliche Texte der
Nolitiae episcopatuum, dans Abh. der k. bayer. Akad.
der Wiss., cl. I, xxi, sect. m, Munich, 1900, p. 535).
Il est le 25« dans celle de 806-15 (G. Parthey, Hiero-
clis Synecdemus et notitiae graecae episcopatuum, Ber-
lin, 1866, p. 165), le 24^ dans celle de Basile l'Armé-
nien (H. Gelzer, Georgii Cyprii descriptio orbis Romani,
Leipzig, 1890, p. 4), le 19^ dans celle de Léon le Sage
(H. Gelzer, Ungedruckte..., 551), le 21i^ dans la Noua
Tactica (H. Gelzer, Georgii Cyprii..., 60), le 22^ dans
la liste de Jean Tzimiscès (H. Gelzer, Ungedruckte...,
570). Enfin Cherson est la 65« métropole sous Andro-
nic II, après avoir occupé la 53« place (H. Gelzer.
Ungedruckte..., 599), la 52« sous Andronic III {ibid,,
608). On ne la retrouve pas dans la liste de la fin du
xve s., la ville étant alors détruite par les Turcs.
On connaît quelques faits concernant Cherson au
xiv» s. Sous le patriarche Jean XIV Calécas (1337-47),
le métropolite Jérémie promet de rester dans son
éparchie (Miklosich-Miiller, Acta et diplomata graeca
Medii Aevi, i, 184). En juill. 1365, Ignace, évêque de
Nysse, est transféré à Cherson {ibid., 475). Il ne dut
pas occuper longtemps ce siège, puisqu'en oct. 1368
le diocèse est confié au métropolite de Gothie (ibid.,
500-01). Thaddée signe le décret proclamant l'inno-
cence du patriarche Macaire et la déposition d'An-
toine (août 1390; ibid., ii, 143-47). Vers l'an 1400, le
hiéromoine Macaire est nommé à Cherson par le
patriarche Matthieu l" (ibid., ii, 541). Les métropo-
lites de Cherson eurent à plusieurs reprises des contes-
tations territoriales avec leurs voisins. En sept. 1382,
le synode de Constantinople faisait restituer à la
métropole de Sougda la localité dite Elisos et d'autres
encore, qui lui appartenaient (ibid., ii, 42-44). Par
contre, en août 1385, le patriarche Nil soumettait au
métropolite de Cherson l'Église de Cinsanos, bien
qu'elle fît partie de l'éparchie de Sougda, et ce décret
était approuvé par le synode permanent en mars 1386
(ibid.. Il, 69-70, 71-74); et en août 1390, le synode
lui rendait les territoires que lui avaient enlevés des
décrets synodaux précédents (ibid., ii, 148-50). En
nov. 1384, le synode avait donné au métropolite de
Sougda et au hiéromoine Isidore les pouvoirs néces-
saires pour arbitrer un dilîérend entre le métropolite
de Cherson et son collègue de Gothie (ibid., n, 67-68).
Enfin, le 6 nov. 1396, le métropolite de Cherson était
convoqué devant le synode de Constantinople pour y
répondre d'une permission de mariage en cinquièmes
noces qu'il avait accordée (ibid., ii, 270).
Cherson eut des évêques d'assez bonne heure. Cinq
d'entre eux, Eugène, Elpidius, Agathodore, Capito et
Aedesius, s'étaient succédé, d'après la tradition, avant
S. Basile (fin du in« s.), fêté le 7 mars (A. S., mars, i,
640 E; H. Delehaye, Synaxaire de Constantinople,
517). — On trouve ensuite Étienne au concile de
553 (Mansi, ix, 396 A). — S. Éphrem (? s.) fait le
récit d'un miracle de S. Clément (P. G., lxvi, 183-90).
— Georges prit part au concile in Trullo (692; Mansi,
XI, 992 D). Ce Georges est peut-être celui qui fut un
des acteurs de la translation des reliques de S. Clé-
ment (A. S., mars, ii, 21 AB). — Paul assista au
concile qui réhabilita Photius (879; Mansi, xvii-xviii,
373 C). — Théodore signa le décret d'Alexis Comnène
sur les images (1092?; P. G., cxxvii, 973 C). — Théo-
phane prit part à la déposition du patriarche Cosmas
Atticus (26 févr. 1147; L. Allatius, Z)e consensu, ii, 12).
— N. était un des membres du synode tenu par le
patriarche Jean Beccos, le 3 mai 1290 (ibid., m, 1,
n. 5). — Jérémie, vers 1340 (v. ci-dessus). — Ignace,
juill. 1365-? (v. ci-dessus). — Thaddée, août 1390
(v. ci-dessus). — Macaire, vers 1400 (v. ci-dessus). —
N., sacré par le patriarche Métrophane (Syropoulos,
Hist. concilii Florentini, sect. xii, c. 4).
Depuis que la métropole a disparu, le titre de Cher-
son ne semble pas avoir été conféré dans l'Église
grecque. On en trouve au moins quatre exemples dans
l'Église romaine : Richard Anglicus, O. P., 13 juill.
1333-?. — Donald Aloys Mackintosh, 11 juin 1912-
t 8 oct. 1919, coadjuteur de Glascow. — Jean-Bède
Cardinale, O. S. B., 25 juill. 1922-1" déc. 1933, nonce
en Argentine. — Albert Levame, 21 déc. 1933, nonce
à San Salvador.
Le Quien, i, 1329-32. — MEyàAri ÉAXriviKfi êyKUKAoTraiSeia,
XXIV, 576. — Ann. pont., 1916, p. 389. — Miklosich-MuUer,
op. et lac. cit.
R. Janin.
CHERTSEY (Saint-Pierre de), Cerotaesei, id
est Ceroti insula (Bède); Certeseya, i. e. Cirotis insula
(charte de fondation); Cirotesegt, Certeseig, Cerotiz,
Ceortesige, Certesia (1092); Certes, abbaye bénédictine
située dans l'ancien diocèse de Winchester, aujour-
d'hui dans celui de Southwark, au comté de Surrey,
sur la Tamise, n'atteignit jamais une grande célébrité.
Elle fut fondée en 666 par Frithwald, subregulus de
Surrey, sous le roi de Mercie Ulfar, et eut pour pre-
mier abbé Erconwald, plus tard évêque de Londres
(Bède, Hist. eccl., iv, 6). La charte de fondation spécifie
les possessions et les limites territoriales de l'abbaye :
elle fut confirmée par Ulfar et par ses successeurs Offa
en 787, Ethelwulf en 827, Athelstan en 993. Le pape
Agathon (678-82) accorda de son côté une bulle de
confirmation que rapporta de Rome Erconwald, lors
de son élévation au siège métropolitain. L'histoire a
conservé peu de chose concernant l'abbaye pendant
les premiers siècles de son existence, moins encore sur
la manière dont la règle monastique y était observée.
Durant la seconde moitié du ix« s., elle eut beaucoup
à souffrir des incursions danoises : finalement les
envahisseurs massacrèrent l'abbé Beocca, le prêtre
Ethor et 90 moines, brûlèrent l'église et les bâtiments
claustraux et saccagèrent les terres.
La restauration se fit environ un siècle plus tard,
vers 964, lorsque l'ancien abbé d'Abingdon, Ethel-
wold, fut devenu évêque de Winchester. Avec S.
Dunstan, archevêque de Cantorbéry, et S. Oswald,
évêque de Worcester, il fut l'un des grands promoteurs
de la réforme monastique en Angleterre au x« s. et
mérita d'être appelé « le Père des moines ». Sur l'in-
tervention du roi Edgar, les clercs qui occupaient le
lieu durent céder la place à une colonie de douze
moines envoyés d'Abingdon; Ordbricht, précédem-
ment moine à Glastonbury puis à Abingdon, fut leur
abbé. L'un de leurs premiers soins fut de relever les
ruines de l'antique abbaye et de réunir en une châsse
de bois les reliques des moines massacrés un siècle
plus tôt.
Durant le xi* s., l'abbaye jouit de la faveur royale :
elle reçut des donations nouvelles d'Édouard le Con-
fesseur, qui furent ratifiées par Guillaume le Conqué-
rant, dont les successeurs ajoutèrent encore aux géné-
rosités précédentes. On note toutefois que durant les
dernières années de Guillaume le Roux le siège abba-
tial a été rendu vacant et que les revenus vont à la
Couronne.
En 1077, sous l'épiscopat de S. Wulfstan à Worces-
ter, Chertsey faisait partie d'une confraternité qui
unissait les abbayes de Worcester, Evesham, Glouces-
639
CHER
TSEY
640
ter, Pershore, Winchcombe et Bath (Vita Wulfstani).
Il semble que l'abbaye ait prétendu à une dépendance
directe de Rome, au moins en une certaine mesure :
en 1192 elle figure sur la liste de Censius comme acquit-
tant une taxe au S. -Siège, et en plusieurs cas elle porta
ses litiges devant la Cour de Rome, pour bientôt y
renoncer d'ailleurs en raison des frais trop élevés. Dans
la première moitié du xii« s. elle avait essayé de reven-
diquer les droits de l'exemption, mais dans l'impossi-
bilité de produire une bulle pontificale d'authenticité
certaine, elle avait renoncé à poursuivre son dessein.
Au xiii"^ s., elle fonde un prieuré ou celle à Cardigan,
sur des terres qui lui ont été données par un seigneur
du Pays de Galles et qu'elle gardera jusqu'à la sup-
pression. A la fin du même siècle, la Taxalio Nicholai
papae estime à £ 135.19.8 les revenus que l'abbaye
tire de ses manoirs, à quoi il faut ajouter £ 15 prove-
nant d'églises situées à Londres ou dans le diocèse de
Salisbury.
Dès cette époque Chertsey connaît la gêne finan-
cière : c'est d'ailleurs un fait général que l'appauvris-
sement des maisons religieuses durant les trois siècles
qui précédèrent la Réforme. Les raisons de cette gêne
sont très diverses : les charges d'hospitalité devien-
nent plus onéreuses, l'entretien ou la réparation des
bâtiments absorbe une grande partie des revenus, les
terres rapportent moins, soit en raison des intempé-
ries, soit surtout à cause du manque de main-d'œuvre
à la suite de grandes calamités publiques et notam-
ment des épidémies. Comme de nombreux autres
monastères, Chertsey cherche à remédier à sa pénurie
par des appropriations d'églises : on connaît des négo-
ciations menées dans ce dessein en 1292 (église de
Bookham), en 1313 (Horley et Epsom), 1348 (White
Waltham), 1380 (Ewell), en 1422 (Stanwell, confirmée
en 1433 par Henri VI); et plus tard encore Édouard IV
accordera l'église de S. -André de Cobham. Un inven-
taire dressé en 1402 par ordre de l'archevêque de Can-
torbéry durant la vacance du siège de Winchester
montre qu'en plus de ce que lui rapportaient ces églises
le monastère recevait diverses pensions de plusieurs
autres, ou de cures et de prieurés.
La longue administration de l'abbé John de Ruther-
wyck (1307-46) marque une période de prospérité au
moins relative pour l'abbaye. Cet abbé se montra dili-
gent dans la gérance des biens monastiques, augmenta
le rendement des domaines, obtint du roi des remises
de dettes, orna son église. Deux chapellenies furent
fondées en celle-ci en 1318 : d'abord à la charge des
moines, elles furent bientôt confiées à deux prêtres
séculiers pensionnés par l'abbaye. En 1342, John
obtint une importante concession royale aux termes
de laquelle, en cas de vacance de l'abbatiat, le prieur
et le convent conserveraient la garde et l'administra-
tion du temporel moyennant versement d'une somme
de 50 marcs à la Couronne pour chaque période de
quatre mois ou fraction de quatre mois que durerait
la vacance. — Un siècle plus tard une certaine agita-
tion règne à l'abbaye : à la suite d'une visite cano-
nique par William Wroughton, moine de Winchester
mandaté par l'évêque diocésain, l'abbé Thomas An-
gewyn accusé de dilapidation dut démissionner vers
1461, et le visiteur fut élu à sa place; mais trois ans
après, en 1464, celui-ci est à son tour déposé, et si Tho-
mas est réélu, il ne peut reprendre possession de son
siège, l'évêque ayant cassé l'élection pour vice de
forme et nommé John May. C'est durant l'abbatiat
de ce dernier qu'on amena à Chertsey, pour les y
ensevelir, les restes de Henri VI quelques jours après
son assassinat en mai 1471 : ils devaient y rester jus-
qu'à 1504, année où Henri VIII les fit transférer à
Windsor.
Les visites canoniques dont les procès-verbaux ont
été conservés ne révèlent que très peu de chose sur
les observances monastiques; on peut dire en général
que les moines étaient fidèles à leur vocation. En avr.
1501 la visite accomplie par le commissaire du prieur
de Christ Church de Cantorbéry, les sièges de Cantor-
béry et de Winchester étant vacants, semble révéler
que l'abbaye était alors endettée, quoiqu'on ne puisse
évaluer l'importance de ses dettes.
Quelques années avant la suppression, l'évêque de
Winchester et Sir William Fitzwilliam, commissaires
du roi Henri VIII, accomplissent la visite canonique
et ne trouvent rien à amender. Sur quoi le Dr Leigh,
commissaire de Cromwell, élève des protestations et
porte de graves accusations contre plusieurs moines
de Chertsey.
Lorsque, par acte du 5 juill. 1537, Henri VIII fit de
l'ancien prieuré augustinien de Bisham (Berkshire) une
nouvelle fondation, l'abbé et les moines de Chertsey
furent choisis pour en former la communauté. Le
6 juill., l'abbé, le prieur et treize moines signèrent
l'acte de reddition de l'abbaye de Chertsey à la Cou-
ronne, leur intention expresse étant de continuer ail-
leurs leur vie régulière. En fait ils prirent possession
de Bisham le 18 déc. 1537; mais six mois plus tard, le
19 juin 1538, l'abbé dut rendre son monastère; le
commissaire de Cromwell, Richard Layton, donne
de la situation un état assez peu reluisant : pauvreté
extrême, la maison n'ayant pas existé assez longtemps
pour percevoir ses revenus et rentrer des récoltes; dila-
pidations par l'abbé, dépeint comme « un homme très
simple, et les moines, hommes de peu de savoir et de
discrétion moindre » : l'histoire du loup et de l'agneau!
Le Valor ecclesiasticus dressé sur l'ordre de Henri VIII
en 1535 estimait les revenus nets annuels de l'abbaye
de Chertsey à £ 659.15.8 3/4. Après la suppression le
domaine de l'abbaye fut adjugé à Sir William Fitzwil-
liam; il ne reste plus actuellement des bâtiments que
quelques ruines informes.
Liste des abbés : Trois noms seulement nous sont
connus pour les premiers siècles de l'abbaye : Ercon-
wald, 666; Ceonod, cité en 787; Beocca, ix« s. Après
la restauration : Ordbricht, 964; Daniel, vers 1025;
Siward, qui devint év. de Rochester en 1058; Wulf-
wold, cité en 1072, f 1084; Odo, 1084, déposé en 1092
et remplacé par l'agent de Guillaume Le Roux, Raoul
Flambart, puis rétabli en 1100; William, 1106;
Hugh, 1107; Daniel; Aymer, 1166; Bertan; Martin,
1197; Adam, vers 1206; Alan, 1223; John de Med-
menham, 1261-70; Bartholomew de Winton, 1270-
1307 ; John de Rutherwyck, 1307-46 ; John de Benham,
1346-61; William de Clyve, 1361-70; John de Uske,
1370-1400; Thomas de Culverdone, 1400-19; John de
Hermondesworth, 1419-58; Thomas Angewyn, 1458,
déposé en 1461, réélu en 1464; William Wroughton,
1461-64; John May, 1464-79; John Peket, ou Pigot,
1479-1504; John Parker, 1504-29; John Cordrey,
1529, rendit son abbaye en 1537 et fut six mois abbé
de Bisham.
Le cartulaire de Chertsey est conservé au British Mu-
séum, ms. Cott. Vitel. A. XIII; on trouvera la nomenclature
des actes qu'il contient dans Dugdale, Monasticon Angli-
canum, p. 425, n. o, avec un certain nombre d'extrait»
(ibid., 426-34). 11 faut noter que les plus anciens actes de
ce cartulaire semblent avoir été remaniés au xm" s. — -
Le registre des transactions de l'abbé John de Rutherwj'ck
est également au B. M., ms. Lansdowne, 448. — Voir les
registres des évêques de Winchester, notamment ceux de
l'évêque Wykeham et de .John de Sandale et Rigaud de
Asserio, publiés par la Hampshire Record Society. — On
trouvera de plus quelques renseignements dans les volumes
suivants des Rolls Séries : Anglo-Saxon Ciironicle, éd. B.
Thorpe, 1861 ; Chronicon monasterii de Abingdon, éd. J. Ste-
venson, 1858; Annales monastici, i-iii, éd. H. R. Luard,
1864-66; et dans Documents illiistrating the activities of the
General and Provincial Cliapters of the Englisli Black Monks,
641 CHERTSEY
1215-1540, éd. William Abel Pantin (Camden Third Séries,
3 vol., 1931-37), etc.
Il n'existe pas de monographie sur l'abbaye de Chertsey;
on trouvera une chronique des abbés dans Dugdale, op. cit.,
I, éd. de 1846, p. 422-26; et surtout une notice de J. C. Cox,
dans Victoria County History : Surreg, li, 1905, p. 55-64. —
Voir dom D. Knowles, The Monastic Order in England,
Cambridge, 1940, passim.
H. Dauphin.
CHÉRUBIN DE MAURIENNE (Alexan-
dre Fournier), capucin français, missionnaire (1566-
1610). Voir/). T. C, II, 2360-61.
CHERUBIN I (Laerce; Ange-Marie; Flavio),
éditeurs d'un Bullaire (xvie-xvii« s.). Voir D. T. C,
II, 2361-62.
CH ESTER (Ste-Werburge de), abbaye béné-
dictine, située dans l'ancien diocèse de Lichfleld-
Coventry, aujourd'hui dans celui de Shrewsbury
(depuis 1541 siège d'un évêché anglican). Legaceasier
(à ne pas confondre avec Legraceaster, Leicester),
Legeceastre, Leiacestria, Cestria. Ste Werburge, fille
de Wulfhere, roi de Mercie (658-675), prit le voile à
Ely, dont sa grand'tante, Ste Étlieldrède, était
abbesse, et où se retira sa mère Eomenhilde devenue
veuve. Son oncle le roi Éthelred lui donna la supério-
rité (principatum) des monastères de moniales situés
dans son royaume, sans doute avec le titre d'abbesse.
Elle mourut à Trickingham, probablement Trentliam
au comté de Lincoln, et fut ensevelie, suivant son
désir, à Hanbury, comté de Stafïord : il s'agit de deux
monastères qu'elle avait gouvernés. D'après le Liber
Eliensis, il faudrait ajouter Slieppey et Ely : mais cette
afTirmation est sujette à caution. Ste Werburge mou-
rut un 3 févr. vers 700. La tradition veut que son
corps ait été transféré à Cliester en 875 lors des inva-
sions danoises : c'est du moins un fait qu'une église
lui fut dédiée en cet endroit avant le milieu du x* s.,
et ses reliques s'y trouvaient certainement à la fin du
même siècle.
Contrairement à ce qu'affirme Guillaume de Mal-
mesbury (Gesta pont., éd. des Rolls Séries, 308), il
n'y eut pas à Chester de monastère de moniales où
Ste Werburge aurait fait profession. Y eut-il, comme
le veulent certains documents tardifs, une église
dédiée à S. Pierre et S. Paul, et qui devint ensuite
Sle-Werburge, le titre de S. -Pierre passant à une autre
église? La critique moderne semble i)eu disposée à
l'admettre. Il est très difficile, en l'absence de docu-
ments authentiques, de déterminer l'origine du col-
lège de chanoines séculiers — un gardien et douze cha-
noines — auxquels succédèrent les bénédictins à la
fin du xi« s. La première attestation certaine de cette
collégiale, dédiée à Ste Werburge, est un acte d'Edgar,
roi de Mercie, en 958 : la fondation doit avoir eu lieu
entre cette date et 907, où la ville de Chester fut res-
taurée après une grande désolation : il n'est pas impos-
sible qu'il faille la rapprocher de cette dernière date et
l'attribuer à la reine Éthelflède (Guillaume de Mal-
mesbury). En 1057, le comte Léofric de Mercie fit
réparer l'église et augmenta son patrimoine. En 1086,
le Domesday Book énumère les possessions de Ste-Wer-
burge.
En 1092 le comte de Chester Hugues d'Avranches
(Hugo Lupus), dangereusement malade, voulut
introduire à Ste-Werburge la vie monastique. L'abbé
du Bec, S. Anselme, répondit à ses appels réitérés, et
les dispositions finales, licenciant les chanoines et leur
substituant des moines venus du Bec, furent établies
de concert. Le premier abbé fut Richard, chapelain
de S. Anselme. Le séjour de ce dernier à Chester ne
fut pas de longue durée : il allait en effet prendre une
part active dans les affaires ecclésiastiques du royaume
- CHESTER 642
et, le 6 mars 1093, devenir archevêque de Cantorbéry.
Il ne se désintéressa pas de sa fondation, et trois lettres
au moins témoignent de sa sollicitude {Episl., m, 34,
49, 50). On ne possède pas l'acte authentique de la
fondation; le document qu'on donne habituellement
pour tel ne peut être qu'une confirmation postérieure
de quelques années. Les domaines nouveaux octroyés
par le comte et ses barons doublaient à peu près les
possessions de l'ancienne collégiale; il est prévu que
toutes les prébendes des chanoines reviendront à
l'abbaye à la mort de chacun; les libertés accordées à
Ste-Werburge sur tous ses domaines sont si absolues
qu'il ne sera pas possible d'y ajouter par la suite. Il
est déclaré que l'abbaye ne sera soumise à aucune
autre; et la seule compensation qu'on attend des
moines, ce sont leurs prières et leurs bonnes œuvres.
Le comte Hugues mourut le 27 juill. 1101 : trois jours
auparavant il avait fait profession monastique (Orde-
ric Vital, Hisl. eccl., iv, 111). Son fils Richard n'avait
que sept ans. Les relations de ce dernier avec l'abbaye
ne semblent pas avoir été aussi cordiales : d'après une
tradition tardive, il aurait voulu lui reprendre un
manoir important. Lorsque l'abbé Richard mourut en
1117, il ne lui donna pas de successeur : l'abbaye fut
administrée par le prieur Robert. William, le second
abbé, ne fut nommé qu'en 1121, par Raoul Meschin
qui venait de succéder dans le comté à son cousin
Richard. Raoul l" fit transférer au chapitre le corps
du fondateur, le comte Hugues : ce qui semble indi-
quer que les constructions entreprises par ce dernier
étaient alors, sinon entièrement achevées, du moins
suffisamment avancées (Cartulaire, n. 6, p. 47). Le
successeur de Meschin, Raoul II de Gernons, se montra
d'abord généreux envers l'abbaye, mais il semble
qu'il lui ait repris certaines possessions pour en gra-
tifier d'autres maisons : il en fit amende honorable à
son lit de mort (1153). Ce ne sont pas les seuls cas où
les biens du monastère furent revendiqués par d'au-
tres : à plusieurs reprises, au xiii« s. notamment,
l'abbé de Ste-Werburge devra faire valoir en justice,
et non sans pertes, les droits de sa maison sur des
domaines que lui avaient jadis octroyés tel ou tel sei-
gneur, et que leurs descendants cherchaient à récu-
pérer.
Parmi les privilèges dont jouissait l'abbaye, notons
celui de la foire de Ste-Werburge, les 20-22 juin, avec
tous profits et juridiction complète durant ces trois
jours {Cartulaire, n. 11, 12), et un droit de chasse
dans tout le comté; un bateau armé de dix filets avait
aussi été donné à l'abbaye pour la pêche en mer. La
part la plus considérable des revenus de l'abbaye
provenait de ses terres, et aussi de dîmes importantes
et d'assez nombreuses églises. Durant le xiii« s. elle
obtint plusieurs appropriations au sujet desquelles le
cartulaire conserve diverses réglementations. La plus
ancienne bulle pontificale en faveur de l'abbaye est de
Clément III (1188-91) : entre autres dispositions, elle
règle les rapports avec l'évêque diocésain pour ce qui
concerne la nomination aux cures dépendant de Ste-
Werburge; elle accorde sous les conditions usuelles le
privilège de la célébration de l'office divin même en
temps d'interdit général, le droit de donner sépulture
dans le monastère à ceux qui en auront exprimé la
volonté, et le droit de libre élection de l'abbé avec
faculté d'inviter pour sa bénédiction l'évêque que l'on
préférera. D'autres documents pontificaux émanant
des papes Honorius III, Alexandre III et IV, Gré-
goire IX, Nicolas m ou IV, Martin IV, marquent leur
sollicitude envers l'abbaye, tandis que l'archevêque
de Cantorbéry, l'évêque de Worcester, d'autres encore,
confirment les droits de Ste-Werburge dans leurs dio-
cèses respectifs; de son côté l'évêque de Lichfield-
Coventry s'intéresse à elle, et règle par ex. les rela-
DICT. n'HIST. ET de GÉOGR. ECCLÉS.
H. — XH. - 21
643
C H ESTER
644
lions du monastère et des fidèles pour lesquels a été
érigée, dans l'église abbatiale, la chapelle de S.-
Oswald (Cartulaire, n. 75). Il n'y eut pas, avant
Henri VIII, d'évéché à Ghester, bien que certains
évêques de Lichfield et Coventry en aient assumé le
titre. La collégiale S. -Jean, antérieure à l'arrivée des
Normands, et qui avait un chapitre composé d'un
doyen et de sept chanoines, leur servait de cathé-
drale (cf. A. H. Thompson, The English Clergy and
their organization in the later M. A., Oxford, 1947,
p. 79). Au xii« s., le pape Alexandre III avait confirmé
à l'abbé de Ste-Werburge l'usage de la crosse et de
l'anneau et le droit de bénir les ornements sacrés
(Cartulaire, n. 67); en 1345 l'abbé William de Be-
byngton obtenait l'usage de la mitre et l'exemption
pour son monastère des visites épiscopales. Son suc-
cesseur Richard Sainsbury se réclama de cette exemp-
tion en 1362 lorsque, sur mandat de l'abbé d'Evesham,
l'abbé et le sous-prieur de S.-Albans, assistés du prieur
de Coventry, se présentèrent pour la visite canonique :
Richard démissionna entre les mains du pape Ur-
bain V qui, après enquête, accepta et nomma le suc-
cesseur. L'usage des pontificalia fut également cause
de difficultés entre l'évêque de Coventry et l'abbé de
Ste-Werburge : en 1516 l'archevêque d'York reçut
de Rome mission d'enquêter sur place et de terminer
le différend.
Comme beaucoup d'autres monastères anglais, Ste-
Werburge jouissait du droit d'asile. De plus, l'abbé
était investi de certains droits seigneuriaux. Il tenait
sa propre cour, à laquelle tous les gens dépendant de
l'abbaye étaient tenus de porter leurs causes. Pour
donner l'exemple, Raoul Meschin lui-même y porta
un jour une affaire et accepta le jugement de la cour
abbatiale. Au xiv« s., quelques excès de juridiction
donnèrent lieu à une intervention du gouvernement;
au début du xvi« s., la justice de l'abbé fut limitée aux
suppôts et tenanciers du monastère et aux délits com-
mis dans son enceinte.
Au xiii« s., la guerre des Barons créa des ennuis à
l'abbaye. Dès l'abbatiat de Geoffrey, celle-ci perdit
une importante cure et deux manoirs envahis par les
Gallois. En 1264, des dépendances de l'abbaye furent
détruites pour faciliter la mise en défense de la ville
contre une attaque possible des barons et des Gal-
lois; le justicier Sir William de la Zouche se montra
d'ailleurs si arrogant que la ville fut soumise à l'in-
terdit quatre jours durant. L'année suivante, Simon
de Whitchurch fut élu abbé et reconnu par Simon de
Montfort, qui occupait alors la ville : lorsque le prince
Édouard reprit celle-ci, l'abbé dut user de diplomatie
pour se faire accepter de lui. Le 26 mai 1283, le prince
devenu roi célébra à Ste-Werburge sa victoire sur les
Gallois. A d'autres époques l'abbaye eut encore à
souffrir des événements politiques : ainsi sous l'abba-
tiat de Henri de Sutton elle fut attaquée et pillée
pendant quatre jours par Sir Baldwyn de Radyngton,
l'un des lieutenants du roi Richard; en 1399, le même
abbé fut autorisé à fortifier trois de ses principaux
manoirs.
On ne connaît pas le nombre exact des moines de
l'abbaye de Chester aux diverses époques de son exis-
tence : au milieu du xiii« s., il fut élevé à 40 (Cartu-
laire, n. 415); du fait que les stalles de la fin du xv« s.
comptaient 48 sièges on peut induire que ce nombre ne
changea pas beaucoup. En 1185, Ste-Werburge avait
pu envoyer une colonie en Irlande pour former le
chapitre cathédral de Downpatrick, évêché nouvelle-
ment fondé.
On conserve un coutumier liturgique de l'abbaye
Ste-Werburge, plus ou moins apparenté à ceux du
Bec, de Dijon et de Cluny. Il a été publié par dom
Bruno Albers, sous le titre Consueiudinarius offlcii
divini in monasterio Cystrensi, dans Consuetudines
monasticae, iv, Mont-Cassin, 1911, p. 195-219. Le
manuscrit, qui fut un temps la propriété de Sir Thomas
Phillipps, se trouve actuellement (ou se trouvait avant
la récente guerre) à la bibliothèque royale de Berlin,
Dans le domaine des lettres, sans faire grande figure,
Ste-Werburge compte quelques représentants. Vers
1195, un moine du nom de Lucien écrivit un livre. De
laude Cestrie; on ne sait d'ailleurs rien de plus sur ce
religieux. — On possède également des Annales Ces-
trienses, ou chronique de Ste-Werburge, allant depuis
l'Incarnation jusqu'à 1297 : dans la forme où elles
ont été conservées, elles remontent à l'abbatiat de
Simon de Whitchurch ou de son successeur; elles
semblent avoir eu pour base des annales apportées du
Bec par les premiers moines. — Vient ensuite Ranulf
Higden, profès en 1299, f le 12 mars 1363-64 : il est
l'auteur d'un Polychronicon ou histoire universelle
dont l'intérêt principal est, aujourd'hui, de montrer
l'étendue des connaissances géographiques et histo-
riques dans les monastères de cette époque. Cet ou-
vrage eut un succès remarquable jusqu'à la Réforme :
il en subsiste en effet plus de cent manuscrits, et deux
traductions anglaises en furent faites, l'une en 1387
par John of Trevise, imprimée en 1482, 1495 et 1527,
et l'autre au siècle suivant par un anonyme. L'original
latin et les deux traductions ont été édités dans la
Rolls Séries par les soins des Rév. C. Babington et J. R.
Lumby (1865-86, 9 vol.). Ranulf est aussi l'auteur de
plusieurs ouvrages conservés en manuscrits : Spécu-
lum curatorum, composé en 1340; Ars componendi
sermones; Paedagogicon grammaiices ; Distinciiones
theologicae; Abbreviationes chronicorum. Baie lui
attribue également une exposition sur Job, sur le
Cantique des cantiques, des Sermones per annum, des
Determinationes sub compendio. In liiteram calendarii,
— Quant à Roger de Chester, auteur d'un Polycratica,
on estime communément qu'il n'est autre que Ranulf
Higden (D. N. Biogr., ix, 816-17). — Sur Henry
Bradshaw, historien (t 1513), v. D. H. G. E., x, 344.
On le voit, la théologie est peu représentée dans ces
ouvrages. On peut noter qu'un abbé de Ste-Werburge,
William Merston, dut être déposé au bout de six mois
et relégué à l'abbaye d'Evesham comme loUard et
disciple de Wyclef.
Le dernier abbé de Chester, John Clark, élu en 1537,
ne fit aucune difficulté pour livrer à la Couronne son
abbaye avec toutes ses possessions. Leur revenu
annuel était de £ 1003. 5 s. 11 d. ou, suivant un autre
calcul, £ 1073. 17 s. 7 d. 3/4. L'acte de reddition est
daté du 20 janv. 1539. Par lettres patentes en date
du 4 août 1541, Henri VIII créait en l'ancienne abbaye
Ste-Werburge un évêché : l'église devenait cathé-
drale, sous le vocable du Christ et de la Bse Vierge
Marie ; en même temps la ville de Chester était élevée
au rang de cité et séparée, avec tout son comté, du
diocèse de Coventry et Lichfield; l'archidiaconé de
Chester et celui de Richmond, détaché du diocèse
d'York, formaient le nouveau diocèse. Celui-ci, de
par la volonté du roi, devait dépendre de Cantorbéry,
mais un acte du Parlement le rattacha la même année
à la province d'York. Une partie des bâtiments claus-
traux était réservée pour servir de palais épiscopal;
le reste était attribué au chapitre, composé d'un doyen
(le premier fut le dernier abbé de Ste-Werburge) et
de six chanoines. On trouvera la liste des évêques
anglicans de Chester dans Dugdale, 377-78; Morris,
246-47; Richards, 99-100.
L'église abbatiale — la cathédrale actuelle — et les
bâtiments claustraux qui subsistent pour la plus
grande partie sont un mélange de plusieurs styles, où
l'on reconnaît l'œuvre successive des abbés qui eurent
à entreprendre des restaurations, agrandissements ou
645
C RESTER
CHESTER-LE-STREET
646
embellissements, notamment Geoffrey et Hugh (fin
du xw-xiw s.), Simon de Whitchurch (fin du xiii" s.),
Richard Sainsbury (milieu du xiv» s.), Simon Ripley
et John Birchenshaw (fin du xv^ et début du xvi" s.).
Extérieurement la cathédrale, remaniée au xix"' s.,
est décevante : l'aspect moderne qu'on lui a donné
répond mal à son intérieur. On trouve du normand
dans le mur du bas côté nord, le transept nord, les
bâtiments claustraux et la tour; de l'anglais primitif
dans le chœur, le chapitre et le réfectoire; du « décoré »
dans la nef, une partie du transept sud, et le portail
de l'abbaye; du « perpendiculaire » dans la tour, le
clerestory de la nef, partie des bas côtés du chœur, la
façade ouest et le porche sud, et un bon nombre des
fenêtres. Il faut citer, parmi le mobilier, de magnifi-
fiques stalles de la fin du xv« s. (48 sièges). Ce n'est
pas ici le lieu d'entrer dans les détails (excellente des-
cription dans Raymond Richards, Old Cheshire
Churches, Londres, 1947, p. 93-101, avec plan dépliant
et de très bonnes photographies; cf. Fr. Bond, The
Cathedrals of England and Wales, Londres, 1912,
p. 52-64, et Ch. Hiatt).
Liste des abbés de Ste-Werburge: Richard du Bec,
1092-1117; William, 1121-40; Ralph, 1141-57; Robert
I" Fitz-Nigel, 1157-74; Robert II, 1174 ou 75-84;
Robert III of Hastings, 1186-résigna en 1194; Geof-
frey, 1194-1208; Hugh Grylle, 1208-26; William
Marmion, 1226-28; Walter de Pinchbeck, 1228-40;
Roger Prend, 1240-49; Thomas de Capenhurst, 1249-
65; Simon de Whitchurch (de Albo Monasterio),
1265-91; Thomas Burchells, 1291-1324; William de
Bebington, 1324-49; Richard Sainsbury, 1349-résigna
en 1362; Thomas de Newport, 1363-85; William de
Merston, 1386-87; Henry de Sutton, 1387-1413;
Thomas Erdeley ou Eardesley, 1413-34; John de
Salghall, 1435-55; Richard Oldham, 1455, évêque de
Sodor et Man en 1481, f 1485; Simon Ripley, 1481 ou
85-93; John Birchenshaw, 1493; durant des contes-
tations avec le maire de Chester, il fut remplacé par
Thomas Highfleld, 1524-27, et Thomas Marshall,
1527-29; il se démit en 1537; John (ou Thomas)
Clark, 1537, qui rendit l'abbaye.
The Chartulary or Register of Ihe Abbey of St. Werburgli,
Cliesler, éd. avec introd. et notes par James Tait (Clietliam
Society, nouv. sér., lxxix et lxxxii, Manchester, 1920-23) :
la façon très poussée dont l'éditeur étudie chaque pièce
aide à écarter bien des légendes; nous lui devons beaucoup
pour le début de la présente notice. — Annales Cestrienses,
or Ctironicle of tlie Abbey of St. Werburg at Chester, éd. avec
introd., trad. et notes par Richard Copley Christie (The
Lancashire and Cheshire Record Society, xiv, 1887). —
Liber Luciani « De laude Cestrie », éd., avec Some Obits of
Abbots and Founders of St. Werburgh's Abbey, Chester,
par M. V. Taylor (The Lanc. and Chesh. Rec. Society,
LXiv, 1912, p. 35-74, 90-103). Cet obituaire est important
en raison des notes critiques qui l'accompagnent. — G. Or-
merod, The Hislory of the County Palatine and City of
Chester, 1' éd., revue et augm. par T. Helsby, 1882, 2 vol.
— W. Dugdale, Monasticon Anglicanum, ii, éd. de Lon-
dres, 1846, p. 370-83 (histoire des abbés), 384-401 (docu-
ments). — R. H. Morris, Chester (Diocesan Historiés),
Londres, 1895. — C. Hiatt, Tlie Calhedral Church of Ches-
ter : a description of the fabric and a brief history of the epis-
copal See, Londres, 1897. — Liste des abbés dans R. Ri-
chards, Dugdale, Morris.
H. Dauphin.
CHESTER-LE-STREET, Cunungaceasler,
Kuncacester, petite localité à six milles au sud-est de
Durham, siège épiscopal de 883 à 995. Comme on le
sait, le moine irlandais S. Aidan, invité par le roi
Oswald à venir prêcher la foi chrétienne dans son
royaume de Northumbrie, fixa son siège épiscopal à
Lindisfarne (plus tard appelé Holy Island), qui devint
non seulement un centre d'évangélisation, mais un
foyer de culture littéraire et artistique très intense.
Parmi ses successeurs, S. Cuthbert fut sans contredit
le plus illustre. Moine d'abord, prieur ensuite, du
monastère même de Lindisfarne, il fut sacré évêque en
685 et mourut, peu après s'être démis de sa charge,
le 20 mars 687. Sur son lit de mort, ainsi que nous
l'apprend S. Bède {Vita pros. S. Culhb., c. xxxix,
éd. B. Colgrave, Two Lives of St. Cuthbert, Cambridge,
1940, p. 284), il dit à ses confrères du monastère :
Sciatisque et memoria relinealis quia si vos unum e
duobus adversis eligere nécessitas coegerit, multo plus
diligo ul eruentes de tumulo toUenlesque vobiscum mea
ossa recedatis ab his locis, et ubicumque Deus providerit
incole manealis, quant ut ulla ratione consenlientes ini-
quitati schismalicorum iugo colla subdatis. Paroles qui
auront une importance décisive dans l'histoire de
l'église et de la communauté de Lindisfarne.
A deux reprises Holy Island devint victime des
invasions dévastatrices pratiquées par les Danois sur
les côtes d'Angleterre. En 793 ils arrivèrent subite-
ment, dispersèrent la communauté, massacrèrent
quelques-uns de ses membres, mirent le feu aux bâti-
ments et repartirent. Higbald, l'évêque, et les moines
survivants eurent la joie de constater en revenant que
leur trésor le plus précieux, le corps de S. Cuthbert,
avait échappé aux mains des spoliateurs. Presque un
siècle plus tard une seconde invasion s'annonçait,
cette fois plus menaçante. Devant le danger, l'évêque
Eardulf se souvint des paroles de S. Cuthbert citées
ci-dessus et il se décida en 875 à quitter son église et
son monastère de Lindisfarne, lui et toute sa com-
munauté, pour chercher ailleurs (ubicumque Deus
providerit) la paix et la liberté menacées. On vit
alors le spectacle peu commun, l'histoire monastique
en enregistrera de semblables même au xx« s., d'une
communauté entière s'exilant volontairement pour
le bien de la paix et par amour de leur vocation. Em-
portant avec eux les reliques de S. Cuthbert, ces
moines ne cessèrent pendant sept ans de traverser le
pays en tous sens, cheminant de village en village
(sans jamais manquer de propager le culte de leur
grand saint) et fuyant toujours l'envahisseur danois.
Ce ne fut qu'en 883 que, grâce aux victoires d'Alfred
le Grand, la paix fut rendue à l'Église en Northumbrie.
La communauté exilée venait alors de quitter Craike
et se trouvait au village de Chester-le-Street. Pour des
raisons qui nous restent inconnues, Eardulf, au lieu
de revenir à Lindisfarne, décida d'y fixer son siège
épiscopal. Il fit construire une belle église en bois
(qui subsista jusqu'au xi«^ s.) et y déposa le corps de
S. Cuthbert. D'accord avec Alfred, le roi danois
Guthred fit cadeau à l'évêque de ce terrain étendu qui
devint dans la suite le célèbre palatinat de Durham.
Des dons affluèrent de toutes parts, particulièrement
des maisons royales d'Angleterre. Des voyageurs ne
manquèrent jamais de venir faire leurs dévotions
au tombeau de S. Cuthbert. Ce fut lors d'un voyage
dans le Nord que le roi Athelstan enrichit l'église de
Chester-le-Street de précieux dons et offrit à la biblio-
thèque cinq codices dont un — contenant la Vie
métrique et la Vie en prose de S. Cuthbert par S. Bède
— est parvenu jusqu'à nous et se trouve au Corpus
Christi Collège, Cambridge (ms. 183; voir M. R. James,
Descriptive Catalogue, i, 426-441 ; B. Colgrave, op. cit.,
20). Un autre codex, un évangéliaire, faisait partie de
la Cottoniam Collection (Otho R IX) quand celle-ci
fut détruite par un incendie en 1731 (Arnold, Symeon
of Durham, p. 211, dans Rolls Séries).
On vivait ainsi depuis cent treize ans, lorsqu'une
nouvelle bourrasque vint en 995 arracher l'évêque
Aldhune et sa communauté à leur retraite paisible
pour les obliger derechef à se mettre en route. A l'ap-
proche des Danois qui avaient fait irruption sur la
côte, on enleva les reliques de S. Cuthbert et on se
(i/,7
dirigea coiiveiituellement, comme par le passé, à
Ripon. Sans le savoir, les moines quittèrent Chester-
le-Street pour n'y jamais revenir. Quatre mois plus
tard, en effet, la paix régna de nouveau et l'on prit
le chemin du retour. Le moine chroniqueur Syméon
de Durham, écrivant bien plus tard, nous raconte
comment et par quels signes Dieu fit connaître à
l'évéque Aldhune qu'il devait se fixer non pas à Ches-
ter-le-Street mais à Durham. Ainsi fut fait et S. Cuth-
bert y trouva son repos définitif.
A partir de ce moment, l'église de Chester-le-Street
n'offre guère d'intérêt pour l'historien. De simple
église rectorale, elle devint collégiale par l'entremise
d'Antony Beke, évêque de FJurham (9 nov. 1286), et
fut desservie par un doyen et sept prébendiers (voir la
charte dans Dugdale). En 1547, elle fut saisie par la
Couronne, et en 1608 le roi Jacques l" disposa des
bâtiments en faveur de laïcs. Aujourd'hui il n'en sub-
siste rien.
Liste des évêques: Eardulf, f 900; Tilred, f 928;
Wigred, t 944; Uhtred, f 947; Sexhelm, déposé en
957; Aldred, 957-68; Elfig, f 990; Aldhune, t évêque
de Durham en 1018.
Dugdale, Monasticon Anglicanum, i, Londres, 1846,
p. 221-23; VI, part. III, 1337-39. — F. Arnold, Symeon of
Durham, 2 vol. (Rolls Séries). — W. Stubbs, Registrum sa-
crum Anglicanum, Oxford, 1897, p. 243. — C. Plummer,
Bedae opéra historica, Oxford, 1896.
J. Warrilow.
CHEVALIER (Jean-Jui.es), fondateur et pre-
mier supérieur général de la congrégation des Mis-
sionnaires du S. -Cœur de Jésus d'Issoudun. Né le
15 mars 1824 à Richelieu, dioc. de Tours, il fit ses
études au petit séminaire de S. -Gaultier et au grand
séminaire de Bourges. Ordonné prêtre le 14 juin 1851,
il remplit la charge de vicaire successivement à Ivoy-
le-Pré, Châtillon-sur- Indre, Aubigny-sur-Nère et
enfin à Issoudun (22 oct. 1854). Vivement impres-
sionné par les ravages que causent dans les âmes le
sensualisme et le rationalisme de son époque — ce qu'il
appelle « le mal moderne » — il cherche à y porter
remède, et croit trouver celui-ci dans la dévotion
au S. -Cœur de Jésus. « L'Église et la société n'ont
d'espérance que dans le Cœur de Jésus, c'est Lui qui
guérira tous nos maux »; ces paroles, qu'il entendra
un jour de la bouche de Pie IX, donnent le résumé de
sa vie et de son œuvre. Le 8 déc. 1854, de concert avec
le second vicaire d'Issoudun, l'abbé Maugenest, il
jette les premiers fondements de la congrégation des
Missionnaires du S. -Cœur, afin que « la dévotion au
S. -Cœur soit propagée plus largement, et porte de
plus amples fruits dans la société chrétienne » (constit.
de 1869). Le décret d'approbation définitive sera
donné par la S. Congr. des Évêques et des Réguliers,
en date du 20 juin 1874. L'objectif du P. Chevalier est
plus vaste que la France seule; en effet, après des
débuts plutôt lents, sa congrégation s'étendra rapi-
dement à plusieurs pays d'Europe et aux autres conti-
nents. En 1881, à la demande de Léon XIII, il envoie
ses premiers missionnaires en Mélanésie et en Micro-
nésie. L'évangélisation des infidèles sera désormais
une des grandes œuvres de la congrégation.
En 1864, il construisit à Issoudun une nouvelle
église, dédiée au S. -Cœur, qui sera élevée à la dignité
de basilique mineure. Considérant les rapports intimes
qui existent entre la Ste Vierge et le S.-C^œur de Jésus,
et voulant honorer particulièrement l'inefïable pou-
voir de N.-D. sur le Cœur de son Fils, il proposa à la
piété des fidèles la dévotion à N.-D. du S. -Cœur, et
fonda l'archiconfrérie de ce nom (premier décret
d'érection, 29 janv. 1864), qui en moins de cinquante
ans compta vingt millions d'associés inscrits à Issou-
dun.
Le R. Père érigea d'autres associations : l'archi-
confrérie de S. -Joseph, modèle et patron des amis du
S. -Cœur; l'archiconfrérie du Culte perpétuel d'hon-
neur et de réparation envers le S. -Cœur de Jésus. Il
voulut associer à son œuvre les prêtres et les pieux
laïcs; ainsi naquirent l'œuvre des Prêtres séculiers du
S.-Cœur et la Société des âmes vouées au culte du S.-
Cœur. De concert enfin avec la R. Mère Marie-Louise
Hartzer, il fonda les Filles de N.-D. du S.-Cœur,
congrégation qui, « à la suite et sous la protection de
la Ste Vierge, se consacrerait au service du Cœur de
Notre-Seigneur ».
Le R. Père eut aussi sa part dans ce grand mouve-
ment de foi qui a déterminé Pie IX à ordonner la
consécration de tous les fidèles au S.-Cœur de Jésus,
le 16 juin 1875. Il fit recueillir 2 800 000 signatures
pour solliciter du S.-Siège cette consécration. Léon
XIII y fait allusion dans son encyclique pour la consé-
cration du genre humain au S.-Cœur. Il inaugura aussi
un nouveau genre de recrutement de vocations sacer-
dotales et religieuses avec l'aide du R. P. Vandel, en
fondant des écoles apostoliques, afin de permettre
aux jeunes gens moins fortunés d'accéder au sacer-
doce : « Petite Œuvre du S.-Cœur j. En 1872, sur les
instances de l'archevêque de Bourges, il accepta de
diriger la paroisse d'Issoudun et fut nommé archi-
prêtre, ce qui lui permit de rester à Issoudun lors de
l'expulsion de sa congrégation en 1880.
Il écrivit plusieurs livres de piété, dont les princi-
paux sont : Le Sacré-Cœur de Jésus (1900, 512 p.), et
Notre-Dame du Sacré-Cœur, d'après la Ste Écriture,
les saints Pères et la tradition (1895, 634 p.). Il faut y
ajouter l'Hist. religieuse d' Issoudun (1899, 444 p.). —
En 1900, il demanda d'être relevé de la charge de
supérieur général. On lui donna un vicaire. En 1907,
quelques mois avant de mourir, il fut expulsé de son
presbytère et vit la basilique du S.-Cœur d'Issoudun
et les dépendances du pèlerinage de N.-D. du S.-Cœur
vendues aux enchères. Ces propriétés purent être
récupérées plus tard par les Missionnaires du S.-Cœur.
Il mourut saintement à Issoudun, le 21 oct. 1907.
Doué de qualités exceptionnelles d'organisateur et de
chef, patient à toutes les épreuves, d'une charité et
d'un zèle infatigables, il a été l'un des grands apôtres
du S.-Cœur au xix« siècle.
Anatecla societatis Missionariorum Sacratissimi Cordis
Jesu, Rome. — Ch. Piperon, Le T. R. P. Jules Chevalier,
Paris, 1912. — P. C. Keiilers, Jules Chevalier, een Levens-
beeld, Tilbourg, 1924.
A. BUNDERVOET.
CHEVALIER (Ulysse), bibliographe et histo-
rien (24 févr. 1841-27 oct. 1923). Voir i). A. C. L., ix,
1743-44.
Pour la liste de ses publications, v. M. le chanoine Ul.
Chevalier, son œuvre scientifique, sa Bio-bibliographie, nouv.
éd. publiée par la Soc. d'archéol. de la Drôme, Valence,
1912. — Pour la controverse suscitée par son Reperlorium
hymnologicum, v. A. Boll., xxi, 1902, p. 405-16.
CHEVENON (Bernaro de), fut évêque
d'Amiens de 1411 à 1413, après l'avoir été de Lavaur,
d'Agen, de Saintes. L'année même de son installation,
il tint un synode dont les décrets, les premiers de ce
genre que l'on ait conservés, furent imprimés en 1848
par Mgr Mioland, Actes de l'Église d'Amiens, i, 22. Il
faisait partie du Conseil royal; il assista en 1412 à
l'assemblée du clergé de France, fut avec Pierre
d'Ailly de l'ambassade à Rome où Simon de Cramaud,
patriarche d'Alexandrie et archevêque de Reims,
reçut le chapeau de cardinal. On lui reproche de
n'avoir pas, en Cour de Rome, travaillé à exonérer
l'Église de France des lourdes contributions exigées
par le pape, mais d'avoir demandé en faveur du roi
CnESTEI{-LF.-STRERT CIIEVRNON
(i4y CHEVENUN
et des princes du sang des induits pour nommer aux
plus gros bénéfices.
En souvenir de leur mariage célébré dans la cathé-
drale, le 17 juin. 1386, Charles VI et Isabeau de
Bavière offrirent au chapitre un moulin qui porte
encore aujourd'hui le nom de « moulin du Roi ». Le
4 avr. 1413, Chevenon fut nommé évêque de Beauvais.
Berthier, Hisl. de l'Église gallicane, xv, I. XLV, p. 390.
— Gall. christ., x, 1198. — La MolUère, Les antiquités de la
ville d'Amiens, Paris, 1642, p. 222. — Ed. Soyez, Notices
sur les évêques d'Amiens, 110. — Actes de l'Église d'Amiens,
I, p. Li. — Decourt, Mémoires chronol., mss. 802-03, de
la blbl. d'Amiens, i, 512.
A. MOLIEN.
CHEVERUS (Jean-Louis Lefebvre de), évê-
que de Boston, de Montauban, archevêque de Bor-
deaux, cardinal. Né à Mayenne, le 28 janv. 1768, il
étudie à Louis-le-Grand et à S.-Magloire; ordonné
prêtre à Paris le 18 déc. 1790, vicaire puis successeur
de son oncle à la cure de Mayenne, chassé de là par les
révolutionnaires et interné à Dol, il s'évade et arrive
à Paris le 25 juin 1792. Lors des massacres de Sep-
tembre il gagne l'Angleterre, où il est précepteur et où
il s'occupe d'œuvres. C'est là que vient le trouver une
lettre d'un autre émigré, ancien professeur du col-
lège de Navarre, Fr. A. Matignon, qui dès 1792 s'était
mis à la disposition de l'évêque de Baltimore, John
Carroll. Il accepte d'aller partager ses travaux mis-
sionnaires et arrive à Boston le 3 oct. 1796. Destiné
d'abord à l'église Ste-Marie de Philadelphie, il obtient
de rester avec Matignon et se voit confier l'évangéli-
sation des Indiens du Maine. Il gagna bientôt la sym-
pathie non seulement de ses ouailles, mais aussi des
classes dirigeantes puritaines. Il construisit la pre-
mière église de Boston (Ste-Croix) en 1803. A ce mo-
ment sa famille et ses confrères du Mans le supplient
de rentrer; après quelques hésitations il décide de
rester. Nommé premier évêque du diocèse de Boston,
érigé le 8 avr. 1808 (supra, ix, 1396-97), il ne fut sacré
que le 1"^ nov. 1810. Il continua à travailler à l'évan-
gélisation de la Nouvelle-Angleterre, dans des condi-
tions particulièrement difficiles : le manque de prêtres
surtout. Il semble bien, quoi que l'on en ait dit, que ce
ne fut pas l'appel de son compagnon d'enfance, le roi
Louis XVIII, mais une charge trop lourde pour sa
santé et son âge qui décida Cheverus à rentrer en
France. Le 3 mai 1824, le roi le nomme évêque de
Montauban, où il réorganise le chapitre et le sémi-
naire et s'attache à gagner les protestants. Le 30 juill.
1826, il est transféré à Bordeaux, par ordonnance
royale, préconisé le 2 oct. suivant et élevé à la pairie.
Comme à Montauban, il s'attache à organiser partout
des œuvres, se dépensant sans compter. Le roi Louis-
Philippe venait à peine d'obtenir la pourpre romaine
pour Cheverus, lorsque celui-ci mourut, frappé d'apo-
plexie, le 19 juill. 1836.
Dès l'année suivante, M. Hamon, curé de S.-Sul-
pice, publiait, sous le pseudonyme de J. Huen-Du-
bourg, la Vie de Cheverus, qui connut de nombreuses
éditions (la septième, de 1883, porte le nom réel de
l'auteur) et traductions.
P. Guilday, Life and times of J. Carroll, archb. of Bail.
(1735-1815), II, New-York, 613-25. — L'épiscopat franç.
(1802-1905), Paris, 1905, p. 143-44 ; 363-64. — Cath. Enc,
lii, 650. — Dicl. of American biogr., iv, 61-62, Londres,
[1930].
É. Van Cauwenbergh.
CHEVREUX (Dom Ambroise-Augustin), né
en 1728, fait profession à l'abbaye bénédictine de S.-
Florent de Saumur, qui appartenait à la congrégation
de S.-Maur, le 14 mai 1744. Il séjourne ensuite à S.-
Germain-des-Prés. A partir de 1763, il occupe d'im-
portantes fonctions dans son ordre. Élu supérieur
général à l'unanimité en 1783 et 1788, il soutient les
droits de son ordre contre les prétentions de la Com-
mission des réguliers, et essaie de maintenir l'idéal
monastique contre les abus qui s'étaient glissés à
l'intérieur des maisons. A la visite des commissaires de
la municipalité de Paris à S.-Germain-des-Prés (9 mai
1790), il déclare sa volonté de continuer la vie reli-
gieuse tant qu'il lui sera possible. Arrêté, il est conduit
aux Carmes, où il tombe parmi les victimes du 2 sept.
1792. Il fut béatifié le 18 oct. 1926.
H. Mollière, Le Bx dom A. Chevreux, dernier supérieur
général de la congrég. de S.-Maur, Ligugé, 1936. — J.
Grente, Les martyrs de sept. 1792 à Paris, Paris, 1919. —
F. Rousseau, Moines bénédictins martyrs et confesseurs de la
foi pendant la Révolution, Maredsous, 1926, 101-03.
R. Van Doren.
CHEVRIER (Vénérable Antoine), fondateur
de la Providence du Prado, à Lyon. Né à Lyon, le
16 avr. 1826; reçut sa première éducation chez les
frères des Écoles chrétiennes, puis à l'école latine de
S. -François, entra à dix-sept ans au petit séminaire
de l'Argentière et passa de là au grand séminaire de
S.-Irénée; ordonné prêtre le 25 mai 1850, il fut
nommé vicaire à S. -André de la Guillotière, à Lyon;
en 1857, il devint aumônier de la Cité Rambaud (En-
fant-Jésus), qui s'était proposé un double but : pro-
mouvoir la ijremière communion des enfants délaissés
et i)rocurer un logement aux vieillards et aux pau-
vres. Le P. Chevrier, laissant à M. Rambaud le soin
de cette dernière œuvre, veut, avant tout, « l'amélio-
ration de la société par l'amélioration de l'enfance ».
Il ouvre, en 1860, sur l'emplacement de l'actuelle
basilique de Fourvière, une maison pour les enfants,
mais trouve bientôt le moyen d'acquérir un ancien
lieu de divertissement, appelé le Prado et situé à la
Guillotière; la nouvelle maison est inaugurée le l'"' avr.
1861. Tout en continuant de s'occuper de son œuvre,
il accepte, en 1866, de fonder la paroisse de Moulin-à-
Vent (Vernissieux), située à 2 km. du Prado, où il
reste quatre ans. Reprenant un projet conçu dès 1859,
le P. Chevrier ouvre au Prado une école cléricale, qui
lui permettra d'entrevoir la continuation de son
œuvre; ruinée par les événements de 1870, l'institu-
tion sera réorganisée dès l'année suivante. Le 26 mai
1877, les quatre premiers diacres du Prado, qui après
leurs études au séminaire de Lyon avaient été auto-
risés à les achever à Rome, y furent ordonnés prêtres.
Bientôt l'archevêque de Lyon accorda au P. Chevrier
de rester à la tête de ses nouveaux prêtres. Souffrant
d'un ulcère à l'estomac, le fondateur tomba grave-
ment malade en 1878 et s'éteignit au Prado le 2 oct.
1879; il fut inhumé dans sa chapelle. Sa cause a été
introduite à Rome le 11 juin 1913.
Le P. Chevrier a exposé son idéal sacerdotal dans
Le prêtre selon l'Évangile ou le véritable disciple de
J.-C. (2^ éd. par C. Chambost, Lyon, 1924).
.I.-M. ViUefranche, Vie du Vén. P. Chevrier, 21' éd.,
Lyon-Paris, 1919. — A. Delaserre, Vie du P. Chevrier,
Lyon, 1892. — C. Chambost, Vie du P. Chevrier, Lyon,
1920; Lettres du P. Chevrier, Lyon, 1927. — A. A. Sedis,
1913, p. 309-11.
É. Van Cauwenbergh.
CHEVROT (Jean), évêque de Tournai et Toul,
xv» s. Fils de Jean Chevrot, il naquit aux environs de
l'an 1400 à Poligny, en Franche-Comté. Son oncle
Simon, abbé de Goailles, conseiller du duc de Bour-
gogne et chef de son conseil, travailla à son éduca-
tion. Entré dans les ordres, il devint de bonne heure
chanoine de Besançon. En 1417, il étudiait à Paris et
il obtenait la licence en décret. Il revenait dans sa ville
natale et cumulait les bénéfices : chapelain de la
chapelle S. -Jean de Salins, archidiacre de Rouen
(1429), chanoine de N.-D. de Beaune (1435). L'évêché
651 CHEVROT — C
de Tournai étant venu à vaquer, Philippe le Bon, duc
de Bourgogne, le recommanda au pape, cependant
que Charles VII, roi de France, appuyait Jean d'Har-
court. Celui-ci fut nommé par le chapitre mais dut
s'incliner devant la décision pontificale. Le 2 nov.
1436, le prélat fit prendre possession par procureur et
il entra lui-même solennellement le 12janv. 1440.
J. Chevrot, conseiller du duc, chef du conseil en
l'absence du chancelier Rolin qui était son ami in-
time, joua un grand rôle à la cour. En 1448, il fit
partie d'une ambassade auprès de la cour de France;
en 1453, ambassadeur en Angleterre, il rétablit la
paix entre les deux États et il réconcilia les Gantois
révoltés contre le souverain. Ami des artistes, notam-
ment de Roger Van der Weyden, il commanda à
celui-ci le fameux triptyque des « Sept sacrements »
pour sa cathédrale de Tournai (au musée d'Anvers) et
d'autres tableaux pour l'église de Poligny dont on
ignore aujourd'hui le sort.
En 1460, il échangea l'évêché de Tournai pour
celui de Toul dont le titulaire était Guillaume Fil-
lastre. En allant prendre possession, il mourut à
Lille le 22 sept. Il fut inhumé à Tournai, sous la châsse
des reliques de S. Hippolyte qu'il avait fait venir de
Franche-Comté. Son cœur fut déposé à Poligny dans
la chapelle dite de Tournai qu'il avait fondée, sous
une statue de pierre ornée de ses armes : d'or au che-
vron d'azur chargé en cime d'une croisette ancrée
d'or. Une statue en bronze fut également érigée à sa
mémoire en la cathédrale de Toul.
J. Chevrot qui avait gardé une particulière prédi-
lection pour sa province natale lui fit de multiples
dons, notamment au prieuré de Vaux-lès- Poligny dont
il fut prieur commendataire de 1449 à 1458; à la
cathédrale de Besançon qui reçut sa chapelle pontifi-
cale; à la collégiale de Poligny qui fut dotée de ta-
bleaux, de statues et de tapisseries de grande valeur.
Il y fit également construire une chapelle consacrée en
1455, où il établit trois chapelains et une maîtrise de
musique. J. Chevrot fit également des dons généreux
aux cathédrales de Tournai et de Toul.
Archives : du Jura, séries G et H; de la Côte-d'Or,
séries B et G; du Nord, série B. — .1. Cousin, Hist. de Tour-
nai, 1619, p. 217-19. — Chevalier, Mémoires hist... sur la
ville et la seigneurie de Poligny, i, il, 1769. — Rousset,
Dict. hist... des communes du Jura, v, 1854, p. 254-62. —
Chronique d'Enguerran de Monstrelet, éd. de la Soc. de
l'hist. de France, v, 1861, p. 59-60. — Biogr. nat. de Bel-
gique, IV, 1873, p. 74. — A. Benoit, Notice sur les monu-
ments funéraires de Toul, dans Mém. de la Soc. d'archéol.
lorr., 1877, p. 373-74. — S. Pidoux, Mon vieux Poligny,
i-ii, 1932.
T. DE MOREMBERT.
CHEYENNE, dioc. des États-Unis d'Amérique,
érigé le 9 août 1887 et comprenant l'État de Wyo-
ming et le parc national de Yellowstone. La cathédrale
est consacrée à la Ste Vierge.
Évêques: 1. Maurice F. Burke, 1887-93. — 2. Tho-
mas M. Lenihan, 1897-1901. — 3. James J. Keane,
1902-11. — 4. Patrick A. Me Govern, 1912.
Catholic Directory, New-York, 1950, p. 288-89
É. Van Cauwenbergh.
CHEZAL-BENOIT, Casale Benedicti, ancien-
nement Casale Malanum, au territoire d'Issoudun,
cant. de Lignières, arrond. de S.-Amand-Mont-Rond
(Cher), sur un affluent de l'Arnon, abbaye de bénédic-
tins dédiée à S. Pierre. Ce monastère fut fondé en 1093
par le Bx André, prieur de Vallombreuse (f 1112). La
vie régulière y était fort déchue au xv^ s. L'abbé
Pierre du Mas rétablit la communauté des biens, en
unissant les bénéfices claustraux et les prieurés à la
mense conventuelle. Il renonça aussi à la perpétuité
de la dignité abbatiale. En 1488, à l'intention des
HEZAL-BENOIT 652
monastères affiliés à Chezal-Benoit, Du Mas publia
des statuts qui s'inspiraient des usages de la congré-
gation de Ste-Justine de Padoue, tout en laissant plus
d'autonomie aux maisons dont les représentants assis-
taient régulièrement à des chapitres généraux. Cette
nouvelle congrégation, qui comprenait treize monas-
tères, fut approuvée par le cardinal d'Amboise en
1508; Léon X, en 1516, lui accorda les privilèges de
Ste-Justine et, en 1555, Paul V lui donna l'exemption.
Le concordat de 1516, qui attribuait au roi la nomi-
nation à la plupart de ses abbayes, sauf les cinq pri-
maires, compromit son expansion, sans nuire à sa
régularité. Celle-ci déclina après les troubles qui
suivirent l'an 1560.
A l'intervention de Richelieu, qui s'était fait attri-
buer le titre de chef général, administrateur de la
congrégation, avec une pension de 30 000 livres, les
supérieurs demandèrent leur union avec S.-Maur, qui
fut réalisée le 28 mars 1636; Richelieu renonça à
sou titre, mais garda la pension. La congrégation de
S.-Maur nomma aux abbayes de Chezal-Benoît jus-
qu'en 1763; à cette date le roi en disposa. Tous ces
monastères disparurent à la Révolution.
Parmi les moines de Chezal-Benoît, retenons les
écrivains : Guy Jouveneaux (t 1507); les frères Charles
Fernand (t 1517) et Jean Fernand (f 1531), originaires
de Bruges; Jean Boudonnet (t 1664). — De l'église,
achevée en 1093, subsiste la nef avec ses sculptures
remarquables.
Liste des abbés: Bx André I*"' Orderic, t 1112. —
Gérard, 1117, 1119. — Isenibert. — Rodulphe, 1145,
1151. — Guillaume l". — Arnulphe l" de S. -Loup,
1168. — Arnulphe II de S. -Benoît, 1170. — Rainald
Gremius, 1 171. — Garnier de Linier, 1 185. — Pierrel"
de Limoges, 1191. — Humbald de Castellulus, 1195,
1200. — Thomas I" de la Charité, 1201. — Jean I",
! 1210. — Étienne I" de Condet, 1213. — Hugues, 1229.
— Rogier, 1241, 1245. — Joserlin, 1254. — Étienne II,
1255. — Thomas II, 1259. — Réginald de Quarta,
1263. — Pierre II, 1269. — Guillaume II, 1271. —
Rainaud I" de Messa, 1274. — Benoît. — Jean II,
1284. — Jean III de Brulon. — Rainaud II de Messa,
t 1318. — Jean IV Pilours, 1329. — - Guillaume III
Flandrin, f 1344. — Guillaume IV de Champbon,
1347. — Pierre III de Launay, 1372, 1386. — Guil-
laume V Auvignon, 1394, 1409. — Jacques I^"^ Laterie,
1430. — Philibert de la Verne, 1470, résigna en faveur
du suivant en 1479. — Pierre IV de Mas, 1479, 1491.
— Martin Fumée, 1491-1500. — Jean V le Roy,
premier abbé triennal, 1500-05. — Étienne III Pinon,
1505-08, t 1541. — Michel I" du Puy, 1514-17. —
Yves Morisson, 1520. — Jean VI Habon, 1524. —
Jean VII Gombault, 1526, qui abdiqua en 1527. —
Jean VIII Chaussé, 1527-30. — André II le Moulnier,
1537. — Yves Morisson, 1539, f 1546 (47). — Léonard
du Vergier, 1542, f 1555. — Placide Léger, 1548. —
André le Moulnier, 1554, 1559. — Jean VIII Caigre,
1560. — André le Moulnier, 1561. — Égide Mar-
chant, 1564. — François d'Amour, 1569. — Michel II
Jondio, 1572. — Égide II Auctet, 1577. — SébastienI"
Guerret, 1578, t 1603. — Denys des Vignes, 1584,
t 1586. -— Michel Jondio, 1590. — Guillaume VI du
Puy, 1593. — Pierre V Roger, 1596. — Sébastien II
Guerret, 1597-1600. — Jacques II Morel, 1601. —
Thomas III Berdreaux, 1603. — Pierre VI du Peyrat,
1609. — Catien le Roy, 1615, t 1627. — Antoine
Sotereau, 1622, t 15 févr. 1628. — Bernard Melon,
1627. — Louis I" Rouillard, 1630. — Gautier, 1636. —
Louis II Doulay, 1639.
Abbés depuis l'union avec S.-Maur: Humbert Ja-
met, 1645. — Michel Pirou, 1651. — Sixte Mousnier,
1657. — Placide Hamelin, 1660. — Louis Janet, 1666.
— Antoine Savy, 1669. — François de Montclar, 1672.
(553
CHEZAL-BENUIT
CHKZY-SUR-MARNE
654
— Adéodat Buisson, lt)75. — Jean Villatel, 1681. —
Jean Blenie, 1684. — Gabriel Gérentes, 1687. — Gil-
bert la Porte, 1693. — Maur Marcland, 1696. — Au-
gustin Collet, 1702. — Marcellin Pinel, 1705. —
Mathurin Tranchant, 1708. — Guy Buisson, 1711. —
Nicolas Lanne.
D'Achéry, Spicil., m, 462-64. — Beauiiier-Besse, Ab-
bayes et prieurés..., introd., 62-72; v, 24. — Berlière, La
congr. bénédict. de Cliezal-Benoîl, dans Mél. d'hist. bénéd.,
III, 1901, p. 97-198. — Chevalier, T. B., 689. — Cottineau,
766. — F. Deshoulières, L'abbaye de Chezal-Benoit, Bour-
ges, 1910; L'église abbatiale de Chezal-Benoît, Gaen, 1908.
— Gall. christ., ii, 162. — Mabillon, Annales O. S. B., table,
VI, 258. — Martène-Charvin, Hist. de la congr. de S.-Maur,
11, 93-99. — E. Michael, Ueber geistliche Baumeister im
Mittelalter, dans Zeilschr. f. kath. TheoL, xxxil, 1908,
p. 213-29. — l'h. Schmitz, Hist. de l'ordre de S.-Benoît,
III, 210.
R. Van Doren.
CHÉZERY, Chesiriacum, ancienne abbaye cis-
tercienne sur la commune de ce nom, fondée par Amé-
dée III comte de Savoie, au dioc. de Genève, aujour-
d'hui de Belley (Ain). L'emplacement appartenait au
prieuré clunisien de S. -Victor de Genève, qui le céda à
S. Bernard et à Moyse, abbé de Bonmont, en Suisse.
Fontenay, fille de Clairvaux, y envoya ses moines
(1140). Le premier abbé, le Bx Lambert, était frère de
S. Pierre, abbé de Tamié, puis archevêque de Taren-
taise. L'un des moines de la première heure, Roland,
jouit d'un culte dans l'église paroissiale de Chézery,
l'ancienne abbatiale, et dans le diocèse de Belley. Ce
sont les deux gloires de l'antique abbaye qui, par ail-
leurs, n'a guère laissé de souvenirs bien marquants.
Les capitulants de Cîteaux eurent parfois à s'occuper
de Chézery : en 1398, la mauvaise administration d'un
abbé l'avait réduite à la pauvreté extrême; en 1433,
l'abbé Jean de l'Hoste dut être déposé; de même en
1453 Antoine de Vicedogny, pour dilapidation. Quand
Nicolas Cotton, docteur en théologie, fut élu en 1560,
des lettres rédigées au nom du chapitre général le
présentèrent respectueusement à la maison de Savoie.
Série des abbés: 1. Lambert, 1140. — 2. Étienne,
1155. — 3. Roland (certains auteurs l'identifient
avec le saint). — 4. Guillaume, 1180. — 5. Anselme,
1236. — 6. Girard, 1281. — 7. Raoul, 1324. — 8. Nico-
las I", t 1357. — 9. Richard, 1357. — 10. François,
1424. — 11. Jean II de l'Hoste, déposé en 1433. —
12. Antoine Vicedogny, déposé en 1453. — 13. JeanlII
de Campeys, commendataire, év. de Turin, puis de
Genève, archev. de Tarentaise, t 1492. — 14. Jean
d'Amancier, 1493. — 15. André d'Amancier, 1538-52.
— 16. Antoine du Saix. — 17. Jacques Bourgeois,
1584. — 18. Nicolas de Meuillon, 1600. — 19. Louis
Perucard de Ballon. — 20. Gaspard Perucard de Bal-
lon, t 1629. — 21. Laurent Scotti, 1632. — 22. Chris-
tophe Duc, 1670. — 23. Louis Gros, 1678. — 24. Jo-
seph de Savoie, 1693. — 25. Joseph-Nicolas Des-
champs de Chaumont, 1728, év. de Genève, 1741. —
26. Jean-Pierre Briord, év. de Genève, 1764. — 27.
Joseph-Marie Paget, év. de fienève, 1787.
Archives : départ, de l'Ain, où l'inventaire de 1891 signale
// 20S : 30 pièces (1632-93); // 209 : 29 pièces (1711-77);
H 210 : 12 pièces (1772-74). — Besançon, bibl. municipale,
ms. 74, toi. 286 : extr. du cartulaire. — Bourg, bibl. munie,
ms. 53 (43), fo\. 101-03 : 5 chartes publiées par Vuy, dans
Mém. Inst. nat. genev., xii; ms. 5, fol. 63 : franchises... à
Ballon... 1326. — Dole, bibl. munie, ms. 137 : cartulaire,
copie par Perrenot (chartes 1175-1361). — A. S., mai, ii,
322. — Burlet, Le culte de Dieu et des saints en Sauoie, 1916.
— Cottineau, 767. — Gall. christ., xvi, 495. — Janauschek,
Orig. cisterc. Vienne, 1877, 61. — Manrique, Ann. cisterc,
Lyon, 1642, année 1140, x, 1; xi, 1, 2, 12. — Statuta cap.
gen. ord. cisterc, i-viii, éd. de Louvain, 1933-41, passim. —
Stein, Cartulaires français, Paris, 1907, n. 939.
J.-M. Canivez.
CHÉZY-SUR-MARNE, Cariacum, abbaye
dont on trouve mention au milieu du ix« s.; on l'a fait,
sans preuve, remonter à Charlemagne. Elle était
fondée sous le vocable de S. Pierre, sur le bord de la
Marne, à 6 km. environ au sud de Château-Thierry,
en un lieu pouvant présenter de l'intérêt au point de
vue militaire, mais peu favorable à une existence pai-
sible. Elle aurait été détruite vers 887 lors d'une inva-
sion normande, et ne se releva pas facilement. Elle
était, en 980, sous l'obédience de l'Église de Paris.
Les norbertins y étaient établis vers le milieu du xi» s.
et, en 1063, Thibaud de Champagne donna à Rodol-
phe, sixième abbé, l'église de Charleville, près Mont-
mirail, et l'abbaye reçut bientôt dix-sept églises parois-
siales. En 1140, les religieux, en raison des attaques
possibles, s'établirent dans l'enceinte même du bourg
de Chézy dont ils étaient seigneurs et qui avait été
fortifié par l'abbé Simon, représenté comme un homme
de grand mérite et que S. Bernard défendit dans son
conflit avec l'évêque de Soissons. L'établissement
d'un monastère dans une place fortifiée nuisait à l'état
religieux : au siècle suivant, l'abbé Robert avec la
majeure partie de la communauté retourna à S.-Pierre-
le- Vieux. Sous l'abbatiat de Philippe, la détresse était
absolue; il fut déposé en 1356, à la suite d'une visite
de Jean de Craon, archevêque de Reims. En 1414,
Nicolas Graibert, évêque de Soissons, trouva les reli-
gieux réduits à la mendicité; cette même année la
forteresse fut détruite par les Anglais et l'abbaye,
tombée en commende, ne paraît pas s'être relevée
avant le xvi" s., où trois abbés de la famille de Lan-
geac (1503-62) firent effectuer quelques travaux, mais
la pauvreté était telle que l'abbé Antoine, « quoique
commendataire, fut contraint d'y résider ».
En 1662, François de Nesmond, fils du président au
parlement de Paris, y appela les bénédictins de S.-
Maur, qui s'y établirent en dépit de quelque opposi-
tion. Cette maison, connue surtout par ses malheurs,
demeura dans une situation précaire; en 1766 elle
fut unie à S.-Crépin de Soissons; il n'y avait que cinq
moines. En 1792, les bâtiments conventuels et l'église
furent démolis et les ruines disparurent également; il
n'apparaît pas que cette disparition ait fait éprouver
à l'art une perte notable. Aucun des abbés n'a laissé
de grand nom dans l'histoire; parmi les commenda-
taires on relève les noms de Louis de L'Espinasse
(1481-1501), de Nicolas de Neuville de Villeroi (1582-
1602), de Guillaume Fouquet de La Varenne, évêque
d'Angers, de Charles de Balzac, évêque de Noyon,
de Louis de Bassompierre, évêque de Saintes, de Henri
de Nesmond, archevêque de Toulouse, d'Antoine de
Montazet, archevêque de Lyon.
Liste des abbés: Jean I^'. — Théobald I". — Aibert.
— Gilon. — Robert I". — Rodulphe, 1063. — Pierre,
1108, 1112. — Simon, 1134, démissionna en 1156,
t 27 juin. 1163. —-Élie, t 6 juin 1171. — Ebolus, 1176,
t 21 janv. 1190. — Gaufred I", 1193, 1199. — Gau-
fred II, 1210. — Odon I", 1214, 1217. — Renald,
1222, 1230. — Robert II de Troies, f 4 déc. 1243. —
Drogon, 1244, 1246. — B..., 1247. — Odon II, 1269. —
Gautier, 1270. 1288. — Robert III, 1293, 1329. —
Guillaume I" de Nourenoult, 1349. — Philippe, 1356.
— Jean II de Lintelles, 1358, 1392. — Pierre de Meu-
don, 1392, 1403. — Henri I" de Beaulieu, 1409, 1427.
— Théobald II. — Nicolas II Lentier, 1436, 1444. —
Nicolas III Grainoti, 1444, 1454. — Jean III. —
Michel. — Nicolas IV Richard, 1459, 1463. — Maur
du Mas, 1469, 1480. — Louis de Lespinasse, premier
commendataire, 1481, f 2 nov. 1501. — Jean IV de
Langheac, moine élu, f 8 mars 1503. — Antoine de
Langheac, commendataire nommé en 1503, malgré
l'élection de Guillaume Gouffler, f 1519. — Gabriel
de Langheac, moine de Cluny, élu le 16 août 1519,
CHÉZY-SUR-MARNE
— CHIARAVALLE
656
t 22 oct. 1528. — François I" de Langheac, 1528,
t 14 janv. 1562. — Nicolas V du Mont, nommé par
le roi, 1564, à la place de Ponce Pignard, élu par les
moines, f 1570. — Nicolas VI de Neuville, 1582, 1612.
— Guillaume Fouquet de la Varenne, év. d'Angers,
1612, t 1615. — Charles de Balzac, év. de Noyon,
t 1625. — Louis II de Bassompierre, év. de Saintes,
1626; céda au suivant, 1647. — François II de Nes-
mond, év. de Bayeux, 14 août 1647; céda au suivant,
1682. — Henri II de Nesmond, 26 mai 1682, év. de
Montaùban, archev. d'Albi, puis de Toulouse, f 27 mai
1727. — Fabius Brulart de Sillery, év. de Soissons,
t 19 nov. 1714. — François-Philippe Morel, aumô-
nier du roi, 1715, 1731. — Omer Joly de Fleury,
9 mai 1731.
Gall. christ., ix, 427 sq. — É. de Barthélémy, Analyse du
cartulaire de S.-Pierre de Chézy, dans Mém. Soc. de l'acad.
S.-Quentin, l, 1878, p. 241-308. — A.-E. Poquet, Notice
sur le bourg et l'abbaye de Chézy-sur-Mariie, Soissons, 1844.
— A. Corlieu, L'abbaye de Chézy, dans Annales de la Soc.
hist. de Château-Thierry, 1879-80, p. 88-109. — Monasticum
benedictinum, Bibl. nat., ms. lat. 12 664. — Monasticum
gallicanum, ibid., lat. 11 820. — Cottineau, 767-68.
M. Prévost.
CH I APAS, Chiapensis, évêché du Mexique, État
de Chiapas. Son territoire, habité successivement par
les Olmèques, Toltèques et Aztèques, fut conquis
par Pierre d'Alvarado en 1534. L'évêché de Chiapas,
avec siège à S. Cristôbal-las-Casas, fut érigé par le
pape Paul III, le 19 mars 1539 (bulle Inter multipliées),
dans la paroisse de l'Assomption de Ciudad Real,
sous le patronage de S. Christophe. Fr. Juan de Ortega,
hiéronymite, ayant refusé l'évêché, la bulle d'érection
fut exécutée par Juan de Arteaga y Avendafio, le
15 janv. 1541. Dans la deuxième moitié du xvi« s.
ses revenus étaient de $ 1 300 or. A la fin de ce siècle,
il comptait 88 villages administrés par 5 couvents ou
paroisses de dominicains et un couvent de francis-
cains. En 1580, il ne possédait pas encore de chapitre.
Les controverses relatives aux limites des diocèses de
la Nouvelle-Espagne eurent leur répercussion à Chia-
pas, mais n'y provoquèrent pas d'incident. Le siège
était suffragant d'abord de Séville (Espagne), puis
de Guatémala, enfin actuellement d'Antequera
(Oaxaca). Ses limites sont restées à peu près inchan-
gées depuis le xvi" s. Pour un territoire de 73 216 km^
et une population de 615 000 catholiques, groupés en
40 paroisses, elles-mêmes divisées en 8 vicairies, le
diocèse compte à peine une trentaine de prêtres.
Parmi ses 182 églises ou chapelles, quelques-unes
méritent une mention spéciale : la cathédrale S. Cris-
tôbal-las-Casas, S. -Dominique et S. -François, égale-
ment à Las Casas, S. -Joseph de Comitân et N.-D.-des-
Carmes à Chiapa de Corzo. Parmi ses évêques figure
le célèbre Barthélémy de las Casas.
Liste des évêques: Fr. Juan de Ortega, O. S. H.,
19 mars 1539, renonça sans prendre possession. —
Juan de Arteaga y Avendano, (d.B. g.e. iv, 786). —
Fr. Bartolomé de las Casas, O. P., 19 déc. 1543, re-
nonça le 19 janv. 1551. — Tomâs Casillas, O. P., élu le
19 avr. 1550, confirmé 10 janv. 1551. — Domingo de
Lara, O. P., élu mais non confirmé en 1572. — Fr.
Alonso de Noronha, O. P., administra le diocèse pen-
dant sept ans, sans bulle. — Fr. Pedro de Feria, O. P.,
élu le 30 avr. 1572, confirmé le 8 janv. 1574. — Fr. An-
drés de Ubilla, O. P., 21 mai 1592. — Lucas Durân,
renonça. — Melchior de la Cadena, refusa. — Juan
Pedro Gonzâlez de Mendoza, O. S. A., 7 mai 1607. —
Fr. Tomàs Blanes, O. P., 12 janv. 1609. — Fr. Juan
de Zapata y Sandoval, O. S. A., 13 nov. 1613. —
Bernardino de Salazar y Frias, 21 oct. 1621. — Agus-
tin Ugarte de Saravia, 3 déc. 1629, ne prit pas pos-
session. — Alonso Munoz de Tirado, élu le 22 juill.
1632, ne fut pas confirmé. — Fr. Marcos Ramirez de
Prado, O. F. M., 31 janv. 1633. — Fr. Cristôbal Pérez
de Lazarraga, O. Gist., 3 oct. 1639. — Fr. Domingo
de Villaescusa Ramirez de Arellano, O. S. H., 19 nov.
1640. — Fr. Maure de Tovar, O. S. B., 16 déc. 1652.
— Cristôbal Bernardo de Quirôs, \" sept. 1670. —
Manuel Fernândez de Santa Cruz y Sahagun, élu en
1672, ne fut pas confirmé. — Marcos Bravo de la
Sema, 12 mars 1674. — Fr. Francisco Nùnez de la
Vega, O. P., 8 janv. 1682. — Fr. Juan Bautista Alva-
rez de Toledo, O. F. M., 24 sept. 1708. — Jacinto
Olivera Pardo, 26 févr. 1714. — Fr. José Cubero
Ramirez de Arellano, Merc, 6 juill. 1734. — Fr. José
Vidal Montezuma, Merc, 28 mars 1753. — Miguel
Cilieza y Velasco, 27 avr. 1767. — Lucas José Ramirez
Galân, 12 janv. 1769, ne prit pas possession. — Fr.
Juan Manuel Garcia de Vargas y Rivera, Merc,
20 nov. 1769. — Antonio Caballero y Gôngora, 29 mai
1775. — F"raucisco Polanco, 13 nov. 1775. — José
Martinez Palomino y Lôpez de Lorena, 19 déc. 1785.
— Francisco Gabriel de Olivares y Benito, 15 sept.
1 788. — Fermîn José Fuero y Gômez Martinez, 18 déc.
1795. — Ambrosio de Llano, 23 déc. 1801. — Salvador
de Sanmartîn y Cuevas, 22 juill. 1816. — Fr. Luis
Garcia Guillén, Merc, 28 févr. 1831. — José Maria
Luciano Becerra y Jiménez, 23 déc. 1839. — Carlos
Maria Colina y Rubio, 7 avr. 1854. — Carlos Manuel
Ladrôn de Guevara, 19 mars 1863. — Germân .\scen-
siôn Villalvazo y Rodriguez, 22 nov. 1869. — Fr. Ra-
môn Maria de S. José Moreno Castaiîeda, O. C,
22 sept. 1879. — Miguel Mariano Luque y Ayerdi,
13 nov. 1884. — Francisco Orozco Jiménez, 9 juill.
1902. — Maximino Ruiz Flores, 8 févr. 1913. — Ge-
rardo Anaya y Diez de Bonilla, 8 mars 1920. — Lucio
Torreblanca, 1944.
A. de Remesal, O. 1'., Hist. de la Prou, de S. Vicente de
Chyapa y Guatemala de la O. de N. Gl. P. Slo Domingo,
Madrid, 1619; Guatémala, 1932. — M. Cuevas, S. J., Hist.
de la Iglesia en México, Tlalpan (México), 1921 sq. — V. de
Andrade, Noticias de los Srs. Obispos de Chiapa, México,
1907. — J. Bravo Ugarte, S. J., Diôcesis y ob. de la Iglesia
Mexicana, México, 1941, p. 28-30. — A. Galindt) Mendoza,
Apuntos geogr. y est. de la Iglesia cat. en México, México,
1945, p. 59. — Gams, 142. — Une liste critique des évêques
a été dressée par ordre de l'évêque Orozco Jiménez d'après
les archives vaticanes; elle se trouve actuellement à l'^r-
chivo Arzobisp. de Guadalajara (México).
Fl. Pérez.
CH lARAIVIONTI (Gregorio-Barnaba). Voir
Pie VII, pape.
CHIARAVALLE, Claravallis et antérieure-
ment Caravallis, abbaye cistercienne située près de
Milan. Sa fondation nous reporte au passage de S. Ber-
nard (1135) dans cette ville et à la transformation
opérée par lui dans les sentiments des Milanais pour
le pontife légitime Innocent II. Grâce aux donations
abondantes, la première fille de Clairvaux en Italie
grandit rapidement dans ces quartiers appelés Rove-
niano et Bagnolo. Kehr n'hésite pas à reprendre la
formule de Janauschek : Insignem hanc abbatiam... Elle
fut remarquable, en effet, par son développement
rapide, dû partiellement à la protection efficace des
empereurs et aux privilèges qu'ils lui concédèrent :
Frédéric I" (1152), Othon IV (1209), Frédéric II
(1220), Henri VII (1308). Elle put ainsi fonder dès
1136 sa première filiale, Cerredo (dioc. de Lodi), en
1141 Cliente, en 1146 Follina (Vénétie), et au siècle
suivant, en 1237, Capo di Lago (dioc. de Milan).
Chiaravalle compte de fortes personnalités parmi
ses abbés et ses moines; plusieurs d'entre eux furent
appelés à des sièges épiscopaux. Dès 1155, Adrien IV
créait cardinal Guillaume Matengo, d'archidiacre de
657
CHIARAVALLE CHICAGO
658
Pavie devenu moine à Chiaravalle. Lodi (1217),
Plaisance (1235), Ugento (1433), Avellino (1520),
Pavie (1530), Parme (1615) eurent leurs évêques cis-
terciens. Dans l'ordre de Cîteaux, Chiaravalle eut
aussi un rôle notable à jouer, spécialement par les
missions de confiance dont furent chargés ses abbés.
Le premier commendataire se présente déjà en 1442,
mais pour peu de temps. En 1465, les moines de l'ab-
baye de S. -Sauveur de Settimo viennent apporter la
réforme et les claravalliens reviennent en 1474; ils
font ensuite partie de la congrégation S. -Bernard
d'Italie.
En nov. 1520, l'abbé de Clairvaux, dom Edme de
Saulieu, y fait la visite canonique; son secrétaire
note : « Nous visitâmes le magnifique monastère de
Carval, le meilleur de toute l'Italie, que tenait en
commende le cardinal de Médicis, neveu du pape,
dont il tirait au moins 13 000 ducatz par an » (archives
de l'Aube, ï H 257). L'abbaye vécut jusqu'en 1799.
Ce qui subsiste encore, c'est 1' « église et les bâtiments
conventuels, dont l'architecture a fourni matière à
de nombreuses et intéressantes études ».
Série des abbés (d'après Ughelli) : 1. Bruno, 1135. —
2. Hugues, 1157. — 3. Trasimond, 1170. — 4. Jean I",
1192. — 5. Bon Jean de Brixis, 1198, vir scientia ac
rerum gestarum gloria clarissimus. — 6. Albert, 1215.
— 7. Pierre, 1221. — 8. Égide Biffus, 1226. — 9.
Pierre, 1237. — 10. Égide II, 1249. — 11. Albert de
Pedulis, 1254. — 12. Pierre, 1256. — 13. Merus, 1258.
— 14. Milon, 1261. — 15. Paul, 1268. — 16. Bon
Jean II, 1275. — 17. Albert II de Pedulis, 1279. —
18. Antoine Melochius, 1281. — 19. Ambroise Vezari,
1282. — 20. Garnier de Becculeo, 1290. — 21. Paul
de Besana, 1295. — 22. Michel, 1302. — 23. Jean III,
1304. — 24. Marchesius de Vedano, 1305. — 25. Bru-
nold, 1308. — 26. Zannibel Porcelli, 1310. — 27. Bru-
nold Brunoldi, 1312. — 28. Grégoire Columbi, 1313. —
29. Égide III Bissi, 1322. — 30. Delfini di Brivio,
1328. — 31. Égide IV, 1347. — 32. Henri, 1350. —
33. Christophe Terziagas, 1360. — 34. Jacques, 1388.
— 35. Antoine Fontana, 1390. — 36. André Meravi-
glia, 1421. — 37. Gérard Landriani, cardinal, com-
mendataire, 1442. — 38. Louis, card. Scarampi,
1445. — 39. Ascanius-Maria, card. Sforza, 1465. —
40. Jérôme Dominici, 1471. — 41. Placide Sergua-
dugnus, 1473. — 42. Maur Corbetia, 1475. — On
eut ensuite des abbés triennaux.
Archives : à' Milan, riches; décrites par Kehr, II. pont.,
VI, part. I, p. 120 sq.; notons les 13 vol. transcrivant les
chartes jusqu'à 1300, œuvre du moine Hermès Bonomi,
1797, Rome, Bibl. Vitt. Emanuele, cod. 1279 : Sitmma
privil... auctore abbale Pacifico Carcano (xvin* s.). — Anna-
les Mediol. minores, dans M. G. H., SS., xviii, 393. —
R. Bagnoli, L'abbazia di Chiar., Milan, 1935. — M. Aubert,
L'architecture cist. en France, Paris, 1943, i, 144, 179,
255, 369. — L. Auvray, Les registres de Grég. IX, n. 1668. —
S. Bernard, Epist., cxxxiv, cclxxxi. — M. Cafli, Délia
abbazia di Ch., Milan, 1843. — Cottineau, 768. — Enlart,
Architecture gothique en Italie, Paris, 1894. — JafTé, 8 052,
9 274, 9 276, 11 857, 12 327, 12 3.32, 13 000, 13 630, 15 497,
15 796, 15 948, 16 215, 16 908. — Janauschek, Oriy. cis-
terc. Vienne, 1877, p. 39. — Manrique, Ann. cisterc,
Lyon, 1642, année 11.34, ii, 10; 1135, ix. 1. — U. Nebbia,
I recenti restauri délia badia di Ch., dans Boll. d'arte, iv,
1910, p. 369-86. — G. Ottani, L'abbazia di Ch. Milanese e
la sua istoria. Milan, 1942. — A. Postina, Beitràge zur
Geschichte der Cisterc. des XVI. Jahrh. in Italien, Bregenz,
1901. — Potthast, Beg., 9 353, 10 933. 23 775. 23 807. —
A. Ratti. // sec. XVI nelVabb. di Ch., dans Archivio slorico
Lombardo, xxiii, 1896. — Statuta cap. gen. ord. cisterc,
l-viii, éd. de Louvain, 1933-41, passim. — Ughelli, iv,
144; I, 705. 552.
J.-M. Canivez.
CHIARAVALLE DELL' ESiO. Voir Casta-
ONOLA, XI, 1411. I
CHIAVARI, évêché du nord de l'Italie (prov. de
Gênes). Il fut détaché de Gênes le 3 déc. 1892, mais
resta administré par l'archevêque de cette ville jus-
qu'en 1896. Il comprenait en 1929 : 120 200 catholi-
ques, 140 paroisses, 335 églises et chapelles, 308 prê-
tres séculiers, 80 réguliers.
Liste des évêques: Fortunato Nivelli, 29 févr. 1896,
auparavant év. tit. d'Epifania, en résidence à Chia-
vari, t 26 déc. 1910. — Giovanni Gamberoni, 10 avr.
1911, transféré à Verceil le 22 mars 1917. — Natalis
Serafino, év. de Biella, 22 mars 1917; év. tit. de Tri-
cala, 4 août 1917. — Amédée Casabona, 3 nov. 1917,
archev. à titre personnel, 21 nov. 1942, t 6 mars 1948.
A. A. Sedis, 1910, 1917, 1947. — Ann. pont., 1911, 1929.
R. Van Doren.
CHIAVENIMA, Clavenna, S. Maria de Dona ou
de Derta, dioc. de Côme, près de Chiavenna. Cette
abbaye, fondée par Wipert ou Odoric en 1185, appar-
tint d'abord aux Bénédictins, ensuite aux Cisterciens
ou aux Servîtes, et enfin aux Humiliâtes.
P. Buzetti, L'abbazia bened. S. Maria di Dona. — Prata
di Chiavenna, Côme, 1924. — Cottineau, i, 769. — Janaus-
chek, Orig. cisterc, p. Lxii. — Kehr, It. pont., vi, part. I,
p. 416. — G. Rovelli, Storia di Como, ii. Milan. 309.
R. Van Doren.
CHIAVETTA (Jean-Baptiste), théologien
sicilien (f 1664). Voir Z). T. C, ii, 2363.
CHICAGO, archevêché des États-Unis d'Amé-
rique, dont la province ecclésiastique comprend l'État
d' Illinois. C'est en oct. 1674 que le P. J. Marquette
quittait le poste de S. -François-Xavier de Greenbay
pour fonder une mission sur la rivière Illinois; le
4 déc, il atteignit l'embouchure du Chicago, mais
bientôt tomba malade : il construisit une cabane sur
l'emplacement actuel de la ville. Ce n'est qu'à la fin
du xviiie s. et surtout autour de la garnison de Fort
Dearborii, construit en 1804, que des blancs vinrent
se fixer; parmi eux, il y avait, en 1833, une centaine de
catholiques, qui demandèrent un prêtre résident à
l'évêque de S. -Louis, J. Rosati. Le P. J.-M.-I. Saint-
Cyr, désigné à cet effet, construisit une petite église,
la même année encore; devant l'accroissement du
nombre de fidèles, il fallut bientôt plusieurs prêtres.
Au V"? concile provincial de Baltimore, tenu en mai
1843, on demanda à Rome l'érection d'un diocèse,
qui fut créé le 28 nov. de cette année (cf. Shearer,
op. infra cit., p. 221-22) et érigé en métropole le 21 sept.
1880, avec les sièges d'Alton (fondé à Quincy en 1853
et transféré ici en 1857) et de Peoria (fondé en 1877)
comme suffragants (cf. ibid., 379-80). Aujourd'hui
la province compte 5 sulTragants : Peoria (1877), Bel-
leville (1887), Rockford (1908), Springfield (transféré
d'Alton en 1923) et Joliet (1948). En 1948, l'archi-
diocèse de Chicago comprenait 1 755 868 catholiques
sur les 5 110 000 habitants; 447 paroisses; 549 églises;
un séminaire; une faculté pontificale de théologie
(20 sept. 1929), établie à Ste-Marie-du-Lac (Munde-
lein).
Évêques : 1. William Quarter, né à Killurine (Ir-
lande), le 21 janv. 1806; ordonné prêtre pour New-
York le 19 sept. 1829; sacré év. de Chicago le 10 mars
1844; t ici, 10 avr. 1848 (McGirr, Life of bishop Quar-
ter, New- York, 1850). — 2. Jacques O. Vandevelde,
né à S.-Amand-sur-l'Escaut (Termonde, Belgique), le
3 avr. 1795; entend, étant étudiant au séminaire de
Malines, l'appel du P. Charles Nerinckx, l'apôtre du
Kentucky; s'embarque le 16 mai 1817, entre chez les
jésuites de Georgetown; ordonné prêtre le 25 sept.
1827 et professeur là même (1831), puis professeur,
vice-président et président du collège de S. -Louis;
ensuite vice-provincial du Missouri (1843); sacré à
I Chicago le 11 févr. 1849; le climat lui étant défavo-
659
CHICAGO - CHICHELE
660
rable, il demanda et obtint son transfert à Natchez
(29 juin. 1853); t 13 nov. 1855. — 3. Anthony O'Re-
gan, né à Lavalleyroe (c. Mayo, Irlande) en 1809,
étudie à Maynooth, prêtre en 1833, professe-ur et pré-
sident du collège de Jarlath à Tuam; invité par l'ar-
chevêque Kendrick de S. -Louis à venir diriger son
séminaire (1849), il est sacré par lui le 25 juill. 1854,
démissionne en 1858; j à Londres, 13 nov. 1866. —
4. James Duggan, né à Maynooth (Irlande), le 22 mai
1825, prêtre à S. -Louis en 1847, supérieur du sémi-
naire; vicaire général, puis coadjuteur à S. -Louis, le
9 janv. 1857; transféré à Chicago le 21 janv. 1859;
gravement malade, il doit quitter son siège le 14 avr.
1869; t à S. -Louis, 27 mars 1899. — Admin. : Thomas
Foley, 19 nov. 1869, t 19 févr. 1879. — Archevêques :
5. Patrick A. Feehan, né à Spring-Hill (Irlande), le
29 août 1829, émigra en 1852, prêtre à S.-Louis,
i" nov. 1852; év. de Nashville, l^"' nov. 1865; trans-
féré à Chicago le 10 sept. 1880, t 12 juill. 1902 (cf.Kirk-
fleet, Life of P. A. Feehan, Chicago, 1922). — 6. James
E. Quigley, né à Oshawa (Ontario, Canada) le 15 oct.
1855; prêtre à Rome le 13 avr. 1879; sacré év. de
Bufîalo le 24 févr. 1897; transf. à Chicago le 8 janv.
1903; t à Bufialo, 10 juill. 1915. — 7. George W. Mun-
delein, né à Brooklyn (New- York) le 2 juill. 1872;
prêtre à Rome le 8 juin 1895; auxiliaire à Brooklyn
le 30 juin 1909; transféré à Chicago le 9 déc. 1915;
card. le 24 mars 1924, fonda le séminaire qui porte son
nom ainsi qu'un collège à Rome; f 2 oct. 1939. —
8. Samuel A. Stritch, né à Nashville le 17 août 1887;
prêtre à Rome le 21 mai 1910; év. de Toledo (Ohio)
le 10 août 1921 ; transféré à Milwaukee (Wisconsin) le
26 avr. 1930, à Chicago le 3 janv. 1940; card. le 18 févr.
1946.
G. J. Garraghan, The cath. Chitrch in Chicago (1673-
1871), Chicago, 1921. — D.-C. Shearer, Pontificia ameri-
cana. A docum. hist. oj Ihe cath. Chiirch in the V. S. A. (17S4-
1884), Washington, 1933, passim. — .1. H. O'Donnell, The
cath. hierarchy of the U. S. A. (1790-1922), Wash., 1922,
p. 185-198. — Cath. Enc, m, 653-656; Suppl., 186. —
Enc. catl., m, 1433-1434. — Cath. directory, 1950, p. 30-47.
É. Van Gauwengergh.
CHICARD (Célestin-Godefroy), mission-
naire, né à Paizay-le-Sec, dioc. de Poitiers, le 27 déc.
1834, d'une famille originaire du Canada, établie au
xviii« s. en France, aîné de cinq enfants, eut une
jeunesse turbulente. Entré aux Missions étrangères,
prêtre en juin 1858, il part pour le Yun-Nam. Ce fut
un missionnaire d'une activité débordante, un orga-
nisateur de premier ordre qui fonda écoles, asiles,
hôpitaux, exploitations agricoles, etc. Pour protéger
ses ouailles, il n'hésitait pas à porter un fusil et même
à se faire « assommeur de bandits ». Il possédait à fond
la langue chinoise, f 17 juill. 1887.
J.-E. Drochon, Un chevalier apôtre, C.-G. Chicard, mis-
sionnaire au Yunnam, Paris, 1890. — Huysmans, De tout,
Paris, 1908, p. 281 sq. — .Jacques de Wailly, C.-G. Chicard,
Paris, 1946.
C. Laplatte.
CHICHELE (Henry), archevêque de Cantor-
béry (1414-43). Né vers 1362 à Higham Ferrers, comté
de Northampton, il était le troisième fils de Thomas
Chichele, bourgeois de quelque importance, et d'Agnès
Pynchon, elle-même issue d'une famille très aisée de
drapiers londoniens. Ses deux frères furent de grands
épiciers à Londres, où ils occupèrent des places bien
en vue : Robert, le second, fut sheriff en 1402 et mayor
en 1411 et 1421 ; l'aîné, William, fut maître de la con-
frérie des épiciers en 1385, 1396 et 1406, et représenta
Londres au parlement de Shrewsbury en 1398; il fut
sheriff en 1409-10; en plusieurs occasions on le vit,
avec son frère, siéger à la cour des aldermen. Après ses
premières études auprès de Henry Burton, maître
d'école de Ferrers, Henry fut admis au collège que
venait de fonder (1373) à Winchester le célèbre Wil-
liam de Wykeham. De là il passa à Oxford, où il prit
ses grades en droit civil (bachelier en 1389-90, docteur
en 1396). Ordonné sous-diacre en 1392, par l'évêque
de Derry agissant par délégation de l'évêque de Lon-
dres, il était dès ce moment pourvu de bénéfices, dont
le premier fut le rectorat de Llanfarchell au dioc. de
St. Asaph. Après son doctorat et son institution à
St. Stephen's Walbrook par l'abbé et le couvent de
St. John de Colchester, il reçut en 1396 le diaconat
(26 mai) et la prêtrise (23 sept.). Il avait déjà, semble-
t-il, commencé à plaider : il pouvait aspirer à un poste
dans une cour consistoriale, ce qui l'acheminait vers
la cour archiépiscopale de Cantorbéry {Court of Arches,
du nom de St. Mary of the Arches, où elle se tenait
primitivement). De nov. 1396 à Pâques 1397, il plaida
pour Peterhouse, Cambridge, contre l'évêque d'Ely au
sujet de l'appropriation d'une église. L'année ne
s'acheva pas que l'évêque de Salisbury, Richard
Medford, le choisit comme canoniste : il le nomma
successivement prébendier, archidiacre de Dorset
(1397), puis de Salisbury (1402), et chancelier (1404).
Vicaire général, Chichele laissa des actes et documents
qui révèlent à la fois l'administrateur consciencieux
et l'habile théoricien du droit.
De 1406 à 1408, Chichele est au service du roi
Henry IV comme agent diplomatique. Le 18 juill.
1406, avec Sir John Cheyne, il est nommé procureur
du roi près la cour de Rome. Le roi d'Angleterre avait
intérêt à voir se terminer le Grand Schisme, et ses
envoyés avaient mission de travailler près d'Inno-
cent VII pour qu'il s'entendît avec son rival sur une
démission commune. Le départ fut retardé, et, le
5 oct., Cheyne, Chichele et Sir Hugh Mortimer étaient
chargés d'une ambassade près le roi de France, Char-
les VI, pour traiter de la paix et négocier un mariage
entre le prince Henry de Monmouth et une des filles
de Charles VI. Le pape Innocent mourut le 6 nov. ;
le roi d'Angleterre eût voulu prévenir une nouvelle
élection, mais celle-ci eut lieu le 30 nov., et ses ambas-
sadeurs n'arrivèrent à Venise qu'en janv. 1407 : ils
eurent alors pour consigne de suspendre leur recon-
naissance du nouveau pape jusqu'à ce que l'attitude
des autres princes chrétiens fût connue. Le 26 avr.,
ils furent chargés de faire connaître à Grégoire XII les
volontés et les propositions du roi : mais on ignore ce
qu'elles étaient. Les deux ambassadeurs demeurèrent
à la Curie toute l'année, et Chichele eut à s'occuper de
plusieurs litiges. Le 4 oct., le siège épiscopal de St.
David' s au pays de Galles étant devenu vacant par la
mort de Guy Mone, Grégoire XII, avec l'agrément du
roi, y nomma Henry Chichele, lui permettant de con-
server en même temps ses autres bénéfices en com-
mende. Le nouvel évêque fut sacré par le pape, à
Sienne, en mars 1408, et rentra en Angleterre, où le
temporel de son évêché lui fut rendu en avTÎl. Le roi
contesta le droit qu'il tenait du pape de conserver ses
bénéfices; en 1409, après jugement, Chichele dut
céder : il obtint du moins le privilège de nommer ses
successeurs, et pourvut ainsi de la chancellerie de
Salisbury son neveu William, encore mineur. A cette
date, Chichele n'était pas encore dans son diocèse : il
n'y sera intronisé que le 20 mai 1411; même alors, il
ne résidera que peu de temps. On ne possède pas
d'actes émanant de lui, mais seulement le registre de
son vicaire général. Évidemment, son évêché n'était
qu'une dignité et un bénéfice : Chichele devait conti-
nuer à servir autrement. En janv. 1409, il est désigné
comme délégué au concile de Pise, avec l'évêque de
Salisbury, Robert Hallum, comme chef de délégation;
ils n'arrivèrent au concile que le 30 avr. L'année sui-
vante, c'est en France qu'il exerce sa diplomatie. Avec
661
CHIC
HELE
662
Lord Beaumont, Sir John Cheyne et John Catterick,
il rencontre à Leulinghem les représentants de la
France pour négocier un prolongement de la trêve
dans la marche de Picardie, en Guyenne et dans le
comté de Toulouse : le 21 juin, la trêve est prorogée
jusqu'au l^' janv. 1412. Chichele devait encore venir
plusieurs fois en France pour traiter d'une paix per-
pétuelle. La question du mariage était toujours au
premier plan, mais les demandes anglaises étaient de
plus en plus élevées : dans sa troisième ambassade, en
sept. 1413, Henry étant devenu roi, Chichele dut faire
valoir les titres de son maître à la couronne de France
et réclamer les sommes non payées après le traité de
Brétigny. Entre temps, Chichele était devenu membre
du conseil royal (1410), où il siégea régulièrement
lorsqu'il n'était pas en mission à l'étranger; en 1413,
il se distingua comme l'un des juges en un procès im-
portant, en compagnie de l'archevêque d'York, Henry
Bowet, et de l'évèque de Norwich, Richard Courtenay.
Le 19 févr. 1414, mourait l'archevêque de Cantor-
béry, Thomas Arundel (cf. D. H. G. E., iv, 844). Chi-
chele fut postulé comme successeur par le chapitre
cathédral de Christ Church, le 12 mars; la bulle de
nomination est datée du 27 avr., et le roi rendit le
temporel le 30 mai. Chichele reçut le pallium des
mains de l'évèque de Winchester, futur cardinal,
Henry Beaufort, le 29 juill., et fit le serment d'obéis-
sance au S. -Siège en présence du roi et de plusieurs
seigneurs, notamment le duc Humphrey de Glouces-
ter, nationaliste convaincu.
Chichele allait se montrer administrateur sage et
pacifique : il ne cessa pas pour autant de s'intéresser
d'une manière active aux affaires du royaume. C'est
une légende dont il a été fait justice qui le montre
excitant le jeune roi Henry V à mener rondement la
lutte contre la France : mais il lui donna son appui,
contribua largement aux dépenses occasionnées par
les campagnes de 1415 à 1419, et y fit contribuer sou
clergé. En nov. 1415, il reçut solennellement, dans sa
cité de Gantorbéry, le vainqueur d'Azincourt; en
1416, il est à Calais et traite de la paix avec les négo-
ciateurs français : une trêve du 9 oct. au 2 févr. 1417
en est le résultat. Durant la deuxième campagne de
Normandie, il rejoint son maître à Rouen, fin 1418, et
prend une part active aux pourparlers qui précèdent
la reddition de la ville. On le voit à Évreux le 30 mars,
à Mantes le 18 juin, toujours occupé de négociations.
De nouveau, à Calais, il fait partie d'une commission
de la paix, et il est chargé de poursuivre les démarches
en vue du mariage royal. Après le meurtre du duc de
Bourgogne et le traité de Troyes, imposé au roi Charles
par l'alliance des Anglais et des Bourguignons, Chi-
chele dut faire un troisième séjour en France, proba-
blement comme agent de liaison entre son roi et la
cour de France (juin-nov. 1420); mais il s'occupe aussi
d'administration ecclésiastique dans les pays occupés.
Dès cette époque, il lui faut faire face à des pro-
blèmes ecclésiastiques bien autrement importants :
ceux des rapports de l'Église en Angleterre avec la
papauté. Élu en 1417, à la fin du Grand Schisme,
Martin V entendait ne rien négliger pour rétablir la
plénitude du pouvoir pontifical sur toute l'Église. Or
la politique pontificale était gênée en Angleterre par
les « Statuts des proviseurs », datant de 1353, suivant
lesquels il était interdit de postuler à Rome des béné-
fices anglais sans l'autorisation du roi. Mais le roi lui-
même savait recourir, lorsqu'il y trouvait son intérêt,
aux provisions papales, et envoyait des listes de can-
didats. D'autre part, les modérés, et surtout les univer-
sités, étaient favorables à une certaine liberté de péti-
tion; les Communes elles-mêmes avaient autorisé le
roi à assouplir la législation existante : aussi, au concile
général, les envoyés britanniques n'avaient jamais
pris une position bien nette sur la question des pro-
visions. Or Martin V avait résolu d'obtenir l'abroga-
tion des Statuts des proviseurs. Dès le 6 mars 1418,
Chichele écrit à son souverain, alors en France, et lui
signale les bruits, qu'il croit fondés, suivant lesquels
Martin se proposait d'élever au cardinalat l'évèque
Henry Beaufort, lui permettant de tenir son évêché en
commende, et le nommant légat à vie pour toute
l'Angleterre et les pays soumis : Beaufort devait être,
dans la pensée de Martin, l'instrument pour recouvrer
l'antique liberté de l'Église en son pays (cf. D. H. G. E.,
VII, 128-31). Dûment mis en éveil, Henry V fit échouer
le projet. L'année suivante, Martin V envoya une
mission au roi, alors à Mantes, pour obtenir l'abroga-
tion des statuts : la réponse fut décourageante et
d'autres tentatives subséquentes n'eurent pas plus de
succès. Si Henry avait promis, comme il semble, de
soumettre la question au Parlement, il négligea de le
faire, au grand mécontentement du pape (1422), qui
s'en prit à l'archevêque de Cantorbéry. En 1421,
celui-ci lui avait fait présenter par un agent des do-
léances : le pape avait méconnu les droits de l'arche-
vêque et du chapitre de Christ Church, Cantorbéry,
dans la nomination d'évêques, qui avaient été mis
en possession de leur juridiction spirituelle sans la pro-
messe d'obéissance à l'archevêque et autorisés à se
faire sacrer par qui ils voulaient ; de plus, le cardinal
Nicolas de Albergatis, évêque de Bologne, avait reçu
la provision d'archidiacre de Lincoln : cette provision
étant contraire aux Statuts des proviseurs, il n'y avait
pas de chance qu'elle aboutît; enfin, Chichele deman-
dait au pape de ne pas tenir compte des rapports défa-
vorables qui pourraient lui être faits à son sujet, mais
de communiquer avec lui avant d'y ajouter foi. Les
réponses du pape furent bienveillantes, mais il n'était
pas difficile de comprendre que tout n'était pas
gagné. Il s'en fallait de beaucoup. La mort du roi
Henry V en 1422, laissant le trône à un enfant de
moins d'un an, et privant l'archevêque de son meilleur
appui, fut pour Martin l'occasion favorable d'exiger
de Chichele une attitude plus ferme et plus décisive.
Dès 1423, le pape témoigne un certain ressentiment
au sujet d'un jubilé, avec indulgences, organisé par
Chichele en 1420 pour célébrer le deuxième centenaire
de la translation de S. Thomas Martyr. On note égale-
ment l'envoi de plusieurs représentants, dont la mis-
sion non avouée est d'observer l'attitude des princi-
paux personnages et d'informer le S. -Siège. En 1426,
le pape demande aux deux archevêques anglais d'agir
pour faire supprimer les Statuts des proviseurs; en
même temps, Chichele était accusé à Rome, avec le
duc de Gloucester, chef du parti national, de menées
contre le pape : il eut beau se disculper, le pape ne le
crut pas et le releva, dès les premiers mois de 1427, de
ses fonctions de légat. Trois fois Chichele protesta de
son innocence : pour toute réponse, on le pressa d'agir
sur le conseil royal pour faire abolir les statuts. Tandis
que les évêques anglais, certains lords et l'université
d'Oxford unissaient leurs efforts en faveur de Chichele,
et que celui-ci s'adressait aux cardinaux, il fut invité
à montrer par son action la sincérité de ses sentiments.
Le 30 janv. 1428, accompagné d'autres évêques, il se
rendit aux Communes ])our plaider en faveur de l'abo-
lition des statuts : il fut écouté avec bienveillance,
mais ne put convaincre le Parlement. Du moins le pape
lui sut-il gré de son acte de courage et lui rendit ses
pouvoirs de légat le 28 juill. Dans toute cette affaire,
il semble bien que Chichele demeura parfaitement
loyal envers le pape : pour bien des raisons, il eût sou-
haité la liberté des provisions, et, en fait, il plaida
vigoureusement en ce sens; mais il ne put vaincre
l'opposition des séculiers, et la prudence qu'il dut
déployer — le conseil royal étant décidé à ne rien
(363 CHIC
céder — sembla donner quelque consistance aux
accusations portées contre lui à Rome, où on le repré-
sentait comme tiède, ou même hostile envers le
S.-Siège.
Cette même année 1428, Martin V sollicita des sub-
sides pour la croisade contre les hussites, et les lenteurs
anglaises lui causèrent encore quelque impatience :
Beaufort, nommé en 1426 cardinal et légat pour la
croisade, ne put faire reconnaître son titre par les
nationalistes, tel le duc de Gloucester, mais, après
promesse de ne rien faire contre les libertés anglaises,
fut admis à remplir sa mission; Chichele, pour qui
cette mission ne faisait pas de doute, le favorisa de
tout son pouvoir. Après la mort de Martin V, Chichele
évita soigneusement de se mêler au mouvement conci-
liaire, et son attitude demeura celle d'une fidélité
résolue à Eugène IV. Plutôt que par des raisons de
personnes, comme d'aucuns l'ont suggéré, il semble
que sa conduite ait été ici commandée par ses convic-
tions de canoniste. Les ennuis qu'il put avoir durant
les dernières années de sa vie furent de bien moindre
importance : en 1438, Eugène IV ayant accordé la
future succession de l'évêque d'Ely à l'archevêque de
Rouen, Chichele protesta en synode provincial: la
succession redoutée n'eut pas lieu, l'archevêque étant
mort avant l'évêque. En 1439, l'élévation au cardina-
lat de l'archevêque d'York, Kemp, souleva des pro-
blèmes de préséance dans lesquels Chichele dut céder,
le pape ayant décidé en faveur du cardinal.
Ce qui précède montre que, sans occuper une place
prééminente dans les affaires internationales, Chichele
y joua cependant un rôle non négligeable. Il nous reste
à le considérer dans l'exercice de ses fonctions archi-
épiscopales. Sur ce terrain, nous pouvons le suivre
presque pas à pas, grâce à ses archives, encore (jue ce
qui en reste ne soit pas complet. Avec sa formation
juridique, avec son goût de l'ordre et de la régularité,
il développa et perfectionna le système administratif
qu'il héritait de ses prédécesseurs. Il eut une grande
influence personnelle, résidant habituellement dans
son diocèse lorsqu'il n'était pas en mission diploma-
tique, s'occupant personnellement de nombreuses
affaires, choisissant avec discernement ses divers
officiers — William Lyndwood fut l'un des plus remar-
quables — et veillant à ce que, dans tous les litiges
portés à sa cour, comme dans les nominations aux
bénéfices, les droits de chacun fussent scrupuleuse-
ment sauvegardés. Même dans sa cité épiscopale où
il réside souvent, sa présence est aimée. Les moines de
Christ Church furent toujours en bons termes avec
lui; c'est leur prieur, administrateur du diocèse en cas
de vacance du siège, qu'il choisit pour vicaire général
durant ses absences, et il s'assure que tous les officiers
du monastère soient des hommes capables : au besoin,
il fait changer tel ou tel titulaire. Les habitants de
Cantorbéry, eux aussi, estiment leur archevêque; c'est
à lui qu'ils vont demander le règlement des démêlés
qu'ils ont avec les moines. Son zèle pour la beauté de
sa cathédrale se marque surtout par la construction
de la tour S.-Dunstan, solide et gracieuse. Pour les
fonctions épiscopales, Chichele se fait remplacer, lors-
qu'il en est besoin, par des sufTragants; mais il s'assure
aussi l'aide permanente, à partir de 1420, de John
Chourles, évêque de Dromore en Irlande. Dans les
évêchés de sa province, Chichele exerce ses fonctions
avec le même souci d'ordre et de régularité; en cas
de vacance d'un siège, il nomme un administrateur,
parfois par compromis avec le chapitre cathédral. Il
exerce également son droit de visite, d'abord dans son
propre diocèse, mais aussi dans la province : on con-
serve les procès-verbaux — mais parfois bien maigres
— des visites des diocèses de Cantorbéry en 1415, de
Rochester en 1418, de Chichester et de Salisbury en
HELE (ifj/i
1423, et de Lincoln de 1424 à 1426. Gardien de la foi,
Chichele fit montre d'une vigilance tempérée de misé-
ricorde, se distinguant ainsi de son prédécesseur Arun-
del, plus tranchant et intransigeant. Son dessein était
de persuader plutôt que de convaincre, de convertir
plutôt que d'écraser. Il savait d'ailleurs, en cas
d'obstination, recourir aux moyens forts. Il réclama
toujours pour les tribunaux ecclésiastiques l'étude des
cas douteux et au besoin les poursuites judiciaires qui
en résultaient, recourant même, si cela lui paraissait
nécessaire, au synode provincial.
Les fondations que fit Chichele témoignent à la fois
de son zèle pour la prière et de son souci d'améliorer
les conditions de vie des clercs dans les universités,
ce qui en définitive revenait à assurer un front plus
solide contre l'hérésie, celle des lollards en particulier.
La première de ces fondations remonte à 1422 : dans
sa ville natale, à Higham Ferrers, il établit un collège
de huit chanoines séculiers et chapelains, huit clercs
et six choristes; dédié à la B. V. Marie, à S. Thomas de
Cantorbéry et à S. Édouard le Confesseur, ce collège
devait assurer la prière quotidienne pour le roi et la
reine, pour l'archevêque, pour leurs parents et tous
les trépassés. Une école de grammaire était rattachée
au collège, dont l'inauguration officielle eut lieu le
28 août 1425. Une autre fondation, à Oxford, montre
le souci de Chichele de venir en aide aux réguliers :
sous le patronage de N.-D. et de S. -Bernard, il créa
une maison où les étudiants appartenant à l'ordre de
Cîteaux pourraient se réunir et mener en commun les
exercices de leur vie régulière. La troisième fondation,
la plus importante et qui subsiste toujours, se fit
également à Oxford, en faveur des clercs séculiers : le
collège de Ail Soûls, dont l'établissement remonte à
1438. La prière quotidienne devait y être assurée pour
la maison royale de Lancastre, pour les officiers et sol-
dats tombés dans les guerres de France, pour le fon-
dateur et les siens, et tous les fidèles trépassés. Centre
d'études. Ail Soûls devait fournir à des clercs séculiers
la possibilité de se perfectionner dans l'étude de la
théologie et du droit. Le chiffre primitif de 20 jellows
fut par la suite doublé, pour comprendre vingt-quatre
" artistes » et seize « juristes ». Le fondateur voulait,
par cet établissement, contribuer au relèvement de la
milice cléricale en un âge de décadence. Il constitua
une remarquable bibliothèque, à laquelle le roi
Henri IV contribua pour une large part; on trouvera
une liste de ces ouvrages, dressée peu après 1440, et
publiée par E. F. Jacob, dans Bull, oj Ihe John Rylands
Librarij, xvi, 1932, p. 469-81.
Vers la fin de sa vie, presque octogénaire, Chichele
supplia le pape de lui permettre de démissionner, et
suggéra le nom de son successeur, Stafford. Appuyant
sa requête, Henry VI put parler de son laudabile et
paciftcum semper regimen, de sa loyauté envers le S.-
Siège, de son administration paisible et tranquille de
la province. Chichele mourut le 12 avr. 1443, avant
que sa démission ait pu être acceptée, et fut enseveli
dans sa cathédrale, dans le chœur des moines, en un
tombeau qu'il avait fait préparer dix ans plus tôt.
On ne possède pas de biographie de H. Chichele par un
contemporain. La première en date est de 1617 : oeuvre de
Sir Arthur Duck, elle est en latin. : VUa Ilenrici Chichele,
archiepiscopi Cantuariensis, sub regibus Henrici V et VI,
Oxford, J. Barnes, et fut traduite en anglais, Londres,
R. Chiswell, 1699. — Les Lives of the archbishops oj Can-
terbury de Hook, v, 1867, p. 1-129, contiennent une Vie de
Chichele qui a de la valeur (cf. E. F. Jacob, Tivo Lives
of archb. Ch., dans Bull, of the J. Rylands Library, xvi,
1932, p. 428-68). —D. N. Biogr., iv, 226-31 (William Hunt).
— On recourra surtout aux archives de Chichele, publiées
par le Dr E. F. Jacob, autorité la plus compétente sur 1'
sujet : The Register of H. Ch., archb. of Canlerbury, 1414
1443, 4 forts vol., Oxford, 1938-1947. L'étude de la vie et
fier. CHICHELK
de l'adniinistralion de Ch., qui se trouve en tête du t. i,
1943, p. X1II-CI.XXII, est vraiment complète; les nombreuses
références aux documents originaux contemporains, offi-
ciels ou particuliers, dispensent d'allonger la présente
bibliogr. Notons encore, du même auteur : The building o/
AU Soûls Collège, 143S-1443, dans Hisl. Essays in hon. of
James Tait, Manchester, 1933, p. 121-35; Chicliele and Can-
terbury, dans Studies in médiéval hisl. presented lo F. M.
Powicke, Oxford, 1948, p. 386-404; et un excellent résumé :
H. Chichele, dans Northamptonshire pasl and présent, l,
Northampton, 1948, p. 3r>-4().
H. Dauphin.
CHICH ESTER, Cisseceaster, Cycester, Cices-
Ire, cité sise à 57 milles au S.-O. de I.ondres, siège d'un
évêché (auj. anglican), chef-lieu du comté de Sussex.
I. Histoire. — Dès la période la plus reculée de
l'histoire de l'Angleterre, les Bretons avaient un
seltlemenl important dans la plaine fertile qui s'étend
entre la Manche el les collines boisées du Weald, et
Chichester (nous ne connaissons pas son nom breton)
semble leur avoir servi de ville cantonale. Leur roi
Cogidubnus s'y était établi, en tout cas, au moment
de l'invasion romaine sous Aulus Plautius Silvanus
(43 av. J.-C). Il n'offrit aucune résistance aux en-
vahisseurs qui lui permirent, en récompense, de con-
tinuer à régner en suzerain sur son petit royaume. Sa
ville royale — connue désormais sous son nom latin
de Regnum (Regni ou, chez certains auteurs, Novio-
magus) — devint un centre très actif de civilisation
romaine. De nombreux restes architecturaux, artis-
tiques et autres qui nous sont parvenus témoignent du
niveau très élevé de culture qui y régna pendant les
quatre siècles de la domination romaine, mais on ne
trouve nulle trace d'une pénétration de la foi chré-
tienne à cette époque. Au départ des légionnaires
romains, le pays, avec son littoral très étendu, devint
une proie facile pour d'autres envahisseurs, et, dans
la seconde moitié du v« s., les Saxons s'installèrent
d'abord le long des côtes, puis à l'intérieur du pays.
Leur roi Aelle s'empara de la ville de Regnum, lui
donna le nom d'un de ses fils, Cissa — Cisseceastir
(d'oîi son nom actuel) — et y établit le centre du gou-
vernement de son royaume, connu désormais sous le
nom de Sussex (Saxons du Sud).
La foi chrétienne ne pénétra chez les habitants du
Sussex que bien tardivement et presque par hasard.
Ni l'œuvre d'évangélisation de S. Augustin et de ses
compagnons romains dans le Kent (597), ni les labeurs
de S. Birinus, l'apôtre du Wessex (634) — les deux
pays limitrophes — n'ont exercé d'influence chez eux.
Il y eut quelques conversions isolées : Damian, qui
devint évêque de Rochester (656); le roi Aedilualch
lui-même épousa une princesse chrétienne et embrassa
la foi chrétienne dès 661 — mais ni l'un ni l'autre ne
semblent avoir rien fait pour propager l'Évangile
parmi leurs compatriotes. Bède nous signale la pré-
sence à Bosham d'un moine celte, Dicul, avec cinq ou
six compagnons, puis il ajoute : Sed provincialium
nullus eorum ad viiam aemulari vel praedicationem
curabat audire {H. E., IV, xiii). L'évangélisation du
Sussex était, en effet, réservée à S. Wilfrid. Celui-ci,
expulsé de son siège d'York, vint chercher refuge dans
les solitudes boisées du Weald (681). Il y prêcha la foi
chrétienne. Ses labeurs furent couronnés d'un succès
éclatant. La plupart des habitants reçurent le bap-
tême de sa main et, pendant ses cinq ans d'exil parmi
eux, il organisa un clergé et établit un siège épiscopal,
non pas à Chichester, centre politique du pays, mais à
Selsey, sur une presqu'île un peu au Sud. En 685, le
Sussex fut envahi par Cadwalla, roi de Wessex, qui
l'annexa à son royaume. L'année suivante, Wilfrid
repartit pour son diocèse d'York et Cadwalla en pro-
fita pour rattacher tout le diocèse de Selsey au siège
de Winchester. En 709 .seulement, le Sussex retrouva
CHIC H EST R H fififi
I son autonomie politique et religieuse; on rétablit le
siège de Selsey et Wilfrid eut un digne successeur,
après vingt ans, en la personne d'Eadberct.
Une des mesures prises par un concile ecclésiastique
tenu à Londres en 1075, peu après la conquête nor-
mande, fut le transfert dans les villes importantes des
sièges épiscopaux établis jusqu'alors dans de petits
villages. C'est ainsi que Selsey dut céder sa dignité de
siège épiscopal à Chichester et l'évêque Stigand s'y
! transporta. L'église S. -Pierre lui servait de cathé-
drale; suivant une tradition transmise par Guillaume
de Malmesbury {Gest. pont., dans Rotls ser., p. 205), il
y avait eu là, auparavant, un monastère de moniales
qui se dessaisirent de leur église en faveur du nouvel
\ évêque. Malheureusement aucun document authen-
\ tique ne garantit cette tradition. Ce transfert du siège
ne comporta aucun changement dans les limites du
diocèse. Comme par le passé, il comprenait tout le
i comté de Sussex. A cette époque, celui-ci avait déjà
! subi l'influence normande. Édouard le Confesseur
donna l'église de Bosham à son chapelain normand
Osbern et les manoirs-ports de Steyning, Hastings Rye
et Winchelsea à l'abbaye de Fécamp. Cette influence
persista davantage encore sous Guillaume le Conqué-
rant et ses fils, par la fondation d'importants monas-
tères — Battle (1067), Lewes (1077), Lyminster (1082),
Sele (1096) et d'autres. De nombreuses églises parois-
siales furent fondées et dotées par les seigneurs nor-
mands, qui s'installèrent dans le diocèse : on en signale
environ 150 avant la mort du Conquérant. Bref, Sti-
gand, au moment de sa mort (1087), laissa à Gosfrid,
son successeur, un diocèse en plein développement,
tant au point de vue temporel que spirituel. Gosfrid
ne survécut qu'une année à sa nomination. Après son
décès, Guillaume le Roux tarda trois années à lui
donner un successeur en la personne de Ralph de
Lufla, qui fut sacré en 1091.
Ralph, plus encore que Stigand, doit être considéré
comme le fondateur et l'organisateur du diocèse. Il sut,
d'abord, tenir tête aux rois — qualité précieuse en ce
temps où l'Église avait tant à souffrir des interven-
tions laïques — et se rangea résolument du côté de
S. Anselme contre Guillaume le Roux, dans une que-
relle où il alla jusqu'à offrir sa démission en signe de
protestation. Avec le même courage, il s'opposa plus
tard à Henri l<", qui s'efforçait de taxer indûment une
partie de son clergé. Dès son élection, Ralph se mit
à consolider l'état de son diocèse. Son premier soin fut
de lui donner une cathédrale (v. plus loin). Il institua
les offices de doyen, préchantre, chancellier et tréso-
rier. Ces dignitaires reçurent des prébendes dans la
suite. Nous ignorons le nombre de chanoines que
comprenait, à cette époque, le chapitre cathédral,
mais au cours du Moyen Age celui-ci comptait régu-
lièrement 27 prébendes. Conformément à la coutume,
les chanoines avaient leurs vicaires choraux qui se
constituèrent en un corps indépendant et reçurent
leur maison propre par une charte royale de 1465.
Le dévouement de Ralph ne se borna pas à cons-
truire une cathédrale et à pourvoir à son service. Le
clergé paroissial bénéficia pareillement de son zèle et
de sa sollicitude. De fréquentes tournées pastorales le
mirent en contact avec ses ouailles et il se fit aimer
de tous. Les rapports de son prédécesseur avec l'ab-
baye exempte de Battle n'avaient pas été cordiaux.
Ralph, au contraire, grâce à son tact et à sa généro-
sité, noua des relations vraiment amicales avec l'abbé
et assista en 1095 à la consécration de l'église abba-
tiale. Il mourut en 1123 après trente-deux ans d'épis-
copat : on pourrait l'appeler, sans exagération, le père
du diocèse.
Il n'y a pas lieu de s'attarder sur les successeurs
immédiats de Ralph de Lufla. Seflrid II (1180-1204)
667
CHIC H
estp:r
668
se fit remarquer particulièrement dans l'établissement
et la dotation convenable des paroisses rurales. Il
mena à bon terme l'achèvement et l'embellissement de
sa cathédrale qu'il consacra lui-même en 1199. Ralph
Neville (1224-44) réunit à sa charge d'évêque diocé-
sain celle de chancelier du royaume. Il s'occupa peu de
son diocèse pendant ses vingt ans d'épiscopat, et il
n'est pas étonnant que son successeur ait trouvé celui-
ci dans un état déplorable (v. W. H. Blaauw, Lellers to
Ralph Neville, dans Sussex arch. coll., ui, 1850, p. 35-
76).
S. Richard (1245-53) fut le titulaire le plus illustre
et le mieux connu du siège de Chichester. Né à Droit-
wich, près de Worcester (1197?), il fit de brillantes
études à Oxford et devint chancelier de l'université.
Frappé par ses vertus autant que par son intelligence,
S. Edmond, archevêque de Gantorbéry, le choisit pour
chancelier de son diocèse. Richard partagea l'exil de
son maître en France et l'accompagna en ami fidèle
jusqu'à sa mort, survenue à Pontigny (16 nov. 1240).
Il se retira ensuite chez les dominicains d'Orléans, où
il poursuivit ses études et se fît ordonner prêtre (1243).
On a prétendu qu'il avait l'intention d'entrer dans
l'ordre des Frères Prêcheurs. Quoi qu'il en soit, il
rentra en Angleterre aussitôt après son ordination et
se fixa à Deal, où il possédait une prébende. A peine
installé, le successeur de S. Edmond, Boniface de
Savoie, lui confia de nouveau la charge de chancelier
du diocèse. A la mort de Ralph Neville, évêque de
Chichester (1244), les chanoines élurent le favori du
roi, Robert de Passelewe, ecclésiastique mondain et
peu recommandable. D'accord avec ses suffragants
réunis en synode, Boniface annula l'élection et nomma
son chancelier Richard. Fort mécontent, le roi refusa
de céder au nouvel évêque les biens du diocèse. L'élu
se rendit à Lyon auprès du pape Innocent IV, qui le
sacra évêque (5 mars 1245) et le confirma dans son
office. De retour à Chichester, il entreprit une visite
pastorale de tout son diocèse. Obligé par la conduite
du roi de vivre d'aumônes, il mendiait son pain de
paroisse en paroisse et profitait de cet état de dépen-
dance vis-à-vis de son clergé pour étudier de plus près
les difïérents problèmes qui se présentaient à lui. Pen-
dant les deux premières années de son épiscopat — le
roi ne lui céda ses droits qu'en 1246, sous menace
d'excommunication — il se rendit compte des abus
et des désordres de toutes sortes qui s'étaient glissés
dans la vie des prêtres et des fidèles. A une prédication
assidue, il joignit la leçon plus efficace de ses exemples.
Avec l'aide de son chapitre, il rédigea des statuts des-
tinés à porter remède sans délai aux manquements les
plus flagrants aux règles ecclésiastiques, notamment
le concubinage, la non-résidence, l'ignorance et la
pluralité des bénéfices parmi les membres du clergé,
l'avarice, l'usure et le manque d'instruction parmi
les fidèles (cf. Wilkins, Concilia, i, 688-93). Pour l'en-
tretien de la cathédrale, il institua le « denier de S.-
Richard », une obole à verser par chaque paroissien
du diocèse, à Pâques ou à la Pentecôte. Il aimait
beaucoup l'ordre des Frères Prêcheurs et les invita à se
fixer dans le diocèse. Vers la fin de sa vie, il entreprit
de prêcher la croisade, d'abord à Londres (1252), puis
dans son propre diocèse et enfin dans celui de Gantor-
béry (1253). Arrivé à Douvres pendant cette dernière
prédication, il y tomba malade et expira (3 avr. 1253).
Selon son désir, il fut enterré dans sa cathédrale, près
de la chapelle qu'il avait construite en l'honneur de
son maître, S. Edmond — canonisé en 1246 — et il fut
lui-même l'objet de la vénération des fidèles. Sa cano-
nisation par Urbain IV eut lieu à Viterbe en 1262,
et la translation solennelle de ses reliques en 1276,
en présence de Robert Kilwardby, archevêque de
Gantorbéry, et du roi Édouard I'''. Le pèlerinage à son
tombeau devint un des plus célèbres du pays jusqu'à
la Réforme anglicane. La Vie et les miracles de S.
Richard furent écrits peu après sa mort par son ami
intime, le dominicain Ralph Bocking (A. S., avr., i,
282-316; voir aussi une Vie plus courte faite d'après
le procès de canonisation, ibid., 278-81). Pour ses
ordonnances adressées au chapitre cathédral, voir
Stalules... (cité infra, bibliographie). Signalons enfin
que le cartulaire de la cathédrale, appelé Liber Y, date
de son époque (1250 environ); il a été édité récem-
ment (v. bibliogr.). Son testament nous est parvenu
(cf. \V. H. Blaauw, The will of Richard of Chichester,
1253, dans Sussex arch. coll., i, 1848, p. 164-92).
Passant sur les successeurs immédiats de S. Ri-
chard, Jean Climping (1254-62) et Étienne Berksted
(1262-87), nous arrivons à Gilbert de Saint-Leofard,
qui lui ressemblait davantage. Pendant tout son épis-
copat (1288-1305), il ne s'intéressa qu'aux besoins de
son troupeau et à l'amélioration de son clergé. Un
synode diocésain (1289) promulgua une série de cons-
titutions à cet effet. L'état du diocèse à cette époque
nous est connu grâce à une évaluation de tous les biens
ecclésiastiques ordonnée par le pape Nicolas IV en
1291, en vue de la taxation de l'Église en Angleterre.
Ces statistiques intéressantes nous révèlent que le dio-
cèse possédait 236 églises, de valeur très différente;
que le montant des bénéfices atteignait le chiffre de
£ 4708, 16 s., 8 d. ; que les biens temporels du diocèse
représentaient la somme considérable de £ 6948,
19 s., 9 '^ d. ; qu'un bon nombre de riches bénéfices
avaient été donnés à des ecclésiastiques étrangers;
qu'en plus des églises paroissiales il y avait un grand
nombre de petites chapelles, les unes dépendant de
maisons religieuses, les autres appartenant aux ma-
noirs, qui parfois servaient d'églises succursales dans
les paroisses plus étendues.
Les documents signalent la présence de reclus ou
recluses en dix-sept endroits différents dans le dio-
cèse, au Moyen Age. Les premiers étaient fixés à
Harting et à Stedham (1180). La chapelle de S.-Gyriac,
à Chichester, avait sa recluse dès 1247, et le testament
de S. Richard (f 1253) nous en fait connaître cinq
autres : celles de Pagham, Haughton, Stopham,
Hardham et Westoute. Plus tard, nous en trouvons
un à la cathédrale (1402) et un autre attaché à l'église
des dominicains à Arundel (1402) (cf. R. M. Clay,
Hermits and anchorites of England, Londres, 1914,
p. 248-51).
Les deux successeurs de Gilbert de Saint-Leofard
(t 1305), Jean Langton (1305-37) et Robert Stratford
(1337-62), se firent un renom plutôt comme chanceliers
du royaume que dans leurs fonctions épiscopales.
Pendant l'épiscopat du second, la peste noire (ihe
black death) ravagea le diocèse, décimant le clergé
paroissial, réduisant le nombre des moines dans tous
les monastères et, parfois, supprimant radicalement
des villages entiers. Ce fléau, terrible en lui-même,
préparait des troubles plus graves encore dans toutes
les classes de la société. Un clergé paroissial trop ré-
duit ne suffisait plus au ministère des âmes et, pour
combler les vides, on ordonnait des sujets peu dignes
ou nullement préparés au ministère. Le niveau intel-
lectuel, moral et social du clergé baissa notablement
dans la seconde moitié du xiv« s. Laissés à eux-mêmes
et insuffisamment instruits, les fidèles devenaient
une proie facile pour les propagateurs de fausses doc-
trines et les agitateurs de toute sorte. En la personne
de William Rede (1369-85), le diocèse de Chichester
trouva un pasteur surtout savant et érudit, gardant
toujours des attaches avec Merton Collège, d'Oxford,
dont il avait jadis été felloiv et dont il fonda la célèbre
bibliothèque, et se faisant remarquer par ses ouvrages
sur les mathématiques, l'astronomie et l'histoire.
669
CHIC H
ESTER
670
Ce fut vers la fm du xiV s. que les loUards apparu-
rent dans le Sussex. Dès son accession au siège épis-
copal (1397), Robert Rede, O. P., reçut l'ordre du roi
d'arrêter et de punir tous ceux qui propageaient
l'hérésie ou étaient suspects. Ses successeurs, Stephea
Patrington (1417) et Richard Praty (1438-45), se
montrèrent également zélés à purger le diocèse de ce
mal. En fait, nous ne connaissons qu'un seul cas
d'hérétique brûlé dans le Sussex : Thomas Bageley, en
1432. Il est néanmoins incontestable que l'hérésie
fit de grands progrès dans tout le territoire jusqu'à
compromettre l'évêque de Chichester lui-même, le
fameux Reginald Pecock (1450-57). Celui-ci, en raison
de ses ouvrages, The Repressor of overmuch blaming
of ihe clergy (1455) et The Book of faith (1456), tous
deux écrits contre les lollards, se vit arrêté, mis en
prison et publiquement déposé pour s'être écarté en
plusieurs points de la doctrine orthodoxe. Il finit
ses jours, réconcilié, dans la paix de l'abbaye de Thor-
ney (Càmbridgeshire) (cf. V. H. H. Green, Bishop
Reginald Pecock, Cambridge, 1945).
Deux registres épiscopaux nous permettent de nous
rendre compte de l'état du diocèse dans la première
moitié du xv« s. L'un fut rédigé par l'évêque domini-
cain Robert Rede (1397-1415), l'autre par Richard
Praty (1438-45). Ces documents reflètent à la fois les
dommages causés par la peste et l'effort de ces pas-
teurs pour y porter remède et rétablir un niveau
d'observance et de vie ecclésiastique plus élevé. Dans
les listes d'ordinands aux ordres sacrés, les religieux
sont d'habitude plus nombreux que les séculiers. Le
registre de Praty montre avec quel soin cet évêque
s'assurait de la dignité personnelle et de la capacité de
l'élu avant de confirmer une élection abbatiale ou
autre (cf. The episcopal Regisler of Robert Rede, éd.
Cecil Deedes, dans Sussex record Society, viii, 1908, et
XI, 1911; Extracts from the episcopal Regisler of bish.
Praty (1439-45), ibid., 1905).
L'évêque de Chichester Edward Storey (1478-1503)
fonda une école canoniale pour l'instruction du
jeune clergé. Son successeur, Robert Sherborn (1508-
36), dernier occupant du siège avant le schisme, tra-
vailla dans le même sens et, lors d'une visite cano-
nique, mit fin à plusieurs abus qui s'étaient glissés
parmi les membres du chapitre cathédral. Les consti-
tutions rédigées à cette occasion nous sont parvenues
(cf. bibliogr.). Pareillement, il entreprit la réforme de
certaines maisons religieuses du diocèse que la peste
de 1348 avaient durement éprouvées. Grand ami du
cardinal Wolsey, il consentit à la suppression de deux
monastères — celui des Prémontrés de Bayham et
celui des Augustins à Pynham — dont les revenus
furent affectés désormais au collège de Christ Ghurch
à Oxford, fondé par le cardinal en 1525. Au moment
où Henri VIII s'arrogea le titre de chef suprême de
l'Église en Angleterre, Sherborn se laissa entraîner
par l'opinion publique jusqu'à prêcher cette supré-
matie dans la chaire de sa cathédrale, le dimanche
13 juin 1535. Prévoyant, néanmoins, où cette politique
royale aboutirait, il se démit de sa charge l'année sui-
vante et mourut peu après (1536).
Dès 1535, le fameux Richard Layton commença
sa visite ofïlcielle de tous les monastères dans le comté
de Sussex. Les rapports défavorables qu'il envoyait à
Cromwell sont manifestement exagérés et, grâce à une
lettre de Richard Gwent adressée aussi à Cromwell
(août 1535), nous sommes à même de nous faire une
idée plus exacte des choses. Gwent, tout en déplorant
la décadence de certaines maisohs trop réduites en
nombre, laisse entendre que dans les monastères plus
importants, Battle, par ex., ou Lewes, l'observance
monastique est encore bonne. Malgré cela, l'une après
l'autre, les vieilles fondations disparurent; la sup-
pression des monastères fut décrétée et rien ne put
l'empêcher : ainsi cessèrent d'exister Boxgrove (1536),
les moniales de Rusper (1537), Lewes (1537), Roberts-
bridge (1538), Battle (1538), etc. L'ordonnance royale
qui décréta la destruction des statues et des reli-
quaires (1538) fit disparaître la magnifique châsse en
argent contenant le corps de S. Richard, objet prin-
cipal de la dévotion des pèlerins à Chichester pendant
plus de trois cents ans. Une inscription latine sur la
dalle rappelle aujourd'hui aux visiteurs le lieu, der-
rière le maître-autel, où se dressait la châsse. La sup-
pression des églises collégiales et des nombreuses
chantries suivit celle des monastères. Bref, pendant
l'épiscopat de Richard Sampson (1536-43), l'œuvre de
la réforme anglicane suivit son cours normal dans le
diocèse. Les habitants du Sussex, en général, n'y firent
pas d'opposition sérieuse. Le successeur de Sampson,
George Day (1543-51), résista néanmoins si énergi-
quement à la destruction des autels, ordonnée en 1550,
qu'il fut emprisonné et dépouillé de son siège. Il ne
fut rétabli dans sa charge qu'à l'accession au trône
de Marie Tudor, qu'il aida de tout son pouvoir dans
la restauration du culte catholique. Il mourut en 1556.
Deux ans plus tard Élisabeth reprit l'œuvre de la
Réforme et nomma au siège de Chichester un ecclé-
siastique bien connu pour son zèle de réformateur,
William Barlow (1559-69). Celui-ci travailla assidû-
ment à propager les nouvelles idées religieuses et à
faire observer toutes les ordonnances royales en ma-
tière de culte. Dès 1563, des lois sévères entraient en
vigueur contre ceux qui adhéraient encore à la foi de
leurs pères et Barlow les poursuivit sans pitié. Nous
possédons de lui une lettre intéressante, adressée au
Privy Gouncil, où il nomme les principaux d'entre les
récusants, ainsi qu'un rapport sur l'état de l'Église
anglicane dans son territoire (cf. Salzmann, cité à la
bibliogr.). Le Sussex ne tarda pas à avoir ses martyrs.
Edward Shelley, membre d'une des familles catho-
liques les plus distinguées du comté, subit la peine de
mort à Tyburn (août 1588). La même année, quatre
prêtres furent condamnés à mort à Chichester, mais
deux seulement, Ralph Crockett et Edward James,
donnèrent leur vie pour la foi catholique, à Broyle
Heath, un peu au nord de la cité.
La persécution sévit aussi contre les sectes non
conformistes, particulièrement contre les puritains —
partisans outrés de la Réforme. Eux aussi furent l'ob-
jet de mesures très sévères de répression. Leur pré-
sence dans le Sussex — à Rye — fut signalée à l'auto-
rité compétente dès 1591, et au cours du xviie s. leur
nombre s'augmenta jusqu'à devenir une menace pour
l'Église établie. Un peu plus tard les quakers — disci-
ples de George Fox — s'introduisirent dans le diocèse,
d'abord à Horsham (1655), puis en de nombreuses
localités. Malgré les persécutions incessantes des ma-
gistrats et du clergé, ils devinrent très nombreux.
Depuis lors, le diocèse, sous les trente-trois évêques
qui l'ont gouverné depuis Barlow jusqu'à nos jours,
n'a pas connu de changement notable et son histoire
s'identifie sans distinction avec celle de l'Église angli-
cane en général. Lancelot Andrewes, évêque succes-
sivement de Chichester (1605-09), Ely et Winchester,
reste célèbre pour ses livres de dévotion publiés après
sa mort par Richard Drake (1648), notamment ses
Preces privatae, encore très goûtées. L'évêque de Chi-
chester, John Lake (1685-89), se trouvait parmi les
sept prélats de l'Église établie qui s'opposèrent au roi
Jacques II dans ses tentatives de rétablir la religion
catholique (1688). Au siècle suivant, le réformateur
populaire John Wesley fit des visites à Rye et à
Winchelsea entre 1770 et 1790, mais sa prédication ne
semble pas avoir eu une grande influence dans le
Sussex.
671
C H I C H
ESTER
fi72
Depuis le rétablissement de la hiérarchie catholique
par Pie IX (1850), le Sussex fait partie du diocèse de
Southwark. Le deuxième archevêque de Westminster,
le cardinal Henry Edward Manning, avait été curé de
Lavington et archidiacre de Chichester avant sa con-
version au catholicisme.
II. Organisation du diocèse. — Les limites du
diocèse n'ont jamais varié : son étendue correspondait
dès le début à celle du comté de Sussex, ayant à l'Est
l'archidiocèse de Cantorbéry, et à l'Ouest le diocèse de
Winchester. La division du diocèse en deux archi-
diaconés, celui de Chichester et celui de Lewes, a eu
lieu très tôt. Ceux-ci ont été divisés en doyennés
ruraux dès le milieu du xii« s. Nous savons par la
Taxatio de Nicolas IV (1291) que l'archidiaconé de
Chichester comprenait les doyennés de Chichester,
Arundel, Boxgrove, Midhurst et Storrington; celui de
Lewes comprenait Lewes, Dallington, Hastings et
Pevensey.
Nous sommes mal renseigné sur l'état des paroisses
dans le Sussex avant le xi« s. Les documents nous per-
mettent d'identifier cinq monasteria saxons : Selsey,
Steyning, Beadingham, Ferring et Bosham. Ces
minsters, dont le caractère et le nombre nous échap-
pent en grande partie, étaient vraisemblablement des
églises quasi paroissiales. Le Domesday Book fait men-
tion de 98 églises, 9 chapelles et 4 prêtres attachés à
d'autres églises, omettant une bonne vingtaine qui
nous sont connues par ailleurs. Les Normands ont
bâti beaucoup d'églises dans le comté et les ont géné-
reusement dotées, de sorte qu'au moment de la Taxa-
tio de 1291 le diocèse en comptait 267. Un grand nom-
bre de ces églises étaient des « églises privées », dépen-
dant de monastères, qui souvent s'en souciaient peu.
Dès 1179, l'évêque Hilaire insista sur la nomination
à ces cures de bénéficiaires permanents, pourvus de
revenus convenables.
Une caractéristique du diocèse au Moyen Age fut
l'étendue de territoires exempts de la juridiction de
l'évêque et formant enclaves ( jurisdictional pecu-
liars). S. Wilfrid, encore évêque de Selsey, fit cadeau
à Théodore de Cantorbéry d'un vaste domaine à
Pagham (686). Au concile de Kingston (828), l'arche-
vêque de Cantorbéry revendiqua avec succès le ma-
noir de South Mailing et les terres de Stanmer, Lind-
fleld et Burleigh. Le roi Athelstan donna le domaine
considérable de West Tarring (940) et un noble,
Wulfric, celui de Patching (947) au siège métropoli-
tain. Pris ensemble, ces territoires comprenaient les
doyennés de South Mailing, Tarring et Patchani. Au
sein même de la cité cathédrale, The Pallant apparte-
nait à l'archevêque et ne relevait que de sa juridiction.
L'évêque de Londres possédait des terres à Lodsworth
et l'évêque d'Exeter était ex officio doyen de la cha-
pelle royale de Bosham. L'abbaye de Battle, avec ses
alentours — appelés « la liberté » — jouissait de
l'exemption, et l'église de Steyning relevait de la
juridiction de l'abbé de Fécamp.
III. Cathédrale. — Elle est intacte. Elle illustre —
c'est son intérêt spécial — dans ses différentes parties,
toutes les phases du développement de l'architecture
ecclésiastique en Angleterre depuis le dernier quart
du xi« s. jusqu'à la fin du xiii'^. Le travail de construc-
tion n'a jamais cessé pendant cette période. Dans
l'ensemble, elle est aujourd'hui telle qu'elle a été
conçue par son fondateur, Ralph de Luffa (1091-1123).
De style roman et bâtie avec la pierre venant des
carrières de Quarr, dans l'île de Wight, elle compre-
nait une nef à huit travées flanquée de transepts, un
chœur à trois travées avec déambulatoire et une abside
à trois chapelles rayonnantes. Le tout était à trois
étages. Il y avait une tour centrale et deux tours à
l'extrémité occidentale. La dédicace eut lieu en 1108,
sous le vocable de S. -Pierre. Un incendie survenu en
1114 endommagea la fabrique, mais Ralph la recons-
truisit sans en changer le style. Une deuxième dédi-
cace eut lieu le 3 oct. 1184. La cathédrale fut encore la
proie des flammes trois ans plus tard (1187). Les fenê-
tres hautes, la toiture en bois et le chœur semblent
avoir le plus souffert. Dans la reconstruction, Sef-
frid II (1180-1204) adopta le style gothique, qu'il a su
greffer sur l'œuvre romane de ses prédécesseurs. Le
chœur, en particulier, fut l'objet de ses soins. Une
troisième et dernière dédicace eut lieu, cette fois sous
le vocable de la Ste-Trinité, le 12 sept. 1199. Le tra-
vail de reconstruction et de modification se poursuivit
pendant toute la première moitié du xiii* s. On en
profita pour élargir le déambulatoire et pour allonger
la chapelle de la Vierge, derrière le chœur. On donna
à celle-ci, ainsi qu'aux deux autres (Ste-Catherine et
Ste-Marie-Madeleine), la forme rectangulaire au lieu
de la forme absidale. A cette époque, on perça les
murs de la nef pour bâtir, en bas côtés, des chapelles
latérales : au Sud, celles de S. -Clément et de S.-
Georges; au Nord, celles des SS.-Edmond-et-Thomas,
de S.-Théobald et de Ste-Anne. Vers la fin du siècle
ou au début du suivant, la chapelle de la Vierge fut
de nouveau allongée de deux travées et on construisit
la salle du chapitre. Les stalles du chœur, avec leurs
miséricordes finement sculptées qu'on admire encore
aujourd'hui, datent de la même époque. La flèche
était l'œuvre de William Rede (1369-85). Elle s'écroula
le 21 févr. 1861 et sa reconstruction fut effectuée,
suivant le modèle de l'ancienne, par Sir Gilbert Scott.
Signalons le jubé en pierre, érigé à l'entrée du chœur
par Jean Arundel (1459-78). Cette œuvre d'art fut
enlevée en 1859, mais, par bonheur, resta intacte. On
peut la voir aujourd'hui dans le beffroi où elle attend
sa réinstallation au bas du chœur. Dans les premières
années du xvi« s., Robert Sherburn (1508-36) confia
la décoration de la cathédrale à un peintre italien,
Lambert Bernardi, et à ses fils. On admire encore sur
les voûtes de la chapelle de la Vierge le peu qui sub-
siste de leur ouvrage. Le mur sud du déambulatoire
porte deux bas-reliefs représentant la Résurrection de
Lazare et Jésus avec Marthe et Marie. Une vieille tra-
dition prétend qu'ils viennent de l'ancienne cathé-
drale de Selsey, mais aucun document n'atteste cette
provenance. Plus vraisemblablement, ils datent du
xii* siècle.
Durant le Moyen Age, un certain nombre de chun-
tries furent fondées dans la cathédrale. Au moment de
leur suppression (1548), il y en avait au moins vingt.
II n'existait pas de chapelles spéciales dites chantry
chapels, comme à Winchester et ailleurs, mais on se
servait des différents autels de l'église, dont deux se
trouvaient sous le jubé, à l'entrée du chœur, dédiés,
l'un à S. Augustin et à la Ste Croix, l'autre à St. Mary
atStok (cf. G. H. Cook, Mediaeval chantries and chantry
chapels, Londres, 1947, p. 98-102).
Seule parmi les cathédrales anglaises, Chichester a
un beffroi séparé. On l'aperçoit au N.-O., à quelques
mètres de la nef. On n'est pas fixé sur la date de sa
construction : c'est peut-être le novum opus dont par-
lent certains documents du début du xv« s. Le joli
cloître attenant, au Sud, et nommé Paradis, est de la
même époque.
La chapelle du palais épiscopal construite par Sef-
frid II (fin du xii« s.) et embellie par Ralph Neville
(1224-44) possède une très belle peinture murale, la
célèbre Madone connue sous le nom de Cliichester
Roundel, qui mesure 80 cm. de diamètre. Il existe
diverses opinions sur son origine. D'après le Prof.
Tristram, elle aurait été exécutée vers 1230-40 par un
artiste inconnu, vraisemblablement de la cour d'Henri
III (une reproduction dans E.W. Tristram, English
G73
CHICHESTER — CHICOUTIMI
674
médiéval wall-painliiig : the ihirteenlh cenlunj, i, 1<)5(),
frontispice; ii, c. vu, p. 301-06, discussion).
IV. Collégiales et établissements religieux.
— Collégiales. — Arundel (fondée en 1375, d'abord
pour une petite communauté de moines de Séez;
érigée en collégiale en 1380; supprimée en 1544);
Bosham (fondée à l'époque saxonne; chapelle royale
donnée à Osbern, évèque d'Exeter, par Édouard le
Confesseur et érigée en collégiale au début du xu« s. ;
supprimée en 1548); Hastings (fondée en 1090; sup-
primée en 1548); South Mailing (fondée en 765; res-
taurée par Theobald, archev. de Cantorbéry en 1150;
supprimée en 1547) ; Steyning (appartenant à Fécamp ;
aucune mention après 1283).
Établissements religieux. — Bénédictins : Battle
(D. H. G. E., VI, 1341-43); Lewes (prieuré clunisien,
fondé en 1077; supprimé en 1537); Lyminster (mo-
niales, fondé en 1082; supprimé en 1414); Rusper
(prieuré de moniales, fondé au xii« s.; supprimé en
1537); Sele (prieuré fondé en 1075 (?) par S. -Florent
de Saumur; supprimé en 1480 et annexé à Magdalen
Collège, Oxford). — Cisterciens : Robertsbridge (ab-
baye fondée par Boxley, 1176; supprimée en 1538). —
Augustins : Hardham (1248; supprimé en 1538);
Hastings (observance d'Arrouaise; fondé entre 1189-
99; supprimé en 1536); Michelham (même observance;
fondé en 1229; supprimé en 1536); Pynham (dit de
Calceto; fondé en 1151; supprimé en 1525; revenus
attribués au Collège de Christ Church, Oxford);
Shulbrede (? 1216; supprimé eu 1536); Tortington
(c. 1199; supprimé après 1535). — Prémontrés :
Bayham (ou Biegham; fondé à Otham c. 1180; trans-
féré à Bayham en 1207; supprimé et revenus annexés
au Collège de Christ Church, Oxford, en 1524); Dur-
ford (fondé par Welbeck, c. 1160; supprimé en 1535).
— Dominicains : Arundel (1253); Chichester (1283);
Winchelsea (1318). — Franciscains : Chichester (1242);
Lewes (1241); Winchelsea (1242). — Carmes : New-
Shoreham (1316), — Ermites de S.-Auguslin : Rye
(1350).
V. Liste des évèques. — Stigand (1070-87). —
Gosfrid (1087-88). — Ralph de Luffa (1091-1123). —
Seffrid I" (1125-45, t 1151). — Hilary (1147-69). —
John Greenford (1174-80). — Sefïrid II (1 180-1204). —
Simon de Wells (1204-07). — Richard le Poor (1215-
17). — Ralph of Wareham (1218-22). — Ralph Ne-
ville (1224-44). — Richard Wych (1245-53). — John
Climping, alias Bishop (1254-62). — Stephen Berksted
(1262-87). — Gilbert de Saint-Leofard (1288-1305). —
John Langton (1305-37). — Robert Stratford (1337-
62). — William de Lynn (1362-68). — William Reade
(1369-85). — Thomas Rushook (1385-88). — Richard
-Metford (1390-95). — Robert Waldby (1396-97). —
Robert Reade (1397-1415). — Stephen Patrington
(1417; t la même année). — Henry de la Ware (1418-
20). — John Kemp (1421). — Thomas Polton (1421-
26). — John Rickingale (1426-29). — Simon Sy-
denham (1431-38). — Richard Praty (1438-45). —
Adam de iMoleyns (1446-50). — Reginald Pecocke
(1450-57). — John Arundel (1459-77). — Edward
Story (1478-1503). — Richard Fitzjames (1503-06). —
Robert Sherborn (1508-36). — Richard Sampson
(1536-43). — George Day (1543-56). — John Scory
(1552-53, pendant l'emprisonnement du précédent). —
John Christopherson (1557-58). — William Barlow
(1559-69). — Richard Curteis (1570-82). — Thomas
Brickley (1586-96). — Anthony Watson (1596-1605).
— Lancelot Andrewes (1605-09). — Samuel Hars-
nett (1609-19). — George Carleton (1619-28). — Ri-
chard Montagu (1628-38). — Brian Duppa (1638-41).
— Henry King (1642-69). — Peter Gunning (1670-75).
— Ralph Brideoke (1675-78). — Guy Carleton (1679-
85). — John Lake (1685-89). — Simon Patrick (1689-
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
91). — Robert Grove (1691-96). — John Williams
(1696-1709). — Thomas Manningham (1709-22). —
Thomas Bowers (1722-24). — Edward Waddington
(1724-31). — Francis Hare (1731-40). — Matthias
Mawson (1740-54). — William Ashburnham (1754-97).
— John Buckner (1798-1824). — Robert James Carr
(1824-31). — Edward Maltby (1831-36). — William
Otter (1836-40). — Philip Nicholas Shuttleworth
(1840-42). — Ashhurst Turner Gilbert (1842-70). —
Richard Durnford (1870-95). — Ernest Roland Wil-
berforce (1895-1908). — Charles John Ridgeway (1908-
19). — Winfrid Oldfleld Burrows (1919-29). — George
K. A. Bell (1929).
F. G. Bennett, R. H. Codrington et C. Deedes, Statutes
and Constitutions of tlie Cath. Ctiurcli of Cliichester, Chiches-
ter, 1904. — H. C. Corlette, Tlie Cath. Church of Chichester,
Londres, 1911. — D. N. Biogr. — K. Edwards, The English
secular calhedrals in the Middle Ages, Manchester, 1949. —
W.-D. Peckham, The Chartutary of the high church of Chi-
chester, dans Sussex record Soc, xlvi, 1946. — The Victoria
history of the county of Sussex, u : Hist. ecclés. et maisons
religieuses, par L.-F. Salzmann; m : La calliédrale de Chi-
chester, par W.-H. Godfrey et J.-W. Bloc, Londres, 1907.
— • A. S. Duncan-Jones, The story of Chichester cathedral,
Londres, 1933.
J. Warrilow.
CH ICOT (Henri), théologien, traducteur de la
Bible. On sait par Gerson, son contemporain, qu'il
avait composé un livre sur le mariage de Marie et de
Joseph. Avant d'être incendiée, la bibliothèque de
Chartres possédait en ms. son Principium pro recom-
mendatione scientiae moralis pronunciatum... in scolis
Carmelitarum Parisius a. d. 1381. Il fut reçu docteur
en théologie au collège de Navarre en 1400. Il était
depuis quelque temps chanoine de Chartres lorsqu'il
commença à y résider en 1407. Il mourut au cours du
second semestre de 1413 (et non en 1416, comme l'a
dit Clerval). H. Chicot fut un des promoteurs du culte
de S. Joseph. Un legs fait par lui au chapitre de Char-
tres servit à fonder une messe De desponsatione Mariae
et Joseph, qui fut fixée au samedi avant les quatre-
temps de l'avent.
Clerval, Les écoles de Chartres, 1895, passim, surtout
p. 446-47. — ■ Y. Delaporte, Les fiançailles et le mariage de
N.-D. dans l'art charlrain et la liturgie chartraine, dans Voix
de N.-D. de Chartres, 81" ann., 1937. — J. Gerson, Opéra
omnia, éd. Dupin, iv, 1706, col. 728 et 731. — L. Merlet,
Bibl. chartraine, 1882, p. 82.
Y. Delaporte.
CHICOUTIMI, dioc. du Canada, sufïragant de
Québec, dans la province civile de Québec, compre-
nant les comtés de Chicoutimi, Charlevoix, du Lac S.-
Jean et en partie celui de Saguenay, créé le 28 mai
1878 par le démembrement de l'archidiocèse de Qué-
bec. Alors que des colons français se fixèrent dans le
comté de Charlevoix aux xvii« et xviii« s., d'autres,
venus de la vallée du S. -Laurent, peuplèrent ceux de
Chicoutimi et du Lac S. -Jean, vers le milieu du siècle
suivant. Jusqu'à la fin du xviii« s., les jésuites y tra-
vaillèrent; ils furent remplacés par les oblats de
M.-I. jusqu'au milieu du xix" s., lorsque le clergé
séculier vint prendre la succession de ces derniers. En
1950, le diocèse comprenait 203 000 catholiques,
94 paroisses, 8 missions, 100 chapelles, 1 séminaire. A
S.-Michel-de-Mistassini, il y a l'abbaye N.-D. des cis-
terciens de la stricte observance, fondée en 1892. La
cathédrale dédiée à S. François Xavier fut incendiée
en 1912 et en 1919.
Évêques. — 1. Dominique Racine, sacré le 4 août
1878; t 28 janv. 1888. — 2. Louis N. Begin, sacré le
28 oct. 1888; coadj. le 22 déc. 1891, adm. le 3 sept.
1894 et archev. de .Québec le 12 avr. 1898; card. le
25 avr. 1914; f 18 juill. 1925. — 3. Michel Th. La-
brecque, sacré le 22 mai 1892; dém. le 11 nov. 1927;
H. — XIL — 22 —
075
CHICOUTIMI — CHIEREGATO
676
t 3 juin 1932. — 4. Charles Lamarche, sacré le 18 oct.
1928; t 29 janv. 1940. — 5. Georges Melançon, sacré
le 23 juill. 1940.
Cath. Enc, m, 658; Suppl., 186-87. — Catli. directory,
1950, III, p. 66-68. — Enc. catt., in, 1434.
É. Van Gauwenbergh.
CH lEMSEE, le plus grand lac de Bavière, com-
prend deux îles, Herreninsel et Fraueninsel, ainsi
dénommées en raison des monastères qui y furent
érigés.
I. HERRENWORTH (Herreninsel), monastère bé-
nédictin. — Sous le duc Ottilo, on trouve attachés à
l'école monastique le prêtre Lupo et son successeur,
l'Irlandais Tuti, surnommé Dobda Graecus, abbé-
évêque et ami de l'évêque de Salzbourg Virgile, qui
consacra le 1" sept. 782 l'église S. -Sauveur. Après la
chute de Tassilo III, le monastère fut donné par Char-
lemagne à l'évêché de Metz (788). Sous l'empereur
Arnulphe, il fut restitué à l'église de Salzbourg (891).
Détruit lors de l'invasion des Hongrois (907), il fut
reconstitué en 1170 par l'archevêque Conrad I" de
Salzbourg, sous forme de chapitre séculier vivant sous
la règle de S. Augustin. Le premier prévôt de cet ins-
titut était le Bx Hartmann, qui devint plus tard
évêque de Brixen. Au xix« s., le couvent fut sécularisé
(1803) et son église profanée (1816). En 1873, il fut
acquis par le roi Louis II de Bavière qui le fit trans-
former en château dans le style de Versailles.
K. L., 111, 130-32. — L. T. K., u, 858. — Cottineau, 771.
II. FRAUENWORTH (Frauenchiemsee), monastère
de bénédictines. — Fondé vers le milieu du viii« s. par
le duc Tassilo III, il apparaît d'abord comme monas-
tère double, par les relations qu'il entretenait avec le
couvent d'hommes, situé sur ï'Au, c.-à-d. sur l'autre
île. Après la chute de Tassilo, il fut élevé par les Caro-
lingiens au rang d'abbatia regalis, dont la Bse Irme-
garde devint abbesse. Seul le monastère de femmes
survécut à l'invasion des Hongrois (907). A partir de
969, il appartenait à Salzbourg. Ses biens auraient dû
servir à doter le nouvel évêché de Chiemsee, ce qui
aurait amené sa suppression; cette mesure ne fut pas
exécutée. Le monastère exerça au Moyen Age une
grande influence économique et juridique. Il fut sur-
tout peuplé de filles nobles. Il fut sécularisé en 1803,
rétabli en 1837 par le roi Louis l" de Bavière, élevé à
la dignité abbatiale en 1901. Il est actuellement célèbre
par son école. Filiale : Tettenweis.
K. L., 111, 132-33. — L. T. K., ii, 859. — Cottineau,
770-71.
III. ARCHIDIACONÉ. — L'archidiaconé de
Chiemsee faisait partie du dioc. de Salzbourg. Il com-
prenait un territoire plus vaste que celui du dioc. de
Chiemsee. Après 1160, le prévôt de Herrenchiemsee
en devint archidiacre à titre perpétuel, ce qui limitait
les droits de l'évêque de Chiemsee. En 1613, on rédui-
sit l'archidiaconé au territoire de Chiemsee. Par con-
trat du 5 oct. 1707, le prévôt de Herrenchiemsee
dépendait de deux supérieurs : comme archidiacre de
Salzbourg, il relevait de l'archevêque de Salzbourg;
comme archidiacre de Chiemsee, de l'évêque de Chiem-
see. En 1803 les archidiaconés furent supprimés; celui
de Chiemsee subsista jusqu'en 1812.
K. L., m, 134. — L. T. K., ii, 859.
IV. DIOCÈSE. — Fondé en 1215 par Éberhard,
archevêque de Salzbourg, sur l'Herreninsel — à
l'origine on avait projeté de le fonder sur la Frauenin-
sel — il fut confirmé au IV« concile du Latran. Par
bulle du 28 janv. 1216, l'église conventuelle fut érigée
en église cathédrale. Après 1300, la résidence de l'évê-
que fut établie à Salzbourg (Chiemsee-Hof). L'arche-
vêque de Salzbourg possédait le droit de nomination
et de confirmation de l'évêque de Chiemsee. Il lui
revenait aussi de l'investir dans ses fonctions. L'évê-
que de Chiemsee n'était d'ailleurs qu'un vicarius in
spiritualibus de Salzbourg. Il avait droit au titre de
prince. L'évêché fut sécularisé en 1803 et supprimé
en 1808. La bulle de 1818, fixant à nouveau les limites
des diocèses, attribuait une partie du diocèse de
Chiemsee à Salzbourg, une autre partie à Munich-
Freising. En 1806, le diocèse de Chiemsee comprenait
46 milles carrés; il comptait 38 818 habitants.
Liste des évêques (d'après Eubel, Gams, etc.). —
1. Rudigerde Randeck, 1215,transf. à Passau, 1233. —
2. Albert, prévôt de Salzbourg, 1234, rés. 1244. —
3. Albert Suerbeer, O. P. (archev. d'Armagh, 1240, év.
de Riga, 1246), admin., 1246. — 4. Henri de Bilvers-
heim, év. de Bamberg, admin. 1247. — 5. Henri,
O. P., 1252. — 6. Henri de Lûtzelburg, O. F. M. (év.
de Courlande, 1251), 1263, f 1273. — 7. Jean d'En-
stall, 1274, transf. à Gurk, 1279. — 8. Conrad de Hun-
berg, 1279, f 1292. — 9. Frédéric de Fronau, 1292,
t 1293. — 10. Albert de Fonsdorf, 1293, f 1322. —
11. Ulric de Montparis, 1322-1330 — 12. Conrad de
Lichtenstein, 1330, t 1354. — 13. Gerhoh de Waldeck,
1355, t 1359. — 14. Hugues de Scherffenberg, élu et
t 1359. — 15. Louis Raichhofer, 1360, f 1361. — 16.
Frédéric, 1362, f 1387. — 17. Georges de Neitsberg,
1387, t 1395. — 18. Eckhard ou Eberhard de Berneck,
1395, t 1399. — 19. Engelmar Krâll, 1399, f 1422. —
20. Frédéric Theis de Thesingen (év. de Lavant,
1421), 1423. — 21. Jean Ebser, 1429, t 1438. —
22. Silvestre Pflieger, av. 20 avr. 1438, t 1454. —
23. Ulric de Plankenfels, 1454, f 1467. — 24. Bernard
de Kraiburg, 1467, t 1477. — 25. Georges Altdorfer,
1477, t 1495. — 26. Louis Ebner, 1495, rés. 1502,
t 1516. — 27. Christophe Mandl de Steinfels, 1502,
t 1508. — 28. Berthold Pûrstinger (auteur de la
Tewtsche Theologey, Munich, 1528 et peut-être de
VOnus Ecclesiae, Landshut, 1524), 1508, rés. 1526,
t 1543. — 29. Gilles Rehm, 1525, f 1536. — 30. Gard.
Matthieu Lang, archev. de Salzbourg, adm. 1535. —
31. Jérôme Meitinger, 1536, t 1558. — 32. Christophe
Schlattl, 1558, f 1589. — 33. Sébastien Cattaneo,
O. P., 1589, t 1609. — 34. Ehrenfrid de Kunburg,
1610, t 1618. — 35. Nicolas de Wolkenstein, 1619,
t 1624. — 36. Jean-Christophe de Lichtenstein, 1624.
— 37. François de Spaur, 1643, f 1670. — 38. Jean-
François de Preising, 1670, f 1687. — 39. Sigismond-
Ignace de Wolkenstein, f 1696. — 40. Sigismond-
Gharles de Castelbarco, 1697, t 1708. — 41. Jean-
Sigismond de Kilnburg (év. de Lavant, 1704), 1708,
t 1711. — 42. François-Adolphe de Wagensperg (év.
de Gratz, 1702), 1712, t 1V23. — 43. Charles- Joseph
de Kilnburg, 1714, t 1729. — 44. Joseph-François
Arco, 1730, f 1746. — 45. François-Ch.-Eus. de Fried-
berg-Trauchburg, 1746, f 1772. — 46. Ferdinand-
Christophe de Zeil-Trauchburg, 1772, f 1786. — 47.
François-Xavier de Breuner, 1786, t 1797. — 48.
Sigismond-Christophe de Zeil-Trauchburg, 1797,
t 1807.
K. L., m, 134-37, et x, 1608, 1628-29. — L. T. K., ii,
859-60, où l'on trouvera une bibliogr. abondante.
P. VOLK.
1. CHIEREGATO (Francesco), évêque de
Teramo, appartenait à la famille vicentine des comtes
Chieregati. Né à Vicence en 1479, il commença se
études de droit à Padoue, les poursuivit à Bologne e
les acheva à Sienne, ovi il fut proclamé docteur m
utroque jure. Il venait d'être admis à Bologne, au
nombre des familiers du cardinal Alidosio, lorsque
dernier mourut le 24 mai 1511. La même année, o
retrouve le jeune juriste à Rome, où il exerce les fon
tions d'auditeur et de secrétaire aux lettres latine
du cardinal suisse Mathieu Schinner. Lorsque Jules I
677
CHIER
EGATO
678
désigna ce dernier en qualité de légat en Allemagne
et en Lombardie, Chieregato lui fut attaché comme
référendaire et maître du registre aux suppliques. Il
remplit pour ce prélat diverses missions, d'ordre poli-
tique, notamment à Gênes, puis à Mantoue, auprès
du marquis de Montferrat. L'apprenti diplomate
rentra à Rome en 1513, après l'élection de Léon X,
pour y exercer momentanément la charge de cubicu-
iaire, alors que son protecteur continuait à résider dans
le Milanais. Il passa bientôt, en qualité de secrétaire,
au service du cardinal A. Cornetano et effectua en
1513, au nom de ce dernier, une mission d'une durée
de huit mois en Allemagne, auprès de l'empereur
Maximilien. La même année, il fît un court séjour en
France auprès du roi Louis XII, et résida ensuite
pendant quelques mois en Espagne. Rentré à Rome,
il en repartit pour accompagner son maître, qui sui-
vait Léon X et la cour pontificale à Florence et à
Bologne.
En 1516, il fut désigné en qualité de nonce aposto-
lique, afin d'aller annoncer au roi d'Angleterre la
conclusion du concordat entre Léon X et François I".
Il se trouvait à Calais, prêt à s'embarquer, lorsqu'il
reçut, en même temps que la nouvelle de la mort du
roi d'Espagne, l'ordre de se rendre aux Pays-Bas, au-
près de l'infant Charles, afin de présenter à ce der-
nier les condoléances du Souverain pontife. Il ren-
contra le prince à Bruxelles et prolongea son séjour
dans cette ville pour assister aux cérémonies célébrées
à la mémoire de Ferdinand V. Chieregato effectua
ensuite sa mission en Angleterre et rentra à Rome,
après un voyage mouvementé à travers la France.
En 1518, le pape le mit au service du cardinal Jules
de Medici, vice-chancelier de l'Église, et lui confia peu
de temps après la nonciature d'Espagne. La mort de
l'empereur Maximilien le surprit en 1519, à Saragosse,
à la cour du roi Charles, et il fut aussitôt rappelé à
Rome. En 1520, Chieregato remplit, en compagnie du
cardinal Orsino, une mission de pacification dans la
province de la Marche, dévastée par des troubles
politiques. Toute la charge de cette tâche difficile
retomba bientôt sur lui seul, le pape ayant rappelé le
cardinal. La Marche pacifiée, il fit un court séjour à
Florence auprès du cardinal de Medici, légat en Tos-
cane.
A la fin de l'année 1521, Chieregato se rendit en
qualité de légat à la cour du roi de Portugal. Cette
dernière mission, qui était en relation étroite avec
les tentatives de rapprochement entre le S. -Siège et
l'empereur David III d'Éthiopie, fut interrompue par
la mort du pape Léon X, survenue en décembre de la
même année.
Ce représentant diplomatique du Saint Père ne
reçut la prêtrise qu'en l'an 1522, sous Adrien VI; il
fut élu en consistoire du 7 sept, à l'évêché de Teramo,
dans les Abruzzes. Il fut consacré l'année suivante,
sous le pontificat de Clément VIL Dans l'entre-
temps, et immédiatement après son élection à l'épis-
copat, Adrien VI lui confia, en le nommant nonce en
Allemagne, à l'occasion de la diète convoquée à
Nuremberg pour le 1" sept. 1522, la mission la plus
difficile et la plus importante de sa carrière. Dès avant
son élévation au pontificat, Adrien VI avait connu
l'évêque de Teramo à Saragosse et à Barcelone, à la
cour du roi d'Espagne, le futur Charles-Quint. L'envoi
de Chieregato à la diète est une preuve de la particu-
lière estime en laquelle Adrien VI tenait ce prélat,
dont il avait pu apprécier le savoir et les hautes qua-
lités morales. Il s'agissait, on s'en souvient, de recher-
cher, conjointement avec le conseil de régence et les
États de l'Empire, les moyens de commencer la
lutte contre l'hérésie luthérienne, de faire connaître
à la diète la sérieuse intention qu'avait le pape de
mener la guerre contre les Turcs et de mettre fin
aux nombreux abus de l'Église, surtout en matière
fiscale.
Le "nonce arriva à Nuremberg le 26 sept. 1522 et se
présenta devant les États le 19 nov., deux jours par
conséquent après l'ouverture de la diète, qui n'avait
eu lieu que le 17. Le prélat commença par solliciter
énergiquement du secours pour les Hongrois opprimés.
Ce n'est que le 10 déc. qu'il aborda la partie de sa
mission qui concernait la situation religieuse. Après
avoir entretenu les États des erreurs propagées par
Luther en Allemagne, il demanda, au nom du pape,
l'application de l'édit de Worms, tout en insistant sur
le fait que le Souverain pontife était résolu à combattre
avec la dernière énergie les abus qui existaient dans la
Curie romaine. Les États ayant déclaré qu'ils ne pou-
vaient procéder contre les novateurs qu'après la pro-
duction écrite des ordres du pape, Chieregato fut
amené à lire, le 3 janv. 1523, devant la diète et le
conseil de régence de l'Empire, les documents ponti-
ficaux où étaient exposés en toute clarté les vues et les
projets du chef de l'Église, c.-à-d. : le bref du 25 nov.
1522, ainsi que l'instruction qui y était jointe. Ce bref
traitait de la confusion religieuse qui régnait en Alle-
magne et des erreurs de Luther, fauteur de tous ces
désordres. Quant à l'instruction, document d'une ex-
trême importance pour la connaissance des intentions
réformatrices d'Adrien VI, elle déterminait, de façon
plus complète encore que le bref, les raisons qui de-
vaient inciter les Allemands à attaquer l'hérésie luthé-
rienne. Adrien VI y discutait avec une grande sincé-
rité les motifs qui avaient entraîné vers le schisme les
novateurs, et s'y exprimait avec une franchise remar-
quable sur les abus du clergé et de la Curie. Cette
démarche pleine de noblesse du pape fut diversement
appréciée par les historiens. Certains d'entre eux,
Friedensburg entre autres, l'ont jugée plus honnête
qu'adroite et estiment qu'elle a contribué à élargir le
fossé entre Rome et les novateurs.
En conclusion à son exposé, le nonce insista évi-
demment sur la nécessité d'appliquer l'édit de Worms
et de châtier les quatre prédicateurs qui propageaient
l'hérésie dans les églises de Nuremberg. On connaît
l'accueil nettement hostile que la diète réserva à ces
propositions. A la pression des circonstances peu favo-
rables du moment : troubles politiques dans l'Empire,
existence d'un mouvement populaire habilement ex-
ploité à Nuremberg par le parti des nouveaux croyants,
s'ajouta le manque de courage et de bonne volonté de
la plupart des prélats présents à la diète. Le représen-
tant du pape, en butte aux menaces et aux injures et
désireux d'éviter au S. -Siège d'inutiles complications,
quitta Nuremberg le 16 févr. 1523.
L'évêque de Teramo fut promu le 14 sept. 1528, par
un bref de Clément VI, au gouvernement de l'hôpital
du S. -Esprit, à Rome, et devint, le 29 nov. 1534, gou-
verneur de Narni. Des raisons de santé lui firent aban-
donner cette charge en 1535. Il mourut à Bologne en
nov. 1539.
C. p. Angiolgabriello di Santa Maria, Bibl. e storia di
quei scrittori di Vicenza, Vicence, 1775, m, 109; iv, 87. —
Barbarano, Hist. eccles. di Vicenza, iv, Vicence, 1760, p. 107-
113. — Eubel, III, 112. — W. Friedensburg, Nuntialurbe-
richie aus Deulschland, i, 1533-1536, Nuntiatur des Vergerio,
Gotha, 1892, p. xxxvii. — C. von Hôfler, Papst Adrian VI.
(1522-1623), Vienne, 1880, p. 236, 248-249. — B. Morsolin,
Francesco Chieregati, vescovo e diplomatico del sec. XFI,
Vicence, 1873. — Pastor, ix, 98-108. — Portioli, Quattro
documenli d' Inghilterra, Mantoue, 1868. — Deutsche Reichs-
tagsakten unter Kaiser Karl V., m. Gotha, 1901. —
P. Richard, art. Adrien VI, dans D. H. G. E., i, 628-630.
— Rumor, I conti Chieregati, dans Boll. araldico, storico,
genealogico del Veneto, 5" ann., 1906, p. 27 sq.
L. Van Meerbeeck.
679
CHIER
EGATO
680
2. CHIEREGATO (Leonello), né à Vicence,
de Nicola et de Catarina, fille d'Antonio Losco, appar-
tient à la noble famille des comtes Chieregati. Le futur
prélat étudia le droit à Padoue, où il fut proclamé doc-
tor decretorum à une date demeurée inconnue, comme
l'est d'ailleurs aussi celle de sa naissance. Il prononça
en 1464, dans sa ville natale, un discours solennel,
plein de réminiscences classiques, à l'occasion de
l'intronisation, au siège épiscopal de Vicence, de Marco
Barbo, qui fut son protecteur pendant de longues
années.
On ne peut préciser l'époque à laquelle Chieregato
se décida à embrasser la carrière ecclésiastique; on
ignore de même la date de sa nomination à un cano-
nicat de "Vicence. Ce dernier fait est toutefois attesté
par Rumor, dans la notice qu'il a consacrée aux comtes
Chieregati. La présence de Chieregato à Rome, dans
l'entourage et parmi les familiers de Marco Barbo, à
qui Paul II, dont l'évêque de Vicence était un parent
éloigné, avait conféré en 1467 le rang de cardinal du
titre de S. -Marc, est signalée pour la première fois
dans un acte officiel du 21 févr. 1470. Le 8 janv. 1472,
au début du pontificat de Sixte IV, Leonello Chiere-
gato fut élu évêque d'Arbe en Dalmatie et confia l'ad-
ministration de son diocèse à deux vicaires. De févr.
1472 à oct. 1473, il accompagna en Allemagne son pro-
tecteur, qui résidait à la cour impériale en qualité de
légat pontifical. Ce fut, pour le nouvel évêque d'Arbe,
une excellente occasion de s'initier à la diplomatie et
l'expérience ainsi acquise lui fut très utile par la suite.
Il rentra à Rome pour gérer les affaires du nonce, en
l'absence de ce dernier, jusqu'au mois d'oct. 1474, qui
marque la fin de la mission du cardinal Barbo en Alle-
magne. Le 9 févr. 1478, Chieregato apparaît comme
commendataire perpétuel de l'église S. -Sylvestre de
Borgo-Berice à Vicence; il abandonna ce bénéfice le
14 janv. 1484, date à laquelle il fut transféré à l'évêché
dalmate de Traù. Référendaire depuis 1482, le prélat
vicentin résida perpétuellement à Rome entre 1481 et
1484. Par sa lettre du 14 oct. 1482 au jurisconsulte
Giorgio Guglielmo, prévôt de S. -Pierre à Bâle, qu'il
avait connu lors de son séjour en Allemagne, Chiere-
gato répondit aux menées d'André Zamometic, arche-
vêque de Cranea, qui, tout en se prévalant de la pro-
tection de l'empereur, s'affublait indûment du titre de
cardinal de S. -Sixte et voulait faire renaître de ses
cendres le concile de Bâle (sur Zanometic, D.H.G.E.,u,
1718-21). Zamometic avait trouvé des partisans à Bâle
et aussi en Italie, parmi les ennemis politiques du pape.
La réfutation de l'évêque d'Arbe démontre chez son
auteur une perception très claire des périls auxquels
les projets de l'archevêque de Cranea exposaient
l'Allemagne, et elle réduit à néant le prétendu droit
dont se prévalaient certains prélats de réunir un con-
cile œcuménique sans l'autorisation du Souverain
pontife. A la fin de mars 1484, sa qualité de Vénitien
fit désigner Chieregato pour accompagner à Cesena
le cardinal de Lisbonne qui allait négocier la paix avec
Venise. L'évêque de Traù se rendit aussi à deux re-
prises, en 1484 et en 1485, dans le Frioul, comme visi-
tateur commissionné par le cardinal Barbo. Entre ces
deux voyages en Frioul, se place un séjour à Traù, où
il résida jusqu'à la fin d'avr. 1485. Le 12 sept. 1484,
Innocent VIII, qui lui avait concédé précédemment le
priorat de S. Maria degli Etiopi, dans le diocèse de
Vicence, unit à ce bénéfice le monastère de S. Maria
di Burgo-Pustrile à Vicence. On retrouve l'évêque de
Traù à Rome en 1486. Devenu vicaire de S. -Pierre, il
joua un rôle important dans de nombreuses cérémo-
nies et tout prouve qu'il jouissait à la Curie d'une
grande autorité, en qualité de juriste et d'orateur.
En automne 1487, il accomplit à Traù un deuxième
voyage, qui précède de peu sa mission diplomatique
en France. C'est pendant sa légation qu'il fut trans-
féré, le 22 oct. 1488, au siège épiscopal de Concordia,
devenu vacant par la mort d'Antonio Feletto, et qu'il
obtint d'Innocent VIII la commende du prieuré de
S. Maria degli Etiopi, dépendant du monastère de
Pomposa. Le transfert de Chieregato à ce nouvel
évêché fut contesté jusqu'au 19 août 1489 par le
sénat vénitien. Résidant toujours en France, le prélat
ne put d'ailleurs prendre à cette date possession du
siège de Concordia.
La mission diplomatique confiée par Innocent VIII,
en nov. 1487, à Chieregato, nuncius ad regem Francie
ac nonnullas alias mundi partes, ainsi qu'à Antonio
Flores, chanoine de Séville, se prolongea pendant trois
ans. Les représentants du S. -Siège étaient munis de
facultés semblables à celles qui furent généralement
concédées aux nonces apostoliques permanents. Leur
mission avait un double but : politique et religieux. Ils
s'attachèrent surtout à démontrer au roi de France la
nécessité de faire cesser les dissensions intérieures, en
particulier avec le duc de Bretagne, et l'incitèrent
aussi à conclure la paix avec ses ennemis du dehors,
afin de disposer de toutes ses forces pour la défense du
monde chrétien dans la lutte contre les Turcs. Pour
permettre à la papauté de mieux résister au péril turc
de plus en plus menaçant, Chieregato obtint, après de
laborieuses négociations, l'extradition du prince Dgem,
frère rebelle du sultan Bajazet, ramené en France par
Pierre d'Aubusson, grand maître des Chevaliers de
Rhodes. Dgem fut remis entre les mains du pape en
mars 1489. L'octroi du chapeau de cardinal à André
d'Épinay, archevêque de Lyon et de Bordeaux, fut la
compensation accordée par le S. -Siège à cette victoire
de la diplomatie pontificale. Chieregato intervint éga-
lement dans les essais de réconciliation de Charles VIII
avec Maximilien d'Autriche, dont l'incarcération par
les Brugeois, en févr. 1488, avait grandement préoc-
cupé le pape, de plus en plus inquiet des menaces que
les Turcs, qui venaient de faire la paix avec les rois de
Hongrie et de Naples, ainsi qu'avec la République de
Venise, faisaient peser sur la chrétienté.
Une tentative de médiation entre les couronnes de
France et d'Angleterre, effectuée au nom du S. -Siège
par l'évêque de Concordia, lors d'une mission qu'il
remplit outre-Manche auprès de Henri VII, de mars à
avr. 1490, pendant la dernière année de sa nonciature
de France, demeura sans effet. Malgré des efforts réité-
rés et malgré les tentatives qu'il renouvela à Boulogne
jusqu'au mois de septembre auprès des ambassadeurs
d'Angleterre en France, il ne put vaincre la rivalité
politique qui divisait depuis si longtemps les deux
couronnes. Il ne fut guère plus heureux dans le do-
maine de la politique religieuse, où le but principal
de sa mission et de celle de son acolyte était sans con-
tredit la suppression de la Pragmatique Sanction de
Bourges et de tous les abus nés de l'explosion de galli-
canisme qui se produisit pendant la minorité de
Charles VIII. Les envoyés du S. -Siège qui accompa-
gnèrent la cour de France dans ses nombreux dépla-
cements, et que l'on retrouve successivement à Tours,
à Angers, à Paris, ne cessèrent de renseigner la Curie
sur tous les événements en cours, et notamment sur
les longues négociations qui aboutirent à la paix avec
la Bretagne, en nov. 1489. Mais ils tendirent surtout
leurs efforts en vue de la signature d'un concordat, qui
eût réglé définitivement tous les différends d'ordre
religieux entre la France et le S. -Siège, et qui eût fait
rapporter les mesures vexatoires prises au nom de la
couronne et des libertés ecclésiastiques, telles que
l'expulsion des évêques nommés par le pape, à Gap et
à Tournai; la réunion par le gouvernement d'un con-
cile à Sens en 1485; l'incarcération, malgré les protes-
tations du pape, des évêques du Puy-en-Velay et de
681
CHIEREGATO
CHIETI
682
Montauban, impliqués dans la révolte des princes;
l'aide accordée aux chapitres rebelles contre les évê-
ques nommés par le S. -Siège, et d'une façon générale
l'immixtion des juges laïcs dans les causes d'ordre
ecclésiastique. Chieregato et Flores, se conformant
'd'ailleurs à leurs brefs de rappel, finirent par solliciter
leur congé sans avoir obtenu satisfaction sur aucun de
ces points, et quittèrent la France au mois de sept.
1490.
L'évêque de Concordia reprit dès lors sa vie de
Curie en qualité de prélat palatin et de référendaire
domestique d'Innocent VIII. Il prononça le 28 juill.
1492, devant le collège des cardinaux, l'oraison fu-
nèbre de ce pape.
Sous Alexandre VI, il prit part à de nombreuses cé-
rémonies et prononça, lors du mariage de Lucrèce
Borgia avec Jean Sforza, un sermon resté inédit, sur
le sacrement de mariage.
L'invasion de l'Italie par Charles VIII, en sept. 1494,
l'empêcha de se rendre dans son évêché de Concordia
comme il l'avait souhaité. Le 26 oct. 1495, alors que le
fils de Louis XI, après avoir conquis le royaume de
Naples, était rentré en France, Chieregato reçut du
pape les pleins pouvoirs de légat a latere auprès de
l'empereur Maximilien. Le légat était chargé de pro-
tester, auprès du souverain et de l'Empire, contre la
descente de Charles VIII en Italie et son entreprise
contre Naples. Il devait aussi exprimer les griefs du
S. -Siège pour le refus de Charles VIII de recevoir
le cardinal Piccolomini en qualité de légat a latere.
Chieregato avait pour mission principale d'obtenir
l'adhésion de l'Allemagne à la ligue conclue en Italie
contre Charles VIII; il requit, par conséquent, l'aide
militaire de l'Empire contre les Français, toujours
maîtres du royaume de Naples ainsi que des villes
d'Asti et d'Ostie. On connaît les difficultés suscitées
aux entreprises de Maximilien dans l'Italie du Nord
par les Vénitiens. Le nonce Chieregato, sujet de la
séréiiissime République, se trouva de ce fait dans une
situation particulièrement délicate vis-à-vis du sou-
verain allemand. En 1497, il désirait vivement rentrer
en Italie pour se rendre enfin dans son évêché, mais
il dut prolonger son séjour dans l'Empire, pendant
deux ans encore. Il est inexact qu'il se soit trouvé à
Florence, comme on l'a quelquefois affirmé, pour y
prendre part, par ses prédications, à la lutte du S.-
Siège contre Savonarole. Il fut chargé en 1498 d'exhor-
ter Maximilien à maintenir la paix avec Louis XII et
par conséquent à renoncer à donner suite aux projets
belliqueux qu'il avait formés à la diète d'Ulm. En 1499,
Chieregato, toujours nonce en Allemagne, conseillait
au pape de conclure avec Maximilien un traité sem-
blable à celui que le S. -Siège avait conclu avec les
souverains espagnols.
La carrière diplomatique de l'évêque de Concordia
prit fin dans la seconde moitié de l'année 1499. Le
prélat put dès lors se consacrer à l'administration de
son diocèse. En 1503, le pape conçut cependant le des-
sein de faire appel à lui pour une nouvelle mission
diplomatique à la cour de l'empereur, mais la mort
d'Alexandre VI, le 19 août 1503, réduisit ce projet à
néant, et l'évêque de Concordia ne quitta plus le
Frioul. Presque constamment atteint par la maladie
après son retour d'Allemagne, Leonello Chieregato
mourut au siège de son évêché, le 19 août 1506. Ce
prélat intègre et érudit conserva, à travers toutes les
vicissitudes de son existence, l'amour des lettres et fut
à un moment donné en relations épistolaires avec
Angelo Poliziano. La plupart des nombreux discours
qu'il prononça au cours de sa carrière ecclésiastique
et diplomatique eurent les honneurs de l'impression.
P. Angiolgabriello di Santa Maria, Biblioteca e sioria di
quel scrittori di Vicenxa, Vicence, 1775, ii, p. lxxx sq.; m,
p. cix. — J. Burckard, Liber notarum ab aiino 1483 usque
ad ann. 1506, dans Rerum italic. script., t. xxxii, vol. i,
p. 158, 167, 181, 208, 275, 276 sq.; 378. 444 sq., 460, 464,
467, 468, 544, 555, 615, 639. — Calendar of State papers,
Londres, 1864, Venice, i, n. 530, 552, 668. — S. de ' Conti,
Le storie de suoi tempi, ii, Rome, 1883, p. 423, 428 sq., 439.
— E. Degani, La diocesi di Concordia, Udine, 1924, p. 744 sq.
— Eubel, H, 192, 253. — D. Farlati, m, 44; v, 260. —
Gesanitkatalog der Wiegendrucke, vi, Leipzig, 1934, col.
451-459. — M. Creighton, A Iiistory of the papacy of the
Great Schism, iv, 1911, p. 331-337. — B. Katterbach, Refe-
rendarii utriusgue Signaiurae, Rome, 1931, p. 44, 59, 61.
— S. Ljublc, Dispacci di Luca de Tollenlis, vescovo di Sebe-
nico e di L. Ctiieregato, vescovo di Trau, nunzi apostolici in
Borgogna e nelle Fiandre (1472-1478), Zagreb, 1876. —
Miintz et Fabre, La Biblioth. du Vatican au XV s., Paris,
1887, p. 209 et 289. — N. Papadopoli, Historia gymnasii
patavini, u, Venise, 1726, p. 32. — P. Paschini, L. Chiere-
gato, nunzio d' Innocenzo VIII e di Alessandro VI, Note
biografice e Documenti, dans Lateranum, nouv. sér., i, n. 3,
Rome, 1935. — Pastor, v, 286 sq., 288, 290, 361, 463, 464.
— L.-G. Pélissier, Calai, des docum. de la coll. Podocatoro à la
Bibliol. Marciana à Venise, dans Centralblatt fiir Biblio-
thekswesen, xviii, 1901, p. 533, 534, 595, 597. — S. Rumor,
/ conti Chieregnli, nobili Vicentini, dans Boll. araldico,
storico, genealogico del Veneto, 5' année, 1906, p. 27 sq. —
L. Thuasne, Diarium Burchardi, Paris, 1883, i, 553; ii,
238.
L. Van Meerbeeck.
CHIERICATO (Jean), oratorien italien, théo-
logien et canoniste (1633-1717). Voir D. T. C, ii,
2363; D. D. Can., ni, 881-82.
CHIESA (Bernardin della). Voir Bernardin
DELLA Chiesa, vhi, 787.
CHIESA (Jacques della). Voir Benoit XV,
pape, VIII, 167-72.
CHIETI (Theate). Ville des Abruzzes, située sur
un mont au pied duquel court le Pescara, Chieti doit
son origine à une colonie venue de la Grande Grèce,
au cours du iv« s. av. J.-C. Municipiiim sous la domi-
nation romaine, la ville fut dévastée par Alaric en 410.
Sous les Lombards, Chieti fut élevée au rang de gas-
taldus, mais son opposition à Pépin, fils de Charles,
lui valut d'être détruite en 810. Bien avant cette date,
la ville possédait une communauté chrétienne, dont
on a fait remonter les origines au iv^ s.; toutefois la
liste épiscopale ne présente aucune garantie historique
avant le ix« s. Les récits relatifs à S. Justin, honoré
dans la vallée du Pescara et dont on a fait le premier
évêque de notre diocèse (B. H. L., 4588-89), relèvent
de la légende. De même Quintus, qui prit part au
concile de Rome en 499, est à rattacher au siège de
Teano plutôt qu'à celui de Chieti.
Sous la domination normande, le diocèse et ses chefs
furent honorés de la bienveillance de Robert Guiscard.
De nombreuses familles vinrent y habiter et la ville
fut proclamée capitale des Abruzzes. Ce ne sera tou-
tefois que bien plus tard que Chieti, qui relevait direc-
tement du S. -Siège, sera élevée au rang de métropole.
Clément VII, en 1526, lui désignera comme sufTra-
gants Lanciano, Penne et Atri. Ces Églises ayant re-
fusé de se soumettre à l'autorité du nouvel archevêque,
Pie V, en 1570, soumit à Chieti le siège d'Ortona,
qu'il venait de créer et qui passera, en 1818, sous la
juridiction de Lanciano. Le 23 juill. 1853 — la bulle
ne fut publiée que le 14 juin 1857 — Pie IX, ayant
décrété, pour satisfaire au bon plaisir du roi de Naples,
que Vasto serait siège épiscopal sans territoire (L.
Anelli, Ricordi di storia Vastese, Vasto, 1897), décida
que l'archevêque de Chieti en serait l'administrateur
à perpétuité.
Le diocèse couvre de nos jours (1949) une superficie
de 2 500 km^ Sa population, d'environ 350 000 âmes,
est répartie en 133 paroisses. La cathédrale, dédiée à
683
C HIETI
CHIGI
684
S. Thomas et à S. Justin, fut édifiée au cours du xi« s.
Chieti et son diocèse ont compté au cours des âges de
nombreuses maisons religieuses; nous mentionnerons
entre autres les abbayes de S. Angelo in Bareggio
(monastère édifié par les Lombards en 725; reçoit de
nombreux privilèges des papes et des rois de Naples;
en décadence dès 1345); S. Liberatore de Maiella
(prieuré relevant de Monte-Cassino, situé non loin de
Pretoro; fondé avant le ix= s.; détruit par les Sarra-
sins et réédiflé en 1019); S. Maria d'Arabona (abbaye
cistercienne fondée en 1208; unie en 1257 par Alexan-
dre IV au monastère de S. Stefano ad rivum maris;
donnée en commende au collège S.-Bonaventure à
Rome par Sixte V, en 1587); S. Maria de Canneto
(dépendance de Monte-Cassino, située le long du
Trigno); S. Martino de Valle (abbaye bénédictine
fondée non loin de Fara S. Martino, en 1044, par
Gredindeo, comte de Chieti; donnée en commende
au chapitre de S. -Pierre de Rome, en 1453; tombée
en ruines au cours du 'kwi" s.); S. Pietro de Vallebona
(abbaye située non loin de Manoppello, édifiée avant
1149); S. Salvatore de Maiella (fondée avant le xi« s.);
S. Stefano ad rivum maris (monastère bénédictin fondé
au ix« s.; passé aux cisterciens en 1257; donné en
commende, en 1587, au collège de S.-Bonaventure à
Rome).
Liste épiscopale. — Theodoricus, 879, 888. — Ati-
nolfus, 904 (?). — Rimo, f 964. — Liudinus, f 1088. —
Arnulphus, 1020. — Acto [!"], 1057, 1070. — Teuzo,
1073, 1077. — Rainulfus, 1087, 1105. — Rogerius,
1107. — Guillielmus, 1115. — Andréas, 1118. —
Gerardus, 1118-25. — Acto [II], f 1130. — Rusticus,
1140 (?). — Robertus, 1140-50. — Alandus ou Alman-
dus, 1150, 1157. — Andréas [II], 1173, 1190. — Petrus,
1191. — Bartholomaeus, 1207, 1227. — Rainaldus,
1228-33. — Gregorio de Polo, 1234. — Landolfo Carra-
ciolo, 1252. — Alessandro de Capoue, 1254-60. —
Nicola de Fossa, 1262-82 (?). — Tommaso, 1286-92.
— Rinaldo, O. P., 1295-1300. — Matteo (ou peut-être
Mattia), 1303. — Pietro, 1303-20. — Raimondo Mu-
saco, 1321-26. — Giovanni Crispano, 1326-35. —
Pietro Ferro de Piperno, 1336. — Beltramino Paravi-
cini, 1336-39. — Guglielmo Gapo di Ferro, 1340-52. —
Bartolomeo Carbone de' Papazzuti, O. P., 1353-63. —
Vitale de Bologne, O. F. M., 1363-73. — Eleazaro de
Sabran, 1373-78. — Giovanni de Comino, 1379-96
[obédience de Clément VII : Thomas, 1378]. — Gu-
glielmo Carbone, 1396-1411. — Nicola Viviani, 1419-
28. — Marino de Tocco, 1429-38. — Giambattista
Bruna, 1438-45. — Colantonio Valignano, 1445-87. —
Alphonse d'Aragon, 1488-96. — • lacopo de Bacio,
1496-98. — Card. Oliverio Carrafa, administrât., 1500-
01. — Bernardino Carrafa, 1501-05. — Gian Pietro
Carrafa, 1505-24. — Felice Trofino, 1524-27 (le 1" juill.
1526, le siège de Chieti devint métropolitain). — Guido
de' Medici, 1528-37. — Gian Pietro Carrafa, 1537-49.
— Bernardino Maffei, 1549-53. — Marcantonio Malïei,
1553-68. — Giovanni Oliva, 1568-77. — Girolamo de'
Leoni, 1577-78. — Cesare Busdrago, 1580-85. —
Giambattista Castruccio, 1585-91. — Orazio Sammi-
niato, 1591-92. — Matteo Samminiato, 1592-1607. —
Anselmo Marzato, O. M. C, 1607. — Orazio Mafïei,
1607-09. — Ulpiano Volpi, 1609-15. — Paolo Tolosa,
1615-18. — Marsilio Peruzzi, 1618-31. — Antonio
Santacroce, 1631-37. — Stefano Sauli, 1638-49. —
Vincenzo Rabatta, 1649-53. — Angelo Maria Ciria,
O. S. M., 1654-56. — Modesto Gavazzi, O. M. Conv.,
1657-59. — Nicola Radulovich, 1659-1702. — Vin-
cenzo Capece, 1703-21 (?). — Filippo Valignani, O. P.,
1722-37 (?). — Michèle Palma, 1737-55. — Nicola
Sanchez de Luna, 1755-64. — Francesco Brancia,
1764-69 (?). — Luigi Del Giudice, 1770-92. — Ambro-
sio Mirelli, 1792-97. — Francesco Saverio Bassi, 1797-
1822. — Carlo Maria Cernelli, 1822-38. — Giosuè
M. Saggese, 1838-52. — Michèle Manzo, 1852-56. —
Luigi M. De Marinis, 1856-77. — Luigi Ruffo Scilla,
1877-86. — Rocco Cocchia, O. M. Cap., 1887-1900. —
Gennaro Costagliola, 1901-19. — Nicola Monterisi,
1919-29. — Giuseppe Venturi, 1931-47. — Giovanni
Battista Bosio, 1948.
Avec les travaux d'Ughelli, Gams, Eiibel et Gauchat, on
consultera : V. Bindi, Monumenti storici ed artistici degli
Abruzzi, Naples, 1889, p. 625-71, 714-21. — V. Camarra,
De Teate antiquo Marrucinorum in Ilalia metropoli, Rome.
1591. — Cappelletti, xxi, 95-111. — V. D'Avino, Cenni sto-
rici sulle chiese... délie Due Sicilie, Naples, 1848, p. 198-207.
— C. De Laurentiis, La chiesa cattedrale di Chieti, Chieti,
1899. — Kehr, It. pont., iv, 266-72. — Lanzoni, 241-43. —
G. Ravizza, Collezione di diplomi... da servire alla storia
délia città di Chieti, Naples, 1832. — [G. Ravizza], Memorie
ist. intorno la série dei vescovi ed arcivescoui Teatini, Naples,
1830. — Fr. Savini, Septem diocèses Aprutien. Medii Aevi
in Tab. Vaticano, Rome, 1912, p. 271-344. — P. Sella,
Rationes decimarum Italiae. Aprutium-Molisium, Bibl.
Vaticane, 1936, p. 25t-95.
M.-H. Laurent.
CHIFFLET (Jean), ecclésiastique et antiquaire
français (vers 1614-66). Voir D.A. C. L., ni, 1331-32.
CHIFFLET (Jean-Jacques), médecin et anti-
quaire (1588-1673?). Voir D. A. C. L., m, 1328-30
CH IFFLET (Laurent), jésuite français, écrivain
ascétique (1598-1658). Voir D. T. C, u, 2363; L.
T. K., II, 862.
CHIFFLET (Pierre-François), historien fran-
çais, de la Compagnie de Jésus (1592-1682). Voir
D. T. C, II, 2363-64; D. A. C. L., m, 1330-31.
CHIGI. Famille de banquiers siennois, qui des-
cend peut-être des comtes de l'Ardenghesca, seigneurs
de Macereto, mais qui toutefois n'a acquis ses quar-
tiers de noblesse qu'en 1377. Les deux branches prin-
cipales : Chigi de Rome, actuellement Chigi-Albani,
et Chigi de Sienne, de nos jours Chigi-Saracini, doivent
leur origine à Mariano (1439-1504) et à Benedetto (né
en 1449), fils d'Agostino Chigi.
Les descendants de Mariano donnèrent naissance,
au xvii^ s., avec Agostino, fils d'Auguslo et neveu
d'Alexandre VII, à la branche romaine de la famille.
Nombreux en sont les membres que vint honorer la
pourpre cardinalice. Le plus illustre d'entre eux, Fabio,
fut élu au souverain pontificat, le 7 avr. 1655, et prit
le nom d'Alexandre VII (v. ce mot). Son neveu Flauio,
fils de Mario, naquit à Sienne en 1631. Créé cardinal
du titre de Ste-Marie-du-Peuple (9 avr. 1657), il fut
président de la ville de Fermo (1656), légat en Avi-
gnon (1657), cardinal bibliothécaire (1659) et préfet
de diverses Congrégations romaines. Envoyé extra-
ordinaire auprès de Louis XIV (mars-nov. 1664), il
devint dans la suite cardinal-évêque d'Albano (1686),
puis de Porto (1689). Il mourut le 13 sept. 1693.
D'Augusto Chigi (1605-51), oncle de Flavio Chigi,
naquit, en 1649, Sigismondo. Chevalier de l'ordre de
Malte, ce dernier fut créé cardinal de Ste-Marie in
Domnica, en 1667, étant âgé seulement de dix-huit ans.
Chargé de la légation de Ferrare (1673-76), il mourut à ■
Rome en 1678. Son neveu Augusto (1662-1744), fils
d'Agostino, fut créé par Clément XI, en 1712, maré-.
chai de l'Église et gardien du conclave, charge qui
devint héréditaire dans la famille Chigi. De lui naqui-
rent, en 1710, Agostino, qui épousa en 1735 Giulia
Albani, et, en 1711, Flavio. Clerc, puis auditeur de 1~
Chambre apostolique sous Benoît XIV, Flavio fu
créé cardinal de S. -Ange en 1753. Préfet de la Congré-
gation des Rites et protecteur des Mineurs Conven-
tuels, il mourut à Rome en 1771.
68. T
CHIGI
CHILDEBERT II
GH6
A la même branche appartient un autre Flavio
Chigi, fils d'Agostino Chigi-Albanl et d'Amelia Bar-
berini. Né le 31 mai 1810, il fut garde noble pontifical,
puis chanoine de S. -Pierre de Rome (1853). Préconisé
archevêque de Mire en 1856, il fut désigné comme en-
voyé extraordinaire en Russie lors du couronnement
d'Alexandre II. Nonce en Bavière, puis en France
(1874), il fut créé cardinal du titre de Ste-Marie-du-
Peuple le 22 déc. 1873 et mourut à Rome le 15 févr.
1885 (biographie dans VOsservatore Romano, 17 févr.
1885).
Deux autres membres de la famille Chigi ont été
honorés de la pourpre cardinalice. Ils appartiennent à
la branche Chigi-Zondadari. Celle-ci doit son origine à
Agnese, fille de Mario et nièce d'Alexandre VII, qui,
née en 1629, épousa Ansano Zondadari (f 1693). De
leur mariage naquirent : Marcantonio (1658-1722),
grand maître de l'ordre de Malte en 1720 et Anton
Felice (1665). Ce dernier, archevêque de Damas en
1699, fut envoyé extraordinaire, puis nonce ordinaire
(1706) auprès de la cour d'Espagne. Créé cardinal du
titre de Ste-Praxède et préfet de la Signature en 1712,
il s'éteignit à Rome en 1737. Deux ans après sa mort,
voyait le jour un autre Anton Felice Chigi-Zondadari,
qui, préconisé, en 1785, évêque titulaire d'Adan de
Cilicie, fut nonce à Bruxelles de 1785 à 1787. Expulsé
de Belgique sur ordre de Joseph II, il fut nommé
archevêque de Sienne en 1795 et créé cardinal en 1801.
Il s'éteignit à Rome en 1823.
Sur la famille Chigi, voir Enc. Ual., x, 1931, p. 51-52,
et surtout P. Paschini, / Chigi (= Le grandi famiglie
romane, in), Rome, 1946.
M.-H. Laurent.
CHIGI (GuGLiELMo). Voir Guillaume de Cigiis.
CHIHFENG, préfecture apostolique, créée dans
la province de Jehol (Chine), le 21 janv. 1932, et
élevée au rang d'évêché, suffragant de Suiyan, le
21 avr. 1949; il est confié au clergé séculier, aidé par
la congrégation de Scheut.
Enc. calt., m, 1534. — A. A. Sedis, 1949, 531-33.
L. Van Hee.
CHIHUAHUA. Voir Chiuhahua.
CHILAPA, Chilapensis oa de Chilapa, évêché du
Mexique, État de Guerrero. Cette région fut évangé-
lisée par les augustins S. Esteban et M. de la Coruiia
(oct. 1533). Pie VII expédia le 25 févr. 1816 la bulle
d'érection Universi Dominici gregis; par suite des
troubles politiques, celle-ci resta sans effet. En 1856,
le Gouvernement entama des négociations en vue
d'une nouvelle érection ; Pie IX accorda la bulle Grave
nimis, le 26 janv. 1863; elle ne fut publiée que le
8 mars 1866 dans la ville d'Igualada de Iturbide. Le
diocèse comprend un territoire de 73 156 kmS 700 000
habitants, dont 695 000 catholiques, 79 paroisses,
groupées en 20 vicairies, et une bonne centaine de
prêtres séculiers. La cathédrale, ancienne paroisse,
fut consacrée le 14 juill. 1872 sous le titre de l'As-
somption.
Évêques. — Ambrosio Serrano y Rodriguez, 1863-
75. — Tomâs Baron Morales, 1876-82. — Buenaven-
tura Portilla y Tejada, 1882-89. — Ramôn Ibarra y
Gonzâlez, 1889-1902. — Homobono Anaya y Gutiér-
rez, 1902-06. — Francisco Maria Campos y Angeles,
1907-23. — José Guadalupe Ortiz y Lôpez, 1923-26.
— Leopoldo Diaz y Escudero, 1929.
V. de Andrade, Chilapa. Esludio sobre esta ciudad, Mexico,
1911. — .J. Bravo Ugarte, S. J., Diocesis y obispos de la
Iglesia mexicana, Mexico, 1941, p. 30-31. — A. Galindo
Mendoza, Apunies geogr. y eslad. de la Igl. cat. en Mexico,
Mexico, 1945, p. 36.
Fl. Pérez.
CHILAW, diocèse en l'ile de Ceylan, détaché le
5 janv. 1939 de Colombo et de Jaffna, et confié au
clergé du pays. Il compte 36 prêtres, 258 religieuses et
environ 80 000 fidèles.
Évêques. — Louis Perera, 0. M. L, 5 janv. 1939,
t 8 avr. 1939, avant son sacre. — Edmond Peiris,
12 janv. 1940.
L. Van Hee.
1. CHILDEBERT l", roi des Francs, fils de
Clovis et de Clotilde, mort en 558. A la mort de Clovis
(511), ses quatre fils se partagèrent comme un patri-
moine les pays qu'il avait conquis. Ghildebert eut, pour
sa part : Paris, les pays jusqu'à la Somme, les côtes de
la Manche jusqu'à la Bretagne et aussi les cités de
Nantes et d'Angers. En 524, son frère Clodomir ayant
été tué dans une expédition contre les Burgondes, il
s'entendit avec son autre frère, Clotaire, pour s'em-
parer du lot du défunt, qui pourtant laissait trois en-
fants (infra, Clodomir); il acquit alors les cités de
Tours et de Poitiers.
Malgré des dissensions parfois sanglantes qui sépa-
raient les rois francs, ils se concertèrent pour faire la
guerre aux peuples voisins et continuer l'œuvre de
Clovis. La lutte contre les Burgondes fut particulière-
ment acharnée : après l'échec de la campagne de 524,
où périt Clodomir, ils firent, en 534, la conquête en-
tière du royaume de Bourgogne, qu'ils se partagèrent;
Childebert acquit alors les cités de Lyon, Mâcon et
Genève. En 536, les Francs s'emparèrent aussi de la
Provence, qu'ils prirent aux Ostrogoths : les cités
d'Arles et de Marseille furent attribuées à Childebert.
Des guerres contre d'autres peuples n'eurent pas
d'aussi grands résultats. Plusieurs expéditions furent
entreprises contre les Wisigoths, qui dominaient l'Es-
pagne entière et possédaient encore la Septimanie, au
sud de la Gaule, sur les bords de la Méditerranée : en
531, Childebert alla guerroyer en Septimanie pour
venger sa sœur Clotilde, qui, ayant épousé le roi Ama-
laric, était maltraitée par lui, parce qu'elle ne voulait
pas se convertir à l'arianisme; en 542, aidé par Clo-
taire, il lutta contre le roi Theudis, franchit les Pyré-
nées occidentales, prit Pampelune et assiégea vaine-
ment Saragosse. C'est encore avec Clotaire que Childe-
bert participa à des expéditions au delà du Rhin, en
Saxe et en "Thuringe (555-56).
Childebert fit parfois acte de prince chrétien. Ayant
rapporté du siège de Saragosse la tunique de S. Vin-
cent, il fonda dans un faubourg de Paris, sous le voca-
ble de ce patron, un monastère, qui plus tard devait
prendre le nom de S.-Germain-des-Prés. Il publia aussi
un précepte contre le paganisme, dont des fragments
sont venus jusqu'à nous (Boretius, Capitularia, ii, 2).
Childebert mourut en 558. Il fut enseveli au monas-
tère de S. -Vincent : de nos jours, son tombeau a été
retrouvé dans l'église de S.-Germain-des-Prés (cf. Bull,
de la Soc. des antiquaires de France, 1887, p. 109-18:
Nouveaux documents sur le tombeau de Childebert au
monastère de S.-Germain-des-Prés). Comme il n'avait
point d'enfants, son royaume échut à son frère Clo-
taire, seul survivant des descendants de Clovis.
Grégoire de Tours, Hist. Franc, IV et V. — Krusch,
Chronol. regum Francorum slirpis merovingicae, dans
M. G. H., SS. rer. merov., vu, 487. — Voir aussi, sur ce roi
et les autres rois mérovingiens indiqués dans les notices
suivantes : Dahn, Urgesehichte der germanischen und roma-
nischen Vôlker, dans Oncken, Allgemeine Geschichte; Lot,
Pfister et Ganshof, Les destinées de l'Empire de 395 à S88,
dans Hist. générale, publ. sous la direction de Glotz : Hist.
du Moyen Age, i.
A. Dumas.
2. CHILDEBERT II, roi des Francs d'Aus-
trasie, né en 570, mort en 595, fils de Sigebert I«' et
de Brunehaut. Il n'avait que cinq ans, en 575, lorsque
687
CHILDEBERT H
- CHILDÉRIC 111
688
son i)ère fui assassiné dans la villa de Vitry, à l'insti-
gation de Frédégonde. Sauvé par un fidèle, le duc
Gondebaud, il fut proclamé roi à Metz par les leudes
d'Austrasie, le jour de Noël. Durant sa minorité, le
pouvoir fut exercé par sa mère Brunehaut ; celle-ci eut
d'ailleurs à endurer les pires humiliations des ducs et
de l'évêque de Reims, qui dominaient au palais. Son
oncle Contran, roi de Bourgogne, le prit sous sa pro-
tection et, en 577, l'adopta en lui faisant tradition
symbolique de son royaume.
Les grands d'Austrasie cherchèrent à profiter de
la jeunesse de leur roi pour lui imposer leurs volontés.
Ils réussirent même un moment à le brouiller avec
Contran. Mais bientôt l'oncle et le neveu se réconci-
lièrent. Le 28 nov. 587, ils eurent une entrevue, entre
Langres et Toul, à Andelot. Dans le traité qui fut
conclu, il était convenu que celui des deux rois qui
mourrait le premier aurait, s'il n'avait point de fils, le
survivant pour héritier. Ils promettaient aussi de ne
pas chercher à l'avenir à se soustraire mutuellement
leurs fidèles et de se livrer réciproquement les trans-
fuges. A la suite de cet accord, les grands coupables de
rébellion furent sévèrement punis; les ducs et les
comtes suspects de connivence avec les rebelles furent
destitués. Le royaume de Childebert jouit désormais
de la paix intérieure. Mais le jeune roi restait exposé à
la haine de Frédégonde, qui tenta plusieurs fois de le
faire assassiner avec ses enfants. Ces entreprises n'eu-
rent aucun succès.
Childebert, ayant atteint l'âge d'homme, reprit la
politique d'extension des rois francs. En Cermanie, il
remit sous le joug les Thuringiens et les Varins et
soumit les Bavarois. 11 dirigea aussi, de 581 à 590, une
demi-douzaine d'expéditions en Italie contre les Lom-
bards, à la suite desquelles il garda les passages des
Alpes, Suse et Aoste.
Le roi Contran étant mort le 28 mars 592, Childe-
bert recueillit paisiblement son héritage et joignit
l'Austrasie et la Bourgogne. Mais il mourut dans les
derniers mois de 595, âgé seulement de vingt-cinq ans
et laissant deux fils.
Grégoire de Tours, Hist. Franc, IV sq. — Krusch,
Chronol. regum Francorum stirpis merovingicae, dans
M. G. H., SS. rer. merov., vu, 489. — Digot, Hist. du
royaume d'Austrasie, ii, 1863, p. 5-112.
A. Dumas.
3. CHILDEBERT III, peut être fils de
Thierry III, fut, en 695, institué roi des Francs par
le maire du palais Pépin d'Héristal, pour succéder à
Clovis III. C'est un des derniers Mérovhigiens, rois
fainéants, qui n'avaient qu'un titre sans aucun pou-
voir. Son nom figure seulement pour la forme sur
plusieurs diplômes. 11 mourut en 711 et eut pour suc-
cesseur son fils, Dagobert III.
Krusch, Chronol. regum Francorum slirpis merovin-
gicae, dans M. G. H., SS. rer. merov., vu, 500.
A. Dumas.
1. CHILDÉRIC I", roi des Francs Saliens,
fils de Mérovée, né vers 436. Il succéda à son père en
458 et mourut vers 481. A son avènement, les Francs
Saliens étaient encore au service de l'Empire romain
en qualité de fédérés. Leur roi était sous l'autorité du
maître de la milice, Aegidius, qui commandait dans le
nord de la Caule.
Suivant des légendes rapportées par Crégoire de
Tours et Frédégaire, les Francs chassèrent Childéric,
parce qu'il débauchait leurs filles, et prirent pour roi
Aegidius. Childéric se réfugia en Thuringe. Au bout de
quelques années, il fut rappelé par ses anciens sujets,
qui le reconnurent de nouveau pour roi. La reine des
'Thuringiens, Basine, qu'il avait séduite, vint le re-
joindre et il l'épousa. De cette union naquit un fils,
qu'on appela Clovis.
Il est, en tout cas, certain que Childéric resta l'allié
d' Aegidius : vers 463, il combattit avec lui contre les
Wisigoths. Aegidius mourut en 464. Childéric resta
fidèle à son fils Syagrius qui, après lui, fut maître de
la milice. 11 aida les Romains à chasser les Saxons et
les Alamans, qui avaient envahi le bassin de la Loire.
Childéric ne commanda jamais qu'une petite troupe
de Francs établis autour de Tournai. C'est dans cette
ville, qu'il mourut vers 481. Il y fut enterré avec son
cheval de guerre et ses armes. Son tombeau fut re-
trouvé en 1653. De nombreux objets en furent retirés :
étoffes, armes, bijoux, monnaies d'or.
Junghans, Hist. critique des règnes de Childéric el de Chlo-
dovech, trad. Monod, 1879. — Kiirth, Clovis, 2' éd., 1901.
A. Dumas.
2. CHILDERIC II, roi des Francs, né vers
650, mort en 675. Il était fils de Clotaire II, roi de
Neustrie, et de Ste Bathilde (Bathilde, supra, vi,
1321). A la mort de son père (657), seul son frère aîné
Clotaire III fut proclamé roi sous la tutelle de sa mère
Bathilde, qui gouverna avec le maire du palais Erchi-
noald, remplacé en 658 par Ébroïn.
Cependant l'Austrasie était sous l'autorité du maire
du palais Grimaud, qui, en 661, institua roi son propre
fils Childebert, bien qu'il n'appartînt pas à la famille
mérovingienne. En 662, les grands d'Austrasie ren-
versèrent Grimaud et le livrèrent avec son fils au roi
de Neustrie. Sur la proposition de la reine Bathilde,
ils prirent pour roi Childéric II. Ce n'était encore
qu'un enfant, qui régna sous la tutelle du duc Gon-
faud (Vulfualdus), maire du palais.
En Neustrie, Clotaire III mourut en 673. Le maire
du palais Ébroïn proclama roi, de sa propre autorité,
Thierry III, troisième fils de Clotaire II. Bientôt les
grands du royaume, à l'instigation de S. Léger, évêque
d'Autun, se révoltèrent contre lui et l'enfermèrent au
monastère de Luxeuil. Thierry III fut déposé et placé
à S. -Denis. Childéric II accourut à l'appel des grands
et fut proclamé roi de Neustrie.
Childéric, ayant réuni tous les royaumes de la
monarchie franque, prétendit gouverner en prince
absolu, sans prendre l'avis des grands. Il relégua à
Luxeuil S. Léger, qui à un moment s'était cru tout-
puissant au palais (avr.-mai 675). Mais, à l'automne
suivant, il fut assassiné, quand il chassait près de
Chelles, par un grand nommé Bodilon, qu'il avait fait
battre de verges. L'évêque de Rouen, S. Ouen, le fit
ensevelir à S. -Vincent, appelé plus tard S.-Germain-
des-Prés : les bénédictins retrouvèrent, en 1656, ses
ossements derrière le chœur de l'église. Childéric II
fut le dernier Mérovingien qui essaya de régner.
Levillain, La succession d'Austrasie au VII' s., dans Rev.
historique, cxii, 1913, p. 62-72. — H. Stein, La mort de
Childéric II, dans Le Moyen Age, 1908, p. 297.
A. Dumas.
3. CHILDÉRIC III, roi des Francs. On ne
saurait dire avec certitude de qui il était le fils. Depuis
la mort de Thierry IV (737), le trône était vacant :
le maire du palais Charles Martel, qui gouvernait le
royaume des Francs avec pleine puissance, n'avait
pas jugé utile de lui donner un successeur. Pourtant,
en 743, ses deux fils, Carloman et Pépin, devenus
après sa mort maires du palais, estimèrent encore
opportun de se couvrir par un fantôme de roi; ils pla-
cèrent sur le trône le jeune Childéric III, jusqu'alors
élevé dans un couvent, qui passait pour appartenir à la
famille mérovingienne.
Childéric III n'eut à la vérité qu'un vain titre, le
pouvoir étant exercé par les maires du palais. Un de
ses diplômes débute par ce protocole significatif :
« Childéric, roi des Francs, à l'éniinent Carloman,
maire du palais, qui nous a établi sur le trône » (v.
Carloman (1), supra, xi, 1059).
689
CHILDÉRIC III
- CHILPÉRIC 1er
690
En déc. 751, Pépin le Bref, devenu seul maire du
palais, pensa que le moment était venu de mettre fin
à cette ombre de royauté. Après avoir consulté le pape
Zacharie, il déposa Ghildéric III, le fit tondre et en-
fermer au monastère de S.-Bertin. Puis il se fit pro-
clamer roi par l'assemblée des grands. Ce fut la fm de
la dynastie mérovingienne.
Krusch, Chronol. regum Francoruin slirpis merovingicae,
dans M. G. H., SS. rer. merov., vu, .507. — Levillain,
L'avènement de la dynastie carolingienne et les origines de
l'État pontifical, dans Biblioth. de l'École des chartes, 1933,
p. 225. — Halphen, Charlemagne et l'empire carolingien,
p. 18, 20.
A. Dumas.
CHILIASTES, doctrinaires du ii« s. En s'ap-
puyant sur une interprétation inexacte de l'Apoca-
lypse, ils attendaient la venue, avant la fin du monde,
d'un règne terrestre du Christ qui devait, pendant
mille ans, donner aux justes ressuscités toutes sortes
de bonheurs matériels. Voir l'art. Millénarisme.
G. Bardy.
CHILLAN, Chilaiieiisis, évêché du Chili. Par
sa bulle Notabiliter auctum du 18 oct. 1925, Pie XI
démembra le diocèse de Concepciôn, et en détacha,
entre autres, celui de Chillân. Celui-ci comprenait la
province de Nable et trois districts de celle de Maule :
Cauquenas, Chanco et Itata; il fut d'abord sufTragant
de Santiago du Chili, puis, après l'élévation au rang de
métropole du diocèse de Concepciôn (20 mai 1939),
il fut rattaché à cette dernière province. Il compte
258 550 catholiques, un territoire de 11 564 km^,
26 paroisses, 96 églises ou chapelles, une quarantaine
de prêtres séculiers et autant de religieux.
Évèques. — Martin Riicker, 14 déc. 1925. — Jorge
Antonio Larraîn Cotapos, 20 mars 1937.
A. A. Sedis, xvii, 1925, p. 548; xviii, 1926, p. 205;
XXIX, 1937, p. 216. — Ann. pontificio, 1949, p. 150.
Fl. Pérez.
1. CHILPÉRIC hr, roi des Francs, fils de
Clotaire l" et d'Arigonde, né en 539, mort en 584.
Clotaire l", qui avait réuni tout le royaume des
Francs, mourut en 561, laissant quatre fils : Caribert
(v. Caribert (1), supra, xi, 1032), Contran, Sigebert et
Chilpéric. Ce dernier essaya de se faire une part avan-
tageuse dans la succession paternelle : après avoir
enlevé les trésors de son père, il s'attacha les « plus
influents des Francs » et entra à Paris. Mais ses frères
l'obligèrent à accepter un partage conforme à leurs
vues. Caribert, l'aîné, obtint Paris et tout l'ouest de la
Gaule, de la Manche aux Pyrénées. Gontran eut
Orléans, le Berry, les vallées de la Saône et du Rhône.
Sigebert eut, avec Reims, les pays de l'Est dans les
bassins de la Meuse et du Rhin et, au delà de ce fleuve,
la domination sur diverses tribus germaniques jusqu'à
l'Elbe; on lui laissa, en outre, l'Auvergne et une partie
de la Provence. Le lot attribué à Chilpéric était le plus
petit : avec Soissons, il comprenait les cités du Nord-
Ouest, Amiens, Arras, Cambrai, Thérouanne, Tournai
et Boulogne. Bientôt, d'ailleurs, ce domaine fut encore
diminué : Chilpéric, profitant d'une expédition de
Sigebert contre les Avars, mit la main sur Reims;
mais son frère lui reprit cette cité et, en outre, s'em-
para de Soissons qu'il conserva.
Caribert étant mort en 567, son royaume fut par-
tagé entre ses frères. Chilpéric en obtint la partie sep-
tentrionale et la partie méridionale : d'une part, les
cités de Rouen, d'Évreux, du Mans et d'Angers, avec
la Bretagne; d'autre part, Bordeaux, Limoges, Cahors,
le Béarn et le Bigorre. Sigebert reçut les cités de Tours
et de Poitiers avec quelques autres au sud de la Ga-
ronne; Gontran, celles de Nantes, Saintes, Angou-
lême, Périgueux et Agen. La ville de Paris resta
indivise entre les trois frères.
Par suite de ces partages, les divers lots s'enche-
vêtraient les uns dans les autres. Chacun des rois était
tenté de s'arrondir au détriment du voisin. Celui qui
voulait faire la guerre à son frère trouvait, d'ailleurs,
aisément des complices parmi les grands de celui-ci,
qui pour une raison ou pour une autre étaient mécon-
tents. Il était aussi facile de corrompre les fidèles d'un
roi en leur promettant des « bénéfices » ou des « hon-
neurs ».
L'année 567 fut encore marquée par le mariage de
j deux des rois. Sigebert épousa Brunehaut, fille du roi
des Wisigoths Athanagilde. Cette union lui valut un
I grand renom. Chilpéric en fut jaloux. II s'était marié
i avec Audovère, dont il avait eu trois fils; puis il l'avait
répudiée, pour vivre en concubinage avec Frédégonde,
une de ses servantes. Après le mariage de Sigebert, il
renvoya la servante, prétendant lui aussi à une fille
de roi. 11 demanda à Athanagilde la main de sa fille
aînée Galswinthe. Le roi des Wisigoths y consentit.
Les noces se firent en grande cérémonie. Childéric
donna à sa femme, comme don du matin (morgen-
gabe), les cinq cités du sud-ouest de la Gaule, qui lui
avaient été attribuées dans la succession de Caribert.
Mais il se lassa bientôt d'elle et revint à ses amours
avec Frédégonde. Un matin, on trouva Galswinthe
étranglée dans son lit. Peu de jours après, Chilpéric
épousa Frédégonde et fit mettre à mort sa première
femme Audovère. Désormais les différends entre les
deux frères, Sigebert et Chilpéric, furent attisés par la
haine qui opposait leurs femmes, Brunehaut et Frédé-
gonde.
Sigebert, poussé par Brunehaut, voulut venger le
meurtre de Galswinthe, comme les mœurs du temps
lui en faisaient un devoir. Il prépara la guerre contre
Chilpéric. Mais leur frère Gontran posa sa médiation.
La paix fut rétablie : Chilpéric donna à son frère
comme composition les cinq cités méridionales qu'il
avait constituées en dot à sa femme. Cette pacifica-
tion ne fut pas durable. Quelques années plus tard
commença, entre les deux frères excités par leurs
femmes, une série de guerres qui devaient, après leur
mort, continuer entre leurs enfants.
C'est Chilpéric qui prit l'initiative des hostilités.
Il chercha, en 573, à s'emparer des cités de l'Aqui-
taine qui appartenaient à Sigebert et pendant deux
ans les fit ravager par ses fils. Sigebert, de son côté,
fit appel aux Germains d'outre-Rhin, qui envahirent
les territoires de Chilpéric et y répandirent la terreur
par leur sauvagerie. Grâce à leur concours, il finit par
devenir maître de tous les pays appartenant à son
frère dans la vallée de la Seine. Les grands de Chilpéric
se rallièrent à lui et, en déc. 575, ils le proclamèrent
roi, en l'élevant sur le pavois dans la villa de Vitry-
en-Artois. Mais, pendant la cérémonie, deux dévoués
de Frédégonde, qui avaient réussi à s'approcher de
lui, le frappèrent de leur « scramasaxe >s qui avait été
empoisonné par leur maîtresse.
La mort de Sigebert permit à Chilpéric, qui s'était
réfugié à Tournai, de se ressaisir. Il gagna aussitôt
Paris oii se trouvaient la femme et les enfants de son
frère. Il fit prisonnières Brunehaut et ses filles, qui
furent emmenées à Rouen. Mais son fils, le jeune Chil-
debert, âgé de cinq ans, fut enlevé par un fidèle, qui
le fit reconnaître roi par les Francs d'Austrasie
(v. Childebert II, .supra, xii, 687). Chilpéric recouvra
rapidement tout son royaume et s'empara aussi des
cités de Tours et de Poitiers qui avaient appartenu à
son frère. Mais, Gontran ayant pris son neveu Childe-
bert sous sa protection, il dut les restituer.
Chilpéric subit d'ailleurs dans sa famille des
épreuves qui arrêtèrent son élan. L'aîné des fils qu'il
avait eus d'Audovère, Mérovée, venu à Rouen,
s'éprit de sa tante Brunehaut qui y était détenue et
691 CHILPÉRFC
l'épousa. Accouru à Rouen, Chilpéric renvoya Bru-
nehaut à Metz et fit garder Mérovée à vue. Peu après,
celui-ci réussit à s'enfuir; mais, traqué par les hommes
de son père, il erra longtemps, puis il finit par se faire
tuer par un familier (578).
Cependant les fils nés de son union avec Frédégonde
mouraient l'un après l'autre en bas âge. Frédégonde
persuada le roi que ses enfants étaient victimes des
maléfices de Clovis, un autre fils d'Audovère; le jeune
prince, mis en prison à Noisy-le-Grand, fut peu après
trouvé mort.
N'ayant plus de flls, Chilpéric décida d'adopter
Childebert, flls de Sigebert, qui seul paraissait devoir
continuer la famille mérovingienne (581). Il profita de
ce rapprochement avec son neveu pour essayer d'enlever
le Berry à son frère Gontran ; mais il ne put y réussir.
Quelques années après, l'adoption de Childebert
n'eut plus d'objet; en 584, Frédégonde mit au monde
l'enfant qui devait être Clotaire II. Gontran et Chil-
debert renouvelèrent alors leur alliance contre Chil-
péric, qui, pris de panique, s'enfuit à Cambrai. Mais
Childebert étant parti pour l'Italie, Chilpéric put re-
venir à Paris.
La situation de Chilpéric paraissait encore une fois
rétablie. Mais un soir de sept. 584, un inconnu le tua
de deux coups de couteau, au moment où il descendait
de cheval, revenant de la chasse. On a accusé de ce
meurtre Brunehaut et même F'rédégonde. L'assassin
n'a pas été retrouvé.
Ainsi finit un roi qui apparaît comme le type du
despote mérovingien cruel et perfide. Jaloux de son
pouvoir, Chilpéric faisait mettre à mort sans juge-
ment ceux qu'il soupçonnait de lui résister. L'amour
des richesses fut aussi une de ses passions dominantes.
Pour augmenter son trésor, il rétablit les anciens
impôts romains et les fit lever avec la plus grande
rigueur. Les biens de l'Église lui faisaient envie. Il
avait coutume de répéter : « Voici que notre fisc est
demeuré pauvre et toutes nos richesses ont été trans-
férées aux églises. Seuls les évêques régnent; notre
puissance a péri et a passé aux évêques des cités. » Il
disposait cependant des évéchés à sa guise, sans s'oc-
cuper des règles canoniques sur l'élection des évêques;
même, parfois, il les vendait au plus offrant.
Ce despote prétendait dominer la religion. 11 n'ad-
mettait pas qu'on distinguât trois personnes en Dieu :
aussi ordonna-t-il par un édit de nommer dans les
prières, non la Sainte Trinité, mais Dieu seul. Il dit
à Grégoire de Tours et autres prélats : « Je veux que
vous croyiez de la sorte. » Mais il dut céder devant la
résistance des évêques. Il entreprit aussi, en 580, de
faire baptiser de force les Juifs de son royaume. Au
reste, il était superstitieux, croyant aux présages et
aux sorciers : ayant attribué la mort des enfants de
Frédégonde à des maléfices, il fit périr dans des sup-
plices plusieurs personnes qu'il soupçonnait de leur
avoir jeté un sort.
Grégoire de Tours jjaraît l'avoir assez bien jugé en
l'appelant le Néron et l'Hérode de son temps.
Augustin Thierry, Récits des temps mérovingiens, a
consacré de longs passages au règne de Chilpéric. — Fi. Rous-
sel, Le roi Chilpéric, dans Ann. de l'Est, 1897, p. 434-4.5,
donne, avec les principaux textes, une abondante biblio-
graphie.
A. Dumas.
2. CHILPÉRIC II, roi des Francs de Neus-
trie, né vers 670, mort en 721. A la mort de Dago-
bert III (fin de 715), les grands de Neustrie, dirigés
par le maire du palais Rainfroi, tirèrent du cloître le
clerc Daniel, qui passait pour le fils de Childéric II;
et, après que ses cheveux eurent repoussé, ils le firent
roi sous le nom de Chilpéric II.
La Neustrie était alors en guerre avec l'Austrasie,
^ CHIMARA 692
qui avait pour maire du palais Charles Martel. Rain-
froi et Chilpéric II parvinrent avec leur armée jus-
qu'à Cologne. Mais, en 716, au retour de cette expédi-
tion, ils furent surpris par Charles Martel qui leur in-
fligea une grave défaite à Amblève, près de Malmédy;
ils furent encore battus, en 717, à Vincy, dans le
pays de Cambrai.
Le roi et son maire du palais demandèrent alors le '
secours du duc d'Aquitaine, Eudes. Mais Eudes fut, à
son tour, mis en déroute par Charles Martel près de
Soissons. Il se retira au delà de la Loire, emmenant
avec lui Chilpéric, tandis que le maire Rainfroi pre-
nait la fuite (719).
Charles Martel était maintenant le maître de la
Neustrie comme de l'Austrasie. Sur ces entrefaites, le
roi d'Austrasie, Clotaire IV, vint à mourir (720).
Charles, qui tenait à avoir sous la main un Mérovin-
gien pour le remplacer, négocia avec Eudes qui lui
livra Chilpéric II. Ce fantoche devint roi de tous les
Francs sous le gouvernement de Charles Martel. Il
mourut peu après à Noyon, au début de 721.
Krusch, Chronol. regum Francorum stirpis merovingicae,
dans M. G. H., SS. rer. merov., vu, 502.
A. Dumas.
CHIMARA (XEipâppa ou Xtpâpa), évêché
d'Épire, dépendant d'abord du patriarcat bulgare
d'Ochrida, puis de la métropole de Naupacte et enfin
de celle de Janina. Chimara ou La Chimère est une
petite bourgade située sur la côte de l'Épire, au pied
d'une chaîne de montagnes qui l'isole presque com-
plètement du côté de la terre. Elle dut à cette situa-
tion d'être, avec les villages environnants, presque
complètement indépendante sous la domination
turque.
Elle fut dotée d'un évêché, probablement au x" s.,
après la destruction de Nicopolis, et fit partie du
patriarcat d'Ochrida à ses débuts. Elle fut soumise
à la métropole de Naupacte au xi« s. Rome y exerça
sa juridiction jusqu'en 1363, par l'intermédiaire des
Vénitiens. A partir de 1631, elle fut unie à l'évêché de
Delvinon, après l'avoir été à celui de Cozila, et dé-
pendit de la métropole de Janina. Au xix' s., elle fut
unie à l'évêché de Dryinopolis et Argyrocastron,
d'abord provisoirement (1813-21), puis définitive-
ment en juin. 1832 sous le nom de Dryinopolis et
Chimara. De 1365 à 1401, divers évêques de Chimara
prirent part au synode permanent de Constantinople,
sans qu'on connaisse le nom d'aucun d'eux, à part
Nicolas en 1360 (Miklosich et Millier, Ac(a et diplo-
mala graeca Medii Aevi, i, 476; ii, 46, 48, 164, 174,
178, 198, 202, 208, 213, 518). Du xvi» au xviii» s., il
y eut dans la région un mouvement d'union à Rome, L
suscité en partie par les demandes de secours des habi- I
tants aux papes pour lutter contre les Turcs, et dû
aussi aux travaux de religieux catholiques, surtout
les moines basiliens de Calabre. ]
Évêques connus. — Nicolas renonce à son évêché de i
Chimara et Cozila, le 4 déc. 1360 (Miklosich et Millier,
I, 411). — Sophrone I", ?-t 13 févr. 1554. — Dosithée,
24 avr. 1579. — Timothée, fin du xvi» s. — Mélétios,
ancien évêque en 1627. — Son successeur dut être
Mathieu, signalé comme ancien évêque en 1637. —
Nicéphore, 1630. — Sophrone II, avant 1662. — Séra-
phim, août 1662. — Callinique, ?. — Zacharie I<•^
1672-93. — Manassès, 1694-1708. — Zacharie 11,
1708-t 1730. — Denys, 1725 (Rev. de l'Orient lalin,
1893, p. 315). — Gennade ou Grégoire, 1730; déni,
en 1755. — Joannice, 1755; dém. en 1795. — Par-
thénius, 20 sept 1795; dém. en 1804. — Anatole.
1804; dém. en 1812. — Ambroise, 1812; chassé en
1813. — Païsios, 1821; déposé en 1832. Chimara fut
alors unie définitivement à l'évêché de Dryinopolis et
Argyrocastron.
iâ
693
C H I M A R A
CHINE
694
MeyàAri éAXriviKi^ ÉyKuKAoïraiÔEia, xxiv, 543. — Germain
de Sardes, 'ETriCTKOTTiKoi KaTàXoyoi tcov iv 'HtTE(pcp Kal 'AXga-
vîg étrapxicôv toO iraTpiapxEiou KoovaravTivouiTÔXEOûs, dans
■H-rrEipcoTiKà XpoviKà, xi, 1937, p. 97-100. — V. Laurent,
Les évéques de La Chimère (Albanie) au XVI'-XVII' s.,
dans Balcanica, Bucarest, 1947. — Cirillo Karalewski,
La missione greco-cattolica délia Cimara nel sec. XVI-
XVI II, dans Bessarione, xv, 1911, p. 440-83; xvii, 1913,
p. 170-97. — Nilo Borgia, / monaci basiliani d'Italia in Al-
bania. Appunli di storia missionnaria, sec. XVI - XVIII,
Rome, 1935.
R. Janin.
CHINE. — La Chine est restée longtemps ab-
sente de la pensée occidentale, plus encore que l'Eu-
rope de la pensée chinoise. C'est surtout depuis l'épo-
que des grandes découvertes (les Portugais en 1513-
14 à Canton) que commencèrent à se rapprocher
effectivement ces deux parties du globe, qui avaient
jusque-là vécu à part l'une de l'autre comme « deux
planètes séparées » (Leibniz). Le premier efîet de cette
rencontre fut, chez les Occidentaux, la surprise :
témoin Pascal, dans ses Pensées (éd. Brunschvig,
in-16, p. 596). Leibniz de son côté écrivait, à propos
des missionnaires catholiques, le 2 déc. 1697 : « Je
juge que cette mission est la plus grande affaire de
nos temps, tant pour la gloire de Dieu que pour le
bien général des hommes, l'accroissement des sciences
et des arts chez nous aussi bien que chez les Chinois;
car c'est un commerce de lumière qui nous peut
donner tout d'un coup leurs travaux de quelques
milliers d'années, leur rendre les nôtres et doubler,
pour ainsi dire, nos véritables richesses de part et
d'autre. Ce qui est quelque chose de plus grand qu'on
ne pense. »
De cette mutuelle compréhension, le meilleur tru-
chement fut incontestablement le christianisme et,
dans le christianisme, l'Église catholique. C'est ce qui
ressortira évidemment du présent exposé malgré
sa nécessaire concision.
Le seul exposé d'ensemble a été écrit, en anglais, par le
protestant Kenneth Scott Latourette, A Hisiory of Chris-
tian missions in China, New-York, 1929, résumé et mis à
jour dans Ilislortj of the expansion o/ christianity, Londres,
1939-1947; il doit être complété par R. Streit, dans Biblio-
theca missionum, iv et vii (avec les suppléments, Biblio-
ijrafia missionaria, 1933-1951, des l^P. Dindinger et Rom-
merskirchen), et par le long catalogue du F. .J. Dehergne,
S. .h, L'Ëfilise de Chine au tournnni ( 192i-1949) : le milieu,
les cadres, les œuvres, l'histoire, dans Bull. île l'université
l'Aurore, sér. III, x, n. 39 et 40, juin et oct. 1949, p. 417-
555, 655-778. Cf. encore H. Cordier, Biblintheca Sinica,
2« éd., 1904-1905, avec un supplément, 1924.
I. Introduction générale à la Chine. IL Les diverses
religions en Chine avant l'époque des grandes décou-
vertes. III. De l'époque des grandes découvertes à la
fin de l'Empire (1513-1911). IV. L'époque contem-
poraine (1917-51).
I. Introduction générale a la Chine. — A
compléter brièvement par J. Escarra, La Chine.
Passé et présent, coll. Colin, nouv. éd., Paris, 1949,
avec bibliographie sommaire, p. 221-22.
1° Données géographiques. — 1. Nom. — Le mot
• Chine » est une appellation étrangère, dont l'ori-
gine n'est pas connue. A la fin de l'Empire romain,
les Occidentaux désignaient par « pays des Sères »,
• Sérique », la région plus ou mohis vague et fabu-
leuse d'où leur venait la soie. Au Moyen Age on
employa le nom de « Cathay », dont la capitale fut
appelée Khambaluc. Lorsque les Européens de la
Renaissance y abordèrent par mer, ils connurent le
pays sous le nom de « Cina » et sa capitale fut « Pé-
king » (la capitale du Nord, distinguée de « Nanking »,
la capitale du Sud), mais plus d'un siècle et demi
s'écoula avant que les cartographes acceptassent
l'identité de la Chine avec le Cathay.
2. Limites. — Les limites politiques ne coïncident
pas rigoureusement avec les limites géographiques.
a) Les « Trois provinces de l'Est », Liao-ning, Ki-
lin, Heilong-kiang, formant le territoire appelé par
les étrangers « Mandchourie », arrachées à la Chine
par l'agression japonaise de 1931-32, lui sont revenues
à l'issue de la seconde guerre mondiale, mais avec
les restrictions du traité sino-soviétique du 14 août
1945. — b) La Mongolie dite » extérieure » a long-
temps dépendu de la Chine; proclamée indépendante
le 28 oct. 1945, elle devient de plus en plus un pays
satellite de l'U. R. S. S. — c) Le Sin-kiang (Turkestan
chinois) forme aujourd'hui une province où la souve-
raineté de la Chine est contrebattue par une active
pénétration de l'LT. R. S. S., grâce à des mouvements
séparatistes. — • rf^ Le Tibet oriental constitue, lui
aussi, une province appelée Si-kang, à laquelle la
Chine réclame le droit d'adjoindre le Tibet occidental.
— e) Les « Dix-huit provinces » traditionnelles, frag-
mentées assez récemment en plusieurs autres, se
répartissent en trois grandes régions naturelles :
Chine du Nord, région du Yang-tse (fleuve Bleu),
Chine du Sud. Jusqu'en 1945, il s'y trouvait un cer-
tain nombre de « concessions » étrangères; seuls
Hongkong (Grande-Bretagne) et Macao (Portugal)
échappent encore à la suzeraineté chinoise.
Les trois cartes qui illustrent cet article sont emprnutées
au Nouvel atlas des missions, de l'abbé .1. Des])ont, Paris-
Lyon, 1951, pl. IX, X, XI.
Superficie. — Elle est d'environ dix-huit fois celle
de la France. La Chine a environ 5 000 km. de l'Est à
l'Ouest, et 3 000 km. du Nord au Sud. D'après les
indications de févr. 1947, la superficie totale serait de
9 995 191 km^ se répartissant, outre les « Dix-huit
provinces » de la Chine impériale, entre le Sin-kiang
(1 328 417 km"), le Si-kang (427 087 km^), le Ts'ing-
hai (697 194 km^), le Tibet (territoire spécial, 215 787
km^), la Mongolie intérieure en quatre provinces
(1 093 825 km^), la Mandchourie en neuf provinces
(1 054 825 km^), Formose (35 973 km^), les six villes
principales (Nankin, Pékin, Ts'ing-tao, T'ien-tsin,
Tch'ong-k'ing, Han-kow, 3 168 km^).
3. Population. — D'après les évaluations du pre-
mier semestre de 1948, l'ensemble de la population
s'élèverait à plus de 463 millions d'habitants, répartis
en plus de 87 millions de familles, soit une moyenne
de 5,34 personnes par ménage. C'est près du cinquième
de la race humaine. L'on y compte une proportion de
109,51 hommes pour 100 femmes. La densité varie
d'ailleurs considérablement d'une province à l'autre,
car les cinq sixièmes des habitants n'occupent que le
tiers de la superficie : au Kiang-sou 335 habitants au
kmS au Yunnan 22, au Si-kang 4, au Sin-kiang 2;
dans la plaine de Tcheng-t'ou, centre du « bassin
rouge » du Se-tch'ouan, jusqu'à 650 habitants au
kmS et plus de 1 000 dans l'île de Tsong-ming, à
l'embouchure du Yang-tse, pour une surface de
700 km*. « La population chinoise semble augmenter
de près d'un pour cent par an, quand elle n'est pas
victime de catastrophes exceptionnelles; or, une
population qui s'accroît selon ce rythme double en
soixante-dix ans : on compterait donc, vers l'an 2 000,
si rien ne venait troubler les conditions démogra-
phiques actuelles, 600 millions de paysans chinois.
On reste confondu devant des perspectives aussi
écrasantes » (P. Gourou, La terre et l'homme en Ex-
trême-Orient, 1940, p. 30). Les habitants des campa-
gnes l'emportent extraordinairement en nombre sur
ceux des villes (huit dixièmes au moins).
4. Le problème géographique. — La majorité des
Chinois, négligeant montagnes et collines, recherchent
les plaines alluviales, qu'ils encombrent jusqu'à satu-
695
CHINE
696
ration : un hectare de terres doit fréquemment pour-
voir à la subsistance de six à dix personnes, ainsi la
majorité de la population est généralement dans un
état voisin de la misère. On estime que 27 % seulement
du territoire sont cultivés. Le problème du surpeu-
plement est donc l'essence même du problème géogra-
phique. Il se double d'un problème agraire, par suite
du morcellement du sol, et, en conséquence, d'un pro-
blème financier : on a constaté, dans un village du
Nord, que 44 % des familles étaient endettées et inca-
pables de se libérer d'emprunts usuraires.
Si la Chine passe pour un pays de lettrés, c'est aux
yeux de ceux qui ignorent que d'innombrables indi-
vidus n'y savent pas lire. Depuis la réforme-renais-
sance littéraire (1917), l'instruction commençait à se
répandre. Il y a eu régression avec les troubles des
dernières années. Par voie de conséquence, l'individu,
dominé par son clan ou sa guilde, a peu de part aux
affaires publiques; il n'est que trop porté à s'en re-
mettre au notable du lieu, à quelque parti qu'il
appartienne.
2" L(t civilisation traditionnelle. — C'est donc au
sein d'une vaste communauté d'agriculteurs que s'est
constituée la civilisation traditionnelle, « la plus mas-
sive et la plus durable des civilisations connues ».
Elle est d'aspect monolithique. Née au temps de
Babylone, de l'Assyrie, peut-être de l'Égypte des pha-
raons, elle a survécu à ces empires et elle fait encore
l'homogénéité de l'Extrême-Orient. On dit souvent
qu'elle acheva son évolution vers les débuts de l'ère
chrétienne et demeura depuis lors immobile, presque
immuable. C'est inexact. Non seulement la Chine a
éprouvé de violents sursauts d'évolution interne, mais
elle a subi, à toutes les époques, des influences étran-
gères. Ce qui est vrai, c'est que le fonds n'en a pas
changé essentiellement jusqu'au xx« s., ni chez le peu-
ple ni dans le petit groupe de lettrés. En ce sens, on
a pu dire que la Chine était plutôt une civilisation
qu'une nation.
D'ailleurs l'on y décèle, depuis l'Antiquité, des
« rythmes » d'une remarquable régularité, avec alter-
nances de périodes d'ordre et d'anarchie qui se mar-
quent même dans l'histoire littéraire et dans celle des
arts. D'autres fluctuations pourraient être encore
notées : par ex. la pression des Barbares sur les fron-
tières à certains moments, avec « revitalisation » de
la race chinoise; les oscillations du centre de gravité
politique et économique du pays; l'opposition entre
le Nord et le Sud, si marquée dans tous les domaines,
depuis le Moyen Age; le jeu régulier des forces centri-
fuges, qui tend sans cesse à soustraire l'ensemble du
pays à l'action d'un gouvernement central; la recons-
titution périodique d'une féodalité militaire... Mais,
malgré tous les changements, le lien entre le passé et
le présent a été dans la Chine impériale beaucoup
plus fort qu'ailleurs. Dans presque tous les domaines,
la Chine, c'est le passé vivant. Le peuple éprouve un
irrésistible penchant à regarder en arrière, à recréer,
sous des étiquettes neuves, d'antiques mouvements
d'idées; à qualifier de changement ce qui n'est qu'in-
vention ou renaissance; à légaliser les comportements
de ses chefs en leur cherchant des précédents. Le
gouvernement traditionnel a été trop longtemps pré-
conisé par les examens triennaux pour être abandonné
brusquement.
3" Les conditions nouvelles. — Cependant, si puis-
sante que soit en Chine la solidarité avec le passé, elle
tend aujourd'hui à se rompre dans tous les domaines,
intellectuel, social, familial..., mais ici encore la lutte
entre l'ordre traditionnel et le nouvel ordre garde
un rythme qu'il faut percevoir : les réformateurs du
Kouo-mintang ou les communistes ne s'expriment
pas autrement que Ts'in Che Houang-ti, Wang Ngan-
che, les T'aiping ou les révolutionnaires de 1898.
Dans les événements actuels (sept. 1951), il ne faut pas
voir uniquement des manifestations d'anarchie et de
chaos, mais les soubresauts d'une nation qui cherche
sa voie, spécialement entre les forces qui, du dehors,
tentent de la modifier. Et c'est ici qu'apparaît un
trait sans doute nouveau dans l'évolution de la Chine.
Depuis quatre siècles, sa civilisation, jusque-là restée
à demi statique, avait subi la pression des nations qui
en étaient devenues de plus en plus proches par suite
des inventions scientifiques. Cet investissement com-
mença, au Sud, par mer, en 1514, lorsque les Portu-
gais, partis à la recherche des épices de l'Indonésie
pour l'Europe, trouvèrent plus profitable d'instaurer
le commerce entre les peuples d'Extrême-Orient. Les
Russes, en quête des fourrures, avaient apparu en-
suite au Nord (traité de Nertchinsk en 1689); leurs
établissements s'étaient enracinés depuis lors en Sibé-
rie et dans les pays limitrophes. Une troisième force
était venue par l'océan Pacifique avec les Espagnols
qui voulaient faire des îles Philippines un tremplin
afin d'envahir le continent asiatique ; dans leur marche
en avant, assez vite interrompue, ils eurent pour suc-
cesseurs, vers la fin du xyiii» s., les commerçants des
États-Unis d'Amérique en marche vers la soie et le
thé. Ensuite l'encerclement de la Chine, après s'être
desserré durant les troubles de la Révolution française
et |les guerres de Napoléon, reprit avec une intensité
accrue après le premier tiers du xix« s. (guerre dite de
l'opium en 1840), et depuis lors la Chine put se croire,
au milieu des convoitises occidentales, destinée au
sort « de la pastèque découpée en tranches ». A la dure
école des revers nationaux, quelques initiateurs lui
firent comprendre la nécessité de « reconstruire » le
pays, dans l'industrie et le commerce, dans la légis-
lation et l'administration, dans les sciences et les
lettres. Le communisme se présente aujourd'hui
comme le suprême couronnement de toute une suc-
cession de courageux efforts.
Au sein de cette évolution, actuellement précipitée,
le christianisme, spécialement sous la forme du catho-
licisme, a dû se frayer sa voie. Dès ses premières appa-
ritions, il n'avait point trouvé table rase; d'autres
religions l'avaient précédé, dont il devait tenir compte.
C'est ce milieu que nous devons maintenant préciser,
avant de décrire les étapes de la pénétration chré-
tienne.
II. Les diverses religions en Chine avant
l'époque des grandes découvertes. — Depuis une
trentaine d'années, les découvertes préhistoriques
(Sinanthropus...) et les fouilles archéologiques (pote-
ries du Kansou, os gravés de Nganyang : seconde
dynastie...) ont tellement renouvelé l'histoire de la
Chine ancienne que, pour tout ce qui précède l'an
1 000 av. J.-C, et même la naissance de Confucius
(vers 552 av. J.-C), les conceptions habituelles du
passé religieux de la Chine devraient être entière-
ment redressées. Cependant, en ce qui concerne la
diffusion du christianisme, il convient toujours de se
reporter à l'image traditionnelle pour en comprendre
les problèmes. Les livres dits classiques et canoniques
demeurent ici notre source principale d'information,
sauf à les retoucher et compléter par l'immense litté-
rature chinoise.
Presque tous ces livres (texte chinois, traduction fran-
çaise et parfois latine) sont réédités depuis 1949, dans la
série Les humanités d'Extrême-Orient, Paris-Leyde.
1" L'image traditionnelle de la Chine avant le chris-
tianisme. — C'est par un âge d'or qu'aurait débuté
la civilisation chinoise, avec des souverains modèles
dont la philosophie confucéenne voudra seulement
transmettre les enseignements. Inlassablement re-
697
CHINE
698
viendront, dans les écrits de l'École, les noms de Fou-
hi, inventeur de l'écriture, auteur des hexagrammes
du Yi-king, législateur du mariage (placé vers 2852
av. J.-C); de Chen-noung, le père de l'agriculture et
de la médecine; de Houang-ti, inventeur des rites, du
calendrier, de la divination, des noms de famille,
et dont l'épouse apprit aux femmes l'élevage des vers
du mûrier ainsi que le tissage de la soie ; de Yao et de
son gendre Chouen, idoles du confucianisme.
A ces temps légendaires ou semi-légendaires au-
rait succédé la première dynastie des Hia (1989-
1559 av. J.-C), fondée par Yu le Grand; celui-ci, au
temps de Yao, se serait illustré en remédiant au dé-
sastre d'un déluge universel. Le dernier souverain des
Hia, le tyran Kie, apparaît, aux yeux des historiens
orthodoxes, comme le premier exemple de ces princes
qui perdent le « mandat du Ciel » et sont chassés du
trône par un aventurier énergique.
Tandis que nulle preuve archéologique, jusqu'à
présent, n'est venue confirmer la réalité des Hia, la
seconde dynastie Chang (1558-1027) est sortie de la
brume des légendes. Fondée par Tch'ang le Victo-
rieux, elle s'acheva par le roi Cheou-sin, cruel et dé-
bauché. Dans la littérature, Kie et Cheou, les deux
souverains indignes, sont constamment opposés à Yao
et Chouen, les deux empereurs modèles.
La troisième dynastie fut celle des Tcheou (1027-
222). Vers 827-782, commence la période de l'histoire
ancienne de la Chine, contrôlable par les premiers
documents authentiques. Entre 551 et 479 aurait vécu
Confucius (nom latinisé de Kong-tze), un maître
d'école, qui se proclamait simple compilateur et trans-
metteur des traditions anciennes, mais dont les ma-
nuels scolaires devaient connaître une étrange fortune.
Après cinq siècles de luttes intestines, quand « le pre-
mier empereur » Ts'in-Che-houang-ti unifia enfin le
pays, en 213 av. J.-C, il décréta la destruction des
anciens livres et de toute la littérature classique.
Plus tard, de mémoire, les lettrés survivants recons-
tituèrent les textes anéantis, et par eux, à travers
mille vicissitudes, modelèrent la mentalité entière du
peuple chinois jusqu'à la chute de l'Empire en 1911.
Le P. Wieger, dans ses Textes liislori(jiies, a commodé-
ment réuni les principaux textes où se reflète l'image tra-
ditionnelle de la Chine.
Au moment où le christianisme fit son apparition en
Occident, ce n'était déjà plus la postérité de Ts'in-
Che-houang-ti qui dominait la Chine, mais la dynastie
des Han, elle-même subdivisée en deux, les Han
occidentaux ou antérieurs (206 av. J.-C.) et les Han
orientaux ou postérieurs (25 apr. J.-C). Sous ces der-
niers, la plus importante des « religions » chinoises, le
confucianisme, prit sa physionomie à peu près défini-
tive (H. Maspero, Les religions chinoises, t. i de ses
Mélanges posthumes, Paris, 1950).
2" La religion antique. — La religion chinoise s'est
développée d'une manière continue depuis l'Antiquité
jusqu'à nos jours. Il ne faudrait pas conclure que rien
n'en a jamais changé, ni que les croyances d'aujour-
d'hui soient celles d'autrefois, mais les idées nouvelles
se sont toujours introduites assez lentement pour
pouvoir s'intégrer dans le cadre ancien sans le faire
éclater; il ne s'y est jamais produit aucune de ces
révolutions intégrales qui, en Occident, sont venues
à plusieurs reprises interrompre la continuité. Il ne
reste plus grand'chose des croyances antiques, certes,
dans la religion chinoise moderne, à peine quelques
idées générales, et peut-être même une manière de
sentir plutôt qu'une croyance définie. Mais le cadre
a subsisté, en se vidant peu à peu de sa substance an-
cienne, et les Chinois n'ont jamais eu cette sensation
de rupture brusque avec le passé qui caractérise
l'évolution religieuse de l'Occident.
Pour autant qu'on le devine, la religion antique
était essentiellement un culte agraire et un culte
ancestral, tout entiers en cérémonies publiques, où
offrandes et prières étaient faites pour un groupe
constitué, famille, seigneurie, etc., par son chef, et
jamais pour une personne individuelle en particulier.
A l'époque historique, il s'y mêla des cérémonies de
déprécation et d'actions de grâce, adressées à des
divinités dont on demandait la faveur ou qu'on vou-
lait remercier des bienfaits obtenus. Durant la fin trou-
blée de la dynastie Tcheou, aux iv^ et iii^ s. av. J.-C,
on put voir se dessiner deux courants qui répondaient
aux tendances générales des esprits, l'un surtout phi-
losophique qui s'efforçait de vider la religion de tout
contenu « irrationnel » par des explications scientifi-
ques, l'autre beaucoup plus « mystique » qui visait à
suppléer à la froideur du culte officiel par la recherche
d'une religion personnelle (ibid., 46-47). Ces deux cou-
rants, en définitive, donnèrent naissance, le premier
au confucianisme, le second au taoïsme et, par delà
ce dernier, au sentiment religieux qui devait permettre
plus tard au bouddhisme de s'implanter en Chine.
3° Les religions organisées. — 1. Le taoïsme. —
Entre le v« et le iiF s. av. J.-C, beaucoup de lettrés
étaient peu satisfaits de la religion officielle avec son
marchandage assez grossier pour les rapports de
l'homme et des dieux. Ils déniaient à ceux-ci toute
personnalité et toute conscience, mais, à force de
vouloir expliquer rationnellement et scientifiquement
le monde, ils en venaient souvent à perdre de vue les
faits religieux eux-mêmes. Par réaction, tous ceux qui
étaient plus enclins à la religion personnelle s'intéres-
sèrent à la vie intérieure et à la morale privée plus
qu'au milieu social dont faisait partie l'homme. Ils
pensèrent trouver d'ailleurs, dans les expériences des
sorciers, une preuve empirique de l'existence de divi-
nités personnelles et conscientes. Sous le nom com-
mun de la « Voie » Tao (d'où le nom de taoïstes) et en se
plaçant sous le patronage de Lao-tze, un contemporain
plus ou moins historique de Confucius, ils furent
à l'origine d'un double courant, l'un plus spéculatif,
l'autre sombrant souvent dans les absurdités du tan-
trisme. Ce fut ce dernier qui prit à la longue le dessus,
comme plus adapté à la mentalité populaire.
A la bibliographie du P. Dehergne (op. cil., 446-450),
ajouter l'ouvrage posthume d'il. Maspero sur Le taoïsme,
Paris, 1949.
2. Le bouddhisme. — Au moment où le taoïsme sem-
blait devoir triompher et devenir la religion nationale
des Chinois, une religion étrangère s'introduisait en
Chine, peu avant l'ère chrétienne, avec si peu de bruit
que, cent ans plus tard, on ne savait plus comment
ni quand elle avait apparu pour la première fois.
C'était le bouddhisme venu de l'Inde, et destiné à une
prodigieuse fortune en Chine, puis dans tout l'Ex-
trême-Orient, surtout sous la forme dite du Grand
Véhicule ou Mahayana. En même temps qu'elles
s'opposaient l'une à l'autre, les deux religions s'entre-
mêlaient : tout un jeu d'influences mutuelles se pour-
suivait entre elles, les modifiant toutes deux. Parmi
les adeptes du bouddhisme à l'état pur, se rencon-
trent encore de nos jours des âmes véritablement
pieuses, assoiffées de besoins surnaturels; leur Amida,
sous sa personnification féminine Koanyin, s'il n'est
pas un Rédempteur, est un Sauveur guidant les âmes
vers la Terre pure.
Dibliographie choisie chez le P. Deliergne, op. cit., 429-
440.
3. Le confucianisme. — A l'inverse de ceux qui
cherchaient dans le taoïsme et le bouddhisme la satis-
faction de leurs besoins de religion personnelle, les
esprits à tendance rationaliste tentèrent d'ébaucher
699
CHINE
7on
laborieusement une religion athéistique. Leurs progrès
furent lents sous les Han (206 av. J.-C.-220 après J.-C),
les Souei (589-618), les T'ang (618-907). Ce fut sous
les Song (960-1280) que leur doctrine eut son apogée,
plutôt comme système philosophique, si étroitement
lié à la religion ofTicielle qu'il en devint difficilement
séparable. L'on y rendait hommage à une grande va-
riété d'esprits, tel celui de la cité et des murs. Par-
dessus tout, les honneurs accordés aux morts, et
parmi ceux-ci à Contucius, occupaient une place préé-
minente. Néanmoins, alors comme de nos jours, l'on
recourait spontanément au Ciel, appelé Tien, quelque
chose s'approchant du Bon Dieu de nos paysans d'au-
trefois, mais beaucoup plus inconsistant. Dans les
anciens livres, cette puissance suprême s'appelait le
plus souvent Tien, parfois Chang Ti ou le Souverain
d'en haut. Entre ces deux termes y eut-il primitive-
ment profonde différence? On le croirait volontiers,
mais avec le temps ils devinrent pratiquement inter-
changeables. Est-ce que Tien, originairement, dési-
gnait une divinité personnelle? On ne saurait le dé-
montrer apodictiquement, quoiqu'il reçut, dans les
écrits du temps, plusieurs attributs du Dieu du mono-
théisme.
Bibliographie choisie chez le P. Dehergne, op. cit., 440-
446.
4" La religion populaire. — Les trois grands sys-
tèmes alimentèrent pendant des siècles la vie religieuse
des Chinois de toute classe, non sans mener les uns
contre les autres une lutte tantôt ouverte tantôt
sournoise qui les usa peu à peu. Le bouddhisme et le
taoïsme moururent lentement entre le vii« et le xiv« s.,
alors qu'au Japon le premier conservait une étonnante
vitalité; à l'époque des grandes découvertes euro-
péennes du xvi^ s., par une sorte de paradoxe, ils
avaient surtout un clergé, mais presque plus de fidèles :
leurs cérémonies s'accomplissaient encore journelle-
ment et souvent avec grand faste, dans certains mo-
nastères de diverses régions de la Chine, mais en gé-
néral ils n'avaient plus de vie propre ni l'un ni l'autre,
du moins en tant que systèmes religieux définis et
distincts. Quant au confucianisme, s'il était resté
plus vivant au moins pour la direction de vie, ce
n'était guère que dans un milieu relativement res-
treint, celui des lettrés. A mesure que les masses popu-
laires se détachaient des religions anciennes, elles se
créaient à leur usage propre une sorte de syncrétisme
qui unissait en proportion inégale des croyances em-
pruntées à ce qu'on appelait les trois religions.
D'une manière générale, les gouvernants, instruits
par de trop fréquentes expériences, étaient en garde
contre les sociétés secrètes, qui foisonnaient dans le
peuple illettré et dégénéraient facilement en factions
politiques ou sociales. Il y avait beaucoup de supers-
titions, très répandues, comme celle du fong-choei
(littéralement « vent-eau »). Le folklore, popularisé
dans des récits tenus pour véridiques, familiarisait
les esprits avec un autre monde, qui était comme le
double du monde réel. De l'un à l'autre de ces mondes,
les communications étaient incessantes (par le som-
meil, la mort, la magie). Dans le domaine de l'étrange
et du surnaturel, rien n'était impossible à celui qui en
possédait le secret, comme le prétendaient souvent les
lao-che (bonzes taoïstes), adeptes d'un taoïsme dégé-
néré.
De là pouvaient résulter des facilités à l'introduc-
tion du christianisme, mais à la condition qu'il ne se
posât point en religion intransigeante vis-à-vis des
autres et qu'il acceptât de se « siniciser » comme l'avait
fait le bouddhisme de l'Inde. Pour le nouveau venu,
les difficultés l'emportaient de beaucoup cependant,
elles pouvaient même paraître insurmontables, car il se
trouvait placé brusquement devant un état social, en-
tièrement cristallisé et systématiquement hiérarchisé,
où n'apparaissait aucune fissure.
Bibliographie choisie chez le P. Dehergne, op. cit., 450-
457.
5° La première entrée du christianisme en Chine. —
On en ignore la date exacte. La tradition qui l'attribue
à S. Thomas, l'apôtre, paraît dater du bréviaire de
l'ancienne Église syrienne du Malabar (xni« s. de notre
ère). Chose curieuse! ce serait à peu près à la même
époque (67 apr. J.-C.) que, d'après des récits d'ailleurs
controuvés, aurait eu lieu le songe d'un empereur des
Han postérieurs l'engageant à faire appel à des envoyés
bouddhistes de l'Inde. De cette quasi-concordance,
l'on a déduit une liaison entre le christianisme pri-
mitif et le bouddhisme du Mahayana, mais sans ap-
porter de preuves convaincantes. Arnobe, dans son
Adversus génies (vers 300), parle bien de missions
parmi les « Sères », mais que faut-il entendre exacte-
ment par là? Les moines qui auraient apporté des
vers à soie à Constantinople en 511 auraient résidé,
dit-on encore, en Chine; il semble plus probable qu'ils
sont venus de Perse, du Turkestan ou de Ceylan.
Le problème a été repris par A. B. Duvigneau, S. Ttiomas
a-t-it porté l'Évangile jusqu'en Chine ?, dans le Bulletin ca-
tholique de Pékin, 1936.
Plus assurée paraît la venue du manichéisme, cette
forme où se glissèrent certaines influences chrétiennes.
On pense en avoir retrouvé des traces caractéristiques,
par ex. chez certaines sectes du Foukien, jusqu'au
xi« s. Toutefois les précisions font encore défaut.
L'ouvrage d'A. G. Moule, Chiistians in China bejore the
year 1550, Londres, 1930, a rassemblé tous les témoignages
sur cette première période du christianisme avant la renais-
sance. G. Messina, Cristianesimo, buddhismo, manicheisnio
neW Asia antica, Rome, 1947.
6° Le nestorianisme sous les Tang (618-907). —
Avec les nestoriens s'ouvre la période des informations
sûres. Le plus grand homme de la dynastie des T'ang
fut l'empereur T'ai Tsong (627-649), qui unifia sous
son sceptre tout l'Extrême-Orient (sauf le Japon et
les Philippines) avec une bonne part de l'Asie centrale
et le nord de l'Inde. Les relations commerciales se
développèrent par terre et par mer avec la Perse, et
même avec la Mésopotamie et le Proche-Orient. C'est
sans doute à ce moment que parurent en Chine les
Juifs (dont de misérables restes subsistent à K'ai-
fong-fou) et les musulmans (qui se sont constitués en
minorités très denses sur les frontières de l'Ouest, avec
des établissements sporadiquement disséminés à tra-
vers tout l'empire). La stèle dite de Si-ngan-fou,
découverte fortuitement en 1623 ou 1625, fut érigée
en 781 ; elle résumait l'histoire de l'arrivée du nesto-
rianisme, en y joignant un exposé sommaire des doc-
trines et des pratiques des missionnaires. Par la suite,
en 845, les communautés nestoriennes, assez nom-
breuses, furent englobées dans les édits de proscrip-
tion du bouddhisme. On aurait pu penser que le chris-
tianisme oriental s'ajusterait assez facilement à la
mentalité de l'Extrême-Orient; en fait, il n'y réussit
point.
Sur les nestoriens, P. Y. Sacki, The .\eslorinn Documents
and Belles in China, Tokio, 1937. M. Lôwenthal s'est spé-
cialisé dans les recherches sur les Juifs en Chine. Il y aurait
aussi à parler de « L'Islam en Chine » (P. Dehergne, op. cit.,
457-462).
70 Sous les Mongols (dynastie Yuan, 1280-1367). —
Sous l'habile direction de Gengis-Khan (vers 1162-
1227), une petite tribu de l'Asie centrale, par une série
d'étonnants succès, parvint à établir la pax Mongo-
lica sur la plus grande partie de l'Eurasie, depuis les
rives de l'océan Pacifique (une agression dirigée contre
701
CH
INE
702
le Japon échoua) jusqu'à la Hongrie en Europe. Le
commerce des marchandises et, avec lui, les échanges
d'idées reprirent. Les récits du Vénitien Marco Polo
illustrent merveilleusement cette période où l'Europe
du Moyen Age communiquait presque librement avec
le Cathay et sa capitale Khambaluc.
Ceux qui profitèrent le plus de la tolérance de la
dynastie mongole des Yuan furent à nouveau les
nestoriens, et l'on a gardé particulièrement le souvenir
de Mar Yahballah III, un Chinois, leur patriarche en
1280, qui en 1287 et 1288 visita Rome, Bordeaux et
Paris. Les nestoriens cependant étaient, pour la très
grande majorité, de race non chinoise; ce qui n'em-
pêcha pas certains d'entre eux d'occuper des places
importantes dans l'administration.
Il eût été surprenant que l'Église catholique n'ait
pas profité de ces circonstances favorables pour nouer
des relations avec l'Empire mongol contre les musul-
mans. Plusieurs ambassades furent envoyées par les
papes : Laurent de Portugal, dépêché par Innocent IV,
sur lequel on ne sait presque rien ; Jean de Plan Car-
pin, disciple immédiat de S. François d'Assise, qui
partit de Lyon en 1245, parvint chez le grand khan à
Karakoroum en juill. 1246, et fut de retour près du
pape à l'automne de 1247. D'autre part, quatre domi-
nicains, conduits par Anselme de Lombardie, se ren-
dirent chez un général mongol en Perse, mais en fu-
rent rudement renvoyés en 1247. Aucun de ceux-ci
n'avait atteint la Chine proprement dite; Guillaume
de Rubrouck, envoyé de France par S. Louis en 1253,
y revint en 1255 après avoir été reçu par le grand khan
Mangou à Karakoroum.
Les premiers Européens dont nous connaissions
l'arrivée en Chine furent les deux Polo (1260-71). Le
pape Nicolas III envoya, en 1278, cinq franciscains;
mais on ignore leur sort. Par contre un autre francis-
cain, Jean de Montecorvino, après un premier séjour
en Proche-Orient (1272-89), réussit à porter des lettres
du pape à l'empereur de Chine (Ch'en Tsong, succes-
seur de Khubilai, 1294) et, malgré l'opposition des
nestoriens, se gagna la faveur de la cour. Vers 1305,
il avait baptisé environ six mille fidèles. A Pékin, cent
cinquante jeunes garçons, pour la plupart achetés,
apprenaient le grec et le latin ; il avait écrit pour eux
des psautiers, trente hymnaires et deux bréviaires (pas
en chinois, semble-t-il). Sur les développements de
cette petite Église, nous possédons d'assez nombreux
renseignements, surtout à l'occasion du séjour d'un
autre franciscain, le Bx Odoric de Pordenone (trofs
années, entre 1322 et 1329); mais, avec la chute de la
dynastie des Yuan, il semble que se dispersèrent tous
ces fidèles. Peut-être certains descendants se trouvè-
rent-ils confondus avec les nestoriens, parmi ces
« adorateurs de la croix » que rencontrèrent enfin les
missionnaires du xvn» s., presque totalement assimilés
aux non-chrétiens. L'évangélisation chrétienne, à
l'époque des grandes découvertes, dut être entière-
ment reprise sur nouveaux frais.
Les beaux textes des franciscains ont été critiquement
édités par le P. A. Van den Wyngaert, dans Sinica Irtincis-
fana, t. i, Quaracchi, 1929.
III. De l'époque des grandes découvertes a
LA FIN DE l'Empire (1513-1911). • — L'histoire du chris-
tianisme en Chine, depuis l'époque des grandes décou-
vertes, peut être commodément divisée en trois pé-
riodes : /. De l'arrivée des Portugais à Canton (1513) à
la fin des Ming (1644). //. De l'installation des Mand-
choux (1644) à la fin du xviii* s. ///. Du début du
xix« s. à la fin de l'Empire (1911).
/. DE L'ARRIVÉE DES PORTUGAIS A CANTON (1513)
A LA FIN DES MING (1644). — 1" Le plan des Portu-
gais (début du xv^ s.-milieu du xvi<' s.). — Avec la
chute de l'Empire mongol (1368), les liens fragiles qui
avaient uni durant quelque temps l'Extrême-Orient
et l'Occident se rompirent à nouveau. La Chine, régie
par la dynastie autochtone des Ming, conserva jus-
qu'au début du xv s. une certaine prééminence dans
l'océan Indien, mais, après l'empereur Yong-lo (1403-
25), elle se rétracta pour ainsi dire dans ses limites
traditionnelles, en laissant libre champ aux musul-
mans, Arabes ou Persans, qui, appuyés sur Venise,
s'adjugèrent le monopole du commerce des épices des
Moluques (en Indonésie).
Les Portugais, plus vite affranchis de l'Islam que
leurs voisins espagnols, projetaient, surtout depuis
Henri le Navigateur (1394-1460), de découvrir les
lieux mystérieux où se récoltaient ces précieuses den-
rées; tout le xv s. se consuma en efforts patients pour
contourner l'Afrique. Ils y réussirent enfin en 1498
avec Vasco de Gama. En débarquant dans l'Inde à
Calicut, celui-ci prenait à revers la puissance musul-
mane. Il ne soupçonnait point alors l'existence de
l'empire d'Extrême-Orient. C'est en 1511, à Malacca,
qu'Albuquerque rencontra les premiers marchands
chinois, et, dès lors, le courant commercial des Portu-
gais se subdivisa en deux directions : d'une part vers
l'Indonésie, par le Sud-Est; d'autre part vers la Chine
(et, à partir de 1542 environ, vers le Japon), en remon-
tant vers le Nord-Est.
Au même moment, mais pour de tout autres motifs,
les Espagnols avaient pris eux aussi leur élan à la dé-
couverte. Ce que Christophe Colomb recherchait,
c'étaient, sur la foi de vagues traditions (surtout de
Mandeville, plagiaire de Marco Polo), les richesses
fabuleuses du Cathay (Chine) et de Zipangu (Japon).
Une erreur, fort commune alors en géographie, lui
fit croire qu'il les avait trouvées quand il débarqua
aux Antilles (1493); cette erreur ne sera corrigée que
vers 1513 lorsque Balboa, de l'isthme de Panama,
découvrira les immenses étendues du Pacifique.
Cette dualité de découvertes devait avoir sur l'évan-
gélisation de la Chine les conséquences les plus impor-
tantes. Espagnols et Portugais, en effet, après avoir
sollicité l'arbitrage de la papauté, avaient tracé, non
sans peine, dans l'océan Atlantique une ligne de dé-
marcation entre leurs zones respectives d'influence.
Aussi longtemps qu'ils ignorèrent que la terre était
ronde, leurs discussions n'eurent point de répercus-
sion en Extrême-Orient; mais dès que la flotte de
Magellan eut achevé la première circumnavigation du
globe (1522), il fallut aussi départager les territoires
dans l'océan Pacifique. La solution la plus simple
était sans doute d'y tracer une ligne symétrique de
celle de l'océan Atlantique; mais dans l'ignorance où
l'on était alors des véritables longitudes, où fallait-il
la tirer? Les Espagnols la plaçaient à Malacca; les
Portugais, à l'est des Philippines. C'est à ces derniers
que la cartographie moderne donne raison. Au xvi« s.,
comment auraient-ils pu prouver leurs droits? Dès
lors, tous les pays situés entre ces deux lignes sup-
posées, 30 à 40 degrés de longitude, demeurèrent en
zone contestée.
Les effets de cette ignorance ne se firent vraiment
sentir qu'après l'occupation de Manille par les Espa-
gnols (1565). Jusqu'à ce moment, les Portugais étaient
restés presque totalement libres de développer leur
plan sans interférence de concurrents européens.
L'ensemble du problème du Padroado portugais a été étu-
dié, d'après les documents ofTiciels, par A. Jann, Die ka-
tholischen Missionen in Indien, China und Japan. Ihre Or-
ganisation und das portugiesiscli Patronat vom 15. bis ins
18. Jahrhundert, Paderborn, 1915. Pour le Patronato espa-
gnol, en tant qu'il touche à l'Extrême-Orient, F. J. Montal-
ban, El patronato espaftol y la conquisia de Filipinas..., Biir-
gos, 19.30.
703
CHINE
704
2" La fermeture de la Chine (1514-44). — L'Empire
chinois des Ming, qu'abordaient les Portugais par le
Sud, se trouvait alors dans un tel état de prospérité
qu'il provoqua la stupéfaction chez les premiers Occi-
dentaux. Se suffisant entièrement à lui-même sans
avoir besoin d'aucun concours étranger, voyant venir
à son empereur sous forme de pseudo-ambassades
presque tous les peuples voisins, muni d'un gouverne-
ment fort et d'une police bien organisée, il ne se sen-
tait aucun besoin d'une religion ni à fortiori d'une
civilisation nouvelles. Les Chinois rencontrés dans
les mers du Sud n'étaient que des corsaires ou hors-la-
loi, cherchant leur vie dans la contrebande avec la
connivence des autorités locales.
Les premiers actes des Portugais furent tels qu'ils
parurent vite confondus avec ces contrebandiers. Sans
doute, en 1517, le premier ambassadeur, le botaniste
Tomé Pires, obtint-il des mandarins de Canton l'au-
torisation d'aller porter à Nankin, puis à Pékin, l'hom-
mage d'une ambassade, interprétée d'ailleurs comme
un tribut apporté du dehors. Mais très vite, certains
ofTiciers portugais, trop enclins à « planter du canon »,
provoquèrent, au Sud, de terribles représailles contre
les « Falangkis » (Francs, suivant le terme employé
par les musulmans). Les mémoires romancés de Mon-
des Pinto évoquent, avec une étonnante intensité,
l'existence de ces pionniers du commerce européen,
exposés à tous les risques des tempêtes.
Une circonstance imprévue modifia leurs conditions
de vie. Vers 1542, une de leurs jonques, partie du
Siam, fut dérivée jusqu'aux îles du Japon, alors divisé
en, une multitude de factions féodales. Les Japonais
admirèrent fort l'armement des nouveaux venus. Les
Portugais, qui jusque-là avaient surtout limité leur
commerce avec la Chine à celui du poivre, virent à
l'usage qu'ils avaient encore plus de bénéfices à mono-
poliser le trafic de la soie entre la Chine et le Japon.
Après avoir tâtonné auprès de divers seigneurs de l'île
de Kyushiu, ils finiront par créer le port de Nangasaki
(vers 1570) qui, même après leur expulsion (1639) et
durant toute la période de fermeture (jusqu'en 1853),
demeurera la seule porte ouverte du Japon sur le
dehors.
Cette expansion commerciale et financière rendit
plus urgente la nécessité de se constituer un relais au
moins sur la côte de Chine, car l'alternance des mous-
sons ne permettait pas à leurs bateaux (de 700 tonnes
au plus) d'accomplir en une seule année le trajet de-
puis leur capitale de l'Inde (Goa) jusqu'au Japon. Le
terrain de Macao, enfin concédé vers 1554 ou plutôt
1557, devint ainsi le poste indispensable à la pré-
sence portugaise en Extrême-Orient, et par contre-
coup à la diffusion de l'Évangile.
Le major C. R. Boxer a publié de nombreux articles sur
ces premiers contacts des Européens et de l'Extrême-Orient
(R. Streit, doc. cit., x, 172-178). L'ouvrage du P. Teixeira,
Macuu e sua diocèse, Macao, 1940, 2 vol., rassemble ce que
l'on sait de plus clair sur l'histoire ecclésiastique, si mouve-
mentée, du diocèse de Macao.
3° Les deux manières de S. François Xavier (1542-
52). — Bien avant la fondation de la Compagnie de
Jésus (1540), des prêtres, surtout franciscains, avaient
accompagné les premières flottes qui se rendaient aux
Indes portugaises. Très vite, ils avaient corrigé leur
première méprise de croire que tous ceux qui n'étaient
pas musulmans, à Calicut ou dans le voisinage, étaient
des chrétiens. En fait, les chrétiens dits de S. -Thomas,
ou nestoriens, ne formaient qu'une colonie minuscule
sur la côte du Malabar.
Le problème s'était donc posé de christianiser ces
masses populaires qui ignoraient tout de l'Évangile.
Or dès le début les brahmes et les gens de caste supé-
rieure n'eurent que mépris pour ces Occidentaux, qui
violaient leurs coutumes les plus sacrées, comme celle
de ne pas manger la viande de vache. En général,
l'apostolat dut donc se cantonner dans les petits
postes portugais disséminés sur le pourtour de l'Océan.
Autour d'eux le paganisme faisait la haie. Cependant,
en 1537, l'initiative hardie d'un prêtre zélé de Goa
fit donner le baptême, dans des conditions d'ailleurs
très brusquées, à un groupe compact de Paravers, pê-
cheurs de perles, sur la côte méridionale du Deccan.
Leur instruction chrétienne fut presque totalement
négligée. Le péril était grand de les voir retourner in-
sensiblement à ce qu'ils ne savaient peut-être pas
même avoir abjuré. Ce fut pour y remédier que le roi
de Portugal Jean III, sur l'avis du principal du collège
Ste-Barbe de Paris, Diogo de Gouveia l'ancien, fit
demander au pape Paul III quelques-uns des prêtres
réformés, maîtres ès arts, qu'Ignace de Loyola venait
de grouper pour se mettre au service total du Souve-
rain pontife. Ainsi fut choisi François Xavier, qui
reçut en même temps des pouvoirs étendus de nonce
apostolique. Après l'Inde, Xavier passa en Insulinde,
puis au Japon, et enfin il allait pénétrer en Chine
quand son apostolat fut interrompu par une mort
prématurée à Sancian, en face de la côte chinoise, dans
la nuit du 2 au 3 déc. 1552. Sa trop courte carrière
apostolique a été souvent retracée par les historiens;
elle revit d'une manière intense dans ses lettres.
On n'a peut-être pas assez remarqué que Xavier
n'a pas toujours procédé de la même manière. Déjà
chez les Paravers, plus tard au Malabar ou aux îles du
More, il avait commencé à corriger autant que pos-
sible la hâte excessive avec laquelle on entreprenait
l'évangélisation de ces populations assez simples. Les
encouragements qu'il donna à l'institution du collège
de Ste-Foi de Goa montraient bien qu'il ne limitait pas
ses fonctions à celle de « baptiseur des âmes ». Néan-
moins, dans l'Inde, il ne se différenciait pas essentiel-
lement de ceux qui l'entouraient; il tirait aussi parti
de l'influence portugaise pour faciliter sa tâche de
convertisseur. Tel fut le François Xavier première
manière, pas très différent de ses collègues de l'Amé-
rique latine.
iMais le 15 août 1549 il débarquait à Kagoshima, sur
la côte japonaise; avec les renseignements, souvent
tendancieux, de son premier converti Angiro, il s'était
construit une interprétation très différente de la réa-
lité. Il ne tarda pas à s'apercevoir, en outre, qu'en
plein pays neuf, avec une race aussi aflinée que celle
des Japonais, toutes les ressources autrefois acquises
durant ses études à l'université de Paris ne lui seraient
pas de trop. La pauvreté héroïque de ses débuts devait
céder le pas au respect de toutes les convenances
sociales : c'est en costume honorable, avec accompa-
gnement des marchands, qu'il se présenta aux daï-
myos. Ce qu'il apprit plus tard de la Chine, et de son
rayonnement intellectuel dans tout l'Extrême-Orient,
le persuada d'accentuer encore plus cette méthode
d'approche. Ainsi s'ébaucha la seconde manière de
P'rançois Xavier, que ses successeurs dans l'Empire
chinois devaient mettre au point.
Rien ne vaut ici la lecture indéfmiment reprise des Epis-
tolae S. Francisci Xaverii... (rééditées par les PP. Schur-
hammer et Wicki, Rome, 1945, 2 vol.), éclairées par les Do-
cumenta Indica du P. Wicki (Rome, 1948 et 1950, 2 vol. pa-
rus), dans le contexte des innombrables sources contempo-
raines d'information (Schurhammer, Die zeitgenôssischen
Qtiellen zur Geschichte Portugiesisch-Asiens... zur Zeii des I
hl. Franz Xaver (1538-1552), G 080 documents, Leipzig, |'1
1932).
4° Aux portes de la Chine. — Presque immédiate-
ment après la mort solitaire de Xavier, les Portugais
entrèrent en composition avec les autorités locales
(1554); bientôt même, ils purent s'installer à demeure
K W E I Y A N G [
KWEirCHOW \
LANIUNG
/ N.> è 1 I
' \ - -~— ^ KAYING '~.^>-
\
I / x
X' SWATOW ^
C_, V
CHANGSHA *
; — '
,'''lAICHOWl
[5 i
' V~ ' y' ' ---'A"'' ' / ' V
! HUyAN s,;^NGUN / / .'"'7 „ '-- v''~\
V' ™N KIANÇ.SI ^ --.i -'.mm ; V'\ 'V
C HtNGCHOW < /' / FOOCHOw"" /
È / YUNGCHOW ,J \ KANCHOW / \, — ' ^
KWtiLm" /. { / X / è ^ '
'vv I FORMOSE
KAOSHUNG/
120?
CHINE CENTRALE
& MÉRIDIONALE
705
CH
INE
706
sur un petit coin de terre ferme, Macao. Une fois ou
deux par an, ils se rendirent à la foire de Canton. Mais
s'ils purent croire un instant que la Chine s'ouvrait de-
vant eux, ils furent rudement détrompés. Les injures
les plus offensantes leur étaient prodiguées par le bas
peuple, et les lettrés conservateurs dénonçaient pério-
diquement à l'empereur de Pékin cet établissement
étranger comme un « cancer » de la province. Par la
suite le port et la cité de Macao se développèrent rapi-
dement au point de vue financier. Les Portugais, par
leur mariage stable avec des Chinoises, y créèrent une
race « macaïste » chrétienne et active. Mais tout se
bornait à cela. Chaque fois qu'un missionnaire, entraîné
par son zèle, cherchait à pénétrer sur le continent, il
s'en voyait impitoyablement refoulé.
Macao se résigna donc à n'être qu'un point d'escale
entre le Japon et l'Inde. En 1576 toutefois il se vit
élevé au rang de siège d'un diocèse. Le premier évêque
en fut Melchior Carneiro, jésuite, un des auxiliaires
d'abord désignés pour l'entreprise manquée du patriar-
che d'Éthiopie. Les Espagnols, installés depuis peu
aux îles Philippines (1565), voulurent contrecarrer
cette décision qui confirmait les droits des Portugais
sur ces régions; sur leur demande le S. -Siège éleva
aussi Manille au rang de capitale ecclésiastique. Ainsi
se créèrent en ces régions lointaines deux pôles de
christianisme. La rivalité eut de fâcheuses conséquen-
ces. L'abaissement des Portugais se confirma par la
mort désastreuse de leur roi Sébastien au Maroc
(1578) et par l'accession de Philippe II de Madrid à la
couronne de Lisbonne. Liés dès lors au destin de l'Es-
pagne, ils subirent les contre-coups des luttes mari-
times que l'Angleterre et surtout la Hollande devaient
livrer sur mer à leur souverain commun. Cependant,
avec un courage indomptable, malgré des divisions
intestines trop fréquentes, les habitants de Macao
maintinrent intrépidement jusqu'à nos jours leur
commerce et leur vitalité.
L'ouvTage d'Henri Bernard, Aux portes de la Chine. Les
missionnaires du XVI' s., paru à Tientsin en 1933, aurait be-
soin d'être retouché avec les documents publiés par le
P. d'Elia (Fond Ricciane).
5» L'initiative du P. Alexandre Valignano (1578-
1606). - — Autant la mission du Japon, après de labo-
rieux débuts, donnait de grands espoirs, autant celle
de Chine végétait lamentablement quand débarqua
au port de Macao (1578) celui qui, pendant près de
trente ans, devait prendre la suite de François Xavier,
comme visiteur général de la Compagnie de Jésus en
ces contrées (jusqu'à sa mort, survenue le 20 janv.
1606). Du premier coup d'oeil, le P. Valignano vit
qu'on avait fait fausse route en négligeant l'élite chi-
noise, et par suite en ignorant les sources de cette civi-
lisation qui rayonnait sur le tiers ou la moitié de l'hu-
manité d'alors. Le Napolitain Michel Ruggieri fut
appelé de la côte de la Pêcherie pour se consacrer
d'abord à l'étude rebutante de la langue distinguée; ce
souci lui assura peu à peu la sympathie des mandarins
de Canton et, quand le jeune Matthieu Ricci vint
prendre la relève (août 1583), tous deux obtinrent
l'autorisation de séjourner dans la capitale provinciale.
C'était un premier succès. Il paraissait insuffisant à
ceux qui ne soupesaient les fruits de l'apostolat chré-
tien que par le nombre des baptêmes. Un autre jésuite,
espagnol, venu de Manille afin de se concerter avec les
autorités de Macao, ne cacha pas sa désapprobation;
11 se nommait Alonso Sanchez et devait entrer en con-
troverse avec le grand théoricien des missions d'alors,
José de Acosta : précurseur des avocats du protectorat
par force armée, Sanchez ne croyait pas à l'avenir de
la mission chinoise, aussi longtemps qu'elle serait
fondée sur le seul prestige et sur la seule persuasion.
Néanmoins, imperturbable, Valignano appuyait et
DicT. d'hist. et de géoor. ecclés.
dirigeait les efforts de Matthieu Ricci, en même temps
que les accroissements de la mission du Japon. Ricci,
comme François Xavier et Ruggieri l'avaient fait,
s'était laissé assimiler aux bonzes venus de l'Occident
(l'Inde). Il profita de ce qu'on l'expulsait une seconde
fois de sa résidence pour changer de costume et se pré-
senter comme « lettré du Grand Occident ». Toujours
encouragé par Valignano, il s'était mis à l'étude des
livres classiques de la Chine; il modifia dans ce sens
la présentation du christianisme. Par étapes, le long
de la voie fluviale qui mettait Canton en communica-
tion avec Pékin, il se rapprocha de la capitale et, après
une première tentative infructueuse, fut reçu à Pékin
comme « client » de l'empereur Wan-li (janv. 1600);
mais ce n'était pas avec cet empereur, falot et inacces-
sible, qu'il devait compter, c'était avec les plus dis-
tingués représentants de la civilisation chinoise d'alors,
entre autres le converti Paul Siu Koang-k'i : ce der-
nier, par une divination étonnante des vrais besoins
de son pays, travailla jusqu'à sa mort (1633), avec un
ami intime Léon Li Tche-tsao, à traduire en chinois
les meilleurs ouvrages de l'Europe, entre autres la
géométrie plane d'Euclide publiée par le P. Clavius.
Valignano appréciait beaucoup ces premiers succès;
malgré le petit nombre d'adhérents déclarés du chris-
tianisme (2 000 au plus, lorsqu'il mourut, en janv.
1606), il aurait même voulu que la mission du Japon,
incomparablement plus nombreuse, prît exemple sur
celle de Chine. Ce fut l'origine de la « question des
termes », qui devait dégénérer plus tard en « discus-
sion des rites ». Plusieurs des Pères du Japon redou-
taient de se servir des vocables chinois pour exprimer
les idées chrétiennes, ils préféraient fabriquer des
expressions calquées sur le portugais : le premier
concile de Chine, en 1924, leur donnera finalement
tort. Voir l'art, suivant, Chinois (Rites).
A défaut de la biographie du P. Valignano, Schutte,
Valignanos Missionsgrundsàtze fur Japan, t. i, part. I,
1951, Introduction et liste de ses écrits. L'ouvrage du
P. H. Bernard, Le P. Matthieu Ricci et la société chinoise
de son temps (Tientsin, 1937, 2 vol.), était fondé sur la
première édition des œuvres du P. Ricci, eftectuée par
le P. Tacchi-Venturi (Macerata, 1910-1911); le P. Pasquale
d'Elia, reprenant ce travail sous une forme considérable-
ment amplifiée, a donné déjà 3 volumes : Fonti Ricciane.
Documenti originali concernenti Matteo Ricci e la storia délie
prime relazioni tra l'Europa e la Cina (1570-1615), Rome,
1942-1949.
6" L'héritage du P. Matthieu Ricci. — Le P. Ricci
s'était acheté une résidence à Pékin (connue sous le
nom de Nant'ang). A sa mort (11 mai 1610), l'empe-
reur fit don du cimetière de Chala à ses successeurs
jésuites. Ricci avait donc réussi à ouvrir une première
brèche dans le bloc chinois. Il fut imité dans l'Inde
tamoule du Sud (Maduré) par le Père Robert de No-
bili. En Chine, le nouveau supérieur de la mission,
Longobardo, avait tout d'abord réprouvé les lenteurs
presque infinies de cet apostolat indirect; il y avait été
ramené par de dures expériences. Sur son ordre, et
malgré le peu d'encouragements de certains Pères, le
Douaisien Nicolas Trigault s'en alla chercher en Eu-
rope les instruments de travail indispensables. Entre
autres fruits de cette quête laborieuse, il faut compter
la bibliothèque qu'il réunit, sur le modèle de l'Ambro-
siana de Milan. Il en sortira, par traductions ou adap-
tations, une littérature chrétienne chinoise, consacrée
pour moitié aux sciences profanes et pour moitié aux
sciences religieuses (plus de mille titres).
Trigault ramenait en outre avec lui un ancien méde-
cin d'origine suisse, ami de Galilée et de Képler, le P.
Jean Terrentius, qui eut le temps de jeter les premières
bases d'une encyclopédie astronomique avant sa mort
prématurée (1630). Il eut pour principal successeur
Adam Schall, originaire de Cologne. Les premiers let-
H. — XIL — 23 —
707
CH
INE
708
très chrétiens auraient voulu assurer à ces nouveaux
venus une situation officielle dans l'Empire en colla-
borant à la réforme du calendrier et à la prévision des
éclipses; ils n'y réussirent point sous les derniers Ming,
mais d'autres ouvrages philosophiques ou religieux
commencèrent à établir le prestige des missionnaires
parmi les lettrés les plus cultivés, malgré l'opposition
de certains bonzes et fonctionnaires.
La prospérité apparente de l'Empire chinois mas-
quait de profondes faiblesses qui, avec le temps, de-
vaient ruiner les efïorts désintéressés des meilleurs
patriotes. L'empereur, invisible à son peuple, menait
dans son immense palais de Pékin une vie oisive au
milieu de ses concubines et de ses eunuques. Ces der-
niers contrecarraient les mandarins des grands tri-
bunaux. Le désordre politique, aggravé par la crise
des propriétés et par plusieurs famines, favorisa l'as-
cension, en Mandchourie, d'une tribu encore semi-
nomade qui peu à peu menaça la sécurité de la capi-
tale. Les lettrés chrétiens, ou sympathisants au chris-
tianisme, assistèrent avec désolation à l'écroulement
progressif de la dynastie. Au milieu de troubles crois-
sants, une vingtaine de missionnaires européens, dis-
persés dans presque toutes les immenses provinces,
constituèrent patiemment de petits noyaux chrétiens,
dont les plus florissants étaient situés dans la région du
Centre, près de l'embouchure du Yang-tse ou fleuve
Bleu, à Shanghaï, Hangchow...; ils comptaient tout
au plus quelques dizaines de milliers de baptisés.
Qu'était ce chiffre en comparaison de ceux que les
Espagnols pouvaient aligner dans leurs colonies
d'Amérique latine ou des îles Philippines? Mais en
d'autres milieux et d'autres circonstances, la méthode
se révélait efficace : par ex. le P. Alexandre de Rhodes,
originaire d'Avignon, chez les populations de l'Annam
etduTonkin, gagnait à l'Évangile des dizaines de mil-
liers de nouveaux chrétiens, au moment où la mission
du Japon, qui avait près d'un million de fidèles, était
en train de sombrer dans la persécution.
Le Catalogue de la bibliothèque du Pél'ang, comprenant
4 101 ouvrages préservés, a été publié par la mission catho-
lique des lazaristes à Pékin (1944-1949). C'est de cet ancien
fonds qu'est sortie la littérature chrétienne chinoise; cf.,
pour la période de 1514 à 1688, Les adaptations chinoises
d'ouvrages européens, par H. Bernard, dans Monumenta
Serica, x, 194.5, p. 1-57, 309-388; la seconde partie, de 1689
à 1860, n'a pas encore été publiée. Le meilleur ouvrage
d'ensemble sur la Compagnie de .Jésus demeure celui du
P. Louis Pfister, Notices biographiques et bibliographiques
sur les jésuites de l'ancienne mission de Chine, Shanghaï,
1932-1934, 2 vol. La monographie partielle de Mgr Noël
Gubbels, Trois siècles d'apostolat. Hist. du catholicisme au
Houkwang (1587-1870), Pékui, 1934, a utilisé les sources
imprimées.
1° L'arrivée des missionnaires de Manille (1631). —
Jusqu'en 1631, les seuls missionnaires stables de la
Chine appartenaient à la Compagnie de Jésus. A la
faveur de la désorganisation croissante de l'empire
des Ming, les consignes policières se relâchèrent de
plus en plus, surtout dans les provinces excentriques,
comme le Foukien. Grâce aux émigrants chinois, qui
s'étaient fixés assez nombreux aux Philippines, sur-
tout dans un faubourg de Manille, les religieux espa-
gnols continuaient à caresser l'espoir de se servir de
leurs établissements, en particulier de l'île Formose,
comme de tremplins pour aborder le continent. Il est
vrai que les privilèges de la couronne portugaise pa-
raissaient s'y opposer et, pour ce motif, les membres
de la Compagnie de Jésus s'étaient vu interdire par
leur général Acquaviva (à la suite des démarches im-
prudentes du P. Alonso Sanchez en 1582-83) de s'y
rendre par une autre voie que celle de Lisbonne, Goa
et Macao; mais les Espagnols, en général, contestaient
le bien-fondé de cette exclusive portugaise et la Con-
grégation de la Propagande, fondée à Rome en 1622,
s'efforçait de restreindre des monopoles qui gênaient
la liberté de l'évangélisation.
En 1631 le dominicain Ange Cocchi, puis peu après
en 1633 le dominicain Juan Morales et le franciscain
Antonio a Sancta Maria purent se faire déposer sur la
côte chinoise. Ils trouvèrent asile dans certaines chré-
tientés du jésuite Aleni. Celui-ci était d'origine ita-
lienne. A ce titre, avec beaucoup de ses confrères, il
devait tenir grand compte des susceptibilités des auto-
rités civiles portugaises qui avaient (comme les Espa-
gnols d'ailleurs dans leurs domaines), à plusieurs re-
prises, manifesté leur intention de renvoyer chez eux
tous les missionnaires originaires d'autres nations.
Le siège épiscopal de Macao était vacant depuis long-
temps : les vicaires généraux, ou administrateurs, s'y
remplaçaient fréquemment et ignoraient presque tout
de l'intérieur de la Chine. Quant aux jésuites de l'Em-
pire, extrêmement dispersés et soumis à des obédiences
politiques diverses, ils venaient seulement de conclure
péniblement de longues controverses sur les termes à
employer dans la présentation du christianisme (con-
férence de Kiating). Voir l'art, suivant, Chinois
(Rites).
Il faut reconnaître que les apparences extérieures
des chrétientés chinoises, encore plus que celles des
chrétientés japonaises, devaient sembler étranges à
ceux qui venaient des Églises occidentalisées de
l'Amérique latine ou des Philippines. Comme déjà
Alonso Sanchez et plusieurs jésuites de Manille vers
1583, les premiers franciscains et dominicains débar-
qués sur le continent ne cachèrent pas leur surprise.
Par la suite leurs objections se concentrèrent princi-
palement sur les rites envers les esprits protecteurs des
cités, les morts et Confucius, mais au début ils remi-
rent en question une multitude de points qui leur fai-
saient difficulté : le port du costume chinois, l'adop-
tion d'un nom chinois, la réserve dans l'exposition du
crucifix en public, les usages de civilité, les présents
aux mandarins, la tolérance des taux d'emprunt usu-
raires, les fêtes du calendrier traditionnel, etc., en un
mot tout un ensemble d'usages nationaux, aisés à
supprimer quand on pratiquait la politique de la
« table rase » comme en Nouvelle-Espagne, mais diffi-
ciles à éliminer quand on croyait devoir « s'adapter • à
une antique civilisation.
L'entente était donc malaisée, même entre les mem-
bres de la Compagnie de Jésus. Certains jésuites de
Macao, ainsi que l'avait constaté le P. de Rhodes,
n'étaient guère plus favorables aux coutumes chi-
noises que d'autres de leurs confrères de Goa aux cou-
tumes indiennes. Et même parmi les missionnaires
jésuites de l'intérieur de la Chine, il y avait des sources
profondes de dissentiments : tous par ex. acceptaient
que les Pères de Pékin collaborassent à la réforme du
calendrier; mais, quand le P. Schall sera sollicité par
les Mandchoux d'accepter la charge officielle du Tri-
bunal d'astronomie, il rencontrera une opposition
déterminée de plusieurs de ses confrères, entre autres
du P. Aleni, un des chefs pourtant des " sinicisants » :
on lui reprochera de collaborer à des superstitions,
et la controverse ne sera définitivement résolue en
faveur de son successeur, le P. Ferdinand Verbiest,
que par un bref du pape.
Ainsi peut-on s'expliquer pourquoi et comment
surgit la discussion des rites chinois. Les premiers
« adversaires » des rites, pour la plupart religieux des
Philippines, avaient le droit et le devoir de faire exa-
miner la question, une fois celle-ci posée à leur esprit,
par les autorités compétentes : sur place d'abord (ce
qui était absolument impossible), à Macao ensuite
(ce qui n'était guère plus praticable), à Manille après
cela (où l'intervention maladroite du jésuite Robe-
709
CH
INE
710
redo vint tout gâter), enfin à Rome même (avec les
mémoires du dominicain Juan de Moralès, répondant à
l'apologie du jésuite espagnol homonyme Diego Mora-
lès, aidé par le P. Rubino, visiteur de Chine et futur
martyr du Japon).
L'on aurait tort d'ailleurs de croire que cette con-
troverse ait eu, dès l'abord, de sérieux effets sur la
marche d'ensemble de la chrétienté. Les réactions
défavorables à l'entrée des missionnaires des Philip-
pines se limitèrent presque exclusivement à la pro-
vince du Foukien, par suite des troubles politiques et
économiques, et même en ces points les attaques de
corsaires, tels que Coxinga, donnaient aux lettrés chi-
nois bien d'autres soucis. Les progrès du banditisme
dans presque toutes les autres provinces, les batailles
des Mandchoux à la frontière septentrionale, les trou-
bles causés par les eunuques de la cour accaparaient
l'attention. Enfin, les événements d'Europe vinrent,
momentanément du moins, interrompre les discus-
sions en Extrême-Orient : la révolution nationale de
Lisbonne, en 1640, rompit les liens qui rattachaient
les Portugais de Macao aux Espagnols de Manille,
tandis que les Hollandais, installés en Indonésie de-
puis 1605, acquéraient progressivement la maîtrise
effective de l'océan Indien et succédaient aux Portu-
gais pour ce qui restait du monopole commercial des
Occidentaux à Nagasaki (1639).
Avec le répertoire d'Arthur W. Hummel, Eininent Cliinese
01 the Ch'ing Period (1644-1912), Washington, 1943-1944,
2 vol., l'on peut reconstruire l'histoire de la Chine sous la
dynastie mandchoue. I^es documents des franciscains sont
publiés par le P. Van den Wyngaert, loc. cit., ii-iv, 1933-
1940; l'histoire de leur retour en Chine a été écrite par le
P. O. Maas, Die Wiederôffnimg der Franziskanermission in
China in der Neuzeil, Miinster-en-W., 1926. Le Père B. M.
Biermann a donné l'histoire de la venue des dominicains.
Die Anjânge der neueren Dominikanermission in China,
Miinster en W., 1927. Pour les augustins, v. B. Martinez,
Hisioria de las misiones augitsiinianas en China, Madrid,
1918. Parmi les innombrables écrits restés manuscrits, il
faut signaler le mémoire justiiicatif composé en 1640 à
Manille par le jésuite Moralès, d'après les explications du
visiteur Rubino.
//. DE L-INSTALLATION DES MANDCBOVX (1644)
A LA FIN DU XViii^ S. — 1° Le premier empereur
mandchou, Choen-tche (1644-61), el l'interrègne des
quatre régents (1661-69). — Cette époque est dominée
par la personnalité d'Adam Schall; ses mémoires,
heureusement conservés, sont un des témoignages
les plus instructifs sur la période de transition. Les
Mandchoux avaient, depuis longtemps, entendu
vanter sa compétence en astronomie. Aussitôt après
l'occupation de Pékin, Dorgon, l'oncle du jeune empe-
reur, Choen-tche, le fit mander pour lui confier la
réforme du calendrier. L'usage chinois voulait qu'à
chaque nouvelle dynastie correspondît un nouveau
calendrier. Schall fut autorisé à garder sa résidence
dans la partie dite mandchoue de la cité, et enfin, avec
l'agrément de ses supérieurs, il fut contraint d'accep-
ter la direction du Tribunal d'astronomie. Cette con-
fiance des Mandchoux attirera au P. Schall les pires
désagréments de la part de plusieurs de ses confrères,
mais elle lui permettra de protéger les chrétientés dans
les zones progressivement soumises par les nouveaux
conquérants; les missionnaires, en se déclarant « frères
de Schall », s'assureront la sécurité. Tout au Sud les
derniers prétendants Ming essayèrent bien de se dé-
fendre dans une lutte désespérée; ils eurent eux aussi
pour conseiller un jésuite, le P. Kolfler, et ils dépêchè-
rent même le P. Boym vers Rome dans une ambassade
au pape, qui devait d'ailleurs être sans lendemain.
A. Schall est le véritable successeur de M. Ricci, de
1630 à 1666; le Flamand Ferdinand Verbiest le rem-
placera à son tour, de 1669 à 1688. Ricci, Schall, Ver-
biest, en effet, ont été véritablement les « paraton-
nerres » du christianisme ou, si l'on préfère la compa-
raison habituellement employée dans les documents
du temps, ses « piliers » à une époque où rien d'autre
n'était possible. On ne peut que leur être reconnais-
sant d'avoir démontré ainsi par les faits que la pro-
pagation de l'Évangile est possible sans intervention,
même indirecte, d'une puissance séculière. Au cime-
tière historique de Chala, près de Pékin, leurs trois
tombes sont réunies. A. Schall a donc tiré les consé-
quences des prémisses posées par Ricci : ce n'est pas un
mince mérite. On lui a pourtant reproché certaines
inégalités de caractère : tour à tour un peu brusque
avec les uns et trop faible avec d'autres. Ayant dû, sur
l'ordre de son supérieur, accepter la dignité de man-
darin, il se conforma à l'usage imprescriptible de l'Em-
pire en adoptant un fils; de là une rumeur infâme qui
se propagea jusqu'en Europe, et qui s'explique en
partie par la situation prépondérante que ce « fils »
adoptif se permit de prendre dans les affaires person-
nelles de Schall. F. Verbiest (de 1669 à 1688), avec
plus de sérénité, remplit lui aussi le rôle ingrat de pro-
tecteur de la chrétienté; par les services les plus astrei-
gnants à la cour, il assura une liberté relative d'action
aux autres missionnaires dans les provinces.
Il faut lire dans les mémoires autographes de Schall
la succession incroyable d'événements qui firent de lui,
durant plusieurs années, un confident de la mère de
l'empereur Choen-tche et un conseiller de ce dernier.
Choen-tche, au mépris de l'étiquette, alla lui rendre
visite familière jusqu'à vingt-quatre fois dans sa rési-
dence; il l'appelait Mafa, « Père », jusqu'au jour où
une passion insensée pour la femme d'un de ses offi-
ciers tartares le rallia aux pratiques extrêmes du la-
maïsme. La mort de l'enfant de cette femme, puis de
la mère elle-même, et enfin de Choen-tche malade de
la petite vérole est assurément un des épisodes les
plus dramatiques de l'histoire. Schall fut-il pour quel-
que chose par ses conseils dans le choix, in extremis, de
l'enfant qui se rendra célèbre comme empereur K'ang-
hi (1661)? Ce n'est pas impossible. Il expiera d'ailleurs
cruellement cette faveur, car, après avoir été d'abord
protégé et loué par les quatre régents, il se trouvera
impliqué dans un procès de lèse-majesté à propos des
décisions de son Tribunal d'astronomie (1665). Atteint
d'une congestion cérébrale, il échappera de justesse au
supplice d'être coupé en morceaux; sa résidence sera
confisquée par son rival musulman Yang Koang-sien,
et il ne tardera pas à mourir confiné au Tong-t'ang
(1666), autre résidence de Pékin, où il végétait avec
trois autres Pères (parmi lesquels son jeune et coura-
geux assesseur F. Verbiest).
Entre 1650 et 1664, le nombre des chrétiens était
monté de 150 000 à 250 000 environ; ils furent subi-
tement privés de pasteurs. Presque tous les mission-
naires de Chine, y compris trois dominicains et un
franciscain, avaient été appelés à Pékin, puis internés
dans la résidence de Canton. A part quelques domini-
cains espagnols qui réussirent à se dissimuler au Fou-
kien, il ne resta donc plus pour assurer le service qu'un
seul prêtre, le Chinois Grégoire Lo, dit habituellement
Lopez, ancien catéchiste des franciscains et plus tard
nommé évêque de Nankin; les Instructions de la Ste
Église sont un curieux monument de ce temps de
crise. Par ailleurs, l'affaire du P. Schall, même après
avoir été réparée par le P. Verbiest, laissera, chez beau-
coup de missionnaires, une profonde méfiance contre
l'emploi des moyens purement humains dans l'apos-
tolat.
Parmi tant d'études ou de documents publiés déjà sur
cette période (v. un choix chez le P. Dehergne, op. cit., 694-
698), il faut signaler, avant tout, Alf. Vâth, Johann Adam
Schall von Bell, S. J., Cologne, 1933, et la Correspondance de
711
CHINE
712
Ferdinand Verbiest, éditée par les Pères Josson et Willaert,
Bruxelles, 1938. Les notices composées par le P. Henri Bos-
nans sur les jésuites belges abondent en détails peu connus
(par ex. Revue des questions srientif., Louvain, 1912).
2" Intervention de la Congrégation de la Propagande.
■ — • Depuis longtemps, il était évident que le patronado
portugais et le patronato espagnol, après avoir rendu
d'immenses services à l'Église, restreignaient de plus
en plus la liberté d'action de la papauté sans remplir
toujours les obligations prévues. Le S. -Siège essaya
d'abord de faire appel à des religieux d'autres natio-
nalités, dominicains, récollets, capucins, jésuites, laza-
ristes. Les résultats restèrent imparfaits. Ces religieux
continuaient de dépendre de leurs supérieurs respec-
tifs, dont les vues ne concordaient pas nécessairement
avec celles de Rome; les différents ordres ne collabo-
raient pas toujours entre eux de bonne grâce, et tous
ces missionnaires, souvent isolés ou peu nombreux,
travaillaient sans coordination, parfois au gré de leur
caprice personnel. Comme ils n'étaient pas revêtus du
caractère épiscopal, leurs pouvoirs limités ne leur per-
mettaient pas de fonder véritablement des Églises
nouvelles. Après quelques échecs douloureux, la solu-
tion pratique fut suggérée à Rome grâce au jésuite
avignonnais Alexandre de Rhodes, qui vint y plaider
la cause des nouveaux chrétiens d'Indochine, en pas-
sant par la voie des Hollandais (Java, Surate, Perse,
Proche-Orient).
La Congrégation de la Propagande voulait assurer,
aux missions, des prêtres et des évêques qui ne seraient
plus ou ne sembleraient plus être les instruments d'un
pouvoir temporel quel qu'il fût. Les évêques, dépour-
vus de juridiction propre, demeureraient uniquement
les délégués du pape, ce seraient des « vicaires aposto-
liques ». Ils furent recrutés d'abord parmi les Français,
malgré les inconvénients de l'esprit gallican d'alors,
a Évêques vagues », dira d'eux ironiquement l'Assem-
blée du clergé de France, en ajoutant : « Par l'inutilité
de leur ministère et le défaut de leur subsistance..., ils
avilissent la dignité de l'épiscopat. » La Congrégation
de la Propagande laissa parler les esprits critiques.
Elle s'y reprit à trois fois (de 1690 à 1696) pour frac-
tionner en une quinzaine de juridictions ecclésiastiques
l'immense territoire jusqu'alors régi seulement par
l'évêque de Macao ou, plus habituellement, à son dé-
faut, par de simples administrateurs.
Elle désirait bien davantage : imposer à tous les
prêtres, sans distinction d'ordre ou de nationalité, un
serment d'obéissance absolue aux vicaires apostoli-
ques. Dans les territoires d'obédience portugaise, la
plupart des religieux le refusèrent d'abord, puis ils s'y
soumirent en grand nombre, jusqu'au jour où l'oppo-
sition décidée de l'Espagne obligea Rome à supprimer
l'obligation de ce serment. L'essentiel de la réforme
demeura d'ailleurs acquis, puisque, même avec les
atténuations qu'obtint le Portugal en Chine pour les
évêchés de Macao, Nankin, et Pékin, la plus grande
partie des nouvelles divisions ecclésiastiques fut con-
fiée à des vicaires apostoliques.
L'ouvrage de Mgr Henri Chappoulie, Rome et les missions
d'Indochine au XVII' s., Paris, 1943 et 1948, 2 vol., expose
en détail cette histoire complexe jusqu'à la fin de 1688.
Pour la Société des Missions étrangères de Paris, il faut se
reporter aux divers ouvrages d'Adrien Launay : Hist. géné-
rale de la Soc. des Missions étrang., Paris, 1894, 3 vol.;
Mémorial de la Soc. des Missions étrang.. Vannes, 1916,
2 vol., etc. M. Baudiment a écrit la biographie de François
Fallu..., Paris, 1934.
3° Le début du règne eftectif de l'empereur K'ang-hi
(1668-93). — • Le tout jeune empereur K'ang-hi avait
attendu impatiemment à Pékin le jour de sa majorité
(1667) pour se venger des brimades que lui avait infli-
gées ses quatre régents. Un de ses premiers actes fut
de réhabiliter la mémoire d'A. Schall, à l'occasion
d'une série d'expériences astronomiques que dirigea
F. Verbiest. Ce dernier fut rétabli dans la charge et
les dignités de Schall et, après quelque temps (1671),
obtint pour les internés de Canton la permission de
regagner leurs missions respectives. L'on allait revoir
les beaux jours. Verbiest, en effet, par sa calme énergie
et son esprit équilibré, se fit de plus en plus apprécier
par le perspicace souverain, qui avait compris pour
son peuple l'utilité de s'approprier les sciences de
l'Occident. De nouveau, les « Pères de Pékin » (Ver-
biest et ses collaborateurs) purent s'employer à régler,
auprès des vice-rois ou préfets locaux, les affaires
qu'attirait un afflux croissant de missionnaires : fran-
ciscains, dominicains, augustins, prêtres des Mis-
sions étrangères de Paris, bientôt « Propagandistes »
et prêtres de la congrégation de la Mission (lazaristes).
Mais la mission portugaise des jésuites se recrutait
mal, même parmi les provinces non portugaises de
l'ordre; les autorités de Lisbonne, de Goa et de Macao
se montraient plus susceptibles que jamais sur les
voies d'accès à la Chine en dehors de la leur et s'oppo-
saient à la venue des vicaires apostoliques. Un nombre
croissant de missionnaires, surtout de l'intérieur,
voyaient la solution dans le recrutement d'un clergé
chinois; le P. Buglio prépara une série de traductions
en vue d'une « liturgie chinoise » : cela n'aboutit pas.
Toutes sortes d'obstacles empêchaient alors l'accès au
sacerdoce pour d'autres que des hommes mûrs, veufs,
incapables de s'assujettir aux longues études. Il
faudra s'y reprendre plus tard. Verbiest profita du
retour en Europe du Père wallon Couplet pour y faire
connaître, spécialement à la cour de Versailles, les
besoins immenses de la Chine. Rien ne pouvait séduire
davantage le roi Soleil, Louis XIV; en 1685, il utilisa
une ambassade siamoise pour envoyer en Extrême-
Orient six de ses « mathématiciens ». Cinq d'entre eux,
conduits par le P. de Fontaney, réussirent à débarquer
à Ningpo dans le Tchekiang; en se déclarant « frères de
Verbiest », ils obtinrent finalement l'autorisation de
gagner la capitale. Ils y arrivèrent huit jours après la
mort de Verbiest (3 févr. 1688). Venus pour ainsi dire
en fraude du privilège des Portugais, ils eurent quelque
mal à s'y faire accepter, mais enfin grâce aux services
rendus (le P. Gerbillon aida à négocier le traité de
Nertchinsk avec les Russes en 1689) ils reçurent de
K'ang-hi un terrain pour y construire la mission
française, tout près du palais impérial. Il y eut désor-
mais à Pékin deux établissements de la Compagnie de
Jésus, l'ancienne mission portugaise et la nouvelle
mission française. Sous ce double patronage, l'Église
de Chine continua de se développer, plus en nombre
d'ailleurs qu'en qualité, car les lettrés chinois, avilis
par le régime mandchou, n'avaient plus la vigoureuse
indépendance de caractère de leurs prédécesseurs à
la fin des Ming. Quant aux Mandchoux eux-mêmes,
promptement sinicisés, dans cette religion, par ail-
leurs si conforme à la raison, ils trouvaient trop
d'obstacles à leurs passions. K'ang-hi, malgré l'oppo-
sition de plusieurs des hauts fonctionnaires, accorda
en mars 1692, sur les instances des Pères de Pékin, un
décret assez timidement libellé qui pourra être inter-
prété comme la première charte de liberté du christia-
nisme. On s'efforça de recruter plus activement un
clergé chinois : les résultats ne se firent sentir sérieu-
sement qu'au siècle suivant. Diverses tentatives de
liturgie chinoise échouèrent, bien que sanctionnées en
1616 par un décret romain.
Il n'existe aucun ouvrage d'ensemble sur cette période,
mais d'assez nombreux travaux de détail, qui sont trop
souvent influencés par les préoccupations nationales ou les
soucis d'édification. Beaucoup de correspondances sont
encore inédites : Mgr Bernardino délia Chiesa, O. F. M. ; le
713
CH
INE
714
p. Antoine Thomas, S. M. Charmot, des Missions étran-
gères de Paris...
4" Les dernières années de K'ung-lii (1700-22). —
Entre les jésuites de Pékin et l'empereur K'ang-hi, on
ne peut nier qu'il y eût un certain malentendu. Les
premiers voulaient bien rendre des services et tra-
vailler, comme ils disaient, en « esclaves à la cour »,
mais pour obtenir ainsi la tolérance bienveillante du
christianisme; le souverain, de son côté, acceptait
sans doute de les couvrir de sa discrète protection,
mais sous réserve de recevoir d'eux tous les secrets de
la grandeur de l'Occident. L'Europe, en effet, par les
progrès des Russes au Nord et l'allluence des navires
de diverses nationalités au Sud, s'imposait peu à peu
à l'attention de l'Extrême-Orient; plusieurs lettrés eu
Chine recommandaient déjà une attitude analogue à
la politique de réclusion du Japon d'alors.
Il y avait une autre source plus profonde de désac-
cord entre les missionnaires catholiques et l'empereur
mandchou. Jamais cet autocrate n'aurait pu imaginer
qu'une juridiction du dehors — celle du Souverain
pontife — revendiquât certains droits sur la conscience
de ses sujets chrétiens. Les supérieurs de la Compa-
gnie de Jésus dissimulaient le plus qu'ils pouvaient
leur dignité et, lors de l'institution des vicaires apos-
toliques, ce fut un des motifs pour lesquels le P. Ver-
biest déconseilla la venue de Mgr Pallu à Pékin.
Mais réussirait-on à maintenir indéfiniment K'ang-
hi dans l'ignorance sur l'organisation hiérarchique,
essentielle au catholicisme? Ce fut à l'occasion de la
légation du cardinal de Tournon (arrivé en Chine en
avr. 1705, à Pékin le 4 déc, renvoyé de Pékin le
28 août 1706) que se fit cette révélation, et dans les
circonstances défavorables qui accompagnèrent l'in-
terdiction des rites chinois (voir l'art. Chinois [Rites]).
K'ang-hi lança un édit obligeant tous les missionnaires
à se déclarer aux tribunaux; ils devaient en outre s'en-
gager à suivre les doctrines et pratiques du P. Ricci.
En échange on leur délivrait un diplôme impérial
(p'iao) qui les autorisait à bénéficier de l'édit de tolé-
rance de 1692; mais quiconque n'aurait pas le p'iao
serait expulsé de l'Empire. Ce fut le début des épreu-
ves. En 1717, il ne demeurait plus dans tout l'Empire
que quarante-sept missionnaires munis du p'iao. Un
certain nombre de chrétientés, surtout dans la région
de Nankin-Shanghaï-Hangchow, avaient fondu par
suite de l'apostasie de familles chrétiennes distinguées.
K'ang-hi n'en continuait pas moins de recourir aux
bons offices des Pères de Pékin, par ex. en 1709-18
pour lever la carte de l'Empire. Une seconde légation
pontificale de Mgr Mezzabarba (à Pékin, du 26 déc.
1720 au 4 mars 1721) n'améliora point les affaires.
K'ang-hi, à son tour, dépêcha plusieurs envoyés au
S.-Siège; tous moururent ou furent arrêtés en chemin.
Au sujet de ces démêlés, les historiens se partagent en
deux camps, majorant ou minimisant, selon leurs ten-
dances, les effets défavorables de ces fâcheux événe-
ments. Il semble plus exact de reconnaître qu'au début
des mesures prises par K'ang-hi il y eut presque une
panique parmi les fidèles et leurs prêtres; mais à la
longue il s'établit, surtout dans certains coins écartés
des campagnes, un modus Vivendi qui permit au chris-
tianisme de prendre obscurément racine sans rien
sacrifier de son orthodoxie au syncrétisme des Chi-
nois d'alors. Les missionnaires, au prix d'énormes
dépenses et en courant de grands risques, commencè-
rent à faire sortir de Chine plusieurs jeunes chrétiens,
non encore fiancés, pour les préparer au sacerdoce :
malgré les déchets inévitables, on remédia ainsi par-
tiellement à la crise du clergé.
Plus qu'en aucune autre époque, la discussion des rites
chinois et ses multiples répercussions ont obscurci la suite
des événements. L'on trouvera une liste copieuse, et pour-
tant incomplète, des écrits puliliés alors dans R. Streit, loc.
cit., VII. Le résumé de Pastor f Geschichte der Pàpste...) a
été rédigé d'après des documents de première main, mais
sans connaissance directe de l'Extrême-Orient d'alors.
5» Sous Yong-tcheng (1722-36) et K'ien-long (1736-
96). — Après la mort de K'ang-hi (déc. 1722), son fils
Yong-tcheng conserva d'abord une attitude officiel-
lement tolérante par déférence pour la mémoire de son
père, mais bientôt il laissa ses subordonnés commencer
la persécution même violente. Peu attiré par les scien-
ces ou les arts de l'Occident, il recourut médiocrement
aux bons offices des Pères de la cour : l'existence des
missionnaires, en dehors de la capitale, fut dès lors
sous le coup d'une dénonciation imprévue aux manda-
rins locaux.
Avec le long règne de K'ien-long (soixante années)
certains adoucissements allégèrent un peu cette péni-
ble situation, mais les circonstances du monde exté-
rieur à la Chine la compliquèrent. Malgré l'apport
croissant de prêtres chinois, le nombre des mission-
naires se raréfia, surtout à partir de la suppression de
la Compagnie de Jésus au Portugal (1762), en France
(1763) et finalement dans le inonde chrétien (1773). Le
26 mai 1747, Mgr Sanz, dominicain, avait été décapité
sur ordre du gouverneur du Foukien; le 12 sept. 1748,
deux jésuites, les PP. Henriquez et de Athemis, étaient
étranglés, avec deux catéchistes chinois, à Soutcheou.
Ainsi s'ouvrait le registre des martyrs qui ne devait
plus guère se refermer.
A cette époque, l'Europe connaissait une période de
« sinophilie » grâce à la mission française de Pékhi
(Lettres édifiantes et curieuses, 1702 sq. ; Description
de la Chine, par le P. du Halde, 1735; Mémoires con-
cernant les Chinois, en 15 t., 1776-89), mais les Chinois
et les Mandchoux se désintéressaient de l'Occident.
Parmi les trop rares recrues européennes (de 1760 à
1810, il n'y aurait eu que 204 missionnaires entrés en
Chine), les prêtres de la congrégation de la Mission
ou lazaristes, portugais et français, se distinguèrent;
ils furent secondés par plusieurs prêtres chinois, for-
més principalement au séminaire de Naples.
Ce qui est surprenant, ce n'est point le ralentisse-
ment de la propagande chrétienne, au milieu de tant
d'événements défavorables dont la Révolution fran-
çaise marquera le point culminant, c'est que le feu se
conserva vivace sous la cendre, prêt à reprendre
aussitôt la tourmente passée. L'on estime que de
300 000 environ le nombre des chrétiens était descendu
à un peu plus de 200 000, pour le début du xix^ siècle.
Certains épisodes de cette période de « catacombes » ont
été étudiés d'après les documents chinois. Ainsi Bernard
H. Willeke, O. F. M., Impérial Government and Catholic
Missions in China during the years 17S4-17S5, New- York,
1948. Le Journal d'André Ly (1746-1763) a été édité par le
P. Adrien Launay, des Missions étrangères de Paris, Paris,
1906; celui-ci a écrit, en outre, l'histoire du Kouangsi
(Paris, 1903), du Kouy-lcheou (1907-1908, 3 vol.), du 5e-
tclioan (1920, 2 vol.), du Kouangtomj (1917). Le livre du
P. de Rochemonteix, Joseph Amiot et les derniers survivants
de la mission française à Pékin, Paris, 1915, est composé
à l'aide de nombreuses lettres et de rapports originaux.
///. nV DÉBUT DV XIX^ S. A LA FIN DE UEMPIRE
(1911). — Durant toute cette période, le sort du chris-
tianisme en Chine subit de plus en plus le contre-coup
des événements extérieurs, surtout à partir de la guerre
dite de l'opium (1840); mais déjà, sous le triste règne
de Kia-k'ing (1796-1821), le renouveau d'expansion de
l'Europe se fit sentir par l'entrée en ligne des mis-
sions protestantes, et il s'intensifia jusqu'à la chute
de la dynastie.
Deux tomes de la Bibliotheca missionum du P. Streit
étaient prêts pour l'impression; ils ont été détruits durant
la seconde guerre mondiale. On s'efforce d'en reconstituer
le manuscrit. Pour le cadre général, J. K. Fairbank et
715
CHINE
716
Kwang-ching Liu ont établi un Bibliograpliical Guide lo
modem China, Harvard, 1948.
Avant d'analyser en détail les diverses phases, plu-
sieurs statistiques serviront de guides pour cette période
(J. Dehergne, op. et loc. cit., n. 40, 1949, p. 747-61).
Augmentation moyenne des chrétiens par année
De 1810 à 1850 (40 ans) : 2 875;
De 1850 à 1900 (50 ans) : 7 810;
De 1900 à 1910 (10 ans) : 56 100.
Nombre de chrétiens et de prêtres
Année
Chrétiens
Prêtres
chinois
Prêtres
étrangers
1810 . .
215.000
78
35
1815 . .
221.790.
89
80
1839 . .
320.000?
86
72
1845 ..
345.000?
90
80
1848 ..
135
100
1850 ..
330.000
1870 . .
383.941
243
301
1880 ..
483.403
281
471
1890 ..
568.628
371
626
1900 ..
741.562?
471
904
1903 ..
783.000
514
1.033
1905 ..
906.000
547
1.182
1907 . .
1.014.226
577
1.280
1908 . .
1.173.641
621
1.363
1910 . .
1.292.287
667
1.402
Les religieuses, en 1900, étaient au nombre de 350
Chinoises et 730 Européennes. Parallèlement, avaient
prospéré les instituts de frères enseignants (maristes)
avec le concours de catéchistes et de vierges chinois.
Aux 5 sociétés anciennes de missionnaires qui repri-
rent ou continuèrent leur travail apostolique (francis-
cains, jésuites, dominicains, Missions étrangères de
Paris, congrégation de la Mission), 6 autres de fon-
dation plus récente s'étaient ajoutées : celles du Cœur
Immaculé de Marie (Pères belges de Scheut en 1864),
des Missions étrangères de Milan (en 1865), du Verbe
divin (Pères allemands de Steyl, en 1879), des salésiens
de S.-Jean Bosco (en 1902)...
L'on trouvera chez le P. Dehergne les litres d'un certain
nombre de monographies consacrées à ces congrégations
(op. cit., 494-Ô01, 767-768) ou à des personnalités marquantes
(502-513), comme Les missionnaires de Scheut et leur fonda-
teur, par .1. Rutten, Louvain, 1930. La oie du P. Gonnel,
écrite par le P. Becker (Hokienfou, 1900), peut être consi-
dérée comme typique pour la vie du missionnaire de l'inté-
rieur à la fin de l'Empire chinois.
Parallèlement, s'étaient multipliées les divisions
ecclésiastiques, en passant de 6 (en 1810) à 7 (1831),
13 (1840), 14 (1841), 18 (1850), 24 (1870), 28 (1885),
38 (1888), 42 (1900), 47 (1910). Le tableau ci-dessous
permet d'apprécier la densité du christianisme par
régions ecclésiastiques (selon la division actuelle) [le
premier chiffre désigne le nombre des chrétiens; le
second, celui des évêques (vicaires apostoHques); le
troisième, celui des prêtres proprement appHqués à
l'évangélisation].
1° Jusqu'aux premiers traités (1797-1842). — Parmi
les catholiques, la reprise fut lente et pénible. En 1793,
quand l'ambassadeur anglais Macartney aborda Pékin,
le Père Raux, supérieur des lazaristes français qui
avaient succédé aux jésuites français, estimait que le
nombre total des fidèles ne dépassait pas 150 000.
Malgré les apports des séminaires de Penang (fondé
par les Missions étrangères de Paris, au début du
xix^ s.), de Pékin (lazaristes français), de Macao (laza-
ristes portugais), le nombre des prêtres ne cessait de
décroître. Le siège épiscopal de Nankin resta vacant
durant quatorze ans, après l'année 1790. Le dernier
franciscain espagnol du Ghantong mourut, dit-on, en
1797 sans successeur. En 1803, il n'y avait plus à
Pékin que cinq lazaristes, dont trois chinois. L'Église
semblait mourir. Sous Kia-k'ing (1796-1820) et Tao-
koang (1820-51), diverses persécutions (1805; 1811;
1814; 1816 : martyre du franciscain Jean de Triora;
1819 : martyre du Bx Clet, lazariste; 1829; 1836)
paraissaient devoir l'achever.
A ce moment commencèrent à paraître en Extrême-
Orient les pasteurs protestants. La première société
missionnaire moderne avait été organisée en 1792 par
les baptistes d'Angleterre; d'autres la suivirent,
comme la Church Missionary Society des évangéliques
en 1799 et, en 1804, la British and Foreign Bible So-
ciety. Aux États-Unis, en 1810, se fonda V American
Nombre des chrétiens, des vicaires apostoliques et des prêtres par régions
"Vers
1840-1845
Vers
1900-1901
1905
1910
1. Mongolie
8 000 (?)
10
23 020
2(?)
78
28 500
2(?) 100
43 000
2
109
2. Mandchourie ....
3 619 1
1
35 500
2
78
41 600
2
97
68 295
3
129
3. Hopeh
10 841
125 300
4
159
174 100
4
191
310 139
5
241
4. Shantung
4 à 7 000
46 300
3
84
59 200
3
108
95 497
4
167
5. Shansi
8 000
22 780
2
48
28 700
2
54
39 174
2
60
6. Shensi
15 000
30 600
2
55
33 300
2
57
36 605
2
62
7. Kansu
2 000
3 122
1
20
3 320
1
28
4 867
1
40
8. Kiangsu
62 000 1
14
110 950
1
115
123 601
1
129
154 418
1
142
9. Anhwei
411 0
13 357
0
45
21 618
0
49
39 080
0
63
2 000
4
13 300
2
34
16 500
2
39
27 850
2
58
11. Szechwan
52 000 2
39
394 100 (
?)3
210
100 200
3
239
118 622 (?)
6
270
12. Hupeh
10 000 (?)
34 974
3
81
44 800
3
87
62 000
3
104
13. Hunan
3 200 (?)
5 885
2
38
7 700
2
41
12 036
2
46
14. Kiangsi
7 459
21 500
3
48
32 100
3
72
47 455
3
86
15. Chekiang
1 395
9
10 500
1
26
20 700
1
38
29 740
2
37
16. Fukien
40 000 1
59
46 000
2
71
2
53 442
2
82
16 000
51 000
3
99
3
106 236 (?)
3
189
18. Kwangsi
1 536
1
17
3 200
1
28
4 590
1
31
19. Kweichow
1 000 (?)
19 128
1
46
23 785
1
46
28 866
2
66
1 à 4 000 (?) 1
4
10 390
1
37
9 700
1
28
12 234
2
46
717
CH
INE
718
Board of Commissioners for Foreign Studenls. Aux
nouveaux venus, l'accès de l'intérieur de l'Empire
n'était point facilité, comme aux catholiques, par les
petits noyaux de fidèles. Il leur fallut donc se contenter
d'occuper les approches de la Chine, en s'appliquant à
des travaux littéraires (traduction de la Bible à Seram-
pore, sous la direction de Marshman, 1806-1811; acti-
vité de Robert Morrison comme interprète à Canton et
Macao, depuis sept. 1807; collège anglo-chinois à
Malacca, 1814; mission des Bouriates chez les Mongols
depuis 1817; premiers Américains à Canton, en févr.
1830...).
Dans l'Europe catholique, se préparaient pourtant
des renforts : Louis XVIII aidait au rétablissement
des -Missions étrangères de Paris et des lazaristes; la
Congr. de la Propagande, restaurée à Rome en 1814,
reprenait ses activités; l'Œuvre de la propagation de
la foi, fondée à Lyon en 1822 par Pauline Jaricot, réu-
nissait des ressources financières. L'Autriche, la Ba-
vière, la Rhénanie, la Belgique, le nord de l'Italie en-
traient à leur tour dans cette compétition de dévoue-
ment, sans parler de l'Espagne et du Portugal qui
continuaient à aider leurs anciennes chrétientés.
L'heure de la Chine n'allait pas tarder à venir. Dès
1838-1839 Rome y créait trois nouvelles divisions
ecclésiastiques.
.J. de Moidrey, Conlesseiirs de la joi en Chine ( 1784-1862 ),
Shanghai, 1935, donne 234 notices. Le P. J. de la Servière,
Hist. de la mission du Kiangnan (1840-1899), Shanghaï,
1914, 2 vol., résume les principaux événements.
2» L'avènement du protectorat des missions clirétiennes.
— La guerre dite de l'opium (1839-42) eut pour consé-
quence la conclusion d'un traité sino-anglais. Il n'y
était point question de religion, ni non plus dans les
traités suivants de la Chine avec les États-Unis et la
France. Le négociateur français, Lagrené, était pour-
tant soucieux du sort des chrétiens et de leurs pasteurs,
n profita de ses bonnes relations avec le négociateur
mandchou Ki-ing pour faire comprendre aux autorités
de Pékin qu'elles devaient d'elles-mêmes régler ce pro-
blème, si elles voulaient se faire admettre dans le con-
cert international des grandes puissances. De là deux
édits de Tao-koang (déc. 1841 et févr. 1846) qui repre-
naient en les élargissant un peu les concessions faites
par K'ang-hi en 1692. Malheureusement Ki-ing fut
disgracié et Tao-koang mourut. Sous Hsien-fong
(1851-61), les sévices reprirent contre les chrétiens :
Chapdelaine, des Missions étrangères de Paris, fut
condamné à mort par les tribunaux (févr. 1856). Au
même moment sévissait la persécution en Annam et
au Tonkin; l'empereur Napoléon III, sur la suggestion
de l'abbé Hue, fit intervenir ses forces militaires pour
obtenir réparation et protection par les traités de 1858
et les conventions de 1860 : premier acte du protecto-
rat français pour les catholiques. Sur cet exemple, les
protestants anglo-saxons obtinrent eux aussi des clau-
ses privilégiées. Ainsi fut consommée, au moins mo-
mentanément, la rupture avec la tactique employée
par l'ancienne mission de Chine, depuis le P. Ricci : on
se rapprochait plus ou moins de la méthode, préconisée
par le P. Sanchez, de recours au bras séculier. Toute-
fois, ni les protestants, ni les catholiques ne paraissent
en avoir éprouvé du scrupule. D'ailleurs les mission-
naires n'avaient nullement attendu la conclusion de
ces accords pour rentrer en Chine à leurs risques et
périls. En 1841, les trois premiers jésuites français
étaient arrivés à Shanghaï pour y reprendre l'œuvre de
leurs devanciers. Des tractations furent même enga-
gées pour leur assurer leur ancienne place scientifique
à Pékin, mais les temps de Choen-tche et de K'ang-hi
étaient passés; depuis 1826, les Européens ne parais-
saient plus au Tribunal d'astronomie. La Compagnie
de Jésus s'installa aussi près du tombeau de Paul Siu
Koang-k'i (Zikawei) et, avec un ensemble d'œuvres
directement apostoliques très variées, y fonda un
observatoire et une bibliothèque. Les lazaristes ren-
forçaient leurs rangs (de 1846 à 1859, 52 nouveaux
prêtres) et les dominicains espagnols du Foukien
reconstruisaient en nombre leurs chapelles; mais
c'était surtout la Société des Missions étrangères de
Paris qui assumait des charges de plus en plus lourdes
(Mandchourie, Koangsi, Koangtong, Hainan). Les
congrégations féminines faisaient elles aussi leur appa-
rition (1846, sœurs de S.-Paul de Cluny; 1847, filles de
la Charité). Presque tous ces nouveaux venus étaient
des Français; en 1858 arrivèrent à Hongkong les pre-
miers représentants du séminaire des Missions étran-
gères de Milan, ils furent suivis par bien d'autres.
D'autre part de nombreuses sociétés protestantes
accouraient. A la différence des catholiques, elles
étaient obligées de se cantonner dans les villes ou
« ports à traité ». Leur attention se portait particu-
lièrement sur le colportage et la diffusion de la litté-
rature chrétienne; l'une de leurs grandes tâches fut
la traduction intégrale de la Ste Écriture. Elles eurent
aussi plus de loisirs pour l'étude scientifique de la
sinologie. Enfin elles préparèrent activement, dans
leurs écoles de tous degrés, ainsi que dans leurs hôpitaux
bien équipés, les étapes de la modernisation appro-
chante de la Chine.
C'est encore à Latourettc, A History of Christian missions
in Cliina, New- York, 1929, que nous renverrions pour un
exposé synthétique de cette période et des suivantes.
L'Hist. des relations de la Chine avec les puissances occiden-
tales, Paris, 1901-1902, 3 vol., écrite par H. Cordier sur do-
cuments, aurait besoin d'être corrigée poiu- le problème du
protectorat des missions. La troisième partie de Sagesse
chinoise et philosophie chrétienne, par H. Bernard, Tientsin,
1935, p. 182-268, esquisse l'évolution intellectuelle de la
Chine.
3° Avant l'explosion des Boxers (1860-1900). —
L'heure était venue où l'Occident imposait de force à
l'Extrême-Orient ce que l'Église catholique, en la
personne de Ricci et de ses successeurs, avait offert
d'une manière pacifique et persuasive. Presque au
même moment que la Chine, le Japon, hermétique-
ment fermé depuis 1639, avait dû s'ouvrir à la pres-
sion occidentale (commodore Perry à Yokohama, en
1853) : une puissante classe dirigeante guidée par
l'empereur Mei-ji comprit la leçon et s'engagea réso-
lument dans la voie de la modernisation.
Il n'en fut point de même pour la dynastie mand-
choue des Ts'ing en Chine. En même temps que les
armées franco-anglaises occupaient Pékin (1860), une
aide étrangère était donnée à Tseng Kouo-fan pour
triompher de la redoutable insurrection des T'aiping
dans la vallée du Yang-tse. Tseng Kouo-fan, instruit
par l'expérience, voulut reprendre la tentative de
modernisation inaugurée au début du xvii« s. par Paul
Siu Koang-k'i; il ne fut guère écouté par les siens. Ce
fut surtout par l'intermédiaire des écoles des missions
qu'une infiltration lente des idées nouvelles se produi-
sit. L'Occident s'assura presque entièrement le mono-
pole des réalisations techniques (chemins de fer, com-
pagnies de navigation, télégraphe, gabelle, service des
douanes).
Durant cette période de transition encore incertaine,
les missions catholiques s'attachèrent principalement
à développer leurs établissements de campagne. Ceux-
ci, sous le régime du protectorat (convention Berthemy
en 1865 pour l'achat des propriétés en Chine), consti-
tuèrent souvent des centres privilégiés d'ordre et de
sécurité. On ne peut nier que la progression marquée
du nombre des chrétiens s'explique partiellement par
l'aide qu'ils recevaient, par ex. dans leurs procès ou à
l'occasion de famines, mais il y eut encore bien d'au-
719
CHINE
720
1res motifs : la multiplication d'œuvres proprement 1
religieuses, avec une petite armée de catéchistes et de l
vierges, sous la direction de missionnaires étrangers. ;
Après les sœurs de Charité venues en 1842, d'autres
congrégations de religieuses avaient suivi : canos-
siennes italiennes en 1860, auxiliatrices des âmes du
purgatoire en 1868, carmélites en 1869, franciscaines
missionnaires de Marie et dominicaines en 1886. Il
en avait été de même pour les hommes : Pères belges
dits de Scheut (1868), Pères allemands du Verbe divin
de Steyl (1882), trappistes (1883), frères maristes
(1891), salésiens (1894). La Congr. de la Propagande
avait sanctionné cette multiplication par la création de
cinq régions ecclésiastiques en 1879. La formation de
prêtres chinois s'intensifiait aussi dans les séminaires :
en 1885, pour 35 vicaires apostoliques, 273 prêtres chi-
nois et 453 étrangers, avec 560 000 fidèles.
Si restreints qu'étaient encore ces résultats, ils heur-
taient trop souvent les préjugés des lettrés conserva-
teurs ou de la foule ignorante pour ne pas provoquer
parfois de graves incidents (massacre de Tientsin en
1870). Sous la pression accrue de l'Occident les idées
réformatrices progressaient; mais les « Cent Jours » de
l'empereur Koang-su en 1898 furent suivis de la ré-
pression énergique de la terrible impératrice Tseu-hi.
Les chrétiens furent englobés dans la vague de xéno-
phobie qui s'ensuivit; durant l'insurrection des Boxers
(1900), il y eut beaucoup de martyrs.
Hosca Ballon Morse, The Internalional Relations of llie
Chinese Empire, Londres, 1910-1918, .3 vol., continue et
amplifie, du point de vue anglais, l'ouvrage parallèle
d'H. Cordier. Entre autres publications sur les martyrs, v.
Flanchet, Documents sur les martyrs de Pékin pendant la per-
sécution des Boxeurs, Pékin, 1922, 2 vol.
4° La chute de l'ancien régime (1900-11, 1917). —
Sept nations (parmi lesquelles le Japon) avaient coo-
péré pour réprimer l'insurrection des Boxers. A partir
de ce moment, les jours de la dynastie étaient comptés.
Le mouvement irrésistible de modernisation trouvait
ses chefs parmi les étudiants revenus de l'étranger ou
dans les écoles d'enseignement secondaire ou supérieur,
surtout protestantes (la première université catho-
lique, de l'Aurore à Sanghaï, s'ouvrit en 1903; la sui-
vante, les Hautes-Études [Tsingkong] de Tientsin,
seulement en 1922; et Fu Jen de Pékin en 1924).
Incontestablement, les missions catholiques commen-
çaient à connaître une certaine popularité, en même
temps qu'elles jouissaient d'une liberté presque en-
tière; elles en profitèrent pour parachever leur orga-
nisation (réseau de chrétientés, écoles de prières ou
catéchuménats, séminaires pour la formation du
clergé, dispensaires et hôpitaux...). En onze ans, le
nombre des fidèles fut doublé (passant de 750 540 à
1 431 258 en 1912); on en trouvait maintenant dans
presque toutes les sous-préfectures, sauf en certaines
régions montagneuses ou de l'extrême Nord-Ouest.
A cette progression marquée ne se mêla-t-il pas cer-
tains inconvénients? Les plus sensibles paraissent bien
être venus du régime de protectorat instauré depuis
1860. La situation privilégiée de la France était ja-
lousée par d'autres puissances européennes (Alle-
magne, Italie), tandis que les dirigeants les plus éclai-
rés de la Chine se prenaient à désirer l'établissement de
relations directes avec le S. -Siège : le projet du cardinal
de Tournon, contrecarré par K'ang-hi, commençait à
prendre corps. Il n'était pas rare d'entendre regretter
le temps où le christianisme leur avait été proposé
sous le seul prestige de la science et de la culture.
En 1905, une première modification s'introduisait
dans le programme des examens officiels. On peut à
peine dire que la monarchie des Mandchoux fut ensuite
renversée (10 oct. 1911); elle tomba simplement, et
fut remplacée par la République. Celle-ci se fit parce
que l'Empire se disloquait. Durant quelque temps
Tableau des
Divisions
Archevêchés
47
49
52
55
66
68
73
73
78
94
100
110
117
119
121
125
129
135
137
138
139
20 (3)
20 (3)
144
20 (4)
20 (4)
Évêchés
(Macao)
83 (17)
84 (17)
87 (19)
90 (22)
Vicariats
45
48
51
56
57 (?)
61 (3)
63 (2)
63 (4)
69 (6)
71 (6)
71 (8)
75 (10)
78 (12)
80 (13)
84 (13)
85 (13)
89 (13)
90 (14)
93 (15)
94 (15)
95 (15)
99 (17)
0
0
0
0
Préfectures
2(?)
2 (Kansu,
Formose)
2
2
9 (2)
10 (2)
10 (2)
9 (2)
12 (1)
17 (4)
17 (4)
25 (5)
29 (8)
28 (7)
28 (8)
31 (9)
36 (10)
39 (10)
46 (10)
43 (9)
43 (9)
42 (9)
38 (7)
36 (7)
35 (7)
37 (7)
34 (4)
721
CH
INE
722
encore, on put croire que l'ancien état de choses se
continuerait sous de nouveaux maîtres. La « révolu-
tion littéraire » de 1917, par la substitution à la langue
écrite de la langue parlée comme moyen de transmis-
sion des idées, ruina définitivement le monopole du
passé, en tournant les esprits vers l'avenir. Les cou-
rants d'idées les plus disparates firent désormais
irruption, par delà un conservatisme figé.
En des sens très divers, sinon opposés, L. Kervyn, Mé-
thode de l'apostolat moderne en Chine, Hongkong, 1911, et
les publications concernant le P. Lebbe (cf. P. Dehergne, op.
cit., 505-506) aident à comprendre l'évoliilion de l'aposto-
lat catholique en ces années de transition.
IV. L'ÉPOQUE CONTEMPORAINE (1917-51). Il CSt
sans doute trop tôt pour porter un jugement d'en-
semble sur des événements tout proches de nous. Le
plus sûr est donc de mentionner les principaux points
de repère chronologiques, en les complétant par quel-
ques statistiques (J. Dehergne, op. et loc. cit., n. 40,
1949, p. 747-61) :
1919 : fin de la première guerre mondiale;
1922-1926 : création de la délégation apostolique en
Chine, premier concile de Chine, sacre de six évêques
chinois par le Souverain pontife à Rome ;
1927 : unification de la Chine sous le régime dit
« kouo-min-tang », du parti communiste;
1937-1945 : « incident » sino-japonais, englobé dans
la seconde guerre mondiale; création de la hiérarchie
en Chine, nomination^d'un nonce apostolique et d'un
cardinal chinois; triomphe du communisme dans toute
la Chine.
En 1856, des trois diocèses du Padroado (1690-1856)
seul Macao restait évêché. De 1856 à 1946, se dévelop-
pèrent exclusivement les vicariats apostoliques, avec
préfectures apostoliques et missions indépendantes.
Enfin le 11 avr. 1946, la hiérarchie fut de nouveau ins-
tituée.
Parallèlement, à partir de 1922 (deux préfectures
apostoliques) et surtout de 1926 (le 28 oct., six évêques
chinois sacrés à Rome par le pape), s'efïectua la dévo-
lution croissante de ces territoires ecclésiastiques au
clergé chinois, aussi bien séculier que régulier.
C'est ce qui ressort avec évidence du tableau des col.
719-720; les chiffres mis entre parenthèses désignent
les circonscriptions confiées au clergé chinois.
Comme on le voit, en juill. 1949, sur 144 divisions
ecclésiastiques, 30 étaient confiés au clergé chinois
(7 préfectures apostoliques, 19 évêchés, 4 archevêchés :
Péking, Nanking, Nanchang, Moukden).
La multiplication s'explique en outre par le fait
que les sociétés missionnaires d'hommes se parta-
geant l'évangélisation de la Chine étaient 11 en 1914,
16 en 1924, et 27 en 1934. Spécialement, depuis 1918,
les États-Unis d'Amérique avaient envoyé de puis-
sants renforts, par ex. grâce à la Société des Missions
étrangères de Maryknoll (New- York).
En outre, les effectifs de ces sociétés s'étaient considé-
rablement accrus, comme le montre le tableau suivant.
Société
Date
Missions
Pères ou
Frères
Dont
Chinois
Franciscains...
1924
11
:i30
(?)
1934
22
570
103
1941
27
714
118
1948
27
757
166
Dominicains...
1928
4
86
(plusieurs
1934
5
82
chinois aux
1941
5
140
1
1948
4
174
23
Société
Date
Missions
r eies uu
Frères
Chinois
Jésuites
1924
350
83
1934
6
609
129
1941
8
894
223
1948
8
888
269
Miss. étr. de
1928
14
318
1934
14
324
1941
14
304
1 VJ4o
1 A
14
Lazaristes
1924
315
123
1934
13
391
174
1941
13
446
201
1948
12
400
205
Pères de
Scheut
1928
5
203
1
1934
6
242
2
1941
6
273
1
1948
6
195
0
Miss. étr. de
Milan
1928
5
106
1934
5
136
1941
5
153
1948
5
140
Pères de
Steyl
1928
4
168
6
1934
5
253
16
1941
9
358
25
y
Q 1 1
1928
1
36
3
1934
1
105
5
1941
1
157
27
1948
1
160
45
Miss. étr. de
Maryknoll . .
1928
1
54
1934
4
86
1941
5
141
1948
5
127
De ce que plusieurs de ces congrégations ne comp-
tent point ou peu de sujets chinois, l'on aurait tort de
conclure qu'elles se soient désintéressées de la forma-
tion du clergé chinois; car, tout au contraire, ce sont
souvent celles qui ont créé les séminaires les plus
florissants: en premier lieu les séminaires des Missions
étrangères de Paris, de Milan et Maryknoll, des Pères de
Scheut. Une société d'auxiliaires des missions (S. A. M.)
met ses membres étrangers directement au service des
évêques chinois.
Au développement des cadres a correspondu la crois-
sance du nombre des chrétiens. L'augmentation
moyenne annuelle se présente comme suit :
De 1910 à 1920 (10 ans) : 72 000 (56 100 de 1900 à
1910);
De 1920 à 1930 (10 ans) : 49 701;
De 1930 à 1940 (10 ans) : 76 466;
De 1940 à 1948 (8 ans) : 1 700.
Si l'on veut établir une concordance plus rigoureuse
entre le nombre des chrétiens et le chiffre du personnel,
le tableau suivant, exécuté d'après l'Annuaire des
missions de Chine (édité à Zikawei depuis 1924), per-
met de la dresser.
723
CHINE
12\
Année
Catholiques
Prêtres
Frères
Religieuses
Ciljll. CL llLfil Clllll.
chin.
étrang.
chin.
étraiig.
chin.
étrang.
1912
1 431 302 (1 pour 298 hab.)
724
1 445
1920
1 994 483 (1 pour 250 env.)
966
1 365
Î924
2 277 421 (1 pour 210 env.)
1 132
1 631
272
239
2 732
1 039
1930
2 498 015 (1 pour 182 hab.)
1 441
2 084
492
342
2 835
1 400
1937
3 018 338 (1 pour 154 — )
1 898
2 679
762
619
3 769
2 224
1942
3 ,333 830 (1 pour 145 — )
2 242
3 123
735
676
4 405
2 295
1946
3 279 813 (1 pour 146 — )
2 348
3 000
728
576
4 299
2 157
1948
3 276 282 (1 pour 146 — )
2 676
3 015
632
475
5 112
2 531
Ces chifîres indiquent une poussée vraiment notable,
même durant la guerre sino-japonaise. De 1920 à 1942,
le nombre des catholiques augmente d'un million et un
tiers, celui des prêtres missionnaires de 1 758 (près de
80 par an), celui des prêtres chinois de 58 par an (de
1942 à 1948, 61 par an). Ainsi en est-il pour les frères
et les religieuses chinois, pour qui ont été fondées une
dizaine de congrégations diocésaines. Aux 23 congré-
gations étrangères qui travaillaient en Chine en 1924,
avec ou sans territoire de mission, 32 autres se sont
jointes depuis lors. Depuis 1942, beaucoup de chiffres
fléchissent. C'est ce que l'on peut voir encore en exami-
nant le détail des 20 régions ecclésiastiques (le premier
chiffre indique le nombre des chrétiens; le second, celui
des divisions ecclésiastiques; le troisième, celui des
prêtres).
Régions eccl.
1915
1935
1942
1948
1.
Mongolie
61 697
3
118
126 662
5
224
153 925
4
273
145 761
4
279
2.
Mandchourie
78 994
4
138
159 643
5
320
203 914
7
417
203 880
5
397
3.
Hopeh
485 316
7
317
765 422
11
614
802 802
12
752
759 689
12
74
4.
Shantung
130 505
3
166
239 112
5
291
322 150
7
440
323 615
7
419
5.
Shansi
54 160
2
87
111 511
6
173
138 190
6
217
140 520
5
250
6.
Shensi
45 602
3
68
71 551
3
154
87 369
4
198
98 341
4
223
7.
Kansu
6 025
1
36
23 361
2
89
28 840
2
104
34 018
1
130
8.
172 143
1
139
254 295
3
234
298 167
4
345
310 844
4
454
9.
Anhwei
55 774
67
106 088
2
129
124 085
3
177
132 664
3
208
10.
Honan
42 581
3
66
120 890
6
191
172 155
6
249
171 788
7
280
11.
Szechwan
135 429
6
277
172 493
9
334
178 364
8
377
161 593
7
374
12.
Hupeh
85 514
4
122
140 121
5
238
203 992
7
297
200 552
7
345
13.
Hunan
18 718
2
50
63 006
4
116
74 291
4
139
57 962
5
165
14.
Kiangsi
69 170
3
93
102 431
4
167
110 318
5
185
99 292
5
209
15.
Chekiang
45 744
2
66
92 093
3
165
101 186
4
201
94 242
5
186
16.
Fukien
57 800
2
87
80 456
3
118
91 022
2
178
103 943
3
177
17.
122 000 (?)
4
184
125 912
10
323
156 946
8
390
142 145
7
437
18.
Kwangsi
4 667
1
29
10 631
1
50
21 559
2
66
25 336
2
70
19.
Kweichow
32 325 (?)
1
72
34 913
3
98
40 446
2
105
42 167
2
121
20.
Yunnan
16 634
2
47
18 248
1
70
24 110
1
72
26 588
1
93
Ces statistiques, pour être plus expressives, de-
vraient être complétées par celles des confessions et
communions annuelles, des œuvres de piété et de bien-
faisance, des écoles...
Elles auraient souvent besoin d'être discutées de
très près. Certains chiffres, donnés par la délégation
apostolique de Chine avant 1942, ne concordent pas
entièrement avec eux, parce que calculés suivant d'au-
tres principes. La guerre sino-japonaise, et les événe-
ments qui l'ont suivie, ont désorganisé en beaucoup
d'endroits les chrétientés existantes : destructions,
désintégration des familles, carence de prêtres, émi-
gration, etc., se sont coalisées pour provoquer un déchet
considérable qu'il est impossible de chiffrer. Inverse-
ment, il est indubitable que, dans beaucoup de milieux
imperméables autrefois à l'idée chrétienne, une inquié-
tude s'est glissée, à laquelle on essaie de donner satis-
faction par les livres et la prédication écrite (ne parle-
t-on pas de six mille catéchumènes qui poursuivent
actuellement leur instruction par correspondance?).
Jamais peut-être ne s'est mieux réalisée, en Chine, la
comparaison évangélique du ferment et de la pàtel
Numériquement, même avant les tout derniers événe-
ments, les catholiques ne constituaient qu'une portion
infime de la population (pas même 1 %). Qui pourra nier
qu'ils exercent déjà dans la nation un rôle incompara-
blement plus important? On le vit clairement durant
la guerre sino-japonaise (zone Jacquinot à Shanghaï);
on le constate peut-être encore plus nettement aujour-
d'hui dans la période critique que traverse la Chine.
Pour conclure par une récapitulation d'ensemble,
l'on trouvera ci-après reproduit le tableau détaillé
qu'on a pu encore dresser de cette Église. Tout porte
d'ailleurs à croire que les événements y apporteront de
profonds bouleversements. Tel quel, ce tableau est au
moins un témoignage historique de la vitalité catho-
lique en Chine avant la répression communiste. Il a été
établi, d'après l'Annuaire de l'Église catholique en
Chine (Zikawei, 1950; paru en mai 1950), par M. l'abbé
J. Despont, Nouvel Allas des missions, Paris-Lyon,
1951, p. 20-24. Pour les chilTres donnés, « il a semblé
qu'un résultat, même souvent approximatif, était pré-
férable au néant ». Ils ne semblent plus avoir qu'une
valeur rétrospective (sept. 1951).
il
725 CHINE 726
DIVISIONS ECCLÉSIAS-
DATES CONGREGATIONS SUPERFICIE NOMBRE CATHOLIQUES
TIQUES ET TERRITOIRES , . / 2x .
^ D ERECTION RESPONSABLES (KM^) D HABITANTS % NOMBRE
CIVILS CORRESPONDANTS ^ ' '°
1" Province
( = Mongolie)
Suiyuan (a. d.) '
1883-1946
Miss, de Scheut
30
000
1.000
000
3,79
37
900
Ningsia (d.) ^
1922-1946
Miss, de Scheut
90
000
1.000
000
3,17
31
960
Siwantze (d.)
1929-1946
Miss, de Scheut
250
000
800
000
4
37
000
Tsining (d.)
1840-1946
Clergé séculier
40
000
600
000
7
39
500
2« Province
( = Mandchourie)
Moukden (a. d.)
1838-1946
Clergé séculier
49
450
8
000
000
0,37
30
000
Yingkow (d.)
1949
M. Étr. Paris
Fushun (d.)
1932-1946
M. Étr. Maryknoil
75
200
5
500
000
0,2
11
000
Jéhol (d.)
1883-1946
Miss, de Scheut
78
920
5
000
000
0,8
32
000
Kirin (d.)
1898-1946
M. Étr. Paris
176
970
9
000
000
0,38
35
000
Szepingkai (d.)
1929-1946
M. Étr. Québec
126
920
3
400
000
0,43
14
900
Yenki (d.)
1928-1946
Bénédictins (S. -Odile)
63
770
1
200
000
1,35
16
300
Chihfeng (d.)
1932-1949
Clergé séculier
75
090
1
700
000
1,78
29
300
Kiamusze (p. a.) '
1940
Capucins
99
680
1
300
000
0,24
3
200
Lintung (p. a.)
1937
M. Étr. Québec
59
525
500
000
1,74
8
700
Tsitsikar (p. a.)
1931
M. Étr. Betliléem
487
870
3
200
000
0,73
23
500
Harbin
1928
Exarcat apostolique pour les
fidèles
de rites
orientaux
3« Province
(=Hopeh)
Pékin (a. d.)
1690-1946
Clergé séculier
30
000
5
000
000
4,31
215
920
Ankwo (d.)
1924-1926
Lazaristes (Chin.)
4
860
1
200
000
2,82
33
200
Chaohsien (d.)
1929-1946
Clergé séculier
4
200
900
000
5
45
000
Chengting (d.)
1856-1946
Lazaristes (Franç.)
18
000
4
000
000
1,3
52
000
Kinghsien (d.)
1947
Jésuites (Autr.)
9
500
2
500
000
1,3
32
000
Paoting (d.)
1910-1946
Clergé séculier
8
000
2
000
000
3,97
79
400
Shunteh (o.)
1946
Lazaristes (Pol.)
4
872
2
000
000
1,02
20
500
Sienhsien (o.)
1856-1946
Jésuites (Franç.)
8
400
2
000
000
3,08
60
900
Suanhwa (d.)
1926-1946
Clergé séculier
50
000
1
700
000
2,17
36
900
Taming (d.)
1947
Jésuites (Hongr.)
8
640
2
000
000
2,14
42
400
Tientsin (o.)
1912-1946
Lazaristes
12
500
3
500
000
1,42
50
000
Yungnien (o.)
1929-1946
Clergé séculier
20
617
2
000
000
2,7
50
000
Yungping (d.)
1946
Lazaristes (Holl.)
42
000
4
000
000
0,88
35
800
Yihsien (p. a.)
1929-1935
Stigmatins
7
900
500
000
1,26
6
300
4^ Province
( = Shantung)
Tsinan (a. d.)
1839-1946
Franciscains (Ail.)
5
300
000
0,8
42
900
Chefoo (d.)
1894-1946
Franciscains (Franç.)
50
000
3
000
000
0,42
12
700
Chowtsun (d.)
1946
Franciscains (Amér.)
5
000
3
000
000
0,97
29
200
Ichow (d.)
1946
Soc. du Verbe Divin
18
000
4
000
000
0,5
20
300
Tsaochow (d.)
1946
Soc. du Verbe Divin
13
000
4
000
000
1,81
72
600
Tsingtao (d.)
1925-1946
Soc. du Verbe Divin
17
000
3
000
000
0,74
22
270
Yangku (d.)
1946
Clergé séculier
3
250
1
500
000
1,93
29
000
Yenchow (d.)
1885-1946
Soc. du Verbe Divin
30
000
3
500
000
1,66
58
400
Idushien (p. a.)
1931
Franciscains (Franç.)
18
000
2
500
000
0,56
12
000
Lintsing (p. a.)
1931
Clergé séculier
2
000
000
1
20
100
Weihaiwei (p. a.)
1931-1938
Franciscains (Franç.)
20
000
3
000
000
0,13
4
100
5« Province
( = Shansi)
Taiyuan (a. d.)
1844-1946
Franciscains (Ital.)
16
000
1
500
000
2,7
40
500
Fenyang (d.)
1946
Clergé séculier
84
000
2
100
000
0,78
15
600
Luan (d.)
1890-1946
Franciscains (Holl.)
25
000
3
000
000
1
30
000
Shohchow (d.)
1926-1946
Franciscains (Bav.)
25
000
1
300
000
0,84
11
000
Tatung (d.)
1922-1946
Miss, de Scheut
15
000
1
000
000
0,8
8
000
Yûtze (d.)
1931-1946
Franciscains (Ital.)
20
000
1
500
000
1,02
15
300
Hunngtung (o.)
1932-1950
Clergé séculier
28
060
1
300
000
0,94
12
300
Kiangehow (p. a.)
1936
Capucins (Holl.)
17
000
2
000
000
0,37
7
500
6» Province
( = Shensi)
Sian (a. d.)
1696-1946
Franciscains (Ital.)
12
000
1
200
000
1,14
13
700
Fengsiang (d.)
1938-1946
Franciscains (Chin.)
12
000
1
000
000
0,87
8
710
Hanchung (d.)
1887-1946
M. Étr. de Milan
16
000
1
500
000
1,2
18
000
Sanyuan (d.)
1946
Franciscains (Ital.)
12
600
1
200
000
1,21
12
400
Yenan (d.)
1844-1946
Franciscains (Esp.)
50
000
3
000
000
0,31
9
500
Chowchich (o.)
1932
Clergé séculier
8
000
700
000
3
25
100
' D. A. = archidiocèse. — ' d. = diocèse. — • p. a. = préfecture apostolique.
727
CHINE
728
DIVISIONS ECCLESIAS-
TIQUES ET TERRITOIRES
CIVILS CORRESPONDANTS
DATES
d'Érection
CONGREGATIONS
RESPONSABLES
SUPERFICIE
(KM'')
NOMBRE
d'habitants
CATHOLIQUES
% NOMBRE
Hingan (p. a.)
1928
Fr. M. Conv.
24.
000
2
000.
000
0,43
4.
000
Tungchow (p. A.)
1935
Franciscains (Ital.)
17.
000
1
300
000
0,2
6
500
7* Province
( = Kansu)
Lanchow (a. d.)
1878-1946
Soc. du Verbe Divin
250
000
3
000
000
0,31
16
500
Tsinchow (d.)
1922-1946
Capucins (Allem.)
45
000
2
200
000
0,26
8
200
Pingliang (d.)
1930-1950
Capucins
54
000
1
700
000
0,31
5
000
Sining (p. a.)
1937
Soc. du Verbe Divin
720
000
1
300
000
0,24
3
700
Sinkiang (p. a.)
1938
Soc. du Verbe Divin 1
.500
000
4
000
000
0,01
470
8« Province
( = Kiangsu)
Nanking (a. u.)
1842-1946
Clergé séculier
18
130
6
000
000
0,53
34
400
Haïmen (d.)
1928-1946
Clergé séculier
13
500
5
200
000
0,79
39
490
Shanghai (d.)
1946
Clergé séculier
90
000
7
000
000
1,55
108
900
Haïchow (p. A.)
1949
Jésuites (Franç.)
12
000
6
000
000
0,14
8
500
Yanchow (p. a.)
1949
Jésuites (Caiii.)
40
000
4
000
000
0,06
3
000
Suchow (d.)
19o /-194D
Clergé séculier
■f 4
14
000
4
500
000
1,96
88
320
Soochow (d.)
1949
Clergé séculier
r
0
OUI)
c AA
AAA
uuu
A AT
U,U7
AAA
9UU
9" Province
( = Anhwei)
Anking (a. d.)
1929-1946
Jésuites (Esp.)
38
000
7
000
000
0,37
28
300
Pengpu (d.)
1929-1946
Jésuites (Ital.)
60
000
9
500
000
0,62
62
000
Wuhu (D.)
1921-1946
Jésuites (Esp.)
27
000
5
000
000
0,8
40
180
Tunki (p. A.)
1937
Miss, fils C. 1. de M.
12
000
2
500
000
0,2
2
100
I0« Province
(=:Honan)
Kaïfeng (a. d.)
1916-1946
M. Étr. Milan
24
000
4
500
000
0,4
18
000
Chengchow (d.)
1911-1946
I. S.-Fr. X. Parme
4
200
000
0,5
20
400
Ghumatien (d.)
1946
Clergé séculier
12
700
1
300
000
0,11
15
370
Kweiteh (d.)
1928-1946
Aug. Récollets
8
000
2
000
000
0,50
10
360
Loyang (d.)
1929-1946
I. S.-Fr. X. Parme
25
000
3
000
000
0,32
9
820
Nanyang (d.)
1882-1946
M. Étr. Milan
12
000
4
000
000
0,56
22
660
Sinyang (o.)
1927-1946
Soc. du Verbe Divin
30
000
6
000
000
0,2
13
200
Weihwei (d.)
1843-1946
M. Étr. Milan
25
000
3
600
000
1,27
46
000
Sinsiang (p. a.)
1936
Soc. du Verbe Divin
2
000
000
0,78
15
800
11» Province
(=Szechwan et Thibet)
Chungking (a. d.)
1856-1946
M. Étr. Paris
350
000
11.000
000
0,35
38
950
Chengtu (d.)
1696-1946
M. Étr. Paris
110
000
16.000
000
0,74
39
000
Kangting (d.)
M. Étr. Paris
(Tatsienlu)
1846-1946
160
000
6
000
000
0,01
5
300
Kiating (d.)
1946
Clergé séculier
2
600
000
0,51
13
360
Ningyuan (d.)
1910-1946
M. Étr. Paris
120
000
2
000
000
0,55
10
900
Shungking (d.)
1929-1946
Clergé séculier
25
000
7
000
000
0,26
18
750
Suifu (d.)
1946
M. Étr. Paris
50
000
7
000
000
0,19
13
840
Wanhslen (d.)
1929-1946
Clergé séculier
20
000
5
000
000
0,4
21
390
120 Province
( = Hupeh)
Hankow (a. d.)
1870-1946
Franciscains (Ital.)
12
120
2
500
000
1,40
35
060
Hanyang (d.)
1928-1946
M. Étr. S.-Colomban
10
000
4
000
000
1,35
52
400
Ichang (d.)
1870-1946
Franciscains (Belg.)
30
000
4
000
000
0,38
15
550
Kichow (d.)
1946
Franciscains (Ital.)
26
400
3
800
000
0,42
15
750
Laohokow (o.)
1870-1946
Franciscains (Ital.)
20
000
2
500
000
0,80
20
100
Shinan (d.)
1946
Clergé séculier
18
000
1
500
000
0,51
7
850
Wuchang (d.)
1929-1946
Francise. (Ét.-Un.)
4
000
2
500
000
0,04
11
300
Puchi (d.)
1923
Clergé séculier
250
700
000
7,31
5
120
Shasi (p. A.)
1936
Franciscains (Ét.-Un.)
9
560
2
000
000
0,8
8
100
Siangyang (d-)
1936
Clergé séculier
15
000
1
100
000
1,33
20
030
Suihsien (p. a.)
1937
Franciscains (Irl.)
12
000
2
000
000
0,44
8
830
IS"" Province
( = Hunan)
Changsha (a. d.)
1856-1946
Franciscains (Ital.)
22
820
5
000
000
0,17
8
950
Changteh (d.)
1879-1946
Augustins
11
400
3
000
000
0,21
6
700
Hengchow (o.)
1930-1946
Franciscains (Ital.)
27
000
3
000
000
0,4
11
360
Yuanling (d.)
1946
Passionnistes
29
886
4
500
000
0,1
5
200
Lichow (p. A.)
1931
Augustins
15
200
2
000
000
0,3
6
090
729
CHINE
730
DIVISIONS ECCLESIAS-
TIQUES ET TERRITOIRES
CIVILS CORRESPONDANTS
DATES
n'ÉRECTION
CONGREGATIONS
RESPONSABLES
SUPERFICIE
NOMBRE
n'iIABITANTS
CATHOLIQUES
% NOMBRE
Paoking (p. a.)
1938
Franciscains (Hongr.)
60
000
1
000
000
0,03
1
590
Siangtan (p. a.)
1937
Franciscains (Ital.)
21
335
4
000
000
0,12
5
100
Yochow (p. A.)
1931
Augustins
12
000
1
600
000
0,5
9
300
Yungchow (p. A.)
1925
Franciscains (Ital.)
44
000
3
500
000
0,4
3
500
14»
Province
(
= Kiangsi)
Nanchang (a. d.)
1838-1 94C
Lazaristes (Franç.)
30
000
3
000
000
0,8
26
000
Kanchow (d.)
1946
Lazaristes (Ét.-Un.)
38
609
2
000
000
0,78
15
690
Kian (o.)
1879-1946
Lazaristes (Ital.)
20
000
3
000
000
0,7
24
000
Nancheng (d.)
1938-1946
M. Étr. S.-Golomban
8
696
500
000
1,6
8
400
Yukiang (o.)
1885-1946
Lazaristes (Ét.-Un.)
36
000
2
500
000
1
25
100
Province
( = Chekiang)
Hangchow (a. d.)
1910-1946
Lazaristes (Franç.)
42
000
6
000
000
0,4
28
000
Ningpo (d.)
1846-1946
Lazaristes (Chin.)
30
000
9
200
000
0,5
50
830
Yungkia (d.)
1949
Clergé séculier
Taichow (o.)
1946
Lazaristes (Chin.)
2
135
2
000
000
0,4
7
820
Lishui (p. A.)
1937
M. Étr. Se. Bluffs
19
000
2
900
000
0,5
6
900
Province
(
= Fukien et Forniose)
Foochow (a. d.)
1696-194(;
Dominic. (Philip.)
29
710
3
000
000
1,24
37
600
Amoy (d.)
1883-1946
Dominic. (Philip.)
70
000
5
000
000
0,33
16
980
Funing (d.)
1923-1946
Dominic. (Philip.)
10
000
I
400
000
3
26
630
Tingehow (o.)
1923-1947
Dominic. (AU.)
20
000
1
200
000
0,3
3
710
Kienow (p. a.)
1938
Dominic. (Êt.-Un.)
17
101
1
300
000
0,1
2
110
Shaowu (p. A.)
1938
Salvatoriens
9
000
300
000
1,5
4
600
Kaohsung (p. a.)
1913-1949
Dominic. (Philip.)
35
000'
6
084
000»
0,2
12
500
Taïpeh (p. a.)
1949
Dis. du Seigneur
Taichung (p. a.)
1950
M. Étr. Maryknoll
17e
Province
(
— wn n fît nn (ï^
Canton (a. d.)
1858-1946
Clergé séculier
43
330
4
600
000
0,3
14
210
Hongkong (n.)
1841-1946
M. Étr. Milan
6
000
3
000
000
0,9
33
000
Kaying (d.)
1929-1946
M. Étr. Maryknoll
67
000
4
000
000
0,5
19
610
Kongmoon (o.)
1928-1946
M. Étr. Maryknoll
40
000
5
000
000
0,16
7
930
Pakhoi (d.)
1920-1946
M. Étr. Paris
37
000
5
000
000
0,3
14
800
Shiuchow (d.)
1930-1946
S. de S.-Fr. de Sales
33
500
2
600
000
0,5
5
600
Swatow (d.)
1914-1946
M. ttr. Pans
20
000
5
000
000
0,6
28
500
Hainan (p. a.)
1 non 1 ciAH
Picpuciens
ouu
ouo
AAA
000
A 1 1
U,l I
900
Macao (D.)
1575
Jésuites
28
5
000
000
0,29
14
630
18'
Province
(
= Kwangsi)
M. Etr. Pans
Nanning (a. d.)
1875-1946
140
000
6
000
000
0,1
7
300
Wuchow (d.)
1930-1946
M. Étr. Maryknoll
34
000
.3
oOU
000
0,5
14
420
Kweilin (p. a.)
1938
M. Htr. Maryknoll
32
380
2
500
000
0,14
3
600
19«
Province
(
= Kweichow)
M. F,tr. Pans
Kweiyang (a. d.)
1846-1946
100.
000
7
000
000
0,35
24
700
Lanlung (o.)
1922-1946
M. Étr. Paris
45
000
1
500
000
0,76
11
420
Shihtsien (p. a.)
1937
S. C. d'Issoudun
40
000
3
000
000
0,2
6
000
20»
Province
(
= Yunnan et Mongolie extérieure)
M. Étr. Paris
Kunming (a. d.)
1840-1946
150
000
8
000
000
0,15
12
000
Chaotung (p. a.)
1935
Clergé séculier
5
000
2
000
000
0,4
8
150
Tali (p. A.)
1931-1938
Pr. S. C. Bétharam
160
000
5
000.
000
0,15
7
620
Urga (m. s. j.)
1922-1924
Miss, de Scheut
1.621
.000
460
.784
.000
3.268
980
Henri Bernard-Maître, s. j.
' Chiffres pour toute l'île de Formose.
* Ne dépend pas de la Congrégation de la Propagande.
731
CHINOIS
(RITES)
732
CHINOIS (RITES). — Il n'est point dans notre
intention de récrire l'article du P. Brucker, S. J., paru
sous le même titre. Chinois (Rites), dans D. T. C. (ii,
2364-91), ou les chapitres de Pastor (spécialement v,
277 sq.), ni même de les préciser à l'aide des plus ré-
centes décisions de Rome (en abrégé dans notre art. du
dictionnaire Catholicisme, ii, 1060-63), mais seulement
de dresser une bibliographie chronologique en résumant
et rectifiant ce que la Bibliotheca missionum de Streit
et Dindinger a développé en des centaines de pages.
Les rites chinois intéressent la pensée chrétienne en
général par la très longue discussion qui s'est déroulée
à leur propos depuis la fin du xvi^ s. jusqu'aux der-
nières décisions du S. -Siège (1939). L'on peut se de-
mander, en effet, s'il y a jamais eu dans l'Église catho-
lique, même aux siècles des grands conciles œcuméni-
ques (iv«-vi« s.), une controverse aussi remarquable
par le nombre et la qualité des participants autant que
par la quantité et l'importance des idées. Sous le
couvert d'appréciations différentes vis-à-vis des cou-
tumes chinoises, il ne s'agissait de rien moins que d'un
conflit entre deux civilisations qui s'étaient dévelop-
pées en s'ignorant l'une l'autre, « comme deux pla-
nètes séparées », disait Leibniz.
L'on peut distinguer dans l'évolution de cette dis-
cussion trois périodes principales : L De la question
des termes à la discussion des rites (1549-1645). II. Les
décisions romaines aux xvii« et xviiie s. (1645-1742).
III. La laïcisation progressive des coutumes chinoises
jusqu'au xx'' s. (1742-1939).
I. De la question des termes a la discussion
DES rites (1549-1645). — A l'exception de certaines
consultations données par des professeurs jésuites de
théologie du Collège romain, la première phase de la
discussion s'est presque tout entière située en Ex-
trême-Orient. Le débat s'est principalement institué,
sauf à partir de 1631, sur la question des termes et
entre membres de la Compagnie de Jésus. Ayant pris
son origine dans la mission du Japon, cette question
a été agitée en Chine, avant de gagner les pays anna-
mites et finalement les îles Philippines : presque tout
l'Extrême-Orient alors abordé par les Européens.
H. Bernard-Maître, S. J., Un dossier bibliogr. de la fin
du XVII^ s. sur la question des termes chinois, dans Recher-
ches de science religieuse, xxxvi, 1949, p. 25-79.
1° S. François Xavier et la mission du Japon (1549-
81). — Nous ne connaissons presque rien des premiers
essais tentés avant S. François Xavier pour traduire
en langue chinoise les vérités chrétiennes : seuls, cer-
tains catéchismes rédigés et imprimés vers la fin du
xvi« s. pour les Chinois des faubourgs de Manille nous
en conserveraient des traces. 11 semble bien que Xavier
lui-même, inspiré par son converti japonais Anjiro
(Paul de Sainte-Foi), les ait ignorés quand il a composé
son premier exposé (non conservé) de la doctrine chré-
tienne pour les Japonais; nous savons seulement qu'un
an environ après avoir débarqué à Kagoshima (15 août
1549) il corrigea profondément les termes employés,
spécialement en ce qui concerne le nom de Dieu,
Dainichi, auquel il substitua un décalque du terme
portugais Dios.
Après la mort de Xavier (2-3 déc. 1552), ses suc-
cesseurs accentuèrent encore la réaction contre l'em-
ploi de termes d'origine bouddhiste; ils en bannirent
une soixantaine environ des plus importants et s'en
tinrent à des « translittérations » de mots européens.
Le confucianisme, ayant pris au Japon l'aspect des
sectes religieuses qui y foisonnaient, ne put jamais y
être considéré comme une académie de lettrés; il fut
englobé par la plupart des missionnaires et des nou-
veaux convertis dans la même réprobation que le
syncrétisme du bouddhisme et du shintoïsme.
G. Schurhammer, Das kirchliche Sprachproblem in der
japanischen Jesuitenmission des 16. und 17. Jhts, Tokio,
1928.
2» Le P. Matthieu Ricci en Chine (1581-1610). — Le
premier jésuite qui, sur l'ordre du visiteur jésuite P.
Valignano, se soit préparé systématiquement à l'entrée
de la Chine, fut le Napolitain Michel Ruggieri (1579).
Dès l'abord, il accepta de se laisser assimiler, comme
S. François Xavier au Japon, avec les bonzes du
bouddhisme. Son premier exposé du christianisme
(1584), peut-être inspiré par ceux de ses confrères du
Japon, renfermait en outre un certain nombre d' « eu-
ropéanismes », ou transcriptions phonétiques de mots
européens. Son successeur immédiat fut le P. Matthieu
Ricci, arrivé à Macao en 1581 et justement considéré
comme le véritable fondateur de la mission. Ricci
s'appliqua, suivant les directives du P. Valignano, à
l'étude approfondie des classiques chinois; après quel-
ques années de séjour, il renonça entièrement à tout ce
qui pouvait le compromettre avec les bonzes du
taoïsme ou du bouddhisme. Il se présenta comme un
lettré du grand Occident. Les planches ayant servi à
l'impression du catéchisme de Ruggieri furent brisées
par lui.
Ainsi, parvint-il à entrer en contact étroit avec le
confucianisme prédominant de l'époque. Il voulut
aussi le purifier en « tirant à lui » le sens un peu dou-
teux des livres classiques et canoniques de la Chine au
sujet de Dieu, de l'âme, des esprits... Parmi les mille
problèmes que lui imposait sa « méthode des tâtonne-
ments », se trouva celui des cérémonies traditionnelles
envers Confucius, les morts et les génies des cités : les
rites chinois proprement dits, par « contradistinction »
des pratiques d'origine bouddhiste et taoïste. L'on n'a
point retrouvé les instructions précises que, d'accord
avec le P. Valignano, il donna sur la pratique de ces
rites aux nouveaux chrétiens, mais l'on connaît avec
exactitude son opinion finale sur leur ancienne portée
religieuse : « Certainement pas idolâtriques et, peut-
être même, pas superstitieux » (Fonti Ricciane, i,
p. 118, 1. 8-9). Ricci aurait donc admis (avec beaucoup
des futurs adversaires des rites chinois) qu'ils étaient
plus probablement superstitieux, mais il espérait en
modifier progressivement la signification (contraire-
ment à la conception fixiste qui prédominera par la
suite dans les discussions). A l'imitation de Ricci, le
P. Robert de Nobili, dans l'Inde tamoule, se présenta
comme un sanyassi romain.
H. Bernard-Maître, Aux portes de la Chine. Les mission-
naires catholiques du XVI" s., 1933; Le P. Matthieu Ricci
et la société chinoise de son temps, 1937 à mettre au point
avec les commentaires mêmes du P. Bicci réédités par le
P. Pasquale d'Elia (Fonti Ricciane, Rome, 1942-1949).
3° La question des termes entre missionnaires jésuites
de la Chine et du Japon (1610-31). — La première
mention explicite de la distinction tranchée entre
rites civils et rites religieux en Chine semble être venue
du P. Nicolas Trigault à propos des funérailles du
P. Ricci {Fonti Ricciane, ii, p. 628, 1. 9-10 : Expleiis
ecclesiasticis ritibus, neophyti politicos suos minime
omisere.... Cette position paraît avoir été admise par
presque tous les missionnaires de l'intérieur de la
Chine jusqu'en 1631.
Par contre, plusieurs jeunes Japonais, entrés dans la
Compagnie de Jésus, firent bruyamment opposition au
vocabulaire, d'origine littéraire, que Ricci avait adopté
pour le christianisme. Ils se virent appuyés par le
P. Nicolas Longobardo, successeur de Ricci comme
supérieur de la mission de Chine. La discussion entre
« japonisants » et « sinicisants » engloba bientôt les
missionnaires de l'Indochine. Elle fut portée jus-
qu'aux autorités de la Compagnie de Jésus à Rome
et résolue par elles en sens divers. Une conférence
733
CHINOIS
(RITES)
734
tenue à Kiating (1628) ne parvint pas à mettre d'accord
les esprits, mais finalement la tendance contraire à
celle du P. Ricci fut réprouvée et un traité du P. Lon-
gobardo contre l'emploi de termes chinois fut con-
damné à être brûlé pour détruire les dernières traces
de cette divergence.
4° Le renouveau de la controverse des termes avec
l'entrée des missionnaires de Manille (1631-45). — Dès
l'époque des grandes découvertes et avant que la Com-
pagnie de Jésus ait été fondée (1540), d'assez vives
différences se manifestèrent, parmi les missionnaires,
entre les adeptes de la méthode d'adaptation et ceux
de la tabula rasa : ainsi au Mexique entre partisans et
adversaires du franciscain Bernard de Sahagun (R.
Ricard, La conquête spirituelle de la Nouvelle-Espagne,
1933). Les îles Philippines suivirent les principes de
l'Amérique latine. Déjà, en 1580-83, le jésuite .\lonso
Sanchez, venu à deux reprises de Manille à Macao,
réprouva certaines « tolérances » de ses confrères d'Ex-
trême-Orient. Ainsi agirent plusieurs « portugali-
sants » de l'Inde, en présence des initiatives du P. de
Nobih vers 1610.
La même surprise fut éprouvée par les premiers
missionnaires non jésuites qui débarquèrent sur les
côtes du Foukien, le dominicain Gocchi en 1631, le
franciscain Antonio a Sancta Maria en 1633. Ce fut
d'abord sur toutes sortes de points qu'ils manifestè-
rent leurs inquiétudes (adoption d'un nom chinois,
port du costume, prêt à intérêt, exhibition publique du
crucifix, etc.). Le problème des rites chinois, particu-
lièrement important dans cette province côtière aux
clans familiaux très puissants, se posa comme un corol-
laire de la question des termes : ce que les uns appe-
laient simples offrandes sur des tables, les autres le
nommaient vrais sacrifices sur vrais autels; les pre-
miers estimaient purement civils des usages que les
seconds considéraient comme religieux. Il aurait fallu
se réunir pour discuter les problèmes, mais la situation
politique et militaire de l'Empire, très confuse à la fin
des Ming, ne permettait point les conférences com-
munes. Dominicains et franciscains soumirent pour-
tant au supérieur des jésuites, Emmanuel Dias l'an-
cien, qui résidait à Macao, un questionnaire très res-
pectueux auquel malheureusement celui-ci, gêné par
les troubles intérieurs de la Chine, ne put donner
immédiatement de réponse. Le siège éi)iscopal de
Macao était vacant; les religieux espagnols usèrent de
leur droit pour porter leur requête à leurs supérieurs
des îles Philippines. Sur ces entrefaites, un jésuite
nommé Roboredo, qui n'avait jamais connu de la
Chine que la cité portugaise de Macao pendant quel-
ques mois, se crut qualifié pour justifier l'attitude
prise par ses confrères chinois, en concédant qu'ils
toléraient des cérémonies proprement religieuses. Quel-
ques années plus tard, le futur martyr du Japon, le P.
Antonio Rubino, fit rédiger à Manille par le jésuite
espagnol Moralès un exposé rectificatif pour expliquer
la véritable méthode des anciens missionnaires de
Chine. Il était trop tard; un appel avait été déjà porté
au S. -Siège pour dirimer cette grave question. La dis-
cussion des rites chinois, issue de la question des
termes, avait cessé d'être confinée en Extrême-Orient;
elle était devenue aussi occidentale.
O. Maus, O. F. M., Die Wiederôfjnang der Framiskaner-
mission in China, 1927; B. liiermann, Die Aniânge der
neueren Dominikanermission in Cliina, 1927; à compléter
par H. Bemard-Maître, Les îles Pliilippines du grand archi-
pel de la Chine. Un essai de conquête spirituelle de l' Extrême-
Orient, 1936.
II. Les décisions romaines aux xvn<^ et xviii" s.
(1645-1742). — Désormais, et jusqu'à la dernière con-
damnation solennelle des rites chinois (11 juill. 1742),
l'on assiste à une sorte de grand dialogue entre l'Occi-
dent et l'Extrême-Orient. D'abord restreint aux cer-
cles proprement missionnaires, il gagne de proche en
proche des milieux de plus en plus étendus, jusqu'à ce
qu'il motive l'envoi de deux ambassades papales à
l'empereur mandchou K'ang-hi. En même temps,
l'opinion publique s'en empare, aussi bien en Chine
qu'en Europe. Elle y mêle les controverses les plus
vives du temps. Sous ce dernier biais, ce serait donc
presque toute l'histoire des idées d'alors qu'il faudrait
ici résumer; nous nous bornerons à énumérer les prin-
cipales décisions ecclésiastiques.
Courte chronologie par H. Cordier, dans Bibliolheca
sinica, u, 869-70, à compléter par les ouvrages que cite
la Bibliotheca missionum des PP. Streit et Dindinger (sur-
tout aux t. V et VII), et par H. Bernard-Maître, La liste
Foucquel du Britisli Muséum sur la controverse des rites
chinois (vers 1728), à paraître prochainement.
1" Deux décisions apparemment contradictoires du S.-
Siège (1645 et 1656), et leur conciliation (1669). — Le
dominicain espagnol Jean Moralez, après un voyage
des plus mouvementés, n'était arrivé enfin à Rome
que peu de temps après le départ de l'envoyé des jé-
suites de Chine, le procureur portugais Alvare de Se-
medo : celui-ci ignorait tout de l'orage qui se préparait
contre ses confrères. L'expwsé de Moralez fut presque
complètement accepté par la Congr. de la Propagande
et, en conséquence, dix-sept réponses furent approu-
vées par le pape Innocent X contre les rites chinois,
le 12 sept. 1645.
Quand cette nouvelle parvint en Chine, la paix
générale y avait été à peu près rétablie, par la dynastie
nouvelle des Ts'ing, et les communications étaient
redevenues presque faciles dans l'Empire. Le supérieur
jésuite de l'intérieur de la Chine fit dresser un contre-
exposé de ce que les missionnaires de la Compagnie de
Jésus estimaient être leur véritable point de vue pour
les n. 1, 2, 8 et 9 du questionnaire de Moralez. Ces
rapports portés à Rome par le P. Martin Martini y
furent à leur tour presque entièrement sanctionnés par
la Congr. de l'Inquisition et approuvés par Alexandre
VII, le 23 mai 1656.
Entre ces deux décisions, il y avait une apparence
de contradiction. La Congr. de l'Inquisition, inter-
rogée par le dominicain Juan Polanco, donna sa ré-
ponse, confirmée par Clément IX, le 13 nov. 1669 : les
deux décrets de 1645 et 1656 restent simultanément
en vigueur, et ils doivent être observés secundum tune
exposita in dubiis. L'on se départagea dès lors suivant
qu'on adoptait le premier ou le second exposé : le
jésuite Martini avait-il rapporté fidèlement l'état des
choses?
Voir Brucker, loc. cit.; Pastor; Streit, toc. cit., et les
ouvrages cités par eux.
2° Les conférences de Canton en 1668 et leurs consé-
quences. — Entre les adversaires et les partisans des
rites (parmi ces derniers se trouvaient deux domini-
cains, dont un Chinois, le futur évêque Grégoire Lopez,
et un Italien, le P. Sarpetri), l'union n'était point aisée
à rétablir. On avait retrouvé une copie mutilée de
l'ancien traité du jésuite Longobardo sur les termes;
le conflit en devint plus ardent. Une circonstance im-
prévue permit aux diverses opinions de s'affronter en
toute liberté et cordialité : par suite de la persécution
provoquée par les adversaires du P. Adam Schall au
Tribunal d'astronomie <le Pékin (1665), vingt-trois
missionnaires de la Chine (dont deux dominicains et le
franciscain Antonio a Sancta Maria) se trouvèrent en-
semble reclus dans la petite résidence de Canton.
Les missionnaires en profitèrent. Durant plus d'un
mois, des conférences furent tenues. Apologies des
rites et contre-apologies furent éciiangées. Finalement
tous signèrent, pour uniformiser leur conduite, un
certain nombre de résolutions, dont une portant sur le
735
CHINOIS
(RITES)
736
« culte » de Confucius avait été obtenue du franciscain
et du P. Navarrete, dominicain, ad duriliam cordis. Le
P. Luis de Gama, visiteur des jésuites, résidait à
Macao sans avoir jamais connu l'intérieur de la Chine;
il modifia deux des articles adoptés, de sa propre ini-
tiative et sans écouter les objections de ses subordon-
nés. Le P. Navarrete se jugea délié de tout engage-
ment; il s'esquiva de Canton vers Macao, pour l'Eu-
rope. Sur le chemin du retour, à Madagascar, il ren-
contra le vicaire apostolique français, Mgr Pallu, et
profita des délais de l'escale pour lui faire part de ce
qu'il avait vu en Chine. Plus tard, le premier tome de
ses souvenirs ou Tratados (1676) fit une manière de
scandale en Espagne; le second tome, bien que déjà
imprimé, fut prohibé par l'Inquisition. Devenu arche-
vêque de Cuba, Navarrete voulut prouver que ses
objections contre les rites chinois ne concernaient
point les personnes et il réclama le concours des jé-
suites pour l'évangélisation de son diocèse.
Il n'en reste pas moins vrai que les écrits de Navar-
rete devinrent l'arsenal où puisèrent, à Rome et en
Europe, les adversaires des anciens missionnaires de
Chine, en particulier les jansénistes. Parmi les jésuites
eux-mêmes, il n'y avait point uniformité parfaite. La
plupart des Pères de l'intérieur de la Chine, comme
Adam Schall et Ferdinand Verbiest, se bornaient à
réclamer le bénéfice d'une probabilité favorable pour
tolérer les cérémonies discutées. A Rome, le général
de la Compagnie de Jésus, Thyrse Gonzalez, voulait, à
l'aide du probabiliorisme, faciliter le salut de tant
d'âmes. Quelques-uns, comme le Père français Le
Comte, allaient plus loin encore en affirmant que
« certainement », au moins à l'origine, le « culte » des
ancêtres et de Confucius n'avait rien de superstitieux.
Cette opinion fut condamnée solennellement par la
Sorbonne en 1700 (cf. Davy, La condamnation en Sor-
bonne des « Nouveaux Mémoires sur la Chine » du
P. Le Comte, dans Recherches de se. rel., juill. 1950,
p. 366-397), sans que la mesure paraisse avoir aucune-
ment influencé le cours des discussions approfondies
qui avaient lieu alors à Rome. Le « certitudinalisme »,
un peu modifié, est encore soutenu par plusieurs histo-
riens actuels des missions. Il a été dépassé par le
figurisme, qui découvrait dans le vieux passé chinois
une bonne partie de l'Ancien et même du Nouveau
Testament (De Prémare, Les vestiges des principaux
dogmes chrétiens tirés des anciens livres chinois, Paris,
1878).
Outre les ouvrages cités de Maas, Biermann, voir un
article d'H. Bosmans, S. J., Lettres inédites de François de
Rougemoiit, dans les Analectes pour servir à l'Iiist. eccl. de la
Belgique, Louvain, III» série, ix, 1913, p. 21-54; Major C. R.
Boxer, A proposito dum livrinho xilogràflco dos Jesuitas
de Pequini, Macao, 1947.
3° Le mandement de Mgr Maigrot (1693) et la décla-
ration de K'ang-hi (1800). — Mgr Pallu, enfin débarqué
sur le continent chinois, n'y avait guère fait son appa-
rition que pour y mourir (1684); mais, parmi les consi-
gnes qu'il léguait à- celui qu'il choisit pour successeur,
M. Maigrot, du séminaire des Missions étrangères, l'une
des plus importantes était celle d'examiner le plus
attentivement possible les rites contestés. Mgr Maigrot
prit son temps; il étudia les livres chinois, il interrogea
discrètement les missionnaires et les lettrés; finale-
ment, il parvint à la conclusion que, dans les circons-
tances présentes, ces pratiques étaient inséparables de
la superstition. En conséquence, il les prohiba dans un
mandement (26 mars 1693) qui, dans son ensemble,
reçut aussitôt l'approbation de beaucoup de mission-
naires, entre autres du franciscain italien Jean de
Leonissa, très estimé par la Congr. de la Propagande
et devenu durant quelque temps vicaire apostolique
de Nankin. Il se trouva même un jésuite, le Français
De Visdelou, reconnu par ses confrères comme le
meilleur connaisseur de la littérature chinoise, pour
admettre aussi la valeur de beaucoup des arguments
de Mgr Maigrot, bien que par déférence pour ses com-
pagnons il s'abstînt d'abord de manifester son senti-
ment en public.
Mgr Maigrot fit porter à Rome son mandement par
un autre membre de la Soc. des Missions étrangères de
Paris, M. Charmot, qui déploya dès lors une activité
industrieuse pour obtenir une approbation complète
du pape Innocent XI. Il ne trouva d'abord en face de
lui, pour lui donner la réplique, que des jésuites
n'étant jamais allés en Chine. C'était insuffisant.
Tandis qu'autour d'eux les passions s'agitaient, les
cardinaux et les consulteurs du S. -Siège, avec une
sérénité impressionnante, se livraient à un examen
minutieux de la question.
Les « Pères de Pékin » mirent beaucoup de temps à
comprendre que leur position n'était pas aussi assurée
qu'ils se l'étaient imaginé. Ils crurent en toute bonne
foi qu'ils résoudraient le problème en sollicitant de
l'empereur K'ang-hi lui-même une interprétation au-
thentique. L'empereur accepta. Cette démarche a été
souvent reprochée aux jésuites de Chine, comme s'ils
avaient invoqué l'intervention d'un pouvoir civil dans
une cause déjà soumise à l'autorité ecclésiastique :
cette critique ne paraît pas justifiée. Par contre, on
peut se demander si, à cette époque, un tel décret,
même porté par l'autocrate K'ang-hi, suffisait à puri-
fier les usages controversés de toute superstition ou
apparence de superstition : les temps n'étaient pas
encore mûrs pour cela. Toujours est-il que la commis-
sion cardinalice de Rome ne paraît pas avoir pris en
considération la décision de K'ang-hi, pas plus d'ail-
leurs que la condamnation du P. Le Comte prononcée
par la Sorbonne. Le 20 nov. 1704, le pape Clément XI
sanctionna un décret de la Congr. de l'Inquisition
qui confirmait le mandement de Mgr Maigrot, mais
il en différa la publication jusqu'au moment où il
aurait été promulgué en Chine.
Bibliographie énumérée par Streit, loc. cit., avec de très
nombreux documents d'archives; Adrien Launay, Hist.
générale de la Société des Missions étrangères, 1894.
4" Les deux ambassades pontificales de Mgr de Tour-
non (8 avr. 1705-28 août 1706) et de Mgr Mezzabarba
(23 sept. 1720-5 mars 1721). — La première ambas-
sade pontificale de Mgr de Tournon a été souvent jugée
avec une extrême sévérité; le légat aurait tout com-
promis par sa manière d'agir. Peut-être oublie-t-on
qu'il avait reçu du Souverain pontife plusieurs consi-
gnes, toutes difficiles à suivre sous un monarque aussi
autoritaire que K'ang-hi, entre autres celle de pro-
mulguer le décret porté contre les rites. Presque au
débarqué (8 avr. 1705) à Canton, Tournon avait pro-
voqué un échange de vues entre deux jésuites français,
le P. de BeauvoUier et le P. de Visdelou. Ce dernier,
ainsi ofiiciellement interrogé, s'était départi de sa
réserve antérieure pour confirmer, en somme, la posi-
tion prônée par Mgr Maigrot et par Rome ; son contra-
dicteur, nouveau venu en Extrême-Orient, avait
adopté une attitude inadmissible par son « certitudi-
nalisme intempérant ». Tournon condamna aussi un
opuscule chinois du P. de Prémare qui, avec les prin-
cipes « figuristes », commençait à retrouver la Bible
dans les vieux livres classiques.
Le 25 janv. 1707, à Nankin, en revenant de Pékin,
Mgr de Tournon signa le mandement (publié le 7 févr.
1707) par lequel il promulguait le décret romain de
1704; il y joignait une série de dispositions de détail
pour les fidèles de Chine. Les deux documents furent
approuvés à Rome, le 25 sept. 1710, dans un décret de
la Congr. de l'Inquisition, confirmé par Clément XI.
737
CHINOIS
(RITES)
738
Ce fut alors qu'on vit les inconvénients de la clé-
marche des n Pères de Pékin » auprès de K'ang-hi.
L'empereur avait engagé son autorité dans l'interpré-
tation qu'il jugeait valable des rites chinois. Il s'estima
directement mis en cause par ces décrets. Il exigea
de tous les missionnaires demeurant en Chine le ser-
ment de se conformer à la méthode du P. Ricci, et il
dépêcha coup sur coup à Rome plusieurs messagers
pour obtenir du pape la « reconsidération » de ses déci-
sions. Par suite de contretemps, aucun de ces envoyés
ne revint en Chine.
Par contre le 19 mars 1715, Clément XI, dans sa
Constitution Ex illa die, renouvela et sanctionna plus
fortement que jamais les décrets antérieurs de la Con-
grégation de l'Inquisition (1704 et 1710). Les mission-
naires de Chine étaient bien décidés à se soumettre
entièrement aux ordres du S. -Siège, mais, dans la pra-
tique, ils se heurtaient à de telles difficultés d'applica-
tion qu'ils envoyèrent à Rome une série de questions;
il y fut donné réponse, dans un document qui ne reçut
pas l'approbation formelle du Souverain pontife, pro-
bablement pour se réserver la possibilité d'approuver
ou de désavouer l'usage qui en serait fait (l'existence
de ce document, envoyé par la Secrétairerie d'État à
Mgr IMezzabarba quand il se trouvait encore à Lis-
bonne, nous est attestée par la lettre que ce dernier
écrivit de Lodi, le 10 oct. 1740, à Mgr Cavalchini;
Acta in causa pastoralis epistolae palriarchae Alexan-
drini, olim legati apostolici in Imperio Sinarum, pars
prior, 1741, p. 15-16). C'est en se fondant sur ces direc-
tives non officielles que Mgr Mezzabarba, envoyé du
pape Clément XI à K'ang-hi, accorda huit permis-
sions promulguées dans un mandement daté de Macao
le 4 nov. 1721.
En plus des nombreux écrits polémiques qu'ont suscités
ces ambassades (Streit, loc. cit., vu), il faut désormais
recourir aux documents chinois, souvent écrits par K'ang-
hi lui-même, dont on trouvera une liste, avec traduction
assez fidèle, dans Antonio Sisto Rosso, ApostoUc légations to
China oj the ISth century, South Pasadena, 1949.
5" La condamnation des rites chinois (1723-42). —
Entre les missionnaires de Chine l'accord ne régnait
pas, même sur les permissions de Mezzabarba. La plu-
part d'entre eux, expulsés de l'Empire, profitèrent de
ce qu'ils se trouvaient rassemblés à Macao pour s'y
réunir sous la présidence de l'évêque de Pékin, Mgr
François de la Purification. Ce dernier, par une lettre
pastorale datée de Macao le 6 juill. 1733 et réitérée le
23 déc. de la même année, imposa d'une manière abso-
lue à tous les missionnaires l'ordre d'user des tempéra-
ments ainsi accordés. Les opposants firent appel à
Rome. Clément XII, par le bref Apostolicae sollicitu-
dinis du 26 sept. 1735, cassa les deux lettres pastorales
de l'évêque de Pékin, en réservant désormais au S.-
Siège le droit d'interpréter la Constitution Ex illa die
de Clément XI.
Une fois de plus, l'étude minutieuse de toute la
question fut reprise par une commission de cardinaux.
Tous les décrets antérieurs furent examinés à nouveau
et, finalement, Benoît XIV, dans sa Constitution Ex
quo singulari du 11 juill. 1742, reprit le texte de la
Constitution de 1715, en annulant les permissions dites
de Mezzabarba et en renforçant les mesures destinées
à assurer l'accomplissement de ses décisions. LTne nou-
veUe formule du serment devait être signée par tous
les missionnaires, et des peines sévères étaient fulmi-
nées contre ceux qui s'y soustrayaient ainsi que contre
leurs supérieurs...
Voir les ouvrages signalés par Streit, loc. cit., et Pastor.
III. La laïcisation progressive des coutumes
CHINOISES jusqu'au xx« S. (1742-1939). — Le dernier
mot semblait donc dit en défaveur des coutumes de la
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
Chine et des pays avoisinants : Non mala quia prohi-
bita, répétaient les Congrégations romaines, sed prohi-
bila quia mala, ce que certains commentateurs décla-
raient intrinsece mala. C'était une exagération. L'évo-
lution de la mentalité des Extrême-Orientaux allait
démontrer que ces cérémonies ne tiraient point leur
« malice » de leur nature, mais seulement de l'exté-
rieur, extrinsece mala, c.-à-d. de la signification qui
leur était communément attribuée par l'opinion pu-
blique. Il fallut, pour le manifester clairement, divers
épisodes dans des régions où avait rayonné la civilisa-
tion chinoise.
1" Mgr Pigneau de Béhaines en Cochinchine (1789-
96). — Mgr Pigneau de Béhaines, de la Société des
Missions étrangères de Paris, a raconté lui-même com-
ment, en 1765, il apporta dans les missions annamites
un décret de la Congr. de la Propagande qui proscri-
vait même toute inclination devant le cadavre d'un
mort. « J'y trouvais, écrit-il, la plus grande opposition
de la part de quelques missionnaires et de beaucoup de
chrétiens..., [mais] j'allais jusqu'à taxer les anciens
missionnaires, qui demandaient du délai, de ténacité,
d'orgueil, etc., peut-être même fus-je la cause qu'au-
cun d'eux n'osa envoyer de réclamation à Rome. »
Quelques années plus tard, en 1789, il ramenait de
France en Cochinchine le petit prince Cahn, baptisé,
fils du puissant empereur Gia-long. Sur ses conseils,
l'enfant refusa de faire les prostrations rituelles d'usage
aux ancêtres défunts. L'empereur Gia-long, étonné et
peiné, eut à ce sujet une longue conférence avec
l'évêque : « Il serait bien à souhaiter, lui dit-il, que cet
usage se puisse concilier avec le christianisme, car,
selon ma manière de voir, il n'y a pas d'autre obstacle
véritable qui puisse empêcher que tout mon royaume
soit chrétien. Si je venais à déclarer là-dessus mes sen-
timents à tous mes sujets, et à leur faire connaître
qu'on ne doit faire cette cérémonie que dans des vues
purement civiles et politiques, que toute croyance à
ce sujet n'est venue que d'une erreur populaire...,
cette conduite de ma part ne pourrait-elle pas excu-
ser les chrétiens et les autoriser à se conformer à cet
usage? »
C'était, pour la Cochinchine, revenir à ce que les
Pères de Pékin avaient, en 1700, obtenu de l'empereur
mandchou K'ang-hi pour la Chine. Mgr Pigneau de
Béhaines se fit, à Rome, l'avocat éloquent de cette
solution; il se heurta aux objections du parti contraire,
consignées dans un échange volumineux de lettres avec
Mgr de Saint-Martin, vicaire apostolique du Se-
tchoan. En réalité, les temps n'étaient pas plus mûrs
pour cette « laïcisation » en Cochinchine qu'en Chine
ou en Corée.
Launay, Hisl. de la mission de Cochinchine, m, 320 sq.;
liist. des missions de Chine. Mission de Se-Tchoan, ii, 21-82.
2° La « term controversy » chez les protestants de Chine
(1806-53). — Avec le renouveau de l'influence occiden-
tale en Extrême-Orient au début du xix« s., des mis-
sionnaires protestants affinèrent, qui recommencèrent
pour leur compte ce que leurs prédécesseurs catholi-
ques avaient expérimenté. Comme eux ils ne tardèrent
pas à se heurter à la difficulté de traduire correctement
en chinois les idées chrétiennes. Ce fut autour du nom
à donner à Dieu que se concentrèrent les débats. Les
catholiques avaient fini par adopter habituellement le
terme T ien-tchou, « Seigneur du ciel ». Les protestants,
s'écartant de cet usage, se divisèrent en deux écoles
principales, suivant qu'ils préféraient le mot Chen,
« Esprit », ou Chang-tsi, « Souverain d'en haut ». A
partir de 1850 environ la traduction américaine de la
Bible adopta Chen, tandis que la traduction anglaise
se rallia à Chang-tsi. La divergence entre eux s'est
prolongée presque jusqu'à nos jours.
H. — XII. — 24 —
739
CHINOIS
(RITES)
740
En ce qui concerne les rites chinois proprement dits,
il n'y eut pas uniformité non plus. Beaucoup de pro-
testants furent encore plus rigides que les catholiques,
comme par ex. en Corée, lors des récentes décisions
romaines.
Kenneth Scott Latonrette, A hislory of Christian missions
in China, 1929, spécialement p. 262-63.
3° Le développement des études historiques (1841-
1920). — Ce qui avait gêné beaucoup la liberté de la
réflexion, aussi bien chez les partisans que chez les
adversaires des rites chinois, c'était le présupposé im-
plicite d'après lequel la ligne de séparation qui existait
entre le superstitieux et le non-superstitieux, et par
conséquent entre le prohibé et le licite, ne pouvait
d'aucune manière être déplacée. A ce fixisme incons-
cient, les leçons de l'histoire devaient apporter pro-
gressivement un démenti. On le constata déjà dans les
Lettres à Mgr de Langres, que publiait en 1841 Mgr Lu-
quet. Bien que les conclusions en fussent défavorables
aux II partisans des rites », on y rendait justice à leurs
préoccupations de départ. Plus tard, le P. Brucker, en
s'inspirant surtout (comme ensuite Pastor) des thèses
des jésuites français du début du xvii« s., s'efforça de
justifier indirectement leur point de vue « certitudina-
liste »; il fut rappelé à l'ordre par la Congr. de la Pro-
pagande. Il ne parvint jamais, même pas dans son
grand article du D. T. C, à réconcilier entièrement
les apparentes divergences que présentaient les déci-
sions romaines.
Un excellent catholique du Japon, l'amiral Yama-
moto, devait en 1920 provoquer une consultation
d'historiens spécialistes sur le sujet. A propos des rites
shintoïstes de son pays, il avait lu attentivement les
travaux de l'abbé Beurrier sur Le culte rendu aux
empereurs romains et de Gaston Boissier sur La reli-
gion romaine. Il croyait y voir comment des rites,
certainement ou plus probablement superstitieux, sont
peu à peu déclarés innocents et même adoptés par
l'Église catholique. Louis Bréhier pour l'Empire
byzantin et Mgr Batiflol pour l'Empire romain con-
clurent eux aussi à cette graduelle « christianisation »
de rites, même idolâtriques.
Mgr Luquet, Lettres à Mgr de Langres, 1841, p. 103 sq.
Brucker, loc. cit. Mgr Batiflol et L. Bréhier, Les survivances
(lu culte shintoïste au Japon, 1920.
4° Les décisions romaines pour le Manchoukouo et le
Japon (1932-35). — Depuis le début du xx« s., avec
les progrès du nationalisme au Japon, les élèves des
écoles se virent de plus en plus contraints à participer
aux cérémonies dites shintoïstes dans les jinja ou
édifices consacrés aux ancêtres. Parallèlement, au
Manchoukouo, les Japonais renforçaient les coutumes
ancestrales de la « Voie royale » (Wang tao), avec les
révérences obligatoires à Gonfucius. Ainsi redevenait
actuel un problème d'autrefois.
Il est vrai que depuis 1898, au moins en ce qui
concernait les rites japonais, des décrets du gouver-
nement établissaient une distinction très nette entre
les rites purement civils que tous devaient pratiquer,
et les rites proprement religieux qui étaient laissés
à la libre élection des fidèles particuliers d'une reli-
gion. Malgré cela, l'attitude des supérieurs catholiques
du Japon restait défiante. « Ce bloc enfariné ne me dit
rien qui vaille » (lettre pastorale de Mgr Combaz,
vicaire apostolique de Nagasaki, 5 nov. 1915).
Cependant, en face des exigences impérieuses des
autorités japonaises, Mgr Mooney, délégué apostoli-
que, donnait en janv. 1933 une réponse plutôt favo-
rable aux cérémonies des jinja : Tolerari potest...
propler gravem rationem, judicio Ordinarii probandam,
accentuée encore le 8 déc. 1933 : « Tout ce qui est sus-
ceptible d'une interprétation raisonnable et commu-
nément admise par l'opinion publique dans le sens de
manifestation nationale ne doit pas être condamné ni
interdit. »
Au Japon, les condamnations des rites chinois
n'avaient été appliquées que par une extension abu-
sive. Par contre, au Manchoukouo, elles étaient bien
régulièrement en vigueur. C'est ce qui explique, sans
doute, que les Ordinaires réunis à Hsinking le 12 mars
1935 sous la présidence de Mgr Gaspais, délégué apos-
tolique, aient apporté plus de nuances dans leur juge-
ment qu'on ne l'avait fait au Japon. Ils distinguè-
rent entre « présence passive ou purement matérielle »
et II coopération active »; ils dressèrent en outre, un
catalogue des actions permises ou prohibées. Leur
lettre collective du 25 mars 1935 au Souverain pontife
fut approuvée par Pie XI, le 16 mai 1936, mais la
Congr. de la Propagande, transmettant cette réponse
à Mgr Gaspais le 28 mai 1936, ajoutait qu'en vertu de
la déclaration officielle de la direction des Cultes au
Manchoukouo du 5 mars 1935 les cérémonies en l'hon-
neur de Confucius « n'ont absolument plus aucun
caractère religieux ». C'était insinuer un principe
beaucoup plus large d'interprétation.
Congrégation de la Propagande à Rome, Sylloge praeci
puorum documentorum recentium Summorum pontificum
S. Congr. de Propaganda Fide, 1939.
5" Le point final à la discussion des rites chino
(1939). — Une fois de plus, ce fut à propos du Japo
que s'annoncèrent les temps nouveaux. Le 18 m
1936, la Congr. de la Propagande promulgua des dire
tives très générales, non seulement pour les cérém
nies des jinja, mais aussi pour les mariages et d'autr
cérémonies privées :
« ...quae, quamvis forte a superstitione originem dux'
rint, ex circumstantiis tamen locorum et personarum
ex communi aestimatione nunc temporis non retinea
nisi sensum urbanitatis et mutuae benevolentiae » (Sy
loge..., cité plus haut, 537-40).
Le pape Pie XI déclara, le 25 mai 1936, que c"
règles non seulement pouvaient mais devaient êt
communiquées aux fidèles (F. Cenci, dans // pensi
missionario, 1940, p. 6-14).
Aussitôt, des questions se posèrent en Corée, dan
les groupes chinois de l'Indonésie, et enfin en Chin
Le 8 déc. 1939, S. S. Pie XII approuva l'instruction d
la Congr. de la Propagande qui étendait définitiv
ment ces principes à la Chine proprement dite :
« Plane compertum est, était-il dit dans le préambul
in Orientalium regionibus nonnullas caeremonias, li"'
antiquitus cum ethnicis ritibus connexae essent, inpra
sentiarum, mutatis saeculorum fluxu moribus et anim'
civilem tantum servare significationem pietatis in ant
natos vel amoris in patriam vel urbanitatis in proximos.
Pour les modalités d'application de ce décret,
demeurait cependant une certame cause d'hésitation
dresserait-on un catalogue d'actions permises ou d
fendues, comme au Manchoukouo? ou bien se conte
terait-on de directives très générales, comme au J
pon? Le 28 févr. 1941, la Congr. de la Propagand
dans sa lettre Mens nostra à Mgr Zanin, délégué apost
lique de Chine {Collectanea commissionis synodalis
Sinis, xiv, juin 1941, p. 562), se déclara catégoriqu
ment pour la seconde solution :
« Absolute evitanda est compositio elenchi caerenion'
rum permissarum vel prohibitaruni, ne oriatur pericul"
reincidendi in discussiones casuisticas, quae siib alia for
renasci facerent querelas antiquas.
« Quando nécessitas postulet, Ordinarii dare quide
possunt régulas et normas générales; respectu tamen
habito ad hoc, quod in tempore versamur transitorio, ne
nimis descendant ad speciûcationes singulas et relinquant
etiam sacerdotibus et bonis christianis laicis in casibus
particularibus, se dirigere secundiim suani conscientiani. •
741
Conclusion. — Les conséquences immédiates de
ces décisions ne se sont point limitées à l'Extrême-
Orient. Elles s'étendirent d'abord, automatiquement,
à l'Inde dont les controverses sur les rites malabares
avaient évolué comme celles sur les rites chinois :
« Super dubium : « Utrum, abolito juramento super riti-
« bus sinensibus, opportunum sit dispensare etiam missio-
• narios in Indiis orientalibus a juramento super ritibus
» malabaricis », Em. ac. Rev. patres huic sacro concilio
christiano nomini propagande praepositi, in plenariis
comitiis die 8 decurrentis mensis aprilis [1940] habitis,
respondendum censuerunt : Affirmative, firma obligatione
de cetero observandi praescripta Benedicti XIV, quatenus
a Sancta Sede non immutata » [surtout de ne point ressus-
citer les controverses anciennes] (Osservatore Romaiio,
15 mai 1940).
Ailleurs encore on bénéficia de ces mêmes décisions.
Far ex. au Congo belge un doute avait surgi sur « la
proposition d'expurger des superstitions les cérémo-
nies funèbres, dites Matanga » (Sylloge..., 576-77);
le 14 juin. 1938, c'est à l'instruction donnée par la
Propagande en 1659 pour la Chine que Rome se réfère,
en citant expressément la phrase :
« NuUum studium ponite, nullaque ratione suadete illis
populis ut ritus suos, consuetudines et mores mutent, modo
non sinl apertissinie reliyioni et bonis moribiis contraria «
(ces mots sont ainsi soulignés dans le document original).
L'on voit donc quel chemin a été franchi en un
siècle et demi. Alors que la Constitution de BenoîtXIV,
en 1742, prohibait les rites, même s'ils n'avaient que
l'apparence de la superstition (speciem superslilionis ) ,
l'instruction renouvelée de la Propagande les accepte
au contraire, à moins qu'ils ne répugnent « très évi-
demment » (apertissinie) à la foi ou aux mœurs. C'est
dans ce contraste d'attitude que l'on saisit peut-être le
mieux la lente adaptation de l'Église catholique, enre-
gistrant les changements de mentalité religieuse, phi-
losophique et civique, chez les habitants de l'Extrême-
Orient.
Nul commentaire plus opportun ne peut, sans
doute, être donné de cette instruction que le texte de
SS. Pie XII dans son encyclique de prise en possession
du siège pontifical (20 oct. 1939) :
« .lesu Christi Ecclesia, utpote fidelissima almae divinae-
que sapientiae custos, non ea pro certo nititur deprimere
vel parvi facere quae peculiares cujusvis nationis notas
proprietatesque constituant quae quidem populi jure
meritociue quasi sacram hereditatem religiose acerrimeque
tueantur. Curas omnes ac normas, quae facultatibus viri-
busque sapienter explicandis temperateque augendis inser-
viunt (quae quidem ex occultis cujusvis stirpis latebris
oriuntur) Ecclesia approbat maternisque votis prosequitur
si modo ofriciis non adversentur quae communis morta-
lium omnium origo communisque destinatio imponant. »
C'est ce qu'en termes élevés rappelle l'encyclique
Euangelii Praecones (2 juin 1951).
Sous cet aspect, la très longue controverse des rites
chinois, bien loin d'être la misérable et stérile discus-
sion que l'on s'imagine souvent, est une étape remar-
quable de la radieuse histoire du christianisme qui se
fraie un chemin dans la mêlée complexe des civilisa-
tions humaines.
Henri Bernard-Maître, s. j.
CHINON, Cainonense (monastère S.-Mexme ou
Maxime), diocèse de Tours. Maxime, disciple de
S. Martin (f 397), après des pèlerinages divers, revint
à Tours et, près de la ville, fonda un monastère (Gré-
goire de Tours, De gloria conf., 22), dont Fortunat
cite l'abbé Flameris. Le successeur de Maxime, Bric-
tius, y construisit l'église (Grégoire de Tours, Hist.
Franc, X, xxxi). A la communauté des moines,
mentionnée jusqu'en 943, succéda, entre 980-1007,
un chapitre de chanoines dont le premier prévôt fut
Archembald. Ce chapitre exista jusqu'en 1790. —
7 42
L'église est en partie carolingienne. Elle a une façade
flanquée de deux tours romanes carrées. A S.-Étienne
sont conservées une pierre tombale du xii« s., qui
recouvrait le tombeau de S. Mexme, et une chape,
ornée d'inscriptions arabes, rapportée sans doute de
la Terre sainte et connue sous le nom de chape de
S. Mexme.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés de l'anc. France,
viii, 17. — Chevalier, T. B., 693. — Cottineau, 773. —
De Galembert, Mém. sur les peintures murales de l'égl.
S.-Mexme, dans Mém. Soc. arch. de Touraine, v, 1855. —
Gall. christ., xiv, 190. — H. Grimaud, Notes historiques sur
Chinon, Tours, 1898. — Mabillon, Ann., i, 10, 11, 124, 169.
R. Van Doren.
CHIOGGIA, Clugia ou Fossa Clodia, ville de la
lagune vénitienne, à 27 km. au sud de Venise, devenue
siège d'un évêché, en 1110, à la suite de la destruction
(1107) de Malamocco (Metamaurum). Les origines de
cet ancien diocèse ne sont point connues. Le premier
évêque dont le nom nous soit parvenu est Félix, que
Jean VIII frappa de peines ecclésiastiques, en 876,
pour avoir refusé de prêter hommage au patriarche
de Grado. Au début du xn« s., la population de Mala-
mocco ayant abandonné la ville, le sénat de Venise
décida le transfert du siège épiscopal à Chioggia, et,
de 1110 à 1139, les évêques portèrent le titre d'évêques
de Malamocco et Chioggia. A cette occasion, les
reliques des martyrs Félix et Fortunat {B. H. L.,
2860), patrons de Malamocco, furent transportées à
Chioggia et l'antique pieve de S. Maria fut élevée au
rang de cathédrale. Suffragante de Grado, Chioggia
passa sous la juridiction de Venise quand, le
8 oct. 1451, cette église devint siège patriarcal.
Relevant politiquement et économiquement de
Venise, Chioggia dépendra aussi de la grande cité
maritime pour la nomination de ses évêques. C'est le
sénat de Venise qui, jusqu'à l'époque napoléonienne,
proposera les candidats en cour de Rome. Son his-
toire est donc intimement liée à celle de la république
de S. -Marc, et Chioggia eut profondément à souffrir,
en 1380-1381, des rivalités vénéto-génoises (guerre de
Chioggia).
De nos jours (1950), le diocèse comprend, sur un
territoire d'environ 1 000 km^, plus de 155 000 âmes.
Sa cathédrale, édifiée, de 1663 à 1674, sur les plans de
Baldassare Longhena, est dédiée à l'Assomption. Le
chapitre fondé au xi« s. a compris un nombre de
membres qui a varié suivant les époques. On compte
actuellement 75 églises ou chapelles, dont 47 sont
paroisses. Mentionnons dans la ville les églises de
S. -Martin (construite en 1392), de S. -Dominique (édi-
fiée à la fin du xiii« s. et restaurée au xviii«), de S. -Ni-
colas (occupée autrefois par les augustins), de la
Ste-Trinité (reconstruite en 1703). Chioggia et son
diocèse ont abrité, au cours des âges, de nombreuses
maisons religieuses. Avec l'antique abbaye bénédic-
tine de la Ste-Trinité et S. -Michel de Brondolo (fondée
au viii« s.; passée aux cisterciens en 1229; supprimée
en 1409, quand les religieux furent unis à ceux de
S. Spirito près de Venise), on y a compté des commu-
nautés de frères mineurs, d'ermites de S. -Augustin,
de frères prêcheurs (1287; supprimés en 1770), de
camaldules (priorat de Cal Maggiore en 1321), de
cisterciens (1512), d'oratoriens (1751), de bénédic-
tines (1496), de capucines (1709).
Liste épiscopale. — a) Évêques de Malamocco :
Félix [I"], 876. — Domenicus [I"], 912 (?), 924. —
Petrus, 960, 967. — Léo [II], 1006. — Domenicus
[II], 1046. — Henricus, 1060, 1074. — Stephanus,
1107. — b) Évêques de Malamocco et de Chioggia :
Henricus Grancarolo, 1110. — Stephanus, 1122. —
Domenicus [III], 1139. — c) Évêques de Chioggia :
Félix [II], date incertaine. — lohannes Faliero, 1162.
CHINOIS (RITES) - CHIOGGIA
743
CHIOGGIA
— CHIOS
744
— Marinus Ruibolo, 1165-80. — Rualdus (Araldus)
Bianco, 1182, 1192. — Domenicus [IV], 1203. —
Félix [III], 1218. — Domenicus Selvo, 1235. — Guido
(Wido), 1236, 1253. — Mattheus, 1265-84. — Huber-
tus, 1284-85. — Bartholomaeus, évêque de Castello,
administr., 1286. — Stefanus Besono (Betano), élu,
1287. — Henricus, O. F. M., 1290-1302. — Roberto,
O. E. S. A., 1302-11. — Ottonello, O. P., 1314-21. —
Andréa Dotto, 1323-37. — Michèle, O. P., 1342-46.
— Pietro de Clusello, O. P., 1346-47. — Benedetto,
1348-53. — Leonardo Cagnoli, 1353-62. — Angelo
Canopeo, 1363-67. — Giovanni de Gamin, O. S. M.,
1369-74. — Nicola, 1374-75. — Nicola Foscarini,
1376-87. — Silvestro, 1387-1400. — Paolo di Giovanni,
1401-10. — [Obédience d'Alexandre V : Cristoforo
Zeno, 1410-11. — Pietro Schiena, O. F. M., 1411-14.
— Benedetto Manfredi, 1415-21.] — Pasqualino Cen-
toferri, O. E. S. A., 1421-57. — Nicola dalle Croci,
1457-62. — Nicola Inversi, O. S. M., 1463-70 (?). —
Giacomo de Rubeis, 1471-79 (?). — Silvestro Daziari,
1480-87. — Bernardino Venier, 1487-1535. — Gio-
vanni Tagliacozzi, 1535-40. — Alberto Paschaleo,
O. P., 1540-43. — lacopo Nacchianti, O. P., 1544-69.
— Francesco Pisani, 1569-72. — Girolamo Negri,
1572-76; f 1586. — Marco Medici, O. P., 1578-83.
— Gabriele Fiamma, 1584-85. — Massimiano Be-
niamo de Crema, O. F. M. Conv., 1585-1601. —
Lorenzo Prezzato, 1601-10. — Raffaele Riva, O. P.,
1610-11. — Angelo Baroni, O. P., 1611-12. — Bar-
tolomeo Cartolari, 1613. — Pietro Paolo Milotti,
1615-18. — Pasquale Grassi, 1619-36. — Francesco
Grassi, 1639-69. — Giov. Antonio Baldi, 1669-79. —
Stefano Rosata, 1684-96. — Antonio Grassi, 1696-
1715. — Giovanni Soffletti, G. R. M., 1716-33. —
Giov. Maria Benzoni, 1733-44. — Paolo Francesco
Giustiniani, 1744-50. — Giannalberto De Grandi,
1750-52. — Vincenzo Bragadin, O. F. M. Cap., 1753-
62. — Giannagostino Gradenigo, O. S. B., 1762-68.
— Giovanni Morosini, O. S. B., 1769-72. — Fede-
rico Maria Giovanelli, 1773-76. — Gian Benedetto
Maria Civran, 1776-94. — Stefano Domenico Sceri-
man, O. P., 1795-1806. — Giuseppe Maria Peruzzi,
1807-15. — Giuseppe Manfrin-Provvedi, 1819-29. —
Antonio Savorin, 1830-40. — Giacomo Foretti, 1842-
67. — Domenico Agostini, 1871-77. — Lodovico Ma-
rangoni, 1877-1908. — Antonio Bassani, 1908-18. —
Domenico Mezzadri, 1920-37. — Giacinto Giov. Am-
brosi, O. F. M. Cap., 1937.
Avec les travaux classiques d'Ughelli, Gams, Eubel-
Gauchat, on pourra consulter : [A.-M. Calcagno], Série de'
oescovi di Malamocco e di Chioggia con alcime memorie
intorno le di loro œzioni, Venise, 1820. — Cappelletti, x,
327-415. — G. Gennari, Sopra V origine del vescovato di
Malamocco, dans Saggi scientiftci e letterari delV Accad. di
Padova, m, part. Il, 1786, p. 272 sq. — Kehr, It. pont.,
vii-2, 114-2,3. — P. Sella et G. Vale, Rationes decimarum
Jialiae, Venetiae... Dalmatia,Bih\. Vaticane, 1941, p. 365-70.
— G. Stefani, Dfzionario corografico del Veneto, Milan, 1854,
p. 195-206. — G. Vianelli, Nuova série de' vescovi di Mala-
mocco e di Chioggia, Venise, 1790. — E. Venturini, Guida
religiosa di Chioggia. Una visita a Chioggia ed ai santnari
délia città e diocesi, Chioggia, 1897.
M.-H. Laurent.
CHIONIA, martyre à Thessalonique, compagne
de Ste Agape. Voir, à ce dernier nom, D. H. G. E., i,
876.
Mart. Hier., éd. Delehaye, 169, 175. — Mart. Rom., 123.
R. Van Doren.
CHIOS (Xfos), évêché de la province des Iles
(Cyclades), dépendant de Rhodes, puis archevêché
indépendant et enfin métropole.
L'île de Chios, dont la capitale porte le même nom,
n'a pas eu une histoire bien différente de ses voisines.
Elle tomba au pouvoir des Perses, fut alliée tantôt
d'Athènes et tantôt de Sparte. Les Romains la pro-
tégèrent, mais ils ne purent empêcher Zénobe, géné-
ral de Mithridate, de s'en emparer, de détruire la ville
et d'emmener les habitants en captivité en Colchidc
(88 av. J.-C). Sylla la délivra quelques années plus
tard (84) et lui donna les droits de ville libre, qu'elle
conserva jusqu'au règne de Vespasien. L'organisation
de l'empire par Dioclétien l'engloba dans la province
des Iles, dont la capitale était Rhodes. Sous les Byzan-
tins, elle fit partie du thème de la mer Égée, dont le
stratège résidait à Chios. A cause des incursions répé-
tées des Arabes, les empereurs prirent soin d'élever
le long de la côte des châteaux forts pour protéger
villes et ports. Après la prise de Constantinople par
les Latins (1204), elle fut une pomme de discorde
entre les Génois et les Vénitiens, puis elle fit momenta-
nément retour à l'empire d'Orient. Les Génois finirent
par s'y établir pour plus de deux siècles (1346-1566).
Ils accordèrent la liberté religieuse aux habitants,
mais ils empêchèrent le métropolite de résider dans
l'île. En s'emparant de celle-ci, les Turcs laissèrent aux
chrétiens assez d'indépendance. Cependant l'occupa-
tion de Chios par les Vénitiens (1690) et par les Russes
(1770) les rendit moins accommodants. L'insurrection
grecque de 1821 s'étendit à l'île, contrairement aux
vœux presque unanimes des habitants, et il s'ensuivit
un massacre épouvantable qui indigna toute l'Europe
(avr. 1822). L'île fut enfin conquise par les Grecs en
nov. 1912.
C'est probablement sous Andronic II (1328-1341)
que l'évêché de Chios fut promu au rang d'archevêché
(H. Gelzer, Ungedruckte und ungeniigend verôffent-
lichle Texte der Notitiae episcopatuum, dans Abh. der
kônigl. bayer. Akad. der Wiss., I™ cl., t. xxi, sect. m,
Munich, 1900, p. 601). Il ne resta pas longtemps à ce
rang, car son titulaire était sûrement métropolite en
août 1342 (Miklosich et MUUer, Acla et diplomata
Graeca Medii Aevi, i, 231). C'est la 67« métropole
dans la liste de la fin du xv« s. (H. Gelzer, loc. cit., 629).
On connaît quelques détails de la vie du diocèse au
xiv« s. Vers 1316, il était sans titulaire. Il fut alors
donné au métropolite de Smyrne, qui ne pouvait
rentrer dans sa ville à cause des Barbares (Turcs). Il
pouvait y exercer les fonctions de son ordre, mais sans
droit au trône (Miklosich et Mûller, op. cit., i, 92-93).
L'évêque avait peut-être été déposé, car le patriarche
de cette époque, Jean XIII Glykys (1315-1318), avait
convoqué le titulaire pour répondre des accusations
portées contre lui par son clergé (Miklosich et MuUer,
op. cit., I, 16). Quelques années avant 1368, le métro-
polite de Chios, empêché de pénétrer dans l'île, avait
exercé les fonctions épiscopales dans l'éparchie
d'Éphèse (Miklosich et Mûller, op. cit., i, 497). En
juin 1339, avr. et août 1342, août 1343, l'archevêque
ou métropolite de Chios prenait part au synode per-
manent de Constantinople (Miklosich et Mûller, op.
cit., I, 193, 227, 230, 231, 237).
De nos jours, le métropolite s'intitule « hypertimos
et exarque de toute l'Ionie ». Sa juridiction s'étend à
toute l'île de Chios et à quelques îlots voisins, c.-à-d.
sur environ 80 000 fidèles. Il y a 118 églises parois-
siales, plus de 350 chapelles particulières ou de confré-
ries, 150 prêtres séculiers, trois monastères d'hommes
avec 80 moines et cinq de femmes avec environ
200 moniales.
Évêques, archevêques et métropolites grecs. — • Try-
phon assista au synode de Constantinople en 450,
puis au concile de Chalcédoine (451) (Mansi, vi,
569 C, 749 B, 757 B, 980 B, 1084 C); il signa la lettre
des évêques de sa province à l'empereur Léon, sur le
meurtre de Proterius d'Alexandrie (458) (ibid., vu,
436 A). — Georges prit part au VI« concile œcumé-
nique (680) (ibid., xi, 616 C, 629 B, 652 B, 680 B).
745
CHIOS
~ CHIRON
746
— Théophane fut au second concile de Nicée (787)
(ibid., XIII, 149 D, 396 D). — Constantin, x« s.
(G. Sclilumberger, Sigillographie de l'empire byzantin,
199). — Nicolas, xi<'-xii'' s. (ibid., 199). — Denys I",
1518; il est signalé comme ancien archevêque entre
1548 et 1566 (Canellakès, XiccKà ôvàAEKTa, 311; Pho-
tinos, Neaijovriaia, 265). — Gabriel I", 1575 (M. Cru-
sius, Turco-Graecia, 506). — Hippolyte, sept. 1576,
déposé en 1593 (Zaviras, Géorrpov Tfjs 'EAAàSos, i, 121 ;
E. Legrand, Bibliogr. hellénique du xrii^ s., iv, 208,
212). — Syméon, mal 1593, t 1610 (dans 'ÉAAriviKÔç
(PiAoÂoyiKÔs SûAAoyos, xv, Suppl., 75; Photinos,
op. cit., 193, n. 3). — Isaïe, 1610-12 (Photinos, op. cz7.,
194). — Néophyte, ? -1617 (A. Papadopoulos-Ke-
rameus, 'AvàAeKTa ÎEpOCToAuiiTiTiKfjs OTOtxuoAoyîas,
IV, 90). — Ignace I", 1617; démissionne le 4 oc-
tobre 1634 (Photinos, op. cit., 216; 'EKKÀTiaiaCTTiKfi
'AAiîÔEia, II, 667, 669). — Mathieu, 4 octobre 1634- ?
(ibid., II, 669). — Cyrille I" Amygdalos, ? ;
interdit en novembre 1639 (ibid., ii, 696). — Par-
thénios, nov. 1639- ? (ibid., ii, 696; 'EX. OiA.
lùAA., XX, Suppl., 115). — Jérémie, févr. 1641- ?
(A. Papadopoulos, 'lepoCToAupriTiKTi pigAioôriKTi, iv,
16). — Gabriel, ? -1652 (Sathas, Bibliotheca Graeca
Medii Aevi, m, 592). — A nouveau Parthénios, 1652;
chassé en 1655 (ibid., m, 592). — A nouveau Gabriel,
1655- 56 (ibid., ni, 592). — Daniel I", vers 1656
('EA. OiA. ZûXA, XX, Suppl., 118). — Néophyte I",sept.
1656- juill. 1657 (Sathas, op. cit., m, 592, 593). —
Gérasime I", juill, 1657; dém. en mars 1658 (ibid.,
m, 593, 594). — Théophane, 30 mars 1659; déposé
en août 1662 (ibid., m, 594, 596). — A nouveau
xNéophyte I", 1662- ? ('EA. OiA. ZûAA., xx, Suppl.,
63). — Jacques, ancien patriarche de Constantinople,
? (Le Quien, i, 934). — Ignace II Néochorès, 1684
(Ricaut, État présent de l'Église grecque, 339). —
Gennade, ? -31 mai 1696 (M. Gédéon, AlOoi Kai
KEpàtJiia, p. pva'). — Grégoire I" Bestarchès, 1696-
1714 (ibid., p. pva'). — Gérasime II, neveu du précé-
dent, chassé le 20 août 1714 (ibid., p. pva'). —
Daniel II, déc. 1726-févr. 1734 ('EA. OiA. ZûAA., xx,
Supp ., 111). — Denys II Samoucrasès, 1746-63 (ibid.,
XX, Suppl., 101; 'EkkA. 'AA., ii, 233). — Nicéphore,
1763-64- ? (Cambouroglou, Mvrineîa 'A6t|Vcôv, ii,
257). — Gabriel III, mai 1779, 1" mai 1789 ('EA.
<DiA. ZÛAA., XII, 25; 'EkkA. 'AXt]Q., ii, 263). — Platon,
vers 1810, pendu par les Turcs en mars 1822 (Blastos,
XiOKà, II, 128, 242). — Daniel III Contoudès, 1823-27
(Photinos, op. cit., 293). — Denys III, août 1827
('Opeo5oÇ(a, VIII, 106). — Grégoire II, vers 1830,
mai 1837 (Photinos, op. cit., 155, 278). — Cyrille II,
avant août 1837. — Cosmas, août 1837-t juin 1839
(M. Gédéon, 'H rîpoïKÔvvriaoç, 212). — Sophrone
Meydandjoglou, 1839-27 sept. 1855 ('EkkA. 'AAiîe.,
XIX, 300, 383). — Grégoire III, 27 sept. 1855-t avr.
1856 (ibid., ii, 444, n. 4). — Néophyte II Drymadès,
17 avr. 1856-24 déc. 1860 (ibid., ni, 483, n. 4). —
Grégoire IV, 24 déc. 1860-août 1877 (ibid., n, 635).
— Ambroise, 24 août 1877-79 (ibid., ii, 635, 667). —
Joachim I" Coccodès, avr. 1789-1" oct. 1884 ('OpSo-
6oÇ(a, VIII, 358). — Constantin Délicanis, 1899-1904
('EkkA. 'AAr|6., xix, 440). — Chrysostome Baliadès,
1904-09 (ibid., xxix, 235). — Jérôme, 1909-févr. 1931
('OpôoSoÇfa, VI, 133-34; ix, 50). — Polycarpe, févr.
1931-janv. 1934 (ibid., ix, 50). — Joachim II, janv.
1936-1944 (ibid., ix, 50). — Pantéleimon, 1945.
Église catholique. — C'est peut-être dans l'île de
Chios que les relations furent les meilleures entre
grecs et latins. En tout cas la population indigène ne
manifestait aucune hostilité envers l'Église catholique
et le clergé orthodoxe se montrait très sympathique.
Les Jésuites, établis dès 1590, prêchaient et donnaient
des missions dans les églises grecques et l'évêque latin
ofTiciait chez les moines grecs. Les Grecs envoyaient
volontiers leurs enfants étudier en Italie et un bon
nombre revinrent à l'unité. Léon Allatius, qui était
de Chios, donne des détails très pittoresques sur cette
collaboration, ainsi que les missionnaires jésuites.
Vers 1682, le métropolite Ignace Néochorès voulut
mettre fin à cette situation. Il s'empara de toutes les
églises catholiques et ramena de gré ou de force les
convertis à l'orthodoxie orientale. Ce fut une tempête
qui ne mit pas fin à l'apostolat, mais celui-ci alla en
diminuant à mesure que se répandaient les préjugés
contre Rome et le catholicisme.
Au moment de la prise de la ville par les Turcs
(1566), les catholiques étaient 4 000 environ. Beau-
coup partirent pour leur pays d'origine et leur nombre
diminua encore d'année en année. En 1604, ils possé-
daient toujours la cathédrale Ste-Marie, mais elle
n'avait plus ni chanoines ni revenus. Le diocèse ne
compte plus aujourd'hui que 150 fidèles avec deux
prêtres séculiers et un capucin. Les sœurs de S. -Joseph
de l'Apparition tiennent une école.
La succession épiscopale s'est maintenue jusqu'à
nos jours : Rufin, 1322. — Gilifort, O. P., ? . —
Jean, O. P., 12 juin 1329-t 1330. — Oddoin, 21 avr.
1343-t 1349. — Benoît de Pupio, O. P., 8 juill. 1349-
t 1350. — Manfred de Coronato, O. F. M., 21 juill.
1360-t 1365. — Hugues de Flavigny, O. F. M.,
19 janv. 1384- ? . — Jean-Baptiste, 24 mai 1391- ?.
— Charles Giustiniani, 1" sept. 1395- ? . — Thomas
Palavicini, 6 févr. 1400-t 1409. — Laurent Pala-
vicini, août 1409-1424? — Louis, O. S.A., 1424, 1434.
— Antoine Palavicini, 31 juill. 1450- ? . — Jérôme
de Camulio, O. F. M., 31 déc. 1470- f 1498. — Paul I"
de Monclia, 1" févr. 1499-t 1502. — Benoît I" Gius-
tiniani, 16 nov. 1502-t 1533. — Jean Vigier de Vora-
gine, O. F. M. Conv., 14 janv. 1534-1550. — Paul II
de Flisca, 27 juin 1550-1564. — Timothée Giusti-
niani, O. P., 14 avr. 1564-5 avr. 1568. — Benoît II
Garetto, O. F. M. Obs., 30 janv. 1571-t 1599. —
Jérôme II Giustiniani, O. P., 15 déc. 1599-1604? —
Marc Giustiniani, O. P., 31 mai 1604-t 1642. — An-
dré Soffiani, 10 mars 1642-avant 1673. — Léonard
Ballerini, évêque de Philadelphie, coadjuteur depuis
le 14 mai 1648; passe à Corinthe en 1698. — Phi-
lippe Bavestrelli, 30 sept. 1720-1754? — Jean-Bap-
tiste Bavestrelli, 16 sept. 1754-août 1772. — Jean-
Antoine Wuclà, 12 juill. 1773- ? — Pierre-Antoine
Craveri, O. F. M., 19 déc. 1784-7 avr. 1788. — Nicolas
Timoni, 15 sept. 1788-3 juin 1796. — Vincent Coressi,
24 juill. 1797; dém. avant déc. 1814. — François-
Xavier Dragopoli, 19 déc. 1814-1822. — Louis Car-
delli, archevêque de Smyrne, administr., 29 sept.
1826-1830. — Ignace Giustiniani, 15 mars 1830-
t 10 mars 1875. — André Timoni, 30 juill. 1875-
mai 1879. — Ignace Giustiniani, mai 1879-t avant
le 23 nov. 1884. — Fidèle Abbati, 27 mars 1885;
dém. en 1890. — Denys Nicolosi, 6 juin 1890-t 24 juin
1916. — Nicolas Charikiopoulo, 3 janv. 1917.-t juill.
1939.
G. I. Zolotas, ■lo-ropia Trjs Xlou, 5 vol., Athènes, 1921-
1928. — Smith, Dictionanj of Greek and Roman geography,
I, 609-11. — Burchner, dans Pauly-Wissowa, m, 2297-98.
— MEyàAii IXAriviK^i èyKUKÀOTraiSEia, xxiv, 604-21. — Le
Quien, i, 931-34; ni, 1061-68. — Gams, 448; Suppl., 91.
— C. Eubel, I, 191; n, 141; m, 181; iv, 149.
R. Janin.
CHIOZZA (Joseph), théologien augustin
(xviii« s.). VoirD. T. C, n, 2391.
[ CHIRON, Chironensis, Kironensis, Kyronensis,
1 évêché latin de l'île de Crète. Ce nom est la déforma-
I tion du mot grec XEppôvqaos ou Xepcrôvvnaoç. L'évê-
I ché latin remplaça l'évêché grec, supprimé par les
747
CHIRON — CHIUSI
748
Vénitiens quand ils furent maîtres de l'île en 1210
(cf. art. Chersonnèse, n. 1, xii, 635). L'église cathé-
drale s'appelait Ste-Marie-de-Bethléhem. Elle était
tombée entre les mains des laïcs, quand un décret
du sénat de Venise la fit rendre à son légitime posses-
seur (13 avr. 1443) (Fl. Cornelio, Creta sacra, ii,
Venise, 1755, p. 113-114). L'évêché avait des biens
considérables, mais l'administration des laïcs avait
réduit les revenus de 2 000 livres à 200 (ibid., 113).
A cause de cette situation financière difficile, l'église
cathédrale n'avait plus que deux chanoines résidents
sur six (ibid., 106).
Le premier titulaire connu, Marin, déposé par le
patriarche de Constantinople, fut rétabli le 7 oct. 1252.
— Paganus, 19 avr. 1257. — Léonard, vers 1290,
t avant 1306. — Boniface Donoratico, O. P., 17 févr.
1306-1328. — Jean I", 4 juill. 1328- ? . — Fran-
çois I", ? -t 1359. — Jean II de Canali, O. F. M.,
21 oct. 1359-t 1374. — André Laurenti, O. F. M.,
14 juill. 1374-t avant avr. 1377. — Julien Angeli,
O. P., 6 avr. 1377- ? . — François II de Pavonibus,
26 sept. 1398-1406. — Jacques, 1" mars 1406- ? . —
Nicolas I" Catanigo, 3 mars 1410-t avant mai 1428.
— François III Premarino, 17 mai 1428-1464 (?).
— Marc de Nona, 15 févr. 1465-t avant févr. 1483. —
Nicolas II de Monte, 14 févr. 1483- ? . — En 1515,
l'évêché de Chiron fut uni temporairement à celui de
Monembasia, dont le titulaire était André. • — Fran-
çois IV Dandolo, 2 oct. 1521-t 1526. — Le 17 oct.
1526, l'évêché fut uni ad viiam à celui d'Ario, en
faveur de Barthélémy, évêque de cette ville. — Marc-
Antoine Adantino, O. F. M. Obs., évêque d'Ario,
20 oct. 1538- ? . — Tite, ? . — Le 16 févr. 1543,
l'évêché fut uni temporairement à celui de Milopo-
tamo. — Jean-François Verdura, 7 juin 1549-1572.
— Jules Fioretti, O. F. M., 5 sept. 1572-t 1587. —
Jean-Baptiste Bernini, O. F. M. Conv., 7 août 1587-
t 1605. — Dominique Mudati, 10 oct. 1605- ? . —
Pierre, 1637. — La conquête de la Crète par les Turcs,
en 1645, fit disparaître tous les évêchés latins de l'île.
Le Quien, m, 915-18. — FI. Cornelio, Creta sacra, n,
Venise, 1755, p. 105-21. — C. Eubel, i, 192; ii, 142; m, 181.
R. Janin.
CHISSERY. Voir Chézery.
1. CH ISSEY (AiMON de). Prieur du prieuré
bénédictin de Mégève (Hte-Savoie), il fut nommé
évêque de Grenoble par Clément VII, le 20 janv. 1388.
Son transfert à Lausanne, le 30 juin 1410, resta sans
effet. Le 24 oct. 1427, il quitta Grenoble pour Nice et
mourut en 1428. Son activité dans le Dauphiné est
attestée par un registre des visites épiscopales accom-
plies de 1389 à 1414 et par une liste des ordinations
réalisées de 1397 à 1408 (U. Chevalier, Visites pasto-
rales et ordinations des évêques de Grenoble de la maison
de Chissey, dans Doçum. inédits sur le Dauphiné, 4« li-
vraison, Lyon, 1874, p. 49-156). La situation du clergé
est dépeinte en traits plutôt affligeants. L'évêque
déploya un zèle parfait pour corriger les abus exis-
tants. En 1407, il fit édifier dans sa cathédrale un
mausolée destiné à la sépulture des prélats qui lui
succéderaient et, en 1424, rue Chinoise, un hôpital
réservé aux pèlerins et aux pauvres voyageurs. Des
statuts synodaux furent donnés au diocèse en 1415.
Gall. christ., xvi, 251. — N. Chorier, Hist. gén. du Dau-
phiné, Grenoble, 1661-1672, ii, 420.
G. MOLLAT.
2. CH ISSEY (Jean de). Benoît XII le pourvut
du siège de Grenoble, le 17 déc. 1337. A cette époque,
il n'était que clerc et chanoine de Genève. Sa consé-
cration eut lieu après le 27 janv. 1338 (J.-M. Vidal,
Lettres communes de Benoit XII, n. 233). Nous possé-
dons encore un registre des visites pastorales qu'il
exécuta dans son diocèse du 7 août 1339 au 14 sept,
et du 8 janv. au 8 juin 1340, ainsi qu'un relevé des
frais du voyage fait en Avignon en sept, et oct. 1339.
(U. Chevalier, Visites pastorales et ordinations des
évêques de Grenoble de la maison de Chissey, dans
Docum. inédits sur le Dauphiné, 4' livraison, Lyon,
1874, p. 1-32). Le prélat se montra toujours serviteur
dévoué à l'égard du dauphin Humbert II, qui lui
laissa l'administration de ses États durant l'expédi-
tion malheureuse contre les Turcs. C'est lui, semble-
t-il, qui l'encouragea à revêtir la robe des frères prê-
cheurs et à céder le Dauphiné au roi de France. Il
mourut en déc. 1350 à Paris.
Gall. christ., xvi, 247-49. — Valbonnais, Hist. de Dau-
phiné et des princes qui ont porté le nom de Dauphins,
Genève, 1721-1722, passim.
G. MoLLAT.
3. CHISSEY (Raoul de). Il était chanoine de
Genève quand Clément VI lui donna l'évêché de
Grenoble, le 16 sept. 1350. Lui aussi a laissé un journal
intéressant relativement aux visites pastorales exé-
cutées dans son diocèse (U. Chevalier, Visites pasto-
rales et ordinations des évêques de Grenoble de la maison
de Chissey, dans Docum. inédits sur le Dauphiné,
4« livraison, Lyon, 1874, p. 33-48). Clément VII le
transféra à Tarentaise le 28 févr. 1380. Son séjour
dans cette métropole ne fut pas long, car sa mort
survint en 1385.
Gall. christ., xii, 711, et xvi, 249-50. — N. Chorier, H
gén. du Dauphiné, Grenoble, 1661-1672, li. — Valbonnais,
Hist. de Dauphiné..., Genève, 1721-1722.
G. MoLLAT.
CHITTAGONG, évêché de Bengale (Indes
anglaises), suffragant de Calcutta, détaché de Dacca
le 25 janv. 1927 et confié aux croisiers canadiens.
Évêque. — A. A. Lepailleur, 18 juin 1927.
L. Van Hee.
CHIUHAHUA, Chihuahuensis, évêché du Mexi-
que, situé à l'extrême nord du pays. Avant la con-
quête, cette région avait été habitée par les Aztèques
et d'autres peuples. A. Nùnez de Cabeza de Vaca et
Oviedo furent les premiers à l'explorer. En 1620, le
jésuite Jean Font en inaugura l'évangélisation ; il
y mourut martyr. La conversion du pays exigea
d'autres martyrs encore : les jésuites J. Pascual et
N. Martinez, quinze indigènes, deux franciscains, etc.
Les premières négociations en vue de l'érection de ce
diocèse datent de 1875; mais il ne fut créé que le
23 janv. 1891 (bulle Illud imprimis) : suffragant de
Durango, il est le diocèse le plus étendu de la répu-
blique : 245 612 km'', y compris la mission de Tara-
humara (24 640 km^). Il compte 747 650 habitants
(50 000 à la mission), dont 704 500 catholiques,
60 prêtres séculiers et une vingtaine de religieux,
presque tous jésuites et destinés la plupart à la mission
de Tarahumara; 240 églises ou chapelles. Cinq des
56 paroisses dépendent directement du siège épisco-
pal, cinq de la mission de Tarahumara et 46 sont
groupés en 4 vicaLries.
Évêques. — José de Jesùs Ortiz y Rodriguez, 1893-
1901. — Nicolâs Pérez Glavilân, 1902-1919. — Anto-
nio Guizar y Valencia, 1920.
•J. Bravo Ugarte, S. J., Diôcesis y obispos de la lylesia
mexicana, Mexico, 1941, p. 30. — A. Galindo Mendoza,
Apuntes geogr. y estad. de la Igl. cat. en México, Mexico,
1945, p. 53. — M. Ocampo, S. J., Hist. de la misiôii de la
Tarahumara, Mexico, 1950.
Fl. Pérez.
CHIUSI. Voir aussi Cluse.
1 . CHIUSI, Le Chiuse, de Clusis, dans le dioc. de
Camerino, aujourd'hui Fabriano, près de Pierosara,
sur le Sentino. Sous les vocables de S. -Victor, Notre-
749
cmusi — cm
USI ET PIENZA
750
Dame et S.-Benoît, une abbaye y fut fondée vers
1007. Elle appartint d'abord aux bénédictins, passa
aux camaldules (1189) et ensuite aux olivétains. Sup-
primée en 1406 par Innocent VII, ses biens furent
unis à Ste-Catherine de Fabriano, établie peu aupa-
ravant.
Cottineau, 776-77. — Kehr, It. pont., iv, 124. — Lancel-
loti, Hist. olivet., 177. — O. Marcoaldi, Cenni storici...
délia città e commune di Fabriano, Fabriano, 1874. — Mita-
relli, Ann. camald., i, 289. — R. Sassi, Due documenti
capitali su le origini del monaslero di S. Vittore délie Chiuse,
dans Ross, marchigiana, 1930, p. 535-53.
R. Van Doren.
2. CHIUSI ET PIENZA (Clusium et Pientia).
Ville de Toscane (prov. de Sienne), à l'extrémité sud
du Val di Chiana, Chiusi fut un centre important dès
le v» s. av. J.-C. (R. Bianchi-Bandinelli, Clu$ium,
dans Monumenti anlichi pubbl. dalV Accad. dei Lin-
cei, xxx-2, 1925). Ainsi qu'en témoignent les inscrip-
tions retrouvées (C. /. L., xi-1, 2532-82) dans deux
catacombes (Ste-Catherine et*^ Ste-Mustiole), Chiusi
posséda, dès le rii« s., une florissante communauté
chrétienne, dont l'origine a été attribuée, par une
tradition mal assurée, à l'un des sept évêques que
S. Pierre aurait dépêchés vers les Gaules. Le premier
évêque dont l'existence soit certaine est Lucius Petro-
nius Dexter, qui, né à l'époque de S. Cyprien de Car-
thage, fut enseveli à Ste-Mustiole, le 11 déc. 322. La
liste épiscopale présente, pour les siècles qui suivent,
des lacunes nombreuses. Seuls les noms de deux
évêques nous sont connus pour les vie et vu" s. : Flo-
rentinus, auquel Pélage I" adressa une lettre vers 558,
et Ecclesius, que Grégoire I" chargea, en 600, de
consacrer l'évêque de Bagnorea; et c'est seulement à
partir de la deuxième moitié du x® s. qu'il est possible
de savoir, avec une certaine précision, les prélats qui
occupèrent ce siège. L'extension du monastère de
S. Salvatore à Monte Amiata entraîna, au cours du
Moyen Age, une suite de contestations entre la puis-
sante abbaye et le diocèse, dont la population fut
décimée par les guerres et les fièvres.
En 1459, Chiusi, qui relevait directement du
S. -Siège, fut placé par Pie II sous la juridiction de
Sienne, devenue métropole. Trois ans après, le même
pontife détachait de son territoire une partie des
paroisses qui formèrent les diocèses de Pienza et de
Montalcino, élevant au rang d'église cathédrale les
pieve de S. Giovanni à Corsignano (Pienza) et de
S. Salvatore à Montalcino. Ces deux nouveaux dio-
cèses, tout en relevant immédiatement du S. -Siège,
demeurèrent sous l'autorité d'un unique évêque, jus-
qu'au jour où Clément VII détacha (1528) temporai-
rement Montalcino de Pienza. Cette décision fut
reprise, en 1600, par Clément VIII, et désormais les
deux sièges furent indépendants l'un de l'autre. En
1772, Clément XIV décréta que, dans l'avenir, l'Église
de Chiusi serait unie aeque principaliter à celle de
Pienza. Chacune des cathédrales aurait son chapitre
et conserverait ses privilèges. Chiusi resterait suffra-
gante de Sienne et Pienza continuerait à relever de
Rome. Un unique évêque serait placé à leur tête,
avec l'obligation de résider six mois à Pienza et six
mois à Chiusi.
Le territoire du diocèse de Chiusi et Pienza, qui
couvre de nos jours (1950) une superficie de 1 168 km^,
a subi au cours des siècles d'importantes modifica-
tions. Sans qu'on puisse déterminer son étendue aux
premiers temps du christianisme, ni même au cours
du haut Moyen Age, il est certain qu'il comprenait,
en 1191, 28 pieve et un nombre encore plus considé-
rable d'églises. Une liste des lieux de culte soumis à
la décime pontificale nous a été conservée pour les
années 1275-1276 et 1302-1303 (M. Giusti et P. Guidi,
Rationes decimarum Italiue, Tuscia, Bibl. Vaticane,
1932-1942, I, 121-31; ii, 159-74). Après cette date, le
diocèse de Chiusi a subi cinq démembrements succes-
sifs. Le premier eut lieu sous Jean XXII, lors de la
création du diocèse de Cortone, en 1325; le second, en
1462, quand Pie II éleva au rang de cathédrale Pienza
et Montalcino; le troisième, en 1561, lors de l'érection
du diocèse de Montepulciano par Pie IV ; le quatrième,
en 1601, quand Clément VIII créa le siège épiscopal de
Città délia Pieve; le cinquième, enfin, quand, en
1772, Clément XIV détacha de Chiusi diverses
paroisses pour les rattacher à Montalcino.
De nos jours, le diocèse de Chiusi et Pienza com-
prend plus de 65 000 âmes réparties en 61 paroisses.
La cathédrale de Chiusi, dédiée à S. Secondien, fut
restaurée en 1877; elle présente, avec des substruc-
tures du vi» s., un portail roman du xii« s. Celle de
Pienza, édifiée, avec une certaine hâte, sur les ordres
de Pie II, a été restaurée de nos jours (A. Barbacci,
L'ediflcazione e il decadimenio del duomo di Pienza,
dans Boll. d'arte, nouv. sér., x, 1930-1931, p. 317-35;
Il duomo di Pienza e i suoi restauri. Sienne, 1934).
Le diocèse a possédé sur son territoire de nombreux
monastères, telles les abbayes de : S. Salvatore à Monte
Amiata (Chiusi), occupée d'abord par des bénédic-
tins, puis en 1230 par des cisterciens, supprimée en
1782; Monte Oliveto Maggiore (Pienza), fondée en
1320, berceau de la branche bénédictine des olivé-
tains; Camprena (Pienza), fondée, vers 1324, par les
olivétains, supprimée au xviii» s.; S. Pietro in Cam-
po (Pienza), fondée avant 1031 par des bénédictins,
devenue possession des camaldules en 1147, unie au
monastère de la Rosa en 1324; Sicilla a Petrojo
(Pienza), occupée par des bénédictins, cédée en 1440
aux olivétains, qui l'abandonnèrent en 1810; Spineta
(Chiusi), fondée en 1112 et occupée par des vallom-
brosiens, passée aux cisterciens en 1627, qui la conser-
vèrent jusqu'en 1783, date où le monastère devint la
propriété de l'hôpital des Innocents à Florence.
On peut de même mentionner au cours des siècles
l'existence de communautés diverses : augustins, puis
frères mineurs réformés à Ste-Mustiole, près de Chiusi;
mineurs conventuels à S. Francesco de Chiusi, à
S. Francesco de Pienza et à Radicofani; silvestrins
à S. Maria de Chiusi, etc.
Liste épiscopale. — a) Diocèse de Chiusi. — Lucius
Petronius Dexter, 322. — Florentinus, 558. — • Eccle-
sius, 600. — Petrus \l<"], 1049, 1051. — lohannes,
1056. — Lanfrancus [I"], 1066, 1098. — Petrus [II],
1116, 1126. — Martinus, 1146. — Rainerius, 1176. —
Léo, 1179. — Theobaldus [II], 1191. — Lanfrancus
[II], 1200. — Gualfredus [I"], 1210. — Ermannus,
1215, 1230. — Gualfredus [II], 1231. — Pisanus,
1237. — Gratianus, t 1245. — Frigerius, 1245-48.
— Petrus [III], 1250. — Rainerius [II], 1260-72. —
Petrus [IV], 1272-99. — Masseo de' Medici, O. P.,
1299-1313. — Matteo Orsini, O. F. M., 1317-22. —
Leonardo, évêque de Catane, administr. de Chiusi,
1322-27. — Rainerio de Montepulciano, 1327-42. —
Angelo de Montepulciano, 1343-48. — Francesco
Atti, 1348-53. — Biasio, O. Cist., 1353-57. — Biasio de
San Gemino, 1357. — lacopo Tolomei, O. F. M., 1383-
84. — Clémente Cennino, 1384. — Matteo, 1388-93.
— Aduardo Michelozzi, O. F. M., 1393-1404. —
Antonio, O. S. B., 1404. — [Obédience d'Alexandre V :
Elia de Sienne, O. F. M., 1410. — Biasio Ermano,
1410-18]. — Pietro Paolo Bertini, 1418-37. — Alessio
Cesari, 1437-60. — Lorenzo Mancini, 1483. — Anto-
nio, t 1497. — Sinolfo des comtes de Castel di Lotario,
1497-1503. — Bonifacio des comtes de Castel di Lota-
rio, 1503-04. — Nicola Buonafede, 1504-32. — Bar-
tolomeo Farratini, 1533-34. — Gregorio Magalotti,
1534-37. — Card. Guido Ascanio Sforza, administr.,
751
CHIUSI ET PIENZA
- CHMIELECKI
752
janv.-avr. 1538. — Giorgio Andreassi, 1538-44. —
Gard. Bartolomeo Guidiccioni, administr., 1544-45.
— Giovanni Ricci, 1545-54. — Gard. Guido Ascanio
Sforza, administr., 1554-55. — Figliuccio de' Figliucci,
1555-58. — Salvatore Pacini, 1558-81. — Masseo
Bardi, O. F. M., 1582-97. — Lodovico Martelli, 1597-
1601. — - Fausto Malari, 1602-07. — Orazio Spannoc-
clii, 1609-20. — Alfonso Petrucci, 1620-33. — Giam-
battista Piccolomini, 1633-37. — Ippolito Gampioni,
O. S. B., 1637-47. — - Garlo de' Vecchi, 1648-57. —
Alessandro Piccolomini, 1657-63. — Marcantonio
Marescotti, 1664-81. — Lucio Borghesi, 1682-1705.
41. — Francesco Piccolomini, 1741-45. — Pio Magna-
ni, 1745-47. — Giustino Bagnesi, 1748-72. Le 17 juin
1772, Glément XIV unit aeque principaliter le diocèse
de Chiusi à celui de Pienza.
d) Diocèse de Chiusi-Pienza. — Giustino Bagnesi,
1772-75. — Giuseppe Pannilini, 1775-1820. — Gia-
cinto Pippi, 1820-39. — Giambattista Ciofl, 1843-71.
— Raffaele Bianchi, 1872-89. — Giacomo Bellucci.j
1889-1917. — Giuseppe Conti, 1917-41. — Carlo]
Baldini, 1941.
Avec les travaux classiques d'Ughelli, Gains, Eubel et|
Gauchat, on consultera : F. Bargagli Petrucci, Montepul-
CHIUSI
■ Limites du diocèse de CMvsi auWs (1303J
- Limites des diocèses auxiCs.(ts5o}
D'aprej MOiwm et PÇuuà
fUUiones Deamaruni ItaUu» JuscisK
DIOCESE DAREZZO
DIOCÈSE DE SIENNE
DIOCESE D'ORVIETO
Fig. 108. — Limites du diocèse de Chiusi en 1303.
Gaetano Bargagli, 1706. A sa mort, le siège de Chiusi
demeura vacant jusqu'en 1772.
b) Diocèse de Pienza-Montalcino. — Giovanni
Cinughi, 1462-70. — Tommaso Testa Piccolomini,
1470-82. — Agostino Patrizi, 1482 [1484]-1496. —
Gard. Francesco Piccolomini, 1496-98. — Girolamo
[I"] Piccolomini, 1498-1510. — Girolamo [II] Pic-
colomini, 1510-28. Le siège de Montalcino est détaché
de celui de Pienza.
c) Diocèse de Pienza. — Alessandro Piccolomini,
1528-63. — Francesco Maria Piccolomini, 1563-99. —
Gioia Dracomani, 1599-1630. — Scipione D'Elci,
1631-36. — Ippolito Borghesi, 1636-37. — Giovanni
Spennati, 1637-58. — Giocondo Turamini, 1664-65.
— Giovanni Checconi, 1665-68. — Girolamo Borghesi,
1668-98. — Antonio Forteguerra, 1698-1714. —
Ascanio Silvestri, 1714-22. — Ginugo Settimio, 1725-
ciano, Chiusi e la Val di Chiana senese, Bergame, 1910. —
Cappelletti, xvii, 561-632. — Kehr, //. pont., m, 231-52.
— Lanzoni, 353-54. — Fr. Liverani, Le calacombe e anli-
chità cristiane di Chiusi descritte, Sienne, 1872. — G.-B.
Mannucci, Pienza, Pienza, 1927. — E. Repetti, Dizionario
geograflco... délia To.icana, Florence, 1833-1841, i, 721-22;
III, 299-301; iv, 201-02.
M. -H. Laurent.
CHIVIIELECKI (Gasimir), prêtre, archéologue.
Né en 1880 à Brzusce, en Poméranie polonaise, fit ses
études aux gymnases allemands de Koscierzyna et de
Chojnice, puis au séminaire de Pelplin. En compagnie
de ses camarades du séminaire, il entreprit des fouilles
dans le district de Kartuzy et découvrit en onze loca-
lités des tombes préhistoriques. Il publia les résultats
de ces découvertes dans l'Ann. de la Soc. scient, de
Torun (vol. xi, Torun, 1904, et vol. suiv.). Ordonné
prêtre en 1904, il fut successivement vicaire à Chelmno
753
CHMIELECKI
— CHOCQUES
754
(Culm), Grzybno et Brodnica, puis curé à Wabcz
(1910-1927). Il profita de ses loisirs pour mettre en
ordre le musée de la Soc. scientifique de Torun et
publia, outre un Guide de ce musée, une dissertation
archéologique : Czlowiek przedhistoryczny w Prusiech
zachodnich (L'homme préhistorique dans la Prusse
occidentale). Il fit encore des fouilles en une douzaine
de localités rte Poniéranie, surtout à Lyniec, où il mit
au jour tout un vaste cimetière préhistorique, et
déposa au musée de Torun tous les objets découverts
(voir son étude V\' obronie siekierek bronzowych [Dé-
fense des haches de bronze], dans Zapiski Tow. Nau-
koivego, ii, Torun, 1913, p. Go-87). Il se démit de sa
cure en 1927, fut employé quelque temps comme
archiviste du diocèse, puis s'établit en la maison des
prêtres retraités, où il mourut le 28 mai 1929.
Wl. Lega, C. Ch., dans Polski Slownik biograftczny, m,
Cracovie, 1937, p. 317-18.
J. OSTROWSKI.
CHM lELEWSKI (Procope), évêque grec uni
de Przemysl. Il naquit vers 1600, en Mazovie, pro-
vince de la Pologne centrale, de parents de rite latin.
Orphelin de bonne heure, il passa au rite grec uni et
entra dans l'ordre des Basiliens. En 1620, il commença
ses études de théologie à Brunsberg; ordonné prêtre,
il fut employé successivement comme prédicateur
à Minslt et à Zyrowice. En 1631, il fut désigné à l'ar-
chimandrie des basiliens de Dubno. Deux ans durant,
il suivit en ses tournées le métropolite Joseph Wela-
min Rutski, de Kiew, vrai apôtre de l'Union des
Églises. En 1649, l'évêque de Przemysl proposa Chmie-
lewslii au roi comme coadjuteur avec droit de suc-
cession. II fut sacré en 1651 par le métropolite de
Poloclt, Sielawa. Dès lors commença pour lui une
lutte sans trêve contre l'intrus orthodoxe au siège de
Przemysl, A. Winnicki, soutenu par le roi de Pologne
Jean-Casimir. Évincé de son siège, Chmielewski ne
cessa de revendiquer ses droits. Le métropolite Sie-
lawa lui confia l'administration du diocèse de Luck,
qu'il garda jusqu'à sa mort. Toujours en butte aux
attaques des schismatiques, il passa une partie de sa
vie en la ville forte de "Walawa, expédiant de là force
protestations aux tribunaux, aux puissants du
royaume et au roi de Pologne. Ne pouvant obtenir
gain de cause et sentant ses forces décroître, il prit,
en 1662, pour coadjuteur Antoine Terlecki et lui céda,
de son vivant, ses droits sur le diocèse de Przemysl,
l'engageant à poursuivre la lutte, tandis qu'il conti-
nuait à se dévouer au diocèse de Luck, où il fit faire
des progrès considérables à l'Union; il passa ses der-
nières années au monastère basilien de Derman et y
mourut le 22 févr. 1664.
M. Harasiexvicz, Ann. Eccl. Ruthenae, Léopoli, 1862,
p. .332-34. — J. Pelesz, Gesch. der Union, u. Vienne, 1880,
p. 344-46. — ■ A. Prochaska, Wladyka Krapecki iv walce z
dgzunia, dans Przeglad poivszechny, cxLi, Cracovie, 1919,
p. 288, 293, 362-65; Z walki o Iran wladyczy przemyski,
ibid., cxLvii, 1920, p. 20-28.
J. OsTROWSKI.
- CHM lELOWSKI (Adam-Hilaire, en religion
Fr. Albert), fondateur des Albertins et des Alber-
tines, peintre né à Igolomia, en Pologne russe, non
loin de Cracovie, en 1846, t 1916. A la mort de son
père (1853), il fut placé à l'école des cadets de S.-Pé-
tersbourg, mais n'y demeura qu'un an. Il fit ses études
moyennes à Varsovie, puis suivit un cours d'agrono-
mie à Pulawy. A la nouvelle de l'insurrection polo-
naise de 1863, il rejoignit, avec quelques camarades
d'études, les insurgés et prit part à plusieurs batailles
contre les armées régulières russes. Forcé de fuir en
Galicie, il fut interné par les autorités autrichiennes, 1
mais parvint à s'évader de la prison d'Olomouc et à
rentrer dans les rangs des insurgés polonais. Un éclat !
d'obus l'ayant gravement atteint à la jambe, qui dut
être amputée, il se vit contraint de rentrer à Varsovie.
En 1865, il s'y inscrivit à l'école des beaux-arts;
il poursuivit ses études à Gand, à Paris et à Munich.
L'exposition de ses œuvres, à Varsovie (1939), mit
bien en lumière l'acheminement de son esprit et de
son art du profane au sacré.
En 1880, il se présenta au noviciat de la province
polonaise des Jésuites, à Stara Wies. Il n'y demeura
que cinq mois, étant tombé malade durant la grande
retraite. Revenu à la santé, il s'éprit de l'idéal du
Poverello d'Assise et se fit l'apôtre du tiers ordre en
Pologne russe. Menacé du bannissement en Sibérie,
il dut s'exiler une fois de plus; mais il ne se départit
plus de son idéal : en 1884, il loua à Cracovie une
chambre, qu'il partagea en deux parties, l'une lui
servant d'atelier de peinture, tandis qu'il abritait
en l'autre les mendiants qu'il recueillait en ville. Il
s'enferma souvent aussi dans les hospices de nuit,
pour approcher plus facilement les pauvres. En 1888,
il émit entre les mains du card. Dunajewski, prince-
évêque de Cracovie, les vœux de tertiaire régulier et
fonda d'abord une communauté dite plus tard des
« Albertins », puis, deux ans après, une autre pour les
femmes, dite des « Albertines », destinées toutes deux
aux soins divers des déshérités de ce monde. Il publia
en 1888 un Manuel du tiers ordre de S. -François et tra-
vailla, vingt-huit ans durant, à organiser les maisons
de son institut. Il mourut à Cracovie, le 25 déc. 1916.
Son institut fut érigé canoniquement, en conformité
avec le nouveau Code, en 1928. En 1937, il comptait
15 maisons de religieux et 46 de religieuses.
C. Lewandowski, Brut Albert, Cracovie, 1927. — M. Wit-
kiewiczowna, Wspomnienia o Adamie Ch., Cracovie, 1933.
— A. Szeptycki, Ze wsponmien o brade Albercie, Cracovie,
1934. — M. Morstin-Gorska, A. Ch., brat Albert, Varsovie,
1936. — Fr. Woltynski, A. Ch., Cracovie, 1936. — A. No-
waczynski, Najpiekniejszg czlowiek mego pokolenia, brat
Albert, dans Tecza, 1935. — P. Gorska, Szary brat, Cracovie,
1936. K. Michalski et F. Kopera, A. Ch., dans Polski
Slownik biograftczny, m, Cracovie, 1937, p. 338-40.
J. Ostrowski.
CHOBA. Voir Coviensis.
CHOCQUES, abbaye. Les origines de l'abbaye
de Chocques sont assez peu précises. Suivant d'an-
ciennes chroniques, un chapitre de chanoines aurait
été fondé vers 1094 dans le bourg de Chocques fCioka,
Chiochia, Choquensis), par deux prêtres, Eurémar et
Arnoul, grâce à la libéralité de la maison de Béthune.
Duchesne (Preuves de la maison de Béthune, 107,
108) affirme qu'en 1120 « la totalité de cette terre [de
Chocques] appartenait à trois seigneurs différents,
savoir : est à Hugues d'Oisy, chastelain de Cambray,
à Baudouin, surnommé le Roux, et à Anselme de
Houdain. Lesquels ayant réduit en leur puissance et
libre disposition l'église collégiale de S. -Jean-Baptiste,
qui était fondée d'ancienneté dans leur chasteau de
Choques, ...à l'exortation de Jean, évêque de Thé-
rouanne, ils la remirent entre ses mains pour ériger un
monastère de chanoines réguliers, vivants selon la
règle de S. Augustin ». Les affirmations de Duchesne
reposent sur celles du Gall. christ., x, 1545, qui n'est
pas sûr, et de Malbrancq (JDe Mor/nis, ii, 788; ni, 123),
qui l'est encore moins. Quoi qu'il en soit, le fait ne
peut être révoqué en doute et il s'est produit ailleurs
d'une manière analogue, à Hénin-Liétard, à Aubigny
et à Houdain. Donc, entre 1120 et 1138, à la suite,
peut-être, de la destruction de la collégiale par
Robert de Normandie (1128), les chanoines s'instal-
lèrent en dehors de Chocques, à une lieue de Béthune,
I sur une terre que leur aurait donnée le comte de Flan-
dre et, sous l'influence de l'abbaye de Ruisseauville,
! adoptèrent la règle de S. Augustin et se transformèrent
755
CHOCQUES
CHOD YNSK I
756
en chanoines réguliers. L'abbaye prit le nom de
S.-Jean-Baptiste-des-Prés, in Pratis. Ils se placèrent
sous l'obédience d'Arrouaise, où se tenaient les cha-
pitres généraux de l'ordre, et dans lesquels ils prirent
rang immédiatement avant Warneton (1138).
Par la charte de 1120, l'évêque de Thérouanne leur
donnait l'église de Chocques et ses prébendes, l'autel
qu'il tenait en sa possession, moyennant deux sous de
rente annuelle, et leur imposait l'obligation d'en
recevoir chaque année les saintes huiles. Il leur con-
firmait l'autel de Malènes, à Chocques, et d'autres
avantages temporels. D'autres donations vinrent
s'ajouter à celles-là : les autels de Galonné, d'Estaires,
de Gonnehem, de Steenwerck; les dîmes d'Annezin,
de Burbure, d'Estaires, de Fouquières et de Planques.
L'histoire de Chocques n'est guère que celle de
l'accroissement de son temporel et de ses tribulations
occasionnées par les guerres du Moyen Age, la rapacité
des seigneurs et les besoins du monastère luttant
contre le pouvoir central, toujours en quête d'instituer
des commendes et d'imposer des pensions.
Au xviii« s., l'abbaye de Chocques ne comptait
que dix à douze religieux, qui accomplissaient les
fonctions sacerdotales dans six ou sept paroisses,
tandis que cinq autres résidaient dans des cures ou
prévôtés (Calonne-Ricouart, Doulieu, Montbernen-
chon, Estaires, Gonnehem). Les revenus étaient éva-
lués à 18 000 livres en 1669, à 11 000 en 1772 et à
32 000 en 1790 (contre 20 000 livres de charges).
Listes des abbés. — 1. Gauthier, nommé en 1120 par
Jean, évêque de Thérouanne. — 2. Gothson, sous-
crit en 1154 une charte de Milon de Thérouanne, en
faveur d'Arrouaise. — 3. Manassès, f 1193. — 4. Guil-
laume I", t 1226 ou 1228. — 5. Jean. — 6. Manassès II.
— 7. Guillaume II. — 8. Geoffroy. — 9. Richard. — ^
10. Pierre I". — 11. Jean II d'Arras. — 12. Mathieu
de Boulogne. — 13. Jean III Clavelet. — 14. Simon
Canée, cité en 1323, assiste au chapitre en 1332,
t vers 1341. — 15. André de Beaurains. — 16. Robert
Philippe. — 17. Thomas l<" de Boulogne. — 18. Jac-
ques Bacot. — 19. Evrard Baudel. — 20. Thomas II
Groselier. — 21. Jean IV Petit. — 22. Pierre d'IUies,
t vers 1500. — 23. Justin, signe en 1507. — 24. An-
toine l" d'Héricourt, frère de Bauduin, abbé de Ruis-
seauville, 1517. — 25. Antoine Tesson, f 1554. —
26. Antoine Tesson, neveu du précédent, t 1591. —
27. Jean de Loz, t t621. — 28. Guillaume Delvalle,
t 1638. — 29. Jean de Lens, f 1656. — 30. Guislain
de la Beuvrière. — 31. Philippe Dujardin, f 1666. —
32. Guillaume IV de la Beuvrière, t 1669. — 33. Jean
Robart, t 1688. — 34. Charles Hannotte, d'abord
prieur, t 1V03. — 35. Patrice de Gouy, f 1731. —
36. Floride de Lassus, t 1759. — 37. N. Chavatte,
t 1788. — 38. Patrice Dauchy.
En 1791, Dauchy se réfugia avec ses moines dans
l'abbaye d'Arrouaise, en même temps que les religieux
d'Hénin-Liétard, de Ruisseauville, de Marœuil et de
S. -Berlin. De là ils s'exilèrent. Le 26 oct., S. -Jean-
Baptiste de Chocques fut vendu pour 100 000 livres;
sa bibliothèque fut dispersée, ses archives disparurent
sous forme de gargousses. Les bâtiments furent démo-
lis, à la réserve du quartier abbatial, dont il ne reste
aujourd'hui que quelques dépendances. Le modeste
trésor de l'église des Essarts renferme de beaux orne-
ments du xviiis s., provenant de l'abbaye de Chocques,
et un ciboire en argent, dont le couvercle est godronné,
et dont le socle sert d'ampoule aux saintes huiles.
F. de Bar, Hist. dioecesis Tornacensis, Gandauensis et
coenobiorum eorum, bibl. de Douai, ms. n. 768. — Ad. de
Cardevacque, Dict. histor. et archéol. du P.-de-C, Arrond. de
Béthune, i, 175-83. — Dehaisnes, Hist. de l'art dans la
Flandre, l'Artois et le Hainaut, 427. — Êpigraphie du P.-
de-C, II, 29, 38, 237; viii, 427-39. — Gall. christ., iv, 519.
— Godefroy, Inv. des chartes d'Artois, l, 544. — Gosse,
Hist. de l'abbaye d'Arrouaise, 39, 41, 355, 462. — Mal-
brancq. De Morinis, ii, 788; m, 123. — Miraeiis, Rerum
Belgic. chron., 268, 306. — Parenty, Hist. de Ste Bertille, 53.
— Robert, Hist. de l'abbaye de Chocques, dans Mém. de la
Soc. des antiq. de la Morinie, xv, 335-568, pl. — Ferreoli
Locrii, Chron. Belgic, 206. — Duchesne, Hist. de la mai-
son de Béthune, 25, 76, 1 13, 465. — Bull, de la Comm. départ,
des monum. hist. du P.-de-C, i, 423.
G. COOLEN.
CHODAN I (Jean-Cantius), poète et théologien,
t 1823. Né à Cracovie d'une famille d'origine ita-
lienne, il entra en 1782 dans l'ordre des Chanoines
réguliers du Latran, fît ses études d'abord à Krasnik,
puis à l'université de Cracovie. Ordonné prêtre en
1793, il enseigna la théologie en son couvent de Cra-
covie, et prêcha, huit ans durant, en la cathédrale de
cette ville. Il s'adonna en même temps à la littérature,
publia des vers originaux, à côté de diverses traduc-
tions versifiées, entre autres de La Henriade de Vol-
taire, et des Idylles de Gessner (1800 et 1803). Délié
de ses vœux en 1804, il se rendit à Wilno, où il devint
prédicateur de l'université, et y obtint en 1805 le
doctorat en théologie. Trois ans plus tard, on lui
confia la chaire de théologie morale; il y ajouta, en
1809, celle de théologie pastorale, et fut doyen de la
faculté des sciences politiques et morales de 1817 à sa
mort. On l'avait nommé, en 1814, visiteur des écoles
du gouvernement ou de la province de Grodno, et,
en outre, durant quelque temps, de celle de Wilno.
Œuvres : Projet de réforme de l'éducation nationale,
resté ms.; trad. de l'Éthique chrétienne de Reyberger,
3 vol., 1821-1822; Nauka chrzescianskiej katolickiej
wiary (Enseignement de la foi catholique), paru après
sa mort, de même que 3 vol. de ses sermons.
Symon, De cathol. faciUl. theol. in uninersilatc olini Vil-
nensi, Petrograd, 1888, p. 24-27. — P. Zukowicz, O pro-
fessorach Bogoslownaijo fakulteta wilenskago uniwersil.,
Wilno, 1888, p. 50-58. — W. Worotynski, Seniiniu-ium
glôwne w Wilnie, Wilno, 1935. — • M. Smolarski, Studio nad
Wolterem w Polsce, Lwow, 1918. — M. Szyjkowski, Gesne-
ryzm w poezji polskiej, Cracovie, 1914, p. 24-27. — C. Fal-
kowski, J.-K. Chodani, dans Polski Slownik biograficzny,
m, Cracovie, 348-49.
J. OSTROWSKI.
CHODYNSKI (ZÉNON et Stanislas), péda-
gogues et historiens polonais. Frères jumeaux, nés à
Kalisz le 4 nov. 1836, ils firent ensemble leurs études
moyennes, entrèrent en même temps au séminaire de
Wloclawek, reçurent simultanément tous les ordres et
achevèrent côte à côte leurs études à la faculté de
théologie de Varsovie. Employés ensemble aussi en
qualité de vicaires à Sieradz, ils furent appelés tous
deux à enseigner au séminaire de Wloclawek (1866).
Zénon Chodynski fut nommé peu de temps après
vice-recteur dudit séminaire, puis recteur, charge qu'il
garda jusqu'à sa mort, le 16 mai 1887. Chanoine en
1881, puis en 1883, prélat custode, enfin archidiacre
du chapitre cathédral, de plus juge prosynodal. Tra-
vailleur infatigable, et directeur d'âmes fort goûté,
il exerça une influence salutaire sur le clergé de la
région. On a de lui : Décrétâtes Summorum pontificum
pro régna Poloniuc et constilutiones synodorum regni
ejusdem, 3 vol., Posnan, 1866-1883; Synodus archi-
dioecesana Gnesnensis... Lovicii A. D. 1583 celebrata,
Varsovie, 1872; Acta synodi dioecesunae Luceoriensis,
A. D. 1589 cet., Varsovie, 1875; Statula synodalia
dioecesis Vladislaviensis et Pomeraniae, Varsovie,
1890; Monumenta historica dioecesis Vladislav.,
vol. i-vi, Vladislav, 1881-1887; Uchansciana Vladis-
lav., ab anno l't57-lf)62 ex tabulario capituli Vladislav.,
Varsovie, 1895. Il collabora à l'Encyclopédie ecclé-
siastique de Nowodworski.
Stanislas Ch. succéda à son frère comme recteur du
séminaire; il fut archidiacre du chapitre (1887), juge
757
CHODYNSKI
CHOISEUL
758
prosynodal et censeur des livres (1894); doyen du
chapitre et prélat mitré en 1897. Il se démit en 1908
du rectorat, tout en demeurant au séminaire. Il
rangea la bibliothèque ainsi que les archives du cha-
pitre cathédral. Il publia un grand nombre d'études
et de textes historiques, en particulier : les vol. vii-
XXV des Monum. hist. dioecesis Vladislav., entrepris
par son frère; Statiita kapitubj katedralnej Wloclaws-
kiej, Varsovie, 1897; Analecta medico-hislorica, Wlo-
clawek, 1912; Seminarium Wloclawskie, Wloclawek,
1904; Biskupi sufragani Wloclawek, Wloclawek, 1906;
Wikariusze katedralni Wlodaivscy, Wloclawek, 1912;
Bazylika katedralna we Wloclawku, dans Kronika die-
cezji kujawskio, Kaliskiej, 1918. Il collabora aussi à
Y Encyclopédie citée ci-dessus, t le 16 mai 1919.
La liste complète des publications des frères Ch. a été
donnée par R. Filipski dans Kronika diec. kuj.-kal., 1919,
p. 177-82. — Kr. \V1., Zen. i Stan. Ch., dans Z. Chelmicki,
Podreczna Encyklopedya koscielna, viii, Varsovie, 1906. — •
Fijalek, Dwaj zasluzeni historycy naszego koseiola, dans
Glos Narodii, n. 129, 1920; IV' sliilecie ksiexy Chodynskich,
dans Aleneum kaplanskie, 1936. — M. Morawski, Slan. i
Zen. Ch., dans Polski Sloivnik biograftczny, m, Cracovie,
1937, p. 377-78.
J. OSTROWSKI.
1. CHOISEUL (Gilbert de), évêque de Com-
minges, puis de Tournai. — Fils de Ferry de Choiseul
et de Barthélemie de Beauverger, Gilbert de Choiseul
du Plessis-Pralin naquit en 1613. Docteur en Sorbonne
vers 1640, il cumula, dès son adolescence, de nombreux
bénéfices, ayant reçu en commende les abbayes de
Boulencourt, Chantemerle, S.-Martin-des-Aires et
Basse-Fontaine. Le 23 mai 1644, Anne d'Autriche,
régente de France, le désigna à l'évêché de Comminges;
ses bulles lui furent accordées par Innocent X, le
5 févr. 1646. Sacré à Paris le 6 août suivant, il fit
son entrée dans son église quelques jours après. Le
diocèse de Comminges étant réduit à un état déplo-
rable, Choiseul veilla à l'instruction des populations
rurales, multiplia les visites pastorales, s'intéressa
à la formation du clergé, fonda un séminaire. Mêlé aux
premières luttes jansénistes, notre prélat fut l'un des
onze évêques de France qui demandèrent au pape « de
permettre que cette dispute importante... continue
encore un peu de temps ». En 1661, il se sépara de
Port-Royal, mais prit la défense, en cour de Rome et
auprès du roi, de Pavillon, Caulet, Buzenval et d'Ar-
nauld. En juill. 1669, Louis XIV transféra Choiseul
au siège de Tournai; ses bulles lui furent accordées
par Rome le 23 déc. 1670. Le nouvel évêque devait
mettre au service de ce diocèse les qualités qu'il
avait montrées dans celui de Comminges. Il établit
un séminaire à Tournai et à Lille, réglementa l'admi-
nistration de l'abbaye de S.-Amand. Aussi bien, en
récompense de ses services, le roi lui confia la charge de
conseiller d'honneur au conseil souverain de Tournai.
Étroitement lié d'amitié avec Bossuet, Choiseul parti-
cipa, en 1682, à la rédaction de la fameuse déclaration
du clergé de France. Il mourut à Paris, le 31 déc. 1689.
Malgré les occupations occasionnées par l'adminis-
tration de son diocèse, Choiseul sut consacrer de lon-
gues heures à l'étude. On lui doit, avec des mande-
ments pastoraux (celui qu'il publia sur le culte de la
Vierge, en défense des Avis salutaires de la Vierge à ses
dévots indiscrets de Baillet, souleva des critiques),
deux oraisons funèbres prononcées lors de la mort
d'Armand de Bourbon, prince de Gonti (5 juin 1666),
et de Charles d'Orléans, duc de Longueville (9 août
1672); une traduction des Psaumes et des Cantiques
de l'A. et du N. T. (Paris, 1719), et des Mémoires
touchant la religion (Paris, 1680-1682, et 1685). Choi-
seul travailla de même à la rédaction des Mémoires de
son frère, le duc de Choiseul, dont Segrais avait mis
les brouillons au net (deux éd. à Paris, en 1676;
rééd., Paris, 1827).
.1. Contrasty, Hist. des évêques de Comminges, Toulouse,
1940, p. 360-70 (avec bibliogr.). — F. Desmons, L'épiscopat
de G. de Choiseul, 1671-1689. Étude hist., économ. et relig.
sur Tournai, dans Ann. de la .Soc. hist. et arch. de Tournai,
nouv. sér., xi. Tournai, 1907. — Gall. christ., m, 246. —
Journal des savants, 1690, 9* numéro : Éloge de M. de Choi-
seul. — Catal. gén. des livres imprimés de la B. N. [de Paris],
XXVI I, Paris, 1906, col. 7,56-59.
M. -H. Laurent.
2. CHOISEUL (Léopold-Charles de), arche-
vêque de Cambrai. Du mariage de François-Joseph
de Choiseul, marquis de Stainville, ministre plénipo-
tentiaire du duc de Lorraine, et de Françoise-Louise
de Bassompierre, naquirent cinq enfants, dont le
premier, Étienne-François, devait occuper les plus
hautes charges et devenir ministre des Affaires étran-
gères de Louis XV. Le second entra dans les ordres,
comme ses deux sœurs, Charlotte-Eugénie, appelée
Mme de Stainville, abbesse de S. -Louis à Metz, et
Béatrix, coadjutrice de Bouxières-aux-Dames.
Léopold-Charles naquit au château de Lunéville le
6 déc. 1724. D'abord vicaire général de son oncle,
évêque de Chàlons, il fut nommé le 14 mai 1758
évêque d'Évreux. Consacré le 29 oct., il ne demeura
pas longtemps sur le siège épiscopal, qui ne l'intéres-
sait guère, et fut transféré, grâce au crédit de son
frère, sur le siège d'Albi. Ayant prêté serment le
28 juin 1759, il entra en déc. dans sa nouvelle ville,
qu'il allait transformer considérablement. L'arche-
vêque, comme son successeur le card. de Bernis, était
un ami du progrès. Quelque peu philosophe et écono-
miste, il était surtout hostile aux jésuites qu'il fit
expulser de leurs séminaires, lesquels furent confiés
aux prêtres séculiers. Il promulgua de nouveaux sta-
tuts synodaux (1763), se pencha sur l'éducation des
futurs clercs, introduisit la liturgie gallicane grâce à
un Bréviaire et un Cérémonial (1764). LIrbaniste, enfin,
avant la lettre, il fit construire des routes qui don-
nèrent une autre physionomie à la région.
Le 13 mai 1704, il fut transféré à Cambrai, siège
beaucoup plus important, grâce une fois de plus à son
frère, alors ministre de la Guerre. Préconisé au consis-
toire du 9 juin., il prit possession le 6 oct. Après être
demeuré quelques jours dans son diocèse, il retourna
à Paris, laissant à son suffragant le soin de l'adminis-
trer. L'année suivante, il revint à Cambrai avec son
frère, de même qu'en 1766. Il demeura cette fois
quelques mois, visitant les abbayes dont il voulait
réformer la discipline. En même temps, il se fit recon-
naître comme seigneur de Cambrai, ce qui donna lieu
à de longs débats entre le magistrat de la ville et le
prélat, qui remporta finalement la victoire. Il a laissé
un bon souvenir dans son diocèse parce que, dans les
assemblées des États de Cambrai de 1768 à 1773,
il se pencha sur la misère commune et réussit à faire
réduire les contributions imposées à la province. En
1770, son frère encourut la disgrâce du roi et fut exilé
dans ses terres; l'influence de l'archevêque diminua
aussi. Il mourut le 4 sept. 1774 à Moulins, en revenant
des eaux de Vichy où il soignait une affection catar-
rhale.
Léopold-Charles possédait plusieurs bénéfices im-
portants. Il était grand prévôt de Remiremont, abbé
de Jovilliers, au dioc. de Toul, et de S.-Arnould, au
dioc. de Metz (1757). En cette dernière qualité, il fut
reçu conseiller d'honneur ecclésiastique au parlement
de Metz, avec toute la solennité accoutumée, le
26 août 1762. Il était enfin prieur de Rueil, au dioc.
de Meaux.
Le Glay, • Cameracuni christianum », ou Hist. eccl. du dioc.
de Cambrai, 1849, p. 76. — H. Fisquet, La France pontift-
759
CHOISEUL
- CHONAE
760
cale, dioc. d'Évreux et de Cambrai. — E. Michel, Biogr.
du parlement de Metz, 1853, p. 94. — La Chesnaye-Desbois,
Dict. de la noblesse, v, 186.3, col. 66.3. — Abbé Destonibes,
Hist. de l'Église de Cambrai, 1890-1891. — A. .Jean, Les
évêques et archevêques de France depuis 1682 jusqu'à 1801,
1891. — L. de Lacger, États administratifs des anciens dioc.
d'Albi, Castres et Lavaur, suivis d'une bio-bibliogr. des
évêques de ces trois diocèses, 1921. — P. Tiersonnier, Acte
d'inhumation de Mgr de Choiseul, dans Bull, de la Soc.
d'émul. du Bourbonnais, 1923, p. 70-71. — Mém. de la
Soc. d'émul. de Cambrai, 1934, p. 90, portr.
T. DE MOREMBERT.
CHOISY-AU-BAC (Abbaye S.-Étienne). An-
ciennement Choisy-le-Roi, Caiiciacensis (dioc. de Sois-
sons, auj. Beauvais; cant. et arrond. de Compiègne,
Oise). Abbaye de bénédictins, qui existait avant 695
et où le roi Childebert III fut enterré. Devenue assez
rapidement prieuré de S.-Médard de Soissons, elle fut,
vers 1682, donnée aux bénédictins anglais.
Cottineau, 777-78. — Gall. christ., ix, 388, 1. — Rendu,
Notice histor. et archéol. sur Ch.-au-Bac, près Compiègne,
Compiègne, 1856.
R. Van Doren.
CHOKIER (Érasme de), jurisconsulte belge
(1569-1625). Voir D. D. Caii., m, 685.
CHOKIER (Jean de), controversiste et cano-
niste belge (1571-1656). Voir D. D. Caii., ni, 685.
CHOLET (Jean), cardinal. Né probablement
vers 1220, il était en 1267 chanoine de S. -Pierre de
Beauvais et servit à plusieurs reprises d'arbitre entre
diverses personnalités ou établissements religieux.
Des relations d'amitié s'étaient nouées entre lui et
Simon de Brie, venu à Beauvais en 1275 pour faire la
lumière sur des conflits de juridiction entre l'évêque
et la commune et, quand Simon fut devenu pape sous
le nom de Martin IV, il transmit à son ami le titre de
cardinal de Ste-Cécile et presque aussitôt l'employa à
des missions diplomatiques : d'abord comme légat
auprès d'Édouard III d'Angleterre, pour tenter
d'empêcher la lutte entre Charles d'Anjou, roi des
Deux-Siciles, et Pierre d'Aragon, puis en France, avec
la mission de confirmer le royaume d'Aragon à Charles
de Valois, fils de Philippe le Hardi, et de prêcher la
croisade contre Pierre d'Aragon. Arrivé en France le
17 août 1283, il offrit, de la part du pape, lors d'un
concile tenu à Paris, le produit de la dîme sur les biens
du clergé pour quatre années. Il aurait dirigé en
France les préparatifs de la guerre franco-aragonaise,
exhortant les combattants à n'épargner personne,
parce qu'il s'agissait d'ennemis de l'Église. On l'a
rendu responsable des cruautés commises, ainsi que
du saccage et des massacres d'Elne, mais il n'est nul-
lement certain qu'il s'agisse de notre personnage : un
légat accompagnait l'armée, mais Henri de Sponde dit
que ce légat, en qui on a vu généralement Jean Cholet,
était Gervais Giancolet de Clinchamp, cardinal des
titres des SS.-Silvestre-et-Martin, dit le cardinal du
Mans, qui avait été promu en même temps que Cholet
— d'autant que Jean Cholet était le 23 mai 1285 à
S.-Germain-des-Prés.
Le 6 janv. 1286, il assistait au sacre de Philippe le
Bel et conserva sous Nicolas IV la confiance qu'avait
en lui son prédécesseur. C'est à son influence et à son
habileté qu'est attribuée la conclusion de la paix de
Lyon (1287) mettant fin aux diOérends entre le roi
de France et Sanche IV de Castille. On le voit encore
très actif pendant cette période, intervenant dans
diverses négociations particulières. Il se pourrait qu'il
eût envisagé dès 1283 la fondation du collège qui
porta son nom; en tout cas, en 1289, Philippe le Bel
autorisait l'université de Paris à acquérir 20 livres
parisis de rente pour la dotation de la chapelle fondée
par le cardinal Cholet. Le 4 nov. 1288, il était à Vau-
girard, où il nommait les arbitres pour régler un diffé-
rend entre les chanoines de Narbonne et Jacques, roi
de Majorque. En 1289, il se retira à Montier-la-Celle,
où il rédigea un testament qui montre sa fortune
considérable et la magnificence de ses goûts. Il don-
nait à l'abbaye de S. -Lucien 2 400 livres d'argent et
sa bibliothèque. On ignore le lieu et la date exacte de
sa mort, survenue, d'après divers auteurs, entre le
4 avr. 1292 et le 4 août 1293. Ses exécuteurs testa-
mentaires fondèrent avec les biens du défunt une
maison ou collège, en faveur des étudiants des dio-
cèses de Beauvais et d'Amiens, appelée d'abord mai-
son des pauvres écoliers, puis collège de Cholet, puis
des Cholets.
Il a écrit un traité de casuistique, qui est perdu; la
relation qu'il a adressée au pape Martin IV de son
action à Pai'is en 1284 a été publiée dans les Foedera
de Rymer.
H. L. Fr., XX, 113-29. — E. MuUer, Le card. J. Cholet,
1883, extr. des Mém. de la Soc. acad. de l'Oise. — Ch.-V.
Langlois, Le règne de Philippe le Hardi, 1883. — L. Leclère,
Les rapports de la papauté avec la France sous Philippe III,
1889. — G. Digard, Philippe le Bel et le S.-Siége, 1936. —
Devic-Vaissete, Hist. de Languedoc, ix.
M. Prévost.
CHOMA (Xcopa), évêché de la province de Lycie,
dépendant de Myre. On croit généralement que cette
petite localité a laissé son nom au village de Hôma.
On lui connaît plusieurs évêques. Pionnius prit part
au Ile concile œcuménique (381) (Mansi, m, 570 E).
Eudoxe était à celui d'Éphèse (431) (ibid., iv, 1225 B,
1376 B; VI, 371 C). Il assista également au concile
de Chalcédoine (451) (ibid., vu, 437 E) et souscrivit
la lettre des évêques de sa province à l'empereur Léon
au sujet de la mort de Protérius d'Alexandrie {ibid.,
vu, 580 A). Nicolas fut l'un des membres du concile
de 879 qui réhabilita Photius {ibid., xvn-xviii,
377 A). On ignore quand disparut l'évêché de Chôma;
peut-être fut-ce seulement lors des invasions turques
aux xni^-xive siècles.
Le titre de Chôma a été conféré au moins deux fois
dans l'Église romaine : Guizard, 1318, évêque à
Constance. — Pierre Sanctus, O. S. A., 4 mai 1403-
1410.
Riige, dans Pauly-Wissowa, m, 2369, n. 3. — Ann.
pont., 1916, p. 389.
R. Janin.
CHONAE (Xcôvi), évêché de Phrygie Paca-
tienne I''", puis archevêché indépendant et enfin
métropole. Chonae a remplacé au Moyeu Age l'an-
cienne ville de Colosses, dont les ruines se trouvent
à 4 km. de là et dont les fidèles reçurent une épître de
S. Paul (cf. Colosses, infra). On dit communément
que le nom de Chonae fut donné assez tard par les
Byzantins. Cependant il était déjà employé avant la
fin du viii« s., comme en témoigne la suscription de
l'évêque Théodose au IP concile de Nicée (787)
(Mansi, xii, 998 C). Justinien fortifia la ville au vi« s.
Les Turcs seldjoukides s'en emparèrent en 1071, mais
Alexis Comnène les en chassa en 1090. C'est de là
qu'étaient originaires le chroniqueur Nicétas Acomi-
natos Choniatès et son frère, Michel, métropolite
d'Athènes, un des plus ardents défenseurs de l'ortho-
doxie orientale contre les latins (xiie-xiii« s.). En
1210, les Seljoukides prirent de nouveau la ville après
avoir battu près de là Théodore I" Lascaris; ils la
rendirent à "Théodore II en 1258, mais elle repassa
bientôt entre leurs mains et connut dès lors une déca-
dence de plus en plus accentuée. Ce n'est plus aujour-
d'hui que le village de Khonas, habité jusqu'en 1924
par des Grecs de langue turque. Au Moyen Age
Chonae possédait une grande et belle église dédiée
761
CHONAE — CHORIN
762
à l'archange S. Michel et qui passait pour être le
théâtre de nombreux miracles.
Chonae apparaît pour la première fois dans les
listes épiscopales, au début du x« s., comme 32^ arche-
vêché indépendant (liste dite de Léon le Sage) (H. Gel-
zer, Ungedruckte und ungenûgend verofjentlichte Texte
der Notitiae episcopalmim, dans Abh. der kônigl. bayer.
Akad. der Wiss., cl., t. xxi, sect. III, Munich,
1900, p. 551). Elle est le 51^ dans les Néa Tadica
(x" s.) (H. Gelzer, Georgii Cyprii Descriptio orbis
Romani, Berlin, 1890, p. 59) et dans la liste de Jean
Tzimiscès (969-976) (H. Gelzer, loc. cit., 570), la
65« métropole sous Andronic II, après avoir occupé
le 53« rang (ibid., 599), la 52« sous Andronic III (ibid.,
608). Elle ne figure pas dans la liste de la fin du xv« s.,
pour la raison qu'elle avait alors disparu. En efïet,
en nov. 1370, l'Église de Chonae fut unie à celle de
Cottyaeum en faveur de Niphon, métropolite de cette
dernière (Miklosich et Millier, Acia et diplomata
Graeca Medii Aevi, i, 539). En août 1384, elle fut
confiée au métropolite de Laodicée, exarque de la
Phrygie Cappatienne (Pacatienne) {ibid., ii, 88); le
métropolite de Laodicée en prit effectivement posses-
sion en nov. 1394 {ibid., ii, 210).
On ne connaît que deux titulaires grecs de Chonae :
Théodose assista au II« concile de Nicée et en sous-
crivit les actes (Mansi, xii, 998 C, 1106 D); il est dit
aussi Dosithée, sans doute par erreur {ibid., xiii,
393 D). — Samuel fut à celui de 879 qui réhabilita
Photius {ibid., xvn-xviii, 373 C). Il est dit XcbvTis,
qui est sans doute l'équivalent de Xcbvcov.
Le titre de Chonae a été donné au moins une fois
dans l'Église romaine : Édouard Uuarte e Silva,
14 mars 1923-17 oct. 1924. Il ne sera plus conféré,
comme faisant double emploi avec celui de Colosses.
Outre les ouvrages de Mansi, H. Gelzer, Miklosich et
Millier, déjà cités dans le cours de l'article, voir T. E. Evan-
ghélidès, Xûvai, dans MeyàAri éAAr|VlK^) ÊyKUKAoïraiSEia,
XXIV, 788.
R. Janin.
CHONOCHORA (Xovôxopa), évêché de la Phé-
nicie Il« ou Libanaise. Cette localité a été identifiée
avec le village de Qara, qui n'est probablement que la
déformation de la seconde partie du nom. Le Quien
a voulu voir dans Chonochora une déformation de
Corne Harran (KcbiJir| Xappàv), mais cette hypothèse n'a
pas été retenue. On ne connaît qu'un seul évêque de
Chonochora, Dadas, qui souscrivit en 458 la lettre
des évêques de sa province à l'empereur Léon, au
sujet du meurtre de Protérius d'Alexandrie (Mansi,
VII, 559 A). Le titre de Chonochora ne semble pas
avoir été conféré dans l'Église romaine.
Le Quien, ii, 847-50.
R. Janin.
CHOPPIN (René), juriste français (1537-1606).
Voir D. D. Can. m, 685-86.
CHOQUET (François-Hyacinthe), domini-
cain, théologien et hagiographe français (c. 1580-
1646). Voir D. T. C, u, 2394.
CHORE, Chorus S. Benedicti, Monaster-Ore,
ancienne abbaye cistercienne d'Irlande, dans un site
agréable de la baronnie d'Imokilly, comté de Cork et
dioc. de Cloyne. Elle aurait été fondée par les Fitz-
gerald ou la famille Barry. Les moines lui vinrent, en
1180, de l'abbaye de Nenagh, nommée aussi Magium,
qui elle-même était fille de Mellifont, créée en 1142,
par S. Malachie, aidé de S. Bernard. Ce dernier, dans
la Vie de sou saint ami, l'archevêque d'Armagh, a
tracé un tableau assez triste des mœurs du pays à
cette époque. Malheureusement, ces misères revinrent
à la surface, semble-t-il, dans les monastères, après
quelques décades, qui avaient vu cependant le succès
de nombreuses fondations. La crise des monastères
cisterciens d'Irlande, dont les statuts capitulaires
ne nous donnent qu'un écho affaibli et voilé (1228),
est maintenant bien connue depuis la publication des
Acta cistercensia par Cognasso. Le sauvetage, car
c'en fut un, est dû au dévouement de l'abbé anglais
Étienne de Lexington, appelé dans la suite (1242) au
siège de Clairvaux. Réformateur mandaté par le
chapitre général, escorté de deux collègues et de
quelques moines, Étienne écrivait au moment de
visiter Mellifont : Pro legibus paternis et purgatione
peccatorum morlem subire parati. La situation prit
une tournure plus consolante. De temps à autre, un
rappel au devoir partait du chapitre de Cîteaux, tel
en 1278 le décret de déposition de l'abbé de Chore,
qui faisait peu de cas de son obligation d'être pré-
sent au chapitre général. Mais, en somme, la vie
régulière put se maintenir dans les monastères cis-
terciens d'Irlande jusqu'à la grande sécularisation
(1535-1538). Il restait alors 21 maisons cisterciennes
sur 37 qu'on avait eues jadis. Archdall cite deux
noms d'abbés de Chore : Donald et Robert (1309).
M. Arclidall, Monasticiim Hibernicum, Londres, 1786,
p. 75. — F. Cognasso, AcIa cisterc. 1226-1232, dans Rom.
Quartalschr., Rome, 1912. - - A. Colenran, The suppression
oj Ihe monasteries in Ireland by Henry VIII, Londres, 1900.
— Cottineau, 1877. — D'Arbois de .Jubainville, Cliarles
données en Irlande en faveur de l'ordre de Citeaux, dans Rev.
celtique, 1886. — .Janauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p.
178. — Manri([iie, Ann. cisterc, Lyon, 1642, ann. 1180, vi,
9, 10. — P. Power, Cisterc abbeys of Munster, dans Journal
oj the Cork hist. and archeol. Soc, xxxiv, 1929, p. 22. —
Statuta cap. yen. ord. cisterc, éd. Louvain, i-viii, 1933-
1941, passim. — The Cisterc. order in Ireland, dans Archeol.
Journal, xxxvmi, 1931, i, History, par A. -H. Thompson,
p. 1; II, Architecture, par A.-W. Clapham et H. -G. Leask,
p. 20. — N. White, Extents of Irish monastic possessions
1540-1541, jrom mss. in the public Record Office, Londres,
1943.
J.-M. Canivez.
CHORÉVÊQUES. Voir D. D. Can., m, 686-
694; D. A. C. L., ni, 1423-52.
CHORIN, Cliorinum, Cliorniense monasterium,
Coryn, au début : Stagnant S. Mariae, Mariensee.
Ancienne abbaye cistercienne au dioc. de Brande-
bourg, distante de deux heures de la ville de Neustadt.
Les statuts capitulaires de Cîteaux sont précis sur
la date de fondation, que Janauschek estimait dif-
ficile à fixer. La demande est portée au chapitre géné-
ral de 1255 (n. 17) et l'on délègue à deux abbés la
charge d'aller s'informer sur place des lieux et condi-
tions : Inspectio loci, in quo volant aedificare abbatiam
monachorum nobiles viri marchiones Brandeburgenses,
de Coena et de Dobraluca abbatibiis committitur. En
1266, l'abbé de Chorin, qui est venu assister au cha-
pitre général, sollicite de lui l'autorisation de trans-
férer son abbaye : Abbas Stagni Sanctae Mariae...
(1266, n. 43). En 1274, il obtenait successivement de
Grégoire X, puis du concile, deux bulles de protection
(Potthast, Reg., n. 20790, 20844). Les nobles fonda-
teurs se montrèrent généreux et leur œuvre prospéra.
On sait par ailleurs que les moines firent le bien
autour d'eux, notamment à l'égard des pauvres et
des malades qu'ils soignaient dans leurs hôpitaux de
Bardsin (ou Paarstein) et Griffenberg. Mais, avant
qu'un siècle ne se soit écoulé depuis la création de
l'abbaye, celle-ci eut à subir les contre-coups des luttes
politiques. D'autre part, l'abbé Tobie devint conseiller
à In cour en 1454, et l'honneur passa à ses successeurs.
Au début du xvi« s., les abbés des monastères cis-
terciens du Brandebourg auraient désiré seconder les
vues du marquis pour la fondation d'un collège monas-
tique à Francfort, sur le modèle de S. -Bernard de
763
CHORIN —
CHOU M NOS
76/.
Paris. Déjà le projet avait reçu un commencement
d'exécution, mais se heurtait à l'opposition des abbés
de Misnie et de Thuringe. Ceux-ci estimaient que la
nouvelle fondation serait la ruine de l'ancien collège
de Leipzig. La question était bien délicate, car cer-
tains avaient trouvé de puissants protecteurs et dona-
teurs dans la personne des marquis de Brandebourg.
Au nom du chapitre général, l'abbé de Cîteaux,
.Jacques de Theuley, dut exposer au prince électeur
Joachim et au marquis Albert la vraie situation. Les
défenses du chapitre et ses sanctions furent inefïicaces,
car, par l'intermédiaire du puissant marquis, les abbés
brandebourgeois obtinrent un induit apostolique.
L'affaire traînait encore en 1515. A cette date, on est
à la veille du protestantisme et de la sécularisation
des abbayes. Chorin reçut ce coup fatal vers 1542.
L'église est encore debout avec son caractère spécial,
souvent objet d'études archéologiques (cf. M. Aubert,
L'archil. cisterc. en France, Paris, 1943, i, 248; ii, 208).
Série des abbés (d'après Germania sacra). — 1. S.,
1260. — 2. Bernard, 1267. — 3. Henri, 1273. — 4. Ro-
dolphe, 1282. — 5. Bruno, 1299. — 6. Jean, 1304. —
7. Heidenreich, 1319. — 8. Heyso, 1320. — 9. Jean
von Nemyk, 1334. — 10. Henri, 1350, 1352. — 11.
Jacques, 1378. — 12. Godefroid von Greifïenberg,
1389, 1393. — 13. Herman, 1416, 1424. — 14. Simon,
1431. — 15. Tobie, 1441. — 16. Clément, 1465. —
17. Zacharie, 1469. — 18. Christian, 1472. — 19. Pierre
Mûnsterberg, 1482, 1499. — 20. Jean Modde, 1503. —
21. Pierre, 1507, 1522. — 22. Brice, prieur en 1526,
abbé en 1530.
Les pages concernant Chorin parues dans Germania
sacra, Das Bislum Brandenburg, i, Berlin, 1929, p. 302-323,
contiennent les meilleures références. — Ajoutons seulement
la publication parue depuis : Staluia cap. gen. ord. cisterc,
éd. Louvain, i-viii, 1933-1941, passim.
J.-M. Canivez.
CHORTAÏTON, S. M. de Chortaeio, de Cortaco,
Kourtiach, Curiacum, etc., ancienne abbaye cister-
cienne à deux milles de Thessalonique, en Macédoine,
ainsi nommée du mont voisin, Chortaeto. Des moines
grecs occupaient cet emplacement avant l'époque des
croisades, mais Boniface III, marquis de Montf errât
et prince de Thessalie en 1204, trouvant le monastère
désert, le transmit à Pierre, abbé cistercien de Loce-
dio, en Italie. Le moine Roger et quelques frères
vinrent donc occuper Chortaïton; une lettre d'Inno-
cent III (1212) l'atteste. On sait par cette même lettre
qu'Henri, empereur de Constantinople, avait d'abord
fait évacuer le monastère par les cisterciens nouvel-
lement arrivés, mais que Guillaume VI, fils et succes-
seur de Boniface III, rétablit les choses dans l'état
où l'avait voulu son père. Locedio, alors, renforça la
communauté par l'envoi d'un nouveau contingent de
personnel, avec l'abbé Geoffroy à leur tête. En 1228,
Honorius III constituait cet abbé juge d'une cause
à régler entre les frères du Sépulcre de Thessalonique
et le chapitre de l'église de S.-Déméter. Puis le silence
se fait sur notre abbaye. Combien de temps vécut-elle
encore? Même cette donnée élémentaire échappe aux
historiens.
L. Auvray, Les Registres de Grégoire IX, n. 1618, 1619.
— Cottineau, 779. — Janauschek, Orig. cisterc. Vienne,
1877, p. 218. — Manrique, Ann. cisterc, Lyon, 1642,
ann. 1204, ix, 1; 1212, x, 6, 7; 1214, iv, 8, 9, 12; vin, 11,
12; 1218, IX, 13. — Potthast, Reg., 4879, 5825.
J.-M. Canivez.
CHORTAKIS (MÉLÉTios), théologien grec
(xviiie s.). Voir D. T. C, n, 2394-95.
CHOTEP, Chatb, Chotb, Hypsele, Hijpselis, Scha-
tap, Sciolb, Shoiep, Shulb, Sotp, Sûtb, ville de la
Haute-Égypte, située non loin d'Assiout (D. H. G. E.,
IV, 1120 sq.), au sud-est de cette dernière, et siège
d'un évêché. Suivant Abu Sàlih, le nom de §ôtp signi-
fie l'Aimé, mais il y a là confusion entre sôtp et Sôtp.
Évêques. — Arsène, 347 (cf. D. H. G. E. , iv, 753 sq.).
— Rufus (D. A. C. L., IX, 1610, cite quelques frag-
ments de ses œuvres; d'autres se trouvent dans le ms.
British Muséum, Or. 3581 ^, 15 et 16). — Étienne,
750. — Abraham, 1086. — Jean. 1299, 1305. — Atha-
nase, 1320 (donné comme Basile dans un autre ms.),
1330. — Jean, 1369.
Le Quien, ii, 599 sq. — G. Zoëga, Catalogus codicum cop-
ticorum, Rome, 1810, p. 616-18. — É. Quatremère, Mémoires
géogr. et hist. sur l'Èggpte, i, Paris, 1811, p. 499 sq. —
Gams, 461. — Pauly-Wissowa, ix-1, 425 sq. — E. Améli-
neau, La yéogr. de l'Êgypte à l'époque copte, Paris, 1893,
p. 423 sq. — B. T. A. Evetts-A. ,1. Butler, Ctiurches and
monasteries oj Egypt, Oxford, 1895, p. 245 sq. — J. Maspero-
G. Wiet, Matériaux pour .lervir à la géogr. de l'Êgypte, dans
Mém. de l'Insl. franç. d'archéol. orient, du Caire, xxxvi.
Le Caire, 1914, p. 113. — L. Villecourt, Un ms. arabe sur le
saint chrême dans l'Église copte, clans Reu. d'hist. eccl.,
XVII, Louvain, 1921, p. 506. — A. Van Lantschoot, Rec.
des colophons des mss. chrét. d'Ëgypte, i, fasc. 2, Louvain,
1929, p. 48; Le ms. Vatican copte 44 et le Livre du chrême,
dans Le Muséon, XLV, Louvain, 1932, p. 215, 230. — ■
Index sedium titularium archiepiscop. et episcop., Rome,
1933, p. 34. — M. Simaika Pasha, Catal. oj the Coptic and
Arabie manuscripts in the Coptic Muséum, ii-l. Le Caire,
1942, p. 330. — H. Munier, Rec. des listes épiscopales de
l'Église copte. Le Caire, 1943, p. ix, 10, 29, 36, 39 sq., 50, 56,
61, 64. — J. Muyser, Contribution à l'étude des listes épis-
copales de l'Église copte, dans Bull, de la Soc. d'archéol.
copte, X, Le Caire, 1944, p. 130, 148, 158 sq.
A. Van Lantschoot.
CHOTESOV (SS.-Wenceslas-et-Madeleine),
Chotessovicense, en ail. Chotieschau, près de Stribro,
dioc. de Prague (Tchécoslovaquie), monastère de nor-
bertines, circarie de Bohême. Fondé entre 1196 et
1202 par le Bx Hroznata, fondateur de l'abbaye de
Tepl. Sa sœur, la Bse Voyslava, y entra. Les pre-
mières sœurs venaient de Doksany. Le monastère
fut placé sous la paternité de Tepl, d'où venaient ses
prévôts (depuis 1403, mitrés), ses abbés (depuis 1738)
et les curés des sept paroisses qui en dépendaient. —
La riche prévôté connut sa plus grande splendeur
sous le prévôt Sulko (f 1412). Celui-ci livra, à la tête
des troupes du roi Wenceslas, des batailles contre les
envahisseurs du royaume. Peu après, le hussitisme,
puis le protestantisme causèrent sa décadence. Après
la guerre de Trente ans, le monastère connut cepen-
dant une nouvelle période de prospérité, jusqu'à sa
suppression sous Joseph II, en 1782. L'église a été
démolie en 1830. Le superbe bâtiment claustral, cons-
truit en 1734-1750, devint propriété du prince de Tour
et Taxis en 1822. En 1878, il fut confié aux moniales
de la Visitation.
Archives : Prague, Bibl. d'État; arch. de l'abbaye de
Tepl; arch. des Princes de Tour et Taxis, à Ratisbonne.
— Hugo, Ann., i, 553; preuves, 461-68. — Van Waefclghem,
59, 374. — Lienhardt, Ephem. hagiol. ord. Praem., .\ugs-
bourg, 1771, p. 133, 203, 229. — R. Koepl, Das Prdmon-
stratenserchorfrauenstift Chotieschau, Prague, 1840. — Anal.
Praem., m, 273-76; viii, 43-49, 91-93, 329-37; xi, 220-23
XII, 46, 71-76, 131-43; xrv, 239-42. — Le nécrologe a ét
publié par B. Grassl, dans les Anal. Praem., vu, 1931
p. 1-37.
N. Backmiino.
CHOTZA, Chusiuni. Voir Hus.
1 . CHOUMNOS (Michel), métropolite de Thes
salonique et canoniste (première moitié du xii« s.)
D'après Démétrius Chomatianos (éd. J.-B. Pitr
Analecla sacra et classica spicilegio solesmensi parât
VI, Juris eccles. Graecorum selecta paralipomena, Pari:
Rome, 1891, p. 38), il aurait d'abord été nomophyl
et chartophylax de Ste-Sophie. Cette informatio
765
CHOU
M NOS
766
confirmée d'autre part, permet de lui assigner une
date à coup sûr. Michel Choumnos, chartophylax
(pour sa qualité de nomophylax, voir P. G., cxix,
1297-98, dans le titre), signe en effet, en juill. 1121,
sous le patriarcat de Jean (Agapétos), une déclara-
tion de copie conforme afférente à un acte antérieur
(cf. V. Benesevic, Catal. cod. manuscript. Graecorum
qui in monasterio Stae Catharinae in monte Sina asser-
mniur, i, S.-Pétersbourg, 1911, p. 271). Sa promotion
au siège de Thessalonique dut suivre de très peu, si
du moins le traité sur le jeûne (v. infra), daté de janv.
1122, est, comme ce semble, l'œuvre du métropolite
et non du chartophylax. Ces données concordent au
reste parfaitement avec la place qui lui est faite dans
la liste du synodicon de Thessalonique (cf. V. Laurent,
La liste épiscopale du synodicon de Thessalonique, dans
/?cAos d'Orient, xxxii, 1933, p. 301, n. 36). Mais son
épiscopat fut de courte durée, le métropolite Nicétas,
dûment signalé en 1133, ayant eu un prédécesseur
immédiat. Manuel. La signature de Michel Choumnos,
chartophylax, que l'on trouve au bas d'un acte d'août
1049 (cf. Miltlosich et Muller, Acta et diplomata Graeca
Medii Aevi, iv. Vienne, 1871, p. 317), fut donc apposée
après coup pour garantir l'authenticité d'une copie
de la pièce.
De son activité littéraire, il ne reste que des men-
tions et quelques fragments. On signale : 1. une pièce
liturgique, l'office des trois frères martyrs de Kalyta,
près Antioche de Pisidie (B. H. G., 63), détruite, en
1183, lors de la prise de la ville par les Siciliens (cf.
Th. Tafel, Eustathii metropolitae Thessalonicensis
opuscula, Francfort, 1832, p. 36, dans le titre) ; —
2. des traités canoniques : un petit traité sur les
degrés de parenté {P. G., cxix, 1297-1300); — b)
une décision synodale sur le jeûne du vendredi et du
mercredi (Studi bizanlini e neoellenici, u, Rome, 1927,
p. 184, 185); ~ c) des solutions ou réponses à des
questions posées par le moine Néophyte (inédit dans
le cod. Berol. Phillipps 1477, fol. 299 vo-301 V et le
cod. Vatic. Gr. 827, fol. 241 r" et V), traitant particu-
lièrement, sinon exclusivement, du jeûne (voir à ce
sujet Studi biz. e neoelL, loc. cit., p. 184, n. 57) et
datées de janv. 1122; — d) une décision, dont la
conclusion seule est conservée par Balsamon (P. G.,
cxix, 1232 D et 1240 B), permettant, contre le senti-
ment des autres canonistes, le mariage dans un cas
de sixième degré d'affinité; — e) une scholie rapportée
par Balsamon (cf. P. G., civ, 1193, 1194) sur un texte
perdu des Basiliques, ayant trait aux engagements
pris par écrit en vue du mariage. L'attribution de ce
fragment, qui laisse soupçonner une œuvre plus
étendue, n'est que probable, le Choumnos en question
n'étant pas autrement désigné. A noter que certaines
de ces petites pièces semblent avoir été rédigées par
Michel encore chartophylax, puis reprises par le
métropolite qui en aura fait application dans son épar-
chie. Après Balsamon, Blastarès en appelle aussi à son
autorité (P. G., cxliv, 1122 et 1128 D).
Le Quien, i, 50. — J.-A.-B. Mortreuil, Hist. du droit
byzantin et du droit romain dans l'Empire d'Orient, m,
Paris, 1846, p. 492. — K. Krumbacher, Gesch. der byz.
Lit., 2' éd., 1897, p. 482. — L. Petit, Les évéqties de Thessa-
lonique, dans Éclios d'Orient, v, 1901, p. 2". — A. Hermann,
Textus selecti ex operibus commentatorum byzantinorum iuris
ecclesiaslici, dans i>. Congr. per la Cliiesa orientale. Codifl-
ca2ione canonicu orientale, Fonti, sér. II, fasc. v, Rome,
1939, p. 18.
V. Laurent.
2. CHOUMNOS (NicÉi'HOKE), homme d'État
et humaniste, né vers 1250, t à Constantinople, le
18 janv. 1327; le représentant le plus illustre d'une
famille qui, depuis le xi« s., ne cessa de donner à
l'empire byzantin des fonctionnaires de premier rang,
généraux, évêques et ministres (à signaler un premier
Nicéphore Choumnos, recenseur dans le thème des
Thracésiens au temps de l'empire de Nicée, mort avant
1234; cf. Miklosich et MûUer, Acta et diplomata Graeca
Medii Aevi, iv. Vienne, 1871, p. 148, 149). On a voulu,
sur une fausse interprétation, le faire naître à Philip-
popoli de Thrace (cf. P. G., cxl, 1401-02). Il est seu-
lement certain que sa famille avait des attaches avec
la ville de Thessalonique, dans la région de laquelle
Nicéphore avait des propriétés et où il vécut (cf.
J.-Fr. Boissonade, Anecdota Graeca nova, Paris, 1844,
p. 29). On peut admettre qu'il y soit né. Venu, jeune
encore, à Byzance, il y fut l'élève du futur patriarche
Georges-Grégoire de Chypre et s'y lia d'amitié avec
tous ceux qui devaient être, dans la vie publique, ses
émules ou ses concurrents, surtout avec Théodore
le Métochite, plus jeune que lui d'une dizaine d'an-
nées et futur chancelier ou grand logothète. A sa
sortie de l'école, ses dons d'écrivain, plus clair et plus
précis qu'on ne se permettait de l'être à l'époque, le
firent désigner pour le service de la chancellerie impé-
riale, dont il gravit tous les échelons. Questeur (sur la
fonction, voir Fr. Dôlger, Der Kodikellos des Chris-
lodulos in Palermo, dans Archiv fiir Urkundenfor-
schung, xi, 1929, p. 54-56) sous Michel VIII Paléologue
dès avant 1282 (cf. 'EKKÂriaiacTTiKÔs Oâpos, i, Alexan-
drie, 1908, p. 89, 437; ii, 1909, p. 203), il l'était encore
en 1288, quand il se vit donner par Andronic II la
délicate mission de ramener le patriarche, son ancien
maître, à plus de raison (cf. G. Pachymère, De Andro-
nico Palaeologo, ii, 7; éd. de Bonn, ii, 126). La faveur
du premier ministre, Théodore Muzalon, lui fit don-
ner (1293-94) la charge immédiatement supérieure
de mystique (sur cette charge, voir Fr. Dolger, loc.
cit., p. 56). La maladie ayant réduit à l'impuissance le
grand logothète, c'est à lui qu'échut, en collaboration
avec Jean Glykys qui devait abandonner le poste
pour devenir patriarche, la direction générale des
affaires (cf. G. Pachymère, op. cit., ii, 20; éd. de Bonn,
II, 164). L'une de ses premières missions fut de négo-
cier la nomination du moine Cosmas (Jean XII) au
trône patriarcal (ibid., ii, 27; éd. de Bonn, ii, 183,
184). A la mort de Muzalon, en mars 1295 (cf. Échos
d'Orient, xxv, 1926, p. 318, 319), l'empereur fît de
Choumnos, au dire de Pachymère (op. cit., ii, 32; éd.
de Bonn, ii, 193), son unique ministre et le promut
peu après à la charge de préposé à l'écritoire (èirl toO
kovikAsIou; cf. Fr. Dôlger, loc. cit., p. 44-54). Cette
dernière charge, dont Nicéphore restera titulaire jus-
qu'à sa mort, ne le qualifiait pas pour conduire l'État;
c'était ce que de nos jours on appelle un ministère
technique. Aussi, quels qu'aient été son rôle et son
influence, Choumnos, comme ses pairs titrés d'un
terme extraprotocolaire, lasCTàjcov, ne fut, aux côtés
ou au-dessus du vrai responsable, le grand logothète,
qu'un chancelier surnuméraire. Mais il entendit l'être
et le resta en dépit d'éclipsés passagères. Le grand
logothète Constantin Acropolite, successeur de "Théo-
dore Muzalon, ne semble pas en avoir pris ombrage.
Nicéphore sut d'ailleurs si bien s'imposer que l'empe-
reur donna, en 1303, son fils, le despote Jean (cf.
A. Papadopoulos, Versuch einer Généalogie der Palaio-
logen, Munich, 1938, p. 38-39), en mariage à sa fille
Irène. La charge de gouverneur de Thessalonique,
que nous lui voyons assumer vers 1310 ou peu avant
(cf. V. Mosin et A. Sovre, Suppl. ad acta Graeca Chi-
landarii, Ljubljana, 1948, p. 17), pourrait sembler une
disgrâce. U est préférable de voir, dans cette mission
d'ailleurs passagère, une initiative de l'habile ministre,
soucieux de récupérer ses propriétés dont l'avait pré-
cédemment frustré un gouverneur peu scrupuleux. 11
est toutefois possible que cette absence ait diminué son
prestige à la cour où l'influence d'un autre favori, lui-
même bientôt allié à la famille impériale (cf. A. Papa-
767
CHOUMNOS — CHOWTSUN
768
dopoulos, op. Ci/., p. 24), recoupait la sienne. Théodore
le Métochite, le propre fils de Georges le Métochite,
alors en prison depuis trente ans pour son attachement
à la foi catholique, fut associé, en effet, vers 1313-14,
à Constantin Acropolite, disgracié dans la charge de
grand logothète. Choumnos et le Métochite durent
dès lors collaborer, mais il est indubitable que ce
dernier l'emporta désormais dans les conseils d'An-
dronic II, malgré les intrigues de son partenaire pour
le perdre. Leurs différends politiques, colorés de dis-
putes littéraires, ne les menèrent jamais à la rupture
ouverte où, vu le naturel de leur commun maître,
aucun d'eux n'aurait trouvé son compte. De ministre
en fonction, Nicéphore rétrograda au rang, qui était
normalement le sien, de conseiller encore écouté. Il
y resta jusqu'à sa mort, qu'un colophon place au
18 janv. 1327 (cf. Néos 'EAÂrlvo^v^^ncov, vu, 1910,
p. 139, n. 48).
Le sentiment commun est que Nicéphore se retira
au couvent dès 1320. Cette opinion doit être rejetée;
l'homme n'abandonna que sur son lit de mort, où il
prit seulement l'habit religieux sous le nom de Na-
thanaël, et les affaires publiques et la gestion de
son immense fortune. Celle-ci scandalisait les merce-
naires catalans, mal payés (cf. G. Pachymère, op.
cit., VI, 17; éd. de Bonn, ii, 509), et révoltait le pa-
triarche Athanase I" qui y voyait un instrument
de corruption. Elle lui servit du moins à restaurer
et à doter un couvent (probablement le couvent
d'hommes du Sauveur Philanthrope, à Constanti-
nople; cf. P. G„ cxl, 1480 C-D, et 1481 C; voir
aussi V. Laurent, Une princesse byzantine au cloître,
dans Échos d'Orient, xxix, 1930, p. 46-48, sous réserve
de ce qui est dit ci-dessus de la vocation religieuse de
Nicéphore). L'attachement de Nicéphore à son patri-
moine le brouilla un temps avec un évêque influent,
Théolepte de Philadelphie, qui, choisi comme direc-
teur par sa fille, la décida à aliéner ses propres biens et
à entrer au couvent.
Homme d'État, Choumnos fut avec autant de pas-
sion un lettré qui eut une part prépondérante dans le
renouveau des études à Byzance sous les Paléologues.
Sa fortune lui permit de tenir un salon littéraire, dont
les envieux se gaussaient doucement. Mais il publia
surtout beaucoup lui-même en divers ordres de con-
naissances. Bien que l'histoire comme telle n'occupe
pour ainsi dire aucune place dans son œuvre, nombre
de ses ouvrages y touchent assez pour qu'on doive
les consulter. A signaler particulièrement : 1. Éloge
d'Andronic II Paléologue (éd. J.-Fr. Boissonade,
Anecdota Graeca, ii, Paris, 1830, p. 1-54). Ne reflète
que les beaux côtés d'un long règne médiocre. — 2. A
sa fille de seize ans, la basilissa, sur l'épreuve de son
veuvage (éd. J.-Fr. Boissonade, op. cit., i, Paris, 1829,
p. 293-305, et P. G., cxl, 1437-50, avec trad. latine).
— 3. A l'autocrator, sur la mort de son fils le despote
(éd. Boissonade, op. cit., i, Paris, 1829, p. 306-12).
Le despote est son gendre Jean, le fils d'Andronic II.
— 4. Oraison funèbre du bienheureux et très saint métro-
polite de Philadelphie, Théolepte (éd. Boissonade, op.
cit., v, Paris, 1833, p. 183-254). Cette pièce de polé-
mique antilatine est, malgré ses longueurs, d'une
importance exceptionnelle pour l'histoire religieuse de
l'époque. On y relève, sur le défunt et d'autres per-
sonnages, comme sur les événements contemporains,
des jugements de bon aloi. Sur le rôle envahissant
de ce prélat dans la famille des Choumnos, voir, en
plus de mon article cité plus haut (surtout p. 45-60),
S. Salaville, Une lettre et un discours inédits de Théo-
lepte de Philadelphie, dans Rev. des études byz., v, 1947,
p. 101-15. — 5. Aux Thessaloniciens, pour les engager
à pratiquer la justice (éd. Boissonade, op. cit., v, Paris,
1833, p. 183-254). Peinture assez réaliste des divisions
qui travaillaient alors la société salonicienne et pré-
figurent la Commune de 1346. A remarquer un bel
éloge de la ville et de sa prospérité matérielle, et la
peinture du rôle joue par une confrérie de clercs et de
laïcs, dite des Abramites, dans le relèvement moral
et social de la métropole. — 6. Réquisitoire contre
Niphon, le tout mauvais patriarche (éd. Boissonade, op.
et loc. cit., 255-83). Important document pour l'his-
toire intérieure de l'Église byzantine et la vénalité de
certains membres du haut clergé. Comme l'on sait,
Niphon le patriarche fut déposé par son synode pour
simonie. — 7. Un groupe de six pièces officielles,
décrets ou chrysobulles, qui, pour avoir été expédiés au
nom de l'empereur, n'en ont pas moins été rédigés
par lui. A noter très particulièrement la fameuse
charte instituant le mois d'août comme mois de Marie
dans tout l'Empire byzantin (éd. de l'ensemble dans
Boissonade, op. cit.,u, 63-136). — 8. Le Testament (éd.
Boissonade, op. cit., v, 314-50, en grec seulement, et
P. G., CXL, 1465-98, en grec et trad. latine). Essentiel
pour l'histoire de la famille. — 9. Enfin et surtout
une copieuse Correspondance de 172 lettres (éd. Bois-
sonade, Analecta Graeca nova, Paris, 1844, p. 1-201),
où viennent en cause les plus grands noms des lettres
et de la politique.
Ces compositions, qui semblent avoir charmé les
contemporains, ont à nos yeux un grave défaut, celui
d'être avant tout des morceaux de style. Nicéphore
Choumnos est, en effet, parmi les nombreux lettrés
qui se sont illustrés sous les premiers Paléologues,
l'écrivain qui a le plus sacrifié à la rhétorique. Tout
le concret (faits, sentiments) gît dans son texte à l'état
d'allusions sous des parures déformantes. Il faut pour
l'en extraire consentir un efiort qui toujours paie,
comme vient encore de le prouver le travail récent de
I. Sevcenko, Le sens et la date du traité « Anepigra-
phos » rfe A'. Chun^nos (dans Acad. royale de Belgique,
Cl. des lettres, V« sér., xxxv, 1949, p. 473-88). Si l'his-
toire générale ne glanera dans son œuvre que de légers
compléments, l'histoire des lettres et du sentiment
religieux s'y approvisionnera abondamment le jour où
l'ensemble aura été exploré par une exégèse avertie.
Sources. — La pièce essentielle devrait être l'oraison
funèbre, composée par un jeune émule, Théodore Hyrta-
kénos (éd. Boissonade, Anecdocta Graeca, v, Paris, 1833,
p. 282-92). Malheiu-eusement, le morceau, de pure rhé-
torique, n'apprend rien qu'on ne sache par ailleurs. La
source la plus riclie est encore son oeu\Te littéraire, éditée
en majeure partie : les ouvrages de rhétorique et de science
dans Boissonade, Anecdola Graeca, i-ni, v, Paris, 1829-
1833; les ouvrages théologiques dans P. G., cxl, 1451-66,
1498-1526; ses traités de philosophie dans Fr. Creuzer,
Oxford, 1835, reproduit dans P. G., cxl, 1403-38 (De
anima adversus Plotinum). Le cod. Patmiacus 127 (cf. J.
Sakkelion, TTaTMiiaKii piêXio9f|Kri, Athènes, 1890, p. 73-76),
du xiv« s., doit représenter l'édition définitive de ses
œuvres. Quelques rares compositions éparses en d'autres
témoins (Paris. Gr. 2105 particulièrement). C'est à tort que
l'on a voulu en faire un correspondant de Démétrius Cydo-
nès (cf. Bessarione, xxiv, 1920, p. 99).
Travaux. — Pour la littérature ancienne, voir art.
Choumnos (Nicéphore), dans D. T. C, n, 1905, col. 2395
(A. Palmieri). Notices plus complètes dans K. Krumbacher,
Gesch. der byz. Lit., 2" éd., Munich, 1897, p. 478-82, et
R. Guilland, Nicéphore Grégoras, Correspondance, Paris,
1927, p. 317-24; voir aussi, du même. Essai sur Nicéphore
Grégoras, Paris, 1926, passim (cf. p. 299 sq.). — Pour des
aspects particuliers de son activité littéraire, consulter,
entre autres, E. Martini, Spigolature bizantine, i, Versi
inediti di Niceforo Chumno, Naples, 1900; B. Tatakis, La
p)iilosophic bijzanliiie, Paris, 1949, p. 247-49 (trop sommaire).
V. Laurent.
CHOWTSUN, ville du Shantung (Chine sep-
tentr.), siège de la préfecture apostolique du Chang-
tien le 1" juin 1932, du vicariat apostolique du Chowt-
sun, le 18 mai 1937, élevé au rang d'évêché, suffra-
769
CHOWTSUN — CHRISTIAN
770
gant de Tsinan, le 11 avril 1946. Il est confié aux
frères mineurs de la province américaine du Sacré-
Cœur. — Évêque : H. -A. Pinger, préf. apost. 1932;
vie. apost., 1937; év., 1946.
L. Van Hee.
CHRABRU (anc. bulg. Hrabr'), probablement
pseudonyme du moine bulgare, auteur d'un mince
traité paléoslave, composé dans la première moitié du
x« s., sur l'écriture slave. C'est en réalité une apologie
de l'écriture slave, répondant aux attaques des Grecs,
et en même temps la source principale pour la question
de l'origine de l'écriture slave. Il y est dit que cette
écriture a été inventée par S. Cyrille (Constantin,
t 869), apôtre des Slaves; qu'elle est composée de
trente-huit lettres, dont vingt-quatre formées d'après
l'alphabet grec et quatorze répondant aux besoins
propres de la langue slave; enfin que cette écriture
est plus parfaite et plus sainte que l'écriture grecque.
Sur la valeur réelle de cette apologie et sur la per-
sonne même de son auteur, de nombreuses questions
restent ouvertes : par ex., qui se cache sous le nom
de Chrabru? Un seul passage de son écrit (« sont vi-
vants encore qui les ont vus », c.-à-d. les SS. Cyrille
et Méthode) permet d'affirmer que l'auteur vivait au
temps des disciples des SS. Cyrille et Méthode, par
conséquent en la première moitié du x« s. Cependant,
l'authenticité de ce passage a été contestée, puisqu'on
ne le trouve qu'en deux mss., les meilleurs il est vrai,
mais non les plus anciens. Tous les mss., dont le plus
ancien date de 1348, sont écrits en lettres cyrilliques,
mais le texte n'y est pas transmis identiquement. Le
problème capital qui occupe les spécialistes est celui-
ci : quelle écriture employait Chr. et quelle écriture
attribuait-il à S. Cyrille, la glagolitique ou bien la
cyrillique? Après de longues discussions et hésita-
tions, on a, peut-on dire, en ces derniers temps,
réussi à prouver définitivement que Chr. parle de
l'écriture glagolitique, en d'autres termes que S. Cy-
rille est l'auteur de l'alphabet glagolitique et que, au
temps de Chr., l'écriture cyrillique n'était pas encore
connue comme écriture spéciale. La preuve en est
que les meilleurs textes — dont le plus archaïque
(xv« s.), appartenant à l'Académie ecclésiastique de
Moscou, et celui de la rédaction bulgare du Mont-
Athos (Hilandar) (xvi^ s.), qui contiennent le passage
cité — apportent l'alphabet entier et comportent des
indices certains qu'ils ont été copiés d'après des
textes glagolitiques, tandis que les autres, même le
plus ancien de 1348, contiennent l'alphabet adapté
d'après l'écriture grecque, plus précisément d'après
l'écriture cjTillique, plus récente.
Le texte de l'Académie ecclésiastique de Moscou,
avec celui de 1348, a été publié par V. Jagiti, dans
Izslédovanija po russkom jazyl<u, i, 1885-1895, p. 297-
303; le texte de Hilandar, par J. Ivanov, dans les
Antiquités bulgares de Macédoine (en bulg.), 2« éd.,
1931, p. 442.
Jos. Vajs, Mélanges de paléographie glagolitique (en
tchèque), Prague, 1932, p. 8 (avec bibllogr.). — St. N. Kulj-
bakin. Notes sur l'apologie de Chrabru (en serbocroate),
dans Glas de l'Acad. serbe, vol. clxviii, 43-77. — J. Vajs,
L'apologie des lettres par Chr. (en tchèque), dans Byzan-
linoslavica, viii, 158-63. — R. Nahtigal, Quelques remar-
ques à propos de la discussion sur l'écrit de Chrabru relatif à
l'alphabet de Constantin-Cyrille (en Slovène), dans Slavi-
stiina Bevija, Ljubljana, i, 1948, p. 5-18.
V. §TEFANl6.
CHRAMLEIS. Voir Cheptian.
CHREMES (Saint), le 6 août. Aucun document
ancien ne parle de ce saint. Caietani, qui en composa
I une Vie sans précision historique, en fait le premier
abbé basilien de S.-Sauveur de Plaça (Sicile). Il place
DicT. d'hist. et de géogr. ecclés.
sa mort en 1116. — Le chef du saint est encore con-
servé aujourd'hui à S.-Sauveur.
A. S., août, II, 173-74. — Caietani, Vitae Sanciorum Sicu-
lor., II, 1657, p. 131-32. — Pirri, Sicilia sacra, i, 1054-56.
R. Van Doren.
1. CHRESTUS, cité au martyrologe hiérony-
mien le 10 août, est inconnu par ailleurs.
Mort. Hier., éd. Delehaye, 431, 433.
R. Van Doren.
2. CHRESTUS, évêque de Syracuse, confes-
seur fêté le 5 juin. Dans la liste épiscopale de Syra-
cuse, trois évêques portent le nom de Chrestus. Les
deux premiers y sont placés au i" s., comme succes-
seurs immédiats du Bx Marcien, que l'on disait
envoyé par S. Pierre. Mais comme Marcien appartient
à une époque postérieure, le troisième seul est un per-
sonnage historique. Il était présent au concile d'Arles,
le 1" août 314.
A. S., juin., I, 555-56. — C. Barreca, I primordi del cris-
tianesimo in S., 1935. — Cappelletti, xxi, 617. — Gams,
953. — Lanzoni, 636-38. — L. T. K., ix, 954, 955.
R. Van Doren.
CHRÉTIEN. Voir Christian.
CHRISCONA (Sainte), Christiana, honorée le
16 juin, fut, d'après la légende, une des compagnes
de Ste Ursule, qui moururent en route vers Rome.
Elle fut enterrée sur une montagne près de Bâle. En
1504, le cardinal légat Raymond Peraudi procéda à
l'élévation des reliques et en fit la translation à
Gnadental, couvent des clarisses, où s'établit un
pèlerinage qui devint célèbre. On y vénérait spéciale-
ment le voile de la sainte. En 1840, Gnadental devint
Pilgermission protestante.
A. S., juin, IV, 96-118. — Basler Zeitschr. fur Gesch., ii,
1903, p. 246. — Gunkel-Zscharnack, Die Religion in Gesch,
und Gegenw., i, 1528. — i. T.K.,n, 901. — C. H. Rappard,
50 Jahre des Pilgermission auf S. Chr., 1890. ■ — E. Stiickel-
berg, Die schweizer. Heiligen des Mittelalters, 22.
R. Van Doren.
CHRISMANN (Philippe Néri), théologien de
l'ordre des Frères Mineurs (1751- ? ). Voir D. T. C,
II, 2415.
CHRISTCHURCH, diocèse de la Nouvelle-Zé-
lande, comprenant les provinces de Canterbury et de
Westland, une partie de celle de Nelson, ainsi que
les îles Chatham, érigé le 10 mai 1887, comme sulïra-
gant de Wellington.
Évêques : 1. John J. Grimes, 1887, t 1915. — 2.
Matthew J. Brodie, 1915. — 3. Francis Lyons, 1944.
Cath. Enc, ni, 699; suppl., 197. — Enc. catt., m, 1567.
É. Van Cauwenbergh.
CHRISTETA D'AVILA (Sainte). Voir Vin-
cent d'Avila (S.).
1 .CHRISTIAN, C/iré/ien, fut évêque d'AMlENS
(723-740). Le seul fait de son épiscopat digne de
mémoire fut la consécration de la vierge Ste Ulphe,
dirigée par S. Domice, probablement en 728. Celle-ci
vécut quelques années dans son ermitage aux'environs
de Boves, vint ensuite habiter à Amiens, où elle fonda
le premier monastère de femmes de cette ville.
Abbé Bouvier, Hist. relig. de la ville d'Amiens, Amiens,
1921, p. 76. — Abbé Corblet, Hagiogr. des saints du dioc.
d'Amiens, m, 538, 547 sq. — La Morlière, Antiquités de la
ville d'Amiens, Paris, 1642, in-fol., p. 168. — Pagés (Ma-
nuscrits de), X, V, 480. — Edmond Soyez, Notices sur les
évêques d'Amiens, 21. — Gall. christ., x, 1751, p. 1156. —
De Court, Mém. chron., bibl. d'Amiens, mss. 802-803, ii, 183.
— Duchesne, m, 128.
A. Molien.
H. - XII. — 25 —
771
CTIRISTIAN
772
2. CHRISTIAN, moine cistercien de l'abbaye
de l'AUMONE, au dioc. de Blois (xii« s.). Né d'une
famille d'humble condition, il fut d'abord un petit
pâtre; mais, jeune encore, il quitta la maison pater-
nelle pour se faire ermite à Gastines. Il y demeura
bon nombre d'années — mulfis annis dit vaguement
le texte. Le renom de Cîteaux fit alors quelques con-
quêtes parmi les ermites de Gastines, et Christian fut
le premier à demander son admission à l'abbaye de
l'Aumône, maison fille de Cîteaux. Envoyé ensuite à
Landais, monastère que l'Aumône avait fondé en
1129, Christian y continua sa vie de prière et d'austé-
rité qui le faisait estimer comme un saint. L'abbé de
Cîteaux témoigna au prélat de l'Aumône le désir de
connaître ce vertueux moine et le fit mander auprès de
lui. Mais le bon vieillard ne put atteindre le but de
son voyage; il mourut à l'Aumône. L'abbé fit alors
recueillir les témoignages de ceux qui avaient connu
de près le moine Christian; sur ces données, il rédigea
une notice qu'il adressa à l'abbé de Cîteaux avec une
lettre de respectueuse présentation. Son récit offre les
meilleures garanties d'authenticité. La précision chro-
nologique peut se heurter à une difficulté selon l'inter-
prétation donnée à la formule multis annis, marquant
la durée de la vie érémitique du futur cistercien.
Christian fut reçu sous l'abbatiat d'Ulric (1121-36) et
peu après la fondation de Landais; mais l'abbé Re-
naud, auteur de la notice envoyée à Cîteaux, se place
aux environs de 1186.
Le Bx Christian jouit d'un culte immémorial. Plu-
sieurs auteurs l'ont confondu avec d'autres person-
nages de même nom; le doute est pleinement dissipé
depuis que le R. P. Coens, bollandiste, a découvert le
récit authentique dans le ms. Clm 14682 et l'a publié
dans les A. BolL, lu, 1934, p. 5 sq.
Exordium magnum, dans P. L., clxxxv, 1022; Hélinand
a fait des emprunts à ce récit, P. L., ccxii, 1063. — Jean
d' Assignies, Les vies et faits remarquables. ..,Mons,1603, p. 87.
— De Visch place à tort Christian au nombre des écrivains.
— ■ Zimraemiann, Kalend. bened., Metten, ii, 1933, p. 505.
J.-M. Canivez.
3. CHRISTIAN I de Bûche, prévôt de Mayen ce
et de Mersebourg, devint archevêque de MAYENCE en
remplacement de Conrad I" de "Wittelsbach (1160-65),
déposé par l'empereur. Il accompagna l'empereur en
Italie et prit part à la guerre contre les Romains. Au
cours de cette campagne mourut l'archevêque Ray-
naud de Cologne. Christian favorisa l'élection de
Henri VI et le couronna à S.-Alban (1169). En 1172,
on le retrouve en Italie comme lieutenant impérial :
il assiège alors Ancône et soutient l'antipape Calixte.
En 1176, il participe à la bataille près de Legnano et
assiste à la conclusion de la paix signée en 1177 à
Venise avec le pape Alexandre III. Il prend part à
l'entrée de l'empereur à Rome. Pendant ses absences,
le diocèse était administré par Siegfried de Brande-
bourg. En 1179, Christian est fait prisonnier par
Conrad de Montferrat. Libéré contre une forte somme
en 1181, il soutient Lucius III contre la fureur des
Romains. Il contracte une maladie grave et meurt en
1183, en présence du pape.
Gall. christ., v, 477-79. — J. H. Hennés, Gesch. der
Erzbischiile von Mainz, Mayence, 1867, p. 153-58.
P. VOLK.
4. CHRISTIAN II, archevêque de MAYENCE,
fut, en 1249, élevé à cette dignité contre sa volonté.
Il est probablement l'auteur du Liber de calamitate
Ecclesiae Moguntinae, appelé autrefois « Petite chro-
nique de Mayence » (142-51) (Potthast, Bibl., i, 221-
22). Comme il refusa de participer à la guerre contre le
favori du pape, le roi Guillaume de Hollande, il fut
accusé de faiblesse et déposé en 1251. Il entra chez les
hospitaliers en 1253 et mourut la même année à Paris.
Gall. christ., v, 485-86. — .1. H. Hennés, Oesch. der
Erzbischofe von Mainz, Mayence, 1867, p. 170.
P. VoLK.
5. CHRISTIAN, Irlandais, disciple de S. Ber-
nard. Christian O'Conarchy fut le premier abbé de
Manister-Mhor ou MELLIFONT, monastère fondé
par Clairvaux sur les instances de S. Malachie (1142).
Huit ans après, Christian devient évêque de Lismore
et Waterford; après la mort de S. Malachie, il fut
aussi légat en Irlande. Une lettre de l'abbé de Clair-
vaux, Henri de Marcilly, futur cardinal, dépeint à
Alexandre III l'évêque légat, devenu vieillard véné-
rable, méritant bien la retraite qu'il sollicite. Il l'ob-
tint en 1171 et termina sa carrière le 18 mars 1186. On
lui donna une sépulture honorable dans l'abbaye cis-
tercienne d'Odorney. Certains auteurs qualifient
Christian de bienheureux, mais aucun culte n'est
signalé.
Bellesheim, Gesch. der kathol. Kirche in Irland, i, 1890,
p. 363. — S. Bernard, Episl., ccclvii (P. L., clxxxii, 559);
Vita Malachiae, c. vi, xv (ifcid., 1083, 1093). — R. Foreville,
L'Église et la royauté en Angleterre sous Henri IL Paris,
1943, p. 329, 331, 492 sq. — Gams, 228. — Henri, card.
d'Albano, Epist., iv (P. L., cciv, 213). — L. Janauschek,
Orig. cisterc. Vienne, 1878, p. 70. — Dom. Willi, Pàpsle,
Kardin. und Bischôfe... cisterc, Bregenz, 1912, p. 39.
J.-M. Canivez. i
6. CHRISTIAN d'OLiVA, moine de l'abbayd
cistercienne de ce nom, en Prusse, devenu missionnaird
(1207) dans cette même région, qu'Innocent III avain
signalée au zèle de l'abbaye de Lekno ou WongrowitzJ
dans le dioc. de Gnesen (Potthast, Reg., 2901; P. L.J
ccxv, 1009). Dans une seconde lettre datée din
10 août 1212 (Potthast, Reg., 4573; P. L., ccxvil
668), adressée au chapitre général de Cîteaux, iJ
même pontife se plaint que les missionnaires Chris-I
tian, Philippe et leurs compagnons ne trouvent pas
dans les abbayes le concours empressé dont ils
auraient besoin. Un décret capitulaire fut rendi^
l'année suivante, qui chargeait l'abbé de Morimond
de donner satisfaction aux volontés pontificales, tout
en maintenant intactes les règles rigoureuses de la
vie cistercienne (Statuta, 1213 : 52). En 1215, Christian
devint le premier évêque de Prusse, évêque région-
naire, semble-t-il; son plan d'apostolat était de créer
un clergé indigène, mais il fut peu secondé dans ses
efforts. La population païenne le garda prisonnier
durant six ou sept ans (de 1233 à 1239-40), et les che-
valiers de l'ordre teutonique, ne goûtant pas sa mé-
thode, ne firent rien pour le libérer. En 1243, la vaste
région confiée à son zèle ayant été divisée en plusieurs
diocèses, Christian paraît s'être retiré à Sulejow,
abbaye cistercienne du dioc. de Gnesen, en Pologne.
11 mourut le 4 déc. 1245.
Bôhmer, Regesta imperii, v, 6182, 6215, 6281, 6282, 6283,
6284, 6289, 6299, 6337, 6339, 6368, 6372, 6530, 6699, 6743,
10899, 11015, 11075, 11076, 11077, 11095, 11096. — L. T. K.
II, 919. — E. Metzner, Beitràge zur Gesch. der Einfuhrung des
Christ, in Preussen, 1906; il identifie Christian avec l'abbé
Gottfried de Lekno. — Potthast, Reg., 2901, 4573, 5079,
5080, 5481, 5770, 5771, 5785a, 5791, 5792. 5793, 5813.
5826, 6070, 6071, 6247, 6984, 6990, 6996, 11103, 11509. —
Statuta cap. gen. Ord. cisterc, éd. Louvain, 1933-1941,
passim. — Winter, Die Cisterc. im nordôst. Deutschland,
Gotha, I, 1868. p. 264 sq. — Zimmermarm, Kalend. bened.,
Metten, m, 1937, p. 393.
J.-M. Canivez.
7. CHRISTIAN (Chrétien) d'OPITER. Domi-
nicain de la deuxième moitié du siècle, que
Paquot a cru originaire d'Oplinter, dans le Brabant.
Les seuls renseignements que l'on possède sur ce reli-
gieux sont dus au P. Quétif, qui vit au couvent de
Maëstricht, en 1671, un ms. renfermant ses œuvres ;
1. Expositio caeremoniarum missae spiritualis et /ni/J-
tica; — 2. Tract, de materia eccles. interdicti (daté de
I
773
CHRISTIAN
CHRISTINE
774
1451); — 3. Tract, de materia euchnrisliae ; — 4. Hist.
seu miracuhim Guidonis de Corvo de civitate Alestensi,
quae Baiona jam dicitur (daté de 1452).
Biogr. Belg., xvi, 229-30. — Paquot, Mém. pour servir à
rhist. litl. des Pays-Bas, x, 111-13. — Quétif-Échard, l, 810.
M. -H. Laurent.
CHRISTIANOPOLIS, évèché du Péloponèse,
dépendant de Corinthe, puis archevêché indépendant,
et enfin métropole sans sulïragant. La bourgade de
ce nom a perdu depuis longtemps l'importance rela-
tive qu'elle avait au Moyen Age; ce n'est plus aujour-
d'hui que le petit village de Christiano, sur la côte
occidentale du Péloponèse. L'éparchie n'eut d'ailleurs
jamais qu'une étendue médiocre, qui allait, à la fin du
xvme s., de l'embouchure de l'Alphée à celle du Lon-
gobardos, avec quelques villages à l'intérieur des
terres.
On ignore à quelle époque fut fondé l'évêché de
Christianopolis; en tout cas, ce ne fut pas avant le
X'' s., puisqu'il ne figure pas dans la liste épiscopale
dite de Léon le Sage. En 1080, il fut uni à l'évêché voi-
sin de Mégalopolis, puis rétabli en 1283. On ne sait
ni quand ni comment il devint archevêché, ni quand
il fut promu métropole. Il figure déjà sous ce dernier
titre dans la Notitia de Manuel Comnène (H. Gelzer,
Ungedruckle und imgenugend vertiffentlichte Texte der
« Notidae episcopaluum », dans Abh. der kônigl. bayer.
Akad. der Wiss., l'^ cl., t. xxii, sect. m, Munich,
1900, p. 586); il occupe le 9« rang dans celle d'Andro-
nic II (ibid., 600), le 66« dans celle d'Andronic III
(ibid., 608), le 42« dans une liste qui semble remonter
à la fin du xv« s. (ibid., 629). En mai 1386, la métro-
pole de Christianopolis fut unie une première fois à
celle de Corinthe pour donner à celle-ci un revenu
suffisant (Miklosich et Millier, Acta et diplomata
Graeca Medii Aevi, ii, 76); elle lui fut unie de nou-
veau en févr. 1394, quand le siège de Corinthe fut
donné au hiéromoine Théognoste (ibid., ii, 206-09).
La métropole fut rétablie au début de la conquête
turque et unie de 1749 à 1792 à l'exarchie patriarcale
de Tripolitza. Elle disparut définitivement lors de
l'organisation de l'Église de Grèce en 1833.
Liste des évêques, archevêques et métropolites. — Elle
comprend plus de vingt noms. Eustrate, mars 1080
(Bull, de l'Inst. archéol. russe de Constantinople, ii,
36). — ? , élu en 1187 (Zachariae von Lingenthal,
Jus Graeco-Romanum, m, 509, 510). — Georges,
7 sept. 1278 (Bull, de iinst. archéol. russe de Constan-
tinople, II, 36). — Calliste, oct. 1475 ('OpOoSo^fa, viii,
320). — Macaire, janv. 1565 (Turcograecia, 172). —
Denys, proédros ou administrateur, 1585 (Sathas,
Biblioth. Graeca Medii Aevi, ii, 578). — Pendant les
vingt années qui suivent, la succession est assez
confuse : Nectaire, mai 1593, 20 avr. 1614, 1620
(A. Papadopoulos-Kérameus, 'lepoaoAv;|jr|TiKfi pigXio-
0r|Kr|, IV, 9; 'EAXtivikos OiAoAoyiKÔs luAAoyos, xx,
suppl., 98). — Syméon, déposé en 1602, reparaît
en 1610 (Sathas, op. cit., ni, 551). — Denis, 28 mai
1602- ? ('EKKArio-iaoTiKTi 'AArieeia, ii, 784). —
Sophrone (ne serait-ce pas Syméon?), déposé, est
déclaré innocent en juill. 1605 (Sathas, op. cit., m,
553). — Ignace, ? ; démissionnaire le 1" janv. 1645
(ibid., III, 578). — Eugène, 8 mars 1645- ? (A. Pa-
padopoulos-Kérameus, op. cit., I, 306). — Athanase,
vers 1700 (AeAtiôv ttïç îcnropiKfis Kai âôvoAoyiKfîs
Éraipsias Tfjs 'EXAàSoç, m, 470). — Grégoire, déc.
1718 (A. Papadopoulos-Kérameus, op. cit., iv, 377).
— Parthénios, 1725-1732 (AeAtîov..., vi, 208; A. Pa-
padopoulos-Kérameus, op. cit., IV, 319). — Néophyte,
? ; démissionne en 1734 ('EKKAriaiacrriKTi 'AAtiQeio,
II, 229). — Daniel, 18 avr. 1734- ? ('EKKAriaiaCT-
TiK^i 'AÂTiÔEia, II, 224). — Daniel (le même que le
précédent?), ? — f avant févr. 1772 ('EKKAriCTia-
CTTiKTi 'AAriSeia, ii, 294). — Jérémie, exarque de toute
l'Arcadie, févr. 1772-1783 (ibid.). — Macaire, archev.
de Christianopolis et de Tripolitza, févr. 1783, mai
1784 ('OpôoSoÇia, vni, 105; 'EKKÂTiCTiacrriKf) 'AArj-
ôeia. II, 252, 284). — Germain, vers 1820 (Cophi-
niotes, 'EKKÂriala kv 'EAAâSi, 6).
Le titre de Christianopolis a été rarement conféré
dans l'Église romaine. On ne connaît que quatre pré-
lats qui l'aient porté : Gérard, ? -f 1396. — Jean
Coctor, O. F. M., 8 janv. 1393. ~ Conrad Lindin ou
Linden, O. P., 26 nov. 1396-t 1411, sufl^^ragant à
Mayence. — Gérard Coci, O. Cist., 6 nov. 1411-1417,
sufïragant à Mayence.
G. D. Capsalès, XpiCTTiavoÙTioAis, dans MtyàÀri âXAr|viKfi
ÉyKUKXoTraiBEla, xxiv, 720. — Ann. pont., 1916, p. 389.
R. Janin.
1. CHRISTINE (Sainte). Le martyrologe ro-
main fait mention au 13 mars d'une Christine, vierge
et martyre en Perse. Elle serait à identifier avec
S. Sire, ou FAv/KEpla, en perse Sirin, qui subit le mar-
tyre en 559 à Babylone, sous Chosroas l", roi des
Perses. En effet, ces deux noms de saintes se retrou-
vent dans tous les martyrologes à la même date et
sont rattachés à la même origine (B. H. G., 1637).
La mémoire de Sire s'est estompée devant celle de sa
compagne, Golandrucht, martyre perse mieux connue
(B. H. G., 700-702; Synax. Eccl. Constant., 815-818).
Comme d'autres saints. Sire reçut sans doute un nom
de consonance moins païenne.
A. S., mars, ii, 262; mai, iv, 171-83. — Mart. Rom., 95-
96. — Synax. Eccl. Constant., 536.
R. Van Doren.
2. CHRISTINE, martyre, honorée le 24 juill.
Le martyrologe hiéronymien parle d'une Christine de
Tyr. Cette sainte, fêtée par les Églises grecque et
latine à la même date, possède des Actes grecs, dont
on retrouve déjà des fragments dans les papyrus
d'Oxyrrhynque (V s.) et qui eurent plusieurs versions
latines. Élle apparaît aussi parmi les vierges des
mosaïques de S. Apollinare Nuovo à Ravenne (vi^ s.).
— Si le culte de la sainte est ancien, il n'y a aucune
certitude sur la date de son supplice que ses Actes
fabuleux prolongent d'ailleurs sous trois juges succes-
sifs. Le martyrologe romain, qui résume les données
de ces Actes, ajoute que Tyr est près de Bolsena. Ce
détail provient d'Adon, ignorant qu'il n'y a jamais
eu de "Tyr en Italie. Il y eut cependant une Ste Chris-
tine à Bolsena, distincte, semble-t-il, de celle de Tyr.
L'existence de cette martyre, qui n'a pas d'Actes
authentiques, est prouvée par les recherches archéolo-
giques faites en 1880 à Bolsena. Parmi les inscriptions
des catacombes, découvertes en cet endroit, il s'en
trouve deux (de 373 et 406) mentionnant la présence
des reliques de la sainte. Un sarcophage fut également
mis au jour. Il renfermait un coffret en marbre con-
tenant des parties d'un squelette de jeune fille qu'une
inscription, qui n'est cependant que du x^ s., identifie
avec le corps de cette martyre.
A. Boll., x, 1891, p. 374-75; xxx, 1911, p. 458-59. —
A. S., juin., V, 495-534. — B. H. L., 1748-59. —D. A. C. L.,
II, 980-91. — Delehaye, Les origines du culte des martyrs,
2» éd., 181, 320-27. — G. B. de Rossi, Il sepolcro délia
martire Ctiristina in Bolsena, 1890. — Lanzoni, 536-41.
— L. T. K., Il, 923, 924. — Mari. Hier., éd. Delehaye, 394.
— - Rioista di arch. crist., 1925, p. 167-94. — Quentin, Les
martyrol. hist., 151, 580-81. — Synax. Eccl. Constant., 839.
— Vies des saints et des bienheureux, par les bénéd. de Paris,
VII, 1949, p. 588-90.
R. Van Doren.
3. CHRISTINE L'ADMIRABLE (Bienheu-
reuse), née à Brustem (Limbourg belge), en 1150, 1 1224.
Pendant dix-sept ans, elle mena d'abord l'existence
d'une simple bergère. En 1182 (?), comme on la pen-
sait morte après une grave maladie, elle se réveilla
775
CHRISTINE
— CHRISTODOULOS
776
pendant ses funérailles. Elle vécut ensuite une vie de
pénitence, remplie de faits extraordinaires. Elle se
retira, pendant neuf ans, avec son amie Ivette, au
château de Looz (Loon), puis à S.-Trond, où elle
mourut. Sa Vie fut rédigée par Thomas de Cantimpré,
vers 1232. La valeur historique en a été fort contestée,
mais Jacques de Vitry parle aussi de ces phénomènes
merveilleux. On a conclu : « Le cas de Christine n'en
reste pas moins plus ou moins pathologique... »
Ses reliques, conservées d'abord au couvent de
Milieu, se trouvent actuellement à l'église des Rédemp-
toristes à S.-Trond. Depuis 1857, la sainte est fêtée
au propre de Liège, le 24 juillet.
A. Boll., xvu, 64; xvill, 183; xix, 58, 365. — Archives
belges, 1899, p. 143-44. — A. S., juill., v, 637-60. —
L. T. K., II, 923. — Michael, Gesch. des deutschen Volkes,
m, 160. — Miscell. histor. A. De Meyer, l, 546-57. — H. Ni-
mal. Vies de quelques-unes de nos grandes saintes au pays de
Liège, 102-43. — Rev. des quest. hist., i.xvi, 491-502. —
Vies des saints et des bienheureux, par les bénéd. de Paris,
VII, 592-94.
R. Van Doren.
4. CHRISTINE DE RETTERS (Bienheu-
reuse). Religieuse de l'ordre de Prémontré, du couvent
de Retters (Rhetirs), près de Francfort (Hesse-Nas-
sau). Née en 1269, elle mourut en 1292, après avoir
mené une vie mystique. La désignation « Christine
du Christ » est probablement fautive. La Vita origi-
nale, qui avait été conservée à l'abbaye d'Ilbenstadt,
est perdue. On n'en connaît qu'une traduction fla-
mande du xvii« s. (Van Craejrwinckel, Légende der
levens der voornaemste Heyligen ...in de Wiile orde van
den H. Norbertus, u, Anvers, 1665, p. 730-59).
A. S., V, 24 juill. — G. Lienhardt, Ephem. hagiol. ord.
Praem., Augsbourg, 1764, p. 597-602. — J. V[an] S[pil-
beeck]. Une fleur cachée, la Bse Christine du Christ, Namur,
1885. — F. Petit, La spiritualité des Prémontrés aux XII'
et XIII' s., Paris, 1947, p. 119-24.
N. Backmund.
5. CHRISTINE DE STOMMELN (Bien-
heureuse), dite aussi Christine de Cologne, naquit vers
1 242 à Stommeln, village situé entre Cologne et Neuss.
Cette religieuse, dont on a fait par erreur une domini-
caine, a été souvent confondue avec son homonyme
Christine de S.-Trond ou Christine l'Admirable, morte
vers 1224 (J5. H. L., 1746-47). Agée seulement de
onze ans, Christine eut sa première vision du Christ.
Après être demeurée durant un an auprès d'un bégui-
nage à Cologne, elle se fixa à Stommeln, chez le rec-
teur lohannes. En 1267, Christine fit connaissance
du dominicain Pierre de Gotland (ou de Dacie). Ce
religieux, qui devait demeurer en relation avec elle
jusqu'en 1286, nous a décrit avec une abondance de
détails parfois choquants les épreuves spirituelles
dont la bienheureuse fut l'objet. Lors de la fête de
Pâques 1269, Christine, qui avait toujours montré
une profonde dévotion à la Passion, reçut les stig-
mates. Ses grandes épreuves ne devaient prendre fin
(1288) que quelques mois avant la mort de Pierre de
Gotland (1289), auquel notre béguine survécut une
vingtaine d'années. Christine mourut à Stommeln le
6 nov. 1312. Ses restes furent déposés au cimetière,
mais les miracles qui s'opéraient par son intercession
attirèrent l'attention sur son tombeau. Vers 1315-1320,
son corps fut relevé et placé dans l'église de Stommeln.
En 1342, il fut transporté à Nideggen, sur la Roer, et
vers 1584 à Juliers, où il repose encore de nos jours. Le
12 août 1908, Pie X a approuvé le culte de la Bse Chris-
tine; sa fête se célèbre le 6 nov.; celle de la translation
de ses reliques, le 22 juin.
La vie de Christine de Stommeln nous est connue par le
récit qu'en a tracé Pierre de Gotland (B. H. L., 1740-42)
et par la correspondance (63 lettres) que la bienheureuse
a échangée avec ce dominicain et certaines personnes de
son entourage. Ces documents, conservés dans le Codex
Jaliacensis, ont été étudiés par I. CoUijn : Handskrifter
till Petrus de Dacia Vita Chr. Stumbelensis, dans Tidskrifl
for Bok-och Biblioteksvdsen, xxxiii, 1936, p. 1-12; Codex
Juliacensis, ibid., 213-14; Vita B. Chr. Stumbelensis,
Upsala, 1936. La vie de Christine a donné lieu, d'autre
part, à un long article d'E. Renan, dans H. L. Fr., xxviii,
Paris, 1881, p. 1-26, et à deux monographies : Th. WoUers-
heim, Das Leben der ekstatischen Jungjrau Chr. von St.,
Cologne, 1859; A. Steffens, Die selige Chr. von St., Fulda,
1912, dont certaines données seront rectifiées d'après les
récentes recherches de J. Gallén, La province de Dacie de
l'ordre des Frères Prêcheurs, i, Helsingtors, 1946, p. 225-45.
— Sur les épreuves mystiques de Chr., voir H. Tliurston,
The case of Blessed Chr. von St., dans The A/on(/i, clvi,'
1928, p. 289-301, 425-37.
M. -H. Laurent.
CHRISTODOULOS, de Patmos (xi» s.). Il
naquit dans les environs de Nicée, vers 1020. Quelque
vingt ans plus tard, il se rendit au mont Olympe, en
Bithynie, et se mit sous la direction d'un moine expé-
rimenté. Au bout de trois ans, celui-ci mourut. Son
élève entreprit alors le pèlerinage de Rome, pviis celui
de Jérusalem. Après avoir visité les Lieux saints, il
se fixa dans un endroit désert près du Jourdain. Une
incursion des Turcs le contraignit de partir et il
remonta vers le Nord, pour se fixer au mont Latros
(ancien Latmos, dans la province de Carie), où existait
une véritable confédération de monastères, sous la
conduite d'un archimandrite qui avait autorité sur
les différents higoumènes ou supérieurs locaux. Les
moines lui offrirent cette charge, mais il la refusa et il
fallut l'autorité du patriarche de Constantinople pour
la lui faire accepter. Une nouvelle invasion turque
l'obligea à s'exiler de nouveau. Avec quelques fidèles
compagnons, il se dirigea vers la Palestine et s'arrêta
à Strobilos, en face de l'île de Cos. Le supérieur du
monastère de Cavalouris, Arsène Skinouris, lui céda
sa maison avec toutes ses propriétés. Comme l'afflux
des gens du monde l'importunait, Christodoulos se
rendit dans l'île de Cos, où il trouva la solitude qu'il
rêvait, et il construisit un monastère en l'honneur delà
Mère de Dieu. Une fois de plus l'intrusion des gens
du monde le contraignit à une nouvelle retraite. Il
décida ses moines à se rendre dans une île déserte et
ils firent choix de Patmos. Pour assurer cette fonda-
tion, Christodoulos alla implorer le secours de l'empe-
reur à Constantinople. Alexis Comnène le pria d'aller
plutôt rétablir la discipline parmi les moines de
Zagora en Thessalie. Dans ce but, le solliciteur écrivit
un II Manuel de conversation avec Dieu » qui leur parut
trop difficile à suivre. Alexis abandonna son projet et
délivra à Christodoulos un chrysobulle qui lui concé-
dait la propriété de l'île de Patmos et des deux îlots
voisins d'Acrite et de Lepsia et des immunités très
étendues en échange des possessions de Cos et de
Strobilos (avr. 1088). Quatre ans plus tard, le mo-
nastère n'était pas encore terminé qu'il fallut fuir
devant une autre invasion. La communauté émigra
dans l'île d'Eubée, où elle put s'établir facilement.
Dès que l'invasion eut reflué, Christodoulos songea à
regagner Patmos. Il appela son fidèle disciple Sabas,
lui confia tous ses livres et l'envoya terminer le monas-
tère et prépai-er le retour. Lui-même finit ses jours en
Eubée et son corps ne fut transporté à Patmos qu'une
année plus tard. Les auteurs ne sont pas d'accord sur
la date où mourut Christodoulos, les uns la fixant à
1093, d'autres à 1100, d'autres à 1101. L'Église
grecque le considère comme un saint et le fête le
16 mars.
Il est certain que ce personnage exerça une cer-
taine influence dans l'Orient byzantin, mais on aurait
tort de le considérer comme un réformateur du mona-
chisme, ainsi qu'on l'a fait parfois. C'était un ascète
plutôt qu'un théologien et un mystique. Il a laissé une
777
CHRISTODOULOS
- CHRISTOPHE
778
Hypotyposis ('YTTOTÛTrcoais), sorte d'autobiographie,
dans laquelle il prodigue des conseils à ses moines, et
un Testament mystique (Mucttikti 5ia6r|Kr|), suivi d'un
codicille (mars 1093). On n'y trouve rien qui ne soit
conforme aux règles posées jadis par S. Basile. Sou-
cieux de la formation de ses moines, Christodoulos se
procura des livres qu'il emportait dans ses diverses
pérégrinations et qu'il expédia à Patmos quelque
temps avant sa mort.
h' Hypotyposis et le Testament mystique, ainsi que le
chrysobulle d'Alexis Comnène, se trouvent dans
Miklosich-Miiller, Acla et diplomata Graeca Medii
Aevi, VI, 23, 90, et dans 'AKoAou9(a Upà toO ôalou
XpiOToSoûAou, Athènes, 1884. Ce dernier ouvrage
contient également une biographie écrite par Jean,
métropolite de Rhodes, et deux panégyriques, l'un
du patriarche Athanase d'Antioche (t vers 1178) et
l'autre de Théodose, moine de Byzance (fin du xii« s.).
Ed. Le Barbier, S. Christodule et la réforme des couvents
grecs au XI' s., Paris, 1863 (mal informé et tendancieux).
— Dom P. Renaudin, Christodule, higoumène de S.-Jean
à Patmos (1020-1101), dans Rev. de l'Orient chrél., v, 1900,
p. 215-46 (s'inspire souvent de Le Barbier). — Le meilleur
travail est celui de J. Euzet, Patmos, Paris, 1914, p. 267-
302. — Cf. L. Petit, Biblioth. des Acoloulhies grecques,
Bruxelles, 1928, p. 38-41.
R. Janin.
CHRISTOLYTES, hérétiques (vii'-viii" s.).
Voir D. T. C, ii, 2417-18.
1. CHRISTOPHE (Saint), un des plus popu-
laires, mais aussi un des moins connus parmi les saints
martyrs de l'antiquité. Le plus ancien monument de
son culte est une église de Chalcédoine, commencée en
450 par l'évêque Eulalius et dédiée le 22 sept. 452. En
536, parmi la liste des signataires du concile de Cons-
tantinople, il est fait mention, comme dépendant de
l'évêque de Chalcédoine, Photin, d'un monastère de
S. -Christophe tcôv TapuAAfou. La notice du martyrologe
hiéronymien place son martyre in Licia, civitate Samo.
Le registre de S. Grégoire le Grand parle d'un monas-
tère de S. -Christophe dans le diocèse de Taormina en
Sicile. En Espagne, il y avait au ix« s. des reliques
de S. Christophe et un monastère lui était consacré
près de Cordoue. Plus tard, son culte s'est répandu
dans toute la chrétienté, comme celui du patron des
voyageurs, et spécialement de ceux qui avaient une
rivière à traverser. Aujourd'hui, il est regardé comme
le protecteur des automobilistes.
Sa légende, telle qu'elle est rapportée par les méno-
loges grecs, est des plus fabuleuses. Elle représente
Christophe comme un guerrier barbare de la tribu des
cynocéphales, qui, enrôlé dans les armées impériales,
se convertit au christianisme, refuse d'abjurer et
meurt dans des tourments d'une cruauté raffmée.
L'iconographie le montre avec une tête de chien,
sans doute en dépendance de la légende, et il est bien
inutile de voir en lui le successeur du dieu égyptien
Annubis. La légende orientale a pénétré en Occident
par des traductions et le saint à tête de chien s'y ren-
contre çà et là dans les représentations figurées (cf.
S. Gaidoz, S. Christophe à tête de chien en Irlande et en
Russie, dans Mém. de la Soc. des antiq. de France,
1924, p. 199).
En Occident, Christophe est un géant qui s'est pro-
mis de mettre sa force au service du maître le plus
puissant du monde : d'abord un roi, puis l'empereur,
puis le démon, et finalement le Christ que redoute le
démon. Il se fait donc instruire dans la religion chré-
tienne par un ermite qui lui enseigne le précepte de
la charité et, pour pratiquer le commandement, il
s'installe sur les bords d'un fleuve qu'il fait passer aux
voyageurs. Une nuit un enfant vient le réveiller et
lui demande de le mener sur l'autre rive. Le géant
charge en effet l'enfant sur ses épaules, mais celui-ci
devient de plus en plus lourd, à mesure qu'on avance;
et, lorsqu'on est arrivé, il révèle à son passeur qu'il
n'est autre que le Christ; en même temps, il lui
annonce qu'il sera martyr, ce qui en effet se réalise
peu après. L'origine de cette forme de la légende est
inconnue, mais on peut croire qu'elle provient de
l'iconographie, car le type du bon géant portant un
enfant sur les épaules semble plus ancien qu'elle : son
plus ancien témoin est le récit de Jacques de Voragine
dans la Légende dorée.
Au Moyen Age, on représentait volontiers S. Chris-
tophe sur les murs des églises, et on lui donnait des
proportions gigantesques pour qu'il fût possible de le
voir de loin. On croyait, en effet, qu'il suffisait de le
regarder pour être ce jour-là préservé de la mort
subite ou de tout accident. D'où la formule courante :
Christophorum videas, postea tutus eas, ce que l'on tra-
duit : Regarde S. Christophe et va-t-en rassuré.
S. Christophe figure dans la liste des saints auxilia-
teurs.
B. H. G., 309-11. — B. H. L., 1764-79; Suppl., p. 75. —
A. S., juin., VI, 125-49. — Tilleniont, m, 350 et 713. —
Bernouilli, Die Heiligen der Merovinger, 151. — Quentin-
Delehaye, Comment, in mcu-tyrol. hieronym., 396. — Dele-
haye. Origines, 184-85, 356, 422; Cinq Leçons, 142-46.
Quentin, Martyrologes historiques..., 152-53. — H. F.
Rosenfeld, Der hl. Chrislophorus, seine Verelvung und seine
Légende, Leipzig, 1937. — A. Masseron, S. Christophe,
Paris, 1933. — P. Perdrizet, Le calendrier parisien à la fin
du M. A., Paris, 1933, p. 181-83. — E. K. Stahl, Die
Légende vom hl. Riesen Chrislophorus in der Graphik des
XV. und XVI. Jhts, Munich, 1920. — É. Mâle, Uart
religieux du XIII' s., Paris, 1910, p. 272. — K. Kiinstle,
Ikonographie der Heiligen, Fribourg-en-Br., 1926, p. 158.
G. Bardy.
2. CHRISTOPHE (Saint), martyr à Cordoue.
Paul Alvare, dans sa Vita S. Eulogii, c. iv, n. 12,
attribue à Christophe une origine arabe, .\rabs génère;
il laisse entendre qu'il écrira la biographie de Chr.
(P. L., cxv, 714); a-t-elle été rédigée et a-t-elle été
perdue? On l'ignore. Toujours est-il que nous n'avons
sur ce saint que la courte notice que S. Euloge lui
consacre dans son Memoriale sanctorum. D'après cet
auteur, Chr. était son parent et son disciple; il avait
professé la vie monastique au monastère de S. -Martin,
dans les montagnes de Cordoue, où il avait mené une
vie sainte. Sous l'impulsion du courant de ferveur qui
s'empara des mozarabes vers le milieu du ix« s., il se
présenta aux juges, avec un autre moine du monas-
tère des SS.-Juste-et-Pasteur, Léovigilde. Ils furent
condamnés à la peine capitale et moururent le 20 août
852. Leurs corps furent brûlés, mais des chrétiens
purent sauver quelques reliques, qu'ils déposèrent
dans l'église de S.-Zoyl à Cordoue. Leur mémoire est
mentionnée dans le martyrologe d'Usuard et, à la
suite de celui-ci, dans tous les autres martyrologes.
Les arguments invoqués par Mabillon pour en faire
des moines bénédictins sont rejetés aujourd'hui
(.4. S. 0. S. B., saec. m. II" pars, Venise, 1735, col.
690 sq.).
P. Alvare, Vita seu Passio S. Eulogii, iv, n. 12; P. L.,
cxv, 714. — S. Euloge, Memoriale sanctorum, II, xi; P. L.,
cxv, 792. — Tamayo Salazar, Anamnesis ( Martyrologium) ,
IV, Lyon, 1656, p. 513. — A. S., août, iv, 97. — E. Flôrez,
X, 395; XII, 208. — Baronius, ann. 852, n. 17. — Simonet,
Hist. de los Mozârabes, dans Memorias de la R. Acad. de
la historia, xiii, Madrid, 1903, p. 433.
F. PÉREZ.
3. CHRISTOPHE, pape à la fin de 903 et au
début de 904. Il était prêtre de Rome, lorsqu'il se fit
proclamer pape, après avoir renversé et jeté en prison
son prédécesseur Léon V, qui n'avait régné que cin-
quante-sept jours (Flodoard, De Christi triumphis.
779
CHRISTOPHE
— CHRISTOPOLIS
780
P. L., cxxxv, 831). Il est difficile de préciser les causes
de la révolution qui l'amena au pouvoir : se présen-
tait-il comme un ennemi de Formose? les Romains
en voulaient-ils à l'étranger qu'était pour eux Léon?
En tout cas, son règne ne dura guère plus que celui
de Léon V : les mss. du Liber pontificalis lui attribuent
les uns quatre mois, les autres sept mois de règne.
Dans les premiers jours de janv. 904, un complot
se noua contre lui et le renversa à son tour. Serge, qui
en 898 avait été évincé par Jean IX, rentra à Rome,
avec l'appui des Francs, c.-à-d. vraisemblablement
des Spolétains, et fut acclamé comme pape; il dut
être installé le 29 janv. 904. On n'a de Christophe
qu'une seule charte, du 26 déc 903. Dégradé et revêtu
de l'habit monastique, Christophe rejoignit en prison
Léon V. Peu de temps après, on exécuta, par pitié,
les deux malheureux.
Les sources essentielles sur Christophe sont les ouvrages
d'Auxilius, In dejensionem... papae Formosi, i, 1, et de
Vulgarius, De causa formosiana, 14. — Voir L. Duchesne,
Le Liber pontificalis, ii, p. lxix, qui attribue à Christophe
quatre mois de pontificat, p. 235. — É. Amann, L'Église
au pouvoir des laïques, dans Fliche-Martin, Hist. de l'Église,
VII, 30.
G. Hardy.
C H R I STO P H E , patriarche d'Alexandrie (ix« s. ).
VoirZ». T. C. II, 2418; L. T. K., ii, 936-37.
CHRISTOPHE ANGÉLOS, théologien grec
(xvn« s.). Voir D. T. C, ii, 2419.
4. CHRISTOPHE DE CASTILLE. Né à
C. Rodrigo, il passa de nombreuses années à la cour de
l'infant Ferdinand, frère de Charles-Quint. Il voulut
quitter le monde et se fit moine cistercien à Valde-
iglesias. Il fit imprimer des Obras poeticas de Christo-
val de Castillejo, Alcala, 1598 et 1615. Il mourut en
1616.
N. Antonio, Bibl. hisp. nova, Madrid, i, 1783, p. 243. —
R. Muniz, Bibl. cisterc. espafiola, Burgos, 1793, p. 90.
J.-M. Canivez.
CHRISTOPHE DE CHEFFONTA INES,
frère mineur, controversiste français (t 1595). Voir
D. T. C, II, 2352-54.
5. CHRISTOPHE GONZALEZ DE PE-
RALES, cistercien de Valbuena, en Espagne. Il a
laissé une Hist. de la esclarecida vida y milagros dcl
Bienaventurado Padre y melifluo Doctor San Ber-
nardo..., Valladolid, 1601, in-4°.
N. Antonio, Bibl. hisp. nova, Madrid, 1783, i, p. 245. — ■
H. L. Fr., XIII, 131. — R. Mufiiz, Bibl. cisterc. espanola,
Burgos, 1793, p. 153.
J.-M. Canivez.
1. CHRISTOPOLIS, évêché de la Macédoine
IIP, dépendant de Philippes, puis archevêché indé-
pendant et enfin métropole sans sufîragant. La ville
ancienne était connue sous le nom de Néapolis, et
non sous celui d'Amphipolis, comme on l'a cru pen-
dant longtemps à la suite de Le Quien. Celui de Chris-
topolis lui fut certainement donné dans le haut
Moyen Age, puisqu'on le trouve déjà au début du
ix" s., dans une lettre de S. Théodore Studite. Il se
conserva pendant toute la période byzantine, au
moins dans les documents officiels, car il semble avoir
été supplanté d'assez bonne heure par celui de Ca-
valla, qui est encore employé de nos jours. La petite
ville de Cavalla se trouve au fond du golfe de même
nom, à l'est de Thessalonique, presque en face, de
l'île de Thasos.
On n'a aucune donnée sur la fondation de l'évêché.
La première liste épiscopale qui en parle est celle
dite de Léon le Sage. Il est alors soumis à Philippes,
métropole de la Macédoine II1« (H. Gelzer, Ung/"-
druckte und ungeniigend verôfjenllichte Texte der Noti-^
tiae episcopatuum, dans Abh. der kônigl. bayer. Akad.
der Wiss., 1'^ cl., t. xxi, sect. m, Munich, 1900,
p. 558). Il fut promu au rang d'archevêché indépen-
dant avant la fin du xiii« s., puisqu'il paraît sous ce
titre au synode tenu par le patriarche Athanase I"
contre Jean Drimys. h'Ecthésis d'Andronic II Paléo-
logue dit qu'après avoir été érigé en archevêché il est
devenu métropole et qu'il occupe le 48« rang à ce
titre (H. Gelzer, loc. cit., 598); celle d'Andronic III
place ChristopoHs au même rang que Philippes, le
39° (ibid., 608); enfin une liste épiscopale qui date
probablement de la fin du xv^ s. lui assigne le 30» rang
(ibid., 629). Le nom de Christopolis disparaît même
au xviie s. C'est ainsi qu'en 1616 la métropole de
Cavalla est unie à celle de Philippes (Sathas, Biblio-
theca Graeca Medii Aevi, m, 560). En tant que Christo-
polis, elle avait déjà subi des vicissitudes. En mai 1317,
l'archevêché de Drama lui avait été uni avec tous ses
droits (Miklosich et Miiller, Acta et diplomata Graeca
Medii Aevi, i, 68-69). Vers 1370, le Saint-Synode
confiait au métropolite de Christopolis l'administra-
tion de l'île de Thasos {ibid., i, 552). En avr. 1395, la
métropole fut donnée à l'évêque d'Éleuthéropolis
{ibid.. Il, 235).
On connaît un certain nombre d'évêques, d'arche-
vêques et de métropolites de Christopolis. S. Théodore
Studite signale que le titulaire, au début du ix^ s.,
dont il ne donne pas lé nom, vint à son monastère pour
convaincre les moines de recevoir à leur communion
l'économe Joseph, coupable d'avoir béni le mariage
adultère de Constantin VI, et qu'il fut éconduit
{Epist., I, xLviii; P. G., xcix, 1074 B). — Dorothée
élu en 975 (Mertzidès, Oî OiAiTTTTOi, 212, note 14). —
Jean, 8 janv. 1191 (A. Papadopoulos-Kérameus,
'AvàÂEKTa 'lEpoaoAu|ir|TiKfiç ZTaxuoAoyfaç, i, 462).
— N., archevêque de Christopolis, assiste au synode
tenu par le patriarche Athanase I^' contre Jean Dri-
mys. — Hiérothée signe des actes patriarcaux en
juin, et sept. 1315 (Miklosich et Millier, op. cit., i, 5,
8, 14). — Le siège était vacant en sept. 1327, puisque
le Saint-Synode en nomme proédros, ou administra-
teur, Marcel de Varna {ibid., i, 144). — Macaire est
signalé en 1350 {ibid., i, 300); peut-être est-il l'évêque
(sic) de Christopolis qui prend part au synode que
réunit le patriarche Calliste I" contre Barlaam et
Acindynos (1351). — En août 1365, Pierre, évêque de
Polystylos, est transféré à la métropole de Christo-
polis {ibid., I, 475-76). — Quelque trente ans plus tard,
un document parle d'un métropolite de Christopolis,
malheureusement anonyme {Vizantiiski Vremennik, i,
I 680). — On trouve encore Syméon en 1604 (Mertzidès,
op. cit., 214, note 29). — Signalons enfin que plusieurs
métropolites, dont on ignore le nom, prennent part
aux délibérations du Saint-Synode de 1315 à 1365
(Miklosich et Mùller, op. cit., i, 15, 18, 19, 40, 34, 41,
44, 49, 51, 52, 54, 61, 67, 72, 219, 338, 362, 476).
L'Église grecque de Constantinople a conféré plu-
sieurs fois le titre de Christopolis dans les temps
modernes : Pancrace, nov. 1834 (N£oeAAr|viKr| 'ETriôeco-
priCTis, III, 64). — Taraise, 30 juin 1867-19 févr.
1877, auxiliaire à Drama ('EKKAr|aiacrTiKfi 'AAr|6eia,
II, 634). — Cyrille, 27 cet. 1877-t mars 1894, auxi-
liaire à Smyrne {ibid., ii, 662; Dracou, 'EXÂr|viKal
EKKAriaiaoTiKai aéAiSEÇ, 7). — Joachim, 1901-1904
('EKKAr|aiaCTTiKri 'AAf|6Eia, xxiv, 67). — - Jacques,
1906-28 févr. 1911 {ibid., xxxi, 51). — Ambroise,
1911- ? , auxiliaire à Serrés. — Basile Combopou-
los, 9 mai 1914- ? . — Mélétios Loukakès, 13 avr.
1926-17 déc. 1927 ('OpOoSoÇla, ii, 437).
Du xiv au xvie s., le titre de Christopolis a été
assez employé dans l'Église romaine, puis abandonné
781
CHRISTOPOLIS — CHRODEGAiNG
782
depuis lors : Nicolas, mai 1319- '? . — Béranger,
10 févr. 1327-t 1352, réside en Avignon. — Richard
de Taussoniano, O. Carm., 14 mai 1352-7 sept, sui-
vant. — Adalbert, ? -f 1394. — Jean Zacow,
O. F. M., 17 juin. 1394-95. — Thomas Bittyler,
O. F. M., 15 mars 1395-après 1420, suffragant à Win-
chester et à Worcester. — Henri de Villacolor, O. F. M.,
20 mai 1422-t 1453 (?). — Michel Castault, O. F. M.,
8 mars 1454-?, auxiliaire à Valence et Ségorbe. —
Jean d'Ivoy, O. P., 1461-8 sept. 1465, sufiragant à
Toul. — Jean Olisin ou Olbin, 0. P., 3 mars 1474-?,
sufTragant à Toul. — Jean de Sorceyo, O.F.M., 11 mai
1492-28 mai 1503, suffragant à Toul. — Pierre Lié-
tard, 19 déc. 1503-5 sept. 1506, suffragant à Toul.
— François de Ihaen, hospit. de S. -Jean de Jéru-
salem, 5 déc. 1520-?, auxiliaire à Séville. — Henri
Kurt, 10 nov. 1525-t 14 mars 1530, suffragant à
Passau. — Désiré Opis, O. P., 19 juin 1530-t 1546.
— Clément Bouley, O. P., 31 janv. 1547-t 1574, su-
ffragant à Toul. — Jean Buxet, 22 mai 1574-?, su-
ffragant à Toul. — Martin Szyszkowsky, 24 nov.
1603-18 juin. 1607, coadj. à Luck. — Louis de Tara-
gni, O. S. B., 21 mars 1612-?, suffragant à Toul. —
Jean Wyszemiersky, 5 mai 1628-?, suffragant à Samo-
gitie. — Michel de Chumberg, O. F. M. Obs., 3 oct.
1639-?, suffragant à Laybach.
Ann. pont., 1916, p. 389. — C. Eubel, i, 193; n, 142;
in, 182; iv, 150.
R. Janin.
2. CHRISTOPOLIS ou CHRYSOPOLIS,
évêché de la province d'Asie, dépendant d'Éphèse. Ce
nom est uniformément employé dans les listes conci-
liaires, de 451 à 879. Cependant l'évêché est ordinai-
rement désigné sous son nom ancien de Dioshieron
(voir à ce mot).
R. Janin.
3. CHRISTOPOLIS, autre nom de Tyane,
métropole de la Cappadoce II". Le titre a été donné,
le 17 déc. 1927, à Mélétios Loukakès, jusqu'alors
évêque titulaire de Christopolis de Macédoine et direc-
teur d"Op9o5oÇ(a, revue officielle du patriarcat grec
orthodoxe de Constantinople; le 2 août 1928, le
patriarche y ajouta celui d'exarque de la Cappadoce
II* ("OpeoSoÇîa, n, 437; m, 248) (f 22 juiU. 1946).
R. Janin.
CHRODEGANG (Saint), évêque de Metz,
viii« s. Depuis Jean de Gorze au x« s., la vie de S. Chro-
degang a souvent été écrite, car le prélat fut l'un des
plus glorieux évêques de la cité messine; son influence
est encore prépondérante dans le domaine du chant
liturgique : une revue musicale catholique se réclame
de lui et une rue porte son nom. C'est dire que Metz
n'a pas oublié un de ses plus célèbres pasteurs.
Né en 712, au pays de Hesbaye, en Brabant, il avait
pour père Sigramme et pour mère Landrade, tous
deux de noble origine. Sa nièce Ermingarde ayant
épousé Louis le Débonnaire, il entra ainsi dans la
famille impériale. Très tôt, il fréquenta l'abbaye de
S.-Trond et son école monastique, où il puisa le goût
des sciences ecclésiastiques et profanes. A peine âgé
de vingt-cinq ans, il fut distingué par Charles-Martel,
qui le nomma référendaire ou chancelier du royaume,
puis premier ministre (737). Il passa à la cour cinq
années, ne changeant rien à ses habitudes de mortifi-
cation et ne dissimulant pas sa charité envers les
pauvres et les orphelins. Le 30 sept. 742, il fut sacré
évêque de Metz, mais Pépin le Bref, roi d'Austrasie,
exigea qu'il cumulât les fonctions de premier ministre
avec celles de pasteur des âmes. Ses éminentes qualités
ne se démentirent pas et Pépin le Bref, au contact
d'une telle personnalité, ne put, lui-même, que conti-
nuer à manifester pour la religion un zèle qui ne faiblit
jamais.
Chrodegang, ne négligeant ni ses devoirs épisco-
paux, ni ses devoirs politiques, donnait toutefois la
préférence aux premiers. Les bénédictins, auteurs de
l'Histoire de Metz, écrivent : « Il vécut toujours dans
une très grande simplicité, faisant paraître beaucoup
de douceur dans ses mœurs et de modestie dans toute
sa conduite. Jamais on ne vit de luxe dans ses habits,
ni à sa table. Il avait une charité sans bornes pour les
misérables. Il nourrissait un nombre incroyable d'indi-
gents, et protégeait les veuves et les orphelins qui le
regardaient comme leur père et leur tuteur. » Il fut
vraiment un autre S. Boniface, à qui il succéda d'ail-
leurs dans la réforme du clergé.
On lui doit, à Metz et dans le pagus MosUnensis, des
créations religieuses qui ont rendu son nom célèbre.
C'est lui qui fonda l'abbaye bénédictine de Gorze,
dont les bâtiments existent encore, abbaye qui, en
moins d'un siècle, devint une des plus importantes de
Moselle, grâce aux libéralités des princes, ses bienfai-
teurs. La fondation date de 748. Dans la charte origi-
nale, Chrodegang proclame formellement son inten-
tion de créer une basilique à Gorze, là où, primitive-
ment, existait un monastère dédié à S. Pierre, que la
légende voulait avoir été construit par S. Clément, le
premier évêque de Metz. En rappelant le nom de
S. Pierre, nous renvoyons aux remarquables travaux
du chanoine Bour, qui a combattu la thèse d'une
double fondation épiscopale. Le monastère de S.-
Pierre, dit-il, est le même que celui de Gorze, bien que
Paul Diacre, dans ses Gesta episcoporum Metlensium,
déclare le contraire. Tous les auteurs, depuis le moine
de Gorze qui écrivit au x« s. la Vita Chrodegangi, ont
copié ce passage de la biographie du prélat, faisant
les mêmes erreurs. Le chanoine Bour, ayant étudié à
fond la question, conclut que Paul Diacre, Lombard
d'origine, a péché par ignorance géographique.
Quoi qu'il en soit, Chrodegang a doté l'abbaye de
très nombreux biens, énumérés dans la charte de fon-
dation et confirmés par Pépin le Bref. Quelques années
plus tard, l 'évêque devait agrandir et embellir la
cathédrale S.-Étienne, ainsi que l'église voisine de
S. -Pierre-Majeur. Dans la première, il rénova le
maître autel et le chœur, fit installer des arcatures
circulaires et un cancel qui séparait la partie réservée
aux clercs de celle des fidèles. Ces aménagements ne
peuvent dater que des années postérieures à 753,
puisque le prélat se rendit à cette époque à Rome.
On sait que ce voyage, comme celui qu'il effectua
en 765, devait fortement marquer son existence. Chro-
degang voulut adapter son église épiscopale à celles
qu'il avait vues en Italie, notamment à Ste-Marie-
Majeure, à Rome.
Mais il ne se contenta pas seulement de prendre
Rome pour modèle de son église : il s'inspira aussi de
la Ville éternelle en ce qui concernait la liturgie, le
chant et la discipline du clergé. Il a laissé une Règle
justement célèbre, qui fut adoptée par la majeure
partie des chapitres, comme celle de S. Benoît avait
été acceptée par la majorité des monastères d'Occi-
dent. Le chapitre cathédral fut astreint à suivre une
vie régulière, fondée sur des constitutions semblables
à celles de S. Benoît. Le règlement se composait de
trente-quatre articles et d'une préface, dans laquelle
l'évêque déplorait les abus qui s'étaient glissés parmi le
clergé. Il recommandait l'exactitude au chœur, le
silence à certaines heures, la sobriété aux repas, l'ins-
truction des pauvres. Les chanoines n'étaient cepen-
dant pas des moines et ils ne faisaient nul vœu qui les
engageât. Le chant était également mis à l'hon-
neur et dom Cajot déclarait que son exécution était
si parfaite que toute la chrétienté vantait le plain-
chant messin. Siméon, second chantre de l'école litur-
gique romaine, raconte dom Mabillon, était venu en
783
CHRODEGANG
- CHRYSIPPE
784
Austrasie pour y former des élèves. Ses succès furent
très incomplets et, le pape Paul I" l'ayant rappelé,
Chrodegang se trouva dans l'obligation d'envoyer à
Rome avec lui les chantres dont il avait commencé
l'éducation musicale. Ces artistes, à leur retour, éta-
blirent une école de chant qui devint très célèbre, car
Amalaire cite l'antiphonier messin comme étant le
modèle sur lequel on corrigeait les autres. L'évêque de
Metz est bien le principal promoteur de l'établissement
de la liturgie romaine dans l'Église franque.
C'est encore S. Chrodegang qui introduisit à Metz
une coutume romaine, ou du moins qui lui donna une
grande extension : celle des stations, c.-à-d. la célé-
bration de la liturgie dans les différentes églises de la
ville. La liste des églises stationnales de carême nous
a été conservée par un manuscrit du ix« s., aujourd'hui
à la Bibliothèque nationale.
En 753 donc, Chrodegang était à Rome — une
année après le couronnement de Pépin comme roi des
Francs — envoyé précisément par celui-ci vers le
pape pour le prier de fuir Rome où, en butte aux
attaques incessantes d'Astolfe, roi des Lombards, il
n'était plus en sécurité. Il quitta la Ville éternelle le
14 oct., se rendit à Pavie auprès de son ennemi et
put, avec bien du mal, mais accompagné de Chrode-
gang et d'une suite peu nombreuse, gagner les Alpes
et le monastère de S. -Maurice, en Valais. Pépin vint
accueillir Étienne II à Ponthion, en Champagne
(6 janv. 754), et le conduisit lui-même à S. -Denis, où
il résida en attendant des jours meilleurs. C'est à cette
occasion que le Souverain pontife conféra à Chrode-
gang le pallium, avec le titre d'archevêque des Gaules
et la charge de légat pontifical pour le royaume des
Francs. En 754, l'évêque assista au concile de Quierzy-
sur-Oise, au cours duquel il agit auprès des seigneurs
francs pour les décider à entreprendre la guerre d'Ita-
lie et à faire rendre au S. -Siège les domaines injuste-
ment ravis. Chrodegang fut alors désigné pour tenter
une ultime démarche auprès d'Astolfe, à qui il remit |
une lettre du pape. Tout le zèle et l'habileté du prélat
devaient échouer devant ce prince intransigeant. En
755, Chrodegang présida le concile provincial de Ver-
neuil, en 757, celui de Compiègne, et en 765, celui
d'Attigny, où furent réunis vingt-sept évêques. La
même année, il retourna à Rome et il obtint du pape
Paul I" les corps de trois martyrs repris aux cata-
combes romaines : Nazaire, Nabor et Gorgon. Il les
plaça dans des coffrets de prix et, en grande pompe,
les conduisit dans son diocèse. Lors de la translation
des reliques de S. Gorgon, les moines de S. -Maurice
en Valais, chez qui elles avaient été déposées pour
une nuit, s'emparèrent de la châsse et ne voulurent
pas la rendre. Le prélat réussit à reprendre le glorieux
corps et le déposa, en mai 765, à Gorze. Les reliques
de S. Nabor furent déposées le 5 juill. à Hilariacum,
monastère réformé par son prédécesseur Sigesbaud,
qui devait prendre le nom de son nouveau patron et
devenir, par allitération, S.-Avold. Enfin S. Nazaire
fut confié aux religieuses de Lorsch (Lauresheim),
près de Worms.
Chrodegang devait mourir le 6 mars 766, peu de
temps par conséquent après avoir fait la translation
des reliques romaines. Le martyrologe de Metz célèbre
sa fête le 6 mars, sous le rit double majeur. Les restes
du pieux prélat furent inhumés, selon son désir, à
Gorze, puis transférés au monastère de S.-Sympho-
rien de Metz, où ils demeurèrent jusqu'à la Révolu-
tion qui les dispersa on ne sait où. Une seule paroisse
du diocèse, celle d'Althorn, près de Bitche, l'a choisi
comme patron. Théodulphe, évêque d'Orléans,' a
composé son épitaphe en vers.
Paul Diacre, Liber de episcopis Metlensibus, dans [
M. G. H., SS., II, 267 sq. — Jean de Gorze, Vita Chrode- \
gangi episcopi, ibid., x, 552 sq. — Meurisse, Hisi. des
évesques de Metz, 1634, p. 154-73. — Dom Calmât, Biblioth.
lorraine, 1751, p. 314-15. — Hisl. de Metz par les Bénédic-
tins, I, 1769^ p. 454-516. — E. Bégin, Hisi. des se., des
lettres et des arts... dans le pays messin, 1829, p. 148-51;
Metz depuis 18 siècles, 1843-1844, ii, 242-59. — Ch. Abel,
Étude sur le pallium et le titre d'archevêque jadis porté par
les évêques de Metz, 1867, p. 33. — A. Prost, Caractère et
signification de quatre pièces liturgiques composées en latin
et grec au IX" s., dans Mém. de la Soc. nat. des antiq. de
France, 1876, p. 220. — Prost, La cathédrale de Metz, 1885,
p. 299-307. — W. Schmitz, S. Chrodegangi Meltensis epis-
copi régula canonicorum, 1889. — F. Chaussier, L'abbaye
de Gorze, 1894. — Léon Germain, Du titre d'archevêque porté
par S. Chrodegand, dans Journ. de la Soc. d'archéol. de la
Lorraine, 1896, p. 85-88. — D'Herbomez, Cartulaire de
Gorze, dans Mettensia, ii, 1898-1901. — Kahl, Der ht. Chro-
degang, Bischoj von Metz, in der Geschichte der Padagogik,
dans Mitteilungen der Ges. fur deutsche Erziehungs-und
Schulgeschichte, 1901. — Reumont, Zur Chronologie der
Gorzer Urkunden aus Karolingischer Zeit, dans Ann. de
la Soc. d'hist. et d'archéol. de la Lorraine, 1902, p. 270-89.
— Marichal, Remarques... sur le cartulaire de Gorze, dans
Mettensia, m, 1902. — Otto Hannemami, Die Kanoni-
kerregeln Chrodegands von Metz und der Aachener Synode
von 816 und das Verhàltnis Gregors VII. — U. Chevalier,
B. B., 921. — F.-A. Weyland, Vies des saints du dioc. de
Metz, II, p. 1-21 (bibliogr.). — L. Duchesne, m, 1915,
p. 57. — Grimme, Die Kanonikerregel des hl. Chrodegang,
dans Ann. de la Soc. d'hist. et d'archéol. de la Lorraine,
xxvii-xxviii, 1915-1916, p. 1-44. — R. Parlsot, /fis/, de
Lorraine, 1924, table. — Ph. de VigneuUes, Chronique,
éd. Bruneau, ii, 1927, p. 242-59. — Klauser et Bour, Notes
sur l'ancienne liturgie de Metz et sur ses églises antérieures
à l'an mil, dans Ann. de la Soc. d'hist. et d'archéol. de la
Lorraine, xxxviii, 1929, p. 6-7, 31-34, 42-43. — L. T. K.,
II, 944. — R.-S. Bour, Un passage très discuté de Paul
Diacre, dans Ann. de la Soc. d'hist. et d'archéol. de la Lor-
raine, XLiv, 1935, p. 137-46 (bibliogr.).
T. DE MOREMBERT.
CHRYSANTHE ET DARIA (Saints). Voir
n. A. C. L., III, 1560-68.
I CHRYSANTH lus, Clirysantianus, que l'on re-
trouve au 17 févr. dans le martyrologe hiéronymien
sous des formes variées : Crisanti, Crisentiani, Cris-
centi, comme martyr d'Aquilée, est une mauvaise
lecture de Chrys(ogonus).
A. S., févr., III, 9. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 102-03.
R. Van Doren.
CHRYSANTHOS NOTARAS, théologien,
patriarche de Jérusalem (f 1731). Voir D. T. C, ii,
2419-20.
CHRYSANTHUS ET FORTUNATUS,
martyrs vénérés à Pavie, le 15 mai, sont, d'après les
Actes de S. Syr, compagnons de ce saint, premier évê-
que de Pavie, qui leur conféra l'ordination sacerdo-
tale. Or ces Actes constituent un tissu de fables. Les
corps des martyrs furent transférés, le 1" nov. 1626,
à l'église S.-Gervais de Pavie.
A. S., févr., II, 152-55; mai, m, 443. — B. H. L., 7976,
4619. — Lanzoni, 983-86. — Mart. Rom., 393, 574. —
F. Savio, Gli aniichi vescovi d'Italia, La Lombardia, II,
II, 340-345.
R. Van Doren.
CHRYSIPPE DE CAPPADOCE ou de Jé-
rusalem, écrivain du v<^ s. Nous sommes renseignés sur
sa vie par Cyrille de Scythopolis, qui le signale parmi
les disciples de S. Euthyme. Originaire de la Cappa-
doce, il fut élevé en Syrie, peut-être à Antioche, où il '
fit de fortes études. Vers 428, il vint avec ses deux
frères, Cosmas et Gabrielius, à Jérusalem : tous trois
désiraient se mettre sous la conduite de S. Euthyme,
qui venait précisément de s'installer au Sahel. Il
devint économe de la laure; et, vers 456, sur le désir
I de l'impératrice Eudoxie qui, peu après 440, avait
I établi sa résidence à Jérusalem, il fut ordonné prêtre
785
CHRYSIPPE —
CHRYSOLOGUE
786
de l'église de l'Anastasis. Finalement, il devint stau-
rophylax, c.-à-d. gardien des reliques de la vraie
croix, dignité qu'il exerça pendant douze ans. Il
mourut vers 478, laissant après lui de nombreux et
excellents ouvrages.
Sous le nom de Chrysippe, sont conservés quelques
sermons et panégyriques qui attendent encore une
étude d'ensemble. Le t. clxii de la P. G. devait conte-
nir un Encomium S. Mariac Deipame, dans le texte
grec, et une Laudatio S. loannis praecursoris, dans une
traduction latine : on sait que ce volume, tout prêt
à sortir de presse, a été victime d'un incendie. Ce
discours a été publié par M. Jugie, dans P. 0., xix-2,
336-343 (cf. A. Sigalas, dans Byzant. neiigriechische
Jahrbiicher, xi, 1934-1935). Un second discours, sur
le martyr S. Théodore, a été édité par A. Sigalas, dans
Byzant. Archiv, vu, 1921, et Leipzig, 1927 (cf. A. S.,
nov.,iv,p.55-72). Un troisième discours, sur S. Michel,
a été publié de même par A. Sigalas, dans 'EiTET6piç
Tfjs èTaipeîaç pujotVTivœv ctttouScôv, Athènes, 1926,
p. 85-93. Enfin, un discours sur S. Jean-Baptiste a
paru par les soins d'A. Sigalas, à Athènes, 1937 (cf.
A. BolL, 1937, p. 337-39).
Sur les éditions antérieures, cf. O. Bardenhewer, Gesch.
lier allkirchl. Liler., iv, 307-08. — Sur Chrysippe, voir la
Vita Euthtjmii de Cyrille de Scythopolis, éd. E. Schwartz,
Texte und Uniers., xlix-2, 1940. — R. Genier, S. Enthyme
le Grand : les moines et l'Église en Palestine au V' s., Paris,
1909. — S. Vallhé, Chrysippe de Jérusalem, dans Rev. de
rOrienl chrét., x, 190.3, p. 96-99. — A. Sigalas, Des Chry-
sippos von Jérusalem Enkomiom auf dem M. Johannes dem
Taufer, Athènes, 1937. — Ch. Martin, Mélanges d'homilé-
tique byzantine : Hesychius et Chrysippe de Jérusalem, dans
Revue d'hist. eccl., xxxv, 1939, p. 54-60. — A. Ehrhard,
Ueberlieferung und Bestand der hagiographischen und
homiletischen Litcratur der griechischen Kirche, i, Leipzig,
1939, p. 74 sq.
G. Bardy.
CHRYSOBERGÈS (Maxime), ou Maxime de
Constanlinople (xive-xv« s.). Fut disciple, avec Manuel
Calecas et Manuel Chrysoloras, de Démétrius Cydo-
nès à Constanlinople, étudia les écrits de S. Thomas
traduits par celui-ci, se convertit au catholicisme et
se fit dominicain au couvent S. -Dominique de Péra,
vers 1390-1391. Après être passé à Ghio, à Mitylène,
en Crète, où il dut connaître Joseph Bryennios et
Nil Damylas, il se rend à Venise. Il y étudie et peut-
être, même, enseigne la philosophie. Le 10 juill. 1396,
il est envoyé à Pavie, pour étudier la théologie. On
le voit à Florence au printemps 1397. Entre temps, il
a écrit à Joseph Bryennios pour l'attirer au catholi-
cisme et reçoit de lui une réponse, écrite après 1396,
date du désastre de Nicopolis qui y est mentionné.
Avant de repartir pour l'Orient, il se rend à Rome,
ayant en tête, semble-t-il, des projets de méthode
nouvelle d'apostolat. Il obtient, en effet, du pape
Boniface IX deux induits datés du 25 févr. 1398, qui
l'autorisent, l'un à fonder un nouveau couvent de son
ordre en pays grec, l'autre à célébrer messe et office
en grec, selon le rite des Frères Prêcheurs. Il retourne
alors en Crète où il se rencontre avec Manuel Calecas,
qui s'était fait dominicain comme lui. C'est à cette
époque qu'il faut placer l'activité de controversiste
de Maxime : discussion publique à Candie avec Joseph
Bryennios, que celui-ci a reproduite à sa manière dans
son /" Dialogue sur la procession du S.-Esprit où sont
traités aussi sept autres griefs faits aux latins; Dis-
cours aux Cretois sur la procession du S.-Espril. Hors
cet écrit, il ne reste de lui que des sermons autographes
et des copies. A une époque non déterminée, probable-
ment quand il était en Italie, il écrivit à Nil Damylas
une lettre sur la procession du S.-Esprit, qui n'est
connue que par la réponse qu'y fit celui-ci. Plusieurs
lettres de Manuel Calecas sont adressées à Maxime
(dans Lœnertz, op. infra cit., les n. 13, 21, 30, 31, 35,
40).
Maxime mourut après Manuel Calecas (f 1410) et,
semble-t-il, comme lui, à Mitylène, car ses livres eurent
le même sort que ceux de son ami et confrère : ils
furent rachetés ensemble par Théodore Chrysobergès,
son frère, et, après la mort de celui-ci, furent dévolus
à son autre frère, André, par une bulle du pape Mar-
tin V, en 1430.
Maximi Chrysobergae de processione Spiritus Sancti ad
Cretenses oratio, texte grec et trad. latine dans Allatius,
Graecia orthodoxa, ii, 1074-89; P. G., CLiv, 1217-30. —
Arsenij, Réponse de Nil Damilas, hiéromonaque, au moine
gréco-latin Maxime, texte grec et trad. russe, Novgorod,
1895, ui-96. — 'lcoar)<p [jovocxoO toO BpiEvvlou Ta eùpeôévra,
Leipzig, 1768-1784, r, AiàXsÇis A' TTEpl Tfjç toO àylou
rivEÙuaToç EKTTopEÙCTEoos, p. 407-23; III, lettre x". Toi àiro
rpaïKcôv 'iTaAqj, 'ASEXqxà MaÇîiJicp, p. 148-55. — G. Mercati,
Notizie ed altri appuniî. Cité du Vatican, 1931, p. 101-05,
480-83. — • Nicolas V Tomadakès, 'G 'Icoafiip Bpilvvioç Kal f)
Kpi^TTi KQTà t6 1400, p. 92-97. — Raymond J. Lœnertz,
Correspondance de Manuel Calecas, Cité du Vatican, 1950,
p. 57-63, et passim; voir table des noms; Id., Pour la chro-
nologie des œuvres de Joseph Bryennios, dans Rev. des
études byzantines, vu, 1949, p. 20-22.
V. Grumel.
CHRYSOGONE, martyr, 23, 24 nov., d'après
le martyrologe romain, après avoir subi un long
emprisonnement, fut envoyé par Dioclétien de Rome
à Aquilée, où il fut décapité et son corps précipité à la
mer. Ces détails proviennent de la Passion fabuleuse
de Ste Anastasie, appelée aussi Passion de S. Chryso-
gone (B. H. L., 1795). En réalité, il y eut à Aquilée
un martyr Chrysogone, mais qui n'eut aucun rapport
avec Rome. Il faudrait l'identifier avec l'évêque qui
occupa le siège d'Aquilée après Théodore (f avant 314)
et qui, confesseur, aurait pourtant reçu le titre de
martyr. Son culte était fort répandu. Il fut vénéré à
Milan et à Ravenne et fut représenté sur plusieurs
mosaïques antiques.
A Rome, au quartier du Transtévère, existait au
IV' s. un titre presbytéral, remontant sans doute au
iii« s. et dont la dédicace se place également au
24 nov.; son fondateur était un Chrysogone. Ce der-
nier, au v^ s., fut identifié avec le martyr d'Aquilée
et vénéré comme saint. De là la légende qui fait de
Chrysogone un prêtre romain, conseiller de Ste Anas-
tasie. — En dessous de la basilique actuelle, datant du
xii« s., on a découvert un édifice du iv^^ s..
H. Delehaye, Étude sur le légendier romain, 48, 151-71.
— J. P. Kirsch, Die rômische Tilelkirchen, 108-18. — Lan-
zoni, 870. — L. T. K., ii, 949-50. — Mart. Hier., éd. Dele-
haye, 618-19. — Mart. Rom., 542.
R. Van Doren.
CHRYSOLE (Saint), Chrysolius, martyr honoré
le 7 févr., était, d'après la légende, prince arménien et
archevêque. Il s'enfuit devant la persécution de Dioclé-
tien, et, sur l'ordre du pape Caius ou Marcellin, avec
Denis, Quentin et Platon, se rendit dans les Gaules. Il
fut décapité à Verlinghem (Flandre franç.). Mais il
porta sa tête, ainsi que la châsse contenant les reliques
de S. Pierre, qu'il avait reçues du pape, 2 lieues
plus loin, à Comines, où il fut enterré. De ces détails
et d'autres relatés par la Passion (B. H. L., 270), on
ne retiendra de certain que le nom du saint. — S. Éloi
de Noyon procéda à une invention des reliques, dont
une partie est conservée à Bruges.
A. S., févr., il, 11-13. — .1. Ghesquière, Acta sanct.
Belgii, i, 108-09. — H. L. Fr., xv, 622. — H. Gunter, Die
christl. Légende des Abendlandes, 153 sq. — L. T. K., ii,
950. — M. G. H., SS. rer. merov., iv, 697.
R. Van Doren.
CHRYSOLOGUE (Pierre). Voir Pierre
Chrysologue (Saint).
787
CHRYSOLORAS ^ CHUET
788
CHRYSOLORAS (Démétrius), théologien grec
(xive-xve s.). Voir D. T. C, ii, 2420-22 et L. T. K.,
II, 951.
CHRYSOLORAS (Man uel) , humaniste byzan-
tin (t 1415). VoirD. T. C, ii, 2422-23 et L. T. K.,u,
951.
CHRYSOPOLIS (Asie). Voir Christopolis.
1. CHRYSOPOLIS (XpuCTÔ-TToXiç), évêché de
la province d'Arabie, dépendant de Bostra. On n'a
pas encore identifié cette localité, qui se trouvait
certainement dans le massif montagneux du Hauran.
On ne lui connaît aucun évêque; Jean, que Le Quien
signale au concile de Chalcédoine (451), appartenait
sans aucun doute à Chrysopolis (Dioshieron) de la pro-
vince d'Asie. On ignore à quelle époque disparut le
siège. Ce fut probablement peu de temps après l'inva-
sion arabe qui submergea tout le pays (632-33).
Le titre de Chrysopolis a été conféré très souvent
dans l'Église romaine depuis le xiv« s., mais une confu-
sion a dû s'établir avec Chrysopolis d'Asie, car il y a
parfois deux titulaires en même temps au xv« s. : Jean,
1346, sufîragant à Osnabrûck. — Thomas Sakeld,
1349-58, sufïr. à York. — Thomas, vers 1401, en An-
gleterre. — Conrad, O. P., 1403-t 1414, auxiliaire à
Mayence. — André, O. F. M., 1410-11, auxil. à Brin-
disi. — Rupert, ?-t 1414. — Marc, O. F. M., sutïr. à
Strasbourg. — Gebhert, O. P., 1415-t 1420, auxil. à
Mayence. — Marc, O. P., 1435, auxil. à Strasbourg. —
Martin de Sotomayor, O. Carm., 23 sept. 1440-?. —
Jean Isembard, O. P., 11 mai 1450-?, auxil. à Metz. —
Martin de Soleta, O. P., vers 1454, sufl'r. à Bâle. —
Jaime Perez, O. S. A., 1468-t 1490, auxil. à Valencia.
— Mathieu Perez, O. S. A., 1491, auxil. à Valencia.
— Pierre Estana, O. Carm., élu après 1509, auxil. à
Valencia. — Antoine-André Carbonell, O. Carm.,
1525-t 1530, auxil. à Valencia. — Pierre Tassarus,
O. P., 13 avr. 1524-? — André Whytmay, O. S. A.,
15 sept. 1525, auxil. à Worcester. — Galcerand Ceffa-
rach, 11 févr. 1534-?, sufïr. à Majorque. — Raphaël
Limas, 27 juin 1527-t après 1557, suffr. à Majorque.
— François Panicarola, O. F. M., 4 juill. 1586-
28 sept. 1587, suffr. à Ferrare. — Melchior Pelleta,
9 mars 1588-?, suffr. à Turin. — Fr. Beer, 1594-
t 1611, auxil. à Bâle. — Bernard Angelok, 1613-t 1646,
auxil. à Bâle. — Mathurin de Castro, orat., 1636-
t 1669, vicaire apostolique de Bombay (?). — Th.
Henrici, O. F. M., 1648-t 1660, vicaire apost. de Bom-
bay (?). — Gaspar Schmorff, 1662-t 1704, auxil. à
Bâle. — Bernard Mayer, ?-t 1748, auxil. à Bâle. —
François-Antoine Mayer, 6 mai 1748-?. — Gaétan
Guinta, 1822. — André Ktougiewicz, 15 mars 1830-
14 déc. 1840, suffr. à Wilna. — Pierre de Souza,
O. Carm., 1" mars 1841-t 6 mai 1864, auxil. à Rio de
Janeiro. — Claude Dépommier, M. E. P., 17 févr. 1856-
t 8 déc. 1875, vicaire apost. de Coïmbatour. —
Édouard Jean-Horan, 18 juin 1874-t 15 févr. 1875.
— Jean-Yves Coadou, M. E. P., 11 juill. 1880-25 nov.
1886, vicaire apost. de Mysore. — Pierre-Marie Gen-
dreau, M. E. P., 26 avr. 1887-t 6 févr. 1935, vicaire
apost. du Tonkin occidental.
Le Quien, n, 867-69. — Ann. ponl., 1916, p. 390. —
C. Eubel, I, 193; ii, 143; m, 182; iv, 1.50.
R. Janin.
2. CHRYSOPOLIS (XpuaôiroÂiç), évêché de
Macédoine II'', dépendant de Philippes. Le nom
ancien de la ville était Amphipolis, comme cela est
nettement indiqué dans un appendice aux listes épis-
copales de G. Parthey (Hieroclis synecdemus et Noti-
tiae Graecae episcopaiuum, 312 : 'AijçîttoXiç f) vOv
XpuaÔTToAiç). C'est aujourd'hui la petite ville d'Or-
phano, au fond du golfe du même nom. Dans les listes
conciliaires, on ne rencontre que le nom d'Aniphipo-
lis, preuve que celui de Chrysopolis est tardif; il ne
figure même sur aucune liste épiscopale et on ne lui
connaît aucun titulaire grec.
Le titre a été conféré dans l'Église romaine : Louis
de Courrèges d'IIstou, 16 nov. 1935-8 sept. 1947,
auxiliaire à Toulouse. — Florentin Sanz Esparza,
lazariste, ancien év. de Cuttack, 4 mars 1948.
Le Quien, ii, 83-86.
R. Janin.
CHRYSOSTOME (Jean). Voir Jean Chrysos-
TOME (Saint).
1 . CHRYSOSTOME DE EVORA, ainsi ap-
pelé du lieu de son origine, cistercien à Alcobaça. Il
s'attacha particulièrement à l'étude de la liturgie et
composa un Ordinarium de officio divino secundum
usum cislerciensem, resté ms.; de même une Hist.
de la fondation d' Alcobaça (xvi« s.).
Biu-bosa, BfW. Liisitana, i, Lisbonne, 1759, p. 573.
J.-M. Canivez.
2. CHRYSOSTOME DE LA SERNA, cis-
tercien du monastère de Nogalès, au royaume de Léon.
Né à Villacafias, il revêtit l'habit religieux en nov. 1691.
Il fut abbé de Ste-Anne de Madrid, deux fois déflni-
teur général et historien de sa congrégation, ce qui le
mit aux prises avec le P. Pien, bollandiste, au sujet de
la Vie de S. Bernard, f à Madrid le 24 sept. 1751. Ses
travaux imprimés sont : Judicium ciijusdam humilis
monachi supra notas Antuerpiensium, in-4">; Conflidus
spectabilis humilis provocati, monachi videlicet cister-
ciensis authoris judicii supra notas Antuerpiensium,
in-4<'; Pro auréola S. Bernardi actiones indices contra
novas detraciiones duorum tesfium primae historiae
Vitae S. Bernardi, doctoris egregii et melliflui. Coram
D. D. Judicibus S. R. E. bajo el nombre de D. Juan
j Lisabe de Seraos, in-4».
! R. Muniz, Bibl. cislerc. espafiola, Burgos, 1793, p. 318.
J.-M. Canivez.
3. CHRYSOSTOME DE LA VISITA-
TION, cistercien d'Alcobaça, en Portugal. Docteur
en théologie, durant quinze ans il fut procureur géné-
ral de sa congrégation, à Rome. Pour maintenir les
droits et privilèges qui lui étaient confiés, il dut lutter
contre Philippe II et se cacher durant un temps à
l'abbaye S. -Martin, près de Parme. Il fut ensuite
comblé de faveurs par Clément VIII. Il vécut ses
dernières années à Valdeiglesias, en vrai contemplatif,
fervent et pénitent; t 'e 17 oct. 1604. Il a laissé
quelques ouvrages : Privilégia congr. S. M. de Alco-
baça, cisterc. ordinis... per Rom. pont, a Pic IV ad
Clementem VIII, Venise, 1593, in-4<'; De verbis Domi-
nae, hoc est... ad Angelum et Elisabeth..., Venise, 1600;
De verbis Dominae ad Filium..., Venise, 1600.
Barbosa, Bibl. Lusiiana, i, Lisbonne, 1759, p. 565. —
R. Mufiiz, Bibl. cisierc. espafiola, Burgos, 1793, p. 350. —
Ch. de Visch, Bibl. script, ord. cisterc, Cologne, 1656, p. 70.
J.-M. Canivez.
CHUET (Barthélémy). Originaire du Dauphiné,
il fut nommé au siège de Nice le 15 avr. 1462. En 1469,
on lui confia l'administration du diocèse de Lausanne.
Sur l'intervention de Yolande, duchesse de Savoie,
dont il était le protégé, il obtint en 1473, de Sixte IV,
de recevoir l'abbaye de S. -Pons (Nice) en commende.
La même année (5 mai), il consacra l'église des Mi-
neurs de l'observance à Nice, et, en 1482, celle des
Frères Prêcheurs. Chuet mourut en 1501 et fut ense-
veli dans la chapelle de S. -Barthélémy, qu'il avait fait
construire à l'extérieur de la cathédrale de Nice,
contre le mur sud de celle-ci.
Gall. christ., m, 1290. — Cappelletti, xiii, 712. — E. Tis-
serand, Hisl. civile et religieuse de la cité de Nice..., i, Nice,
789
CHU ET
CHURWALDEN
790
1862, p. 293-94. — K. Cais de Pierlas, Charlrier... de S.-
Pons..., Monaco, 1903, p. 180, index.
M. -H. Laurent.
CHUFFART (Jean), originaire de Tournai,
maître ès arts, licencié en décret (dès av. le 7 sept.
1419), archidiacre de Gand dans l'église de Tournai,
chanoine de N.-D. de Paris (1420), recteur de l'Uni-
versité (oct.-déc. 1421), chancelier de N.-D. (1426),
chancelier d'Isabeau de Bavière, docteur en décret et
conseiller-clerc au parlement de Paris (1437), fut
chargé de missions auprès du roi d'Angleterre, dont il
avait, pour un temps, embrassé le parti, et à Rome
(t le 8 mai 1451).
A. Tuetey lui attribuait la paternité du Journal d'un
bourgeois de Paris, 1405-49, source importante pour
les règnes de Charles VI et Charles VII, alors que d'au-
tres y reconnaissaient la main soit du théologien Jean
de l'Olive, soit du curé de S.-Nicolas-des-Champs,
Jean Beaurigout. Aujourd'hui, on se résigne à y voir
l'œuvre d'un anonyme, « clerc de l'Université ».
Potthast, Bibl., 686-87. — A. Tuetey, introd. au Jour-
nal... (Publ. de la Soc. bist. de Paris), Paris, 1881, p. ix-
XLIV.
É. Van Cauwenbergh.
CHULLU. Voir Cullitana (Ecclesia).
CHU M ATI EN, ville du Honan (Chine centrale),
siège de la préfecture apostolique détachée de Na-
nyang, depuis le 2 mars 1933; du vicariat apostolique
créé le 5 nov. 1944; de l'évêché créé le 11 avr. 1946 et
confié au clergé indigène. — Évêque : Joseph Yuen,
1946.
L. Van Hee.
CHUMBD, ancienne abbaye de moniales cister-
ciennes, sous l'invocation de la Ste Vierge, fondée en
1196 dans le dioc. de Mayence. Elle fut détruite en
1566.
Cottineau, 781. — B. Huenier, art. dans Sludien nnd
Mitteilungen, xxxvii, 1916, p. 8 sq.
J.-M. Canivez.
CHUIVIDAN, Kumdan. Voir Si-Ngan-Fou.
CHUMNOS. Voir Choumnos.
CHUNAVIA, évêché de la Nouvelle Épire, dé-
pendant de Dyrrachium. C'est aujourd'hui Konavlje,
dans la vallée supérieure du Mat. On lui connaît des
évéques à partir du xiv« s. : Guillaume, 7-1318. —
Barthélémy, O. P., 19 sept. 1319-20. — André, évêque
de Croïa, administrateur, 16 juill. 1320-?. — Pierre,
?-t 1372. — François, O. F. M., 20 déc. 1370. —
Bénigne, O. F. M., 1408. — Martin, 12 juin 1420. —
Peregrinus, 13 juin 1432. — Guismiata, 7-1469. —
Radinus, 28 juill. 1469-7. — Jean Hermann, ?-t 1492.
— Pierre Masio, 9 mai 1492-t 1494. — Sébastien,
11 juill. 1494-7. — Bernardin, 1512. — Denys Regati,
23 mars 1517-t 1518. — Opicinus Gentile, 12 avr. 1518-
t 1528. — Jean-Marie Biglioni, 27 nov. 1528, suffr. à
Pavie. — Gaspard, O. P., 25 mai 1529. — Jean-Bap-
tiste de San Nazario, ?-t 1544. — Pierre-François
Nobili, 25 juin 1544, suffr. à Pavie. — Jérôme Rubeis,
4 sept. 1560, suflr. à Pavie.
Le siège disparut sans doute à la suite de la con-
quête de l'Albanie par les Turcs. En tout cas, il était
purement titulaire depuis la fin du xv« s. et ne semble
pas avoir été pourvu après 1560.
C. Eubel, I, 226; ii, 137; m, 19t. — Ann. pont., 1916,
au mot Conovie, 394.
R. Janin.
CHUNKING, capitale du Szechwan (Chine
occidentale), siège du vicariat apostolique du Szech-
wan oriental, le 2 avr. 1856; de celui de Chungking, le
3 déc. 1924 ; élevé au rang d'archevêché le 11 avr. 1946.
Il est confié aux Missions étrangères de Paris. —
Archevêque : L. G. X. Jantzen, 1946.
L. Van Hee.
CHUR. Voir Coire.
CHURCHI. Voir Aiton, D. H. G. E., i, 1228-34.
CHURWALDEN (Notre-Dame et S.-Michel),
abbaye prémontrée, située à 10 km. au sud de Coire,
le long de la route de l'Engadine (dioc. de Coire, cir-
carie de Souabe, Suisse). Dans cette vallée, jadis appe-
lée Aschera (rétoroman pour « érable »; latin acer),
plus tard in Augeria, Sylva Augeria, se trouvait une
ancienne église de N.-D., peut-être paroissiale, appar-
tenant en 1149 à l'abbaye récemment fondée de
S.-Luce à Coire. Entre 1149 et 1191-1196, on la trouve
mentionnée pour la première fois, et une abbaye pré-
montrée lui est alors attachée. Nous pouvons donc
admettre comme date de fondation l'année 1164,
date affirmée par la tradition, et qui se trouvait jadis
peinte sur le jubé de l'église. Le monastère, richement
doté par les barons de Vaz, fut double. Les chartes
mentionnent les moniales pour la première fois en
1208, lorsque leur couvent avait déjà été séparé de
celui des chanoines. On avait laissé aux moniales le
monastère primitif dédié à N.-D.; les chanoines en
construisirent un nouveau, à quelque distance de là,
et placé sous l'invocation de S. Michel. Les moniales,
dont le couvent s'appela aussi Niederchurwald, dispa-
rurent peu après 1311. Le site du monastère, le long
d'une route transalpine conduisant des Grisons vers
le Sud, rendit nécessaire la construction d'un hôpital
pour voyageurs et malades; il existait encore en 1508.
Churwalden fut placé d'abord sous la paternité des
abbés de Roggenburg, puis érigé en abbaye en 1446,
laquelle fonda les monastères de Riithi et de S.-Jakob
im Prâtigau. Elle administra les paroisses suivantes :
en Suisse : Churwalden, Paspels, Alvaneu, Parpan,
Sevelen, Luzein, Dusch, S. Margarethen lez Chur;
en Autriche : Altenstadt (Vorarlberg) et Balzers
(Liechtenstein). L'abbaye avait comme patron la
maison d'Autriche, ce qui lui épargna la suppression
au xvi» s. Elle s'éteignit cependant peu à peu. Le der-
nier religieux y mourut en 1540. Jusqu'en 1599 on y
rencontre encore des abbés sans couvent; à partir de
cette date, des administrateurs furent nommés par
les abbés de Roggenburg. En 1616, les protestants
confisquèrent la plupart de ses biens; l'église servit en
même temps aux protestants et aux catholiques. Un
décret de restitution, promulgué par l'Autriche en
1622, ne fut observé que jusqu'en 1656. Les trésors
de l'église furent vendus en 1620 à l'abbaye bénédic-
tine de Marienberg (Tyrol), d'où ils furent enlevés par
les Bavarois en 1807. En 1804, le gouvernement bava-
rois supprima l'abbaye mère de Roggenburg, qui
était considérée comme propriétaire des biens de
Churwalden; il fit alors don de cette dernière abbaye
à l'évêque de Coire. En 1808, avec la permission du
dernier abbé de Roggenburg, celui-ci unit les biens de
Churwalden à la mense de son séminaire épiscopal.
De l'ancienne abbaye il subsiste l'église gothique,
dont le chœur est alYecté au culte catholique et la nef
au culte protestant; la maison abbatiale, datant de la
môme époque, sert actuellement de presbytère au
curé catholique.
Liste des prévôts et abbés. — 1° Prévôts. — 1. Ul-
rich I", 1200-08. — 2. Swikerus, 1208-60. — 3. Ber-
thold I", 1260-65. — 4. Ulrich II, 1268.— 5. B.Ber-
thold II, 1270-90. — 6. Konrad I", 1295-1305. —
7. Berthold III, 1307-18. — 8. Jakob, 1320-36. —
9. Johann I" Schultheis, 1341, t 1388. — 10. Konrad
II, 1349-67. — 11. Ulrich III, 1373-82. — 12. Gerung,
1383-96, t 1423. — 13. Ulrich IV, 1397-1409. —
791
CHURWALDEN
CHYPRE
792
14. Nikolaus I", 1413-15. — 15. Konrad III, 1420-
28, t 1429. — 16. Georg I", 1429-61.
2» Abbés (1446). — 17. Ludwig de Lindau, 1461-88.
— 18. Johann II von Trostberg, 1488-97. — 19. Geb-
hard Vittler, 1497-1536. — 20. Martin DufT, t 1540. —
21. Florinus Janutt, 1540-48. — 22. Peter Baliel,
1548. — 23. Eberhard Rink, 1549-61. — 24. Niko-
laus II Jenatsch, 1562-88. — 25. Johann III Wys-
mann, 1588-89. — 26. Silvester Schrofler, 1589-99,
résign. et mourut peu après.
Arch. épisc. de Coire et Arch. d'État, Vienne. — Hugo,
Ann., 1, 573-88. — \ iin Waefelgheni, 59. — Potthast, Reg.,
3403, 6840, 15089, 20891. — Backmund, Moncmticon
Praem., Straubing, 1949-1950, i, 70-72. — Mulinen, i, 211-
13. — E. Poeschel, Kunstdenkniàler des Kanlons Graubûn-
den, II, Bâle, 1937, p. 216 sq. — .1. Simonel, Raetica varia,
II, 1922, p. 35-68; m, 1923, p. 71-123. — H. Lehmann,
Gesch. des Klosters Ch., dans Fûssli, Schweizer Muséum,
IV, 1788, p. 81-119.
N. Backmund.
CHUS IRA. Voir Cusirensis (Ecclesia).
CHUSIUM, évêché de Moldavie. Voir Hus.
CHYCHAS (Nathanael), théologien grec (xvi«-
xvii» s.). VoirD. T. C, ii, 2423.
CHYLAS (Jean), théologien grec, métropolite
d'Éphèse (xiii' s.). Voir D. T. C, u, 2423-24.
CHYPRE. C'est une des plus grandes îles de la
Méditerranée. Située dans le bassin oriental de cette
mer, entre 34° 33' et 35" 43' de latitude nord, et
32° 16' et 34° 36' de longitude est de Greenwich, elle
mesure 9 380 km^. Elle se trouve à 100 km. de la côte
de Syrie et à 70 de celle d'Asie Mineure. Sa popula-
tion, assez faible du temps des Turcs, augmente rapi-
dement malgré l'émigration. De 209 286 habitants en
1891, elle est passée à 237 022 en 1901, à 310 715 en
1921 et à 347 932 en 1931, date du dernier recensement
connu. Les trois quarts des habitants sont des Grecs
orthodoxes (284 863 en 1931). Les musulmans sont
au nombre de 64 224 (1931) et les quelques milliers
d'autres habitants se répartissent entre diverses con-
fessions chrétiennes.
Chypre est habitée au moins depuis le III^ millé-
naire av. J.-C. Elle fut longtemps un royaume sous
la suzeraineté de l'Égypte, puis elle connut l'invasion
des Grecs, venus de l'Asie Mineure et du Péloponnèse,
et qui fondèrent des colonies dans le Nord et l'Ouest,
vers la fin du Il« millénaire. De leur côté, les Phéni-
ciens prirent pied dans l'Est et le Sud, vers l'an 1000
av. J.-C. Les Grecs appelèrent l'île Kgpros, à cause
de ses mines de cuivre (KÛTrpoç) et les Phéniciens Kit-
tim. Au xiiio s. av. J.-C, elle fut soumise aux Perses,
puis de nouveau aux Égyptiens en 626 et incorporée
à l'empire perse en 526. L'hellénisme triompha après
Alexandre le Grand. Chypre devint alors possession
égyptienne. Les Romains firent leur apparition en 58
av. J.-C, annexèrent le pays et confisquèrent une
grande partie des richesses qui y étaient accumulées.
Province romaine sous Auguste, elle devint proconsu-
laire en 28 apr. J.-C En 115, les Juifs, très nombreux
dans l'île, se révoltèrent et massacrèrent un grand
nombre d'habitants. Ils furent à leur tour mis à mort
et l'entrée du pays interdite à leurs coreligionnaires.
En 576, les Byzantins y transplantèrent 70 000 Hyr-
caniens. Les Arabes occupèrent l'île au vii^ s., mais
Nicéphore Phocas les chassa définitivement en 964.
En 1191, Richard Cœur de Lion l'enleva à Isaac Com-
nène, qui s'y était établi prince indépendant en 1184.
Richard la vendit aux Templiers pour la somme de
100 000 besants d'or. Les Templiers la lui rendirent
et il la céda à Guy de Lusignan (1192). Chypre eut
alors pour trois siècles une dynastie française. Au
xiv« s., elle fut prise à partie par les Génois et le sul-
tan d'Égypte. Le dernier roi, Jacques II, commit la
faute d'épouser Catherine Cornaro que lui offraient
les Vénitiens. Sa mort mystérieuse permit à la Sérénis-
sime République de prendre possession de l'île sans
coup férir (1489). Les Turcs s'en emparèrent après des
luttes acharnées (1571). Leur régime amena la déca-
! dence et la misère dans une île qui avait été une des
, contrées les plus riches du monde antique et médié-
' val. Le 4 juin 1878, l'Angleterre en obtint la gérance
en garantie des réformes que la Turquie s'engageait à
I opérer dans ses États, et aussi pour défendre ce pays
contre l'ambition russe. Elle l'annexa le 5 nov. 1914
' et en fit une colonie de la Couronne le l'^'' mai 1925.
l Malgré le développement économique donné au pays
j par le nouveau régime, celui-ci aspire à l'union de
' l'île avec la Grèce, qui en avait refusé l'offre en 1915,
j pour ne pas entrer en guerre contre les empires cen-
traux. Ces aspirations ne concernent que les Grecs
orthodoxes. Voyant leurs désirs continuellement re-
poussés, ils sont passés à la révolte ouverte en 1931,
mais les autorités anglaises eurent vite fait de réprimer
le mouvement insurrectionnel.
Dans cette étude nous ne nous occuperons que de
l'Église grecque et des diverses autres confessions
chrétiennes et ne parlerons des événements politiques
que dans la mesure où ils ont eu une répercussion sur
la vie des Églises.
; I. ÉGLISE GRECQUE. — 1° Les débuts. — Lespremiers
apôtres connus de l'île de Chypre furent S. Paul et
S. Barnabé. Celui-ci était originaire de l'île et appar-
tenait à la tribu de Lévi (Act., iv, 36). II y avait des
Juifs de Chypre parmi les premiers chrétiens. A la
suite de la persécution dont fut victime S. Étienne,
certains d'entre eux rentrèrent dans leur pays, tandis
que d'autres allèrent porter la bonne parole aux païens
d'Antioche (Act., xi, 19-20). En l'an 45, sous l'inspi-
, ration du S. -Esprit, Paul et Barnabé quittèrent
Antioche et se rendirent en Chypre. Débarqués à
Salamine avec Jean Marc, cousin de Barnabé, ils prê-
chèrent à travers toute l'île et arrivèrent à Paphos,
sur la côte sud-ouest, où S. Paul rendit aveugle le
mage Barjésus et convertit le proconsul Sergius Pau-
lus (Act., XIII, 4-12). En 51, Barnabé, qui s'était
séparé de S. Paul, revint en Chypre avec son cousin
Jean Marc et continua l'évangélisation (Act., xv, 39).
Tels sont les renseignements que nous fournit le
i N. T. Plus tard, diverses légendes se créèrent pour
! compléter et surtout pour embellir ces faibles don-
î nées. Un premier ouvrage, intitulé nEpîo5oi Koi nap-
TÛpiov Toû âyiou Bapvàga (A. S., juin, i, 431-435),
; et composé par un Pseudo-Marc, parut pendant la
\ seconde moitié du s. (Braunsberger, Der Apostel
[ Barnabas, sein Leben und der ilim beigelegte Briej,
• Mayence, 1876, p. 4-6). Vers le milieu du vi" s., le
1 moine Alexandre, gardien de l'église élevée sur le
j tombeau de l'apôtre à Salamine, composa un pané-
[ gyrique en l'honneur du saint, 'EyKCopiov eis Bapvà-
[ gotv Tov àTTÔiTToAov, TTpoTpocTrÉVTOç ùtto toO Trpsa-
guTÉpou Kai KAsiSovy/ou toO aEgaCTiiiou outoO vaoû âv
db icrTopf|Tai Koi ô tottos Tfjs cnroKaAiApeo^ tcôv àuTOÛ
Aeivfiàvcov (texte grec dans A. S., juin, ii, 436-453;
version latine dans P. G., lxxxvii, 4087-106). Ces
j deux ouvrages ne méritent aucune créance, malgré les
précisions topographiques qu'ils renferment. Ils sont
d'ailleurs en contradiction sur plus d'un point avec
le récit des Actes. Ils furent composés tous deux après
la découverte du tombeau de S. Barnabé (488), dans
le but à peu près certain de faire reconnaître l'auto-
céphalie de l'Église de Chypre vis-à-vis des patriarches
d'Antioche (L. Duchesne, S. Barnabé, Rome, 1892,
p. 34).
793
CHYPRE
794
Comme en beaucoup d'autres pays, on suppléa aux
documents authentiques par des légendes et l'on eut
ainsi en Chypre toute une floraison de saints de la
première génération chrétienne. Les ménologes grecs
font de Jean Marc, dit le Juste, un évêque d'Apollo-
nias en Bithynie, et plusieurs d'entre eux le disent
martyr (H. Delehaye, Synaxarium Constantinopolita-
num, 753, 761; Minei Tchety na russkom iazykie,
Moscou, 1902, p. 630). Ariston, dont Eusèbe dit qu'il
fut disciple de N.-S., serait devenu évêque de Chypre
et aurait subi le martyre à Salamine (Eusèbe, if. ii.,
III, 39, P. G., XX, 297; A. S., févr., m, 283).
S. Paul lui-même aurait imposé les mains à Héracli-
dès, premier évêque de Tamascos, dont le siège aurait
été le centre du christianisme en Chypre; on dit
qu'il mourut martyr à Salamine (A. S., sept., v, 467-
68). Les Cypriotes revendiquent deux des soixante-
douze disciples : Aristoule, frère de Barnabé, qui
aurait suivi S. Paul dans ses pérégrinations et serait
devenu évêque de Grande-Bretagne (1) (A. S., mars,
II, 374-76), et Mnason, disciple de S. Paul, qui serait
mort martyr (Act., xxi, 16; A. S., juill., m, 248-49).
Épaphras, un autre disciple de S. Paul, aurait été
évêque d'Adriacos, ou de Colosses, ou de Colophon
en Lydie, ou de Paphos en Chypre, suivant les docu-
ments qui parlent de lui (A. S., juill., iv, 581-89;
H. Delehaye, Synax. Consl., 290, 787). On trouve
encore Tychique, évêque de Néapolis en Chypre
(A. S., avr., III, 613), et Philagrius, disciple de
S. Pierre, évêque de Soli et martyr (A. S., févr., ii,
277; H. Delehaye, op. cit., 454). Les Cypriotes font de
Lazare, le ressuscité de Béthanie, un évêque de Ki-
tium, et l'on montre encore son tombeau dans cette
ville. En 890, l'empereur Léon le Sage fit transporter
ses reliques à Constantinople et les déposa dans le
monastère de S. -Lazare, qu'il construisit à cet effet
(H. Delehaye, op. cit., 146-48; M. Gédéon, BujavTivôv
èopToAôyiov, Constantinople, 1900, p. 135). Comme
S. Épiphane ne dit rien de la venue de Lazare en
Chypre, il est à peu près certain que cette légende est
postérieure au iv» s. Citons encore Tite, disciple de
S. Paul, né à Paphos et martyrisé dans cette ville
(Ét. de Lusignan, Chorografia e brève istoria univ.
dell' isola de Cipro, 24); Sergius Paulus, qui serait
devenu évêque de Narbonne (!) (A. S., mars, m, 371);
et Nicanor, un des sept premiers diacres (A. S., janv.,
I, 601). La vérité, c'est qu'on ne sait à peu près rien sur
l'histoire religieuse de Chypre pendant les trois pre-
miers siècles de notre ère. Les plus grands adversaires
de l'Église furent les Juifs, qui étaient nombreux et
influents dans l'île. Leur extermination, après leur
révolte de 115, permit une nouvelle évangélisation.
Un chroniqueur tardif, Léonce Machéras (xiv^-xV s.),
raconte le voyage que Ste Hélène aurait fait dans
l'île en 327, où elle aurait bâti au moins deux églises
('EÇriyriais ttïs yAuxeias X'^P'^S Kûirpou, dans Sathas,
Biblioth. Graeca Medii Aeui, ii, 55-56). Bien que
cette chronique soit composée avec des documents
anciens, il est difficile de lui accorder créance sur ce
point.
A partir du iv s., l'histoire de l'Église de Chypre
se meut sur un terrain plus solide. Deux évêques,
Gélase de Salamine et Cyrille de Paphos, assistèrent
au concile de Nicée et en signèrent les actes (325)
(H. Gelzer, Patrum Nicaenorum nomina, 46-49, 69, 75).
S. Spiridion, évêque de Trimithonte et thaumaturge,
y assista également, puisqu'il prit part aux débats
(Rufin, H. E., l, \; P. L., xxi, 471-72), mais il ne
figure pas parmi les signataires. Le personnage le
plus notable de l'Église de Chypre au iv« s. est sans
contredit S. Épiphane, évêque de Salamine, dont la
vie se passa presque tout entière à la poursuite des
hérétiques, assez nombreux dans l'île, sabelliens.
nicolaïtes, basilidiens, valentiniens, carpocratiens, etc.
Il assista sans doute au concile œcuménique de Cons-
tantinople (381), bien que son nom n'y figure pas. On
y trouve quatre autres évêques cypriotes; Jules de
Paphos, Théopompe de Trimithonte, Tychon de Ta-
niassos et Mnémonius de Kitium. Vers la fin de sa vie,
Épiphane lutta contre l'origénisme. Sur les pressantes
sollicitations de Théophile, patriarche d'Alexandrie,
il réunit en synode tous les évêques de l'île et condam-
na les doctrines incriminées. Salamine était alors la
capitale civile et religieuse, alors que Paphos avait eu
pendant longtemps ce double titre. On trouve encore
au iv s. quelques belles figures épiscopales : S. Tri-
phyllius, ami et contemporain de S. Spiridion et plus
tard évêque de Lédra ou Leucosie (S. Jérôme, 73e uiris
illustribus, xcii; Sozomène, H. E., I, xi; P. G.,
Lxvii, 889); S. Philon, évêque de Carpasion (S. Jé-
rôme, Epist., Lxx; P. L., xxii, 319); S. Tykhon
d'Amathonte (A. Bail., xxvi, 229-32).
2" Luttes pour l'autocéphalie. — Pour l'Église de
Chypre, le v s. est dominé par les luttes qu'elle entre-
prit contre le patriarcat d'Antioche afin de faire
reconnaître son autocéphalie ou indépendance com-
plète. Il est certain qu'au point de vue civil l'île fai-
sait partie du diocèse ou gouvernement d'Orient, dont
la capitale était Antioche. En allait-il de même au
point de vue ecclésiastique? C'est ce qu'on ne peut
déterminer avec précision. Toujours est-il qu'en 416
le patriarche d'Antioche, Alexandre, ayant réussi à
ramener l'ordre et la paix dans son Église troublée
depuis de longues années, voulut faire reconnaître
son autorité sur toutes les provinces soumises à son
siège. Chypre refusa de se soumettre. Alexandre se
plaignit au pape, fondant sa demande sur les canons
du concile de Nicée pour incriminer les tendances
séparatistes de Chypre. D'après lui, la rupture avait
eu lieu à la faveur des luttes ariennes, l'Église insu-
laire ayant voulu défendre l'intégrité de sa foi contre
l'hérésie alors maîtresse à Antioche; autrefois elle
reconnaissait l'autorité du patriarche, puisqu'elle fai-
sait partie du diocèse d'Orient. Innocent I" répondit
qu'il faisait siennes les revendications d'Alexandre,
dans la mesure où elles étaient justifiées par les faits
et par les canons de Nicée. Il allait engager les Cy-
priotes à observer les règles posées par le concile
œcuménique, mais il ne dit nullement qu'il condamnait
leur attitude {P. G., xx, 549).
La question restait donc entière. Elle se posa de
nouveau et avec acuité au concile d'Éphèse (431). Il
est probable que le patriarche d'Antioche avait pro-
fité de la réponse d'Innocent I'"' pour essayer d'impo-
ser son autorité à l'Église de Chypre et que l'arche-
vêque Troïle avait subi de ce fait de véritables persé-
cutions dont les évêques se plaignirent au concile. A
sa mort, ces évêques lui avaient donné comme succes-
seur Théodore. Celui-ci ayant dû se rendre à Antioche
pour une autre affaire, le haut clergé syrien essaya par
tous les moyens de le faire céder et il ne recula même
pas devant les mauvais traitements, au point que,
rentré en Chypre, Théodore ne tarda pas à mourir.
C'était au début de 431. Aussitôt les Antiochiens pro-
voquèrent deux lettres de Denys, comte d'Orient,
l'une au clergé de Constantia (Salamine), métropole de
l'île, et l'autre au gouverneur (21 mai 431). La pre-
mière demandait de dilïérer l'élection du métropolite
et, s'il était nommé, qu'il se rendît aussitôt à Antioche
pour attendre la décision du concile; le gouverneur de
l'île devait assurer l'exécution de ces ordres. C'était
trop tard. Le concile indigène avait déjà nommé
Rhéginus, qui partit pour Éphèse avec deux évêques,
j Zénon de Curium et Évagre de Soli. Ils se mirent
immédiatement du parti de Cyrille d'Alexandrie, alors
! que Jean d'Antioche et son épiscopat tenaient pour
795
C H Y P E
79n
Nestorius. Les Cypriotes surent habilement faire
payer leurs services. A la septième séance, ils deman-
dèrent au concile de reconnaître leur pleine indépen-
dance ecclésiastique et de les défendre contre les
empiétements d'Antioche. Les explications qu'ils
donnèrent en l'absence du parti adverse satisfirent
les Pères. Le concile décida, en conséquence, que
Chypre serait complètement indépendante au point
de vue ecclésiastique, mais que si les patriarches
d'Antioche pouvaient prouver la légitimité de leurs
revendications, il leur serait fait droit (Mansi, iv,
1465-470). Un demi-siècle plus tard, Antioche fit une
nouvelle tentative. Le patriarche Pierre le Foulon
profita de la faveur de l'empereur Zénon pour étendre
sa juridiction sur Chypre. Le basileus ordonna au
métropolite Anthémius de se rendre à Constantinople,
oii un concile trancherait le débat. Or, avant le
départ de l'épiscopat cypriote, on découvrit le tom-
beau de S. Barnabé; sur le corps de l'apôtre était
l'évangile de S. Matthieu, écrit de sa main (488). Aus-
sitôt Anthémius envoya l'évangile à l'empereur, qui
le fit déposer dans la chapelle du palais impérial. Il
ne pouvait plus être question désormais de soumettre
Chypre à Antioche, puisqu'on avait la preuve que son
fondateur était un apôtre. Zénon proclama donc
l'indépendance ecclésiastique de l'île, décret confirmé
plus tard par l'empereur Justinien. L'archevêque de
Constantia avait le droit de sacrer ses sufïragants et
de les réunir en concile. Zénon voulut y ajouter des
marques d'honneur particulières : celle de porter des
vêtements de soie et de pourpre et un sceptre au lieu
de bâton pastoral, celle de signer avec le cinabre, en
lettres rouges, et celle de prendre le titre de Béatitude
(MoKapicÔTTiç) (Théodore Lecteur, H.E., II, ii; P. G.,
Lxxxvi, 184; Cedrenus, Hist. compend.; P. G., cxxi,
673; Joël, Chronographia; P. G., cxxxix, 264 c;
S. Vailhé, Formation de l'Église de Chypre (431),
dans Échos d'Orient, xiii, 1910, p. 5-10). Alors que
Nicéphore Calliste (H. E., XVI, xxxvii; P. G.,
cxLvii, 200 C-D) affirme nettement que la dépen-
dance de Chypre vis-à-vis d'Antioche avait été réelle
dans les quatre premiers siècles, les canonistes grecs
semblent l'ignorer. Ils disent, en effet, que dès le
début les Cypriotes nommaient et sacraient leurs
évêques (Th. Balsamon, In can. S concil. Ephesini;
P. G., cxxxvii, 368).
3° Du V s. à la domination latine. — L'Église de
Chypre, proclamée autocéphale, tint à jouer son rôle
dans les querelles religieuses qui agitèrent l'Orient
du v* au ix« s. C'est ainsi que trois de ses évêques
prirent part au concile de Chalcédoine (451) (Mansi,
VI, 568, 577). C'est ainsi encore que les Cypriotes
eurent une attitude résolue dans l'affaire du monothé-
lisme. Sergius, archevêque de Constantia, réunit ses
évêques en concile et condamna l'hérésie nouvelle. Il
envoya le décret au pape Théodore 1"^ (642-649), avec
une lettre qui reconnaissait formellement la primauté
romaine (Mansi, x, 913-16). Il en alla de même pour
l'iconoclasme. Georges, archevêque de Constantia, fut
frappé d'anathème par le pseudo-concile œcuménique
de 753, en même temps que Germain de Constanti-
nople et S. Jean Damascène. On attribue même à
Georges un traité contre le monothélisme, qu'a publié
Melioranskij (Gheorghii Kipriunin i loann Jerusali-
mianin dva maleizviatnikh bortza za pravoslavie v. VIII
viekie, S.-Pétersbourg, 1901). Au II» concile de Nicée
(787), qui condamna l'iconoclasme, Constantin de
Constantia était accompagné de cinq de ses évêques.
Il joua même un rôle important à la v« séance (Mansi,
XII, 994-95). Cette hostilité des Cypriotes contre l'ico-
noclasme s'explique en partie par le fait que sous Cons-
tantin V (741-765) l'île fut le jjrincipal lieu d'exil pour
les moines qui refusaient de suivre la politique reli-
gieuse du basileus (Théoplume, Chronographia, éd. de
Boor, p. 343).
Le voisinage de la Syrie faisait de Chypre une proie
tentante pour les Arabes qui y multiplièrent les incur-
sions. Dès 632, le calife Abou-Bekr s'empara de Kitium
et, en 647-48, le calife Moaviah. venu avec une puis-
sante flotte de 700 vaisseaux, s'empara de l'île tout
entière (Constantin Porphyrogénète, Them. orient., 15;
P. G., cxxii, 104-05; Théophane, op. et loc. cit., 343).
Une grande partie de la population fut massacrée et
l'église métropolitaine de Constantia, qu'avait bâtie
S. Épiphane, détruite (Cedrenus, op. cit., P. G., cxxi,
825). La ville elle-même ayant été incendiée, l'arche-
vêque se transporta à Arsinoé ou Ammokhostos (dont
les Européens ont fait Famagouste) (Phrankoudès,
KÛTrpiç, Athènes, 1890, p. 399-401). En 688, Justi-
nien II Rhinotmète rompit la paix qu'il avait conclue
avec Abd-el-Mélek, calife de Damas, et eut la fâcheuse
idée, pour soustraire les Cypriotes aux vexations des
Arabes, de les forcer à venir s'établir dans la province
d'Hellespont. Ce fut un désastre. L'n grand nombre
d'entre eux périrent dans les naufrages ou par les
fièvres. L'exil dura sept ans. Le basileus installa les
survivants dans les environs de Cj'zique. L'archevêque
fixa sa résidence dans une localité voisine de cette
ville, que Justinien II nomma, dit-on, Néajustinia-
nopolis (titre que les archevêques de Chypre portent
encore aujourd'hui). Le souverain lui conféra des pri-
vilèges que confirma le concile Quinisexte (691-92).
Le can. 36 de cette assemblée lui reconnaissait les
droits du patriarche de Constantinople, celui de consa-
crer les évêques de la province, même le métropolite
de Cyzique. Le texte de ce canon n'est pas assez clair
pour que l'on puisse préciser les privilèges accordés. Il
y a lieu cependant de croire que les droits reconnus à
l'archevêque étaient ceux que le patriarche de Cons-
tantinople avait jusqu'alors exercés sur la province
d'Hellespont. C'était l'opinion des canonistes grecs,
Balsamon, Zonaras et Aristène (cf. P. G., cxxxvii,
648-49, 652). La paix conclue avec les Arabes permit
aux Cypriotes de regagner leur île.
Au début du ix« s., une armée du calife Haroun-al-
Rachid ravagea Chypre, massacrant les habitants et
détruisant églises et monastères (Théophane, op. et
loc. cit., 482). Cependant l'empire byzantin ne restait
pas indifférent aux malheurs des Cypriotes. Basile II
le Macédonien (867-86), puis Nicéphore Phocas (963-
969) firent aux Arabes une guerre acharnée. Le second
réussit à les chasser définitivement en 964 (Cedrenus,
op. cit., P. G., cxxii, 73-76). D'une façon habituelle
cependant, les musulmans laissèrent aux indigènes la
libre pratique de leur religion. Les deux races vivaient
côte à côte sans se mêler. Les chrétiens observaient
une neutralité prudente et apeurée entre les Byzan-
tins et les Arabes, afin d'éviter les représailles des
deux côtés (Vasiliev, Byzantiia i Araby, S.-Péters-
bourg, II, 1902, p. 52). Les victoires de Nicéphore Pho-
cas permirent à l'Église de Chypre de reprendre une
vie que trois siècles d'oppression avaient fortement
ralentie. Les églises furent rebâties, mais les monu-
ments anciens avaient disparu pour toujours. La vie
religieuse ne refieurit qu'un siècle et demi plus tard.
Sous Alexis Comnène (1081-1118) fut fondé le monas-
tère de Kykkos, auquel l'empereur fit don d'une icône
de la Vierge Miséricordieuse ('EXeoÙCTa), que S. Luc
passait pour avoir peinte lui-même. Sous Manuel
Comnène (1143-1180) fut commencé celui de Machéras,
et sous Isaac II l'Ange (1185-1195), celui de S.-Néo-
phyte-le-Reclus.
Le retour des Byzantins en Chypre permit aux
patriarches de Constantinople de s'immiscer dans les
affaires intérieures de l'Église autocéphale. On en a
un exemple dans le procès intenté à Jean, évêque
797
eu Y
PRE
798
d'Amathonte. Comme l'archevêque l'avait déposé, ce
prélat en appela à l'empereur Manuel Comnène. Le
basileus chargea le patriarche Luc Chrysobergès (1 156-
1169) de juger le litige. Luc cassa la sentence de
l'archevêque, sous prétexte qu'un évêque devait être
jugé par un tribunal composé de douze de ses pairs, ce
qui n'était pas le cas (Balsamon, dans P. G., cxxxviii,
57-61). Telle était en efïet la jurisprudence établie
par le 12« canon du concile de Carthage, mais on pou-
vait légitimement se demander si elle était applicable
à l'Église de Chypre, qui ne pouvait fournir la dou-
zaine d'évêques nécessaires.
Les Cypriotes eurent souvent à se plaindre de l'ad-
ministration byzantine, parce que les gouverneurs
profitaient de leur éloignenient pour agir à leur guise.
Le mécontentement se traduisit par une véritable
révolte, d'abord sous Michel IV le Paphlagonien
(1034-1041), puis sous Alexis Comnène (1081-1118)
(Cedrenus, op. cit.; P. C, cxxii, 281; Zonaras,
Annales, xviii, 22; éd. Teubner, iv, 239; Anne Com-
nène, Alexiade, 2; éd. Teubner, n, 33). La situation
devint pire lorsque Isaac Comnène réussit à s'emparer
de l'île et à se rendre indépendant (1184) (Nicétas
Choniatès, De Andronico Comneno, i, 5; P. G.,
cxxxix, 644). Cet aventurier se montra encore plus
cruel que son parent Andronic III et ses violences
furent cause que les latins se rendirent maîtres de
l'île.
4° La domination latine (1191-1571). — En mai
1191, le roi d'Angleterre Richard Cœur de Lion fit
escale à Limassol, avant de se rendre en Palestine.
Isaac Comnène ayant maltraité ses chevaliers, il lui
demanda en vain réparation. Il s'ensuivit une guerre
qui, en quelques jours, permit à Richard de s'emparer
de toute l'île. Pressé de se rendre en Palestine, le
vainqueur proposa aux Templiers de lui acheter sa
conquête et de s'y établir. Le prix fut fixé à 100 000
besants d'or. Les Templiers versèrent immédiatement
40 000 besants et occupèrent le château de Nicosie
(Guillaume de Tyr, Hist. rerum transmarinarum,
XXIV, 13). Les Cypriotes avaient gardé très mauvais
souvenir de Renaud de Châtillon qui, en 1155, avait
commis chez eux des atrocités et fort malmené le
clergé grec (Cinnamus, Hist., iv, 17; P. G., cxxxii,
521; G. Schlumberger, Renaud de Châtillon, prince
d'Antioche, Paris, 1899, p. 77). Leur haine des latins
les poussa à massacrer les Templiers. Prévenus à
temps, ceux-ci firent une sortie désespérée et massa-
crèrent la plus grande partie de la population de
Nicosie (Amadi, Chronique, 83-85; Strambaldi, Chro-
nique, 8). Du coup, ils renoncèrent à leur acquisition
et la rendirent à Richard Cœur de Lion. Celui-ci la
céda à Guy de Lusignan, fils de Hugues VIII, comte
de la Marche, à charge de rembourser aux Templiers
les 40 000 besants qu'ils avaient versés. Pour se con-
cilier ses nouveaux sujets, Guy de Lusignan laissa
toute liberté à l'Église grecque. Il n'en fut pas de
même sous Amaury (1194-1205) ou plutôt sous la
tutelle de sa mère, Alix de Champagne. Celle-ci décida
en effet d'établir dans l'île la hiérarchie latine pour les
nombreux fidèles occidentaux qui s'y étaient fixés.
Elle voulait aussi amener les grecs à se soumettre
au pape en se latinisant. Célestin III l'y poussait du
reste, puisque, le 20 févr. 1196, il félicitait le roi
Amaury du zèle qu'il déployait à combattre le schisme
et à ramener les égarés à la véritable Église (Jaffé,
n. 17, p. 329; cf. de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, m,
600). Ce dernier auteur semble avoir bien compris la
situation quand il écrit : « L'établissement de l'Église
latine ne compromettait pas l'existence de l'Église
grecque et n'amoindrissait pas ses immunités. Les
deux communautés auraient pu vivre en paix ainsi
rapprochées, mais il aurait fallu, chez les grecs, une
résignation voisine de l'abaissement et, chez les
latins, une modération qui eût semblé une abdication
d'un devoir » (op. cit., x, 124).
Cependant les grecs conservaient encore leur hié-
rarchie qui se composait d'une quinzaine de prélats,
dont l'archevêque de Constantia-Salamine. On n'est
d'ailleurs pas d'accord sur le nombre des sièges épis-
copaux que possédait l'île. L'archimandrite Kypria-
nos (MCTTopîa xpovoÀoyiKTi Tfjç vfjCTOu Kùrrpou, Venise,
1788, p. 391) prétend qu'ils étaient 31, dont 6 métro-
poles et 25 éparchies. Le Sijnecdemus de Hiéroclès n'en
compte que 15 (G. Parthey, Hieroclis Synecdemus et
Notitiae Graecae episcopaluurn, Berlin, 1866, p. 39),
ainsi que Nil Doxapatris (ibid.. 285); on en trouve IC
dans Le Quien (u, 1043-45). Voici les noms donnés
par Hiéroclès : Constantia, archevêché, Tamassos,
Kitium, Amathonte, Curiuni, Paphos, Arsinoé, Soli,
Lapithos, Mirbaea, Chytri, Carpasion, Kerynae, Tri-
mithonte et Leucosie.
Dès le règne d'Amaury, plusieurs églises furent
attribuées aux latins et on leur affecta une partie des
revenus ecclésiastiques. La domination occidentale
sur les grecs s'aggrava au point de vue religieux sous
Hugues I" (1205-1218). Elle devint encore plus étroite
après lui. En oct. 1220, la noblesse et le clergé latin
statuèrent sur le partage des biens ecclésiastiques. On
exempta les clercs grecs du servage et des corvées,
mais à la condition qu'ils prêteraient serment d'obéis-
sance et de fidélité à l'évêque latin; les serfs étaient
exclus des ordres sacrés; les archimandrites des
monastères devaient faire approuver leur élection
par l'évêque latin; défense était faite au clergé grec
de réclamer les biens des églises et des monastères
confisqués par les latins (de Mas-Latrie, op. cit., m,
611-12). Le cardinal Pélage, évêque d'Albano et légat
pontifical, alla plus loin. Il voulut contraindre les
grecs à se faire catholiques. Il fit incarcérer treize
moines et, sur leur refus de renoncer à l'orthodoxie
orientale, ils furent suppliciés (Allatius, De consensu,
699-700). Les années 1221 et 1222 virent le joug latin
s'appesantir davantage encore sur les grecs. On tolé-
rait la diversité des rites, mais les évêques grecs
étaient considérés comme de simples vicaires de l'ar-
chevêque latin; ils n'exerçaient leur juridiction que
sous la dépendance de leurs collègues latins, ne pou-
vaient prendre possession de leur siège sans la permis-
sion des évêques latins; au moment de recevoir l'in-
vestiture, ils devaient jurer fidélité à l'évêque latin
en s'agenouillant devant lui, etc. C'est en vain que les
autorités civiles essayaient de refréner ce zèle outré.
L'intransigeance du cardinal Pélage l'emporta. Elle
était d'ailleurs appuyée par les papes, puisque Hono-
rius III écrivait, le 23 janv. 1223, à Alix de Cham-
pagne qu'il regrettait de ne pouvoir maintenir l'ar-
chevêque grec, parce qu'il ne devait pas y avoir deux
chefs de même titre et de même autorité dans la hié-
rarchie; il demandait aussi de ne pas permettre aux
évêques grecs de résider au même lieu que les évêques
latins (Raynaldi, Annales, ann. 1222, n. 8-9; i, p. 319).
L'archevêque grec Néophyte fut en conséquence dé-
posé et exilé avec son clergé (Sathas, op. cit., u, 7).
Enfin, le 14 sept. 1222, le cardinal Pélage ratifia la
convention passée entre les nobles et les évêques
latins. Les évêchés grecs étaient réduits au nombre de
quatre : Nicosie (Leucosie), Paphos, Limassol (Lémes-
sos) et Famagouste (Ainrnokhostos). Leurs titulaires
devaient obéissance aux évêques latins, de même que
les higoumènes ; on fixait même le nombre de religieux
que ne devait pas dépasser chaque monastère (de Mas-
Latrie, op. cit., ni, 622).
On comprend que les grecs se soient insurgés contre
ces mesures draconiennes. Ils portèrent leurs doléances
au patriarche de Constantinople Germain II (1222-
799
CHY
F RE
800
1240), alors en résidence à Nicée. Leurs envoyés
furent Léonce, évêque de Soli, et Léonce, higoumène
du monastère des Apsinthes (Mansi, xxi, 1076-77;
P. G., cxL, 605-08). Le synode donna sa décision en
juin. 1223. II conseillait aux Cypriotes de se soumettre
provisoirement, dans l'attente de jours meilleurs.
Cependant, le parti hostile aux latins l'ayant emporté,
il dut modifier la ligne de conduite qu'il avait donnée.
Il conseillait aux évêques grecs de céder pour toutes
les questions d'argent, d'accepter leur installation
par les évêques latins et même l'appel à leurs tribu-
naux; par contre, ils devaient se montrer intransi-
geants sur la question du serment d'obéissance et de
fidélité à ces mêmes évêques. Il interdisait aux fidèles
de recevoir les sacrements des prêtres grecs assermen-
tés (P. G., CXL, 613). Germain allait jusqu'à dire que
mieux valaient l'exil et le joug musulman que la
domination latine (de Mas-Latrie, op. cit., i, 214). Il
écrivit au pape Grégoire IX et aux cardinaux en
faveur des Cypriotes, rejetant sur l'Église romaine, sa
tyrannie et son avidité, les responsabilités du schisme
qui séparait l'Orient de l'Occident. Grégoire IX lui
répondit que, par suite du schisme, l'Église grecque
était tombée aux mains du pouvoir laïque et que
l'Église romaine avait reçu de Dieu le glaive matériel
et spirituel {BuUarium Romanum, éd. de Turin, m,
473).
Un nouveau conflit éclata en 1240. Les sévérités de
Grégoire IX amenèrent l'exode de nombreux Cy-
priotes qui s'exilèrent en Petite Arménie avec leurs
évêques, leur clergé et leurs vases sacrés. Le pape
demanda à l'archevêque latin Eustorge de Montaigu
de nommer des latins à la place des évêques grecs
fugitifs et requit l'appui du pouvoir séculier (Ray-
naldi, op. cit., ann. 1240, n. 44-45; t. ii, p. 248-49).
Ces mesures restèrent à peu près lettre morte, sans
quoi l'exode des Cypriotes aurait repris de plus belle
(de Mas-Latrie, Hist. des archevêques latins de Chypre,
dans Archives de l'Orient latin, ii, Paris, 1884, p. 208).
Sous Amaury IV, l'attitude du clergé latin fut plus
condescendante, du moins pendant quelque temps.
Le cardinal Eudes de Châteauroux, délégué du pape,
se fit auprès de celui-ci l'interprète des grecs. Ils
demandaient le rétablissement de leurs anciens pri-
vilèges, entre autres leurs quatorze évêchés, leur indé-
pendance vis-à-vis du clergé latin, la suppression du
numerus clausus appliqué aux monastères. Malgré ses
bonnes dispositions personnelles, Eudes de Château-
roux ne voulut pas aller à rencontre des mesures
prises par Célestin III et le cardinal Pélage (Raynaldi,
op. cit., ann. 1250, n. 40-42; n, 431-32). Innocent IV
fit cependant des concessions. Par une bulle du 20 déc.
1251, il approuva la nomination de Germain au siège
archiépiscopal de Chypre; ce prélat fut consacré par
ses suffragants. Le cardinal Eudes de Châteauroux
l'installa lui-même, malgré les plaintes du clergé latin.
Germain et ses évêques prêtèrent le serment d'obéis-
sance et de fidélité à l'Église romaine.
La pacification était donc en bonne voie. Malheu-
reusement l'archevêque latin, Hugues de Fagiano, la
compromit par son zèle exagéré. Le dimanche des
Rameaux 1251, il lança l'anathème contre les grecs qui
refusaient d'admettre la suprématie romaine et de
prêter serment de fidélité aux évêques latins. D'autres
peines frappaient les simples fidèles (Mansi, xxvii,
311-16). Comme ni le légat Eudes de Châteauroux, ni
le roi Henri I" ne l'appuyaient, il quitta l'île, mais
en jetant l'interdit sur tout le royaume. Innocent IV
publia en 1254 sa Constitution relative aux divergences
entre grecs et latins dans l'administration des sacre-
ments (Raynaldi, op. cit., ann. 1254, n. 7-11; ii, 494-
96; Mansi, xxvi, 232-35). L'année précédente, Hugues
de Fagiano était rentré en Chypre et avait levé l'inter-
dit. Cependant son zèle ne s'était pas calmé. Il se
plaignit à Rome de la modération de la régente Plai-
sance d'Antioche à l'égard des grecs, mais il ne fut
pas écouté. Innocent IV écrivit même à son légat
d'obtenir de l'archevêque et des évêques latins qu'ils
n'inquiétassent les grecs en rien et ne leur deman-
dassent que ce qui était prévu par la Constitution
pontificale (BuUarium Romanum, m, 1858, p. 583). Le
départ du légat Eudes de Châteauroux permit à
Hugues de Fagiano d'agir à sa guise. Il persécuta telle-
ment l'archevêque Germain que celui-ci finit par se
rendre à Rome, avec trois de ses sufîragants, pour se
plaindre au pape. Hugues lança contre lui l'excommu-
nication, le déclara déchu de sa dignité et envoya ses
mandataires à Rome. Le cardinal Eudes de Château-
roux fut chargé de régler le difi'érend. Les mandataires
d'Hugues de Fagiano se fondaient sur le décret de
Célestin III et la convention signée par le cardinal
Pélage, ce qui ne pouvait qu'embarrasser Eudes de
Châteauroux. Comme le procès traînait en longueur,
les grecs, à court d'argent, se plaignirent au pape et
le prièrent de se prononcer lui-même sur toute l'affaire.
Alexandre IV y consentit et promulgua à Anagni la
bulle constitutive de l'Église de Chypre, qui est la
manifestation la plus claire des idées de Rome à cette
époque sur les relations entre grecs et latins (3 juill.
1260) (Raynaldi, op. cit., ann. 1260, n. 36-39; m,
66-67). Il importe donc d'en signaler les points essen-
tiels.
Cette Constitution, plus bénigne que les précédentes
sur certains points, mettait cependant l'Église grecque
dans un véritable état d'infériorité par rapport à
l'Église latine. Les évêchés grecs ne seraient plus que
quatre et leurs limites étaient les mêmes que celles
des évêchés latins. Leurs titulaires étaient placés sous
la juridiction de l'archevêque latin; ils ne devaient
pas résider dans la même localité que leurs collègues
latins : celui de Nicosie irait habiter dans la vallée de
Soli, à l'ouest de l'île; celui de Paphos, à Arsinoé
(auj. Arzos); celui de Limassol, à Lefkara; et celui de
Famagouste, à Rhizocarpasion, dans la presqu'île
orientale. Le clergé grec de chaque diocèse pouvait
élire son évêque, mais avec l'approbation de l'évêque
latin; le nouvel élu était consacré par ses collègues
grecs, sous la présidence de l'archevêque latin, qui
l'investissait du droit d'inspection et de gouverne-
ment sur les monastères, les églises, le clergé et les
fidèles de son diocèse. L'évêque grec devait jurer
obéissance et fidélité à l'Église romaine; il ne pou-
vait être déposé ou transféré que par le pape. Une fois
par an, il prenait part au synode tenu par l'évêque
latin et il y venait avec son clergé et ses higoumènes.
Lors de ses tournées pastorales, l'évêque latin recevait
des grecs les mêmes honneurs que de ses ouailles
latines. Les dîmes de l'île tout entière appartien-
draient aux latins. L'archevêque Germain, fort bien
vu à Rome, se vit traiter avec beaucoup d'égards
(Mansi, xxiii, 1037-46; Raynaldi, op. cit., ann. 1260,
n. 40-50; m, 66-68).
Ces égards eurent le don d'exaspérer Hugues de Fa-
giano. Il donna de nouveau sa démission et se retira
en Toscane, où il ne tarda pas à mourir. La nouvelle
Constitution fut naturellement mal accueillie par les
grecs. Aussi mirent-ils tout leur espoir dans l'empire
byzantin restauré par Michel Paléologue (1259).
Celui-ci les poussa à la révolte pour l'aider à reconqué-
rir l'île, mais ils restèrent sourds à ses appels. Les rois
de Chypre les ménageaient pour les tenir dans l'obéis-
sance et ils appliquaient mollement les décisions ponti-
ficales, malgré les plaintes de l'épiscopat latin.
Urbain IV écrivit à Hugues d'Antioche pour lui
reprocher cette conduite (de Mas-Latrie, Hist. de
Chypre, i, 393). L'archevêque latin de Nicosie alla
801
CH Y
PRE
802
trouver le pape à Orvieto pour lui exposer la situa-
tion. Urbain IV envoya une nouvelle lettre au roi
pour se plaindre de ce que l'archevêque n'était plus
rien dans sa métropole (de Mas-Latrie, op. cil., i,
394; III, 655; Raynaldi, op. cit., ann. 1264, n. 66;
III, 153-54).
L'appui que leur donnait le pouvoir civil enhardit
les grecs, qui ne cessaient de réclamer leurs privilèges.
11 y eut de véritables scènes d'émeute autour des pré-
ats occidentaux, en 1313 et en 1360, où deux légats
du pape faillirent être écharpés par la foule (Raynaldi,
op. cit., ann. 1309, n. 33-34; iv, 479-80; ann. 1359,
n. 16-17; vu, 44-45). Par ailleurs, l'influence grecque
allait grandissant. La noblesse franque prenait de
plus en plus les habitudes des gens du pays, comme
celle de célébrer à la maison baptêmes et mariages. Les
femmes catholiques fréquentaient plus souvent les
églises grecques que les leurs et couraient le risque de
perdre leur foi. C'est ce que constatait Urbain V
dans une lettre à l'archevêque Raymond de Pradèle
(29 mai 1368) (de Mas-Latrie, op. cit., ni, 757-58).
Dès le début du xv^ s., le patriarcat de Constanti-
nople s'efforça de ramener à l'unité orthodoxe les
fldèles de ChjTîre, qu'il considérait comme des apostats
parce qu'ils prêtaient serment d'obéissance et de
fidélité à l'Église romaine. Joseph Bryennios se rendit
en Chypre sur l'ordre du patriarche pour faire une
enquête (1405). Il se convainquit que l'on ne pouvait
de longtemps espérer le retour des Cypriotes à l'or-
thodoxie. Sept ans plus tard, les évêques de Chypre
écrivirent à Constantinople pour faire leur union
avec la « Grande Église ». L'opinion de Bryennios pré-
valut encore. Il disait que ce serait entrer en rela-
tions avec l'Église romaine si l'on admettait à la
communion orthodoxe des fidèles habitués aux usages
latins (Ph. Georgiou, "EiSfiaeiç ÎCTTopiKal Trepi Tfjî
ÉKKAriaias Tris Kuirpou, p. 63).
Le concile de Florence n'amena aucune améliora-
tion dans les rapports entre grecs et latins en Chypre.
Ceux-ci se défiaient, non sans raison, de la sincérité
des premiers, qui prétendaient de leur côté que le
concile avait dû accepter les doctrines orthodoxes et
que ses canons étaient contraires à la vraie foi. Ils
trouvèrent bientôt un appui dans la reine Hélène
Paléologue, fille de Théodore, despote du Péloponnèse,
que le roi Jean II épousa en 1441. Elle profita de son
ascendant sur son faible époux pour relever le pres-
tige de l'Église grecque et étendre l'influence de l'hel-
lénisme. Elle essaya même de faire nommer arche-
vêque un grec authentique, fils de sa nourrice.
N'ayant pu y réussir, elle s'en prit à l'archevêque
latin Galesio de Montolif, qui dut chercher un refuge
à Rhodes (1442). Justement inquiet, le pape Nicolas V
demanda à l'archevêque André de Nicosie, son légat
en Orient, de travailler activement à la conversion
des grecs et au besoin de recourir au bras séculier
(3 août 1447) (Raynaldi, op. cit., ann. 1447, n. 27;
IX, 513-14).
Les Vénitiens devinrent maîtres de Chypre en 1489
et aggravèrent encore les mesures prises à l'égard des
grecs. Ils fermèrent leurs écoles et se montrèrent si
durs qu'un bon nombre d'habitants se réfugièrent
en Asie Mineure. La reine Hélène Paléologue était
morte en 1458 et ses efforts pour redonner de la
vigueur à l'Église orthodoxe n'avaient eu qu'un court
succès. Les grecs en venaient à désirer l'arrivée des
Turcs, qui cherchaient à s'emparer des îles de la
Méditerranée orientale, encore aux mains des chré-
tiens. Ils furent exaucés en 1571, mais ils ne tar-
dèrent pas à regretter le joug latin, si dur qu'il eût été.
Les Turcs massacrèrent indistinctement grecs et
latins et pillèrent à volonté une contrée qui conservait
encore une grande partie de son ancienne opulence.
DiCT. d'hist. et de oéogr. ecclés.
5" La domination turque (1571-1878). — Elle fut
pire pour l'Église de Chypre que tous les régimes qui
l'avaient précédée. Les janissaires avaient massacré
tous les évêques, la plupart des higoumènes et des
dignitaires ecclésiastiques; ils avaient détruit ou
transformé en écuries les monastères, profané ou
changé en mosquées les églises (Kyprianos, op. cit.,
300). Une fois la domination turque établie, les
Cypriotes essayèrent de s'en accommoder pour rele-
ver leur Église. Une députation fut envoyée au grand
vizir Mehmed Pacha, pour obtenir que le patriarcat
de Constantinople rétablît leurs évêchés et pour
racheter les monastères confisqués (Sakellarios,
Tà KuirpiocKà, i, Athènes, 1835, p. 560). Les sièges
anciens ne furent pas restaurés et l'on ne conserva
que les quatre qu'avaient laissés les latins. Toutefois
celui de Famagouste (Ammokhostos) fut supprimé et
on le remplaça par celui de Kérynia, restauré. L'ar-
chevêque fixa sa résidence à Leucosie (Nicosie),
l'évêque de Liinassol dans la ville de ce nom, celui de
Carpasion à Famagouste et celui de Kérynia dans la
bourgade ainsi nommée. Les trois évêques prirent le
titre de métropolites et furent placés sous la juridic-
tion de l'archevêque.
Dès le lendemain de la conquête turque, on vit se
produire une véritable ruée vers les dignités ecclé-
siastiques. En 1572, un moine arabe de Syrie obtint
du grand vizir le siège archiépiscopal pour la somme
de 3 000 sequins, et le patriarche de Constantinople,
Jérémie II (1572-1579), n'hésita pas à consacrer ce
simoniaque. Le nouvel archevêque se rendit en Chy-
pre, bien décidé à récupérer sur ses ouailles ses
3 000 sequins. Les Cypriotes envoyèrent une déléga-
tion pour faire rapporter la décision et présenter un
autre candidat. C'était trop tard. Un autre moine
avait profité de l'amitié du patriarche pour se faire
nommer. Une transaction intervint. Ce candidat fut
nommé à la métropole de Paphos moyennant fi-
nances; l'higoumène du monastère de Koutzoventi
obtint celle de Limassol et le curé de l'église S.-Siméon
celle de Carpasion (Ammokhostos).
On vit désormais se produire dans l'Église de Chypre
les mêmes événements qui désolaient le patriarcat de
Constantinople : querelles intérieures et luttes d'am-
bition. La nomination au siège archiépiscopal fut
l'occasion d'un diflerend très grave entre les métro-
polites et les fidèles. Léonce Eustratios, higoumène
du monastère S.-Jean-de-Pipé à Leucosie, fut un des
plus acharnés (1582) (Sathas, NEoeAArjviKf] çiAoÀoyîa,
Athènes, 1867, p. 182). Il fut accusé de partager les
doctrines des latins sur l'eucharistie et la procession
du S. -Esprit. Mélèce Pighas, patriarche d'Alexandrie,
conseilla aux Cypriotes de ne pas se laisser détourner
de leurs anciennes croyances (Ph. Georgiou, op. cit.,
77-78). En 1598, l'archevêque Athanase fut accusé
de graves méfaits. Mélèce Pighas, qui gouvernait
alors l'Église de Constantinople en qualité de vicaire
patriarcal (1597-99), demanda à Athanase de se jus-
tifier, mais l'archevêque n'en fit rien. Mélèce envoya
en Chypre une commission chargée d'enquêter sur
l'affaire. Les faits incriminés furent trouvés exacts.
Aussi Mélèce Pighas prononça-t-il contre le coupable
la sentence de déposition, qui fut confirmée par le
patriarche Mathieu II, en juin 1600 (M. Gédéon,
norrpiapxiKoi ttivockes, Constantinople, 1890, p. 540-
42; Sathas, Biblioth. Graeca Medii Aevi, m, 549). Le
patriarche d'Antioche Joachim crut le moment venu
de revendiquer pour son Église la juridiction sur l'île.
A l'appui de sa demande, il apportait le canon ara-
bique du concile de Nicée, qui lui permettait de sacrer
l'archevêque. Mélèce lui répondit que ce canon était
un apocryphe rejeté par l'Église orthodoxe (Ph. Geor-
giou, op. cit., 81-85).
H. — XIL — 26 —
803
CHY
PRE
804
Le régime turc, qui pesait depuis trente ans sur
leur pays, amena les Cypriotes à se rapprocher des
latins. En 1601, eurent lieu des négociations qui ten-
daient à offrir au duc de Savoie Charles-Emmanuel
le trône de Chypre, à la condition que la hiérarchie
grecque eût la suprématie et que le royaume fût
interdit aux protestants et aux jésuites. Les Cypriotes
auraient aidé au débarquement en massacrant la gar-
nison turque peu nombreuse. Ces négociations furent
reprises plusieurs fois, mais sans résultats. Le duc de
Savoie ne voulut pas courir une aventure aussi ris-
quée et se contenta de joindre à ses titres celui de
roi de Chypre (Sakellarios, op. cit., i, 571). Du coup,
les prélats grecs devinrent les véritables chefs civils
de leurs fidèles.
La concorde ne régnait pas toujours entre les métro-
polites et leur archevêque. Les premiers avaient pro-
fité de l'état anarchique de l'Église pour revendiquer
le droit de jouir, dans le territoire de l'archevêque,
des droits que celui-ci exerçait dans les diocèses de
ses sufiragants. Le patriarche de Constantinople
Joannice II (1646-1648, 1650-1651, 1653-1654, 1655-
1656), promulgua une constitution qui fut dès lors
observée (Ph. Georgiou, op. cit., 87-93). En 1668, les
erreurs protestantes, qui cherchaient à s'infiltrer dans
l'Église orthodoxe depuis un demi-siècle, furent
solennellement condamnées par un synode que réunit
l'archevêque Nicéphore. Les décrets de l'assemblée
furent recueillis et traduits en latin par Hilarion
Cigalas, ancien élève du Collège grec de Rome (Sa-
thas, NeoeAAriviKfi <piAoAoyîa, 300, 301); ils furent
publiés dans la Perpétuité de la foi de Renaudot,
1. XII (éd. Migne, i, 1221-24). Hilarion Cigalas devint
un peu plus tard archevêque de Chypre et mourut à
Constantinople en 1682. Plusieurs de ses successeurs,
entre autres Philothée (1734-1759), Païsios (1759-
1766), Chrysanthe (1767-1810) et Cyprien (1810-
1821), eurent beaucoup à soulîrir soit de leurs ouailles,
soit des Turcs. Ceux-ci avaient fortement appauvri le
pays par des impôts excessifs, que les prélats n'arri-
vaient pas à faire diminuer.
L'insurrection grecque de 1821 ne s'étendit pas à
l'île de Chypre, dont les habitants préférèrent garder
la neutralité, tout en faisant passer des subsides aux
insurgés. La colère de la Sublime Porte ne s'abattit
pas moins sur eux. Le gouverneur, Kutchuk Mehmed,
se fit remettre par les chrétiens toutes les armes qu'ils
possédaient (23 avr. 1821), puis il convoqua à Leu-
cosie les chefs religieux et les principaux notables.
Le 9 juin., les portes de la ville furent fermées et les
4 000 soldats de la garnison massacrèrent tous les
chrétiens qu'ils purent découvrir. Les trois métropo-
lites, Chrysanthe de Paphos, Mélèce de Kitium et
Laurent de Kérynia, furent décapités; l'archevêque
Cyprien fut pendu à un mûrier; son archidiacre et son
secrétaire, à un platane voisin. Le lendemain, ce fut
le tour des higoumènes. Les Turcs massacrèrent pen-
dant dix jours (Sakellarios, op. cit., 581-85).
Peu de temps après ces tristes événements, Kut-
chuk Mehmed ordonna aux Cypriotes de nommer de
nouveaux évêques. Ils s'adressèrent par deux fois
au patriarche de Constantinople, pour qu'il leur
envoyât des prélats consécrateurs. Finalement le
Phanar pria le patriarche d'Antioche, Séraphin, de
satisfaire leur désir. Séraphin dépêcha trois arche-
vêques, qui consacrèrent les candidats proposés par
le gouverneur. Joachim, économe de l'église S.-Bar-
nabé, devint archevêque surtout parce qu'il connais-
sait parfaitement la langue turque. La Sublime Porte
rétablit les privilèges et rendit les vases sacrés qui
avaient été dérobés pendant les massacres, mais
l'archevêque crut bon de les vendre afin de pouvoir
faire des cadeaux aux autorités, dans le but d'épar-
gner à ses ouailles de nouvelles persécutions. Lui et
son successeur Damascène ne restèrent pas longtemps
en charge, car ils durent donner leur démission. Pana-
rète (1827-1840) fit tous ses efforts pour obtenir la
diminution des impôts qui pesaient sur le peuple el
pour rétablir l'enseignement qui avait été supprimé en
1821. Macaire (1854-1865) travailla aussi activement
au relèvement intellectuel du pays. Sophrone (1865-
1900) vit son pays changer de maîtres en 1878.
6" La domination anglaise. — Les Anglais s'ins-
tallèrent à la place des Turcs à titre temporaire, mais
ce provisoire dure encore. Les Cypriotes manifestèrent
tout d'abord une grande joie, mais ils ne tardèrent pas
à maudire le nouveau régime, surtout parce qu'il
s'opposait à l'union de Chypre à la Grèce et s'appuyait
sur l'élément musulman contre les orthodoxes (Phran-
koudès, op. cit., 362-64). L'épiscopat entretint pendant
longtemps des relations cordiales avec l'Église angli-
cane, qui reçut avec de grands honneurs l'archevêque
Sophrone quand il se rendit en Angleterre. Ces rela-
tions se sont quelque peu refroidies depuis la révolte
de 1931, dont nous parlerons plus loin, car les appels
adressés à l'archevêque de Cantorbéry en faveur des
prélats coupables n'obtinrent aucun résultat. Les
anglicans se défendent de vouloir faire du prosély-
tisme, mais leur influence est quand même sensible,
surtout dans le domaine de l'enseignement théolo-
gique.
La mort de l'archevêque Sophrone (déc. 1900)
amena une crise très grave, qui jeta le trouble et la
discorde dans l'Église pendant une dizaine d'années.
Le métropolite de Paphos étant mort, il ne restait
plus que deux métropolites, Cyrille de Kitium et
Cyrille de Kérynia. Tous deux se présentaient comme
candidats au trône archiépiscopal, soutenus, le pre-
mier par les laïcs et les politiciens, le second, par le
clergé et l'Angleterre. L'assemblée qui devait faire
l'élection était composée de soixante membres dési-
gnés par les deux cents délégués du peuple et il y avait
grande chance qu'elle fût favorable au métropolite de
Kition. C'est ce qui arriva. Mais ce prélat, président du
saint synode, se brouilla avec ses collègues et donna
sa démission. Ses partisans crurent bon de faire appel
à l'arbitrage des patriarches orthodoxes. Ce fut le
début de tractations assez ténébreuses qui montrèrent
la faiblesse foncière de l'organisation ecclésiastique
orthodoxe. Le patriarche de Constantinople forma une
commission de trois membres, à savoir lui-même, son
collègue de Jérusalem et le représentant de celui
d'Alexandrie. Elle travailla pendant quatre mois
(10 déc. 1901-18 avr. 1902), mais ses propositions
furent rejetées par les Cypriotes. Entre temps, le
métropolite de Kitium était accusé d'être franc-
maçon et athée. Il s'ensuivit deux procès. Le tribunal
d'Ammokhostos (Famagouste) le déclara innocent,
mais le procès ecclésiastique traîna pendant sept ans.
Les trois patriarches nommèrent chacun un exarque
en Chypre pour régler la question 'sur place. Comme
leurs vues étaient divergentes, il y eut des négocia-
tions longues et parfois tortueuses qui n'avancèrent
pas les affaires. Finalement le patriarche de Cons-
tantinople, Joachim III, et son synode élurent arche-
vêque de Chypre Cyrille de Kérynia (19 févr. 1908).
Cette initiative suscita naturellement de vives pro-
testations, et l'élu lui-même refusa d'abord le péril-
leux honneur qu'on lui offrait; il finit cependant par
l'accepter (15 mars 1908). En Chypre les esprits étaient
très surexcités. Les Anglais mirent les scellés sur le
palais archiépiscopal de Nicosie et le firent garder
par la police, afin de prévenir les bagarres entre les
deux partis rivaux. Il y en eut cependant plusieurs
(fin mai 1908). Cyrille de Kérynia en appela à l'An-
gleterre qui lui avait tout d'abord été favorable. Le
805
CHY
PRE
806
gouvernement de Londres refusa de reconnaître son
élection et adopta même le projet établi par le parti
laïque, inspiré du reste par les exarques d'Alexandrie
et de Jérusalem. Le patriarche Pliotios n'hésita pas
devant un coup d'éclat. A son instigation, l'assemblée
électrice choisit Cyrille de Kition comme archevêque
de Chypre (10 avr. 1909) et l'Angleterre reconnut ofTi-
ciellement le nouvel élu (21 avr. 1909). La querelle ne
s'apaisa point pour autant. L'archevêque eut à subir
bien des avanies de la part du parti adverse, quand il
entreprit de faire la visite de l'île, et les bagarres se
renouvelèrent pendant un certain temps. L'agitation
ne se calma qu'au bout de deux ans. Dans cette
longue querelle le dernier mot était resté à l'Angle-
terre (E. Montmasson, La question de Chypre, dans
Échos d'Orient, xi, 1908, p. 93-101, 171-78, 287-95,
340-47; xii, 1909, p. 309-16; G. S. Phrankoudès,
'iaTopîa Toû âpxieTriaKOTTiKoO ZriTf)|iorros, 1900-1910,
Alexandrie, 1911).
A la suite de cette longue crise, la nécessité se fit
sentir d'une organisation ecclésiastique plus sérieuse.
Le saint synode fut complété par l'élection des métro-
polites de Kitium et de Paphos. Celui de Kitium fut
l'archimandrite Mélétios Métaxakis, ancien exarque
de Jérusalem dans l'île, qui devait occuper successive-
ment le siège archiépiscopal d'Athènes et les sièges
patriarcaux de Constantinople et d'Alexandrie. Le
saint synode se mit à l'œuvre pour rédiger les nou-
veaux statuts de l'Église. Le 21 mai 1914 était votée
la charte constitutive, en 138 articles, qui réglait les
questions d'ordre général. D'autres décrets parurent
dans la suite, pour les autres questions : le 23 févr.
1917, sur les commissions centrales de l'Église; le
2 mars 1917, sur l'administration des paroisses; le
30 mars 1917, sur les chorévêques; le 1" juin 1917,
sur le séminaire-école normale; le 1" juin 1917, sur
les tribunaux ecclésiastiques; le 27 mars 1918, sur la
caisse de retraite et de secours du clergé; le 27 mars
1918, sur les curés et les sacristains. Deux ques-
tions n'ont pas été résolues de façon satisfaisante par
ces divers décrets. Tout d'abord il y a celle du traite-
ment du clergé paroissial, à cause de l'insuffisance
des ressources de l'Église; ensuite celle de l'adminis-
tration des biens paroissiaux, parce que les laïcs,
et surtout les politiciens, ne veulent pas se conformer
aux règles du droit canonique.
Comme dans toutes les Églises orientales soumises
aux Turcs, le haut clergé avait une place prépondé-
rante, puisque les évêques et les patriarches étaient
chefs civils en même temps que chefs religieux. En
Chypre, l'épiscopat fut toujours à la tête du peuple
et il continua sous le régime anglais, tout en se heur-
tant parfois aux politiciens. Cette union se manifesta
surtout dans les démarches collectives faites pour
obtenir du gouvernement de Londres l'union de
Chypre à la Grèce. Nous avons dit plus haut que
l'Angleterre avait en vain offert l'île au roi Constan-
tin, en 1915, à la condition qu'il entrerait en guerre
contre les empires centraux. Une fois la victoire assu-
rée, l'Angleterre préféra garder cette île, dont l'im-
portance était nettement apparue pendant les hosti-
lités. Les Cypriotes ne cessèrent de revendiquer leur
union à la Grèce. En 1921, le saint synode s'adressa
à l'archevêque de Cantorbéry pour demander que le
clergé anglican élevât la voix dans ce but. Le 1" mai
1925, l'Angleterre proclamait Chypre colonie de la
Couronne. L'archevêque déclara solennellement que
cette décision était contraire aux vœux unanimes
du peuple cypriote, dont le seul désir était l'union à
la Grèce. En 1928, l'Angleterre donna des fêtes pour
célébrer le cinquantenaire de son occupation. Le
saint synode, les députés et le maire de Nicosie lan-
cèrent un manifeste, dans lequel ils demandaient que
l'injustice dont l'île était victime depuis cinquante ans
fût réparée par le seul acte qui donnât satisfaction au
peuple : l'union à la Grèce (6 mai 1928). Les ortho-
doxes ne prirent aucune part aux fêtes officielles. En
sept. 1929, une délégation conduite par le métropolite
de Kitium, Nicodème Mylonas, se rendit à Londres
pour exprimer le même désir, dans l'espoir que le
gouvernement travailliste de Macdonald serait plus
accueillant. Ce fut en pure perte.
Au mois d'oct. 1931 éclata la révolte ouverte. Le
métropolite de Kitium était à la tête du mouvement
et fut suivi par son collègue de Kérynia, Macaire. Il y
eut des scènes de violence et le palais du gouverneur
fut incendié par les émeutiers. Des troupes anglaises,
amenées d'Égypte, rétablirent rapidement l'ordre,
non saris quelque dureté. Les deux métropolites furent
déportés à Gibraltar et condamnés à l'exil perpétuel.
Celui de Paphos, qui revenait de Londres, ne fut pas
autorisé à débarquer et il n'en reçut la permission que
six mois plus tard. L'archevêque demanda en vain aux
autorités anglaises le retour des exilés, afin de pou-
voir réunir le saint synode. La situation se compliqua
encore davantage quand l'archevêque Cyrille mourut,
le 15 nov. 1933. Léonce, métropolite de Paphos,
devint administrateur de l'Église. Tous ses efforts
pour obtenir la rentrée des exilés, ne fût-ce que pour
faire élire le nouvel archevêque, échouèrent devant la
volonté de l'Angleterre, et les démarches des patriar-
ches de Constantinople et d'Alexandrie auprès de
l'épiscopat anglican n'obtinrent qu'une réponse cour-
toise. Allait-on voir se reproduire les événements de
1900-1909? Le patriarcat de Constantinople essaya de
proposer un candidat, qui fut écarté. Les deux métro-
polites exilés refusaient obstinément de donner leur
démission et les Églises de Constantinople, d'Athènes
et de Jérusalem s'épuisaient en combinaisons pour
mettre fin à cette situation anormale. L'Angleterre
finit par se montrer plus accommodante. L'élection
d'un nouvel archevêque put avoir lieu le 20 juin 1947.
7» Situation actuelle. — L'Église de Chypre com-
prend quatre divisions ecclésiastiques : l'archevêché,
qui englobe les districts de Khytri, Orini, Mesaoria,
Ammokhostos et Karpason, avec résidence du titu-
laire à Leucosie (Nicosie); la métropole de Kitium,
avec les districts de Larnaka, Limassol, Kilanion et
Épiskopi; la résidence est à Larnaka; la métropole de
Paphos, avec les districts de Paphos, Chrysokhou,
Kelokedara et Avdimon; la résidence est à Palaia
Paphos ou Ktema; enfin la métropole de Kérynia,
avec les districts de Kérynia, Morphou et Soli; la
résidence est à Kérynia. L'archevêque porte les titres
de Constantia, Néajustinianopolis et Chypre; le métro-
polite de Paphos ajoute à son titre celui d'exarque
d'Arsinoé et de Roman; le métropolite de Kitium,
ceux de président d'Amathonte, de la nouvelle ville
de Lémésos (Limassol) et de Gourion; enfin le métro-
polite de Kérynia, celui de président de Soli. Les titres
que les métropolites ajoutent au nom de leur siège
sont ceux d'anciens évêchés supprimés. Chacun des
quatre chefs de diocèses peut avoir un chorévêque,
sorte d'évêque auxiliaire que l'on emploie surtout
à la visite des paroisses rurales.
L'archevêque est élu par une assemblée qui com-
prend : les métropolites; les chorévêques; les higou-
mènes des monastères de Kykkos, de Machéras, de
S.-Néophyte-le-Reclus, de la Troodotissa, de la Chry-
sorrhoïtissa, de Stavrovounion et de S.-Pantéléimon;
deux clercs gradués de l'archevêché; deux de la ville
de Nicosie et 66 membres élus, dont 33 pour le dio-
cèse archiépiscopal et 30 pour les métropoles; de ces
66 élus le tiers est pris dans le clergé paroissial, les
autres sont des laïcs. Ces derniers ont donc la majorité
absolue. L'élection des métropolites ne peut pas avoir
807
CHY
PRE
808
lieu pendant la vacance du siège archiépiscopal. C'est
le chef de l'Église qui la préside. Sont électeurs ;
l'archevêque; les métropolites; les chorévêques; les
higoumènes de Kykkos, Machéras et S. -Néophyte;
deux clercs gradués de l'archevêché; les higoumènes
du diocèse; deux clercs gradués de la métropole et
36 membres élus, dont un tiers de desservants de
paroisse.
Comme dans tous les groupements orthodoxes,
c'est le saint synode qui a la direction générale de
l'Église. Il se compose des trois métropolites sous la
présidence de droit de l'archevêque. Les chorévêques
peuvent y être appelés à titre consultatif. Cependant,
quand le chef d'un diocèse est décédé, son chorévêque
paroissiens majeurs. Les ecclésiastiques se plaignent
en général des idées peu conformes aux traditions de
l'Église que ces membres laïques apportent souvent
dans leurs fonctions.
La situation économique de l'île s'est bien amélio-
rée depuis le régime anglais. Aussi l'archevêque
reçoit-il un traitement de 200 livres sterling par an,
les métropolites de 144. Toutefois le clergé paroissial
n'a pas encore un traitement suffisant, malgré les
efforts que l'on a faits pour l'améliorer. Comme ses
membres sont mariés, leurs charges augmentent d'au-
tant. Sa formation ecclésiastique laisse beaucoup à
désirer, surtout au point de vue intellectuel. En vue
d'y porter remède, le saint synode fonda en 1910 le
ARCHEVÊCHÉ DE CHYPRE
Fig. 109. — Carte ecclésiastique de l'île de Chypre.
siège avec voix délibérative. Le saint synode tient une
session par an, pendant le grand Carême; elle ne dure
pas moins de quinze jours. Il peut y avoir aussi des
sessions extraordinaires, quand l'archevêque le juge
nécessaire ou quand la demande en est faite par deux
métropolites. Le saint synode s'occupe de toutes les
questions d'intérêt général qui intéressent la foi, la
morale et la discipline. 11 est aussi le tribunal ecclé-
siastique suprême. Cependant un évêque condamné
par lui peut faire appel à un tribunal supérieur, com-
posé de ses pairs et d'un délégué de chacun des quatre
patriarches de Constantinople, Antioche, Alexandrie
et Jérusalem et de l'Église de Grèce.
Des commissions centrales veillent sur les intérêts
généraux de l'Église. Chaque diocèse possède des
commissions composées de huit membres (quatre
clercs choisis par le métropolite et quatre laïcs élus
par les commissions paroissiales). Elles s'occupent de
l'administration financière du diocèse et contrôlent
les comptes des paroisses. A leur tour celles-ci possè-
dent des commissions chargées de gérer leurs biens;
elles comptent de trois à cinq membres élus par les
TTctyKÛTTpiov iepoSiSacrKÔAeiov, sorte de séminaire-
école normale, dont le but était de former des curés de
campagne capables d'être maîtres d'école. On y ensei-
gnait, en plus des sciences ecclésiastiques et profanes
ordinaires, des éléments d'agriculture et de travail
manuel. Les études duraient cinq ans. Cet établisse-
ment a dû fermer ses portes en 1932 parce que les lois
d'État, aussi bien en Grèce qu'en Chypre, refusaient
le droit d'enseigner aux élèves qui en sortaient. Le
saint synode songe depuis lors à créer un véritable
séminaire, mais il n'y est pas encore parvenu Les
clercs qui ont des grades théologiques — - ils sont très
rares — les ont obtenus soit à Athènes, soit en Angle-
terre.
Au dire de l'archimandrite Kyprianos, l'Église de
Chypre aurait compté soixante-quinze monastères au
temps de sa prospérité. Ce nombre est certainement
exagéré. En tout cas, il ne reste plus à l'heure actuelle
que sept monastères en exercice; encore deux ou trois
d'entre eux ne comptent-ils qu'un nombre infime de
moines. Le plus ancien est celui de Kykkos, fondé vers
1090 par le moine Isaïe, avec l'appui de l'empereur
809
CHY
PRE
810
Alexis Comnèiie, qui lui donna une icône de la Vierge
Miséricordieuse ('EAeoOcra), œuvre de S. Luc, d'après
la tradition. Depuis 1930, ce monastère a causé bien
des ennuis à l'archevêque, par son indiscipline. Il
compte une trentaine de moines. Le monastère de
Machéras fut fondé pendant les premières années du
XIII* s. par le moine Nil. Celui de S.-Néophyte-le-
Reclus remonte à 1159 et doit son origine au saint
dont il porte le nom. Celui de la Chrysorrhoïtissa
remonterait au milieu du xii^ s. et celui de la Troodi-
tissa à 1220 environ. Celui de Stavrovounion reven-
dique une plus grande antiquité, puisqu'il aurait été
construit à l'endroit où l'impératrice Ste Hélène
aurait débarqué en 327. Le septième monastère est
celui de S.-Pantéléimon. Kykkos, Machéras et S.-Néo-
phyte-le-Reclus sont des monastères stavropégiaques,
c.-à-d. qu'ils dépendent directement de l'archevêque,
bien que tous ne soient pas situés dans son éparchic.
Ces sept couvents ne connaissent plus qu'une vie céno-
bitique fort mitigée et le nombre total des moines
n'atteint pas la centaine. Il n'y a plus de monastères
de femmes.
La population grecque orthodoxe de l'île ne cesse
d'augmenter. De 158 585 en 1891, le nombre des
fidèles est passé à 183 239 en 1901, à 213 500 en 1911,
à 249 342 en 1921 et à 284 863 en 1931. Elle vit sur-
tout dans les villages (environ 400), car les villes sont
peu nombreuses et peu importantes. On compte
659 églises ou chapelles desservies par environ
700 prêtres. L'enseignement primaire était donné du-
rant 1947 par 1 044 professeurs (723 instituteurs et
321 institutrices), dans 668 écoles populaires (187 de
garçons, 191 de filles et 290 écoles mixtes), avec
48 327 élèves. L'enseignement secondaire comptait
une dizaine d'établissements avec 8 893 élèves
(6 315 garçons et 2 578 filles). L'entretien de ces écoles
exige chaque année environ 450 000 livres sterling.
Les journaux ne manquent pas dans l'île, mais
l'Église n'a pas brillé jusqu'à présent par ses publi-
cations. En 1911, parut à Larnaka une revue ecclé-
siastique bimensuelle, Le Messager ecclésiastique
('EKKAriCTiotaTiKÔs KfjpuÇ), qui dénotait un notable
effort, sans avoir pour autant de valeur scientifique.
Son fondateur, Mélétios Métaxakis, la transféra aux
États-Unis. Elle a été remplacée en 1928 par L'Apôtre
Barnabe ('AttôotoAos Bàpvagas), qui tient plus du
bulletin paroissial que de la revue diocésaine.
8" Liste des archevêques grecs de Chypre. — Elle est
assez difficile à établir, à cause du manque de docu-
ments précis pour certaines époques et des créations
légendaires qui ont prétendu y suppléer. Elle sera
d'ailleurs étudiée plus complètement sous le titre de
CoNSTANTiA, mais nous pensons qu'il est utile de la
donner brièvement ici pour compléter les renseigne-
ments sur l'Église orthodoxe de Chypre : S. Barnabé,
45. — Héraclidès, fin ni» s. — Gélase, 325. — S. Épi-
phane I", 368-403. — Sabinus I", 404. — Troïlos,
vers 420. — Théodore, ?-431. — Rhéginus, 431. —
Olympius, 449, 451. — Sabinus II, 458. — Anthémius,
488. — Olympius, 495?. — Damianus, vi« s. — So-
phrone I«', vi» s. — Grégoire, fin du vi« s. — Arcadius,
fin du vi« s. — Sergius, vers 649. — Arcadius II, vers
670. — Épiphane II, 681. — Jean I", vers 690. —
Georges, 753. — Constantin, 787. — Basile, ix« s. —
Épiphane II, vers 870. — Nicolas Muzalon, 1110,
1147.— Jean II, 1152-1170?. — Barnabé.— Sophrone,
av. et ap. 1191. — Isaïe, 1205-1209. — Syméon ou Hi-
larion, vers 1218. — Néophyte, av. 1223. — Grégoire-
Germain, 1251?. — Germain I" Pesimandros, 1251,
1260. — Vacance de trois siècles due à la domination
latine. — Timothée, 1575-?. — Athanase, 1598-1600.
— Benjamin, 1602. — Christodoulos I", 1606-?. — Ti-
mothée, 1622-?. — Ignace, ?-1634. — - Christodoulos II,
1637, 1638. — Nicéphore, 1640-1671. — Hilarion Ki-
galas, 1674-79. — Jacques I", 1679-1689. — Ger-
main II, 1690-1705. — Jacques II, 1710. — Éphreni,
1715. — Silvestre, 1718-31. — Philothée, 1734-t 1759.
— Païsios, 1759-66. — Chrysanthe, 1767-t 1810. —
Cyprien, 1810-t 1821. — Joachim, 1821-24. — Damas-
cène, 1824-27. — Panarétos, 1827-t 1840. — Joan-
nice, 1840-t 1849. — Cyrille I", 1849-t 1854. — Ma-
caire I", 1854-t 1865. — Sophrone II, 1865-t 22 mai
1900. — Cyrille II, 10 avr. 1909-t fm 1916. — Cy-
rille III, fin 1916-t 15 nov. 1933. — Léonce, 20 juin-
26 juin. 1947. — Macaire II, 24 déc. 1947-t 28 juin
1950. — Macaire III, 20 oct. 1950.
II. ÉGLISE LATINE. — 1° Êpoque franque. — L'éta-
blissement de l'Église latine en Chypre semble avoir
commencé avec la chute du royaume de Jérusalem et
l'exode qui en fut la conséquence. Il y avait déjà des
prêtres et quelques chapelles avant que Guy de Lusi-
gnan en devînt roi, mais la hiérarchie n'était pas
organisée. On signale cependant un chapitre de cha-
noines à Nicosie (de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, m,
605-06). Amaury (1194-1205) voulut remédier à cette
situation à la fois pour contenir les grecs et pour
mieux assurer sa domination. Il s'en ouvrit au pape
Célestin III (1191-1198) qui, par une bulle du 20 févr.
1196, chargea l'archidiacre de Laodicée et Alain,
chancelier du roi et archidiacre de Lydda, de déter-
miner les détails concernant la hiérarchie (P. L., ccvi,
1147-48). L'île fut divisée en quatre diocèses formant
une province ecclésiastique. L'archevêché fut établi
à Nicosie et eut sous sa juridiction les évêchés grecs de
Leucosie (Nicosie), Trimithonte, Kitium, Lapithos,
Kérynia, Chytri, Soli et.Tamassos; le diocèse de
Paphos, ceux de Paphos et d'Arsinoé; celui de Limas-
sol*, ceux de Courium et d'Amathonte; enfin celui de
Famagouste (Ammokhostos), ceux de Salamine et de
Carpasion.
Alain fut élu premier archevêque en 1196 et confir-
mé par le pape. Le 13 déc. de cette même année,
Célestin III précisa ses droits et lui donna entre autres
celui de porter le pallium aux grandes fêtes litur-
giques. Thierry (1206-1211) eut à défendre l'indépen-
dance de son Église contre le patriarche de Constan-
tinople, Thomas Morosini, qui prétendait soumettre
Chypre à sa juridiction. Innocent III repoussa cette
demande, mais il ordonna à Thierry de venir à Rome
ou d'y envoyer des délégués pour régler le différend
(P. L., ccxv, 966; de Mas-Latrie, op. cit., ii, 35-36).
La nomination de Durand, en 1211, ne fut pas approu-
vée par Innocent III, parce que les chanoines avaient
déféré son choix à Hugues I«' (Potthast, Reg., i, 4350,
4646, 4649, 4650). A la place de Durand fut élu Albert,
patriarche de Jérusalem, qui vivait en Chypre
(Amadi, Chronique, 27; Florio Bustron, Chronique,
dans Sathas, Biblioth. Gracca Medii Aevi, ii, 482).
L'archevêque Eustorge de Montaigu (1217-1250) eut le
temps d'organiser sérieusement l'Église. De Mas-Latrie
dit de lui : « Il se montra sévère défenseur des droits
de l'Église contre les grands et les petits, les laïques
et les clercs, et en même temps administrateur géné-
reux et dévoué. Il régla avec la royauté et la noblesse
la question des dîmes et des anciennes terres ecclésias-
tiques; il favorisa le développement du clergé régu-
lier; il accrut les domaines de l'Église métropolitaine;
il augmenta le nombre de ses clercs et la splendeur du
culte; il construisit un archevêché et termina l'église
Ste-Sophie qu'Albert avait commencée » (Hist. des
archevêques de Chypre, 215). On possède plusieurs ins-
tructions que lui envoya Honorius III sur le gouverne-
ment de son Église (Pressutti, Regesta Honorii III
papae, i, Rome, 1895, n. 3750, 4783, 6737). Le zèle
d'Èustorge n'empêcha pas complètement les abus. En
mars 1248, le légat Eudes de Châteauroux lui repro-
811
CHY
PRE
812
chait de n'avoir pas appliqué les prescriptions du
concile de Latran (1215) relatives à l'instruction du
peuple. En conséquence il demandait l'ouverture
immédiate d'écoles pour les enfants et d'une école de
théologie à Nicosie, pour les clercs (Mansi, xxvi, 338).
Hugues de Fagiano (1250-1260), dont nous avons parlé
plus haut à propos de son attitude à l'égard des grecs,
se montra zélé pour maintenir la discipline du clergé
et défendre les droits de l'Église contre la noblesse; sa
conduite, peu compréhensive à l'égard des dissidents,
causa parfois bien des difficultés qu'il eût mieux valu
éviter. Gérard de Langres (1294-1302) fut un des
conseillers les plus dévoués de Philippe le Bel et ne
se rendit pas même en Chypre. C'est pourquoi Boni-
face "VIII le frappa de suspense en 1303. Le domini-
cain Jean del Conte (1312-1332) déploya le plus grand
zèle pour rétablir la discipline ecclésiastique, forte-
ment diminuée par la richesse et le luxe; il se fît
remarquer aussi par sa générosité inépuisable (de
Mas-Latrie, Hist. des archevêques de Chypre, 257, 262).
Citons encore le cardinal Élie de Nabinaux, que
Jean XXII nomma le 16 nov. 1332 et qui continua
les réformes de ses prédécesseurs, mais sans obtenir
les résultats qu'il espérait (Mansi, xxvi, 371).
A partir du xv^ s., l'Église de Chypre eut trop sou-
vent des archevêques commendataires qui ne rési-
daient pas dans l'île. Leur absence permettait aux
abus de prendre de l'ampleur. D'autres appartenaient
à la noblesse et se trouvaient mêlés aux affaires poli-
tiques, ce qui gênait parfois leur ministère sacré.
Maîtres de l'île, les Vénitiens eurent souvent des
démêlés avec la hiérarchie. L'archevêque Louis Pérez
Fabrice (1471) s'opposa résolument à leur politique
jugée par lui nuisible aux intérêts de l'Église et l'un
de ses successeurs, Benoît Soranzo (1481-1495), eut
à subir de leur part d'odieuses tracasseries. Jusqu'au
milieu du xvi« s., les archevêques furent élus par le
chapitre métropolitain et confirmés par le pape. Les
Vénitiens obtinrent de Pie IV (1559-1565) le droit de
patronage sur l'Église de Chypre. En conséquence
le sénat présentait quatre candidats au Souverain
pontife qui nommait celui qui lui agréait (Reinhard,
Vollstândige Geschichte des Konigreiches Cypern, ii,
1768, p. 126-27). Le seul choix fait de cette façon fut
très heureux. A la fin de 1559, Pie IV nomma Philippe
Mocenigo, qui travailla avec zèle au relèvement reli-
gieux de ses fidèles; il aida puissamment les Véni-
tiens à défendre l'île contre les Turcs et, quand elle
fut perdue (1571), il se retira à Rome et mourut en
1586.
Pour renforcer sa domination en Chypre, Guy de
Lusignan attribua aux chevaliers qui voulaient se
fixer dans l'île des fiefs pris sur les terres qui avaient
appartenu à l'Église grecque. Les évêques latins récla-
maient ces biens, quoiqu'ils eussent déjà à leur dispo-
sition ceux des évêchés grecs supprimés et des monas-
tères, ainsi que les dîmes que les nobles s'étaient enga-
gés à payer. En 1220, une convention établit la légi-
time possession des fiefs donnés par le roi et, en
contre-partie, les nobles promirent de nouveau d'ac-
quitter les dîmes. Trop souvent ces promesses res-
tèrent sans efiet et, pendant plus de cent ans, on
enregistrera encore maintes protestations des évêques
et des papes contre le manquement à la parole donnée.
Les archevêques Eustorge de Montaigu et Hugues de
Fagiano insistèrent particulièrement sur ce point et
Rome les soutint constamment. Après la prise de
S. -Jean d'Acre (1271), le roi Henri II préleva sur tous
les habitants du royaume une taxe exceptionnelle,
pour renforcer la défense de l'île que menaçaient les
succès des musulmans. Comme les ecclésiastiques
étaient particulièrement mis à contribution, l'arche-
vêque Jean d'Ancône, pourtant assez faible de carac-
tère, protesta avec énergie (de Mas-Latrie, Hist. des
archevêques de Chypre, 249). A partir de la seconde
moitié du xiv^ s., cette querelle des dîmes peu ou
point payées perdit de son acuité, surtout parce que
les archevêques résidaient rarement dans l'île.
Il serait injuste de croire que l'épiscopat cypriote
n'eût que des soucis d'intérêt matériel. Les Constitu-
tiones Ecclesiae Nicosiensis lui faisaient une obliga-
tion de tenir chaque année un ou deux synodes pour
examiner les moyens de maintenir et de renforcer la
discipline tant des clercs que des fidèles (Mansi,
xxvi, 311). Hugues de Fagiano y ajouta diverses
ordonnances relatives à l'obéissance et au respect que
les laïques doivent aux membres du clergé, à la
concurrence que les ordres religieux faisaient au
clergé séculier, à l'usure, qui s'était répandue en
Chypre « comme un chancre » {ibid., 318-22). Eudes
de Châteauroux, légat pontifical, laissa, après sa
visite de 1248, des décrets sur les écoles et les paroisses
(ibid., 337-42). En 1298, un synode promulgua des
canons disciplinaires sur l'administration des sacre-
ments, les dîmes, la sépulture ecclésiastique (ibid.,
347-56). Celui de 1313 prit des mesures pour remédier
à l'ignorance du clergé qui était alors profonde (ibid..
357). Les ordonnances de Jean del Conte se rapportent
surtout aux clercs qui négligent les devoirs de leur
charge, n'assistent pas aux offices, portent des vête-
ments laïques ou vivent comme des séculiers (1320)
(ibid., 363-65). Il serait trop long de signaler toutes
les décisions prises par les synodes. Elles dénotent
chez les évêques le souci constant de maintenir la
discipline en luttant contre les abus. Sans doute leurs
efforts n'étaient pas toujours couronnés de succès,
à cause de la dépravation du milieu et des mauvaises
habitudes prises, mais du moins les évêques se mon-
trèrent-ils fidèles à leur charge. Ce souci se manifesta
d'une façon particulière chez le dernier archevêque
résidentiel, Philippe Mocenigo. Dans un rapport au
sénat de Venise, Sagredo s'exprimait ainsi sur son
compte : « Le chant est réorganisé; les saints offices
sont célébrés convenablement à toutes les fêtes;
chaque jour il y a matines, une grand-messe, et, le
soir, vêpres et compiles... L'Église de Nicosie a été
mise sur un aussi bon pied que possible par le nouvel
archevêque et le service divin s'y fait régulièrement •>
(de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, ni, 542-45). Ce n'est
donc pas dans la décadence et l'anarchie que disparut
l'Église latine de Chypre, mais sous les coups des
Turcs. Les monuments splendides qu'elle a laissés
témoignent éloquemment du respect dont elle a
entouré le culte.
2° Les ordres religieux. — Les premiers religieux
latins qui s'établirent en Chypre vinrent probablement
de Jérusalem à la suite de Guy de Lusignan. Leur
nombre augmenta naturellement avec la perte de
S.-Jean-d'Acre (1291), qui entraîna l'évacuation com-
plète de la Palestine. On y rencontrait les ordres les
plus variés : augustins, bénédictins, carmes, char-
treux, cisterciens, franciscains, chanoines réguliers,
dominicains et prémontrés. C'est dans la capitale
qu'étaient surtout les couvents. Il y en avait cepen-
dant en dehors de Nicosie. C'est ainsi qu'on trouve
les augustins à Nicosie, Famagouste et Limassol ; les
carmes dans les trois mêmes villes et près du village
d'Apélémidia; les dominicains à Nicosie, Famagouste,
Limassol et Vavla; les franciscains à Nicosie, Fama-
gouste, Limassol et Paphos; les prémontrés à Nicosie, i
Paphos et près du village de Kazaphani (Ét. de Lusi- |
gnan, Chorograffia et brève historia universale deW isole '
de Cipro, Bologne, 1573, p. 32-33; archimandrite Ky-
prianos, 'IcjTopîa xpo^O'^oy^'H "^^S vt^ctou KÙTrpou,
êpocviCTÔEîCTa ÉK Siaçopcûv ioTopiKwv Kai ovvTeôeîCTa
âTT^T^ çpàaEi, Venise, 1788, p. 87-88).
813
CHY
PRE
814
Les carmes vinrent les premiers, au dire d'Ét. de
Lusignan, ce qui leur valut la préséance sur les autres
religieux. Leur monastère principal était à Nicosie et
dédié à N.-D. du Mont-Carmel; il existait encore à la
fin du XV* s. (Amadi, Chronique, 248). Avec leurs
quatre couvents, les dominicains exercèrent une
grande influence, qu'ils durent en partie à l'appui que
leur donnait la cour et aux ressources considérables
dont ils disposaient. Ils furent introduits à Nicosie
en 1226, bâtirent une belle église en l'honneur des
SS. Pierre et Paul et un monastère splendide que les
Vénitiens durent démolir en 1567, parce qu'il gênait
leurs travaux de fortification. L'église servit souvent
de lieu de sépulture pour la famille royale et la
noblesse. A la fin du xv« s., leur situation financière
était devenue très mauvaise, parce que la reine Char-
lotte n'avait pas pu rendre les sommes importantes
qu'ils lui avaient bénévolement prêtées pour défendre
ses droits contre son frère naturel Jacques. De quatre-
vingts le nombre de leurs religieux était tombé à dix
(Ét. de Lusignan, Chorograffia..., 15; Félix Fabri, Eva-
gatorium in Terram sanctam, m, 235). Les franciscains
font remonter leur première apparition en Chypre à
S. François, qui y aurait abordé en se rendant en
Égypte. Eux-mêmes s'y établirent en 1226. Leur cou-
vent de Nicosie possédait une hôtellerie pour héberger
les pèlerins et leur église abrita également des tombes
royales. Il y avait à Nicosie un monastère de francis-
caines sous le vocable de Ste-Claire et un autre en
dehors de la ville, à La Cava (Ét. de Lusignan, Cho-
rograffia..., 19, 61). Les cisterciens n'avaient qu'un
seul monastère, qui est connu sous différents noms,
Ste-Marie-de-Beaulieu, N.-D. des-Champs, S.-Jean-de-
Montfort, à cause des reliques de ce saint qu'il possé-
dait (de Mas-Latrie, Hist. de Chypre, m, 651). Quand
les cisterciens se retirèrent, le couvent fut donné aux
franciscains de l'observance, sous Jacques II (Ét. de
Lusignan, Chorograffia..., 33). Les cisterciennes possé-
daient deux couvents au xiii* s., celui de Ste-Marie-
Madeleine et un autre dont le nom est resté inconnu
(de Mas-Latrie, Documents nouveaux servant de preuve
à /'/lis/, de l'île de Chypre, 343-44). Les bénédictins
étaient établis à Nicosie et dans les environs. On leur
connaît au moins trois monastères : Ste-Marie de
Dragonaria, S.-Jean-l'Évangéliste de Bibi, que les
grecs eurent plus tard, et celui de Stavrovounion, qui
avait appartenu à ces derniers et qui leur revint; il
était situé à l'endroit où, d'après la tradition, Ste Hé-
lène avait bâti une église en 327 (de Mas-Latrie, Docu-
ments nouveaux..., 355-56; Hist. de Chypre, ni, 294,
n. 504). Les bénédictines possédaient deux monas-
tères, l'un qu'Amadi (Chronique, 276) appelle N.-D.-
de-Sur, et celui de Ste-Anne, que les Vénitiens démo-
lirent en 1567 pour fortifier la ville de Nicosie. Les
prémontrés avaient des couvents à Nicosie et à Paphos,
mais le plus célèbre se trouvait au sud-est de Kérynia,
près du village de Kazaphani et s'appelait abbaye de
la Paix (De Lapaiis) ou de Bella Paese, ou encore
Abbaye Blanche, à cause de la couleur de l'habit des
religieux. C'était un des plus beaux monuments de
l'art gothique en Chypre et ses ruines grandioses pro-
duisent encore une profonde impression sur le visiteur
(Ét. de Lusignan, Chorograffia..., 54; de Mas-Latrie,
Hist. de Chypre, m, 513). Les grecs lui ont conservé
son nom et l'appellent AeXhaTralGW. Les prémontrés
exercèrent pendant longtemps une grande influence
à cause de leur ferveur et de leur zèle apostolique, ce
qui leur permit de lutter parfois contre les arche-
vêques dont ils ne voulaient pas reconnaître l'autorité.
Malheureusement, ils tombèrent dans une grande
décadence et leurs mœurs étaient des plus fâcheuses
vers le milieu du xvi« s. (de Mas-Latrie, Hist. de
Chypre, ni, 543, 633).
Chypre posséda tout naturellement des ordres mili-
taires, parce qu'elle était un boulevard important de
la chrétienté contre l'Islam. Nous avons vu que les
Templiers furent les premiers à la posséder après la
victoire de Richard Cœur de Lion. Ils y renoncèrent
bien vite, après la sanglante journée de Nicosie. Ils
eurent cependant des maisons à Limassol et à Paphos
et ils se montrèrent en général hostiles aux Lusignans.
Quand leur ordre fut dissous en 1312, ils étaient
cent dix-huit en Chypre et ils subirent le même sort
que leurs frères de France: un bon nombre d'entre
eux moururent en prison (Amadi, Chronique 261, 286).
Leurs biens furent dévolus aux hospitaliers de S. -Jean,
qui possédaient des couvents à Limassol et à Nicosie.
Ils eurent ainsi une cinquantaine de villages et de
fiefs. Leur grand commandeur s'établit à Colossi,
dont les vins dits de la Grande Commanderie étaient
renommés. Ils jouèrent un rôle important dans l'his-
toire du royaume de Chypre et furent souvent favo-
risés par les princes. On trouvait encore à Limassol et
à Nicosie des hospitaliers dits de S.-Thomas-Becket
et des chevaliers teutoniques à Limassol (de Mas-
Latrie, Hist. de Chypre, ii, 81-82, 213). Plusieurs de
ces derniers moururent en odeur de sainteté et sont
encore vénérés par les grecs.
Les ordres religieux fournirent aux quatre diocèses
de Chypre près d'une quarantaine d'archevêques et
d'évêques; ces prélats furent parmi les plus soucieux
de maintenir et de renforcer la discipline. D'une façon
générale tous les religieux cypriotes exercèrent une
action bienfaisante pendant plus de deux siècles, mais
le relâchement s'introduisit parmi eux avec le temps.
Le tableau qu'en trace, en 1485, le P. Fabri n'a rien
de flatteur (Evagatorium..., in, 235-42). Il parle du
clergé séculier en termes encore plus accentués.
D'après lui, la décadence venait en grande partie du
fait que les archevêques ou les visiteurs apostoliques
ne se montraient plus et que le clergé latin avait ten-
dance à imiter le clergé grec, alors fort relâché.
3° Après la conquête turque. — La prise de Nicosie
et de Famagouste par les Turcs mit fin à la domina-
tion latine (1571). Les vainqueurs, irrités de la longue
résistance des chrétiens, se livrèrent à une violente
persécution contre les vaincus. Leurs églises furent
converties en mosquées ou en magasins, la plupart
des prêtres et des religieux massacrés ou emmenés en
captivité; quelques-uns seulement purent s'enfuir
dans les montagnes; deux évêques périrent dans ce
désastre, Contarini de Paphos et Séraphin, O. P., de
Limassol (Ét. de Lusignan, Hist. générale des roîaumes
de Hiérusalem, Cypre, Arménie et lieux circonvoisins,
Paris, 1613, p. 16, 20, 90). Au dire de cet auteur, il ne
resta plus aucun Latin dans l'île. Les Grecs, qui
avaient à venger plusieurs siècles d'oppression,
aidèrent plus d'une fois les Turcs dans leur sinistre
besogne.
Cependant les franciscains revinrent bientôt, puis-
qu'on les retrouve déjà à Larnaca en 1572. Là, ils
desservaient l'église S. -Lazare pour les rares mar-
chands occidentaux établis dans l'île et pour les pèle-
rins de passage. En 1593, ils construisirent un cou-
vent et une église. Leurs ressources provenaient des
dons des marchands et des aumônes que leur laissaient
les pèlerins. Nicosie possédait, à la fin du xvi» s., une
chapelle desservie par un prêtre séculier objet des
soins de ses rares fidèles. L'observantin Jean-Baptiste
de Todi, qui avait relevé l'église de l'ancien hospice
des franciscains dans cette ville, dut la céder à la
custodie de Terre sainte, qui la réclamait pour y éta-
blir un collège où ses religieux devaient apprendre le
grec (1667). Les observantins s'établirent près de là,
I mais leur apostolat cessa bientôt. Il avait cependant
I été très fructueux, puisqu'ils avaient ramené à l'unité
815
C H Y
PRE
81(j
des dissidents maronites et arméniens, converti des
nmsulmans et fondé une école.
Les catholiques latins dépendaient du vicariat
patriarcal apostolique de Constantinople. Ils en furent
détachés en 1762 pour former, avec la Syrie et la
Palestine, le vicariat apostolique d'Alep. En 1848, fut
rétabli le patriarcat de Jérusalem, avec juridiction sur
la Palestine et Chypre. Jusqu'alors les franciscains
avaient seuls assuré le service religieux. Mgr Valerga,
premier patriarche, réorganisa l'apostolat dans l'île,
y envoya des missionnaires et des religieuses; des
écoles furent ouvertes. Les sœurs de S.-Joseph-de-
l'Apparition arrivèrent à Larnaca le 2 déc. 1844 et,
dès le mois de janvier suivant, elles ouvrirent une
école; elles organisèrent un hôpital en 1853 et, plus
lard, encore un dispensaire {Êmilie de Vialar, fonda-
trice de la congrégation des sœurs de S. -Josepti-de-l' Ap-
parition, Marseille, 1901, p. 382-87). Hlles s'établirent
à Nicosie en 1877, où elles ouvrirent une école, puis à
Limassol en 1884; elles y ont une école et un dispen-
saire. Il y a trois paroisses proprement dites : Nicosie,
avec l'église de Ste-Croix et une école paroissiale;
Larnaca, avec deux églises, celle de S.- loseph en ville
et une autre près du port, ainsi qu'une école parois-
siale. Famagouste possède une petite église catho-
lique. Les fidèles de rite latin étaient au nombre de
1 010 en 1928. Les Anglais montrent beaucoup de
déférence au clergé catholique, au grand mécontente-
ment des grecs.
4° Les maronites. — Pendant la domination latine,
les maronites étaient nombreux en Chypre et for-
maient la communauté la plus importante après les
grecs, au dire d'Ét. de Lusignan (Cliorografjîa, 34). Les
premiers étaient peut-être venus dès le viii« s., mais
la plupart arrivèrent à la suite de Guy de Lusignan,
qui leur accorda flefs et privilèges. Ils avaient une
soixantaine de villages en 1224. Leur nombre fut
encore renforcé par une nouvelle immigration au
XV* s., quand les Vénitiens se rendirent maîtres de
l'île. On ne saurait cependant exagérer leur nombre,
comme l'ont fait Cyrilli (800 000) (Les maronites de
Chypre, dans Terre sainte, xvi, 1899, p. 69) et Hackett
(180 000) (History of t1\e ortfiodox Church of Cyprus,
Londres, 1901, p. 528). Leur catholicisme était sujet
à caution. Eugène IV envoya en Chypre André de
Colosses pour les ramener à la véritable orthodoxie,
car ils étaient retombés dans leur monothélisme origi-
nel. Le légat pontifical décida l'évêque Élie à l'accom-
pagner à Rome, où l'union fut rétablie par une pro-
fession de foi solennelle d'ÉIie et un décret pontifical
(7 août 1445) (Mansi, xxxii, 1755-58).
La domination turque fut fatale aux maronites. Ils
n'avaient plus que 33 villages en 1572, 19 en 1596. Clé-
ment VIII (1592-1605) chargea le P. Dandini, S. J.,
d'aller les visiter. Il résulte du rapport de ce religieux
qu'ils avaient ordinairement un évêque dans le monas-
tère de Dali, près de Carpasion, que leur situation
était misérable, parce que Turcs et Grecs s'acharnaient
à les ruiner. Beaucoup cherchèrent alors refuge en
Syrie et d'autres apostasièrent. Le P. Dandini
demanda qu'on leur envoyât un évêque et les objets
nécessaires pour le culte. En 1598, le patriarche
consacra évêque de Chypre Moïse Anaissi d'Acura,
qui se fixa à Nicosie. En 1662, le duc de Savoie assura
aux évêques maronites de l'île une pension annuelle
de 200 écus d'or. En 1636, l'observantin Jean-Bap-
tiste de Todi s'occupa de ramener à la foi catholique
les maronites qui étaient retombés une fois de plus
dans leurs anciennes erreurs. Il y réussit et fit du
hameau de Marghi, où il bâtit une église, le centre de
son apostolat (Orbis Serapfiicus, i, Quaracchi, 1886,
p. 637). La décadence allait en s'accentuant, puisqu'il
n'y avait plus que dix paroisses à la fin du xvii« s. A
partir de cette époque, et pendant un siècle et demi,
aucun évêque maronite ne mit les pieds en Chypre.
Les titulaires résidaient au Liban et le synode de
1736 leur attribua un territoire de ce pays pour leur
donner des ouailles (Collectio Lacensis, ii, 1876, p. 454).
Les fidèles de Chypre étaient presque complètement
abandonnés à eux-mêmes, sauf que les prêtres latins
prenaient parfois soin d'eux, chose qui déplaisait aux
Turcs. Ces pauvres gens étaient en butte aux persé-
cutions des grecs et un certain nombre préférèrent se
faire musulmans plutôt que d'adopter l'orthodoxie
byzantine. Le chef de la communauté était le proto-
pope de Cormatiki (de Mas-Latrie, Hist. de Ctiypre,
I, 111). En 1845, le jjatriarche obtint que les maro-
nites de Chypre fussent organisés en Église indépen-
dante des grecs et rattachés à l'évêché de ce nom
dont le titulaire résidait au Mont-Liban. En 1848, cet
évêque visita son troupeau cypriote pour la première
fois. Depuis lors les visites se sont renouvelées au
moins tous les dix ans.
Les maronites de Chypre étaient 1 131 au recense-
ment de 1891, 1 620 en 1928; ils habitent principale-
ment la région de Kérynia et parlent le dialecte grec
de l'île. Ils possèdent quatre monastères à peu près
vides : S.-Élie près de Ste-jNIarina, Ste-Marie de Ni-
cosie, Ste-Marie de Marghi, près de Myrtou, et S. -Ro-
main à Vouna (Hackett, op. cit., 528). Les grecs con-
tinuent à les détester et leur reprochent de soutenir
la politique anglaise dans l'île.
5" Les autres confessions. — L'île de Chypre fut
naturellement considérée comme un refuge par les
populations chrétiennes de la Syrie et des pays voi-
sins tombés sous le joug musulman. Elles aflluèrent
après la perte des principautés franques et du royaupie
de Jérusalem. Guy de Lusignan leur accorda la liberté
de pratiquer leur religion dans plusieurs localités de
l'île. Au dire de Florio Bustron et d'Étienne de Lusi-
gnan, ces chrétiens orientaux étaient arméniens,
maronites, coptes, jacobites, nestoriens, abyssins et
géorgiens. Ils avaient leurs prêtres et en général un
évêque envoyé par leur patriarche respectif. Bien
qu'ils ne fussent pas rigoureusement astreints aux
mêmes règles que les grecs en ce qui concernait leur
obéissance au clergé latin, cependant l'Église catho-
lique ne les négligeait pas; elle s'efforçait au contraire
de les ramener à l'union. On a des lettres d'Hono-
rius III, d'Urbain IV et de Jean XXII enjoignant aux
prélats catholiques de travailler à leur conversion (de
Mas-Latrie, Hist. de Cfiypre, m, 618-19, 655-57; Ray-
naldi, innalcs, ann. 1326, n. 28-29; v, 330-31). Cer-
tains archevêques, comme Élie de Nabinaux (1338),
s'occupèrent activement de cet apostolat. Leur zèle
était souvent mal récompensé, car ces dissidents per-
sécutaient parfois leurs prêtres qui se soumettaient à
l'autorité du S.-Siège. Après le concile de Florence,
on amena la plupart d'entre eux à l'union, mais ils
le firent sans convicton et ils retombèrent dans leurs
erreurs. En somme, pendant toute la domination
latine, ces dissidents se montrèrent généralement
rebelles à tout rapprochement avec les catholiques
latins, contre qui leur animosité ne cessa point.
Les syriens jacobites étaient depuis longtemps éta-
blis en Chypre quand les latins y vinrent eux-mêmes.
D'après une bulle d'Honorius III du 20 janv. 1222, ils
y avaient un évèché (de Mas-Latrie, Hist. de Cliypre, i
m, 616-17). Au point de vue civil, ils avaient à leur |
tète un reis, sorte de magistrat responsable devant
les autorités latines. Ét. de Lusignan dit qu'ils recou-
raient à l'évêque copte quand ils n'en avaient pas de
leur rite (Hist. générale..., p. 74). Le Quien (ii, 1421-22)
donne une liste de huit évêques jacobites qui auraient
exercé leur ministère dans l'île, depuis la fin du vii« s.
jusque après la conquête turque. Les coptes, ou chré-
817
C H Y
PRE
818
tiens d'Égypte, obéissaient au patriarche du Caire.
Au dire de Lusignan, ils se montrèrent les hérétiques
les plus obstinés et les plus opiniâtres de l'île. Ils
avaient, près du village arménien de Platani, un
monastère dédié à S.-Macaire, dont les moines étaient
très attachés à toutes les prescriptions du mona-
chisme oriental (Ét. de Lusignan, Chorografpa, 34).
Comme les syriens, les arméniens étaient venus en
Chypre longtemps avant les latins. Leur nombre
augmenta sensiblement quand la Petite Arménie eut
été conquise par le sultan d'Égypte (1322). Hugues II
leur donna des secours importants. Ils avaient à
Nicosie un évêque envoyé par le catholicos de Sis;
il exista aussi à Famagouste un évéché qui ne dura
pas longtemps (Ét. de Lusignan, Hist. générale...,
72; Chorografjia, 34). Les arméniens disparurent peu
à peu, soit qu'ils se soient faits musulmans, soit qu'ils
soient allés chercher fortune ailleurs. Ils n'étaient
plus que 269 en 1891. Les violentes persécutions des
Turcs pendant la guerre de 1914-1918 ont renforcé ce
nombre, puisqu'ils étaient 2 540 en 1928. Les géor-
giens, très peu nombreux, possédaient un petit monas-
tère près d'Alamino, dans le district de Mazoto (Ét.
de Lusignan, Hist. générale, 75). Les grecs les assimi-
lèrent facilement, puisqu'ils avaient la même foi et
le même rite. Les abyssins, établis à Nicosie, avaient
à leur tête un évêque envoyé par leur métropolite.
Au dire de Lusignan (Hisl. générale, 74), ils recevaient
le baptême « au front avec un fer chaud » et prati-
quaient la circoncision. Les nestoriens ou assyro-
chaldéens étaient confinés à Nicosie et à Famagouste.
Dans cette dernière ville, ils formaient l'aristocratie
fmancière vers le milieu du xiv s. Ils obéissaient à
l'archevêque de Tarsous, en Cilicie, soumis lui-même
au catholicos de Mésopotamie. Le légat pontifical,
André de Colosses, emmena avec lui à Rome cet
archevêque, après le concile de Florence. Le prélat
signa le décret d'union en même temps que les maro-
nites (7 août 1445). Cependant cette union ne dura
pas, puisque Nicolas V se plaignait dans une lettre
à l'archevêque de Nicosie de ce que les chaldéens
étaient retombés dans leurs erreurs (1450) (Raynaldi,
op. cit., ann. 1450, n. 14; ix, 554-55).
A ces dissidents il faut ajouter la secte assez curieuse
des linobambaci (de deux mots grecs signifiant « lin »
et « coton », sans doute pour railler leur double
croyance). Ils descendent des maronites persécutés
par les Turcs, parce que les grecs les accusaient de
vouloir rétablir la domination vénitienne. Plutôt que
de subir les vexations auxquelles ils étaient exposés de
ce fait, un grand nombre adhérèrent ofTiciellement à
l'islamisme, tout en conservant une bonne partie de
leurs anciennes croyances, comme le baptême et la
confirmation conférés après la circoncision. Ils sont
probablement plusieurs milliers dans la région de
Nicosie. Ils ont voulu profiter de la liberté apportée par
la domination anglaise i)our revenir à la foi chrétienne.
Ils rencontrèrent un apôtre admirable dans la per-
sonne du P. Célestin de Nunzio de Casalnuovo, fran-
ciscain de Terre sainte. Dix villages lui demandèrent
ofTiciellement de fonder des écoles au milieu d'eux. Le
clergé grec fit tout pour empêcher cette œuvre et ne
recula même pas devant les violences. Beaucoup se
découragèrent, mais il resta un petit groupe fidèle.
En dehors des dissidents orientaux, Chypre comp-
tait, en 1928, 250 anglicans, 110 presbytériens et
90 protestants, presque tous de race anglaise. Les
Juifs n'étaient alors que 40. Ils avaient été nom-
breux et riches pendant la domination latine, puisque
les Génois imposèrent une contribution de 100 000 du-
cats à ceux de Famagouste, qui étaient au nombre de
2 000 d'après Lusignan. Le recensement de 1891 en
comptait 127. Un commencement d'émigration s'était
dessiné au début du xx« s., encouragé peut-être parles
autorités anglaises qui cherchent des adversaires
capables de lutter contre les grecs. Ceux-ci protes-
tèrent bruyamment, mais ce ne sont probablement
pas leurs campagnes de presse qui arrêtèrent le mou-
vement. Les musulmans étaient 64 224 en 1931. Leur
accroissement est relativement moins rapide que
celui des grecs, Quelques milliers d'entre eux ont
quitté le pays après le traité de Lausanne (1923), qui
leur permettait de choisir entre la nationalité turque
et la nationalité anglaise. A part 1 500 qui sont d'ori-
gine arabe, .'i peu près tous descendent des habitants
du pays, grecs, maronites, arméniens ou syriens, qui
ont embrassé l'islamisme. Ils parlent le turc, mais
aussi le grec de l'île. Ils sont naturellement opposés à
la politique de leurs compatriotes grecs qui réclament
l'union de Chypre à la Grèce, car ils savent bien qu'ils
n'auraient plus la même liberté si cette union se réa-
lisait.
II existe de nombreux' travaux (ouvrages, articles de
revues, etc.) sur l'île de Chypre, puisque Cl. D. Cobham en
a recensé environ 700 au début du xx« s. Après avoir donné
les listes bibliographiques les plus importantes, nous indi-
querons les ouvrages d'ensemble et les principales chro-
niques (consacrées uniquement à la période médiévale),
puis les travaux concernant l'histoire de l'Église, tant
latine ((ue grecque, et enfin ceux qui regardent l'architec-
ture et l'art religieux. Cette bibliograpliie se borne natu-
rellement aux ouvrages qui ont trait à la matière de cet
article.
On trouvera une bibliograpliie générale, plus ou moins
développée, dans la Bibliogr. de l'Orient latin, publiée par
les Archives de l'Orient latin, i, Paris, 1881. — La biblio-
graphie de 1891 à 1912 a paru dans Bihliotheca geographica,
i-xix, Berlin, 1895-1917. — Claude Délavai Cobham, An
atlempt ai a bibliography oj Ci/priis, 4« éd., Nicosie, 1900.
— .J. Hackett, A hist. of Ihe orlhodox Church of Cypriis,
Londres, 1901, p. xv-xvni. — Art. Kùirpoç, dans MEyécAr)
èAATiviKr) èyKUKAoTTaiBeia, xv, Athènes, 1931, p. 471-73.
— Reinhard, \'ollstândige Geschichte der Konigsreiches
Cypern, Hrlangen, 1766, p. i-xx. — Sakellarios, Tà Kutt-
pioxéc, I, Athènes, 18.'j5, p. iê'-K5'. — Sathas, Uibliotheca
Graeca Medii Aevi, u, Venise, 1872, p. E'-TTKy'. — Sir Ronald
Storres, A chronology of Cyprus, Nicosie, 1930.
Les ouvrages d'ensemble les plus importants à consulter
sont : Cl. D. Cobham, A handbook of Cyprus, Londres,
1900. — Engel, Kypros, 3 vol., Berlin, 1841. — Archi-
mandrite Kyprianos, "laropia xP°*'°^°y"^^ "^^^ vt|CTOu
KÙTTpou, ÉpavKTÔEîcja ÈK 5ia<p6pcov laTopiKcov Kai ouuTESeïaa
àTTXfj <ppàaEi, Venise, 1788; Nicosie, 1902. — Art. Kvjirpo;,
dans MEyàXri êXAr|ViKfi èyKuxAoTTai5EÎa, xv, Athènes, 1931,
p. 405-73. — Max Ohnefalsch-Richter, Kypros, 2 vol.,
Berlin, 1892. — Oberhummer, Die Iiisel Cypern, Munich,
1903; art. Kypros, dans Pauly-Wissowa, xii, 1, p. 59-117. —
Sakellarios, Tà KuTTpioKà, Athènes, 1855 sq. — Sassenay,
Chypre. Hist. et géogr., Paris, 1878. — Art. Cypros, dans
Smith, Dict. of Greek and Roman geography, Londres, 1872,
p. 729-31. — Sir Ronal Storres, A chronology oj Cyprus,
Nicosie, 1930.
Les deux principaux auteurs à consulter sur le Moyen Age
sont le P. Étienne de Lusignan et le comte L. de Mas-
Latrie. — Étienne de Lusignan, Chorografjia et brève histo-
ria universale dell' isole de Cipro, Bologne, 1573; Descrip-
tion de toute l'île de Chypre, Paris, 1580; Hist. générale
des roïaumes de Hiérusalem, Cypre, Arménie et lieux circon-
voisins, Paris, 1613; Chronique et briève hist. générale de
l'île et du roïaume de Cypre depuis l'an CXLII après le dé-
luge universel, iusques à l'an de Notre-Sauveur Jésus-Christ
MDLXXII, Paris, 161.'). — L. de Mas-Latrie, Hist. de Vile
de Chypre sous le règne des princes de la maison de Lusignan,
3 vol., Paris, 1861-1865; L'île de Chypre, sa situation pré-
sente et ses souvenirs du Moyen Age, Paris, 1879; Documents
nouveaux servant de preuves à l'hist. de l'île de Chypre sous le
règne des princes de la maison de Lusignan, dans Collections
de documents inédits sur l'histoire de France. Mélanges his-
toriques, IV, Paris, 1882, p. 337-620; Nouvelles preuves de
l'hist. de Chypre, dans Biblioth. de l'École des chartes, 1872,
p. 341-78; Un chapitre à supprimer dans V « Oriens chris-
tianus », dans Comptes rendus de l'Acad. des inscr. et belles-
lettres, XXIV, 1896, p. 251-61; Hist. des archevêques latins
819
CHYPRE — CIANTES
820
de Chypre, dans Archiues de l'Orient lalin, ii, Paris, 1884,
p. 207-328. — A. Palmieri, art. Chypre (Église de), dans
D. T. C, n, 2424-2472.
Les chroniques les plus utiles à consulter sont : le XpoviKÔv
KvTTpou de Léonce Machéras, publié par Sathas, Bibliolh.
Graeca Medii Aevi, ii, p. 45-408, puis par Miller et Sathas,
Paris, 1882. — Le XpoviKov Kù-rrpou de Florio Bustron, éd.
par Sathas, Bibliolh. Graeca Medii Aeni, ii, 413-542, puis
par L. de Mas-Latrie, sous le nom de Chronique de Chypre,
dans Mélanges historiques, v, Paris, 1886. — Les deux Chro-
niques d'Amadi et de Strambaldi publiées par René de Mas-
Latrie, Paris, 1891-1893. — Philippe de Navarre et Gérard
de Monréal, Les Gestes des Chiprois, éd. Renaud, Soc. de
l'Orient latin, Genève, 1887. — Bérard, Cypris, Clironique
de l'île de Chypre au Moyen Age, Paris, 1902.
Sur les Lusignans, en dehors de Mas-Latrie, on consultera
Du Cange, Les familles d'oulre-mer, éd. Rey, Paris, 1869. —
Farcinet, Les rois de Jérusalem et de Chypre de la maison de
Lusignan, Fontenay-le-Comte, 1900. — Herquet, Cyprische
Kônigsgestalten des Hauses Lusignan, Halle, 1891. —
D. .Jauna, Ilist. générale des roïaumes de Chypre, de Jérusa-
lem, d'Arménie et d'Êgypte, 2 vol., Leyde, 1747. — Lore-
dano. Historié de' rè Lusignani, Venise, 1653. — Pascal,
Hist. de la maison de Lusignan, Paris, 1896.
On complétera les nombreux renseignements que
donnent le P. Étienne de Lusignan et le comte L. de Mas-
Latrie sur les Églises latine et grecque par les ouvrages
suivants : J. Bryennios, MeAéTTi iTEpi tt\^ tcôv Kuirpicou tTpos
Trju 6p9o56Çov 'EKxAriaiav n£A£Tri6eîariç èvcoctecos. Tà EÛpe-
OÉvTa, II, Leipzig, 1768, p. 1-25. — Delicanis, Tà Èv toïs
Kco5iÇi Toû TTorrpiapxiKOÛ àpxaioçuXaKiou CTCojôtiEva êtriaripia
ÈKKXriaiaCTTiKà Ëyypaça xà àçopcôv tq siç ràç axÉceis toû
oIkouijevikoù TTaTpiapxEiou Trpos tos ÈKKAriaïaç 'AAeÇavSpElas,
'AvTioxeiotç, 'lEpoaoAvjycùv Kai Kuirpou (documents concernant
Chypre de 1575 à 1863), Constantinople, 1904, p. 546-635.
— Duckworth, Church oj Cypriis, Londres, 1900. — Ph.
Georgiou, 'EiSriaEiç itrropiKai TTEpi Tfjs EKKAriaïaç ttî? Kùirpou,
Athènes, 1875. — .1. Hackett, A hist. of the orlhodox
Church oj Cyprus from the coming of the apostles Paul and
Barnabas to the commencement o/ the British occupation,
Londres, 1901 (principal ouvrage à consulter pour l'histoire
de l'Église grecque, et même latine, écrit par l'aumônier
anglican des troupes d'occupation). — Éphrem, patriarche
de .Jérusalem, 'H irEpiypaçTi Tfjç CTEgoauiaç novfjç Tfiç Kùkkou,
Venise, 1751 ; Tuttikti 616x0^15 cl)S EÛpiTai Tris Kaxà ti^v vr|aoû
KÙTTpou CTEgaa^ias Kal paaiAiKfis MovfÎ5 Tfiç ÙTTEpayias Seotokou
MaxaipàSoç ËTriAEyoïJÉvris, Venise, 1756. — Karnapas, 'AvéK-
5oTa KUTTpiaKà Ëyypaça toû I H 'aicôvoç, Ammokhostos, 1904.
-— Kepiadès, 'ÀTronvripoveùiaaTa tùv Kaxà t6 1821 év TÎj
vriCTCo TpayiKcôv ctktivcôv, Alexandrie, 1888. — Miklosich,
Acta et diplomala monasteriorum et ecclesiaruni Orientis,
II, Vienne, 1887, p. 392-432. — Oberhummer, Aus Cypern :
Taqeburhblàtter und Stndien, dans Zeilschr. der Gesellschaft
fur Erdkunde, Berlin, 1890, p. 183-240; 1892, p. 420-86
(églises et monastères); Der Berg des hl. Kreuzes auf Cypern,
Ausland, 1892, p. 364-66, 380-83, 394-97, 407-10. —
.J. d'Orcel, Paphos, ses monastères et la féte de Vénus, dans
Rev. britannique, v, 1874, p. 5-31. — Païsios, 'EyxEipiSiov
TOTToypacpiaç Kai laTOpiaç Tfiç vfiaou Kûirpou, Varosia, 1887.
— A. Palmieri, De monasteriis ac sodalibus ordinis eremi-
tarum S. Augustini in insula Cypri, dans Anal, august.,
T, 1905, p. 118-24. — Papadaki, "H laovf) Tris riEAAaiTaîSoç év
KÛTTpco, dans "EoTTEpcç, 1882, p. 290 sq.; "H novf) toû KitIou,
ibid., 1884, p. 17. — Riccardo, Constitutio Cypria Alexan-
dri papae 111 Graece... Latineque reddita ac notis illustrala,
Rome, 1636; P. G., cxl, 1527-66. — Sathas, Vie des saints
allemands de Chypre, Gènes, 1884. — Seesselberg, Dos Prà-
monstratenser-Kloster Delapais auf der Insel Cypern, Berlin,
1901. — Le Quien, u, 1037-.56; m, 1201-16.
On y ajoutera utilement les renseignements fournis par
les récits de pèlerinages en Terre sainte : Cotovici, Itinera-
rium hierosolymitanum et syriacum, Anvers, 1619, p. 95-
113. — Dandini, Missione apostolica al palriarca e maroniti
del Monte Libano, e sua pellegrinazione a Gierusaleme.
Cesena, 1656, p. 16-30. — Fel. Fabri, Evagatorium in
Terram sanctam, Arabiae et Egypti peregrinaliones, dans
Bibliothek des Literarischen Vereins, 3 vol., Stuttgart,
1843-49, III, 217-48. — Liber peregrinationis fratris Ja-
cobi de Verona, éd. Rôhricht, dans Reu. de l'Orient latin,
III, 1895, p. 176-80. — Nicolai de Marthono, Liber peregri-
nationis ad loca sancta, ibid., 627-38.
Les monuments laissés par la domination franque ont
occupé bien des auteurs. Les principaux sont, en dehors
de ceux que nous avons déjà indiqués à propos d'autres
sujets : Ch. Diehl, Les monuments de l'Orient latin, dans
Rev. de l'Orient latin, iv, 1897, p. 290-310. — Enlart, L'art
gothique champenois dans l'île de Chypre, dans Rev. de
Champagne et de Brie, 1898, p. 12-27; L'art gothique et la
Renaissance en Chypre, 2 vol., Paris, 1899; L'abbaye de
Lapais en Chypre, dans L'ami des monuments et des arts,
1898, p. 221-34; Les monuments français de l'île de Chypre,
église métropolitaine de .Ste-Sophie à Nicosie, ibid., 1898,
p. 259-78. — Chr. Papadopoulos, riEpiypaçfi tiovcôv tivôîv
Tfiç vfiaou Kùirpou heto tcôv év aûraiç x^'P°yp°i]>'Jv, dans
ScoTTip, XIII, Athènes, 1891, p. 316-17, 319-20; xiv, 342-
49, 376-81. — Smirnov, Khristianskiia mozaiki Kipra, dans
Vizantiisky Vremennik, i, 1894, p. 601-12.
R. Janin.
CHYTRI (KOepoi, KûOpos, XùOpoi), évêché de
l'île de Chypre, dépendant de Salamine. C'est une
ville très ancienne, qui figure déjà sur les listes assy-
riennes sous le nom de Kilrusi. Il y avait là un temple
célèbre d'Aphrodite. On y a découvert des antiquités
mycéniennes, une nécropole et de nombreuses ins-
criptions. C'est aujourd'hui la bourgade de Kytrea,
dans une vallée fertile à 30 km. environ au nord-est
de Nicosie. Il y eut là un évêché, au moins depuis la
fin du 111'= s., et qui disparut en 1222, supprimé par
les autorités latines de l'île.
On ne lui connaît que trois évêques grecs : Pappus,'
que la tradition dit avoir gouverné son Église pen-
dant cinquante-huit ans et qui fut emprisonné pour
la foi, soit sous làcinius ou Maximien, soit peut-être
sous Constance, car la Vie de S. Épiphane qui rap-
porte le fait n'en donne point la date ( Vita S. Epi-
phanii, 24; P. G., xli, 65-D-69 B). — Photinus se fit
remplacer au concile de Chalcédoine par son diacre
Denys (451) (Mansi, vi, 577 C, 941 D; vu, 160 D). —
Syméon assista au II« concile de Nicée (787) (Mansi,
xii, 995 C; XIII, 144 A, 388 B).
Le titre de Chytri a été conféré au moins cinq fois
dans l'Église romaine : Mathurin le Lyonnais, 1471-
t 5 mai 1488, auxiliaire à Ridon (?). — Auguste de
Feraldi, O. F. M., 1676. — Patrice Lambert, O. F. M.,
avr. 1806-t 1818, vicaire apostolique de Terre-Neuve.
^ Jean Niezindt, O. P., 20 sept. 1842-t 12 janv. 1860,
vicaire apostolique de Curaçao. — Auguste Fortineau,
St. Sp., 17 juin. 1914-7, vicaire apostolique de Diego-
Suarez.
Smith, Dict. of Greek and Honian yeography, 1, 614.
Oberhummer, dans Paiily-Wissowa, m, 2530-32.
Le Quien, 11, 1067-70. — Ann. pont., 1916, p. 390.
R. Janin.
CIACCONIO. Voir Chacon (Alonso).
1. CIANTES (GiusEPPE Maria). Dominicain,
d'une famille espagnole établie à Rome, il prit l'habit
avec son frère Ignace, au couvent de la Minerve (1602).
Sa parfaite connaissance de l'hébreu amena Ur-
bain Vin à lui confier, en 1626, l'offlce apostolique
d' « ecclésiaste » ou prédicateur des Israélites à Rome.
Il conserva cette charge jusqu'au 4 mars 1640, date à
laquelle il fut nommé au siège de Marsico. Le nouvel
évêque veilla avec un soin jaloux à l'application des
canons disciplinaires du concile de Trente, fonda un
séminaire et édifia une église cathédrale. S'étant démis
en 1656, il se fixa à Rome, où il s'adonna à l'apostolat
parmi les Juifs, publiant, en 1657, une traduction hé-
braïque des trois premiers livres de la Somme contre
les gentils de S. Thomas. Ciantes mourut en 1670 et fut
enseveli en l'église dominicaine de Ste-Sabine.
G. Bartolocci, Biblioteca rabbinica, 11, Rome, 1678, p. 860.
— V. T. C, II, 2472. — V. Fontana, Sacrum theatrum domi-
nicanum, Rome, 1666, p. 227-28. — C. I. Imbonati, Biblio-
theca latino-hebraica, Rome, 1694, p. 135. — Quétit-Échard,
II, 634. — A. Zucchi, Roma donienicana, i, Florence, 1938,
p. 119.
M.-H. Laurent.
821
C 1 A N T E S
— CIARAN DE SAIGHIR
822
2. CIANTES (Ignazio), évèque de Sant'Angelo
dei Lombardi. Dominicain, né à Rome, en 1594, de Ho-
race Ciantes et de Lucrèce de Citara, il prit l'habit au
couvent de la Minerve, où il fit ses études et enseigna.
Maître en théologie en 1629, supérieur de la province
dominicaine de Naples, il tut choisi comme commis-
saire général des Fouilles, de la Calabre et de la Sicile,
afin de rétablir l'observance régulière dans ces ré-
gions. Assistant du maître général Nicolas Ridolfi, il fit
preuve d'une fermeté que tempérait une profonde com-
préhension des caractères. Le 17 déc. 1646, Innocent X
le nomma évêque de Sant'Angelo dei Lombardi, en
Campanie. Ciantes demeura à la tête de cette Église jus-
qu'en 1661, date à laquelle une santé mal assurée
l'obligea à offrir sa démission au S. -Siège. Il se retira à |
Rome et c'est dans cette ville qu'il mourut en 1667. j
Son corps repose dans l'église dominicaine de Ste-Sa- '
bine, sur l'Aventin. Ciantes est l'auteur de quelques
opuscules dont Quétif-Échard ont dressé la liste. Il pu-
blia de même à Naples, en 1654, un Caeremoniale ordi-
nis Praedicatorum.
J.-J. Berthier, L'église de Ste-Sabine ù Rome, Rome, 1910,
p. 470-71. — V. Fontana, Sacrum theatrum dominicanum, 1
Rome, 1666, p. 284-85. — Quétif-Échard, ii, 620-21. — [
Ughelli, VI, 835. _ :
M. -H. Laurent.
1. CIARAN DE CLUAIN-MOCCU-NOIS,
saint irlandais, figure au nombre des « Douze apôtres !
de l'Irlande », dont il est l'un des plus illustres fonda-
teurs monastiques. Il naquit entre 510 et 520, d'un ar-
tisan originaire du comté de .Midhe qui avait émigré en
Connacht et y avait acquis terres et richesses : de là le
nom de Mac an tSair (" fils du charpentier ») sous lequel
Ciaràn fut connu.
Ciarân reçut sa première éducation à l'école de S. {
Enda d'.\ran et compléta sa formation religieuse sous ;
la direction de S. Finnian, à la célèbre école monas- '
tique de Cluain-Iraird. Parmi ceux qui y furent ses
compagnons d'étude, il en est qui devinrent des saints
et des missionnaires fameux : Colum Cille, fondateur
d' lona en Écosse ; Brendan, fondateur de Cluainfearta ;
Finnian de Mag-Bile, et d'autres.
La gloire de Ciarân reste spécialement attachée au
grand monastère de Ciuain-moccu-Nôis, qu'avec un
groupe de huit compagnons il fonda entre 544 et 548,
sur la rive gauche du Sionann, à environ 10 km. d'Ath
Luain. De l'abondant matériel biographique rassemblé
autour de la figure de Ciarân, se dégage le portrait bien
clair et distinct d'un original et très saint personnage,
épris tout à la fois d'un ascétisme rigide et néanmoins l
intelligent, et de cet amour de l'étude qui, uni à un vi- j
goureux besoin de vie apostolique, devait devenir une 1
caractéristique essentielle du monachisme irlandais. j
Cluain-moccu-Nôis, la grande fondation de Ciarân, ;
devint, après .\rd-Macha, la plus importante église mo- ,
nastique d'Irlande. Mais Ciarân lui-même ne survécut !
pas longtemps à cette fondation. Il mourut en 549, en- <
core jeune. Du moins son oeuvre prospéra-t-elle pen- î
dant des siècles : Cluain-moccu-Nôis se signala comme
un centre brillant de science et de culture. C'est dans
son scriplorium que furent compilés ou exécutés quel-
ques-uns des ouvrages ou manuscrits irlandais les plus
célèbres : les Annales de Tigernach, Annales de Cluain-
moccu-Nôis, etles îameux codices Lebor na hUidre et !
Rawlinson B. 502, ce dernier actuellement à la biblio-
thèque Bodléienne d'Oxford. Quelques poèmes et une
règle métrique ont été attribués à Ciarân lui-même.
La puissante influence exercée par la fondation de
Ciarân peut se déduire de certaines légendes plutôt fan-
taisistes et d'une date postérieure à sa mort. Sa Vita
gaélique nous raconte que les saints d'Irlande furent à
ce point jaloux de Ciarân, en raison de l'éminence de
ses mérites, qu'ils supplièrent le Seigneur du ciel de
bien vouloir abréger ses jours. Son propre condisciple,
Colum Cille, aurait même dit : « Béni soit le Dieu qui a
pris Ciarân, car, s'il avait atteint la vieillesse, il n'eût
pas laissé en Irlande de place pour deux chevaux de
trait qui ne lui eussent pas appartenu. » La Vita gaé-
lique de Colum Cille, par Manus O'Domhnaill, nous fait
entendre un tout autre son de cloche : Colum Cille au-
rait promis à Ciarân, en récompense de la peine qu'il
avait prise à recopier un ms., que la moitié des églises
d'Irlande porteraient son nom.
B. H. t., 4654-56. — A. S., sept., ni, ,373. — Triadis
lhaiimaturgae acta, éd. J. Colgan, Louvain, 1647, p. 457-58.
— Vilae sanct. Hiberniae, éd. C. Plummer, i, Oxford, 1910,
p. 200-16. — .John Ryan, Irish monasticism : origins and
early denelopmenl, Dublin, 1931, p. 1 19-21 . — J. F. Kenney,
The xotirces for Ihe early history oj Ireland, New- York, 1929,
p. 305, 376-80, etc. — R. A. S. Mac .\lister, The latin and
irish lives of Ciarân, Londres, 1921. — James .1. Me Namee,
The chronology of ihe life of SI Ciaràn of Clonmacnoise, dans
Ardagh and Clonmacnoise antiquarian journal, ii, 1945,
n. 10. — P. Grosjean, Élégie de S. Ciaràn de Cluain-moccu-
Nôis, dans A. Boll., lxix, 1951, p. 102-06.
F. O' Briain.
2. CIARAN DE SAIGHIR, saint irlandais et
évêque de Saighir, appartint, lui aussi, au groupe des
« Douze apôtres de l'Irlande ». Il est patron du peuple
et du dioc. des Osraighe. Il fonda une église monas-
tique à Saighir-Ciarâin, à environ 6 km. de la ville ac-
tuelle de Biorra en Ui Failghe. Sa personnalité est beau-
coup plus vague et mystérieuse que celle de son homo-
nyme de Cluain-moccu-Nôis. On ne possède même au-
cune certitude sur la date exacte de son activité. Il
existe une tradition tenace qui le fait contemporain
d'Ailbe, d'Ibor et de Declan, précurseurs de S. Patrice
qui auraient entamé l'évangélisation de l'Irlande avant
la venue du grand apôtre.
Ciarân est dépeint par sa légende comme une sorte
de Jean-Baptiste occidental, vêtu de peaux de bêtes et
vivant, le plus frugalement du monde, de fruits sau-
vages. Il fonda sa première église monastique dans la
solitude d'une forêt et ses premiers moines furent des
animaux : Frère Sanglier, Frère Renard, Frère Blai-
reau, Frère Daim, tous quatre le servant dans l'obéis-
sance et l'humilité. Les Vitae de S. Ciarân de Saighir
— tant latines qu'irlandaises — inaugurent un genre
spécial dans la littérature hagiographique. Elles intro-
duisent de délicieuses et fantastiques histoires d'ani-
maux comportant une leçon morale ou ascétique. Le
« Loup de Gubbio » de S. François d'Assise est sobre-
ment calqué sur l'un des pensionnaires de la ménagerie
spirituelle de Ciarân. Lorsque Fr. Renard, dans un mo-
ment de faiblesse et poussé par la faim, déroba les san-
dales de l'abbé pour les manger, Fr. Blaireau fut dé-
pêché vers lui pour l'amener à résipiscence. Lorsqu'il
revint. Renard dut faire pénitence par un jeûne de
trois jours.
Le monastère de Ciarân devint fameux après le vi« s.
C'est à partir de cette époque que la légende de Ciarân
fut amplifiée pour rehausser le prestige de son monas-
tère et appuyer ses titres à l'antiquité. Il est certain,
toutefois, que ses Vitae remontent à un original d'une
haute ancienneté; sa plus vieille Vie fut composée par
un moine de Saighir : elle possède des traits intéres-
sants et originaux. S. Ciarân de Saighir est un spécimen
de l'abbé revêtu de la dignité épiscopale, et il marque
une évolution importante dans le développement de
l'Église irlandaise.
B. H. L., 4657-59. — A. S., mars, i, 390-99. — Vitae
sanct. Hiberniae, éd. C. Plummer, i, Oxford, 1910, p. 217-33.
— Bethada Nâem nErenn, i, éd. C. Plummer, Oxford, 1922,
103-24; II, 99-120. — J. F. Kenney, The sources for the
early history of Ireland, New-York, 1929, p. 305-17. — •
•John Ryan, Irish monasticism, Dublin, 1931, p. 118 sq.,
823 CIASCA — CIBO 824
Cl ASC A (Augustin), théologien de l'ordre de S.-
Augustin, cardinal (1835-1902). Voir/). T. C, ii, 2^72-
73.
CIBALAE ou Cibalis, ville de Pannonie, peut-
être dotée d'un évêché. Située à égale distance entre la
Drave et la Save, sur la route de Mursa à Sirmium, elle
avait une certaine importance. C'est dans ses environs
que Constantin remporta sa première victoire contre
Licinius (8 oct. 314). Cibalae est la patrie de Gratien.
On l'a identifiée de façon certaine avec Vinkovice. On
peut admettre qu'elle posséda un évêché, mais la
preuve ne saurait en être faite. Sans doute, le martyro-
loge romain, à la suite du martyrologe hiéronymien,
indique au 28 avr. un S. Eusèbe, évêque de Cibalis,
qui aurait été martyrisé vers 270 (A. S., avr., m, 572),
et Gams l'a inséré dans ses listes épiscopales (i, 428),
mais J. Zeiller {L'évanyélisation des provinces danu-
biennes, Paris, 1918, p. 48-49) a fait la preuve que
c'était là une confusion du martyrologe hiéronymien
avec S. Eusèbe, prêtre de Nicomédie, fêté le même
jour. La ville eut au moins un martyr sous Dioclétien
et Maximien, S. PoUion, lecteur de l'église {B. H. L.,
n. 6869; A. S., avr., m, 572-73).
Smith, Dict. o/ Greek and Roman geoc/rapliy, i, 614. —
Patsch, dans Pauly-Wissowa, m, 25.34-.35.
R. Janin.
CIBALIANA, Ci/buliuna, Cijbalina, Cibiliana,
CAbcidiuna, Gubalianu, KigaAivr), évêché de Byzacène,
connu par le concile de l'automne 256 et par la confé-
rence contradictoire de 411; un Donalus a Cibalianu,
ccTTO KugaAiavfjs, donne son avis le 55<= sur le baptême
des hérétiques, en rattachant l'unité de ce sacrement à
l'unité de l'Église (Opéra S. Cypriani, Senlentiae epis-
coporum, 55, éd. Hartel, p. 454; 54, P. L., m, 1095-96;
cf. aussi S. Augustin, De bapl. conlra donal., VII, xix;
éd. Barreau, xxviii, 328; P. L., xliii, 232). C'est un
donatiste nommé Cresconius que nous voyons occuper
ce siège en 411, sans compétition catholique ( Gestu coll.
Carth., I. 208; P. L., xi, 1346; Mansi, iv, 159 B). Cette
constatation incite à chercher l'emplacement de cet
évêché plutôt en bordure de la Numidie que, comme le
propose Tissot (Géogr., ii, 781, note 3), sur le bord de
la côte. Toulotte et Mesnage ont songé à l'identifier
avec Henchir Goubeul, où se voient les ruines d'une
chapelle de 12 m. sur 10, et probablement d'une grande
basilique (Cagnal, Explorations en Tunisie, fasc. 3,
p. 55-56).
Morcelli, i, clxxviii, p. 138. — No(. dign., ii, annot.,
p. 655. — Gams, 465. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés
de l'Afr. sept., dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 86
(met cet évêché en Proconsulaire); Trésor de chronologie,
Paris, 1889, p. 1868. — iMgr Toulotte, Géogr. de l'Afr.
chrét., Byzacène, Montreuil-sur-Mer, 1894, xxxv, p. 79. —
Thes. ling. lat., Ononiasticon, ii, 428, au mot Cibaliana. —
P. Mesnage, L'Afr. chrél., Paris, 1912, p. 190.
J. Perron.
1 . CIBO (Alderano). Fils de Charles Cibo-Malas-
pina, prince de Massa et Carrara, et de Brigitte Spinola,
Alderano naquit le 16 juill. 1613. Prélat domestique
sous Llrbain VIII et majordome sous Innocent X, il
fut créé par ce dernier cardinal de Ste-Pudentienne
(6 mars 1645). Légat à Urbino (1646), puis à Ravenue
(1648) et enfin à P'errare (1659), il fut nommé évêque
de lesi, le 24 avr. 1()56, et veilla à l'organisation du sé-
minaire diocésain. Secrétaire d'État durant le pontifi-
cat d'Innocent .\1 (1676-89), Cibo fut mêlé, par le fait
de sa charge, à la plupart des événements de son épo-
que. Instigateur de la nomination de Pier Matteo Pe-
trucci au siège de lesi, Cibo sera présent, le 1 7 déc.1687,
à l'abjuration que cet évêque dut prononcer en pré-
sence du pape, en raison de ses attaches au molinisme
naissant. Cardinal-évêque d'Ostie et doyen du Sacré
Collège (10 nov. 1687), il veilla à la restauration des
églises de cet évêché suburbicaire. Décédé à Rome le
22 juin. 1 700, il fut enseveli dans la chapelle qu'il avait
fait construire par Carlo Fontana dans l'église de Ste-
I Marie-du-Peuple.
L. Cardella, Mcmorie storiche de' cardinali d. S. R. Chiesa,
VII, Rome, 1793, p. 64-67. — F. De Bojani, Innocent XI, sa
correspondance avec ses nonces, 1676-79, Rome, 1910. — • R.
Mori, // carteggio del card. A. Cibo pressa la sezione d'arch.
di stalo di Massa, dans Archiv. stor. ilaliano, cvii, 1949, p.91-
93. — L. Mussi, Il card. Alderano dei principi Cibo-Mala-
spina. Massa, 1913. — L. Mussi, Alcune memorie di conclaoi
1 del sec. XVII, .Assise, 1915.
M. -H. Laurent.
2. CIBO (Camillo). Fils d'Albéric III, duc de
Massa et Carrara, naquit le 25 avr. 1681. Clerc de la
Chambre apostolique, puis auditeur de ladite Chambre,
il renonça, à la mort de son père (1715), à ses droits sur
le duché de Massa, en faveur de son frère Alderano III.
Patriarche de Constantinople en 1718 et majordome de
Benoît XIII (1725), il fut créé cardinal de S. Stefano
au Celius le 23 mars 1729. Tempérament batailleur, il
ne craignit pas de soutenir des procès retentissants afin
de défendre ses privilèges. Il mourut à Rome le 12 (13)
janv. 1743.
L. Cardella, Memorie storiche de' cardinali délia S. R.
Chiesa, viii, Rome, 1795, p. 239-40.
M. -H. Laurent.
CIBO (Giovanni Battista). Voir Innocent VIII.
' 3. CIBO (Giovanni Battista). Fils de Frances-
j chetto et de Madeleine de Médicis, il était, par son père,
fils naturel d'Innocent VIII, petit-fils de ce pontife, et
par sa mère, fille de Laurent le Magnifique, neveu de
Léon X. II naquit à Rome le 6 mai 1505. Agé de vingt-
cinq ans, il succéda, le 19 janv. 1530, sur le siège épis-
copal de Marseille à son frère Innocent que Léon X
I avait créé cardinal en 1513. Les lettres de placet du roi
; de France ne lui furent adressées que le 7 oct. 1531, et
I l'annexe du Parlement, le 24 juin suivant. Un an après
(28 juin 1532), Cibo prit possession de son siège par
! procuration, déléguant à cet effet un chanoine de Pe-
: saro : Annibale Collemucio. Il devait toutefois tarder
à se faire sacrer, car une lettre de Paul III, du 22 avr.
1536, l'autorise à recevoir la consécration épiscopale
des mains du prélat qu'il voudrait se choisir. Rien ne
1 permet d'affirmer que notre évêque se soit rendu à
Marseille lorsque Clément VII y vint, en 1533, pour y
célébrer le mariage de sa nièce Catherine de Médicis
avec Henri d'Orléans, second fils de François I". En
1540 (29 oct.), Cibo, qui s'était rendu à Paris, y prêta
hommage au roi de France pour la baronnie d'Aubagne
et autres biens féodaux de son évêché. En 1547, s'il
faut en croire de Ruffi, il aurait été désigné par le clergé
de la province d'Arles pour féliciter Henri II de son
avènement au trône. Cibo mourut en son château de
Signes, le 15 mars 1550.
.I.-H. Albanés, Armoriai et sigillographie des évéques de
Marseille, Marseille, 1884, p. 135-36. — L. Barthélémy,
Ilist. d'Aubagne, chef-lieu de baronnie, i, Marseille, 1889,
p. 206-08. — A. de RufTi, Hisl. de Marseille, 2' éd., ii, Mar-
seille, 1696, p. 35. - Gall. christ, nov., Marseille, 539-45.
— L. Staffetti, // libre di ricordi délia famiglia Cybo, dans
i Atti délia Società ligure di sloria patria, xxxviii, 1910,
p. 355-57. — G. Viani, Memorie délia famiglia Cgbo e délie
monete di Alassa Lunigiana, Pise, 1808, p. 85.
M. -H. Laurent.
! 4. CIBO (Innocenzo). Fils de Franceschetto et de
Madeleine de Médicis, il naquit à Florence le 25 août
1491. Protonotaire apostolique, il fut créé par Léon X,
son oncle, cardinal des SS.-Côme-et-Damien, le 23 sept.
1513. Administrateur des évêchés de St. .\ndrews(1513),
de Turin (1516), de Marseille (1517-30), d'.\leria (1518-
20), de Mariana (1531), de Tropea (1538) et de Mes-
sine (1538-50), il fut créé archevêque de Gênes le
825
CIBO —
CIBYRA
826
1 1 mars 1520, siège qu'il conserva jusqu'à sa mort. Sous
le pontificat de Clément VII, il se vit confier les léga-
tions de Bologne et des Roniagnes (1524-35). Grâce à
son action, un grand nombre de villes qui auraient dé-
siré se détacher de l'autorité pontificale, à l'occasion du
sac de Rome, lui restèrent soumises. Le 24 févr. 1530,
Cibo prit part au couronnement de Charles-Quint. En-
voyé à Florence en 1532, durant l'absence d'Alexandre
de Médicis, il en profita pour prendre en main le gou-
vernement de la cité, gouvernement qu'il conserva pra-
tiquement jusqu'à l'avènement de Cosme I" (1537).
Lors du conclave qui élut Jules III (7 févr. 1550), il
tenta, mais en vain, de se faire élire au pontificat su-
prême. Cibo mourut peu après le 13 (14) avr. 1550 et
fut enseveli à Ste-Marie-sur-Minerve.
Eubel, m, 1.5. — Gall. christ, nov., Marseille, 529-39. —
L. Stalfetti, Il card. Lorenzo Cibo, Florence, 1894 ; // libro
dei ricordi délia jamiglia Cybo, dans Atli délia Società ligure
di storia patria, xxxviii, 1910, p. 20, .350-55. — G. Viani,
Memorie délia jamiglia Cgbo e délie monete di Massa di
Limigiana, Pise, 1808, p. 83-85.
M. -H. Laurent.
5. C I BO (Lorenzo). Fils de Maurice et neveu, par
son père, d'Innocent VIII, il était protonotaire apos-
tolique quand, le 5 déc. 1485, il fut nommé au siège de
Bénévent. En juill. 1486, il fut envoyé à Todi en qua-
lité de commissaire pour mettre fin aux désordres qui
avaient éclaté dans cette ville des États pontificaux. Le
26 juin 1487, il succéda à Barthélémy de la Rovere
comme châtelain du château S. -Ange. Il conserva cette
charge jusqu'au 9 mars 1489, date où il fut promu au
titre cardinalice de Ste-Suzanne. Cardinal du titre de
S. -Marc en 1491, cardinal-évêque d'Albano en 1501,
puis de Préneste en 1503, il s'opposa, lors du conclave
de 1492, à l'élection d'Alexandre VI. Il participa dans
la suite à l'élection de Pie III et de Jules II. Cibo mou-
rut à Rome le 21 déc. 1503. Il fut enterré à Ste-Marie-
du-Peuple, d'où sa tombe, transformée en autel, fut
transportée, en 1683, en l'église de S. Cosimato.
L. Cardella, Memorie sloriche de' cardinali délia S. R.
Chiesa, ni, 229-31. — Eubel, n, 20. — P. Pagliucchi, /
castellani del casiel S. Angelo di Roma, i-2, Rome, 1909,
p. 37-39. — L. Slafletti, // libro di ricordi délia jamiglia
Cybo, dans Atti délia Società ligure di storia patria, xxxviii,
1910, p. 6, 252-55.
M. -H. Laurent.
6. CIBO (Nicolas), archevêque d'Arles. Connu
aussi de ses contemporains sous le nom de Nicolas Bu-
zardo (Sanuto, op. infra cil., ii, 175), Nicolas Cibo était,
par sa mère, neveu d'Innocent VIII. Il fut nommé par
ce pontife au siège métropolitain de Cosenza le 19 oct.
1485 (Eubel, d'après les fiches de Garanipi), ou peut-
être en mai 148G (Albanès). Quatre ans après, il fut
transféré à celui d'Arles (24 avr. 1489) dont il prit pos-
session par procureur le 15 oct. suivant. Gouverneur de
Pérouse dès 1487, Cibo ne semble pas s'être rendu en
Provence et régit son archidiocèse par l'intermédiaire
d'un vicaire général. C'est durant son épiscopat que le
chapitre d'Arles, qui s'était sécularisé, se donna de nou-
veaux statuts (copie : Arles, bibl. mun., ms. 147).
Lorsqu'en mai 1492 Bajazet II olTrit à Innocent VIII
une lance que l'on croyait avoir servi durant la cruci-
fixion pour ouvrir le côté du Christ, Cibo fut envoyé
par le pape à Ancône, avec Luca Borsiano, évêque de
Foligno, pour y chercher la relique. Ils la transportè-
rent jusqu'à Narni, dans un vase de cristal orné d'or.
Deux ans après, Bajazet II écrira (8 sept. 1494) à
Alexandre VI pour lui recommander notre archevêque
et demander pour lui un chapeau de cardinal. Nicolas
Cibo mourut à Rome dans le courant du mois de juill.
1499.
J. Burchard, Diarium siue Rerum urbanarum commentarii,
éd. L. Thuasne, m, Paris, 1885, p. 510 (index). — Ciava-
rini, Cronache anconitane, Ancône, 1870, p. 204. — Eubel,
H, 93, 142. — Gall. christ, nov., Arles, 881-84, 1299, 1391-93.
— M. Sanuto, I Diarii, éd. F. Stefani, Venise, 1879, i, 86;
IT, 175, 1017-18. — L. Vhuasne, Djem-Sultan, fils de Moham-
med II (1459-1495), l'aris, 1892, p. 298. — J.-M. Trichaud,
Hist. de la Ste Église if Arles, iv, Paris, 18.54. p. 64-82. —
Ughelli, IX, 256-57.
M. -H. Laurent.
C I BOT (Pierre-Martial), jésuite missionnaire en
Chine, né à Limoges le 26 août 1727, mort à Pékin le
8 août 1780. Entré au noviciat de la province d'Aqui-
taine le 17 nov. 1743, il arriva en Chine le 25 janv. 1759
et fut attaché au service de la cour dès son arri-
1 vée à Pékin (6 juin 1760). Doué de beaucoup d'esprit
et pourvu d'une solide érudition, il montra de grandes
dispositions pour les sciences astronomiques et méca-
niques, ainsi qu'une grande facilité pour l'étude des
langues. Pendant quatre ans, il travailla au palais im-
périal à une grande horloge hydraulique avec jets
d'eau, chants d'oiseaux, figures mobiles, etc. (lettre
du 7 nov. 1704). La botanique l'intéressait parti-
culièrement : il découvrit beaucoup de plantes et
envoya de nombreux albums à Paris. Chargé de la
Congrégation du S. -Sacrement, la plus importante
des œuvres de l'Église française à Pékin, il en décrit,
dans une lettre, le fonctionnement et en particu-
lier la célébration de la fête du Sacré-(;œur. 11 a laissé
de nombreux mémoires insérés dans les Mémoires con-
cernant lu Chine, i .e plus important est son Essai sur
l'antiquité des Chinois (Mémoires..., i, 1-272), où il
essaie de prouver que Yao est le fondateur et le pre-
mier législateur de l'empire chinois. Cette thèse, con-
tredite par la majorité des érudits chinois, mais avan-
cée par quelques lettrés, fut adoptée par de Guigné et
combattue par l'abbé Grosier. Le P. J. Amiot donna,
en 1775, un mémoire plus étoile pour défendre la thèse
plus traditionnelle contre un écrit de M. de Guigné :
L'antiquité des Chinois prouvée par les documents (Mé-
moires..., 11, 1-290). Cependant la science moderne se
rapproche de la thèse de Cibot. Celui-ci donna aussi
une traduction annotée de deux petits écrits de l'école
de Confucius, le Ta-hio et le Tchany- Yong. On lui re-
proche d'avoir trop paraphrasé. Lui-même explique et
défend sa méthode dans la première note. Il publia, en
outre, de nombreuses notes sur la botanique, l'écono-
mie, la médecine, etc. Il était membre correspondant
de l'Académie de S.-Pétersbourg. On l'accuse, toute-
fois, de se laisser parfois entraîner par son imagina-
tion dans ses études. Lors des malheureuses divisions
qui suivirent la suppression de la Compagnie, il se ran-
gea aux côtés des PP. Bourgeois (voir ce nom), d'Ol-
lières et Collas et rédigea la supplique adressée en leur
nom au primat des Indes, l'archevêque de Goa.
De Rochemonteix, S. .J., Joseph Amiot, passim et pièces
justif., y. — L. Pfister, Notices biogr. et bibliogr., éd. Chan-
gliai, 1934, II, 896-902, avec bibliogr. détaillée. — Sonimer-
vogel, II, 1168 sq.; ix, 43.
A. De Bil.
CIBYRA (Kigùpa), évêché de la province de Carie,
dépendant de Stauropolis. Cette ville eut quelque im-
portance dans l'Antiquité; elle fut appelée Sébaste
(SEgaoTTi) en l'honneur d'Auguste. Ses ruines se voient
encore aujourd'hui près du village de Korsun : un
1 grand et un petit théâtre, des temples, une agora, les
restes d'un aqueduc, des inscriptions nombreuses et
intéressantes y ont été découvertes. Il est probable
qu'elle eut un évêque au moins dès le m" s., sinon plus
tôt. Voici les titulaires qu'on lui connaît : Létodore as-
sista au concile de Nicée (325) (H. Geizer, Patrum
Nicaenorum nomina, Leipzig, 1898, p. 68, n. 167). —
Léonce prit part à celui de Constantinople en 381
(Mansi, m, 571 B). — Apellus fut un des Pères du con-
cile d'Éphèse (431) (ibid., iv, 1216 A, 1365 B; vi, 873
A). — Érasme assista au \' concile œcuménique (553)
(ibid., IX, 176 D, 193 C). — Grégoire prit part au IP
827
C IBYR A
— CIENFUEÛOS
828
concile de Nicée (787) (ibid., xii, 998 B, 1106 B). —
Étienne fit amende honorable à la II« session du con-
cile de 869, parce qu'il avait été un partisan de Pho-
tius (ibid., xvi, 164 A). — L'évêclié de Cibyra dispa-
rut probablement lors de l'invasion turque qui sub-
mergea peu à peu la plus grande partie de l'Asie Mi-
neure, aux xii« et XIII'' siècles.
Le titre de Cibyra a été donné au moins quatre fois
dans l'Église romaine : Richard Phelan, 12 mai 1885- |
7 déc. 1889, coadjuteur à Pittsbourg. — Thomas Lil- j
lis, 22 mars 1910-28 févr. 1913, coadjuteur à Kansas- j
City. — Sigismond Waitz, 9 mai 1913-17 déc. 1934, |
auxiliaire à Brixen. — Albert-Marie Fuchs, 13 juill.
1935, auxiliaire à Trêves, f 1944. — Adolphe Boite,
22 févr. 1945, auxiliaire à Fulda.
Le Quien, i, 903-04. — Smith, Dict. of Greek and Roman
yeography, i, 614. — Ruge, dans Pauly-Wissowa, .xi', 374-
77. — Ramsay, Cities and bislioprics of Phrygia, i, Londres,
1895, p. .332. — Ann. pont., 1916, p. 390. — MsyàXTi éAXri-
viKf) èyKUKÂoiTaiSela, xiv, 356-57.
R. Janin. I
CICADOR. Voir Cikador.
CICHOCKI (Caspar), chanoine de Sandomierz
et de Wilno, écrivain catholique, t 1616. Il naquit en
1545, à Tarnow (ancien dioc. de Cracovie), fréquenta
successivement les universiéts de Cracovie, de Leipzig
et d'Ingolstadt, passa six ans à la cour de l'archevêque
de Gniezno, puis quelque temps à la cour royale de Po-
logne en qualité de secrétaire du trésorier de la cou-
ronne. Se sentant appelé au sacerdoce, il se rendit à
Rome et compléta ses études au Collège romain, où il
eut comme professeur S. Robert Bellarniin. Rentré en
Pologne, il y reçut les ordres sacrés et devint chanoine,
d'abord de la collégiale de Sandomierz (1595), puis de
la cathédrale de Wilno.
Œuvres. — Analomia consilii de pace, jesuitis pulsis,
Cracovie, 1614, tend à réfuter le pamphlet : Consilium i
de recuperanda et slabilienda pace regni Poloniae, 1609,
qui réclamait le bannissement des Jésuites. — Alloquio-
rum Osiecensium sive variorum familiarium sermonum
libri V, Cracovie, 1615, critique sévèrement la poli-
tique de Jacques l"' d'Angleterre, ainsi que celle de la
reine Élisabeth. Cet ouvrage provoqua une démarche [
de la part de l'ambassadeur anglais Dickenson, qui ré- i
clama des peines sévères contre C. (Voir discours de j
Dickenson et la réponse royale dans Script, rer. poloni-
carum, iv, Cracovie, 1878, p. 401-405.)
J. Wisniewski, Katalog pralatotv i kanonikow sandomier-
skich, Radom, 1928, p. 41-42. — Z. Chelmicki, Podreczna
encgklopedja koscielna, vu, Varsovie, 1906, p. 98. — Polski
slownik biograficzny, iv, Cracovie, 1937, p. 21-22. — Siar-
czynski, Obraz wieku panowania Zygmunta III, Lwow,
1828. — Al. Krausliar, Poselstwo Dickensona do Zygmunta
III, dans Przeglad hist., ix, 1909, p. 54-68.
J. OSTROWSKI.
CICSI. La Notice d'Afrique (Not. Af ricana, Pro-
consularis, 27; Victor de Vite, éd. Petschenig, 118;
P. L., Lvin, 270, 283) révèle l'existence d'un évêché de
Proconsulaire dont l'ethnique était Cicisitanus ou Cic-
sitanus, de Cicisi, Cicsi, la Cicisa de la Table de Peutin-
ger (Wellkarle des Castorius genannt die Peulinger' sche
Tafel, éd. Miller, Ravensburg, 1888, segni. v, 5), la Ci-
gisa de l'Itinéraire d'Antonin (Itinerarium Antonini,
éd. Wesseling, 44; éd. Parthey et Pinder, 19), la Cesirisa
de l'Anonyme de Ravenne (Ravenn., p. 142, 12), située
à peu près à mi-distance entre Carthage et Thiiburbo
minus (Tebourba), sur la voie d' Hippo-Regius (Hip-
pone). Son emplacement n'a pas encore été identifié;
mais on le trouvera plutôt aux bords de la Medjerda,
près du gué de Sidi-Tabet, comme le pensait Gauckler
(dans C. R. de l'Acad. des Inscr., 1895, p. 69), qu'entre
Carthage et Djedeida, où le mettait Tissot {Géogr., ii,
245-47; Atlas arch., fol. 20, Tunis, 11-12). Quoi qu'il
en soit, nous savons que le titulaire de cette juridiction
ecclésiastique s'appelait Cresces (Crescens) en 484,
qu'il répondit à l'appel d'Hunéric et qu'il fut du
nombre des pasteurs envoyés en exil; le lieu de son
bannissement, Corse ou Afrique, est jusqu'ici demeuré
incertain. L'ethnique Cicsitanus ne se rencontre pas
dans le procès-verbal de l'assemblée de 411, sans doute
par suite d'une erreur de copiste; c'est lui qu'il faut,
semble-t-il, reconnaître dans le Cessitanus ou le Cis-
sitanus de la conférence de Carthage ( Gesta coll. Carth.,
I, 206, 208; P. L., xi, 1344, 1348); il s'agit, dans les
deux cas, d'un évêque donatiste, un Quodvultdeus ou
un Flavosus.
Morcelli, i, clxxix, p. 139. — Nol. dign., ii, annot.,p. 616,
640, 656. — Gams, 465. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés
de l'Afr. sept., dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 86;
Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1868. — Ch. Tissot,
Géogr. comparée, ii, Paris, 1888, p. 773. — Mgr Toulotte,
Géogr. de l'Ajr. chrét.. Proconsulaire, xxxvii, Rennes-Paris,
1892, p. 162-63. — Dessau, dans Pauly-Wissowa, au mot
Cigisa. — Thes. ling. lal., Onomasticon, aux mots Crescens,
p. 700, et Cigisa. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., Paris, 1912,
p. 152 et 191.
J. Ferron.
CIDRAMUS (KiSpanos, K(v5pa|ia, Kùvôpapa).
évêché de la province de Carie, dépendant de Stauro-
polis. Cet évêché était un des moins importants de la
région, à tel point qu'on ne le connaît que par les listes
épiscopales. On n'a conservé le nom d'aucun titulaire
et Le Quien l'a ignoré. Les ruines de la petite ville ont
été découvertes près du village de Bucak. L'Église ro-
maine n'a pas encore conféré le titre de Cidramus, bien
qu'il figure sur la liste de la Consistoriale.
W. Ramsay, Cities and bishoprics of Plirygia, i, Londres,
1895, p. 684 sq. — Burchner, dans Pauly-Wissowa, xi ',
379-80.
R. Janin.
CIDYESSUS (en grec KiSuaads, Ki5iaa6s,
KriSiCTCTÔs), évêché de la Phrygie Pacatienne I"^, dépen-
dant de Laodicée. On a découvert les ruines de la ville
près du village de Buca. Le Quien lui attribue trois
évêques : Héraclius est remplacé par son métropolite
Nunéchius à la signature des actes de Chalcédoine (451 ),
à la vi« et à la xvi« session (Mansi, vu, 165 C, 441 C). —
André assista au IP concile de Nicée (787) (ibid., xiii,
148 D). — Thomas prit part à celui de 879, qui réhabi-
lita Photius (ibid., xvii-xviii). — Cet évêché dut dis-
paraître au moment de l'invasion turque au xii<> ou au
xiii^ siècle.
Le titre a été conféré dans l'Église romaine : Joseph
Torres, O. P., déc. 1875-2 avr. 1906, vicaire aposto-
lique du Tonkin oriental. — Louis Rajner, 14 mai 1906-
17 mars 1920, auxiliaire à Gran. — Natale Gabriele
Moriondo, 20 juin 1920-22, visiteur apost. du Caucase
et de l'Arménie. — Antoine Cech, 3 janv. 1923-26 août
1929, auxiliaire à Leitmeritz. — Paulin- Joseph- Justin
Albouy, M. E. P., 27 mars 1930-11 avr. 1946, vie.
apost. de Nanning. — Claude Bayet, M. E. P., 10 avr.
1947, vie. apost. du Laos.
Le Quien, i, 801-02. — Ramsay, Asia Minor, Londres,
1895, p. 139. — Ruge, dans Pauly-Wissowa, xi ', 380. —
Ann. pont., 1916, p. 390-91.
R. Janin.
CIENFUEGOS, Ceniumfocensis, évêché de la
république de Cuba, dans la province de Santa Clara,
suffragant de Santiago, érigé par Léon XIII le 20 févr.
1903, en vertu de la bulle Aclum praeclare, exécutée
par l'archevêque de la Nouvelle-Orléans, Placide-Louis
Chapelle. — Évêques: Antonio Aurelio Torres, C. D.,
15 avr. 1904-17. — Valentin Zubizarreta y Llnamun-
saga, C. D., évêque de Camagtiey, 1914, et administr.
apost. de Cienfucgos, 1917; évêque de Cienfuegos, 24
févr. 1922; archevêque de Santiago et administr. apost.
829
CIENFUGOS — CILIBIENSIS
830
de Cienfuegos, 30 mars 1925. — Eduardo Martinez
Dalmau, C. P., 16 nov. 1935.
Ann. pont. — Anal, eccles., xi, 1903, n. 5 (avril), 149-51.
— A. A. S., XIV, 1922, p. 160, 618; xvn, 1925, p. 126; I
xxvii, 1935, p. 441.
F. PÉREZ.
1 .CIENFUEGOS (Alvarez) (1657-1739), théo-
logien de la Compagnie de Jésus, ambassadeur de
Charles VI, cardinal (1720), évêque de Catane (1722),
archevêque de Monreale (1725), évêque de Fûnfkir-
chen (1735). Voir D. T. C'., ii, 2511-13; L. T. K., ii,
964.
2. CIENFUEGOS (José Ignacio), évêque de La
Concepciôn (Chili). Il entra d'abord à Santiago dans
l'ordre dominicain, qu'il dut quitter pour motif de
santé. Admis dans le clergé diocésain, ordonné prêtre
en 1786, il devint en 1790 vicaire à Talca. Membre de la
Junta gubernativa depuis 1813, il fut chargé d'une
mission diplomatique délicate, dont il s'acquitta si bien ]
qu'il reçut en récompense un canonicat à Santiago. Un
bouleversement politique provoqua tem])orairement
son exil.
Revenu à Santiago, il fut promu archidiacre de la
cathédrale. La légation de Mgr Jean Muzzi — qui fit
beaucoup de bruit et fut assez inutile — mit fin à son
activité comme archidiacre. En 1824, il se trouve à
Rome, près du S. -Siège, en qualité de ministre plénipo-
tentiaire de son pays; il dut s'y rendre à nouveau en
1827, cette fois pour se défendre devant le pape de cer-
taines accusations du nonce Muzzi; Léon XII lui
donna, apparemment, raison : il le consacra évêque
de Retimo, auxiliaire des Amériques, et lui accorda
d'autres distinctions. De 1832 à 1838, C. fut évêque
de La Concepciôn; en 1838, il se retira à Santiago,
où il consacra ses revenus à la fondation d'institu-
tions charitables ou scolaires. Il écrivit un Calôn cris-
tiano-polilico et un Catecismo de la religion crisliana.
t 1845.
Arch. de l'ambassade d'Espagne près du S. -Siège, 1. 918,
n. 8 (année 1822). — E. Martinez Paz, Un episodio ecclesiàs-
tico en Cuyo (1824), Cordoba (Argentine), 1928. — Die.
enciclop. hispano-americano, v, 54. — ■ Enc. Espaxa, xnt,
150-51.
F. PÉREZ.
CIERA (Paul), théologien de l'ordre de S. -Au-
gustin, évêque de Cittanova (1641), de Viesti (1642)
(1576-1648). Voir D. T. C, n, 2513.
CIKADOR, Chicador, Chycador, Zeek, abbaye
cistercienne — la première fondée en Hongrie — érigée
par Heiligenkreuz en 1142, dans le diocèse de Pécs.
L'abbaye se trouvait sur le territoire du Bàttaszék ac-
tuel, dans le départ, de Tolna. On ne sait pas grand
chose de son histoire, si ce n'est que ses abbés ont joué
quelquefois le rôle d'agents diplomatiques des papes ou
des rois de Hongrie. L'invasion des Turcs mit fin à la
vie conventuelle en 1526. Depuis lors le titre d'abbé de
Cikàdor est donné aux prêtres séculiers. Après l'expul-
sion des Turcs, la vie monastique n'a pas été restaurée
et les biens de l'abbaye ont été incorporés, en 1741, au
fonds d'entretien du Theresianum de Vienne, institut
d'éducation pour la noblesse.
Série des abbés. — Acerinus. — Jean . — Ortolfus. —
Conrad. — Godefroy. — Henri ou Hermann, 1272-74.
— Étienne. — Nicolas, 1332. — Martin Vising, 1340.
— Thomas, 1347-53. — Berthold. — André Sàska,
1365-73. — Weichard, 1374-76. — Hermann, 1378-83.
— Michel, 1384-1400. ~ Thomas, 1402. — Matthias,
1406. — Matthieu, 1416. — Émeric, 1421-54. — Clé-
ment Porkolab de Berzseny, abbé conmiendataire,
1457. — Thomas Debrenthei, abbé commendataire,
1460-78.
Békefi Remig, A cikàdori apàt.ii'uj tôrlénete [Histoire de
l'abbaye de C], Pécs, 1894.
J. Szalay.
CILENOS, ou Celenos. ancien évêché espagnol,
auquel succéda celui d'Iria-Compostelle. Cilenos était
la capitale des Cileni et appartenait au ronventus juri-
dique de Lugo. Ptolémée, dans ses Tables, l'appelle
Aquas callidas et, dans V Itinerarium d'Antonin, elle
ligure sous le nom d'Aqiiae celenae. Dans le Tiidense
Tuy), elle paraît sous le nom de Culdas de Rege; on
peut affirmer qu'elle se trouvait sur l'emplacement de
l'actuel Caldas de Rey. L'existence du dioc. de C. est
prouvée par les témoignages du i" concile de Tolède et
de IsPChronique d'Idace (v. infra). D'autre part, les af-
firmations à son sujet que renferme la Divisio ou Hi-
talio Wambae et le II'' concile d'Oviedo manquent ab-
solument de fondement. Dans le prologue du I" concile
de Tolède, on lit : De Gallecia, Liieensis conveiilus, mu-
nicipii Cetenis (Coll. max., ii, 13U, n. 1); bien que ce
texte ne soit pas fort clair, et malgré les variantes
qu'offrent les manuscrits, il prouve cependant l'assis-
tance au concile de l'évêque de Cilenos; en outre, dans
un de ses décrets, il ordonne : Fratri uutem nostro Or-
tigio ecclesias de quibus pulsus fuerat, prenuniiamus
esse reddendas (Coll. max., ii, 138, n. 49); l'évêque Or-
tigius dont il est question signe aussi les actes du con-
cile {ibid., 134, n. 22). Or Idace, contemporain des évé-
nements (390-468) (Chronique, l. c.), identifie cet Or-
tigius avec l'évêque de Cilenos : Communicante in
eodem concilio (Tolède, I) Ortigio episcopo, qui Caelenis
fuerat ordinatus... Agentibus priscillianistis pro flde
calholica pulsus factionihus exulabal. En outre, Idace
signale encore, quoique indirectement, un autre évêque
de Cilenos : In conventu Lucensi contra voluntatem
Agrestii Lucensis episcopi, Pastor et Siagrius episcopi
ordinantur. Or, dans le conventus juridique de Lugo, il
n'existait que deux évêchés : Lugo et Cilenos. Vers le
milieu du vi« s., le siège de Cilenos fut transféré à Iria
(v. infra).
Idace, Chronique, ad a. V Arcadii et Honorii, P. L., li, 876.
— Pauly-Wissowa, m, 2544, au mot Citeni. — Flôrez, vi,
65-72; XIX, 9-12, 50-52. — Gard. Aguirre, Coll. max., ii,
130, 134, 138. — A. de Morales, Hist. gen. de Espana,
Madrid, 1791, ii, 182, 629; v, 401, 615. — N. Peinado,
Toponimia galaico-romana, dans Bol. de la Comisiôn de
monumentos de Lugo, m, 1947-49, p. 319-25.
F. PÉREZ.
CILIBIENSIS (Ecclesia), évêché d'Afrique,
connu par son titulaire donatiste de 411, Tertullus,
episcopus Cilibiensis (Gesta coll. Cartli., i, 206; P. L.,
XI, 1343; Mansi, iv, 156), et par un des souscripteurs du
synode carthaginois de 525, Restilutus, episcopus plebis
Cilibiensis (Hardouin, Coll. conc, ii, 1082; Mansi, viii,
648). On s'entend pour reconnaître dans le loannes,
gratta Dei episcopus sancte ecclesie Elibiensis, du con-
cile général de 646 (Hardouin, op. cit., m, 749; Mansi,
X, 939), un détenteur de la même juridiction. C'est ce
qui permet de situer ce siège en Proconsulaire. Mais il
n'est pas possible, dans l'état actuel de nos connais-
sances, de lui assigner une localisation plus précise, par
ex. à Henchir Kelbia {Atl. arch., fol. 29, Grombalia,
131), comme l'ont supposé Wilmanns (C. /. L., viii,
120) et, après lui, Tissot(Géoirr., II, 142), Diehl {L'Afri-
que byzantine, Paris, 1896, p. 270), Toulotte, Mes-
nage et M. L. Poinssot (Reu. tunis., 1940, p. 48,
note 12).
Morcelli, i, rxxvi, p. 116 et clxxx, p. 139. • — Not.
dign., annot., p. 640. — Guérin, Voyage en Tunisie, ii,
Paris, 203. — (iams, 465. — L. de Mas-Latrie, Anciens
évêchés de l'Afr. sept., dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886,
p. 86; Trésor de clironologie, Paris, 1889, p. 1868. — Mgr
Toulotte, Géogr. de l'Afr. chrél., Proconsulaire, xxxviii,
Rennes-Paris, 1892, p. 163-64. — • Dessau, dans Pauly-
Wissowa, aux mots Cilibia et Chidibbia. — Thes. ling. lat..
831
CILIBIENSIS
— CIMIEZ
832
Onomasticon, u, au mot Cilibiensis. — P. Mosnage, L'Afr.
chrét., Paris, 1912, p. 93.
J. Ferron.
CILLIUM, ou CAlium, cite de Byzacène, située
sur celle des deux voies Sufetula-Théveste qui passait
par Menegere (Henchir-Bou-Taba), à 25 milles du
point de départ et 50 de celui d'arrivée {Itinerarium
Anionini, éd. Wesseling, 54; éd. Parthey et Pinder, 24;
cf. A. Winkler, Les voies romaines de Sufetula à Thé-
veste, dans Rev. tunis., 1899, p. 161-63; Lespinasse-
Langeac, Exploration archéol. dans ta région sud-est de
Sbeitla, dans Bull, du Comité, 1893, p. i 70-81). Après
avoir peut-être dépendu de Théveste à titre de viens,
pagus ou castellum, elle fut élevée au rang de muflicipe
{Bull, du Comité, 1901, p. 117-18); à une date qu'il n'a
pas encore été possible de déterminer, mais dont
M. L. Poinssot (ibid., 1934-35, p. 177-82) a réussi à éta-
blir les limites extrêmes, entre le début du règne de
l'empereur Macrin et la fm de celui de Probus, le Mn-
nicipium Citlitanum devint la Colonia Flavia Ciltium
(C. 1. L., vm, 210, 2568, 18055); ses habitants étaient
inscrits dans la tribu Papiria, et non dans la Quirina,
comme le demanderait son gentilice; des Cillitani fi-
gurent au milieu du ii« s. parmi les soldats de la Le-
gio III Augusia (R. Gagnât, Armée romaine d'Afrique,
2« éd., Paris, 1912, p. 292-93, 297).
La cité occupait l'emplacement de l'actuelle Kasse-
rine, « située sur le versant septentrional d'une colline
qui domine la rive droite de l'oued Dherb et que défen-
dent, à l'Ouest et à l'Est, deux profonds ravins »;
l'agglomération arabe a tiré son nom des deux for-
tins (?) byzantins, dont les ruines sont encore visibles
sur des promontoires escarpés dominant la rivière. Les
noms de deux familles importantes de la ville, les Flavii
et les Petronii, nous ont été conservés par les mauso-
lées élevés sur leurs tombeaux.
Nous savons peu de chose de l'histoire de l'antique
Gillium. Elle eut à souffrir, en 311, de la vengeance
exercée par Maxence sur les villes d'Afrique (S. Aure-
lius Victor, De Caesaribus, xl, 19); c'est ce dont semble
témoigner l'inscription de l'arc triomphal de Q. Man-
lius Félix (C. /. L., viii, 33). En 544, le général byzan-
tin Solomon fut trahi par son armée dans la plaine de
Gillium et périt au cours de la retraite (voir les sources
dans Gh. Diehl, Afrique byzantine, Paris, 1896, p. 343).
Le christianisme ne trahit sa présence à Gillium qu'à
partir de 41 1. Deux évêques y siègent alors l'un en face
de l'autre, un catholique nommé Tertiolus (Gesta coll.
Carth., I, 128; P. L., xi, 1294; Mansi, iv, 104 A et
138 B), et un donatiste, comme l'indique son nom de
Donat (Gesta coll. Carth., i, 128, 133, 187; P. L., xi,
1294, 1304, 1328), dont les prétentions s'étendaient
également au territoire de Vegesela (v. ce mot). En
484, l'Ordinaire du lieu s'appelle Fortunatianus; il
vient le 64« sur la liste de la Byzacène (Notilia afri-
cana, Byzacena, 64 ; Victor de Vite, éd. Petschenig, 126;
P. L., Lviii, 272, 326); il connut probablement le sort
de la majorité des évêques venus à Garthage sur la
convocation d'Hunéric. Après l'invasion arabe, il
existe encore en Byzacène un évèché désigné par la
liste épiscopale d'Oxford (P. Mesnage, Le christianisme
en Afrique, déclin et extension, Alger-Paris, 1915, p.
181) sous le nom de KîXecos; c'est peut-être celui de
Gillium ; il subsistait encore à la fin du ix« s., d'après la
liste de Léon le Sage (ibid., p. 188).
Une église a été exhumée sur l'emplacement de la
ville antique; elle date de l'époque byzantine, pro-
bablement de Justinien; les tympans circulaires des
portes sont décorés de sculptures qui représentent des
paons en train de boire dans un calice. — On a re-
trouvé également un cimetière entre la colline et la
rive gauche de la rivière.
C'est aux vi^-vn" s. que remontent les vestiges chré-
[ tiens qui ont attiré l'attention sur le pays de Kasse-
I rine, il y a soixante-dix ans : des carreaux de terre cuite
découverts à 4 km. au nord de l'antique cité (Bull, de
la Soc. nat. des antiq. de France, 1884, p. 170-73, avec
2 fig.; Bull, di arch. crist., 1884-85, p. 53-54, pl. m;
Bull, du Comité, 1885, p. 327, pl. viii; Rev. arch., 1888,
I, p. 303-22, fig. 13, 16, 29, 31 et 35; Cal. du Musée
Alaoui, Paris, 1897, p. 208, 1. 2; p. 209, 1. 7, 10, 11;
p. 212, 1. 37; û. A. C. L., ii, 1910, col. 2178-89). Ils sont
actuellement dispersés et distribués entre le musée du
Bardo, celui de Garthage, celui de Gonstantine, le Lou-
vre et plusieurs collections particulières de Tunisie ou
de France. On y voit représentés des scènes de l'A.
T., comme le sacrifice d'Abraham, peut-être le rejet de
Jonas par le monstre marin; des rosaces encadrées par
la légende : SCT MARIA AJUBA NOS; un cerf entre
quatre rosettes; un lion devant un palmier; deux paons
alïrontés en train de boire dans un calice.
I C. /. L., VIII, 33-40, 925, 1178-80, 2084-87, 2353-54. —
; Morcelli, i, CLXXXi, p. 139-40. — Nol. dign., ii, annot.,
i p. 623, 625, 648. — Guérin, Voyage arch., i, Paris, 1862,
. p. 310-27. — Gams, 465. — R. Gagnât, Explorations arch.
• en Tunisie, m, Paris, 1886, p. 58-63 (dans Arch. des miss.,
XII, 160-65). — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Ajr.
sept., dans Bull, de rorr. afr., Alger, 1886, p. 82. — H. Sala-
; din. Rapport sur les miss, en Tuni.iie, dans Arch. des miss.,
i xiir, IIP série, 1887, p. 155-65. — F. Bucheler, Anthologia
[ latina, p. 11, fol. 2, Leipzig, 1887, 1552. — Gagnât et Sala-
diii. Tour du monde, lu, p. 219 sq. — Gh. Tissot, Géogr.
comparée, ii, Paris, 1888, p. 636-42. — Mgr Toulotte, Géogr.
1 de l'Afr. chrél., Byzacène, Montreuil-sur-Mer, 1894, xxxvi,
p. 80-83. — Dessau, dans Pauly-VVissowa, m, 2545, au
j mot Cillium. — Ch. Diehl, Afrique byzantine, Paris, 1896,
' p. 293-94, 343, 415-16, 421, 426; et dans Nouv. arch. des
l miss., IV, p. 410 sq. — Toutain, Cités romaines de Tunisie,
Paris, 1896, p. 61-62, 105, 191, 316-19, 364. — Enquête
sur les installations hydrauliques rom., i, Paris, 1901, p. 331.
— Dr Carton, Chronique d'arch. nord-afr., dans Rev. tunis.,
1903, p. 143-44. — Bertholon, Hellénisme des inscriptions
populaires et de l'onomastique afr., ibid., 1905, p. 444. - —
Merlin, dans Bull, de Sousse, 1908, p. 50, n. 3; p. 51, n. 6;
p. 57, n. 19; p. 58, n. 21; p. 128, n. 41; et dans Bull, de la
Soc. nat. des antiq. de Frojice, 1908, p. 150-52, ng. — L.
Salle, Cillium (Colonia Cillitana, Kasrin), dans Bull, de
Sousse, 1909, p. 44-48. — Thes. ling. lat., Onomasticon, u,
au mot Cillium. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., Paris, 1912,
p. 91-92. — Ed. Fresfield, Cellae trichorae, 1913, p. 114,
121. — P. Gauckler, Basiliques chrét. de Tunisie, Paris,
1913, pl. xxvii. — Cagnat-Merlin-Châtelain, Inscr. lat.
d'Afr., Paris, 1923, p. 36, n. 112, 113. — Atlas arch., II" sé-
rie, 3« livr., Paris, 1926, fol. XLVii, n. 92. — H. Leclercq,
dans D. A. C. L., viii, 1927, col. 686, au mot Kasrin. —
Bull, du comité, 1891, p. 202, 203; 1894, p. 263-64, 327, 328,
330-34; 189.5, p. 323-25; 1900, p. cxxv; 1901, p. cxliii;
1908, p. ccvi; 1912, p. ccxi-ccxii; 1915, p. clxxv-clxxvi ;
1 1916, p. CL-CLi, ccxi; 1917, p. ccxxiv; 1928-29, p. 89-90,
1 395; 1930-31, p. 259-60; 1932-33, p. 247-48; 1934-35, p. 378;
j 1936-37, p. 55-57; 1938-40, p. 399-400; févr. 1945 (extrait
des procès- verbaux), p. xviii-xix; juin 1946, p. xxii.
I J. Ferron.
Cl M A (Pierre de). Frère mineur, il fut nommé
' évêque d'Elne le 28 avr. 1371, mais tarda à recevoir la
consécration épiscopale suivant une faveur pontificale
; accordée le 24 août. Il dota de statuts son Église en
j 1373 et assista par procureur au concile de Narbonne
en 1374. De nouveaux statuts diocésains furent rédi-
i gés en 1375. En vertu d'un compromis passé en 1376,
; les consuls de Perpignan payèrent 5755 florins d'or
pour compenser les torts occasionnés au prédécesseur
j de Pierre de Gima. Le 7 août 1377, Grégoire XI le trans-
; féra à Majorque, où il mourut le 25 avr. 1390.
Eubel, Bull, franc, vi, Rome, 1902, n. 1118 et 1488. —
Puiggari, Catal. biogr. des évêques d'Elne, Perpignan, 1842,
p. 63-64.
G. MOLLAT.
j CIMIEZ. Située sur une hauteur qui domine la
I rive droite du Paillon, Cimiez fait partie de nos jours
833
CIMIEZ
— CINGOLI
834
de la commune de Nice (Alpes-Maritimes). Au début
de l'ère chrétienne, cette agglomération était chef-lieu
de la province romaine des Alpes maritimes (Cemene-
lum, Cemelum). Tandis qu'en 314 (concile d'Arles) le
christianisme apparaît comme fortement implanté à
Nice — et cela en raison de la position géographique de
ce port — Cimiez ne devint un centre religieux que pen-
dant le siècle suivant. Son rang de civitas Romana lui
conféra toutefois le droit de devenir ville épiscopale.
Deux de ses évêques sont connus : Valerianus, qui sié-
gea au concile de Riez (439) et de Vaison (442) et signa
les lettres arlésiennes de 450 et 451, et Magnus, qui se
fit représenter au concile d'Arles en 554, comme epis-
copus Cemelensis, et à celui d'Orléans en 549, comme
episcopus Cemelensis et Niciensis. De fait, lors de la
querelle des métropoles provençales, sous le pontificat
de Léon le Grand (440-61), Cimiez avait pris fait et
cause pour Arles, alors que Nice, colonie de Marseille,
s'était rangée aux côtés d'Aix, héritière de la juridic-
tion marseillaise. La lutte avait été vive. En 463-66, le
pape Hilaire, confirmant les décisions de son prédéces-
seur que dans un premier temps il avait rapportées,
avait réuni les évéchés de Cimiez et de Nice. Un seul
évêque restait désormais titulaire des deux sièges, qui
relèverait de l'archevêché d'Embrun.
Au cours des siècles suivants, en raison de l'impor-
tance commerciale de Nice, les évêques fixèrent leur
résidence dans cette ville et délaissèrent Cimiez. Tou-
tefois, jusqu'au xi« s., ils restèrent titulaires des deux
sièges, et ce ne sera qu'au début du xii« s. que le mot
de Cimiez disparaîtra définitivement de leur titre. De
même la cathédrale de Cimiez ne sera déchue de sa di-
gnité d'église cathédrale qu'à la fin du xi" s., époque à
laquelle elle sera intégrée à l'honor du monastère de
S. -Pons (Nice) et deviendra un prieuré de cette
abbaye.
P. Gioffredo, La cité de Nice, trad. de H. Sappia et A.-J.
Rance Bourrey, Nice-Paris, 1912, p. 4-10, 20-48. — L.
Duchesne, La « civitas Rigomagensium » et l'évêché de Nice,
dans Mém. de la Soc. nal. des antiquaires de France, XLiii,
1882, p. 36-46. — Duchesne, i, 285-86. — E.-Ch. Babut,
Le concile de Turin..., Paris, 1904, p. 286-300. — R. La-
touche, Nice et Cimiez (V'-XI' s.), dans Mélanges F.Lot,
Paris, 1925, p. 331-58 [compte rendu de G. Doublet, dans
Nice liislorique, xxix, 1926, p. 94-104], que reproduit le
D. A. C. L., XII, 1170-78. — G. Doublet, Les reliquaires
de l'église de Cimiez, dans Nice historique, xv, 1913,
p. 253-65.
M.-H. Laurent.
CIMMERIS. Voir Antandrus, m, 511.
CINCARI, ancienne ville d'Afrique, connue par
les seuls documents ecclésiastiques et révélée comme
municipe de la Proconsulaire par une inscription du
iiV s., apportée de Bordj Toum et conservée au musée
Lavigerie de Carthage (C. I. L., viii, 14769); il faut,
semble-t-il, l'identifier, à la suite de Cagnat (L'empla-
cement de la ville africaine de Cincari, dans Mém. de la
Soc. nal. des antiq. de France, lix, 1898, p. 224-27),
avec l'Henchir-Toungar, à 10 km. au sud-ouest de Te-
bourba (Bull, des anliq., 1900, p. 91 ; Mélanges de l'École
de Rome, 1901, p. 222). L. Poinssot (Bull, du Comité,
1930-31, p. 216-17; spécialement note 2, p. 216) place
le centre urbain sur l'oued Channgoura également,
mais un peu plus près de son confluent avec la Med-
jerda, au nord du marabout de Sidi-Soumiat; il pense
que la rivière porte le nom de la cité antique (Reu,
tunis., 1940, p. 48, note 12).
C'était un évêché à la fois catholique et donatiste en
411; un Restilulus, episcopus plebis Cincaritanae, siège
en face du schismatique Campanus (Gesta coll. Carlh.,
I, 133, 188; P. L., xi, 1308-09; xMansi, iv, 142 A). Une
épitaphe chrétienne du musée de Carthage (R. Cagnat,
Explorations en Tunisie, fasc. 1, 1883, p. 87, n. 235,
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
extr. des Arch. des miss, scient, et litt., II série, ix,
1882, p. 143) provient de l'Henchir-Toungar.
Morcelli, i, clxxxii, p. 140. — Not. dign., n, annot.,
i p. 648. — • Gams, 465. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêctiés
[ de VAfr. sept., dans Bull, de corr. ajr., Alger, 1886, p. 86;
Trésor de chronologie, Paris, 1889, p. 1868. — Ch. Tissot,
Géogr. comparée, ii, Paris, 1888, p. 290-91. — Mgr Toulotte,
Géogr. de l'Afr. chrét.. Proconsulaire, Rennes-Paris, 1892,
XXXIX, p. 164-65. — Thes. ling. lat., Onomasticon, u, au
mot Cincaritanus. — P. Mesnage, L'Afr. chrét., Paris, 1912,
p. 162-63. — Atlas arch., Paris, 1902, fol. xix, Tebourba,
n. 127 (et non 122, comme l'indique le texte de l'Atlas).
J. Ferron.
CINCINNATI, archevêché des États-Unis, dans
l'État d'Ohio. C'est à Somerset que la première église
fut inaugurée, le 0 déc. 1818, par le P. Edward D. Fen-
wick, qui avait évangélisé le Kentucky, et le P. Nicho-
las D. Young, tous deux dominicains. Lorsque, peu
après, les évêques de Bardstown et de Louisiane priè-
rent l'archevêque de Baltimore, A. Maréchal, de de-
mander l'érection de deux nouveaux évêchés, l'un à
Détroit, l'autre sur l'Ohio, la Propagande créa (19 juin
1821) le diocèse de Cincinnati, comme suffragant de
Baltimore; le P. E. Fenwick en devenait le premier
évêque. Dans les années 1840-50, le nombre des catho-
liques ayant augmenté dans des proportions très con-
sidérables, par suite de l'immigration d'Irlandais et
d'Allemands, il fallut songer à multiplier les diocèses.
Le "VII« concile provincial, tenu à Baltimore en 1849,
demanda l'érection de nouveaux sièges métropoli-
tains à La Nouvelle-Orléans, à Cincinnati et à New-
York. Le 19 juin. 1850, Cincinnati devenait ainsi ar-
chevêché, avec, comme sufTragants : Louisville (1841,
jadis Bardstown, 1808), Détroit (1833), Vincennes
(1834, devenu Indianapolis, 1898), Nashville (1837) et
Cleveland (1847), auxquels furent joints, dans la suite,
Covington (1853), Fort Wayne(1857),Columbus(1868),
Grand Rapids (1882) et Toledo (1910). En 1937, Dé-
troit et Grand Rapids en furent détachés pour former
la nouvelle province de Détroit; Louisville, Covington
et Nashville, pour former celle de Louisville. A l'heure
actuelle, l'archevêché de Cincinnati a pour sulïra-
gants : Cleveland (1847), Golumbus (1868), Toledo
(1910), Youngstown (1943) et Steubenville (1944).
Évêques et archevêques. — 1. Edward D. Fenwick,
O. P., sacré le 13 janv. 1822, t 26 sept. 1832. — 2. John
B. Purcell, sacré le 13 oct. 1833; archev., 19 juill. 1850;
î 4 juill. 1883. — 3. William H. Elder, sacré év. de Nat-
chez le 3 mai 1857; coadj. de Purcell, 30 janv. 1880; lui
succède à sa mort; f 31 oct. 1904. — 4. Henry Moeller,
sacré év. de Golumbus le 25 août 1900; coadj. de Elder,
27 avr. 1903; lui succède à sa mort; f 5 janv. 1925. —
5. John T. McNicholas, O. P., sacré év. de Duluth le
8 sept. 1918; transf. à Indianapolis, 18 mai 1925; à Cin-
cinnati, 8 juill. 1925; f 22 avr. 1950. — 6. Charles J.
Aller, sacré év. de Toledo le 17 juin 1931; transf. 19
déc. 1950.
J. H. Lamott, Hist. of the archdiocese of Cincinnati (1821-
1921), New-York, 1921. — J. H. O'Donnell, The cath.
hierarchy of tlie U.-St., Washington, 1922, p. 95-98. — D. C.
Shearer, Pontificia americana, Washington, 1933, p. 110-13,
297-301, 317-19. — Enc. catt., m, 1671-72. — Cath. Enc,
m, 773-76; suppl., 205-06. — Cath. directory, 1950, p. 48-57.
É. Van Cauwenbergh.
CINGOLI, Cingulum, petite ville de la province
de Macerata (Italie), qui, d'après César, fut fondée ou
restaurée par T. Labienus (De bello civ., I, 5). Elle de-
vint très tôt siège d'un évêché (Pauly-Wissowa, ii,
2561). On ignore à quel moment elle perdit cette di-
gnité, mais, au xi« s., elle était soumise à Osiino (Auxi-
mum). Benoît XIII, en 1725, permit aux évêques
d'Osimo d'unir à leur titre celui de Cingoli.
La liste des évêques est mal précisée. Par la Vita S.
Exuperaniii {B. H. L., 2808), nous connaissons Théo-
H. — XII. — 27 —
835 CINGOLl -
dore, S. Exupérance, Formarius. Ce document, cepen-
dant, ne mérite pas toute créance, car il fait d' Exupé-
rance un évêque de Cingoli sous le pape Pascasius; or
Pascal l" fut Souverain pontife de 817 à 824. Le seul
nom qui nous soit parvenu après Formarius est celui
de Julien, qui accompagna le pape Vigile à Constan-
tinople, en 553.
Le monument principal de Cingoli est l'église S.-
Exupérance, de l'époque romano-gothique. Elle pos-
sède un très riche portail (1295). Dans les environs de
Cingoli se trouvaient deux églises collégiales: Ste-Marie
de Trovignano et S. -Sauveur de Colleblanco. Celle-ci
appartint d'abord aux chanoines réguliers de S. -Au-
gustin, mais fut réduite en comniende sous le titre de
S. -Sauveur et des IV-SS. -Couronnés. — Il y avait en
outre une abbaye de bénédicLins, S. -Victor de Arcione
(Arzono), qui existait déjà avant 1068. Soumise immé-
diatement au S. -Siège, elle eut d'abord des abbés régu-
liers, puis des commendataires. Elle fut détruite entiè-
rement. — Signalons encore deux monastères de mo-
niales: Ste-Catherine, fondée par les bénédictines à
Colle-de-Luce, vers 850, et occupée plus tard par les
cisterciennes; S. -Michel, abbaye de bénédictines, qui
fut restaurée en 1265 par Ste Sperandia (t H sept.
1276) et porte aujourd'hui son nom.
Album bened., 1920, p. 686. — O. Avicenna, Memorie
délia città di Cingoli, 1886. — Cappelletti, vn, 435-607. —
Cottineau, 784. — Enc. ital., x, 369. — Gams, 712. — Kehr,
11. pont., IV, 210. — Lanzoni, 389-90. — Mansi, ix, 353-59.
— UghelJi, X, 58.
R. Van Doren.
CINI (GiACOMo), évêque de Termoli. Dominicain,
connu aussi sous le nom de Giacomo di SanV Andréa,
Cini naquit à Sienne, vers 1312, de parents peu fortu-
nés. Il prit l'habit à S. Domenico de Camporeggio, à
Sienne, en 1325-26. Lecteur à Sienne en 1341, bachelier
à Rome en 1344, il fut envoyé à Florence, en 1362, pour
y lire les Sentences. Le 24 mai 1364, Urbain V chargea
Pietro Corsini, évêque de Florence, de lui conférer la
maîtrise en théologie. Provincial de la province ro-
maine de 1364 à 1368, il fut placé à la tête du diocèse
de Termoli par Grégoire XI, le 3 sept. 1372. La date
exacte de sa mort ne nous est point connue. On la place
le plus communément vers 1380. Or il est certain que
Cini mourut avant le 7 déc. 1379, puisque, à cette date,
le Siennois Domenico Giardini avait été promu par
LIrbain VI au siège de Termoli, ainsi qu'en fait foi une
lettre de Francesco Casini à la commune de Sienne. —
Prédicateur, Cini a composé de nombreux sermons
dont le nécrologe de San Domenico de Sienne nous a
conservé le souvenir. On lui doit aussi un commentaire
sur les Sentences (Sienne, bibl. comm., ms. G. V. 17)
et un Alfabetum super libr. Etymologiarum S. Isidori
(Oxford, Bodteien. 1800 [Digbij, 208]).
Eubel, I, 484. — A. Garosi, La vila e l'opéra di Francesco
Casini, archiatro di sei papi. Sienne, 1936, p. 57. — M.-H.
Laurent, / necrolotji di S. Domenico in Camporeggio, Sienne,
1937, p. 10-12. — P. Th. Masetti, Monumenla et antiquitales
vet. disciplinae ord. Praed., i, Rome, 1864, p. 331-35. —
Quétif-Échard, i, 681-82. — UgheUi, vni, 375.
M.-H. Laurent.
CINNA (Kfvva, Kiva, Krjva), évêché de la pro-
vince de Galatie dépendant d'Ancyre. Cette petite
ville a été identifiée avec le village de Yarasli. On ne
connaît de l'histoire de son évêché que le nom d'une
dizaine de ses titulaires grecs : Gorgonius assista au
\" concile de Nicée (325) (H. Gelzer, Patnim nicaeno-
rum nomina, Leipzig, 1898, p. 66, n. 147). — Philume-
nus prit part à celui d'Éphèse (431) (Mansi, iv, 1368 B;
VI, 874 A). — Acace fut un des Pères du concile de
Chalcédoine (451) {ibid., vi, 572 C, 945 A, 1092 D). —
Daniel signa la lettre des évcqucs de sa province à
l'empereur Léon, à propos du meurtre de Proterius
CIRCESIUM 83fi
d'Alexandrie (458) (Mansi, vu, 616 D). — Amiantusfut
en relations avec S. Théodore le Sicéote ( Vila S. Theo-
dori Siceotae, n. 65 ; Th. loannou, Mvr||jEîa âyioAoyiKà,
Venise, 1884, p. 421). — Platon prit part au VI« concile
œcuménique (680) (Mansi, xi, 212 A, 648 C, 676 B). —
Synesius assista au II« concile de Nicée (787) (ibid.,
XII, 995 A, 1099 D). — Antoine fut un des membres
du concile de 879 qui réhabilita Photius (ibid., xvii-
xviii, 377 A). — Le siège disparut peut-être dès la fin
du X * s., à la suite de la première invasion turque.
L'Église romaine a conféré assez souvent le titre de
Cinna depuis deux siècles : Claude-François Reymond,
M. E. P., 12 févr. 1756-nov. de la même année, vie.
apost. du Su-Tchuen. — Guillaume Maire, 1767-t 25
juin. 1769, vie. apost. du district septentrional de l'An-
gleterre. — Jean Kossakowski, ?-t 17 sept. 1781. suf-
fragant en Volhynie. — Antoine Malinowski, O. P.,
23 sept. 1782-?, sufTragant de Sambor à Mednik. —
Pierre d'Alcantara Jiménez, 26 nov. 1830-36. — Jo-
seph Cybichowski, 12 juill. 1867-31 mars 1875, suf-
fragant à Gnesen. — Jules Brugière, laz., 28 juill.
1891-t 19 oct. 1906, vie. apost. du Tché-li méridional.
— Charles de Jésus Mejia, 2 sept. 1907-t 3 mai 1937,
ancien évêque de Tehuantepec. — Mathieu Muciga Ur-
restarazu, ancien évêque de Vitoria, 12 oct. 1937.
Le Quien, i, 483-84. — Ruge, dans Pauly-Wissowa, xi
481. — Ann. pont., 1916, p. 391.
R. Janin.
CINNABORiUM (Kivvagobpiov, Kivagcbpiov,
Krjvaêcbpiov KivvàgDpa), évêché de la Phrygie Salu-
taire I'''', dépendant de Synnades. L'identification de
cette ville n'est pas certaine, mais on croit générale-
ment qu'il faut en chercher le site à Geneli. On ne lui
connaît que deux évêques : Otreius fut remplacé, à la
signature de la vi« session du concile de Chalcédoine,
par son métropolitain Marcien (Mansi, vu, 164 C). —
Théophylacte assista au II« concile de Nicée (787)
(ibid., xii, 998 D, 1107 B; xiii, 396 B).
Le titre de Cinnaborium ne semble pas encore avoir
été conféré dans l'Église romaine, bien qu'il figure sur
la liste de la Consistoriale.
Le Quien, i, 847-48. — W. Ramsay, Ciliés and bishoprics
of Phrggia, Londres, 1897, p. 748. — Ruge, dans Pauly-
Wissowa, XI ', 481.
R. Janin.
ClOCCHI (Giovanni), card. del Monte. Voir
Jules III, pape.
ClOS, évêché. Voir Cius.
CIPPULUS (Grégoire), théologien dominicain
(xvii«= s.). Voir D. T. C, ii, 2513.
CIRCESIUM (KipKr|CTiov, KEpKsaiov, KEpKf|aiov,
KipKrivCTiov, KipKTiafa), évêché de la province d'Os-
rhoène, dépendant d'Édesse. Le site de cette ville
était à l'embouchure du Chabour et de l'Euphrate. En
raison de cette position excellente, il y eut de bonne
heure une ville du temps des Assyriens. Toutefois, c'est
Dioclétien qui l'organisa sérieusement et en fit une
place forte contre les Perses. Justinien la reconstruisit
et augmenta ses fortifications (De aedif., ii, 6). C'était
le siège de la IV« légion parthique. C'est actuellement
le petit village de Qarqisiya, qui conserve, à peine al-
térée, la dénomination primitive.
On ignore quand fut fondé l'évêché de Circesium. Du
moins lui connaît-on un certain nombre de titulaires
orthodoxes et de monophysites. Au dire de Le Quien
(il, 977), Jonas aurait assisté au I" concile de Nicée
(325), mais ce nom ne figure pas dans la liste authen-
tique. — Abrahamius prit part au concile de Chalcé-
doine (451) (Mansi, vi, 945 A, 1085 C); il signa aussi,
en 458, la lettre des évêques de la province à l'empe-
CIRCESIUM
— CIRCONCE
LLIONS D'AFRIQUE (LES)
838
reur Léon sur le meurtre de Proterius d'Alexandrie
(ibid, VII, 553 B). — Davithas fut un des membres du
concile réuni en 536 par le patriarche Ménas (ibid.,
VIII, 878, 919 B, 950 B). — Thomas prit part au con-
cile œcuménique (553) (ibid., ix, 176 D, 193 C, 393 A).
Circesium fut un centre monophysite. Dès l'an 518,
Noiinus fut expulsé de son siège par l'empereur Jus-
tin I" (Chronique de Michel le Syrien, éd. Chabot, ii,
172); il fut aussi un représentant de son Église à une
conférence entre monophysites et orthodoxes, à Cons-
tantinople, en 532. Michel le Syrien donne les noms
d'une quinzaine d'autres évêques monophysites de Cir-
cesium. Jean signa une lettre collective des évêques au
métropolite Jean de Mar Mattai en 684 (Michel le Sy-
rien, op. cit., II, 459). — Étienne signa la réponse de
l'épiscopat au patriarche intrus Athanase Sandalaya
(752) (ibid., 516). — Jacques, début du ix^ s. (ibid., m,
451). — Maqin, après Jacques (ibid., 452). — Cons-
tantin, vers 830 (ibid., 455). — Johannam, vers 850
(ibid, 456). — Aharon, vers 860 (ibid., 456). — Basile
I", vers 870 (ibid., 457). — Abraham, vers 880 (ibid.,
458). — Georges, vers 890 (ibid., 459). — Thomas, vers
895 (ibid., 460). — Timothée I", vers 905 (ibid., 461).
— Basile II, vers 920 (ibid., 462). — Sévère, vers 940
(ibid., 463). - Timothée II, vers 960 (ibid., 465). — |
Iwannios, vers 1050 (ibid., 471). — Circesium possé-
dait un monastère jacobite ou monophysite (ibid., 470).
C'est seulement à la fin du xix'' s. que l'Église ro-
maine a commencé à conférer le titre de Circesium :
Jean-Baptiste Simon, 22 juin 1899-t 10 août 1899, vie.
apost. de Nankin. — Philémon Cabanillas, 14 nov.
1899-t 25 juin 1931, auxiliaire à Cordoba. — Jean Cu-
velier, rédemptoriste, 23 juill. 1931, vie. apost. de Ma-
tadi.
Le Quien, n, 977-80. — Weinbach, dans Pauly-Wissowa,
XI 505-07. — MsyàXri é^Xtivikti ÉyKUKXoiraiSEla, xiv, 455.
— Ann. pont., 1916, p. 391.
R. Janin.
C IRC IN A. Voir Cercina.
CIRCONCELLIONS, hérétiques allemands
(xiiie s.). Voir D. T. C, ii, 2518-19; L. T. K., u, 970.
CIRCONCELLIONS D'AFRIQUE (LES),
si l'on s'en tient à l'étymologie du mot, n'étaient
que des <' rôdeurs de celliers et poulaillers ruraux »;
c'est d'ailleurs ce qui leur avait valu leur nom :
...vidus sui causa cellas circumiens rusticanas, unde et
circumcellionum nomen accepil (S. Augustin, Contra
Gaudentium, I, xxviii, 32; éd. Barreau, xxix, 466;
P. L., xLiii, 725). Les polémistes catholiques et les his-
toriens de l'Afrique chrétienne en ont fait, à la suite
d'Optat (De schism. donat., III, iv; éd. Ellies du Pin,
p. 60 sq.), des brigands de grands chemins, opérant
sous le couvert de la religion et qui s'allièrent aux do-
natistes à partir de 347, pour répondre à l'appel de
Donat de Bagaï.
P. Monceaux (Hist. liit. de l'Afr. chrél., iv, Paris,
1914, p. 178 sq.) s'écarte à peine de l'opinion tradi-
tionnelle, lorsqu'il les classe (p. 180) comme « ...des
aventuriers sans feu ni lieu, vivant de maraude, ai-
mant à rôder autour des fermes et des celliers..., des
bandes recrutées dans la lie de la population, parmi les
mécontents de toute race et de toute provenance, indi-
gènes ne parlant que le punique, esclaves fugitifs, co-
lons ruinés, catholiques excommuniés, banqueroutiers,
repris de justice, sans parler des naïfs fanatiques ».
Pour lui cependant, c'est le rassemblement des gens en
rupture de ban avec la société, et non des détrous-
seurs de profession, déguisés en défenseurs de la reli-
gion.
C'est aussi l'avis d'Odette Vannier (Les circoncel-
lions et leurs rapports avec l'Église donaliste d'après le |
texte d'Optat, dans Rev. afric, 1920, p. 13-28); mais elle
se refuse à voir dans les circoncellions l'armée et la
plèbe du donatisme. Partant de ce fait que les écrits
d'Optat sont tendancieux et ses sources d'informa-
tion, tradition orale, sujettes à caution, elle se livre à
une analyse critique qui l'amène aux conclusions sui-
vantes : bien loin d'être un produit du donatisme, les
circoncellions, jusqu'en 347, sont combattus par l'au-
torité religieuse des partisans du schisme. Ce sont des
gens révoltés contre l'ordre social; ils ne s'intéressent
pas spécialement à la religion. Ils s'attaquent, en 347,
à l'escorte de Paulus et de Macarius, envoyés par l'em-
pereur Constant pour travailler à rétablir l'unité en
Afrique, parce qu'ils ont entendu dire que ceux-ci
transportaient des trésors. Le tort de l'évêque dona-
tiste de Bagaï, c'est de se réjouir de cette intervention
et de favoriser une action répondant aux intérêts de
son parti. Il est possible, même, qu'à cette occasion, ou
en d'autres circonstances, il y ait eu une véritable col-
laboration, passagère et fortuite, entre les donatistes
du peuple et ces fauteurs de troubles sociaux, contre
le gré des chefs religieux de la secte, dont la passivité
obligée a pu souvent être prise pour une entente. C'est
pourquoi l'article s'achève sur cette réflexion : « L'im-
portance qu'on attribue aux circoncellions dans les
affaires religieuses nous semble donc exagérée. La ré-
volte des circoncellions est un épisode de la décadence
économique de l'Afrique et elle devrait avoir sa place
dans une histoire économique de cette province, bien
plus que dans son histoire religieuse. »
Tout en admettant cette conclusion, Ch. Saumagne
(Ouvriers agricoles ou rôdeurs de celliers? Les circoncel-
lions d'Afrique, dans Annales d'hist. écon. et soc, 1934,
p. 351-64) démontre, en s'appuyant sur des textes juri-
diques et en confrontant les sources historiques avec
les coutumes actuelles d'une Afrique qui reproduit de-
puis des millénaires les mêmes façons de se comporter,
qu'il ne faut pas considérer les circoncellions comme
des « gens hors la loi », mais qu'ils sont à ranger quelque
part dans l'échelle sociale, bien que leur manière de
vivre ait vite découragé tous ceux qui avaient projeté
de leur donner un statut juridique. Ces « ruraux qui ne
possèdent pas de terres, qu'on rencontre soit sur les
routes en déplacement, soit auprès des fermes qui leur
fournissent de quoi subsister et où l'édit de 412 (Cod.
Theod., 1. XVI, tit. v, lex 52; éd. Mommsen et Meyer,
leg. 3-9) nous les montre soumis à un conductor ou à un
procurator, quel Africain ne les reconnaît »? Ce sont les
Bédouins, nomades et ouvriers agricoles. « Ils vont en
troupes, périodiquement, remontant du Sud aux ré-
coltes septennales vers le Sahel et la bienheureuse Ifri-
qiya. Ils apportaient jadis aux moissons de la Procon-
sulaire le concours de leurs bras et de leurs faucilles. Ils
campent aujourd'hui aux abords des fermes. Les chefs
de la caravane offrent leurs services au sédentaire. Ils
s'arrêtent si on les autorise à moissonner un champ. Je
les ai vus, miséreux, affamés, envahir d'autorité un
carré d'orge ou de fèves, entasser les fruits ou les ger-
bes, et, la chose accomplie, menaçants, exiger du
maître le juste salaire. Ceux qu'aucune entreprise ne
fixe un moment abordent les villes; les femmes et les
enfants mendient dans les rues, et quelques dérègle-
ments rémunérés font parfois tomber très bas leur mi-
sère errante. » De temps en temps, comme aujourd'hui
encore, les chefs d'équipe, ductores turmarum, enrichis
par leur labeur, se fixaient au sol. Mais la plupart pré-
fèrent la vie juridiquement libre du nomadisme. Ils
sont prêts à se révolter contre toute espèce d'oppres-
sion et, en particulier, contre l'emprise de tout État
qui, comme l'Empire romain, essaie de les refréner dans
leurs déplacements, de leur imposer des impôts ou
d'empêcher les vols qu'ils commettent par besoin ou
par occasion. Dans les heures de disette ou de crise, éco-
839 CIRCONCELLIONS D'AFRIQUE (LES) — CIRENCESTER 840
nomique, politique, sociale ou religieuse, ce sont des i
agents de propagande tout naturels, disposés à se faire j
les instruments actifs de toutes les espèces de revendi- j
cations, pour peu qu'on les y excite dans les longues |
conversations qui suivent les travaux de la journée au-
tour de la villa dominica, circum cellas; ils reçoivent les
confidences des petites gens des campagnes, les colpor-
tent un peu partout et finissent par devenir, passagè-
rement et fortuitement, les champions d'une cause plus
sociale que religieuse, le donatisme. De là, les noms
qu'ils reçoivent pendant cette période très agitée de
l'histoire d'Afrique : circoncelliones, agonisiici, duces
sanctorum.
Cette thèse de M. Ch. Saumagne nous paraît en tout i
point défendable et semble bien apporter la véritable
solution à ce problème tant débattu de la nature des
circoncellions. Cependant elle demande encore une lé-
gère mise au point. L'auteur voit un peu trop la ques-
tion à travers les choses de Tunisie. Ces nomades dont
il nous parle, il faudrait les replacer dans leur véritable
cadre, la Numidie et l'Aurès. Bien des détails de leur
histoire, et spécialement certains actes de sauvagerie I
qui leur sont imputables, trouveraient alors leur expli-
cation toute naturelle.
C'est en souvenir du rôle que cette classe de la so-
ciété numide aura joué aux iv<^-v« s. que l'on nommera i
également circoncellions les moines errants et vaga-
bonds que l'on rencontrera en Afrique et en Espagne
au vi« s. (Isidore de Séville, De eccles. off., II, xvi, 7).
Pour plus de détails et pour la bibliographie des sources
et des ouvrages les plus récents, voir : F. Martroye, art.
Circoncellions, dans D. A. C. L., m, 1692-1710, et les quel-
ques nouveautés citées par Ch. Saumagne, art. cit., p. 351,
note 1.
J. Ferron.
CIRENCESTER (Sainte-Marie), abbaye au-
gustinienne. Les chanoines réguliers de S. -Augustin fu-
rent introduits à Cirencester à la place de chanoines sé-
culiers, qui desservaient une église dont il n'est pas aisé !
de déterminer l'origine, mais qui existait certainement
au xi« s., sous le règne d'Édouard le Confesseur. En
1117, le roi Henri I" fit bâtir une nouvelle église et un
monastère : les travaux étaient suffisamment avancés
en 1131 pour que les chanoines prissent possession des
bâtiments, et Serlon, leur premier abbé, fut béni cette
année-là. La charte conférant à la nouvelle fondation
les biens de l'ancien doyen de Cirencester, Regenbald, ;
grand pluraliste, et quelques autres possessions, est da-
tée de 1133. Une rente viagère était assurée aux cha-
noines séculiers sur leur prébende.
L'abbaye dépendait au spirituel de l'évêque de Wor-
cester, à qui, en tant qu'Ordinaire, revenaient cer-
taines fonctions liturgiques et le droit de visite. Les
procès-verbaux de ces visites canoniques sont à peu
près tout ce que nous avons pour juger de l'état de l'ob-
servance : on n'en peut donc présenter qu'un tableau
fort incomplet, relevant un certain nombre d'abus qui,
à des époques diverses, durent être corrigés, gardant le
silence sur la régularité et la ferveur qui régnaient à
certains moments et, pouvons-nous conjecturer, l'em-
portaient de loin sur quelques erreurs qui, par leur
nature même, avaient attiré l'attention. Celles-ci sont
le petit nombre. En 1276, lors d'une visite de l'évêque
Gifïard, le prieur, William de Haswell, est accusé de
mauvaise vie et surtout de dilapidation; en 1298, le
même évèque restitue à l'abbaye une église dont elle
était propriétaire, mais qui avait été perdue par le né-
potisme d'un abbé. A plusieurs reprises, des bruits fâ-
cheux circulent sur le compte des chanoines. En 1325,
par ex., quelque temps après une visite au cours de la-
quelle il n'avait rien trouvé de répréhensible, l'évêque
Cobham invite l'abbé à mettre bon ordre à quelques ir-
régularités : celles-ci sont corrigées sans nouvelle inter-
vention épiscopale. De même, en 1351, l'évêque Tho-
resby écrit à l'abbé pour lui enjoindre de redresser cer-
tains égarements, insistant principalement sur le de-
voir de résidence des chanoines et sur la reddition des
comptes par les officiers. Sans doute l'abbé d'alors,
Hereward, qui touchait au terme de sa carrière (1335-
52), avait-il manqué de fermeté. Il s'était par ailleurs
acquis bien des titres à la reconnaissance des siens, en
éteignant les dettes de son monastère, en construisant
une nouvelle nef à l'église, en faisant bâtir des maisons
dans les tenures. En 1378, lors d'une visite, l'évêque
Wakefield constata que l'abbé Nicolas d'Ampney
avait, par défaut d'énergie, laissé s'introduire le relâ-
chement, et prit des mesures sévères contre plusieurs
titulaires d'offices, exigeant leur remplacement et leur
imposant, avec de salutaires pénitences, une stricte ré-
sidence. Six ans plus tard, l'archevêque de Cantorbéry,
Courtenay, trouve tout en ordre. Mais en 1389, le cha-
pitre général délègue les abbés de Lanthony Secunda
et d'Oseney pour une visite canonique en vue de réfor-
mer certaines infractions.
En cas de vacance du siège de Worcester, le prieur
cathédral prétendait à la juridiction dans le diocèse.
C'est ainsi qu'en 1307 il déclara nulle, sans doute pour
vice de forme, l'élection d'Adam de Brockenborough,
mais, reconnaissant les vertus et la capacité de l'élu
des chanoines, il le nomma lui-même abbé. Les cha-
noines ne semblent pas avoir beaucoup aimé cette ju-
ridiction et plusieurs fois ils cherchèrent à l'éluder. En
1302, lorsque le prièur de Worcester se présente pour
procéder à la visite canonique, il est éconduit, parce
que le monastère a déjà été visité deux fois en deux ans.
En 1346, le refus est plus qualifié : on prétend que
l'abbaye ne doit être visitée que par un légat pontifical,
par l'archevêque ou par l'évêque diocésain. Peu après,
un accord eut lieu et les droits du prieur de Worcester
furent strictement définis.
Au temporel, l'abbaye était fortement établie. Du-
rant les cent vingt premières années de son existence,
elle acquit pratiquement tous les droits sur la ville :
d'abord, sous Henri II, l'abbé et le couvent tinrent à
ferme le manoir de Cirencester; en 1190, ils achetèrent
de Richard 1"^' la ville et le manoir; en 1203, l'abbé ac-
quit le droit d'exclure le shérif de ses libertés, sauf pour
les plaids de la Couronne; en 1222, Henri III autorisa
l'abbé à construire une prison. Le commerce de la
ville était entièrement sous le contrôle de l'abbé, qui
touchait les revenus du marché hebdomadaire. En
1215, l'abbé obtint le droit de tenir une foire de huit
jours à la Toussaint; et, en 1253, un autre privilège
royal autorisait la tenue d'une seconde foire de huit
jours à la fête de S. Thomas Martyr.
On devine que des droits si étendus devaient un jour
ou l'autre susciter le mécontentement des citadins. Au
début du xiv« s., sous l'abbatiat d'Henri de Hampto-
net, l'abbaye fut en difficulté avec la ville. Les habi-
tants portèrent plainte contre ce qu'ils considéraient
comme des exactions exorbitantes du monastère. Le
tribunal établit que c'était affaire de tenure : con-
vaincus d'avoir porté une plainte injustifiée, ils furent
condamnés à payer 100 marks à l'abbé. En 1342-43,
les gens de Cirencester accusèrent l'abbé et ses prédé-
cesseurs d'avoir empiété sur les droits du roi et les
leurs. L'abbé composa avec le roi pour une somme de
f 300, et obtint une charte définissant et confirmant
ses franchises. En 1385, les habitants de la ville atta-
quèrent l'abbaye : l'intervention de Richard II les con-
traignit à lâcher prise. Mais, en 1400, ayant rendu ser-
vice à Henri IV en écrasant la rébellion des comtes de
Salisbury et de Kent, ils profitèrent de cet avantage
pour présenter leurs doléances contre l'abbé et ses pré-
décesseurs. Le roi différa le jugement : on ne sait quel
en fut le résultat. En 1403, les citadins demandèrent
841 CIRENCESTER — CIRTA
842
au roi l'autorisation de former une corporation de mar-
chands, qui leur donnerait les droits exclusifs de com-
merce dans la ville. Après enquête, et bien que douze
chevaliers eussent soutenu les franchises de l'abbé, le
roi accorda la charte demandée : l'abbé n'avait plus
qu'à s'incliner. Les citadins n'étaient toutefois point
dispensés de leurs obligations de service et de cour.
En 1409, l'abbé obtint une nouvelle confirmation des
chartes concernant les terres, manoirs et libertés de
l'abbaye; l'année suivante, confirmation du droit des
foires. En 1413, il Tit saisir quelques citadins pour des
services qu'on lui devait : des bagarres eurent lieu.
Henri IV mourut le 20 mars : le 5 juin, l'abbé obtint
une nouvelle ampliation de l'acte de 1225, définissant
les services des tenanciers des manoirs. Toute résis-
tance de ceux-ci devenait ainsi inutile. L'abbé pour-
suivit plusieurs citadins pour services refusés durant
treize ans et obtint des dommages importants. En
1414, du consentement de l'abbé, le jeune roi Henri V
accorda un pardon général. Quatre ans plus tard,
l'abbé demanda que la charte de Henri IV accordant
aux citadins leur corporation marchande fût révoquée
comme contraire aux droits antérieurs de l'abbaye : la
chancellerie royale reconnut le iiien-fondé de la de-
mande et y fit droit.
L'abbaye connut d'autres diincultés économiques
que celles qui lui venaient de la ville : en plusieurs occa-
sions, il fallut composer avec la Couronne. Il y eut au
moins une transaction en faveur des chanoines : en
1306, le convent obtint le droit de conserver la garde
et la propriété du monastère durant la vacance du
siège abbatial, moyennant versement d'une somme de
£100 par trois mois de vacance. En d'autres circons-
tances, il fallut payer des amendes pour non-observa-
tion des prescriptions royales. Ainsi, en 1313, pour
avoir acquis en mortemain, sans autorisation royale,
une certaine quantité de terrain, il fallut payer une
somme de £ 200 pour le pardon royal; l'année sui-
vante, de semblables délits coûtèrent encore £ 20 et £ 5.
L'histoire de l'abbaye durant le dernier siècle de son
existence est fort obscure. En 1534, l'abbé et vingt
chanoines souscrivirent l'acte de suprématie royale. Le
19 déc. 1539, ils rendirent leur maison aux commis-
saires royaux et reçurent des pensions. Le monastère
et ses bâtiments furent vendus le 11 mai 1540 à Roger
Basinge, esquire, pour être démolis.
Le Valor ecclesiasticus de 1535 indiquait un revenu
net de £ 1051, 7s., 1 1/4 d.; celui de 1539 ne marque
plus que £972, 0 s., 4 d. Le nombre des chanoines varia :
en 1307, lors de l'élection d'Adam de Brockenborough,
ils étaient 40; lors d'une visite, en 1428, ils étaient 24.
Notons encore que l'abbé obtint le privilège de la mitre
en 1416.
Il ne semble pas que les chanoines de Cirencester
aient brillé dans le domaine des lettres. On peut tout
juste citer le nom d'Alexander Neckam, abbé de 1213
à 1217, qui avait étudié à Paris et enseigné à Duns-
table et à S.-Albans; on possède de lui un traité De
naturis reriim, sorte de manuel des sciences qui a été
publié dans les Rolls Séries, par Th. Wright (Londres,
1863), ainsi qu'un long poème De laudibus divinae sa-
pienliae.
Liste des abbés. — Serlon, 1131. — Andrew, 1147. — •
Adam, 1176. — Robert, 1183, mort la même année et
remplacé par un autre Robert. — Richard, 1187. —
Alexander Neckam, 1213. — Walter, 1217. — Hugh
of Bampton, 1230. — Roger of Rodmarton, 1238. —
Henry de Munden, 1266. — Henry de Hamptonet,
1281. — Adam Brockenborough (ou Brockenbury),
1307. — Richard of Charlton, 1320, démiss. 1335. —
William Hereward, 1335. — Ralph of Estcote, 1352. —
William de Marteley, 1358. — William de Lynham,
1361. — Nicholas of Ampney, 1363. — John of Leck-
hampton, 1393. — William Best, 1416. — William
Wotton, 1429. — John Taunton, 1440. — William
George, 1445. — John Sobbury, 1461. — Thomas
Gompton, 1478. — Richard Clive, 1481. — Thomas
Aston, 1488, démiss. 1504. — John Hackton (ou Hake-
burn), 1504. — John Blake, vers 1522.
On ne possède pas de chronique de Cirencester; un cartu-
laire se trouve à Thirlstane House, Cheltenham; voir les
registres des évêques de Worcester. — • Chapters oj the Aii-
gustinian caiion.i, éd. H. E. Salter, Oxford, 1922. — Bristol
and Glnucestershire archaeological society transactions. — W.
Dugdale, Monasticon anglicanum, vi, Londres, 1846, p. 175-
79. — • Rose Graham, dans The Victoria hist. of the county
oj Gloucester, ii, Londres, 1907, p. 79-84. — W. St. Clair
Baddeley, A history of Cirencester, Cirencester, 1924, passim.
A noter, dans ce dernier ouvrage, p. 111-17, extraits d'un
fragment de cartulaire de Cirencester, xii» s. (41 notes);
p. 165-68, titres des principaux documents des registres A
et B de l'abbaye (xii=-xiii" s.); p. 168-70, liste des livres à
chaînes de l'abbaye actuellement conservés à la biblio-
thèque de la cathédrale de Hereford (10 vol.) et à la Bod-
léienne, à Oxford (également 10 vol.).
H. Dauphin,
CiRON (Innocent de), jurisconsulte français
(t vers 1650). Voir D. D. Can., m, 745.
CIRTA. Sous l'Empire romain, la ville de Cons-
tantine a porté successivement deux noms : du règne
d'Auguste à celui de Constantin, la cité s'est appelée
Colonia Cirta, puis, sous Constantin, apparaît la déno-
mination qui s'est maintenue jusqu'à nos jours : Cons-
tantine. L'histoire de Constantine chrétienne se con-
fond avec la période qui suit la paix de l'Église, tandis
que l'histoire de Colonia Cirta chrétienne est celle du
premier développement de l'Église dans le chef-lieu
de la « Confédération des quatre colonies ».
Le christianisme à Colonia Cirta ne peut être étudié
avec des documents archéologiques qui, tous posté-
rieurs, intéresseront Constantine; il se trouve évoqué
dans six textes seulement.
Le premier texte est un des chefs-d'œuvre de l'apo-
logétique, YOdavius de Minucius Félix (éd. P. L., m,
239-376; J. P. Waltzing, Louvain, 1903; Bruges, 1909;
Leipzig, 1912). Des deux interlocuteurs du dialogue,
l'un, Caecilius Natalis, apparaît dans l'épigraphie de
Colonia Cirta (C. /. L., vin, 6996-7094, 7095, 7096, 7097,
7098). La question controversée est de savoir si l'on
doit rapprocher le personnage mentionné dans les ins-
criptions cirtéennes de l'homme mis en scène par Minu-
cius Félix. P. Monceaux a soulevé la difficulté suivante :
« Le personnage qui a rempli à Cirta tant de charges
municipales, et qui y élève tant de monuments, devait
habiter cette ville. Or l'ami de Minucius Félix est fixé à
Rome » (P. Monceaux, Hist. litt. de l'Afrique chrét., i,
476). Mais Gsell fait remarquer qu'en qualifiant Fron-
ton de Cirtensis noster (c. ix, 6), le Caecilius Natalis de
VOctauius se dévoile (St. Gsell, art. Constantine, dans
D. A. C. L., m, 2713-32). Cependant P. de Labriolle
conclut, avec peut-être trop de prudence : « Certaines
difficultés rendent pourtant l'identification incertaine
et il n'y a pas lieu de trop insister » (P. de Labriolle,
Hist. de la litt. M. ctirét., p. 150).
Le deuxième texte est un procès-verbal de la séance
du concile de Carthage du 1" sept. 256 (éd. Hartel,
dans C. S. E. L., m, 441 : sententiae episcoporum nu-
méro LXXXVIf de haerelicis baptizandis). Parmi les
évêques, se trouve Crescens de Cirta, seul évêque de
cette ville dont l'existence soit connue avec certitude
au iii« siècle.
Le troisième texte est la Passion des SS. Jacques et
Marien écrite par un de leurs compagnons (Ruinart,
Acta primorum martyrum sincera, éd. de 1689, p. 225-
32). Le récit se passe en 259, lors de la persécution de
Valérien. Le diacre Jacques et le lecteur Marien sont
843
CIRTA
— CISAMUS
844
arrêtés au faubourg de Muguas et amenés à Colonia
Cirta, pour y répondre du crime d'avoir accueilli les
évêques proscrits Agapius et Secundinus. Leur procès
se termine à Lambèse, où ils sont condamnés à mort
par le gouverneur (P. Monceaux, op. cit., ii, 153-65). St.
Gsell, qui a étudié cette Passio, pense que ces deux
chrétiens ont été exécutés à Lambèse même (St. Gsell,
dans Rec. de la Soc. archéol. de Constantine, xxx, 1895-
1896, p. 212-17); cependant l'inscription gravée sur le
rocher de Constantine, quoique rédigée en pleine épo-
que byzantine, se comprend mal dans le site où elle se
trouve, si elle ne commémore pas le lieu où ces saints
subirent le martyre.
Le quatrième texte est un procès-verbal relatant les
perquisitions et saisies opérées, le 19 mai 303, par le
curateur Munatius Félix, premier magistrat de la ville
(P. L., VIII, 727-42, et éd. Ziwsa, dans C. S. E. L., xxvi,
185-97; cf. P. Monceaux, op. cit., m, 93-96; trad. par
Gsell, dans art. Constantine du D. A. C. L., loc. cit.). Ce
document est capital par l'abondance des détails qu'il
renferme sur l'organisation de l'Église cirtéenne à l'épo-
que de Dioclétien. Il révèle les noms de l'évêque Pau-
lus, des prêtres Montanus, Victor, Deusatelius, Menio-
rius; des diacres Mars et Helius; des sous-diacres Mar-
cuclius, Catullinus, Silvanus, Carosus; des lecteurs Eu-
genius, Félix, Victorinus, Propectus, "Victor, Euticius
de Césarée, Coddeo. L'inventaire des objets saisis men-
tionne des calices d'or et d'argent, des burettes d'ar-
gent, un bassin d'argent, deux grands chandeliers, des
petits lampadaires de bronze, des lampes de bronze,
des tuniques de femmes, des voiles, des tuniques
d'hommes, des paires de chaussures d'hommes, des
paires de chaussures de femmes, des coplae rus-
tiques.
Les derniers documents se rapportant à Colonia
Cirta concernent également le début du iv« s. L'en-
quête dirigée en 320 par le gouverneur de Numidie
contient une déposition qui rappelle les circonstances
de l'élection, en 305, du successeur de l'évêque Paulus,
mort peu après la perquisition de son église. Le sous-
diacre Silvanus fut élu par surprise et son élection fut
confirmée grâce à l'appui du bas peuple de la ville. Il
fallut sacrer le nouvel évêque et on possède le compte
rendu de cette ordination épiscopale. Ce compte rendu
est improprement appelé : Actes du concile de Cirta
{Gesta apud Zenophilum, éd. Ziwsa, 192-96). Assis-
taient à cette réunion les évêques Secundus de Tigisi,
primat de Numidie, Donatus de Mascula, Victor de
Rusicade, Marinus à'Aquae Tibilitanae, Donatus de
Calama, Purpurins de Limata, Victor de Garbe, Félix
de Rotarium, Nabor de Genturionis, Secundus Minor.
Il faut placer le 5 mars 305 cette assemblée (P. Mon-
ceaux, op. cit., m, 101) qui eut lieu dans une maison
particulière, celle d'LIrbanus Donatus d'après S. Au-
gustin (S. Augustin, Contra Cresconium, III, xxvii, 30;
Epist., LUI, 2, 4), celle d'Urbanus Carisius d'après Op-
tât (Optât, I, xiv).
Silvanus occupa longtemps le siège de Cirta. Il par-
ticipa, en 312, au fameux concile des évêques numides
réunis à Carthage et d'où sortit le schisme donatiste.
Bien que l'événement date du règne de Constantin,
Silvanus est encore mentionné comme « évêque de
Cirta >• par S. Augustin, dans son Contra Cresconium.
Le dossier concernant les actes du concile de 312 clôt
l'histoire du christianisme à Colonia Cirta. L'histoire
de Constantine chrétienne s'inaugure avec le triomphe
du donatisme en cette ville.
Liste des évêques (cf. H. Jaubert, Anciens évêchés et
ruines chrétiennes de la Numidie, dans Rec. de la Soc.
archéol. de Constantine, 1912, p. 6-7). — Crescens, as-
siste au concile de Carthage en 256. — Paulus, dirige
l'Église lors de la persécution de Dioclétien. — Silva-
nus, élu en 305, assiste au concile de Carthage en 312.
i — Rien n'indique qu'Agapius, mentionné dans la Pas-
sio des SS. Jacques et Marien, ait été évêque de Colonia
Cirta.
A. Berthier.
! CISAMUS (Kîaapos, Kîcrcrauoç), évêché de Crète,
dépendant de Cnossos, puis de Gortyne. On ne saurait
dire à quelle époque cette petite ville fut dotée d'un
évêché, car le premier titulaire connu n'apparaît qu'à
j la fin du vn« s. Il est probable cependant qu'elle en eut
un d'assez bonne heure, quand l'évangélisation de l'île
fut assez avancée. La domination vénitienne (1204-
1645) supprima tous les évêchés grecs et, par le fait
\ même, celui de Cisamus, pour leur substituer des évê-
! chés latins. Cisamus eut ainsi une succession de titu-
j laires occidentaux jusqu'à la conquête de l'île par les
Turcs.
I Liste des évêques grecs. — Elle est très incomplète,
même dans la période moderne. Nicétas (Le Quien dit
i par erreur Théopemptus) assista au concile in Trullo
(691-92) (Mansi, xi, 996 A). — Méliton prit part au
I IP concile de Nicée (787) (ibid., xiii, 145 A, 392 A). —
Gérasime Paléocapas, évêque de Cisamus et Séiinos,
fut agréé par les Vénitiens, bien qu'il fût grec; il mou-
rut en 1590 {Rev. des éludes grecques, xx, 241). — Après
la conquête turque, l'évêché fut rétabli sous le double
titre de Cisamus et Séiinos qui se conserva jusqu'en
1831. — Philothée est dit ancien évêque en 1684. —
Gérasime II, 18 mai 1711-25. — Parthenius, 1725-
5 juin. 1731. — Anthime, ?. — Parthenius II, 1751-70.
— Sophrone, nov. 1777-1796. — Gédéon, ?. — Ignace,
?. — Séraphin, ?-t avant janv. 1818. — Melchisédech,
janv. 1818; pendu par les Turcs le 19 mai 1821. — La
population ayant beaucoup diminué à la suite des mas-
sacres perpétrés parles Turcs, l'évêché fut uni pendant
dix ans à celui de Cydonia (1831). — Callinique, 1850
(Rhalli et Potli, ZOvTotyna tcôv iepcov kovovcov, v, 516).
— Gérasime III, avr. 1860-avant juin 1868. — Misaël,
28 juin 1868-déposé le 28 juin 1875. — Panarétos, 28
juin 1875-avant le 30 nov. 1886. — Parthenius III,
30 nov. 1886-avant févr. 1893. — Dorothée, 1893-
1903. — Anthime Lélédakès, 20 juill. 1903-t 17 août
I 1935. — Chrysostome Anghélidakès, 18 janv. 1936-t
I 13 juin 1937. — Eudocime Syngkelakès, mars 1938.
L'éparchie ou diocèse comprend les deux districts de
Kisamos et de Séiinos, avec 34 000 fidèles, 170 églises
paroissiales et seulement 62 prêtres séculiers; il existe
deux monastères. La résidence de l'évêque est à Cas-
telli-Kisamou.
Hiérarchie latine. — Les Vénitiens établirent un évê-
ché catholique à Cisamos, après en avoir expulsé le ti-
tulaire grec. On connaît deux douzaines de prélats oc-
cidentaux qui occupèrent ce siège, mais, pour plu-
sieurs d'entre eux, la chronologie est quelque peu in-
certaine. Vers 1575, le diocèse n'avait plus guère d'im-
portance; aussi l'évêque de Famagouste, Jérôme Rag-
gazoni, qui y fut nommé après la prise de Chypre par
les Turcs, ne fut pas remplacé quand il fut transféré à
Novare (19 sept. 1576). Le premier évêque dont on
connaisse le nom est Tantusbonus, vers 1305. — Bel-
leti, ?-t 1346. — Guillaume Maurococchi, O. F. M., 20
sept. 1346. — Nicolas, O. F. M., ?-t 1349. — Guillaume
Emergar, O. F. M., 17 juin 1349-?. — Jean, 9 août 1361-
1363. — Simon de Venise, 17 avr. 1364. — Aicard de
Lasale, O. S. A., 8 juin 1366-t 1370. — Marc Marcello,
3 mars 1371-t 1383 (?). — Pierre de Lerino, O. F. M.,
11 juill. 1383. — Ange Barbadigo, ?-31 juill. 1405. —
Antoine, 13 oct. 1406-t 1410 (?). — Léon izeno, 31 janv.
1411. — François Orsini, nommé par Grégoire XII,
1406-15. — Nicolas de Molino, 18 févr. 1429-t 1439. —
Barthélémy Maurizio, 8 janv. 1440-t 1441. — Manuel
Rosi, 17 nov. 1441-t 1473. — Thomas de Ca.ssinis, 4
juin 1473-t 1495. — Antoine Savina, 27 janv. 1496-98.
— Dominique d'Alep, 3 août 1498-1524 (?). — Michel
845 CISAMUS —
Zono, 17 oct. 1524-37. — Augustin Steucho, 11 janv.
1538-t 1547 (?). — Prosper Santa-Croce, 22 mars 1548-
1572. — Jérôme Raggazoni, 1572-19 sept. 1576, der-
nier évêque résidentiel.
Évêques titulaires. — Fortuné Bisleti, 1700-?, auxi-
liaire à Venise. — Michel-Anselme Alvarez de .\breu y
Valdes, 22 avr. 1749-62, auxiliaire à Puebla. — Joseph
Casquete de Prado y Bootello, O. S. Jac, mars 1798-
t 2 févr. 1838, prieur d'Uclès. — Dominique Mayer,
1" oct. 1863-t 4 mai 1875, chapelain de l'armée autri-
chienne à Vienne. — Adrien Rouger, laz., 26 août
1883-t 31 mars 1887, vie. apost. du Kiang-Si méridio-
nal. — Thomas Wilkinson, 15 mai 1888-28 déc. 1889,
auxiliaire à Hexham. — Jacques Moor, 1890, refuse. —
Charles Graham, 25 sept. 1891-26 oct. 1902, coadj. à
Plymouth. — Jean Mouradian, arménien, 7 août 1905-
t 11 juin. 1911. — Henri Joeppen, 27 oct. 1913-t 22
févr. 1927, aumônier de l'armée prussienne. — Louis
Budanovic, 28 févr. 1927, administr. de la Backa.
Le Quien, ii, 691-92; in, 927-30. — Fl. Cornehus, Creta
sacra, ii, Venise, 1755, p. 159-67. — Biirchner, dans Pauly-
Wissowa, XI 516. — MsyàAri ÈAXriviKfi èyKUKAoTraiStia,
XIV, 461. — C. Eubel, l, 192; ii, 142; m, 182. — Ann. pont.,
1916, p. 391. — Germain de Sardes, 'EiriCTKOTTiKoi KaTàXoyoi
TÛv "EKKAtiaicov KpriTris, AcoSsKavi^aou Koi tcôv Xoittcôv èXXT|-
viKc5v vr]CTCov, dans 'EKKXTiaiaoriKÔs Oàpoç, xxxiv, 1935,
p. 80-89, 292-300.
R. Janin.
CISC ISSUS (KiCTKiaoç, Kiokictctôç), évêché de la
province de Cappadoce P*, dépendant de Gésarée. Cette
bourgade a été identifiée avec le village de Keskin. Elle
fut dotée d'un évêché, sans doute au iv^ s., au moment
où la province fut partagée en deux. Le premier titu-
laire qu'on lui connaît n'apparaît qu'à la fin du vii« s.
Cependant Ciscissus figure déjà sur la liste du Pseudo- i
Épiphane, vers le milieu de ce siècle (H. Gelzer, Unge- j
druckte und ungenûgend verôfjentlichte Texte der Noti- !
tiae episcopaluum, dans Abti. der kônigl. baifer. Akad. '
der Wiss., CL, t. xxi, iii« sect., Munich, 1900,
p. 536).
Platon assista au concile in Trullo (691-92) (Mansi,
XI, 993 G). — Sotérichos prit part au II« concile de Ni- ;
cée (787) (il)id., xii, 994 E, 1098 A; xiii, 385 C). Le
titre ne semble pas avoir été conféré dans l'Église ro-
maine, bien qu'il figure dans la liste de la Gonsisto-
riale. i
Le Quien, i, 393-94. ■ — Ruge, dans Pauly-Wissowa, xi
516.
R. Janin.
CISMAR, Cismarense, abbaye de bénédictins sous
le vocable de S. Jean l'Évangéliste et, plus tard, de
Notre-Dame, dans le dioc. de Liibeck (Schleswig-Hol-
stein), près d'Oldenbourg. Henri, évêque de Lubeck
(1173-1182), qui fut moine de S. -Égide de Brunswick,
fonda ce monastère à l'intérieur de sa ville épiscopale,
avec -Arnold comme premier abbé. Il consacra l'église
en 1174. En 1237 ou 1245, les moines s'établirent à
Cismar, tandis que la maison de Lùbeck passait aux
cisterciennes : d'où de longues contestations au sujet
de sa possession. — L'observance, à cette époque,
n'était pas fervente à Cismar; aussi Innocent IV dé-
cida-t-il d'y introduire la réforme cistercienne, projet
qui ne se réalisa pas. En 1436, les moines de C. s'afTi- ]
lièrent à la congrégation de Bursfeld. Ils furent chassés
par la Réforme protestante, en 1543, et leur maison fut
supprimée en 1560. Cependant Bursfeld maintint ses
droits. En 1628, une convention cédait C. aux bénédic-
tins anglais; mais ceux-ci, semble-t-il, n'en ont jamais
pris possession. — Au Moyen Age, G. était un lieu de
pèlerinage célèbre. L'église, remarquable, est une cons-
truction en briques; elle fut édifiée vers 1300. Bien
qu'elle ait subi plusieurs transformations, le chœur et
le maître-autel (début du xv» s.) ont été conservés.
CISNEHOS 84(j
B. Albers, Zur Gescttichte des Lûbecker Benedikliner-
klosters Cismar, dans Stndien O. S. B., 1895, p. 438-51. —
Cottineau, i, 786. — L. T. K., ii, 970. -- H. Schrôder, Der
Hochaltar des ehem. Benediktiner klosterkirche zu C, dans
Der Wageii, 1936, p. 82-89.
R. Van Doren.
CISNEROS (Gakcia Ximénez de), abbé du
Montserrat, t 1510. Principalement connu par son
Exercitatorio et la longue polémique que provoqua cet
ouvrage; il occupe une place unique dans l'histoire de
son abbaye et joua un rôle important dans celle de la
congrégation bénédictine de Valladolid.
I. Sa vie et son activité de réformateur. — Né
à Cisneros (dioc. de Léon), en 1455 ou plus probable-
ment en 1456, cousin germain du célèbre cardinal Xi-
ménez, il était l'héritier d'une famille noble, bien qu'un
peu déchue. Nous ne savons rien de sa jeunesse, ni de
ses études. En 1475, il entra au monastère de S. -Benoît
de Valladolid, fondé en 1490 par Jean l", roi de Cas-
tille et de Léon. Ce monastère se distinguait par une ob-
servance austère; ses moines, gouvernés par un simple
prieur, étaient astreints à une clôture perpétuelle; il
atteignait alors l'apogée de sa renommée.
En 1488, Cisneros fut nommé prieur en second et
prit place dans le conseil des seniors; avec le prieur ma-
jeur, ce conseil gouvernait les monastères qui, sans for-
mer encore une véritable congrégation, étaient plus ou
moins soumis à Valladolid. Fondés ou réformés par ce
dernier, ces quelques monastères lui étaient unis par
des liens divers; tous cependant étaient d'accord pour
se plaindre de la « tyrannie >■■ de Valladolid. C'était un
monde bruyant et remuant : on plaidait, on se révol-
tait. En 1489, le nouveau prieur, Juan de S. Juan, réu-
nit en chapitre général tous les supérieurs; cependant
lui et ses conseillers se réservaient le droit de dire le
dernier mot; ils édictèrent une ébauche de constitu-
tions communes; ils se méfiaient des autres monas-
tères. Cisneros fut envoyé à la Cour pontificale et ses
démarches furent couronnées de succès. Il obtint no-
tamment une bulle d'Innocent VIII (19 mars 1490),
qui déclarait le prélat de Valladolid prieur général,
avec autorité sur tous lés monastères qui lui étaient
soumis; les prieurs de ces maisons devaient, avant
d'être confirmés, jurer obéissance et soumission à celui
de Valladolid; dans la formule de profession, ils pro-
mettraient obéissance au prieur de Valladolid tamquam
capiti principali, et deinde vobis N. priori praesentis
monasterii, eidem priori générait subiecto, etc. (Privi-
légia praecipiia..., Valladolid, 1595, fol. 126-30). C'était
une victoire, mais éphémère. Les monastères dépen-
dants, surtout ceux d'Ofia et de Burgos, agissaient de
leur côté. Une bulle fut obtenue, d'après laquelle tous
interviendraient dans l'élection du prieur de Vallado-
lid. Bien plus, dans deux chapitres particuliers tenus à
Fromista (1490) et à Burgos (1491), on tenta de boule-
verser l'ordre existant en supprimant les prérogatives
de Valladolid. Les délégués de ces monastères étaient
à Rome : il fallait agir vite. On s'entendit; mais S. -Jean
de Burgos prétendait aller jusqu'au bout. Cisneros et
Juan de Tudela furent une nouvelle fois chargés d'aller
à Rome pour défendre les intérêts de S. -Benoît de Val-
ladolid.
Cisneros fut détourné de ce voyage à cause d'une
nouvelle mission qui lui fut confiée. Ferdinand II dési-
rait depuis longtemps relever Montserrat. Ce monas-
tère avait beaucoup souffert de la guerre des remenses.
D'autre part, tous les documents de l'époque mention-
nent les foules de pèlerins qui y accouraient de plu-
sieurs pays d'Europe. Les bâtiments étaient insuffi-
sants; les moines, trop peu nombreux. Ferdinand rê-
vait d'une grande abbaye. C'était aussi l'ambition du
nouvel abbé, Jean de Peralta (1483-93), qui faisait de
son mieux à cette fin. H avait porté la communauté et
847
CISNEROS
848
la familia au maximum prévu par les statuts : 12 moi-
nes, 12 ermites, 12 chapelains, 12 « donnés », 12 petits
chantres; il posa la première pierre d'un nouveau mo-
nastère et fut le premier à parler de réforme. Il man-
quait cependant de religieux, car fort peu voulaient le
suivre. On chercha ailleurs : d'abord à Ste-Justine de
Padoue, puis à Valladolid. La congrégation italienne
ne voulait pas envoyer de moines, fût-ce même pour
peu de temps; Valladolid exigeait de trop grands sacri-
fices : l'annexion pure et simple. Finalement le roi ac-
cepta les conditions de Valladolid. La bulle d'Alexan-
dre VI, qui annexait le Montserrat à Valladolid, est da-
tée du 19 mars 1493. On venait de la recevoir à la cour,
qui séjournait à ce moment à Barcelone, quand Cisne-
ros et Tudela, en route pour Rome, y arrivèrent en vue
d'y traiter avec les rois de quelques affaires. Ferdi-
nand, qui depuis longtemps attendait des moines de
Valladolid, les envoya aussitôt prendre en mains l'ad-
ministration du Montserrat (23 avr.). Le 28 juin, le
prieur de Valladolid prenait personnellement posses-
sion du monastère, avec 14 moines; le 3 juill., Cisneros
en était élu prieur.
Comme prieur d'abord, comme abbé à partir de
1499, Cisneros présida aux destinées du Montserrat
pendant dix-sept ans, c.-à-d. jusqu'à la fin de sa vie.
Il ne saurait être question de détailler ici son activité
de prélat; de dire comment il poursuivit la construc-
tion de nouveaux bâtiments, redressa le temporel de
l'abbaye, créa une communauté nombreuse, porta le
pèlerinage et la confrérie de N.-D. à l'apogée de sa
splendeur. Au moment le plus critique de l'histoire du
Montserrat, Cisneros eut l'immense mérite de faire face
à une situation toute nouvelle, sans rien changer à la
physionomie séculaire de l'abbaye-sanctuaire. Il y par-
vint en perfectionnant et en élargissant ses vieilles ins-
titutions. Afin de les fixer à jamais, il donna aux di-
verses sections de la familia du Montserrat des consti-
tutions spéciales. Les premières en date sont celles des
ermites (éd. A. M. Albareda, dans Analecta Montserra-
tensia, m, 126-40); alors qu'auparavant ils ne faisaient
que le vœu d'obéissance au supérieur de l'abbaye, Cis-
neros les transforma en véritables religieux, selon l'es-
prit de S. Benoît. Des statuts, courts mais précis, dé-
terminèrent les obligations des « donnés » (Montserrat,
ms. 39, fol. 19-21) et des chapelains {ibid., fol. 22-23).
Les petits chantres de la Vierge attirèrent spéciale-
ment l'attention du législateur, qui leur consacra sa
Régula puerorum et le coutumier qui y fait suite (éd.
H. Plenkers, dans Reu. bénéd., xvii, 1900, p. 371-78).
Dans les Constitidions des moines (Montserrat, ms. 39,
fol. 1-18), il condense les traditions de la maison et
toutes les particularités de son idéal monastique. Insé-
rées dans le coutumier de Valladolid avec certaines ad-
ditions se rapportant à des cérémonies particulières,
elles formèrent le Liber caeremoniarum Montisserrati,
dont on conserve une version latine (Escurial, ms.
Q. III, 3, fol. 1-58 v°) et une autre castillane (Montser-
rat, ms. 46, fol. 1-73 v"). C'est dans les Constitutions
des moines qu'il faut chercher la pensée qui anime
toute l'activité de Cisneros. Le moine est appelé à la vie
spirituelle, contemplative : telle est sa vocation. Pour
progresser dans cette voie, il doit connaître les réalités
spirituelles; Cisneros acheta des livres et installa au
Montserrat même, sous la direction de Jean Luschner,
une imprimerie (1499-1500), d'où sortirent des livres
liturgiques et des traités spirituels, entre autres l'Exer-
citatorio de la vida spiritual et le Directorio de las horas
canonicas, composés par Cisneros lui-même. En même
temps, il organisait de véritables cours de culture spi-
rituelle théorique et pratique, fixant les manuels et
déterminant l'horaire des études et des cours.
En réformant le Montserrat, les rois Catholiques
avaient espéré que les autres abbayes de Catalogne et
même celles d'Aragon allaient suivre cet exemple. Il
n'en fut rien. Cependant les rois persévérèrent dans
leur dessein, et Cisneros fut chargé de poursuivre la
réforme. Nous connaissons deux tentatives faites par
lui en vue de l'introduire dans l'abbaye de Sant Cugat
(4 mai 1503 et 17 juill. 1504). Le 8 févr. 1505, les rois
obtinrent une bulle de Jules II qui transférait à l'évê-
que d'Avila et aux abbés de Valladolid et du Montser-
rat les pouvoirs de visiteurs et de réformateurs de tous
les monastères dépendant des couronnes d'Aragon et
de Castille, pouvoirs confiés jadis par Alexandre VI à
l'archevêque de Messine et aux évêques de Coria et de
Catane. Le rôle de Cisneros fut de réformer la congré-
gation bénédictine, dite des Claustraux (D. H. G. E.,
VI, 206), mais il se heurta à une résistance acharnée.
On fit appel à Rome, où le délégué de Cisneros, Pedro
de Burgos (D. H. G. E., x, 1357-59), voyant de quelles
influences disposaient les abbés commendataires, les
moines claustraux et leurs amis, donna prudemment
le conseil de céder. Cependant, par crainte du roi, les
claustraux consentirent à une transaction avec Cisne-
ros, bien qu'au moment de la réaliser ils en eussent
appelé de nouveau à Rome.
L'action de Cisneros fut bien plus elTicace sur la con-
grégation de S. -Benoît de Valladolid. Au chapitre gé-
néral de 1497, il fut nommé membre d'une commission
chargée de l'unification des livres liturgiques, qu'il fit
par la suite imprimer au Montserrat. Au chapitre géné-
ral de 1500, il eut comme définiteur une large part dans
l'élaboration des constitutions — on peut dire défini-
tives — promulguées par ce chapitre. Bien que de santé
toujours précaire, on ne lui permettait pas de s'absen-
ter des chapitres généraux, où il était régulièrement élu
définiteur ou visiteur, ou les deux à la fois. On avait
confiance dans son expérience, dans son intégrité, peut-
être aussi dans son opposition déterminée aux empiéte-
ments de la communauté de Valladolid. En fait, on
constate que Cisneros devient de plus en plus indépen-
dant à l'égard de l'hégémonie et de la centralisation
excessive que S. -Benoît de Valladolid tendait à main-
tenir. En 1497, une bulle pontificale autorisa les supé-
rieurs des monastères affiliés à Valladolid à reprendre
le titre d'abbés. Cisneros ne le fît pas, mais, de son côté,
il obtint une bulle particulière qui rendait au Montser-
rat le titre abbatial supprimé par Valladolid. Au cha-
pitre général de 1500, il lutta vaillamment pour faire
approuver les constitutions des moines du Montserrat.
Au sujet de la réforme elle-même, ses vues diffèrent de
celles du roi et de l'abbé général, Pedro de Najera. Cis-
neros ne partage pas le zèle outré de ceux-ci; il n'est pas
partisan de la force; il prêche la modération. On re-
marque cette modération et cette compréhension dans
la transaction conclue entre Cisneros et l'abbé claus-
tral de Valvanera, en 1509. La différence des points de
vue se manifesta, au contraire, quand, à la suite d'abus
de pouvoirs commis par l'abbé de Valladolid — sur-
tout dans la réforme de Najera — Jules II sévit et
frappa de censures l'abbé général et, ce semble, la con-
grégation tout entière. On parlait même à Rome de
supprimer celle-ci. Il paraît bien aussi que Cisneros fut
particulièrement frappé par les censures, comme col-
lègue de l'abbé de Valladolid. Le 25 mars 1510, au cha-
pitre général extraordinaire de Valladolid, le père Pe-
dro Muiïoz signait une lettre adressée au roi comme
abbé du Montserrat (cf. E. Pacheco y de Leyva, La po-
litica espanola en Italia..., i, Madrid, 1919, p. 180). Ce-
pendant, ayant démontré à Rome son innocence, Cis-
neros fut rétabli dans sa charge et, le 10 oct., par un
acte public, se soustrayait avec toute sa communauté
à l'obédience de l'abbé de Valladolid.
Ce fut la dernière épreuve, et combien amère. Le zèle
mis à ses réformes et ses austérités avaient miné sa
santé. Il mourut le 27 nov. 1510, et l'on grava sur son
849
CISN
EROS
850
tombeau : Hic iacet jraler Gursias de Cisneros abbas
huius monasterii reformator. On lui donna bientôt le
titre de Vénérable. Le 2 nov. 1599, ses restes furent
transportés dans la nouvelle église, inaugurée cette
année même, bien qu'on eût décidé de ne faire la trans-
lation d'aucune sépulture. •
II. Son œuvre ascétique. — Cisneros ne songea
jamais à devenir écrivain. C'est à la prière instante de
ses moines qu'il publia deux ouvrages anonymes, qui
n'étaient d'ailleurs que des compilations d'auteurs spi-
rituels.
Le Direciorio de lus Iwras canon icas est tout entier
tiré du Rosetum exercitiornm spiritualium de Jean
Mombaer. Il sortit des presses du Montserrat, en espa-
gnol d'abord (.30 sept. 15(10), et plus tard, à la suite de
VExercitatorium, en latin (15 nov. 1500). Son but est
d'aider le débutant à se préparer à la psalmodie, et de
lui présenter des moyens « de se maintenir attentif et
d'élever son âme à Dieu » (prologue). On a souvent
mal interprété la portée de ce livre. Cisneros n'a nulle-
ment voulu changer la règle d'or de S. Benoît : Mens
nostra concordet voci nostrae. La preuve en est que, si le
Directoire est signalé dans les Constitutions des moines
parmi les livres que doivent connaître tous les com-
mençants, ils sont aussitôt invités à étudier les ou-
vrages qui pourront les conduire à la compréhension
des psaumes et de l'offlce divin, tels par exemple les
commentaires de S. Augustin (c. vi). On connaît envi-
ron trente éditions du Directorio.
Mais c'est V Exercilatorio de la vida spiritual qui a
immortalisé Cisneros. Il fut rédigé d'abord en castillan
et traduit ensuite en latin par Hernando de Torque-
mada. Les huit cents exemplaires du texte espagnol et
du texte latin parurent en même temps au Montser-
rat, le 13 nov. 1500. \J Exercilatorio se présente comme
une compilation anonyme, mais Cisneros lui-même
s'en déclare l'auteur dans le c. ii des Constitutions des
moines. Le livre se divise en quatre parties. Dans la
première, après une longue introduction sur la néces-
sité, le fruit et les conditions des exercices spirituels
(c. i-ix), sont décrits les exercices de la voie purgative
(c. x-xix). La seconde partie est consacrée aux exer-
cices de la voie illuminative (c. xx-xxv) et la troisième
à ceux de la voie unitive (c. xxvi-xxx). La quatrième
partie, qui dépasse en longueur les trois autres réunies
(c. xxxi-Lxix), n'est qu'un florilège sur la contempla-
tion. Watrigant, Drinkwelder et Alamo ont décelé les
sources de cette compilation. On y retrouve l'essentiel
de trois ouvrages célèbres : le De spiritualibus ascen-
sionibus, de Gérard Zerbolt de Zutphen; Y Alphabetum
divini amoris, de Nicolas Kempf, et le De monte con-
templationis, de Gerson. On y repère encore des ex-
traits de S. Bonaventure, du Rosetum de Mombaer, de
la Theologia mystica de Hugues de Balma, etc. Cisneros
est fortement influencé par la devotio moderna des frè-
res de la vie commune et des chanoines de Windesheim.
Il est particulièrement tributaire de .Jean Mombaer,
qu'il a peut-être rencontré à Paris lors d'un voyage
qu'il fit à la cour de France pour y négocier la paix au
nom de Ferdinand IL Bien que dans son livre il n'y ait
pas trois lignes consécutives qui soient originales, Cis-
neros eut le grand mérite, non seulement d'avoir publié
le premier traité méthodique de spiritualité en langue
castillane, mais d'avoir fait un choix judicieux et par-
faitement articulé d'excellents passages. H. Watrigant,
qui a étudié le mieux notre auteur, déclare : « Si l'on
considère V Exercilatorio comme livre de formation à là
vie d'oraison (j'ajoute : surtout dans la vie contempla-
tive), ou encore si l'on l'examine au point de vue de son
rôle dans l'histoire de la spiritualité, il est juste de lui
donner un rang d'honneur dans la littérature ascé-
tique » (Quelques promoteurs..., p. 64). Les quelque
trente éditions de V Exercilatorio, espagnoles, latines
françaises, italiennes, allemandes, anglaises et cata-
lanes, qu'on a pu jusqu'ici dénombrer, en disent assez
long sur le succès et l'influence de ce livre. On en a pu-
blié aussi des abrégés, notamment le Compendio brève
de Exercicios espiriluales, sacado de un libro llamado
« Exercilatorio de vida espiritual », qui a eu de nom-
breuses éditions
C'est le Montserrat qui bénéficia le premier de
V Exercilatorio: ses moines étaient tenus de l'apprendre
par cœur et de suivre ses méthodes de prière. Il devint
le manuel officiel de la congrégation de Valladolid, et
il se répandit aussi dans d'autres monastères, surtout
chez les claustraux. Far les moines, son influence
s'exerçait naturellement sur les fidèles. On s'est beau-
coup occupé d'un de ces contacts. Tout au début de sa
conversion, en effet, S. Ignace de Loyola visita le Mont-
serrat. On connaît la scène touchante de la veillée des
armes et quels liens étroits l'unissaient à son confes-
seur, un moine pieux formé à l'école de Cisneros. Quels
rapports y a-t-il entre V Exercilatorio et les Ejercicios
espiriluales, dont S. Ignace entreprit la rédaction aus-
sitôt après sa visite au Montserrat, à Manrèse, ou déjà
au Montserrat même ? On a tant écrit sur cette ques-
tion que l'on ne saurait tout résumer. La controverse
date de la fin du xvi« s. ; elle dégénéra bientôt en lutte
personnelle et passionnée. Le S. -Siège mit à l'Index
une publication de chaque partie : le De religiosa
sancti Ignatii... per patres benediclinos inslitulione...
(Venise, 1641), du bénédictin C. Cajetan, et l'Achates
ad D. Conslantinum Caietanum... (Lyon, 1644), du jé-
suite J. Rho. Au xix^ s., J.-M. Besse orienta les débats
vers la critique textuelle. On a répété mille fois les
mêmes arguments. On a porté des jugements de
toutes sortes; ils dépendent en général de la sérénité
de leurs auteurs. Car la passion n'a cessé de jouer un
rôle dans cette controverse, dont les ennemis de la
Compagnie n'ont pas manqué de se faire une arme
pour l'attaque. D'autre part, « on rencontre encore
aujourd'hui de braves gens pour qui S. Ignace est un
peu comme un météore et les Exercices le fruit d'une
révélation divine » (E. Raitz von Frentz, S. J., Lu-
dolphe le Chartreux et les « Exercices » de S. Ignace de
Loyola, dans Revue d'ascél. et de myst., xxv, 1949,
p. 375). C'est dans cette pensée sans doute que le P. Co-
dina voulait, dans le Los origines de los « Ejercicios es-
piriluales »... (Barcelone, 1926), « laisser bien prouvées
historiquement les origines surnaturelles des Exerci-
ces » (p. ix). Admettre des sources, c'était nier ou mi-
nimiser les origines surnaturelles des Exercices. Pour-
tant, il y a des années déjà, M. P. Groult observait :
" Tout exégète un peu averti n'hésite pas à admettre
aujourd'hui, dans les Livres saints, une part considé-
rable d'éléments humains, et on peut parler des sources
des écrivains sacrés sans s'éloigner de l'orthodoxie »; à
fortiori peut-on parler des sources des écrivains spiri-
tuels (Les mystiques des Pays-Bas et la littérature espa-
gnole du xvi« s., Louvain, 1927, p. 10). Malgré tout
ce que l'on a dit, une étude approfondie et vraiment
scientifique de cette très épineuse question fait encore
défaut; d'autant que S. Ignace, après ses études, con-
gessit delibaliones illas exerciliorum primas, addidil
multa, digessil omnia, dédit examinanda et iudicanda
Scdi aposlolicae (Monumenta hist. S. L, Epistolac Nu-
dal, IV, 826), et que nous n'avons plus la première ré-
daction des Exercices.
M. Alamo, art. Cisneros (Garcia ou Gœzias de), dans
Dict. de spiril., ii, 910-21. — Ph. Schmitz, Hist. de l'ordre
de S.-Benoît, vi, Maredsous, 1949, p. 279-85. — H. Watri-
gant, Quelques promoteurs de la méditation méthodique au
XV' s., Enghien, 1920. — J. Lloret, Vila F. G. Cisnerii,
abbalis ac reformatoris monasterii Montisserrati, en tête de
l'éd. de VExercitatorium, Barcelone, 1570. — L. de Ayala,
La vida de... F. G. de Cisneros, Valladolid, 1599. — M.
851
CISNERUS
CITEAIX (ABBAYE)
852
Navarro, Vida del \'enerable Fr. G. de Cisneros, en tête de
l'éd. de V Exercitatorium, Salamanque, 1712, p. 1-120. — •
F. Curiel, Noticia del autor y de sus obras, en tête de l'éd. de
VEjercitatorio, Barcelone, 1912, p. v-xxv. — A. M. Alba-
reda, Hist. de Montserrat, Montserrat, 19.31, p. 91 sq.;
Bibliografia dels Monjos de Montserrat (s. XVI ), dans Anal.
Montserrat., vu, 43-142; La imprenta de Montserrat, ibid..
Il, 11-166. — G. de Argalz, La Perla de Cataliina..., Madrid,
1677. — E. Drinkwelder, dans Schitle des geistliclien Lebens
auf den Wegen der Beschaimng, Fribourg-en-Br., 1923,
introd. et notes. — S. Ruiz, Cisneros y su « Directorio de
horas », dans La vida sobrenatural, XLiv, 1943, p. 41-48. —
A. de Yepes, Coronica gênerai de la orden de S. Benito, iv,
Valladolid, 1613, fol. 229 v<'-239. — J. M. Besse, Une
question d'histoire littéraire au XVl^ s. : l' « Exercice » de
Garcia de Cisneros et les « Exercices » de S. Ignace, dans
Beu. des quest. hist., LXi, 1897, p. 22-51. — H. Watrigant,
La genèse des « Exercices » de S. Ignace de Loyola, dans
Études, Lxxii-Lxxiii ; tiré à part, Amiens, 1897. — Dict.
de spirit., ii, 15-16. — A. M. Albareda, S. Ignasi a Mont-
serrat, Montserrat, 1935. — M. Quera, El origen sobre-
natural de los « Ejercicios espirituales », Barcelone, 1941.
G. M. COLOMBAS.
CISSA, ancien dioc. d'Istrie (Italie). Sous l'Em-
pire romain, il y eut une Cissa ou Gissa en Dalmatie,
et une Cissa en Istrie, près de Rovigno. Cette dernière
fut le siège d'un évèché du vi« au viii<' s. Entre 571 et
577, son évêque Vindemius prit part au synode de
Grade et fut emjjrisonné par l'exarque Smaragde. Il
abjura le schisme des Trois Chapitres, prit part cepen-
dant au synode de Marano, schismatique lui aussi. Vn
de ses successeurs, Ursinus, assista au synode romain
de 680. Il occupait encore le siège quand Cissa fut dé-
truite, au début du viii<^ siècle.
Babiidri, // vescnoato di Cissa in Istria, Parenzo, 1920. —
Paul Diacre, Hist. Lang., III, xxvi; P. L., XLV, 527-28.
— Lanzoni, ii, 850.
R. Van Dorkn.
CISSENDORF, Zissendorf, ancienne abbaye de
moniales cisterciennes, au diocèse de Cologne, près de
Siegburg, fondée d'abord à Blankenberg avant 1247,
par la comtesse Mathilde de Sayn, pour des religieuses
augustines. Des cisterciennes vinrent l'occuper en
1247, puis se transférèrent à Zissendorf entre 1259 et
1283. En 1574, l'abbaye reçut quelques moniales de
Porta coeli, à Schweinheim, dans l'Eifel, i)our y implan-
ter la réforme. Le monastère fut supprimé en 1802 et
vendu en 1818.
B. Huemer, dans .Sludien und Milteilunyen, xxxvii,
1916, p. 8 S(i.
J.-M. Canivez.
CISSI, localité d'Afrique, la KiCTar) de Ptolémée
{Claudii Ptolemaei geographia, IV, ii, 7; éd. Nobbe, i,
Leipzig, 1843, p. 228, 1. 29), le Cisi (Cysi, Gysi, Casi)
mimicipium de l'Itinéraire d'Antonin (Itinerarium An-
tonini Augiisti, éd. Wesseling, 16; éd. Parthey et Pin-
der, 7), de l'anonyme de Ravenne et de Guido {Raven-
natis Anonymi cosmographia et Guidonis geographica,
éd. Pinder et Parthey, 155 et 517), le Cissi muiiicipium
de la Table de Peutinger (Weltkarte des Castor ius, ge-
nanni die Peutinger' sche Tafel, segm. ii, S 1). Cissi fai-
sait partie de la Maurétanie césarienne et était située
entre Rusguniae (cap Matifou) et Saldae (Bougie), à
12 milles (environ 18 km.) de Rusuccuru (=Dellys) et
à la même distance de Rusubbicari Matidiae ( = Port-
aux-Poules); ce qui correspond aux ruines du cap Dji-
net (Cat, dans Bull, de corr. afr., i, 1882, p. 140-42),
comme l'a prouvé la découverte d'une borne milliaire
près de Dellys (C. Viré, Découverte d'une borne mil-
liaire, dans Bidl. d'Oran, 1912, p. 381-88) et comme le
supposaient jusqu'en 1912 la plupart des savants (cf.
toute la bibliographie à ce sujet dans Atlas arcti., fol. 5,
Alger, 57, et fol. 6, Fort-National, 87, p. 10-11). Il
semble que la ville n'ait jamais dépassé le rang de
municipe.
Elle existait à titre d'évêché en 411; mais c'était
alors un siège purement donatiste; son titulaire s'ap-
pelait Flavosus; l'ethnique Cissitanus étant correct, il
y a lieu de donner la préférence à cet évêque, pour cette
juridiction, sur le Quodvultdeus Cessitanus, attribua-
ble plutôt à Cicsi (voir ce mot, Gesla coll. Carth., i, 208;
Mansi, iv, 161 ; P. L., xi, 1348). La liste de 484 pour la
Maurétanie césarienne (Not. afr., Maur. Caes., 107 ; Vic-
tor de Vite, éd. Petschenig, 131 ; P. L., lviii, 274, 347)
porte comme 107« nom celui d'un Cissitanus, Repara-
tus; il dut subir le sort général des prélats convoqués à
Carthage par Hunéric, l'exil.
Dans les ruines du cap Djinet, une église du iv« ou du
v« s., encore facilement reconstituable à la fin du
xix"^ s., est maintenant trop dévastée pour qu'on puisse
en tirer parti (C. Viré, Archéologie du canton de Bordj-
l Menaiel, dans Rec. de Constantine, 1898, p. 63-64).
I Morcelli, i, clxxvii, p. 138. — Not. dign., n, annot.,
I p. 627, 651. — Ch. de Vigneral, Ruines romaines de l'Al-
l gérie : Kabylie du Djurdjura, Paris, 1868, p. 11-12 et pl. i,
■ Ug. 2. — Gams, 465. — Mercier, Note sur les ruines et les
voies antiques de l'Algérie, dans Bull, du comité, 1885,
p. 346. — L. de Mas-Latrie, Anciens évêchés de l'Afr. sept.,
I dans Bull, de corr. afr., Alger, 1886, p. 94; Trésor de chro-
nologie, Paris, 1889, p. 1872. — Ch. Tissot, Géogr. comparée,
! II, Paris, 1888, p. 773. — Mgr Toulotte, Géogr. de l'Afr.
• chrét., Maurétanies, Montreuil-sur-Mer, 1894, xxxv, p. 74-
76. — • Dessau, dans Pauly-VVissowa, au mot Cissi. — Thes.
1 ling. lat., Onomasticon, ii, 461, au mot Cissi. — P. Mesnage,
; L'Afr. chrét., Paris, 1,912, p. 450-51 (Dellys et Djinet).
J. Ferron.
CISTELLO, Cistetluin, Sla Maria-Magdalenu
Poenitentium de Cistello, Monasierium Pintianiim, a
Pinti, ancienne abbaye de moniales cisterciennes, fon-
dée à Florence, près de la porte Pincia, par l'évêque de
la ville, François di Sylvestris e Cingulo, 1325. Un
siècle plus tard, sous Eugène IV, les moniales furent
transférées à S.-Donat, où elles demeurèrent jusqu'en
1809, et des moines de S. -Sauveur de Settimo occu-
pèrent Cistello.
I En 1565, l'abbaye était taxée à 4 écus par le chapitre
général. Elle fit partie de la congrégation S. -Bernard
d'Italie et en subit les vicissitudes jusqu'à la fin du
I xvin« siècle.
I Nie. Baccetius, Seplimanae historiae libri VII, Home,
I 1724, p. 108, 137, 270. — Cisterc.-Chronik a public (1901,
! p. 204 sq.), le rapport de la visite faite, en 1579, dans les
monastères de Lombardie et de Toscane, par deux visiteurs
apostoliques, dom .Juvénal, abbé de Morimond de Milan,
et dom Guy, abbé de S. -Sauveur de Septime. — Cottinean,
787, 1159. — .Tanauschek, Orig. cisterc. Vienne, 1877, p.
Lxviii. — Pflugk-Harttung, Iter, p. 22 : 7 bulles. — Rome,
Bibl. Vatic, ms. Barber., lat. 3221 (U), fol. 167-274 : de
Cistello coenobio ad sinistram portam prope Florentiam. —
Statuta cap. gêner, ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain, 1933-41,
passini.
I J.-M. Canivez.
1. C ITEAUX (Abb.we), C(s/erc(um, Cystercium,
Cister, Cistiaus, Zylels, célèbre abbaye chef d'ordre, si-
tuée à 23 km. au sud de Dijon, sur le territoire de la
commune de S.-Nicolas-lez-Cîteaux.
I. L'idée génératrice de Cîteaux. II. L'(cuvre des
trois premiers abbés. III. Domaine temporel. IV. La
filiation de Cîteaux. V. Les abbés de Cîteaux. VI.
Saints et prélats remarquables. VII. Liturgie. VIII. Bi-
bliothèque et écrivains. IX. Art et architecture. X. Ar-
chives et bibliographie.
I. L'idée génératrice de Cîteaux. — Le 21 mars
j 1098, en la fête de S. Benoît, qui en cette année coïnci-
dait avec le dimanche des Rameaux, vingt et un moi-
nes bénédictins de Molesme, ayant à leur tête l'abbé
Robert, quittent l'opulente abbaye et se retirent dans
le désert de Cîteaux. Ce qu'ils veulent, c'est pratiquer
la règle bénédictine dans sa teneur littérale, et ils quit-
tent Molesme parce qu'à leurs yeux c'est une prévari-
853
CITE AUX
(ABBAYE)
854
cation de s'écarter, même en choses minimes, de la
norme de vie que l'on a juré à Dieu d'observer. N'es-
sayons pas de déterminer si l'observance de Molesme
était un relâchement. On a souvent tenté ce sondage;
c'est en pure perte, le sens précis de relâchement
n'étant pas fixé et acceptant dès lors une gamme très
étendue.
Le désir de retour à la pratique littérale de la règle
fut donc d'abord conçu en réaction contre les coutumes
admises; le nouveau monastère fut ensuite fondé afin
de réaliser l'idée. Celle-ci, d'ailleurs, rentre dans le mou-
vement assez général des esprits à la fm du xi« s. : un
peu partout on prétend remonter aux sources pour re-
trouver la pureté des origines en tout domaine.
Les fondateurs eurent soin de consigner dans un re-
cueil d'actes officiels le point de départ et la raison de
leur œuvre. Voici leur déclaration initiale : « Nous, pre-
miers fondateurs de l'Église de Cîteaux, faisons con-
naître par le présent écrit, à ceux qui viendront après
nous, la canonicité, l'autorité, les personnes, l'époque,
le monastère, le genre de vie qui en ont marqué le com-
mencement. Nous voulons cet exposé dans toute sa
sincérité, pour qu'ils s'attachent davantage à ce lieu et
à l'observance de la règle que nous y avons commencée,
par la grâce de Dieu. » Suivent alors, dans YExordium
cisterciensis coenobii, les pièces officielles authentiques
des prélats intervenus pour autoriser la fondation :
Hugues de Romans, archevêque de Lyon et légat du
S. -Siège; Gauthier, évêque de Chalon.
Exordium cis(erc. coenobii, appelé aussi Parmim exordiuni,
souvent édité : Rec. des hist. des Gaules, xiv, 110; P. L.,
cLxvi, 1501. — Dom Othon Ducourneau, Les origines cis-
terciennes, Ligugé, 1933, travail bien fouillé, que déparent
plusieurs erreurs notables relevées par .1. Laurent, dans
Annales de Bourgogne, iv, 19.34, p. 213 : Le problème des
commencements de Cîteaux. — A. Fliche, Le règne de Phi-
lippe I", Paris, 1912, p. 466. — Gall. christ., iv, instr., 233 :
Notitia fundationis Cistercii. — P. L., clx, 1167. — Man-
rique, Annales cistercienses, Lyon, 1642, ann. 1098, cap. ii.
— G. Millier, Grilndung der Abtei Cîteaux, Bregenz, 1898.
— Martène, Thésaurus anecd., v, ï'ill : Dialogus inter
cluniac. monachum cl cisterc. — Dijon, bibl. munie, ms. 1591
(anc. 357, suppL), fol. 2-12 : dissertation sur l'origine de C.
— Troyes, bibl. munie, ms. 699 : dissertation...; ms. 1154
(xiv« s.); ms. 1309 (xin« s.) : Hisioria Brevis exordii cisterc.
coenobii.
IL L'œuvke des tbois premiers abbés de Cî-
teaux. — 1° S. Robert. — On a minimisé parfois son
œuvre à Cîteaux, en raison de son départ un an après
son arrivée, et aussi à cause de certaines appréciations
émises par le légat apostolique, spécialement la note
d'inconstance qu'il lui inflige : solita leuitate (Exord.,
c. vu). Le va-et-vient que l'on constate dans la vie du
saint fondateur pouvait prêter le flanc à ce reproche.
Le 17 avr. 1111, Robert terminait sa carrière; il était
dans la quatre-vingt-troisième année de son âge. A son
tombeau s'opérèrent des guérisons miraculeuses qui
publièrent sa sainteté et inaugurèrent le culte public
dont Robert de Molesme a joui depuis dans l'Église.
Dès 1222, quelques mois après la canonisation par
Honorius III, le chapitre général de Cîteaux ordonnait
pour tout l'ordre la célébration liturgique de la fête
du saint. Sa part dans les origines de l'ordre avait été
grande, en effet : il lui revient d'avoir nourri, avec plu-
sieurs de ses frères, l'idée génératrice du nouvel ordre
monastique et d'avoir jeté les bases de l'abbaye mère.
Après lui, d'autres feront monter l'édifice commencé
et en couronneront le faîte; S. Robert conserve la
gloire d'en avoir posé la première pierre.
A. S., avr., m, 670. — Les clironiqueurs contemporains,
tels Guillaume de Malmesbury, De rébus Angliae (P. L.,
CLxxix, 1256); Orderic Vital, Hist. eccl. (P. L., clvii, 17).
— É[douard] H[autcœur), Vies de S. Robert et de S. Albéric,
Lérins, 1875. — .1. Laurent, Cartulaire de Molesme, Paris,
1907. — .S. Lenssen, S. Robert fondateur de Cîteaux, West-
malle, 1937; cf. analyse critique par .1. Laurent, dans Ann.
de Bourgogne, xii, 1940, p. 31-36. — Gr. Muller, Die Grun-
dung der Abtei Cîteaux, Bregenz, 1898. — K. Spahr, Das
Leben des hl. Robert von Molesme, Fribourg, 1944.
2» S. Aubri ou Albéric (1099/1100-1109). — « Veuve
de son pasteur, l'Église de Cîteaux se réunit et, dans
une élection régulière, se choisit pour abbé un frère du
nom d' Aubri. C'était un homme instruit, versé dans
la connaissance des choses divines et humaines. Très
attaché à la règle et à ses frères, il avait exercé long-
temps la charge de prieur à Molesme et à Cîteaux; il
n'avait reculé devant aucune peine pour obtenir qu'on
abandonnât Molesme. Son zèle lui avait valu bien des
hontes, même la prison et des coups » (Exord., c. ix).
Ces quelques mots du Petit exurde sont les seules don-
nées authentiques que nous ayons sur la vie antérieure
du second abbé de Cîteaux. Son œuvre est mieux con-
nue. Trois choses retiennent particulièrement l'atten-
tion du fondateur :
1. La position juridique du monastère. Il obtient de
Pascal II le Privileç/ium Romanum, comme l'appelle
VExorde (Jafîé, 5842 : Desiderium du 19 oct. 1100). Ce
privilège, qui n'est pas l'exemption, doit être inter-
prété comme l'étaient les concessions similaires; les Dé-
crétâtes l'ont expliqué à plusieurs reprises (1. V, tit.
xxxiii, c. 8, 18; 1. V. tit. vu, c. 10, in VI"). Le privi-
lège acquis consiste en ce ([u'il ne sera plus permis à
aucune autorité inférieure à celle du pontife romain
d'introduire des modifications dans les règles actuelle-
ment en usage, ni de molester la communauté en au-
cune manière. La bulle se termine par une exhortation
à maintenir toujours intacts les deux éléments carac-
téristiques de Cîteaux : un plus grand éloignement du
siècle et une vie plus saintement austère.
2. Les Instituta monachorum cisterciensium de Mo-
lismo venienlium {Exord., c. xv) furent rédigés; ils se
répartissent sous les titres suivants : pauvreté indivi-
I duelle, pauvreté conventuelle, hospitalité, frères con-
vers, futures fondations d'abbayes. Notons que leur
pauvreté conventuelle consistera à chercher les moyens
de vivre dans le travail manuel exclusivement. On re-
jette donc comme sources de revenus la possession
d'églises et il'autels avec droits curiaux, telles les obla-
tions et les mortuaires. On exclut la possession de vil-
las, vastes exploitations avec serfs attachés à la glèbe.
On ne possédera ni fours, ni moulins banaux. La
jouissance des dîmes est particulièrement rejetée; cette
privation sera la base du privilège de l'exemption des
dîmes.
3. La liturgie fut l'objet d'une réforme profonde.
h'opus Dei fut ramené aux proportions marquées par
S. Benoît : on en exclut donc l'apport massif des géné-
rations précédentes qui, à Cluny, avait transformé la
vie du moine en une psalmodie presque continuelle.
Par ex., le seul office de prime chez les clunisiens l'em-
portait en longueur sur tout l'office des cisterciens,
moins la messe et les vêpres {Thésaurus, v, 1599). Les
réformateurs reviennent résolument au juste équilibre
voulu par la règle. Les trois occupations de la journée
du moine, prière, lecture et travail, se succèdent désor-
mais à Cîteaux dans la mesure idéale, qui permet à
toutes les facultés de l'homme de se développer norma-
lement.
Les chroniqueurs contemporains, ut supra. — .4. S.,
janv., ni, 368. — A. Boit., xxx, 1911, p. 126. — Canivez,
art. dans Dict. de spir., i, 276. — P. Fournier, art. dans
D. H. G. E., I, 1407. — Gr. Muller, Cîteaux unter dem Abte
Alberich, Bregenz, 1909.
3° S. Étienne Harding (1109-1133, t 1134). — 1. Dès
le début de son abbatial, S. Étienne s'attache à accen-
tuer encore l'esprit de retraite et d'éloignement du siè-
cle. Il décide, de concert avec ses frères, que désormais
855
CITEAUX
(ABBAYE]
856
« aucun priuce, pas même le duc de Bourgogne, ne sera
plus admis à tenir sa cour clans l'église de Cîteaux,
comme on avait fait jusqu'alors en certains jours de
grande solennité » (Exord., c. xvii). C'était cependant
un droit reconnu depuis longtemps aux fondateurs de
monastères (E. Lesne, Hist. de la propriété en France,
II, fasc. 2, Lille, p. 387-404; É. Amann, dans Fliche-
Martin, Hist. de l'Église, vu, Paris, 1940, p. 313).
Hugues II (1102-43), fîls d'Eudes I", le fondateur, res-
pecta les pieux désirs de l'abbé de Cîteaux; il n'en con-
tinua pas moins à témoigner effectivement sa bienveil-
lance à l'abbaye.
2. La pauvreté dans le vestiaire liturgique, le mobi-
lier et l'ornementation de l'église, fut poussée jusqu'au
dénuement. Puritanisme extrême qui ne pourra guère
durer.
3. La réforme liturgique se continue et aboutit aux
travaux suivants : Lettre-Préface à l'hynmaire réformé
(Eev. Bén., xxxi, 1914, p. 35); Liber usuum ou Consiie-
tudines: codification des rubriques et usages monas-
tiques; Correctoire de la Bible (Dijon, bibl. munie,
ms. 9); Charte de charité: c'est l'œuvre capitale de S.
Étienne. Ce document, qui fait époque dans l'histoire
des ordres religieux, était rédigé, semble-t-il, dès 1118;
le 23 déc. 1119, Calixte II l'approuvait (Jaffé, 6795;
P. L., cLxiii, ] 147 ; Mansi, xxi, 190). L'idée de base est
de laisser à chaque monastère son autonomie et sa
force naturelle d'expansion, tout en maintenant au-
dessus de lui une juridiction d'appel et de surveillance
qui l'empêchera de dévier. Nous ne toucherons pas à
vos biens temporels, disait Étienne, nous ne désirons
que la sanctification des âmes. Pour cela, nous vou-
lons et ordonnons que la règle de S. Benoît soit prati-
quée partout de la même manière qu'à Cîteaux. Deux
moyens seront mis en œuvre : le chapitre annuel des
abbés et la visite canonique que chaque abbé père fera
annuellement dans ses maisons filles. D'autres préci-
sions viennent ensuite qui concernent les élections et
les dépositions des abbés. Notons que rintervention de
l'évêque du lieu est prévue pour certains cas, en con-
formité avec la règle bénédictine.
L'auteur de la Charte est incontestablement S.
Étienne; cependant le texte nous le montre entouré de
collaborateurs ; domnus Stephaniis et fratres siii... Ces
derniers sont les abbés des premières fondations alors
créées, acceptant librement les dispositions de la
Charte. Ce que le fondateur demande à ses abbés fils
n'est pas moins qu'un acte de soumission, d'abnéga-
tion, en vue du bien de l'ensemble; le renoncement à
leur prérogative de prélat autonome, en vue de l'unité
et de la prospérité de toute la famille cistercienne (cf.
Spéculum de Mathieu Pillaert, abbé de Clairvaux
It 1428], ms. 417 de Bruges-ville, pars I'', c. viii).
Au moment où fut publiée la Charte, Cîteaux ne
constituait encore avec ses maisons filles qu'une
étroite congrégation d'une dizaine de membres. Quand
le nombre s'en fut multiplié et que l'expérience eut
donné ses leçons de choses, les prévisions de la Charte
se révélèrent insuffisantes. Une seconde rédaction fut
réalisée entre les années 1 134 et 1 152. C'est elle qu'Eu-
gène m approuva par la bulle Sacrosancta du l'' août
1152 (Jaffé, 9600). Désormais, entre l'abbc de Cîteaux
et le chapitre général, les rôles sont intervertis. Étienne
llarding réunissait dans sa salle capitulaire ses al)bés
fils et petits- fils; il leur parlait ou leur commandait en
père et supérieur (cf. Bibl. nat. de Paris, ms. lat. 4346,
fol. 12, § IV, De annuo ahbalurn capitula). La seconde
Charte impose à l'abbé de Cîteaux une visite canonique
annuelle, que feront ensemble chez lui les trois (et, plus
tard, les quatre) premiers abbés. D'autre part, le cha-
pitre général, bien que présidé de droit par l'abbé de
Cîteaux, lui est cependant supérieur; il détient l'auto-
rité suprême dans l'ordre. La formule adoptée dans la
suite par les abbés de la maison mère le dira bien haut :
Capituli generalis auctoritate fungentes. Ces modifica-
tions n'ont rien d'étonnant pour qui se rappelle les cir-
constances qui ont suivi la retraite et la mort de S.
Étienne (1133-34). La triste conduite de son succes-
seur, Wido (Guido), qu'il fallut déposer quelques mois
après son élection, indiquait assez à Bernard de Clair-
vaux et ses coabbés que le prélat de Cîteaux avait be-
soin, lui aussi, d'être maintenu dans la voie droite par
le zèle de ses collègues.
Le § XXV de la seconde Charte fut également dicté
par l'expérience. Nombre d'abbés de la première géné-
ration démissionnaient volontiers par désir de vie pu-
rement contemplative (cf. lettre d'Adam d'Ebrach à
Ste Hildegarde, P. L., cxcvii, 190). S'inspirant des idées
de S. Bernard en cette matière (cf. S. Bernard, Epist.,
LXXXIl, LXXXVI, LXXXVII, CXLI, CCXXXIII, CCLVIH,
ccLxxvii), la Charte formule une loi restreignant les
démissions spontanées : l'abbé père n'est plus seul com-
pétent pour les accepter; il doit examiner avec quel-
ques autres abbés le bien-fondé des raisons présentées
par le demandeur.
Contrairement à la première CImrle, la seconde se
tait sur l'intervention éventuelle de l'autorité diocé-
saine dans le gouvernement des abbayes. C'est en
dehors de la juridiction épiscopale que se font désor-
mais les élections des abbés, leurs dépositions, les vi-
sites canoniques et autres actes juridiques intéressant
la vie régulière et le développement de la communauté.
C'est donc avec raison qu'on a pu voir, dans la Charte
approuvée par Eugène III (1152) et ses successeurs,
l'ébauche de l'exemption cistercienne.
En somme, le remaniement de la Charte fut, au dé-
but de Cîteaux, un incident que l'on oublia totalement
dans la suite. Lorsque s'élevèrent, au xv^ s. et plus
tard, les âpres discussions sur les pouvoirs de l'abbé de
Cîteaux, jamais on n'entendit faire appel aux disposi-
tions de la première Charte. Ni Mathieu Pillaert (t
1428) dans son Spéculum, ni Jean de Cirey, qui prétend
le réfuter dans son Dijalogus, ne paraissent avoir eu
connaissance des tâtonnements qui avaient précédé
la rédaction définitive de la Charte. C'est d'ailleurs de
celle-ci que l'ordre de Cîteaux a vécu; et grâce à elle,
il a amplement prospéré.
Les chroniqueurs contemporains, nt supra. — A. S.,
a\T., II, 493. — P. L., cLxvi, 1361. — A. Boll., xviii,
1899, p. 76. — Dalgairns, Life of St. Slephen Harding...,
Londres, 1844; New édition ivith notes by H. Tliurston, S. J.,
Londres, 1898. — Prvotna Charta caritatis, éd. par Dr Josip
Turk, Ljubijana, 1942; on lit dans ces pages une étude
très poussée sur la première rédaction de la Charte, retrouvée
dans les mss. 31, de la Bibl. univers, de Ljubijana (Laybach,
en allemand), et 175 Car. C, de Zurich. Le même auteur a
publié une seconde étude sur le même sujet dans Anal,
sancfi ordinis cisterc, iv, Rome, 1948, qui appelle bien des
réserves sur certaines interprétations inattendues, données
à des textes cent fois remués par des canonistes cisterciens
(cf. Reu. d'fiisl. eccl., xlv, Louvain, 1950, p. 462). Avant
la mise au jour du ms. 31 de Ljubijana, dom Robert Trilhe
avait signalé l'existence d'un résumé de la première Charte
dans le ms. îo(. 4346 de la Bibl. nat. de Paris. Ce document
fut publié par dom Tiburce Hiimpfner, Vacz, 1932. ("est
ce texte qu'avaient adopté littéralement les chanoines régu-
liers d'Arrouaise (cf. ms. 562, bibl. munie. d'Amiens). I-c
ms. 762 (xiii^ s.) de la bibl. provinciale de Tarragone con-
tient également la première rédaction; une copie s'en trouve
à l'abbaye de Poblet (Espagne) : ms. E. C. 27 datant du
xv'-xvi» s. — Le Spéculum de M. Pillaert se trouve aussi à
Paris, bibl. de l'Arsenal, ms. 785; à Troyes, ms. 1953; à
Gand, ms. 376; à Dusseldorf, ms. C. 35"; à Bruges, sémi-
naire, ms. 139/106.
III. Domaine temporel. - Le domaine que Cî-
teaux parvint à se créer fut la résultante des libéralités
des princes, des dons des fidèles et du travail persévé-
rant des moines. Le premier donateur, Renaud, vi-
M
857
CITEAUX
(ABBAYE)
858
comte de Beaune, avait concédé à Robert de Molesme,
son parent, le lieu appelé Cîteaux. Ce n'était alors
qu'une clairière au milieu des immenses forêts de la
Bourgogne. Le duc Eudes approuva et augmenta la
donation. Puis paraissent tour à tour les sires de Vergy,
ceux de Sombernon, les frères Moiteran, Humbert Ar-
nauld, Odon de Trouhans, les seigneurs de Marigny,
ceux de Bessey, le chevalier de Mailly et d'autres. En
même temps, des actes d'acquisition ou d'échange et
une administration sage firent entrer dans une voie de
grande prospérité le monastère, qu'après peu d'années
on avait transféré à un quart de lieue de l'emplacement
primitif, et désormais plus proche de la Vouge. « En ces
jours-là, dit Y Exorde (c. xvii), l'Église ( = Cîteaux) crût
en terres, en vignes, en prés et en cours d'eau, sans que
l'esprit de la religion diminuât. »
Quelques éléments du domaine doivent être signa-
lés. La maison sise à Dijon, appelée dans la suite le
Petit Cîteaux. Le clos Vougeot, qui n'était d'abord en
partie qu'un terrain en friche détenu par plusieurs pro-
priétaires; quand il fut entré dans le domaine de Cî-
teaux, le travail monastique le transforma et lui acquit
la célébrité qu'il n'a pas perdue depuis. En 1300, le
prieuré bénédictin de Gilly, propriété de l'abbaye de
S.-Germain-des-Prés (Paris), passa aux mains de Cî-
teaux en vertu d'un décret de Boniface VIIL Les cir-
constances qui amenèrent ce transfert, avantageux
pour les deux parties contractantes, sont narrées briè-
vement dans les trois actes pontificaux de 1295, 1297
et 1300 (cf. Reg. de Boniface VIII, n. 805, 1785, 3699).
Mais bientôt le recteur de la paroisse opposa de pré-
tendus droits sur la chapelle du prieuré, desservie par
trois moines de Cîteaux. Clément V intervint deux fois
(Reg. de Clément V, n. 52C0, 8710). Après lui, Jean
XXII termina le conflit en autorisant l'abbé de Cî-
teaux à nommer trois prêtres séculiers aux lieu et place
de ses religieux (Lettres de Jean XXI L n. 27107, du
22 nov. 1326).
Les forêts qui entouraient l'abbaye finirent aussi
par devenir propriété des cisterciens. Y eut-il chez eux
volonté délibérée de s'entourer ainsi d'une épaisse
ceinture de silence ? C'est possible. Il est certain que
des acquisitions successives les rendirent maîtres et
seigneurs d'un immense domaine forestier, qui consti-
tua une part considérable de leur fortune. Mais vinrent
ensuite les procès, les taxes de guerre, les dévasta-
tions par le passage des armées. Les dates sinistres
s'échelonnent de façon serrée à partir du xv s. : guerre
de la succession de Bourgogne (1478); le prince de
Condé avec ses huguenots, en 1574; le comte de Ta-
vannes pille l'abbaye et brûle les métairies, en 1589;
les soldats du maréchal Biron passent en 1595; en 1636,
nouveau pillage par Gallas, etc.
Au début du xvii^ s., l'abbé Nicolas II Boucherai
(1604-25) cède 1 300 jougs de terrain pris dans les fo-
rêts de Cîteaux, pour les transformer en terre arable
et créer ainsi le village de S.-Nicolas-lez-Cîteaux. Les
contrats furent soumis au chapitre général de 1613,
pour être autorisés; les décrets capitulaires ont ainsi
conservé les noms des contractants, venus spéciale-
ment de Rodelach en Lorraine (Statuta, 1613 : 118,
119).
Cîteaux, malgré l'ampleur de ses domaines, connut
assez souvent des crises financières. En 1235, la situa-
tion était lamentable. Un ensemble de circonstances
malheureuses avaient appauvri l'abbaye mère au point
de l'obliger à recourir à la charité de ses filles. La ré-
ponse fut généreuse; nous la lisons dans le décret capi-
tulaire de 1235, n. 20. A cette occasion, cependant, les
Pères du chapitre rappellent que Cîteaux n'est nulle-
ment dispensé des lois posées jadis pour l'administra-
tion prudente du temporel des abbayes.
L'année suivante, Cîteaux se choisissait pour abbé |
celui de Boxiey (Angleterre), Jean I" (1236-38). Les
allures dominatrices de ce nouveau venu ne firent
qu'aggraver la situation. Il commit l'erreur de récla-
mer comme dette rigoureuse ce que la bienveillance
avait promis. D'autres maladresses suivirent, et bien-
tôt les abbés de Pontigny et de Clairvaux découvrirent
en tout cela des infractions encourant ipso facto l'ex-
communication. Une lettre d'une émotion profonde
fut adressée à tous les supérieurs et communautés; elle
dénonçait l'excommunication du prélat de Cîteaux
avec ses conséquences juridiques (7 janv. 1237). Pour
étouffer ce scandale, Ëtienne de Lexington, alors abbé
de Savigny, négocia et se fit accepter comme arbitre
par les deux parties. Sa sentence immédiate fut d'im-
poser silence à tous, pour attendre dans cette attitude
pacifique que la lumière se fasse. Le chapitre général
se prononcerait ensuite en parfaite connaissance de
cause (lettre du 15 janv. 1237).
Ce n'est qu'en sept. 1238 que le chapitre général
appela à son tribunal cette pénible affaire. Il la jugea
dans une atmosphère sereine. Le premier coupable fut
déposé; c'était l'abbé de Preuilly, qui avait échauffé au
delà de toute mesure le zèle des abbés de Pontigny et
de Clairvaux. Ces deux derniers reçurent une pénitence
moindre, ainsi que les abbés de Jouy, de Fontaine-
Jean, de Larrivour, de Cercanceaux, coupables d'avoir,
eux aussi, signé la lettre de janv. 1237. Jean de Cîteaux
fit ensuite agréer sa démission, préférant le silence du
cloître au tracas des affaires et des procès (cf. Statuta,
1238 : 53-56, 74; F. Cognasso a édité les lettres men-
tionnées ci-dessus dans Rômische Quartalschrift, 1912,
p. 201* sq., d'après le ms. lut. D. VI. 25 de la bibl. nat.
de Turin ; la Chron. of Melrose, éd. Londres, 1936 ,p. 86,
parle en termes discrets de la démission de Jean l'""').
En 1265, quand Jean II, abbé de Savigny, fut élu à
Cîteaux, il trouva la maison mère accablée de dettes.
Ses premiers efforts pour la dégager du gouffre lui pa-
raissant peu efficaces, il s'adressa directement à Clé-
ment IV. En date du 13 mars 1267, le pontife lui ac-
corde un privilège aux termes duquel 4 000 livres se-
ront désormais payées chaque année par l'abbaye, jus-
qu'à extinction de la somme due, et, durant ce temps,
aucune usure ni aucun intérêt ne pourront être récla-
més par les créanciers (Bullaire de Cîteaux, ms. 598 de
Dijon, fol. 106, Diim in sacra; Jordan, Reg. de Clé-
ment IV, n. 480). On vécut alors très pauvrement à Cî-
teaux. Nonobstant les restrictions que la communauté
s'imposait, elle dut faire entendre un premier aveu au
chapitre de 1269 : Mater noslra domus Cistercii oppressa
est magnis debitis. Malgré une remise à flot momen-
tanée, le même aveu fut répété en 1318, et, l'année sui-
vante, un éclaircissement est donné. La maison mère a
dû couvrir elle-même les frais généraux de l'ordre et
elle n'a pas été remboursée. Durant plus de trois siè-
cles, chaque chapitre général rappellera cette dette en-
vers Cîteaux; en 1584, elle s'élevait à 23 000 florins et
en 1738 à 35 798. C'est le dernier chiffre entendu avant
la fin tragique du xviii« siècle.
Benoît XII, le pape cistercien, intervint, lui aussi,
dès la première année de son pontificat, pour obtenir
que l'ordre entier consentît à aider efficacement
l'abbaye de Cîteaux à sortir de l'impasse, où elle se
trouvait encore en 1335 (Vidal, Lettres closes... de Be-
noit XII, n. 488, du 12 août 1335).
D'autre part, la célébration annuelle du chapitre gé-
néral occasionnait à l'abbaye de Cîteaux des dépenses
considérables. Des bienfaiteurs le comprirent. Plu-
sieurs statuts capitulaires mentionnent avec recon-
naissance les dons envoyés de temps à autre par des
rois, des princes, des prélats (Statuta, 1206 : 76; 1215 :
44; 1236 : 31; 1241 : 10; 1247 : 27; 1252 : 46, etc.).
Plus notables étaient les créations de revenus fixes. Al-
I phonse, comte de Poitiers, par ex., avait fait une fon-
859
CITE AUX
(ABBAYE)
860
dation de ce genre, rappelée encore en 1275 dans le
statut 76. Un siècle avant cette date, le roi Richard
d'Angleterre avait fait don à Cîteaux de l'église pa-
roissiale de Scarborough (Scardebourg, disent souvent
les niss.) et de tous les droits y annexés. En 1240, Ri-
chard de Cornwall, fils de Jean sans Terre, donnait à
Cîteaux l'église de Stanlej', au diocèse d'York. Mais, si
bien assis que fussent les titres de ces propriétés, les
avantages en furent i)arfois très minces pour les ayants
droit. Après peu d'années, commencent des procès qui
tombent en cascade jusqu'à la guerre de Cent ans; ce
fut alors la dépossession en fait, sinon en droit.
Les autres fondations en faveur du chapitre général
furent énumérées parfois dans des documents d'allure
polémique, tel le Spéculum de Mathieu Pillaert
(t 1428), et dans les actes du procès intenté par Clair-
vaux contre Cîteaux à la fin du xv<^ s. (Arch. de l'Aube,
3 H im sq.).
Les bulles d'Alexandre III (Religiaaam uilarn, 1164), de
Lucius III (1182) et de Célestin III (1192) confirment, en
les citant, les propriétés de C. à ces dates (cf. BuUaire de
Cîteaux, ms. 598 de Dijon); la bulle d'Alexandre III a été
éditée par PIlugk-Harttung, i, 236. — Cartulaires, surtout
celui de Jean de Cirey, 1499; et les nombreux factums de
procès. — Paris, Bibl. nat., nouv. acq. lat. 2297 : collection
de 26 pièces originales relatives aux propriétés de l'abbaye
situées à Ouges (Côte-d'Or) (1285-1508); coll. Moreau,
ms. 818 : série de factums. — Rome, bibl. Barberini, ms.
lat. 3236 : Monumenla... de F. Ughelli, fol. 4 : copie de
l'extrait des informations prises officiellement à C. après
le désastre causé par le comte de Tavannes en 1589. Entre
autres détails, on apprend que la population de l'abbaye
s'élevait alors à 254 personnes, dont 60 religieux profès,
12 novices, 30 convers, résidant au monastère avec bon
nombre d'oblats ou familiers; le reste se trouvait réparti
dans les fermes voisines. — • Archives de l'Aube, 3 H. 144 :
vente par l'abbé de C, à l'abbé de Clairvaux, d'une écurie
sise dans la maison de C. (1284); modèle de procuration
d'Edmond de la CroLx, abbé de C, pour encaisser des
secours destinés à la restauration de C. (1601); lettres pa-
tentes du roi pour la levée d'un subside caritatif en vue
de restaurer l'abbaye de C; procuration d'Edmond de
la Croix pour la levée dudit subside; lettre circulaire d'Ed-
mond de la Croix (imprimé); Estât de ce qui a été vendu et
aliéné du revenu de l'abbaye de Cisteaux, depuis l'an mil cinq
cens vingt et six iusque en l'an six cent et un. Estât de l'argent
que l'abbaye de Cisteaux tient à intérest pour le présent 1601.
— Actes pontificaux : Pressuti, Reg. d'Honorius III, Rome,
1888, n. 3366, 5215 : confirmations, donations; L. Auvray,
Les Reg. de Grégoire IX, Paris, 1890, n. 272, 385, 439, 460,
608, 1723, 2417, 2623, 3404, 3471, 3586, 3771, 4041, 4042;
E. Berger, Les Reg. d'Innocent IV, Paris, 1887, n. 589,
590, 591, 912, 921, 1220-27, 3541, 4624, 5166.
Chabeuf, Les celliers cisterciens à Dijon, Dijon, 1909. —
M. Chaume, Les anciens vicomtes de Beaune et la fondation
de Cîteaux, dans Mém. de l'acad. de Dijon, 1923, p. 73-77;
Hist. d'une banlieue, dans Mém. de la Soc. d'hist. du droit en
pays bourguignon, fasc. 8, Dijon, 1942; fasc. 9, 1943; fasc.
10, 1944-45, contient des précisions au sujet de quelques
propriétés de C; Charles... de S.-Bénigne de Dijon, 1943,
n. 429 : donation de l'abbé Jarenton, vers 1111. — Edme de
la Croix, abbé de C. : lettre à tous les supérieurs de l'ordre
à la suite du désastre de 1589 (incip. : Miseranda plane et
lucluosa monasterii nostri cisterciensis direptio...), imprimée
en latin et en allemand, Fribourg, 1593; en latin et en fran-
çais, Paris, 1596. Il obtint d'Henri IV un décret obli-
geant les abbés réguliers et commendataires à verser le
centième durant quatre ans; Clément VIII lui concéda la
vingtième partie des biens de chaque monastère. — Ét.
Fyot, La maison de Cirey à Dijon, dans Mém. de l'acad. de
Dijon, 1923, p. 144-48. — Gall. christ., iv, instr., 21. ---
Garnier, Hist. du château et du village de Gilly-lez-Cîteaux,
dans Mém. de la Comm. des ant. de la Côte-d'Or, i, 245. —
J. Guicherd, art. dans Dijon et la Côle-d'Or en 1911, ii, 333.
— J. Marilier, Quelques précis, sur les commenc. de C. Les
donations d'Êlisabeth de Vergy, dans Ann. de Bourgogne,
1944, p. 28; Le vin à C. au XII' s., dans Mém. de l'acad. de
Dijon, 1947, p. 267-72. — E. Picard, Les joréts de l'abbaye
de C, dans Mém. de la Soc. éduenne, xir, xiu. — A. Prinstet,
Visitte générale dans la totalité des bois de Cisteaux, 1726. —
M. Pro-sins, Le Clos Vougeot et son château, Paris, 1896. —
J. Richard, Citeaux vu à travers ses archives, dans Mém. de
l'acad. de Dijon, 1947, p. 215-22. — Statuta cap. gen. ord.
cisterc, éd. Louvain, 19.33-41, particulièrement : 1269 : 8;
1318 : 21; 1319 : 7; 1.320 : 14; 13.35 : 9; 1613 : 27. — Teulet,
Layettes... chartes, i, n. 1992 : donation de Raymond de
Toulouse pour le chapitre général, avr. 1229. — E. Vernisy,
L'invasion de Gallas, Paris, 1936.
Siu- Scarborough, cf. .J. Richard, La cusiodie de Scarbo-
rough..., dans Le Moyen Age, 1946, p. 257-70; les données
de ce travail, établi d'après les archives de C, trouvent
leur écho dans les statuts capitulaires : 1240 : 30; 1250 : 19;
1257 : 14; 1262 : 15; 1392 : 4, 12; 1402 : 11; 1464 : 1 ; 1480 :
21 ; les textes concernant la donation ont été publiés par
.lean de Cirey dans Collectio privilegiorum, Dijon, 1491,
fol. 181 sq.; par Henriquez, Privilégia, Anvers, 1630,
p. 231 sq.; les bulles d'Innocent III et d'Alexandre IV se
lisent dans le BuUaire de Citeaux, ms. 598 de Dijon, fol. 76 v"
et 95 \°. Le Liber Censuum de l'Église romaine, éd. Fabre et
Duchesne, ii, 189, 226, a noté le cens annuel dû par C. au
S. -Siège en raison de l'église de Scarborough, tel que l'avait
statué Grégoire IX dans sa bulle confirmative du 20 févr.
1229 (cf. Auvray, Reg. de Grégoire IX, n. 272).
IV. La filiation de Citeaux. — Il s'agit ici uni-
quement de la filiation directe, c.-à-d. des abbayes
fondées par Cîteaux et de celles qui, par décret capitu-
laire, furent placées sous sa juridiction immédiate.
Vingt-huit abbayes d'hommes citées ci-après, avec la
date de fondation :
1. La Ferté, mai 1113. — 2. Pontigny, mai 1114. —
3. Clairvaux, juin 1115. — 4. Morimond, juin 1115. —
5. Preuilly, août UÏ8. — 6. La Cour-Dieu, avr. 1119. —
7. Bonnevaux, juin 1119. — • 8. L'Aumône, juin 1121. —
9. Leroux, sept. 1121. — 10. Bussière, mars 1131. —
11. Miroir, sept. 1131. — 12. S.-André in Sesto, nov. 1131.
— 13. Valloires, sept. 1138. — 14. Herrevad, oct. 1144.
— 15. Perseigne, juin 1145. — 16. Obasine, sept. 1147.
— 17. Carracedo, nov. 1203. — 18. Beaulieu, juin 1204.
— 19. Sotos Albos, 1212. — 20. Escarpe, sept. 1213. —
21 . Royaumont, févr. 1228. — 22. Monte Amiata, juiU. 1228.
— 23. L'Epau, mars 1229. — 24. Monte Acuto, juin 1234.
— 25. Clarté-Dieu, juill. 1240. — 26. Moulins, mars 1414.
— 27. Piété-Dieu, 1440. — 28. S.-Remy, 1464.
Les abbayes de moniales furent plus nombreuses ; une
série s'en retrouve dans plusieurs manuscrits, notam-
ment : Bruges, séminaire, ms. 128/177 (t. ii des Varia
curiosa de Ch. de Visch); Dusseldorf, ms. C. 32 (Winter
a reproduit ce texte tel quel, même avec les erreurs
manifestes qu'il contient, dans Die Cislercienser des
nordôstlichen Deutschlands, ni. Gotha, 1868, p. 176).
Ces listes sont identiques. A cause de son impor-
tance pour l'histoire locale, nous reprenons ici, sans
le modifier, le texte édité par Winter. Nous nous
bornons à y ajouter quelques interprétations.
I. In Alemania. — In episc. Herbipolen. : 1. de Fonte
Virginum (Maidbronn) ; — 2. de Novali S. Mariae (Frauen-
roth); — 3. de Valle sanctorum (Heiligental) ; — 4. de
Valle Coeli (Himmelstal) ; — 5. de Campo solis (Sonnen-
feld).
In episc. Constantien. : 6. de Valle S. Crticis (Heiligen-
kreuztal); — 7. de Valle S. Mariae (Mariental) ; — 8. de
Rinthal (RIxeintal).
In archiepisc. Colonien. : 9. de Fonte (Burbach) ; — 10.
de Orto ( Mariengarten ) ; — 11. de Droelsaga (Drolshagen).
In episc. Leodien. : 12. de Linthres (Val-des-Vierges, à
Oplinter); — 13. de Valle Florida (Florival); — 14. de
Parco dominarum ( Parc-aux-Dames ) ; — 15. de Ramerya
(la Ramée); — 16. de BonelTya (Bonejfe); — 17. de Ar-
genton; ■ — 18. de Succursu B. Mariae (à RocheforI); — 19. de
Disten, alias de S. Bernardo (S.-Bernard, à Diest); — 20. de
Orient (Orienten, à Rummen); — 21. de Marcha (Marche-
les-Dames ) ; — 22. de Rocheem (Rothem, à Haelen); — 23.
de Utres (Uetersen ?); — 24. de Roberti Monte (Robermont);
— 25. de Valle benedicta (Valbenoit); — 26. de Valle B.
Mariae (Val N.-D., à .\ntheit); — 27. de Molins (Moulins);
— 28. de Soleres (Solières); — 29. de Bothes (ter Beeck,
près S.-Trond); — 30. de Opeone ( V'a/-dij-Cie/, à Ophoven).
In episc. Trajecten. in Holland. : 31. de Losdunis (Looc
duinen).
8(il CITRAUX
In episc. Monasterien. : 32. de Hast (Hartsle) ; — • 33. de
Ramesdorpo (Koesfeld).
In episc. Ocesburgen. (Oxnabriick): 34. de Loenure (Lee-
den).
In archiepisc. Bremen. : 35. de Valle Lilii (Liliental).
In episc. Lubicen. : 36. Claustrum B. .Johannis apostoli.
In archiiepisc. Treviren. : 37. de Prato (Marienbeiiden?) ;
— 38. de Brotembrocli (Botleiibroich) .
In episc. Tullen. : 39. de Valle benedicta (Valbenoîle) ; —
40. de Stagno (Estanche); — 41. de Droicteval (Droiteval) .
II. In regno Franciae. — In archiepisc. Bemen. : 42.
de Consolatione (N .-D .-de-Consolation, ou Mazures).
In episc. Cameracen. : 43. de Valle rosarum (Val-des-
Roses, près Malines); — 44. de Tenremonde (Zivyueke, près
Termonde); — 45. de Aldenarde vel de Nazareth (Maaqdeii-
dat, à Audenarde, ou Nazareth, près Lierre).
In episc. Suessioiien. : 46. de Gaudio (La Joie).
In episc. Cathalaunen. : 47. de S. Desiderio (S.-Dizicr).
In episc. Tornacen. : 48. Sanceoy (Le Saiilchoir).
In episc. Morinen. : 49. de Bello Prato ( Beaitpré-siir-Ui-
Lys).
In episc. Attrebaten. : 50. de Broella (Braille); — 51. de
Vivario (Vivier N.-D.).
In episc. Bellovacen. : 52. de Panthemont; — • 53. de
Monciaco (Mouchy-le-Péreux).
In episc. .\mbianen. : 54. de Paraclito; — 55. de Hyspania
(Espagne).
In episc. Noviomen. : 56. de Biatt (Biaches); — 57. de
Monciace (Moachy, déjà cité).
In archiepisc. Senonen. : 58. de LUio B. Mariae (Le Lys,
près Melun); — 59. de Curia B. Mariae (Cour N.-D.); —
60. de Nemosio (La Joie, près Nemours); — 61. de Villari
(Villiers).
In episc. Melden. : 62. de Ponte B. Mariae (Pont-aux-
Dames ) .
In episc. Parisien. : 63. de S. Antonio; — 64. de Portu
Régis (Port-Royal) ; — 65. de Pontizara (Maiibuisson, près
Pontoise).
In episc. Carnoten. : 66, de Aqua (Eau-lez-Chartres).
In episc. Aurelianen. : 67. de Vicinis (Voisins) ; — 68. de
Temorantin (Lieu N.-D., près Romorantin).
In episc. Antissiodoren. : 69. de Insulis (Les Iles ); — 70.
de Consolatione.
In episc. Trecen. : 71. de Ramera (Piété-Dieu, près Rame-
rupt); — [72.] de Pietate Dei (ut supra, 71); — 72. de Gracia
B. Mariae (La Grâce; cf. Pressutti, Reg. Honorii i/i,n.4168,
4201); — 73. de Jardino (Jardin-lez-Pleurs).
In archiepisc. Bituricen. : 74. de Bello visu (Beauvoir) .
III. In Normania. — In archiepisc. Rothomagen. : 75. de
Fonte Geraldi ( Fontaine- Guérard ) ; — 76. de Gomeri Fonte
( Gomerfontaine ) .
In episc. Cenomanen. : 77. de Virginitate (Virginité).
IV. In Burgundia. — In episc. Lingonen. : 78. de Cardo
(de Tardo, Le Tort) ; — 79. de Valle baionis (Valbaion ) ; —
80. de Colonges (Coulonges); — 81. de Bello monte (Bel-
mont); — 82. de Beaufays (Belfays).
In episc. Eduen. : 83. de Loco Dei (Lieu-Dieu, près
Vergy)-
In episc. Cabilonen. : 84. de Molesia (Molèze).
In archiepisc. Bisuntinen. : 85. deBathault (Battans); —
86. de Monstreal (Montarlol) ; — 87. de Onans (Ounans);
— 88. de Courcellis (Corcelles).
In episc. Lausannen. : 89. de Bella valle (Bellevaux, près
de la ville).
V. In Hyspania. — - In episc. Baiocen. (Bayonne) : 90. de
Bello visu (Beauvoir).
In archiepisc. Tarraconien. : 91. de Valle S. Mariae; - —
92. de Bona quiete (Bonrepos); — 93. de Valle bona (Val-
bona de las Monjas).
In episc. Gerundinen. : 94. de S. Felice (S. Félix in Chati-
nis); — 95. Eola, prioratus eius.
In episc. Baremonen. (Barcelone) : 96. de Valle domicelle
(Valdoncella, à Barcelone).
In episc. Pampilonen. : 97. de Marzella (N. Senora la
Blanca de Marcilla).
In episc. Vicennen. : 98. de Petrigal (Pedregal, à Terrega).
In episc. Vergellen. : 99. de Franchasiis (S. M. de las
Franquezas, à Balaguer); — 100. Vallis Laure.
In episc. Valentiae : 101. de Lazaida, alias de Gracia Dei
(La Zaîda, à Valence); — 102. de Monte sancto, fliia Vallis
Dignae.
In episc. lUerden. : 103. de S. Hylario; — 104. de Valle
viridi; — 105. de Valle sancta; - 106. de Valle bonu.
(ABBAYR) 862
In episc. Cesiu-augusten. : 107. de Regali (S. Luciu la
Real).
In episc. Tirasonen. : 108. de Tholobris (Tulebras).
In archiepisc. Toletana : 109. de S. Clémente (S.-Clément,
faubourg de Tolède).
In episc. Burgen. : 110. de Burgis (S. Maria Regia de
Huelgas, à Burgos).
In episc. Astregeu. : 111. de Villa bona.
VI. In Provinci.\. — In episc. .-^relaten. : 112. de Molo-
gesio (Mollégès).
VII. In Alvernia. — In episc. Claromonten. : 113. de
Eschensia (L'Esclache) ; — 114. de Lenisun (Lauaysse? ) .
In episc. Caturcen. : 115. de Lenie (Leyme).
In episc. Convennar. : 116. de Fauacs (Favas, Fabas, ou
Lumen Dei).
In episc. Tholosanen. : 117. de Goion; — 118. de Oratione
Dei (Oraison-Dieu) ; — 119. de Valle nigra (Valnè'gre).
VIII. In .Anglia. — In episc. Salebericen. : 120. de
Tarenca (Tarenleensis abbatia).
In episc. Norwicen. : 121. de Matran (Mtirhaiit).
IX. In Lumbardia. — In episc. Terdonen. : 122. de Ve-
sella (Vesolla); — 123. de Prato.
X. In Grecia. — In episc. Corinthien. : 124. de Nicenal.
In episc. Montonen. : 125. de Viridario B. Mariae.
In Constantinopoli : 126. de Parcheyo (S. M. de Pelreio).
XI. Ultra mare. — In Achon. : 127. S. Maria Magda-
lene.
In Tripoli : 128. S. M. Magdalene.
In Cipro : 129. de S. Theodoro; — 130. de Bella comba.
In episc. Anicen., sive Apodicen. (Puy) : 131. de Clamario
(Clavas).
In episc. Numaten., sive Mansiada (Mende) : 132. de
Meccoria (Mercoire).
In episc. Uticen. (Uzès) : 133. de Fontibus (Fonts-lez-
Alais).
In episc. Nemausien. (Nîmes) : 134. Ecclesia in Alesto
(Ste-Claire d'Alais).
In episc. Anicen. : 135. de Silva (Seauve-Bénite).
In episcopatu Claromontensi est vel esse dicitur monas-
terium de Casa Dei, et in episcopatu Sancti Flori monaste-
rium de Vepraco et de Brolio.
V. Les abbés de Citeaux. — Au xvii« s., une for-
mule pompeuse se lisait en tête des lettres d'indiction
pour le ciiapitre général. En 1651 : Nos, Frater Clau-
dius Vaussin, abbas Cistercii, sacrae theologiae in Fa-
cultate Parisiensi doclor, Christianissimi Régis in su-
premo ducalus Burgundiae senatu primas consiliarius,
Cisterciensis ordinis universi et quinque eius militiarum
de Calatrava, de Alcanlara, de Montesia, de Avis el de
Christo, capui ac superior generalis, eiusdem capituli
generalis plenaria fungens auctoritale... La formule
n'omet rien des honneurs et des charges qui étaient
dévolus à l'abbé de Cîteaux. Celui-ci, en raison du dé-
veloppement considérable de sa famille religieuse, re-
vêtit bien vite le caractère d'une haute personnalité.
Dans le monde féodal d'abord, où la puissance ter-
rienne comptait pour beaucoup, dans le monde ecclé-
siastique, où la science et la vertu sont particulière-
ment honorées, le chef de ces milliers de moines blancs
répandus partout à travers l'Europe devait faire figure
de grand seigneur. En fait, rois et princes traitent
avec lui. Dès 1127, le roi Louis VI vient à Cîteaux; son
fils Louis le Jeune y paraît en 1147 et 1165. Au siècle
suivant, S. Louis est présent au chapitre général de
1244. On y verra également François l" en 1521 et
Louis XIV en 1683.
Les pontifes romains témoignent leur confiance aux
abbés de Cîteaux, les créant leurs délégués en bien des
causes, qui intéressent la chrétienté en général ou des
cas particuliers (Jalîé, n. 11169, 11290, 11435, 12236;
Potthast, Reg., n. 141, 266, 1660, 5382, 8376, etc.). In-
nocent III adresse à l'abbé Arnaud I" ses sermons,
précédés d'une épître dédicatoire (P. L., ccxvii, 309).
Honorius III fait de même à l'égard de Gauthier
d'Ochies. Bulles et privilèges abondent, qui confèrent
à l'abbaye de Cîteaux la plus large exemption, la pla-
çant exclusivement dans la main du pontife de Rome.
Innocent VIII, dans sa bulle Exposait du 9 avr. 1489,
863 CITEAUX (ABBAYE) 864
donnera à Jean de Cirey et à ses successeurs le pouvoir i
de conférer le sous-diaconat et le diaconat à tous les |
moines de l'ordre, et de donner la bénédiction abba-
tiale à tons les abbés et abbesses.
Ce qui importe le plus, c'est de détei-miner exacte-
ment la position juridique de l'abbé de Cîteaux dans
l'ordre monastique qu'il gouverne. Son élection se fit
toujours par les moines de Cîteaux, et même par eux
seuls, à dater de la bulle Parvus fons (1265), qui retira
aux abbés fds leur droit de vote — ils pouvaient être ap-
pelés encore pour l'opération électorale, mais à titre de
conseillers seulement. D'ailleurs, quelque différents que
furent successivement les modes d'élection, on cons-
tate que la communauté sut presque toujours se choi-
sir pour supérieurs des hommes de haute valeur, et
généralement des abbés ayant déjà gouverné avec suc-
cès (cf. ci-après la liste des abbés).
Les pouvoirs de l'abbé de Cîteaux avaient été res-
treints par la seconde rédaction de la Charte de charité,
et il est des principes sur lesquels le chapitre général ne
transigea jamais. Il affirma toujours sa supériorité sur
l'abbé de Cîteaux, ne craignant pas de le rappeler au
devoir en certains cas (Statuta, 1195 : 55; 1222 : 11;
1238 : 9), ni de casser parfois ses décisions (ibid., 1435 :
17; 1623 : 24). Il lui refusera le pouvoir ordinaire de
visiter canoniquement d'autres maisons que sgs filles
directes (ibid., 1238 : 9); il ne lui permit pas de dispo- I
ser librement du temporel ou du personnel d'aucune
abbaye sans l'assentiment du supérieur local.
Cependant, par la force des choses, l'abbé de Cî-
teaux se vit successivement investi de pouvoirs consi-
dérables pour le gouvernement de l'ordre. Le chapitre
général, ne siégeant que trois jours par an, devait con-
fier à son président des pouvoirs délégués, et ceux-ci,
sans changer de nature, se continuaient de façon habi-
tuelle. D'une manière générale, le chapitre lui confie
les causes plus délicates à traiter; les res notabiliores,
diffîciliores sont laissées à sa sagesse (ibid., 1190 : 68;
1191 : 14; 1192 : 47; 1196 : 37). Puis s'alignent ici de i
nombreux cas expressément prévus, dans lesquels il
agit en vertu d'un privilège pontifical, ou par déléga-
tion du chapitre général. Kôndig a dressé une énumé-
lation de ces cas; on en trouve une seconde, fondée uni-
quement sur les décrets capitulaires, dans les Indices
des Statuta (éd. Louvain, 1941, viii, 117 sq.), et enfin
une troisième, d'après les bulles, dans Henriquez, Re-
f/ula, constitutiones et privilégia, Anvers, 1630, p. 543.
Ses droits et devoirs, si étendus qu'ils fussent, l'abbé
de Cîteaux eut souvent tendance à les amplifier encore
(cf. Annules Wauerleienses, ann. 1264). L'opposition se
leva; elle vint surtout de la part des premiers Pères,
dégénéra en des querelles sans fin, qui ont entaché la
mémoire de ces prélats, si méritants d'ailleurs. C'était
habituellement l'abbé de Clairvaux qui se faisait le
porte-parole de ses collègues, tel Mathieu Pillaert
(1405-28), qui rédigea son Spéculum elevationis et de-
pressionis ord. cisterc. (demeuré ms., cf. supra). L'au-
teur trace un aperçu historique des tendances à l'abso-
lutisme chez les abbés de Cîteaux. Il cite nommément
Gauthier d'Ochies (1219-34), Jean I" (1236-38), Jean
de Bussières (1375-76), Gérard de Bussières (1378),
Jean de Martigny (1405). Les contributions perçues
pour les nécessités générales de l'ordre furent aussi un
domaine que Cîteaux prétendit régir de façon absolue.
De là, les accusations énumérées dans le Spéculum et
reprises, avec documents à l'appui, dans le Libellas et
petilio domini Claraevallis contra dominos cistercienses
(Archiv. de l'Aube, 3 H 159). C'est la minuta advocati
rédigée lors du procès intenté par Pierre de Virey
contre Jean de Cirey. Ce réquisitoire s'inspire d'un
autre travail de Pillaert, perdu, semble-t-il, mais que
décrit de Visch dans sa Bibliolheca (éd. Cologne, 1656,
p. 240). D'où encore la thèse, trop absolue pour être
j exacte, que les abbés eurent toujours à Cîteaux une
administration temporelle défectueuse (ms. 129 de
Sens, fol. 246).
La réponse à Mathieu Pillaert ne fut donnée que par
Jean de Cirej", abbé de Cîteaux (1476-1501), dans son
Dgalogus prioris ac supprioris super duplici prospero
scilicel et adverso ordinis cisterciensis (original aux Ar-
chiv. delà Côte-d'Or; copies dans les mss. 79 de Chau-
mont, 88 d'Épinal ; fragments dans le ms. 602 de Dijon).
Notons cependant que le Dgalogus est avant tout di-
rigé contre Pierre de Virey. A vrai dire, cette trop lon-
gue plaidoirie est moins solidement étaj'ée que le Spé-
culum au point de vue juridique; les arguments sont
inopérants et se trouvent noyés dans de fades et inter-
minables conversations supposées, entre un prieur et
un sous-prieur.
Le Dgalogus n'apaisa nullement la querelle qui, à la
fin du xv» s., mettait aux prises les abbés de Cîteaux et
de Clairvaux. Ce dernier commit, en 1482, la grosse
erreur de porter ce débat devant le Parlement. Les
choses traînèrent en longueur. En 1486, le pontife ré-
gnant. Innocent YIII, délégua les définiteurs du cha-
pitre général de Cluny, afin qu'ils usent de leur in-
fluence pour réconcilier les deux parties (cf. leur mes-
sage au chapitre de Cîteaux dans V Auctarium de Ch.
de Visch, Bregenz, 1927, p. 71).
I fîntre temps, sous prétexte de faire connaître toute
la vérité, l'abbé de Clairvaux rédige et distribue un
factum, qui est jugé et condamné comme gravement
diffamatoire à l'endroit de Cîteaux (Statuta, 1485 : 70-
73). Ordre fut donné de le faire disparaître partout
(ms. 2357 de Troyes : Instrumentum combuslionis unius
libelli abb. Clarev. contra abb. Cist. per cancellarium
Eccl. Parisiensis, 20 déc. 1487). L'année suivante, le
parlement de Paris, refusant de juger, remet la cause
intacte aux mains des abbés de La Ferté, de Morimond,
de Pontigny, de Chaalis et de La Charité, nommés ar-
bitres. On leur adjoint ensuite les abbés de Bonport,
de Balerne et d'Élan (Statuta, 1488 : 59). Le chapitre
général avait énuméré les griefs formulés contre Pierre
de Virey (ibid., 1487 : 79), et celui-ci, accusateur de
Jean de Cirey, agitait surtout le cas des contributions
générales de l'ordre, dont une partie importante aurait
passé indûment dans la caisse de Cîteaux.
Celui qui n'entend que les actes capitulaires n'en re-
tire qu'une documentation unilatérale et toute en fa-
veur de l'abbé de Cîteaux. Ce dernier fut cependant
répréhensible en plus d'un point. Son adversaire sut le
prouver dans la réfutation qu'il fit du Dgalogus. Le
ms. 129 de Sens contient une copie (xvii« s.) de docu-
ments conservés jadis à Clairvaux. On possède là un
témoin qu'il est nécessaire d'entendre pour faire la part
des choses. Disons seulement ici que Jean de Cirey,
connu personnellement du pape Innocent VIII, se
trouvait solidement soutenu à Rome par le procureur
général, qu'il avait choisi en la personne de Jacques
du Breuquet, chanoine de Cambrai et rédacteur des
lettres apostoliques aux princes (Statuta, 1487 : 2, 3;
1491 : 11). D'autre part, il semble bien que Jean de Ci-
rey montra, lors de cette pénible discussion, plus de
vertu que son accusateur; il obtint gain de cause.
Enfin Innocent VIII, voulant ruiner à jamais les
causes de dissension entre les deux abbayes, en décréta
l'union sous un seul et même abbé portant le titre de
Cîteaux-Clairvaux (cf. texte dans Statuta, v, 663). La
bulle, datée du 9 avr. 1489, fut sans doute tenue se-
crète, en attendant des circonstances favorables. Celles-
ci firent défaut, car, en 1496, Pierre de Virey, voulant
quitter sa prélature, remit sa démission aux mains
d'Alexandre VI. Le pape, usant de son droit et se con-
formant à la tradition, nomma librement à la préla-
ture vacante. L'élu fut Jean Foucault, abbé de Fonte-
nay, désigné à la bienveillance du pontife par le démis-
mm
865
CITEAUX
(ABBAYE)
866
sionnaire. Jean de Cirey osa protester, en appelant au
siège de Clairvaux Antoine de Châtillon. La nomina-
tion parut dans les actes du cliapitre général de 1497
(n. 64). Deux lettres sévères, chargées de menaces, par-
vinrent aussitôt de Rome à l'adresse de l'abbé et du
chapitre général de Cîteaux. Alexandre VI s'indignait
de ce que l'on eût osé passer outre à ses volontés (cf.
ms. 129 de Sens, fol. 253 sq.). Le Gallia christinna
(iv, 811) nous donne un écho affaibli de cette double
nomination, quand il dit : Johannes Foucault aemulum
passus Anlonium de Châtillon...
Le titre de général donné à l'abbé de Cîteaux lui fut
parfois àprement discuté. On le trouve cependant dans
les bulles d'Urbain IV en 1263 {Processit, Potthast,
Reg., n. 18755), d'Eugène IV en 1438 (Ad universalis),
d'Innocent VIII en 1489 (Alias percipientes), de Pie IV
en 1563 (In eminenti). Contre ce titre et les conclu-
sions pratiques qu'en voulait tirer le bénéficiaire, des
protestations s'élevèrent. On peut les lire encore dans
les factums édités aux xvii« et xviii« s., quand les pré-
lats en cause eurent porté leur différend devant les tri-
bunaux royaux. En 1681, parut un Arrêt du Conseil
d'État du roi, par lequel l'abbé de Cisteaux est maintenu
dans ses droits et dans ses prérogatives de chef et supé-
rieur général de l'ordre de Cisteaux, 19 sept. 1681. Au
siècle suivant, la lutte reprenait aussi acharnée. Il y
eut des appels comme d'abus par les quatre premiers
Pères, et les Mémoires tombèrent en avalanche. En
1781, un autre Arrêt du Conseil d'État du roi fut rendu;
ce fut le dernier. Entre temps, Andoche Pernot (1727-
48) avait dû plaider au sujet des habits prélatices qu'il
portait lors des séances du parlement de Bourgogne.
Frivolité.
Archives de l'Aube, 3 H 153 sq.; 3 H 257, 8° : démission
de Pierre de Virey entre les mains du pape; 3 H 248-256 :
volumineux procès entre Jean Foucault et Antoine de Châ-
tillon. — Chaumont, ms. 79, fol. 265-74 : declaratio reddi-
luum... — Dijon, ms. 602 : quelques actes du procès Cîteaux-
Clairvaux; ms. 1591 (anc. 357, suppl.), fol. 20, 94, etc. —
Lille, Arch. du Nord, 28 H 15 : visite de C. par les premiers
Pères. — Paris, Bibl. nat., coll. Moreau, ms. 818; Arsenal,
ms. 785. — Sens, ms. 129. — Troyes, ms. 739; ms. 2488 :
Pierre de Virey en appelle à Sixte IV des accusations de
.Jean de Cirey.
A. Avignono, Manuale cislerc. Italiae abbatum..., iura,
prerogativae.... Milan, 1755. — Besse, Archives de la France
monasl.. Introduction, Paris, 1906, p. 160 : autorité de
l'abbé de C. — J.-M. Canivez, art. Cîteaux (Législation de
l'ordre de), dansD. D. Can., ni, 745; Étonnantes concessions
pontificales, dans Miscellanea hist. De Meyer, i, Louvain,
1946, p. 505. — Innocent III, lettre aux premiers Pères,
P. L., ccxiv, 1107. — Jean, abbé de Savigny, lettre aux
cisterc. d'Angleterre (1264), dans Monasticon angliccmum,
V, Londres, 1825, p. 226. — R. Kôndig, Elenchus privile-
yiorum..., Cologne, 1729. — Gr. Millier, Titel des Abtes voti
C, dans Cisterc.-Chronik, xxvi, 1914, p. 65; D. abb. Sale-
mitani, de controversia raiione tiluli generalis, ibid., 1929,
p. 82. — Pie de Langogne, De bulla Innocentiana, dans
Anal, eccl., Rome, 1901, p. 311. — • Statuta cap. yen. ord.
cisterc., éd. Louvain, v, 1937, ann. 1482 sq.
Liste des abbés de Cîteaux. — De nombreux ouvrages
mss. et imprimés présentent cette liste des abbés, mais
on n'y trouve pas la concordance désirée. Les dates
sont différentes; le nombre des abbés varie aussi, car
on supprime parfois S. Robert, Wido (ou Guido) (1133),
Richelieu (1636), Louis Loppin (1670) [cf. Paris, Bibl.
nat., ms. lal. 13823, fol. 90-95 (xviie s.); Arsenal, ms.
927, fol. 139 (xvii« s.); Dijon, ms. 1018 (xviii« s.); Arch.
de la Côte-d'Or, H 408, fol. 74-83; Louviers, ms. 28
(xvn«-xviii« s.); Troyes, ms. 2002 (xvii« s.); Port-du-
Salut, abbaye, ms. 4 (xviii« s.)]. — Listes imprimées
dans Manrique, Annales cisterc., i, Lyon, 1642, p. 471.
— Henriquez, Menologium, Anvers, 1630, p. 2. — Sar-
torius, Cistercium-Bis-Tertium, Prague, 1700, tit. ii,
23-44. — Gall. christ., iv, 984; cette dernière liste
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
forme ici notre base, rectifiée cependant pour le xu^ s.
par M. J. Marilier (dans Cisterc.-Chronik, 1948, p. Isq.),
et ailleurs par des statuts capitulaires ou des bulles
pontificales.
1. S. Robert, 1098-99. — 2. S. Aubri, 1099-1109;
Henri, fils du duc Eudes, se fait moine. — 3. S. Étienne
Harding, 1109-33; f 1134; il reçoit S. Bernard et ses
compagnons. — 4. Wido (Gui l"), 1133, abbatiat éphé-
mère. — 5. Raynaud, fils de Milon, comte de Bar-sur-
Seine, moine à Clairvaux, élu à Cîteaux, 1133/34-1150.
En 1147, Eugène III est présent au chapitre général;
affiliation des deux congrégations de Savigny et d'Oba-
sine. Éloge de Raynaud dans la Vie de S. Étienne
d'Obasine (Baluze, Miscellanea, ii, 117). — 6. Goswin,
1151-55; moine puis abbé de Bonnevaux. Eugène III
confirme la Charte, 1152. Mort de S. Bernard. — 7.
Lambert, 1155-61; abbé de Clairefontaine, puis de
Morimond; il démissionne en 1161. En 1158, la milice
de Calatrava devient cistercienne. — 8. Fastrède de
Gaviaumer, 1161-63; abbé de Cambron, de Clairvaux.
Il soutint le parti d'Alexandre III. — 9. Gilbert (le
Grand), 1163-68; abbé d'Ourscamp. — 10. Alexandre,
1168-78; chanoine de Cologne, moine à Clairvaux, abbé
de Grandselve. En 1174, canonisation de S. Bernard. —
11. Guillaume I" (de Toulouse), 1178-81; abbé de Sa-
vigny. — 12. Pierre I", 1181-84; abbé de Pontigny,
évêque d'Arras; f 1185. — 13. Bernard, 1184-86; abbé
de Fontenay. — 14. Guillaume II, 1186-89; moine de
la Prée. — 15. Thibaut, 1189-90. — 16. Guillaume III,
1190-94. — 17. Pierre II, 1194. — 18. Gui de Paray,
1194-1200; abbé de N.-D.-du-Val, cardinal par Inno-
cent III en 1199, légat en Allemagne; f à Gand, 1206.
— 19. Arnaud Amaury, 1201-1211/12; abbé de Poblet,
de Grandselve; créé inquisiteur contre les albigeois,
1204; archev. de Narbonne; t 1225. — 20. Arnaud II,
1212-17 ; assiste au concile de Latran, 1215. — 21. Con-
rad d'Urach, de la famille des ducs de Thuringe, 1217-
1219 ; moine, puis abbé de Villers-en-Brabant, de Clair-
vaux; cardinal-évêque de Porto par Honorius III,
1219; prépare la croisade; t 1227. — 22. Gauthier
d'Ochies, 1219-1234/35; docteur en théologie, abbé de
Longpont. — 23. Jacques I", 1234/35-1236. — 24.
Jean I", 1236-38; abbatiat attesté par deux bulles de
Grégoire IX (L. Auvray, Reg. de Grégoire IX, n. 3404,
4041). La seconde bulle, reprenant une lettre de l'abbé
Jean, est elle-même reprise par Innocent IV en janv.
1244 (E. Berger, Reg. d'Innoc. IV, n. 394; Ughelli, i,
259). Les listes des abbés de C. lui donnent générale-
ment le nom de Jacques. Cependant Mathieu Pillaert
fait mention de l'abbé Jean l" en plusieurs endroits de
son Spéculum. La biblioth. nat. de Turin (ms. lat. D.
VI, 25) conserve des lettres échangées entre Jean de Cî-
teaux et Évrard de Clairvaux (1235-38). Les Annales
de Waverley le disent précédemment abbé de Boxley.
Les Statuta le nomment Jacques, d'après quelques mss.
— 25. Guillaume IV de Montaigu, 1238-44; fait captif
par l'empereur Frédéric II en 1240; démiss, en 1244;
t 1246. — 26. Boniface, 1244-55 (?). — 27. Gui III de
Bourgogne, 1255 (?)-62; cardinal, légat pontifical;
t 1274. — 28. Jacques II, 1262-65; prieur de Cîteaux,
élu par les seuls moines, confirmé par Clément IV qui
publie la bulle Parvus fons, 1265. — 29. Jean II, 1265-
1284; abbé de Savigny. — 30. Thibaud de Sancy, 1286-
1293; abbé de Noirlac, puis de Clairvaux. — 31. Ro-
bert II, 1293-94; abbé de Pontigny, cardinal; f 1305.
— 32. Rufin, 1294-99. — 33. Jean III de Pontoise, 1299-
1304; abbé d'Igny; résiste à Philippe le Bel. — 34.
Henri, 1304-15; abbé de Jouy. — 35. Guillaume V,
1316-35; abbé de Vaucelles; Benoît XII publie la bulle
Fulgens, 1335. — 36. Jean IV de Rougemont, 1335. —
37. Jean V de Chaudenai, doct. en théol., 1339-59; en
1348, la peste sévit et vide bien des monastères. — 38.
Jean VI de Bussières, doct. en théol., abbé de Clair-
H. — XII. — 28 —
867
CITE AUX
(ABBAYE)
868
vaux en 1358, de Cîteaux en 1359; cardinal en 1375;
t 1376. Son élection fut confirmée par Innocent VI; en
1363, la Chambre apostolique fit remarquer qu'une ré-
serve pontificale atteignait alors l'abbaye de Cîteaux.
Urbain V cassa donc l'élection et nomma le même abbé
Jean; il restait à payer les taxes de chancellerie (Du-
brulle, Reg. d'Urbain IV, Paris, 1926, n. 228). — 39.
Gérard de Bussières de la Tour d'Auvergne, 1376 (?);
en 1380, il reçoit de Clément Vil le privilège des ponti-
ficaux. — 40. Jacques III de Flogny, 1389-1405; moine
et cellérier de C, abbé de Bonnevaux, de Pontigny. —
41. Jean VII de Martigny, 1405-28; abbé de Morimond,
de Clairvaux. — 42. Jean VIII Picart, 1428-40; abbé
de Gard, d'Ourscamp. — 43. Jean IX Vion, de Gevrey,
1440-58; proviseur du collège S. -Bernard de Paris;
lutte contre les commendes. — 44. Gui IV d'Autun,
1459 (?)-62; moine de Fontenay, abbé de Chaalis, de
Pontigny. — 45. Hymbert-Martin de Losne, 1462-76;
abbé de Morimond; lutte contre les commendes; ob-
tient de Sixte IV le pouvoir de dispenser de l'absti-
nence (Ex supernae, 13 déc. 1475). — 46. Jean X de Ci-
rey, de Dijon, 1476-1501 ; doct. en théol., moine de La
Charité, abbé de Theuley, de Balerne; lutte contre les
commendes; fait éditer un recueil de bulles; opère un
véritable sauvetage de son ordre menacé de suppres-
sion ; démissionne ; t 1503. — 47. Jacques IV, de Theu-
ley, neveu du précédent, 1501-16; doct. en théol.,
moine de C, proviseur du collège S. -Bernard de Paris,
abbé de Cherlieu, de Belleval, de Morimond; démis-
sionne; t 1516. — 48. Biaise Larget, d'Aiserey, 1516-
1517; doct. en théol., abbé de Marcilly. — 49. Guil-
laume VI du Boisset, 1517-21; abbé de Candeil. — 50.
Guillaume VII le Fauconnier, 1521-40; moine de Mor-
temer, abbé de Miroir. — 51. Jean XI Loysier, 1540-
1559; doct. en théol., moine de C. — 52. Louis I*' de
Baissey, 1560-64; doct. en droit, moine puis abbé de la
Prée, de Maizières. — 53. Jérôme Souchier, 1564-68;
doct. en théol., moine de Montpeyroux, abbé de Clair-
vaux, cardinal en 1568; t 1571. — 54. Nicolas 1" Bou-
cherai, 1571-84; doct. en théol., prieur de Reclus, pro-
cur. gén. à Rome; en 1532, paraît au concile de Trente,
démiss, en 1584. — 55. Edme de la Croix, 1584-1604;
doct. en théol., moine de Clairvaux, prieur de Belleau.
— 56. Nicolas II Boucherai, 1604-25; doct. en théol.,
prieur de C, abbé de Vaucelles; fait de nombreuses
visites d'abbayes; ramène l'équilibre dans les finances
de sa maison; crée la commune de S.-Nicolas-lez-Cî-
teaux sur les terres de l'abbaye. — 57. Pierre III Ni-
velle, de Troyes, 1625-35; doct. en théol., abbé de S.-
Sulpice-en-Bugey. Il cède à Richelieu, qui lui passe son
évêché de Luçon; t 1661. — 58. Armand-Jean du Pies-
sis, card. de Richelieu, déjà abbé de Cluny et de Pré-
montré, se fait élire à C. par les quatre premiers Pères
et trente-quatre moines; prend possession le 15 janv.
1636, mais ne fut jamais confirmé par le pape; les
abbés des nations étrangères faisaient opposition au
nom de la Charte. Sous son régime, Cîteaux passe aux
mains des réformés de l'Étroite observance (un dossier
relatif à cette élection se trouve à Naples, bibl. nat.,
fonds Brancacciana, I. G. 1, fol. 1-4). — 59. Claude
Vaussin, 1643-70; frère utérin de Jean Bouchu, pré-
sident du sénat de Bourgogne; moine de Clairvaux,
doct. en théol., prieur de Froidmont, élu à C. par les
moines de la Commune observance réunis à Dijon,
1643. Louis XIII avait ordonné l'élection d'un mem-
bre de l'Étroite observance; l'élection de Vaussin est
cassée par décret du Grand Conseil. L'affaire est portée
au S. -Siège, qui nomme trois délégués : l'archevêque
de Sens, les évêques de Séez et d'Autun. Leur sentence
est contre la Commune observance, qui en appelle au
Conseil du roi. Tous alors sont admis à voter et Vaus-
sin est élu par 40 voix, contre 15 données à Jean
Jouaut, abbé de Prières. En 1666, Alexandre VII pu-
blie la bulle de réforme In suprema. — 60. Louis II
Loppin, de Seurre, élu le 29 mars 1670, f le 6 mai sui-
vant. — 61. Jean XII Petit, de Châlons. 1670-janv.
1692; doct. en droit, moine de C. ; il échappe à une ten-
tative d'empoisonnement; lutte pour ses droits contre
les premiers Pères; publie le Rituel cistercien de 1689.
— 62. Nicolas Larcher, 1692-mars 1712; doct. en théol.,
moine de C, prieur de Bussières. — 63. Edmond II Per-
rot, de Dijon, 1712-janv. 1727 (cf. Voyage littéraire, i,
224). — 64. Andoche Pernot des Crots, frère d'un séna-
teur de Dijon, élu le 21 avr. 1727, t 14 sept. 1748. —
65. François Trouvé, élu le 25 nov. 1748, t 25 avr. 1797.
— Interruption d'un siècle avant la reprise de l'abbaye
et de son titre par les cisterciens trappistes. — 66. Sé-
bastien Wyart, 1899-1904; abbé de Sept-Fons (rescrit
pontifical du 3 juill. 1899). — 67. Augustin Marre,
1904-22; abbé d'Igny, évêque titulaire de Constance,
puis archev. de Métylène. — 68. J.-B. Ollitraut de Ke-
ryvallan, 1922-29; abbé de Melleray. — 69. Herman-
Joseph Smets, 1929-43; abbé de Westmalle. — 70. Do-
minique Nogues, 1946; abbé de Thymadeuc.
VI. Saints et prélats remarquables. — Cîteaux,
fondé avant tout comme école de sainteté, a vu plu-
sieurs de ses abbés, moines et convers recevoir les hon-
neurs des autels, bien que la tendance de l'autorité ca-
pitulaire ne fût pas de pousser aux procès de canonisa-
tion. Henriquez a dressé une assez longue liste de saints
et bienheureux ayant vécu à Cîteaux; certains d'entre
eux n'ont fait que bénéficier de la prodigalité de l'au-
teur à distribuer les titres. Ne retenant que les noms de
ceux qui jouissent au moins d'un culte immémorial,
notre total touche à une vingtaine. De ceux-ci, deux
seulement sont cités dans le récent martyrologe ro-
main : S. Robert de Molesme (29 avr.), S. Étienne Har-
ding (17 avr.). Le troisième abbé de Cîteaux, S. Aubri,
n'a sa fête célébrée chez les cisterciens que depuis 1738.
Au nombre des autres, nous distinguons d'abord les
abbés Raynaud, Goswin, Fastrède, Gilbert, Alexandre,
les deux Guillaume, Bernard, Boniface, Pierre II, puis
quelques moines et le convers Alain.
Plusieurs abbés furent promus au cardinalat : Guy
de Paray (1 199), Conrad d'Urach (1219), Guy de Bour-
gogne (1262), Robert (1294), Jean de la Bussière (1375)
et Jérôme Souchier (1568). En 1130, le premier cister-
cien élu à l'épiscopat fut Pierre de Tarentaise (l'an-
cien), moine de Cîteaux d'abord, puis abbé de La Ferté.
Hugues de Màcon occupa le siège d'Auxerre en 1137;
Guichard fut sacré archevêque de Lyon par Alexan-
dre III en 1165, et Pierre, 12« abbé de Cîteaux, devint
évêque d'Arras en 1184. Arnaud Amauri termine une
carrière bien remplie comme archevêque de Narbonne
en 1225. Pierre Nivelle, en 1637, fait un échange avec
Richelieu et occupe le siège de Luçon. En ces derniers
temps, Aug. Marre, abbé de Cîteaux, fut successive-
ment évêque titulaire de Constance et archevêque de
Métylène (t 1922).
Henriquez, Menologium cisterciense, Anvers, 1630. — ■
S. Lenssen, Catalogue critique du ménologe..., Westmalle,
1937. — D. Willi, Pàpste, Kardinàle und Biscliôfe aus dem
Cisterc.-Orden, Bregenz, 1912. — A. Zimmermann, Kalen-
darium benediclinum, Metten, 1934.
VII. Liturgie. — Il suffira de rappeler ici le travail
que, personnellement, certains abbés de Cîteaux ont
fourni, pour créer d'abord, et maintenir ensuite, la li-
turgie cistercienne. Le principe générateur de la fon-
dation de l'ordre inspira également sa liturgie propre.
Voulant la pratique littérale de la règle bénédictine,
Cîteaux reprend l'office divin dans les proportions et
les dispositions établies par S. Benoît. On élimine donc
toutes les additions clunisiennes : les psaumes sura-
joutés, les processions, les litanies, les nombreux ver-
sets, etc. (cf. les partes decisae de V Exordium magnum,
publiées par Tiburce HUmpfner, Bregenz, 1908). D'au-,
869
CITE AUX
(ABBAYE)
870
tre part, la Charte de charité pose comme principe fon-
damental que l'unité liturgique doit régner dans tous
les monastères de l'ordre. On rédige donc à Cîteaux,
dès le début, tout un corps de rubriques : les Officia
ecclesiaslica, qui constituent la première partie du Liber
usuum, œuvre de S. Aubri et de S. Étienne, que pu-
bliera en 1134 Raynaud de Bar. Quand les pontifes ro-
mains approuvèrent la Charte, ils approuvèrent par là
même la réforme liturgique des abbés de Cîteaux. Eu-
gène III, qui renouvelle l'approbation par la bulle Sa-
crosancta (1""' août 1152), cite expressément « le chant
et les livres liturgiques, qui doivent se trouver iden-
tiques dans toutes les abbayes de l'ordre ».
C'est pour assurer cette uniformité qu'à Cîteaux les
abbés ordonnèrent la rédaction du manuscrit type,
contenant tous les textes liturgiques utilisés dans le
cours de l'année. Cette œuvre, encore admirée aujour-
d'hui, se trouve à Dijon, bibl. munie, ms. 114(28).
C'est la source primordiale, authentique et officielle du
rite cistercien.
Une seconde intervention personnelle des abbés de
Cîteaux, relative à la liturgie, fut celle du xvii» s. S.
Pie V avait réalisé en 1568 et 1570 une réforme de la
liturgie romaine. Le succès de cette œuvre, et sans
doute aussi un maladif désir de nouveauté, déclenchè-
rent, dans bon nombre de monastères, un véritable en-
gouement pour la liturgie romaine. A rencontre même
des volontés pontificales, on alla jusqu'à désirer l'aban-
don de l'antique liturgie cistercienne. L'honneur re-
vient à Claude Vaussin (1645-70) d'avoir sauvé ce qui
pouvait l'être encore du vieux rite pratiqué par S. Ber-
nard. Il eut l'habileté de faire insérer, dans la Constitu-
tion de réforme d'Alexandre VII (In suprema), un
article reproduisant le principe promulgué dès le début
de l'ordre : partout dans les monastères, on est tenu de
pratiquer la liturgie telle qu'elle est à Cîteaux. Un Ri-
tuel fut alors composé, qui consacrait quelques em-
prunts à la liturgie romaine. Il ne parut qu'en 1689,
après que Jean Petit, abbé de Cîteaux, y eut mis la der-
nière main. En 1913, les démarches de Mgr Marre
(t 1922) à la Cour romaine obtinrent un décret attes-
tant que ce Rituel est légitime et doit être suivi par les
cisterciens.
Canivez, Le rite cistercien, dans Ephemerides liturgicae,
Rome, 1949. — Guignard, Monuments primitifs de la règle
cistercienne, Dijon, 1878. — Dom André Malet, La liturgie
cistercienne, Westmalle, 1921. — • R. Trilhe, art. Cîteaux,
dans D. A. C. L., ui, 1793. — Slatuta cap. gen. ord. cisterc,
éd. Louvain, 1933-41, passim.
VIII. Bibliothèque et écrivains. — En 1480,
Jean de Cirey faisait rédiger le catalogue des livres de
la bibliothèque. Ce ms. se trouve actuellement à Dijon,
bibl. munie, n. dlO (358): Inuenlarium librorum mo-
nasterii Cistercii, Cabilonensis diocesis, factum per nos,
fralrem Johannem, abbalem ejusdem loci, anno Domini
millesimo CCCC octuagesimo, poslquam per duos annos
eonlinuos labore duorum et sepius trium ligalorum eos-
dem libros aptari, ligari et cooperiri cum magnis sump-
tibus et impensis fecimus. Cet inventaire a été publié
in extenso au Catalogue général des mss. des biblioth.
publiques de France, v, p. 339-452. Il comporte 1200
numéros, dont 312 sont encore conservés à Dijon.
Quelques-uns se trouvent à Paris, Bibl. nat. : mss. lat.
1488 : Anselmi episl. (xn« s.); 2727 : S. Augustinus
(xiii« s.); 3277: Innocenta III sermones (xiW s.); 9593,
10321 : Pétri de Riga, Aurora (xiii« s.); 10892 : Officia
ecclesiaslica (xiii« s.); nouv. acq. lat. 1876 : Egidius de
Roma (xive s.).
La bibliothèque de Cîteaux était alors répartie en
plusieurs locaux, ce qui fournit la base de division du
catalogue. Les n. 1-340 occupaient la « librairie du dor-
toir » (pièce ayant servi jadis de vestiaire et proche du
dortoir). On y trouvait les textes et commentaires de
la Bible, les écrits des Pères, S. Augustin, S. Grégoire,
S. Jérôme, S. Anselme, Origène, Hilaire, S. Bernard;
des œuvres théologiques de Denys, de S. Thomas,
Alain, etc., et quelques ouvrages historiques. La grande
bibliothèque comportait trois armoires, dont les rayons
recevaient les livres disposés en ordre méthodique,
comme plus haut. Une série importante de sermon-
naires se trouvait dans un coffre. On note aussi un
grand nombre de livres liturgiques pour l'offlce choral,
puis des livres d'usage courant.
D'autres se trouvaient retenus par une chaîne sur
des pupitres placés dans le cloître, près du chapitre.
Une série d'une centaine est intitulée : Libri legendi in
conventu seu dividendi fratribus ad legendum; ce sont
des Vies de saints, quelques sermonnaires, etc. Jean de
Cirey avait organisé un studium, salle d'étude pour-
vue d'un choix d'ouvrages (n. 748-924) propres à la
formation théologique, juridique, historique et litté-
raire des moines. L'abbé de Cîteaux note également
les livres qu'il possédait dans sa chambre, ceux du no-
viciat, de l'infirmerie, et enfin les volumes déposés à la
résidence abbatiale de Gilly.
Il est étonnant de trouver encore un chiffre aussi im-
posant de mss. en 1480, alors que l'abbaye avait été
plusieurs fois dévastée. Le ms. 44 (26) de Dijon, qui
est le n. 28 du catalogue de Cirey, s'en explique par
cette note : Hic liber... fuit rapliis per armalos et re-
demplus per domnum Amadeum, gubernatorem domus
Cistercii apud Delnam, precio quinque florenorum auri,
anno 1478. Un catalogue des mss. de Cîteaux, rédigé
au xvii« s. par Le Tonnellier, témoigne qu'un nombre
considérable avait disparu depuis la fin du xv^^ s. ; mais
de nouvelles acquisitions avaient été faites. Même
constatation dans les catalogues ou inventaires dressés
au xviii» s. Dans leur Voyage littéraire de 1708, les
deux bénédictins remarquent que, dans la bibliothèque
de Cîteaux, « il y a un bon fonds de livres imprimez sur
toutes sortes de matières, et sept ou huit cents manus-
crits, dont la plupart sont des ouvrages des Pères de
l'Église » (pars I», p. 221). Ils citent ensuite quelques
mss. qui leur ont paru plus rares, et dans lesquels nous
retrouvons les noms d'auteurs cisterciens : Richard
de Dore, Guillaume de Clairvaux, Nicolas de Preuilly,
Jacques de Melrose, etc.
L'abbaye de Cîteaux avait eu aussi ses écrivains.
Outre les premiers abbés, qui travaillèrent à la rédac-
tion des livres liturgiques et des statuts, d'autres s'oc-
cupèrent de matière juridique. Guy de Paray (f 1206)
donna aux moines militaires de Calatrava leurs consti-
tutions spéciales (cf. Henriquez, Régula, constilu-
tiones..., Anvers, 1630, p. 484). Thibaud de Sancy
(t 1293) mit au jour une nouvelle collection de statuts;
Guillaume de Vaucelles (f 1335) fit de même et de-
manda à Jean XXII d'approuver sa compilation. Un
travail similaire fut repris en 1350 par Jean de Chau-
denai (f 1359). Guillaume de Boisset posa toute une
législation pour le collège S. -Bernard de Paris. Des
travaux relatifs aux sciences ecclésiastiques. Écriture
sainte, théologie, droit canon, furent réalisés par des
moines docteurs en ces différentes branches, tels Nico-
las de Montesa (1337), Claude de Bronald (D. H. G. E.,
x, 839), Richer, prieur de Cîteaux (vers 1369). Jean de
Mirecourt (Mercuria), qui professait à Paris, eut à su-
bir, en 1347, la condamnation de 35 propositions tirées
de son enseignement (Reims, ms. 494, fol. 8; ms. 52;
cf. Rev. d'iiist. de l'Égl. de France, 1947, p. 213).
Les Sermones quadragesimales de Jean de Chaudenai
sont encore inédits, semble-t-il (Dijon, ms. 222). Plu-
sieurs abbés de Cîteaux furent des orateurs remarqua-
bles, tels Jean Picart (t 1440; cf. Erlangen, mss. 534,
538; Mansi, xxix, 1270-80): maximam inter Patres lau-
dem promeruit; cf. N. Valois, Le pape et le concile, Paris,
1909, I, 85, 144, 321 ; ii, 128); Jean de Cirey (t 1503),
871
CITEAUX
(ABBAYE)
872
choisi par les États de Bourgogne pour porter la parole
devant le roi, à Blois (1484). Il en fut de même pour
Nicolas Boucherat (t 1586) devant Henri III, à Rouen,
le 18 juin 1578 (Remonstrance..., Paris, 1578). Edme
de la Croix mourut à Barcelone en 1604, au cours de
visites dans les monastères d'Espagne; avec les papes
de cette époque, il avait entretenu une correspondance
considérable qui fut conservée. Devant Henri Cajetan,
cardinal légat a latere de Sixte V, à Màcon en déc. 1588,
il avait été le porte-parole et plusieurs de ses discours
furent imprimés en 1590.
De Jean de Cirey aussi il faut signaler l'initiative
en matière d'édition. Le premier incunable sorti des
presses de Dijon est son bullaire intitulé : Collecta privi-
legiorum ordinis cislerciensis, 1491; recueil soigneuse-
ment préparé avec l'aide de son secrétaire Conrad Leon-
berger (Leontorius), qui signa tous les exemplaires à
l'effet de les authentiquer. Les livres liturgiques paru-
rent en 1487, missel et bréviaire; ce dernier s'annonce
comme amendant l'édition de 1484 (Hain, Repertorium,
n. 11279, 11280; Gesamikat. der Wiegedrucke, n. 5198,
5199). L'ordinaire fut traduit en français pour les reli-
gieuses, par Jean de Vepria, prieur de Clairvaux, et
imprimé en 1495. Les exemplaires en sont rares : un
à la Bibl. royale de Bruxelles, un autre à la Bibl. univ.
de Fribourg.
Au xviiif! s., quelques moines s'occupent de l'his-
toire de leur ordre. Marc-Antoine Crestin (1724) rédige
une Hist. de l'abbaye de C. jusqu'en 1642; Nicolas Co-
theret, docteur de Sorbonne, laisse des Annales de
l'abbaye de C, ms. de 583 fol., actuellement à l'abbaye
de Tamié (Savoie), et des Observations sur... les privi-
lèges (ms. 699 de Troyes).
Paris, Bibl. nat., mss. lat. 11792, fol. 87; 14615, fol. 579 :
catal. des mss. de C; noav. acq. lat. 1557 : copie de l'inven-
taire de 1480; ms. 1647 : copie d'un catal. suivie d'un état
des mss. ... en 1790. — Bibl. de l'Arsenal, ms. 4640 :
catal. de Le Tonnellier en 1675. — Dijon, ms. 1401 : catal.
des mss. de G., xviii" s.
T. Hùmpfner, Aus der Bibliothek von C, Bregenz, 1926.
— .Jean de Cirey, Pia exhortatio ad monachos..., éd. dans
Collecta privilegiorum..., 1491 ; de même un Catalogus sanc-
toriim et quelques décrets capiliUaires de 1490; Liber de
prospéra et adverso statu ord. cisterc, ms. aux Arch. de la
Côte-d'Or et autres cités plus haut; Relation du voyage des
députés des États de Bourgogne aux États généraux de Tours
en 1484 (cf. Bibl. de l'École des chartes, 1886, p. 360 sq.);
les discours prononcés à Blois, puis à Beaune, se lisent dans
le ms. fr. 16248, fol. 42-411, de la Bibl. nat. de Paris; Sta-
tuta reformationis... 1493 (cf. Statuta, vi, 87); Relatio lega-
tionis abbatum ad Sanctam Sedem {ibid., v, 761); Violencie
et injurie {acte et illate monasterio Cist. per... Mariam de
Sabaudia... 1484 et 1501, publ. avec trad. en 1866, par J.
Garnier. — • Ch. Oursel, La miniature du XII' s. à l'abbaye de
C. d'après les mss. de la bibl. de Dijon, Dijon, 1926.
IX. Art et architecture. — Pour nous faire une
idée de l'ancien Cîteaux, nous disposons, entre autres
moyens, de plusieurs documents intitulés lier cister-
ciense, ou équivalemment. En 1667, vint au chapitre
général l'abbé Laurent Scipio, du monastère d'Ossegg,
en Bohême. Il a laissé un bref récit en latin de son
voyage et de ce qu'il a vu à Cîteaux (cf. Cislerc.-Chro-
nik, 1896, p. 289). En cette même année, vint aussi du
monastère de Maris Stella (Wettingen), en Suisse, Jo-
seph Meglinger, secrétaire de son abbé. Il a laissé une
longue description de son voyage et de la grande abbaye
chef d'ordre qu'il visitait pour la première fois (cf.
P. L., cLxxxv, 1565-1622). Un troisième lier cister-
ciense est celui du moine Joseph Jahn, secrétaire de
dom Benoît Litwerig, abbé d'Ossegg, venant à Cîteaux
en 1699 à titre de délégué du vicariat de Bohême, Mo-
ravie et Lusace (cf. Cisterc.-Chronik, 1909, p. 33 sq.).
Les deux bénédictins, Martène et Durand, auteurs du
Voyage littéraire, étaient de passage à Cîteaux en 1708.
La relation dernière en date est celle de dom Constan-
tin Haschke, abbé de Heinrichau en Silésie, venu au
chapitre général de 1768 (cf. Cisterc.-Chronik, 1931,
p. 1 sq.). Tous sont unanimes à célébrer l'ampleur et
la splendeur de l'abbaye mère.
« Cîteaux, écrit dom Martène, sent la grande maison
et son chef d'ordre. Tout y est grand, beau et magni-
fique, mais d'une magnificence qui ne blesse point la
simplicité religieuse. L'église est vaste et bien décorée.
Il y a des autels à tous les piliers de la nef. On y voit
des tableaux d'un prix inestimable. Ceux de S. Étienne
Martyr, de la Nativité de N.-S., la figure de la Sainte
Vierge et de S. Bernard sont des pièces inimitables. On
compte jusqu'à soixante princes de la maison de Bour-
gogne enterrez dans l'église, plusieurs évêques, arche-
vêques et autres personnes de distinction... » Suivent
les nombreuses épitaphes relevées par les deux voya-
geurs. Derrière l'autel majeur, du côté de l'épître, se
trouvait une châsse renfermant le cœur de Calixte II
(t 1124), qui, étant archevêque de Vienne en Dau-
phiné, avait négocié avec S. Étienne Harding la fon-
dation de l'abbaj'e de Bonnevaux.
Le tombeau du sénéchal de Bourgogne, Philippe
Pot (t 1494) — l'admirable pièce bien connue — se
trouvait dans la chapelle de S. -Jean-Baptiste. Le che-
valier est représenté armé et vêtu de la cotte d'armes,
couché sur la pierre que supportent huit pleurants,
portant les blasons de la famille. Actuellement, au luu-
sée de Dijon (cf. Ann. de Bourgogne, 1944, p. 57).
L'église, consacrée en 1193 (cf. Statuta, 1194 : 55),
mesurait 130 m. en longueur; le chœur possédait plus
de cent stalles. La salle capitulaire pouvait recevoir
plus de trois cents sièges. « Les cloîtres sont propor-
tionnez au reste des batimens, écrit dom Martène.
Dans l'un de ces cloîtres, on voit de petites cellules
comme à Clairvaux, qu'on appelle écritoires, parce que
les anciens moines y écrivaient les livres. Un des plus
vénérables endroits de Cîteaux, c'est l'ancien monas-
tère, qui fut habité par les premiers religieux de ce saint
lieu et où S. Bernard fut reçu. L'église fut consarée en
1106 par Gauthier, évêque de Chalon. Elle est assez
petite, et je ne crois pas qu'elle ait plus de 15 pieds de
largeur... II y a dans le sanctuaire trois fenêtres et deux
dans la nef, et c'est assurément ce qu'on entend par cet
endroit de la Vie de S. Bernard, où il est dit qu'il était
si mortifié qu'il ne savait pas qu'il n'y avait dans
l'église que trois fenêtres, ce qui doit s'entendre du
sanctuaire. »
Ces vénérables restes ont disparu depuis lors, ainsi
que les splendeurs d'autrefois. Cîteaux fut mis en vente
et adjugé le 4 mai 1791. Il passa ensuite par différentes
mains. Le premier acquéreur, Louis Duleu, fit dispa-
raître l'église. Dans les autres bâtiments, une raffinerie
s'installa; ce fut éphémère. En 1841, un Anglais, Ar-
thur Young, rachetait l'immeuble et y organisait un
phalanstère. On vit alors quelques tableaux poétiques
style Florian : bergères et fermières en dentelles et
habits de soie. Fantaisies coûteuses qui aboutirent à
une faillite. Cinq ans après, le P. Joseph Rey, fonda-
teur de la congrégation de S. -Joseph, y installait une
colonie de jeunes détenus qu'il éduquait et faisait tra-
vailler.
L'année 1898 ramenait le huitième centenaire de la
fondation par S. Robert. Les moines blancs revinrent
sur les lieux : c'étaient les cisterciens trappistes. De
l'antique abbaye, ils ne trouvèrent qu'un débris de bâ-
timent du xv« s., situé en plein jardin, et, pour consti-
tuer le monastère, l'aile nord de la grande façade de
1772. Les cisterciens du xviiio s. avaient, eux aussi,
entrepris la reconstruction de leurs bâtiments claus-
traux. L'architecte Lenoir avait dressé un plan dont la
huitième partie seulement fut réalisée. La vieille église
devait rester intacte, mais on allait l'enchâsser comme
un joyau de prix dans un cadre de 800 m. de cloître.
873
CITEAUX (ABBAYE). — CITEAUX (ORDRE)
874
C'eût été grandiose, trop grandiose et trop vaste pour
les quelque cinquante moines qui restaient alors.
Dans son Architecture cistercienne en France, Paris,
1943, M. Marcel Aubert a étudié ce que fut l'ancien Cî-
teaux : église, cloître, salle capitulaire, réfectoire, domus
conuersorum, et la vaste enceinte englobant le tout.
Paris, Chambre, ms. 1221 : description des mausolées...,
par dom Claude Vincent Guitto, religieux de 0. (1719). —
Besançon, bibl. munie, ms. 1046, fol. 8 : ordonnance de la
maison de C. (xv» s.). — Cambrai, bibl. munie, ms. 976,
fol. 253 : tombeaux à C. (xvip s.). — Dijon, bibl. munie,
ms. 119(86) : « Rituel propre de l'abbaye de Cisteaux »
(1724). Il s'y trouve 12 « plans géométraux des lieux régu-
liers de l'abbaye de C. où il se pratique quelques rits et
cérémonies »; église et parties de celle-ci, presbytère, choeur,
nef, autels des piliers, chapelles, grand cloître, chapitre,
réfectoire, infirmerie, cimetière, réfectoire (nouvelle dispo-
sition); à la p. 501, plan d'une nouvelle bibliothèque;
ms. 1591 (ancien 375, suppl.), fol. 19 : élévation et corps de
bâtiment du noviciat et des infirmeries de C. (7 janv. 1767);
ms. 609 : description des anciens monuments de C, par
Moreau de Mautour, avec des remarques de dom Cotheret,
bibliothécaire (1727). — Louviers, bibl. munie, ms. 28,
p. 1-232 : description des tombeaux; p. 359 : spatium et
dimensio templi...
J. Calmette, L'esprit bourguignon dans la miniature cis-
lerc. du XII' s., dans Soc. des biblioph. de Bourgogne, 1910,
p. 9-17. — Chabeuf, Voyage d'un délégué suisse au chapitre
général, Dijon, 1885. — H. Charrier, L'abbaye de C, Dijon,
1929; Invenl. des souv. et monum. actuellement conservés à
C, dans Ann. de Bourgogne, 1931, p. 197 sq. — H. Drouot,
Les meubles et objets d'art enlevés à C. pendant la Ligue de
1589-1595, dans Ann. de Bourgogne, 1930, p. 212 sq. —
Une " Veue du cloître de l'abbaye de Cyteaux en 1613 »,
dessinée par Ét. Martellange, au Cabinet des estampes de
la Bibl. nat. de Paris, sous le nom de François Stella.
X. Archives et bibliographie. — Archives. ■ — Dépôt
départem. de la Côte-d'Or : un cartulaire en 3 tomes (xiii' s.)
contenant un millier d'actes du milieu du xii" au xiii» s.;
un autre cartulaire en 10 parties, ordonné par Jean de Cirey
(t 1503) et continué ensuite, contenant près de 3 000 actes,
de 1098 au début du xvii= s.; une dizaine de cartulaires
locaux; environ 150 registres; une douzaine de registres de
comptabilité du xiv« au xviii" s.; 90 cartons de titres, docu-
ments relatifs au temporel; un atlas de 42 plans sur par-
chemin : « plans géométriques des bois, rentes..., 1718 »; des
papiers de justice seigneuriales; une série d'inventaires.
Tout cela ne concerne que l'abbaye. Pour l'ordre lui-même,
il reste peu de chose. Depuis que M. Claudon a fait cet
exposé au congrès de Dijon en 1927, on a signalé (1929 et
1937) l'entrée aux archives de plusieurs pièces concernant
C, notamment des titres de propriété d'un domaine à
Ouges (1493-1617). — Les dépôts départem. du Jura, de
l'Yonne, de Saône-et-Loire, de la Marne, du Nord (cf. Max
Bruchet, Invent., p. 405), du Doubs conservent aussi quel-
ques pièces. De même les .\rchives nat. à Paris, LL 988. Les
Archives du Cogner ont publié un acte de déc. 1240. —
Paris, Bibl. nat., mss. lat. 9003, 9004, 9750, 12665; nouv.
acq. lat. 2297 : pièces 1285-1508; 2588 : chartes; ms. fr.
20892; coll. Moreau, mss. 785, 818, 859. — Beaune, bibl.
munie, ms. 279, n. 3 : transaction..., 1287. — Besançon,
bibl. munie, ms. 1428 : actes de 1262-1764. — Dijon,
bibl. munie, ms. 43, fol. 28 : quelques notes des xiv«-xv« s.;
ms. 184 : fragm. cartul. sur feuille de garde; ms. 598 :
buUaire de C. (xiv«-xv« s.); ms. 942 : 11 docum., 1192-1519;
ms. 1020 : recueil. — Gray, bibl. munie, ms. 12 : une
charte..., 1255. — Lyon, bibl. munie, ms. 127, fol. 113 :
fragm. acte, 1406.
F. Claudon, A propos des archives de C, dans S. Bernard
et son temps, i, Dijon, 1928, p.113-20. — Gall. christ., iv, 980.
— Tib. Hiimpfner, Archivum el bibliotheca Cistercii, Rome,
1933; l'auteur transcrit le récit de Jean Perret, témoin
oculaire de la dévastation de 1636, puis donne un aperçu des
archives de C. conservées à Dijon, etc. — Jaffé, n. 5842,
7537, 10 982, 11 151, 11 169, 11 290, 11 435, 12 236, 14 647,
14 952, 16 471, 16 821, 16 922. — L. Janauschek, Orig.
cisterc. Vienne, 1878. — A. Luchaire, Louis VI, Annales de
sa vie..., Paris, 1890, n. 554, 555, 593; Études sur les actes
de Louis VII, Paris, 1885, n. 603, 675. — A. Manrique,
^rni. cisterc, Lyon, 1642, 4 in-fol. — Martène, Thésaurus...,
1, 1375 : testament de Jeanne de Bourgogne (1329). — Mém.
de la Comm. des antiquités... Côte-d'Or, 1842 sq. — .A. Mille,
Abrégé chronol. de l'hist. eccl. et civile... Bourgogne, Dijon,
1771-73. — R. Molitor, Aus der Rechtsgeschichte benedikti-
nischer Verbande..., i. Munster, 1928, p. 159-213 : Cîteaux.
— Plancher et Merle, Hist. génér. et partie, de Bourgogne,
Dijon, 4 vol. in-fol., 1739-81. — Potthast, Reg., n. 141, 266,
1093, 1409, 1435, 1439, 1660, 3454, 3652, 4252, 4313, 4645,
5382, 5389, 5954, 6113, 6362, 8376, 8469, 8473, 8528, 8645,
9370, 9371, 9479, 10 062, 11 289, 14 249, 14 690, 16 329,
16 336. — J. Richard, Citeaux vu à travers ses archives, dans
Mém. de l'acad. de Dijon, Dijon, 1947, p. 21-222. — Sta-
tuta cap. gen. ord. cisterc., éd. Louvain, viii, 1941, p. 116-26 :
synthèse des références concernant Cîteaux.
J.-M. Ganivez.
2. CITEAUX (Ordre). — /. La « Charte de cha-
rité », créatrice de l'ordre de Cîteaux. — //. Le siècle de
S. Bernard (col. 888) : I. La diffusion de l'ordre de Cî-
teaux. II. L'action de l'ordre de Cîteaux dans l'Église
au xii« s. III. La papauté, l'épiscopat et les cisterciens.
Privilèges. IV. Vie intime de l'ordre. Le chapitre géné-
ral et ses lois. V. Sainteté. Liturgie. Spiritualité. Écri-
vains. Études. VI. Domaine temporel. Convers. Archi-
tecture. — ///. D'Innocent III à Clément IV (1198-
1268) (col. 926) : I. L'action extérieure de Cîteaux.
II. La papauté et les cisterciens. III. Le roi S. Louis et
Cîteaux. IV. Situation intérieure de l'ordre. V. Les mo-
niales cisterciennes. VI. Liturgie. Écrivains. Saints et
bienheureux. — IV. De la bulle Clémentine (1265) aux
articles de réforme de Jean de Cirey (1494) (col. 959) :
I. Cîteaux et les événements politico-religieux. II. Cî-
teaux et ses monastères. — V. Du xvi^ s. à la Révolu-
tion française (col. 980) : I. Les erreurs des xvi" et
xvii« s. II. Cîteaux et ses monastères. — VI. Les xix"
et XX^ s. (col. 994).
I. LA « CHARTE DE CHARITÉ », CRÉATRICE
DE L'ORDRE DE CITEAUX. — Avant que cette
Charte ne fût rédigée (1118) et approuvée (1119), Cî-
teaux et les neuf monastères fondés par lui n'avaient
pas de lien juridique les reliant ensemble. En vue de
prévenir des divergences dans l'interprétation et la
pratique de la règle fondamentale, le troisième abbé
de Cîteaux, S. Étienne Harding, eut la pensée géniale
de créer entre les monastères un lien souple et fort
tout à la fois, qui aurait pour fonction de maintenir
partout l'identité d'observance, en laissant cependant
à chaque abbaye sa force naturelle de développement
et d'expansion. Ce document, célèbre dans l'histoire
du droit ecclésiastique, fut appelé Charte de charité,
car le but dernier voulu par son auteur n'est autre
chose que la sanctification des âmes par la pratique
fidèle de la règle.
Dès les premières lignes, on écarte tout avantage
temporel que la maison mère pourrait retirer de sa
maison fille. L'abbé Père d'une abbaye filiale ne con-
serve sur cette dernière qu'une juridiction de surveil-
lance et d'appel, au nom de laquelle il doit maintenir
intacte l'observance régulière, telle qu'elle se pratique
dans l'abbaye mère et modèle de toutes, Cîteaux. Par
ailleurs, l'abbé local jouit de l'administration pleine
et entière de son monastère. La Charte cite deux cas
concrets d'exercice de ce droit : c'est l'abbé local qui
reçoit les vœux de ses novices, même en présence de
l'abbé Père, fût-il celui de Cîteaux; aucun sujet de son
monastère ne peut lui être soustrait sans son consen-
tement. Une fois par an, au moins, tout abbé Père
visite ses maisons filles et y accomplit sa mission.
Le second rouage gouvernemental est la tenue
annuelle du chapitre général. Cette réunion des abbés
en la maison mère de tous les autres monastères vise
à entretenir l'esprit de famille en resserrant les liens
de cordialité entre les supérieurs; elle fournit l'occa-
sion de redresser le zèle qui aurait pu fléchir chez quel-
ques-uns d'entre eux, trop absorbés peut-être par les
soucis matériels et moins attentifs à la pratique des
vertus; elle permet éventuellement à tous de venir en
CITEAUX (ORDRE)
Les abbayks de moines cisterciens, anciennes et actuelles
Abbayes anciennes
O en activité Abbayes fondées j A en activité
A supprimées depuis 1800 / A supprimées
«1
CITEAUX (ORDRE)
Fig. 111. — L'Angleterre cistercienne.
CITEAUX (ORDRE)
CITEAUX (ORDRE)
sde cistercienne.
CJTEAUX (ORDRE)
i
i
CITE AUX (ORDRE)
Fig. 114. — L'Espagne cistercienne.
887 CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD 888
aide à telle abbaye dont on aura signalé la pauvreté
extrême. Ce sont là les deux pièces maîtresses de l'orga-
nisation nouvelle et elles demeurent immuables : visite
canonique annuelle de chaque abbaye et tenue annuelle
du chapitre général de Cîteaux. Sont ensuite envisagés
quelques cas spéciaux : les élections des abbés, tou-
jours faites par les moines de l'abbaye vacante; les cor-
rections et dépositions des supérieurs indignes. Dans
cette dernière procédure, l'abbé de Cîteaux intervient
pour faire les quatre monitions au coupable; si celui-ci
récidive, son évêque est averti, ainsi que le chapitre
cathédral; sur leur refus d'agir, l'abbé de Cîteaux et
quelques autres supérieurs convoqués dans ce but
viennent sur les lieux déposer le coupable. On envisage
même le cas de l'abbé de Cîteaux méritant lui aussi cor-
rection : les monitions lui seront adressées par les trois
premiers Pères de La Ferté, de Pontigny et de Clair-
vaux; l'évêque de Chalon sera averti et, au besoin, le
coupable sera déposé de sa charge. En attendant l'élec-
tion d'un nouveau prélat, celui de La Ferté adminis-
trera la maison mère.
Telle est, dans ses points essentiels, la première ré-
daction de la Charte. On n'y pose pas en principe que
l'abbé de Cîteaux soit infaillible et impeccable; certes
non. Cependant on ne prévoit aucune visite canonique
annuelle, ni pour lui ni pour sa communauté, et le cha-
pitre général, qui est organisé sur le modèle de tout
chapitre quotidien local, est pleinement sous la dépen-
dance de l'abbé qui préside. Ces deux éléments de la
nouvelle législation seront modifiés à brève échéance.
Le successeur immédiat de S. Étienne, l'indigne Wido,
sera déposé peu de mois après son élection, selon la
procédure prévue par la Charte, et celle-ci, dans sa
seconde rédaction, imposera désormais la visite cano-
nique de Cîteaux, que feront annuellement les trois
(puis les quatre) premiers Pères. D'autre part, le pou-
voir suprême dans l'ordre passera des mains de l'abbé
de Cîteaux à l'assemblée générale des abbés. Cette se-
conde rédaction est le textus receptus, très souvent édité
(Nomasticon cisterc, 1892, p. 68; Statuta... cisterc., i,
p. xxvi); l'ordre de Cîteaux en a vécu et continue d'en
vivre, nonobstant quelques retouches de détail ajou-
tées dans la suite.
En déc. 1119, Calixte II approuvait la Charte et les
Instituta de S. Aubri (Jafîé, 6795). Eugène III ap-
prouva la seconde rédaction de la Charte par sa bulle
Sacrosanda du 1" août 1152 (Jafté, 9600), dans laquelle
il résume les dispositions nouvelles, notant spéciale-
ment l'uniformité des observances et de la liturgie,
excluant tout privilège contraire aux Instituts com-
muns de l'ordre. Anastase IV en 1153, Adrien IV en
1156 et Alexandre III en 1165 donneront les mêmes
approbations, reprenant en majeure partie les for-
mules de la bulle Sacrosancta.
Les dispositions législatives de ce document initial
parurent si favorables au développement des familles
religieuses que plusieurs de celles-ci les empruntèrent
pour elles-mêmes : telle la congrégation de Chalais
(Martène, Thes., iv, 1211). Ailleurs l'emprunt littéral
était fait, non pas au texte intégral de la Charte, mais
à un résumé de celle-ci datant de 1123 environ. On le
trouve dans le ms. lat. 4346 de la Bibl. nat. de Paris. La
comparaison avec les coutumes de Prémontré, rédi-
gées vers 1130, ou avec les constitutions des chanoines
d'Arrouaise, même époque (ms. 562 de la bibl.
d'Amiens), est bien concluante dans ce sens. D'ailleurs
l'Église elle-même a parfois imposé ce mode de gou-
vernement aux ordres religieux; ainsi, au IV<= concile de
Latran, sous Innocent III, 1215 (can. 12, Mansi, xxii,
999 ;-Decr., 1. III, tit. xxxv, c. 7, De statu monachorum;
dont la teneur était rappelée encore au concile de
Trente, sess. xxv, De regular. et monialibiis).
La Règle de S. Benoît, les Instituts de S. Aubri, la
Charte de S. Étienne Harding furent les trois docu-
ments constituant la législation primitive de Cîteaux.
Pour la bibliographie, cf. supra, art. Citeavx (Abbaye),
col. 873-874.
il. LE SIÈCLE DE S. BERNARD. — l. La DIF-
FUSION DE l'ordre de Cîteaux. — 1° Statistique de
cette diffusion. — La statistique de la diffusion de
l'ordre de Cîteaux à travers la chrétienté est aisée à
établir, du moins pour les maisons d'hommes, depuis
les travaux du P. Léopold Janauschek, Origines cister-
cienses. Réduisant à son chiffre authentique le nombre
d'abbayes sorties de Cîteaux, cet auteur fixe le lieu, la
date et les autres circonstances de la fondation des 742
monastères d'hommes créés depuis 1098 jusqu'en 1675.
Le siècle de S. Bernard en réclame la plus grande part :
525. Le xiii^ s. en aura encore 169; mais le xiv n'en
comptera plus que 18, le xv"? 20 et le xvii« 4. Ne sont
pas comprises dans ces chiffres les maisons fondées par
les congrégations issues de Cîteaux, Flore, Feuillants
et autres. Les premières abbayes filles de Cîteaux
s'établirent à peu de distance de leur mère, et la France
tint toujours le premier rang pour le nombre : elle eut
246 abbayes de moines. La seule province de Cham-
pagne en posséda 24, la Normandie 14, ainsi que la
Bretagne.
Dès 1120, on inaugure les lointains exodes. Une co-
lonie de moines sortis de La Ferté passe alors les Alpes
pour s'établir en Italie à Cîvitacula, appelée plus tard
Tiglieto. Telle fut la première des 88 abbayes que pos-
sédera un jour la Péninsule. En 1123, avec Camp, issu
de Morimond, les cisterciens posent le pied en Alle-
magne, dans le dioc. de Cologne. De là ils vont rayon-
ner au loin et Camp aura une descendance de 62 ab-
bayes (cf. D. H. G. E., XI, 621). L'Allemagne entière en
comptera 111. En oct. 1129, quelques moines de l'ab-
baye de l'Aumône franchissent le détroit et fondent en
Angleterre, au dioc. de Winchester, Waverley qui,
quatre ans après, essaime déjà; 14 abbayes sortiront
d'elle en peu d'années. Au total, la Grande-Bretagne
aura un jour 123 abbayes, réparties comme suit : 66
en Angleterre, 10 au Pays de Galles, 11 en Écosse et
36 en Irlande. L'Autriche, qui devait avoir 48 abbayes
cisterciennes, voit la première de ces fondations en
1130 : c'est Reun qui, depuis lors, n'a pas cessé d'exis-
ter. Bonmonl, en Suisse, s'ouvre le 7 juill. 1131.
Clairvaux, qui vient de fonder en 1132 Longpont, au
dioc. de Soissons, et Rievaulx, en Angleterre, accepte
encore d'aller occuper une vieille abbaye bénédictine
en Espagne, Moreruela. Les moines blancs franchissent
donc les Pyrénées et porteront plus tard à 58 le nombre
des abbayes cisterciennes en Espagne. Le Portugal pos-
sédera parmi ses 13 abbayes la plus riche, la plus popu-
leuse, la plus féconde en écrivains que l'ordre ait
connue : Alcobaça (D. H. G. E., ii, 25-29), 53^ fille de
Clairvaux et qui eut parfois jusqu'à 900 religieux. En
1 132 encore, Albert, comte de Chiny, et son oncle Albé-
ron, le savant évêque de Verdun, priaient S. Bernard
d'envoyer à Orval une colonie de ses moines. Un peu
dépourvu de sujets, puisqu'il vient de faire quatre fon-
dations en cinq mois, l'abbé de Clairvaux recourt à
l'aînée de ses maisons filles, Trois-Fontaines, en Cham-
pagne, qui crée Orval, première des 18 abbayes
d'hommes que comptera un jour la Belgique dans ses
limites actuelles. La Pologne enfin aura 13 abbayes, et
il s'en trouvera 3 jusque dans les glaces de la Norvège
et 8 en Suède. « Le monachisme ne connut jamais de
plus beau triomphe » (Wilmart, dans Rev. Bén., 1933.
p. 314).
Cette vaste pléiade de monastères était répartie en
cinq filiations : Cîteaux, La Ferté, Pontigny, Clair-
vaux et Morimond. Avec son total de 355 abbayes
filles et petites- filles, Clairvaux tenait le premier rang
889
CITEAUX (ORDRE). LE
SIÈCLE DE S. BERNARD
890
pour le nombre et occupait surtout la France, l'Ir-
lande, les pays du Nord et l'Italie. Venait ensuite Mo-
rimond (193 abbayes), dont étaient sorties presque
toutes les maisons d'Allemagne; la filiation de Cîteaux
(109) était répandue particulièrement en Angleterre.
Pontigny n'eut (pic 43 abbayes en sa dépendance et
La Ferté 17.
Cette étonnante statistique n'enregistre cependant
que les abbayes d'hommes. Les moniales nous occupe-
ront au xiii^ s., époque de leur grande expansion.
De nombreux mss. conservés dans les bibliothèques pu-
bliques et privées donnent des listes plus ou moins complètes
et exactes des abbayes cisterciennes : Auxerre, mss. 222-
224; Cambrai, mss. 971, 976, 1173; Chaumont, ms. 95;
Dijon, mss. 604, 605; Douai, ms. 817; Lunéville, ms. 3;
Lyon, bibl. munie, ms. 358; Montbéliard, ms. 56; Paris,
.■Arsenal, ms. 92ô; Institut, ms. ,320; Mazarine, ms. 1756;
Troyes, mss. 1450, 1526, 2002, 2045, 2422, 2764. Quelques-
uns de ces mss. ont été utilisés par Janauschek, Orig. cis-
terc, I, Vienne, 1877, qui (Introd., p. Lxvii) cite la série des
maisons fondées par les congrégations issues de Cîteaux.
Dom .Jean Petit, abbé de Cîteaux (1670-92), avait aussi,
pour les besoins de sa charge, dressé un catalogue des
abbayes cisterciennes des deux sexes; le total s'élevait à
2 509 monastères. Ce travail est resté ms. De même celui de
Georg Wendschuh, de l'abbaye de Hohenfurt (Xenia ber-
nardina, m, 348). — Marchese, La badia di Sambucina.
Saggio storico sul movimento cisterciense nel mezzogiorno
d'Italia, Lecce, 1932 (cf. Studien und Mitleilungen..., Mu-
nich, 1934, p. 236). — F. M. Powicke, Ailred of Rievaulx
and his biographer Walter Daniel, Manchester, 1922, p. 29,
estime que cette biographie fournit la meilleure relation du
mouvement cistercien dans le nord de l'Angleterre. — P.
Aubrey Gwynn, S. J., Monte Cassino and the European
tradition, dans Studies, xxxiii, 1944, p. 1-11.
2° Causes de cette diffusion. — La première est évi-
demment intrinsèque au genre de vie que pratiquent
les moines de Cîteaux. La teneur de cette vie monas-
tique, ténor vitae (Exordium), en avait d'abord effrayé
les témoins. Mais, une fois mieux connu, « l'idéal cis-
tercien fut salué avec joie » (Berlière, L'ordre monas-
tique, Maredsous, 1924, p. 273). La richesse du recrute-
ment d'alors est attestée par Pierre de Roye, cha-
noine de Noyon, entré à Clairvaux (Epist., cdxcii,
inter Bernardinas ; P. L., cLxxxii, 706). De même par
les chroniqueurs du temps et par S. Bernard lui-même
(Serm. de diversis, xxvii; cf. aussi Cesta S. Villarien.,
M. G. IL, SS., XXV, 220; Cartulaire de Silvanès,
p. XIV ; Pia exhortatio..., de Jean de Cirey, dans Collecta
priuilegiorum, Dijon, 1491).
Une catégorie spéciale demande une citation : celle
des transfuges des ordres bénédictin et canonial (cf.
Berlière, Reu. d'hist. eccl., i, 1900, p. 461). Plusieurs
d'entre eux étaient des abbés, tels Simon de Chezy
(S. Bernard, Epist., ccxciii; P. L., clxxxii, 498; Exor-
dium magnum, m, 28; P. L., clxxxv, 1091), devenu
moine à Clairvaux, ainsi que Gautier de S.-Amand
{Gall. christ., m, 262). L'abbaye de Signy, dans les Ar-
dennes, vit arriver Guillaume, abbé de S. -Thierry de
Reims {ibid., ix, 187; Chronicon Signiac, dans Bibl.
de l'École des Chartes, lv, 646), .\rnould, abbé de S.-
Nicaise (ibid., p. 647), Gérard, abbé de Florennes
(ibid.), suivi d'un groupe de ses moines. Et les mêmes
faits se reproduisent encore bien avant dans le xiii^ s.
(cf. Rev. d'hist. eccl., i, 1900, p. 463; Henri de Marcy,
Epist., XII ; P. L., cciv, 225).
L'abbé de Clairvaux fut pour une grande part dans
la diffusion rapide de son ordre; « il fit de la règle cis-
tercienne le plus admirable instrument de propagande
monastique que l'Église eût encore connu » (Luchaire,
Louis VI le Gros, Annales de sa vie et de son règne,
Paris, 1890, p. cl).
La constitution nouvelle, dont Étienne Harding
avait doté son ordre, fut aussi un facteur essentiel de
sa prospérité. La Charte de charité donna tous ses
fruits. Elle maintint partout à un niveau très élevé la
régularité, la ferveur, l'unité d'observances. Aux dan-
gers de l'isolement, dont avaient souffert jadis les an-
ciens monastères, la Charte faisait succéder une bieur
faisante union, une intense circulation de vie, un très
réel esprit de famille, qui groupait en un corps compact
les centaines d'abbayes sorties de Cîteaux. Chacune
d'elles cependant se mouvait à l'aise, travaillait avec
joie à son développement spirituel et temporel, car elle
bénéficiait toujours de l'autonomie prévue par la règle,
et que Cîteaux voulait respecter.
Les cas de transfuges isolés passant à l'observance
nouvelle ne laissaient pas de soulever chez les moines
noirs un certain émoi (P. L., cciv, 226). Ce fut plus
bruyant encore quand on vit des communautés en-
tières et même des congrégations d'abbayes imiter ce
geste de conversion. L'attraction, cette fois, provenait
surtout des bienfaits de la législation cistercienne, que
des abbés étaient soucieux de procurer à leur famille
religieuse. C'est ainsi qu'au chapitre général de 1147,
présidé par le pape Eugène III, jadis moine à Clair-
vaux, deux abbés chefs de congrégations vinrent pré-
senter leur requête d'agrégation à l'ordre. C'étaient
Serlon, abbé de Savigny en Normandie, et Étienne,
abbé A'Obasine au dioc. de Limoges (cf. les trois bulles
d'Eugène III dans JalTé, 9139, 9235, 9351; Archives
nat., Paris, fonds Savigny, L 960, dossier 5; Monasticon
anglicunum, v, Londres, 1825, p. 246).
Savigny et les 29 abbayes qui en dépendaient furent
reconnues filles de Clairvaux. Dans ce groupe impor-
tant, la plus jeune était l'abbaye de la Trappe, que sa
réforme du xvii"^ s. devait rendre célèbre. En ce même
chapitre général, S. Étienne, abbé fondateur d'Obasine
et des deux abbayes Valette et Bonnaigue, obtint son
admission dans la filiation de Cîteaux. Gilbert de Sem-
pringham aurait voulu obtenir la même faveur; sa de-
mande dut être rejetée : Quod optavit, non obtinuit,
écrit l'auteur de sa Vie (Dugdale, Monast. angl., Lon-
dres, 1830, VI, II» pars, p. xix). Quelques années plus
tard, en 1162, la congrégation de Dalon fut admise
dans l'ordre et devint fille de Pontigny, imitant en cela
l'abbaye de Cudnuin, admise précédemment dans cette
même filiation.
Longtemps avant ces agrégations en masse, on avait
vu quelques monastères en particulier passer à Cî-
teaux. Clairvaux adoptait Balerne en mai 1136 et, au
mois de juin suivant, S. -Jean d'Aulps, fondé vers 1092
par des disciples de S. Robert venus de Molesme.
L'abbaye des Dunes (dioc. de Bruges) tut également
constituée fille de Clairvaux en 1138, ainsi qu'Osera,
en Galice, en 1141. Cerredo, fondé dans la Lombardie
en 1079, sous les observances de Cluny, se rattacha à
Clairvaux par Chiaravalle de Milan, en 1136, tandis
que Cheminon, dans la Marne, s'y rattacha par Trois-
Fontaines, en 1 138. Citons encore Leubus, en Pologne,
Ruhckloster en Danemark, Ste-Marie d'Aguiar au Por-
tugal, Mortemer en Normandie.
Il reste acquis cependant que la plus grande partie
des monastères cisterciens furent des établissements
nouveaux, bâtis par les moines blancs pour eux-
mêmes. Lin certain nombre furent des fondations
royales. En France, dès la première année de son
règne, Louis VII le Jeune transformait le petit prieuré
bénédictin de Chaalis en abbaye cistercienne; il la do-
tait en souvenir de son cousin, Charles le Bon, comte
de Flandre, lâchement assassiné à Bruges en 1127
(charte de donation : 10 févr. 1137). L'année suivante,
il appelait les moines de Clairvaux pour occuper la
Bénissons-Dieu, au dioc. de Lyon, et, en 1148, il créait
avec des religieux de Preuilly l'abbaye de Barbeaux.
C'est là qu'il avait choisi de reposer après sa mort. Phi-
lippe Auguste (1179-1223) fonde Ccrcanceaux (Sacra
cella ^ en 1181. La tradition sera reprise encore au siècle
891 CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD 892
suivant par S. Louis IX. le créateur de Roymimont
(1228).
Dans la péninsule hispanique, c'est à l'envi, dirait-
on, que les rois multiplient les fondations monastiques.
Alphonse VII de Castille (f 1157) demande à Clairvaux
jusqu'à sept contingents de moines pour peupler suc-
cessivement Morermla (1132), Osera (1141), Sobrado
(1142), Melon (1142), Meyra (1143), Espina (1147) et
Valparaiso (1152). Entre temps, il s'était encore ad-
dressé à Morimond ou à ses filiales pour leur faire ac-
cepter Fitero (1141), Monsalud (1141), Sagramenia
(1142), Valbuena (1143), Huerta (1144) et Rio-Seco
(1148). Néanmoins ce fut Poblet, en Catalogne, qui
attira le fils de ce roi cistercien; Ferdinand s'y fit
moine. Son frère, Alphonse VIII de Castille (1158-
t 1214), continua la politique de son prédécesseur : on
lui doit Bonaval (1164), Val-Verde (1169), Pcdazuelos
(1169), Herrera (1171), Obila (1175), San Pedro de Gu-
miel (1194).
Durant ce xii« s., le Portugal s'ouvre largement, lui
aussi, aux cisterciens. Si toutes les abbayes ne sont pas
exclusivement de fondation royale, toutes cependant
bénéficient des largesses du roi Alphonse I" (1139-
t 1185) (cf. S. Bernard, Epist., cccviii; P. L., clxxxii,
512; l'épître cdlxiii est apocryphe). Sous son règne,
les moines blancs occupent tour à tour Alafoês (1138),
Tarouca (1140), Alcobaça (IU8), Salzedas (1159), Bouro
(1169) et Tamaraës (1172). Dans l'Aragon, le même
mouvement est dû à la bienveillance d'Alphonse II
(1162, t 1196); et l'un de ses successeurs, Jacques I"
le Conquérant, se fera cistercien à Poblet, après ses vic-
toires et ses fondations monastiques (Martène, Thes.,
I, 1155).
En Hongrie, Béla II (1131, t 1141) mérite d'être
appelé le grand propagateur de l'ordre cistercien.
Béla III (1173, t 1196) fonde Egres (1179), Pilis (1184),
Szent- Gotthard (1184) et Paszto (1191). Henri, fils du
roi David II d'Écosse, fonde Holm-Cultram en 1151,
avec des moines qu'il fait venir de Melrose; en 1164, le
roi Malcolm IV (t 1165) demande encore à la même
abbaye de Melrose d'accepter sa fondation de Coupar.
Il faut signaler enfin, pour l'année 1191, deux fonda-
tions en terre française voulues par Richard l^', roi
d'Angleterre, duc d'Aquitaine, comte de Poitou, etc. :
Bonport, dans la Normandie, et N.-D. de Charron, un
peu au nord de La Rochelle (E. Pfeifier, Die deulsche
Gefangenschaft des Kônigs Richard Lôwenherz von
England und die Cistercienser, Bregenz, 1937).
Imitant leurs princes, les familles nobles appellent
aussi les moines sur leurs alleux. D'ailleurs une créa-
tion cistercienne n'imposait pas toujours de lourds sa-
crifices aux donateurs et le titre de fondateur d'abbaye,
si glorieusement porté au Moyen Age, s'achetait par-
fois à bon compte auprès de nos moines. Ceux-ci se
contentaient de terrains sans valeur, de régions in-
cultes, que leur travail obstiné parvenait à transformer
en terres de rapport. Un roi de Bohême, Ottokar II,
donne à l'abbaye de Goldenkron treize mille carrés de
terrain marécageux et il voit s'y élever soixante-dix
villages florissants (Janauschek, Orig. cisterc., p. 256).
Mais ce jeu héroïque ne réussissait pas toujours aussi
bien. Il y eut des fondations avortées (ibid., p. lxi);
tel établissement, commencé avec le titre d'abbaye,
descendait au rang de pauvre ferme dépendante de la
maison mère. Clairvaux lui-même, fondé en 1115, ne
pouvait encore se sufiire en 1125 (Vila Bernardi, l,
X, 49; P. L., CLXxxv, 255). Pareille situation écono-
mique n'aurait pu se prolonger sans amener tôt ou
tard la suppression de l'abbaye. Généralement, cepen-
dant, le régime pauvre et laborieux des moines parve-
nait à surmonter les crises financières du début.
En sept. 1152, le chapitre général de Cîteaux s'émut
de l'extension prodigieuse que l'ordre avait prise. On
venait d'ouvrir dans le Languedoc l'abbaye de Cham-
bons. Or La Ferté, première fille de Cîteaux, avait com-
mencé en 1113. En moins de quarante ans, on était
donc arrivé à fonder ou à affilier 338 monastères, et
chacun d'eux comptait une population de plusieurs
centaines de moines et convers. Les prélats respon-
sables, craignant que cette trop rapide efflorescence ne
préparât une décadence plus rapide encore, interdirent
désormais toute nouvelle création d'abbaye et toute
affiliation de monastère déjà existant. Ils permettaient
simplement le transfert de certains couvents en des
lieux plus favorables et l'achèvement des fondations
récentes (Slatuta, 1152 : 1).
Le décret était sage. Les circonstances furent cepen-
dant plus fortes que lui. Si les années 1155, 1156, 1159
n'ont à enregistrer pour chacune d'elles qu'une seule
fondation, par contre, l'année 1158 en a déjà cinq et
1162 en marque quatorze. C'est dire que le courant n'a
guère pu être endigué et, tout le long de ce xii"= s., on
verra chaque année encore la création de plusieurs
abbayes.
T. A. M. Bishop, Monastic granges in Yorkshire, dans
Engl. hist. rev., i.i, 1936, p. 193-214. — P. Boissonnade, Le
travail dans l'Europe chrétienne au M. A., Paris, 1921 (voir
compte rendu et réserves de F. Lot, dans Bibl. de l'Êc. des
chartes, 1922, p. 387). — L. Dolberg, Die Cisterc. Mônche und
Conversen als Landivirte und Arbeiter, dans Studien und
Mitteil., 1892 , p. 216 sq. — Comte Goblet d'Alviella, Hist.
des bois et des jorêts de Belgique, i, Paris, 1927, p. 159. —
E. Lesne, Hist. de la propriété eccl. en France, vi. Les églises
et les monastères centres d'accueil, d'exploitation et de peu-
plement, Lille, 1943. — W. Maas, Les moines défricheurs.
Moulins, 1944, c. iv. Les modes de la mise en valeur à l'époque
cisterc. — H. Pirenne, Hist. de Belgique, i, Bruxelles, 1909,
p. 292. — H. Swoboda, Die Klosterwirtschaft der Cisterz. in
Ostdeutschland, Nuremberg, 1925. — Les monographies
d'abbayes signalent généralement le travail agricole comme
l'un des aspects de l'activité monastique : par ex. abbayes
de Muzan et de Chambons, par J. Régné, Ligugé, 1925;
Morimond, par Dubois, Paris, 1852, c. xxiv, 222 sq.;
Foigny, par Piette, Vervins, 1847, p. ix, 4; Fontfroide, par
Cauvet, Paris, 1875, p. 15; La Bussière, par Fyot, Dijon,
1925, p. 7; Alcobaça, cf. D. H. G. E., n, 26; Benifaza, ibid.,
VII, 1311; Bukow, ibid., x, 1109; en Pologne, ibid., ix, 610.
3° Le conflit Cîteaux-Cluny. — Voir art. Bernard
DE Clairvaux, dans D. H. G. E., viii, 616. — En
outre, cf. Berlière, L'ordre monastique..., Maredsous,
1924, p. 188-310; D. Knowles, Cluniacs und Cister-
cians, dans Downside Review, lu, 1934, p. 48 sq.
II. L'action de l'ordre de Cîteaux dans l'Église
AU xii« s. — Les fondateurs de Cîteaux n'avaient voulu
établir qu'une école de perfection personnelle. En fait,
l'ordre religieux fondé par eux eut, dans la chrétienté
médiévale, une action profonde; quatre traits la résu-
ment. Cîteaux fut, pour les prélats et le peuple, une
école de sainteté; il travailla à l'extinction des
schismes; il combattit l'hérésie, le paganisme et lutta
contre les ennemis extérieurs de l'Église.
1" La réforme dans l'Église. — On sait comment,
avec le pape S. Léon IX (1048-1052), une réforme avait
été inaugurée dans l'Église au milieu du xi« s. Sous
Hildebrand, devenu Grégoire VII (1073-1085), le tra-
vail s'était nettement concrétisé; et pour cette œuvre
de longue haleine, Cluny donna son plein concours à la
papauté. On vit notamment bien des moines, devenus
évêques ou légats romains, rangés autour du pape
contre les évêques impériaux. Après Cluny, Cîteaux
fournit des recrues. Il y eut un épiscopat cistercien
(cf. Vita Bernardi, par Ernald, viii; P. L., clxxxv,
297 ; Rec. des hist. des Gaules, xiv, 368).
En 1130, Pierre, premier abbé de La Ferté, devient
archevêque de Tarentaise; en 1141, il a pour succes-
seur un autre abbé du même nom, le fondateur de Ta-
mié (Statula, 1141; P. L., clxxxii, 782). Tous deux
sont honorés comme saints. Non loin de Tarentaise, le
893 CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD 894
siège de Sion en Suisse est occupé, en 1 138, par S. Gué-
rin, pris de l'abbaye d'Aulps (S. Bernard, Epist., cxlii;
P. L., cLxxxii, 297). Lausanne allait avoir peu après
(1145) S. Amédée, de la famille des comtes de Cler-
mont, qu'on avait vu jadis entrer à Bonnevaux avec
son père. En 1139, Clairvaux cède son prieur. Gode-
froid de la Roche, au chapitre de Langres qui le de-
mande pour évêque. Fait identique à Valence, où
Jean, premier abljé de Bonnevaux, vient remplir un
fécond épiscopat de cinq années (1141-40). Le roi de
France, Louis VII, dont le frère Henri est moine à
Clairvaux depuis 1145, se félicite de le voir appelé à
régir l'Église de Beauvais (1149), puis celle de Reims
(1162).
Les sièges de Nantes, Tournai, Freising, Passau,
Salzbourg, Schwerin, et tant d'autres, sont occupés par
des moines. Dans les îles Britanniques, c'est l'Irlande
surtout qui compte de nombreux moines évêques, tan-
dis qu'en Angleterre le siège d'York est confié à Henri
Murdach, jadis moine à Clairvaux (cf. S. Bernard,
Epist., cvi, cccxxi; P. L., clxxxii, 241, 526). L'Es-
pagne et la Suède ont aussi leurs évêques cisterciens.
C'est d'ailleurs un fait constant : dans tous les royau-
mes de la chrétienté où se fondent des abbayes cister-
ciennes, bien vite on fait appel aux abbés et aux
moines pour leur confier la charge épiscopale. Plus
d'une centaine de promotions de ce genre ont lieu de
1130 à la fin du siècle; parmi ces prélats, quinze sont
créés cardinaux. De son vivant, Bernard de Clairvaux
voit cinq de ses fils élevés à cette dignité. Ce sont :
Martin Cibo, de Gênes, légat en Danemark (cf. De con-
sideratione, 1. IV; P. L., clxxxii, 782); Luc, moine de
Clairvaux; Hugues, abbé de Trois-Fontaines (dioc. de
Châlons); Baudouin, surnommé de Pise par Baronius,
car il devint archevêque de cette ville, ainsi que pri-
mat de Corse et de Sardaigne (f 1145). Henri Mori-
cotti, né à Pise, abbé des SS.-Vincent-et-Anastase, fut
appelé au cardinalat en 1150. Des légations en Sicile
et en Allemagne lui furent confiées. En 1159, il fit
élire Alexandre III contre le gré de Frédéric II. Légat
en France, il baptise la fille du roi Louis le Jeune,
passe en Angleterre où il persuade Thomas Becket
d'accepter le siège de Canterbury. Il meurt à Rome en
1179.
Henri de Marcy, moine à Clairvaux, abbé de Haute-
combe puis de Clairvaux, est créé cardinal-évêque d'Al-
bano et sacré par Alexandre III. Il meurt à Arras en
juin. 1188 (P. L., cciv, 211). L'abbé de Fossa Nova,
Jordan, des comtes de Ceccano, fut cardinal sous Gré-
goire VIII, en 1188. L'évêque de Paris, Eudes de Sully
(1196-1208), avait un frère, Henri, moine cistercien qui
devint abbé de Loroy, puis de Chaalis. En 1183, il est
élu archevêque de Bourges et sacré par Hubert Cri-
velli, alors archevêque de Milan et futur Urbain III.
Celui-ci le créa cardinal en 1186 et légat en Aquitaine.
Henri mourut à Bourges, en sept. 1200. Les deux abbés
de Pontigny élevés au cardinalat, Maynard (1188) et
Gérard (1200), n'eurent qu'une carrière bien courte.
Innocent III appela au cardinalat, en 1198, l'abbé de
Cîteaux, Guy de Paray. Légat en Allemagne (1200), il
confirma l'élection d'Othon IV à l'Empire (1201). En
1204, il devint archevêque de Reims et mourut à Gand
le 30 juin. 1206. Enfin le siècle de S. Bernard eut aussi
son pape cistercien en la personne d'Eugène III (1145-
1153).
Ernauld de Bonneval a célébré les vertus de tous ces
moines évêques dans sa Vila Bernardi (P. L., clxxxv,
297; cf. S. Bernard, De considérai.; Vita Malachiae;
deux sermons in transita Malachiae; Epist., xm, où se
trouve tracé l'idéal d'une vie épiscopale).
Parallèlement aux leçons de sainteté parties de
Clairvaux, les évêques cisterciens reçoivent toute une
législation élaborée pour eux au chapitre général de
Cîteaux. « Ni abbé, ni moine ne peut accepter son
élection à l'épiscopat sans l'assentiment de son propre
prélat et du chapitre général, à moins que le pape n'ait
manifesté sa volonté formelle » (Slatuta, 1 134 : xxxviii).
Sorti de son cloître jiour gouverner un diocèse, le cis-
tercien demeure essentiellement moine. Tous les droits
découlant de sa profession religieuse lui sont garantis;
mais on lui conserve aussi tout le poids de ses obliga-
tions monastiques : abstinences et jeûnes rigoureux,
longs offices à réciter, sévère pauvreté dans le vête-
ment, silence à observer avec ses anciens confrères du
cloître quand il est de passage dans une abbaye (ibid.,
Lxi). A titre de bienveillante concession — et elle fut
appréciée — Cîteaux permet à chacun de ses évêques
d'avoir auprès de lui deux moines et trois convers. Ils
forment la famille épiscopale, partageant avec le pré-
lat ses onéreuses obligations. Évêques, archevêques et
cardinaux de la première génération furent fidèles à
ces lois. Celles-ci datent du début de l'ordre; elles figu-
rent déjà dans les Instituta capituli generalis, promul-
gués par Raynaud de Bar, abbé de Cîteaux, et sont
approuvées par Eugène III dans la bulle Sacrosancla.
Cf. C. Eubel, I. — D. Willi, Pdpste, Knrdinale und Bi.i-
chôfe aii.i dem Cixt.-Orden, Bregenz, 1912.
2" Cileaux combat les schismes. — • Le schisme d'Ana-
clet (1130) avait rencontré, comme implacable adver-
saire, Bernard de (Clairvaux (cf. D. H. G. E., viii, 626).
En 1159, nouveau schisme sous Alexandre III. Fas-
trède, alors abbé de Clairvaux, donnant le branle à
tous les abbés de sa filiation, entra dans la lutte. Celle-
ci devait durer dix-sept ans. La validité de l'élection du
chancelier Roland Bandinelli paraissait cependant bien
établie; la presque totalité était avec lui. Mais aucun
texte législatif n'établissait alors l'irrécusable droit de
l'élu des deux tiers; c'est Alexandre III lui-même qui
le fera décréter au concile de Latran de 1179 (Mansi,
XXII, 217). Se sentant soutenu par l'empereur Frédéric
Barberousse, déjà ennemi du chancelier Roland, le car-
dinal Octavien se fit proclamer pape, revêtit les insi-
gnes pontificaux, qu'il s'était fait confectionner, et
s'installa dans la chaire pontificale, avec le concours
de bandes armées. Ces détails sont donnés par l'abbé
de Clairvaux, Fastrède, dans une lettre adressée à l'ar-
chevêque de Vérone, qui lui avait demandé un exposé
vrai de la situation, pour éclairer sa conscience (P. L.,
ce, 1363; Mansi, xxi, 1156).
Des graves événements d'alors, signalons ici la part
prise par l'ordre de Cîteaux dans cette lutte politico-
religieuse. Cette part fut d'ailleurs considérable. Té-
moin le chroniqueur Helmold : « L'ordre cistercien tout
entier s'est rallié à Alexandre; dans cet ordre, il y a des
archevêques, des évêques en grand nombre, plus de
700 abbés, des moines innombrables. Chaque année, ils
tiennent un concile à Cîteaux et décident ce qui leur
est utile. Leur avis irrévocable apporta le plus grand
appui à Alexandre » (C/iron;ca Slavorum, ann. 1159;
AI. G. H., SS., XXI, 82). Les abbés cisterciens français
travaillèrent puissamment dans leur s])hère d'action.
Philippe, abbé de l'Aumône, père d'une nombreuse
filiation en Angleterre, fut chargé de porter en ce pays
les premières encycliques du nouveau pape au roi et
au clergé. 11 en revint porteur des témoignages de sou-
mission à Alexandre III (P. L., ce, 1359; Rec. des hist.
des Gaules, xvi, 511, Epist. XXi Joann. Saresberien-
sis). Aelred, le saint abbé de Rievaulx, était déjà inter-
venu auprès du Plantagenet pour répondre à ses doutes
et dissiper ses hésitations (Z. N. Brooke, The English
Church and the papacy..., Cambridge, 1932).
L'un des premiers cisterciens auquel Alexandre écri-
vit après son élection était Henri de France, frère de
Louis VII, évêque de Beauvais depuis 1149; il sera ar-
chevêque de Reims en 1 162. Alexandre eut soin de cul-
895 CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD 806
tiver la sympathie qu'il ressentait pour ce prélat prin-
cier (P. L., ce, 80-81). La correspondance touffue qu'il
entretint avec lui montre à quel point il voulait par-
tager avec lui la charge de gouverner l'Église. 11 se l'at-
tachait indissolublement. Henri de France se dévoua
pour la cause du pontife exilé, qui lui en témoigna sa
reconnaissance (P. L., ce, 400). De même, à l'ordre de
Cîteaux dans son ensemble, Alexandre sut dire plus
d'une fois ce qu'il devait à l'action prudente et dévouée
de ces religieux : Inler celeros religiosos causam Eccle-
siae prudentius defenderunt, et calholicam foverunt
magnanimiter unitatem (P. L., ce, 336). En 1169 encore,
dans une lettre au chapitre général (Inter innumeras,
dans Slaluta, i, 77), le pontife célébrait le dévouement
des abbés de Cîteaux et de Clairvaux; il rappelait le
courage de tous en face des périls et des menaces.
Ces dangers venaient du côté de l'Allemagne. Le ca-
ractère violent de Barberousse avait déclenché contre
les partisans d'Alexandre une véritable persécution.
L'archevêque Eberhard de Salzbourg fut chassé des
terres d'Empire, ainsi que les cisterciens. Ce décret
d'expulsion ne semble pas toutefois avoir été appliqué
en toute rigueur. Cachés dans leurs solitudes, les moi-
nes allemands intensifièrent leur éloignement des luttes
politiques, s'efiorçant de passer inaperçus, donnant
même au besoin des marques de respect à l'empereur;
par ailleurs, travaillant malgré tout au développement
de leur ordre. Durant ces années troublées, on note
trois fondations nouvelles en terre d'Empire : Rifïen-
stein (1162) et Arnsburg (1174) au dioc. de Mayence,
Werschweiler (1172), dans celui de Spire. La situation
cependant était douloureuse. Crudelis jam ordini nos-
tro incumbit persecutio... trans Renum..., tel est l'aveu
d'un abbé cistercien d'Allemagne (Collection d'Ebrach,
cf. Rev. Bén., 1933, p. 312).
A dater de 1176, des revers s'abattent sur Frédéric,
qui l'obligent bientôt à traiter avec son adversaire. Le
24 juin. 1177 marque l'entrevue des deux souverains.
L'empereur prodigua les témoignages de respect au
pontife suprême, et celui-ci l'admit au baiser de paix.
En septembre de cette même année, deux lettres par-
venaient au chapitre général de Cîteaux tenant ses ses-
sions. L'une, d'Alexandre, rendait grâce à Dieu pour la
paix désormais scellée entre le sacerdoce et l'Empire,
reconnaissant que les derniers artisans de cette récon-
ciliation étaient les deux cisterciens Ponce, évêque de
Clermont, et S. Hugues, abbé de Bonnevaux (P. L.,
ce, 1132). L'autre lettre était de Frédéric, qui comp-
tait parmi ses ascendants une gloire cistercienne :
Othon de Freising, son oncle. Dans sa lettre, l'empe-
reur dit sa joie de l'unité rétablie et de la paix si habi-
lement ménagée par deux hommes de haute vertu et
de grande prudence. Ponce de Polignac et Hugues de
I3onnevaux : viri magnae sanctitatis et discretionis (Sta-
tuta, I, 85).
La situation en France du pape exilé s'était compli-
quée en nov. 1164, par l'arrivée d'un illustre proscrit,
Thomas Becket. Jadis brillant chancelier d'Angleterre,
il était devenu en 1162, de par la volonté royale, arche-
vêque de Canterbury et primat du royaume. On sait
comment s'évanouit l'espoir que nourrissait le roi d'as-
servir l'Église, en faisant monter sur le siège primatial
le chancelier, dont il connaissait le dévouement à sa
personne. Fuyant la persécution, Thomas trouva en
France deux protecteurs : Alexandre IH, qui approuva
sa conduite, et Louis VII, qui s'offrit à pourvoir à ses
dépenses. Le futur martyr se retira à l'abbaye cister-
cienne de Pontigny, partageant la vie austère des moi-
nes, consacrant à la prière la plus grande partie de ses
jours et de ses nuits. Bientôt, voulant des liens plus in-
times avec cette communauté, il revêt à titre de fami-
lier la bure blanche qu'Alexandre III a bénie à son in-
tention.
Entre temps, Guichard, abbé de Pontigny (1136-
65), avait été élu archevêque de Lyon (1165-81) ; échec
pour l'empereur allemand et triomphe pour la partie
adverse, car le traité avec le comte Guigne de Forez
créa définitivement la puissance temporelle des arche-
vêques de Lyon (Pouzet, Lci vie de Guichard..., Lyon,
1929).
En 1166, Henri II d'Angleterre écrivait au chapitre
général de Cîteaux une lettre pleine de menaces :' c'était
une mise en demeure d'expulser l'archevêque Thomas
de chez eux, sous peine de voir la suppression de leurs
abbayes anglaises. Des centaines de moines auraient
été jetés sur les terres de France. D'autre part, ses rela-
tions diplomatiques avec l'empereur Frédéric, le ma-
riage de sa fille aînée avec Henri de Saxe, schismatique
comme Barberousse, des promesses d'amener l'épisco-
pat d'Angleterre aux pieds du pape impérial, toutes ces
circonstances expliquent les hésitations momentanées
d'Alexandre III et des autres prélats, blâmées parfois
comme des faiblesses. Thomas lui-même les ressentit
douloureusement; il s'acheminait ainsi vers son cal-
vaire. Son martyre fut consommé le 29 déc. 1170.
Dès le 21 févr. 1173 (le 2 févr., ditBoson, Vita Alex.,
Watterich, ii, 420), Alexandre III canonisait le glo-
rieux martyr; la bulle Redolet Anglia est datée du 13
mars. En 1185 et 1191, le chapitre général de Cîteaux
décrétait que la fête de S. Thomas serait célébrée dans
les abbayes de l'ordre; en 1214, un autre décret insé-
rait son nom dans les litanies.
La route de Canterbury à Pontigny, tracée par la
voie douloureuse de S. Thomas, restera marquée et
sera reprise par deux de ses successeurs, Étienne Lang-
ton (t 1228) et S. Edmond Rich (f 1240).
M. Dietrich, Die Zislerzienser und ihre Siellung..., Salz-
bourg, 1934. — A. Dimier, Hugues de Bonnevaux, Grenoble,
1941. — Ermoni, art. Alex.\ndre III, dans D. H. G. E.,
Il, 208. — A. Fliche, Hist. de l'Église, ix, Paris, 1944. —
R. Foreville, L'Église et la royauté en Angleterre sous
Henri II, Paris, 1943. — Hefele-Leclercq, v, 916 (dans une
note, p. 1000, dom Leclercq caricature « les quatre person-
nages en présence, Becket, Henri II, Alexandre III,
Louis VII »). — É. .lordan, L'Allemagne et l'Italie aux XII'
et XIII' s., Paris, 1939. — L'Huillier, S. Thomas de Canlor-
béry, Paris, 1892. — S. Mitterer, Die Cistercienser im Kir-
chenstreit zivisclien Papst... und Kaiser Friedrich I., dans
Cisterc.-Chronilt, 1922, p. 1 sq., excellent travail auquel
celui de Preiss a peu ajouté. — Preiss, Die politische Tàtig-
keit des Cisterc, Halle, 1934. — Statuta, éd. Louvain,
1933-41. — A. Wilmart, Nouvelles de Rome au temps
d'Alexandre III, dans Rev. Bén., 1933, p. 62; La collection
d'Ebrach, ibid., p. 312; publication du ms. 202 de Tou-
louse : De vera pace contra schisma... 1171..., Rome, 1938
(cf. Rev. du M. A. latin, 1945, p. 179). — Une bulle de pro-
tection pour l'abbaye de Marienthal, dioc. d'Halberstadt,
fut délivTée par l'antipape Victor IV, Pavie, 2 mars 1160;
éd. par Pllugk-Harttung, -4c/a pontificum rom. inedita, i,
284.
3° Cîteaux combat l'hérésie, le paganisme. — Dans le
domaine de l'orthodoxie à défendre contre l'erreur,
Bernard de Clairvaux s'était distingué, notamment
contre Abélard, contre les idées néomanichéennes des
pays du Nord, contre l'hérésie henricienne dans le Lan-
guedoc {D. H. G. E., VIII, 630). En quittant cette der-
nière région, il avait compté sur l'abbé Bertrand et les
moines de Grandselve, pour consolider l'œuvre de con-
version si bien commencée. Cependant, le thaumaturge
une fois disparu, l'hérésie, un instant muette, releva
la tête et fit de nouvelles conquêtes. En 1177, Ray-
mond V, comte de Toulouse, adressait au chapitre de
Cîteaux une lettre — un vrai cri de détresse — pour
supplier les Pères de l'aider, non pas seulement de
leurs prières, mais par une action directe et efficace
contre la fatale hérésie, qui avait grandi au point d'en-
vahir le sanctuaire lui-même : des prêtres, des évêques
s'étaient laissé séduire (Rec. des hist. des Gaules, xui.
897
CITEAUX (ORDRE). LE
SIÈCLE DE S. BERNARD
898
140). Le désir de Raymond était aussi de voir une délé-
gation partir de Cîteaux pour aller solliciter l'appui du
roi de France, car, pressentait-il, les hérétiques ne cé-
deraient qu'à la force des armes.
D'autre part, en cette même année, une mission
s'inaugure contre les albigeois : le cardinal de S.-Chry-
sogone, Pierre, légat d'Alexandre III, paraît en ces
contrées, entouré des archevêques de Bourges et de
Narbonne, des évêques de Bath, de Poitiers et de l'abbé
de Clairvaux, Henri de Marcy. Ce dernier lance un ma-
nifeste à l'adresse de tous les fidèles (ibid., xiv, 479); il
y dénonce les maux de toute nature causés par l'héré-
sie et rend compte des résultats de la mission. Ils sont
plutôt minces : quelques rares conversions et l'excom-
munication de Roger, vicomte de Béziers et de Carcas-
sonne.
En 1180, nouvelle mission. Henri de Marcy, devenu
cardinal et légat pontifical, est à la tête d'une armée
que le chroniqueur qualifie de considérable (ibid., xii,
448); il s'empare de Lavaur et obtient la soumission du
vicomte Roger. Il réunit plusieurs conciles et dépose
l'archevêque de Narbonne, Pons d'Arsac. Mais, à peine
légat et prédicateur se furent-ils éloignés, que les héré-
tiques revinrent à leurs pratiques immorales (ibid.,
449; P. L., cciv, 214, 234).
Entre temps, on avait demandé à maître Alain, le
docteur universel, devenu moine à Cîteaux (f c. 1202),
de fixer par écrit la teneur précise des dogmes catho-
liques les plus fortement battus en brèche par les héré-
tiques de l'époque. L'auteur adressa ses quatre livres
De fide calholica (P. L., ccx, 305 sq.) à Guillaume VI,
seigneur de Montpellier, qui devait plus tard terminer
sa carrière à Grandselve sous l'habit monastique. Il
faut attendre le pontificat d'Innocent III (1198-1216)
pour voir les albigeois aux prises avec la croisade que
le S. -Siège aura organisée contre eux, comme dernier
moyen de les réduire.
Dans la bulle de canonisation de S. Bernard, le pape
Alexandre III met en relief le zèle de l'abbé de Clair-
vaux à étendre au loin la fondation de ses monastères,
comme des fdjrers de vie chrétienne destinés à trans-
former et à convertir des nations encore païennes :
usque ad exteras quoque et bctrbaras nationes sanclae reli-
gionis instituta... (P. L., clxxxv, 622). C'était en effet
une manière de combattre le paganisme. Quand l'ar-
chevêque d'Armagh, S. Malachie, vint à Clairvaux de-
mander des moines pour sa patrie encore à demi bar-
bare, S. Bernard y donna pleinement les mains, croyant
travailler ainsi elficacement à la christianisation d'un
peuple. L'Irlande s'ouvrit donc à l'influence cister-
cienne en 1142, par la création de Mellifont. Cette
abbaye fut rapidement féconde; dès 1147, elle fondait
Bedive; en 1148, elle menait de front trois fondations
nouvelles, Boyle, Nenay et Baltinglass. Les années 1150
et 1153 verront encore se créer Shrule et Newry. Au
début du xiii'= s., l'Irlande comptera 36 abbayes
d'hommes.
En 1148, un essaim de moines quittait Clairvaux
pour aller fonder au Portugal l'abbaye d'Alcobaça
(P. L., CLXxxii, 312; Jaffé, 9255). Alphonse Henri-
quez, premier roi de ce pays (1128-85), avait négocié
i cette fondation et commencé la construction du mo-
nastère (D. H. G. E., II, 691). Ici, l'ennemi redoutable
était les Sarrasins. En 1195, ils s'emparaient de
l'abbaye, la détruisaient de fond en comble et en mas-
i sacraient la plupart des habitants. On reconstruisit.
Dans la suite, les abbés prirent solidement position
contre les ennemis du nom chrétien. Sarrasins, Maures
et Castillans. Ils entretinrent des troupes et les moines
assuraient le service religieux.
La conversion des Slaves (A. Hauck, iv, c. vu) était
commencée depuis plus d'un an, quand les cisterciens
firent leurs premières fondations au delà du Rhin.
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
C'étaient de nouvelles recrues que les évêques ne man-
quèrent pas d'appeler auprès d'eux, pour les aider dans
leur œuvre gigantesque. Berthold, évêque de Hildes-
heim (1119-30), favorisa beaucoup la création de mo-
nastères. Il aurait voulu des cisterciens. Ceux-ci ne
purent venir de l'abbaye de Camp qu'en 1135, pour
occuper Amelungsborn. Là, ils déployèrent une grande
activité, travaillant avec zèle à évangéliser les Obo-
trites. C'est à un moine de cette abbaye, Bruno, devenu
évêque de Schwerin, que les deux grands-duchés de
Mecklembourg doivent leur conversion au christia-
nisme (D. H. G. E., II, 1195).
Ce même zèle se retrouve dans les autres abbayes al-
lemandes qui dérivaient de Morimond par Camp. Ci-
tons spécialement Lehnin, commencée en 1180 par
Othon I", margrave et électeur de Brandebourg, Rid-
dagshausen (1145) et Doberan (1171; M. G. H., SS.,
XVI, 105), toutes deux maisons filles d' Amelungsborn,
et qui dans la suite furent fécondes à leur tour. Dobe-
ran a écrit une page glorieuse au martyrologe. En 1179,
après la mort du prince Pribizlaw, fervent néophyte et
fondateur du monastère, le peuple et ses maîtres revin-
rent à leurs superstitions. Ils se firent une cause sacrée
d'anéantir la religion nouvelle et les moines qui la pro-
pageaient. Ce fut une journée de 78 martyrs. Même
événement à l'abbaye de Zinna, qui avait été fondée
par Allenberg en 1171. Le premier abbé, Rizon, fut
martyrisé par les infidèles en 1179. Ceux-ci mirent tout
à feu et à sang; quelques religieux cependant purent
échapper et continuer ensuite l'œuvre entreprise.
L'évangélisation de la Livonie avait été commencée
par le Bx Meynard, chanoine prémontré. Après la
mort de cet apôtre, le cistercien Berthold, abbé de Loc-
cum, voulut le remplacer dans sa mission périlleuse. Il
se fît autoriser par le pape et partit avec quelques-uns
de ses moines, à la tête d'une petite troupe qu'il avait
rassemblée (M. G. H., SS., xxi, 81; xxiii, 241). En
1196, il était devenu évêque de Brème. Le 24 juill.
1198, lors d'un combat contre les infidèles, Berthold
tomba entre leurs mains. Il fut massacré. Dans la ré-
gion, on l'honora ensuite comme martyr, mais ce culte
fut plus tard interrompu (Zimmermann, Kalend. be-
ned., II, Metten, 1934, p. 493).
A. Fliche, Hist. de l'Église, ix, p. 25, 91, 182. — Hefele-
Leclercq, v, 747. — Leuckfeld, Antiqiiiiates Micliaelstein et
Amelungsborn, Wolfenbilttel, 1710. — Winter, Die Cister-
cienser des nordôsllichen Deulschlands..., Gotha, 1868, i-ni.
4° Cîteaux lutte contre les ennemis extérieurs. Croi-
sades. Ordres militaires. — Cîteaux était né à l'époque
de la première croisade (1096-99) et c'est un écho de
l'enthousiasme chevaleresque d'alors que nous enten-
dons dans l'appellation que se donnent les fondateurs,
en tête de leur document initial : Nos, pauperes milites
Christi (Exordium). Pour eux, la croisade fut la con-
quête de la Jérusalem céleste, par les chemins rac-
courcis d'une vie monastique austère et pénitente (S.
Bernard, Epist., lxiv; P. L., clxxxii, 169). Lors de la
seconde croisade, un demi-siècle après la première, Cî-
teaux avait grandi, ses moines s'étaient multipliés à
travers la chrétienté; Eugène III gouvernait l'Église
et Bernard était le prédicateur de la croisade. D'où le
qualificatif de « cistercienne » donné parfois à la se-
conde croisade (cf. récit abrégé dans D. H. G. E., viii,
633).
Malgré l'échec de cette croisade, le souvenir de Jéru-
salem flottait toujours un peu dans l'atmosphère cis-
tercienne. Moines et convers résistaient mal à l'atti-
rance des Lieux saints. Il fallut un décret du chapitre
général pour leur interdire le pèlerinage à Jérusalem,
sous peine d'un transfert à perpétuité dans un lointain
monastère (Statuta, 1157 : 53). En cette même année,
Morimond fondait en Syrie, au dioc. de Tripoli,
l'abbaye de Belmonl; l'année 1160 voyait encore la
H. — XIL — 29 —
899 CITEAUX (ORDRE). LE SIKCI.E DE S. BERNARD 900
création de Salvatio, en cette même région, et Belmont
allait créer bientôt deux filiales, S.-Jean in Nemore
(1169) et la Trinité de Refech (1187), toutes deux dans
l'île de Chypre. Ces dates restent cependant douteuses,
puisqu'elles sont antérieures à la reconquête de l'île
par Richard Cœur de Lion (21 mai 1191). Le siècle
suivant verra encore les fondations de S.- Georges in
Jubino (1214), de Beaulieu près Nicosie (1235) et de
S.-Serge dans le patriarcat d'Antioche (1235).
Ces abbayes n'ont guère laissé de souvenirs; leur
existence fut assez précaire, sans cesse au gré des évé-
nements politiques de ces contrées. Elles disparurent
vers la fin du xiii<= s. Le silence des décrets capitu-
laires paraît significatif dans ce sens; il confirme la
conclusion de C. Enlart au sujet de Belmont : « La der-
nière mention de l'abbaye se trouve en 1287 et il
semble certain que les derniers moines latins durent
évacuer Belmont deux ans plus tard, s'ils n'y furent
massacrés, à la suite de la prise de Tripoli par Kelaoùn
en 1289 » (Les moniim. des croisés dans le royaume de
Jérusalem, ii, Paris, 1925, p. 46). Le même auteur a
retrouvé et étudié les restes de Belmont; il note cette
particularité, exceptionnelle pour une abbaye cister-
cienne, d'avoir été bâtie sur un sommet abrupt, sur la
crête d'un contrefort du Liban, qui domine la mer de
deux cents mètres environ.
Grégoire "VIII, durant son pontificat éphémère de
cinquante-sept jours, fut préoccupé d'une nouvelle
croisade. Il ne put que lancer son appel à la guerre
sainte : Audita tremendi (Mansi, xxii, 527; P. L.,
ccii, 1539), puis rédiger une série de lettres aux fidèles,
aux prélats, à l'empereur Frédéric et à son fils Henri
(Mansi, xxii, 531). Clément III continua la même poli-
tique.
Guillaume de Tyr prêcha la croisade, ainsi que le car-
dinal d'Albano, Henri de Marcy, jadis abbé de Clair-
vaux. La lettre de ce dernier adressée à tous les prélats
de l'Église (Publicani el peccalores, Mansi, xxii, 540)
insiste sur la réforme des mœurs comme préparation
nécessaire à l'expédition en Terre sainte. D'autre part,
il fallait aussi reconcilier ensemble les rois de France et
d'Angleterre. Ce fut pour les légats pontificaux la labo-
rieuse opération de Gisors (21 janv. 1188). Henri Plan-
tagenet meurt avant l'accomplissement de son vœu;
mais son fils et successeur, Richard Cœur de Lion, re-
prend l'engagement paternel. En 1189, il est présent
au synode tenu dans l'abbaye cistercienne de Pipewell,
où se trouvent réunis tous les archevêques d'Angle-
terre, quelques-uns de Normandie, du Pays de Galles
et d'Irlande. Baudouin, archevêque de Canterbury, an-
cien abbé cistercien de Ford, préside l'assemblée. En
dehors des décrets qu'il fait signer, il prêche la croisade
et prend lui-même la croix pour accompagner son mo-
narque en Palestine. Sous sa bannière, qui portait
l'image de S. Thomas Becket, Baudouin entretenait
cinq cents soldats à ses frais. Il mourut en oct. 1190, à
Tyr, en Syrie, léguant tout son avoir pour subvenir
aux nécessités de la guerre sainte.
En Allemagne, le cardinal d'Albano avait eu une ac-
tion efficace. Après avoir célébré à Liège un concile
(2 févr. 1188), dirigé particulièrement contre les simo-
niaques, il avait ensuite déterminé bon nombre de per-
sonnes à prendre la croix. Le 27 mars, il était à la diète
de Mayence, où 13 000 fidèles s'enrôlèrent (M. G. H.,
SS., xvi, 649; xxi, 555). Frédéric Barberousse parais-
sait plein de zèle. « Dès le 11 mai 1189, il quittait Ratis-
bonne avec une armée remarquablement organisée et
disciplinée » (R. Grousset, Hist. des croisades, ui,
Paris, 1934, p. 10), qui fit la terreur du monde musul-
man. Hélas, la mort accidentelle de l'empereur, dans
les eaux du Selef (10 juin 1190), jeta le désarroi dans
les contingents allemands, dont une partie, démora-
lisée, rentra en Europe (M. G. H., SS., xx, 496).
Ce n'est que le 4 juill. 1190 que Vézelay vit partir
pour la Terre sainte Philippe Auguste et Richard
Cœur de Lion. Ce dernier s'était d'abord assuré les
prières des moines de Cîteaux. Au mois de mai précé-
dent, il leur avait fait donation de l'église de Scarbo-
rough, avec ses dépendances et ses revenus, dans le but
marqué de subvenir aux frais du chapitre annuel des
abbés (texte dans Collecta privilegiorum, de Jean de Ci-
rey, 1491, fol. 181; approb. par Clément III, Jaffé
16471). L'ordre répondit à cette générosité en édictant
des prières et œuvres pénitentielles en vue de la croi-
sade, et en fondant un anniversaire à perpétuité pour
le roi Richard (Statuta, ann. 1190). Lors de son séjour
à Messine, le monarque désira avoir un entretien avec
le célèbre Joachini, abbé de Flore. Estimait-il les pro-
phéties du mystérieux personnage, ou celui-ci paya-
t-il d'audace? Manrique n'ose se prononcer. Il nous
assure seulement que les deux souverains enrôlèrent
des cisterciens dans leurs armées; ils les voulaient
comme prédicateurs et comme orantes.
Philippe Auguste, croisé malgré lui, s'empressa de
rentrer en France au lendemain de la prise d'Acre. Les
intérêts majeurs de la patrie exigeaient sa présence.
Richard continua la lutte. Il s'était d'abord emparé de
l'île de Chypre, en mai 1191; en juin, il était devant
S.-Jean-d'Acre; de là il fit la conquête du littoral. Lui-
même a raconté ses exploits dans une lettre adressée à
l'abbé de Clairvaux, Garnier de Rochefort. Il n'omet
rien dans son récit, pas même le meurtre de 2 600 cap-
tifs musulmans, que nos modernes historiens quali-
fient d'acte de barbarie inouïe, perpétré de sang-froid
et contraire à toute bonne politique (R. Grousset, op.
cit., III, 61). Nous sommes vainqueurs de Saladin, dit
le roi en concluant son message, mais nous sommes au
terme de nos ressources. Nous ne pourrons pas tenir
au delà de la prochaine Pâques. Et il supplie l'abbé
Garnier de reprendre ses prédications pour que se
lèvent de nouveaux croisés et qu'abondent de nouvelles
aumônes (Baronius, ann. 1191; Manrique, m, 248).
Cette lettre est du l^' oct. Dès le 20 du même mois,
une politique de rapprochement s'inaugurait entre le
roi d'Angleterre et Saladin. Elle devait aboutir finale-
ment à la paix générale du 2 sept. 1192, paix qui res-
semble à une « liquidation assez sommaire de la croi-
sade » (R. Grousset, op. cit., m, 117). Richard qui,
d'Angleterre, recevait des nouvelles alarmantes, avait
hâte de quitter la Syrie. Durant son voyage de retour,
au mépris de l'immunité garantie à tout croisé, il fut
fait prisonnier par le duc d'Autriche, Léopold V, et
tenu enfermé à Diirrenstein, sur le Danube. Aux envi-
rons de Pâques 1193, Léopold céda son captif à l'empe-
reur Henri VI pour la somme de 20 000 marcs d'ar-
gent. Exhortations et menaces de Clément III furent
inutiles. Richard ne recouvra sa liberté qu'en févr.
1194, moyennant une rançon de 150 000 marcs d'ar-
gent et la reconnaissance de la suprématie de l'empe-
reur.
Rentré sur ses terres, le roi songea tout de suite à
faire face à la dette énorme qui pesait sur lui. Dans ce
but, il fit appel aux moines cisterciens. Cette fois,
comme gage d'amitié, raconte le chroniqueur Guil-
laume, le monarque retint toute la production de
laine de l'année, principale richesse des abbayes an-
glaises. Encouragé par la docilité de ses amis, il retint
ensuite la production de laine de l'année à venir. Dis-
pensés jadis de la dîme saladine, nos moines supputè-
rent que ce second impôt à retardement dépassait dix
fois le taux du premier. En cette même année 1194, le
chapitre général envoya au roi Richard une délégation
de quatre abbés chargés de lui présenter des lettres
rédigées au nom du chapitre. Nous en ignorons la te-
neur; seules les circonstances permettent quelques
présomptions {Slatutn, 1194 : 50).
901 CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD 902
L'Europe eut aussi ses croisades, c.-à-d. ses guerres
saintes contre les infidèles, armées et expéditions bé-
nies par la papauté. Ici encore, Cîteaux intervint, no-
tamment par les milices religieuses espagnoles qui se
firent incorporer à l'ordre illustré par S. Bernard. Ce
dernier avait ébauclié jadis la règle des Templiers
(1128) et avait chanté les gloires de la nouvelle milice
(De lande novae militiae, P. L., clxxxii, 921 ; Henri-
quez. Régula, constilutiones..., Anvers, 1630, p. 41 :
Régula pauperum commililonum sanclae ciuitatis).
La plus célèbre des milices espagnoles fut Calatrava.
Elle était née au sein même de l'abbaye cistercienne de
Fitero, en vieille Gastille (cf. D. H. G. E., xi, 351).
D'autres milices furent créées sur le modèle de Cala-
trava. En 1162, le cistercien Jean Cirite, abbé de Ta-
rouca, ajouta à une « Nouvelle milice » le caractère
religieux qui fit de la fondation d'Alphonse Henriquez,
roi de Portugal, un ordre militaire et monastique sous
la dépendance de Cîteaux et Clairvaux. L'acte de fon-
dation du nouvel ordre, appelé ensuite d'Evora, puis
d'Avis, fut signé par l'évêque de Braga au nom du
royaume, par l'évêque de Coïmbre au nom des sei-
gneurs de la cour, par l'évêque de Lisbonne au nom
du clergé, par le premier grand maître, Pierre, proche
parent du roi et pair de France, et sept autres cheva-
liers (Manrique, op. cit., ii, 358). L'ordre militaire d'Al-
cantara, confirmé par Alexandre III en 1177, tut aussi
sous la règle et vêture de Cîteaux (D. H. G. E., ii, 6).
La milice de Turgel fut placée par le chapitre général
de 1190 sous l'autorité de l'abbé de Moreruela. En
1215, l'ordre militaire de Monte Frago demanda au
chapitre de Cîteaux et obtint son incorporation à celui
de Calatrava (Statuta, 1215 : 61). Il en fut de même des
milices d'Avis et de S.-Julien-du-Poirier (Jalïé, 12744).
Ainsi renforcé, Calatrava apparut aux yeux de Gré-
goire IX comme « l'espoir d'Israël, le boulevard et le
salut de l'arche sainte ». Ce pontife entra alors en négo-
ciations avec le patriarche d'Antioche à l'effet de pré-
parer un établissement similaire en Orient, où les armes
de Calatrava auraient combattu là aussi le mahomé-
tisme {D. H. G. E., xi, 352).
Le xiii" s. verra encore l'incorporation de la milice
de Ste-Marie (Statuta, 1273 : 37), et le xiv« celle de la
milice du Christ, fondée par le roi de Portugal (ibid.,
1320 : 2), ad defensionem sacrosanctae fidei et violentias
infldelium propellendas, sous la paternité d'Alcobaça.
Montesa, au royaume de Valence, fut approuvé par
Jean XXII en 1316 et placé sous la juridiction de
l'abbé cistercien des Saintes-Croix, et parfois de celui
de Valdigna.
Jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, quand les abbés
de Cîteaux déclinaient leurs titres, par ex. dans les
lettres d'indiction pour la célébration du chapitre gé-
néral, ils avaient soin de noter qu'ils étaient les chefs
suprêmes des cinq milices de Calatrava, d'Alcantara, de
Montesa, d'Avis et du Christ. Les statuts capitulaires
de Cîteaux ont conservé les textes de délégations
adressées à certains abbés et leur enjoignant de faire
les visites canoniques dans ces ordres militaires, qui
ne laissaient pas de créer parfois de sérieuses difficultés
aux supérieurs majeurs. D'ailleurs ces milices ne surent
jamais se maintenir longtemps dans l'idéal qui avait
présidé à leur création. Il y avait un si violent con-
traste entre les deux genres de vie que l'on voulait con-
juguer, que l'un devait tôt ou tard en être amoindri et
succomber. Ce fut l'élément religieux qui disparut. Al-
cantara eut des destinées glorieuses durant le premier
siècle de son existence. Il en fut à peu près de même
chez les autres milices sacrées. Puis les ambitions, les
dissensions firent leur œuvre néfaste. Pour sauver en-
core quelques restes, on dut finalement annexer la
grande maîtrise à la couronne royale. Innocent VIII
le fera en 1486 pour Calatrava, en 1492 pour .\lcan-
tara; Jules III, en 1550 pour Avis. De toutes ces gloires
passées, il reste un titre honorifique.
Bibliographie abondante dans les auteurs déjà cités. —
Cf. D'.\rbois, L'ordre teutonique en France, dans Bibl. de
l'Êc. des chartes, 1871, p. 63. — L. Bréhier, L'Église et
l'Orient au M. A., Paris, 1907. — Cari Erdmann, Papstur-
kunden in Portugal, Berlin, 1927, p. 51. — De la Ville le
Roulx, L'ordre de Montjoie, dans Rev. de l'Orient lat., i,
42-57. — G. Drioux, Geoffroi de la Roche et la seconde croi-
sade, dans Cahiers des Hauts Marais, 1948, p. 166-72. —
F. Lot, L'art militaire... au M. A., i, Paris, 1946, p. 124-65.
— Martène, Thésaurus, i, 113.3; ii, 171; m, 627, 628. —
PfeifTer, Die Cisterc. und der Kreuxzugsgedanke in den
Jahren 1192-1197, dans Cisterc. Chronik, 1939, p. 1 sq. —
M. Villey, La croisade, Paris, 1942.
III. La papauté, l'épiscopat et les cisterciens.
Privilèges. — Bernard de Clairvaux avait donné à sa
famille religieuse l'exemple du dévouement au S.-
Siège; il fut imité. Le S. -Siège, de son côté, utilisa
volontiers les services de cet ordre jeune, vertueux, dé-
bordant de dynamisme; il en fit l'instrument de sa poli-
tique. Voulant le tenir fermement dans sa main, il
s'attacha à le soustraire progressivement à la juridic-
tion des évèques, lui créant ainsi une situation privi-
légiée. Tel fut le processus de l'exemption cistercienne.
Certains privilèges, d'ailleurs, se trouvaient déjà en
germe dans la Charte de charité. La première rédaction
de la Charte connaissait encore l'intervention de l'évê-
que diocésain dans certains cas exceptionnels de cor-
rection; la seconde est désormais muette sur ce point.
C'est que Cîteaux possède dans sa législation les roua-
ges nécessaires pour faire face à toutes difficultés in-
ternes.
Les privilèges des abbayes avaient cependant ren-
contré un adversaire dans l'abbé de Clairvaux. Mais
le grand réformateur ne blâmait que l'excès de cer-
taines exemptions : les mobiles qui les font demander;
les conditions pécuniaires invoquées pour les obtenir;
l'utilisation hautaine que l'on en fait (De offtciis epis-
cop., P. L., clxxxii, 830; De considérai., III, iv; P. L.,
ibid., 766). A côté d'abus réels toujours possibles,
l'exemption apporte à un ordre religieux un avantage
considérable : celui de posséder une organisation et
une règle désormais intangibles. Or ce bienfait avait
été envisagé déjà par les fondateurs de Cîteaux; ils ne
concevaient d'union durable entre leurs monastères
que sur la base d'une homogénéité parfaite (cf. supra,
col. 874). Il fallait donc obtenir des évêques diocé-
sains l'engagement de ne prétendre modifier en rien la
règle, les statuts, les coutumes des cisterciens installés
dans leur diocèse. C'était la condition préalable à toute
fondation d'abbaye (Prologue de la Charte; Statuta,
1134, n. xxxvi).
En 1100, le second abbé de Cîteaux, S. Aubri, de-
mande et obtient du S. -Siège la bulle de protection spé-
ciale Desiderium (Jafïé, 5842). Ce privilegium Roma-
num, selon l'expression de YExorde (c. x), ne concède
pas l'exemption; le texte le dit assez, de même que
plusieurs décrétales commentant les concessions de ce
genre (Decr., 1. V, tit. xxxiii, c. 8, 18; I. VH, tit. x,
in VI°). Mais on fait droit à la demande du fondateur,
en insérant la formule inlerdicimus ne cuiquam omnino
personae liceat statum vestrae conversationis immutare.
Avec Innocent II et la bulle Aequitatis ratio de 1 132,
qu'il adresse à S. Bernard, nous sommes franchement
en présence d'un privilegium remuneratorium. Le pape
rappelle que, pour le bien de l'Église, l'abbé de Clair-
vaux s'est dressé comme un mur inexpugnable contre
le schisme; déférant ensuite aux « justes désirs » expri-
més par son défenseur, il place Clairvaux sous le pa-
tronage du S. -Siège et en approuve les possessions. Il
concède en outre le privilège de ne pas devoir assister
au synode diocésain, ce qui incluait la dispense d'y
apporter l'impôt cathedraticum et libérait d'avance
903
CITEAUX (ORDRE). LE
SIÈCLE DE S. BERNARD
904
l'abbé de toute accusation, reproche et injonction
qu'éventuellement cette autorité diocésaine aurait pu
formuler contre lui. La dernière concession d'Inno-
cent II aux moines de Clairvaux est l'exemption de
payer les dîmes de leurs travaux (JafTé, 7544).
A la même époque, des concessions similaires étaient
envoyées à l'abbé de Cîteaux dans la bulle Habitantes
et elles valaient pour toutes les abbayes de l'ordre
(Jaffé, 7537). C'était une réponse aux « demandes jus-
tifiées » d'Étienne Harding, qui avait eu soin d'exposer
ses raisons pour l'exemption des dîmes. Pascal II (bulle
du 21 janv. 1118) avait déjà fait des concessions sem-
blables. Avant 1132, on avait vu plusieurs évêques
favorables aux cisterciens les dispenser de cette rede-
vance, et ils le pouvaient en tant qu'administrateurs
de la dîme dans leur diocèse respectif.
Cependant, dans cet ordre de choses, bien des diffi-
cultés se présentèrent. La première objection que l'on
fit aux cisterciens émana de Pierre le Vénérable
(cf. Statuta, ann. 1132). Dans la suite, des protes-
tations vinrent de la part des décimateurs. Ceux-ci
voyaient avec inquiétude leurs revenus diminuer dans
les régions où se fondait une abbaye cistercienne. En
1156, le pape Adrien IV faisait droit en partie à leurs
réclamations (Jaffé, 10189 a), introduisant une distinc-
tion entre les dîmes anciennes et les novales. Mais
cette restriction disparut avec lui. Son successeur,
Alexandre III, rendit au privilège sa première am-
pleur. Le 6 févr. 1162, il adressa à Clairvaux une bulle
sur le modèle d' Aeqiiitatis ratio, accordée par Inno-
cent II à S. Bernard (ms. 591 de Troyes); il y rappelle
le dévouement des cisterciens à sa propre cause, puis
concède le priuilegium remuneralorium introduit par la
formule Porro laborum, qui englobe tous les travaux
et cultures sans distinction.
Il eut à vaincre, dans la suite, l'opposition de nombre
d'évêques qui préféraient conserver le précédent état
de choses; aussi les bulles du type Non ignorât (Jaffé,
12358) et du type, plus nerveux encore, Audivimus et
audientes (Jaffé, 13006) sont-elles fréquentes dans ses
registres.
Le privilège de célébrer les divins offices malgré l'in-
terdit local eut pour raison la situation des abbayes
cisterciennes, éloignées de tout centre populeux; leurs
églises n'étaient d'ailleurs pas accessibles aux per-
sonnes du dehors; celles-ci trouvaient une chapelle près
de la grand-porte d'entrée. La première concession fut
faite par Eugène III (bulle Sacrosancta, d'août 1152;
Jafïé, 9600) et renouvelée par les pontifes qui reprirent
dans la suite le texte de cette même bulle : Anastase IV
(1153), Adrien IV (1156), Alexandre III (1163). Lu-
cius III (1185), Urbain III (1186) firent la même con-
cession (cf. Statuta, 1181 : 8).
La loi ecclésiastique voulait que tout abbé nouvel-
lement élu reçût de son évêque diocésain la bénédic-
tion solennelle. Certaines fonctions abbatiales ne pou-
vaient s'accomplir avant la réception de ce sacramen-
tal, telle par ex. l'admission des novices à la profes-
sion, car celle-ci comportait l'entrée dans la clérica-
ture (Liber iisuum, 102). D'où difficultés si l'évêque
diocésain, dûment requis pour la bénédiction abba-
tiale, y mettait des conditions pécuniaires, c.-à-d. si-
moniaques, ou contraires aux lois régissant l'ordre de
Cîteaux. La papauté intervint, donnant une solution
aisée : la dispense de cette loi ecclésiastique. « Si
l'évêque humblement sollicité trois fois refuse, l'élu
pourra nonobstant exercer toutes les fonctions abba-
tiales » (Alexandre III, Sacrosancta, 1165; Attendantes,
1169; Jaffé, 11632). Une autre solution fut donnée par
Lucius III {Cum ordo, 1185) et renouvelée par Ur-
bain III l'année suivante : on accorde à l'abbé le pri-
vilège de s'adresser aux évêques voisins pour en obte-
nir ce que l'Ordinaire du lieu a indûment refusé. En
cas de vacance du siège épiscopal, l'abbé peut utiliser
les services de tout évêque de passage à l'abbaye.
A l'époque qui nous occupe, l'excommunication était
une arme dont les prélats usaient facilement — trop
facilement — dans leurs conflits. Les pontifes romains
voulurent mettre les cisterciens à l'abri de ces sen-
tences parfois indues. Lucius III, dans sa bulle du
21 nov. 1184 {Monasticae ; Jaffé, 15118), dit aux abbés
réunis en chapitre général : » Bien que vous fassiez pro-
fession de demeurer soumis aux évêques, nous leur dé-
fendons de porter contre vous aucune sentence d'ex-
communication, suspense ou interdit. Nous les annu-
lons dès maintenant. » Urbain III reprendra les mêmes
expressions en 1187 (Jaffé, 15800). Mais, pour que ce
privilège puisse produire tous ses effets, il fallut l'am-
plifier encore, en défendant à l'épiscopat d'excommu-
nier les voisins, les ouvriers, les bienfaiteurs, toutes
personnes avec lesquelles les moines devaient forcé-
ment traiter, car ils auraient été englobés dans la
même sanction, pour la seule communication civile
avec des excommuniés. Lucius III fit face à cet incon-
vénient par sa bulle Cum ordo uester d'avr. (et mai)
1185 (Jaffé, 15422).
Le privilège de mention nominale fut, lui aussi, une
conséquence nécessaire des précédentes concessions
pontificales. Accordé d'abord par Alexandre III (Cum
ordinem, 1169; Jaffé, 13846), par Grégoire VIII (1187;
ibid, 14294) pour des cas particuliers, il s'amplifia en-
suite au point de signifier qu'aucune loi, aucun induit,
aucun décret émanant de Rome ne pourraient atteindre
les cisterciens, s'ils n'y étaient cités nommément.
C'est en lui donnant cette portée que Grégoire I\
l'insérera dans ses Décrétâtes au siècle suivant (1. I,
tit. III, c. 6).
Ce court aperçu de la condition juridique privilégiée
faite aux cisterciens par la papauté, au xii« s., montre
assez la bienveillance des pontifes romains pour l'ordre
monastique illustré par S. Bernard. En juill. 1182, Lu-
cius III rappelait au chapitre général que, jadis, il
avait été admis par le saint abbé de Clairvaux à la
fraternité de prières et de mérites de son abbaye
(Jaffé, 14683).
Durant ce siècle, bon nombre de délégations quit-
tèrent la Chancellerie pontificale pour atteindre moines
ou abbés cisterciens et les créer juges, arbitres ou con-
seillers dans des causes soumises au tribunal suprême
de l'Église. Cîteaux et Clairvaux sont connus à Rome,
évidemment, mais aussi leurs plus lointaines abbayes
filles : Ebrach (Jaffé, 8477, 9231), Altenberg (ibid.,
16973), Walkenried (ibid., 17231), Salem (ibid., 13652),
enAfiemagne; Ford((7)id., 13932, 13933, 13954,13955),
Fountains (ibid., 13937), Rievaulx (ibid., 13984),
Stratford(i6(rf., 14102, 14103),Newbattle(i7)id., 15654),
Mailros, Val-Ste-Croix (ibid., 16125), en Angleterre, et
tant d'autres. Ces délégations touchent à tout dans la
vie de l'Église : le spirituel aussi bien que le temporel y
annexé, lois divines et lois humaines, canoniques ou
liturgiques, querelles de moines ou procès contre pré-
lats indignes, la paix à rétablir entre princes tempo-
rels, etc.
Le siècle suivant verra la création du « cardinal pro-
tecteur » pour certains ordres religieux; mais, avant
cette institution officielle, Cîteaux jouissait à Rome de
la protection efficace des cardinaux qui avaient été pris
parmi ses abbés ou ses moines. A dater de 1130, la
Curie romaine compta toujours des cardinaux blancs,
ce qui mettait les cisterciens en bonne posture pour
l'obtention et la défense de leurs privilèges.
L'épiscopat, dans son ensemble, fut favorable aux
cisterciens. Bien des évêques demandèrent spontané-
ment des fondations monastiques dans leur diocèse, ou
se montrèrent généreux bienfaiteurs des abbayes nais-
santes. Guy de Bourgogne, archevêque de Vienne et
ÎMJ5
CITEAUX (ORDRE). LE
SIÈCLE DE S. BERNARD
906
futur Calixte II, fonde Bonnevaux (1117); Pierre de la
Châtre, archevêque de Bourges, fait venir à Fontmo-
rigny (1149) des moines de Clairvaux; Henri de Leyen,
évêque de Liège, fait de même pour l'abbaye d'Auhie
(1146), qu'il remet aux mains de S. Bernard; Odon,
évêque de Beauvais, favorise selon son pouvoir la fon-
dation de Froidmont (1134); Alsaur, évêque de Cavail-
lon, fait venir à Sénanque des moines de Mazan; en
1 126, l'archevêque de Reims fonde Igny avec un essaim
monastique venu de Clairvaux, etc.
Les bulles concédées à l'ordre de Citeaux n'ont pas encore
fait l'objet d'un recueil complet. On ne possède que des
buUaires systématiques. Outre quelques séries de bulles
authentiques conservées dans des dépôts d'archives ou des
bibliothèques, on connaît bon nombre de bullaires mss.
La bibliothèque de Dijon conserve celui de Citeaux, ms. â98
(xiv et xv« s.) : recueil systématique débutant par un Index
alphabétique des matières, groupant ensuite les documents
de même objet et les faisant précéder d'un sommaire;
fol. 12-63 : 85 bulles, privilégia generalia... universo ordini
concessa; fol. 63-106 : bulles concédées à l'abbaye de Citeaux.
Furent transcrites plus tard (fol. 107-148) les bulles de
Sixte IV contre les commendes. — Clairvaux a laissé un
travail similaire : ms. 2617 de 'a bibliothèque de Troyes
(xvi«s.);mêmebibl., mss. 591, 2025, 20<«; Paris, Bibl. nat.,
mss. lal. 9003-9005, 9749-9751, 10947; Épinal, bibl., ms. 90;
bulles, d'Anastase IV à Boniface VIII; Tonnerre, bibl.,
ms. 39 : bulles, d'Innocent II à Martin V; Troyes, Arch.
départ., 3 H 44-90.
Le premier buUaire imprimé est celui de Jean de Cirey,
Collecta qaorumdam privilegiorum..., Dijon, 1491. Il con-
tient 126 bulles, de Pascal II à Innocent VIII. François
Portés en édita un à Alcala en 1574. L'abbaye d'.\lcobaça
édita le sien à Venise en 1593. Celui de Nicolas Boucherat
est de 1620. Plantin d'Anvers édita celui de Chrysostome
Henriquez en 1630. lîn 1713, parut celui de dom Louis Mes-
chet; il s'annonce comme voulu et approuvé par le chapitre
général. Cependant une réponse sévère lui fut faite par le
procureur de l'abbaye de Clairvaux, dom François-Gabriel
de Montanbon; elle parut à Liège en 1714, sans nom d'au-
teur, sous le titre Éclaircissement des privilèges de l'ordre de
Cisteaux... Ce travail fut condamné par le chapitre général
de 1738 (n. 178). De nombreux cartulaires d'abbayes ont
été publiés, qui contiennent toujours des bulles de portée
générale.
A. Benz, Die cisterc. Bullarien, dans Cis/erc.-C/ironi/c,1914,
p. 257. — Bona-Sala, Epist. selectae, Turin, 1755, p. 136. —
H. Burgoff, Elucidatio exemptionis... O. C, Prague, 1654;
Waldsassen, 1729. — .1. Canivez, art. Cîteaux (Législation
de l'ordre de), dans D. D. Can., m, 745. — Henri de Marcy,
Lettre à Alexandre III (sur les dîmes), P. L., cciv, 222. —
E. Hofimann, Die Stellungnahme der Cisterc. im XII. Jahrh.,
dans Studien und Mitteil., 1912, p. 421. — R. Kôndig,
Elenchus privilegiorum..., Cologne, 1729. — R. Latrémoille,
Les origines de l'exemption des religieux, u, dans Rev. univers.
Ottawa, VII, 226-38. — J.-F. Lemarignier, Études sur...
l'exemption..., Paris, 1937. — J.-B. Mahn, L'ordre cistercien
et son gouvernement, Paris, 1945. — W. Reichert, Das
Verhàltnis Papstes Eugens III. zu den Klôstern, Greifswald,
1912. — G. Schreiber, Kurie und Kloster im XII. Jahrh.,
Stuttgart, 1910; Studien zur Exemptions gesch. der Cisterz.,
dans Zeitschr. der Savigny-Stift., Kan. Abt., xxxv, 1914, p.
74-116. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, éd. Louvain, viii,
1941, Indices, au mot Episcopus, p. 180. — Van Hove,
Étude sur l'hist. des exemptions, dans Rev. d'hist. eccl., i,
1900, p. 85. — P. Viard, Hist. de la dîme eccl. en France, aux
XII' et XIII' s., Paris, 1912. — G. VVieczorek. Da.'S Verhàltnis
des Papstes Innocents II. zu den Klôstern, 1914.
IV. Vie intime de l'ordre. Le chapitre général
ET SES LOIS. — Le rôle des cisterciens dans les difïé-
rents domaines ci-dessus marqués (§ III) inclinerait
à faire classer Cîteaux parmi les ordres religieux qua-
lifiés d' « actifs », en notre langage moderne. Il n'en
est rien cependant. Dans l'immense armée des moines
blancs, une minorité fut appelée à l'action extérieure;
le grand nombre menait la vie cachée, telle qu'on l'avait
inaugurée au « Nouveau monastère «, telle qu'elle fut
décrite par S. Bernard dans- son épître cxlii (P. L.,
CLxxxii, 297), et telle que les décrets capitulaires s'ef-
forçaient de la maintenir (cf. D. D. Can., lu, 765 sq. :
législation de Cîteaux sur les points suivants : novi-
ciat, obéissance, pauvreté, chasteté, clôture, stabilité).
L'horaire d'une journée cistercienne a été décrit par
plus d'un historien, tel Vacandard (Vie de S. Bernard,
II, Bernard à Citeaux; cf. aussi M. Aubert, Archilect.
cisterc, i, Paris, 1943, c. m; D'Arbois, Éludes...
abbayes cisterc, Paris, 1858; J.-B. Mahn, L'ordre cis-
terc, Paris, 1945, p. 57; G. Pérouse, Hautecombe,
Chambéry, 1926, p. 25). Cette vie monastique rigou-
reusement menée fut louée par bon nombre d'écri-
vains du xii" s. (cf. lettre lxxi d'Étienne de Tournai,
dans P. L., ccxi, 362-70; Philippe de Harveng,
De inslilulione clericorum, cxxv; P. L., cciii, 836).
Alexandre III l'a louée sous la métaphore de la Vinea
Dumini Sabaolh, au lendemain de son triomphe sur
l'antipape impérial (Statuta, i, 78; cL bulle de Lu-
cius III, Cum ordo vester, 1" avr. 1185; Epist. Ri-
cliardi Cantuar. archiep., dans Statuta, i, 79; J. Paris,
Nomasticon, Paris, 1664, Praefatio).
Cîteaux eut aussi ses détracteurs. On connaît les
railleries et accusations formulées contre Clairvaux par
Guiot de Provins, qui y avait séjourné quatre mois
avant de passer à Cluny (cf. sa Bible, satire des mœurs
de la fin du xii'' s.; les vs. 1202-12). En Angleterre,
c'est Gautier Map, archidiacre d'Oxford en 1196, qui
amuse son entourage avec ses plaisanteries et insinua-
tions méchantes contre les moines, les blancs surtout
(cf. Rithmi de malis monachorum, éd. Londres, 1841,
1850). Au début de sa carrière d'ofTicial, il s'engage par
serment à rendre à chacun son droit, excepté aux
Juifs et aux cisterciens, « ses bêtes noires ».
Giraud le Cambrien est plus durement accusateur
encore; et cependant « grand vaniteux », déclare de
lui M. Boutemy, qui nous le montre puisant à pleines
mains dans les écrits de Pierre le Chantre, pour se parer
des plumes d'autrui (cf. Rev. du M. A. latin, 1946,
p. 45; Adam de Dore répondit à Giraud: cf. A necdota
Oxoniensia, Oxford, 1902, p. 4). C'est aussi l'Angle-
terre, et probablement l'abbaye de Reading, qui pro-
duisit une réponse à VApologia de S. Bernard — tissu
de mots plaisants qui n'avait laissé aucun souvenir
dans la littérature du xii« s. Ce n'est qu'en 1934 que
dom Wilmart exhuma de la Bodléienne (fonds Ashmole,
n. 1285, fol. 198 sq.) cette pièce rare (Rev. Bén., xlvi,
296).
Il faut reconnaître cependant que, vers la fin du siè-
cle de S. Bernard, l'idéal héroïque des premiers cister-
ciens subissait quelques retouches. Pour ne rien exagé-
rer en ce point, soyons en défiance vis-à-vis des empor-
tements oratoires d'un Hélinand de Froidmont, par
ex. ; voulant faire œuvre de moraliste, il pousse au
noir son tableau, à l'effet de convaincre ses auditeurs
de la nécessité d'une réforme (P. L., ccxii, 676 sq.).
Soyons plus défiants encore quand nous ouvrons cer-
tains ouvrages lancés par le camp adverse. Ils dissi-
mulent d'ailleurs assez mal leurs allures d'engins de
guerre. Les travaux du prof. G. C. Coulton sont remar-
quables dans ce sens (cf. Fives centuries of religion, i
[ann. 1000-1200], Cambridge, 1923; The médiéval vil-
lage, 1925; contre lui : H. Thurston, Some inexacti-
tudes of M. G. C. Coulton, Londres, 1927).
Les textes simples et juridiques des chapitres géné-
raux sont exempts de toute passion. Il convient de les
écouter dans leur teneur intégrale. En 1199 (Statuta,
n. 56), une constatation est faite : en Italie, cinq
abbayes, Falera, S. -Juste, S. -Martin, S. -Sébastien et
Sala, sont en train de dépérir, les communautés se
trouvent réduites à un nombre infime de personnes.
Aussi les abbés de la Colombe et de Fossa Nova sont-
ils délégués pour aller enquêter personnellement; il
s'agit de repérer la racine du mal pour y porter remède.
De même, on signale qu'à l'abbaye S.-Anastase, près
907 CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD 908
de Rome, la clôture n'est plus rigoureusement obser-
vée; l'hospitalité due aux membres de l'ordre n'est pas
en honneur; le silence du cloître n'est plus respecté.
Une délégation de quatre abbés ira donc demander au
pape de fortifier cette loi de clôture par des sanctions
ecclésiastiques, et l'assurera que des mesures sont prises
pour ramener la vie et la prospérité dans les monastères
ci-dessus nommés.
La passion d'acquérir sans cesse des immeubles fait
tache dans l'administration de nombreux prélats de
cette époque (Slaiuta, 1180 : 1 ; 1190 : 1). Ce sujet repa-
raîtra au chapitre vi«, à propos du domaine monas-
tique.
En 1189 (n. 4), des sanctions sont portées contre les
conspirateurs. Le mot est sinistre, et c'est avec cette
teinte excessive que l'historien Luchaire l'utilise quand
il décrit « la décadence des ordres religieux à la fin du
xii<= s. » (m, 350, de E. Lavisse, Hist. de France). Le
texte complet du décret dit cependant qu'il ne faut
voir sous cette expression qu'une entente entre moines
ou convers à l'effet d'obtenir une modification dans
les règles austères de l'institut. Et ceci est autrement
symptomatique que les faits isolés de désobéissance,
violence, cruauté et autres qu'on peut toujours glaner
dans les chroniques des monastères. En effet, des cons-
pirations du genre cité plus haut sont signalées à Fon-
tenay en 1190, à Signy et Valmagne en 1191, à Salem
et Fitero en 1197, à La Creste l'année suivante, ainsi
qu'à Lieu-Dieu en Picardie. En 1196, le chapitre géné-
ral avait dû reprocher aux abbés de Camp et de Vol-
kenrode de ne pas avoir fidèlement observé, lors de
leurs visites canoniques, les lois portées par le chapitre
contre les conspirateurs. Ces faits sont révélateurs
d'une tendance, dont les effets se feront bientôt sentir
dans tout ce qui touche à la vie monastique : vête-
ment, nourriture, habitation, relations avec le siècle,
et même l'architecture.
Une autre tendance également fâcheuse se fait jour :
plus facilement les abbés se dispensent de venir au
chapitre général. Mais les Pères de l'ordre réagissent
aussitôt avec énergie contre ce laisser-aller qui condui-
rait à la désagrégation la grande famille cistercienne
{Statuta, 1190 : 42, 64; 1193 : 16, 44, 48; 1194 : 54;
1196 : 41...). L'union, en effet, ne pouvait se maintenir
que sur la base d'une homogénéité parfaite entre les
abbayes. Or cette base se trouvait garantie par la te-
nue annuelle des chapitres généraux et les visites cano-
niques faites annuellement par les supérieurs de mo-
nastères dans leurs maisons filles.
Auxerre, bibl. munie, ms. 222 (189) : notice hist. sur
l'ordre de C. et tableau de son gouvernement, par dom
Robinet, moine de Chaalis. — [J. A. Macusson], Traité
hislor. du chap. gén. dans l'ordre de C, s. 1., 1737, ouvrage
condamné par le chapitre général de 1738 (n. 328). — J.
Hourlier, Le chap. gén. jusqu'au moment du Grand Schisme,
Paris, 1936. — Martène, Thésaurus, i, Praefatio, p. iii-iv;
t. v, 1641. — G. Millier, Studien tiber dem Generalkapitel,
dans Cisterc.-Chronik, 1900-1908. — J. Paris, Du premier
esprit de Cisteaux, Paris, 1668. — Cf. D. D. Can., art. Cî-
teaux, m, 745.
V. Sainteté. Liturgie. Spiritualité. Écrivains.
Études. — Après la naissance de l'enfant royal qui
devait s'appeler Philippe Auguste, le « miracle » de cet
événement se racontait dans les cloîtres (Rec. des hist.
des Gaules, xii, 133; A. Luchaire, Hist. des institutions
monarch. en France, i, Paris, 1891, p. 64). Légende ou
fait historique, il témoigne au moins de la haute estime
où l'on tenait alors la vertu des moines fils de S. Ber-
nard. Dès le xii" s., on rédige à Cîteaux des annales de
la sainteté, des Vitae et miracula, des catalogues de
saints ou pieux personnages, dont la vie et les vertus
méritent d'être citées en exemple aux générations à
venir. Les siècles suivants reverront souvent la reprise
de semblables rédactions, avec des amplifications no-
tables, parfois aussi sujettes à caution, et la critique
historique devra intervenir. D'ailleurs, si le chapitre
général estime qu'il convient d'entretenir le souvenir
des saints, comme il le déclarera en 1325 {Statuta, n. 2),
il n'est nullement disposé à pousser fiévreusement à la
canonisation formelle.
Le premier cistercien canonisé par Rome fut Ber-
nard de Clairvaux en 1174 (P. L., clxxxv, 622). Avant
lui, cependant, Cîteaux avait vu disparaître les saints
fondateurs Aubri (1109), Robert (1111), Étienne Har-
ding (1134), son successeur Raynaud de Bar (1151),
dont la douce figure a été esquissée par les contempo-
rains (Baluze, Miscell., iv, 117 sq.).
Clairvaux eut aussi sa moisson de saints et de bien-
heureux. En 1139, s'éteignait Gérard, le cellérier actif
et dévoué de Clairvaux, frère du grand abbé (fête le
31 janv.). LTn an après, mourait l'abbé de San Pastore,
Baudouin, jadis moine à Clairvaux. L'année 1153 est
marquée par les décès du pape Eugène III (8 juill.), de
S. Bernard (20 aoiît), et du Bx Odon, sous-prieur de
Clairvaux. L'année 1155 inscrit ceux de Goswin, abbé
de Cîteaux; d'Arnoul, abbé bénédictin de S.-Nicaise,
devenu moine à Signy; de Gérard de Farfa, moine de
Clairvaux. L'année 1157 retient les noms de Robert
de Bruges, second abbé de Clairvaux; Guerric, abbé
d'Igny ; Guillaume de Montpellier, abbé de Grandselve,
et Barthélémy de Vir, évêqiie de Laon, devenu moine
à Foigny. En 1158, Diego de Calatrava; Étienne, car-
dinal, disciple de S. Bernard; Hugues, cardinal-évêque
d'Ostie; Serlon, abbé de Savigny, moine à Clairvaux.
En 1159, S. Étienne d'Obazine, fondateur de la con-
grégation de ce nom; S. Robert, abbé de Newminster;
S. Amédée de Lausanne et Waltheof de Melrose. En
1163, Fastrède, abbé de Clairvaux, puis de Cîteaux; S.
Raymond de Fitero; les abbés Nicolas de Vaucelles et
Adam d'Ebrach. En 1164, Godefroid de la Roche,
prieur de Clairvaux, évêque de Langres, et Jean Cirite,
abbé de Tarouca. En 1165, S. Aelred, abbé de Rie-
vaulx; en 1167, Idesbald des Dunes; en 1170, Roger
d'Élan; en 1174, S. Pierre de Tarentaise; en 1183, S.
Hugues de Bonnevaux. Et tant d'autres que l'on pour-
rait citer encore.
Retenons que le xii« s. fournit les noms d'environ
une centaine de cisterciens dont l'Église a autorisé le
culte public.
S. Lenssen, Aperçu hist. Saints cisterciens..., Tilbourg,
1946. — Zimmermann, Kalend. bened., Metten, 1933.
Le procédé de sanctification de ces moines est d'ail-
leurs bien simple. L'âme est nourrie par la pratique
des sacrements, de la liturgie, des saintes lectures, et
elle se sent libérée d'autant mieux que le corps est sou-
mis à une discipline sévère par le travail manuel, les
jeûnes et autres austérités.
Les abbés et les moines pratiquent la confession sa-
cramentelle au moins une fois la semaine. Les commu-
nions sont plus rares; elles n'ont lieu qu'une fois par
mois, à moins que l'abbé, pour une cause spéciale, ne
juge bon d'élargir ou de restreindre la loi (Statuta,
1134 : 12). La célébration des offices liturgiques est
l'occupation primordiale du moine, au dire de S. Be-
noît (Reg., 43). Aussi les législateurs cisterciens ont-ils
mis tous leurs soins à la rédaction des lois liturgiques.
Appliquant rigoureusement à ce domaine le principe
générateur de leur ordre, c.-à-d. le retour pur et simple
au texte de la Règle, seule norme authentique à leurs
yeux, ils aboutirent à une réforme d'un radicalisme
très poussé; cf. supra, art. Cîteaux (Abbaye). Cette
œuvre fut critiquée, notamment par Abélard (P. L.,
CLXxviii, 339), et ses remarques eurent peut-être une
certaine infiuence sur les modifications introduites peu
après, par ex. la mémoire quotidienne de la Sainte
90!» CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD 910
Vierge, rétablie aux offices de laudes et de vêpres dès
1152 (Slatuta, 1152 : 6, 7). D'autre part, une loi for-
mulée dans la Charte de charité (§4; Statuta, 1134 : m)
exige l'uniformité parfaite en matière liturgique dans
toutes les abbayes cisterciennes; les textes, le chant,
les cérémonies doivent être partout identiques. En vue
de l'accomplissement de cette loi, deux travaux impor-
tants furent rédigés. Le premier contient l'ensemble
des rubriques à observer, tant pour la célébration des
messes que pour la disposition de l'office; il prévoit et
règle les cas de concurrence et d'occurrence; il indique
aux moines les cérémonies à observer au chœur, selon
le rite des fêtes, etc. (Consuetudines, I" pars, Ecclesias-
tica officia; cf. Nomasticon, 84 sq.). Le second contient
tous les textes liturgiques nécessaires. Nous les trou-
vons dans le ms. type provenant de Cîteaux, écrit
entre 1173 et 1191, et conservé à la bibliothèque de
Dijon, n. 114 (82). On lit en première page le motif
de cette composition, ainsi que la table du contenu.
Avant cette rédaction ne varietur du Liber usuum,
d'autres avaient été réalisées qui sont témoins des tâ-
tonnements du début (cf. Statuta, 1119 : 3); on en pos-
sède encore quelques-unes : le ms. de l'ancienne abbaye
de Matallana, actuellement au monastère de S.- Isidore
de Duenas (Espagne); les mss. lat. 4221 et 4246 de la
Bibl. nat. de Paris; le ms. 31 de la bibl. universitaire
de Ljoubljana (Laybach).
Trilhe, art. Cîteaux, dans D. A. C. L., ni, 1779-1811. —
A. Malet, La liturgie cistercienne, Westmalle, 1921. — J.
Canivez, Le rite cistercien, dans Epliem. liturg., Rome, 1949,
p. 276-311.
La lectio dioinu a repris à Cîteaux toute l'importance
que lui donnait la règle bénédictine, de même que le
travail manuel, ce salutaire contrepoids au travail de
l'esprit. Les lectures saintes occupaient les moines du-
rant deux à cinq heures, selon les saisons, et le travail
des mains durant quatre à sept heures. C'est sur cet
équilibre rationnel et ces exercices pratiqués avec fer-
veur que vint s'épanouir la spiritualité cistercienne.
Elle a ses racines dans la Sainte Écriture, dans les
textes liturgiques et les commentaires des Pères de
l'Église. Il Les écrits de spiritualité cistercienne du
xn« s. doivent être considérés comme les meilleures
productions de l'ascétisme monastique » (Berlière, Les
origines de C, dans Rev. d'hist. eccl., ii, 1901, p. 272).
En tête de la lignée de nos spirituels, S. Bernard, évi-
demment. L'abbé de Clairvaux fit école. Il fut le
maître qu'on désirait imiter en sa doctrine et ses ver-
tus. Comme lui, plusieurs cisterciens commentèrent le
Cantique des cantiques; comme lui, ils s'imprégnèrent
tellement du langage biblique que leurs pensées revê-
taient d'instinct les expressions du texte sacré; comme
lui, ils laissèrent aux générations futures des écrits qui
sont les témoins toujours écoulés de la piété cister-
cienne. Dans cette pléiade, remarquons particu-
lièrement S. Amédée de Lausanne (f 1159; P. L.,
CLxxxviii, 1277; Dict. de spir., i, 469); S. Aelred
de Rievaulx (f 1166; P. L., cxcv, 209; Dict. de spir.,
1, 225); Serlon de Savigny (t 1158; Tissier, Bibl. Pa-
trum cisterc, vi, 108) ; Guilïaume de S.-Thierry (f 1 148 ;
Tissier, op. c(7., IV, 1-237; Dechanet, G. de S.-Thierry,
Bruges, 1942); Thomas Cistercien (P. L., ccvi, 17-
362; Bull, de théol. anc. et méd., 1942, n. 1044-45);
Isaac de l'Étoile (t 1159; P. L., cxiv; Tissier, op. cit.,
VI, 1-107; cf. les travaux de F. Bliemetzrieder, cités
dans Rech. de théol. anc. et méd., 1932, p. 134); Philippe
de l'Aumône (f 1180; P. L., cxc, 1045; ce, 1359; Tis-
sier, op. cit., III, 238; Bibl. de l'Éc. des chartes, lv, 632;
A. Bail., XII, 291); Baudouin de Ford (t 1151 ; Tissier,
op. cit., V, 1-159; D. H. G. E., vi, 1415; Dict. de spir.,
I, 1285); Guerric d'Igny (t 1151; P. L., clxxxv, 9;
Beller, Le Bx Guerric..., Reims, 1890; de Wilde, De
Beato Guerrico, Westmalle, 1935); Arnoul de Bohé-
ries (P. L., clxxxiv, 1175; Tissier, op. cit., vi, 138;
Dict. de spir., i, 894); Gérard de Liège (Wilmart, dans
Rev. d'asc. et de myst., 1931, p. 349; Anal. Reginensia,
Rome, 1933, p. 181-247); Adam de Perseigne (P. L.,
ccxi, 579-780; Dict. de spir., i, 198); Gilbert de Hoy-
land (P. L., clxxxiv, 11-288; D. N. Biogr., vu, 1194);
Odon, 8« abbé de Morimond (f 1161 ; P. L., clxxxvih,
1643).
En outre, nos spirituels sont hommes de beau lan-
gage. Ils font bonne figure dans la renaissance litté-
raire du xii« s. « Tous les représentants de l'école cis-
tercienne qui viennent d'être nommés [Bernard, Guil-
laume de S.-Thierry, Aelred, Gilbert de Hoyland, Isaac
de l'Étoile] écrivent avec soin. Ce sont des stylistes.
Nourris de Cicéron et de S. Augustin, ils ont renoncé à
tout, sauf à l'art de bien écrire. S. Bernard a su se faire
un latin très personnel, fleuri, mais non surchargé, de
citations bibliques, harmonieux et d'une sonorité tout
intime... » (É. Gilson, La théologie mystique de S. Ber-
nard, Paris, 1934, p. 19). On retrouve même chez
lui et chez ses moines des réminiscences d'Ovide,
qui témoignent à leur manière que Cîteaux et Clair-
vaux avaient conscience de vivre dans Vaetas ovidiana,
selon l'appellation de L. Traube (S. Bernard, Episl.,
Lxxiv; Serm. de diversis, xli). Une lettre d'Adam
d'Ebrach est farcie de citations de Sénèque {Rev. Bén.,
1933, p. 324).
Sans doute, parmi les écrivains cisterciens, il en est
qui ont apporté au cloître une formation littéraire déjà
complète; mais tous n'étaient pas dans ce cas. Il fallait
alors utiliser soigneusement les heures destinées aux
lectures. La matière en était habituellement la Sainte
Écriture, la règle, les ouvrages des Pères, la vie des
saints. Destinée d'abord à nourrir l'âme du moine, cette
lecture prolongée devenait facilement, pour les intelli-
gences mieux douées, une véritable étude, synthéti-
sant les connaissances acquises.
Fondateur de Clairvaux, Bernard eut le grand souci
de créer pour sa communauté une bibliothèque abon-
dante et variée. C'est avec persévérance qu'il en pour-
suivit la réalisation durant son long abbatiat de trente-
huit ans. Une vigoureuse impulsion était donnée; aussi,
« à la fin du xii« s., la bibliothèque de Clairvaux se com-
posait, pour le moins, de 340 mss. Nous avons encore
en effet 340 mss. environ du xii« s., portant la marque
de Clairvaux, c.-à-d. 340 mss. copiés à peu près tous à
Clairvaux, dans le style simple et net qui convenait à
l'ordre ». Dom Wilmart, qui présente cette honorable
supputation, avait dit plus haut, en signalant la pré-
sence de 8 volumes d'Origène : « Cette série d'oeuvres
du vieux docteur alexandrin est la meilleure preuve
que l'on entendait former à Clairvaux une vaste biblio-
thèque patrologique, et que le plus large esprit présida
à sa composition. Jusqu'au Périarchon, dont l'abbé de
Clairvaux prit soin de procurer une copie à ses reli-
gieux » (L'ancienne biblioth. de Clairvaux, Troyes, 1917;
cf. Roserot, Dict. hist. Champagne méridion., Langres,
1942, p. 391).
La création d'une bibliothèque devait d'ailleurs en-
trer dans les jjréoccupations de tout abbé fondateur de
monastère. Une lettre, entre autres, de Jean, premier
abbé de Baugerais, nous montre en acte cette sollici-
tude (P. L., ccv, 847). D'autre part, les restes des bi-
bliothèques cisterciennes médiévales parlent bien haut
dans le même sens. Ce sont de glorieux restes; ils enri-
chissent mainte bibliothèque publique actuelle. Celles
de Troyes et de Dijon possèdent bon nombre de mss.
et de livres provenant de Clairvaux et de Cîteaux
(Catal. des mss. des bibl. publiques de France, ii, iii-4°,
"Troyes; v, in-8", Dijon; D'Arbois, Etudes... abbayes
cisterc, Paris, 1858, p. 74-114). Après le fonds de Clair-
vaux, vient en importance celui de Signy, à la forma-
tion duquel avait tant contribué l'activité de Guil-
911
CITEAUX (ORDRE). LE
SIÈCLE DE S. BERNARD
912
laume de S. -Thierry. La bibliothèque de Charleville
(Ardennes) conserve 110 mss. venant de Signy, dont
47 du xii« et 48 du xiii« siècle.
Dès la fin du xn« s., l'abbaye de Chaalis possédait
une bibliothèque considérable (cf. le catalogue, datant
du xii<'-xiii^ s., publié au t. vin, Arsenal, de la coll.
précitée). De l'abbaye de Fontenay, 38 mss. sont con-
servés à la bibliothèque de l'Arsenal; ils ont été écrits
au xii« s., saut trois, et sont d'une exécution remar-
quable (ibid., VIII, 243). Les abbayes des Vaux-de-Cer-
nay et de Cheminon ont encore leurs catalogues du
XII'' s.; le premier se lit dans le ms. 209 de la biblioth.
de l'Arsenal et a été publié en 1886 (Bull, de la Soc.
hist. de Paris, 36-42); le second se lit dans le ms. 70,
fol. 136, de la biblioth. de Vitry-le-François. La Biblio-
thèque de l'École des chartes (l, 1889, p. 571 sq.) a publié
également le catalogue des livres qui se trouvaient à
Haute-Fontaine, non loin de S.-Dizier (Hte-Marne).
Datant du xii'' s., cet écrit se trouvait à la fin d'un re-
cueil en cinq volumes des Moralia de S. Grégoire, ac-
tuellement sous le n. 53 à la biblioth. Ste-Geneviève à
Paris.
La bibliothèque de la ville de Bruges (Belgique) s'est
enrichie des opulentes dépouilles de l'abbaye des Du-
nes, devenue séminaire diocésain depuis 1841. Ce der-
nier a conservé encore environ 175 mss.; 610 autres
constituèrent le premier fonds de la bibliothèque de la
ville (A. De Poorter, Catal. des mss. ...Bruges, Gem-
bloux, 1934; De Bruyne, Un ancien catal. de mss.
Dunes, dans Rev. Bén., 1928, p. 364). On peut égale-
ment parler d'opulence quand on cite la bibliothèque
de l'abbaye de Heilsbronn (Fons salutis), en Bavière,
maison fille d'Ebrach fondée en 1133. Les mss. de la
bibliothèque universitaire d'Erlangen ont été invento-
riés par Hans Fischer; c'est là que nous retrouvons les
éléments composant jadis la bibliothèque de l'antique
abbaye (Katalog der Hss. der Univ. Erlangen, i, ii,
Erlangen, 1928-36). Même cas pour Heinrichau, en Si-
lésie (cf. G. H. Rother, Aus Sclireibstube und Biicherei
des ehemaligen Zisterzienskloster Heinrichau, dans Rev.
d'hist. eccl., 1929, p. 361). Les mss. et incunables de
l'abbaye ont passé à la bibliothèque universitaire de
Breslau. Pour l'abbaye de Rievaulx, en Angleterre, cf.
M. R. James, Descriptive Catalogue of mss. in Jésus
Coll. library, Cambridge, 1895, p. 43-56; Médiéval H-
braries of Great Britain, a list of surviving books, éd.
par N. R. Ker, Londres, 1941 ; F. S. Merryweather,
Bibliomania in tlie Middle Ages, Londres, 1933, p. 184;
L. Gougaud, The remains of ancient Irish monastic li-
braries, dans Essays and sludies, Dublin, 1940, p. 319-
334.
Dans Mittelallerliche Bibliothekskatalogen (1918),
Paul Lehmann a donné le fruit de ses recherches sur
les abbayes cisterciennes de Giinterstal, de Salem, de
S.-Urban et de Wettingen. En 1932, Paul Ruf traitait
le cas de l'abbaye de Kaisheim ou Kaisersheim, en Ba-
vière. Ajoutons à cette liste trop courte la bibliothèque
d'Alcobaça (Portugal), que travailleurs anciens et mo-
dernes vantent à juste titre et dont les collections enri-
chissent actuellement la bibliothèque de Lisbonne (cf.
Fortunatus a D. Bonaventura, Comment, de Alcoba-
censi mss. bibliotlieca libri III, Coïmbre, 1827; C. Erd-
mann, Papsturkunden in Portugal, 1927, p. 119). .\lco-
baça, d'ailleurs, s'est distingué par le nombre considé-
rable d'écrivains formés dans son cloître. Une remar-
que qui n'a pas échappé à dom J. Leclercq, c'est que
« beaucoup d'écrits bénédictins ne nous sont parvenus
que par l'intermédiaire de bibliothèques cisterciennes;
c'est le cas, par ex., pour les ouvrages de Pierre de Celle
et d'Hervé du Bourg-Dieu » (Rech. de théol. anc. et méd.,
1946, p. 42, note).
C'est que les scriptoria de Clairvaux et autres fonc-
tionnaient intensément {Statuta, instituta, 1134,
Lxxxv; 1154, n. 31; Liber usuum, 72, 75). On a retenu
les expressions de joie de Nicolas de Clairvaux entrant
dans sa cellule de copiste, pour reprendre sa besogne
aimée : Domuncula mea . . . mihi tradita ad legendum,
ad scribendum, ad diclandum, ad meditandum, ad oran-
dum et adorandum... {P. L., cxcvi, 1627). Elles se mul-
tiplièrent bien vite, ces cellules, et leur ensemble forma
une annexe du grand cloître, se prolongeant générale-
ment du côté est, dans la direction du chevet de
l'église. De là sortirent non seulement des copies d'ou-
vrages anciens, mais aussi les travaux variés des écri-
vains cisterciens. Ceux-ci ont touché bon nombre de
branches du savoir humain à leur époque.
Les études d'Écriture sainte sont représentées par
S. Étienne Harding, 3« abbé de Cîteaux (f 1134), avec
son Correctoire de la Bible (mss. 12-15 de la bibl. de Di-
jon; A. Lang, Die Bibel Stephan Hardings, dans Cis-
terc.-Chronik, 1939, p. 247; 1940, p. 6 sq.; Inaugural-
Dissertation, Bonn, 1939); un peu plus tard (vers 1150),
par Nicolas IManjacoria, moine de Trois-Fontaines près
Rome. « Cet homme du xii^ s., excité par les travaux du
solitaire de Bethléem, ne craignit pas de se mettre à
l'école des rabbins et d'entreprendre une nouvelle édi-
tion de l'A. T. d'après l'hébreu. Il y a peu d'années que
son œuvre a commencé d'être connue, encore que la ré-
putation de sa science n'ait jamais été tout à fait abo-
lie » (dom Wilmart, N. Manjacoria, cisterc. à Trois-
Fontaines, dans Rev. Bén., 1921, p. 136). .Ses ouvrages
sont : 1. Suffraganeus bibliothecae, sorte d'introduc-
tion critique à la Bible (éd. P. INIartin, Introd. à la cri-
tique génér. de TA. T., i, Paris, 1887, p. cii-cviii; J. Van
den Gheyn a une note sur le ms. 211 (4031-4033) de la
Bibl. royale de Bruxelles, dans Rev. bibl., 1899, p. 289-
95); — 2. Un livre « sur les offices ecclésiastiques », où
se trouvait indiqué notamment la correspondance des
épîtres, des évangiles et des stations liturgiques; — 3.
B. Hieronymi Vita... (P. L., xxii, 183-202), qui se pré-
sente comme anonyme, mais que le P. Alberto Vaccari
a restitué à notre moine, dans Miscellanea Geroni-
miana, Rome, 1920, p. 14-18 : Le antiche Vite di S.
Girolamo (cf. B. H. L., n. 3873); — 4. Libellus de cor-
ruptione psalmorum et aliarum quarumdam scriptura-
rum, qui se lit dans les fol. 144-159 V du ms. 294 de
Montpellier (École de médecine). Ce ms. fut copié à
Clairvaux vers la fin du xii'' s. Le Libellus est anonyme,
mais dom Wilmart propose de l'attribuer à Nicolas,
d'après des indices qui lui paraissent valoir pratique-
ment une certitude.
Faut-il citer ici Joachim de Flore ? Moine calabrais
de Sambucina, puis abbé de Corazzo, très instruit,
mais emporté par une imagination débridée, il se sen-
tait comprimé sous les lois cisterciennes. En 1192, cité
à comparaître par le chapitre général de Cîteaux (Sta-
tuta, 1192 : 41), il eut hâte de fonder une congrégation
nouvelle. Entre temps, il composait ses ouvrages : Ex-
posilio in Apocalypsim (ou Apocalypsis nova); Concor-
dia Novi et Veleris Testamenti; Psatterium decem clior-
darum, et autres. Sans vouloir prendre rang parmi les
prophètes, Joachim s'adjugeait cependant l'art d'in-
terpréter les textes sacrés chargés de sens prophétiques.
C'est encore beaucoup; c'est ce qui fit le succès de ses
écrits. Sous son nom, parurent dans la suite bon nom-
bre d'apocryphes poussant son système aux dernières
limites. Ce fut le joachimisme {D. T. C, viii, 1425, art.
de É. Jordan, avec une bibliographie assez touffue; de-
puis lors [1925], cette littérature a crû notablement;
cf. Bull, de théol. anc. et méd., 1931, n. 573-576; 593,
594; 1946, n. 183; 1947, n. 444, etc.).
Garnier de Rochefort, 9'' abbé de Clairvaux (1186-
93), puis évêque de Langres durant dix ans, retiré en-
suite à Clairvaux (t vers 1216), y rédige un volumineux
répertoire onomastique de la Bible, de Angélus à Zona.
La bibliothèque de Troyes en possède quatre mss. dif-
913
CITEAUX (ORDRE). LE
SIÈCLE DE S. BERNARD
914
féreiits : ii. 32 (xii» s.), 392 (xii"^ s.), 1697 (xiii^ s.), 1704
(xni« s.)- On en trouve trois à la Bibl. nat. de Paris :
mss. lat. 5SS (xii» s.), 589 (xiii" s.), ^09 (xiii« s.)- Cet
ouvrage ne fut pas édité et ne le sera sans doute pas
(cf. Wilmart, op. cit., p. 182, note sur V Angélus de Gar-
nier). De Robert Bridliiigton, on a une Exposilio in
XII prophetas (ms. 25-3 de la Bibl. royale de Bruxelles),
et une compilation de textes patristiques sur les sept,
visions de l'Apocalypse (ms. .56,? de Troyes).
Pierre le Chantre, avant son entrée à l'abbaye de
Longpont (t 1197), avait réalisé des travaux de glos-
sateur sur le N. T.; ils sont restés inédits. Alain de
Lille, le doclor universalis, avant son entrée à Cîteaux
(t 1202) et durant sa carrière professorale à Paris,
avait rédigé son Elucidatio in Cantica et son De sex alis
cherubim (P. L., ccx, qui reproduit l'édition de Ch.
de Visch, prieur des Dunes, 1653).
Le climat cistercien fut fécond en auteurs spirituels.
Nous avons cité les plus notables d'entre eux en par-
lant de la spiritualité de S. Bernard, leur maître (cf.
de Ghellinck, L'essor de la litt. lai. au xii^ s., i,
Bruxelles, 1946, p. 175-90). C'est dans leurs sermons,
principalement, qu'ils ont mis le meilleur de leur âme.
Chez eux, nulle préoccupation, d'ailleurs, de se con-
former au De arle praedicandi d'Alain de Lille (premier
traité en la matière, P. L., ccx, 111), pas plus que chez
ceux de ses disciples qui ont laissé une (Euvre oratoire
pleine de chaleur et d'onction, comme Aelred de Rie-
vaulx, Geoffroi d'Auxerre, etc., et plus tard Hélinand
de Froidmont.
En dehors de ce groupe, les sermons latins de l'épo-
que, coulés dans le moule conventionnel, deviennent
un exposé monotone de la doctrine, dépourvu de dyna-
misme conquérant. Cependant on prêche beaucoup au
Moyen Age; les cloîtres cisterciens entendent aussi
beaucoup de sermons. Au nombre des fêtes liturgiques,
il en est une série dénommées fêtes de sermon, car en
ces jours un sermon se donnait dans la salle capitu-
laire. Seuls les moines trouvaient place dans cette salle
de dimensions relativement exiguës; les convers se te-
naient dehors, dans le cloître. Ils entendaient la prédi-
cation, car on gardait ouvertes la porte du chapitre et
les deux fenêtres qui la flanquaient. Détail architec-
tonique qu'expliquent la liturgie et les usages monas-
tiques. L'œuvre oratoire des abbés fut considérable.
Bon nombre de leurs sermons se trouvent édités dans
les patrologies; bon nombre aussi sont encore manus-
crits.
Remarquons en outre que quelques abbés ont éla-
boré des travaux d'allure plus particulièrement dog-
matique, tels les traités de S. Bernard : De gralia et
libero arbilrio; Contra capitula errorum...; De baptismo
(Epist., Lxxxvii); le De sacramento altaris de Bau-
douin de Ford (P. L., cciv, 571). Le De ofjicio missae
d'isaac de l'Étoile est surtout allégorique. Ce même
auteur a laissé un De anima (P. L., cxciv, 1875-90)
où, en fin psychologue, il analyse l'âme et ses facultés.
Aelred fera de même dans son De natura animae laissé
inachevé. C'était en effet un problème qui préoccupait
volontiers les philosophes de l'époque.
Le genre épistolaire fut largement cultivé par les cis-
terciens. Dans ce qui nous reste de leur correspondance,
historiens, théologiens du dogme, de la morale, de l'as-
cétisme, liturgistes puisent des renseignements de tout
premier ordre pour leurs travaux. Les lettres de S. Ber-
nard, par ex., fournissent une contribution précieuse à
l'histoire religieuse et civile du xii^ s., à la spiritualité,
au gouvernement de l'ordre de Cîteaux, etc. Les lettres
de Nicolas de Clairvaux sont également une source im-
portante (57 lettres; P. L., cxcvi, 1593). Celles d'Adam
de Perseigne sont surtout des lettres de direction spiri-
tuelle, dont plusieurs revêtent l'ampleur de véritables
traités (35 lettres; P. L., ccxi, 583-694). Citons encore
Henri de Marcy, abbé de Clairvaux, puis cardinal-
évêque d'Albano (32 lettres; P. L., cciv, 215-51); Phi-
lippe de l'Aumône, avec ses 40 lettres intéressantes
(Tissier, op. cit., m, 238; Rec. des hist. des Gaules, xvi,
128, 179, 195, 196, 311; ms. 444 de Troyes); Isaac de
l'Étoile; Gilbert de Hoyland; Jean deBaugerais (P. L.,
ccv, 827); Gérard, abbé de Barbeaux (Martène, Thé-
saurus, 1, 773); Baudouin de Ford; Étienne Harding;
Fastrède; Hugues, cardinal-évêque d'Ostie. N'ou-
blions pas la charmante lettre de Pierre de Roya, no-
vice à Clairvaux, ni les consultations adressées à Ste
Hildegarde. 11 lui en vint d'Ebrach, d'Eberbach, de S.-
Anastase, de Kaisheim, de Neubourg, de Villers-en-
Brabant, de Maulbronn, de Salem, de Zwettl, des abbés
de Bellevaux, de Cherlieu, de Clairefontaine, de la Cha-
rité, de Bitaine (P. L., cxcvii, 190, 194, 196, 197, 200,
259, 283, 285, 290, 292, 357, 359). Ajoutons les regrets
souvent entendus au sujet de la correspondance de S.
Aelred, presque totalement perdue. Même regret pour
les écrits philosophiques et les lettres d'Othon de Frei-
sing. De ce dernier, on possède surtout des travaux
historiques.
En histoire, Othon est le premier qu'il faut citer. Fils
du duc S. Léopold d'Autriche, frère utérin de Con-
rad III, le jeune Othon étudiait à Paris, quand, au cours
d'un voyage en Allemagne, il entra à l'abbaye de Mori-
mond. Devenu moine, il retourna à Paris achever ses
études commencées. Plus tard, il devint abbé de Mori-
mond (1136), puis évêque de Freising (1138); il mourut
à quarante-cinq ans, en 1158. « Il est le premier, dé-
clare F. X. Kraus, qui écrivit avec méthode l'histoire
de son temps, dans un ouvrage dont S. Augustin a ins-
piré le plan comme le titre : Chronica sive historia de
duabus civitalibus » (Tissier, op. cit., viii; Hofmeister,
dans M. G. H., S. R. G. in usum schol., 1912). A cet
ouvrage capital, Othon ajouta les Gesta Frederici; il
eut pour continuateurs un prêtre de Freising, Radewin,
et plus tard Othon de S. -Biaise (sur la personne et les
écrits d'Othon, voir F. Fellner, The « Two ciliés » of
Otto of Freising and ils influence on the catholic philoso-
phy of history, New- York, 1936; P. Brezzi et A. Passe-
rin d'Entreves, dans Bull. Isl. stor. ilal., liv, 129-328,
et Riv. intern. fllos. dir., xx, 360; dom Cassien Haid,
dans Cisterc.-Chronik, 1932-33).
Hélinand de Froidmont rédige, vers 1194, une his-
toire universelle en 49 livres; c'est une compilation
d'extraits empruntés à des ouvrages antérieurs, aux-
quels il ajoute ses propres données (Tissier, op. cil., vu,
72-205; P. L., ccxii, 771-1082). Gunther, moine de Pai-
ris en Alsace, auteur du traité De oralione, jejunio et
eleemosina (P. L., ccxii, 97-221), écrit aussi une His-
toria caplae a lalinis Constanlinopoleos, document pré-
cieux pour l'histoire de la IV'' croisade, solidement
appuyé sur des récits de Martin, abbé de Pairis, témoin
oculaire des faits (ibid., 222-56). Le poème intitulé
Ligurinus sive de rébus gestis Frederici Aenobarbi,
qu'on imprimera dès 1507, semble bien pouvoir être
attribué à Gunther {ibid., 256-476; éd. Riant, 1877).
Certains critiques font difTiculté de le reconnaître
comme auteur du Solymarius, histoire versifiée de la
première croisade. Wattenbach en a édité quelques
extraits (Arch. de l'Orient lat., i, 551 sq.).
En Angleterre, Raoul (Radulphus, Ralph) de Cog-
geshall, près Norwich, compose son Chronicnn angli-
canum (1066-1216). Le Libellas de expugnalione Terrae
sanctae per Saladinum, édité à la suite du précédent par
J. Stevenson, en 1875, a rencontré plusieurs objections
relatives à son attribution au moine Raoul. Dom Mo-
rin, qui nie la valeur de ces objections, a restitué de
plus, à cet écrivain, les Distinctiones monasticae (bibl.
Mazarine, Paris, ms. 3475), qui avaient stimulé la cu-
riosité de plusieurs savants : dom Pitra, Paul Lehmann
et dom Morin lui-même (Rev. Bén., 1935, p. 348).
915 CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD !)16
En llGl, dans le Danemark, au dioc. de Roskilde,
l'évêque Absalon confiait aux cisterciens le monastère
de Soroe. Il leur marquait comme but : Ut in eo viri
erudilione praesiantes alerentur, qui regni annales resque
poslerorum memoria dignas chartis quotannis manda-
rent (cf. D. H. G. E., i,'200).
Quelques chroniques d'abbayes furent élaborées par
des moines écrivains, telle, par ex., celle de Signy (Bibl.
nat. de Paris, nouv. acq. lat., 58-j), que L. Delisle édita
en 1894 (Bibl. de l'Éc. des chartes, lv, 644). A Silvanès,
Hugues de F'rancigena prit soin de narrer la conversion
de Pons de Léras et la fondation de Silvanès due aux
générosités du converti (ms. 611 de Dijon, éd. par Ba-
luze, Miscell., m, 206, et par Verlaguet, Cartul. de Sil-
vanès, Rodez, 1910, p. 371). A Clairvaux, plusieurs
ciironiques de genres différents furent rédigées. Les
quatre premiers livres de V Exordium magnum y furent
composés par Conrad d'Eberbach (P. L., clxxxv, 993-
1198). Le Chronicon Clarevallense embrasse les années
1147-92 {ibid., 1247-52); les trois livres De miraculis de
Herbert, ancien abbé de Mores et futur évêque de Tor-
rès (aujourd'hui Sassari), en Sardaigne (ibid., 1271-
1382), peuvent rentrer dans la même catégorie.
Viilers-en-Brabant eut ses chroniqueurs et ses hagio-
graphes, dont les travaux, qui ne sont plus connus que
par des copies, créent un véritable problème pour
l'historien (cf. de Moreau, L'abbaye de Villers...
Bruxelles, 1909). Le Dialogus inter cluniacensem et cis-
terciensem, écrit entre 1153 et 1165, par un moine qui
avait quitté Cluny pour l'observance cistercienne, con-
tient nombre de détails de nature à expliquer et légi-
timer les us monastiques des uns et des autres (Mar-
tène, Thésaurus, v, 1569 sq.).
Les hagiographes cisterciens trouvaient autour d'eux
ample matière à leurs travaux. A la demande des com-
munautés cisterciennes d'Irlande, S. Bernard consentit
à se faire le biographe de son ami, S. Malachie, arche-
vêque d'Armagh, légat en Irlande. L'abbé Congan
d'Inislounagh se chargea de transmettre à Clairvaux la
documentation requise, et Bernard écrivit la Vita Ma-
lachiae, œuvre parfaite au point de vue littéraire, qui
emporta l'admiration de Giraud le Cambrien lui-même
(P. L., CLXXXii, 1073-1118). Aelred de Rievaulx, qui
avait fait œuvre d'historien dans le De bello standardi
et la Genealogia regum Anglorum, a laissé aussi quel-
ques ouvrages hagiographiques : Vita S. Ednardi; De
sandimoniali de Wattun; De sanclis Ecclesiae Hagul-
stadensis (P. L., cxcv, 209-790). Sa biographie fut
écrite par Walter Daniel, qui nous assure avoir vécu
dix-sept ans sous le gouvernement d'Aelred. Son ms.
est actuellement à la bibliothèque de Jésus Collège, à
Oxford (Q. B. 7; cf. F. M. Powicke, Ailred of Rievaulx
and his biographer Walter Daniel, Manchester, 1921-
22). Roger, moine de Pontigny, demeure l'auteur sup-
posé d'une Vita Thomae Cantuariensis (P. L., cxc, 55);
il parle en témoin oculaire. Hugues de Francigena, cité
plus haut comme biographe de Pons de Léras, était
contemporain de son héros. Un moine anonyme de Si-
gny écrivit la Vie de Guillaume de S. -Thierry (Bibl.
nat. de Paris, ms. lat. 11782; quoique fragmentaire, ce
ms. fut édité par le P. Poncelet, dans les Mélanges
G. Kurth, I, Liège, 1908, p. 86). Dans cette même
abbaye de Signy, il se trouva plusieurs biographes dont
les travaux ont enrichi la collection des bollandistes
(cf. Calai, des mss. Bibliolh. royale, v, Bruxelles, p. 491,
524, 562, 609, etc.). L'abbé de l'Aumône, Reynold,
envoya à l'abbé de Cîteaux le récit de la vie sainte du
moine Christian (A. Boll., lu, 1934, p. 5, texte du
Clm 14682 publié). Un moine anonyme des Echarlis
écrivit, après 1180, la Vie de Ste Alpais, née à Cudot
(Yonne), non loin de l'abbaye précitée. Deux mss.
sont connus, qu'ont utilisés les biographes de la sainte :
le 84(131 ) de Chartres, le 328 de la Bibl. nat. de Rome,
provenant du monastère cistercien de Ste-Croix (A. S.,
nov., II, 167; Bibl. de l'Éc. des chartes, xlvi, 1885,
p. 507; Z). H. G. E., u, 673).
Ce qui semble moins en faveur à Cîteaux, c'est la
poésie. On cite dans ce sens un texte d'Aelred (P. L.,
cxcv, 573), puis un statut capitulaire de 1199 punis-
sant certains auteurs de rylhmi. Mais ces compositions
proscrites étaient de celles que condamnaient déjà les
lois de la charité et du respect des personnes; pointes
acérées, satires méchantes. Les Prémontrés avaient
également condamné dans leurs statuts ce mauvais
genre littéraire (dist. III, c. vi). Autre chose était la
grande et belle poésie. On le vit bien quand parurent
Les vers de la mort d'Hélinand, le trouvère de famille
noble, devenu moine à Froidmont vers 1194. « Beaux
vers, dit E. Faral, et qui peuvent être mis en parallèle
avec ce qui fut jamais écrit de plus beau sur la mort •
(Hist. littér. fr., éd. Bédier-Hazard, i, Paris, 1923, p. 66;
éd. F. Wulfî et E. Walberg, Paris, 1905; J. Coppin.
avec trad. en français moderne, Paris, 1930).
Même cas pour Les vers de Thibaud de Marly, poème
didactique du xii^ s., publié intégralement pour la pre-
mière fois par Herbert King Stone, Paris, 1932. Ce
moine poète de l'abbaye de N.-D.-du-Val, près Paris,
figure parmi les ascendants du Bx Thibaud de Marly,
abbé des Vaux-de-Cernay (f 1247). Le cas d'Hélinand
appelle au moins la citation d'autres troubadours deve-
nus, comme lui, cisterciens à la même époque, en
l'abbaye de Dalon : Bernard de Ventadour, protégé de
la reine de France, Éléonore d'Aquitaine, petite- fille
elle-même de Guillaume I" le Troubadour (D. H. G. E.,
VIII, 765); Bertrand de Born (ibid., 1044) et surtout
Foulques ou Folquet de Marseille. Ce dernier, entré à
Grandselve en 1196, devint abbé de Thoronet, puis de
Grandselve, pour être évêque de Toulouse en 1205 (Le
troubadour Folquet de Marseille, éd. critique par Sta-
nislaw Stronski, Cracovie, 1910).
Au nombre des poètes et versificateurs de l'époque,
il faut citer encore le nom d'Alain de Lille, avec son A;i-
ticlaudianus (P. L., ccx, 482); de Serlon de Fountains
abbey, dans le Yorkshire, avec son De bello inter regem
Scotiae et barones Angliae, comportant une soixantaine
de vers rimés (éd. Twysden, Hist. Anglic. script., i,
Londres, 1652, p. 331). Ch. de Visch le nomme Jean
Serlon et cite la série de ses ouvrages (Bibl. script, cist.,
1656, p. 230). Le ms. nouv. acq. lat. 217, de la Bibl. nat.
de Paris, contient aussi des Versus magistri Serlonis;
l'auteur y fait notamment l'éloge de la vie monas-
tique. L'abbaye anglaise de Fountains créa une filiale
en Norvège, Lyse Kloster, en 1146; elle y envoya le
moine Ranulf comme premier abbé. Celui-ci, malgré
les travaux d'une fondation nouvelle, sut composer en
vieux norvégien un poème mystique, le fameux Draum-
kvroedel, bien connu en ces régions.
Serlon de Wilton, Anglais devenu abbé de l'Aumône
en 1171, se distingua dans la poésie rythmique; de
Visch reproduit, dans son Auclarium, des Versus de
contemplu mundi (cf. autres compositions dans Th.
Wright, Anglo-latin. ...Chron. memor., lix, 232-58). Un
ms., passé à Charleville sous le n. 222, contient une sé-
quence en l'honneur de S. Thomas Becket, que com-
posa, dit le texte, domnus Philippus, Leodiensis quon-
dam archidiaconus, poslca prior Clarevallis, deinde
abbas Elemosinaris. Le Carmen de laude Clarevallis
et de religiosa ibidem disciplina, du moine Richard
de Grandselve (c. 1160), parut pour la première fois à
la suite des œuvres de S. Bernard, en 1536 (cf. ms. 205
d'Auxerre). Ytier de Waschey composa, en 336 vers,
un Carmen pia monita monachis praebens (ms. 215 de
Troyes). Citons aussi Jean de Haute-Seille, dont le
Dolopathos fut édité en 1873 i)ar Oesterley.
Enfin le Jésus dulcis memoria, longtemps attribué à
S. Bernard, est en réalité sorti d'un cloître cistercien
!»i7 CITEAUX (ORDREj. LE SIÈCLE DE S. BERNARD 'J18
d'Angleterre, vers la fin du xii" s. (Wilmart, Le Jubilus
sur le nom de Jésus, Rome, 1943; le P. de Ghellinck a
signalé 70 traductions allemandes du Jésus dulcis, op.
cit., II, 288).
Au terme de cette rapide chevauchée à travers l'his-
toire littéraire de Cîteaux au xii« s., nous rejoignons
dom Wilmart qui, après avoir inventorié la biblio-
thèque de Clairvaux, dénonce la légende d'un Cîteaux
dépourvu d'intellectualité. Légende, puisqu'on son pre-
mier siècle Cîteaux fournit les noms d'une centaine
d'écrivains, en tête desquels figure un docteur de
l'Église. Mais la légende a la vie dure; en 1929, un his-
torien écrivait encore qu' « à Cîteaux tout travail in-
tellectuel était banni » (La chrétienté médiévale, Paris,
1929, p. 372).
Aucun texte législatif ne permet de voir chez les fon-
dateurs ou premiers Pères une attitude hostile au tra-
vail intellectuel. Ce qu'ils excluent positivement de
leurs cloîtres, ce sont des écoles tenues par les moines
pour instruire les enfants du dehors. Mais l'étude est
prévue pour les novices et les jeunes moines (Instituta,
1134 : Lxxxviii). Le résultat de ce régime, nous venons
de l'entrevoir. G. Schreiber, étudiant l'attitude des pre-
miers prémontrés et cisterciens vis-à-vis du travail
intellectuel, conclut que les fondateurs de ces deux or-
dres ont laissé largement ouvertes à leurs descendants
les portes de la science (Anal. Praemonstr., 1940,
p. 41 sq.).
N. Antonio, Bibl. Hispaii. nova, iiettis, Madrid, 1788. —
Barbosa, Bibl. Lusilana, Lisbonne, 1759. — Br. Griesser,
Der rhytmische Salzschliiss bei den Cisterciensern, Bregenz,
1919. — Henriquez, Phoeni.x rei)ivi.<scen.i, sive ord. cisterc.
script. Angliae et Hispaniae, Bruxelles, 1626. — .1. Leclercq,
Le genre épistolaire au M. A., dans Reo. du M. A. latin,
1946, p. 63. — Manitius, Gesch. der lat. Lit. des Mittelallers,
Munich, 1911-31. — R. Muùiz, Bibliot. cisterc. espafiola,
Burgos, 1793. — ■ Paré-Brunet, La renaissance du XII' s.,
Paris, 1933. — .1. Pitseus, Relat. hist. de rébus Angliae,
Paris, 1614, p. 971 : Index Ht. script, cisterc. — Stevens, The
tiist. of Ihe anciens abbeys..., ii, 1723, p. 31. — K. Strecker,
Zur latein. Lit. des XI. und XII. Jahrh., dans Hist. Viertel-
jahrsclir., xxvii, 1932. — Ch. de Visch, Bibl. script, ord.
cisterc. Douai, 1649; Cologne, 1656; Auctarium, Bregenz,
1927. — Bruges, bibl. du grand séminaire, ms. Varia curiosa,
III, 120-60 : Collecta quaedam de scriploribus. — Les mss.
25.52, 'J5S1 de Troyes et S17 de Douai ne donnent que peu de
renseignements inédits.
VL Domaine temporel. Convers. Architecture.
— Si exclusivement surnaturel que puisse être le but
poursuivi par des moines, ceux-ci ne sont pas pour au-
tant dispensés des nécessités temporelles. Au xii^ s.,
« se créer un domaine aussi vaste, aussi compact que
possible, était de première nécessité pour une abbaye.
Car la terre constituait alors l'unique source de ri-
chesse » (de Moreau, Villers-ei^-Brabant, Bruxelles,
1909, p. 18).
Les premiers législateurs de Cîteaux avaient cepen-
dant porté des décrets restrictifs en cette matière. En
conformité avec la règle bénédictine et pour remettre
en honneur le travail manuel, celui-ci est imposé à
tous les membres de l'ordre comme seul moyen légi-
time de pourvoir à leur vie temporelle. Les moines
pourront donc acquérir ad proprios usus, aquas, silvas,
uineas, prata, terras. Mais on exclut nommément la
possession d'églises paroissiales, d'autels, de sépul-
tures, d'exploitations aux mains de serfs attachés à la
glèbe, de rentes foncières et de revenus de moulins;
enfin le droit de percevoir les dîmes, décimas alieni
laboris, dont le cluniste cité par Martène disait : nullas
possessiones libentius habemus quam décimas (Thes., v,
!594). Cette législation, élaborée déjà au début de Cî-
teaux par S. Aubri (Exordium, c. xv), est promulguée à
nouveau en 1134 dans les Instituta: c. v, Unde mona-
chis debeat provenire victus; c. ix, Quod redditus non
habeamus.
Dans de telles conditions, la création d'une abbaye
comportait, particulièrement à ses débuts, une période
de travail intense, d'autant plus que le terrain concédé
par les donateurs, rois, princes, comtes ou chevaliers,
était rarement de qualité, les parties cultivables étant
déjà occupées. Beaupré, en Lorraine, s'élève sur une
squalentem eremi solitudinem; Grâce-Dieu de Besançon
n'était, avant l'arrivée des moines, qu'un lieu de ronces
et d'épines; à Tamié, les nobles fondateurs n'avaient
cédé qu'un désert inculte. Benifaza en Espagne s'élève
sur un sol jusque-là pauvre et délaissé. A Bonnevaux
de Vienne, les cisterciens, à leur arrivée, trouvent des
landes desséchées, plus loin des marais putrides dans
une épaisse forêt. Les titres de fondation de Cercamp ne
parlent que de terres en friche; Eaunes (Elnae) reçoit
à ses origines de vastes étendues boisées sur les bords
du Durpont; Feniers, patronné par les comtes d'Au-
vergne, est fondé en un lieu désert. Dans le bassin du
Danube, des forêts entières furent concédées pour la
création des abbayes qui s'appelèrent Waldsassen, Rai-
tenhaslach, Alderspach, Fiirstenfeld. En Angleterre,
l'enquête menée par l'historien dans ce sens conclut :
The earlier cislercian houses in England, such as Foun-
tains, ivere founded in desolate spots (R. Graham,
p. 261).
Mais le travail obstiné des moines transforma ces
solitudes, les rendit fécondes, bienfaisantes. Le sinistre
"Val d'Absinthe devint la Claire "Vallée, Clara vallis; on
eut aussi Clarus locus, Clarus campus, duras Ions, Mira
vallis, Bellus locus, Bellus mons, Bella aqua, Bella landu,
Jucunda vallis. Bonus locus. Bonus fons, Bona vallis,
etc. (cf. J. Laurent, Les noms des moiutsl. cisterc...,
Dijon, 1928; A. Dimier, Les beaux noms des monast.
cisterc. de France, Lyon, 1944).
De Langonnet, le récent historien a pu dire : les
moines blancs arrivant ici « trouvèrent un désert. Ils
en firent une oasis, ou plutôt une cité » (A. David, Lan-
gonnet, Paris, 1936, p. 15). Et ainsi partout. On admire
avec raison les emplacements choisis : Vaux-de-Cernay,
Ulmet, Flaran, Senanque, Lescale-Dieu, Valcroissant;
en Angleterre, Rievaulx, Fountains, Furness, Melrose,
Tintern. Ne commet-on pas là, cependant, une erreur
d'optique ? Est-ce bien le site primitif qui nous ravit ?
C'est plutôt le site modifié, transformé par le travail
monastique, tel qu'il s'offre aujourd'hui encore à nos
yeux.
Cette incroyable plus-value donnée à des terres, ja-
dis de nul rapport, occasionna, chez certains descen-
dants des premiers donateurs, la tentation de re-
prendre les libéralités de leurs ancêtres. On le vit à Bou-
lancourt; on le vit à Aunay, vers 1263; on le vit aussi à
Fontfroide, où la lutte se prolongea jusque dans le
xiv« s. A l'opposé de ce geste, nous voyons des fonda-
teurs ou bienfaiteurs se faire moines. Bloemkamp fut
fondé par trois frères Wommels : Tétrard, Herdrad et
Sibold. En 1191, ils font don de leurs biens à l'abbaye
de Claircamp et entrent au noviciat. Un an après, ils
émettent leur profession religieuse et sont envoyés fon-
der Bloemkamp. Tétrard devint abbé, Herdrad prieur,
Sibold demeura frère convers. Le prince Gunnar, roi
ou juge de Torrès en Sardaigne, après avoir fondé dans
ses domaines l'abbaye Cabuabbas (Caput aquae ) vint
à Clairvaux et vécut encore un quart de siècle sous le
froc blanc. A Aunay, Guillaume de Hommet, qui com-
mandait toute la province de Normandie, termina ses
jours sous l'habit monastique, imitant en cela son
propre père. A Ourscamp, les familles nobles donnè-
rent non seulement leurs biens, mais aussi leurs fils;
Valeran de Baudemont fut le premier abbé et son suc-
cesseur Hervé était issu de la famille royale.
Outre des concessions territoriales, les abbayes nais-
santes reçoivent aussi des donations de droits et des li-
bérations d'impôts. Louis VII concède à l'abbaye de
919
CITEAUX (ORDRE). LE
SIÈCLE DE S. BERNARD
920
Barbeaux des droits de pêche dans les eaux de la
Seine; de même Preuilly, en 1154. Concession iden-
tique à la Cour-Dieu, sur les viviers de Nibelle, près
d'Orléans. En 1164, le roi abandonne aux moines
d'Ourscamp ses droits sur la chasse dite Fugatio fera-
rum, dans la forêt de S.-Wandrille (Cart. d'Ourscamp,
I, 140). Un droit d'usage est concédé à l'abbaye des
Echarlis sur toute la forêt d'Othe, en 1131. Pontigny
obtient le même avantage en 1139. En 1171, Cîteaux
est exempté de tout droit de péage dans le royaume
(Arch. de Cîteaux, H. 167, fol. 97).
Au moment mar([ué pour la fondation d'une abbaye
nouvelle, un groupe de douze moines, avec un abbé à
leur tête, se détache de la maison mère (Instituta,
1134 : XII); c'est la cellule initiale, indispensable pour
célébrer les divins offîces dans une autre église, le mo-
nastère étant avant tout une église, selon l'expression
de la Charte de charité. Aussi les moines fondateurs ne
pouvaient-ils partir que munis de tous les livres litur-
giques nécessaires.
A ces treize choristes on joint un groupe de convers,
selon les possibilités de la maison mère et les besoins
de la maison fille. Villers-en-Brabant vit venir de
Clairvaux, en 1147, cinq convers avec l'abbé et les
moines fondateurs. On construisit en hâte un oratoire
et quelques masures pour s'abriter. Moins d'un siècle
plus tard, un couvent magnifique se dressait sur les
bords de la Thyle. Cent moines et trois cents convers
l'habitaient (de Moreau, op. cit., 17).
Évidemment, les dilhcultés matérielles étaient moin-
dres là où d'abondantes donations suivaient de près
l'arrivée des moines. Ce fut le cas de l'abbaye de l'Au-
mône, nommée d'abord Petit-Cîteaux, mais l'abon-
dance des aumônes qui lui furent faites amena le chan-
gement de vocable.
De même encore, quand il s'agissait d'incorporer
une abbaye déjà existante. Des questions juridiques se
posaient ici : cette affîliation ne blesse-t-elle aucun
droit possédé par des tiers, l'évêque du lieu, les fidèles
de la contrée, ou autres personnages ? Les bâtiments
sont-ils bien adaptés à la pratique des règles cister-
ciennes ? La situation économique repose-t-elle sur
des bases solides ? Plus d'une fois, des abbayes en dé-
tresse désirèrent fusionner avec Cîteaux, pour bénéfi-
cier de la vie jeune et intense qui circulait ici.
Un autre moyen d'arrondir le domaine était de faire
des acquisitions à titre onéreux. C'était légitime et ce
fut souvent une nécessité pour les supérieurs qui
voyaient grandir avec rapidité le nombre de leurs su-
jets. La peur de manquer, la crainte des crises écono-
miques, l'obligation de secourir les pauvres et d'héber-
ger les pèlerins, toutes circonstances qui expliquent,
sans les excuser pleinement, les excès où tombèrent
nombre d'abbés. Et d'abord, les lois rigides du début,
rappelées plus haut, cédèrent à une inévitable poussée.
La position première prise par Cîteaux était en effet
tellement à rencontre de l'organisation économique
régnant partout alors, que ce fut bientôt intenable. On
avait été trop radical.
En 11.52, Eugène III invite lui-même le chapitre de
Cîteaux à user d'indulgence à l'endroit de l'abbaye des
SS.-Vincent-et-Anastase, en lui permettant de conser-
ver certaines propriétés qu'excluaient les lois rigides
de l'ordre (cf. texte de la lettre pontificale dans Statuta,
I, 43). En 1157, l'évêque de Langres, Godefroid de la
Roche, cousin de S. Bernard et ci-devant prieur à Clair-
vaux, donne une église et ses, revenus à l'abbaye de
Quincy, qui l'accepte sans protestation (ms. 40 de Ton-
nerre). La brèche est ouverte. Pour le xn'= s., une série
d'infractions de ce genre peuvent se lire dans les car-
tulaires d'abbayes; citons Silvanès, Orval, Ville-
longue. En 1196, on constate que Clairvaux possède
l'église de Bologne (Hte-Marne); en 1231, elle possé-
dera trois villages entiers avec leurs habitants, et ainsi
de suite (cf. D'Arbois, Études... abbayes cist., Paris,
1858, p. 295). D'ailleurs, même en s'en tenant aux ac-
quisitions d'immeubles permises, il reste possible de
dépasser toute mesure. La passion d'acquérir, dûment
constatée chez bon nombre d'abbés, inquiéta le cha-
pitre général, qui s'empressa de légiférer. L'important
statut De non acquirendo, rédigé une première fois en
1180, reparaît en 1190, 1191, 1205, 1206, 1229, 1230,
1239, 1240, 1242. On a beau lui infuser des énergies
nouvelles, il fléchit en 1248 et finit par succomber; om-
nino expirât, dit le statut de 1249. L'assemblée capi-
tulaire, en tant que telle, légifère dans le sens de l'in-
térêt général de l'ordre; mais, dans la pratique, chaque
abbé poursuit aussi son avantage particulier. Cîteaux
et Clairvaux donnent l'exemple.
Le statut De non aediftcando eut un sort identique
(Statuta, 1188 : 10; 1190 : 1 ; 1191 : 90; 1192 : 4). Les
grandia et sumptuosa aedificia, sévèrement interdits,
continuent de s'élever. Certaines abbayes en arrivent
ainsi à étouffer sous le poids des dettes (ibid., 1175 : 5),
comme les Sellières en 1190. Dans un sermon demeuré
célèbre, Étienne de Tournai a flagellé les vices du
clergé régulier. Contre les moines blancs, il met ces
paroles sur les lèvres du tentateur : « Les cisterciens
ont horreur de tout ce qui est impur; mais nous essaie-
rons de les entamer par l'avarice... » (Paris, Bibl. nal.,
nis. lat. 14592).
Un nouveau statut est élaboré à Cîteaux en 1 182 et
complété dans la suite par de multiples sanctions :
toute abbaye, dont le passif atteint 50 marcs ou 100 li-
vres provins, doit s'abstenir de tout achat et de toute
construction. Pour sortir d'une situation obérée, on
propose la dispersion du couvent en d'autres maisons
de l'ordre {Statuta, 1189 : 18; 1196 : 56), la vente de
biens meubles et même d'immeubles (ibid., 1184 : 13;
1204 : 37), ou la suppression de l'abbaye.
Entre temps, toute réception de novice, moine ou
convers, est interdite (ibid., 1196 : 56); l'abbé subit
une peine qui peut aller jusqu'à la déposition (ibid.,
1199 : 23; 1278 : 25); s'il veut se décharger de l'abba-
tiat, on l'astreint d'abord à acquitter les dettes (ibid.,
1260 : 21). Si l'abbé endetté et ses officiers montrent
peu d'empressement à sortir de leur situation, le cha-
pitre général dispose des censures ecclésiastiques, ex-
communication et interdit, et inflige des pénitences
qui soient une leçon profitable pour les autres (ibid.,
1182 : 9; 1268 : 54). Il est d'ailleurs bien entendu que,
les monastères étant tous sui iuris, chacun n'est res-
ponsable que de lui-même; on ne peut donc, en stricte
justice, obliger les monastères voisins, ni ceux de la
même filiation, à acquitter des dettes auxquelles ils
sont complètement étrangers (ibid., 1203 : 30). Les
échos des statuts capitulaires laissent entendre que les
détresses financières sont assez fréquentes au xiii^ s. :
multae domus in ordine in multis terris et speciatiter in
régna Franciae multis debitis sunt oppresssae (ibid.,
1227 : 6).
Les décrets restrictifs élaborés en chapitre général
et cités ci-dessus peuvent être considérés comme une
réponse aux suggestions du pape Alexandre III. Ému
des plaintes que lui adressaient nombre d'évêques, et
spécialement Richard, primat d'Angleterre, le pape,
qui aimait sincèrement les cisterciens, ne voulut rien
amputer de leurs privilèges. Il fit appel à leur sens
religieux pour qu'ils s'interdissent tout achat et retenue
de dîmes causant scandale ou mauvaise édification
(lettres d'Alexandre III, dans P. L., ce, 1004, 1329;
Decr., 1. ni, tit. xxxv, c. 3; lettre de Richard, dans
Manrique, Ann. cisterc, ni, 76 et P. L., ccvii, 252; les
décrets du concile de Latran en 1179, dans Mansi, xxii,
236, pars XI II : De religiosis viris décimas ex privilégia
non praestantibus et de privilégia abutentibus).
921
CITEAUX (ORDRE). LE
SIÈCLE DE S. BERNARD
922
La plus étonnante et peut-être la plus abusive des
acquisitions cisterciennes fut le droit de percevoir les
dîmes. Dispensés jadis (1132) de l'obligation commune
de payer cet impôt, parce qu'ils cultivaient eux-mêmes
leurs terres dans la pauvreté du début, voici qu'avant
la fm du xn« s. tels monastères deviennent eux-mêmes
décimateurs. Vers 1170, Bois-Groland lève la dîme sur
les terres, salines et autres biens d'abbayes voisines et
de seigneurs (P. Viard, op. infra cit.). L'abbaye de Col-
baz, en Poméranie, diocèse de Cammin, fut fondée en
févr. 1175. Dix ans après, l'évêque diocésain, Conrad,
lui transfère le droit de toucher les dîmes de quelques
villae voisines (Ann. Colbazienses, dans M. G. H., SS.,
XIX, 715). Boulancourt en possédait depuis 1120; elle
les conserva en passant à Cîteaux en 1150. Les exem-
ples se multiplient ensuite; finalement, en 1230, après
de longues discussions, le chapitre général sanctionne de
son autorité ce genre d'acquisitions (Statuta, 1230 : 3).
P. Gagnol, La dîme ecclésiastique en France, Paris, 1911.
— J.-B. Mahn, L'ordre de C. et son gouvernement, Paris,
1945, 11' part., 3, Les cisterc. et la dime. — C. Meyer, Die
Kloslergriindung in Bayern und ihre Quellen..., Weimar,
1931. — G. Schreiber, Kurie und Kloster im XII. Jahrh.,
Stuttgart, 1910; Studien zur Exempt, der Cisterc... Synode
Dom 1184, dans Zeitschr. der Savigny-Slift., Kan. Abt. xxxv,
1914. — P. Viard, Hist. de la dîme eccl. en France...,
XII' et XIII' s., Paris, 1912; S. Bernard et les moines décima-
teurs, dans S. Bernard et son temps, i, Dijon, 1928, p. 292. —
B.-J.-JI. Vignes, Les doctrines économiques et morales de .S.
Bernard sur la riches.<ie et le travail, ibid., i, 295.
Le domaine de certaines abbayes atteignit parfois
des proportions considérables : celui de Clairvaux, par
ex. Fondée en 1115, l'abbaye ne reçut d'abord que de
maigres donations; mais, à dater de 1121, et durant
plus d'un siècle, 1771 donations furent faites par des
personnes de toutes conditions : aumônes en terres,
rentes et droits utiles. Avec le second abbé, commen-
cent les acquisitions à titre onéreux. « La partie la plus
considérable des propriétés se trouvait sur les terri-
toires qui forment aujourd'hui les départements de
l'Aube, de la Côte-d'Or et de la Hte-Marne. Elles
étaient groupées autour de quatorze centres principaux
d'exploitation, savoir douze granges et deux celliers »
(Roserot, Dict. hist. de lu Champagne méridion., Lan-
gres, 1942, p. 392; D'Arbois, Ëtudes... abbayes cislerc,
303).
Pour la mise en valeur du domaine monastique
— propriétés terriennes parfois très éloignées — l'abbé
dispose des travailleurs que sont les moines et les con-
vers; au besoin, on prend des ouvriers à gage (Exor-
dium, c. xv; Statuta, 1134 : xxiv; 1195 : 15). Trois offi-
ciers nommés librement par l'abbé se divisent la tâche :
le cellérier, qui est pratiquement à la tête de toute l'ex-
ploitation agricole et a soin de tout le temporel de
l'abbaye (ibid., 1134 : lxvih; 1152 : 2); le boursier, qui
est chargé de la comptabilité; les maîtres de grange
qui, avec un groupe de convers, vont s'installer dans
les fermes distantes de l'abbaye. Le cellérier a donc
une fonction de grande importance; on doit trouver
chez lui, comme chez le prieur, assez de qualités pour
l'élever éventuellement à l'abbatiat (ibid., 1238 : 76).
Cependant il peut être tellement nécessaire à une com-
munauté que l'abbé a le droit de le conserver nonobs-
tant le choix qu'on ferait de lui pour gouverner une
autre abbaye (ibid., 1 185 : 30). Afin de le soulager dans
son emploi, qui pourrait être écrasant et nuire à sà vie
religieuse, on lui adjoint des sous-cellériers (ibid.,
1152 : 2). Chaque mois, et plus souvent si l'abbé le
demande, le grand cellérier et ses aides rendent compte
de l'état des choses au point de vue temporel (ibid.).
L'avoir du monastère, en espèces, est tout entier remis
aux mains du boursier, et on recommande à l'abbé de
n'être pas le seul à connaître la vraie situation finan-
cière de son abbaye; il doit se choisir à cet effet un
conseil composé de ]>lusieurs religieux (ibid.).
Les granges exploitées par les convers sont le fac-
teur principal de la prospérité matérielle de Cîteaux.
Pour qu'elles ne se nuisent pas mutuellement, on exige
entre elles la distance minima de deux lieues (ibid.,
1134 : xxxii). Bien que l'essentiel d'un monastère se
retrouve dans ces établissements, les moines n'y peu-
vent habiter de façon continue (ibid., 1134 : vi); occa-
sionnellement, ils y viennent pour travailler aux épo-
ques de moisson et de vendange (ibid., 1160 : 3), mais
ne peuvent y passer la nuit (ibid., 1157 : 3), sauf en des
cas qui doivent rester exceptionnels (ibid., 1157 : 66).
Comme dans les abbayes, le silence est de rigueur;
seuls le maître de grange et l'hôtelier sont autorisés à
parler (ibid., 1134 : lxxi). La clôture est strictement
prescrite; aucune femme n'est admise (ibid., 1134 :
vii) ; on n'y sert ni vin ni bière (ibid., 1180 : 10; 1184 :
9, 15; 1186 : 10). Cette dernière privation exaspère les
convers des maisons anglaises et, nonobstant les sanc-
tions, ils demeurent incorrigibles (ibid., 1192 : 16;
1195 : 18; 1196 : 51). Au spirituel, les convers reçoivent
d'un moine prêtre de pieuses exhortations et instruc-
tions; ce maître des convers vient une fois la semaine,
ou môme y est à demeure, pour entendre les confes-
sions et célébrer la niesse. Si la grange n'est pas trop
éloignée, tout le personnel va passer les dimanches et
les fêtes à l'abbaye (ibid., 1182 : 7). Vers 1180, des
doutes s'élèvent sur la légitimité des autels et chapelles
qui avaient été érigés dans les granges et où l'on célé-
brait parfois la messe et les offices (ibid., 1157 : 1, 67;
1180 : 6; 1204 : 11; 1215 : 8; 1228 : 1). Alexandre IV
trancha la question par une bulle favorable à cette
pratique (Devotionis veslrue, févr. 1255) et l'on vit des
communautés entières s'installer pour tout l'été dans
leur principale grange (ibid., 1270 : 23; 1271 : 64); la
vie régulière y était alors menée fidèlement.
Il faut ici rappeler les mercatores (hommes d'affaires),
moines ou convers que l'on charge des achats et ventes,
et qui, pour cette raison, vont aux foires ou marchés
publics. Dans les Institutiones, ces personnages ont mé-
rité six chapitres, sous la dist. XII, intitulée De vendi-
tione et emptione. Déjà en 1134 (n. li), on se plaint
hautement de ces fonctionnaires : M alla de mercato-
ribus nostris quereln est, nmlta confusio, et le chapitre
général légifère de son mieux en présence de ce mal
nécessaire (cf. D. D. Can., m, 760).
L'institution des frères convers remonte aux Insti-
luta monachorum cisterciensium de Molismo venien-
tium (Exordium, c. xv), qui sont les premiers décrets
de la réforme cistercienne élaborés sous S. Aubri
(t 1109). Tout de suite la condition juridique des con-
vers est fixée : ils sont de vrais religieux, mais ils res-
tent laïcs, ne participant pas au monachat, ni aux
droits et devoirs qui en découlent (Statuta, 1134 :
viii) . Le motif de cette institution est de permettre
aux moines de vaquer plus pleinement à la prière, et
de les dispenser de quitter le cloître pour aller s'occu-
per de travaux agricoles dans les granges éloignées de
l'abbaye (ibid., 1134 : v). La troisième partie des Con-
suetudines, intitulée Usus conversorum, contient déjà
tout un ensemble de lois concernant la vie des con-
vers, et dans les codifications des statuts promulguées
dans la suite, la partie intéressant les convers sera tou-
jours traitée à part, formant la XIV'' dist. (cf. D. D.
Can., III, 773).
Incidemment, au c. vi des Usus, on donne une énu-
mération non exhaustive des métiers divers exercés
par les frères; on y cite les cordonniers, les boulangers,
les tisserands, les tanneurs, les forgerons, les maçons,
les tailleurs, les bergers, les bouviers, etc.
Les groupes installés dans les granges ont mérité les
éloges de tous les économistes qui ont étudié le Moyen
923 CITEAUX (ORDRE). LE SIÈCLE DE S. BERNARD O^l
Age sous cet angle spécial. Foigny, dans la Thiérache,
opéra une transformation avantageuse du pays. Moi-
nes et convers de Fontfroide ont su associer à leur
piété un travail productif, dit l'historien; ils en ont
compris l'utilité avec une intelligence des besoins so-
ciaux qui les place, à ce point de vue, bien au-dessus
de tous leurs contemporains. Ceux de Mazan furent,
« pour les hautes Cévennes, de vaillants pionniers, qui
ont défriché avec un égal succès le sol et les âmes...,
forestiers avisés » (Régné, La civilisation cist. en Viva-
rais..., Privas, 1925). Pirenne rend hommage aux
moines défricheurs du nord de la Belgique et de la
P'iandre {Hist. de Belgique, i, 292). Les granges d'Al-
cobaça et leurs ateliers étaient autant d'écoles d'agri-
culture et de métiers. En outre, à Vallado, il y avait
une école d'agriculture qui dura jusqu'à la suppres-
sion de l'abbaye. C'est dans ce centre actif que le Por-
tugal vit naître les premiers ateliers de métallurgie
(D. H. G. E., II, 26). En France, l'abbaye de Fontenay
possédait dès 1140 des hauts fourneaux et des forges
(Aynard, La bourgeoisie française, Paris, 1934). Mori-
mond exploita les mines de fer de Chaligny, à l'époque
(xii^ s.) où les chartreux étaient maîtres de forges et
méritaient l'appellation de pères de la métallurgie
moderne (A. Bouchayer, Les chartreux maîtres de for-
ges, Grenoble, 1927).
Les convers cisterciens inscrivirent plusieurs de
leurs noms dans les annales de la sainteté : le Bx
Alexandre de Foigny; le Bx Vital de S.-Sulpice en Bu-
gey. Villers-en-Brabant peut en citer une série : Fran-
con de Laeken, Eberhard, Egbert, Jacques, Nicolas,
Reinier, Arnould de Bruxelles, qui eut un office litur-
gique complet. Le Bx Simon à Aulne, le jeune Ladislas
de Pologne, Gerekin à Alvastra; en Italie S. Albert de
Sestri, S. Jean de Caramola. En Allemagne, Heister-
bach et Himmerode comptèrent les Bx Conrad, Cunon,
Eberhard, Henri, Remi, Lisfard, Herman, etc.
On sera loyal en ajoutant que, dans les rangs des
convers, on trouve aussi quelques individus d'une
autre spécialité, des natures féodales indomptées, re-
belles et violentes (Statuta, 1190 : 75; 1192 : 19, 26;
1259 : 34; 1260 : 25), qui expliquent assez l'existence
des prisons monastiques (ibid., 1206 : 4; 1229 : 6) et les
excommunications prononcées le dimanche des Ra-
meaux contre les « conspirateurs, incendiaires, vo-
leurs... » (ibid., 1183 : 11). Le cas d'homicide eut sa
sanction (ibid., 1187 : 2; 1196 : 48; 1200 : 28; 1203 : 50;
1226 : 23). Là où les convers ont commis de graves
excès, il est interdit de faire désormais des réceptions
au noviciat (ibid., 1261 : 26, 32). La condition juri-
dique des convers fut mise en doute sous le pontificat
de Benoît XIV, qui, pour l'examen de la cause, créa
une congrégation particulière composée de quatre car-
dinaux et du secrétaire de la Congr. des Év. et Régu-
liers. La réponse unanime des consulteurs fut de re-
connaître la solennité des vœux des convers cister-
ciens depuis l'origine (cf. Analecta furis pontiflcii,
XIV^ sér., n. 1301, du 21 mars 1747).
Bishop, Monastic (/ranges in Yorkshire, dans English
hist. rev., 1936, p. 193. — P. Boissonnade, Le travail dans
l'Europe chrél. au M. A., Paris, 1921. — Gauvet, Hist. de
l'abbaye de Fonifroide..., Paris, 187.), p. 66, suppute que
cette abbaye aurait compté près d'un millier de convers
au xii'-xiii" s. L'abbaye des Dunes, en Flandre, en avait plus
de 1 200 en 1250. — L. Dolberg, Die Cisterc. Manche und
Conversen als Landwirte und Arbeiter, dans Studien und
Mitteil., 1892, p. 216, 360, 503. — O. Ducourneau, De l'ins-
litution et des us des convers dans l'ordre de C, dans S. Ber-
nard et son temps, ii, Dijon, 1928, p. 139-201. — J. Estienne,
L'agriculture en Picardie au XW s. (thèse Éc. des chartes,
1946). — A. Fliche, Rôle économique des abbayes cisterc,
dans Ilist. de l'Église, ix, Paris, 1944, p. 114. — J.-M. Ga-
theron. Sur la continuité du rôle agraire des cisterc, dans
S. Bernard et .son temps, ii, Dijon, 1928, p. 89-94. — Génes-
tal. Rôle des abbayes comme établissements de crédit du XI' à
la fin du XIU' s., Paris, 1901. ~ Comte Goblet d'AIviella,
Hist. des bois et des forêts de Relgique, i, Paris, 1927, p. 159-
84 : les cisterc. défricheurs. — R. Grahani, English eccl.
studies, Londres, J929. — Kb. Hofîmann, Das Konversen-
institut der Cisterc..., Fribourg, 1905 (cf. Rev. Bén., 1906,
p. 289; Rev. Mabillon, 1906, p. 83-93); Die Entwickelung der
Wirtschaftsprinzipien im Cist. Ord. wàhrend des XII. und
XIII. Jahrh., dans Hist. Jahrbuch, xxxi, 1910, p. 699-727. —
CI. Laufkôter, Die utirtscliaftl. Lage d. ehemnl. braunschw.
Zisterzienserkloster, Michaelstein, Mariental... (Beilr. f. d.
Gesch. Niedersachsens u. Westfalens, IX, 1), Gœttingiie,
1919. — E. Lesne, Hist. de la propriété ecclésiastique en
France, vi. Les églises, monastères, centres d'accueil, d'exploi-
tation et de peuplement, Lille, 1943. — Martène, Thésaurus,
IV, 1647, Régula conversoruni. — G. Molteni, // contralto di
masseria in alcuni fondi milanesi..., Pavie, 1914. — .J. L.
Morgan, The économie administration o/ Coupar Angus
abbey, Glasgow, 1929. — F. A. MuUin, A history of the work
of Cistercians in Yorkshire ( 1131-i:i00 ), Washington, 1932.
— H. Pirenne, Hist. du M. A., t. viii de la coll. Glotz, Paris,
1941, p. 64 : les domaines cisterciens. — Eleen Power, The
wool trade in English médiéval history, Londres, 1941. —
Statuta cap. gen. ord. cisterc, viii, éd. Loiivain, Indices, au
mot Conversi. — Svoboda, Die Klosterwirtschaft der Cisterc.
in Ostdeutschland, 1935. — H. Vérité, Belle fontaine..., Paris,
1883, p. 409 : les moines cisterc. et l'agriculture.
Depuis un demi-siècle et plus, de nombreuses études
ont été publiées sur l'architecture cistercienne. Or les
fondateurs de Cîteaux n'avaient nullement songé à
faire école dans cette branche du savoir humain. En
leur temps, pour élever leurs bâtiments conventuels et
leurs églises, ils empruntent simplement l'art de bâtir
tel qu'ils le trouvent autour d'eux en Bourgogne, mais
en l'interprétant selon les principes ascétiques qui gou-
vernent toute leur existence. Ils éliminent donc ce
qu'ils estiment superflu, de nul secours pour eux dans
la poursuite de leur idéal. Leurs églises, notamment,
ne seront pas de dimensions insolites; on n'y verra
briller ni or, ni argent, ni vitraux aux couleurs variées,
ni ces sculptures « singulières et complexes que S. Ber-
nard définit avec une exactitude surprenante dans son
Apologie, en fulminant contre cette beauté qui prend
sa source dans la déformation et cette déformation qui
aspire à la beauté » (H. Focillon, Art d'Occident, Paris,
1947, p. 157).
Les statuts capitulaires de Cîteaux précèdent, ac-
compagnent et suivent les déclarations de S. Bernard.
Ils ne contiennent d'ailleurs que des prohibitions : pas
de tours ou clochers en pierre (Statuta, 1157 : 16); pas
de peintures ni de vitraux historiés (ibid., 1 134 : lxxx;
1159 : 9; 1182 : 11); rien qui respire la somptuosité
(ibid., 1188 : 10); rien qui soit curiositas, superfluitas
(ibid., 1205 : 10; 1213 : 1). C'est de ce programme tout
négatif qu'on vit s'élever, dans les replis cachés des
vallées, l'architecture cistercienne. « Luxe ou simpli-
cité dans l'architecture ? » questionne E. De Bruyne
dans ses Études d'esthétique médiévale (u, Gand, 1946,
p. 133). « Il existe, répond-il, un art cistercien...; c'est
lui qui élève ces églises solides, simples, austères, mais
d'une proportion parfaite...; c'est lui qui introduit les
vitraux incolores, simples morceaux de verre d'un
blanc verdâtre réunis par une armature de plomb...,
décoration austère et d'un goût exquis u (cf. A. Michel,
Hist. de l'art, u, 300, 384). C'est ainsi que, « en sacri-
fiant tout ce qui était secondaire, les cisterciens ont
rejoint l'art monumental de leur siècle, dans ce qu'il
avait de meilleur » (marquise de Maillé, Abbayes cis-
terc, Paris, 1943, p. viii).
Et ces belles créations architecturales furent semées
à travers toute l'Europe, au même rythme accéléré où
les moines blancs se multipliaient dans la chrétienté
des xii^ et xiii" s. Ils trouvaient d'ailleurs parmi eux
des maîtres d'œuvre, des ouvriers spécialisés, qui, avec
l'aide des moines et des convers de l'abbaye naissante,
savaient mener l'entreprise à bonne fin (P. L.,
f>25 CI TE Alix (ORDRE). D'INN
cLxxxviii, 041, témoignage d'Orderic Vital). Les
abbayes françaises n'ont guère conservé que les noms
d'Achard et de Geoffroi d'Ainai; celles de l'Europe
centrale citent en plus grand nombre les noms de leurs
moines architectes et constructeurs (M. Aubert, L'ar-
chitecture cistercienne en France, i, Paris, 1943, p. 98).
Parfois aussi l'abbaye faisait appel à des collabora-
teurs du dehors. Au xiii'= s., Viliard de Honnecourt tra-
vaille pour eux, tout en s'inspirant des constructions
cisterciennes qu'il a vues lors de son voyage en Hongrie
vers 1240 (C. Enlart, Viliard de Honnecourt et les cis-
terc, dans Bibt. de l'Éc. des chartes, 1895, p. 1-20).
Le 21 sept. 1147, le pape Eugène III consacrait
l'église nouvellement bâtie de l'abbaye de Fontenay,
fille de Clairvaux. Aujourd'hui, cette « église est encore
intégralement ce qu'elle était en 1 147 » (L. Bégule, Fon-
tenay et l'architect. cisterc, Paris, 1912, p. 17). C'est elle
qu'il faut visiter, ainsi que les bâtiments claustraux
annexes, pour apprécier à sa juste valeur l'œuvre des
bâtisseurs cisterciens du xii"= s. Le plan généralement
adopté plaçait l'église du côté nord, son chevet se trou-
vant orienté. Le carré des cloîtres, mettant en commu-
nication facile les différents services, venait s'appuyer
sur la paroi sud de l'église. En quittant celle-ci, on
trouvait dans le bâtiment est, qui prolongeait le trans-
sept, la sacristie (petite, car les prêtres s'habillaient
alors à l'autel), la salle capitulaire, l'auditorium, un pas-
sage pour atteindre les jardins, une salle de bonnes di-
mensions à l'usage de la communauté. Au-dessus de
cette aile, s'étendait le dortoir des moines. L'aile du
côté sud comportait le réfectoire et ses annexes, cui-
sine et chauffoir; l'étage servait de bibliothèque. Afin
de donner moins de longueur à cette aile, le réfectoire
était disposé perpendiculairement au cloître et le pavil-
lon de la fontaine trouvait place dans le préau. L'aile
occidentale était réservée aux convers; ils y trouvaient
dortoir et réfectoire, ainsi que le cellier, où ils avaient
à conserver les provisions alimentaires. Le quatrième
côté du cloître, qui longeait l'église, était celui de la
lecture. Il bénéficiait de la lumière et de la chaleur,
quand cette disposition des lieux réguliers avait été
respectée; mais, en plus d'un cas, on dut élever les
bâtiments conventuels sur le côté nord de l'église, le
terrain, le cours d'eau ou d'autres causes l'exigeant
ainsi (cf. M. Aubert, op. cit., i, 112).
A distance de cet ensemble qui constitue le monas-
tère proprement dit, s'élèvent les ateliers, l'hôtellerie,
l'infirmerie, « l'enfermerie », etc., le tout entouré d'une
vaste enceinte. Fondation, développement, construc-
tion sont des étapes qui exigeaient parfois bien des
années, et la première génération de moines fonda-
teurs devait souvent se contenter de pauvres baraque-
ments élevés en hâte, à leur arrivée sur le terrain con-
cédé. Fontenay, que nous venons de citer, attendit
plus de vingt ans avant de pouvoir commencer la cons-
truction de son église définitive; ce qui fut entrepris
grâce aux dons considérables d'un évêque anglais,
Ebrard de Norwich, venu en ces lieux demander paix
et solitude contre ses persécuteurs. C'était alors « la
période de l'architecture cistercienne que l'on peut ap-
peler romane, mais du roman le plus dépouillé » (H. Fo-
cillon, op. cit., 157).
D'autre part, les variations restèrent possibles, en
effet, sans que la pensée directrice de l'ensemble dût
céder en aucun point. Les églises de Cîteaux, Fontenay,
des Vaux-de-Cernay, de Chiaravalle de Milan, San Gal-
gano, Maulbronn, Camp, d'Eberbach et Ebrach sont à
chevet plat; celles de Clairvaux, Chaalis, Villers, Clair-
marais, Cherlieu, Veruela, Beaulieu abbey, Croxden,
Bronnbach, Chorin, Heisterbach, Kaisheim, Lehnin se
terminent en hémicycle. Beaugerais et l'Étoile n'ont
qu'une nef sans bas côtés; ailleurs, on trouve géné-
ralement des collatéraux. Partout dans les abbayes
OCENT \ll A CLÉMENT IV 926
d'hommes, un large transept contient plusieurs autels
et chapelles prévus pour la célébration des messes pri-
vées. Mais, ici encore, la variété reste possible dans la
manière de réaliser ce transept : carré ou en hémicycle.
Et ainsi, pour bien des points secondaires (cf. M. Au-
bert, op. cit.. Il, 211). Ces variantes étaient d'ailleurs
conditionnées par les matériaux dont on disposait,
par les habitudes des ouvriers pris sur place et qui
utilisaient leurs connaissances acquises. La biblio-
graphie suivante montre jusqu'à quelles régions de
l'Europe médiévale les cisterciens ont porté l'art
ogival.
On consultera les ouvrages généraux de : A. de Dion,
Études sur les églises de l'ordre de C, Paris, 1889. — Dehio-
Bezold, Die kirchliche Baukiinst des Abendlandes, Stuttgart,
1892. — A. Dhnier, Recueil de plans d'églises cisterciennes,
Paris, 1949. — L. Dolberg, Die Kirchen und Klôster der
Cisterc, dans Studien und Mitleil., xii, 1891, p. 29. — H.
Focillon, L'art cistercien, dans Hist. du M. A. (coll. Glotz),
vin, 1941, p. 537. — Le Grand, L'œuvre architecturale des
moines cisterc, dans Bull, de la Soc. arch. du Gers, 1936,
p. 199. — Matthei, Beitràge zur Baugescinchte der Cisterc.
Frankreichs und Deutschlands..., Darmstadt, 1893. — E.
Michael, Ueber geistliche Baumeister im Mittelalter, dans
Zeilschr. fur kath. Theol., xxxii, 1908, p. 213. — Hans Rose,
Die Daukunst der Cisterc, Munich, 1916; Die Frûhgothik im
Orden von C, Munich, 1915. — H. Rïittimann, Der Bau-und
Kunstbetrieb der Cisterc, Bregenz, 1911.
Pour les études se limitant à un pays ou à quelques ab-
bayes, voir A. Dimier, op. cit., p. 53-62.
III. D'INNOCENT III A CLÉMENT IV (1198-
1268). — Par la force des choses et les volontés net-
tement marquées de la papauté, les cisterciens sont
amenés à élargir leur programme. Innocent III les
lance dans la croisade contre les albigeois, les dirige
aussi vers le N.-E. de l'Europe, pour convertir des peu-
ples nouveaux. Innocent IV les installe en plein Paris,
où ils bénéficieront de l'enseignement universitaire. Ce
même xiii« s. assiste étonné à une abondante floraison
de moniales relevant de Cîteaux.
I. L'action extérieure de Cîteaux. — 1" La croi-
sade de 1202. — Arrivé au pontificat suprême en janv.
1198, Innocent III cherche autour de lui des collabo-
rateurs. Sa lettre Dum non solum, du 21 mai, est adres-
sée à Cîteaux, à Clairvaux, à Prémontré et à S. -Victor
de Paris (Potthast, Reg., 207). Le pontife y demande
instamment des prières, en raison de la charge ardue
qui lui est imposée. En juill. suivant, une autre lettre.
In naui nostri Piscatoris, datée de Rieti, veut atteindre
le chapitre général de Cîteaux, où doivent siéger plus
de cinq cents abbés (ibid., 335). Dans cette missive, le
jeune pontife renouvelle sa demande de prières; mais
déjà il est pleinement dans l'action. Préoccupé de la fu-
ture croisade en Terre sainte, il se charge d'excuser au-
près des capitulants de Cîteaux l'absence de l'abbé de
Sambucina, car il utilise actuellement ses services
comme prédicateur de la croisade. Plorans ploravit Ec-
clesia, avait-il écrit à l'évêque de Syracuse et à l'abbé
Luc de Sambucina, futur archevêque de Cosenza (1203-
24) : c'était l'acte de délégation donnée à ces deux pré-
lats, leur enjoignant de visiter les cités, les places for-
tes, les châteaux, afin d'allumer au cœur des nobles et
du peuple entier de Sicile le saint enthousiasme pour
la reconquête des pays du Christ (ibid., 320).
D'autre part, il décrétait pour toutes les maisons cis-
terciennes l'impôt du cinquantième (ibid., 913; P. L.,
ccxiv, 82fi). Il y eut bien quelques difficultés dans l'exé-
cution (Stututa, 1203 : 27); mais le chapitre général
avait promis la somme globale de 2 000 marcs et, en
juill., le pape remerciait le chapitre du don promis pro
suhsidio Terrae sanclae (Potthast, Reg., 1435). En ou-
tre, ordre était donné de laisser partir avec les croisés
les abbés des Vaux-de-Cernay, de Perseigne, de Loos,
de Cercanceaux, qui pourraient s'adjoindre aussi du
927
CITE AUX (ORDRE). D'INN
OCENT III A CLÉMENT IV
928
personnel et du matériel de chez eux (ibid., 1409; Sia-
tuta, 1201 : 37).
On sait comment sombra dans le mercantilisme la
croisade dite des Vénitiens (Luchaire, Innocent III et
la question d'Orient, Paris, 1911 ; R. Grousset, Hist. des
croisades, m, Paris, 1936, p. 169; F. Lot, L'art mili-
taire... au M. A., I, Paris, 1946, p. 169-77).
2° La croisade des albigeois. — Entre temps, le re-
gard d'Innocent III s'attardait sur le midi de la France,
où le peuple fidèle était rongé par l'hérésie. Les efïorts
tentés au xii^ s. n'avaient guère produit de résultats
(cf. supra, col. 896 sq.). Le comte de Toulouse, Ray-
mond VI, en était venu à protéger la secte qui, au dé-
but du xiii« s., régnait triomphante, ayant conquis
presque toute la noblesse du Haut-Languedoc. Celle-
ci, en efîet, trouvait facilement son compte dans les
nouvelles doctrines. L'Église n'a pas le droit de pos-
séder, proclamaient les « parfaits » ou cathares; ce fai-
sant, elle va à rencontre de la pensée divine, et c'est
faire œuvre pie que de la dépouiller.
L'invitation n'était pas restée sans réponse. Les sei-
gneurs s'étaient jetés à la curée des biens ecclésiasti-
ques. En 1196, le pape Célestin III reprochait à Ray-
mond VI de n'avoir « aucun respect pour les droits des
églises et des monastères » (P. L., ccvi, 1155). Le peu-
ple avait suivi ses princes. Ce qui le fascinait surtout,
c'était la vie hypocritement austère des parfaits : vio-
lent contraste avec les habitudes relâchées d'une
grande partie du clergé. Les prédicants du nouvel évan-
gile avaiént ainsi fanatisé les foules.
Que faire pour extirper l'hérésie ? Ne pouvant comp-
ter sur les évêques, dont plusieurs sortaient des fa-
milles nobles du pays, ni sur le clergé paroissial man-
quant de zèle et de science, la papauté fait appel aux
abbayes cisterciennes. Nombreuses et prospères dans
le midi de la France, elles font figure de rempart de
l'orthodoxie. Avec elles. Innocent III prétend agir
énergiquement. Dans une lettre adressée à l'abbé de
Cîteaux et aux moines de Fontfroide choisis comme lé-
gats, le pape trace un tableau de la situation, puis se
console à la pensée qu'il trouve des religieux capables
de lutter par la parole et par l'exemple contre les héré-
tiques : Gaudemus autem quod in ordine vestro muiti re-
periuntur habentes zehim Dei secundum scientiam, pa-
tentes in opère et sermone... (Potthast, Reg., 2229; P. L.,
ccxv, 358).
Il lance dans le Languedoc une mission dont les
chefs, Raynier et Guy, moines cisterciens, sont munis
de très amples pouvoirs. C'est le début de l' Inquisition.
Raynier, bientôt malade, est remplacé par Pierre de
Castelnau, jadis archidiacre de Maguelonne et récem-
ment religieux profès de Fontfroide, près de Nar-
bonne. Puis c'est l'abbé de Cîteaux lui-même, Arnaud
Amaury, issu d'une noble famille du Midi, qui vient
comme légat apostolique prendre la direction de la mis-
sion pontificale. Ils sont dès lors une douzaine d'abbés
et un bon nombre de moines (Pierre des Vaux-de-Cer-
nay, Hist. albigensium, P. L., ccxiii, 554; Rec. des hisl.
des Gaules, xix, 10).
Leurs premiers efforts vont à épurer l'épiscopat; on
l'ampute des parties gangrenées. L'archevêque de Nar-
bonne, déposé, en appelle au pape; les évêques de Bé-
ziers, de Toulouse et de Viviers sont déposés. Les mis-
sionnaires multiplient ensuite leurs prédications; ils
acceptent des conférences contradictoires, se mainte-
nant ainsi dans la ligne tracée par Innocent III, qui
voulait « la conversion des pécheurs et non leur exter-
mination ».
Leurs efforts à tous, abbés et moines, demeurent sté-
riles cependant, au point que Pierre de Castelnau, le
futur martyr, supplie le pape de le relever de ses fonc-
tions (en 1204, lettre d'Innocent à Pierre; P. L., ccxv,
525). Innocent III les maintient tous dans l'œuvre
commencée. Entre temps (1203), Diégo, évêque d'Os-
ma, et S. Dominique étaient venus renforcer le per-
sonnel de la mission. Il leur parut que le train seigneu-
rial des prélats cisterciens annulait le fruit de leur pré-
dication. Tous alors essayent d'une vie vraiment apos-
tolique : marchant à pied, vivant d'aumônes, ils par-
courent la région qu'ils veulent reconquérir au Christ.
Il y eut, de ce fait, quelques conversions, mais si peu,
que le pape dut se rendre à l'évidence : les hérétiques
ne se soumettraient qu'à la force des armées catholi-
ques.
Une croisade fut donc décidée. La première victime
en fut Pierre de Castelnau. Le 15 janv. 1208, au mo-
ment où il allait passer le Rhône, il était assassiné par
une main inconnue. « Que Dieu te pardonne, puisque je
te pardonne », s'écria-t-il en mourant. Le comte Ray-
mond VI de Toulouse fut rendu responsable du crime
et il semble bien que l'opinion publique ne s'était guère
trompée sur ce point. La lettre d'Innocent III, adres-
sée à la chrétienté du midi de la France, fait le récit de
ce martyre et prononce un vibrant appel aux armes
contre le comte de Toulouse (Potthast, Reg., n. 3355,
3356? P. L., ccxv, 1354, 1361 ; Hist. albig., c. viii; lac.
cit., 556).
D'autre part, les abbés cisterciens de Pin et de Per-
seigne (P. L., ccxv, 1360; Rec. des hist. des Gaules, xix,
500), ainsi que l'archevêque de Tours, reçurent mis-
sion de négocier une trêve de deux ans entre la France
et l'Angleterre, pour enlever à Philippe Auguste tout
prétexte d'abstention. La croisade, cependant, se fit
en dehors de lui.
Aux appels du S. -Siège, que les légats répétaient
partout en France, on vit se lever une armée considé-
rable. Au milieu des évêques et des seigneurs partant
pour la guerre sainte, on distinguait plusieurs abbés et
moines de Cîteaux, notamment Guy, abbé des Vaux-
de-Cernay, et son neveu, Pierre, l'historien de ces évé-
nements {Hist. albig., c. vi; loc. cit., 555). Il fallut de
nouveau épurer l'épiscopat, déposer les prélats sus-
pects, ou qui avaient franchement pactisé avec l'héré-
sie. C'est alors que le siège de Narbonne fut confié au
chef religieux de la croisade, Arnaud de Cîteaux (1212).
Guy, abbé des Vaux-de-Cernay, fut nommé à l'évêché
de Carcassonne, tandis que Foulques (ou Folquet), l'an-
cien troubadour, devenu moine et abbé de Thoronet,
occupait en 1206 le siège épiscopal de Toulouse.
A la tête des armées, Simon de Montfort fit des con-
quêtes, avec des alternatives de recul. Par malheur,
les violences de ses soldats et des bandes qui les sui-
vaient ternirent souvent ses victoires, et lui-même,
finalement, parut préoccupé de ses intérêts person-
nels plus que du but essentiel de la croisade. C'était
méconnaître les directives pontificales. Le 25 juin 1218,
Simon succombait, frappé à mort sous les murs de
Toulouse assiégée depuis neuf mois. Avec lui finit, peut-
on dire, la croisade contre les albigeois. Son fils Amau-
ry, conscient de son impuissance, remit aux mains du
roi de France la cause de la croisade, dont le caractère
religieux s'estompe dès ce moment pour prendre l'al-
lure d'une expédition politique. Le Languedoc fut
réuni à la couronne de France. On était en marche vers
l'unité française et un grand pas venait d'être fait.
Pierre de Castelnau n'avait pas été le seul à verser
son sang pour la bonne cause. Étienne, l'abbé cister-
cien d'Eaunes (Elnae), voyageant avec deux moines
et un convers, fut attaqué par Guillaume de Roque-
fort, frère de l'évêque déposé de Carcassonne. L'abbé
et le convers Hildebrand furent tués; l'un des deux
moines fut laissé à demi mort, tandis que son confrère
parvenait à fuir {Hist. albig., c. xxx; Teulet, Layettes
du Trésor des chartes, i, n. 968 : lettre des consuls citant
le meurtre de l'abbé Étienne et les tortures infligées à
des moines de Boulbonne).
929
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT IH A CLÉMENT IV
930
Les décrets des chapitres de Cîteaux nous ont con-
servé quelques échos de ces graves événements. En
1216 (Statula, 1216 : 4), on est plein de vénération pour
le chef militaire de la croisade, et l'on défend de dire
ou de faire quoi que ce soit contre Simon, « le chevalier
du Christ ». Cette même année cependant, le chapitre
général délègue deux des plus vénérables abbés pour
aller réconcilier, si possible, les deux chefs de la croi-
sade : Arnaud, archevêque de Narbonne, et Simon de
Montfort, que divisent des vues différentes et une pé-
nible incompréhension (ibid., 1216 : Cl).
En sept. 1218, trois mois après la mort de Simon, le
chapitre général enjoint aux abbés de Bithaine, de
Noirlac et de Chalivoix d'aller examiner sur place la
conduite des abbés et moines prédicants. Ils auraient à
faire rentrer dans leurs abbayes ceux qui ne donne-
raient pas satisfaction, ou qui se trouveraient là sans
une autorisation très spéciale du chapitre général (ibid.,
1218 : 35). L'enthousiasme polir la croisade est désor-
mais bien éteint. Par ailleurs, selon la demande du
comte Amaury, le service anniversaire pour son défunt
père fut fidèlement célébré dans l'ordre de Cîteaux, le
25 juin de chaque année (ihid., l'2.36 ; 8; 1230 : 15;
1250 : 16).
Entre temps, Arnaud Amaury avait fait une diver-
sion en Espagne, à l'effet de réparer le désastre subi
par la milice sacrée de (^alatrava. Emmenant avec lui
un détachement d'armée et réunissant là-bas toutes les
milices sacrées d'Espagne, dont l'abbé de Cîteaux est
le supérieur suprême, Arnaud, chef militaire autant
que prélat, pousse si énergiquement les choses que Ca-
latrava est reprise sur les Maures et rendue à ses an-
ciens occupants. Alphonse, roi de Castille, en écrivit
longuement à Innocent III. Arnaud fit également le
récit de cette étonnante victoire de Navas de Tolosa
(juin. 1212), dans une lettre adressée au chapitre géné-
ral de Cîteaux, en septembre de cette même année
(Manrique, Ann. cisterc, iri, 562; Gatl. christ., vi, instr.,
53; Ughelli, i, 164).
La bibliographie sur ce sujet est surabondante. Nous don-
nons ci-dessous un choix limité.
1° Doctrine des albigeois. — P. Belperron, La croisade
contre les albigeois, Paris, 1946, l" partie, p. 1-118. — Don-
daine, O. P., a publié le Liber de duobus principiis, récem-
ment retrouvé, dans Instiluio stor. dominicano, Rome, 1939
(cf. Rev. des se. pliil. et théol., xxviii, juill.-oct. 1939); Les
actes du concile albii/eois de S.-Félix de Caraman, dans Mis-
cellanea G. Mercali, vol. y, Storia eccles., Rome, 1946. — Y.
Dossat, Le clergé méridional à la veille de la crois, des albi-
geois, dans Hev. du Languedoc, 1944, p. 263. — J. Guiraud,
art. Albigeois, dansD. H. G. E., i, 1619-.52, réf. col. 1693.
— F. Vernet, art. Albigeois, dans D. T. C, i, 677-87. — L.
De Lacger, L'Albigeois pendant la crise de l'albigéisme, dans
Hev. d'hist. eccl., 1933, p. 272 sq. — A. W'ilmart, Une lettre
sur les cathares du Nivernais, dans Rev. Bén., 1935, p. 72.
2» .Sources contemporaines. — Pierre des Vaux-de-Cernay,
Jlistoria albigensium, de très haute valeur historique,
affirment Ch. De Smedt, A. Molinier; Paul Meyer déclare :
t Chez cet auteur, tout est à prendre, tout est historique »;
éd. dans Rec. des hist. des Gaules, xix et P. L., ccxiii;
l'édition a été reprise de manière très scientifique par P.
Guébin et E. Lyon, 3 vol., Paris, 1926-39. — Guillaume de
Puylaurens, qui se trouvait dans l'entourage de l'évêque
Foulques, a laissé une Historia albigensium, éd. Rec. des
hist. des Gaules, xix-xx. — Potthast, Reg., mentionne les
nombreuses lettres d'Innocent III relatives aux albigeois,
dont plusieurs ont passé dans le Corpus juris : Decr., 1. I,
tu. VI, c. 26; tit. x, c. 4; 1. V, lit. i, c. 18; tit. vu, c. 10. —
Statuta cap. gen. ord. cisterc, ann. 1207-1240, passim.
3» Travaux. — P. Belperron, op. cit., proteste contre les
déformations qu'on a fait subir à cet épisode historique; il
n'y a pas eu, chez les vainqueurs, un plan bien arrêté dès
le début pour écraser la civilisation démocratique prête à
s'épanouir dans la France du Midi. — P. Breillat, Le Graal
et les albigeois, dans Reu. d'hist. litt. du Languedoc, 1947,
p. 207. — P. Courrent, Rôle de Montségur au cours de la
croisade des albigeois, dans Bull, de la Soc. d'études de l'Aude,
DICT. d'hist. et de GÉOOn. ECCI-ÉS.
Carcassonne, 1931. — A. Fliche, La chrétienté romaine,
1198-1274 (= t. X de Vllist. de l'Église, Paris, 1950). — J.
Guiraud, dans D. H. G. E., i, 1656-94. — F. Lot, L'art
militaire... au M. A., i, Paris, 1946, p. 211-10. — A. Lu-
chaire, La croisade des albigeois, Paris, 1905. — De Vic-
Vaissete, Hist. gén. de Languedoc, Paris, 1730. — Césaire
d'Heisterbach a inséré dans ses Historiae memorabiles, 1. V,
c. xxi, le récit bien connu du massacre de Béziers, et c'est
de lui que date la légende du : « Tuez-les tous; Dieu recon-
naîtra les siens. » Il fait endosser la responsabilité de cette
prétendue consigne au légat Arnaud Amaury, dont il con-
naissait sans aucun doute le tempérament autoritaire et
violent. Légende inconciliable avec la série des faits racontés
par les témoins; légende abandonnée depuis 1866 (cf. liev.
des questions hist.). — L.-J. Thomas, Quelques aspects peu
connus de la croisade... albig., dans Cahiers d'hist. et d'ar-
chéol., i, Nîmes, 1931, p. 257. — A. Villemagne, Bullaire du
Bx Pierre de Castelnau, Montpellier, 1917.
4° Inquisition. — J. Guiraud, Hist. de V Inquisition au
M. A., Paris, 1935-1938. — H. Maisonneuve, Études sur
les origines de l' Inquisition, Paris, 1942; Un conflit juridique
dans la chrétienté du XII I' s., dans Mélanges de se. relig., ii,
1946, p. 35-74. — C. Molinier, L' Inquisition dans le midi de
la France, Paris, 1880.
5° Montjort. — • A. Molinier, Catalogue des actes de Simon
et d'Amaurg de Monlfort, Paris, 1874. — Y. Renouard, Les
Montjort, dans L'information hist., 1947, p. 85. — A. Vara-
gnac. Croisade et nuirchandise, dans Annales, Écononnes...,
1946, p. 209. — Lettres d'Innocent IV concernant Mont-
fort, cf. E. Berger, Les Reg. d'Innocent IV, n. 2791, 3475,
5016, .5017, .501 9, ,')020, 502S, 5159, 6.500-6.503, 0747, 7045,
7046, 7618.
3° Évangélisation du N.-E. de l'Europe. — En juill.
1198, Berthold, abbé de Loccum, puis évêque de
Brème (D. H. G. E., vni, 967), subissait le martyre en
Livonie, où il était allé prêcher la foi chrétienne avec
un groupe de ses moines. Ce fut l'occasion pour Inno-
cent III d'adresser une lettre aux chrétiens de Saxe et
de Westphalie, pour les engager à défendre, par tous
moyens possibles et légitimes, les convertis que comp-
tait la Livonie (Potthast, Reg., 842; P. L., ccxiv, 739).
Peu d'années après, en 1206, une autre lettre du même
pontife raconte la démarche faite par l'abbé de Lekno
pour délivrer ses moines retenus prisonniers par les in-
fidèles de Livonie, et veut donner à cette mission loin-
taine une impulsion nouvelle. Qu'on y envoie, dit la
lettre, des cisterciens et autres prédicateurs de bonne
volonté, qui évangéliseront, baptiseront, feront la li-
turgie des morts, etc. (Potthast, Reg., 2901; P. L.,
ccxv, 1009). Christian, moine d'Oliva, se distingua par
son zèle. En 1215, il devint le premier évêque de
Prusse, évêque régionnaire, semble-t-il. Son plan
d'apostolat était de créer un clergé indigène; mais il
fut peu secondé dans ses efforts (Potthast, Reg., 4573;
Statuta, 1213 : 52). La population païenne le retint
captif durant six ou sept ans. Il mourut en 1245, retiré,
croit-on, à l'abbaye de Sulejow (Hauck, iv, 656 sq.).
Un procédé d'évangélisation était de prendre pied
au milieu des infidèles en y créant des abbayes, postes
avancés d'où rayonneraient les prédicateurs, renforcés
de milices sacrées. C'est ce que tenta de réaliser Albert,
premier évêque de Riga {D. H. G. E., i, 1440). On réu-
nit donc dans une enceinte fortifiée les moines prédi-
cants qui se trouvaient là-bas depuis une dizaine d'an-
nées. Aux environs de 1204, l'installation était devenue
l'abbaye de Dûnamunde, gouvernée par Thierry venu
de l'abbaye de Pforte, et qui allait être créé premier
évêque de Leale, en Estonie. Dïmamunde eut alors
(1213) pour abbé Bernard de Lippe, chevalier west-
phalien entré jadis à l'abbaye de Marienfeld. Après
quatre ans d'abbatiat, il était sacré évêque de Scmgal-
len par son fils Othon, évêque d'Utrecht; plus tard il
sacra lui-même un autre de ses fils, Gérard, arche-
vêque de Brème. Il mourut en 1224.
L'abbaye était prospère; mais, en 1228, les infidèles
se ruèrent en masse sur ses murs, saccageant les édi-
H. — XII. — .30 —
931
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT III A CLÉMENT lY
932
fices et immolant les religieux. En 1263, nouveau dé-
sastre et incendie. Trente ans plus tôt, une colonie de
moines venue de Pforte était montée plus haut encore
dans le Nord et avait jeté les fondations de l'abbaye de
Falkenau, non loin de Dorpat, dans l'Estonie.
Honorius III fut également préoccupé de la conver-
sion de ces peuples du Nord. En 1221, une bulle était
adressée à bon nombre d'archevêques et d'évêques,
leur demandant de choisir des hommes doués de vertu
et de science, prêts à sacrifier leur vie dans les labeurs
de l'apostolat. Prenez notamment, disait-il, des reli-
gieux de l'ordre de Cîteaux qui se trouve répandu sous
toutes les latitudes, cui Dominus benedixit a mari usque
ad mare ipsius extendens palmites (Potthast, Reg., 6599;
Martin, Bullaire... Lyon, Lyon, 1905, n. 780). Est-ce
pour répondre à cet appel que le moine Baudouin quitta
son abljaye d'Aulne (Belgique) et commença la vie
voyageuse qu'il termina en 1243 ? On le trouve
d'abord dans les régions du Nord, puis à Rome, où le
pape le consacre évêque de Semgallen, lui confiant la
charge de légat apostolique en Livonie, Gotland,
Finlande et autres pays adjacents. Mais son plan
d'évangélisation n'eut pas la faveur des missionnaires
allemands. Baudouin obtint cependant gain de cause
à la Cour romaine et devint ensuite archevêque de
Bizya en Thrace (Potthast, Reg., 8852, 8856, sq.; cf.
D. H. G. E., VI, 1409).
Les missionnaires allemands ne manquaient pas
dans ces provinces. Ils arrivaient des abbayes déjà
fondées au xii'' s. ; une série en avait été disposée en
bordure de la Baltique : Oliva, Bukow, Stolpe, Eldena,
Dargun, Neuenkamp, Hiddensee, Doberan, Reinfeld
et, en Danemark, Ruhekloster.
Bertram, Gesch. des Bistum Hildesheim, 1899. — A.
Fliche, dans Hist. de l'Église, x, Paris, 1950, p. 86 sq. —
J. D. Gruber, Origines sacrae et civiles, Leipzig, 1740. — •
A. Hauck, IV. — Innocent III, lettre au chap. gén. de 1212,
P. L., ccxvi, 668; Potthast, Reg., 1.323, 4573. — Leuckfeld,
Antiquitates Michaelsleinenses et Amelunxbornenses, Wolf-
fenbûttel, 1710. — A. Manrique, Ann. cisterc., iii-iv, pas-
sim. — F.Winter,£)ie Cistercienser des nordôstlichen Deutsch-
lands. Gotha, 3 vol., 1868-71.
4° Croisades en Terre sainte. — Jean de Brienne gou-
vernait l'État franc de Jérusalem en 1218, quand se
forma une nouvelle croisade. Dès 1213, elle était récla-
mée par Innocent III (Luchaire, Innocent III et la ques-
tion d'Orient, 282), qui l'exigea ensuite impérieusement
au concile de Latran de 1215. Sa volonté de croisade
l'aurait même porté à se mettre lui-même à la tête de
l'expédition; mais la mort le devança (16 janv. 1216).
Honorius III voulut, lui aussi, la croisade, sans y
mettre toutefois le même emportement que son prédé-
cesseur. Jacques de Vitry, nommé évêque d'Acre, fut
chargé de prêcher la croisade en Syrie. C'était un pré-
lat ami des cisterciens. Ceux-ci autorisèrent le duc de
Brabant à demander à l'abbé de Villers de l'accompa-
gner en Terre sainte (Statuta, 1217 : 73). Déjà en 1212,
le chapitre de Cîteaux avait permis au roi de Hongrie
d'avoir à ses côtés deux moines et un convers {ibid.,
1212 : 66).
Par ailleurs, l'ordre n'eut guère à fournir que des
contributions en numéraire. Elles ne s'obtenaient par-
fois qu'avec lenteur; les abbés de la filiation de Mori-
mond furent notés comme retardataires en ce point
{ibid., 1214 : 32). A l'occasion de cette expédition d'ou-
tre-mer, aussi bien que de toutes les autres, des sei-
gneurs en partance pour la Terre sainte font des dona-
tions aux abbayes. Les cartulaires abondent en ce
genre de concessions; on y trouve des dons faits de
manière absolue; d'autres sont conditionnels : si le
seigneur revient, il reprendra sa terre; parfois, c'est
une vente voulue par le propriétaire, afin de se créer
des ressources immédiates. D'autres s'engagent par
vœu à prendre l'habit religieux, si la Providence les ra-
mène en leur patrie (cf. Cisterc.-Chronik, 1935, p. 345,
373). Cette croisade, qualifiée de hongroise en raison
de la présence d'André II, roi de Hongrie, ne fut en
somme qu'une « imposante démonstration militaire à
travers la Galilée, qui n'aboutit à rien » (R. Grousset,
Hist. des croisades, m, 206). A leur retour au pays,
quelques chevaliers quittèrent éperons et armure pour
revêtir le froc monastique. Villers-en-Brabant accueil-
lit alors Robert d'Aspremont et Francon d'Archennes
(M. G. H., SS., XXV, 226).
Les croisades de S. Louis intéressèrent davantage les
cisterciens. En déc. 1244, Louis IX, au cours d'une
grave maladie, avait fait vœu de croisade. Il l'accom-
plit en juin 1248; deux mois auparavant, la Ste-Cha-
pelle avait été consacrée par le cardinal Eudes de Châ-
tauroux, légat prédicateur de la croisade. Celle-ci fut
essentiellement française, bien qu'au concile de Lyon,
en 1245, Innocent IV eût fait un appel général à la
chrétienté. En cette même année, le chapitre de Cî-
teaux décrétait pour tout l'ordre des prières solennelles
à célébrer au cours de la messe conventuelle. Le psaume
Deus venerunt gentes in haereditatem tuam était suivi de
prières pour les chrétiens captifs en Terre sainte, et la
série des oraisons se clôturait par une invocation spé-
ciale pour le roi : Famulum tuum regem nostrum... (Sta-
tuta, 1245 : 2). En 1247, la même autorité imposait une
procession de pénitence, à accomplir chaque vendredi
pro domino papa, pro stcdu Ecclesiae... pro domino rege
Franciae... pro bono statu regni Franciae... et omnibus
cruce signatis... (ibid., 1247 : 4).
La question des impôts fut réglée par le roi lui-même.
Il avait demandé à Innocent IV d'exempter les cister-
ciens aussi bien que les chartreux, les templiers, les
hospitaliers et l'ordre de Fontevrault (Berger, Les Reg.
d'Innocent IV, n. 2053). C'est ce qui explique le silence
des statuts de Cîteaux sur ce point. Ils reprennent la
parole en 1265, en présence du cardinal Simon de Ste-
Cécile, mandaté pour la levée du décime en faveur de
l'afTaire de Sicile. Urbain IV, ne goûtant pas la propo-
sition qu'on lui fit de transformer Manfred, roi de Si-
cile, en un allié du S. -Siège, avait invité le frère de S.
Louis, Charles d'Anjou, à venir recevoir cette cou-
ronne. Les conditions imposées étaient onéreuses et,
en premier lieu, il s'agissait d'éliminer l'occupant. On
s'efforça de donner à cette lutte une teinte de croisade.
Clément IV, successeur d'Urbain IV (t 2 oct. 1264),
« supplia le roi de France d'avancer le décime. S. Louis
refusa; il réservait sans doute ses ressources pour
sa propre croisade » (É. Jordan, Hist. du M. A., iv,
L'Allemagne et l'Italie aux Xii^ et Xrii^ s., 1939,
p. 363).
Cîteaux se remua nerveusement pour conserver sa
situation privilégiée en ce point. Privilégié parce
qu'agent dévoué de la politique pontificale, Cîteaux,
en ces conjonctures, hésita à suivre les directives ve-
nant de Rome. En 1267, le chapitre général donna
pleins pouvoirs à l'abbé de Cîteaux et aux quatre pre-
miers Pères pour s'entendre avec le cardinal Simon sur
une solution acceptable. L'année suivante, le roi de
France reconnaissait avoir reçu de l'abbé de Cîteaux
20 000 livres parisis à titre gracieux et défendait en
conséquence de taxer ses monastères, exempts en prin-
cipe de tout subside et de toute taxe (Huchet, Cartul.
ancien de Fontmorigny, 1939, p. 277, acte du 4 juill.
1268). Cependant, en 1269, Charles d'Anjou se plai-
gnait des cisterciens et imputait à leurs tergiversations
l'impossibilité où il se trouvait de faire face à ses énor-
mes dettes.
La deuxième croisade de S. Louis a été intitulée par
l'historien Grousset « l'erreur de Tunis » — erreur non
imputable au roi, mais à son entourage et aux circons-
tances. Ce fut d'ailleurs de courte durée. Quittant la
mm
933
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT III A CLÉMENT IV
934
France à x\igues-Mortes, le 1" juill. 1270, Louis IX suc-
combait à l'épidémie le 25 août suivant.
É. Jordan, Les origines de la domination angevine en
Italie, 1909. — F. Lot, L'art militaire... au M. A., i, 178-210.
— J.-B. Mahn, L'ordre cisterc. et son (louvernement, p. 160 sq.
— Martène, Thésaurus, u, 6, 7, 8, 47, 111, 118. — Statiita
cap. gen. ord. cisterc., éd. Louvain, 19.3.3-41, passim.
II. La p.\pauté et les cisterciens. — 1° Au mo-
ment où Innocent III prend en mains le gouvernement
de l'Église universelle, il trouve au nombre des vingt-
sept cardinaux alors existants un seul cistercien, Jor-
dan, des comtes de Ceccano, ci-devant abbé de Fossa
Nova, cardinal du titre de Ste-Pudentienne depuis
1188. De la première promotion de cardinaux, célélDrée
par le nouveau pontife, sortent son neveu Hugolin, le
futur Grégoire IX, et Gérard, abbé de Pontigny
(t 1200). La seconde promotion, également de 1198,
n'appelle à Rome que Guy de Paré, abbé de Cîteaux.
Ce dernier a pour successeur Arnaud Amaury; c'est à
lui qu'Innocent III adresse ses sermons précédés d'une
lettre, dont la confidence finale est un long gémisse-
ment sur les conditions de vie qui lui sont faites. Il
voudrait se livrer parfois à la contemplation; mais, ac-
cablé d'affaires, il peut à peine respirer; il est dévoré, il
ne s'appartient plus : Sic tradilus aliis ut pene penitus
mihi videar esse suhtractus. La continuelle présence de
Nicolas, « mon chapelain et votre moine, notre fils à
tous deux », lui est utile et agréable (P. L., ccxvii, 309).
Dans la sixième promotion cardinalice (1212), on
distingue l'abbé de Fossa Nova, Étienne de Ceccano,
du titre des XII-Apôtres (f 1227), et dans la septième
(1216) Rainier Capocci, abbé de Trois-Fontaines près
de Rome, du titre de Ste-Marie in Cosmedin (f 1252).
D'autres témoignages de la bienveillance et de l'estime
du pontife pour les cisterciens furent aussi la mission
dans le nord-est de l'Europe et la croisade des albigeois
déjà citées. Pierre de Castelnau avait bien objecté qu'il
avait voué la vie cloîtrée. Sans nier la valeur de son
argument, le pape l'invitait à prendre en patience la
situation exceptionnelle qui lui était faite, réclamée
d'urgence pour le bien des âmes, et d'ailleurs momen-
tanée. Ce double considérant, exigenie necessitate... ad
tempus... (P. L., ccxv, 525), sera la base d'un concept
nouveau de vie religieuse qui est bien près de s'épa-
nouir dans l'Église. Les ordres mendiants vont inaugu-
rer sous peu une vie mixte, composée de prières et
d'austérités claustrales, avec fonction intermittente du
ministère extérieur. En les attendant, la papauté uti-
lise les services des moines.
La lecture des Registres d'Innocent III nous met en
présence de plusieurs centaines de délégations adres-
sées à des abbés et moines cisterciens. Le pape les cons-
titue juges de causes évoquées à son tribunal suprême.
Le plus grand nombre de ces délégations atteignent les
abbayes de France. Les abbés italiens de Casamari, de
Locedio, de Sambucina et autres sont également délé-
gués, comme aussi ceux des abbayes créées jusqu'aux
confins de la chrétienté : Alcobaça en Portugal; Rie-
vaulx, Melros en Angleterre; Cara Insula et Vitae scola
en Danemark; Czikador et Viktring en Hongrie et Ca-
rinthie; même la lointaine Dilnamunde, près de Riga.
Distinction honorable sans doute; mais cette charge
fréquemment renouvelée se faisait sentir bien lourde
parfois. Très considérables d'ailleurs étaient les incon-
vénients causés par les absences forcément prolongées
des abbés, prieurs, cellériers partis pour accomplir les
mandats reçus de Rome. En 1208, par ex., l'abbaye
d'Altzelle f Velus cella) s'était vue privée pour un
temps de l'abbé, du prieur et du Père chantre, consti-
tués juges collégiaux dans une affaire des chanoines de
Meissen contre les nobles chevaliers de Nozim, de
Zobor, de Krivitz, de Kiinsbach et autres (Potthast,
Reg., 3434).
En 1211, la fatigue est à son comble. Le chapitre gé-
néral charge l'abbé de Cîteaux d'aller « supplier le
Seigneur Pape de nous épargner; qu'il s'abstienne au
moins de déléguer les prieurs, les sous-prieurs, les cel-
lériers..., dignetur parcere, si placet « (Statuta, 121 1 : 34).
L'humble formule ne paraît pas avoir ému beaucoup
Innocent III. A peine peut-on entrevoir une atténua-
tion dans le chiffre des délégations parties de Rome à
l'adresse des cisterciens. Il faut attendre 1219 pour
recevoir une réponse à la demande de 1211. Mais alors,
Honorius III aura remplacé Innocent III depuis juill.
121G.
Rien ne fut changé par Innocent III dans les condi-
tions juridiques dont jouissait alors l'ordre de Cîteaux.
Celui-ci fut atteint cependant par une décision du
IV« concile de Latran (1215). Le can. 55 restreignit
l'exemption des dîmes aux novales et à celles des terres
acquises antérieurement au concile (Mansi, xxii,
1042; Decr., 1. III, tit. xxx, c. 34). D'autre part, le
régime gouvernemental de Cîteaux paraissait aux lé-
gislateurs ecclésiastiques comme tellement salutaire
que le concile inséra, au can. 12, l'obligation pour les
autres ordres religieux de tenir désormais un chapitre
général tous les trois ans, à l'instar de celui de Cîteaux.
Pour s'initier à cette pratique, on demanderait la pré-
sence de deux abbés cisterciens du voisinage, qui diri-
geraient les débats (Decr., 1. III, tit. xxxv, c. 7, In sin-
gulis; Mansi, xxii, 999; ce décret sera repris encore au
concile de Trente).
Innocent III n'a donné aucune bulle générale à l'or-
dre cistercien dans son ensemble, pour confirmer ses
privilèges. Mais ceux-ci se trouvent confirmés dans
des bulles particulières à certaines abbayes — celle de
Cîteaux en premier lieu. L'abbaye obtint, le 5 mai
1198, la bulle Religiosam vilam eligentibus (ms. 598
de Dijon; Dullaire de Cîteaux, fol. 76-79), qui énumère
et confirme les propriétés de l'abbaye à cette date, puis
rappelle les privilèges communs alors en usage.
L'abbaye de Loos, en Flandre, obtint en 1204 une bulle
de la même teneur (Potthast, Reg., 2325; P. L., ccxvii,
120); en 1213, l'abbaye Bénissons-Dieu de Lyon l'obte-
nait aussi.
S'il n'a concédé aucun privilège nouveau, Inno-
cent III eut la main ferme pour faire respecter ceux
que ses prédécesseurs avaient accordés, et qui avaient
créé la situation juridique privilégiée des cisterciens.
En matière de dîmes, par ex., on relève les bulles du
type Non absque dolore, ou Audivimus et audienles, ou
encore Gravem dilectorum, adressées aux archevêques,
évèques et autres prélats des provinces, oii les droits
des cisterciens étaient battus en brèche (Bull, de C,
fol. 92; Bull, de Clairvaiix, ms. 591, 4°, de Troyes; Arch.
dép. de l'Aube, 3 H 50; Cartul. de Bonnecombe, p. 138;
Carliil. des Dunes, p. 129).
Même dans les rigueurs de sa parole, quand il s'élève
contre les défaillances, les abus, les erreurs dont il ap-
prend l'existence parmi les cisterciens, le pape leur
prouve encore sa bienveillance et son estime. Cet ordre
monastique est pour lui un auxiliaire puissant et dé-
voué de sa politique, et il entend qu'il soit irrépro-
chable aux yeux de tous (Nomaslicon de 1670, 371;
Potthast, Reg., 1772 : contre la mésintelligence entre
les premiers Pères; 3686 : au sujet de l'interdit en An-
gleterre. De même, jadis, la lettre d'Alexandre III
(Jafïé, 8914; Decr., 1. III, tit. xxxv, c. 3).
A Clairvaux, l'idée de prières liturgiques nouvelles
en l'honneur de S. Bernard occupait les esprits. On dé-
sirait des oraisons rédigées par le pape lui-même, qui
s'était distingué dans ce genre de compositions : A
candis, Veni Sancle Spiritus, Ave mundi spes. Maria
sont de lui. Les moines en causèrent à Jean de Belmeis,
autrefois archevêque de Lyon, maintenant devenu
moine. Ami personnel du pontife régnant, il engagea la
}»35
demande, qui fut appuyée par Rainier Capocci, abbé
de Trois-Fonlaines et futur cardinal. Sans tarder, une
lettre parvenait à Clairvaux. Le pape, accédant aux
vœux transmis, présentait trois oraisons à insérer dans
la messe de S. Bernard. C'est encore celles qui se réci-
tent aujourd'hui {P. L., ccxiv, 1032).
Les relations d'Innocent III avec Cîteaux eurent un
épilogue d'outre-tombe, qu'on peut lire dans la Vita
Lutgardis {A. S., iv, 197, 16 juin).
2° Honorius III (1216-1227), avant d'être élevé au
souverain pontificat, se plaisait dans l'intimité des cis-
terciens. Dans la suite, il leur garda toujours cette sym-
pathie. Deux jours après son couronnement, il adresse
à l'abbé de Cîteaux et aux premiers Pères de l'ordre
une lettre où il témoigne de son affection, déjà bien
ancienne, pour cette famille religieuse qu'il estime en-
tre toutes, et qu'il souhaite voir se maintenir dans sa
première intégrité (Sinceritatis affectas, dans Potthast,
Reg., 5322). Innocent III avait une prédilection pour
Fossa Nova (16, 17, 18, 19 juin 1208 : ibid., n. 3465);
son successeur favorise Casamari. Il se réserve de con-
sacrer lui-même l'église abbatiale. « Je l'ai fait cons-
truire à mes frais, déclare-t-il, à l'époque où je remplis-
sais des fonctions moins élevées : quam in minori offi-
cia feceramus propriis sumptibus fabricari (ibid., 5594,
5602, 5689). La consécration eut lieu en sept. 1217. Le
27 avr. 1222, il y consacre encore un autel et profite de
cette circonstance pour incorporer à l'abbaye le mo-
nastère S. -Dominique de Sora (ibid., p. 591, n. 6849,
6867).
Il réalise d'ailleurs plusieurs incorporations ou afTi-
liations de cette nature, monastères d'hommes ou de
moniales (Pressutti, Reg. d' Honorius III, 3659, 3804,
3914, 4873, 5588). Là où il n'est pas expédient de ten-
ter une aussi radicale transformation, le pape délègue
les moines blancs pour la visite canonique de monas-
tères à réformer (iftirf., 751, 840, 1202, 1636, 1637,2263,
3225, 3639, 4499, etc.). Les délégations pontificales
continuent, en effet, de faire sortir de leur solitude
moines et abbés. La supplique du chapitre général de
1211 semble bien oubliée à la Cour romaine. Gauthier
d'Ochies, abbé de Cîteaux (1219-34), la renouvelle et
obtient une réponse favorable datée du 5 déc. 1219.
Elle est conservée dans le Bullaire de Cîteaux (ms. 598
de Dijon, fol. 102), qui la résume en disant : Ne causae
committantur abbati Cislercii... En somme, ce n'était
que de l'eau bénite de cour. A rencontre de cette pro-
messe rassurante, les délégations continuent d'affluer.
L'abbé de Cîteaux, notamment, fut chargé, comme par
le passé, de missions diplomatiques parfois bien déli-
cates (Potthast, Reg., 5382, 5698, 5901, 5954, 6335,
6362; Manrique, Ann. cisterc, iv, 227).
Plusieurs bulles d'Honorius III ont nettement pour
but la prospérité de la famille cistercienne. Pour per-
mettre aux abbayes de continuer l'abondance habi-
tuelle de leurs aumônes, le pape maintient leur dis-
pense des dîmes (Potthast, Reg., 7031, 7313). La bulle
Cum praeler pauperem victum va plus loin encore. Elle
donne aux abbés le pouvoir de se soustraire aux exi-
gences des légats apostoliques relativement aux pro-
curations pécuniaires et aux réceptions seigneuriales
de leur personne et de leur suite. Ces visiteurs doivent
se contenter de la nourriture commune du couvent
(ibid., 5944, 6170, 6678, 6929). S'ils brandissent l'ex-
communication, c'est bien en vain, car leurs coups sont
annulés d'avance par le S. -Siège (ibid., 5950, 6171,
6935). Un cas fut excepté : celui du cardinal Grégoire
de Crescentio (ibid., 6756).
Une coutume s'était introduite pour l'installation
de tout abbé nouvellement élu : l'archidiacre du dio-
cèse ou un autre dignitaire venait présider cette céré-
monie et recevait ensuite le don d'un palefroi ou des
espèces sonnantes. Le pape fait cesser ce procédé qu'il
036
juge simoniaque (ibid., 7339; Decr., 1. V, tit. m, c. 43).
Deux cisterciens furent créés cardinaux en 1219 et
reçurent le sacre des mains d'Honorius III : Conrad
d'Urach, successivement abbé de Villers-en-Brabant,
de Clairvaux, de Cîteaux, fut évêque de Porto; Nicolas
Chiaramonti fut évêque de Tusculum. Le pape leur
confia différentes légations. En 1220, il dut consoler et
encourager son légat Conrad aux prises avec des difTi-
cultés de toute nature (epist. Exhibitas, dans Rec. des
hisl. des Gaules, xix, 707; Potthast, Reg., 6363). Con-
rad était en France au moment de la mort de Philippe
Auguste à Mantes-sur-Seine (14 juill. 1223). Le lende-
main, le cardinal légat célébra les funérailles royales
dans l'église abbatiale de S. -Denis.
A l'élection qui suivit immédiatement le décès d'Ho-
norius, Conrad refusa l'honneur suprême qui lui était
offert; il fît choisir Grégoire IX, alors âgé de quatre-
vingts ans. Six mois après, en sept. 1227, Conrad quit-
tait ce monde, disant son regret de n'être pas toujours
demeuré dans la condition d'humble moine de Villers.
Honorius III avait porté le titre cardinalice des SS.-
Jean-et-Paul; en 1218, il fit introduire dans le calen-
drier de Cîteaux la fête de ces deux saints; leurs noms
prirent place aussi dans les litanies. A l'exemple de son
prédécesseur, Honorius III adressa le recueil de ses ser-
mons à l'abbé de Cîteaux et ses religieux; la lettre d'en-
voi est reproduite dans Manrique (Ann. cisterc, iv,
240; ms. 597 de Troyes). Cîteaux pleura la mort de ce
pontife qui avait été pour lui un père doux et paci-
fique. Le chapitre général de 1227 décréta un anniver-
saire solennel à célébrer chaque année, le 18 mars; on
en lit encore la mention dans les bréviaires et missels
du xiv s. En Angleterre, le moine poète de Rievaulx
chanta :
Honorio pape sil honos et laurea multa :
Splentlet plus solito per eum Cistercius onlo.
C'est sous ce pontificat que fut créée la charge de
procureur en Cour de Rome. En 1220, on choisit deux
clercs qui résideront près le S. -Siège, ad impetrandum
et contradicendum (Statuta, 1220 : 49). Les abbés de Ca-
samari et de S. -Martin de Viterbe sont mandatés pour
fixer les honoraires, qui restent à la charge de l'ordre
(ibid., 1229 : 8; 1230 : 11). On peut conclure de certains
textes qu'un ou deux abbés voisins de Rome avaient
mission du chapitre général annuel pour le choix de ces
procureurs (ibid., 1232 : 12; 1233 : 49; 1238 : 39).
3° Grégoire IX (1227-1241), par certains côtés, res-
semble à Innocent III, son oncle. Mais il est « beaucoup
plus autoritaire encore, plus partisan de la manière
forte » (É. Jordan, L' Allemagne et l'Italie aux Xii" et
Jiii^ s., 214). Il le prouve dès le début de son règne, en
excommuniant Frédéric II, empereur d'Allemagne. Ce-
lui-ci part cependant à la croisade, toujours promise et
toujours remise; mais son but en Terre sainte est d'éli-
miner l'influence de la papauté pour lui substituer la
puissance impériale. En 1230, il se rapproche de Gré-
goire IX et conclut avec lui le traité de San Germano.
Entente éphémère, car bientôt le monarque prétend
doter son fils naturel, Enzio, avec le royaume de Sar-
daigne, fief incontesté du S. -Siège. D'où nouvel ana-
thème et nouvelle guerre. Malgré les circonstances dé-
favorables, Grégoire IX, en août 1240, convoque à
Rome un grand concile pour Pâques 1241. « Frédéric
annonça à la chrétienté qu'il ne tolérerait pas la réu-
nion du concile » (Jordan, op. cit., 264; Reg. de Gré-
goire IX, n. 5686). Bon nombre de prélats entreprirent
le voyage par voie de mer. Les vaisseaux génois qui
les transportaient furent détruits par la flotte pisane, |
lancée par l'empereur. Plusieurs prélats périrent alors; \
d'autres furent faits prisonniers et livrés au vainqueur.
Dans ce nombre, on distingue Guillaume de Montaigu,
abbé de Cîteaux; Guillaume de Dongelberg, abbé de
CITEAUX (ORDRE). D'IiNNOCENT III A CLÉMENT IV
937
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT III A CLÉMENT IV
938
Clairvaux; Jean, abbé de l'Épau (ou Piété-Dieu), ainsi
que leur suite, moines, convers, familiers. Il faut signa-
ler surtout le cardinal Jacques de Pecoraria. « Ce der-
nier fut non seulement retenu prisonnier, mais mal-
traité ; de dramatiques entrevues opposèrent le prélat
et le i)rince qui se haïssaient profondément » (Jordan,
loc. cit.). L'autre cardinal cistercien, Rainier Capocci,
était demeuré en Italie. Originaire de Viterbe, il allait
sous peu arracher cette ville des mains de l'empereur et
la faire passer dans le parti du S. -Siège. Frédéric l'esti-
mait comme l'ennemi le plus acharné qu'il eût à la
Curie romaine (E. von Westenholz, Kardinal Rainer
Don Viterbo, 1912).
A Cîteaux, on fut consterné. Les chapitres généraux
de 1241 et 1242 se célébrèrent malgré l'absence des
abbés de Cîteaux et de Clairvaux. On imposa des priè-
res supplémentaires; mais il fallut aussi pourvoir aux
nécessités matérielles des captifs, nourriture et vête-
ment {Stuluta, 1241 ; 3, 18). Les malheureux avaient
décrit, dans une lettre envoyée à Étienne de Lexington,
alors abbé de Savigny, l'état de dénuement où l'ennemi
les avait réduits (cf. cette lettre dans Chronicle of Mel-
rose, éd. en fac-similé du ms. de Londres, 1936, p. 88).
Entre temps, les prieurs des abbayes privées de leur
prélat prenaient en main toute l'administration, y com-
pris la charge des visites canoniques des maisons filles,
qu'ils accomplissaient accompagnés d'un abbé de leur
choix (ibid., 1242 : 3, 4).
L'abbé de Clairvaux ne survécut guère à sa libéra-
tion ; celui de Cîteaux fit accepter sa démission par le
chapitre général de 1244, semble-t-il, après la visite
du roi S. Louis à Cîteaux. Durant leur captivité, les
prélats avaient reçu deux lettres de Grégoire IX les
consolant, les encourageant (cf. L. Auvray, Reg. de
Grégoire IX, n. 5420 sq. : Convocatio concilii; n. 5678 :
lettre adressée au chap. génér. de C, ut niittant 4°' ab-
bates; n. 6031 : lettre de Guillaume le Sourd, podestat
de Gènes, faisant au pape le récit du désastre du 3 mai;
n. 6063 et 6095 : lettres pontificales aux captifs. —
Dans la série des Gravamina Ecclesiae contra imperato-
rem, n. 2482, on lit : De prelatis ecclesiarum et abbatibus
cisterciensis et aliorum ordinum, qui coguntur per sin-
gutos menses dare certam summam pecunie pro construc-
tione novorum castrorum).
Le vieux pontife mourut le 22 août 1241. Pour le
bien de l'Église universelle, il avait réalisé, avec l'aide
du dominicain Raymond de Penafort, une œuvre con-
sidérable : la codification des Décrétâtes en cinq livres.
Pour la prospérité et le développement de l'ordre de
Cîteaux, il avait donné plusieurs bulles tendant à main-
tenir l'exemption. Notons le privilège de mention no-
minale étendu désormais à toutes les causes, d'après la
décrétale 1. I, tit. m, c. 6 (Potthast, Reg., 8103). Par
ailleurs, pour infuser un sang nouveau à certaines
abbayes tombées en langueur, il les avait fait entrer
dans l'ordre de Cîteaux. La bulle Sepe vinitor diligens,
du 5 mai 1228 (ibid., 8174; Ughelli, m, 634), vise l'in-
corporation de S. -Sauveur de Monte Amiato. Il y eut
aussi Lovadina, Canonica, S. -Étienne de Cornu, S.-
Sauveur de Septimo. Nombreux, dans ce sens, furent
les cas d'abbayes féminines; les statuts capitulaires en
ont conservé quelques décrets qui concernent Vesola,
Coeli Porta, Biache, Amour-Dieu, Macherat, Medingen
et autres (Slatuta, 1230 : 10, 18; 1231 : 44; 1232 : 29;
1233 : 30, 31; 1236 : 12, 18; 1237 : 15, 16; 1238 : 34).
4" Les onze années du pontificat d'Innocent IV
(juin 1243-déc. 1254) comportent par-dessus tout la
lutte contre Frédéric II d'Allemagne. La conduite de
l'empereur avait sufiîsamment prouvé que le pape ne
pouvait compter ni sur sa sincérité, ni sur sa loyauté,
ni sur ses serments. On reprit donc l'idée d'un concile,
qui jugerait et condamnerait au besoin. Il se tiendrait
à Lyon, qui offrait le plus de sécurité.
Le pape se rend d'abord à Gênes, sa ville natale. La
maladie l'oblige à passer trois mois dans le monas-
tère cistercien de S. -André di Sestri, assez proche de la
ville. En novembre, il continue son voyage; le 24 de ce
mois, il est à Hautecombe, autre abbaye cistercienne;
par le Mont-Cenis, il atteint ensuite Lyon. Étaient pré-
sents au concile de 1245 les abbés de Cîteaux et de
Clairvaux, Boniface et Étienne de Lexington. Le
26 juin, « Taddeo de Suessa, ambassadeur de Frédéric,
défendit son maître avec une habileté et une énergie
pathétiques » (Jordan, op. cit., 269). Le 5 juill., le cis-
tercien Pierre, évêque de Carinola, prononça un réqui-
sitoire contre l'empereur; de même un évêque espa-
gnol (Martin, Butlaire... Lyon, n. 1049). Le 17 juill.
eut lieu la troisième session. Malgré la modération de-
mandée par les souverains laïques, y compris Louis IX,
la bulle de déposition fut promulguée (Potthast, Reg.,
11733). Cinq ans plus tard, en déc. 1250, Frédéric mou-
rait. La bulle Laetentur coeli annonça alors la fin de la
lutte gigantesque (ibid., 14163). Quand Innocent IV
disparut à son tour (7 déc. 1254), « l'œuvre de son
règne était accomplie : Frédéric II n'existait plus, la
maison de Souabe agonisait, la puissance de l'Empire
était brisée; le S. -Siège était sorti d'une des crises les
plus terribles qu'il eût jamais traversées, grâce au
sang-froid, à la décision, à l'incomparable ténacité de
ce grand pontife (E. Berger, Reg. d'Innocent IV, n. 11 ;
Introd., p. ccxc; cf. Mansi, xxm, 605 sq.).
Après le concile. Innocent IV s'était imposé
« d'écrire spécialement au chapitre général pour bien
convaincre les cisterciens que les sentences contre
l'empereur n'avaient pas été prises à la légère » (Mahn,
op. cit., 241 ; Potthast, Reg., 11873). Il escomptait avec
raison que les abbés venus à Cîteaux de tous les points
de la chrétienté emporteraient chez eux cette convic-
tion et la répandraient dans leur entourage. Excellent
procédé pour ruiner les arguments que Frédéric faisait
valoir dans son manifeste envoyé aux princes (cf.
texte dans Ctiron. of Melrose, p. 102 sq.).
Au cours d'une des sessions conciliaires, certains évê-
ques, et notamment Robert Grossetête, évêque de Lin-
coln, avaient demandé de réduire les privilèges et les
immunités de l'ordre de Cîteaux (Marthi, op. cit., 1062).
Le pape maintint les moines dans leur ancienne posi-
tion juridique. Dès le début de son pontificat, il avait
adressé au chapitre général une lettre demandant des
prières (Statuta, 1243 : 1; texte de la lettre, ii, 487).
Parmi les douze cardinaux de la première promotion,
en mai 1244, nous voyons les cisterciens Pierre de Bar,
abbé d'Igny, et Jean de Toleto. La deuxième promo-
tion, en déc. 1251, compta encore un cardinal blanc,
Jacques Herbert de Porta, neveu de Jacques de Peco-
raria; évêque de Mantoue depuis 1238, il était précé-
demment abbé de Trois-Fontaines. En 1252, Inno-
cent IV consacrait encore lui-même l'abbé de Casa
Nova, Jacques, le créant évêque de Sulmona (Pot-
thast, Reg., 14554).
D'autres distinctions furent également accordées.
Notons la bulle du 26 juin 1245, plusieurs fois concédée
à des abbayes particulières et, le 18 août 1246, à l'ordre
dans son ensemble : Meritis. Elle dispense de l'examen
épiscopal les moines présentés par leurs abbés aux or-
dinations (ibid., 11646, 12131, 12254). Le S.-Siège dut
aussi intervenir dans la question des dîmes et, sachant
que le produit du travail monastique passait tout en-
tier en bonnes œuvres. Innocent IV ne craignit pas de
comparer les moines, obscurs ouvriers de la charité,
aux Templiers et aux Hospitaliers (bulle Consultationi,
13 janv. 1248; É. Berger, Reg. d'Innocent IV, n. 3551).
Par-dessus tous les bienfaits d'Iimocent IV, l'ordre
de Cîteaux place avec raison la fondation du collège
S. -Bernard de Paris. Sans l'intervention pontificale, la
création timide d'Étienne de Lexington, abbé de Clair-
939
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT III A CLÉMENT IV
940
vaux, n'aurait pas eu le succès qu'elle méritait. Dans
sa bulle du 4 sept. 1245 adressée au chapitre général
(Statuta, 1245 : 4), le pape loue grandement l'œuvre
commencée; il veut qu'elle prospère et en donne pour
raison les fruits salutaires qu'il en attend pour l'avan-
tage, non seulement de la famille cistercienne, mais
aussi de l'Église universelle. En somme, en dirigeant
les moines blancs vers les études universitaires, le pon-
tife prétendait perfectionner l'un des instruments d'ac-
tion les plus dévoués au S. -Siège depuis un siècle (cf.
infra, col. 945).
5° Sur l'esprit d'Alexandre IV (1254-1261), le cardi-
nal cistercien Jean de Toleto avait un certain ascen-
dant, qu'il mit à profit pour obtenir une série de bulles
à l'avantage de Cîteaux. En avr. 1255, le pape redit
une fois de plus que les visites canoniques des abbayes
ne peuvent pas être confiées à des prélats étrangers à
l'ordre, et qu'en conséquence on n'est tenu envers eux
à aucune procuration (Potthast, Reg., 15810). Cette
dispense s'applique même aux cas des légats aposto-
liques {ibid., 16041). Le 31 mai 1257, la bulle Vestrum
sacrum confirme les observances et coutumes de Cî-
teaux {Bull, de C, fol. 34). En juin 1260, Rome affirme
que la législation cistercienne est suffisamment pour-
vue de moyens pour mener à bonne fin les visites régu-
lières, les corrections et amendements nécessaires; aussi
les appels à une juridiction extérieure sont-ils interdits
(Potthast, Reg., 17896).
D'autres décrets touchent la liturgie. A la demande
du cardinal dominicain Hugues de S. -Cher, le pape en-
joint au chapitre général de faire célébrer dans l'ordre
les fêtes de S. Dominique et de S. Pierre de Vérone
(ibid., 15940; Statnta, 1255 : 4; 1256 : 2; 1259 : 9). Les
fêtes de S. Nicaise et de S. Antoine furent aussi adop-
tées de mandata papae (ibid., 1259 : 8; 1260 : 13). Le
même pontife veut que Cîteaux mette un peu plus de
splendeur dans sa liturgie. On pourra utiliser désor-
mais des chapes, des tuniques pour les diacres et sous-
diacres, aux messes solennelles; propreté et tenue des
moines seront également mieux soignées (bulle Vestra,
20 juin 1257; Statuta, 1257 : 3, 4; 1258 : 5).
Jean de Toleto, qualifié de protector ordinis par le
chapitre général de 1260, obtenait en cette même an-
née, pour l'abbé de Cîteaux et les quatre premiers
Pères, le privilège de conférer les ordres mineurs aux
religieux. Mais la concession parut tellement exorbi-
tante que le chapitre général crut prudent de ne pas
l'utiliser aussitôt; il craignait des difficultés avec l'épis-
copat (bulle Habitantes; Arch. départ, de l'Aube, 3 H
61; publ. par Mahn, op. cit., 271; Statuta, 1260 : 8).
On a douté parfois que ce Jean de Toleto eût été vrai-
ment cistercien. Dans plusieurs bulles, le pape lui re-
connaît cependant cette qualité; lui-même l'affirme
dans ses écrits; sa signature au bas des bulles com-
porte les deux mots : frater Johannes (cf. son éloge dans
les Ann. Furness., M. G. H., SS., xxviii, 558).
6» Urbain IV (1261-1264) est avant tout le pape de
l'eucharistie, de la fête du Corpus Christi (bulle Tran-
siturus, 1261). Dans une lettre à l'évêque de Troyes
(9 sept. 1263; Potthast, Reg., 18640), il rappelle sa
naissance en cette ville; il le charge d'un don à faire à
l'abbaye des cisterciennes de N.-D.-des-Prés, où repose
la dépouille mortelle de sa mère. Jadis, revenant d'une
légation dans les pays de l'Est, il avait rapporté une
antique effigie du Christ qu'il confia aux cisterciennes
de Montreuil-sous-Laon ; ce qui fit la célébrité de cette
petite abbaye.
Lors de la création de nouveaux cardinaux en 1262,
Urbain IV appela à cette dignité l'abbé de Cîteaux, Guy
de Bourgogne. Il voulut ensuite en avertir lui-même le
chapitre général de 1263, disant qu'il avait déchargé
Guy du gouvernement de l'ordre pour en faire le car-
dinal titulaire de S. -Laurent in Lucina. Il ajoute — dé-
tail non négligeable : « Vous aurez soin de lui créer des
revenus qui lui permettront de soutenir sa dignité »
(ibid., 18'755). A Cîteaux, l'élection du nouvel abbé fut
précisément l'occasion faisant éclater au grand jour le
regrettable conflit, latent depuis des années déjà,
entre les premiers Pères de l'ordre. Urbain IV s'en oc-
cupa activement. Bulles et autres documents étaient
expédiés quand le pape mourut à Pérouse, après trois
ans de règne, laissant à son successeur le soin de ter-
miner la cause cistercienne en cours.
7° Elle fut terminée, en effet, par Clément IV (1265-
1268) qui, en juin 1265, signait la bulle Parvus fons,
appelée la « Clémentine », bulle de réforme modifiant
quelque peu le rouage gouvernemental de l'ordre (ibid.,
19185; cL infra, col. 950).
Les antécédents de ce pape français sont bien con-
nus. Guy Foucaull (ou de Foulques), d'abord avocat
au parlement de Paris, puis conseiller du roi S. Louis,
entre dans les ordres à la suite d'un deuil et parcourt
toute la carrière ecclésiastique (cf. Ann. pont., 1926,
p. 101-103). Il remplissait une légation en Angleterre,
quand il fut élu au souverain pontificat. Outre la bulle
de réforme, il rappela aux Pères du chapitre général
leur obligation grave de venir annuellement à Cîteaux
pour cette célébration (Potthast, Reg., 19259). Deux
ans plus tard, c'était une lettre plus sévère qu'il leur
adressait, à l'effet de les déterminer à aider leur maison
mère dans la crise financière qu'elle traversait (Cothe-
ret, Ann. de Cîteaux, fol. 40).
Toutefois Clément IV conservait son estime aux cis-
terciens, auxquels il confia en 1268 le soin de réformer
l'abbaye bénédictine des SS.-Cosme-et-Damien, au dio-
cèse de Zagreb. Il aurait voulu l'incorporer à l'ordre de
Cîteaux et en faire une maison fille de Toplica (Pot-
thast, Reg., 20395). Ce ne fut pas possible. A la date
du 24 nov. 1266, le pape canonisa Ste Hedwige, épouse
d'Henri, duc de Pologne, qui, devenue veuve, avait
embrassé la vie cistercienne au monastère de Trebnitz
(fête le 16 oct.; ibid., 19971).
Au xiii« s., la papauté fait souvent appel aux mem-
bres des ordres religieux pour leur confier le gouverne-
ment des diocèses. Pour sa part, Cîteaux fournit envi-
ron cent soixante évêques. Certains d'entre eux furent
canonisés; d'autres furent l'objet d'un culte immémo-
rial et ont eu un office liturgique. Citons S. Guillaume
de Donjeon, archevêque de Bourges (f 1209); S. Boni-
face de Bruxelles, évêque de Lausanne (f 1260); S. Ber-
nard Calvo, évêque de Vich (f 1243); S. Adolphe, évê-
que d'Osnabruck (t 1224), etc. Quelques rares unités
firent plutôt ombre dans le tableau. L'évêque de
Penne, Gaudric, consacré par Innocent III lui-même,
donna des déceptions qui lui valurent une lettre sévère
de son consécrateur ; Tacti sumus dolore (ibid., 1154;
P. L., ccxiv, 880). Le pontife lui reproche son faste et
son immortiflcation. Le cas de l'évêque de Bangor,
Cadwgan, retiré à Tabbaye de Dore, occupa le chapitre
général, qui se crut obligé de menacer d'expulsion ce
personnage encombrant et peu édifiant (Statuta, 1239 :
20; D. H. G. E., xi, 123).
Clément, Conrad d'Uracti, dans Rev. Bén., 1905, p. 232. —
Kubel, 1. — Gloning, Conrad d'IJrach, .«Vugsbourg, 1901. —
Horoy, Honorii III opéra omnia, Paris, 5 vol., 1879-83. —
Ph. Pouzet, Le pape Innocent IV à Lyon; le concile de 1245,
dans Rev. d'hisl. de l'Êgl. de France, xv, 1929, p. 281-318. —
P. Pressutti, liegesta Honorii papae III, Rome, 1888. —
F. Vernet, Études .iiir les .<;ermons d'Honorius III, Lyon,
1888. — G. Wellstein, Der hl. Engelbert, Erzh. Kôln and die
Cislerc, dans Cislerc.-Clironilt, ni, 1925, p. 30. — D. WiUi,
Pàpste, Kardinàle und Dischôfe aus clem Cisterc, Bregenz,
1912.
III. Le roi s. Louis et Cîteaux. — « Blanche de
Castille avait pour l'ordre de Cîteaux une prédilection
marquée » (É. Berger, Hist. de Blanche de Castille, Pa-
941
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT III A CLÉMENT IV
942
ris, 1895, p. 319). C'est de son père et de son aïeul,
semble-t-11, qu'elle tenait cette empreinte. Al-
phonse VII (1126-57), puis Alphonse VIII (1158-1214)
avaient créé une Castille cistercienne. Ils fondaient
sans relâche des abbayes et comblaient de largesses les
initiatives similaires prises par les seigneurs (cf. supra,
col. 891). Après la mort d'Alphonse le Noble
(6 oct. 1214), le corps du pieux roi fut porté au monas-
tère des cisterciennes de Las Huelgas, près Burgos,
qu'il avait fondé. A ce moment, Blanche était en
France, épouse de Louis VIII, tout entière à ses de-
voirs d'épouse et de future mère.
Le dimanche 2 oct. 1227, le jeune prince Louis assis-
tait avec sa mère à la dédicace de l'église abbatiale de
Longpont. Cette abbaye, fondée en 1131, avait compté
le Bx Jean de Montmirail (t 1217) au nombre de ses
moines, et ceux-ci, recrutés surtout dans la noblesse du
pays, s'étaient multipliés par centaines. C'est peut-
être en cette circonstance que la reine Blanche et son
fils conçurent l'idée d'appeler les religieux de Cîteaux
dans la fondation monastique qu'ils se proposaient de
créer, pour accomplir les volontés suprêmes de
Louis VIII. Peu de temps auparavant, Blanche avait
reçu du chapitre général de Cîteaux une charte d'asso-
ciation à ses prières et bonnes œuvres (Teulet, Layettes
du trésor des chartes, i, n. 1557). Son fils laissera le sou-
venir d'avoir beaucoup aimé les cisterciens, comme en
témoignera le chroniqueur Gilles Le Muisit (éd. H. Le-
maître, Paris, 1905, p. 3).
Sans tarder, Louis achète l'emplacement de la future
abbaye. Il s'agit d'une grange et d'un terrain nom-
més Cuimont, appartenant au prieuré de S.-Martin-de-
Boran. La volonté royale, prenant possession de ces
lieux, en transforme le nom en celui de Royaumont
(Charte de fondation, 1228, énumérant les biens et les
droits concédés à l'abbaye). Les religieux venus de Cî-
teaux l'occupent dès 1229; l'abbaye devient ainsi la
21« des maisons issues directement de Cîteaux. L'abbé
de cette maison mère était alors Gauthier d'Ochies,
jadis abbé de Longpont. C'est lui que Grégoire IX qua-
lifie de mediator idoneus, en le chargeant de la mission
de rétablir la paix, ou au moins d'obtenir une trêve
entre les rois de France et d'Angleterre (L. Auvray,
Reg. de Grégoire IX, n. 439, ann. 1230).
Royaumont fut pour son fondateur un séjour aimé.
Sa piété l'y ramenait souvent; son esprit de pénitence
aussi, car il trouvait là un frère nommé Léger, dévoré
par la lèpre et devenu « abominable ». Le roi en fit son
ami. Accompagné du Père abbé, il allait le voir en son
réduit, s'agenouillait devant lui et le faisait manger
(Gesta Ludovici auct. monacho S. Dionysii, dans Rec.
des hist. des Gaules, xx, 52). Au réfectoire des moines,
il s'adjugeait le rôle de serviteur, exercice humble et
fatigant, car l'abbaye fut bien vite abondamment peu-
plée.
La reine Blanche voulut aussi sa fondation cister-
cienne. De cette volonté naquit la plus remarquable
abbaye de moniales blanches : Ste-Marie-la-Royale à
Maubuisson, près Pontoise. Pour créer une œuvre belle
et durable. Blanche fut royalement généreuse, comme
son fils l'avait été pour Royaumont. L'essaim de mo-
niales qui vint occuper Maubuisson avait été formé,
selon le désir de la fondatrice, d'un choix judicieuse-
ment fait de personnes prises dans différents monas-
tères de l'ordre. Le chapitre général s'en était occupé
en 1237. Sept ans plus tard, le 26 juin 1244, l'église fut
solennellement consacrée en présence du roi et de la
noble fondatrice. En septembre de cette même année,
le chapitre général, composé d'au moins 500 abbés ve-
nus à Cîteaux, reçut la visite de la famille royale :
Louis IX, sa mère, ses frères Robert et Alphonse, sa
sœur Isabelle, et une brillante suite. Le texte officiel
des statuts capitulaires ne cite comme mobile de cette
démarche que la dévotion des visiteurs et l'attache-
ment qu'ils voulaient manifester à l'abbaye, mère fé-
conde d'un grand ordre religieux (Statuta, 1244 : 10;
1253 : 32). Les conclusions de cette entrevue se résu-
ment d'ailleurs en des obligations pieuses nettement
contractées par les moines pour chacun des membres
de la famille royale et toute sa parenté (Statuta, 1244 :
4, 11-19). C'étaient des avantages d'ordre surnaturel
qu'on était venu demander à Cîteaux. II faut donc
maintenir une attitude défiante vis-à-vis des dires de
Matthieu Paris, toujours hostile à la Cour romaine
(cf. E. Petit, S. Louis en Bourgogne, 1893).
L'abbaye de Pontigny, seconde maison fille sortie de
Cîteaux, reçut aussi la visite royale en juin 1247,
C'était pour la translation des restes de S. Edmond
Rich, archevêque de Canterbury (t 1242), qui, à
l'exemple de S. Thomas Becket, avait trouvé refuge
en ce monastère. Une nouvelle translation devint né-
cessaire deux ans plus tard. A cette date, le roi batail-
lait en Orient; mais sa mère et son épouse, Marguerite
de Provence, furent présentes à la cérémonie religieuse.
Nombreux furent les monastères cisterciens qui bé-
néficièrent des largesses royales. Citons l'Amour-Dieu,
près de Troissy; Villiers-aux-Nonnains, au dioc. de
Sens; Trésor-Notre-Dame, au dioc. de Rouen; Parc-
aux-Dames, au dioc. de Senlis. A Biaches-lez-Péronne,
une abbaye de moniales avait été créée par le chanoine
Pierre Quercus, en 1235. Son admission dans l'ordre de
Cîteaux fut l'œuvre de la reine Blanche et de son fils,
qui présentèrent la demande au chapitre général de
1236; un ordre venu de Rome soutenait d'ailleurs cette
pétition (Statuta, 1236 : 12). Le chapitre général de
1241 fut également saisi d'une demande similaire, pré-
sentée par la reine Blanche pour l'abbaye du Lys qu'elle
venait de créer sur les domaines de son douaire, près
Melun. La première abbesse du nouveau couvent fut
une religieuse tirée de Maubuisson, qui n'était autre que
la comtesse de Màcon, Alix, devenue veuve et dont le
comté était passé à la couronne.
Avec le chapitre général de Cîteaux, Louis IX eut
des relations épistolaires très fréquentes. « Chascun an
il enveoit dévotes lettres au chapitre général qui est fet
à Cystiax dan en an... » (Vie du saint par Guillaume,
confesseur de la reine Marguerite, dans Rec. des hist.
des Gaules, xx, 81). Les abbés décrétaient alors que
les moines prêtres de toutes les abbayes auraient à cé-
lébrer une ou plusieurs messes pour la prospérité de la
famille royale et le bien du royaume (Statuta, 1237 : 12;
1238 : 11; 1240 : 18, etc.). Quand le deuil vint frapper
la famille royale, ce furent des services solennels et des
anniversaires que la cour de France demanda pour ses
défunts. Dès 1227, Louis IX écrit à Cîteaux dans ce
sens, pour son père (t 1226) et son aïeul Philippe Au-
guste (t 1223). En 1243, Blanche recommande sa pro-
pre sœur Éléonore, récemment défunte, épouse répu-
diée de Jacques le Conquérant, roi d'Aragon. La jeune
reine de France fait la même démarche après le décès
de son père, le comte Raymond Bérenger V (ibid.,
1245 : 15). En 1252, Blanche est en deuil du roi de Cas-
tille, Ferdinand, son neveu; elle demande qu'un ser-
vice solennel soit célébré dans toutes les maisons de
l'ordre. L'infante Bérengère, fille du défunt et déjà mo-
niale cistercienne à Las Huelgas, sollicite avec Al-
phonse d'Aragon un anniversaire dans toutes les
abbayes du royaume (ibid., 1252 : 6).
A ce moment, la reine Blanche est bien proche de la
mort. La voyant venir, elle demande le viatique. L'évê-
que de Paris le lui apporte, puis la revêt de l'habit des
moniales cisterciennes. Blanche déclare alors qu'elle
veut être religieuse à la vie et à la mort. Après le ser-
vice funèbre en l'abbatiale de S.-Denys, le corps de la
pieuse reine fut inhumé à Maubuisson. Chaque abbaye
cistercienne acquitta un double service liturgique, cette
943 CITEAUX (ORDRE). D'INN
année et la suivante. L'anniversaire solennel fut fixé au
28 nov., date du décès, semble-t-il (ibid., 1253 : 6).
Dans la suite, Maubuisson reçut fréquemment la visite
royale. Chaque année y ramenait Louis IX sur la
tombe de sa mère. Son dernier séjour date de mars
1270; il marque ses adieux à Maubuisson avant la croi-
sade (document publié dans Bibl. de l'Éc. des chartes,
1857, p. 265).
A Royaumont, on célébra aussi l'anniversaire du
jeune prince Louis, fils aîné du roi, décédé avant d'avoir
régné (Statuta, 1260 : 18). La princesse Isabelle eut
aussi son service et son anniversaire (ibid., 1270 : 76).
Quand Louis IX fut à Tunis, la reine s'adressa au
chapitre de Cîteaux; des prières instantes furent pres-
crites en faveur du roi, des princes et de tous les croisés,
qui corpora sua exposuerunt periculis el laboribus...
Hélas, à cette date (sept. 1270), le bon roi avait déjà
succombé à la maladie. Ce n'est que l'année suivante
que le chapitre général put régler la dette de recon-
naissance due au royal ami et protecteur des cister-
ciens : services et anniversaires furent célébrés fidèle-
ment le lendemain de la S. -Barthélémy (25 août), jus-
qu'au jour où la liturgie funèbre céda la place à la litur-
gie de gloire en l'honneur du saint roi. La bulle de ca-
nonisation Rex paci ficus est de 1297. Le chapitre réuni
à Cîteaux en 1298 statue que désormais la fête de S.
Louis serait célébrée dans tout l'ordre, sous le rite de
douze leçons et deux messes conventuelles. Plus tard,
le nom du saint fut introduit dans les litanies cister-
ciennes; il s'y trouve toujours (ibid., 1298 : 5; 1299 : 2).
Le Rec. des hist. des Gaules, xx, a reproduit les Vies de S.
Louis par Geoffroi de Beaulieu, Guillaume de Chartres, le
moine de S.-Denys, le confesseur de la reine Marguerite,
Joinville; les Gesta, par Guillaume de Nangis. — E. Berger,
Ilist. de Blanche de Castille, Paris, 1895. — De L'Épinois,
Comptes relatifs à l'abbaye de Maubuisson, dans Bibt. de
l'Ëc. des ctiartes, 1858, p. 550. — Duclos, Hist. de Royau-
mont, Paris, 1867. — Dutilleux et Depoin, L'abbaye de
Maubuisson, Paris, 1882-85. — Hérard, Rech. arctiéol...,
Maubuisson, Paris, 1881. — P. Jarry, Abbayes et cliâteaux
de l'Ile-de-France, Paris, 1947. — Ch.-V. Langlois, S. Louis,
dans Hist. de France de Lavisse, iir, II* partie, Paris, 1911.
— Le Nain de Tilleniont, Vie de S. Louis, Paris, 1847. —
Statuta cap. yen. ord. cisterc, ii, m, passim. — Teulet, Layet-
tes du trésor des cliartes, ii, n. 1710 : Testam. Ludovici VIII;
IV, n. 5638 : Testam. Ludovici IX.
IV. Situation intérieure de l'ordre. — Prospé-
rité et germes de décadence se coudoient; ils se compé-
nètrent parfois; il faut donc un bilan sincère. C'est en
ce xiii« s. que l'ordre de Cîteaux arrive à son apogée. Il
est à l'avant-garde de tous les ordres religieux; l'énu-
mération qui court à travers les documents pontificaux
le proclame à sa façon : ordines Cisterciensis, Clunia-
censis, Praemonslratensis, Cartusiensis... (Reg. de Gré-
goire IX, n. 2482; Urbain IV, n. 1, etc.; Clément IV,
n. 771, etc.; Nicolas III, n. 174, etc.; éloge des cister-
ciens par Alexandre IV dans la bulle Intellecto, 21 nov.
1255).
Depuis l'année 1200 jusqu'à la fin du siècle, Cîteaux
s'accroît encore d'environ 170 abbayes d'hommes. Un
certain nombre d'entre elles sont des incorporations de
maisons déjà existantes, que l'autorité pontificale fait
réformer par les cisterciens et annexer ensuite à leur
ordre. Telles S.-Étienne de Cornu, en Lombardie (Sta-
tuta, 1231 : 31); Sta Maria Hospitalis de Lovadina, non
loin de Venise, de laquelle Grégoire IX écrit : « Le seul
espoir de sauver cette abbaye est d'y introduire les
cisterciens » (Potthast, Reg., 8258, 8380; Statuta, 1230 :
10). Il en est de même de Palazzuelo, occupée par les
augustins, au dioc. d'Albano (ibid., 1237 : 14); de
l'abbaye bénédictine de Sta Maria de Strata, au dioc.
de Bologne (ibid., 1251 : 42). Alexandre IV, en janv.
1258, unit l'antique abbaye de S. -Barthélémy de Car-
pineto à celle de Casa Nova, au dioc. de Penne (Reg.
OCENT m A CLÉMENT IV i)44
d'Alexandre IV, n. 2452; Kehr, IL pont., iv, 29); et
ainsi de plusieurs autres citées dans les statuts capitu-
laires. Cependant le décret pontifical d'annexion se ré-
vèle parfois impuissant devant certaines oppositions.
Lorsch, au dioc. de Mayence, passe aux Prémontrés
vers 1248, après la réforme cistercienne imposée par
Grégoire IX (Reg. de Grégoire IX, n. 1095); Bournet,
au dioc. d'Angoulême, demeura bénédictin (Reg. d' In-
nocent IV, n. 2308, 2309).
Certaines abbayes en détresse se tournent vers Cî-
teaux, port assuré de salut, leur semble-t-il. Mais, de
ce côté, on ne marque nul empressement à les recevoir.
On veut éviter d'être taxé d'accaparement (Statuta,
1231 : 52) ; on exige que soient observées toutes les con-
ditions juridiques (ibid., 1216 : 65) ét, par prudence, on
refuse de se charger de poids mort. C'est ainsi qu'en
1253 trois abbayes solliciteuses sont visitées par des
délégués du chapitre général qui, l'année suivante,
rendent compte, de leur mission : le premier de ces mo-
nastères, S. -Benoît in Monte Favali, n'est pas en état
désespéré, on peut l'accepter; les deux autres ne sont
plus viables (ibid., 1253 : 16; 1254 : 10). En 1236, le
cardinal cistercien Rainier Capocci présente au cha-
l)itre général deux abbayes; on accepte en principe,
par égard pour le demandeur, mais l'examen confié
à deux abbés conduit finalement à un échec (ibid.,
1236 : 16). Parmi les autres monastères alors sollici-
teurs, on relève les noms de Blanche-Couronne, Mo-
gila en Pologne, Val-Dieu en Hongrie, les deux ab-
bayes liégeoises S. -Jacques et S. -Laurent (ibid., 1236 :
64; 1240 : 33, 63; 1263 : 43).
En juill. 1231, Grégoire IX édicté des statuts pour
la réforme des moines clunisiens (Potthast, Reg., 9072);
en 1235 et 1237, il donne une autre série de statuts à
tous les bénédictins (Reg. de Grégoire IX, n. 3045).
Pour en assurer et surveiller l'observance, le même pon-
tife délègue des abbés cisterciens à plusieurs reprises.
Les abbés de Colomba et de Fonte Vivo sont chargés
de réformer l'abbaye de S.-Xiste (ibid., n. 3600); le pré-
lat de Brondolo doit visiter Pomposa (ibid., n. 4545);
Savigny de Lyon est réformé par Hautecombe (ibid.,
n. 4698). Innocent IV délègue les abbés d'Eberbach,
d'Arnsburg et de Schonau pour faire respecter les sta-
tuts grégoriens dans la province ecclésiastique de
Mayence (Reg. d'Innocent IV, n. 2176). L'abbé de Ca-
samari reçoit mission de visiter le monastère de Flore
et ses filiales, ainsi que l'abbaye bénédictine de Gualdo
(ibid., n. 8008). L'abbé de Preuilly doit faire une en-
quête sérieuse à S.-Remy de Reims (Reg. d'Alexan-
dre IV, n. 2697). Même l'illustre abbaye de S.-Denys
recevra en 1289 la visite de trois réformateurs aposto-
liques : les abbés de Cîteaux, de Clairvaux et de Chaa-
lis (Reg. de Nicolas IV, n. 982, 1096).
Les évêques cisterciens étaient autorisés, depuis 1 1 34
(Statuta, n. lxi), à avoir auprès d'eux, pour les secon-
der, deux moines et trois convers. Ce bénéfice de pos-
séder chez soi des hommes de confiance, d'autres évê-
ques et même des princes temporels le demandent à
leur tour. Le chapitre général cède sur ce point, mais
retire ses religieux dès qu'il apprend les occupations
peu dignes où ils sont employés. L'archevêque de Mi-
lan fait de son convers un chef de bataillon (ibid., 1243 :
41); un autre est devenu gardien de forteresse (ibid.,
1218 : 31); d'autres soignent les chevaux de l'armée
(ibid., 1202: 13). Devant le cas du convers Manassès,
cédé jadis au roi d'Angleterre et chargé par lui de la
distribution des aumônes, le chapitre général fait ren-
trer dans leur monastère respectif tous les moines et
convers prêtés de la sorte à des personnes séculières
(ibid., 1197 : 30). Dans la suite, les demandes nom-
breuses arrivent annuellement au chapitre général qui,
débordé, n'a d'autre ressource que de céder, en appo-
sant la clausule dummodo honestis depuieniur ofliciis
945
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT 111 A CLÉMENT IV
946
(ibid., 1230 : 3). Moines et cou vers se voient alors dis-
séminés dans les évéchés et les cours princières (cf.
Statuta, VIII, Indices, p. 144, au mot Commodare : énu-
mération). Grégoire IX fait savoir à l'abbé de Posega
(Vallis honesta), en .Slavoiiie, qu'il ait à envoyer deux
de ses convers pour desservir l'hôpital fondé par l'ar-
chevêque Hugolin de Calocza (Reg. de Grégoire IX,
n. 1932).
C'eût été grand miracle que tous ces gens cloîtrés,
mis subitement hors de leur atmosphère normale, ne
se fussent point laissés toucher par le siècle. En 1270,
on met enfin le holà {SlaluUi, 1270 : 14). La loi est ab-
solue : aucune concession de ce genre ne sera faite dé-
sormais; l'expérience n'a que trop révélé les inconvé-
nients du système; mullu maki, dit le décret, qui est
d'ailleurs inspiré par deux cardinaux cisterciens très
dévoués à leur ordre, Jean de Toleto et Guy de Bour-
gogne.
Pour peu que l'on se souvienne du nombre de cister-
ciens que compte l'épiscopat de cette époque et du rôle
rempli par les cardinaux blancs, tels que Rainier Ca-
l)occi, Jean de Toleto, Jacques de Pecoraria (dont le
zèle pour les finances pontificales fut blâmé iiarfois), on
conclut que partout, dans l'Église du xiii<= s., on ren-
contre Cîteaux.
1° Le collège S.-Bernard de Paris. — Les documents
officiels concernant la fondation de ce collège nous en
ont conservé l'histoire, au moins dans ses traits essen-
tiels. Dès 1237 (Staluta, n. 9), l'abbé de Clairvaux, jadis
auditeur des leçons de S. Edmond, et dont le monas-
tère possédait une maison à Paris, obtient du chapitre
général l'autorisation d'y faire séjourner quelques-uns
de ses jeunes clercs, afin de les faire bénéficier de l'en-
seignement universitaire. Un moine et deux frères con-
vers sont là, à l'effet de pourvoir aux nécessités tempo-
relles. D'autres abbés peuvent aussi y envoyer leurs su-
jets. En même temps, un mouvement sérieux vers les
hautes études s'inaugure dans l'ordre. En 1245, un sta-
tut d'allure solennelle jette les bases de l'organisation
des études à établir dans les monastères, pour ceux des
jeunes moines que les supérieurs ne pourront ou ne
voudront pas envoyer aux universités. Le statut sui-
vant concerne le collège de Paris, précédemment ou-
vert par les soins de l'abbé de Clairvaux et en faveur
duquel ont écrit au chapitre le pape et plusieurs cardi-
naux, notamment Jean de Toleto {Staluta, 1245 : 3, 4).
L'intervention pontificale ici mentionnée comporte
deux bulles. La première est adressée à l'abbé de Clair-
vaux, Étienne de Lexington (Virtutum, 5 janv. 1245;
Reg. d'Innocent IV, n. 897; publ. par D'Arbois, Études
abb. cisterciennes, Paris, 1858, p. 360; Denifle, Chartul.
Univ. Paris, ii, 1889, p. 241). Innocent IV, alors en
résidence à Lyon, entre pleinement dans les vues du
fondateur; il loue l'reuvre commencée et la fait sienne
par le privilège qu'il confère à l'abbé de Clairvaux de la
continuer sous le couvert de l'autorité apostolique. La
seconde bulle (Diligentiae, 4 sept. 1245; D'Arbois, op.
cit., 361) est adressée au chapitre général de Cîteaux.
Elle a pour but évident de créer l'unanimité — non en-
core obtenue — de pensée et de volonté chez les supé-
rieurs de l'ordre. Le pontife défend notamment de
transférer ailleurs le Studium en formation à Paris.
• D'ici sortiront des hommes instruits qui seront utiles
non seulement à votre ordre, mais aussi à l'Église uni-
verselle. »
D'autres bulles vinrent ensuite : en oct. 1246, Inno-
cent IV autorise le collège, de gratia speciali, à rece-
voir des novices et des frères convers (Pridem personas,
5 ou 11 oct. 1246; publ. par D'Arbois, op. cit., 362;
Reg. d'Innocent IV, n. 2149). En janv. 1254, le même
pontife délivre plusieurs bulles qui placent le collège
cistercien dans les mêmes conditions juridiques que les
collèges des frères mineurs et des frères prêcheurs (Pot-
thast, Reg., 15215). Pour intégrer le nouveau collège à
l'Université, le pape présente an chancelier le moine
Guy, auquel on donnera la licence d'enseigner, s'il en
est trouvé digne (Reg. d'Innocent IV, n. 7232). Lin
mois plus tard, une autre bulle confirmait la donation
faite par le noble Jean de Lexington à la fondation de
son parent, l'abbé de Clairvaux. Il s'agissait d'un demi-
droit de patronat sur l'église de Roderham (Potthast,
Reg., 15258). Entre temps, l'abbé Étienne avait pré-
senté au chapitre général une demande qui fut agréée :
trois religieux de Clairvaux, étudiants à Paris, s'y dis-
tinguent, et leur abbé craint qu'une élection abbatiale
ne les enlève trop tôt à leurs études. Il obtient donc
l'autorisation de les maintenir au collège quoi qu'il ad-
vienne (Statuta, 1251 : 3).
Pour son œuvre, le fondateur trouva aussi un pro-
tecteur princier en la jjersonne d'Alphonse, comte de
Poitiers et de Toulouse. Les lettres échangées à cette
occasion énoncent les conditions acceptées de part et
d'autre ])our l'établissement de ce droit de patronat.
Le document est daté du 3 mai 1253 (charte originale :
Toulouse, V, 31 ; Luijettes du trésor des chartes, ni,
n. 4053).
A cette date, aucune voix ne s'était élevée contre
Lexington ; les opposants ne parleront qu'après la dis-
parition d'Innocent IV (déc. 1254). On se souvint alors
que, parmi les lois cisterciennes, il en est une défen-
dant, sous les sanctions les plus graves, la demande, en
Cour de Rome ou ailleurs, d'un privilège particulier à
une maison ou un abbé. Déjà la Charte de charité avait
formulé cette défense (§ v), qu'Eugène III avait ap-
prouvée formellement dans la bulle Sacrosancta. Aussi
avait-elle été toujours renforcée (Statuta, 1134 : xxxi),
jusqu'à la sanction d'excommunication (ibid., 1223 : 1,
2). L'abbé de Clairvaux avait ces textes contre lui; les
sanctions étant latae sententiae, on n'eut qu'à pronon-
cer contre lui une déclaration de fait.
Alexandre IV voulut aussitôt annuler cette sentence;
il déclara Étienne inamovible dans sa charge, sauf man-
dat très spécial du S. -Siège. L'abbé de Cîteaux, Guy
de Bourgogne, futur cardinal, instruisit le nouveau pon-
tife des lois particulières dont on n'avait fait que l'ap-
plication au cas de Clairvaux. Mieux instruit et crai-
gnant de toucher à une législation qui, depuis un siècle,
se révélait féconde en résultats heureux, le pontife an-
nula son acte précédent par la bulle Intellecto (ms. 598
de Dijon, fol. 103 v"; publ. dans VAuctarium de
De Visch, Bregenz, 1927, p. 70). Ce document fait
d'abord le récit de la première intervention du S. -Siège,
puis énumère les motifs de sa révocation. D'où le ré-
sumé mis en tête de la bulle dans le ms. de Cîteaux :
Revocatio contra abbatem Clarevallensem quod non pos-
set deponi. Voulant cependant réhabiliter ce digne pré-
lat, Alexandre IV l'appela bientôt à gouverner un évê-
ché d'Angleterre. Mais, quand les envoyés pontificaux
se présentèrent à l'abbaye d'Ourscamp, où s'était retiré
Lexington, celui-ci venait de mourir. Entre temps, au
collège S.-Bernard de Paris, maître Thomas de Luda,
délégué du Souverain pontife, dont il ignorait encore
les secondes volontés, avait rédigé un acte annulant
la déposition d'Étienne (cf. de Loye, Reg. d'Alexan-
dre IV, Paris, 1917, n. 1791).
D'autres bulles d'Alexandre IV témoignent de sa
volonté de faire prospérer le collège S.-Bernard. En
janv. 1256, il présente Guy, abbé de l'.\umône, aux
cardinaux Jean de Toleto et Hugues de S. -Cher, à
l'effet d'un examen à subir, qui se termine par la colla-
tion du grade de licencié en théologie. Le décret lui
confère expressément le droit d'enseigner publique-
ment à Paris, à l'égal des maîtres universitaires, et d'y
régir les collèges. Mention spéciale est faite des statuts
c(ui viennent de terminer la controverse récente entre
religieux et séculiers professeurs à Paris (ibid., n. 1117).
947
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT 111 A CLÉMENT IV
948
Voulant mettre ensuite son protégé à l'abri de diffi-
cultés financières, le pontife l'autorise à jouir d'une
certaine pluralité de bénéfices et lui donne le titre ho-
norifique de chapelain pontifical (ibid., n. 1813, 1893).
On eut sans doute à se féliciter des résultats obtenus
à Paris, car bientôt d'autres collèges se fondent à l'ins-
tar du premier. En 1260, Jean de Toleto propose la
fondation d'un collège à Montpellier (Potthast, Reg.,
23101; Statuta, 1260 : 55; 1262 : 6; 1279 : 33), qu'on
placera sous l'autorité de l'abbé de Valmagne. En cette
même année, le roi de Castille fait une demande simi-
laire au chapitre général et le collège de Estrella est
fondé, qui sera plus tard transféré à Salamanque (ibid.,
1260 : 57). Les statuts des années 1280 et suivantes
s'occupent activement de la fondation de deux collèges
cisterciens : Toulouse et Oxford (ibid., 1280: 26, 73;
1281 : 19, 40, 42; 1282 : 2, 65; Reg. de Clément IV,
n. 192). Le roi de Portugal voulut aussi un collège dans
ses États (Statuta, 1294 : 14). Metz aura un collège en
1332, mais seulement pour les sciences préparatoires à
la théologie (ibid., 1332 : 7). Afin d'assurer la prospé-
rité de ces institutions, le chapitre général établit, en
1287 (ibid., n. 6), l'obligation d'y envoyer des sujets :
les abbayes comptant vingt moines et plus sont tenues
d'en envoyer un; les abbayes de quarante moines et
plus doivent en envoyer deux. Benoît XII formulera
ces obligations avec plus de précision et de rigueur. En
attendant les lois pontificales en la matière, les collèges
reçoivent du chapitre général des décrets importants :
qualités requises chez les étudiants d'université (ibid.,
1278 : 2; 1306 : 6; 1312 : 7); défense d'envoyer ailleurs
que dans les collèges cisterciens (ibid., 1295 : 7; 1296 :
11); l'abbé récalcitrant qui ne veut envoyer aucun su-
jet est tenu de verser au collège la somme qu'aurait
apportée son religieux (ibid., 1301 : 2; 1329 : 9); s'il
persiste dans son refus, on lui interdit l'entrée de
l'église (ibid., 1330 : 2); les étudiants ne peuvent fré-
quenter que la faculté de théologie (ibid., 1318 : 14).
Les moines sortis des universités sont très appréciés;
Jean de Weerde, par ex., religieux de l'abbaye des
Dunes, reçoit en 1292 de l'abbé de Cîteaux, au nom du
chapitre général, une lettre lui accordant plusieurs pri-
vilèges honorifiques en raison de son grade (cf. Codex
Dunensis, ms. 51S de la bibl. de Bruges, pièce n. 556).
2° Le chapitre général et ses lois. — En 1134, une pre-
mière compilation des statuts avait été élaborée. Une
seconde compilation fut décidée en 1204 (Statuta, n. 8).
Il ne s'agissait, évidemment, que de conserver les lois
d'allure générale, s'appliquant à l'ordre dans son en-
semble. Cette compilation de 1204, nous la trouvons
dans plusieurs mss. : 1309 de la bibl. de Troyes; 31/192
de IMons (Belgique); 785 de l'Arsenal, Paris. Elle ne
semble pas avoir été éditée. Reprise et complétée dans
la suite, elle fut promulguée par le chapitre de 1240 et
de nouveau en 1256, sous le titre Institutiones capituli
generalis. La matière est divisée selon un ordre idéolo-
gique et répartie dans les quinze distinctions suivantes:
I. De fundatione et institutione abbatiarum. II. De bene-
dictionibus noviliorum et abbatum, de professione et
ordinatione monachorum. III. De ofjicio divino. IV. De
privilegiis et immunitatibus et indulgentiis ordinis. V.
De capitula generali et de pertinentibus ad ipsum. VI. De
capitula quotidiana et emendatione culparum. VUrDe
visilationibus, eleciianibus et degrudationibus. VIII. De
officialibus. IX. De dirigendis in viam. X. De personis in
ordine recipiendis, uivis vet murtuis. XI. De rébus quas
licet habere, dare. accipere, commodare, aut si liceat
fideiubere. XII. De vemlitione et emptione. XIII. De
victu et vestitu monachorum. XIV. De conversis. XV. De
monialibus.
Grâce à ses lois, dont l'ensemble constituait un
« organisme merveilleux » (Berlière, Les élections abba-
tiales au M. A., Bruxelles, 1927, p. 99), Cîteaux a géné-
ralement pu échapper, durant le xni« s., aux désastres
occasionnés par des élections abbatiales mal réglées :
ingérences et violences des pouvoirs séculiers, nomina-
tion par Rome de sujets mal connus là-bas, intrusions
d'individus incapables et indignes, compétition de plu-
sieurs élus et leurs procès entre eux, etc. (cf. Berlière,
toc. cit.; législat. cisterc. des élections, dansD. D. Can.,
m, 755 sq.).
Les décrets particuliers des statuts annuels sont
révélateurs de la situation intime de certaines abbayes.
Or, ce que l'on porte à la connaissance du chapitre, ce
sont les déficiences individuelles et conventuelles : les
ombres du tableau. Les crises financières sont fré-
quentes dans les abbayes médiévales. S. -Bénigne de
Dijon en pâtit dès 1228-29 (M. Chaume, dans Ann. de
Bourgogne, 1945, p. 170) et Cluny n'y échappe pas en
1256 (Reg. d'Alexandre IV, n. 1270). Elles ne sont pas
toujours imputables à une administration locale défec-
tueuse; elles résultent parfois du système économique
de l'époque, en voie de transformation au xiii" s.
Comme remède préventif, Cîteaux dans sa législation
avait limité les autorisations de dépenses pour chaque
abbaye (Institutiones cap. gen., dist. VII, 3, De nimie-
tate debitorum; 4, De non acquirendo). Malgré cela, les
désastres se succèdent durant cette période. Barona en
Lombardie, fondée en 1210, succombe après une
dizaine d'années (Statuta, 1219 : 38). Le chapitre géné-
ral de 1227 signale qu'un grand nombre d'abbayes,
surtout en France, se trouvent dans une situation obé-
rée (ibid,, 1227 : 6). Plus tard, on cite tour à tour Font-
morigny, Boquen, Bonnevaux, Joug-Dieu, Boulbonne,
Ripalta dans le Piémont, Heisterbach au dioc. de Co-
logne (ibid., 1241 : 41; 1248 : 26; 1269 : 33, 50; 1270 :
19; 1277 : 32; 1282 : 8, 34). Urbain IV s'occupe spécia-
lement de Fontaine-Jean (Reg. d'Urbain IV, n. 7,
1960, 1994) et Clément IV de Cîteaux (Reg. de Clé-
ment IV, n. 480). En Angleterre, Melsa et Fountains
connaissent en 1280 et 1290 semblable situation
(Chron. monast. Melsa, ii, 156; Memorials of Foun-
tains, VI, p. vi).
La pénurie de convers signalée par le chapitre de
Cîteaux en 1274 (n. 12) amena fatalement l'abandon
de l'exploitation directe des fermes monastiques. Il
fallut pratiquer le métayage. Dans le midi de la France,
les grandes abbayes, Bonnefont, Grandselve, Belle-
perche et autres, pratiquèrent le paréage avec la fa-
mille royale ou les seigneurs de la contrée. De ces con-
trats, avantageux pour les deux parties, on vit naître
nombre de bastides (cf. Ch. Higounet, Cisterciens et
bastides, dans Le Moyen Age, 1950, p. 69-84).
Les papes de cette époque se montrent enclins à ap-
prouver des donations de revenus d'églises à des
abbayes cisterciennes, bien que la chose soit notoire-
ment contraire aux premiers Instituts de l'ordre (Pres-
sutti, Reg. d'Honorius III, n. 350, 438, 4158, 5223 ; Reg.
d'Innocent IV, n. 3524, 3605, 3607, 3623, 4339, 4346,
6509, 6820, etc.; Reg. de Clément IV, n. 1698; Reg. de
Nicolas IV, n. 82, 1283, 1711, 3469, 6523). La pra-
tique de la pauvreté individuelle est en souffrance
quand les supérieurs et officiers subalternes se réser-
vent secrètement une part des revenus pour faire face
à leurs dépenses privées, qui ne figureront pas dans la
comptabilité (Statuta, 1217 : 4; 1220 : 8). Chez les
prieurs, on constate la tendance à tenir en propre cer-
tains biens du monastère, à exploiter à leur profit une
portion des immeubles, des vignes... Sans doute, le
chapitre général réagit contre ces écarts; mais l'idée
est lancée et on en goûte la pratique (ibid., 1220': 38;
1223 : 9; 1262 : 10).
Jadis, les abbés démissionnaires reprenaient dans la
communauté leur rang d'ancienneté, sans plus. En
1288, la concession d'une pension est admise sans con-
teste; c'était une pratique déjà ancienne dans d'autres
94y CITE AUX (ORDRE). D'INN
ordres monastiques. Un texte scripturaire prétend
même lui fournir un respectable soutien (ibid., 1288 :
6).
Fréquemment l'autorité capitulaire est avertie que
telle abbaye laisse tomber plus ou moins gravement les
observances. En 1237, Sedlec, Colbaz, Herrera sont no-
tées de la sorte (ibid., 1237 : 55, 57, 61; 1239 : 22). Il
faut alors déléguer un visiteur spécial, avec le titre de
réformateur. Ailleurs, le tempérament féodal indompté
agite encore les convers d'Eberbach et de Grandselve
(ibid., 1238 : 52); des passions qu'on croyait ensevelies
remontent à la surface, comme à Eaunes et à Feuil-
lant (ibid., 1246 : 30). A FoUina, David, l'abbé déposé,
fait cause commune avec des ennemis de l'Église qui,
à main armée, maintiennent le déposé à son ancien
poste (ibid., 1249 : 51). Plus graves que dans ces cas
particuliers sont les écarts de quelques monastères
d'une même région, qui paraissent entrés dans la voie
du relâchement : communautés qui ont grandi trop
rapidement peut-être et restent dépourvues d'attache-
ment profond à l'esprit de Cîteaux. En Espagne, les
maisons filles et petites-filles de Clairvaux et de Mori-
mond ont besoin d'une réforme dès 1221 (ibid., n. 33).
Même cas pour les maisons de Calabre, d'Apulie et de
Sicile en 1226 (ibid., n. 13). On est mieux renseigné sur
la crise des maisons d'Irlande. Les quelques statuts
capitulaires se référant aux événements des années
1226 et suivantes trouvent un commentaire autorisé
dans les Acta cisterciensia (éd. F. Cognasso, dans
Rômische Quartalschrifl, Rome, 1912, p. 58?", 114*,
187*). On y lit dix-sept documents tirés du ms. lai.
D. VI. 25 de la bibl. de Turin. Citons deux lettres de
Gauthier d'Ochies, abbé de Cîteaux, à Grégoire IX;
dix lettres d'Étienne de Lexington, alors abbé de Stan-
ley, en Angleterre, qui eut un rôle de premier plan dans
l'apaisement des affaires d'Irlande; une lettre de Gré-
goire IX (8 déc. 1231), et quelques autres. L'éditeur
fait précéder sa publication d'une étude très poussée
sur les événements et les personnages qui intervinrent
alors. Dans les passions de révolte qui soulevèrent si
violemment ces communautés (un abbé et un moine
furent tués), on peut sans peine discerner de vieilles
tendances séparatistes.
La mésintelligence entre les abbés de Cîteaux et les
quatre premiers Pères est peut-être la tache la plus
sombre qui ternit le Cîteaux du xin« s. La Charte de
charité avait été élaborée par des hommes de haute
vertu. Son fonctionnement normal exigeait de la part
des abbés l'oubli d'eux-mêmes et de leurs avantages
personnels. Un jour vint où les supérieurs n'eurent plus
le même idéal surnaturel; la chicane commença. Les
abbés de Cîteaux virent d'un mauvais œil la juridic-
tion de surveillance exercée sur eux-mêmes et leur
maison par les quatre premiers Pères; et ceux-ci
inclinèrent à diminuer leur soumission à l'endroit
de l'abbé de Cîteaux, leur Père immédiat. Déjà
Innocent III, en 1202, pressentait les désastres qu'en-
traîneraient ces divisions et ce manque d'entente (cf.
bulle Quia qui ambulat, x kal. dec). Son intervention
fut momentanément efflcace. La lutte reprit quand, en
1215, l'abbé de Cîteaux, Arnaud II, eut déposé l'un des
quatre premiers Pères sans consulter les autres. Inno-
cent III s'opposa à ce que l'affaire fût traitée au con-
cile de Latran (1215); celui-ci ne fit de Cîteaux et de
sa législation qu'une mention honorable, en imposant
aux ordres religieux la tenue de chapitres généraux, à
l'instar de ceux de Cîteaux (c. 12, In singulis; Decr.,
I. III, tit xxxv, c. 7). Honorius III écrivit à Cîteaux
dans le même sens que son prédécesseur (Sinceritatis
affectus, 1216; Potthast, Reg., 5322). En 1223, le car-
dinal Conrad d'Urach, ancien abbé de Clairvaux et de
Cîteaux, faisait un effort sérieux pour créer une entente
solide entre les deux prélats des abbayes de Clairvaux
OCENT III A CLÉMENT IV !J5U
et de Cîteaux. Une réunion eut lieu qui avait pour
témoins deux évêques cisterciens, Gauthier de Char-
tres et Foulques de Toulouse, ainsi que les premiers
Pères. On se pardonna les torts qu'on avait pu se cau-
ser mutuellement, en parole ou en fait, et cette charte
de réconciliation reçut les sceaux des prélats présents
(Statuia, 1223 : 13; Pressutti, Reg. d'Honorius III,
n. 4400). Trêve de courte durée. Chacun garda ses
positions, prétendant trouver dans le texte de la Charte
de charité les limites précises des pouvoirs des abbés.
Même une intervention du bon roi S. Louis n'eut aucun
effet durable (Nomasticon cisterc, éd. 1664, p. 418).
En 1262, Urbain IV élève au cardinalat l'abbé de
Cîteaux, Guy de Bourgogne. Jacques II succède à ce
dernier; mais son élection, faite par les seuls religieux
de Cîteaux sous la présidence du prieur, est entachée
d'un vice de forme. D'autre part, ce nouvel élu affiche
aussitôt la prétention de nommer librement tous les
déflniteurs et de disposer, au chapitre général, en
maître absolu de toutes choses. La Charte était ainsi
violée dans ses points essentiels. Contre ces abus de
pouvoir s'élèvent avec force les quatre premiers Pères,
Philippe de Clairvaux à leur tête. L'affaire est portée
à Rome. Urbain IV choisit trois juges ou arbitres en
dehors de l'ordre, exempts de tout préjugé : Nicolas
de Brie, évêque de Troyes; Étienne, abbé de Marmou-
tier; et le dominicain Geoffroy de Beaulieu (bulle In
summi apostolatus, id. martii 1264). Ils instruisent la
cause et remettent le dossier au S. -Siège. Entre temps,
Urbain IV, décédé, est remplacé par Clément IV (1265).
Ce dernier veut entendre lui-même l'abbé de Cîteaux
et les premiers Pères. En juin 1265, il promulgue la
bulle Parvus fons (texte dans Staluta, m, 21-30). Les
deux éditions du Nomasticon cistercien de dom Julien
Paris (1664, 1670) ont conservé dans une centaine de
pages les Instrumenta disceptationis abbatum sub Ur-
bano IV, documents authentiques qui permettent de
reconstituer les phases de cette pénible affaire (J.-B.
Mahn a fait ce récit, op. cit., 230).
En bref, voici les changements apportés au gouver-
nement de l'ordre par la bulle Parvus fons. La Charte
de charité y subit quelques retouches. Les pouvoirs des
Pères immédiats sont notablement diminués. Dans les
abbayes vacantes, l'administration demeure désormais
aux mains du couvent, qui est gouverné par le prieur;
le sceau abbatial est cependant confié au Père immé-
diat, sauf celui de Cîteaux qui reste sous la garde du
prieur. Les abbés fils n'ont plus désormais voix active
dans l'élection de l'abbé père. Pour l'élection elle-
même, on garde encore la forme simple usitée depuis le
début de l'ordre, le pape faisant grâce des formalités
prescrites par le c. 24, Quia propter, du concile de La-
tran (1215; Decr., 1. I, tit. vi, c. 42). D'autre part, on
enjoint au Père immédiat, président de l'élection, de
laisser pleine liberté aux électeurs et de confirmer leur
élu, s'il en est digne. Les dépositions d'abbés ne peu-
vent désormais être faites par le Père immédiat que
dans les cas prévus par le droit commun, auxquels on
ajoute le délit du solliciteur de privilèges contraires aux
instituts cisterciens. Si certaines dépositions sont ju-
gées nécessaires pour d'autres causes, elles relèvent
uniquement du chapitre général. La question des défl-
niteurs reçoit la solution suivante : le nombre en est
fixé à vingt-cinq; chacune des premières filiations en
fournit cinq. L'abbé de Cîteaux en choisit quatre; cha-
cun des quatre premiers Pères en présente cinq au
choix de l'abbé de Cîteaux, qui en élimine un. Les vi-
sites canoniques devront se faire en parfaite confor-
mité avec les prescriptions de la Charte; la nouvelle
bulle ajoute seulement quelques précisions de nature à
diminuer les frais qu'occasionneraient aux abbayes des
visites prolongées ou faites avec un personnel trop
nombreux.
951
CIÏEAIjX (ORDRE). D'INN
OCENT 111 A CLÉMENT IV
952
Le cardinal Guy de S. -Laurent, présent au chapitre
général par mandat spécial de Clément IV (Potthast,
Reg., 19245), fut pris comme arbitre pour de légères
retouches qu'on désirait introduire au texte de la
bulle. Sa décision, intitulée : Ordinalio cnrdinalis Sancli
Laurenlii (Statuta, m, 31), fut ensuite admise et ap-
prouvée par le pape (Rey. de Clément IV, n. 181).
Troyes, bibl. munie, ms. 1511, 7" : contient la lettre
d'Innocent III (nov. 1202), Quia qui ambnlal, accompagnée
d'une lettre de Kainier, futur cardinal, alors moine de Fossa
Nova. Ces deux documents furent remis à Arnaud .Amaury,
abbé de C, par l'abbé de Casamari, G., neveu de Géraud,
jadis abbé de Fossa Nova, puis de Clairvaux, 1170-1175. —
Ann. Waverleienses, ann. 1264. — E. Berger, Beg. d'Inno-
cent IV, Paris, 1897. — Bourel, Reg. d'Alexandre IV, Paris,
1896. - — D'Arbois, Études... abbayes cisterc., Paris, 1858,
p. 298 : dettes des abbayes. — P. (iratien, Hisl. de la fonda-
tion et lie l'évolution de l'ordre des F. M. «ii XIII" s., Gem-
bloux, 1928. — E. Hollmann, Die Entwieklung der Wi>/-
srhaftsprinzipien im Cisterz. wàhrend des XII. und XIII . Jlits,
dans Hist. Jahrbuch, 1910, p. 699 sq. — .lean de Savigny,
lettre aux abbés anglais, dans Monast. anijlic., 1655, p. 700;
éd. de Londres, 1825, v, 226. — Noinaslicon eisterr., Paris,
1664, p. 376. — D. Knovvles, Tlie religions ord. in England,
II, Cambridge, 1948, p. 64-77 : The agrarian econoniy oj tlie
cistercians. — P. Lefèvre, Les Statuts de Prémonlré réformés...
au XIII' s., Louvain, 1946. — W. Meyer, Zwei Gedichte zur
Geseh. des Cisterc. Ordens (le 2« poème des versus Pagani
a pour titre : De mutatione mala ord. cisterc), Gcettingue,
1905. — Muggenthaler, Kolonisatorisclie und wirtschaftliche
Tàtigkeit eines deutsclien Zist.-Klost. im XII. und XIII.
Jht, Munich, 1924. — G. Muller, Der erste Reformversuch
im Cisterc, dans Cisterc.-Chronik, 1924, p. 25 sq. — P.
Opladen, Die Stellung der deutschen Kônige zu den Orden im
XIII. Jlit, Bonn, 1908. — R. H. Snape, English monastic
finances in the later M. A., Cambridge, 1926.
Sur le collège S.-Bernard. — Arch. de l'Aube, 3 H 218-227;
Arch. nat., à Paris, // 3899-3900; M 199; S 3657-3874;
MM 366 : cartulaire (1275-1596). — Teulet, Layettes du
trésor des chartes, iv, n. 4993, 5267, 5712 : donations d'Al-
phonse, comte de Poitiers. — Plusieurs art. concernant
l'architecture des bâtiments, dans Bull, de la Soc. des amis
des monum. de Paris. — M. Dumolin, La censive du coll. des
Bernardins, dans Bull, de la Soc. hist. de Paris, Paris, 1935,
p. 25-96. — Beaunier-Besse, Abbayes..., i, Paris, 1905,
p. 113. — Cottineau, 2203. — D'Arbois, op. cit., 64-74 :
Des collèges cisterciens. — .1. Laurent, art. Clairvau.v, dans
Abbayes... ancienne France, xii, Paris, 1941, p. 330, note. —
G. Muller, Griindung des S. Bernhardkollegium Paris, dans
Cisterc.-Chronik, 1908, p. 5 sq., nie la déposition d'Étienne
Lexington, se fondant sur le silence des actes capitulaires.
Mais nous n'avons de ceux-ci que des copies incomplètes
parfois; d'autre part, les documents pontificaux sont plei-
nement probants. Cette erreur de Muller fut partagée par E.
Kwanten, Le collège de S.-Bernard à Paris, dans Rev.
d'hist. eccl., 1948, p. 443 sq.
Sur le collège d'Oxford. — • Arch. de la Côte-d'Or, quelques
documents dans le fonds Cîteaux. — Dugdale, Monast.
anglic, éd. Londres, 1825, v, 745. — Watkin Williams, Un
Studium cisterc. à Oxford, dans Ann. de Bourgogne, 1930,
p. 70; les démarches des années 1280 sq. aboutirent à la
fondation de l'abbaye de Rewley, proche de la ville, qui
abrita un temps les moines étudiants à l'Université (cf. Ann.
Waverleienses, ann. 1281).
Sur le collège de Toulouse. — Arch. départ, de Hte-Ga-
ronne, série D : 9 reg., 47 liasses et cartulaire Capdenier;
Arch. de l'Aube, 3 U 238. — Reg. de Clément IV, n. 192 : du
31 juill. 1265 : Privilégia pro monachis... Vallismagnae studio
facultatis theol. depuiatis. — Beaunier-Besse, Abbayes..., iv,
287.
V. Les moniales cisterciennes. — 1" Création de
monastères de moniales. — Le Tart, premier monastère
de cisterciennes, fut vraiment un décalque de Cîteaux
(P. L., CLXXXV, 1409 : Fundatio monasterii de Tart
sanctimonialium). Un groupe de moniales bénédictines
quittent leur abbaye de Jully et s'installent à Tart,
sur un terrain concédé par Arnulf Cornut, ajirès inter-
vention d'Étienne, abbé de Cîteaux. C'était vers 1125.
Un autre abbé de Cîteaux, Guy de Paray (1194-1200),
futur cardinal, reconnaît dans un acte officiel (ibid..
1413) que l'abbaye de Tart est vraiment fille de Cî-
teaux; elle est incorporée à l'ordre et vit sous sa juri-
diction. A l'exemple de ce qui se fait à Cîteaux, le
Tart tient chaque année le chapitre général des abbes-
ses; et le document de l'abbé Guy cite les noms des dix-
huit monastères de cisterciennes existant alors en
France.
Des établissements similaires se créent également
dans les pays voisins. L'Espagne en eut un bon nombre,
parmi lesquels plusieurs sont aujourd'hui encore en
activité : tels Las Huelgas de Burgos, S. -Esprit d'Ol-
medo, la Caridad en Tulebras, la Asuncio de Garrizo,
Nostra Sefiora del Valle, et autres. En 1189, se tint à
Las Huelgas le premier chapitre des abbesses d'Es-
pagne. Alphonse VIII, roi de Castille, fondateur de ce
monastère, s'efforça de l'élever au rang de maison mère
de toutes les autres abbayes (Statuta, 1191 : 27).
En Belgique, Herkenrode se fonde en 1191; et le
Danemark voit, en ce même xii'= s., la création de Slan-
gerup, de Roskilde, de Bergen. En Angleterre, onze
monastères de cisterciennes existaient déjà en 1154 et,
de cette date à l'216, il s'en créa dix-sept autres (D.
Knowles, The religions Iwuses of médiéval England,
Londres, 1940).
La grande époque des moniales cisterciennes est le
xiii« s. Au chapitre annuel de Cîteaux, c'est en foule
qu'arrivent les demandes de fondations nouvelles ou
d'affiliations. L'année 1219 ne compte pas moins de
neuf fondations; l'année 1228 en a une quinzaine; ce
chiffre est encore atteint et parfois dépassé dans les
années 1231, 1234, 1235. Cependant le chapitre se mon-
tre peu favorable à cette extension, qui crée pour les
abbayes d'hommes une charge bien lourde. En 1220
(Statuta, n. 4), on déclare ne plus pouvoir accepter au-
cune incorporation et, à toutes les moniales, on impose
la clôture stricte. En 1225, le chapitre réédite ce même
décret; pour les fondations futures on pose, comme
condition absolue, que chaque maison soit assez dotée
pour se suOire et permettre ainsi la claustration des
moniales, qui ne pourront jamais sortir, surtout pour
mendier. Trois ans plus tard, le chapitre se sent sub-
mergé; il rend un décret radical : plus aucune fonda-
tion ou affiliation ne sera autorisée. « Que des couvents
féminins empruntent nos observances s'ils le veulent,
soit; mais nous nous refusons à étendre sur eux notre
juridiction. » Les capitulants ne craignent pas de citer
le taedium et gravamen que leur occasionne cette sur-
charge inattendue. Bientôt ces nouveaux établisse-
ments font naître des procès, et trois déflniteurs sont
nommés auditeurs pour les causes des moniales (ibid.,
1228 : 16, 17). Enfin, en 1251, n'y tenant plus, les Pères
capitulants demandent et obtiennent d'Innocent IV
une bulle, aux termes de laquelle le S. -Siège lui-même
renonce à imposer à Cîteaux l'incorporation de cou-
vents de moniales, sauf mention expresse de la pré-
sente bulle (Paci et tranquillitati vestrae, 7 août 1251;
ms. 598 de Dijon, fol. 32 v", inédite). Ce fut une digue
au moins momentanée. Au légat pontifical en Alle-
magne et au comte de Gueldre, qui présentaient encore
en 1254 des moniales pour l'affiliation, le chapitre ré-
pondit en se retranchant derrière le rescrit pontifical
(Statuta, 1254 : 27).
A quel chiffre d'abbayes parvint l'institut des cis-
terciennes ? Il est impossible de le préciser, encore que
l'on soit en mesure de taxer d'exagération les dires de
quelques auteurs. Les recherches qui se bornent à cer-
tains pays inspirent plus de confiance. Le travail de
dom Huemer, réalisé pour l'Allemagne, arrive à un
total d'environ 320 abbayes de moniales blanches (Stu-
dien und Mitteil., Salzbourg, 1916, p. 1-47). La France
aurait atteint la moitié de ce chiffre, d'après le Gallia
christiana. Un travail récent en signale 78 en Espagne;
la Grande-Bretagne en a compté près d'une centaine;
953
CITEAUX (ORDRE). D'[NNOCEi\T III A CLÉMENT IV
95
l'Italie, 70; la Belgique, 57; le Portugal, 10; la Hol-
lande, 19. Il y en eut jusqu'en l'île de Chypre, à Nico-
sie; en Palestine, à S.-Jean-d'Acre et à Tripoli (S(a-
tuta, 1239:57; C. Enlart, L'art gothique... en Chypre,
Paris, 1899, p. 420).
2° Législation. — Ce n'est guère qu'au début du
XIII» s. que paraissent des statuts capitulaires concer-
nant les moniales; ils furent codifiés en 1240 et 1256
dans les Institutiones capituli generalis, dist. XV : De
monialibus (Nomasticon cisterc., éd. 1892, p. 360 sq.).
La condition juridique des moniales les place exclusi-
vement sous la juridiction de l'ordre; chaque monas-
tère est en dépendance d'un abbé appelé Père immé-
diat. Celui-ci fait la visite canonique au for externe,
avec tous les pouvoirs annexés à cette charge, par ex.
porter ou lever l'excommunication le cas échéant. Au
for interne, il délègue les pouvoirs de confesseur au
moine nommé par lui (Potthast, Reg., 13308).
La loi de clôture stricte figure en tête des obligations
que Cîteaux impose à ses moniales : condition essen-
tielle de leur appartenance à l'ordre (Statuta, 1213 :
3; 1225 : 7). Cette loi comporte la défense rigoureuse de
sortir du monastère et d'y introduire aucune personne
étrangère; quelques cas exceptionnels sont cependant
prévus. Dès 1231 et 1242, la grille du parloir est décrite :
fenestra bene et spisse (errata (ibid., 1231 : 6; 1242 : 17).
La codification de 1256 (dist. XV, c. vi) essaie, semble-
t-il, de faire cesser la tenue des chapitres généraux des
abbesses, mais maintient les visites de l'abbesse mère
à ses maisons filles. Cette législation d'allure sévère,
établie par Cîteaux, Boniface VIII l'empruntera en
1298 pour en faire la loi générale de l'Église; la décré-
tale Periculoso fait époque en la matière (1. III, tit. xvi,
cap. un., in VI°). Entre temps, les pontifes romains
témoignent grand respect à la loi cistercienne de clô-
ture, en se réservant le droit d'accorder des exemp-
tions passagères aux reines, princesses et nobles dames
qui les sollicitent (,Reg. de Clément IV, 288; Reg. de
Nicolas IV, 1082). Les légats recevaient au nombre
de leurs pouvoirs celui d'autoriser quelques exceptions.
Les habits des moniales sont identiques à ceux des
moines; partout le voile noir est exigé; là où l'on por-
tait le manteau simple au lieu de la coule, on continue
l'ancien usage. Les supérieurs eurent à combattre, de
temps à autre, la vanité féminine qui transformait les
habits réguliers selon le goût du jour (Statuta, 1232 :
23; 1235 : 3). Les novices sont admises à la profession
après un an d'épreuve; leur cédule fait mention de
l'abbesse présente. L'élection abbatiale a lieu dans
l'abbaye vacante sous la présidence du Père immédiat.
L'âge de trente ans est exigé pour être élue (ibid., 1251 :
6); on demande de l'abbesse avant tout l'obéissance
au Père immédiat et aux définitions du chapitre géné-
ral (ibid., 1288 : 15; 1242 : 18; 1260 : 29). Mais les cas
de rébellion et de déposition ne sont pas rares chez
elles (ibid., 1243 : 8, 65, 66, 67, 68; 1244 : 35, 36, 37;
1261 : 35). Les abbesses démissionnaires sont bien trai-
tées, trop bien peut-être, car leur situation devient en-
viable; l'idéal poursuivi par plus d'une moniale est
d'arriver à l'abbatiat pour quitter la crosse après peu
de temps, afin de jouir de la pension et d'un apparte-
ment. Le chapitre général doit déjouer ces petits cal-
culs, en supprimant radicalement les pensions et les
chambres réservées (ibid., 1323 : 12).
Le législateur prévoit l'existence d'un personnel mas-
culin en marge des abbayes de moniales. Cela comporte
un moine confesseur, des chapelains et des frères con-
vers, en nombre variable. Ils habitent le bâtiment de
l'hôtellerie, peuvent être fournis par une abbaye
d'hommes, normalement celle du Père immédiat. Ils
peuvent aussi se recruter sur place; on admet, en effet,
que des séculiers, prêtres ou laïcs, puissent se présenter
dans une abbaye de femmes pour y devenir chapelains
ou convers. Ils font là même leur noviciat, leur profes-
sion et s'y trouvent stabilisés. Le cérémonial de cette
profession est fixé en 1251 (ibid., n. 5) : elle a lieu au
chapitre des moniales, par-devant l'abbesse et la com-
munauté; elle comporte la renonciation à toute pro-
priété et la promesse d'obéissance incluant les autres
vœux. Si de tels sujets sont infidèles à leurs engage-
ments, ils sont poursuivis comme apostats (Ex parte
vestra, d'Alexandre IV, 6 mars 1255); ils sont donc reli-
gieux aussi essentiellement que ceux des abbayes
d'hommes. Rien cependant dans ceci ne permet l'hypo-
thèse de monastères doubles. C'est vraisemblablement
un moine, confesseur de moniales ou chapelain, qui
traduisit pour elles les Consueliidines et la Règle de
S. Benoît. Il s'appelle « le povre Martin », et son travail
date du premier tiers du xiii« s. Son ms. (Dijon, n. 599)
a été publié par Guignard (Les monuments primiti/s...,
407-642). C'est l'adaptation de la règle et de la liturgie
de Cîteaux à la branche féminine de l'ordre.
3° Domaine temporel. — Au point de vue domanial,
les abbayes de femmes se maintinrent généralement
dans de modestes proportions : petits monastères, com-
munautés peu nombreuses, jamais comparables aux
centaines de moines et convers des abbayes d'hommes;
domaine restreint. Tout de suite, il faut signaler des
cas hors série, des fondations royales ou princières :
Las Hiielgas de Burgos, création du roi Alphonse VIII
de Caslille; N.-D. -la-Royale à Maubuisson, créée par
Blanche de Castille en 1236; de la même fondatrice
encore, l'abbaye du Lys, près Melun (1241). Herken-
rode, au pays de Liège, fondée en 1182 par Gérard,
comte de Looz, avait été richement dotée; bien admi-
nistrée, elle se développe au point de posséder des
droits de patronage sur des églises de Hasselt et douze
autres lieux (Reg. d' Alexandre IV, 547). Dans le nord
de la France, Marguerite de Constantinople, comtesse
de Flandre, fonde en 1234 l'abbaye de Flines, qui con-
nut des années de grande prospérité. Elle posséda des
droits de seigneurie et de justice, comme en possédè-
rent également bon nombre d'abbayes d'hommes et
aussi de moniales (cf. Vergé du Taillis, Chroniques...
Maubuisson, Paris, 1947, p. 51 : document Philippe V
de 1318). Les concessions faites aux abbayes féminines
du droit de patronat et des revenus d'églises trouvent
leur approbation dans les registres pontificaux du
xiii" s. (par ex. : Reg. d'Innocent IV, 5013, 5014,
5015; Reg. d'Alexandre IV, 840; Reg. de Nicolas IV,
1255).
Une crise financière ou un passage de troupes suffit
parfois à donner le coup de mort aux petites abbayes.
Beaulieu de Mirepoix n'a duré que soixante-dix ans;
ses biens furent attribués, en 1370, partie à Boul-
bonne, partie à la mense épiscopale et au chapitre ca-
thédral (cf. D. H. G. E., vu, 162). Vingt ans plus tard,
Belfay accuse une ruine complète; on l'unit à Mori-
mond. Vers le même temps, cinq abbayes de moniales
sont privées de leur personnel et unies, au moins pour
un temps, à des abbayes d'hommes : les Iles à Ponti-
gny; Mont-N.-D. à Preuilly; Penthemont à Beaupré
de Beauvais; les Masures à Élan; Benoîtevaux à Clair-
vaux (Statuta, 1399 : 36-41).
Généralement, les moniales s'elTorçaient d'acquérir
une maison dans la ville proche de leur abbaye; cet
immeuble leur servait de refuge en temps de guerre
surtout, quand le séjour loin de tout centre populeux
offrait moins de sécurité. Les moines agissaient de
même. Herkenrode jiosséda un vaste immeuble à Has-
selt; dans le nord de la France, Blandecques et Ravens-
berg avaient leur refuge à S.-Omcr, ainsi que l'abbaye
de Clairmarais. Fontenelle avait le sien à \'alenciennes
et le Paraclet à Amiens. Les titres du refuge de Mar-
quette peuvent se lire aux Archives de Lille (dépôt
départ., 3.1 H -5 -7).
955
CITEAUX (ORDRE). D'INN
OCENT III A CLÉMENT IV
956
4° Travaux des moniales. — Les moniales cister-
ciennes doivent pratiquer le travail des mains. Défri-
chement et culture ne paraissent guère indiqués pour
elles; elles s'y livrèrent cependant au début (Heri-
mann, De miraculis..., m, 17; P. L., clvi, 1001). Assez
tôt, on voit telles abbayes s'occuper de l'instruction
des enfants. La seule réserve qu'y apporta le chapitre
général fut d'exclure de leur cloître les petits garçons
(Statuta, 1206 : 5). La transcription de mss. fut aussi un
travail où elles excellèrent; l'abbaye de la Ramée (Bel-
gique) eut son scriptorium et fit école (Canivez, L'ordre
de C. en Belgique, Scourmont, 1926, p. 192). Aux
heures marquées pour la lectio divina, les moniales
lisent les œuvres des Pères de l'Église, fortifiant
ainsi leur spiritualité (cf. Gilbert de Hoyland,
Serm. in Cantica, xvii, xviii; P. L., clxxxiv, 87, 91).
Ce genre de vie austère, baignant cependant dans
une piété affective, a donné à l'Église des saintes, qui
ont eu et qui ont encore leur offîce liturgique : Ste Lut-
garde en Belgique, Ste L'rance en Italie, Ste Hedwige en
Pologne, les Stes Gertrude et Mechtilde en Allemagne,
la Bse Alice, la lépreuse de la Cambre, les trois Ida, de
Léau, de Louvain, de Nivelles. L'Espagne et le Por-
tugal citent Ste Thérèse, religieuse à Lorban; une
autre Thérèse, de la Zaïda (Valence); l'abbesse de Ca-
nas, Urraque, sœur du roi de Gastille; Mafalda, veuve
d'Henri de Gastille, et d'autres de sang royal. Parmi
ces dernières ; Bérengère, sœur de Blanche de Gastille
et reine douairière de Léon, devenue moniale à Las
Huelgas (f 1246); une autre Bérengère, petite-fille de
la précédente (Reg. de Grégoire IX, 4824, 4825; Reg.
d'Innocent IV, 2475, 2476, 5100, 6837; Reg. d'Alexan-
dre IV, 759).
Cependant les Pères capitulants de Gîteaux disaient
vrai en parlant du iaedium et gravamen que leur cau-
sait parfois le gouvernement des moniales. A Las Huel-
gas de Burgos, on vit les abbesses s'arroger les pou-
voirs des prélats : consacrer les vierges, prêcher dans
l'église et entendre les confessions des sœurs. Une dé-
crétale célèbre d'Innocent III condamna de tels écarts
(Decr., 1. V, tit. xxxviii, c. 10; Reg. d' Innocent III, 589,
590; Potthast, Reg., 11289; Statuta, 1228 : 15). En
1251, Innocent IV dut délivrer une bulle autorisant
les abbés cisterciens à retrancher de l'ordre les mo-
niales rebelles (Potthast, Reg., 14381). C'est qu'avant
cette date déjà quelques faits s'étaient produits. Les
moniales des Iles, mécontentes de leurs supérieurs,
avaient porté leur appel à une juridiction étrangère à
l'ordre (Statuta, 1243 : 63). Celles de Blandecques affi-
chent une obstination invraisemblable : plusieurs an-
nées durant, elles restent sous le coup de l'excommu-
nication prononcée contre elles (ibid., 1244 : 35; 1246 :
62, etc.). Celles de Woestine et de Voisins marchent un
peu sur leurs traces (ibid., 1244 : 35, 37). A Colonges,
elles font l'élection d'une abbesse contre tout droit, et
l'excommunication ne les émeut pas. Souvent, il n'y
a qu'un clan de rebelles, comme à Fraubrunnen
(Suisse). On s'efforce alors de sauver la partie saine;
mais les obstinées repoussent les délégués avec armes
et bâton (ibid., 1269 : 31; 1270 : 24; 1271 : 32). Cer-
tains de ces cas paraissent relever de la pathologie.
Bulles intéressant spécialement les moniales : InnocentIV,
Solet aiinuere, 6 mai 1245; Petitio iiestra, 29 janv., 3 mai
1249; Paci, 7 août 1251; Sic ordinis vestri, 13 août 1251. —
Urbain IV, Meritis, 15 mai 1262. — Boniface VIII, Ad aug-
menium, 13 févr. 1296. — Pie II, Juslis, 26 juill. 1459. —
Innocent VIII, Ad Romani, 30 août 1487. — Pie IV, In
eminenti, 26 sept. 1563. — Grégoire XIII, Ceo sacris, 30 déc.
1572; Siiperna, 12 juill. 1574.
Paris, Bibl. nat., collection Moreau, ms. 1095, fol. 135 sq.;
Amiens, bibl. munie, ms. 996, n. 7 : lettre de Raoul de Pinis,
abbé de Clairvaux (1224-31 ), enjoignant aux abbés de traiter
les convers des abbayes de moniales à l'égal des autres, con-
formément au statut 7 de 1229. — .Jean d'Assignies, Les
vies et faits remarquables..., Mons, 1603, 1. II, c. i, Ponrquoy
les moniales ."se sonl tant multipliées en l'ordre de Cisteau. —
Baluze, Miscellanea, iv, 103 : Alonialium laus. — Continuatio
Praemonstr., P. L., clx, 370. — Delassus, Jeanne de Flandre
et sa béatification, Lille, 1891; 1893. — E. Hautcœur, Hist.
de l'abbaye de Flines, Lille, 1909. — Henriquez, Coronam
sacram ord. cisterc, l. I : De reginis et infantibus, quae...
tiabit. cisterc. sumpserunt, Bruxelles, 1624; Lilia Cistercii,
Douai, 1633; Quinque prudentes uirgines..., Anvers, 1630. —
G. Huyghe, La clôture des moniales..., Roubaix, 1944. —
Jacques de Vitry, son témoignage cité dans Miraeus, Chro-
nicon cisterc, Cologne, 1614, p. 246. — A. S., oct., xiii, 101.
— C.-J. Joset, L'abbaye de Clairefontaine, Bruxelles, 1935.
— P. Kehr a publié la bulle de C.élestin III du 8 nov. 1193.
en faveur des cisterc. de Franquezas, dans Papsturkunden,
Katalonien, p. 548. — .1. Lavalleye, Hist. de l'abbaye de Val-
duc, Bruxelles, 1926. — Le Glay, Hist. de Jeanne de Cons-
tanlinople, Lille, 1841. — A. Libanorius, Acta virginum
cisterc, ÎMilan, 1651. — Th. Luykx, Gravin Jolianna van
Constant., dans 0ns geestelijl< erj, 1943, p. 5-30. — Martène,
Thésaurus, v, 1639. — G. Millier, Generalkapiiel der Cister-
cienserinnen, dans Cisterc-Chronik, 1912, p. 65. — R. Pittet,
L'abbaye cisterc de la Fille-Dieu, Fribourg, 1934, p. 20-46 :
Les moniales cisterc. — Roisin, L'e/JIorescence cisterc, dans
Reu. d'hist. eccl., 1943, p. 342. — Statuta, viii. Indices,
p. 339, synthèse des réf. « iloniales ». — Statuts des chapitres
généraux tenus à l'abbaye de N.-D.-du-Tarl, publ. d'après les
archiv. de la Côte-d'Or, par Ph. Guignard, dans Les monu-
ments primitifs..., Dijon, 1878, p. 642-49; il s'agit des années
1268, 1269, 1272, 1290, 1302. — Winter, Die Cistercienser...,
u, l^ie Frauenkloster nach der Regel von Cisterc, Gotha, 1871.
VI. Liturgie. Écrivains. Saints et bienheureux.
— 1° Liturgie. — Tout en conservant intacts les points
essentiels de leur rite, les cisterciens furent amenés à
donner un certain développement à leur liturgie. Deux
éléments doivent être notés : le calendrier qui s'ouvre à
des fêtes nouvelles et les cérémonies qui revêtent plus
d'éclat. Le chapitre général, toujours législateur en la
matière (Statuta, 1200 : 18), n'était pas favorable à l'in-
troduction de fêtes nouvelles. Les raisons de cette men-
talité sont connues : d'une part, le désir de maintenir
dans tout l'ordre la parfaite uniformité de l'office divin,
qui se fût trouvée brisée par les concessions de fêtes
particulières; d'autre part, la volonté de ne pas multi-
plier les fêtes de 12 leçons, ce qui entraînait la sup-
pression de l'ofTice quotidien des défunts.
Les demandes de fêtes nouvelles afiluèrent cepen-
dant, mais provenant souvent de personnes étrangères
à l'ordre. En 1217, l'archevêque de Cologne demande
la célébration de la fête des onze mille vierges, si
répandue au Moyen Age (ibid., 1217 : 69; 1220 : 10).
En cette même date, les évêques de Pologne deman-
dent la fête des SS. Albert et Wenceslas pour les
abbayes de leur pays (ibid., 1217 : 74). L'année sui-
vante, la solennité des SS. Jean et Paul est décrétée de
mandata Domini papae (ibid., 1218 : 2; Pressutti, Reg.
d'Honorius III, n. 1454). En 1231, le roi d'Angleterre
demande que les abbayes de son royaume puissent
célébrer la fête de S. Édouard (Statuta, 1231 : 51).
En 1246, le cardinal-évêque de Porto insiste pour l'éta-
blissement de la fête de S. Jean Porte-Latine (ibid.,
1246 : 3); le cardinal d'Albano et l'évêque de Liège
demandent la fête de S. Lambert (ibid., n. 4). En 1255,
les Frères prêcheurs obtiennent, grâce à une bulle d'In-
nocent IV (Potthast, Reg., 15940; Statuta, 1255 : 4), la
célébration des fêtes de S. Dominique et de S. Pierre
de Vérone; les Frères mineurs obtiennent à leur tour la
fête de leur fondateur (ibid., 1259 : 9), etc.
Parfois aussi la fête du patron du diocèse est deman-
dée par les abbayes établies dans ce diocèse; ou encore
la présence de reliques notables dans tel monastère est
une raison de lui concéder des fêtes nouvelles ou des
élévations de rite. Ce fut le cas de Clairvaux, pour la
fête de S. Malachie (ibid., 1192 : 1; 1220 : 55; 1234 : 6;
1250 : 3); à l'Arrivour, pour S. Maurice et ses compa-
gnons (ibid., 1250 : 4); à La Prée, pour les SS. Fauste
957
CITE AUX (ORDRE). D'INN
OCENT IIl A CLÉMENT IV
958
et Eustache (ibid., n. 5), etc. Les statuts capitulaires
mentionnent ainsi environ deux cents concessions
faites durant le xin^ siècle.
Dans cette même période, on voit tomber successi-
vement les rigueurs des premiers cisterciens concernant
le vestiaire liturgique. Le port d'une chape en soie
n'était permis aux abbés que le jour de leur bénédic-
tion; le décret de 1152 (n. 16) fut encore rappelé en
1195 (n. 33). L'usage des dalmatiques était exclu, même
si la messe était chantée par un évêque (ibid., 1157 :
17). Un siècle plus tard, le chapitre général entre dans
la voie des concessions, permettant que des courtines
de soie puissent orner les autels aux jours de grande
fête (ibid., 1256 : 6). L'année suivante, une bulle
d'Alexandre IV (Reg., n. 1976 : Vestra et aliorum du
20 juin 1257; original à Troyes, Arch. départ., 3 H 60;
publ. par J.-B. Mahn, op. cit., 269) vient engager le
chapitre à aller plus avant encore dans cette voie, et
Je statut n. 3 de 1257 accepte pleinement l'invitation.
Désormais, l'abbé sera en chape pour les processions et
professions de novices; il aura diacre et sous-diacre
revêtus de dalmatique et tunique pour la messe. Le
décret est repris en 1258, pour être confirmé, mais aussi
pour mettre les supérieurs en garde contre le luxe qu'à
cette occasion ils voudraient peut-être étaler sur les
vêtements liturgiques (Statuta, 1258 : 5).
Deux fêtes nouvelles sont spécialement remarqua-
bles : la Réception de la sainte couronne et le Corpus
Christi. En 1239, l'Église de France s'enrichissait de
reliques insignes, grâce à la piété de S. Louis. Pour con-
server le souvenir de cet événement, on composa un
office liturgique en l'honneur de la sainte couronne et
en 1240 le chapitre de Cîteaux était invité par le roi à
adopter dans les abbayes de France la célébration de
cette fête (ibid., 1240 : 3). En 1241, le rite en était
fixé à deux messes, c.-à-d. que pratiquement la fête
était chômée, du moins par les moines. On fixa aussi
l'addition à introduire au martyrologe pour annoncer
le 10 août la fête du lendemain (ibid., 1241 : 1). A cette
date s'élevait précisément dans l'enceinte du palais
royal, à Paris, la Ste-Chapelle, pur joyau d'architec-
ture appelé à abriter les reliques venues d'Orient. En
1292, le chapitre général étendit à toutes les abbayes
cisterciennes la célébration de cette fête (ibid., 1292 :
1). Certaines régions plus éloignées ne semblent pas
cependant avoir obtempéré à ce statut ((èîrf., 1321 : 19;
1486 : 85).
La fête du Corpus Christi eut pour promotrice Ste
Julienne, religieuse augustine du Mont-Cornillon, près
Liège. Elle reçut l'hospitalité auprès de moniales cis-
terciennes, spécialement à Salzinnes, près Namur. Elle
mourut à Fosses (1258), entourée de moines venus de
Villers-en-Brabant, qui l'inhumèrent ensuite dans leur
abbaye, selon les dernières volontés de la sainte. On
sait que la bulle Transiturus (11 août 1264) d'Ur-
bain IV rencontra d'abord une certaine indifférence.
Dans le dioc. de Liège, cependant, le mandement épis-
copal de Robert de Thourotte (1246) avait obtenu plus
de docilité. Six ans plus tard, Hugues de Saint-Cher,
cardinal légat, de passage à l'abbaye de Villers, accor-
dait des indulgences aux fidèles qui assisteraient à la
célébration de cette fête.
L'ordre de Cîteaux fut bientôt en possession d'un
nouvel office, « œuvre vraiment remarquable, dit
dom Morin, œuvre d'un homme passé maître dans la
connaissance de l'Écriture comme dans l'art de la com-
position liturgique » (L'office cistercien pour la Fête-
Dieu comparé avec celui de S. Thomas, dans Rev. Bén.,
XXVII, 1910, p. 236-46). Aussi S. Thomas n'a-t-il pas
hésité à l'utiliser pour son propre travail, entrepris à la
demande d'Urbain IV. Entre les douze répons cister-
ciens de matines et ceux de l'ofiice romain, la parenté
est manifeste. Un peu plus tard, Cîteaux emprunta à
son tour les hymnes de S. Thomas et les incorpora dans
sa liturgie. Telle est aujourd'hui encore la facture com-
posite de l'office cistercien du Corpus Christi.
Les décrets capitulaires de Cîteaux donnent peu de
renseignements sur la diffusion de la nouvelle fête dans
les abbayes. D'après les demandes présentées au cha-
pitre général, on peut seulement conclure que c'est par
étapes successives que la solennité de la Fête-Dieu,
commencée dans le rayonnement de la ville de Liège,
s'est étendue ensuite à tous les monastères cisterciens.
Le VII« centenaire de la réception de la sainte couronne à
Paris vit la publication de plusieurs otivrages (cf. Reu.
d'hist. de l'Êgl. de France, 1939, p. 524). —F. Baix et C.
Lambot, La dévotion à l'eucharistie et le VIF centenaire de la
Fête-Dieu, Gembloux, 1946. — Bertholet, Hist. de l'institu-
tion de la Fête-Dieu..., Liège, 1746. — Henriquez, Lilia
Cistercii, Douai, 16.33, p. 142, reproduit le décret de Hugues
de Saint-Cher dans la Vila B. Julianae. — C. Lambot et
1. Fransen, L'office de la Fête-Dieu primitive, Maredsous,
1946. — G. Muller, Das Fronleichnamfest im Cisterc.-Orden,
dans Cisterc.-Chronik, 1933, p. 321. — Riant, Exuviae sa-
crae Constantinopolitanae, Genève, 1877-78, 2 vol. — De
Wailly a édité, dans la Bibl. de l'Ëc. des chartes, xxxix,
1878, p. 411, un récit anonyme de la translation de la sainte
couronne (cf. Préface du t. xxii du Rec. des hist. des Gaules).
2^ Écrivains. — On a pu recueillir les noms d'une
centaine d'écrivains cisterciens du xiii« s. Ceux-ci, à
vrai dire, n'ont plus la valeur des grands spirituels du
siècle précédent. Mettons à part les docteurs en théolo-
gie de Paris. P. (ilorieux les a énumérés, avec indica-
tion de leurs travaux imprimés ou encore mss. (Répert.
des maîtres en théol. de Paris au Xiii'^ s., i, Paris, 1933,
p. 250) : Guy de l'Aumône, 1260 (cf. Archiv. franc,
hist., VI, 1913, p. 433 ; Bruxelles, Bibl. royale, ms. 1109,
fol. 28-97); Jean de Limoges, moine de Clairvaux,
c. 1270; Jean de Weerde, moine des Dunes, t 1293;
François Keysere, moine des Dunes, f 1294; Renier
de Clairmarais, c. 1295; Humbert de Preuilly, f 1298;
Jean de He, ou Capella de Thosan (Reg. de Boni-
face VIII, n. 4838 du 18 déc. 1302); Jacques de Thé-
rines, abbé de Chaalis, puis de Pontigny, f 1321; Jean
Sindewint, moine des Dunes, t 1319; Jean de Dun,
moine de Cherlieu, début du xiv s. ; Jacques Fournier,
futur Benoît XII, t 1342; Baudouin de Boussu, abbé
de Gambron, t 1293 (cf. Féret, La faculté de théol. de
Paris..., n, Paris, 1895, p. 582; 1). H. G. E., vi, 1412).
Parmi les auteurs spirituels du xiii« s. on note
d'abord la moniale Béatrix de Nazareth (D. H. CE.,
VII, 111), et les deux saintes Gertrude et Mechtilde
(D. T. C., VI, 1332). Plusieurs moines et abbés ont
laissé des sermons et autres ouvrages de spiritualité :
Élie de Coxyde (P. L., ccix, 991); Thomas de Per-
seigne, f 1211; Baudouin de Boussu; Gésaire (Homi-
liae..., éd. Cologne, 1615; Dict. de spir., ii, 430); Guil-
laume de Montaigu, abbé de C, t 1246; Guillaume
Benyn, c. 1250 (D. H. G. viii, 294); Léon, moine de
Heiligenkreuz (ms. 291 de cette abbaye); Adam, abbé
de Kinloss (D. H. G. E., i, 465); Jean de Ford, c. 1210
(cf. Collectanea O. C. R., 1939, p. 250); Jacques de Mel-
rose; Étienne de Sawley (cf. Rev. d'Ascét. et de Myst.,
1929, p. 368; 1930, p. 355; Collectanea O. C. R., 1946,
p. 17). Le ms. 1249 de Troyes, sermonnaire, a retenu les
noms de quatorze auteurs. Les mss. 1882 et 1883 de
Bruxelles contiennent des sermons provenant d'Aulne.
Le Carmen mariale, composé par un moine de La Noë,
date de cette époque (cf. Nouv. rev. théol., 1931, p. 880),
ainsi que le Mariale d'Adam de Perseigne (t 1221),
édité en 1652 par Maraccio. Dans le préchantre
Mathieu de Rievaulx, dom Wilmart a salué « un poète,
un épistolier, un sermonnaire » (cf. le ms. lal. 15157 de
la Bibl. nat. Paris, étudié dans Rev. Bén., 1940, p. 15-
84 : choix de textes publiés). Figure également remar-
quable que celle de l'Espagnol Rodrigue Ximenès de
Rada, homme d'État, historien et orateur. Il était
959 CITEAUX (ORDRE). DE LA BULLE CLÉMENTINE A JEAN DE CIREY
960
neveu de S. .Martin, évêque de Siguenza; devenu
moine à Huerta, il étudia à Paris et à Bologne; en 1208,
il est évêque d'Osma et, l'année suivante, archevêque
de Tolède (f 10 juin 1247; cf. lettres d'Honorius III à
Rodrigue, dans Pressutti, op. cit. n. 315, 320).
Parmi les chroniqueurs, il faut citer Raoul de Cog-
geshall, t 1228 (cf. supra); Vincent Kadlubek, f 1223
(Chronicon Polonorum, éd. 1862); Gilles d'Orval (M.
G. H., SS., XXV, 1-129); Albéric de Trois-Fontaines
(Z). H. G. E., I, 1413; M. G. H., SS., xxiii, 631); les
moines auteurs des Annales Wauerleienses (éd. Luard,
1864; cf. Rec. des hist. des Gaules, xviii, 187); de la
Chronique de Melrosc (éd. en fac-similé par Andersen,
Londres, 1936); des Annales Sorani, 1202-1347 (éd.
Joergensen, 1920), etc.
L'hagiographie est représentée par une collection de
Vitae: celle de S. Engelbert par Césaire (B. H. L.,
2546); d'Hémeline par Goswin de Clairvaux (ibid.,
3802); de Bonose par Godefroid de Clairvaux (ibid.,
1426; Troyes, ms. 401, 8"); d'Edmond de Canterbury
par Bertrand de Pontigny (B. H. L., 2404 ; D. H. G. E.,
VIII, 1068); de Martin de Hinojosa par Richard de
Huerta (Henriquez, Fasciculus..., Cologne, 1631; B.
H. L., 5599); de Guillaume de Bourges i)ar Pierre (ou
Denys) de Chaalis (ibid., 8900): d'Hedwige de Pologne
par Engelbert (ibid., 3766); de Wulfric d'Haselburg
par Jean de Ford (ibid., 8743); de Voiquin par Jacques
de Sichem (éd. Winter, Die Cisterc. des nord. Deutsch-
lands, I, Gotha, 1868, p. 370; B. H. L., 8730); de Ste
Mathilde par Engelhard, abbé de Langheim (ibid.,
5686, 5687; A. S., mai, vu, 436); des saints de Villers
l)ar les moines de cette abbaye (Roisin, L'hagiogr.
cisterc. dans le dinc.' Liège au xrif s., Louvain,
1943).
S" Saints et bienheureux. — Le cardinal Conrad
d'Urach (t 1227) a joui d'un culte immémorial en cer-
taines régions. Citons d'autre [lart : S. (juillaume, ar-
chev. de Bourges, 1209; S. Martin, év. de Siguenza,
t 1213; S. Adolphe, év. d'Osnabruck, 1224; S. Boni-
face, év. de Lausanne, qui termina ses jours à l'abbaye
de la Cambre, près Bruxelles, f 1260; puis les Bx Foul-
ques de Toulouse, t 1231; Vincent Kadlubek de Cra-
covie, t 1223; S. Bernard Calvo, év. de Vich, t 1243;
Emmanuel de Crémone, t 1298. — Quelques saints
abbés, tels Thibaud de Marly, aux Vaux-de-Cernay,
t 1247; Ogier de Locedio, t 1214; Boniface de Cîteaux,
t 1258; Richalm de Schônau, j 1219; Nicolas Moren-
gia de Neti, f 1230. — Moines et convers : Jean de
Montmirail, t 1217; Werric, prieur d'Aulne, t 1217;
Gobert d'Aspremont, t 1263, et Guillaume de Don-
gelberg, tous deux de Villers; Richard d'Aduard,
t 1266; Alexandre, prince d'Écosse devenu convers à
Foigny; Albert de Sestri, t 1239; Vital de S.-Sulpice;
Simon de Gueldre à Aulne, t 1228; Barthélémy à Naza-
reth, t 1250; Alrad à Isenhagen, f 1259. — Trois
groupes de martyrs : à Oliva, en Prusse, en 1224, à
Dunamunde en 1228, à Koprzwlèa (Clara provincia,
Pologne), en 1241.
Les saintes moniales sont citées plus haut (§ V).
S. Lenssen, Hagiologium cisterciense, Tilbourg, 1948.
IV. DE LA BULLE CLÉMENTINE (1265) AUX
ARTICLES DE RÉFORME DE JEAN DE CIREY
(1494). — Ces deux siècles sont chargés d'événements
douloureux pour l'Église, pour les ordres religieux,
comme aussi pour la France. La guerre de Cent ans
(1337-1453), le Grand Schisme (1378-1417), la com-
mende : ces trois éléments destructeurs vont agir si-
multanément parfois. Ils laisseront l'Église affaiblie et
donneront aux abbayes une physionomie étrange.
I. CiTEAUX ET LES ÉVÉNEMENTS POLITICO-RELI-
GIEUX. — 1° Les conciles de Lyon (1274) et de Vienne
(1311-1312). — En 1274, Lyon voyait s'ouvrir dans
ses murs le XIV*' concile oecuménique, sous le pape
Clément IV. On y comptait cinq cents évêques, un
millier d'abbés et autres prélats. On attendait les deux
éminents théologiens, futurs docteurs de l'Église;
mais S. Thomas mourut à Fossa Nova, en route pour
le concile, et S. Bonaventure au cours des sessions.
De nouveau, une croisade fut décidée. Immédiate-
ment, on s'occupe de réunir les fonds nécessaires, et de
ce chef les abbayes furent taxées (Statuta, 1274 : 1;
1275 : 14; 1279 : 76; 1280: 22; 1282 : 40). D'autre part,
bon nombre des Pères du concile voyaient d'un mauvais
œil les privilèges des réguliers et les attaquaient avec
violence. L'abbé de Cîteau.x et son groupe ripostèrent
sérieusement (Mansi, xxiv, 130, 134; Statuta, 1274 :
14; cf. Jean de Limoges, cist., Arenga coram D. Papa...,
dans ms. 1534 de Troyes). On maintint le statu quo. Ce
n'était cependant là qu'une première passe d'armes,
présageant des luttes autrement sérieuses qui allaient
occuper le concile de Vienne en 1312.
Entre temps, on vit se dérouler le pontificat de
Boniface VIII (1294-1303), qui marque tout à la fois
le déclin du pouvoir pontifical et la dislocation de la
chrétienté médiévale avec sa grandiose unité.
Le conflit qui mit aux prises Boniface VIII et Phi-
iippe le Bel s'était amorcé par une question financière.
En réalité, les idées qui s'affrontent alors ont une por-
tée beaucoup plus profonde : d'une part, les défenseurs
du S. -Siège entlent la voix pour attribuer au pape le
rôle suprême de juge des rois et des princes, même en
leurs actes politiques; d'autre part, les légistes batail-
lent âprement pour dégager l'État de la tutelle ponti-
ficale désormais périmée (G. de Lagarde, L'esprit laïque
au déclin du M. A., i, Paris, 1948; J. R. Strayer, The
laicization of French and English society in the Xiii cent.,
dans Spéculum, xv, 1940, p. 76-86). Une période nou-
velle s'ouvre dans l'histoire de l'Église.
Dans cette lutte du roi de France contre la papauté,
quelle fut l'attitude des cisterciens ? On les voit figurer
en tête des protestataires contre les exigences royales,
im])osées à rencontre de l'immunité fiscale du clergé.
Sans cesse en mal d'argent, Philippe décrète coup sur
coup des levées d'impôts : le centième, le cinquan-
tième, la maltôte; puis des saisies de biens ecclésias-
tiques et autres.
Dans cette première phase du conflit, seul l'ordre de
Cîteaux ose s'opposer aux prétentions du monarque.
Un prélat, ami du roi, sans doute Pierre Barbet, arche-
vêque de Reims, adresse aux abbés une monition qu'il
espère devoir être opérante. Citeaux répond vouloir
s'en tenir au droit commun : on est prêt à se soumettre
à toutes les taxes établies légitimement, mais on
s'élève contre les impôts extraordinaires que le Siège
pontifical n'a pas approuvés. « Nous fera-t-on, sous le
roi Très Chrétien, des conditions d'existence plus dures
que sous un pharaon ? » La protestation cistercienne
s'amplifie bientôt et parvient aux oreilles du pontife
régnant (lettre Cum secundum apostolum, pièce 164 du
Codex Dunensis, ms. 418 de la bibl. de Bruges).
Après la bataille de Courtrai (11 juiU. 1302), humi-
liante pour la France, Boniface VIII publie la bulle
Unam sanctam (oct. 1302) et le conflit entre dans une
seconde phase. Le pape convoque un concile à Rome
pour la prochaine fête de la Toussaint. Dédaignant
toute intimidation, quarante prélats quittent le
royaume; on distingue notamment l'archevêque de
Tours et ses sufliragants, les abbés de Cîteaux, Cluny,
Prémontré, Marinoutier, Beaulieu et La Chaise-Dieu.
Philippe riposte en donnant ordre à ses baillis de saisir
le temporel de ces prélats. Cîteaux est spécialement
visé; aussi le pape crée-t-il immédiatement tout un or-
ganisme de défense pour maintenir les abbayes en
possession de leurs biens. La lettre Ad compescendos
conatus nefarios est adressée à vingt-huit évêques ou
abbés constitués juges consiTvnlfurs (cf. l)if,':ii<l, Uei/.
de Boniface VII l\ n. 4913).
Le 14 juin 1303, Philippe préside à Paris une assem-
blée composée de prélats, de nobles et rie légistes. On
y entend les pires accusations formulées contre Boni-
face VII L En conclusion, le monarque propose la
convocation d'un concile qui jugerait le chef del'Église:
usurpation sacrilège contre laquelle une seule voix se
fait entendre, celle de Jean de Pontoise, abbé de Cî-
teaux. « L'abbé de Cistiaux seul à eux non assentant »,
dit la Chronique de S.-Denis: de même Guillaume de
Nangis. Son emprisonnement dans les tours du Chà-
telet suivit aussitôt.
Dans la bulle d'excommunication préparée contre
Philippe le Bel, Super Pétri solio, le pape, qui ne devait
survivre que peu de jours à l'attentat d'Anagni, men-
tionnait la captivité de l'abbé de Cîteaux ])armi les
crimes qui appelaient sur le roi de France les foudres de
l'Église (Digard, Philippe le Bel el le S.-Siège de 1285
à 1304, II, Paris, 1936, p. 180; Kervyn de Lettenhove,
Recherches..., dans P. L., clxx.xv, 1916).
Quant à Philippe, il faut attendre les dernières an-
nées de sa vie (1314) pour trouver les traces d'un re-
pentir et d'une réparation (Codex Dunensis, pièce I
n. 868). l'n document nous le montre préoccujjé de la
.situation de Clairvaux, si obérée qu'en 1321 l'abbaye
sera obligée de vendre le collège S. -Bernard à Paris
(Statuta, 1321 : 9; acte de vente aux Arch. départ, de
l'Aube, 3 H 216).
Du concile de Vienne (1311-1312), l'histoire de Cî-
teaux retient particulièrement l'intervention de l'abbé
de Chaalis, Jacques de Thérines, en faveur des privi-
lèges des réguliers. Oux-ci faillirent succomber sous
les griefs formulés par les évêques (Rev. d'hist. eccl., vr,
1905, p. 325 sq.; Hefele-Leclercq, vr, 659). Mais de
solides raisons théologiques, mises en valeur par l'élo-
quence de l'abbé Jacques, parvinrent à reprendre des
positions gravement compromises. Dans son mani-
feste, le polémiste écarte d'avance l'objection qu'on
pourrait tirer de l'autorité de S. Bernard. Le saint
docteur n'a condamné cependant que les abus des
exemptions (cf. supra, col. 902).
Le concile de Vienne rendit quelques décisions de
nature à éviter désormais les conflits de juridiction
entre ecclésiastiques séculiers et réguliers. Elles furent
insérées dans le Corpus juris à la suite du livre Vl« de
Boniface VIII. C'est là notamment que se lit le décret
relatif aux religieux mendiants passant dans un ordre
monastique : même si le transfert s'est elïectué légiti-
mement, de tels sujets resteront toujours privés de
voix au chapitre et ne pourront jamais accéder aux
prélatures. Ce point de législation ne disparut qu'en
1917, avec l'actuel Code de droit canonique (1. III,
tit. IX, c. L "1 Clern.; le tit. x contient aussi des décrets
de réforme pour l'état monastique; cf. éd. Friedberg,
II, 1165).
H.-X. .\rquillière, art. lioNiFACE VIIT, dans D.U.G.K.,
IX, 904-09. — Chronicon Giiillelmi ilc Aa/u/i'aco, et C.onli-
nuatio..., dans liée, des hist. des Gaules, xx, .")43. Chroni-
que de S.-I)enis, ibid., 654 s<i. — Coilcr Dunensis, sive diplo-
malum el chartarum Medii Aevi amplissima collectio, ms. 41S
de la Bibl. munie, de Bruges, dont un choix de 39.3 pièces
fut édité par Kervyn de Lettenhove, Bruxelles, 1875. —
G. Digard, Philippe le Bel et le S.-Siège de 1285 à 1304,
Paris, 1936. — Digard-Faucon-Thomas, Les Registres de
Boniface VIII, Paris, 1884 sq. — P. Glorieux, Prélats
français contre religieux mendiants, dans Rev. il'hist. de
l'Église de France, xi, 309 sq. — Hefele-Leclercq, vi, Paris,
1915. — Jacques de Thérines : ses travaux sont cités par
P. Glorieux, Répert. des maîtres en théol. de Paris au XII I" s.,
I, Paris, 1933, p. 261 sq.; son Tractatus contra inipugn.
exempt, a été édité par Tissier, Bibl. Palrum Ci.sterc, iv,
Bonnefontaine, 1662, p. 261-315, et le résumé dans Baro-
nius-Raynaldi, Ann. eccles., xxin, 526-30. — Kerv>-n de
Lettenhove, Recherches sur la pari que l'ordre de C. et le comte
de Ftanitrr prirent n la lutte de Boniface V I II rl ilc Philippe
le Bel, reproduit dans P. L., < i.xxxv, 1833-H)20. — G.
MoUat, Les doléances du clergé de Sens au conc. de Vienne,
dans Rev. d'hi.'it. eccl., vr, 1905, p. 310 sq. — lî. Muller, Das
Konzil von Vienne..., Miinster, 1934. — Gard. Pitra, L'ordre
de C. dans la lutte entre Boniface VIll et Philippe le Bel,
Poitiers, 1896. — .1. Rivière, Le problème de l'Église et de
l'État au temps de Philippe le Bel, Louvain, 1926. — Statuta
cap. gen. ord. cisterc, éd. Louvain, m, 1935.
2° Les papes d'Avignon el la fiscalité pontificcde. —
Depuis Clément V, la papauté réside en Avignon. Il
était à craindre que son indépendance en souffrît ; aussi
Jean XXII, élu en 1310 (t 1334), voulut-il dès l'abord
affirmer puissamment les droits de la primauté pon-
tificale, en centralisant les pouvoirs dans ses pro])res
mains. Il pousse donc aussi loin que possible le droit
de réserve en matière bénéficiale, jadis inauguré par
Clément IV; du même coup, il fait tomber les légitimes
coutumes des élections épiscopales et abbatiales. Et
ceci avait une répercussion avantageuse pour la
Chambre apostolique. Tout prélat nommé par le pape,
ou simplement confirmé par lui, ou transféré à un
autre siège, contractait une dette à l'endroit de son
bienfaiteur. Celle-ci comportait des taxes à acquitter;
I appelées sertntiiim commune et servitia minuta, elles
représentaient environ le tiers des revenus annuels de
la prélature en cause. Plus tard, on exigera l'annale,
c.-à-d. les revenus d'une année entière, puis les vacants,
fruits perçus durant la vacance du siège. Il fallait donc
parfois enquêter sur le chilïre exact des revenus, va-
riables de leur nature. Pareille enquête fut confiée en
1320 par Jean XXII à l'abbé de Grandselve, sur les
églises de Toulouse et de Montauban. En Angleterre,
c'est le roi Edouard III qui demande au pape une en-
quête pour le monastère cistercien de Louth Park, taxé
au delà de ses i)ossibilités (C. Mollat, Lettres communes
de .Jean XXII, n. 11047, 61084).
On connaît les taxes des évêchés et abbayes d'après
les obligations souscrites et les quittances délivrées
dans la suite. L'abbaye de Grandselve, par ex., payait
4000 florins, Valmagne 1400, les Dunes en Flandre
1500. Cîteaux, en 1359, était taxé à 300 florins et Clair-
vaux à 3000. En cette même période, on lit la mention
liberalus propter paupertatem, accolée au nom des abbés
de Ste-Madeleine de Cava et de Paliano, en Italie; du
Gard, de Perseigne, du Pin, de Silvacane, en F'rance.
De Belleperche on n'exige que 600 florins propter mali-
tiam temporis. Les mandats de provision portaient éga-
lement en tête le montant de la dette à acquitter en
ces circonstances (ces chiffres se lisent dans G. Mollat,
op. cit.).
Quand, dans une abbaye, les changements de prélats
se succédaient à un rythme accéléré, la comptabilité
s'accusait bientôt déficitaire. Or ces changements
n'étaient pas rares. Le cas de Grandselve en témoigne.
Cette abbaye, vacante en 1318, reçoit pour abbé celui
de Valmagne, Pons Maurin ; Valmagne reçoit pour abbé
celui de Bonneval, Bérenger; et Bonneval reçoit pour
prélat le moine Jean, pris à Grandselve (Reg. de
.lean XXII, n. 8739, 8902). Sept ans plus tard, le
manège recommence : Guillaume, abbé de Beaulieu en
Rouergue, est envoyé gouverner Grandselve, tandis
que le prieur de cette maison devient prélat de Beau-
lieu (Lettres comm. de Jean XXII, n. 28125, 28126;
autres cas similaires, n. 51603, 51604, 51890, etc.).
En annexe du mandat de collation, on trouve aussi
un autre document taxé, qui permet au nouvel élu de
demander la bénédiction abbatiale à l'évêque de son
choix. Boniface VIII avait déjà concédé un induit de
cette nature à l'abbé de Cluny, Bertrand, en 1296
(Reg. de Boniface VIII, n. 899). Sous Jean XXII, le
procédé devint habituel.
Le jus spolii (droit de dépouille) fut aussi en usage
sous les papes d'.\vignon. C'était, pour la Chambre
niCT. d'hist. f.t Tir. of.ogp. f.cci.fs.
H. - XII. - 31 -
9H3 CIIKAUX lOHnRK». DK I,\ Bl'lJ,!", CLÉM KNT I NI-. A JKAX DK Cllil-.Y !)(/•
apostolique, le droit de s'adjuger les biens des prélats
et des clercs décédés à la (^urie pontificale, ou non loin
d'elle. Pour échapper à celte loi, nous voyons le cardi-
nal cistercien Arnaud Novelli et son neveu Jacques
Fournier, le futur Benoît XII, obtenir le privilège de
dresser leur testament; et Clément V eut la bonté de
recommander à Novelli de ne pas oublier sa famille
religieuse dans ses dispositions testamentaires {Reg. de
Clément V, n. 7251; Lettres comm. de Jean XXII,
n. 24464). Le premier pape d'Avignon s'attardait d'ail-
leurs volontiers dans les abbayes de Grandselve, de
Belleperche, de Boulbonne et de Bonnefont.
La Constitution Licet ecclesiarum (1. III, tit. iv, c. 2,
in VI°) de Clément IV avait posé en principe que
« l'entière disposition des églises, personnats, dignités
et autres bénéfices appartient au pontife romain de
telle manière que celui-ci peut les conférer juridique-
ment, non seulement durant leur vacance, mais encore
en concéder le droit à valoir au temps de la future va-
cance ». Ces dernières concessions, nommées grâces ex-
pectatives, prirent une ampleur insolite sous les papes
d'Avignon. « En Avignon, tout se demande, tout s'ob-
tient, tout se paye. »
Ce fut alors une course folle vers la ville des papes.
Clientèle disparate : clercs besogneux, religieux de
toute couleur, de toute observance, de simples fidèles
aussi, coudoyant des prélats déjà bien nantis de béné-
fices, mais aspirant à mieux encore; et le reste.
Mais les moines, que viennent-ils solliciter? Une ab-
solution, peut-être, ou un transitus, droit de passer à un
autre ordre. Il y a aussi pour eux les bénéfices et offices
réguliers, une abbaye à gouverner, un prieuré à diriger,
une église ou chapelle à desservir. Même à l'intérieur du
cloître, on trouve des offices à remplir, des administra-
tions à présider, les fonctions de prieur, de chantre, de
sacristain, de cellérier; tout devient objet de désir
pour qui n'a rien et veut cependant émerger un peu.
Dans l'ensemble des grâces expectatives de bénéfice,
nous ne trouvons guère qu'un seul cas cistercien. En
1328, Jean XXII réserve pour Guillaume de Vallaria,
moine de Valleserena, en Italie, le prieuré parmesan dé-
pendant de cette abbaye {Lettres comm. de Jean XXII,
n. 41058). Par contre, on trouve des expectatives con-
cédées à de jeunes personnes, assurant leur réception
dans telle abbaye désignée, dès qu'un décès laissera
une place vacante, le nombre de moniales étant rigou-
reusement fixé d'après le chiffre des revenus (Berlière,
Suppl. de Clément VI, n. 952, 1124, 2133; autres cas
signalés dans Cisterc.-Chronik, 1910, p. 183 sq. ; Van
Isacker, Lettres de Clément VI, n. 845, 1364).
Nombreuses également furent les concessions d'in-
dulgences en faveur des visiteurs et bienfaiteurs des
églises monastiques, surtout à l'époque des reconstruc-
tions. Les abbés de Cîteaux, de La Ferté, de Clairvaux,
de Pontigny, de Morimond reçurent même le pouvoir
d'accorder quarante jours d'indulgence à leurs audi-
teurs, quand ils auraient prêché dans les monastères,
chapelles ou églises de leur ordre (Reg. de Benoît XI,
n. 899; Reg. de Clément V, n. 4422, 8707). L'indulgence
in articula mortis fut demandée par les abbés et les
moines, les abbesses et les moniales, particulièrement
sous les pontificats de Benoît XII et de Clément VI
(Reg. de Benoît XII, n. 3418, 4720, 4771, etc.; Suppl.
de Clément VI, dans Cisterc.-Chronik, 1910, p. 187 sq.).
Moins louable était, dans la famille cistercienne, le
désir d'échapper à la loi de l'abstinence. Des per-
sonnes de haut rang, devenues moniales blanches, ne
s'accommodent plus du vieux régime austère; elles de-
mandent donc pour elles-mêmes l'exemption de cette
loi pénible. De telles demandes viennent de l'abbaye
du Lys, près Melun, de Port-Royal, de S. -Antoine de
Paris, où est moniale Pétronille de Sully, de Valbrissac,
où se trouve Béatrice de Hongrie, veuve devenue mo-
niale (Lettres comm. de Jean XXII, n. 2821, 2822, 6232.
11985). Puis, des abbés âgés, infirmes ou malades pré-
sentent les mêmes suppliques (ibid., n. 24296. 25087,
51256, 52298); à Jean, abbé de Dalon, Clément VI
écrit sur la requête : Fiat, sed parce iitatur, super que
eius con.'icienfiam oneramiis (Cisterc.-Chronik. 1910,
p. 154).
Line autre conséquence de la fiscalité pontificale à
cette époque fut de priver les abbayes de leur droit de
nommer aux bénéfices qui dépendaient d'elles. Très
nombreux étaient les monastères dont le titulaire était
collateur de bénéfices ecclésiastiques, églises parois-
siales ou chapellenies. INIême la charge de chapelain
auprès de nos moniales fut pratiquement traitée
comme un bénéfice. En fait, il y avait là un ensemble
d'obligations incombant au prêtre et compensées par
des revenus; d'autre part, Boniface VIII avait déclaré
que tout prêtre, une fois admis à ces fonctions par
l'abbé Père, était inamovible (Reg. de Boni/ace VIII,
n. 564).
Les mandats de collation à ces bénéfices mineurs
nous aident parfois à mieux connaître la situation juri-
dique et économique de certaines abbayes. Nous y
apprenons que les abbesses de Tischnowitz au dioc. de
Brilnn, de Zaïda et de Canas en Espagne, de Nunnen-
munster près Worms, de Maubuisson près Pontoise, de
Ruremonde en Hollande, de Burtscheid près Cologne,
avaient des bénéfices à leur collation. En Belgique, se
trouvaient dans le même cas les abbesses de la Cambre,
d'Aywières, de Salzinnes, de la Ramée, de Val-Notre-
Dame. Situation identique dans bon nombre d'abbayes
d'hommes, par ex. Savigny, Grandselve, Belleperche,
Moutier-en-Argonne, Royaumont, S.-André-de-Gou-
fern, en France; Lubens, Sedlic, Zwettl, en Allemagne
et Autriche; Villers, Val-S. -Lambert, Grand-Pré, en
Belgique (Lettres de Jean XXII, de Benoît XII; Suppl.
j de Clément VI, d'Innocent VI, d'Urbain V, passim).
En 1492, l'abbé de Cîteaux, Jean de Cirey, fit dresser
un tableau des annates que les monastères cisterciens
devaient verser à la Chambre apostolique, lors des
vacances du siège abbatial. Le prêtre chargé de ce tra-
: vail était Pierre Reynard. Dans sa rédaction, il déclare
i avoir compulsé les registres originaux de la Chambre
apostolique, pour y puiser tous renseignements dési-
rables. Il les disposa ensuite selon l'ordre alphabétique
des diocèses possédant des abbayes cisterciennes. Cet
intéressant travail peut se lire actuellement dans le
nis. 1450 de la bibliothèque municipale de Troyes.
Fr. Baix, La Ctiambre apostolique et les « Libri annaiarum »
de Martin V (141T-14H), Bruxelles, 1947. — U. Berlière,
Inventaire aiialgtique des « Libri obligationuni et solutionum »
] des Archives vaticanes, Rome, 1904; Les collectories pontifi-
cales..., (Cambrai, Thérouantte et l'ournai, au XI s., Rome,
I 1929. — H. Moberg, Taxae pro communibus servitiis ex Libris
I nbliyalionum ab anuo v:'.)5 ad 1455, Rome, 1949. — Kirsch,
I Die papstlichen Kollertorien in Deiitschland wdbrend des A/K.
I Jhts, Paderl)orn, 1894; id.. L'administration des finances
pontif. au JCIV s., dans Bev. d'hist. eccl., i, 1900, p. 274-96.
I — G. Mollat, Contribution à l'bist. admin. et judic. de l'Église
! rom. au XI V s., ibid., 1936, p. 897 sq.; id.. Contribution à
l'hist. de la Chambre apost.au XIV' s., ibid., 19.50, p. 82-94.
— Y. Renouard, Les relations des papes d'Avignon et des
compagnies commerc. et bancaires de 1316 à ISÎS, Paris,
1941. — Ch. Samaran et ("■. .Mollat, La fiscalité pontif. en
France au XIV' s., Paris, 190.5. — Statuta cap. gen. ord. cis-
terc, éd. Louvain, 1933-41; Chapellenies : cf. 1314 : 2;
1366 : 6; 1389 : 12; 1401 : 41; 1.562 : 25; Chapelains de
moniales : 1254 : 5; 12.56 : 4; 12.58 : 18; 1265 : 2; 1273 : 10;
1287 : 11, 16; 1296 : 8; 1,308 : 5; 1317 : 4; 1320 : 8; 1460 :
29. — Registnim visitationum arcbiepisc. Jiotliomngensis
(Kudes Rigaud), éd. Bonnin, Rouen, 1847, d'après le ms.
lat. 1245 de la Bibl. nat. de Paris, p. 691, cas d'ordinations
faites ad titulum abhatissae monasterii licate Mariae liegalis.
3° La guerre de Cent ans. Le Grand Schisme. — .
1. «Les rois d'Angleterre resteront-ils ducs de Guyennej
!»«.■■) CITEAUX (ORDRE). DE [-A HliIJ>E
CEÉMENTFNE A JEAN DE CIREY
et vassaux du roi de France? Détrôneront-ils les Va-
lois?... Le conflit, juridique à ses débuts, dégénéra en
véritable guerre » (E. Déprez, Les préliminaires de la
guerre de Cent ans, Paris, 1902, p. 11). Ces quelques
mots éclairent bien le point de départ de la désastreuse
guerre qui dura de 1337 à 1453.
Dès 1334, le rôle médiateur de la papauté était ré-
clamé par l'Angleterre. Édouard III adressait à
Jean XXII des lettres d'abord, puis des ambassadeurs,
parmi lesquels on reconnaît l'abbé cistercien de Dore.
En décembre de cette même année, le pape décédait
sans avoir pu réconcilier les rois de France et d'Angle-
terre. L'élu du conclave fut alors l'austère Benoît XII,
jadis moine et abbé cistercien. Couronné le 8 janv.
1335, il allait avoir un pontificat de sept années.
Malheureusement, ses tentatives répétées de conci-
liation entre les rois devaient échouer contre l'obstina-
tion des belligérants, et il est injuste de faire retomber
sur le pape la responsabilité d'une guerre désormais
inévitable (G. Daumet, Lettres... de Benoît XII, Paris,
1920, Introd., p. ix, contre l'opinion de Déprez, op.
cit., p. 405). Dès la première invasion anglaise, Be-
noît XII s'empressa de secourir les populations des
régions dévastées. Six mille florins furent envoyés et
répartis sur 174 paroisses, dont les noms figurent dans
les registres de comptabilité aux Archives vaticanes
(cf. L. Carolus-Barré, Benoît XII... et les pays dévastés,
dans Mélanges d'archéol. et d'hist., Paris, 1950, p. 165-
232).
Une intervention pacifique inattendue vint de la
part d'une moniale cistercienne. Jeanne de Valois,
propre sœur de Philippe VI et mère de la reine d'An-
gleterre, devenue veuve du comte de Hainaut, Guil-
laume l" le Bon, s'était retirée à l'abbaye de Fonte-
nelles et y avait fait profession monastique. Or les pre-
mières opérations militaires, que tenta Édouard III en
1339, se passèrent dans la région de Laon, S. -Quentin,
Cambrai, où se trouvait précisément l'abbaye de Fon-
tenelles, incendiée en ces circonstances. « Maintes fois, 1
Jeanne de Valois s'était jetée éplorée aux pieds de son
frère et de son gendre, les suppliant de cesser les hos-
tilités; mais ses tentatives avaient échoué. Elles abou-
tirent quand les deux rois campèrent près de Bou-
vines » (Déprez, op. cit., p. 343). Des trêves furent alors
signées qui, hélas, allaient déjà cesser en juin 1341.
Puis, ce fut la guerre avec toutes ses horreurs. L'une
d'elles, et non la moindre, fut la peste de 1348-49, qui
enleva, au dire de Froissart, « la tierce partie du
monde ». Des moniales de Belmont, il ne resta que deux
survivantes. Les monastères dépourvus de personnel
s'offraient comme une proie facile à une poignée d'aven-
turiers. Ils n'y manquèrent pas. A la faveur de trêves
passées de temps à autre, les belligérants licenciaient
leurs mercenaires pour n'avoir plus à les payer; ce ra-
massis de gens sans aveu, sans patrie, faisaient alors
groupe autour d'un chef. Ce furent les « Grandes com-
pagnies », qui vécurent de pillages et de dévastations
à travers la France.
« Plus que les autres ordres religieux, les cisterciens
furent atteints », constate Denifle. Leurs monastères,
en effet, se trouvaient à l'écart de toute agglomération,
et nullement fortifiés, sauf de rares exceptions. Bonne-
combe, par ex., et Boulbonne, que Benoît XII avait
fait entourer de hautes et fortes murailles (Baluze,
Prima Vita, éd. Mollat, Paris, 1916, p. 197; Slatuta,
1437 : 48). D'autre part, l'avoir des abbayes cister-
ciennes était fait surtout de possessions terriennes,
que les guerres venaient dévaster et rendre infruc-
tueuses. Comment solder les contributions toujours
plus pesantes qu'imposaient les rois, sinon par le dé-
pouillement total de ses biens?
En 1402, la douleur des capitulants de Cîteaux
s'exhale en une plainte émouvante : « Ne sommes-nous
pas arrivés à la tin des temps? L'iniquité abonde par-
tout, la charité s'est refroidie, la stérilité des campa-
gnes met la famine à nos portes. Ne sont-ce pas là les
signes avant-coureurs de l'Antéchrist? Les ofliciers et
ministres des illustrissimes seigneurs, rois, ducs, com-
tes, barons, et même — ce qui est plus grave — les pré-
lats piétinent à plaisir nos droits, nos libertés, nos
immunités. Leurs exigences sans mesure ne respectent
plus ni le droit humain, ni le droit divin. Veulent-ils
donc nous réduire tous à la mendicité? » Puis l'assem-
blée se ressaisit; elle crée une délégation com])osée des
abbés de Pontigny, de (2haalis, de Royaumont, de
Beaupré. Ceux-ci se |)résenteront devant le roi
Charles VI, devant ses oncles, les ducs de Berry et de
Bourgogne, devant son frère Louis d'Orléans, et leur
diront l'extrémité oii se trouvent les monastères de
leur royaume; il est temps de prévenir un irrémédiable
désastre {Statuta, 1402 : 13). Quelques années plus
tard, Charles VI s'intéressait à l'abbaye de Longpont;
il écrivait au chapitre général qu'on eût à la sauver
d'une disparition imminente. De son côté, le duc de
Lorraine insistait dans le même sens pour l'abbaye de
Villers-Bettnach, au dioc. de Metz (it^id., 1413 : 99;
1425 : 52).
Inutile d'aligner ici la longue série de monastères que
la guerre de Cent ans a ruinés. Denifle a accompli cette
tâche en puisant les éléments de son travail aux meil-
leures sources, que sont les suppliques adressées à la
Curie pontificale et les statuts des chapitres de Cî-
teaux. Les suppliques sollicitent du Souverain pontife
une remise partielle ou totale des dettes contractées
vis-à-vis de la Chambre apostolique, à l'occasion d'une
nomination abbatiale ou d'un induit obtenu. Le sup-
pliant a donc soin de décrire l'état précaire où est ré-
duite son abbaye pour faits de guerre. Des doléances
semblables se font entendre au chapitre général de
Cîteaux, à l'efl'et d'obtenir des secours de la part de
maisons moins éprouvées, et aussi la remise des contri-
I butions générales imposées à tout l'ordre, ou encore
l'autorisation d'aliéner une partie des biens (ibid.,
1391 : 23, 24; 1396 : 16, 20; 1400 : 33; 1402 : 10; 1404 :
32; 1411 : 21; 1429 : 74).
Une mesure exigée par les circonstances fut parfois
la suppression de communautés exténuées à l'extrême,
telle l'abbaye des moniales de Bouhan, près Calais
{ibid., 1395 : 9). En 1399, six abbayes furent fermées
pour cette cause. En pareil cas, les religieuses sont ré-
parties en d'autres communautés et les biens tempo-
rels sont unis à un monastère d'hommes, qui assume
l'obligation d'acquitter les charges spirituelles de
l'abbaye éteinte : célébration de messes fondées et des
divins offices (ibid., 1399 : 36-41).
2. Un autre genre de désolation fut le Grand Schisme
d'Occident (1378-1417). Le 8 avr. 1378, le collège des
cardinaux avait élu Urbain VI. Six mois après, les
mêmes cardinaux — du moins en majeure partie —
font une seconde élection à Fondi et donnent au monde
chrétien le pape Clément VII, bientôt installé en Avi-
gnon. Sur la valeur de ces opérations électorales, les
contemporains furent d'avis partagé; nos historiens
actuels en sont encore au même point. Mais le fait est
là : la chrétienté fut scindée en deux obédiences, et la
ligne de démarcation se prenait surtout dans la volonté
des princes terriporels. Le pape d'Avignon eut sans
peine la France avec lui. Dès lors, l'Angleterre et
l'Allemagne se devaient d'embrasser l'autre parti.
Il y eut aussi des régions disputées. Liège, par ex.,
eut deux évêques : Arnoul de Hornes, nommé par
Urbain VI, et Eustache de Rochefort, confirmé par
Clément VII. L'évêché de Cambrai était occupé depuis
juin. 1378 par Jean T'SercIaes; Urbain VI y envoya
néanmoins un administrateur; c'était l'abbé de Bau-
deloo, Gérard Van de Zype. Cet urbaniste notoire sera
Î)(i7 (".ITlvM X (OHDHI-: , DK I.A Hl LI.h:
CLI-.MI'NriM-: A .ll'.AN \)\-] (AUVW !tHS
prive (le sa prélaliire l'égiilière par (;iémenl \ 11, qui 1
lui substituera (loswiii de N'inea (H. Nélis, Siippl. ni
lettres de Clément VII, Rome. 1934, n. 228(1).
Dans les ordres religieux, mêmes divisions, mêmes
difïicultés; et celles-ci sont d'autant plus douloureuses
que l'ordre pratique la centralisation de pouvoirs.
C'était le cas des cisterciens, avec leur chapitre général
annuel tenu en France, à Cîteaux même. La lecture des
actes authentiques de ces chapitres fait pressentir qu'à
la maison mère les supérieurs veulent garder une pru-
dente réserve. Les chartreux suivaient la même tac-
tique (cf. Le Couteulx, Annales ord. cart., Montreuil,
VI, 219). Il faut attendre l'année 1389 pour entendre à
Cîteaux une reconnaissance officielle du pape Clé-
ment VII : Pro SS. in Christo pâtre domino nostro
domino Clémente div. Provid. S. R. et totius Universalis
Eccl. Summo Pontifice, ac pro statu jelici eiusdem, et ut
pestiferum schisma nunc in sancta Dei Eccl. saeuiens
terminetur celeriter, dicantur très missae una de Spiritu
Sancto, altéra de S. Cruce et reliqua de B. V. a singulis
sacerdotibus ordinis universi (Statuta, 1389 : 33).
Plus tard, quand la France fera un effort de neu-
tralité en vue d'étouffer le schisme, (-îteaux marchera
dans cette voie, affirmant sa soustraction à l'obédience
avignonnaise en taisant dans ses décrets capitulaires le
nom du pontife suprême (ibid., 1398 : 1; 1399 : 1;
1400: 1; 1401 : 1; 1402: 1). Le nom de Benoît .Kl II re-
paraît en 1403, et jusqu'en 1408. En sept. 1409, Cî-
teaux croit que l'élection d'Alexandre V. célébrée à
Pise, a éteint le schisme, et cette prétendue victoire est
notifiée avec émotion dans les documents de l'année
(ibid., 1409 : 47). Illusion passagère. Néanmoins on reste
désormais fixé dans cette obédience, et Jean XXIII,
successeur d'Alexandre, sera cité comme chef de
l'Église universelle dans les statuts des années sui-
vantes, jusqu'à l'élection de Martin V (11 nov. 1417).
Nonobstant ces divergences, le chapitre de Cîteaux
continua de légiférer sans faire aucune réserve au sujet
des pays rattachés à l'obédience urbaniste. En 1390, il
délègue à l'abbé de Cîteaux tous pouvoirs nécessaires
pour visiter et réformer les monastères des deux sexes
ubique mundi partibus. L'abbé de Calers, avec maître
Bernard Sabatorii, prieur de Boulbonne, sont chargés
de visiter les abbayes de Castille, d'Aragon, de Navarre
et du Portugal. Aux abbés de Clairvaux et de Mori-
mond incombe la charge de visiter les maisons de leur
vaste filiation répandue à travers l'Europe. En fait,
qu'ont-ils réalisé de leur délégation? Les décrets capi-
tulaires sont muets sur ce point.
Nous savons par ailleurs qu'Urbain VI travaillait
activement à se gagner des partisans parmi les ordres
religieux. La Cirande-Chartreuse avait reçu son envoyé
au chapitre général de 1380 (Le Couteulx, op. cit.,
p. 248). Une bulle non datée d'Urbain VI enjoignit aux
cisterciens d'Allemagne, de Bohême et de Pologne
d'éviter toutes relations avec le pseudo-abbé de Cî-
teaux, Gérarfl de Buxière de la Tour d'Auvergne, mais
de se réunir en chapitre général à Vienne (ms. lat.
Vatic. 6330, fol. 423 v» ; Studien und Mitteil.. xxv, 1 904,
p. 69, note 2).
Boniface IX, successeur d'Urbain VI, nomma vi-
caire général de tout l'ordre de Cîteaux l'abbé de Bron-
dolo (Italie), maître Castiel, docteur en décrets. Celui-
ci aurait à réunir et présider le chapitre (texte publ.
dans Studien und Mitteil., toc. cit., 71, note 2). La
même tactique a été suivie jiour l'Angleterre, à l'effet
de détacher de leur maison mère les abbayes cister-
ciennes de ce royaume. Le 13 mai 1386, le roi leur com-
muniquait une ordonnance d'Urbain VI, donnant aux
abbés de Rievaulx et de Wardon les pouvoirs néces-
saires pour régir les abbayes cisterciennes d'Angle-
terre, d'Écosse, d'Irlande et du pays de Galles, en
dehors de toute relation avec l'abbé de Cîteaux. La
! Chronique de Melsu (abbaye de Moaux, au dioc. d'York)
cite une lettre de Boniface IX transmettant les mêmes
pouvoirs aux abbés de Boxley, de Stratford et de Ste-
Marie-dcs-Gràces, près de la Tour de Londres. C'est
dans ce dernier monastère que se réunira le chapitre
général (documents jiubl. dans Studien und Mitteil.,
lac. cit., 64, 66).
A l'époque du schisme, on remarque chez les Sou-
verains pontifes une facilité à concéder des honneurs
aux prélats de leur obédience. Us s'en faisaient ainsi
des clients dévoués. Clément VII concéda l'usage de
la mitre à l'abbé de Cîteaux en 1380, à celui de Mazan
en 1390. Benoît XIII montra la même générosité à
l'endroit des abbés de Fontfroide. de Bonnefont, de
Mortemer, de Bonnecombe. Ce dernier, Pierre d'Au-
gnac, alla même trop loin dans son attachement à son
bienfaiteur; U ne fit sa soumission à Martin V que le
5 mars 1421 (N. Valois, La France et le Grand Schisme
d'Occident, iv, 445).
Les actes des chapitres tenus à Cîteau.x durant le
schisme ont mentionné la participation des abbés aux
conciles de Pise et de Constance. Déjà au synode de
Paris en 1408, qui préparait le concile de Pise, avaient
été convoqués l'abbé de Cîteau.x et plusieurs autres
(Stiduta, 1408 : 16). On décida que l'ordre de Cîteaux
enverrait, à ses frais, dix de ses abbés, et d'abord
ceux de Cîteaux, de Pontigny, de Clairvaux (N. Valois,
op. cit., IV, 39). La lente arrivée des prélats à Pise a
été notée par Mansi, xxvii, 330 sq. ; nous y voyons un
cistercien arriver la veille de l'ouverture, le 24 mars
1409 : Félix, abbé de S. -Sauveur de Settimo, au dioc.
de Florence. Jean de Martigny, abbé de Cîteaux, y
arriva le 9 avr. ; le lendemain, on vit Jean de Ponti-
gny, Pierre de Chambons, Guillaume de Gimond,
lîtienne de La Charité. Le 13 avr., se présente Odon,
abbé de Villers, délégué du duc de Brabant et de plu-
sieurs abbés de la même religion. Le 23 du même mois,
arrive l'abbé d'Aulne, avec l'assentiment des abbés de
Val-S. -Lambert, de Val-Dieu, de Grand-Pré; et, le
7 mai, l'abbé Richard de Joraval (Angleterre). Sont
cités également Jean Schàrb, abbé de Kaisersheim, et
Mathieu Pillaert, abbé de Clairvaux.
Le 2() juin, eut lieu l'élection hâtive d'Alexandre V,
qui allait disparaître après dix mois de règne (3 mai
1410). Au nombre de ses actes, il y eut une lettre datée
du 15 juin., adressée à l'ordre cistercien auquel il mar-
quait sa reconnaissance (texte dans .Studien und Mit-
teil., loc. cit., 75).
Peu après l'élection de Jean XXIII, un concile fut
de nouveau convoqué pour le l"' avr. 1412. En fait, le
concile de Constance ne s'ouvrit que le 16 nov. 1414;
mais il faudrait attendre jusqu'au 11 nov. 1417 pour
voir enfin l'unité de l'Église rétablie et sanctionnée par
l'élection de Martin V. Cîteaux fit réunir les abbés par
provinces et choisir par votes leurs députés au concile
(Statuta, 1411 : 86, 90). La liste des abbés français délé-
gués comptait, outre celui de Cîteaux, le ci-devant pro-
cureur général Guillaume, abbé de Gimond, docteur en
décrets, puis sept abbés docteurs en théologie : Mathieu
Pillaert, de Clairvaux; Laurent de La Rue, de Chaalis;
Jean de Morimond; Guillaume de Fontaine-Daniel;
Jean d'Ourscamp; Guillaume de Mortemer et Jean
de Prières. L'Italie envoya les abbés de Columba et de
Chiaravalle; l'Allemagne, ceux de Rein, de Maulbronn,
de Langheim, de Lucelle; l'Angleterre, ceux de Fouii-
tains et de Beaulieu-Royal (ibid., 1416 : 25). Un bon
nombre d'autres abbés cisterciens de tous pays, égale-
ment présents à Constance, sont signalés dans le docu-
ment édité par Mansi, xxviii, 630 sq. On put croire
que l'ordre de Cîteaux retrouvait là son unité, au moins
pour un temps.
Les conciles de Bâle et de Ferrare-Florence, sous
Eugène IV (1431-1447), comptèrent aussi parmi les
\m CtTRAl X ((JHI)Hlv). DK I^A Ml I.IJ-:
CLÉMENTINK A JEAiN DE CIREY 970
membres présents plusieurs abbés cisterciens. Au dire
de Mansi (xxix, 1270), les discours de Jean Picart,
abbé de Cîteaux, forcèrent l'admiration des Pères du
concile. Ce fut le cas notamment quand, délégué avec
les évêques de Thérouanne, de Chalon, de Nevers, en
nov. 1438, pour aller porter à Eugène IV l'assurance de
la fidélité de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, l'abbé
Jean prononça devant le pape « un discours pathé-
tique » sur l'unité de l'Église compromise encore par
les Bâlois (N. Valois, op. cit., ii, 128, note 1; cf. le dis-
cours dans Mansi, xxxi, sujjpl., 1509 sq.; les sermons
des autres abbés cisterciens, dans les mss. -î iî', 534,
535, 538 de la bibl. univ. d'Erlangen).
Sur la tjiierre de Cenl uns. - J. Calmellt; cl K. Déproz,
La France et l'Angleterre en conflit, Paris, 1937 (cf. Hei).
(fltist. de VËijl. de France, xxiv, 1".K5«, p. 48;i). —H. Denifle,
La dé.folation des ét/li.'ies, monastères et lii>i>itaii.v en France
pendant la fiiierrc de Cent ans, Paris, 1897-!)il, 2 vol. —
Froissart, Chroniques, éd. S. I,ucc..., Paris, 1869-99. — A.
Lesort, La reconstitution des ('iiUses a/irés la guerre de Cent
ans, dans Rev. d'hist. de VÊgl. de France, xx, 1931, p. 177-
215. — P. Morel, Sur la vie écononiigue des inoimstères après
la guerre de Cent ans (cf. Hev. d'hist. eccl., 19-11, p. 351 s(j.).
Des régions ou des fails isolés ont eu leurs historiens, par
ex. P. Gautier, La désolation de l'abbaye d'Auberioe à la fin
de la guerre de Cent ans, dans Bull. hist. et philoL, Paris,
1912, p. ôO. — A. Huguet, Aspects de la guerre de Cent ans
en Picardie maritime (1400-1450), dans Méni. de la Soc.
des antiq. de Picardie, XLviii, 1941 . — R. Latouche, S.-An-
tonin-de-Rouergue et la domination anglaise au XI .s. ( 1358-
1369), dans Mélanges liémont, 1913, p. 305 sq. — (i. Mollat,
Études et documents sur l'hist. de Bretagne (XlIl'-XVI' s.),
Paris, 1907. — R. Reuss, La première invasion des Anglais
en Alsace, dans Mélanges Bémont, 281. — En général, toutes
les monographies d'abbayes donnent des détails sur les
désastres subis durant cette époque.
Sur la peste noire de 1348. — A. Coville, Écrits contempo-
rains sur la peste de 1348-1350, dans H. L. Fr., xxxvii,
325-90. — F.-A. Gasquet, The black dealh of 1348 and 1349,
1' éd., Londres, 1908. — P. Gras, Le registre paroissial de
Givry et la peste noire en Bourgogne, dans Bibl. de l'Ëc. des
chartes, c, 1939, p. 295-308. — Y. Renouard, Conséquences et
intérêt démographiques de la peste noire de 1348, dans Popu-
lation, 'M année, 1948, p. 459-66. — Ch. Terlinden, La grande
peste de 1348 en Espagne, dans Rev. belge de philul. et d'hisl.,
XVII, 1938, p. 103-45.
Sur le Grand Schisme. — Dijon, bibl. munie., inss. 578-
581 : recueil d'actes relatifs au schisme; ms. 577 ; discours
de .Jean Picart au concile de Râle. — RIiemetzrieder, Der
Zisterzienserorden im grossen abendlàndischen Schisma, dans
Studien und Mitteil., xxv, 1904, p. 62-82. — R. Boudruche,
La crise d'une société..., Paris, 1947. — Chronica monast. de
Melsa, auctore Thoma Burton..., éd. Edward Burton, Lon-
dres, 1866. — • -M. de Boiiard, La France et l'Italie au temps
du Grand Schisme d'Occident, Paris, 1936. — De Lesquen et
G. Mollat, Mesures fiscales en Bretagne par les papes d'Avi-
gnon à l'époque du Granil Schisme, Paris, 1903. — R. Graham,
The Great Schism and tlie English monasteries of the cister-
cian order, dans English hist. review, xliv, 1929, p. 373-87;
l'auteur retrace les mesures d'exception prises pour annuler
l'influence de Cîteaux sur les monastères anglais. — Grilln-
berger a publié une bulle d'Urbain VI en faveur des monas-
tères cisterciens des dioc. de Prague et d'Olmutz, dans Stu-
dien und Mitteil., xiii, 1892, p. 86. — Hefele-Leclercq, vu,
2' partie, Paris, 1916. — Mansi, xxvi-xxxi. — G. Mollat,
L'adhésion des chartreux à Clément VII (1378-1380), dans
Reo. du M. A. latin, 1949, p. 35-42; L'application en France
de la soustraction d'obédience à Benoit XIII, ibid., 1945,
p. 149-63. — H. N'élis, La collation des bénéfices eccl. en
Belgique sous Clément VII (1378-1394), dans Rev. d'hist.
eccl., 1932, p. 34-69. — Salembier, Le Grand Schisme d'Oc-
cident, 2' éd., Paris, 1900. — \V. fllmann, The origins of the
Great Schism, Londres, 1948 (cf. Bull. Classe des lettres...
Acad. royale de Belgique, xxxv, 1949, p. 182). — N. Valois,
La France et le Grand Schisme d'Occident, Paris, 1896-1902,
4 vol.; Le pape et le concile, Paris, 1909, 2 vol. — Statutacap.
gen. ord. cisterc, éd. Louvain, m et iv, 1935.
Sur Jeanne de Valois. -- Chron. et Ann. de Gilles Le
Muisit. éd. I.emailre, Piu-is, 1905, p. 49, 133, 176, 271. -
Berlière, .Suppl. de Clément VI, Rome, 1906, n. 2.56-70, 572,
922. — .V. Fayen, IMtres conununes de Jean XXII, Bru.xel-
les, 1908, II. 915. — G. Mollat, Lettres communes de Jean
XXII, Paris, n. 13 271. — Van Isacker, Lettres de Clé-
ment VI, Rome, 1924, n. 560-62; Suppliques du même,
n. 256, 2.38, 259.
II. Cîteaux ht ses monastères. — 1° Fondations
nouvelles. Gains et pertes. — Durant les deux siècles qui
nous occuiieiit, Cîteaux, malgré les difTicultés des
temps, a conservé encore quelque chose de sa force
d'expansion. Le chapitre général ne put cependant
faire droit aux cinquante demandes de fondation nou-
velle, ni aux soixante demandes d'incorporation. Il dut
se contenter d'ouvrir près de soixante-dix nouveaux
monastères d'hommes. Vers le début du xiV s., « sur
le territoire formant alors le royaume de France, on
comptait 197 abbayes cisterciennes payant la dîme au
roi » (J. Viard, État des abbayes cisterc. au commence-
ment du xrv^ s., dans Bev. d'hist. de l'Égl. de France,
i, 1010, p. 211).
En 1308, se fonde Torigny, en Normandie; en 1323,
Pontifroid, au dioc. de Metz; au siècle suivant, trois
abbayes de moniales sont désormais occupées par des
moines : Charité-lez-Lézinnes, Piété-Dieu en Cham-
pagne, Marcilly en Bourgogne. Même cas en Belgique
pour les abbayes de Moulins, Jardinet, Boneffe et S.-
Remi. L'Italie compte également six abbayes nou-
velles et l'Espagne cinq. Les autres fondations se ré-
partissent entre l'Allemagne, l'Autriche et la Pologne.
Le Danemark voit la fondation de Knardrup (Regalis
curiu), au dioc. de Roskilde, en 1326; Alvastra, en
Suède, crée une filiale, Gudsberga ( Mons Domini ) , en
1486. Vers cette même date, Cîteaux allait donner des
statuts particuliers à une série de monastères hollan-
dais afTiliés à l'ordre (Statuta, 1489 : 7). Ceux-ci, sans
constituer pour autant une congrégation proprement
dite, se sentaient unis en un groupement plus intime
et de mentalité identique.
La vraie congrégation qui se crée au xv« s. est celle
de Gastille, dite de l'Observance régulière de S.-Bernard;
elle eut pour auteur Martin de Vargas. Ce moine,
d'allure assez indépendante, voulait revenir à la rigueur
des observances primitives. Il obtint de Martin V la
bulle l'ia supplicum vota (oct. 1425), autorisant la fon-
dation de deux monastères, eremitoria cum ecclesiis,
non soumis au chapitre de Cîteaux, et qui auraient à
leur tête des prieurs triennaux. D'année en année, les
concessions pontificales se succédèrent, affirmant de
plus en plus la vitalité de la congrégation, qui créa, en
effet, plusieurs maisons et engloba jusqu'à 39 abbayes
cisterciennes d'Espagne. Leur général, appelé « grand
réformateur », présidait les chapitres généraux. A Cî-
teaux, on jugea les choses autrement. Martin de Var-
gas fut considéré par le chapitre général comme schis-
matique, déformateur, conspirateur et destructeur des
privilèges cisterciens. De ce chef, il fut excommunié,
aggrave et réaggrave (Statuta, 1438 : 58, 59). Eu-
gène IV cependant, en 1437 (bulle Etsi pro cimclorum),
avait rétabli en partie, sur la congrégation, dont le
centre était l'abbaye de Mont-Syon, près Tolède,
l'autorité de l'abbé de Cîteaux. Pratiquement, celle-ci
fut plus nominale que réelle.
En 1496, à la demande de Louis-Marie Sforza, duc
de Milan, Alexandre VI érigea la Congrégation italienne
de S.-Bernard, ou de Toscane et Lombardie (bulle Plan-
tatus, 23 déc). Ici, la scission d'avec Cîteaux est com-
plète, et le gouvernement de la congrégation emprunte
plusieurs éléments aux ordres de fondation plus ré-
cente. Dans la suite, on verra d'autres congrégations se
détacher encore de Cîteaux dans des mesures variables,
et tous ces schismes particuliers apparaissent comme
des conséquences du Grand Schisme.
La guerre des l lussites (1420 et années suivantes) in-
lligea de douloureuses pertes à Cîteaux. Ziska promena
le fer et le feu à travers la Bohême et les provinces vol-
971 CITEAUX (URDRE). DE LA BULLE
CLÉMENTINE A JEAN DE CIREY 972
sines; il voulait surtout la disparition des couvents et
des gens d'Église. Les florissantes abbayes de ces ré-
gions reçurent sa visite, marquée par des pillages suivis
d'incendies. Jean, abbé de Welehrad, subit le martyre
le 3 avr. 1421; le 28 de ce même mois, un groupe de
moines de Sedlitz tombe sous les coups de Ziska.
L'année précédente, quatre religieux de Kônigssaal
avaient été brûlés par les Hussites; ceux de Golden-
kron subirent la pendaison. La série des martyrs se
continue à Waldersbach, à Osseg, à Neuzelle (cf. Cis-
terc.-Chronik, xx, 1908, p. 129 sq.;D.H. G. £'.,vi, 1486;
Staluta, 1427 : 48).
Quelques chiffres ont été conservés, qui sont révéla-
teurs de ce qu'était devenue, dans les xiv et xv« s., la
population monastique. Un statut capitulaire de 1315
permet de conclure qu'on trouvait alors, en moyenne,
de 20 à 100 moines dans les abbayes cisterciennes.
Mais les guerres vont faire reviser ce barême. Haute-
combe, en 13.55, abrite 37 moines; à Mazan, le chiffre
est de 33 en 1321 et de 14 en 1394. Royaumont ne
compte que 20 à 25 religieux; Aiguebelle n'en a pas
davantage en 1357; il n'en reste que 10 en 1411. Font-
froide, toujours peuplée d'environ 200 religieux jus-
qu'au xiv^ s., n'en compte plus que 30 vers 1450. En
1405, l'Aumône possède encore 36 religieux, dont 12
prêtres, tandis que Noirlac est réduit à 8 moines.
En Espagne, on trouve à Poblet, au début du xiv^ s.,
100 religieux et 40 convers; moins d'un demi-siècle
après, cette population est tombée à 54 religieux et
30 convers. En Angleterre, on a relevé, d'après le
Clérical subsidy rail, les chiffres suivants pour l'année
1380-81 : à Fountains, 34 moines et 10 convers; à
Meaux (Melsa), 22 moines et 3 convers; à Kirkstall,
17 moines et 6 convers; à Jervaulx, 16 moines et 2 con-
vers; à Byland, 12 moines et 3 convers (cf. Me Nulty,
Constitutions for the reform of the Cistercian order
(1335), Bristol 1946). Bebenhausen, en Allemagne,
possède 110 moines en 1327, et Lilienfeld, en Autriche,
dépasse également la centaine en 1330 (G. Mollat,
Lettres... de Jean XXII, n. 30871, 48685).
A. Neumaiin, Die Katholisclien Miirtyrer der Iluxsitenzeit,
Warnsdorf, 19.30. — V. Schmidt, Zur Leidensgeschiclite der
Cistercienser iii den [Iussitenkrie<j, dans Cisterc.-Chronik,
XX, 1908, p. 129 sc[.
2° Vie monastique et cliapitres généraux. — Le légat
de Benoît XII, qui présidait le concile d'Aquilée en
1339, constatait que, dans les territoires de sa légation,
la plupart des monastères accusaient une malheureuse
déchéance; ils semblaient sur une pente qui devait les
conduire à une ruine totale, à moins de secours immé-
diats (Mansi, xxv, 1118). Une constatation identique
pouvait se faire partout ailleurs, car les malheurs des
xiv« et xv'' s. n'ont poussé ni les fidèles, ni les religieux,
dans une voie plus haute de sainteté, au contraire. Ces
événements avaient en eux une force de désintégra-
tion à laquelle aucun institut ne put résister. Be-
noît XII (1334-1342) tenta de réformer la Curie ro-
maine et les ordres religieux. Le résultat des mesures
édictées fut peut-être d'arrêter un peu le déclin déjà
bien amorcé. Ce fut le cas pour Cîteaux.
Au juste, qu'était alors la vie dans les cloîtres cis-
terciens? Nous en avons un précis authentique, mais
un peu idéalisé, dans la réponse que fit à Jean XXII
le célèbre abbé de Chaalis, Jacques de Thérinnes, en
1317 ou 1318. Il signale les vœux essentiels de l'état
religieux et les moyens d'en sauvegarder l'observance :
célébration solennelle des divins ofiices, lectures sain-
tes, méditation, clôture sévère, nourriture très frugale,
parfois aussi travail manuel. D'autre part, dans les
grandes universités, spécialement celle de Paris, l'ordre
compte des bacheliers et des docteurs en théologie;
l'intention du chapitre général est de multiplier encore
ces centres d'études. Quant aux écarts toujours pos-
sibles des particuliers, ils sont promptement repris par
l'abbé local dans le chapitre conventuel quotidien et
par l'abbé visiteur (Lifie, bibl. munie, ms. 450; éd. par
N. Valois, dans Bibl. de l'Éc. des chartes, lxix, 1908.
p. 352).
Dans ce tableau en raccourci, aucune mention n'est
faite des caractéristiques du premier Cîteaux : éloi-
gnement du monde, jeûnes rigoureux, travaux ma-
nuels quotidiens, veilles prolongées. Il est donc évident
que la vie a perdu de son austérité depuis S. Bernard;
la physionomie de l'ordre a changé avec l'âge. Un cis-
tercien eu fit lui-même l'aveu au chapitre général, vers
1300. L'abbé Juste y dénonça l'abandon de la vie
humble et cachée, du silence et de la solitude, de la
pauvreté individuelle; et les statuts capitulaires de
l'époque égrènent par le menu les cas concrets dignes
de répréhension.
Que voulut donc réaliser le pape cistercien en faveur
de son ancienne famille monastique? Son idéal fut de
consolider le bien alors existant, sans prétendre ren-
voyer ses moines aux austérités du xii« s. Aussi la bulle
Fulgens sicut Stella n'a pas les allures habituelles d'une
constitution profondément réformatrice. L'expérience
personnelle du pape, jadis bon moine et excellent abbé,
aurait pu suffire pour lui dicter les mesures utiles ou
nécessaires; néanmoins Benoît XII tint à prendre con-
seil des abbés de Cîteaux, de La Ferté, de Clairvaux,
de Morimond, appelés auprès de lui (epist. Quia sacrum,
12 août 1335; Statuta, 1335 : 6).
Un premier projet fut soumis aux abbés. Ceux-ci
présentèrent respectueusement leurs remarques (cf.
Bibl. nat. de Paris, ms. lat. 4191, fol. 48-63), notam-
ment en ce qui concerne le sceau du couvent, la com-
position du chapitre général, où siégeraient, avec les
abbés, les moines délégués par chaque communauté, et
la possibilité pour ceux-ci de figurer au nombre des
déflniteurs. Ce second point, emprunté à la législation
des ordres mendiants, fut abandonné, mais le pape
maintint la création d'un sceau conventuel, qui serait
apposé sur les contrats et actes d'administration tem-
porelle, conjointement avec celui de l'abbé. F'ut égale-
ment conservée l'obligation faite au supérieur de
rendre compte, aux anciens du couvent et aux bour-
siers, de toutes ses recettes et dépenses, y compris ses
frais de voyage. On le voit, l'une des tendances du pon-
tife régnant était de restreindre l'absolutisme des
abbés, dont il avait peut-être jadis connu les écueils.
La Constitution Fulyens fut promulguée le 12 juill.
1335. Elle débute par douze articles sur l'administra-
tion temporelle; le gouvernement de l'ordre et les ob-
servances occupent ensuite une vingtaine d'articles;
enfin de longues et minutieuses dispositions sur les
études et les collèges terminent le document (cf. texte
dans Statuta, m, ann. 1335; brève analyse dans D. D.
Can., III, 788; J.-B. Mahn, Le pape Benoît XII et les
cisterciens, Paris, 1949, p. 35; l'auteur publie aussi,
p. 85-135, les remarques des abbés sur le premier pro-
jet [Paris, Bibl. nat., ms. lat. 4191]).
En outre, le pape voulut savoir quelles étaient les
possibilités financières de chaque abbaye, afin de
fixer d'après cette base le nombre de moines que cha-
que supérieur pourrait et devrait entretenir. Il chargea
de cette enquête l'abbé de Cîteaux et les quatre pre-
miers Pères (Vidal, Lettres comm. de Benoît XII...,
n. 2351, du 30 juill. 1335). Une enquête similaire fut
prescrite également dans les abbayes bénédictines
(L. Delisle, Enquête sur la fortune... ordre de S.-Benoîl
en 1338, dans Notices et extraits des mss. de la Bibl.
nat., xxxix, Paris, 1910, p. 359-408).
Benoît XII insista chaque année auprès des capitu-
lants de Cîteaux pour les faire tenir ferme à l'observa-
tion lidèle de sa Constitution (epist. Quanwis, 1 1 août
1336; Quia veslrum, 28 août 1337; In congregalione.
!)7;5 CITEAIIX (ORDRE). DE EA RUEEE CEÉMENTEXE A JEAN DE CIREY
974
19 août 1338; Inter al ta. 21 août 1339; Specialis,
19 août 1340; Sicut alias, 17 août 1341). On ne voit
pas, d'ailleurs, que les abbés cisterciens aient accueilli
de mauvaise grâce les décisions pontificales. Plus de
deux siècles après la promulgation de Fulgens, le cha-
pitre général s'autorisera encore des volontés de Be-
noît XII pour réformer, corriger et punir les écarts
commis par les membres de l'ordre.
I,e chapitre général de 1335 fut saisi d'une demande
du Souverain pontife; il s'agissait de lever dans tout
l'ordre une contribution destinée à l'abbaye de Cîteaux
(|ui, à ce moment, se débattait sous le poids de dettes
considérables (Vidal, Lettres secrètes... de Benoit XII...,
n. 488). Par contre, le i)ontife venait de révoquer
toutes les réserves en Cour de Rome sur les monastères
cisterciens; ceux-ci récupéraient donc la liberté des
élections abbatiales et les abbés élus se trouvaient dis-
pensés de verser les taxes habituelles à la Chambre
apostolique (Vidal, Lettres conim. de Benoît XII...,
n. 23.55, du 13 août 1335). l'n peu plus tard, le pape
voulut contribuer à la reconstruction du collège S.-
Bernard de Paris et de son église; il le fit largement,
dans un sentiment de reconnaissance pour l'institut
qui l'avait formé jadis à la science théologique (cf.
Vidal, Notice sur les œuvres de Benoît XII, dans Rev.
d'hist. eccl., vi, 1905, p. 557; Lettres communes...,
n. fil3G. 6137).
Cependant, ennemi du népotisme à l'endroit de sa
famille naturelle, Benoît XII le fut aussi vis-à-vis de sa
famille religieuse. Il se défendit de pousser les cister-
ciens dans la voie des charges et des honneurs. Il leur
interdit l'étude du droit, qui était le chemin direct aux
fonctions d'ofTicial et autres plus élevées. Depuis que
l'Église se trouvait dotée d'ordres religieux plus déga-
gés que les moines de la loi de clôture, c'est à eux que
le Siège apostolique confiait les missions lointaines, les
négociations ardues, les œuvres d'apostolat. La lecture
des registres des papes est concluante sur ce point : de
moins en moins les délégations pontificales sont adres-
sées aux cisterciens, et Benoît XII ne se départit
point de cette ligne de conduite; il voulut laisser ses
anciens frères du cloître dans les vraies conditions de
leur vocation (cf. .J.-B. Malin, op. cit., c. iv et Conclu-
sion, p. 76 sq.).
Benoît XII avait à peine signé ses dillérentes cons-
titutions de réforme, que se produisirent les graves
événements cités plus haut : la guerre de Cent ans, la
peste noire, le Grand Schisme. Ils imposèrent aux es-
prits des soucis d'un tout autre genre et les consé-
quences furent désastreuses pour la vie chrétienne et
religieuse. Des lois réputées graves et munies de sanc-
tions sévères rencontrèrent désormais des impossibi-
lités matérielles d'exécution. Les absences des abbés
au chapitre général s'excusèrent parfois en masse, en
raison des guerres {Statuta, 1413 : 13; 1419 : 26; 1420 :
8; 1430 : 36; 1449 : 19; 1478 : 55...). La pauvreté de
certaines abbayes ne permettait plus l'envoi de jeunes
religieux dans les collèges universitaires, pour des étu-
des longues et dispendieuses (ibid., 1424 : 34; 1434 : 32,
33; 1458 : 52). Craignant cependant que ces objections
ne soient un abri pour la paresse ou l'avarice, les capi-
tulants insistèrent avec rigueur, voulant à tout prix
que des études sérieuses continuent de former des
hommes de valeur (il>id., 1401 : 23; 1402 : 12; 1404 : 9;
1405 : 2; 1443 : 74; 1445 : 9; 1463 : 44, 48). En diffé-
rents pays, de nouveaux collèges cisterciens se fondent,
fournissant ainsi plus de facilité d'accès aux universi-
tés. Dans Fulgens, Benoît XII citait les collèges alors
existants de Paris, d'Oxford, de Toulouse, de Mont-
pellier; il ordonnait le transfert à Salanianque du col-
lège de Stella et voulait deux nouvelles créations à
Bologne et à .Metz.
Le chapitre général ne s'en tint pas là. Il permit la
fondation de collèges à Prague en 1374, à Vienne et à
Leipzig en 1411, à Cracovie en 1416, à Heidelberg en
1434, à Rostock en 1439, à Erfurt en 1443, à Greifs-
wald en 1487, à Avignon en 1499. Ces institutions por-
taient avec elles leurs dangers. La jeunesse bruyante et
débridée se retrouvait parfois sous la bure blanche de
nos moines étudiants. On s'en plaignit à Cîteaux {ibid.,
1339 : 6, 7, 8; 1389 : 49; 1391 : 26; 1411 : 84; 1434 : 7;
1469 : 5...). D'ailleurs, ce que l'on portait à la connais-
sance du chapitre général, c'était avant tout les écarts
à redresser et à châtier; c'est le fond sombre du tableau.
On y discerne, par ex., des manquements au vœu de
pauvreté (ibid., 1406 : 12; 1433 : 32; 1447 : 9; 1464 :
13; 1469 : 21...), de vaniteuses recherches dans les
habits, que l'on veut accommoder selon le goût du
siècle (ibid., 1429 : 40, 80; 1437 : 46; 1458 : 58; 1460 :
126; 1463 : 53; 1466 : 8...), de frivoles désirs de pa-
raître et d'aller solenniser des baptêmes, des mariages
(ibid., 1444 : 14; 1466 : 14; 1469 : 91). L'immortifica-
tion s'affirme par le lever tardif, par l'abandon des
jeûnes, des abstinences, de la vie de communauté (ibid.,
1429:69; 1437 : 46; 1444: 10; 1448: 3; 1465 : 11 ; 1476 :
67...).
Un mal plus notable résidait dans les appels portés
à des cours de justice laïques — démarches prohibées
par le droit ecclésiastique et les privilèges cisterciens,
sous peine d'excommunication (ibid., 1318 : 9). « Moi-
nes et abbés sont coupables en cela », s'écrie avec indi-
gnation le chapitre général de 1437, et il cite les causes
les plus ordinaires de ces procès : des compétitions à
l'abbatiat, in possessorio vel petitorio. Un abbé déposé
par le chapitre de Cîteaux en appelle au Parlement
royal. Deux moines se disent abbés élus d'un même
monastère et ils demandent la décision au parlement
de Paris (1451 : 23; 1488 : 37). Ces cas de plusieurs pré-
tendants à une même crosse n'étaient pas rares en un
temps où l'examen du scrutin ne se faisait pas exclusi-
vement de numéro ad numerum, mais aussi de merito ad
meritum. Les capitulants de Cîteaux en eurent bon
nombre à trancher : à Orval (Stututa, 1416 : 3), à Mont-
Ste-Marie de Hongrie (1422 : 37), à Cadouin (1434 : 59),
à La Baix (1445 : 89), à Colombe (1449 : 56), à Candeil,
où il y avait trois prétendants (1453 : 89). Le prieuré
de Marziella, en Espagne, eut aussi ses trois candidats.
Le cas de Val-S. -Lambert, indécis entre Werric Dazi
et Gilles de Termogne, traîna longtemps à Bâle et à la
Curie romaine (1450 : 97). En 1445, le chapitre général
stigmatisa publiquement la source de ces contesta-
tions, inconnues dans les temps anciens : ambitio et
avaritia.
Déjà précédemment, en 1422, les capitulants de Cî-
teaux, embrassant d'un large coup d'œil la situation
générale des abbayes, déclaraient : « Dans les diffé-
rentes parties du monde où se trouve répandu notre
ordre, il apparaît comme déformé et déchu en ce qui
touche à la discipline régulière et la vie monastique. Il
faut donc que les visites canoniques se fassent désor-
mais en exactitude et sévérité. » Et l'autorité suprême
délègue alors des abbés bien choisis, qualifiés de réfor-
mateurs, qui iront remédier aux faiblesses, replacer les
bonnes volontés dans la voie droite. C'est un spectacle
consolant de voir l'énergie constante du chapitre de
Cîteaux dans les mesures édictées pour le maintien
de la fidélité aux règles. Malheureusement, ces efforts
méritoires ne furent pas toujours couronnés de succès.
La voix du chapitre général, si puissante jadis, ne par-
venait aux abbayes éloignées que comme un faible
écho, incapable d'étouffer des tendances séparatistes,
des désirs d'indépendance, des rêves d'un autre état de
choses.
' Il faut cependant signaler l'heureux mouvement de
ferveur qui se développa dans les monastères des Pays-
1 Bas, durant le xiv» s. C'est l'époque où l'auteur de
975 CJTI'LM X (OUDUEj. Dli LA lU LLI',
CLÉMK.N'I INK A JKA.N 1)1<: ClKli^ 'J7(i
V Imitation de Jésus-Christ pouvait encore donner en
exemple de vie austère les chartreux, les cisterciens
(1. I, c. XXV). Il avait été statué au chapitre général
que l'abbaye féminine du Jardinet, près Walcourt
(Belgique), serait désormais occupée par des moines.
Le premier abbé installé en ce monastère (1430 ou
1440) fut dom Jean Eustache. Avec lui commença une
période d'austérité et de ferveur. En peu d'années, il
reçut à la profession 46 moines et 35 frères convers.
Quand le .Jardinet fut ainsi bien peuplé de religieux
taillés à l'antique, on fit appel à ces cisterciens réfor-
més « pour en obtenir des confesseurs dans les abbayes
de femmes, telles qu'Argenton, Beaupré, l'Olive, le
Refuge-de-N.-D. à Ath, le Saulchoir, Valduc, Wau-
thier-Braine, du même ordre, et aussi Ghislenghien,
après la réforme de cette abbaye bénédictine. Le Jar-
dinet prêta aussi son concours aux abbayes d'hommes
d'Igny, de Palais-N.-D., de S.-Renii et de Villers, don-
nant des abbés à S.-Remi, à Bonefl'e et à Villers. Il vint
également en aide aux abbayes bénédictines de Gem-
bloux, de Lobbes et de S. -Martin de Tournay » (Cfiro-
nique du Jardinet, ms. du xv^' s., publ. par U. Berlière,
Bruxelles, 1921, p. 81).
Plusieurs fois durant cette période, des codifications
de statuts furent réalisées. En 1289, l'abbé de Cîteaux,
Thibaud de Sancy (t 1293), promulguait le Libellus
antiquarum difflnitionum, qui fut revu et promulgué à
nouveau en 1316, après que l'abbé de Cîteaux, Guil-
laume de Vaucelles (t 1335), l'eut fait approuver par
Jean XXII. Après la publication de la bulle Fulgens,
il fallut en intégrer les dispositions dans une nouvelle
codification des statuts. Celle-ci parut en 1350, sous le
titre de Libellus novellarutn diffînitionuin, ou Novellae
diffinitiones.
Quelques bribes d'une autre codification nous ont
été conservées; elles se lisent dans les statuts de l'an-
née 1439. On insiste particulièrement sur les points
suivants : le lever de nuit à 2 heures et la célébration de
l'ofiice divin selon les directives données jadis par
S. Bernard; le jeûne et l'abstinence envisagés comme
moyens de (idélité au vœu de chasteté; l'abolition des
chambres particulières et le retour au dortoir com-
mun; le caractère ])énitentiel que doivent conserver
les habits monastiques. Dans les rubriques rappelées
ensuite, le législateur invite à la célébration des fêtes j
de saints cisterciens; il y voit un procédé efficace pour
maintenir bien haut le zèle et la ferveur dans la famille
religieuse.
P. Caillet, La décadence de l'ordre de Climy au XV' s. et
la tentative de réforme de l'abbé Jean de Bourbon, dans Bibl.
de l'Éc. des chartes, lxx.vix, 1928, p. 183 sq. — P. Fournier,
art. Benoît XU, dans //. L. Fr., xxxvi, 174-209. — P. Gau-
tier, De l'état des monast. cisterc. anglais à la fin du XV' s.,
dans Mélanges Bénionl, Paris, 1913, p. 423 sq. — K. Jacob,
Studien ùber Papst Benedikt XIL, Berlin, 1910, étudie
spécialement l'activité réformatrice. — .Justus, Sermo in
capilulo generali, dans Maxima bibl. vet. Pairum, xxvi,
Lyon, 1677, p. 1 sq. — J. Me Nulty, Constitutions for the
reform of the Cistercian order ( 1335), Bristol, 1946. — Mansi,
xxvm, 395-115 : De rébus cisterciensium; 415 : 7)<' annuis
pensionibus inonachorum ac monialiuin... — G. Alollat, Les
papes d'Avignon, Paris, 1949; Les origines du gallicanisme
parlementaire aux XIV' et XV s., dans Rev. d'hist. ceci.,
1948, p. 90-147. — Sur le mouvement réformiste des Pays-
Bas, cf. E. Hautcœur, Hist. de l'abbaye de Flines, I.ille,
1909, p. 143 sq. — .Jean d'Assignies a donné la Vie de .Jean
Eustache dans Cabinet des cfioses les plus signalées..., Cys-
teaux. Douai, 1598, p. 840 sq.
3° Les papes du xv s. et la commende. — Les bulles
délivrées par les papes du xv« s. en faveur de l'ordre
de Cîteaux auraient pu y renouveler la régularité, la
ferveur, la prosjiérité. Malheureusement, les volontés
des pontifes romains se heurtèrent à des intérêts tout
ojjposés, notamment dans les cas où intervenait la
commende. Cette institution, qui n'eut, en somme, .
que de lamentables résultats, s'introduisit dans les
abbayes cisterciennes de P'rance au xv« s. En Italie,
elle avait commencé plus tôt. Déjà Boniface VIII, en
1298, en créant évêque d'Alàtri l'abbé de Marmosoglio,
Léonard, de la famille d'Alexandre IV, lui avait laissé
le gouvernement de son abbaye. C'était un achemine-
ment vers la commende (Req. de Boniface VIII,
n. 2432). Clément V fit de même en 1307, quand il prit
comme vice-chancelier l'abbé de Fontfroide, Arnaud
Novelli. Celui-ci, créé cardinal en 1310, reçut alors la
faculté de pourvoir lui-même son monastère d'un suc-
cesseur; il choisit son neveu, Jacques Fournier, le fu-
tur Benoît XII {Reg. de Clément V, n. 2306, 7476).
En 1328, l'abbaye S. -Martin de Viterbe était donnée
en commende au cardinal Pierre, du titre de S.-Pierre-
aux-Liens {Lettres convn. de Jean XXII, n. 42553).
Cette même année, Casanova, du dioc. de Penne, fut
confiée à Angelo, évêque de Viterbe; les moines rache-
tèrent cette commende en versant au prélat 1 500 flo-
rins d'or (ibid., n. 42796, 53615). Benoît XII révoqua
toutes les conunendes en 1335, faisant exception en
faveur des cardinaux {Lettres comm. de Benoît XII,
n. 2319, 2447). Cette réforme disparut avec lui.
Parmi les abbayes cisterciennes françaises, c'est Bon-
naigue qui paraît atteinte la première en 1439. En cette
même année, l'antipape Félix V nomma Bolomier abbé
commendataire de Hautecombe. Thoronet reçoit son
commendataire en 1449. Désormais, chaque année en-
registrera le passage d'une ou plusieurs abbayes sous
ce régime : Sénanque et Chézeri en 1450; Bonneval, de
Rodez, en 1452; Balerne en 1456; Aulps en 1468. La
Ferté retrouve en 1472 un abbé régulier, dom Claude,
après le court passage d'un commendataire (Eubel,
dans Studien und Mitteil., xxi, 1900, p. 3 sq.). Les
grandes abbayes du midi de la France, objets d'envie
pour plusieurs, tombent aussi en des mains séculières :
Bonnecombe (1470), Grandselve (1476), Vallemagne
(avant 1473), Bonnefont (1498), et tant d'autres.
En Italie, la commende gagne du terrain : Cerredo
(1439), Chiaravalle (1442), Aquafredda (1448), San
Pastore (1456), S. Salvatore de Montamiata (1469),
Verola (1472), Nucharia (1474), Morimond de Milan
(1475), Casanova (1475), Tiglieto (1479), Stafarda
(1487). Valdigna, en Espagne, devint comme un fief
I dans la famille des Borja; Rodrigue le posséda, puis le
passa à son fils César. Contrairement aux intentions
pontificales, une mentalité étrange s'empare des com-
mendataires; ils en viennent bien vite à mettre au
premier plan de leurs soucis leur intérêt personnel et à
reléguer au loin l'entretien de la famille monastique.
Celle-ci devra vivre avec le peu que le commendataire
lui laissera, après s'être adjugé la grosse part des
revenus.
Les avertissements, les protestations des papes n'ont
pas manqué cependant. En 1415, Jean XXIII voulut
préserver l'ordre de Cîteaux de la commende par sa
bulle Ad salutare (26 janv.), qui reprend, pour le con-
solider, un principe de la Cliarte de charité: seuls les
moines profès de l'ordre peuvent être appelés aux pré-
latures des monastères cisterciens; et le pape insiste
en écartant tout autre ecclésiastique, de quelque dignité
qu'il soit, même cardinalice. La même bulle est reprise
ensuite par Nicolas V (Inter cèleras, 5 oct. 1454) et par
Sixte IV {Reqimini, 10 mars 1476). Eugène IV affirma
aussi la nullité des élections abbatiales qui seraient
faites en faveur d'un ecclésiastique pris en dehors de
l'ordre cistercien {Mcditatio, 6 déc. 1438; cf. Decens,
15 juin. 1479); Le même pontife défendit aux abbés de
résigner leur prélature sans la permission du chapitre
général, et l'excommunication était portée contre ceux
qui accepteraient la charge résignée illicitement (Eccle-
siaruin, 14 mars 1438). Calixle III va plus loin encore;
i il décrète une ample révocation de toutes les commen-
977 CITliAUX lOHDHEj. iJi: LA BI LLK
CLÉMENTIiNK A ,)EA.\ DE CIHE^ !»78
des et grâces expectatives accordées, même aux cardi-
naux (Ad fruclas, 28 avr. 1458). Pie II confirme cette
disposition juridique {Lied eu, 26 juill. 1459); Sixte IV
le fait aussi (Regimini, 10 mars 1476), bien que créant
lui-même Jean d'Amboise commendataire de Bonne-
combe, et l'cvêque de Paris, Louis de lieaumont, com-
mendataire des Cliàtelliers (24 janv. 1473 et 8 mars
1476).
Dans les bulles Cura iwslra et Koinunus jwnlifex
(12 mars 1476), Sixte IV a déploré les misères produites
par la commeade; mais les remèdes proposés vinrent
trop tard. Il en fut de même sous le règne d'Inno-
cent VIII, pontife très favorable à Jean de Cirey, abbé
de Cîteaux, qui oi)éra alors un véritable sauvetage de
son ordre menacé de suppression (cf. Keyimini, Htsi pro
cunctorum, 29 avr. 1489).
De son côté, le chapitre général nmltiplia les efïorts
pour se dégager de l'étreinte mortelle des conimendes.
Rappelons seulement la démarche faite auprès de
Sixte IV, en 1475, jiar les abbés délégués du chapitre
(Statuta, 1473 : 7). Jean de Cirey, alors abbé de Balerne,
était au nombre de ces derniers; il nous a conservé le
récit d'une audience pontificale. L'éloquence de l'abbé
de Cîteaux, dom Hymbert-Martin de Losne, n'eut au-
cune peine à émouvoir le pontife, ancien religieux, en
étalant devant lui le tableau des déchéances de l'ordre
monastique. Les larmes de Sixte IV répondirent à
l'orateur, mais les décrets obtenus furent, comme les
précédents, de nul effet pratique (cf. De legatione Ordi-
nis ad Sixtum IV, dans Statuta, v, 761).
C'est au cours de cette légation que mourut, à Rome,
l'abbé de Cîteaux (mars 147()). Le droit et l'usage vou-
laient qu'en pareil cas la prélature devenue vacante fut
pourvue d'un titulaire par le Souverain pontife. Il
l'offrit, en effet, à Jean de Cirey. Celui-ci n'osa accep-
ter; il crut plus prudent d'attendre le résultat de l'élec-
tion qui, en ces mêmes jours, se faisait à Cîteaux; elle
concorda d'ailleurs avec les vues du pontife régnant.
L'abbatiat de Jean de Cirey (1476-1501) allait être
remarquable, eu égard aux difflcultés qu'il eut à sur-
monter et au.x (tuvres qu'il sut réaliser. Pour mainte-
nir sa famille religieuse dans les conditions juridiques
que lui avaient faites les pontifes romains, le nouvel
abbé de Cîteaux rassembla en un recueil les bulles pon-
tificales les plus importantes et les décrets royaux; il
fit imprimer le tout à Dijon, par Pierre Metlinger, en
1491.
Pour promouvoir la réforme, non seulement dans
les ordres religieux, mais dans toute l'Église de I'"rance,
le roi Charles VIII convoqua à Tours, le 12 nov. 1493,
un grand nombre d'évêques, d'abbés et de docteurs.
L'assemblée fut présidée par le garde des sceaux, André
Fumée, seigneur des Roches (cf. Nomasticon cistere.,
éd. Séjalon, 1898, p. 547 sq.). i La délibération dura
trois jours. Une copie contemporaine (Paris, Bibl. nat.,
ms. lat. 13116, fol. 44-67) nous a conservé, avec les arti-
cles de Jean Standonck, théologien de l'université de
Paris, les réponses de plusieurs bénédictins... L'abbé
de Cîteaux remit un mémoire au garde des sceaux le
17 nov. 1493: c'est un exposé remarquable, tant des
causes de décadence des monastères que des correc-
tions modérées qu'il eût convenu d'introduire. Lin
autre cistercien, Jean-Philippe de Criquetot, abbé de
Ronport, remplissait auprès de Jean de Cirey les fonc-
tions de vicaire général » (Marcel Godet, Consultation
de Tours..., dans Reu. d'hist. de l'Égl. de France, ii,
1911, p. 175; publication intégrale du ms. lat. 13116).
L'abbé de Cîteaux ramène à trois les obstacles qu'il
faudrait à tout prix éliminer, avant de poser les règles
d'une réforme : les élections des supérieurs, ayant cessé
d'être libres, ne donnent plus habituellement (jue des
sujets inaptes au gouvernement; les comniendataircs
dévorent le patrimoine monastique; les appels faits
par les religieux à la justice séculière ruinent l'autorité
des prélats réguliers. « Quand il plaira au roy Très
Chrétien, protecteur et défenseur de l'Église, de mettre
remède esditz: trois empeschements..., lors, la saincte
réformacion et observance sera facile, comme elle estoit
au temps passé » (ibid., p. 346).
Sans attendre cependant l'accomplissement de ce
votum, qu'il pressentait peut-être irréalisable pour le
moment, Jean de Cirey convoqua au collège S. -Bernard
de Paris une réunion d'abbés de son ordre. Une qua-
rantaine étaient là le 15 févr. 1494. Il leur présenta et
leur fit accei)ter une série de décrets de réforme appelés
Articuli Parisienses. L'auteur déclare lui-même que ce
ne sont ])as là des règles nouvelles, mais une brève réca-
pitulation des statuts antérieurs établissant les obli-
gations des moines. Les abbés présents à la réunion
apposèrent leur sceau et l'acte fut publié au chapitre
général suivant (Statuta, 1494 : 36-56).
.Jean (le Cirey : son linlluire, iniprinio :i IJijoii en
débute p:u" iiiic Breinx prruinlio .super sequciiti collecta qiio-
niniilain }>rii>iletjinriiin ord. cixlerc. (ci. Statula cap. gei). ord.
cisierc, éd. l^ou\ain, 19.33-11). — Trithemius, De slatii et
ruina monaslici (inlinis, Leipzig, 1493, mémoire lu au cha-
pitre général des bénédictins. — Sur les démêlés entre Cî-
teaux et Clairvaiix, cf. supra, art. Citexijx (Abbaye ) . —
Sur la commende : Conrad Kubel, In commendam uerliehene
Ableieii wàhrend der Jahren 1431-1503, dans Sludien und
Milteil., XXI, 1900, p. 3-1.5, 244-.59. — R. Laprat, art. Com-
mende, dans D. D. Can., m, 1029-85. — G. Mollat, Lettres
communes de Jean XXII, Introd. et c. iv, La commende. —
[H. Séjalon], Ann. d'Aiguebelle, i. Valence, 1863, p. 309 sq.
— Oratio Rener. palris Arnoldi abbatis Velerismontis, Colo-
nien. dioc. ord. cistere. sacrae theologiae doctoris, contra
monasteriorum commendas ad /. r. Sixtum Papam IIII habita
(= n. 2517 et 2518 du Gesamtkataloy der Wieyendrùcke). 11
s'agit ici d'.Vrnold Miinckendam, abbé d'Altenberg, qui fai-
sait partie de la légation envoyée à Rome par le chapitre de
Cîteaux de 1475. Cette plaidoirie est vraiment remarquable
à tout point de vue.
4" Liturgie. Écrivains. Saints. — 1. La liturgie cis-
tercienne enregistre à cette époque deux modifications
notables : l'usage des jiontificaux concédé à quelques
abbés et le droit de conférer les ordres sacrés.
C'est le 9 sept. 1346 que Clément VI, répondant à
une demande de Pierre IV d'Aragon, concède la mitre
à l'abbé de Poblet. Grégoire XI fait la même conces-
sion à l'abbé de Salem en 1373. L'abbé des Dunes
reçoit successivement la mitre du pape de Rome,
Urbain VI, en 1381, puis, en 1387, du pape d'Avignon,
Clément VII (Carlularium de Dunis). Clairvaux l'ob-
tient en 1392 de Clément VII (ms. lOftS de Troyes, fol.
190). Cîteaux la reçoit le 10 mars 1380 de Clément VII
et Mazan le 26 févr. 1390.
Benoît XIII (Luna) gratifie de la même manière
Fontfroide et lionnefont en 1401, Bonnecombe en
1403 et Mortemer en 1405. Martin V (1417-1431) dis-
tribua généreusement les mitres : Tamié en 1417, Ours-
camp, Savigny, Prières, Pontigny en 1418, La Ferté
en 1420, Fontenay et Morimond en 1423, Bonneval de
Rodez en 1424. Les concessions similaires s'échelon-
neront ainsi jusqu'en 1773. Dès lors, l'austère simpli-
cité de l'ancien rite dut céder le pas.
Ce fut aussi l'occasion de créer de nouveaux livres
liturgiques, dont plusieurs témoins nous restent en-
core : les pontificaux. Clairvaux en possédait une abon-
dante série (cf. Leroquais, Pontificaux mss. ...France,
II, Paris, 1937, p. 364 sq.). Les vrais pontificaux cister-
ciens sont ceux du type ms. 311 de la bibliothèque de
Montpellier (École de médecine), exécuté à Clairvaux
en 1583 pour l'abbé Lupin Le Myre. Beau et grand vo-
lume de luxe, qui contient les capitules, les collectes,
les bénédictions, Vordn ad benedicendum monachum, la
collation du sous-diaconat, du diaconat, la consécration
d'autel, fout cela en conformité avec la bulle d'Inno-
j cent VIII, Exposcit, du 4 avr. 1489. Cette célèbre bulle,
979
CITE AUX (ORL)REj. D l, XVI
f S. A l,A RÉV. FRAXÇAISF.
qui souleva jadis tant de discussions, n'est plus rejetée
comme apocryphe depuis la découverte de plusieurs
documents authentiques concédant à des abbés de
monastères le pouvoir de conférer même le presbytérat
à leurs moines. Martin V, par ex., donna à l'abbé cis-
tercien d'Altzelle, au dioc. de Meissen, le pouvoir de
conférer à ses moines les trois ordres sacrés. La conces-
sion, datée du 16 nov. 1427, était valable pour cinq
ans (K. A. Fink, Zur Spendun;j der Hohcren Weihen
diircli den Priester, dans Zeitschr. der Savignij-Stijt. fur
die Rechtsgesch., Kan. AbL, xxxii, 1943, p. 506-08; cf.
Statula. 1426 : 62 : insinue les motifs de cette conces-
sion).
La bulle E.vposcil ne parle que du sous-diaconat et
du diaconat, mais concède en outre à l'abbé de Cîteaux
le pouvoir de conférer la bénédiction abbatiale aux
abbés de son ordre nouvellement élus. Il n'est pas té-
méraire de voir dans le pontifical, ms. cod. addit. 39677,
du British Muséum le volume utilisé par Jean de Cirey
pour préparer l'adaptation de la Benediclio reyularis
abbatis aux usages cisterciens (cf. M. Andrieu, Le pon-
tifical romain au M. A., m, Rome, 1940, p. 111). Le
même abbé de Cîteaux profita des progrès que faisait
alors l'imprimerie pour éditer les livres liturgiques de
l'ordre, l'n Bréviaire parut à Bàle en nov. 1484. Trois
ans plus tard, une seconde édition en était faite à
Strasbourg par Jean Griiniiiger, surveillée comme la
première par Nicolas Salicetus (Wydenbosch), abbé de
Pomarium (Baumgarten), qui avait mis tous ses soins
à s'acquitter du mandat reçu de Jean de Cirey. D'au-
tres éditions furent réalisées aussi à Milan, Venise,
Bruxelles. Le premier Missel cistercien imprimé sortit
des presses de Strasbourg en 1487. En 149.5, le prieur
de Clairvaux, Jean de Vepria, fit imprimer à Paris,
par Estienne Jehanot, un Ordinarium qu'il avait tra-
duit en français pour l'usage des moniales.
L'année 1500 marquait un jubilé pour le monde chré-
tien. L'abbé' de Cîteaux, Jean de Cirey, obtint du pape
Alexandre VI, jadis cardinal protecteur de l'ordre cis-
tercien {Statuta, 1493 : 20), la bulle Laudibus et honore
permettant à tous les membres de l'ordre de gagner
l'indulgence sans aller à Rome. Le document, daté du
1" septembre, contient une clause prolongeant des
deux premiers mois de l'année suivante le temps
utile pour gagner le jubilé. Le chapitre général dut
prescrire la levée d'un subside pour faire face aux hono-
raires dus à la Chambre apostolique (ibid., 1500 : 9: cf.
lettres des abbés d'Angleterre publiées par P. Gau-
tier, De l'état des monastères ...à la fin du xv s., loc. cit.,
p. 423; texte de la bulle publié dans Collectanea 0. C.
R., 1950, p. 1 sq.).
2. Lorsqu'en Angleterre Wyclif commença à dogma-
tiser, deux polémistes cisterciens se levèrent contre lui :
Henri Crumpe, moine de Baltinglas, professeur à Ox-
ford {D. H. G. E., VI, 432), et William de Remyngton
(cf. J. Me Nulty, A hammer of llie Wycliffites, William
of Remynglon, dans Clergi/ review, sept. 1947, p. 160-
76). D'autre part, le mouvement hussite, en Bohême,
rencontra comme adversaires Balthasar de Porta, pro-
viseur du collège cistercien S. -Bernard à Leipzig {D. H.
G. E., VI, 426), et Barthélémy Frôwein, abbé d'Ebrach,
qui siégea comme assesseur au procès qui condamna
l'hérésiarque, lors du concile de Constance (ibid., vi,
1003).
L'imprimerie naissante permit à bon nombre de nos
écrivains de multiplier les exemplaires de leurs travaux
polémiques, ascétiques, théologiques et autres. Les ini-
tiatives de Jean de Cirey en ce domaine sont connues
(Statula, 1487 : 14); elles furent fidèlement suivies. Ni-
colas Salicetus, abbé de Baumgarten, donna un livre
de prières intitulé Antidotarius animac (cf. L. Pfleger,
Abl Xicutas Salicelus von Baumgarten, cin gelehrler
Cisterzienser des zv. Jlit, dans Arcliiu fiir elsàssische
Kircliengesrli., Strasbourg, 1934, p. 107-22). Du même
auteur, un De arte moriendi et un Spéculum peccatoris,
Paris, 1496.
Les Sermones Socci de Conrad de Brundelslieim eu-
rent plusieurs éditions incunables; de même, Le pèle-
rinage de vie Immaine de Guillaume de Digulleville,
moine de Chaalis; de môYne encore, le Dialogus diclus
Malogranatus, de Gallus, abbé de Kônigssaal. Jean
Currifex (Wagemakers), moine de Villers, fit éditer à
Paris son Traclalus de vilio proprietatis. Robert d'En-
vermeuil, moine de Clairvaux, paraît avec son Cato
moralisatus, et Balthasar de Leipzig avec son Expo-
sitio canonis missae. En Italie, Boniface Simoneta, abbé
de S.-Étienne de Cornu, imprime à Milan son De cliris-
lianue fidei et Romanorum pontificum persecutionibus,
ouvrage historique conçu sous la forme étrange de
279 lettres; peu après sa parution, il fut traduit en
français et im])rimé à Paris (cf. D. H. G. E., ix, 971).
Bénigne, moine de Clhiaravalle de Milan, ijrésente à son
abbé, dom Augustin Sanson, un travail sur le comput
ecclésiastique. Tabula feslorum..., imprimé en 1495.
Les Dislinctiones de lempore et de sanctis de Bernold
de Kaisersheim sont publiées à Ulm et à Deventer
(ibid., viii, 853). En Espagne, Jacques Janvier, moine
de Sautas Creuz, édite à Barcelone, en 1492, son In-
gressus rerum... Au Portugal, sur la demande de l'in-
fante Isabelle, Bernard d'Alcobaça traduit du latin en
portugais l'ouvrage de Ludolphe le Chartreux, De Vita
Jesu Cfiristi (ibid., viii, 735). Pierre Olafsson, prieur
d'Alvastra, écrit une Vie de Ste Catherine de Suède,
dont une traduction hollandaise parut à Anvers en
1491. La Cronica de Aragon, composée par Gaubert
Fabricius de Bagad, moine de Santa Fé, parut en 1499
(ibid., VI, 188).
Cette fin du xv« s. vit aussi de nombreuses éditions
d'œuvres composées par les cisterciens de la première
époque : Gilbert de Hoyland, Alain de Lille, Césaire
d'Heisterbach et surtout S. Bernard. L. Janauschek,
dans sa Bibliographiu Bernardina (Vienne, 1891), a pu
aligner près de 300 incunables reproduisant les écrits
du saint, y compris des florilèges et des pseudo-ber-
nardins.
3. Outre les martyrs déjà cités à propos de la guerre
des hussites, les xiv et xv" s. nous permettent de rete-
nir quatre noms de bienheureux et bienheureuses qui
eurent un culte légitimement reconnu : en Italie, Jean
de Caramola, convers de l'abbaye de Sagittario (.4. .S.,
août, V, 854), 26 août 1339; en Allemagne, la moniale
d'Oberweimar, Lukarde, 22 mars 1309 (A. Bail., xvin,
1899, p. 305; Zimmermann, Kulend. bened., i, Metten,
1933, p. 365); en Espagne, Pierre Marginet, moine de
Poblet, 26 mars 1435 (Domenec, Hist. gen. de las sanlos
de Cataluna, 1930, p. 259; Kalend. bened., i, 383); Bea-
trix de Silva, cistercienne, puis fondatrice de la congré-
gation des Conceptionistes, oct. 1490 (Acta apost. Sedis,
xviii, 496; D. H. G. E., vu, 114; Kalend. bened., ii,
580).
Cîteaux garde aussi le souvenir de deux enfants de
Ste Brigitte de Suède : Benoît, qui mourut jeune moine
à Alvastra en 1373 (D. H. G. E., viii, 176), et sa sœur
Ingeborge, moniale à Risaberg, décédée vers 1350.
Avant eux, leur père Ulf Gudmarsson était entré à Al-
vastra en 1343, en exécution d'un vœu; il mourut peu
de mois après, le 12 févr. 1344, laissant Brigitte veuve
à quarante ans. La sainte prit ensuite refuge, comme
« donnée », dans une dépendance de la même abbaye
(ibid., X, 719).
V. DU XVI« SIÈCLE A LA RÉVOLUTION FRAN-
ÇAISE. — L Les erreurs des xvi« et xvii'^ siècles.
— 1" Le prulestantisme et les guerres de religion.
L'histoire de Cîteaux enregistre ici des destructions
I d'abbayes et des martyrs. Soulevée par la parole de
981 CITEAUX (ORDRE). DU XVI
e S. A LA RÉV. FRANÇAISE 982
Luther, la guerre des paysans se répandit comme une
lave Incandescente, depuis les régions du Haut-Rhin,
à travers l'Alsace, la Lorraine, le Palatinat, jusque
dans les électorats de Trêves et de Mayence. Les
abbayes sont saccagées, incendiées : Lucelle, Baum-
garten, Neubourg...; dans la Thuringe, Volkenrode,
Michaelstein, Sittichenbach, Georgental, etc., subis-
sent le même sort. Les abbayes de moniales succom-
bèrent en nombre beaucoup plus considérable encore.
Le vaste dioc. de Mayence, qui en comptait alors une
soixantaine, voit certaines disparaître dans les flammes :
Annerode, Ichterhausen, Frankhausen, Nordhausen,
Caldern, Dôllstedt, Paradies, Seligental... ; d'autres
sont abandonnées par leurs habitantes : Oslavan, au
dioc. d'Olmiitz, Frauental, Engeltal, Reetz...; d'autres
encore sont supprimées par les princes : Michaelis-
kloster à léna, Sonnenfeld, Boytzenburg, Plôtzky...;
d'autres enfin passent au protestantisme et se trans-
forment parfois en établissements d'instruction : Tâni-
kon, Bernstein, Vlotho, Blankenburg, Isenhagen, Itze-
hoe, Hôchelheim, Birkenfeld... C'est dans la commu-
nauté des moniales blanches de Nimbschen que Luther
trouva Catherine Bora. Le gouvernement de Berne se
chargea de supprimer plusieurs abbayes : Bonmont,
Hautcrêt, Montheron, Bellevaux. D'autre part, les
princes allemands s'adjugeaient le temporel des mo-
nastères. Le duc de Wurtemberg le fit pour K^ônigs-
brunn, Pairis, Rechenshofen. Bebenhausen fut protes-
tantisé par le duc Christophe en 1560. Rinteln fut
occupé par le comte Othon de Schaumburg. Loccum
devint une maison d'études supérieures, aujourd'hui
encore gouvernée par un « abbé ».
En 1526, les incursions des Turcs en Hongrie furent
marquées par la bataille de Mohacs. Les ennemis oc-
cupèrent presque entièrement le royaume, et les cis-
terciens, réduits à un petit nombre, durent s'enfuir.
Les églises et les monastères abandonnés furent pillés
et détruits. Durant un siècle et demi, l'ordre de Cîteaux
ne compta plus une seule maison en Hongrie.
En France, les huguenots visitèrent aussi les
abbayes. Pillages et destructions se succédèrent à in-
tervalles variés, durant tout le xvi*^ s. On a signalé
quelques défections : celle de l'abbesse de Nonenque,
Louise de Roquefeuille, celle de l'abbesse de Clavas,
Gabrielle de S.-Chamond.
Dans les Pays-Bas, les « Gueux » procédèrent de la
même façon. Le bilan des abbayes cisterciennes, en
ces années troublées, accuse plus de martyrs que de
défections, du moins dans les limites de la Belgique
actuelle. Thomas Van Thielt de Lieu-S. -Bernard jette
sa crosse et passe au camp ennemi; un petit groupe
de moines quittent Bonefïe pour aller mener une vie
facile au milieu des « réformés » de Hollande. Taches
isolées qui sont couvertes par le sang des martyrs : Paul
Lamps, Baudouin Fastrade, Corneille Polderman, Re-
nier Rahier et les autres. Les calvinistes frappent aussi
à la porte des moniales et, les trouvant fidèles à leurs
vœux, ils incendient toutes leurs abbayes, soit près de
soixante (cf. J.-M. Canivez, L'ordre de Citeaux en Bel-
gique, Scourmont, 1926, p. 35).
En 1531, le chapitre général de Cîteaux décidait d'en-
voyer en Angleterre l'abbé de Chaalis, Simon Postel,
avec la mission de visiter et de réformer les abbayes de
ce pays. Deux ans après, le visiteur était remercié offi-
ciellement à Cîteaux de l'œuvre accomplie. Hélas,
Henri VHI n'allait pas tarder à faire volte-face et à
transformer en possessions royales les domaines mo-
nastiques. Le monarque en distribua ensuite à ses amis.
Beaulieu-Abbey fut vendue; le titre en fut cependant
conservé : on eut « Lord Beaulieu », puis « le comte de
Beaulieu ». Et ainsi de tant d'autres. Les abbés et
moines réfractaires aux insidieuses sollicitations des
agents royaux étaient placés devant le dilemme :
l'obéissance au roi ou la potence. L'abbé de Woburn,
Richard, fut pendu à la porte de son monastère avec
deux de ses religieux. L'abbé de Whalley, Jean Paws-
ley, et deux de ses moines subirent le même supplice.
Tyburn, près de Londres, vit le martyre de William
Thurston, abbé de Fountains, et d'Adam Selbarre,
abbé de Jervaux, etc. Des abbayes anglaises, il reste
des ruines grandioses, témoins de leur prospérité du-
rant les siècles antérieurs à la Réforme de 1535.
L'Écosse connut aussi des années de persécution
avec Jean Knox, à dater de 1542. Les onze abbayes
de moines cisterciens et les six monastères de moniales
disparurent sans retour. Balmerino succomba seule-
ment vers 1600; puis les biens furent constitués en
une baronnie qu'on attribua à James Elphinstone, ap-
pelé désormais Lord Balmerino. Les abbayes d'Irlande
ne disparurent qu'au xviii» s. La persécution du
xvi"^ s. avait cependant sévi; il y eut des emprisonne-
ments de religieux et plusieurs martyrs, tels Patrick
O'Connor et Malachie O' Kelly, moines de Boyle
(mai 1585), et les quarante religieux de Nenagh
(15 août 1591). Leur procès de canonisation est en
cour de Rome.
De 1545 à 1563, le concile de Trente avait tenu
vingt-cinq sessions. Les décrets disciplinaires qui ter-
minent la dernière session concernent les religieux et
les moniales. Le concile rappelle aux uns et aux autres
les obligations qu'ils ont contractées. Il insiste sur la
pratique de la pauvreté individuelle et la clôture des
moniales. Aux supérieurs, il rappelle la loi des visites
canoniques dans les maisons qui leur sont soumises,
et aussi la loi de la tenue des chapitres généraux ou
provinciaux, formulée déjà au concile de Latran en
1215, sur le modèle de la pratique cistercienne (Decr.,
1. III, tit. De statu monachorum, c. 12). Une disposition
spéciale atteignit les moniales établies à l'écart des
villes, comme l'étaient celles de Cîteaux. On devra
transférer ces communautés à l'intérieur des villes, où
elles trouveront plus de sécurité (sess. xxv, c. 5).
Désormais les cjiapitres généraux de Cîteaux pren-
dront les décrets tridentins comme base solide de leurs
statuts et constitutions {Stututa, vin. 145, synthèse
des références).
Battandier, Ann. pont., 1914, p. 90 : total des exécutions
ordonnées par Henri VIII. — A. Baiidrillart, L'Église
catholique, la Renaissance, le protestantisme, Paris, 1904. —
Bekéfi-Czilek, Gesch. des Cisterc. ord. in Unoarn, dans Cis-
terc.-Chronik, xii, 1, 33; xiii, 6.5, 97. — V. Carrière, Les
épreuves de l'Église de France au XVl" s., dans Rev. d'iiist. de
l'Égl. de France, xi, 167; xii, 168; xiii, 433; xvi, 337. —
L. Cristiani, L'Église à l'époque du concile de Trente, 1518-
1563, dans Fliche-Martin, xvii, Paris, 1947. — Beda Dan-
zer, Verlust der deutscben Benedictiner und Cisterzienser
durch die Sâkularisation, dans Bened.-Monatschrift, xii,
1930, p. 516. — E. de Moreau, La crise religieuse du XVI' s.,
dans Fliche-Martin, xvi, Paris, 19.50. — F. A. Gasquet,
Henry VIII and the Englisli monasteries, Londres, 1902,
2 vol. — Imbart de La Tour, Les origines de la Réforme,
2" éd., Melun, i, 194cS; ii, 1944. — P. Jourda, Le problème
de l'incrédulité au XVI' s., dans Reu. djxist. de l'Égl. de France,
1943, p. 262. — J. Martin, Gustave Vasa et la Réforme en
Suède, Paris, 1906. — Postina, Beitrdge zur Gesch. der
Cist. Klôster des XVI. Jht in Italien, in Deutschland, in
Scottland, dans Cisterc.-Chronik, xin, 193, 225; xxv. —
L. .J. Bogier, Geschiedenis van hel Kntholicisme in Noord-
Nederland in de X VI' en XVII' eeunt, Amsterdam, 1945-46,
3 vol. — .1. Roserot de Melin, La Reformation en France,
dans Introd. aux études d'hist. eccl. locale, m, Paris, 1936,
p. 134. — D. Vargha, Ilongarije en de Cisterciensers, Nieuw-
kuijk, 1935. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, éd. Louvain,
19.33-41, 8 vol., passim.
2° Le jansénisme. — En 1689, l'abbé de Cîteaux,
Jean Petit, faisait éditer le Rituale cisterciense, auquel
il venait de mettre la dernière main. Or le livre des
Exercices de S. Ignace y est sincèrement recommandé
comme guide de la retraite de dix jours que doivent
983 Cil K. M X lORDHK). 1)1 X V I
e S. A LA PI K \ . F W A N Ç A I S K !t8 ^i
faire annuellement les membres de l'ordre. Cette sim-
ple indication dit assez que le climat cistercien était
loin de l'ambiance janséniste. Plusieurs moines et
abbés entrèrent positivement en lutte contre les nou-
velles doctrines. Bertrand Tissier, prieur conventuel
de Bonnefontaine, fit imprimer à Charleville, en 1651,
sa Disputatio theoluyica in janseniana dogmata (cf.
Foppens, Bibl. Belgica, i, 292). Philippe Dumont,
moine de Moulins, dédia à Robert Henrion, abbé de
Villers, son !ipecitlum orthodoxae fidei cl herelicuc jiru-
vitatis {ibid., ii, 1039). 1,'abbé d'Escurey, Nicolas Fo-
rest, édita une série d'opuscules contre le jansénisme
(1650 sq.).
Les feuillants firent également bonne figure dans
cette lutte. Notons Jean de S. -François et surtout
Pierre de S. -Joseph, dont les publications sont signa-
lées par Ch. de Visch (Auclarinm, éd. Bregenz, 1927,
p. 62). Cependant plusieurs membres de cette congré-
gation passèrent dans les rangs des protestataires
contre la bulle Unigenitiis (ms. 10181 de l'Arsenal,
Paris). Dom Pierre Colas, procureur des bernardins de
Paris, imita ce geste en 1731. A Toulouse, dom Loume,
proviseur du collège S. -Bernard, se prononça aussi en
faveur de l'appel au futur concile (ms. 1621, bibl. Ste-
Geneviève, Paris), ainsi que dom Pacôme, religieux
de la Trappe.
Le cas le plus notoire fut celui des moniales de Port-
Royal. Éblouies par une doctrine d'allure austère qui
cadrait bien avec la sévérité de leur vie, elles s'obsti-
nèrent dans une voie de désobéissance orgueilleuse.
Port-Royal envoya un jour son confesseur Eustache
convertir Orval. Il y vint aussi trois autres mission-
naires jansénistes, notamment le fameux Sébastien-
Joseph du Cambout. Par ordre de Benoit XIII, une
visite canonique s'ouvrit à Orval en sept. 1735. Elle
était commencée depuis quatre jours, quand quinze
religieux s'enfuirent nuitamment en Hollande, « la
délicatesse de leur conscience ne leur permettant pas
de signer le formulaire ».
L'abbaye de Beaupré, au dioc. de Toul, avait reçu
d'Orval, en 1710, un excellent abbé en la personne
d'Anselme de Bavais. Ce prélat restaura la discipline;
par là même, il attira en peu de temps d'abondantes
recrues. Malheureusement , autant et plus que les autres
religieux de Lorraine, ceux de Beaupré se laissèrent
séduire par le rigorisme janséniste. Les supérieurs se
heurtèrent à de violents entêtements. Finalement la
soumission se fit, et tout rentra dans le calme, toujours
sous l'abbatiat de dom Anselme (f 1737). L'abbaye de
Royaumont, l'illustre fondation de S. Louis, tombée
en commende et devenue un bien de la famille de Lor-
raine, eut pour commendataire, en 1689, François-Ar-
mand de Lorraine. Il était janséniste militant; malgré
lui, cependant, l'abbaye fut parfaitement préservée
des fausses doctrines.
Au dioc. d'Orléans, l'abbaye des moniales de Voisins
devint un petit Port-Royal. La dernière abbesse fut
Marguerite de Villelongue, qui gouverna de 1708 à
1749. D'une piété sinîère, d'un caractère doux et bien-
veillant, elle fut impuissante à enrayer l'influence de
plusieurs religieuses venues de Port-Royal à la suite de
la suppression de leur abbaye. D'ailleurs l'évêque d'Or-
léans et son grand vicaire étaient eux-mêmes d'ardents
jansénistes. L'abbé de Cîteaux, Edme Perrot, vint bé-
nir solennellement la bonne abbesse en 1721, mais ne
put obtenir l'humble soumission des religieuses. La
communauté cessa ensuite de se recruter; la dernière
moniale mourut le 27 juin 1777. A cette date une or-
donnance royale était déjà rendue, supprimant l'ab-
baye; les biens temporels furent unis au monastère de
Lieu-Notre-Dame, près Romorantin.
Port-Royal eut une lin triste entre loules. Le 29 uct.
1709 marque la date de dispersion de tout le personnel, |
en vertu d'un ordre du roi et de l'archevêque de Paris.
Onze carrosses emportèrent les religieuses dans diffé-
rentes maisons. Le 20 janv. 1710, ordre fut donné de
détruire les bâtiments jugés inutiles. Port-Royal de
Paris continua de subsister jusqu'en 1791. Alors la
Révolution exjmlsa les quarante-huit religieuses qui
s'y trouvaient. En 1841, les survivantes de ce groupe
s'installèrent à Besançon et la communauté put s'ac-
croître à nouveau. Vers 1910, elles demandèrent et ob-
tinrent leur affiliation aux trappistines. Deijuis lors,
elles ont quitté la ville fie Besançon et occupent l'an-
tique abbaye cistercienne de la Grâce-Dieu, près Ver-
cel (Doubs).
.1. (;;irrejTe, arl. Jdnni'iti.sinc, daiisYA 7'. ('.., viii, 318-329;
Le jaii^rnisTiir diininl lu liéyeiue, Louvain, ^'^'■i2. vol.; La
doctrine janséiiisle, dans Jntrod. <iu.v éludes d'Iiisl. eccl.
locale, m, Paris, 1().'56, p. — Clironiques de Porl-Royal...,
choix (le textes par H. I.,audenbach, Vevey, 1946. — L.
Cognet, La réforme de Porl-Roual, l'aris, lf).')(l. — .1. Dedieii,
Le désarroi jaiisénislc, dans /<('(>. d'hisl. de l' Êgl. de France,
XIV, 1928, i>. 144-68. — .V. De Meyer, Les premières conlro-
verses janséiiisles en France, Loiivain, 1917. — C Gazier,
Hist. du monaslère de l'orl-Royal, '.V éd., l'aris, 1929. —
.1. Orclbal, Correspondance de Jansénius, Louvain, 1947;
Jeun Diweraier de Ilauranne... et son lemps, Louvain, 1947-
48, 2 vol.; ouvrage capital en la matière, qui corrige bien des
erreurs et rectifie des appréciations généralement reçues;
abondante bibliographie. — H. Plus, Angélique Arnauld et
ses relations avec S. François de Sales, dans Études, janv.
1910, p. 433-64. — F.. Préclin, Les jansénistes du XVIII' s. et
la Conslitation civile du clergé (1713-1791), Paris, 1928;
Conséquences sociales du jansénisme, dans Rev. d'hist. de
l'Êgl. de France, xxi, 193Ô, p. 355-91. — L. Prunel, Sébas-
tien Zamet, év. de Langres..., Paris, 1912. — Port-Royal eut
ses historiens et ses apologistes au xviii" s., tels : Angélique
de S. -.Jean, Discours appelés miséricordes..., L^trecht, 1735;
[.\rnauld]. Apologie pour les religieuses de Port-Royal..., s. 1.,
1665; [Clémencet], Ilist. générale... jusqu'à son entière des-
truction, Amsterdam, 1755-57, 10 vol.; M. Du Fossé, Mé-
moires..., Utrecht, 1739; Gémissements (4) d'une âme vive-
ment touchée de la destruction du saint monastère de Port-
Royal, s. 1., 1711; [Rivet], Xécrologe de iabbaïe de N.-D. de
P.-R.-des-Champs, Amsterdam, 172.3; .). Racine, Abrégé de
l'hist. de Port-Royal, rééd., Paris, 1908; 1928.
II. CiTEAux ET SES MON ASTÈuEs. — 1° Lci comineiide.
— Pareille à une épidémie, la commende se propage de
plus en plus, en France particulièrement, sous le cou-
vert du concordat de 1516 entre Léon X et Fran-
çois I<^^ Une statistique, établie d'après les données du
Gallia christiana et autres sources, totalise environ
130 abbayes cisterciennes passant aux mains d'abbés
commendataires dans le courant du xvi« s. Quelques
rares d'entre elles, cependant, récupéreront parfois des
prélats réguliers. Les autres sont malheureusement
vouées à une déchéance presque fatale. Edme de Sau-
lieu, abbé de Clairvaux (1509-1552), en fut témoin lors
de son voyage à Rome en 1520-21. Mandaté par le cha-
pitre général pour aller plaider la cause des abbayes au-
près de Léon X, il devait aussi visiter canoniquement
les monastères d'Italie et ceux de France qui se trou-
veraient sur son itinéraire. Le journal du secrétaire,
dom Claude de Bronseval, mérite d'être lu (Arch. de
l'Aube, 3 H 2-5?). C'est une prise de vue instantanée.
Près de Milan, par ex., on note le monastère de Chiara-
valle, « le meilleur de toute l'Italie, que tient en com-
mende le cardinal de Médicis, frère du pape, dont il tire
au moins 13 000 ducatz par an ». Non loin de Crémone,
l'abbaye de Ste-iMarie-Madeleine de Gava est tout en
ruines; le commendataire est un enfant de neuf ans,
pour lequel on lève 1 000 ducats. A S.-Étienne de Cor-
nu, le commendataire, archevêque de Plaisance, touche
6 000 ducats en faisant exploiter la propriété; mais les
lieux réguliers, l'habitation monastique ont presque
disparu. A Quartazzolla, le commendataire est un ga-
min de huit ans. neveu du connnendalaire précédent.
I Et le reste.
i)s:i (', ri" !•: ai \ ( o n d n i-j. d r \ \ i
s. A I.A l'HANCAISK
De telles constatations fournirent au visiteur des
arguments qu'il sut mettre en valeur lors de son au-
dience pontificale, le 2 janv. 1521 (discours conservé
dans les archives citées plus haut). Le cardinal de Mé-
dicis était présent. Or, il détenait, lui aussi, la com-
mende de l'antique abbaye des SS.-\'incent-et-Anas-
tase; « elle lui rapportait 5 à 6 000 ducatz par an, mais
il n'entretenait que six religieux dans un pauvre ré-
duit... Le 27 janvier, jour de la Scptuagésime, écrit en-
core le secrétaire, nous iiartîmes de Rome et, auprès
d'un château appartenant au pape, nous le trouvâmes
qui chassait... ». Dernière entrevue et prise de congé.
Pratiquement, le résultat de la démarche de l'abbé de
Clairvaux à la Cour pontificale fut de nul effet. La
commende subsistera jusqu'à la fin du xviii« siècle.
Les abbayes ont connu parfois de bons commenda-
taires; mais ils furent bien rares. On cite, par ex., Al-
phonse d'Elbène, « le modèle des comniendataires » (G.
Pérouse, Hautecotnbe, 1926, p. 79). Barzelle eut Jean
d'Estampes, loué sans réserve {Gall. christ., vi, 1061);
Valence reçut l'évêque d'Angoulême, Rodolphe du
Fou, grand bienfaiteur {ibid., ii, 1359); Mazières eut
François Gendron, puis l'évêque de Digne, Henri-Félix
de Tassi (tl711) (ibid., iv, 1034). Le Val-Ste-Marie
accueillit avec joie Charles Villiers de l'Isle-.Adam
(ibid., VII, 883).
Chose plus extraordinaire, on vit des commenda-
taires se faire moines et abbés réguliers, aux termes des
bulles pontificales. Nous avons cité déjà Octave Arnol-
fini, abbé de la Charmoie, et Rancé, abbé de la Trappe.
On vit aussi, à Beaupré de Beauvais, Louis le Normand
de Beaumont (t 1656); à Feniers, Jean de Caylus de
Levi; au Reclus, Pierre Collart; à Rouillas, Pierre de
Lavât, etc.
Mais ces cas exceptionnels ne contrebalancent guère
les ruines et déchéances d'autre part. Acey, Chaalis,
Loc-Dieu en Rouergue, Foigny, Froidmont, l'Étoile,
Langonnet et tant d'autres pourraient témoigner dans
ce sens. Les scandales de Jean de Lettes, évêque de
Montauban et commendataire de Loc-Dieu, sont con-
nus, aussi bien que le cas d'Odet de Coligny, premier
commendataire de F'roidmont : deux retentissants pas-
sages au calvinisme. En Espagne, la situation ne fut
pas meilleure, « dans la région de Braga surtout, où la
simonie des abbés comniendataires faisait passer les
monastères comme un héritage, de père en fils » (M. Ba-
taillon, ['n itinéraire ci.<itercipn... s., Paris, 1949,
p. 51).
Alcobaça, au Portugal, eut en 1011 un commenda-
taire âgé de deux ans : Ferdinand d'Autriche qui, à dix
ans, était cardinal-diacre. Quand les communautés se
sentaient exaspérées par les exigences du commenda-
taire et de ses commis, elles leur intentaient un pfocès
— dernière et fragile espérance, toujours à longue
échéance et souvent déçue. Le procès de Feniers dura
quarante ans; celui de Orcamp occupa toute la préla-
ture de Claude-Roger-François de Montboissier-Beau-
fort de Canillac (1739-61). Le liuHaire édité par Claude
Vaussin en 1666 (II'" part., p. 15, 24, 40 sq.) cite plu-
sieurs cas de ces [)r()cès, avec les arrêts rendus par le
Parlement.
I
Uulles pontificales continuant la série donnée plus haut
(col. 976sq.) : Pie IV, In emineiiti,2<j sept. 1563; Pie V, Decet
liomanum ponliftcem. 2'.\ oct. 1567; Ex innitmeris, 8 mars
l.>70; r.rcgoire XI H, .Siiperna disposilione, 12 juill. 1574;
Sixte Pontifex /{o/7i«ni;.s-, 17 mai 1586; Innocent X,
Pastoralis, 25 sept. 1654; Alexandre VII, Exponi nobis,
26 août 1655. - - Berlière, La commende aux Paqs-Das, dans
Mélanges G. Kttrlh, i, 185; les cisterciens y échappèrent
presque totalement (cf. ms. 2655 (21478) de la Bibl. royale
de Bruxelles). — E. Bernardet, Vn abbé d'Haiilecombe, !
Alphonse d'Elbène, Grenoble, 1937. — Jean Le Bossu, 1
moine de Mazières, Anlirommenda, ouvrage demeuré ms. !
- Laprat, art. Commende, dans T). D. C.an., m. 1029-85. —
.1. Paris, Ou premier esprit dr l'onlre tic Ci.ileau.r, Paris, 1670,
p. 3.55. — Stniiila cap. rjcn. ont. cislerc, éd. Louvain, vui,
1941, Indires : références aux décisions capitulaires concer-
nant la commende et les comniendataires.
2" Les vicariats et les con(jré gâtions. — En 1433, le
chapitre général avait décrété, dans son 4"2'' statut, la
création de visiteurs provinciaux. On comptait sur le
zèle de ces prélats pour suppléer à la négligence de cer-
tains Pères immédiats, rétablir et soutenir d'une main
ferme la régularité et la ferveur dans les monastères.
Les législateurs croyaient aussi poser par là même un
obstacle sérieux aux schismes intérieurs, comme celui
qui se produisait alors, en Espagne, avec Martin
de Vargas.
Mais les tendances séparatistes et nationalistes fu-
rent plus fortes que les décrets capitulaires. Jadis com-
pact, serré, fort d'une unité parfaitement homogène,
l'ordre de Cîteaux s'émiette maintenant en de multi-
ples congrégations. Certaines d'entre elles saluent en-
core l'antique maison mère avec respect et lui obéis-
sent; d'autres ont brisé tous les liens et vivent de leur
vie propre, se prétendant toujours cependant l'authen-
tique descendance du Cîteaux bernardin. Nous avons
cité ))lus haut (col. 970) la congrégation de Caslille et
celle de Toscane et Lombardie. En nov. 1567, Pie V
(Pastoralis o/fîcii) érige en congrégation les monas-
tères du Portugal, avec Alcobaça pour centre. L'abbé
de ce monastère était de droit le général de la congré-
gation; mais, comme les autres supérieurs locaux, il
était triennal. Triennale aussi était la tenue des cha-
pitres. La congrégation compta treize abbayes an-
ciennes et créa quatre prieurés.
Quatre ans après sa première bulle, le même pontife
déclarait (Romani pontificis) qu'il n'entrait nullement
dans ses intentions de porter atteinte aux droits de su-
périorité et de juridiction de l'abbé de Cîteaux sur les
monastères du Portugal. Le président de la congréga-
tion devait donc assister an chapitre de Citeaux, ac-
compagné d'une députation de quelques abbés. En
fait, ceux-ci se tinrent toujours sur la défensive. On
ne les vit ])oint paraître à Cîteaux et les sanctions ful-
minées contre eux par le chapitre général ne les ému-
rent aucunement (Statuta, 1()67 : 58, 59, 63; 1672 : 195;
1683: 167; 1686: 153; 1738 : 261 ; 1765 : 54 ; 1768: 134).
Cette attitude schismatique s'explique, sans se légi-
timer, par la mainmise des moines castillans sur les
portugais. Déjà, en 1516, le chapitre général avait
blâmé la facilité de certains abbés d'Espagne à rece-
voir chez eux des néophytes non éprouvés. De regret-
tables résultats s'ensuivirent. Quand, en 1535, l'abbé
de Clairvaux, Edme de Saulieu, visita les abbayes
d'Espagne et de Portugal, il dénonça les agissements
des cisterciens castillans. Ceux-ci, dont bon nombre
étaient d'origine juive et nouveaux convertis, tra-
maient des intrigues; déjà ils s'avançaient vers Alco-
baça pour y implanter leur réforme avec leur rituel
teinté de judaïsme. « Le temps n'était pas loin où le
Portugal cistercien allait faire sa réforme inspirée de
l'exemple des Castillans. La visite d'Edme de Saulieu
ne fit que freiner un mouvement irréversible, retarder
1 la constitution d'une congrégation autonome (M. Ba-
taillon, op. cit., p. 46).
Travaux généraux sur les congrégations cisterciennes : C.
Bock, Les codiftcations du droit cistercien, dans (Mlectanea
ord. fis/, relorm., Westmalle, 1949, p. 334; 1950, p. 101 sq.
— I. F.icheler, Die Kongregalionen des Zisterzieiiserordens,
dans Studien und Mitteil., xlix, 1931, p. 5.") sq. - L. .la-
nauschek. Origines cislerc. Vienne, 1877, p. xi, i.xxi sq. —
Statula cap. (jen. ord. cisterc, éd. Louvain, 1933-41, viii.
Indices : références aux textes législatifs. — Tamburini,
; De jure abbatum..., u, Lyon, 1650, disp. XXIV, q. v, repro-
duit quelques actes du S. -.Siège concernant des congréga-
! tions monastiques.
l'ourla coiigrégniion du Portugal : Prinilcfiia Conqr. S. M.
987
CITE AUX fORDRl-:!
1)1" \VI
^ S. A I.A RÉV. FRANÇAIS F. !)88
de Alcobalia. Venise, l.i93. — A. Manrique, Ann. cislerc,
II, J^yon, 1612, Appendix^ p. 3-l.î : Séries nbbniiwi Eccl.
Alcobacensis. — Robert Muiîiz, dans sa Biblioieca cisier-
ciense espaiiola, Burgos, 1793, cite les nomtireiix travaux
des cisterciens espagnols et portugais.
Sur les Juifs d'PIspagne, cf. Mme Mahn-Lot, Isabelle la
Catholique et les Juifs, dans Mercure de France, juill. 1950,
p. 491. — Des religieux d'.Mcobaça, docteurs en théologie,
ont parfois écrit contre les Juifs, tel François Maeliado,
Conlra Judaeos, Contra judaicam perfldiam, maxime contra
huius tcmporis Judaeos.
La congrégation de Haute-Allemagne resta pleine-
ment soumise à Cîteaux. Edme de la Croix, abbé géné-
ral, ayant visité les abbayes d'Allemagne, jeta lui-
même les bases de la congrégation (14 sept. 1595). Elle
comptait vingt abbayes réparties en quatre provinces,
soumises chacune à un vicaire général : Souabe et
Franconie, Bavière, Alsace, Brisgau et Suisse. Les abbés
étaient perpétuels; la congrégation avait à sa tête un
président. Ils tenaient leur chapitre provincial tous
les deux ou trois ans et organisèrent un noviciat cen-
tral. Les décisions de leurs réunions capitulaires sont
conservées dans diflérents mss. pour les années 1619,
1624, 1626, 1640, 1645, 1654, 1659, 1668, 1670, 1683,
1715; voir : Dijon, ms. 1020, fol. 1-51; Munich, Clm
1319, fol. 34 sq.; Ii32, fol. 1 sq. ; Valic. lat. 10094. Le
travail de dom Benoît Staub, signalé par de Visch dans
son Auclarium (éd. Bregenz, 1927, p. 14), peut se lire
dans le ms. 1591(363^ j de Dijon, p. 1 à 130 : Informatio
sive tractatus de origine, causis ac progressa congr. ...in
Superiori Germania. Les statuts de 1586 et de 1654
furent imprimés. _
Cette congrégation donna des preuves de solide vita-
lité, particulièrement au temps de la restauration des
monastères en pays germaniques (année 1628 et sui-
vantes) (cf. Staiuta, viii, Indices, au mot Germania,
p. 216; Idea Chrono-topographica congr. Cist. S. Ber-
nardi per Superiorem Germaniam..., s. 1., 1720, fait
mention des monasteria extincta; la congrégation comp-
tait alors 1772 membres).
La congrégation des Feuillants eut pour initiateur
Jean de la Barrière qui, d'abbé commendataire du mo-
nastère de Feuillant (Fulium), dans le Languedoc, en
était devenu prélat régulier. Son zèle pour la réforme le
porta à des austérités outrancières. Il avait d'ailleurs
un concept de vie religieuse s'écartant de celui de Cî-
teaux en des points notables, par ex. la prédication au
dehors. Ce n'était donc pas une réforme, un retour à un
ancien état de choses, mais une création nouvelle. La
séparation d'avec l'ordre cistercien fut complète, bien
qu'en tête de leurs constitutions ces religieux s'intitu-
lassent toujours cisterciens.
En mai 1630, Urbain VIII scinda la congrégation en
deux branches : feuillants de France et feuillants d'Ita-
lie, ces derniers appelés aussi Réformés de S.-Bernard.
Une branche féminine fut également créée : les feuil-
lantines. La congrégation a donné à l'Église des reli-
gieux de haute vertu et de science remarquable, tel le
cardinal Jean Bona. Les feuillants disparurent à la fin
du xviii« siècle.
Bibliogr. sur le fondateur et son œuvre : art. Barrière,
dans D. H. G. E., vi, 924. — Hesse, art. Feuillants, dans
D. T. C, V, 226.5; Abbayes et prieurés de l'anc. France, i,
Introd., Paris, 1906, p. 171-75, abondante bibliogr. — L.
.lanauschelt, Orig. cisterc, p. lxix-lxxi, cite les maisons
fondées par les feuillants. — Morotius, Cistercii reflorescen-
lis seu Congr. Fuliensis chronol. hisloria, Turin, 1690, nomme
les personnages remarquables et leurs œuvres. — Ilenri-
quez, Primlegia..., Anvers, 1630, p. 113-46 : bulles concer-
nant les feuillants (1586-1621).
Janauschek (op. cit., p. xi) n'ose affirmer l'existence
d'une congrégation polonaise. Sa réserve est prudente,
car on ne connaît nulle mention de statuts constitutifs
d'une congrégation érigée sous ce titre. En juin 1580,
un chapitre provincial se tint à Wongrowitz, la plus an-
cienne abbaye de Pologne. Il était présidé par Edme
de la Croix, délégué par l'abbé de Cîteaux, Nicolas I"
Boucherai, qui n'avait pas renoncé à faire valoir les
droits contestés de dom Edme à la prélature de Châtil-
lon. L'abbé général confiait alors à son protégé une
double mission à remplir en Pologne : aplanir les difTi-
cultés occasionnées par les évêques de cette région aux
monastères cisterciens et obtenir dans ces communau-
tés un redressement de la régularité, une reprise géné-
reuse des points essentiels de discipline. Cette seconde
partie du programme fut réalisée sans trop de peine,
semble-t-il. Les membres du chapitre adoptèrent les
propositions du président, qui furent consignées dans
un écrit intitulé Statuta reformalionis monast. ord. cis-
terc. : ces statuts de réforme ne codifient que les obliga-
tions monastiques, sans dire un mot du groupement
des monastères en congrégation. Bédigés par dom Edme
de la Croix, ces statuts sont manifestement le premier
jet de l'importante constitution de réforme que ce
même prélat proposera au chapitre général de 1601,
quand lui-même sera devenu abbé de Cîteaux (Statuta,
VII, 1601, p. 197-249; une lettre des abbés autrichiens,
vers 1630, se réfère aux Edmundianae constitutiones:
Arch., Troyes, 3 H 146).
Dans les décrets capitulaires du xvii"' s., les monas-
tères de Pologne se trouvent toujours réunis sous le
titre de vicariat ou province. En 1738, les mêmes dési-
gnations reparaissent dans une série de réponses à des
doutes et demandes provenant de monastères polo-
nais. On y apprend notamment que la commende sévit
aussi dans ces abbayes. Pour faire face à ces empiéte-
ments, on exige désormais de tout abbé élu le serment
de renoncer à son abbaye, s'il était promu à l'épiscopat.
Par ailleurs, le chapitre de Cîteaux favorise le désir ex-
primé de réunir en une compilation les décrets des cha-
pitres généraux qui concernent la discipline régulière.
Ce travail fut terminé et parut en 1745, sous l'autorité
d'Andoche Pernot, abbé de Cîteaux. Un document de
1766 cite l'abbé de Landa, Constantin Howiecki, avec
le titre de vicaire général de la congrégation de Po-
logne.
L'autorité romaine eut à s'occuper, en juilL 1768,
d'un intrigant, Bernard Kolbs, moine du prieuré de
Vallombreuse (Statuta, 1768 : 113; Analecta juris pon-
tificii, XIV, Bome, 1875, col. 1006). En juill. 1792, la
Congr. des Évêques et Béguliers concédait au nonce
apostolique en Pologne le pou voirde satisfaire les moines
de Paradiz, qui désiraient être régis par un prieur
triennal et non plus par un prélat à vie. Précédem-
ment déjà, les moines de Sulejow et de Wanchoczko
avaient obtenu semblable modification de régime
(ibid., xvi, 1877, coL 730).
Rome, ms. Vatic. lat. 3236 Bart>erini contient de nom-
breux documents provenant du procureur général de Cî-
teaux; ils datent de 1580 et années suiv. ; en première page,
on lit les noms d'Hdme de la Croix et des abbés signataires
des statuts de réforme de juin 1580. Des lettres originales
ou copies ont pour objet les difficultés des monastères avec
les Ordinaires. — Cambrai, bibl. munie, ms. 1223, fol.
193 sq. : texte des Statuta reformalionis... 1580; transcrip-
tion faite à l'abbaye de Brunnbacli, sous l'abbatial de dom
Wigand, en 1588. — Les deux codifications des statuts
furent imprimées en 1581 et 1745, mais les exemplaires en
sont rares.
La congrégation de Calabre et Lucanie fut constituée
par décret du chapitre général de 1605, que publia
dom Vincent Longuespée, procureur général à Borne.
Chose étonnante, ces statuts s'écartent de l'ancienne
législation cistercienne en des points notables; cepen-
dant la soumission au chapitre de Cîteaux reste in-
tacte. Urbain VIII confirma ces dispositions par bulle
du 12 juill. 1633 (Sacrosancti apostolatus). La congré-
I gation ne compta d'abord que sept abbayes; elle ac-
!)S!t CITKAIX (OROHl',). 1)1 X \
l S. A L A I? É V . F H A N Ç A I S K !)!•()
cepta ensuite les débris de la congrégation de Finir,
qui, pour ne pas s'éteindrr définitivement, fit retour
à Cîteaux.
Le ms. ÎS3 de la bibl. de l'Arsenal, à Paris, p. 757 sq.,
contient le décret du chapitre général de 1605, que
Macusson reproduisit plus tard dans son Traité hist. du
chapitre général..., s. 1., 1737, p. 131. — I.a bulle d'Urbain
VIII se lit dans le nis. 1021), fol. 1.32 v" de la bibl. de
Dijon.
La congrégation araqonaise resta également sou-
mise à Cîteaux. Déférant à la demande de Philippe III
d'Espagne, le chapitre général de 1613 (n. 67, 68) rédi-
gea les statuts constitutifs de la nouvelle congréga-
tion, qui groupa les monastères situés en Aragon, Va-
lence, Majorque et Catalogne. Cîteaux avait voulu que
l'on continuât ici le régime des abbés perpétuels; on
espérait ainsi couper court aux inconvénients des élec-
tions fréquentes : ambition, simonie, discorde, etc. (cf.
n. 67, /). Paul V confirma les actes du chapitre de Cî-
teaux par bulle du 19 avr. 1616 {Pastoralis ofjicii; cf.
Henriquez, op. cit., p. 448). Des difficultés étant surve-
nues, Grégoire XV dut promulguer une autre bulle, le
20 avr. 1623, pour apaiser les différends (Ex pastoralis
ofjicii, dans ms. 7<S-3 de l'Arsenal, p. 772).
Rome, bibl. Victor-Emmanuel, Sessor., mss. 319, 431,
contiennent des définitions de leurs chapitres provinciaux.
— J. M. Lopez Landa, Abadias cisterc. de la antigiia cnnqre-
yacion de .Aragon y Navarra, Calatayud, 1949.
Le chapitre général de 1613 (n. 26) organisa aussi la
Congrégation romaine ou de l' Italie centrale. Elle groupa
les abbayes situées dans le Patrimoine de S. -Pierre et
quelques-unes du royaume de Naples; leurs noms sont
cités dans le décret constitutionnel. Grégoire XV donna
la confirmation le 6 avr. 1623 (Sacrosancti apostolatiis,
dans ms. 783 de l'Arsenal, p. 767). Le procureur géné-
ral de l'ordre résidant à Rome présida un temps cette
congrégation.
Rome, bibl. Victor-Emmanuel, .Sessor., ms. 1342, 14.'i9. -
Oijon, ms. 1U20, fol. 125 v, 144.
Les monastères d'Irlande furent constitués en con-
grégation sous le titre des SS.-Malachie-et-Bernard, par
bulle d'Urbain VIII en date du 29 juilL 1626 (ms. 1020
de la bibl. de Dijon, fol. 129 v°). On y apprend que la
congrégation reste soumise à l'abbé et au chapitre gé-
néral de Cîteaux, selon les prescriptions de la Charte de
charité. Cependant la congrégation tient son chapitre
national tous les cinq ans; les abbés s'y réunissent ac-
compagnés d'un délégué de chaque communauté. On y
élit un président, qui devient en même temps vicaire
général et délégué du chapitre de Cîteaux. Toutefois les
monastères abandonnent le missel et le bréviaire cister-
ciens pour adopter le rite romain. Faisant suite à la
bulle, un décret de la Propagande du 13 août 1626 per-
met aux moines d'Irlande de négocier la récupération
de leurs biens, mais ils n'agiront qu'avec grande pru-
dence, afin d'éviter un retour des persécutions ou au-
tres difficultés. Le cardinal Bona, cistercien feuillant,
adressa une lettre aux catholiques d'Irlande en date
du 11 sept. 1666 (cf. Epistolae selectae..., Bona-Sala,
Turin, 175,5, p. 87).
Malachie O'Artry, cist. du xvii' s., Triumphalia sanctae
crucis..., éd. Denis Murphy, S. .1., 1892. — Anonyme, The
Irish cislercians. Past and présent, Dublin, 1893.
Les monastères de France eurent aussi leur réforme.
Commencée d'abord à Châtillon, puis à la Charmoie
par Octave Arnolfini et Étienne Maugier, elle gagna
bientôt Clairvaux. En 1615, dom Denis Largentier en-
treprit de faire revivre les vertus des premiers cister-
ciens. Plusieurs abbayes reprirent les observances aus-
tères; l'abbé de Cîteaux permit à ces réformés de se
réunir en chapitre et de se donner un vicaire général.
Rien, par ailleurs, n'était changé à l'ancienne législa-
tion. En 1618, le chapitre de Cîteaux approuvait ei
louait la réforme, tout en redoutant les divisions que
pourraient connaître les communautés, en raison de la
diversité des observances. Nicolas II Boucherai, abbé
général, soutenait la réforme. Il alla même plus loin;
dans une réunion des réformés, tenue à Paris en mars
1623, sous la présidence du cardinal de La Rochefou-
cauld, il leur permit de se constituer en congrégation.
Les articles en furent dressés et signés par les dix abbés
présents. Mais le chapitre général du mois de mai de
cette même année cassa, annula, invalida cet acte,
appelé à créer, disait-on, un irrémédiable désastre, un
schisme irréparable (Statutu, 1623 : 24).
Néanmoins, ['Étroite obsen>ancc prospéra rapide-
ment. Par malheur, Denis Largentier mourait à Orval,
le 25 oct. 1624. Son esi)rit calme, pondéré, sa force de
persuasion, qu'il puisait avant tout dans son propre
exemple, auraient été bien nécessaires aux chefs de la
réforme. Étienne Maugier, abbé de la Charmoie, sou-
tenu par le cardinal de La Rochefoucauld, afficha des
prétentions à des droits que les réformés ne possédaient
nullement. De là, durant de nombreuses années du
xvii« s., des querelles, des procès, des livres, des pam-
phlets échangés de part et d'autre, au grand détriment
de l'édification et de la vérité. Et, en somme, le point
précis du litige, l'observance en cause, qui sert de pivot
à ces interminables discussions, est l'abstinence.
Plusieurs lettres a]K)stoliques tentèrent de faire ces-
ser ces débats. Enfin la Constitution In suprema,
d'Alexandre VII (19 avr. 1666), imposa silence. Dans
l'histoire de la législation cistercienne, ce document
pontifical marque une date importante ; il est à mettre
au même rayon que les bulles Clémentine et Bénédic-
tine. Ne voulant pas imposer indistinctement à tous les
sujets de l'ordre des pratiques rigoureuses, Alexan-
dre VII s'en tient à une observance légèrement miti-
gée. Pour l'abstinence, par ex., les monastères qui l'ont
abandonnée n'useront d'aliments gras que trois jours
■par semaine, en dehors de l'avent et du temps de la
Septuagésime à Pâques. L'obéissance à l'abbé et au cha-
pitre de Cîteaux demeurait entière. Clément IX con-
firma, en 1669, la Constitution de son prédécesseur,
modifiant cependant quelques points de détail.
A cette époque, l'abbé de Rancé gouvernait le mo-
nastère de la Trappe. II i)arut au chapitre général de
1668 et fut au nombre des protestataires contre les do-
cuments pontificaux récemment promulgués (Statuta,
1667 : 29, 30). Peu satisfait d'une réforme mitigée, il
résolut d'inaugurer chez lui une observance austère,
tout en restant soumis aux supérieurs de l'ordre. Son
entreprise fut couronnée de succès, encore que certains
contours de la vie cistercienne à la Trappe n'aient pas
été modelés sur le Clairvaux de S. Bernard. N'importe;
la reprise d'une vie austère attira autour du réforma-
teur de nombreuses recrues recherchant l'absolu de
l'ascétisme. Elles venaient du siècle et aussi de certains
cloîtres. Pour enrayer cette course, plusieurs ordres re-
ligieux, craignant de se dépeupler, obtinrent de Rome
des décrets interdisant le passage de leurs sujets à
l'abbaye de la Trappe (Exponi nobis, 5 août 1686, pour
les feuillants; i)urfu/n /. r., 18 mars 1697, pour les mau-
ristes; Sollicitudo pastoralis, 10 oct. 1698, pour les ca-
pucins).
Quand la Commission des réguliers fera son enquête
en 1766 et entendra les plaidoiries des ordres en faveur
de leur conservation, seul l'abbé de la Trappe, Théo-
dore Chambon, plaidera au nom de l'essentiel de la vie
religieuse fidèlement conservé chez lui (S. Lemaire, La
Commission des réguliers (1766-17^0), Paris, 1926,
p. 16, d'après Arch. nat.. G" ■i.'i). Lors de la suppres-
sion des religieux en France par la Révolution, dom
Augustin de Lestrange, moine de la Trappe, se retira en
Suisse avec vingt-quatre de ses confrères. En 1794, en
s. A 1. A 1^ i : \ . Vn A NCA iSK !)!t2
vertu d'un bref de Pie la Val-Sainlc fut érigée en
abbaye et chef-lieu de la Congrégation des Trappistes,
sous l'autorité de dom de Lestrange, élu abbé.
Paris, bibl. Ste-Gcnevicve, nis. 32 JT : recueil d'iictes rela-
tifs à la réforme du card. de La Rochefoucauld; on y lit les
articles de 1623, fol. 46; lettres et ordonnances du card.;
lettres à lui adressées. — liihl. nat., ms. franç. 15770 :
recueil de pièces de 1660 à 1663; ins. franç. 18696 : dossier...
1651 à 166". — Petit imprimé anonyme de 80 p. in-16,
intitulé : Response A une lettre snr le xiihject des remoiistranees
et raisoits représentées «ij roy par les religieux de Clairevaux,
et autres abbai/es qui en dépendent, s. 1. n. d. — Troyes,
ms. 1796, fol. 95 s(|. : contient les décisions des chapitres de
l'Étroite observance de 1624 à 1687. — Langres, ms. 75(48):
Hisl. abrégée île la dernière réforme de l'ordre de C, par dom
André-Joseph Boulenger (xv!!!!^ s.). — Beaimier-Besse,
op. cit., 1, Introd., p. 164, cite nomljre de mémoires, remons-
trances, ordonnances, etc., ayant trait à la réforme. —
Gervaise, Hist. gén. de la réforme de l'ordre de C. en France,
Avignon, 1746 et 1749, ouvrage peu sûr, qualifié de « triste
pamphlet • par Mgr Hautcœur; malheureusement plusieurs
auteurs l'ont suivi aveuglément, tels Uaillardin (Hisl. de
la Trappe) et l'abbé Dubois (Hist. de l'abbé de Rancé,
Paris, 1869). — Léon .Serrant, L'abbé de Rancé et Bossuet,
l^:u'is, 1903. — [IL Séjalon |, Ann. de l'abbaye d'Aiguebelle,
11, Valence, 1863, p. 33. — Nomasticon cisterc, éd. 1898,
p. 578 : Praecipna décréta circa cnntentiones. — Pour les
congrégations de moniales cisterciennes, cl. art. Bkrnar-
uiNES, dans D. H. G. H., viii, 806.
3° Les prieurés. — Ce n'est guère qu'à dater des xiv«
et xv» s. que l'ordre de Cîteaux admit des prieurés au
nombre de ses monastères. Établissements de moindre
importance que les abbayes, ils étaient répartis en
deux catégories : les uns étaient sui juris, ayant à leur
tête un prieur titulaire ; les autres étaient de simples dé-
pendances d'une abbaye (membra abbatiae) ; ou y trou-
vait un nombre variable de religieux, sous la direction
d'un prieur nommé librement par l'abbé.
Au début du xv« s., quelques monastères de Hol-
lande demandèrent et obtinrent leur affiliation à Cî-
teaux; ils conservèrent toutefois leur condition juri-
dique de prieurés. D'autres monastères cisterciens fu-
rent fondés comme prieurés, tel Waarschoot, i)rès de
Gand. Le prieuré de S. -Sauveur, à Anvers, fondé en
1433, devint cependant abbaye en 1652. Différents fu-
rent les cas d'abbayes de moniales devenant, pour des
raisons diverses, des prieurés d'hommes. En 1452, le
chapitre général décrète que l'abbaye de Ste-Walburge,
au dioc. de Cologne, sera désormais un prieuré de moi-
nes. A cette occasion, l'autorité compétente marque
dans ses grandes lignes les pouvoirs des prieurs titu-
laires : ceux-ci sont inamovibles, dans les mêmes condi-
tions que les abbés ; leur juridiction est égale à celle des
prélats. C'est d'après ces lois que furent créés les prieu-
rés de la Joie, des Rosiers, de Belleau, de Montarlot, de
Penthemont.
Le prieuré de S. -Lazare, à La Ferté-Milon, fut fondé
en 1610; cinq religieux de Longpont y séjournaient
pour le service de la inaladrerie. Les moines d'Acey oc-
cupèrent un temps le prieuré d'Apreinont (Hte-Saône),
laissé libre par les bénédictins. Il devint ensuite une
paroisse (de Trévillers, Seqiianiu monaslico, Vesoul,
1950, p. 45). La congrégation d'Espagne se forma
d'abord par la sécession de plusieurs abbayes an-
ciennes, puis créa aussi une série de prieurés mineurs
(cf. Janauschek, Orig. cisterc, Vienne, 1877, p. lxviii;
Henriquez, Fasciculus S S. nrd. cisterc, u, Cologne,
1631, p. 501). La congrégation d'Alcobaça fit de mêine.
Les Regesla de Léon X (éd. Hergenrœther, Fribourg-
en-Br., 1884) citent plusieurs prieurés cisterciens, tels
ceux de N.-D. -aux- Vignes, ou S. -Loup, à Orléans (n.
11232-33), et de la Costejean (n. 16931), au dioc. de
Montauban; c'étaient deux prieurés de moniales. Sar-
torius a nommé les prieurés dépendant des abbayes de
Sedlec, de Plass, de Kiinigsaal, de Zara, de Gradz {Cis-
lerciuni. Prague, 1700, p. 1087). Kn 1738, dans le duché
de Lithuanie, on fondait encore deux j^rieurés pour
moines : Clairefontaine et Vallombreuse, rattachés à la
province polonaise (Staluta, 1738 : 134, g).
Au nombre des avantages procurés par le régime des
prieurés, il faut noter celui d'écarter plus facilement la
plaie de la comniende. En raison de leurs revenus plus
modestes, ces établissements attiraient moins les re-
gards des collateurs et des bénéficiaires. Cependant, en
1682, Harlay de Champvallon, archevêque de Paris,
et le P. de La (Chaise tentèrent de mettre en comniende
cinq prieurés de Cîteaux : ce furent les parlementaires
qui firent échouer le projet (J. Orcibal, Louis XIV
contre Innocent XI, Paris, 1949, p. 55, note).
Le ms. 925 de la bibl. de l'.Xrsenal, à Paris, cite une cin-
quantaine de prieiu"és cisterciens. Il y a là des erreurs mani-
festes, du moins au sens où nous entendons ici prieuré,
établissement occupé par une communauté menant la vie
régulière. Cottineau ((ualifie également de prieurés bon
nombre de fermes monastiques de particulière importance,
ou des églises à la charge d'abbayes cisterciennes. Même
procédé dans le Cartulaire de Bonneconibe, éd. Verlaguet,
Rodez, 1918, p. 1-22. — Des mentions de prieurés cister-
ciens se lisent dans les Registres des papes (École française
de Rome) : Benoît XI, n. 415; Nicolas n. 26.54 , 5022;
.Jean XXII, n. 26619, 27107, 401.56, 42676, 42713, 42714,
44479, .54266, 57879, 62873; Henoil XII, n. 3973; Reyestum
Clementis V... nionacli. O. S. B., n. 1510. — Cf. Statuta cap.
gen. ord. cislerc, éd. Louvain, 1933-41, viii, Indice.i, p. 407,
/'rfor«/ii.s'.
4° Les conitits intérieurs. — De Rome, dom Durban,
procureur général des mauristes, écrivait à dom Luc
d'Achery, en juin 1675, ses doléances au sujet des « pau-
vres réformez de Cisteaux qui ne viendront pas pour-
suivre à Rome et qui veulent à présent mettre toute
leur confiance en Dieu... ». Un arrêt du Conseil d'État
du roi (19 avr. 1(575) venait en elTet de débouter de
leurs injustes prétentions les religieux de l'Étroite ob-
servance. I^a querelle entre les abstinents et la Com-
mune observance les avait donc conduits jusqu'à por-
ter leur cause devant les tribunaux laïcs!
Il en fut de même, hélas, des discussions au sujet des
pouvoirs de l'abbé de Cîteaux, que les quatre premiers
Pères voulaient restreindre de plus en plus. Dans l'or-
dre, les abbés, les moines, docteurs théologiens, ju-
ristes ou historiens, prirent ]50sition pour ou contre
l'abbé général. Les mémoires, les études, les lettres, les
observations tombèrent en avalanches serrées durant
les xvii^ et xviu« s., et jusqu'à la veille de la Révolu-
tion. Que de temps perdu, que de jalousies fomentées et
de rivalités entretenues! La Charte de charité — ohl dé-
rision — était devenue une pomme de discorde; chacun
prétendait y trouver la justification de ses propres
idées. La tactique était semblable chez les pseudo-ré-
formateurs de l'Église, qui renvoyaient volontiers les
prélats de leur temps à l'époque des catacombes. En
1775, des curés du dioc. de Troyes discutaient âprc-
ment la juridiction de l'archidiacre et autres supé-
rieurs, « qui, disaient-ils, était inconnue aux quatre pre-
miers siècles » (Arch. nat , G" 62.'), dossier 58, cité par
J. Dedieu, op. cit., p. 578).
jNIais, précisément, depuis l'époque de la Charte,
comme depuis les débuts de l'Église, le temps a mar-
ché; des nécessités nouvelles se sont levées; la multipli-
cation des abbayes a réclamé des rouages nouveaux
dans le gouvernement, et puisque le chapitre général,
suprême autorité de l'ordre, ne tenait plus ses sessions
qu'à des intervalles parfois considérables, il fallait con-
solider de plus en plus l'autorité légitime détenue par
l'abbé général. Or les adversaires travaillaient à sa des-
truction. A leur insu, ils agissaient donc dans la ligne
des révolutionnaires de 93.
.\rch. départ, de la Côte-d'Or, 11 H 11 : débats au sujet
de la juridiction entre C. et les quatre premiers Pères (1675-
!H»3
99 A
1771). - Arch. départ, du Nord : Il 6 : oonllil entre
l'abbé de Cîteaux et les définiteiirs, 1766, et arrêt rendu en
1770. — Arcli. nat.. Paris, ms. 1501 (L, 747. 2") : • Idée
sommaire de l'ordre de C. considéré dans son principe, ses
accroissements, sa décadence et les moyens de le rétablir »
(xviii' s.); ms. 1502 : petit abrégé d'im mémoire concer-
nant le régime de l'ordre de C. (xviii' s.); ms. 1304 : obser-
vations sur l'ancienne et la nouvelle rédaction de la règle de
l'ordre de C. (xviii"' s.). — Di.ion, bibl. munie, ms. 1591
(357 V, fol- 94 : précis du régime contre les quatre premiers
Pères (xvii« s.). — Port-du-Salut (Mayenne), abbaye cis-
tercienne, ms. S : contient une thèse en laveur des pouvoirs
de l'abbé de C. (1738). — Troyes, bibl. munie, ms. 349 :
dom Aubertot, prieur de l'Isle-en-Harrois, Traité de l'auto-
rité du chapitre général (xvir s.).
[.J. A. Macusson], Traité hist. du chapitre général de l'ordre
de C. par lequel on jait imir quelle est son autorité..., s. 1., 1737;
ouvrage condamné par le chap. gén. de 1738, n. .328. — L.
Meschet, Privilèges de l'ordre de C..., Paris, 1713; cite dans la
II" partie, p. 27.'>-3.).5, des lettres patentes des rois de France
et plusieurs « arrests du Conseil d'État du roy ». — [Mon-
tanbonl. Éclaircissements des privilèges de l'ordre de C...,
Liège, 1714; ouvrage condamné par le chap. gén. de 1738,
n. 178. — De nombreux imprimés sont mentionnés dans le
Catalogue de l'hist. de France, v, .")06; dans le Catalogue de la
bibl. de Troi/es, par Socard, Troyes, 1889, it, .Jurisprudence,
p. 328; dans Heaunier-Besse, op. cit., Introd., Paris, 1906,
p. 160. — Les statuts des chapitres généraux sont aussi
témoins des conflits intérieurs; voir notamment les chapi-
tres des années 1667, 1672, 1683. — Les correspondances
échangées à l'occasion des visites canoniques constituent
une source intéressante et peu exploitée encore. Citons : au.x
Arch. de l'Aube, fonds Clain>au.v, 3 H 174-243; aux Arch.
du Nord, 27 H 7 : visites des abbayes cisterciennes par les
abbés de Loos (1501-1776); 27 H 15, 16 : visites... par les
abbés de Vaucelles (15.5.3-1780). La bibl. de Mons (Belgique)
conserve, dans le ms. 438 (ancien 107-184), les Epistola-
rum centuriae X-XVI de l'alibé de Cambron, .\. Le Waittc
(1662-77).
Nous n'avons à signaler la Commission des réguliers,
créée en juill. 1766, que pour marquer les ménagements
exceptionnels dont fut l'objet l'ordre de Cîteaux. Au-
cune maison ne fut supprimée. Le président de la Com-
mission, Loménie de Brienne, a noté lui-même que
• cette affaire de Cîteaux sera une des plus difficiles que
la Commission ait à traiter, ...en raison de l'impor-
tance de l'ordre (répandu dans toutes les régions d'Eu-
rope), de l'étendue des objets et de leur liaison avec
des principes de politique ». Craignant aussi de voir les
abbés des pays étrangers renoncer à leur soumission et
à leur présence au chapitre de Cîteaux, on voulait mé-
nager leurs susceptibilités (cf. S. Lemaire, La Commis-
sion des réguliers (1766-1780), Paris, 1926, p. 147).
Dans les enquêtes réalisées par la Commission, on
peut lire le chiffre de population des abbayes cister-
ciennes françaises aux environs de l'année 1768. On
comptait dans le royaume 228 monastères d'hommes,
occupés par 1851 sujets. La moyenne est bien faible :
8 religieux pour une abbaye. En réalité, la répartition
était fort inégale. En 1790, Clairvaux comptait 20 p'ro-
fès et Cîteaux une quarantaine. Malgré cette situation
appauvrie, la fièvre des constructions nouvelles avait
pénétré dans les cloîtres depuis le début du siècle.
• C'était dans toute la France le même mouvement
irrésistible, qui renouvelait, modernisait les antiques
institutions; S. -Denis, Prémontre, Longpont faisaient
peau neuve et se rhabillaient au goût du jour » (L. Gil-
let. Abbaye de Chaalis, p. xx); de même pour Chaalis,
1736; Foigny, 1736; Grâce-Dieu, 1760; Bonnecombe,
1732; Fontenelles, 1735; Fontmorigny, 1722-38;
Preuilly, 1736; Relec, 1774; Vieuville, 1772; Coetma-
loen, 1782; Cherlieu, 1773; Royaumont, 1787; Bou-
lancourt, 1721; Cercamp, 1787; Flines, 1755. La re-
construction de Clairvaux était terminée vers 1760,
mais celle de Cîteaux fut arrêtée par la Révolution :
seule la huitième partie du plan dressé par l'archi-
tecte Lenoir était achevée. Le cataclysme était là,
tout proche; mais personne ne le voyait, chacun vivait
dans une confiance irrélléchie.
5° La Révolution française. — Elle eut un caractère
tout à la fois politique et antireligieux. Comme à
toutes les époques troublées, il y eut des martyrs et
des suppressions d'établissements ecclésiastiques. Les
transformations prirent une marche progressive. Les
biens d'Église sont d'abord mis à la disposition de la
Nation en nov. 1789. Trois mois après, la Constituante
proclame la suppression des vœux monastiques. Inven-
taires et enquêtes commencent. Quelques moines, fa-
tigués du froc, trouvent l'occasion propice pour se dé-
clarer libres. Les autres — la grande majorité — sont
fidèles à leurs engagements sacrés, et plusieurs jus-
qu'au martyre. « Les trappistes émurent l'enquêteur;
il lui parut qu'ils aimaient leur état du fond du cœur; il
envia leur tranquillité, leur quiétude; le plus silencieux
des ordres d'hommes fut ce jour-là le plus éloquent »
(G. Goyati, Hist. relig. de la nation franç., Paris, 1922,
p. 502).
L'exode des trappistes à la Val-Sainte, puis leurs
incroyables jiérégrinations en Allemagne, en Russie, en
Angleterre, furent un sauve-qui-peut, pour emporter
intacte leur vie religieuse. En France, la Révolution
balaya toutes les abbayes : les unes disparurent dans
les flammes après le pillage, les autres furent vendues
à l'encan. Clairvaux devint en 1808 une maison cen-
trale de force et de correction. Cîteaux, mis en vente et
adjugé le 4 mai 1791, passa par différentes mains et at-
tendit jusqu'en 1898 le retour des moines.
Parmi les martyrs de la Révolution, on remarque
d'abord les deux moniales de Ste-Catherine d'Avignon,
exécutées à Orange en juill. 1794, deux sœurs de la
noble famille de Justamont, Marguerite-Éléonore et
Madeleine- Françoise, qui portaient en religion les noms
de Sœur Marie de S. -Henri et de Sœur du S. -Cœur de
Marie. Elles furent béatifiées par Pie XI le 10 mai 1925
(cf. Acta apost. Sedis, xvii, 234). Nombreuses furent les
communautés qui eurent leurs martyrs : Sept-Fons, la
Trappe, Freistorf, Barbery, Vaucelles, Brayelle, et
même Casamari, non loin de Rome.
P. de La Gorce, Hist. relig. de la Révolution franç., Paris,
1917-23, â vol.; au t. i, p. 31 : chifïre de la population mo-
nast. — .J. Leflon, La crise révolutionuaire, dans Hiche-
Martin, xx, Paris, 1949. — A. Sicard, L'ancien clergé de
France. Les évéques avant la Révolution, 5« éd., Paris, 1912;
Le clergé de France pendant la Révolution, Paris, 1927, 3 vol.;
L'éducation morale et civique avant et pendant la Révolution,
2' éd., Paris, 1913.
VI. LES XlXf ET XXe SIÈCLES. — Le xix" s. ré-
servait encore aux ordres religieux quelques persécu-
tions, non plus sanglantes, mais « légales », c.-à-d. faites
à coups de lois. Une série de suppressions d'établisse-
ments religieux fut décrétée en Suisse dans les années
1803-76. Disparurent alors successivement les moniales
cisterciennes d'Olsberg (1805), les moines de Wettin-
gen (1841), ceux de Hauterive et de S.-Urban (1848),
les moniales de Rathausen, de Felbach et de Tânikon
(1848), celles de Gnadental (1871).
En Allemagne, la sécularisation des abbayes marche
de pair avec l'avance des armées révolutionnaires fran-
çaises. A dater de 1803, on voit tomber successivement
Bildhausen, Bredelar, Bronnbach, Burlo, Eberbach,
Ebrach, Fiirstenfeld, Fiirstenzell, Gotteszell, Greven-
broich, Hardehausen, Heisterbach, Langheim, Marien-
feld, Marienstatt, Raitenhaslach, Reifenstein, Salem,
Schôntal, Walderbach, Waldsassen, et autres, sans
parler des nombreuses abbayes de moniales (K. Kast-
ner, Die grosse Sàkiilarisation in Deutschland, Pader-
born. 1926).
En Italie, Joseph Bonaparte, créé roi de Naples par
son frère, supprima les maisons religieuses dès 1807.
Devenu roi d'Espagne (1808-13), il abolit les ordres re-
nier. n'mST. F.T UV. OKOGB. F.CCI.KS.
H. — .XII. - 32 —
<»9r.
ligieux et s'empara de leurs biens (180il). Les quelques
établissements qui survécurent furent supprimés en
1835 (L. Seco, Los benedidinns esparwles en el s. X.Y,
Burgos, 1931). Au Portugal, les lois persécutrices de
1834 supprimèrent les maisons religieuses et confis-
quèrent leurs biens. En Autriche, il ne restait plus que
bien peu d'abbayes depuis que Joseph II les avait sup-
primées en grand nombre. En principe, ces lois ne
furent pas abrogées. De l'ancien vicariat de Bohême-
Moravie, il ne restait que Hohenfurt et Ossegg.
Après ce tour d'horizon, on se demande : que restait-
il au xixi^ s. du nombre si considérable de monastères
qu'avait compté l'ordre de Cîteaux, au xiii<= s. surtout?
Par bonheur, tous n'avaient pas absolument disparu,
et les survivants sentaient monter en eux une sève nou-
velle. Fauchés d'une part, ils renaissaient ailleurs ; écra-
sés par une persécution, ils se redressaient après l'orage.
Dès 1817, Rome voit renaître les deux abbayes de
Ste-Croix et de S.-Bernard-aux-Thermes. Même avant
cette date, on constatait en France une étonnante mul-
tiplication de monastères. En effet, quand Napoléon
fut devenu maître de la France, il se montra bienveil-
lant pour les trappistes, (".eux-ci en profitèrent et mul-
tiplièrent leurs fondations. Dans les environs de Paris,
il y eut la maison de Sénart, celles de Valenton et de
Gros-Bois sur la commune d'Hières. L'antique ermi-
tage du Mont-Valérien fut rendu à sa destination pre-
mière. L'hospice du Mont-Genèvre s'ouvrit pour les
pèlerins passant de France en Italie par Briançon et
Suse. Ces fondations et plusieurs autres n'eurent tou-
tefois qu'une durée éphémère, car le sourire de l'em-
pereur se changea bientôt en un décret d'expulsion
(28 juin. 1811). Mais, avec la campagne de Russie,
l'étoile de Napoléon commence à pâlir. En 1814, l'em-
pereur déchu est à l'île d'Elbe; les émigrés rentrent
chez eux. La Trappe de Mortagne (Orne) est réoccupée
en 1815 et aura dans la suite une filiation de 6 monas-
tères, dont 3 au Canada et 1 à Rome. Westmalle est
réoccupé en 1814 et aura une filiation de 10 monastères
d'hommes, dont 3 en Hollande et 1 en Grande-Breta-
gne. Melleraye est réoccupé en 1815-16 et aura une
filiation de 15 monastères d'hommes, dont 4 en Ir-
lande, 7 aux États-Unis, 1 au Japon, 1 en Angleterre,
1 en Écosse. Aiguebelle est réoccupé en 1816 et aura
une filiation de 17 monastères, dont 2 en Afrique, 1 en
Syrie, 6 en Espagne, 1 au Canada, 1 en Yougoslavie.
Port-du-Salut est fondé en 1816 par des moines venus
de Darfeld. L'abbaye du Gard avait été reprise en 1816,
mais la communauté l'abandonna pour aller réoccuper
Sept-Fons en 1845. Cette abbaye aura une filiation de
10 monastères d'hommes, dont 1 en Afrique, 2 en
Chine et 1 en Palestine. Le Mont-des-Olives est fondé
en 1825 et aura une filiation de 4 monastères d'hommes,
dont 2 en Allemagne, 1 en Autriche, 1 en Yougoslavie.
Tous ces monastères s'appelleront Trappes, du nom
de leur maison mère, appelée désormais la Grande-
Trappe. Toute cette descendance provient bien effec-
tivement du groupe des 24 moines sortis de la Trappe
en 1791 à la suite de dom Augustin de Lestrange. Il
fallait l'audace et l'initiative de cet homme pour opé-
rer le sauvetage tel qu'il l'a réalisé. Ajoutons cependant
que les rigueurs insolites qu'il imposa aux siens (cf.
Règlements de la Val-Sainle, Fribourg, 1795) et l'omni-
potence qu'il prétendit exercer sur tous les établisse-
ments de la congrégation faillirent plus d'une fois lui
être fatales.
Pendant que les trappistes se multipliaient en France
et à l'étranger, d'autres congrégations cisterciennes se
reconstituaient. Les moines de S.-Bernard-sur-l'Es-
caut, n'ayant pu récupérer leur antique monastère,
s'étaient établis à Bornem en 1835; en 1844, ils réoc-
cupaient Val-Dieu, au dioc. de Liège. Ces deux abbayes
constituèrent un vicariat ou congrégation approuvée
en 1846. Plus considérable fut la congrégation d'Au-
triche-Hongrie, approuvée en 1859. Elle comprenait
les abbayes de Rein, de Heiligenkreuz, de Zwettl ou
Clairvaux d'Autriche, de Wilhering, d'Ossegg, de Zircz,
de Lilienfeld. de Mogila, de Szczyrzyc, de Hohenfurt,
de Stams, de Schlierbach. En 1891 , les deux abbayes de
Mehrerau et de Marienstatt constituèrent le vicariat de
Suisse-Allemagne. En 1864, une congrégation cister-
cienne nouvelle vit le jour; elle se qualifiait de moyenne
observance. Elle fut approuvée de nouveau en 1892 et
comptait les abbayes de Sénanque, de Fontfroide, de
Hautecombe, de Lérins, de Pont-Colbert.
Les papes Pie VII et Léon XII avaient eu jadis le
désir d'unifier quelques-unes, au moins, des congréga-
tions bénédictines. Le projet ne put aboutir. Dans le
même sens, Léon XIII manifesta la volonté d'unir en
un ordre distinct tous les monastères issus de la Trappe,
qui, jusqu'alors, dépendaient de l'abbé président de
l'ordre de Cîteaux. Pratiquement, cette dépendance se
réduisait à la demande de confirmation des élections
abbatiales. Le chapitre général des trappistes, convo-
qué par décret pontifical, se réunit à Rome le l"^' oct.
1892. Il comptait 53 membres, dont 33 abbés. Les Pères
capitulants réalisèrent l'union voulue par le S. -Siège,
en prenant pour base la Règle de S. Benoît, la Charte de
charité et les Us de Cîteaux. Ils eurent à élire un supé-
rieur général; ce fut dom Sébastien Wyart, abbé de
Sept-Fons, qui devint abbé de Cîteaux après la restau-
ration de l'antique abbaye mère. Désormais, comme
jadis, l'abbé de Cîteaux est, par là même, général de
l'ordre cistercien de la stricte observance (rescrit de
Léon XIII, 3 juin. 1899). Enfin la Constitution Non
mediocri, du 30 juill. 1902, consacre à nouveau l'œuvre
accomplie; le Souverain pontife déclare une fois de plus
que les trappistes sont vraiment cisterciens et jouis-
sent de tous les privilèges accordés par le S. -Siège à
l'ordre de Cîteaux.
En 1894, le prieur de Hautecombe, dom Gaillemin,
fit éditer à Lérins un Status generalis abbatiarum, prio-
ratuum, monasteriorum in quibus militant filii aut filiae
S. Rernardi, ordinis cisterciensis. La récapitulation se
présente comme suit :
Monastères d'hommes. — Commune observance : 19
monastères, avec 759 religieux. — Moyenne obser-
vance : 5 monastères, avec 149 religieux. — Casamari :
3 monastères, avec 45 religieux. — Stricte observance
ou trappistes : 56 monastères, avec 3200 religieux.
Monastères de moniales. — Commune observance :
95 monastères, avec 2413 religieuses. — Moyenne ob-
servance : 1 monastère, avec 36 religieuses. — Stricte
observance (trappistines et autres) : 32 monastères,
avec 1301 religieuses.
Depuis la statistique de 1894, la famille cistercienne
s'est développée. La Commune observance, divisée en
dix congrégations sous la présidence d'un abbé géné-
ral! compte actuellement 72 établissements avec 1500
religieux et novices. Une cinquantaine de monastères
de moniales compte 1600 religieuses et novices; elles
sont plus particulièrement sous la juridiction des évê-
ques.
La Stricte observance (trappistes), gouvernée par
l'abbé de Cîteaux, est représentée par 64 monastères
d'hommes avec 4800 religieux et 26 monastères de
femmes avec 1800 religieuses. Dans cette supputation,
il n'est pas tenu compte des postulants et novices, dont
le nombre est trop facilement variable. Actuellement,
par ex., plusieurs abbayes d'Amérique possèdent des
noviciats comportant 50, 80 et même 130 sujets. Aussi
les fondations cisterciennes se multiplient-elles en ce
pays.
La vie monastique, comme par le passé, se déroule
dans l'effacement, la prière et le travail : Ora et labora.
Si certains monastères se sont installés au cœur des
iti>7 CITKAl'X (ORD
pays de mission, on y travaille à l'évangélisation sur-
tout par l'exemple d'une vie austère soutenue par
l'oraison, selon la formule dictée par le Christ : In ora-
lione et jejunio. Lors de la révolution espagnole, quinze
religieux de l'abbaye de Via Caeli ont subi le martyre,
en déc. 1936. La récente guerre mondiale a compté
aussi de nombreuses victimes du même genre, dont le
dénombrement sera possible un jour.
J.-M. Canivez.
3. CITE AUX (Monastère de religieuses), Cis-
tercium. Maison située à Bologne, qu'on demande au
chapitre général d'incorporer à l'ordre cistercien, en
1266. L'examen des conditions où elle se trouve est
confiée aux abbés de Fontevivo (dioc. de Parme) et
de Strata (dioc. de Bologne). Le chapitre général réitère
cette délégation en 1267 et exige qu'on modifie le nom
donné au monastère.
Slatula cap. gen. ord. cislerc, éd. Louvain, iir, 1933,
ann. 1266 : 56; 1267 : 32.
J.-M. Canivez.
CITHARIZUM (Kieapijôv, Kieapijcôv, KiSpi-
jcôv), évèché de la province d'Arménie IIP, dépen-
dant de Camachus. Cette petite ville, située aux mar-
ches orientales de l'empire romain, joua un certain rôle
dans la défense de la frontière contre les Perses. Jus-
tinien en fit une puissante forteresse (Procope, De
aedif., m, 3). C'est aujourd'hui le village de Keteriz,
dont le nom n'est qu'une déformation du vocable an-
tique.
On ne lui connaît qu'un seul évêque, Marcien (Le
Quien dit Marien), qui prit part au concile in Trullo
(691-92) (Mansi, xi, 1005).
Le titre a été conféré à plusieurs reprises dans l'Église
romaine : Jacques ?-t 1430. — Julien Antoni, O. P.,
17 juin 1439. — Narcisse-Zéphyrin Lorrain, 1882. —
Athanase-Marie-Vicent Soler y Royo, O. F. M. Cap.,
22 déc. 1906-t 21 nov. 1930, vie. apost. de Goajira. —
Augustin Roy, M. E. P., 4 déc. 1930-t 22 déc. 1937, an-
cien évêque de Coimbatore. — Pierre Massa, M. E. M.,
29 mars 1938-11 avr. 1946, vie. apost. de Nanyang.
Le Quien, i, 453-54. — Smith, Dicl. of Greek aiul Roman
Geography, i, 628. — Weissbach, dans Pauly-Wissowa, xi',
530. — Ann. pont., 1916, p. 392. — MEyàAri ÈXAr|viKri êyKu-
KAoTTaiScia, xiv, 368.
R. Janin.
CITIDIOPOLIS, soi-disant évêché de Cili-
cie IF. Dans la liste des signataires du concile in Trullo,
on lit le nom de Sisinnius, évêque de Citidiopolis, à la
suite de ceux de cette province et juste avant ceux
d'Isaurie (Mansi, xi, 997 D). Le Quien (ii, 905-06) a vu
dans cette ville celle que Ptolémée appelle Cetidion.
En réalité, c'est une faute de copiste pour Claudiopolis,
ville d'Isaurie, qui manque précisément dans la liste
des évêques de cette province au même concile. C'est
pourquoi la Consistoriale a justement écarté Citidiopo-
lis de son catalogue. On ne trouve le nom, du reste,
dans aucune liste épiscopale du patriarcat d'Antioche
dont elle aurait fait partie.
R. Janin.
CITIUM (KItiov), évêché, puis métropole de l'île
de Chypre, dépendant de Constantia. Cette ville fut
probablement fondée par les Mycéniens, car on y a dé-
couvert des antiquités de leur civilisation remontant
au xiv s. av. J.-C. Les Phéniciens y établirent une co-
lonie vers l'an 1000. Son nom primitif, Kéti (Kittim
pour les Hébreux), servit à désigner l'île tout entière et
même les pays du monde grec. Elle eut des rois indi-
gènes, soumis aux Assyriens, puis aux Perses. Le der-
nier, Pumithon (361-312), perdit son trône pour avoir
fait alliance avec Antigone contre Ptolémée. Celui-ci
annexa toute l'île de Chypre à l'Égypte. Une partie de
la ville moderne de Larnaca occupe le site de l'an-
cienne Citium.
HK) - CITHI S !t98
Il esl vraisemblable que l'évêché de Citium fut créé
de bonne heure, mais on ne saurait préciser la date de
sa fondation. L'ne tradition prétend que Lazare, le res-
suscité de Béthanie, fut son premier évêque. Il ne
semble pas qu'elle soit antérieure au v^ s., puisque
S. Épiphane n'en parle pas quand il traite de ses des-
tinées.
Ce Lazare a peut-être existé, mais seulement au ii«
ou iiif s., et on l'aura volontairement identifié avec le
frère de Marthe et de Marie pour rehausser le prestige
de l'évêché. On ne connaît que trois évêques de Citium
pendant la période impériale : Mnémius prit part au
concile de Constantinople en 381 (Mansi, m, 570 A). —
Tychon fut un des Pères du VF concile œcuménique
(680) (Mansi, xi, 585 B, 645 D, 673 B). — Théodore as-
sista au second concile de Nicée (787) (ibid., xii, 995 C,
1099 E; xiii, 388 B). — Pendant la domination franque
sur l'île (1 191-1571), l'évêché grec fut supprimé. — Ri-
caut parle de l'évêque de Citium (1678), dont il ne
donne pas le nom (État présent de l'Église grecque,
p. 103). — Cosmas occupa le siège avant le 1«' déc. 1695
(Sathas, Bibliotheca graeca Medii Aeui, m, 520). —
Macaire, 1773 (A. Papadopoulos-Kerameus, 'lepoao-
XutjriTiKiî pigAioeriKT), iv, 364). — Mélétius l", 1852
(Rhalli-Potli,20vTayno( twv îepcov kco'Ôvcov, v, 528). —
Cyrille, 7-1909. — Mélétius II Métaxakis, 1910-18. ~
Nicodème Milonas, 1918, exilé par le gouvernement an-
glais en oct. 1931, pour sa participation à une tentative
d'insurrection.
L'éparchie ou diocèse comprend les districts de Lar-
naca, Limassol, Kilanion et Episcopi. La résidence du
métropolite est à Larnaca. Il porte aussi le titre de
« président d'Amathonte, de la nouvelle ville de Lémé-
sos (Limassol) et de Curium ». Il y a une centaine de
villages, avec 174 i)rêtres, et deux monastères, ceux de
S. -Georges et de Stavrovounion, qui n'ont plus que
deux ou trois moines.
Le Quien, ii, 1055-58. — Smith, Dict. of Greek and Ro-
man geography, i, 628-29. — Bûrchner, dans Pauly-Wis-
sowa, XI 535-45. — MeyàAri éAXriviK^i ÈyKUKAoTraiSeia,
XIV, 468.
R. Janin.
CITRUS (KÎTpoç, KÎTpov), évêché de la Macé-
doine F«, dépendant de Thessalonique, puis métropole.
La bourgade de ce nom est bâtie près des ruines de
l'ancienne Pydna, en Piérie, non loin de la côte, au
sud-ouest du golfe de Thessalonique. Son nom rempla-
çait déjà celui de Pydna au i'"' s. Strabon écrit en effet :
r\ TTÔÀiç nû5va, f\ vvv Kîrpov KaAeÏTai. Il semble qu'elle
fut pourvue d'un évêché à une époque assez tardive.
En tout cas, le premier titulaire connu n'apparaît que
dans le dernier quart du ix" s. Cet évêché s'est main-
tenu jusqu'à nos jours, malgré son peu d'importance.
Le patriarcat de Constantinople l'a même promu au
rang de métropole et a donné à son évêque le double
titre d' « hypertimos et d'exarque de la Piérie » (7 oct.
1924) ('OpôoSoÇia, i, 128). La loi grecque sur la sup-
pression de certains sièges épiscopaux l'atteignit en
1933, à la mort de son titulaire, mais il fut rétabli l'an-
née suivante. L'éparchie ou diocèse compte 60 pa-
roisses, 70 prêtres séculiers et 3 monastères, avec 16
moines. La résidence du métropolite est à Ékatérini.
Les évêques connus de Citrus ne sont pas très nom-
breux : Germain assista au concile de 879 qui réhabi-
lita Photius (Mansi, xvii-xviii, 377 A). — Un anonyme
fut le correspondant de Théophylacte de Bulgarie
(Theophi/ladi epistulae, P. G., cxxvi, 324-25). — Jean
donna une réponse à une consultation de Constantin
Cabasilas, métropolite de Dyrrachium (Rhalli-Potli,
ZûvTaypaTcôv Upcôv Kavôvcov, v, 403-10). — Néophyte,
1486 (L. Heuzey, La Macédoine, Paris, 1874, p. 468). —
Damascène assista en 1565 à la déposition du pa-
triarche .Joasaph II (M. Crusius, Turcograecia, 174; Hij-
!»!)!)
CITHUR C ITTA DKIJ. A IM F, \ l'.
1 000
~aiitinische Zeilschr., vu, 1898, p. 71-7Ô). — Zosime \".
correspondant de Théodose Zygomalas {Tiircnpraecia.
338). — Lucien, janv. 1589 ('EAXriviKÔç OiÀoXoyiKÔç
ZûXAoyos, XXVII, suppl., 367). — Zosime II, sept. 1607
(ibid., XXVII, suppl., 382). — Jérémie I", signalé
comme ancien évêque eu 1613 (M. Gédéon, TTorpiap-
XiKal Éq)r)tJÊpi56S, 1937, p. 175). — Jérémie II, nov. 1617
(A. Papadopoulos-Kérameus, 'lEpoo-oAuiiiTiKTi pigXio-
6r)Kr|, IV, 8, 10, 20, 21). — Maxime, auteur d'une antho-
logie grecque éditée par Arcudius (Le Quien, ii, 82 B).
— Jean, ? (A. Papadopoulos-Kérameus, op. cit., m,
60; IV, 64, 358). — Joachim, 1671 (ibid., in, 29). —
Athanase, déjà entre 1700 et 1715 (M. Gédéon, op. cit.,
1938, p. 519; Rei>. de l'Orient latin, i, 1893, p. 315). —
Cyprien, 1821 (AsAtIov ttîs ÈôviKfjs ÊTaipeîas, vi, 13). —
Meletius l", démissionne en nov. 1846 ('EKKÂriCTiaCTTiKfi
'AAiîeeia, ii, 363, n. 2). — Grégoire, 9 nov. 1846-56
(ibid., 363, n. 2). — Meletius II, 15 oct. 1856; déposé
en mars 1876 (ibid., 529, n. 3; 634). — Philarète (B. Cal-
liphron, 'EKKÀriaïaaTiKÔv SeAtiôv, 243). — Joachim,
1882 ("EkkA. 'AA., II, 635). — Nicolas, 1893-16 août
1896 (ibid., xvi, 226). — Parthenius Papaioannou,
août 1896; démissionne en févr. 1904 (ibid., xvi, 226;
XXIV, 89). — Parthenius Bardacas, févr. 1904-
t 26 janv. 19.33 ('OpOoSo^îa, viii, 35-36). — Constan-
tin Coïdaicès, mars 1934 (ibid., ix, 36).
L'Église romaine a conféré assez souvent le titre de
Citrus : Guillaume, 1385-1405, sufTragant à Pader-
born. — Jean de Kolberg, O. P., 19 févr. 1406-t 1428,
suffragant à Mayence. — Hermann de Gherdon, O. P.,
26 mars 1432-35, suffragant à Paderborn et à Mayence.
— Bertrand, 1465, suffragant à Aire. — Jean de Ber-
neyo, 1467, suffragant à Angers. — André de Arnstad,
O. P., 16 juin 1479. — Pierre, 9 févr. 1488, suffragant à
Bordeaux. — Mathelin de Leonnais, 1455-90. — Henri
Daradon, O. Carm., 3 mars 1490-t 1496, suffragant à
Vannes. — Pierre de Guynio, O. Carm., 23 janv. 1497-
?, suffragant à Vannes. — François Rayneri, O. F. M.,
22 déc. 1514-?, suffragant à Bordeaux. — Jean Letexe-
rot, O. P., 14 mars 1519, suffragant au Mans. — Mar-
tin de Gaczah, 8 août 1544-?, suffragant à Gross-War-
dein. — Annibal Mazochi, 24 mars 1538-t 1553, suf-
fragant à Parme. — Barthélémy Gisselin, 28 avr. 1553-
t 1564, suffragant à Mantoue. — François Facini,
6 oct. 1564-?, suffragant à Mantoue. — Jean-Baptiste
Valeri ou Valier, 17 nov. 1574-96, coadjuteur à Bel-
lune. — Abraham Sladkowski, 1622, suffragant à
Chelm. — Nicolas Romanow-Swirski, 1644-t avr. 1676,
suffragant à Chelm. — Pie-Eugène Neveu, Assompt.,
11 mars 1926-t 17 oct. 1946, admin. apost. à Moscou.
Le Quien, ii, 79-82; m, 1095-96. — McyàXTi éXXriviKf)
êyKUKÀoiraiSEla, xiv, 472. — Ann. pont., 1916, p. 392.
R. Janin.
CITTA, ou Civitale, San Severo, dioc. de la prov.
de Foggia (Italie mérid.), province eccl. de Bénévent.
Après la conquête de l'Apulie par les Normands, le pape
Étienne IX, en délimitant les pouvoirs métropolitains
de Bénévent (1058), nomme Civitate parmi les évêchés
qui lui sont subordonnés. De 1439 à 1470, C. fut uni
au dioc. de Lucera et avec lui, en 1581, fut transféré à
San Severo, auquel, encore à la fin du xvi'^ s., fut joint
le siège de Dragonaria. — En 1920, le diocèse comptait
70 000 catholiques, 9 paroisses, 90 prêtres.
Liste des évêques. — Amelgerius, Rogerius, 1062,
1075. — Landulphe, 1092. — Jean, 1144. — Robert,
1 180. — N..., 1255. — Donadeus, 1255. — Pierre, 1303,
1304. — Jean, 1310. — Hugues, 1318, 1324. — Jean
(?), 1335. — Christian, transf. à Frigento, 1347. —
Matthieu, O. M., év. d'Orgathe (Perse), 1348. — Mat-
thieu, 1360. — -Jacques Joannis, O. P., 1372. — Benoît,
nommé par Urbain VI. — Pierre Joannis Bapt., 1388,
transf. à Larino. — Jean, O. P., év. de Dagne, 1411. —
Jacques de Minutulis, administr., t 1412. — Jacques
' Caraczulus, administr., 1125. - lïtienne. — .Jean, év.
de Guardial fiera, 1473. - Antoine, 1477. — Nicolas,
1480. — Gudiel de Cervatos, 1495. — Jacques de Noie,
O. P., 1500. - Pancrace Rotondi, 1504. — Robert de
Theobaldeschis, 1505. — Gaspard-Ant. de Monte, 1517.
— Luc Gauricus, 1545. — Gérald Rambald, 1550. —
François Alciatus, 1561. — Martin Martini, S. J., év.
de Lésina, 1581. — Germanicus Malesplna, 1583-
t 1604. — Octave Vipera, 1604-t 1608. — Fabricius
Veralli, 1608-t 1624. — Vincent Caputo, transf. à An-
driano, 1625. — François Venturi, rés. 1629, f 1641. —
Dominique Ferro, 1629-t 1635. — François-Ant. Sac-
chetti, 1635, transf. àTroja. — Léonard Severoli, 1650-
t 1654. — Jean-Bapt. Monti, 1655-t peu après. —
Franç. Densa, 1657-t 1670. — Horace Fortunati, 1670,
transf. à Nardo, 1678. — Charles-Félix de Matha, 1678-
t 1701. — Charles-Franç. Giocoli, 1703, transf. à Ca-
])accio, 1717. — Déodat Summantico, O. S. A., 1717-
t 1735. — Barthélémy MoUo, 1739-t vers 1761. — -
Ange-Ant. Pallante, 1766-1767. — Eug.-Benoît Sca-
ramuccia, 1767-t 1775. — Jos.-Antoine Farao, 1775-
94. — Jean-Gaétan del Muscio, 1797, transf. à Siponto,
1804. — Jean-Camille Rossi, 1818, rés. 1826, f 1837. —
Bernard Rossi, 1826-t 1829. ~ Jules de Tommasi,
1829-t 1843. — Rocho de Gregorio, 1843. — Antoine
La Scala, év. de Gallipoli. 1858-t 1889. — Bernard
Gaétan d'Aragona, O. S. B., d'abord coadj., suce, en
1889. Bonaventure Gargiulo, O. M. Cap., 1895-
t 1905. — Emmanuel Merra, év. de Cortone, 1905-
t 1911. — Gaétan Pizzi, év. de Lacedonia, 1912-t 1921.
I — Oronce-Lucien Durante, 1922-t 1941. - François
Orlando, 1942.
Ann. pont. — Cappellelti, xix, ;}21-.'56. — Eubel, i, 189;
II, 129; III, 183; iv, 313. — Gains, 923. — A. Grôner, Die
Diôzesen Italiens, 1904, p. 43-45. — H. W. Klewitz, dans
Quellen iind Forscli. ans ital. Archiuen und Bibliotli., xiii,
19.32-33, p. 13, 47. — L. T. K., ii, 974; ix, 507-08.
l'Slielll, viii, 270, 274.
I R. W'VN DOREN.
I CITTA DELLA PIEVE, Castrum P/e&(s, ville
j de la prov. de Pérouse (Italie). Municipe à l'époque ro-
i maine, elle fut àprement disputée pendant les luttes
entre guelfes et gibelins. Elle fut incorporée dans l'État
pontifical sous Martin \'. Saccagée par les troupes de
Charles-Quint, elle appartint ensuite à la légation de
Pérouse. Clément VIII, en 1600, la sépara de l'évêché
de Chiusi et l'érigea en diocèse dépendant immédiate-
ment du Souverain pontife. — Ce diocèse comporte au-
jourd'hui 45 000 catholiques, 33 paroisses, 47 prêtres
séculiers, 6 réguliers.
Liste des évêques. — Ange Angelotti, f 1602. — Fa-
brice Paolucci, 1605-t 1625. — Celse Zani, O. M., 1625,
résigna 1629. — Sébastien Ricci, 1629-t 1638. — Jean-
Bapt. Carcarisio, 1638-t 1643. — Réginald Lucarini,
O. P., 1643-t 1671. — Charles-Franç. Muti, 1672-
t 1710. — Fauste Guidotti, 171 1-t 1731. — Franç. -M.
Alberici, 1732, transf. à Foligno, 1735. — Ascanius Ar-
gelati, 1735-t 1738. — Gaétan Fraccagnani, 1738-
t 1747. — Virgile Giannotti, 1747-t 1751. — Hippol.-
M. Graziadei, 1751-t 1754. — Ange-M. Venizza, 1754-
t 1770. — Thomas Manzini, 1775, rés. 1795, t 1799. —
Franç. -M. Gazzoli, 1795, transf. à Ameha, 1800. —
Phil.-.\nge Becchetti, 1800-t 1814. — Bonav. Carenzi,
O. M., év. de Backow, 1814-t 1817. — Pierre-Camille
de Caroli, 1818 (f 1818). — Jules Manu, 1818-t 1837.
— Jos.-M. Severa. 1837, transf. à Terni, 1853. Emi-
dius Foschini, 1853-t 1888. — Paolo Gregori, 1889-
t 1895. — Jean Tacci PorceUi, 1895, archev. tit. de
Nicée, 1904. — Dominique Fanucchi, 1907-t 1910. —
Joseph Angelucci, 1910.
Ann. pont. — Cappelletti, v, 247-76. — Enc. cattol., m,
1 751 . — Enc. ital.. x, 496-97. — (înms, 684. — Ughelli, i, 1316.
R. Van Doren.
I 0(1 I
Ç.\'\TA Dl CASTELLC) - CITTANUOVA
1002
CITTA Dl CASTELLO, Tifernum (Tiberia-
cum ou Tiberinum, pour le distinguer de Tifernum
Metaurense, auj. S. Aiigelo in \'ado), évêché sur le
Tibre (Italie), en dépendance immédiate du S. -Siège.
A l'époque romaine, T. était municipe. l,e christia-
nisme s'y introduisit assez vite, sans qu'on puisse prou-
ver que ce fut sous l'influence de S. Crescentianus, saint
local, qui y est fêté le l'^'' juin, mais est identique au
martyr romain du 8 août (Mari. Rom., 218-19). Ra-
vagé par les Goths au vi"' s., T. fut restauré par l'évêque
S. Floridus, dont parle S. Grégoire {Diul., m, 13; P.
L., Lxxvii, 241). Occupé ensuite par les Lombards, il
fut api)elé Ciuitus Felicitatis, et enfin Citta di Castello.
Ses habitants, dans la lutte entre le sacerdoce et l'em-
pire, restèrent fidèles au pape. De même, après les con-
flits entre guelfes et gibelins, C. di G. resta définitive-
ment acquise à la souveraineté pontificale. Le terri-
toire était jadis assez étendu, mais, en 1325, Jean XXII
en sépara deux paroisses qu'il attribua au dioc. de Cor-
tone; Léon X, en 1515, lui enleva le monastère de
Borgo San Sepolcro, érigé en diocèse (Z). H. G. E., ix,
1246), et enfin, en 1(536, L'rbain VIII attribua une
autre paroisse au diocèse nouvellement créé d'Urbania.
La cathédrale de S. -Laurent, du xi<= s., garde encore
des parties anciennes. Restaurée en 1540, elle reçut
comme seconds titulaires S. Floridus et S. Amantius.
On y conserve la tête de S. Crescentianus; les autres
reliques de ce saint avaient été données, ou enlevées
de force, en 1068, pour l'église d'Urbino. Pascal II, au
XII* s., avait remplacé le chapitre de cette cathédrale
par une communauté de chanoines réguliers de S.-Fré-
dien de Lucques, qui fut sécularisée au xvi« s. Les reve-
nus du diocèse ne furent jamais élevés. Aujourd'hui, il
compte 64 000 catholiques, 156 paroisses, 112 prêtres
séculiers et 10 réguliers.
Parmi les monastères anciens établis sur le territoire,
outre Borgo San Sepolcro, citons S. -Jacques de Cas-
tello, ou de Scatorbia (aug. S. Chiara délie Muratte). Il
fut fondé en 1 142 par Godolus de Furore et sa femme
Sophie, appartint ensuite au monastère de Ste-Marie
de Oselle, O. Vallumbr., et, après l'expulsion des moi-
nes au xiv<^ s., fut donné en commende. Rappelons en-
core S. -Jean de Marzana, abbaye bénédictine assez im-
portante, qui, placée en commende, tomba en déca-
dence, et, au XN"» s., à cause des guerres, fut aban-
donnée par les moines.
Liste des évêques. — Eubodius, 465. — Marius, ?-499
(sans doute év. de Tifernum Melunrense). — Innocent,
501, 502. — S. Floridus, 593. — Luminosus, 649. — S.
Albert, mart., 711. — Théodore, 715. — Tacipert, 752.
— Boniface, 761. — Léon, 769. — StabiUs, 826. — Ro-
deric, 853, 861. — Rainald, 873 (?). — Marin, 877. —
Pierre (?), 900. — Ingizus, 968, 998. — Pierre, 1012,
1036. — N..., 1044. — Pierre, 1048. — Hermann, 1050,
1059. — Fulcon, 1068-t 1100. — Rodolphe, 1100-
t 1105. — Jean, 1106-t 1124. — Régnier, 1124-t 1129.
— Guidon, H29-t 1137. — Davizzo, 1137, 1145. —
Ubald, 1150, 1151. — Tedelmann, 1152. — Pierre,
1153-t 1178. - (Corjjellus, intrus, 1159). — Régnier,
1178, 1204. — Roland, 1205. — Jean, 1206-t 1226. —
Cortensonus, 1227, 1228. — Matthieu Suppolini, 1229-
t 1234. — Azzo, 1234, 1251. — Pierre Rubeus, 1252. —
Nicolas, O. Prém., 1265-t 1279. — Jacques Cavalcante,
1280-t 1301. — Hugolin Gualterotti, 1301. — Hugolin
délia Branca, 1320. — Pierre Richard, 1347. — Bx Bu-
cius Johanetti, jésuate, 1358-t 1374. — Nicolas de Mar-
ciari, év. de Fermo, 1374, transf. à Orvieto. — Hector
de Ursinis, 1379-t 1387. — Bandellus de Bandellis,
1387, transf. à Rimini. — Jean del Pozzo, 1407. —
Bernard Bartolomei, 1409. — Sirobald de Ubaldis,
1424. - Radulphe. O. Er. S. A., 1441. — Jean Gian-
deroni, O. Er. S. A., 1460, transf. à Massa .Maritima. —
Barthélémy de Marascha, 1474. — J.-B. Lagni, 1478,
transf. à Rossano. — Nicolas Hippolyti, archev. de
Rossano, nommé aussi archev. de Césarée, 1493, transf.
à Ariano. — Ventura de Bufîalinis, 1498, transf. à
Terni. — Jules de Vitellis, 1499, démiss, de son siège. —
Ant. de Monte (Ciocchi), 1503, transf. à Manfredonia.
— Achille de Grassis, 1506, transf. à Bologne. — Bal-
thasar de Grassis, 1515. — Card. Marin Grimani, 1534.
— Alexandre-Etienne Philodorus, O. P., 1539. — Vi-
tellosius de Vitellis, 1554. — Constant Bonellus, 1560-
t 1572. — Anthime Marchesani, 1572-t 1581. — Louis
Bentivoglio, év. de Policastro,t 1602. — Valérien Muti,
év. de Bitetto, nonce à Naples, 1602-t 1610. — Luc
Semproni, 1610-t 1616. — Evangelista Tornioli, O.
Oliv., 1616-t 1630. — César Baccagna, 1632-t 1646. —
Franç. Boccapaduli, 1647, rés. 1672. — Jos. de S. M.
Sebastiani, O. Carm, év. de Bisignano, 1672-t 1689. —
Jos. Musotti, 1690, rés. 1692. — Luc Ant. Eustachi,
1693-t 1715. — Alex. Codebo, 1716-t 1733. — Oct.
Gasparini, 1734-t 1749. — J.-B. Lattanzi, 1750, rés.
1782. — Pierre Boscarini, 1782-t 1801. — Paul Bar-
toli, év. d'Acquapendente, 1801-t 1809. — P'ranç.-Ant.
Mondelli. év. de Terracine, 1814-t 1825. — Jean Muzi,
1825-t 1849. — Letterio Turchi, év. de Norcia, 1850-
t 1863. — Paul Micalefî, 1863, transf. à Pise, 1871. —
Jos. Moreschi, 1871-t 1887. — Dominique Fegatelli,
1888, 1891. — Dario Mattei Gentili, 1891, 1895. —
Aristide Golfleri, év. de Fabriano et Matelica, 1895-
t 1909. — Sanchini, élu 1909, mais n'accepta pas le
siège. — Charles Liviero, 1910-t 1932. — Maurice-
Franç. Crotti, O. F. M. Cap., 1933-t 1934. — Philippe
Cipriani, 1934.
.4/1/1. ]>oiU. — Cappelletti, iv, 581. — fine, catlol., m,
17.">2. — Enc. ital., x, 497-498; xxxiii, 832. — liubel, i,
190; II, 130; m, 184; iv. 152. ~ Gams, 683. — Kehr, It.
pont., IV, 98. — Lanzoni, 482-483. — G. Magherini-Gra-
ziani, Sioria di C, 1890. — G. Muzi, Memorie stor., eccles.
e civili di C, 1842-44. — G. Schwartz, Die Besetzimg der
liistiimer Iteiclisittdiens, 279. — Ughelli, i, 1316.
R. Van Doken.
CITTA DUCALE, petite ville delà province de
Rieti (Naples), fondée au début du xive s., en souvenir
de Robert, duc de Calabre, fils de Charles II d'Anjou.
Son histoire est marquée de nombreux conflits avec
Rieti et de luttes intestines. Elle fut érigée en siège
épiscopal par Alexandre VI, en 1502, mais perdit son
titre en 1505, sur les instances du cardinal Colonna;
à la mort de celui-ci, en 1508, Jules II rétablit le siège
épiscopal. En 1818, après vingt-deux ans de vacance,
C. D. fut supprimée comme évêché et son territoire fut
uni à celui d'Aquila.
Liste des évêques. — Mathieu de Mignano de Ursinis,
1502, transf. à Calvi. — Card. Jean Colonna, admi-
nistr., 1505. — Jacques Alpharidius de Leonissa, 1508.
— Félix de Maximis, son neveu, 1525. — Pompilius Pi-
rotus, 1573, transf. à Guardialfiera. — Valentin de Va-
lentinis, 1580. — Jean-Franç. Zagordus, 1593, transf. à
Belcastro. — Jean-Georges de Padilla, O. P., 1598-
t 1609. ~ Pierre-Paul Quintavalle, 1609-t 1627. —
Nicolas Benigni, 1627-t 1632. — Pomponius Vetulus,
1632-t 1652. — Saluste Cherubini, 1652-t 1658. —
Charles Valentini, 1658-t 1681. — Franç. Giangiro-
lami, 1682-t 1685. — Philippe Tani, O. S. B., 1686, rés.
1710, t 1712.— Pierre-Jacques Pichi, 1713-t 1733. —
Franç. Rivera, 1733, transf. à Siponto, 1742. — Ange-
M. Marculi, O. S. A., 1742, transf. à Bitetto, 1745. —
Nicolas-M. Calcagnini, 1745, 1786.
Cappelletti, xxi, 424-27. — D. H. G. E., ui, 1106. — Enc.
ital., X, 503-04. — Eubel, in-iv. — Gams, 876. — Ughelli,
I. 604-07.
R. Van Doren.
1 . CITTANUOVA, Aemona, ancien diocèse sur
la côte occidentale d'Istrie (Italie), à 15 km. de Pa-
renzo. Aemona d'Istrie est souvent confondue avec
1003
CITTAMJO VA
CIIDAI) REAL
1004
Aemona Savina (Ljubljana, Laibach),en Carniole. On a
cru, mais sans preuve, que les évêques de Ljubljana,
après la destruction de cette ville, se seraient réfugiés
à Cittanuova d'Istrie et l'auraient appelée Aemona;
rien non plus ne démontre qu'Aemona d'Istrie, dé-
truite par les Slaves ou les Hongrois, aurait été rem-
placée par Civitas Nova. On ne sait rien de précis con-
cernant les premiers évêques. Maxime d'Aemona, pré-
sent au synode d'Aquilée de 381, appartient sans doute
à Lj ubljana; de même Florus et Germain. Par contre, il
est certain que Patricius (579) est évêque d'Aemona
d'Istrie; de même Maurice, mentionné sur une inscrip-
tion et dans une lettre d'Adrien L"' à Charlemagne.
Otton III, en 996, parle du dioc. de Civitas Nova
d'Istrie, dans une lettre à Jean, patriarche d'Aquilée,
qu'il invite à consacrer l'évêque. Les évêques, qui eux-
mêmes s'intitulaient habituellement d'Aemona, reçu-
rent souvent le titre de Civitas Nova; d'où provint la
confusion avec ceux de Cittanova d'Héraclée (D. H. G.
E., IV, 1058).
Poppon, patriarche d'Aquilée, unit à ce diocèse mo-
deste la villa de S. Lorenzo in Daila : dès ce moment les
évêques se firent encore appeler comtes de S. -Laurent.
Néanmoins, C. resta pauvre. Aussi Innocent III, en
1206, autorisa-t-il le patriarche Wolcher à l'unir au
siège de Capodistria; mais cette union ne fut pas réa-
lisée. En 1434, C. fut agrégée à Parenzo par Eugène IV,
mais en fut séparée dès 1448 et fut donnée en com-
mende à Dominique, patriarche de Grado. En 1451,
elle passa à la mense patriarcale de Venise, dont elle
fut disjointe en 1465. Enfin, en 1831, Léon XII sup-
prima le diocèse, qui fut uni à Trieste.
Liste des évêques. — Patricius, 579. — Maurice. —
Jean, 961, 991. — Azzon, 1015, 1031. — Jean, 1037. —
Candien, 1072. — Nicolas (?). — Alexandre, 1086 (?),
1118 (?). — André, 1119 (appartient à Cittaimova
Aemona, et non à Cittanova Heracliana). — Léonard,
1212, 1224. — Cantien, 1228. — Gérard, 1230. — Bo-
naccursus, 1243, 1260. — Nicolas, 1269. — Égide,
1279. — Simon, 1284. — Gérold de Tessenberg, 1308.
— Cantien, 1318. — Natalis deBonafide, 1331. — Jean
Morosoni, O. Er. S. A., 1347. — Guillaume Conti, O.
P.,év. de Cisopolis (Sizebolu), 1359. — Jean Grandis de
Padoue, O. Er. S. A., 1363. — Marin de Venise, 1366.
— ■ Nicolas d'Agrigente, O. M., 1376. — Ambroise de
Parme, archev. d'Oristano, 1377, transf. à Concordia,
1382. — Paul de Montefeltre, O. Er. S. A., 1382. —
Léonard, patr. d'Alexandrie, administr., 1401. — Tho-
mas Paruta, O. P., 1409, transf. à Pola. — Jacques de
Montina, O. M., 1409. — Ant. Corario, év. de Porto,
administr., 1420. — Daniel Gario, 1421, transf. à Pa-
renzo. — Philippe Paruta, O. Er. S. A., 1426. — Fran-
çois, 1467. — Marc- Ant. Foscareni, 1495. — Ant. Mar-
cel, archev. de Patras, 1521-t 1526. — Card. François
Pisani, administr., 1526, résigna 1535. — Vincent de
Benedictis, 1535. — Alexandre de Ursis, 1536, résigna
1539. — Card. François Pisani, administr., 1559, rés.
1561. — Mathieu Priolus, patr. de Venise, 5 sept. 1561,
transf. à Vicence. — Gard. François Pisani, 2« fois ad-
ministr., 1565-t 1570. — Jérôme Vielmi, O. P., év.
d'Argos, t 1592. — Antoine Saracenus, 1582-t 1607. —
François .Manino, 1607-t 1619. — Eusèbe Caimo, 1620-
t 1640. — Jacques-Phil. Tomasini, 1641-t 1655. —
Georges Darminio, 1655. — Jacques Bruti, 1671-tl679.
— Nicolas Gabrieli, 1684, rés. 1717, t 1718. — Daniel
Sansoni, 1718-t 1725. — Victor Mozzocca, O. P., 1725-
t 1732. — Gaspar de Negri, 1732, transL à Parenzo,
1742. — Marins Bozzatini, 1742-t 1754. — Étienne
Leoni, 1754-t 1776. — Jean-Domin. Stratico, 1776,
transf. à Lésina, 1784. — Antoine Lucovich, 1784. —
Théodore Balbi, 1795-t 1831.
CappelletU, viii, 74ô. • — Eue. cattol., m, 1753. — Eue.
liai., X, 504-05. — Eubel, i, 73; ii, 81; m, 108; iv, 70. —
Gams, 77U. — Kehr, //. pont., vu, ii, 226. — G. Schwartz,
Die Besetxuuy der Bi.stumer Reichsilnliens, 36. — Ughelli,
V, 226.
R. Van Doren.
2. CITTANUOVA, Oderzo, Heracliana, ancien
diocèse de la province de Trévise (Italie). La ville
d'Oderzo (Opitergium), dans le golfe de Venise, re-
monte à l'époque romaine. D'après une tradition,
l'Évangile y fut prêché par S. Prosdocimus, qui y édifia
une église dédiée à S. Jean-Baptiste. La légende ajoute
que l'évêque Epodius, dès 421, y aurait aussi consacré
S. -Jacques de Rivoalto. Mais le premier évêque attesté
de façon certaine est Marcien (579). Il eut comme suc-
cesseurs SS. Florien et Titien, appelés protecteurs
d'Opitergium (632). Peu après, la ville fut saccagée par
le roi lombard Rothaire, et l'évêque S. Magnus, avec
l'agrément du pape Séverin, transféra le siège à Hera-
cliana. D'après la légende, il aurait fondé huit églises à
Venise, dont il devint l'un des patrons. Opitergium, re-
construite, fut à nouveau détruite par le roi Grimoald.
Cependant son titre épiscopal fut maintenu jusqu'au
XIV siècle.
Heracliana, sise également dans le golfe de Venise,
avait été édifiée en l'honneur de l'empereur Heraclius,
après la destruction d'Oderzo. Elle était place forte et
siège d'un commandant militaire. Jusqu'au milieu du
vine s., elle fut chef-lieu du territoire vénitien. Mais,
à cause des guerres intestines, les doges l'abandon-
nèrent pour s'établir à l'île de Malamocco (Melamau-
cus). Ils détruisirent Heracliana, qui fut pourtant réta-
blie sous le nom de Civitas Nova, sans qu'elle retrou-
vât jamais sa première splendeur. Les évêques portè-
rent le titre de la nouvelle ville, ce qui plus tard amena
chez plusieurs auteurs la confusion avec ceux de Civi-
tas Nova d'Istrie ou Aemona (D. H. G. E., iv, 1058).
Cet évêché, très misérable, fut supprimé définitive-
ment par Eugène IV en 1440.
Liste des évêques. — Jean, 877. — Ursus, 919 (?). —
Pierre, 960. — Pierre, 1071. — Jean, 1106. — Aurius,
1127. — Bonusflhus, 1132. — Guy Marango, 1161. —
Dominique Magnus, 1173. — Clément, 1188.
V.Botteon, Un documento prezio.io riguardo aile oritiini del
vescovado di Ceneda, Conegliano, 1907. — Cappelletti, x,
710-25. — H. Cessi, Venezia ducale, i. Le origini, Padoue,
1928. — Enc. catlol., ni, 1753. — Enc. ital., xiv, 174. —
Eubel, I, 191. — Gams, 784. — Kehr. II. pont., vu, n, 77-78.
— Ughelli, X, 151-67.
R. Van Doren.
CITTINUS, martyr scillitain. Voir Scilli.
ClUDAD REAL, Cluniensis, évêché espagnol.
I. Histoire. — L'identification de Ciudad Real avec
le Sisapum Cretanorum des Romains n'est qu'une sup-
position sans fondement solide. Son histoire ne com-
mence que vers la fin du xii« s. ; elle se trouve alors
mêlée à une légende dont les détails sont sûrement gra-
tuits, mais dont le noyau a, peut-être, une certaine his-
toricité. En 1088, l'image de N.-D. de los torneos ou de
los reyes aurait été transportée de Tolède en Andalou-
sie pour servir de protection aux armées chrétiennes
d'Alphonse VI; elle serait arrivée ainsi à Pozuelo Seco
— la future Ciudad Real; le jour du départ des troupes,
elle serait restée à Pozuelo, soit parce que la monture
aurait refusé de continuer son chemin (première ver-
sion), soit parce qu'elle aurait été oubliée par l'aumô-
nier chargé de la porter au roi Alphonse (seconde ver-
sion). A partir de cette date, elle s'appela N.-D. del
Prado. Quoi qu'il en soit de cette légende, il est certain
que l'histoire ecclésiastique de Ciudad Real a toujours
été en relation avec celle de l'ermitage, de la paroisse et
de la cathédrale de N.-D. del Prado.
Il est très probable qu'à la suite de la déroute
d'Alarcos (1195), Pozuelo Seco fut détruit; après la vic-
toire de Las Navas (1212), il fut attribué par Al-
I 00.")
C 1 Li D A f
) REAL
1006
phoDse à un gentilhomme, Don Gil, d'où, à partir
de cette date, son appellation de Pozuelo de Don Gil.
Le 20 févr. 1255, le roi Alphonse X, par document
signé à Burgos, érigea Pozuelo de Don Gil en capitale
de la région d'Alarcos. En vue de hâter la restauration
de la région, il concéda toutes sortes de facilités à ceux
qui voudraient y habiter. En 1262, il visita Pozuelo,
détermina l'emplacement de la ville future qui devrait
s'appeler Villa Real et multiplia ses privilèges {Chron.
(t'Alph. X, c. xi). Le fait d'être érigée en ville sui jurix,
alors qu'elle se trouvait sur le territoire appartenant à
l'ordre de Calatrava, lui valut dans la suite de nom-
breux conflits, souvent sanglants, avec les ordres mili-
taires ; les Rois Catholiques y mirent un ternie en reven-
diquant pour eux le gouvernement de ces ordres. Le
roi Jean II, obligé par la loyauté de Villa Real, l'éleva
en 1420 à la dignité de cité, d'où son nom actuel de
Ciudad Real; il confirma et augmenta en outre ses pri-
vilèges (Chron. de Jean II, c. xliii).
Les Juifs avaient formé un des principaux éléments
de repeuplement de C. Real; mais ils s'attirèrent bien-
tôt la haine de la population chrétienne par leurs exac-
tions; ils durent y subir, à la fin du xiv« s., de san-
glantes répressions, et encore au xv« s. ils y furent per-
sécutés en même temps que les conversas. En 1483, le
grand inquisiteur, Thomas de Torquemada, fixa à C.
Real le S. -Office, mais deux années plus tard celui-ci
fut transféré à Tolède. Le 30 oct. 1494, les Rois Catho-
liques créèrent à C. Real la deuxième chancellerie du
royaume, qui fut à son tour transférée à Grenade en
1505. C. Real perdit alors sa haute position. En 1814,
elle devint capitale de la province de son nom.
II. Diocèse. — Dans la région de C. Real, existait
à l'époque wisigothique l'évèché d'Oretum, dont l'évê-
que signa les actes de plusieurs conciles tenus à To-
lède; Oretum s'appelait aussi Oreta Granatula. Aux
environs de l'actuelle Granatula de Calatrava (prov.
et dioc. de C. Real), près du sanctuaire de N.-D. de
Azuqueca. existent encore les ruines d'une ancienne
ville, Oreta Granatula sans doute. Mais aucun lien de
continuité n'existe entre le dioc. d'Oretum et celui de
C. Rodrigo (v. Orf.to).
.\vant le concordat de 1851, le territoire actuel de
C. Real appartenait respectivement au dioc. de Tolède
(119 localités), à la juridiction exempte d'Uclés (4 loc.)
et au dioc. de Cordoue (2 loc); seulement, des 119 lo-
calités rattachées à Tolède, il n'y en avait que 30 qui
lui appartenaient exclusivement; 59 dépendaient de
l'ordre de Calatrava, 23 de celui de S. -Jacques et 7 de
celui de S. -Jean, pour tout ce qui regardait la provi-
sion des paroisses et leur gouvernement spirituel; ce
dernier était exercé par des vicaires résidant à C. Real,
Infantes et Alcâzar de San Juan, respectivement pour
chacun de ces ordres, qui occupaient les territoires dits
Champs de Calatrava, Montiel et S.-Jean.
Le concordat de 1851 (art. 5) stipule l'érection d'un
diocèse suffragant à C. Real; en outre, pour obvier aux
graves inconvénients résultant pour l'administration
ecclésiastique de l'existence des territoires susdits rat-
tachés aux ordres de S. -Jacques, Calatrava, Alcântara
et Montesa, il fixa (art. 9), dans la nouvelle démarca-
tion ecclésiastique, un certain nombre de villes, for-
mant le coto redondo, où le grand maître — le roi —
exercerait la juridiction ecclésiastique. Ce territoire
s'appellerait <■ Prieuré des ordres militaires » et le prieur
serait investi du caractère épiscopal. Mais le décret
du gouvernement de la République, daté du 9 mars
1873, supprimant les ordres militaires, empêcha l'exé-
cution de cet article du concordat. A son tour, le pape
Pie IX (bulle Quo gravius, 14 juill. 1873) supprima la
juridiction exempte des ordres militaires et annexa
leurs territoires aux diocèses limitrophes. Avec la res-
tauration de la monarchie, les ordres militaires furent
rétablis et Pie IX (bulle Ad apostolicam, 18 nov. 1875)
restaura le Prieuré des ordres militaires et lui assigna
tout le territoire de la province civile de C. Real; il
rexemjjta de toute juridiction ordinaire, déclara son
territoire vere et proprie nultius dioecesis, et le plaça
immédiatement sous la dépendance du Siège aposto-
lique. Le roi, grand maître, et ses successeurs auraient
le droit de désigner le prieur et de le présenter au pape
en vue de lui faire conférer la dignité épiscopale sous le
titre d'évêque titulaire de Dora, perpétuellement an-
nexé au Prieuré. L'évêque-prieur aurait dans son dio-
cèse les mêmes facultés d'ordre et de juridiction que les
évêques ordinaires; des stipulations analogues inter-
vinrent en ce qui concerne la dotation du clergé. Il fut
en outre prévu que le vicaire général devrait être gratus
au grand maître et que, sede vacante, il assumerait, ipso
iiire, les fonctions de vicaire capitulaire. Le clergé capi-
tulaire se composerait de 4 dignités, 4 canonicats de
officia et 8 canonicats de qratia; les bénéfices seraient
au nombre de 12. La provision des dignités, canonicats
et bénéfices, etiam curati, appartenait exclusivement
au grand maître; cependant, un concours préalable
était prévu pour la collation des canonicats de officio et
des paroisses ; mais, dans ce dernier cas, l'évêque-prieur
aurait le droit de présenter la terna. La curie priorale
pourrait juger des causes ecclésiastiques, comme les
autres curies: comme seconde instance, elle recourrait
au tribunal des ordres militaires; toutefois elle aurait le
droit de faire appel au tribunal de la Rote. Les évêques-
prieurs, immédiatement avant ou après la prise de pos-
session, devraient s'enrôler dans l'un des ordres mili-
taires et tous les membres du chapitre pourraient por-
ter la croix d'un des ordres sur leurs habits de chœur et
sur leurs vêtements ordinaires aussi longtemps qu'ils
appartiendraient au dioc. de C. Real. Cette bulle fut
exécutée par le cardinal Moreno, archevêque de Tolède.
Liste des évêques-prieurs. — 1. Victoriano Guisasola
Rodriguez, 1876-82; évêquc de Téruel, élu premier év.-
prieur le 29 sept. 1876. Le 26 mai 1877, il érigea son
chapitre. Nommé év. d'Orihuela en 1882 et en 1886
archev. de Compostelle; t 1888. — 2. Antonio M. Cas-
cajares y Azara, 1882-84; élu second év. -prieur en mai
ou juin 1882, év. de Calahorra en déc. 1883, archev. de
Valladofid en 1891, card. en 1895 et ensuite archev. de
Saragosse. — 3. José M. Rancés y Villanueva, 1886-98;
préconisé év.-prieur le 7 juin 1886, prit possession le
16 nov. Il fonda le collège S.-Joseph, commença la
construction de l'asile, autorisa l'installation à C. Real
des Fils du Sacré-Cœur de Marie, inaugura le sémi-
naire le 1" oct. 1887, célébra un synode diocésain (29-
31 mai 1892) où furent promulguées les constitutions
diocésaines. Transf. à Cadix en nov. 1898. — 4. Casi-
miro Pifïera y Naredo, 1898-1904; désigné év. tit.
d'Anchiale et administr. apost. de Barbastro le 24 mai
1896, fut nommé év.-prieur le 28 nov. 1898 et prit pos-
session le 19 mars 1899. II favorisa l'établissement des
Pères de la Compagnie, des Servantes de Marie et d'au-
tres communautés et restaura l'église cathédrale; t à
C. Real le 28 août 1904. — 5. Remigio Gandâsegui y
Garrochâtegui, 1905-14 ; préconisé év.-prieur le 27 mars
1905 et consacré à Saragosse le 16 juill., prit possession
en août et fit son entrée à C. Real le 3 sept. Il créa des
œuvres sociales. Le 26 mars 1914, il fut élu év. de Sé-
govie et en mai 1920 archev. de Valladolid, où il mou-
rut le 16 mai 1937. — 6. Javier Irastorza y Loinaz,
1914-22; év.-prieur le 11 juill. 1914 et consacré à San
Sebastien le 22 nov., prit possession le 7 janv. 1915 et
fit son entrée le 31 jany. Comme son prédécesseur, il se
préoccupa surtout des questions sociales, créa VInstit.
popiilar de la Concepciôn et fonda des cours de socio-
logie au séminaire; transf. à Orihuela le 27 juin 1922.
— 7. Narciso Estenaga y Echevarria, 1922-t 1936;
préconisé le 14 déc. 1922 et consacré à Madrid le
10(17
Cil IJAI) J^EAL
C 1 U L) .\ I ) HO I ) H I ( ; ( )
I (108
22 juill. 1923, prit possession le 9 août et fit son entrée
le 12 août. Il organisa l'Action catholique dans son dio-
cèse. Le 8 août 1936, il fut arrêté par les révolution-
naires et exécuté le 22. — 8. Emeterio Echevarria Bar-
rena, 1942; préconisé le 29 déc. 1942 et consacré le
28 mars 1943.
III. La ville. — C. Real possède actuellement envi-
ron quinze églises, dont trois paroissiales : Santa Maria
dcl Prado (cathédrale), de style gothique décadent;
l'abside est du xv^ s., les voûtes du xvi''; la tour, de
1551, a été restaurée en 1835; les chapelles datent de
1580, la sacristie (aujourd'hui chapelle du Sacré-(^œur)
de 1643; la partie principale remonte au xiii<^ s., style
mi-roman, mi-gothique ; l'église, à une seule nef, est une
des plus vastes d'Espagne (50 m. x 17 m.); le maître-
autel et le chœur sont placés dans l'abside; le retable
monumental, achevé en 1616, est l'œuvre de Girald de
Merle et Jean Asteu; des 6 chapelles primitives, il n'en
reste que deux. L'ornementation intérieure et exté-
rieure est très simple. N.-D. del Prado est fêtée le
15 août. — S.-Pierre est la plus monumentale de toutes
les églises de C. Real; sa porte principale, à cinq arca-
des, révèle des éléments byzantins; la porte del Sol
(sud) est gothique, celle de VUmbria (nord), de type
arabe; la partie la plus remarquable de l'église est la
chapelle de l'abbé Ferdinand de Coca, curé de S.-
Pierre et chanoine de Sigûenza; elle abrite un retable
du xvF s. et le tombeau en albâtre de l'abbé. L'église
a trois nefs; la vue de la nef centrale a été détériorée
par un retable de l'année 1863, placé au centre. Elle
possède une assez intéressante collection de tableaux,
de sculptures, d'ornements et d'autres objets d'art, et
surtout de belles stalles (xvf s.). — S.-.Jacques est la
plus ancienne église de la ville, mais elle a été fort mal
restaurée au xvi« s. Son clocher, probablement la pri-
mitive tour de Pozuelo de Don Gil, conserve encore
quelques vestiges anciens. Elle a trois nefs et trois
absides, et possède aussi quelques objets d'art.
Autres églises et couvents : outre le carmel (religieu-
ses), les dominicaines, les franciscaines, les servantes
de Marie, les sœurs des pauvres et les sd'urs de la Cha-
rité (hôpital) y possèdent un couvent. De même les
Pères de la Compagnie et les fils du Cœur de Marie
(clarétins). Enfin mentionnons les églises de S.-Jean-
de-Dieu, S. -Joseph, la Merced et las Remédias.
L. Delgado Merchan, Hist. dociimentada de C. Real, Ciii-
dad Real, 1907. — A. Salido y Estrada, (Jompendio de la
hist. de C. Real y de su patrona la Virgen del Prado, G. Real,
1866. — S. Almenara, Compendio de la hist. <le C. Real. — D.
de Jesrts Maria, Hist. de la imagen sacratlsima de N. S. del
Prado de ta ciadad de C. Real, Madrid, 1650. — .1. Jora, Ilist.
de N. S. del Prado, C. Real, 1880. — Ramirez de Arellano,
.il derredor de la Virgen del Prado, patrona de C. Real, C.
Real, 1914. — .1. Balcâzar y Saljariegos, La Virgen del Prado
a traves de la historia, C. Real, 1940. — Z. G. V'illada, Hist.
eccles. de Espana, ii, I», Madrid, 1932, p. 21.3. — M. Torres-
R. Prieto, Jnst. econôm., social, y polil.-administr. de la
peninsula Hispànica durante los s. r, 17 y 17/, dans R.Me-
néndez Pidal, Hist. de Espana, m, Espana visig., Madrid,
1940, p. 278. — C. Sânchez Albornoz, Fuentes para el
estudio de las divisiones ecles. visigodas, dans Bol. univ. de
Santiago de Compostela, 1930 (29-83), 69. ^ V. La Fuente,
Hist. eccles. de Espana, vi, Madrid, 1875, ap. 17, p. 387;
ap. 22, p. 414. — .\. E. Molina, El concordato de 185 J, Ma-
drid, 1882, p. 14 sq. — A. Ponz, Viage de Espana, xvi,
Madrid, 1791, p. 36 sq. — F. Fita, La inquisiciôn de C. Real
en 1483-85. Doc. inéd., dans Bol. R. Ac. hist., xx, 1892,,
p. 466-81. — R. Santa Maria, La inquisiciôn de C. Heal.
Proceso original dcl difunto Juan Gonzalez Escogido (S ag.
1484-15 niarzo 1485), ihid., xxil, 1893, p. 189-204. — .1. M.
Quadrado-V. La Fuente, Espaàa... Castilla la Nueva, m,
Barcelone, 1886. — Ramirez de AreUano, C. Real artistica,
Ciudad Real, 1893. — V. Lampérez, llislor. de la argaitect.,
II, Madrid, 1909, p. 258. — Enc. l'spasu. -t/i. Subi-
rana. — Ann. pont.
F. PÉREZ.
CIUDAD RODRIGO. I. Histoire. II. Dio-
cèse. III. Monastères, couvents et églises.
I. Histoire. — 1° Des origines ù la restauration
(xu^ s.). — Ciudad Rodrigo a reçu, à travers les siè-
cles, plusieurs noms : Mirobriga Vettonum, Mirobriga
Lyssitana ou Lusitana, .\uguslobriga, Augustobrica,
Civitas Augusla, Civitas Augusti, Urbs imperaioris,
Civiias Aldea de Pedro Rodrigo, Civitas Ruderici, Cib-
dat Rodrigo, A lsibd(d et Ciudad Rodrigo. Siège épisco-
pal (Civitutensis), situé à l'extrémité S.-O. de la prov.
de Salamanquc, à 22 km. de la frontière séparant l'Es-
pagne du Portugal, sur la rive droite de l'Agueda.
Son nom — de même (jue tous ceux composés de
briga ou brica — est d'origine celte. Il y eut plusieurs
Mirobrigas; les anciens géographes en citent au moins
cinq : M. Celticorum (S.-O. du Portugal, près de l'océan
Atlantique), M. Carpetanorum (Capilla, près de Melel-
limun, Medellin), Mirobriga ou mieux Augustobriga
Pelendonum (dans le convenlus de Clunia), M. Turdu-
lorurn et M. Vettonum.
C. Rodrigo garde encore des vestiges d'une culture
mégalithique et de l'âge du Bronze. A l'époque cel-
tique, Mirobriga appartenait à la tribu des Cempsi ou
Kempsi, et durant la période des Ibères à celle des Vet-
toni, d'où son nom de M. Vettonum qu'elle conserva
jusqu'au temps d'Auguste. Sous les dominations car-
thaginoise et romaine, la région des Vettoni devint
fréquemment le centre des mouvements d'indépen-
dance. Dans la division juridique et administrative
des Romains, M. appartenait à la province de l'His-
pania Ulterior Lusitana, ou simplement de la Lusita-
nia, et au convenlus d'Emerita. Le ius latii, accordé par
Vespasien à l'Espagne, éleva M. au rang de municipe,
si toutefois elle ne l'était pas déjà dès le temps d'Au-
guste, comme semblent l'indiquer les trois colonnes
monumentales érigées à M., probablement en souvenir
de la fixation des limites de Mirobriga, Bletisa (Le-
desma) et Salmantica (Salamanque). De cette époque
datent ses noms d' Augustobrica, Civitas .\ugusta et
Civitas imperialis ou imperaioris, etc.
Civitas Augusta a dû soulîrir — peut-être même fut-
elle détruite — lors des multiples guerres des v^-vi' s. :
invasion de la Lusitania par les Alains (409); expulsion
des Alains par le Wisigoth Valia, envoyé par l'empe-
reur (416); guerres des Wisigoths Théodoric (456), Eu-
ric (468) et Léovigilde (576, 585) contre les Suèves.
Pendant toute la période wisigothique, Civitas Augusta
est remplacée par Caliabria (v. D. H. G. E., xi, 391-92).
A part la problématique et invraisemblable fonda-
tion d'un évêché à Augustobriga à l'époque romaine,
nous ne connaissons que deux témoignages, bien fai-
bles eux aussi, de l'établissement du christianisme à C.
Rodrigo dès cette période : une tradition — générale
pour toutes les régions d'Espagne — sur la prédication
de l'Évangile dans les premiers siècles; ensuite ces
mots, que contiennent quelques martyrologes de
France : Agami, in Gallia, sanctae virgines et martyres
Fides et Sabina, domo qenleque Hispana ex urbe Civita-
tense sub Daciano passae...
La tradition parle d'une restauration de C. Rodrigo
par le roi Alphonse I" (739-757); mais elle ne peut
guère être prouvée. Il est vrai cependant que cette ré-
gion fut reconquise à plus d'une reprise par Al-
phonse II (792-842), Ordono (850-866), Alphonse III
(866-910), Ramire II (931-950), Ferdinand I" (1037-
1065), etc. Peut-être la ville n'avait-elle jamais été en-
tièrement détruite.
2° Depuis la restauration jusqu'à nos jours. — Quoi
qu'il en soit, un long silence entoure l'histoire de C. Ro-
drigo jusqu'aux premières années du xii« s., c.-à-d. jus-
qu'au moment de sa reconquête définitive, en 1102,
par le comte Rodrigo Gonzalez Giron (d'où son nom de
Ciudad Rodrigo). La ville occupait une situation favo-
I 00!»
C 1 U D A D
H O ] ) R I G ( )
loin
rable, ce qui excita la méfiance des habitants de Sala-
manque qui, pour empêcher sou accroissement, l'ache-
tèrent en 1136. Cependant son importance ne date que
de la fin de 1160 ou du commencement de 1161. Fer-
dinand II de Léon (1157-1 188) décida alors d'en faire
un point d'appui pour la reconquête; il renonça à la
restauration de l'ancienne Caliabria (v. supra, xi, 392-
93) et résolut de faire de la nouvelle ville un siège é])is-
copal. Une nouvelle fois, les habitants de Salamanque
tentèrent de s'opposer à l'essor de C. Rodrigo. S'alliant
à ceux d'Avila, ils se soulevèrent, mais furent vaincus
par Ferdinand II à Valmuza (juin 1162). Au début de
1163, le roi de Portugal envahit la région. A leur tour
les musulmans assiégèrent C. Rodrigo en sept. 1174,
mais ils ne réussirent pas à la prendre. Elle fut encore
assiégée par les Portugais en 1179, 1188 et 1199. En
1214, elle reçut la visite de S. François d'Assise, lorsque
celui-ci revint du ])èlerinage à C-ompostelle. Elle reçut,
au cours des siècles suivants, de nombreux privilèges.
D'abord, parce que son cvèque, Michel, avait joué un
rôle important dans la reconnaissance de S. Ferdi-
nand III (1217-1252) comme roi de Léon, celui-ci ac-
corda à la ville d'importantes faveurs (Toro, 25 déc.
1230; Burgos, 20 nov. 1232), qui furent complétées par
celles de son fds Alphonse X (1252-1284) (Valladolid,
7 oct. 1254; Grenade, 1265; Jerez, 1268). Lors des
guerres entre Sancho IV de Léon (1284-1295) et son
frère Pierre, seigneur de Ledesma, et ses continuateurs,
C. Rodrigo fut encore assiégée plusieurs fois, mais elle
resta fidèle à la cause de Sanche IV, qui, à son tour, lui
multiplia ses privilèges (4 juin 1286, 5 mai 1287,
12 aoiit 1289). Pendant la minorité de Ferdinand IV
(1295-1312), elle fut attaquée par le roi de Portugal,
Denis, mais sans succès; quelque temps après, la ré-
gion de Sabugal fut annexée au Portugal (48 bourgs).
Ferdinand IV récompensa la fidélité de C. Rodrigo par
deux privilèges (C. Rodrigo, 23 mai 1297; Burgos,
13 mai 1304). Pour récompenser les services rendus par
l'évêque Alonso pendant la minorité d'Alphonse .\I
(1312-1350), la reine mère et régente, M. de iMolina, et
son fils accordèrent à la ville de nouvelles libertés (Val-
ladohd, 1" juin 1314; Monzôn, 1318; C. Rodrigo, 10 et
12 juin 1319 et sept. 1328). Sous les règnes d'Al-
phonse XI, Pierre I" (1350-1369), Henri II (1369-1379)
et Jean l" (1379-1390), les principales familles de la
ville luttent entre elles. Pendant les guerres de Henri II,
Jean I" et Henri III (1390-1406) contre Alphonse IV
de Portugal, le grand maître d'Avis et le duc de Lan-
caster, C. Rodrigo dut subir, entre autres calamités, un
siège (1370) bien plus cruel que ne l'avaient été les
attaques antérieures. Le Becerro, commencé en 1389,
nous donne une idée assez complète de ce qu'était C.
Rodrigo avant ces guerres; sur les ruines accumulées
par celles-ci, Henri II restaura les dommages dont lui-
même avait été la cause. Les règnes de Jean II (1405-
1454) et de Henri IV (1454-1474) inaugurent une pé-
riode de paix; le premier confirma tous les privilèges de
C. Rodrigo en 1442 et le second l'imita à Ai'évalo, le
21 déc. 1454, à Ségovie le 20 nov. 1456, et à Valladolid
le 14 août 1465. En 1472 les Portugais attaquent de
nouveau C. Rodrigo. Les habitants de celle-ci refu-
sèrent au début de reconnaître la souveraineté d'Isa-
belle la Catholique, mais la politique pacifique de la
reine les gagna à son parti. Pendant les soulèvements
des Comunidades, C. Rodrigo se mit du côté des comu-
neros, ce qui lui valut de nombreuses souffrances. Pen-
dant les guerres de succession contre le Portugal (1580-
1581), elle échappa, au contraire, aux dommages. Ce-
pendant elle souffrit encore durant les guerres de Suc-
cession en 1700, et, lors de la guerre de l'Indépendance,
elle écrivit un des chapitres les plus glorieux de son his-
toire (1810-12). Aujourd'hui, C. Rodrigo est devenue
une petite ville presque sans importance.
II. Diocèse. — 1" Hisluirc. — On ne possède au-
cune preuve de l'existence d'un évêché à Mirobriga
Vettonum à l'époque romaine. L'afïirmation d'Albert
Rionge : Civilntenses episcopi inceperunl tempore Roma-
norum; primiis eorum sedit Mugnanimus, anno Do-
mini CCCXIII, ciii succcsserimt Doinicianus, etc., est
dénuée de fondement. C'est donc à tort qu'on parle
d'un transfert de l'évêché de C. Rodrigo à Caliabria,
après une prétendue destruction de Mirobriga par les
Barbares au temps de l'évêque Brenianus. Les origines
du dioc. de C. Rodrigo datent seulement de l'érection,
à l'époque wisigothique, de l'évêché de Caliabria, qui
disparut lors de l'invasion des Maures et dont C. Ro-
drigo hérita le titre au xii<= s. (v. D. H. G. E., xii, 392-
93). Il ne peut donc être question d'une restauration du
siège de C. Rodrigo par le roi Alphonse I*"^; on rejettera
de même la légende de l'évêque de C. Rodrigo, Martin,
assistant à la bataille de Monsagro, au temps d'Or-
dono I '- (850-866).
Du point de vue de l'histoire ecclésiastique, on se
trouve sur un terrain sûr à partir de la restauration
définitive de C. Rodrigo par le roi Ferdinand IL Nous
avons signalé l'opposition que suscita cette restaura-
tion; elle visa surtout le ijrojet d'érection du siège
épiscopal, bien que, en l'occurrence, il ne s'agît que de
restaurer l'ancien évêché de Caliabria. Ferdinand II
n'écouta pas l'opposition et procéda sans tarder à
l'érection du nouveau siège; le 13 févr. 1161, par docu-
ment signé à Salamanque, il le plaça sous la juridic-
tion du métropolitain et du chapitre de Compostelle;
il décréta en outre que tous les clercs du diocèse de C.
Rodrigo devraient soumission à l'évêque, désigné et
approuvé par l'archevêque de Compostelle; ils seraient
exempts de tous les droits royaux et jouiraient des
mêmes privilèges que les clercs de Salamanque. Ce
Fuero eclesiâstico de C. Rodrigo fut confirmé et ampli-
fié par le même roi, le 20 sept. 1168.
Du 17 juin. 1165, date une dotation de l'évêché de C.
Rodrigo. Le premier évêque n'avait probablement pas
encore été élu. Le 20 févr. 1168, la construction de la
cathédrale a commencé. Preuve : à cette date, le roi
assigne une rente annuelle de 100 maravédis à Benoît
Sânchez, architecte et directeur des travaux. Dans la
suite, Ferdinand II et ses successeurs multiplièrent
leurs donations.
Le premier évêque de C. Rodrigo s'appelait Domi-
nique. Le 10 juin. 1168, il signa un privilège : Ego Do-
minicus eleclus Civitatis Roderici conf.; dans la confir-
mation du même privilège, du 31 oct. 1 168, on lit : Do-
miniciis Calabriensis eps. Il avait donc été désigné
pour le siège de C. Rodrigo et consacré au titre de Ca-
liabria. A quelle date a-t-il été sacré? Certainement
avant le 20 sept. 1168, date à laquelle Ferdinand II
donne quelques privilèges à C. Rodrigo et à son évêque
Dominique. A partir de cette date et jusqu'à sa mort,
Dominique signe toujours Ccdabriensis episcopus. Il
mourut entre le 9 juill. 1 172 et le 25 mai 1 175 — après
le 9 juill. 1 172, car à cette date il signe le document par
lequel Ferdinand II fait don au S. -Siège de Castro
Toraf (Zamora); avant le 25 mai 1175 : ce jour le pape
Alexandre III confirma le successeur de Dominique,
Pierre de Ponte, qui semble avoir été élu bien avant
cette date. En efTet, Dominique était probablement
mort en déc. 1173. Nous savons que l'évêque de Sala-
manque, Pierre Suârez de Deza, fut nommé arche-
vêque de Compostelle au printemps 1173; or, la va-
cance du siège de Salamanque coïncida avec celle du
siège de C. Rodrigo-Caliabria. En déc. 1173, en effet,
Ferdinand II confirma l'accord intervenu entre les
chapitres de Salamanque et de C. Rodrigo touchant la
juridiction à exercer sur la région comprise entre le
Yeltes et le Huebra. Le métropolitain de Compostelle,
chargé par Alexandre III de régler ces difficultés, con-
1011
C 1 1: D A D
R (J D R I G 0
lu 12
ttrma à son tour cet accord le 14 janv. 1174 par lettre
adressée à Martin Salmantino decano et à Arnaldo
Ecclesiae Civitatis Roderici priori. Le fait que les deux
chapitres négocient et signent cet accord laisse sup-
poser que les deux sièges étaient alors vacants.
Le successeur de Dominique fut Pierre de Ponte,
chanoine de Compostelle et chancelier de Ferdinand IL
La date précise de son élection est diflicile à fixer. Ce-
pendant on peut dire qu'il a été élu et consacré avant
le 22 août 1174. i)uisque son nom figure sous la dona-
tion, faite ce jour, de Torre Aguilar et Riochico au mo-
nastère de Ste-.Marie d'Aguiar, par Ferdinand II. Dès
le début, il s'intitule Civiiatensis episcopus. Pendant le
printemps 1175, sa signature manque dans les docu-
ments royaux; en ce moment, il se trouvait à Home où
il avait dù se rendre pour obtenir d'Alexandre III
l'approbation de son élection et de son sacre. Le pape,
en effet, avait protesté parce qu'on avait méconnu son
autorité. Il finit cependant par céder et, par sa bulle
litteris du 25 mai 1175, il confirma l'érection perpé-
tuelle du nouveau siège, l'élection de Pierre et toutes
ses possessions (iaffé, xii, 486). Selon Lôpez Ferreiro
(Hisi. comp., IV, 327), Pierre de Ponte assista au
III« concile de Latran (1179), avec son métropolitain,
Pierre Suarez de Deza.
Sur les limites du dioc. de C. Rodrigo, la bulle
d'Alexandre III est peu exiilicite. Nous avons déjà
mentionné l'accord conclu entre les chapitres de C. Ro-
drigo et Salamanque (1173) au sujet de la région de
Yeltes et Huebra. D'autres difiicultés surgirent bientôt
relativement au diocèse voisin, celui de Coria; elles fu-
rent soumises à l'arbitrage des évêques de Salamanque
et Plasencia; le territoire disputé fut divisé en deux
parties à peu près égales, lesquelles furent attribuées
respectivement aux deux diocèses (1191). En 1233, un
accord stipula la frontière du côté de la Sierra de Ja-
lama. Quant à ses limites avec le Portugal, elles s'éten-
daient bien au delà des frontières qui séparent actuel-
lement les deux pays.
Le diocèse de C. Rodrigo resta, ]3ar suite des circons-
tances de sa fondation, sulïragant de Compostelle.
C'est sous ce titre qu'il figure dans une bulle d'Alexan-
dre III adressée à l'Église de Compostelle le 20 mars
1178 (Tumbo B de Compostelle, fol. 234).
Avec la mort de F'erdinand II, C. Rodrigo perdit sou
grand protecteur. Cependant les successeurs de ce roi
continuèrent de protéger C. Rodrigo et d'étendre leurs
libéralités. Nous avons conservé à ce sujet une riche
documentation qui nous permet de suivre dans le
détail l'extension des biens et des faveurs dont jouis-
sait ce siège à partir du xni"= s. Nous ne nous y arrête-
rons pas et renvoyons le lecteur, pour cette partie, au
Becerro de C. Rodrigo.
Jusqu'à l'épiscopat de Leonardo, l'évêque et son
chapitre avaient mené la vie commune. On crut alors
le moment veim de séparer la mense de l'évêque de
celle du chapitre. Celui-ci comportait à cette époque
les dignités de doyen, chantre, écolâtre et trésorier. Le
diocèse comprenait les deux archidiaconés de Sabugal
et Camaces. Le clergé de la cathédrale avait été doté
de nouveaux bénéfices : huit prébendes et six chapel-
lenies.
Sous le règne de F"erdinand IV el Emplazado, le dioc.
de C. Rodrigo subit un démembrement assez impor-
tant : le roi Denis de Portugal vengea sa déroute subie
sous les murs de C. Rodrigo en mettant à feu et à sang
la région du Coa; il annexa celle-ci à sa couronne et en
fortifia les places les plus importantes; cette occupa-
tion fut reconnue de iure par Ferdinand IV. Or, parmi
les bourgs attribués par ce traité au Portugal, figurait
Raigadas, qui appartenait à la cathédrale de C. Ro-
drigo. Les guerres entre F'erdinand II et Denis finirent
par un double mariage et par la concession au Portu-
gal de la région de Sabugal, comprenant un total de
48 paroisses appartenant à C. Rodrigo (1297). Cepen-
dant, en 1311, le territoire du diocèse s'accrut par
l'annexion de l'Abadengo, qui appartenait jusqu'alors
aux Templiers : leurs possessions furent partagées
entre le roi et l'ordre de S. -Jean ou de Malte, et la ju-
ridiction spirituelle en fut accordée à l'évêque de C.
Rodrigo.
Nous avons déjà signalé les conséquences funestes
qu'eurent pour C. Rodrigo son opposition à Henri II,
ainsi que les guerres entre les rois de Castille et de Por-
tugal, au temps de Jean et de Henri III, et de
Jean II et de Henri IV. En 1381, Jean \" reconnut
comme pape légitime (élément VII. Le cardinal Gui de
Bologne, légat du pape, eut pour mission de rétablir la
paix entre Henri II de Castille et F'erdinand de Portu-
gal. Il visita C. Rodrigo en 1373. L'évêque de C. Ro-
drigo, Jérôme l", réussit en 1389 à faire proclamer
une trêve de six ans entre les belligérants. Sous le règne
de Jean Ff, le doyen de C. Rodrigo, Juan Pérez de
Ayala, acquit de la notoriété par son tempérament
guerrier autant que par son ignorance proverbiale.
I^e Becerro (1389) nous fournit des renseignements
précis touchant la situation de C. Rodrigo à cette épo-
que. Le périmètre de la ville était alors bien plus étendu
qu'il ne l'est actuellement, et sa population aussi. Les
possessions de la cathédrale étaient immenses : à l'in-
térieur de la ville elle comptait plus de 160 maisons et,
dans le reste du diocèse, plus de 70 mansiones, outre de
nombreuses églises de la ville, qui lui payaient le cens;
elle possédait encore environ 300 vignes, des moulins
et un grand nombre de bourgs. Son importance écono-
mique explique l'autorité, et même la puissance mili-
taire, dont jouissaient les évêques de C. Rodrigo; elle
explique aussi la multiplicité des bénéfices et des fon-
dations pieuses, de même que les désordres qui se ma-
nifestèrent dans la suite.
Vers 1433, Jean II approuva la division de la ville
en quatre quartiers : Ste-Marie (cathédrale), S. -Tho-
mas, S. -Pierre et S.-Benoît. D'autre part, le Becerro
nous fait connaître les églises de la ville : S. -André, S.-
Matthieu, S. -Jean (Santivanes), S. -Paul, S. -Marc, Ste-
Marie-Madeleine, S. -Christophe, S. -Dominique, S.-Pé-
lage, S.-Barthélemy, S.-Benoît, S.-Jean-de-l'Hôpital,
S.-Sauveur, Ste-Croix, S.-Vincent, S. -Simon, S.-Nico-
las, S.-Étienne, etc. Pour plusieurs d'entre elles, il
mentionne leur destruction durant le siège que fit
Henri II (1370) : S.-Nicolas el Derribado, Ste-Marie la
Caida, S.-Étienne el Derrucado, etc.
De 1350 à 1450, les donations sont presque nulles.
Les causes en sont les démembrements opérés par De-
nis de Portugal et la succession ininterrompue de
guerres dont le pays était atlligé. La puissance écono-
mique de C. Rodrigo s'était évanouie. Le 22 janv. 1454,
Nicolas V, par sa bulle Romana Ecclesia, annexa à la
table capitulaire quelques bénéfices qu'Alphonse Al-
varez de Turuégano, archidiacre de Calahorra, avait
donnés. En l'année 1473, Jean de Ayllon, abbé de
l'église de Valladolid, et Jean de Portillo, clerc de Ségo-
vle, firent une donation semblable. Avec ces secours le
chapitre put de nouveau subvenir à ses besoins.
Le xvie s. ramène pour C. Rodrigo une période de
gloire et de splendeur : les donations se multiplient à
nouveau, dès la fin du xv« s. ; les travaux à la cathé-
drale sont continués avec un luxe extraordinaire.
Quatre canonicats de officia sont créés. L'école cathé-
drale prend de l'extension, grâce surtout au renom du
maestro Hernando de Silva; l'accroissement des étu-
diants obligea Michel de Palacios à fonder un collège
qui fut bâti à l'emplacement de l'ancienne église de S.-
Barthélemy, près du couvent des augustins; ceux-c"
se chargèrent bientôt de la direction de ce collège et e
firent une petite université, où l'on enseigna la théolo
1013
C I U D A D
RODRIGO
1014
gie scolastique, les arts et la grammaire. La musique
fut également cultivée; la place de maestro de capilla
attira même des étrangers, tels Giraldin Bûcher, origi-
naire de Gascogne, et son fils Diego Bujel ( = Bûcher,
Buxer, Buxel, Bujel), qui composa un livre d'hymnes.
Enfin des danses religieuses et des jeux scéniques furent
organisés dans la cathédrale, surtout à l'occasion de la
Fête-Dieu et de la fête de Noël (en 1541, on représenta
Auto de las Sibilas).
.\ côté de ces œuvres religieuses et culturelles, le
chapitre fonda des institutions charitables pour les
pauvres et les malades. Le 22 juin 1453, on projette la
construction d'un hôpital près de la cathédrale; le
23 juin 1455, on décide de commencer les travaux; ce-
pendant, le 14 avr. 1497, ceux-ci ne sont pas encore
terminés. Cet hôpital s'appela Hospital de Sta Maria de
la Catedral. Le 10 janv. 1479, douze chevaliers fondè-
rent un autre hôpital, celui de la Pasiôn: le 25 mai
1492, les Rois Catholiques lui attribuèrent la synago-
gue et d'autres possessions ayant appartenu à des
Juifs. D'autre part, le chapitre s'occupa, dès le début
du xvi<^ s., des enfants trouvés; les mesures prises à
cette époque iront en se développant et aboutiront à la
fondation d'un hospice à la fin du xvii*' s. D'autres
entreprises eurent pour objet le mariage des jeunes
filles pauvres, l'assistance aux malades contagieux à
l'hôpital de la Piedad, la distribution d'aumônes aux
pauvres en général et aussi aux pauvres honteux.
Lors du soulèvement des Comunidades contre l'em-
pereur Charles V, la forteresse de la cathédrale fut
occupée par le comunero Ramirez de Arellano, ce qui
obligea le chapitre à se réunir dans l'église du Temple.
Pour éviter une nouvelle occupation de la cathédrale,
on décida d'abattre la forteresse. En 1592 (19 avr.),
sous l'épiscopat de Martin de Salvatierra, on célébra le
premier synode diocésain de C. Rodrigo. — Durant la
guerre de l'Indépendance du Portugal (1640-1668), la
cathédrale de C. Rodrigo perdit toutes ses possessions.
Son dénuement fut alors si extrême que la plupart des
chanoines et bénéficiaires furent obligés d'abandonner
leurs offices et de chercher ailleurs un moyen de vivre.
Philippe IV et le pape Innocent X (bulle Poslquam
dioina, 1645) imposèrent alors aux églises les plus
riches d'Espagne dépendant du patronage royal de cé-
der une partie de leurs revenus aux chapitres de Bada-
joz et C. Real jusqu'à concurrence d'une somme an-
nuelle de 4 000 ducats pendant vingt ans. Le même
pontife, en 1646, accorda à la cathédrale de C. Rodrigo
1 000 ducats à prendre sur les revenus de l'archevêché
de Tolède pendant douze ans. Alexandre VII imposa
une charge identique à l'évêché de Sigilenza. Grâce à
cette aide, le chapitre put se relever et, en 1670, il
avait déjà repris son activité normale. On signale
qu'en 1723, à la suite de la nouvelle guerre de Succes-
sion (1700-1713), beaucoup de prêtres, séculiers et ré-
guliers, furent exilés au Portugal, de nombreux édi-
fices détruits ou endommagés.
En 1692, l'évêque Joseph Gonzalez avait tenté de
construire un séminaire; son projet ne fut réalisé qu'en
nov. 1769 par l'évêque Cajetan Cuadrillero. L'évêque
de Salamanque, qui était alors en même temps admi-
nistrateur apostolique de C. Rodrigo, N. Martinez Iz-
quierdo, fonda à C. Rodrigo le patronage S. -Joseph,
ayant pour but de faciliter les études ecclésiastiques
aux étudiants pauvres. Il fonda aussi le collège S.-
Cajetan (études moyennes), annexé au séminaire.
En 1770 fut rédigé le Libro del Bastôn, contenant la
réponse à un questionnaire du roi Charles III relatif à
la vie ecclésiastique, civile et économique de la ré-
gion. Il révèle qu'à la cathédrale il y avait alors 20 ca-
nonicats et 35 autres bénéfices divers; outre la pa-
roisse de la cathédrale, la ville comptait d'autres i)a-
roisses : S.- Isidore, patron de la ville, S. -Pierre (qui
avait absorbé celle du S. -Esprit ou des SS.-Juste-et-
Pastor), S. -André, S. -Christophe, Ste-Marine (annexée
à la cathédrale), S.-Blas (établie dans l'église de la Ca-
ridad). Autres églises : S. -Jean, S. -Sépulcre, Cerralbo
del Marqués ou de N.-D.-du-Temple, S.-Michel-de-
Pedrotoro, Ste-Croix et Ste-Hélène, les églises des En-
fants de la Doctrine, de l'Hospice, celles des hôpitaux
de la Passion, de la Piedad et de Serilla. Couvents :
de S. -Dominique, S. -François, S. -Augustin, de la Tri-
nité, de la Caridad, de Ste-Claire, de la Ste-Croix, du
S. -Esprit et des P'ranciscaines déchaussées.
Au lendemain de l'occupation de C. Rodrigo par les
troupes de Napoléon I" (10 juill. 1810), la plupart des
ecclésiastiques, les chanoines surtout, furent mis en
prison ou déportés en France; les autres s'enfuirent à
S. -Martin de Trejo le 8 juill. 1811, d'où ils envoyèrent
au gouvernement et au nonce un mémoire exposant
leur situation. Le 19 janv. 1812 la ville fut reprise par
les Anglais; les chanoines rentrèrent le 22. Mais ces
troubles avaient ruiné le cha])itre. Sa restauration s'ac-
compagna de beaucoup de difficultés; elle fut aggravée
par l'imposition d'un évêque indigne (1835) et par les
lois sectaires de Mendizâbal (1836), jusqu'au concor-
dat de 1851. En vertu de qe concordat, le dioc. de C.
Rodrigo dut être supprimé. En réalité il ne fut jamais
supprimé de iure; il le fut de facto par la nomination de
l'évêque de Salamanque comme administrateur apos-
tolique de C. Rodrigo le 10 juin 1867. Le 25 nov. 1884,
l'ancien diocèse fut érigé en administration aposto-
lique indépendante de l'évêché de Salamanque et, dès
le 25 déc. 1884, il reçut son administr. apost. propre,
Joseph Thomas Mazarrasa y Riva, auquel furent
attribuées toutes les prérogatives épiscopales. Récem-
ment, le dernier administr. apost., Jésus Enciso Viana,
a été préconisé évêque de C. Rodrigo (2 févr. 1950)
{Acta apost. Sedis, xlii, 1950, p. 196, 275). — Actuel-
lement le dioc. de C. Rodrigo est sufîragant de l'arche-
vêché de Valladoiid.
2" Évêques. — Gil Gonzalez Dàvila signale un Pierre,
O. S. B., évêque de C. Rodrigo, qui renonça; il s'agit
probablement d'un faux évêque. — Le premier évêque
connu est Dominique. — Pierre de Ponte, du 22 août
1174 au 10 nov. 1189; nous possédons 26 chartes si-
gnées par lui. — Le 20 sept. 1190, il eut comme succes-
seur Martin : du 20 sept. 1190 au 1" sept. 1210, il a si-
gné 72 actes; cependant deux documents, du 3 et du
5 févr. 1193, portent : Petro Civilatensi episcopo; le
17 juin 1193, réapparaît : Martino Civ. ep.; nous igno-
rons ce que signifie cette interruption. — Trois actes
(11 nov. 1211, avr. et 7 nov. 1213) mentionnent : Ec-
oles. Civil, vacante. — Lombardo, 17 janv. 1213-
12 mars 1227 (plus de 40 diplômes) ; sous son épiscopat
S. F'rançois d'Assise visita C. Rodrigo. — Le 10 avr.
1 227, le siège est vacant. Il est difficile de trouver place
pour l'évêque Bernard, qui figure ici dans les listes
épiscopales, puisque le 9 juill. 1227 Michel est déjà élu;
dans les actes d'Alphonse IX, figurent environ 34 di-
plômes signés par lui, jusqu'au 20 juill. 1230; il vivait
encore le 17 avr. 1244. Un diplôme d'Alphonse IX,
daté probablement du 28 avr. 1229, porte Lonbaldiis
Civitatensis episcopus; mais le 18 mai de cette même
année, réapparaît la signature de Michel. — Le Registre
d'Innocent IV mentionne, le 4 nov. 1245 et le 7 avr.
1246, Pierre II; t avant déc. 1253, date à laquelle pa-
raît Léonard II, t 1259 (?). — Dominique Martin,
26 avr. 1264. t vers 1274. — Pierre III, août 1284.
.\ sa mort, un schisme fut provoqué jiar la double
élection d'Antoine, trésorier de Salamanque, et de Mi-
chel, trésorier de C. Rodrigo. On eut recours au métro-
politain et le chapitre de Compostelle, sede vacante,
confirma l'élection d'Antoine et ordonna de le consa-
crer. Mais Velasco Pérez, chef du parti de Michel, se
rendit à Rome et y accusa Antoine d'avoir usurpé les
1015 eu DAI) RODHKiO 1016
droits épiscopaux. Honorius IV, le 17 juin 128(i (Reg.
d'Hon. /V, ann. 2, ep. lix: Prou, 555), députa l'évêque
d'Idanha (Portugal), un chanoine de Salamanque et
Égée, chanoine de Viseu, pour instruire le procès d'An-
toine. Entre temps, Velasco avait gagné à son parti les
cardinaux Jacques et Pierre Colonna, qui seront dépo-
sés plus tard par Boniface VIII; ceux-ci obtinrent de
Nicolas IV la cassation de l'élection d'Antoine, qui
renonça à son évêché. La provision du siège de Ro-
drigo tomba entre les mains du S. -Siège. Michel mou-
rut dans l'intervalle et ses ])artisans élurent Velasco
lui-même; cette élection fut annulée par Boniface VIII,
qui confirma celle d'Antoine le 20 août 1297.
Antoine mourut avant le 13 nov. 1301, car à cette
date Boniface VIII confirma son successeur Alphonse.
Y eut-il un second Alphonse, O. P., comme le ])rétend
Gams (65)? Nous l'ignorons, de même que nous ne con-
naissons pas la date de l'élection de Bernard. Quoi
qu'il en soit, ce dernier fut transféré à Salamanque. —
Jean I-', conf. le 27 juill. 1324. ~ Jean II, t 1339; la
légende rapporte qu'il ressuscita pendant ses obsèques
par l'intercession de S. François, et qu'il mourut une
seconde fois vingt jours après, en juin 1343. — Al-
phonse III, 28 juin 1344, vivait encore le 22 mars 1369;
t vers 1371. — Ferdinand, 8 mai 1372, 1378.
Le Schisme d'Occident doit avoir causé des diffi-
cultés dont on trouve la trace dans les listes épisco-
pales. D'après Eubel, Alphonse III, confirmé par Clé-
ment VI le 28 juin 1344, eut comme successeur Ferdi-
nand de Pedrosa, nommé par t'rbain VI en avr. 1378
et par Clément VII le 15 janv. 1382. Ferdinand fut
transf. à Carthagène (iMurcie), le 12 déc. 1383. — Clé-
ment VII nomma Gonzalo, diacre et trésorier de Za-
mora, le 9 mars 1384; l'rbain VI, de son côté, désigna,
vers le même temps, Rodrigo; mais, comme le siège
était déjà occupé par Gonzalo, il lui donna en com-
mende, le 24 févr. 1391, l'abbaye S.-\'incent de Lis-
bonne. Après la mort de Rodrigo, Boniface IX nomma
comme administr. apost. l'évêque de Lamego, Gon-
zalo. Au début de 1410, Grégoire XII nomma André
Didacus, qui fut confirmé par Alexandre V le 24 févr.
1410, alors qu'il était déjà consacré; il était maître en
théologie et pénitencier mineur de la Curie romaine,
lorsque Martin V lui permit de recevoir des bénéfices
ecclésiastiques; le 4 sept. 1422, il fut nommé évêque
titulaire d'Ajaccio et délié des obligations qu'il pou-
vait avoir vis-à-vis du dioc. de C. Rodrigo. Le diocèse
resterait au pouvoir de celui qui le jiossédait. Qui
était-ce? On peut supposer que celui dont il s'agit
était Gonzalo, nommé par Clément VII le 9 mars 1384,
et qui reçut probablement de Martin V un auxiliaire le
19 juill. 1428 : Alphonse Sànchez de Avila, chanoine
de Compostelle (Eubel, i, 190, 471). — ■ A Gonzalo suc-
céda Sâncho, évêque d'Orte (lepuis le 22 avr. 1420,
transf. à C. Rodrigo le 19 mars 1431, puis à Minervino.
— Alphonse Sânchez de Valladolid, abbé de la collé-
giale de Jerez, 14 janv. 1433. — .\lphonse de Palen-
zuela, O. F. M., 8 août 1460. A ])artir de son épiscopat,
les listes ne montrent plus de divergences.
D'après les archives de C. Rodrigo, l'évêque Ferdi-
nand ne gouverna que jusqu'en 1378 et eut pour suc-
cesseur Jean III, 1387. — Du successeur de Jean, Jé-
rôme, nous savons qu'il négocia une trêve de six ans
entre les rois de Portugal et de Castille, en 1389; t vers
1398. — Gonzalo de Porres de Cibdat, t 1411. — Al-
phonse Manuel, 141 1-t 1427. — Alphonse V, t 1449.
Les listes lui donnent comme successeur un François,
O. P., mais l'existence de celui-ci n'est pas prouvée. —
Alphonse de Palenzuela fut transféré à Oviedo vers
1469. — Alphonse de Paradinas, trésorier de Séville,
20 oct. 1469; il demanda au roi Henri IV de lui donner
en Castille un territoire équivalant à celui qu'on avait
enlevé à son diocèse, et annexé à celui de Lamego
(1297); ses prétentions furent repoussées; le pape
Sixte IV (21 juin 1481) approuva le démembrement.
Paradinas fonda à Rome, où il mourut le 15 oct. 1485,
l'hôpital de S. -Jacques des Espagnols. — Pierre Bel-
trân, 19 oct. 1485, transf. à Tuy. — Diego de Muros,
O. Merc, évêque de Tuy et abbé commendataire de
Sobrado et des SS.-Juste-et-Martin de Compostelle;
l»"' juin 1487. — Jean d'Ortega, ou Hortega, 23 janv.
1493, transf. à Calahorra en 1499. — Diego de Peralta,
6 sept. 1499. — Valérien Ordonez de Villaquiràn,
24 sept. 1501, transf. à Oviedo, 22 déc. 1508. — Fran-
çois de Bovadilla, 23 janv. 1509, transf. à Salamanque,
18 nov. 1510. Fr. François Ruiz, O. F. M.. 18 nov.
1510, transf. à Avila, 14 juill. 1514. — Jean Pardo de
Tavera, un des évêques les plus insignes de C. Rodrigo;
conf. le 1 4 j uill. 1 5 1 4 ; prit possession en oct. 1 5 1 4 ; était
en même temps président de la chancellerie de Valla-
dolid; fonda le couvent de Sta Cruz (v. infra); transf. à
Osma, 31 déc. 1523; à Compostelle, 8 juin 1524; pré-
sident de (;astille, card., 1 7 avr. 1531 ; inquisiteur géné-
ral, archev. de Tolède, 27 avr. 1534; f 1" août 1545. —
Pierre Portocarrero, conf. le 31 déc. 1523; transf. à
Grenade, 26 juin 1525. — Gonzalo Maldonado, conf. le
3 juill. 1525; s'acquitta de diverses missions sur ordre
de l'empereur Charles V; transf. à Tarragone; t à C.
Rodrigo le 29 juin 1530, sans prendre possession de son
nouveau siège. — Pierre Fernâiidez Manrique, évêque
des Canaries (22 juin 1530), conf. le 14 déc. 1530;
transf. à Cordoue, 11 avr. 1537; card., 21 mai 1540; in-
quisiteur général; y 7 oct. 1540; il s'acquitta aussi de
diverses missions pour le pape et l'empereur. — Pierre
Pacheco, évêque de Moiidofiedo (6 sept. 1532), conf. le
11 avr. 1537; transf. à Pampelune, 21 mai 1539; à Jaén,
9 janv. 1545; card., 10 mars 1550; év. de Sigiienza,
30 avr. 1554; t 5 mars 1560; son intervention au con-
cile de Trente est bien connue ; il fut vice-roi de Naples
et inquisiteur général à Rome. — Antoine Ramirez de
Haro, év. d'Orense (l'"' juill. 1537), conf. le 18 août
1539; prit possession le 12 déc. 1539; transf. à Cala-
horra, 27 juin 1541 ; à Ségovie, 6 août 1543; f 16 sept.
1549. — François de Navarre, prieur de N.-D. de Ron-
cevaux, conf. le 22 mai 1542; transf. à Badajoz, 14 déc.
1545; à Valence, 4 mai 1556; f 14 avr. 1563; il assista
au coiic. de Trente en 1545-47, 1551-52. — Jean de Ace-
ves, conf. le 8 janv. 1546; f 31 juill. 1549. — Pierre
Ponce de Léon. conf. le 27 juin 1550; prit possession le
30 nov. 1550; transf. à Plasencia le 20 juill. 1559;
t 15 janv. 1573; il établit à C. Rodrigo les trinitaires,
assista au conc. de Trente en 1552. — Pierre de la Galla
(nom probablement erroné). — Diego de Co\ arrubias
y Leiva, élu de Santo Domingo, présenté le 20 juill.
1559; conL le 26 janv. 1560; transf. à Ségovie, 25 oct.
1564; à Cuenca, 6 sept. 1577; t 27 sept. 1577; le 19 mai
1562 il arriva au conc. de Trente. — Diego de Siman-
cas, du conseil de l'Inquisition, prés, le 16 sept. 1564;
conf. le 15 déc. 1564; transf. à Badajoz, 3 déc. 1568;
à Zamora, 13 juin 1578; f 16 oct. 1583. Il fit partie du
tribunal qui jugea Carranza et fut vice-roi de Naples;
il a écrit plusieurs ouvrages (cf. N. Antonio, Bibl. Hisp.
nova, I, 316-17). — Andrés Pérez, du conseil de l'Inqui-
sition, prés, le 29 juill. 1568; conL le 10 déc. 1568; prit
possession le 19 mars 1569; f 1583. — Jérôme Tardiel,
résigna et se fit moine hiéron. (Gams, 66). — Pierre
Vélçz de Guevara, chan. de Salamanque, i)rés. le
8 nov. 1583; conf. le 9 janv. 1584; t 1585. — Bernard
de Sandoval y Rojas, chan. de Séville, prés, le 1 1 oct.
1 585 ; conf. le 8 j anv. 1 586 ; transf. à Pampelune, 1 6 mars
1588; à Jaén, 29 avr. 1596; à Tolède, 25 juin 1599;
card., inquisiteur général; t 7 déc. 1618. — Pierre Mal-
donado, chan. d'Avila, prés. le 6 févr. 1588; conf. le
23 mars 1588; t 1591. — Martin de Salvatierra, év. de
Segorbe (23 mars 1583; auparavant il avait été év.
d'Albarracîn, 23 juill. 1578), prés, le 30 mars 1591,
I(t| 7
Cil" I) A I)
R () I) 1? ICO
lois
conf. le 15 mai ; t 1()04. II réunit le premier cnn-
rile diocésain, convoqué le 2 avr. 1592 et commencé le
19 avr. — Pierre Ponce de Léon, O. P., j)rés. le 13 juill.
1605; transf. à Zamora, 4 févr. 1610, puis à Badajoz. —
Jean de La Croix, mort sans confirm. ("?). — Antoine
Idiaquez Manrique, prés. le 1 févr. 1610; transf. à Sé-
govie, 19 nov. 1612; il eut de nombreux conflits avec
les autorités civiles. - - Jérôme Ruiz de Camargo, prés,
le 15 juin 1613; transf. à Coria, 22 mai 1622; à (".ordoue,
13 juin 1632; il laisse deux ouvrages : Index librorum
prohibitorum... et un comment, des Psaumes (cf. M. M.
Aiiibarro y Rives, Diccion. biobibliogr. de aiilores de la
provincia de Burgos, .Madrid, 1890, p. 425-28). — Fran-
çois Rivas, t avant de prendre possession. — Augustin
Antolinez, O. S. A., prés, le 11 janv. 1623; prit pos-
session le 13 août; renonça à l'archev. de Tarragone;
transf. à Compostelle, 4 avr. 1624; t 19 juin 1626. —
Martin Fernândez Portocarrero, iirésident de l'Au-
dience et de la chancellerie de Grenade, prés, mai 1624 ;
prit possession le 12 oct. 1624; t 1625. — Jean de la
Terre y Ayala, év. d'Orense (6 sept. 1621), prés, le
5 oct. 1625; conf. le 7 janv. 1626; t 11 sept. 1628. —
François Diego de .\larc6n y Covarrubias, chan. de
Guenca, prit possession le 4 juill. 1639; cons. le 18 sei)t.
1639; transf. ;\ Valladolid en 1645, mais son successeur
désigné, le général des Franciscains Jean .Merinero,
ayant refusé d'accepter cette nomination, .'Marcon
resta à Rodrigo; Âlerinero (t 1664) fut nommé év.
de Valladolid en 1646, et Alarcôn év. de Salanianque
(vers le 12 juin 1646), de Pampelune (10 févr. 1648) et
de Cordoue (2 janv. 1658); t 18 mai 1675. — Jean Ité-
rez Delgado, conf. le 3 déc. 1646; prit possession le
3 avr 1647; transf. à Salamanque, 10 févr. 1656; t
janv. 1657. — Diego de Tejada y Laguardia, 1656;
transf. à Pampelune, 6 févr. 1658; à Burgos, 11 mars
1664; t 13 juill. 1664. — Diego Riquelme y Quirôs,
chan. de Cartagena, prés. le 9 juin 1658; prit posses-
sion le 28 mai 1659; transf. à Oviedo, 5 avr. 1662; à
Plasencia, 1665; 1 18 mai 1668. — Antoine de Castanôn,
cha;i. de Tolède, cons. le 29 mai 1662; prit possession
le 18 juill.; transf. à Zamora, 16 nov. 1666; f 27 janv.
1668; il introduisit dans sa cathédrale l'ofTice de l'Im-
maculée Conception. — Michel de Cârdenas, O. C. C,
prédicateur du roi, prés, le 16 nov. 1666; conf. le
18 juill. 1667; prit possession le 28 févr. 1668; j 22 févr.
1671. — Alphonse Bernard de los Rios y Guzmân, O.
SS. Trin., év. de Santiago de Cuba, prés, le 6 juill.
1671 ; prit possession le l" avr. 1672; transf. à Grenade
av. le 20 sept. 1677 (poss., 6 févr. 1778); t 5 sept. 1692.
— Jean Andaya Sotomayor, prit possession le 13 avr.
1678; t 13 déc. 1678. — Sébastien Catalân, prés, le
24 mars 1679; i)rit possession le 21 sept. 1679; f av.
le 31 déc. 1687. — Joseph Gonzâlez, O. Merc, prés, le
31 déc. 1687; prit possession le 10 août 1688; transf. à
Plasencia av. le 20 sept. 1694; il projeta d'ériger un
séminaire. — François-Emmanuel de Zilniga Soto-
mayor y Mendoza, O. S. A., prés, le 2 déc. 1694; conf.
av. le 28 avr. 1695; prit possession le 1" juin 1695;
t 1713. — Joseph Diaz Santos de San Pedro, prit pos-
session le 5 août 1714; t 1721. — Grégoire Téllez, O.
F. M., prés, en nov. 1720; prit possession le 14 avr.
1721 ; ren. lin 1737; t au début de 1741; il construisit
le couvent des franciscaines déchaussées et la chapelle
de los Dolores à la cathédrale; il fut aussi un promoteur
de la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus. — Clément
Comenge, chan. de Saragosse, prés, en déc. 1737; conf.
le 3 mars 1738; prit possession le 28 juin 1738; t 12 déc.
1747; il légua une partie de ses biens pour la construc-
tion d'une chapelle de N.-D. dcl Pilar. — Pierre Gômez
de la Torre, prés, en août 1748; conf. le 2 déc. 1748;
prit possession le 22 mars 1749; transf. à Plasencia,
mars 1756; il fournit à Flôrez des renseignements pour
la composition de la notice consacrée à C. Rodrigo dans
V Espana Scigrada. — .loseph-l-'rançois BignezaI, chan.
d'Astorga, conf. le 24 mai 1756; prit possession le
22 juill. 1756; t 2 déc. 1762. Cajetan-.\ntoine Cua-
drillero y Mota, prés, en mai 1763; conf. le 18 juill.
1763; prit possession le 15 oct. 1763; transf. à Léon,
juin 1777. — Augustin Alvarado y Castillo, archevêque
de Santa Fe de Bogotâ (dans les actes, on l'aiipelle 1'
« archevèque-évèque »), présenté en septembre 1778;
conf. le 14 déc. 1778; prit possession le 18 févr. 1779;
t 21 juill. 1781. — Alphonse Molina y Santaella, inqui-
siteur de Grenade, conf. le 17 févr. 1783; prit posses-
sion le ,30 avr. 1783; f 4 déc. 1784. — Benoît-Xavier
IWa y Valdés, O. S. B., prés, en août 1785; conf. le
26 sept. 1785; prit possession le 26 nov. 1785; f 21 juin
1810; auteur de plusieurs ouvrages publiés ou inédits.
— Pierre-Emmanuel Ramirez de la Piscina, prés, en
oct. 1814; conf. le 19 déc. 1814; cons. le 9 avr. 1815;
prit possession le 6 mai 1815; f 21 avr. 1835. — Pierre
Alcantâra Jiménez, év. tit. de Cinna (Yarasli), nommé
par le gouvernement en oct. 1835, mais non confirmé
par le S. -Siège, ni reconnu par le chapitre; son activité
à C. Rodrigo, comme gouverneur de l'évêché, provo-
qua de nombreux conflits; f 21 févr. 1843.
ihiêques de Salamanque, administrateurs apostoli-
ques de C. Rodrigo (1S67-1884). — Anastase Rodrigo
Yusto, 10 juin 1867; transf. à Burgos, 20 sept. 1867.—
loachim Llunch y Garriga, 23 mars 1868; transf. à
Barcelone, 1875. — ^ Narcisse Martinez Izquierdo, 1875;
transf. à Madrid-AIcalâ, 1884.
Administrateurs apostoliques de C. Rodrigo (1884-
1U50). — Joseph Thomas de Mazarrasa y Riva, prés,
le 25 déc. 1884, év. tlt. de Philippopolis et administr.
apost. de C. Rodrigo; prit possession le 19 mars 1885;
cons. le 19 avr. 1885; t H mars 1907; il se distingua
par une activité bienfaisante tant au point de vue spi-
rituel que matériel. — Raimond Barberâ y Boada,
préc. év. tit. d'.\nthedon (El-Blakiyeh), administr.
apost. de ('.. Rodrigo, 19 déc. 1907-14. — Emmanuel
M. Vidal y Bullôn, chan. d'Osma, préc. év. tit. de Bir-
tha; 25 févr. 1915; transf. à Tuy, 27 oct. 1923. —Sil-
vère Velasco Pérez, chan. d'Osma, 18 déc. 1924-28. —
Emmanuel Lôpez Arana, chan. de Santander, préc. év.
tit. de Curium, 5 févr. 1929-45. — Maxime Yurramendi
Alcain, préc. év. tit. de Messene, 25 nov. 1945-t 25 janv.
1949. — Jésus Enciso Viana, chan. de Madrid, préc. év.
tit. d'Elusa (El-Khalasa), 10 oct. 1949-2 févr. 1950.
Évêques. — Jésus Enciso Viana, 2 févr. 1950.
III, Monastères, couvs:nts et églises. — 1° Les
Prémontrés. — Ils se sont installés à C. Rodrigo peu
après la restauration de la ville. Dans l'armée de Fer-
dinand Il (1165) se trouvait un chanoine de La Vid,
Arnold, nommé, quelque temps après, évèque de Coria.
La fondation de l'abbaye, avec des chanoines de S.-
Léonard d'Alba de Tormes (Salamanque), eut lieu vers
1168, hors les murs de la ville, à l'endroit appelé las
Ganteras, sous l'invocation de S. Léonard. Le premier
abbé s'appelait Vital. Le 21 avr. 1171, un chevalier,
Gonzalo Alguazil, et sa femme Orabona firent don à
l'abbé Vital de leurs possessions de Prado de la Torre,
situées à une petite distance de la ville, au bord de
r.\gueda, pour la construction il'un monastère en
l'honneur de Notre-Dame. A cet emplacement existait
une tour en briques qui avait servi de clocher pendant
plusieurs années; on y vénérait une image de la Sainte
Vierge dite de la Caridad. D'où le nom donné à
l'abbaye, N.-D. de la Caridad (bulle Ex litteris
d'Alexandre III, 25 mai 1175). En 1175, l'abbé Domi-
nique, electus Sanctae Mariae de Cluiritate, successeur
de Vital, acheta un terrain connu sous le nom d'Isla
de Caridad. En 1181, l'îlienne de la (iuardia fit une
importante donation à Ituero de (^àmaces (S. Felices
de Gallegos) pour l'édification de l'église; il figure dans
l'obituaire comme fundator huius ecclesiae. AlphonselX
ini9 ClUDAn RODRIGO 1020
(1188-1230), d'autres personnes influentes et l'év.
Michel (1229-44) contribuèrent à doter l'institution.
La bulle Ex litteris soumit à l'évêque de C. Rodrigo
le monasterium Sandae Marine Caritatis. Cette pres-
cription provoqua des conflits entre les évêques et les
chanoines de la Caridad. L'évêque Jean Tavera annexa
à La Charité la paroisse de Robledillo, en 1516; le pape
Léon X autorisa cette annexion. En 1549, les Prémon-
trés contestèrent à l'évêque Pierre Ponce de Léon le
droit de visiter les églises sous leur dépendance. Ponce
de Léon leur intenta un procès, mais son transfert à
Plasencia en 1559 mit temporairement fin au conflit.
L'abbé de la Caridad assista au synode diocésain du
19 avr. 1592. En 1593, le conflit entre l'évêque et
l'abbaye rebondit à propos de la visite de l'église de
S.-Blas et du droit de l'abbé de désigner un de ses
moines comme curé de Robledillo : les Prémontrés fer-
mèrent la porte de l'église et l'évêque retira la juridic-
tion non seulement au curé de S.-Blas, mais à tous les
religieux de la Caridad ; les chanoines eurent recours au
métropolitain, qui menaça l'évêque de l'excommuni-
cation et de l'interdit; l'évêque, à son tour, en appela
au pape et au Conseil suprême du royaume, qui con-
damna les Prémontrés. L'évêque visita la paroisse de
S.-Blas le 13 mai 1601 ; il désigna de même le curé de
Robledillo.
Déjà sous le pontificat de Clément VII (1378-1394)
on avait tenté, mais sans succès, de réformer les Pré-
montrés. Le 11 déc. 1441, l'archevêque de Séville,
Gutierre Alvarez de Tolède, abbé commendataire du
monastère d'Alba de Termes (Salamanque), dont la
Caridad était filiale, expulsa les Prémontrés d'Alba et
les remplaça par des ermites de S. -Jérôme. Cette
mesure fut confirmée par le pape Eugène IV le 12 mars
1442. La Caridad s'affilia alors à l'abbaye de Retuerta.
Sous l'abbatiat de Ferdinand de Villafafie Merino
(1566-1569), on projeta de substituer partout aux Pré-
montrés des ermites de S. -Jérôme. Deux religieux de
ce dernier ordre se présentèrent à la Caridad en déc.
1567. Villafafie s'enfuit au Portugal pour ne pas auto-
riser par sa présence cette substitution. Lorsque, au
début de 1568, il retourna dans son monastère, il le
trouva déjà occupé par les hiéronymites; il fut empri-
sonné au palais épiscopal, mais réussit à s'évader et à
gagner Rome. Philippe II ordonna à son ambassadeur
auprès du S. -Siège d'exiger l'arrestation de Villafafie
ainsi que de l'abbé de Medina del Campo qui s'était
rendu à Rome dans un même but. Villafafie parvint
une nouvelle fois à s'échapjier. Rome cependant révo-
qua toutes les facultés accordées aux hiéronymites en
vue de réformer les Prémontrés. Cette réforme s'effec-
tua, mais par des voies ])lus pacifiques. Villafafie de-
vint abbé général quelques années plus tard.
Un des abbés commendataires de la Caridad a été
François del Aguila, doyen de C. Rodrigo (1488-
t 25 juin. 1507). En 1493", il fonda la confrérie de S.-
Blas; on croit aussi qu'il construisit la croisée de l'an-
cienne église. Le Becerro mentionne une bulle de Ju-
les II (1503-1513) contre certains religieux qui avaient
enlevé des biens à l'abbaye et modifié le testament de
François del Aguila. Son frère et successeur dans le
doyenné reçut une part des revenus de l'abbaye.
Parmi les chanoines de la Caridad les plus connus, on
cite Jean Gômez Casasola, t le 8 mai 1643; d'après
l'obituaire, il avait été vicaire général, abbé du collège
de Salamanque et de Ste-Marie de los Huertos (Ségo-
vie), trois fois déflniteur, prédicateur général perpé-
tuel, etc. ; il fut aussi deux fois abbé de la Caridad (1627-
30; 1636-39). Le 26 juin 1627, il obtint des autorités
civiles la faculté de fonder un couvent à l'intérieur de
la ville; mais, dans la réalisation de ce projet, il se
heurta à l'opposition de l'évêque, du chapitre et de
tout le clergé. L'abbé en appela au métropolitain, au
pape, etc. En 1630, il fil même occuper nuitamment,
par quelques prémontrés, la maison des Silva, située
en ville, ce qui provoqua une émeute du peuple. L'abbé
dut rappeler ses religieux à la Caridad. Il écrivit une His-
toire de C. Rodrigo, perdue, et une Vie de S. Nor-
bert (C. Rodrigo, 1639).
Autres religieux connus de la Caridad : Jean Pérez
Galavis, Galavi ou Galabies, abbé du S. -Esprit d'Avila
et général de l'ordre; archevêque de Santo Domingo
et primat des Indes, sept. 1729; archev. de Santa Fé de
Bogotâ, janv. 1738-t 13 nov. 1740. — Le Vén. Federico
Garcia, profès le 23 nov. 1603, fut deux fois vicaire de
Robledillo et vécut surtout à Madrid, où il mourut le
5 juin. 1630; l'obituaire l'appelle vir in Iheologia eru-
ditissimùs et in omni virlule celebris; biographie assez
étendue par lllana, O. Praem. — L'abbé Hernando de
Chaves (1531-48) construisit le cloître ancien, le re-
table et l'orgue et acheta une maison dans le faubourg
de S. -François, pour créer une infirmerie; il obtint du
S. -Siège de rendre l'abbatiat triennal, quoique lui et
son successeur Ferdinand de Gâta fussent encore per-
pétuels. Il dut lutter contre un chanoine de la Caridad,
François de Ledesma, qui menaça de provoquer un
schisme; il condamna l'apostat à un silence perpétuel;
cependant ce dernier se repentit et mourut à C. Ro-
drigo le 29 août 1556. — Diego Gabilân Vela, qui pu-
blia en 1631 la traduction du Discurso contra los Judios
(le Vincent da Costa Matos.
Lors de l'invasion des Français, au début du xix« s.,
la Caridad eut à souffrir de l'occupation. Elle fut sup-
Ijrimée en 1835. — Une partie de l'église, qui subsiste
actuellement, fut construite en 1590, ainsi que le
chœur; les statues qui ornent la façade datent de 1670.
Le cloître {2^ moitié du xvin« s.) subsiste encore, mais
il menace ruine, ainsi que le reste de l'édifice.
Liste (incomplète) des abbés. — Vital, 21 avr. 1171.
— Dominique, 1175. — Benoît, t 1182. — Sancho,
1182. Gonzalo, 1454. — François del Aguila, 1488-
t 25 juill. 1507. — Alonso de Herrera, f 1531. — Her-
nando de Chaves, 1531-t 1548. — Ferdinand de G9ta,
1548. — Ferdinand de Villafafie, 1566-69.— Jean Gô-
mez Casasola, 1627-30, 1636-39. — Jean Hermano,
1810.
Becerro et Chronique, aux arch. capit. de C. Rodrigo. —
J. E. Noriega, O. Praem., Disserlatio apologelica mariano-
candida, Salamanque, 1723, p. 121-24. — \, Sânchez Caba-
nas, IJi.it. eclesiàsiica de C. Rodrigo, bibl. de l'Acad. d'hist.,
ms. 100, fol. ô6 r<'-57 v». — Nicolas .Vntonio, Dibl. Hisp.
nova, I, Madrid, 1783, p. 284. — A. Ponz, Viage de Espana,
XII, Madrid, 1783, p. 3.34. — F. Fita, Los Premon.itratenses
en C. Rodrigo. Datos inéditos, dans Bol. R. Acad. fnst.,
i.xii, 1913, p. 468-80. — L. Serrano, O. S. B., Correspon-
dencia diplomciticit..., iv, Madrid, 1914, p. XL. — M. Her-
nândez Vegas, C. Rodrigo. La caledral y la ciudad, Sala-
manque, 1935, passim. — .1. Gonziilez, Rege.tta de Fernando
II, Madrid, 1942, p. 516. — Becerro de la Caridad, aux
arch. épisc. de C. Rodrigo. — .V l'Arch. hist. nac, on possède
huit parchemins de 1465-1632 et douze liasses de documents
divers (cf. Inventario de prncedencins, p. 72).
2° Les Bénédictins. — Pierre le Vénérable (De mira-
cutis, P. L., cLxxxix, 907-908) affirme que le roi Fer-
dinand I" (1037-1065) construisit deux monastères
pour les Clunisiens. André Duchesne, dans ses annota-
tions à ce passage (ibid.), identifie un de ces monas-
tères avec celui de Ste-Agathe de C. Rodrigo, mais le
diplôme qu'il reproduit ne prouve pas cette attribu-
tion, puisqu'il est de Ferdinand II, non de Ferdi-
nand P^ Le 28 mars 1169, le roi Ferdinand II donne à
l'abbaye de Cluny in Civilate Roderici ecclesiam sanc-
tae Agathae cum aldea sancti Felicis (Sahelices el
Cliico)... Quelque temps après, il avise la commune de
C. Rodrigo du don qu'il avait fait à Cluny en la per-
sonne du moine Atto, le premier prieur de Ste-Agathe.
Le nouveau prieuré devait payer à Cluny huit mnra-
102 1 CUDAD HODRKÎO 1022
bilinos. Ces deux docuiuents de Ferdinand II supjjo-
sent que l'église de Stc-Agathc existait déjà antérieu-
rement.
La bulle Ex lilteris d'Alexandre II (25 mai 1175)
plaça le monastère de Ste-Agathe sous la juridiction
de l'évêque de C. Rodrigo. Cette disposition causa
quelques difTîcultés plus tard, surtout après l'annexion
du prieuré à S. -Vincent de Salamanque (1460). Fer-
dinand II (30 déc. 1185) exempta le prieuré de Ste-
Agathe de toute taxe, privilège qui fut confirmé par
S. Ferdinand III le 20 juin 1232 (Valladolid), par Fer-
dinand IV le 16 mars 1304 et par Ali)honse XI le
28 mai 1326.
Les renseignements que nous possédons sur ce
prieuré proviennent principalement des actes des cha-
pitres et des visites de Cluny qui en parlent souvent.
Ces documents, qui datent de 1259 à 1460, montrent
les difflcultés multiples qui se rencontraient au prieuré.
Ils font souvent allusion à des prieurs indignes : tel
celui de 1259, diffamalus de iiiconlinentia et adminis-
tratione in spirilualibus et temporal ibus, et qui, avec
ses prédécesseurs, avait aliéné la plupart des biens du
monastère; tel encore ce /rater minor qui avait usurpé
le prieuré sans être moine; tels enfin ces prieurs de
1345 et 1349 qui ont été absents du monastère. Deux
autres circonstances contribuèrent à cette déchéance, j
Le petit nombre des moines : le chapitre de 1336 parle I
du prieur et d'un clerc qui, tout en n'étant pas moine,
célébrait cependant à Ste-Agathe trois jours par se-
maine; en 1345, le prieur et le seul moine mentionné
n'habitent pas le monastère; en 1377, seul le prieur est
signalé. La Bibliotheca Cluniacensis parle du prieur et
de deux moines; mais nous ignorons à quelle époque
cette note se rapporte, de même que nous ne savons
pas justifier la détention du monastère par des sécu-
liers, contre laquelle protestent les chapitres de 1291
et 1293. Les chapitres dénoncent souvent la mauvaise
administration spirituelle et matérielle de la maison;
en 1349, les édifices se trouvaient dans un état de déla-
brement tel que les visiteurs furent obligés de loger
en ville et que la célébration des offices était devenue
impossible; en 1392, la maison n'avait qu'un calice
plumbeus, une chasuble et une aube modici valoris, et
le prieur dut vendre un missel pour couvrir les frais
d'un enterrement (v. encore années 1259, 1312, 1336,
1337, 1345, 1349, 1392, 1460). Par contre, quelques
rares prieurs sont loués pour leur zèle : par ex., en 1336,
diligens et attentas et, eii 1377, qui bene régit in tempo-
ralibus. Le prieur de C. Rodrigo fut visiteur de l'ordre
pour l'Espagne en 1305, 1322, 1326, 1340 et 1422. Le
monastère fut ruiné deux fois : en 1337, par le roi
Alphonse IV et Bravo de Portugal et au cours des
guerres du roi de Castille et de Léon contre le roi de
Portugal et le duc de Lancaster (1381-1386). Cela ex-
plique aussi l'état de déchéance auquel il était parvenu.
Ste-Agathe se trouve mentionnée pour la dernière fois
dans les actes des chapitres de 1460; mais, à cette date,
elle était déjà annexée au prieuré de S. -Vincent de Sa-
lamanque (depuis 1450). L'église tomba en ruine en
1620, mais elle fut reconstruite l'année suivante.
Liste (incomplète) des prieurs. — Atto, 1169. — Gar-
cia, 1180. — Pierre Fernândez, 1304. — Jean Roche-
vol, 1317. — Guide, 1326 et l'usurpateur Rodrigo Ro-
driguez, 1291.
Pierre le Vénérable, De miraculis, I, xxviii (P.
CLXxxix, 9()7-(l8). — A. de Vepes, Coronica, vu, Valladolid,
1621, p. .S:?9-41 ; ap. escrit., xxxvi, p. 26-28. — A. Si^nchez
Cabanas, Ilisf. ecl. de G. Rodrigo, bibl. de l'Acad. rl'hist.,
ms. D. 100, fol. .Ï3-.5.1 sq. — A. Bernard-.\. Bruel, Hecueil
des chartes de l'abhaije de Cluny, v, Paris, 1894, p. 541. — U.
Robert, Êtal des monastères espagnols de l'ordre de Cluny
aux XIIl'-XV s. d'après les actes des uisites et chapitres géné-
raux, dans Bol. H. Acad. hisl., xx, 1892, p. 321-431. — F.
Fita, Los cluniacenses en C. Rodrigo, ibid., i.xii, 1913,
p. 3r)3-()(>. - M. Hernàndrz Ve^as, C. Rodrigo. .., i, 18.
36, etc. — J. (ionzâlez, Rcgcsia de Ferimnilo II, Madrid,
1942, p. .'j30, 407, 503. — Arcli. du séminaire de Salaman-
que, 11. 2. Arch. de Silos, ms. 7, fol. 98.
3" Autres couvents. — 1. Franciscains. — S.-Fran-
çois : Tous les chroniqueurs de l'ordre des xv^'-xv!!!!" s.
rapportent la tradition suivant laquelle S. FYançois au-
rait visité C. Rodrigo à son retour de Compostelle.
D'après ce récit S. F"rançois serait arrivé à C. Rodrigo
en 1214; il aurait habité une chapelle dédiée à S. Gil-
das, située près de la ville, et y serait resté environ un
mois, s'occupant de la prédication. Il aurait creusé un
puits dont les eaux seraient devenues miraculeuses.
Six ans plus tard, il aurait envoyé deux frères mineurs
pour fonder un couvent à l'endroit où il avait vécu.
Quoi qu'il en soit de cette tradition, ce couvent appar-
tenait à la province de S. -Michel; d'après le Livre « del
Bastôn » (1770), il était le chef de la province et comp-
tait 60 religieux, plus 6 frères convers. Au cours des
guerres des deux derniers siècles, il subit de nombreux
malheurs. Il a été illustré par des religieux fervents,
dont les noms et gestes sont décrits dans les chroni-
ques. — Ste-Claire : Le Registre d'Innocent IV (ann. 1,
ep. Dcxiv; Berger, 615; Potthast, 11336) contient une
lettre Abbatissae et conventui monialium inclusarum
monasterii Sancti Spiritus, ordinis sancti Damiani, Ci-
vitatensis dioecesis, du 17 avr. 1244. Cette lettre con-
firme l'exemption si)irituelle et temporelle des mo-
niales, dont le couvent avait été fondé vers 1228-1230,
sous le titre de Sancti Spiritus; après la canonisation
de Ste Claire, il reçut le nom de la sainte. Primitive-
ment, on appela les moniales Seiïoras pobres de San
Damiân. Le couvent subsiste encore. — S.-Isidorc : ce
couvent, communément connu sous le nom de Fran-
ciscas descatzas, fut fondé en 1605 par D. Catalina En-
riquez Pacheco (Sœur (>atherine de la Mère de Dieu),
près de l'église S. -Isidore; en 1608, Paul V autorisa les
moniales à utiliser l'église S. -Isidore. En 1706, elles
durent se réfugier à Ste-Claire et, à partir de 1739, elles
occupèrent un nouveau couvent, bâti par l'év. Gré-
goire Téllez, O. F. M. En 1869, leur couvent fut acquis
par le gouvernement et converti en prison. — Espiritu
Santo, dont les moniales sont communément appe-
lées las Isabeles. Ce couvent de tertiaires daterait du
vivant de S. François, ce qui paraît invraisemblable,
puisque les tertiaires n'existent qu'au milieu du xiv^ s.
La première notice que nous en possédons date de 1420
(22 août); peut-être se trouve-t-il mentionné dans un
document de 1389, conservé au couvent de Ste-Claire;
une bulle du pape Martin V, du 22 mai 1426 (Eubel,
Bull, franc, vu, 655), le concerne. Primitivement, il
était situé à la frontière des diocèses de C. Rodrigo et
de Coria, à savoir à Valdârrago; il portait le titre de
Sti Spiritus; sous l'épiscopat de Diego de Simancas
(1565-1568), les tertiaires s'installèrent à C. Rodrigo
(30 juin 1566). Le couvent fut détruit en 1706 par les
Portugais; les tertiaires se réfugièrent alors dans la
Casa de los nifios de la Doctrina, puis occupèrent l'an-
cien palais des Caraveos. Au début du xix'' s., ce der-
nier fut également détruit.
F. Gonzaga, O. F. M., De origine seraphicae retigionis
Iranciscanae eiusque progressibus, Proi>. S. Michaelis,
Conv. L Rome, 1587. — Wadding, ^4;i(i(i/e.<i Minorum,
Lyon-Rome, 162.î-.>4, ad ann. 1214, n. xix-xxi. — .f. de
la Trinitad, O. F. M., Chronica de la prov. de S. Miguel,
Séville, 1651, 1. I, c. xx, p. 129. — J. de Sta Cruz, O. F. M.,
Chronica de la sanla prou, de S. Miguel, i, Ma<lrid, 1671,
p. 104, 107. — D. Cornejo, O. F. M., Chronica Seraphica, i,
Madrid, 1766, p. 205 et .5.")4-,)C. — .\. .Sânchez Cabanas,
Hist. ecl. de C. Rodrigo, bibl. de l'Acad. d'hist., ms. D. 100,
fol. 16 v°-17 r». — R. Marcos Sânchez, S. Francisco y C.
Hodrigo. — V. Santos Blanco, El arlillero mislerioso o glorias
y senlencias de C. Rodrigo, Vitigudino, 1888. — M. Hernân-
dez Vegas, C. Rodrigo. I.n raledral y la ciudad, Salamanque,
1023
C II I) A n HODl^ [GO C [ l'S
I 02'.
lOS."). passini. — A. Lopez, La prou. île Espiinn fie los
frailes meimres, .S.-.Jacr(ues-de-r.oni|)oslclle, lOI.'i, p. 158;
Viajc de S. Franeisco a Expana, dans Arrh. ihcro-ameri-
cano, t-iii, éd. spéciale, Madrid, I'.)14, p. 1:5, 60-63. —
S. Eijân, O. F. M., Franriscanisnw ibero-aniericaiw en la
historia, la literafura y el arle, Barcelone-Madrid, 1927, p. 42.
— Sabatier, Vie de S. François, c. x. - Arch. hist. nac. :
-S. -François, 1 liasse; Ste-Clairc, 2 liasses; S. -Isidore, 2 lias-
ses; Espiritii Santo, 1 liasse.
2. Augustins. — Les historiens de C. Rodrigo, No-
gales Delicado et Sânchez Cabaiias assurent que Fer-
dinand II donna aux ciianoines réguliers de S. -Augus-
tin le Valle de Curie de los angeles, aujourd'hui S. Agus-
tin el Viejo. Mais la tradition populaire assigne à ce
couvent une autre origine, toute légendaire, qui le rat-
tache à des visions qu'aurait eues en 1484 D. François
de Chaves. L'histoire retiendra que les Augustins de-
meurèrent à Corte de los angeles depuis une date actuel-
lement non encore précisée jusqu'au 23 avr. 1530, jour
où ils occupèrent dans la ville un nouveau couvent,
construit par les Garci-Lôpez de Chaves sur l'emplace-
ment de leur ancien palais. L'église, bâtie entre 1566
et 1581, est le dernier monument gothique élevé à C.
Rodrigo. En 1592, un collège fondé par le chan. Pala-
cios fut annexé au couvent; jusqu'en 1 770. on lui donna i
le titre d'université.
M. Hernândez Vegas, (,'. Rodrif/o , 27, 2!ll ; ir, 7.'i,
333, etc. 1
3. D'autres ordres ou congrégations furent ou sont
en outre représentés à C. Rodrigo. (Couvents de S.-Do-
minique, de La Trinité, de Sle-Croix (augustiniennes),
Commendadoras de Santiago, carmélites, etc.
4° La cathédrale. — La première cathédrale fut éta-
blie dans l'église Ste-Marie (faubourg S. -François,
Villa); le chapitre qui y fut attaché portera plus tard
le nom de chapitre de la Villa. L'église, en style roman
de l'école de Sahagùn, changera de nom ( = S. -André)
après la consécration de la nouvelle cathédrale, dédiée,
elle aussi, à Ste Marie. Celle-ci a été vraisemblablement
commencée vers 1165-1166; son avant-corps date de
1 170-1230. Caractéristiques : plan de croix latine, trois
nefs (la centrale plus élevée), transept très court, trois j
absides circulaires (la centrale transformée au xvi« s.), i
narthex; primitivement, trois tours dont les vestiges |
sont encore visibles; actuellement, une tour néoclas- |
sique. Comme sa construction a duré fort longtemps, |
elle porte des traces de plusieurs styles. On remarquera I
surtout ses 300 chapiteaux (romans), son chœur (go- j
thique) à l'intérieur, et le cloître gothique.
Sources. - - .\rch. capit. de C. Rodrigo : actes capitii-
laires; Chronique de la Caridad. — ,\rch. capit. de Léon,
n. 1034. — Arch. capit. de Salaman((ue, n. 3-1-3, e-S-oS et
16-2-2; (làjon de las Concordias; Cart. ,îol. 2. — Composlelle,
Tiinibo A, fol. 48 v<>; Tiiniho B, fol. 186 v". .\rch. liisl.
nac, Tiimbo menor de Léon, fol. 161 ; Cart. d'Avila, pari. II.
— Bibl. de l'Acad. d'hist. : Col. Salazar, y : 1103; Col.
Abella, 12; Col. Velàzquez, S. - Bibl. nac. (Madrid), nis. 884,
fol. 9.") v». — Bullarinni de l'ordre de Santiago, p. !), 79. —
Chron. de Cardena. — Chron. il'Avila. — Anonyme de Ma-
drid, éd. Iluici, p. 7-8. — Luc de Tuy, iv, 106-07. — G.
de Rada, xx, 121-23; xxi. — Registres des papes : Inno-
cent IV, Honorius IV, Boniface VIll, .Jean XXII (v. Enbel).
Travaux. — R. Menéndez Pidal, Hist. de Espana, i,
Madrid, 1947, p. .")37, 843; n, 1935, passim; m, 1940, p. 279,
318, note 69. — .\. lîallesteros, Ilist. de Espafïa y su in-
flnencia en la hisl. universal, i, Barcelone, 1818, passim. —
.1. Dottin, Manuel pour servir à l'étude de l'antiquité celtique,
Paris, 1906, p. 321. .V. Schulten, Xumanlia. Die Erqeb-
nisse der Ausgrabunqen, i. Die Kéltiberer tind ihrc Krieqe
mit Rom. Mimicli, 1914, p. 104, 106, 193, etc. - .1. Cabré
Aguilo, El idolo lie C. Rodrigo, dans Memorias de la Soc.
esp. de antrop., etnogr. y prehisl., ix, 1930, p. 160-63. —
Marchetti, Ilispania, dans Dizionario epigraf. di antichità
romana de Ettore De Ruggiero, m, 1915-19, p. 910. — J.
Alemany, Im geogr. de la penlnsnla ibérica scgùn los tc.rtos de
los pscritores griegos. dans Bol. R. Acad. hist., 1910-12. - F.
Fita, La diôresis y juero erlesiàslico de C. Rodrigo en 13 enero
1161, ibid., i.xi, 1912, )). 137-18; Coria compostelana y lem-
plaria, ibid., 348; El papa Alejandro III y la diôcesis de C.
Rodrigo (1173-1175), ibid., i.xii, 1913, p. 142-57; Caliahria
romana, ibid., 173-82; Calinbria y C. Rodrigo, ibid., 264-70;
Don Domingo obispo de Caliabria (1172), ibid., 270-75;
Los Cluniacenses en C. Rodrigo, ibid., 353-66; El fiiero anti-
guo de C. Rodrigo (A. Sânchez Cabaiias), ibid., 389-93; El
triforio augustal de C. Rodrigo, ibid., 393-94; Los Prenios-
tratenses en C. Rodrigo, ibid., 468-80. — .1. Gômez Centu-
riôn, « Hist. Ciiiitalense « par D. Antonio Sânchez Cabanas,
ibid., 545-54. — E. Escobar Prieto, Antigiiedad y limites del
obispado de Coria. Nueuo estudio, ibid., lxi, 1912, p. 324,
342, 345. — Lôpez Ferreiro, Hist. comp., iv, 273, 287, 327;
ap. XXX, p. 78; xxxix, p. 99. — ,J. Gonzalez, Regesta de
Fernando II, Madrid, 1943, p. 40-46, 71, etc.; ap. 30, p. 283;
Aljonso IX, Madrid, 1944, 2 vol., passim; doc. n. 7, 14,
31, etc.; Repoblaciôn de la « Extremadura » leonesa, dans
Hi.'ipania, ni, 1943, p. 225-33. — D. Mansilla, Iglesia cas-
tel lano-leonesa en tiempo del rey S. Fernando, Madrid, 1945,
p. 101, 121-22. — A. Millares Carlo, La cancilleria real de
Castilla y Leôn hasta fines del reinado de Fernando III,
Madrid, 1936, p. 264. — R. Escalona, Hist. del monasterio de
Sahagùn, 118. — Barbosa, Cat. das Rainhas de Portugal,
Lisbonne, 1727, p. 114-15. — A. Manrique, Annales, n, 416.
— E. Flôrez, Reinas Catolicas, i, Madrid, 1790, p. 320;
Espana sagrada, xiv, ap. ii. — .\. Ponz, Viage île F^spana,
XII, Madrid, 1783, p. 327-34. — C. Sânchez Albornoz,
Euenles para el estudio de las divisiones eclesiàsticas visigo-
ilas, dans Bol. IJnii). de Santiago de Compostela, 1930, p. 43.
- .1. M. (Juadrado, Espaùa..., Salamanca, Avila y Seyovia,
Barcelone, 1884, p. 216-42. — A. de Morales, Hist. gênerai de
Espana, Madrid, 1791, i, 72, 454; ii, 171, 629; iv, 279, 31.3,
529; V, 424; Mil, 118, 516. — J. .\. de Estrada, PoWaci<5/i
gênerai de Espana, i, Madrid, 1748, p. 191. — F. Méndez,
Soticias sobre la vida, escritos y viajes del Rmo P. Mtro Fr.
Enrique Flôrez, 2" éd., Madrid, 1860, p. 178. — A. Sânchez
Cabaiias, Hist. Civitatense : bibl. de r.\cad. d'hist., ms. D.
100 : Segunda [y lercera] parte de la...; Bibl. nac. (Madrid),
ms. 7112 : [Segunda parte de la...]; B. R. Palacio, Sala 2',
esl. F ; [Primera, segunda y lercera parte de la...]; Compendio
de la..., Madrid, 1861. — D. Nogales Delicado, Hisl. de la
muy noble y leal ciudail de C. Rodrigo, Ciudad Real, 1882. —
Llaguno y .\inirola, Informe histôrico sobre la catedral de C.
Rodrigo. — M. Pérez, C. Rodrigo y sus hombres. — M. Her-
nândez Vegas, C. Rodrigo. La catedral y la ciudad, Sala-
manque, 1935, 2 vol. — Madoz, Dicc. geogr. — T. Muiioz
Romero, Dicc. bibl.-hist. de Espana, Madrid, 1858, p. 102. — •
Enc. Espasa, s. v.
F. PÉREZ.
ClUIVITUBURBO. Voir Thuburbo (Maius).
Cl US (Kioç), évèché de la province de Bithy-
iiie I"', dépendant de Nicomédie, puis archevêché indé-
pendant. Cette petite ville, située sur le golfe du même
nom, dans la partie sud-orientale de la Propontide
(Marmara), était une colonie .grecque. La légende pré-
tend qu'elle fut fondée par l'argonaute Polyphème. En
réalité, elle fut d'abord habitée par des Mysiens, puis
par des Cariens, que chassèrent des colons venus de
Milet sous la conduite de Cios, dont elle prit le nom.
Son histoire est celle des autres villes de la région qui
subirent divers régimes avant de faire partie de l'Em-
pire romain. Le roi de Bithynie Prusias l'appela de son
nom Prusiade. Après le passage des guerriers de la
croisade, le sultan seldjouk Suleyman 1" la prit, la
brûla, massacra ou emmena en captivité la plus grande
partie de ses habitants pour avoir donné asile aux éclo-
pés de l'expédition. Elle fut rebâtie avec l'aide de l'em-
pereur Alexis I" Comnène et vécut assez tranquille jus-
qu'au moment où le sultan ottoman Orchan la prit en
1336. En 1921-22, elle fut le théâtre de combats entre
les troupes grecques et les troupes turques. Cios
(Ghemlek pour les Turcs) fut jusqu'à l'échange des po-
pulations, en 1923, un centre grec assez important, qui
ne comptait pas moins de sept églises ou chapelles.
C'est là que résidait depuis plusieurs siècles le métro-
polite de Nicée.
1025
CIUS — C
IVIDELLA
1026
Cios fut dotée d'un évêché au moins dès le s. On
ne sait ni quand, ni par qui il fut élevé au rang d'arche-
vêché indé|)endant, mais il est certain que ce fut au
plus tard au vii^ s., puisque la liste du Pseudo-Épi-
phane l'indique comme tel (le 21'^) (H. Gelzer, Unge-
druckte und unqeniigcnd veroffenllichle Texte der « Noli-
tiae epixcopaluum », dans Abh. der kônigl. bayer. Akad.
der Wiss., Cl., t. xxi, sect. m, Munich, 1900, p. 585).
Sans doute, au concile de 536 tenu sous le patriarche
Nénas, son titulaire Hedistus est bien signalé comme
métropolite (Alansi. viii, 938 B, 950 D), mais c'est là
un remaniement postérieur du texte primitif. En elTet,
outre que Cios n'a jamais été métropole, Hedistus
signe simplement « évêque » (Mansi, viii, 971 B,
1143 D). Cios est le 13« archevêché dans la Nea Tac-
tica (H. Gelzer, Georgii Cyprii descriplio orbis romani,
Berlin, 1890, p. 60), le 14<' dans la liste dite de Jean
Tzimiscès (H. Gelzer, Ungednickte..., loc. cit., 569), le
7» sous Michel Paléologue et Andronic III (ibid., 592,
612). La conquête turque lui enleva beaucoup de son
importance et l'archevêché n'avait plus de titulaire à
la fm du xrv« s. Vers 1393, le hiéromoine Athanase
reçut en effet du patriarche Antoine IV la mission de
l'administrer (Mikiosich et Muller, Ada et diplomata
graeca M. A., ii, 203). Le 26 juin 1394, Georges Apel-
méné, qui avait été nommé sacellaire de cette Église
en nov. 1381, en devint exarque (ibid., u, 36, 221).
On ne connaît qu'un nombre restreint d'évêques ou
d'archevêques de Cius : Cyrille prit part au I" concile
de Nicée (325) (H. Gelzer, Patrum nicaenorum nomina,
Leipzig, 1898, p. 69, n. 191). — ■ Adamantins fut un des
membres du pseudo-concile de Philippopoli, dissident
du concile de Sardique (354) (Mansi, m, 139 C). —
Théophobius assista au concile d'Éphèse (431) (ibid.,
IV, 1229 C). — Hedistus prit part au concile de 536
réuni par le patriarche Ménas (ibid., viii, 938 B, 950 D,
971 B, 1143 D). — Théognius fut au vi^ concile œcu-
ménique (680) (ibid., xi, 212 A, 645 C, 673 D). —
D'après Le Quien, l'évêque Jean de Bithynie, qui sous-
crit les actes du concile in Trulto (Mansi, xi, 992 D), se-
rait un évêque de Cius (Oriens christ., i, 634 A-B). —
Léon fut un des membres du n« concile de Nicée (787)
(Mansi, xii, 994 E, 1095 D ; xiii, 141 A, 385 A). — A la
date du 29 mars, le synaxaire place la fête de S. Eus-
tathe, évêque de Cius, victime de la persécution icono-
claste, mais rien dans sa légende ne permet de préciser
à quelle époque il vécut (H. Delehaye, Synaxarium
Constantin., 569-72, en note). — • Jean prit part au
vin^ concile œcuménique (Mansi, xvi, 192 A). — Épi-
phane assista au concile de 879 qui réhabilita Photius
(ibid., xvii-xviii, 373 B). — Constantin prit part au
synode de 997 tenu par le patriarche Sisinnius (Rhalli-
Potli, SûirrayiJia twv lepcôv Kavovcov, v, 19). — Jean 11
signa une décision du patriarche Alexis, en janv. 1029
(ibid., V, 32). — Georges prit part à la déposition du pa-
triarche Cosmas Atticus, le 26 févr. 1147 (ibid., 310). —
Michel, 24 mars 1171 (A. Papadopoulos, 'AvaAeKTÔ
UpoaoAuiJLiTiKfis CTraxuoAoyiàç, iv, 109). — Jean HI
signa une décision du patriarche Georges Xiphilin
(1191-1198) (Rhalli-Potli, op. cit., v, 101). — Constan-
tios, oct. 1213 (Vizanliiski Vremennik, iv, 166). — Da-
vid, mars 1256 (Mikiosich et Muller, op. cit., i, 119).
Le titre de Cius a été conféré assez tardivement dans
l'Église romaine : Henri Carfagnini, O. F. M., ancien
évêque de Harbour-Grace, 24 mars 1898-t 1905. —
Gaétan d'Alessandro, ancien évêque de Cefalù, 8 mai
1906-t janv. 1911. — Jean-Joseph Keane, ancien évê-
que de Dubuque, 28 avr. 1908-t 22 juin 1918. — Jac-
ques-Romain Billsborow, O. S. B., 14 déc. 1920-
t 19 juin 1931. — François-Xavier-Marie-Julcs Gieure,
ancien évêque de Bayonne, 31 janv. 1934-t 22 avr.
1938. — Guillaume Godfrey, 21 nov. 1938, délégué
apostolique en Grande-Bretagne.
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
Smith, Dict. of Greek and Roman geographg, i, 629. —
MeyàÀT) éXXr|viKfi èyKUKAoTraiSEÎa, xiv, 445. — ■ Ruge, dans
Pauly-Wissovva, xi ', 486-88. — Le (juien, i, 631-36. —
Ann. pont., 1916, p. 389.
R. Janin.
CIVATE, Clivateme, monastère des SS.-Pierre-et-
Paul et S.-Calocère, sur le lac de Ghivira, dioc. de
Milan, prov. de Côme (Lombardie). La chronique
d'Angera (Angleria, Inglexium) et de ses comtes,
nommée Chronica Danielis (éd. A. Cinquini, dans Mis-
cell. slor. c cuit, eccl., iv, 165, 376), qui ne mérite aucune
créance, rapporte que Didier, roi des Lombards, fonda
ce monastère sur le mont Cornizzolo (Mons Pedalis),
y déposa des reliques des SS. Pierre et Paul et établit
Durus comme premier abbé. Néanmoins cette abbaye
est ancienne. Elle fut appelée d'abord S. -Pierre, en-
suite S.-Calocère, lorsque le corps de ce saint y fut
transféré de la ville d'Albenga. Au ix<^ s., il est fait
mention de Léodegaire, abbé de Clivatense (M. G. H.,
Libr. confr. Fabar., éd. Piper, 1884, p. 384). Clivatense
appartint d'abord aux bénédictins qui, en 1162, reçu-
rent de Frédéric l" un privilège de protection. Il était
en ruine au xiv" s. En 1484, il fut donné en commende
au card. Ascanio Sforza. Le card. Nicolas Sfondrato
(plus tard le pape Grégoire XIV) le confia en 1556 aux
olivétains de S. -Victor de Milan, qui y séjournèrent
jusqu'en 1798. — L'église du x« s., dédiée à S. Pierre,
fut élevée sur une basilique du viii«. Elle possède un
autel remarquable du xn" s., avec un ciborium orné de
sculptures et de peintures.
V. Barelli, S. Pietro ai Monti di Ciuate, dans Riv. arcli.
prov. Como, 1881. — Cottineau, i, 791-92. — G. Dozio,
L'antica chiesa di S. Pietro sopra C, 1844. — Enc. ital., x,
509. — A. Giussani, L'abbazia dei SS. Pielro e Calncero in C,
dans Riv. arch. prov. Como, 1921, p. 83-149; L'abbazia di
S. Pietro al monte .topra C, 2« éd., Côme, 1912. — Kehr,
//. pont., vi-1, 1,59-66. — Lancellotti, Ilist. Oliv., 339. — F.
Savio, S. Calocero e i monasteri di Albenga e di C, dans Riv.
s<or. ftenej., IX, 1914, p. 44-59, 103-08 ;Ld9ende des S5. Faus-
tin et .Jovite, dans A. Boit., xv, 1896, p. 25. — P. Toesca,
Storia dell'arte ital., i, 1927, p. 369, 413, 768, 949. — Ughelli,
IV, 173, 47. — K. Voigt, Die kônigt. Eigenkloster im Lango-
bardenreictie. Gotha, 1909, p. 14.
R. Van Doren.
CIVIDALE, Civitas Fori Julii, Civitas Austriae,
abbaye de bénédictines. En 768, Didier et Adelchis,
rois des Lombards, fondèrent in Satto un monastère
dédié à Notre-Dame, en y établissant comme première
abbesse leur mère Piltrude. Transféré bientôt à l'inté-
rieur de la ville de Cividale, le monastère reçut de nom-
breux privilèges de la part des souverains, notamment
de Louis le Pieux et de Bérenger. Il fut donné, avec
l'église S. -Jean, au patriarche d'Aquilée, Maxence
(ix« s.). Il fut supprimé en 1806.
Cappelletti, vni, 80. — Cottineau, i, 792. — Kehr, //.
pont., vii-1, 65. — M. Leiclit, Sull epoca alla quale atlribuire
il tempietlo di S. Maria in Valle in C, 1861. — Mabillon,
Annales O. S. B., n, 737. — G. Valentinis, L'anticliissimo
monastero di S. Maria in Valle in C, Udine, 1895.
R. Van Doren.
CIVIDALE (CONCILE DE), 796. Voir D. H. G.
E., III, 1121.
CIVIDELLA, Anderta, Ardinghesca, abbaye de
bénédictins, sous le vocable du S. -Sauveur et de S.-
Laurent, au dioc. de Grosseto (Toscane). Elle fut fon-
dée, dit-on, au s., par Ardingus, de la famille des
Ardenghesca, et établie sous la dépendance directe du
S. -Siège. D'après la première charte conservée, le
comte Régnier céda au monastère le château de Civi-
della, cession confirmée en faveur de l'abbé Lambert
par le comte Bernard et son épouse Stéphanie. D'après
Mittarelli, en 1204, le monastère passa aux camal-
dules; mais, à la fin du xiii" s., il n'y restait plus qu'un
moine. II fut supprimé par Eugène IV, en 1440, et sou-
H. — XII. — 33 —
1031
CLAIR CLAIRE D'ASSISE
1032
4. CLAIR (Saint) (10 oct.), est cité comme pre-
mier évêque de Nantes (Bretagne). Mais à part sa
place dans la liste épiscopale, le lieu du culte, la trans-
lation, on ne sait rien de précis à son sujet. Il remonte
vraisemblablement au iv« s. Plus tard on le fit disciple
de S. Luc, puis de S. Pierre. En 878, devant les inva-
sions normandes, son corps fut transféré à S. -Aubin
d'Angers. Il est fêté dans plusieurs diocèses de Bre-
tagne.
A. S., oct., V, 61-66; Auclarium, 33-35. — Cahour,
L'apostolat de S. Clair, premier évêque de Nantes. — D.A.C.L.,
XII, 636-39. — A. de la Borderie, Hist. de Bretagne, i, 1896,
p. 192-93. — Duchesne, ii, 363. — V. Leroquais, Les bré-
viaires mss., V, 62; Les sacranientaires et missels mss., m,
351. — F.-M. Richard, Étude sur la légende liturgique de
S. Clair, Nantes. 1886; Toulouse, 1892.
R. Van Doren.
5. CLAIR (Saint), reclus et martyr dans le
Vexin (4 nov.), a été rattaché par certains auteurs au
ii« s., ou à d'autres époques. Mais il appartient au
ixe s., puisqu'il séjourna à Rochester (Angleterre), sous
le roi Edmond l'Ancien (855-70). Il mourut martyrisé.
D'après sa Vila {H. H. L., 1826), antérieure au xiv« s.,
mais dénuée de crédit, il se fit moine dans une abbaye
du nord-ouest de la France, Maudon ( Malduinus), in-
connue par ailleurs, puis se fixa comme ermite près du
Costus, un ruisseau également inconnu. Poursuivi par
une femme de mauvaise vie, il s'installa près de la
rivière Epte, mais fut tué par des émissaires que la
créature avait subornés. Le saint, dont le caractère
sacerdotal que lui attribue la tradition n'est pas établi,
fut honoré dans le Vexin dès le ix*" s. Le centre de son
culte, très répandu, se trouvait à S.-Clair-sur-Epte,
prieuré de S. -Denis; sa châsse qui y était conservée
fut détruite à la Révolution française, mais les reliques
furent sauvées.
A. S., nov., Il, 436-51. — Le Gros, Vie de S. Clair, prêtre
et martyr, Vernon, 1884. — V. Leroquais, Les sacramentaires
et missels mss., m, 351 ; Les bréviaires mss., v, 62. — L'Hom-
mey, Hist. gén. du dioc. de Séez, 1898, p. 352-57. — A. Saba-
tier. Vie des saints de lieauvais, 1866, p. 236-39. — A. Zim-
mermann, Kalendarium benedictinum, m, 261.
R. Van Doren.
6. CLAIR (Saint) (8-16 nov.), fut disciple de S.
Martin de Tours. Il mena la vie monastique avec le
saint évêque, qui l'éleva au sacerdoce. Il mourut vers
400. A trois reprises, Paulin de Noie fait l'éloge de sa
vertu. Sulpice-Sévère, qui en parle également dans sa
Vila S. Martini, l'avait en grande estime, au point
qu'il fit déposer son corps dans son église de Primilia-
cum (un lieu non déterminé). Toutefois Clair, pendant
longtemps, n'a pas joui d'un culte liturgique propre-
ment dit. Son insertion au martyrologe n'est pas anté-
rieure à Baronius. Aujourd'hui, il est fêté à Tours, le
16 novembre.
A. S., nov., II, 784, 786. — Mart. Rom., 504-05. — S.
Pontii Meropii Paulini opéra, éd. Hartel, dans C. S. E. L.,
I, 160, 239, 267, 280-82, 283. — Sulpicii Severi libri, éd.
Halm, ibid., 1.32-33, 143, 156. — Tillemont, x, 352.
R. Van Doren.
CLAIRAC (S. -Pierre de), Clariacum, abbaye de
bénédictins, dioc. d'Agen (Lot-et-Garonne). Un faux
diplôme recule sa fondation jusque sous Pépin le Bref,
mais la première attestation certaine date du xi« s.
Elle fut ravagée par les albigeois au xiii" s. et entière-
ment détruite par les calvinistes au xvi«. Après la dis-
persion des moines, le roi Henri IV céda la moitié des
revenus au chapitre du Latran, l'autre moitié restante à
huit chanoines et aux bénéficiers, chargés du culte,
que l'évêque d'Agen nommait en qualité de grand
vicaire du roi. — On vénérait à Clairac un S.Avit, qui
y aurait vécu, et dont le culte attirait beaucoup de
pèlerins. Il s'agit, sans doute, de l'ermite du Périgord
(£). H. G. E., V, 120.3, n. 9).
Liste des abbés. — Constance, 1068. — Augier, 1144.
— Raymond I" ou Pierre. — Bernard, 1180. — Ar-
naud, 1190. — Pierre, 1214, 1228. — Ponce I" de
Pestilhac, 1253, 1254. - Gaillard de la Roque, 1281,
1296. — Raymond II, 1317; devint abbé de Mas-Gar-
nier. — Ainard de Faudoas, 1321, 1330. — Raymond
III Morel, 1353, 1365. — Jean I", 1373. — Ponce II
de Salignac, 1462-85. — Antoine de Chabannes, com-
mend., 1513. — Jean Mitte de Cuzieu, commend..
1525. • — Gérard Roussel, commend., év. d'Oléron. —
Gaulïroid de Caumont, commend.; épousa Marguerite
de Lustrac, 1568. — Henri d'Angoulême, chevalier de
S. -Jean de Jérusalem; nomma vicaire général Jacques
de la Roche, 1580. — Jean II de Teillac, dernier abbé;
résigna en 1604 entre les mains d'Henri IV, moyen-
nant une pension.
Barrère, Hist. du dioc. d'Agen, i, 160-72. — Beaunier-
Besse, Abbayes et prieurés, ni, 113. — Cottineau, 794. — A.
Durengues, Gérard Roussel, abbé de Clairac, évêque d'Oléron,
dans Revue de la Soc. de l'Agenais, xi.iii, 1916, p. 340-62.--
Gall. christ., u, 941. — J. Lacoste, L'abbaye de Clairac au
XIV s., dans Revue de la Soc. de l'Agenais, i, 1874, p. 181-84.
— Mabillon, Annales O. S. B., v, 14(13). — Mouillé, \otice
sur le diplôme de Pépin le Bref, dans Revue de la Soc. de
! l'Agenais, 1872, p. 162-222.
H. Van Doren.
! 1. CLAIRE D'ASSISE (Sainte) (1193-1253),
cofondatrice avec S. François du second ordre francis-
cain, celui des Pauvres Dames, appelées aussi dans la
suite Clarisses; première abbesse de S.-Damien.
I. Sources. — Les sources fondamentales d'une
biographie de Ste Claire peuvent être réparties en
quatre groupes : 1. les propres écrits de la sainte : sa
correspondance, sa règle et son testament; 2. les docu-
ments contemporains parmi lesquels les plus impor-
tants sont la règle du cardinal Hugolin, le privilège
de pauvreté et la lettre de faire-part annonçant la
mort de Claire; 3. les biographies : la Leyenda Sanclae
Clarae virginis et la Vita di Santa Chiara; 4. les docu-
ments relatifs à la canonisation. Tous ces textes ont
fait l'objet d'une très bonne analyse critique (M. Fass-
binder, Unlersuchungen iiber die Quellen zum Leben
der hl. Klara von Assisi, dans Franziskanische Stndien,
xxiii, 1936, p. 296-335). Nous nous arrêterons ici uni-
quement à ceux qui, mieux édités ou découverts seu-
lement depuis la fin du siècle dernier, ont amené les
historiens récents à corriger certaines traditions au
sujet de l'origine de Ste Claire, de la chronologie de
son curriculum vitae, de quelques faits miraculeux
rapportés à son actif. Tels sont : a) \a règle de Ste
Claire; l'original de la bulle Solet annuere d'InnocentIV
(9 août 1253), qui confirme solennellement la règle, a
été retrouvé en 1893 dans un coffret d'ébène placé dans
le tombeau de la sainte; il est actuellement conservé au
monastère de Ste-Claire à Assise; — b) la. lettre de
faire-part de la mort de Claire, découverte dans un
codex de la bibliothèque privée Landau de Florence et
publiée par le P. Z. Lazzeri (// processo de canonizza-
zione di S. Chiara d' Assisi, append. i, dans Archivum
{ranc. hist., xiii, 1920, p. 494-99); elle émane de la
chancellerie du cardinal Rainaldo, évêque d'Ostie;
c'est une brève biographie de Ste Claire; — c) la
Legenda Sanctae Clarae virginis; l'édition de F. Pen-
nacchi (Assise, 1910, in-S", lxx-140 p.), qui dépasse
celle des bollandistes (A. S., août, ii, 754-68, avec Com-
mentarius praeviiis du P. Cuper, ibid., 739-54), a remis
en question plusieurs données traditionnelles; elle se
fonde sur le ms. 33S de la bibl. communale d'Assise,
que l'éditeur juge être, sinon l'original, du moins la
copie la plus proche du texte primitif; la paternité de
cette Légende est encore discutée : Pennacchi et la plu-
part des historiens versés dans les questions francis-
caines continuent à l'attribuer à Thomas de Celano,
1033 CLAIRE D'ASSISE 1034
tandis que le P. Lazzeri tient pour S. Bonaventure;
quoi qu'il en soit, cette biographie révèle un auteur
contemporain, écrivant deux ans seulement après la
mort de Claire, s'appuyant à la fois sur les actes du
procès de canonisation et sur les assertions de témoins
immédiats; un seul point à sa charge : sa propension
à la crédulité; — rf; la Vila di Santa Chiara, par un
franciscain toscan anonyme du début du xvi« s., qui
a utilisé la Légende, les actes du procès de canonisation
et la chronique de l'ordre; elle a été publiée par le P.
Lazzeri (La Vita di Santa Chiara, Quaracchi, 1920,
in-8°, xiv-222 p.); — e) les actes du procès de cano-
nisation; nous n'en connaissons pas l'original, mais
une traduction italienne du xv« s. a été découverte en
1920, dans la bibliothèque Landau de Florence, par
B. Bughetti, O. F. M., et éditée par le P. Lazzeri
(Archiv. franc, hisl., xiii, 1920, p. 403-507); c'est un
document de la plus haute importance, qui en authen-
tique plusieurs autres et apporte une solution à des
questions douteuses.
If. Enfance et jeunesse de Claire jusqu'à la
KONDATION DU MONASTÈRE DE S.-DaMIEN. Claire
naquit à Assise, en 1193 ou 1194. Son père, du prénom
de Favarone, était probablement de la lignée des
comtes de Coccorano. De ses ancêtres, le procès de
canonisation livre les noms d'Oflreduccio et de Ber-
nardine; ce qui a amené certains auteurs à parler de
Messire Favarone d'Oflreduccio de Bernardino. Un
frère de Favarone s'appelait Scipio ou Cipio, d'oii l'ex-
pression frater Riifinus Cipii, ...consanguineus S. Cla-
rae, rencontrée dans un document littéraire francis-
cain (Chron. XXIV Generalium, cf. Anal. Franc, m,
46), qui a donné naissance à une interprétation erronée
apparentant Ste Claire à une imaginaire famille de
comtes de Scifi (déformation de Scipii) dénommés, au
surplus, seigneurs de Sasso Rosso. Une tradition,
qui remonte seulement au xv s., la rattache, du
côté maternel, aux Fiumi, de Sterpeto, famille d'au-
thentique noblesse. La Légende rapporte que la mère
de Claire, Ortolane, femme de grande piété, reçut
mystérieusement, avant la naissance de l'enfant, le
présage de sa haute destinée. Claire eut certainement
deux sœurs cadettes, Agnès et Béatrice; une généa-
logie, non absolument sûre, lui attribue deux aînés :
un frère, Boson, et une sœur, Penenda.
En 1198, les troubles qui éclatèrent à Assise obli-
gèrent les nobles, et notamment Favarone et Leonardo
de Gislerio, seigneur de Sasso Rosso, à mettre leur
famille en sécurité à Pérouse. Claire y vécut cinq ans.
De retour à Assise en 1 203, la fillette se tint à l'écart
du monde, joignant une excessive réserve aux vertus
d'amour pour les pauvres, de mortification et de piété,
qui l'avaient déjà signalée à Pérouse.
Vers 1210, alors que ses parents songent pour elle à
un riche mariage, Claire n'aspire qu'à une vie de renon-
cement et d'oraison. C'est alors qu'elle entendit, en
l'église S. -Georges à Assise, un sermon de François, le
fondateur des Frères Mineurs. L'aide d'une amie, Bona
de Guelfuccio, lui ménagea une entrevue avec le pré-
dicateur; des entretiens poursuivis pendant une année
aboutirent à la décision définitive : le soir des Ra-
meaux 1211 (1212 n. s.), Claire, s'enfuyant de la mai-
son par la « porte des morts ■> — celle qui, selon la cou-
tume ombrienne, ne s'ouvre que devant les cercueils —
se rendit à Ste-Marie-des-Anges pour s'y consacrer
totalement à Dieu. C'est Pacifica de Guelfuccio qui
l'accompagna, cette fois; Bona, craignant, et non sans
raison, les représailles de la famille, s'était rendue à
Rome sous prétexte d'y gagner les indulgences du
carême.
François confia d'abord sa première « pauvre dame •
aux bénédictines de S. -Paul, près de Bastia; puis,
après la tentative spectaculaire des parents pour re-
prendre la jeune fille, il la conduisit aux bénédictines
de S. -Ange in Panzo, au sud-est de la ville. Seize jours
plus tard, Agnès, qui n'avait que quinze ans, venait
rejoindre sa sœur aînée (v. Agnès d'Assise, supra, i,
976). Quelque temps après, François transféra les deux
sœurs dans les dépendances de S.-Damien, la petite
église qu'il avait autrefois restaurée de ses mains. Le
premier monastère du second ordre franciscain était
fondé.
I m. L'abbesse de S.-Damien. — Nombreuses arri-
vèrent auprès de Claire et d'Agnès les jeunes filles sé-
duites comme elles par l'idéal franciscain de renonce-
ment et de iiauvreté : Pacifica de Guelfuccio, Filippa,
fille du seigneur de Sasso Rosso, Benvenuta de Pérouse
et bien d'autres dont les noms sont cités dans le
procès de canonisation. Plus tard, Claire accueillera à
S.-Damien Ortolana, sa mère, et Béatrice, sa plus
jeune sœur, ainsi que ses nièces Balbina et Amata de
Coccorano.
Il fallait à cette communauté une abbessc. Le choix
i de François se porta sur Claire; on était en 1224, elle
n'avait que vingt et un ans, mais l'obéissance la con-
traignit à accepter une charge que son humilité lui
avait d'abord fait refuser. Dès lors, Claire fut pour ses
filles un modèle et une mère; mille traits édifiants et
charmants à la fois, consignés dans la Légende et dans
les actes du procès de canonisation, témoignent de sa
charité et de sa mortification, de son amour du silence
et de la prière. Bientôt ses excès dans la pénitence déla-
brèrent sa santé. Dès l'âge de trente et un ou trente-
deux ans, elle est atteinte d'une maladie qui la tenail-
lera jusqu'à la mort. Mais sa sainteté déjà est révélée
par des miracles, tels ceux du pain qui se multiplie, de
la cruche d'huile qui se remplit. En 1241, sa dévotion à
l'eucharistie sauve le monastère, assailli par des Sarra-
sins à la solde de Frédéric II; l'année suivante, la
prière des Damianites donne à la ville d'Assise la vic-
toire sur les troupes du capitaine Vitale d'Aversa.
Plus merveilleuse est sa vie intérieure, dont ([uelques
reflets transparaissent au dehors, telle l'extase qui la
saisit une fois du jeudi saint au soir du vendredi saint.
IV. La « petite plante » de S. I-'kançois. — - Tel est
le nom que Claire se donne dans son testament. De
fait, François, qui avait précisé pour cette âme la voca-
tion de haut renoncement à laquelle elle se sentait
appelée, continua à la cultiver jusqu'à sa mort. A
l'abbesse de S.-Dàmien, il donna une courte Formula
vitae, non point une règle à proprement parler, mais
l'essence d'une règle pour le gouvernement des Pau-
vres Dames. Il la visitait et c'est, sans doute, une de
leurs conversations tout enflammées de l'amour de
Dieu que symbolise le légendaire récit du repas à Ste-
Marie-des-Anges, où la forêt parut embrasée aux yeux
des habitants d'alentour. Par lui-même ou par des
frères de son ordre, il dispensait aux Damianites la
parole de Dieu, .\lors qu'il hésitait entre la contempla-
tion et la prédication, François recourut à Claire — en
même temps qu'à Frère Sylvestre, l'ermite — pour
connaître la volonté divine. Vers la fin de sa vie,
lorsque, marqué des stigmates du Christ sur l'Alverne,
il revint à .\ssise, Claire lui construisit une petite hutte
de branchages pour qu'il pût se reposer dans le jardin
de S.-Damien. C'est là que, durant l'hiver 1224-25,
fut composé l'hymne de louange à Dieu par les créa-
tures, que nous appelons le Cantique du soleil. Peu
avant sa mort, de la Portioncule où il s'était fait rame-
ner, François envoya aux Damianites un ultime con-
seil, celui « de vivre toujours dans la vie très sainte
d'imitation du Seigneur et dans la ])auvreté ». Une de
ses dernières volontés fut que son corps, lorsqu'on le
transporterait à Assise pour les funérailles, fût porté
dans l'église de S.-Damien, afin (jue Claire et les Pau-
vres Dames pussent voir une dernière fois leur père.
1035 CLAIRE D'ASSISE - CLAIRE GAMBACORTA 1036
V. La cofondatrice du second ordre francis-
cain. — Du vivant de François déjà, nombre de
monastères s'étaient fondés se réclamant de l'esprit
de S.-Damien; des communautés, obéissant jusqu'alors
à une autre règle, demandaient leur incorporation au
nouvel ordre. François avait confié à la sœur de Claire,
Agnès, le couvent de Monticelli à Florence; Claire en-
voya sa nièce Balbina fonder celui d'Arezzo; son amie
Pacifica, celui de Vallis Gloriae à Spello; d'autres, à
Pérouse, à Terni, à Spolète, à Volterra, à Pise, à Bolo-
gne, à Crémone, à Vérone, à Venise. Bientôt le second
ordre s'introduisait à l'étranger, en Espagne, en
France, en Allemagne, en Belgique (sur l'expansion
du second ordre, v. l'article François [Ordre de S.-]);
à signaler particulièrement le monastère de Prague,
que gouverna Agnès, fille de Primislas Ottocar I", roi
de Bohême (v. Agnès de Bohème, supra, i, 977), et
celui de Bruges, fondé par Ermentrude de Cologne.
La brève Formula vitae de S. François ne pouvait
suffire à maintenir dans l'unité d'une même discipline
tous ces monastères dispersés. Déjà le cardinal Hugo-
lin, protecteur du second ordre, avait obtenu d'Hono-
rius III, en 1218, l'exemption, pour les Pauvres Dames,
de la juridiction épiscopale; en 1219, il leur donna une
règle qui, suivant les récentes prescriptions du concile
de Latran, se fondait sur celle d'un ordre préexistant,
en l'occurrence celui de S. -Benoît. Toutefois, en dehors
des dispositions relatives aux trois vœux fondamen-
taux, toute liberté était laissée de suivre les obser-
vances propres au second ordre franciscain. Ces obser-
vances, Hugolin les rendit plus austères que dans l'or-
dre bénédictin : clôture stricte, silence perpétuel,
jeûnes et mortifications sont minutieusement codi-
fiés. Le pape Honorius III donna son approbation par
la bulle Sacrosancta du 9 déc. 1219.
D'aucuns ont imputé à Claire l'austérité de cette
règle. L'étude des documents permet de croire qu'elle
ne prit aucune part à sa rédaction. Sans doute, l'ab-
besse de S.-Damien était portée — et depuis son en-
fance — à une mortification extraordinaire; mais,
imprégnée de l'esprit du Poverello, c'est sur la pau-
vreté qu'elle mit l'accent, sur la pauvreté absolue pour
laquelle elle lutta jusqu'à sa mort. Elle revendiqua
comme un privilège pour ses filles le droit de ne rien
posséder jamais, pas plus en commun qu'en propre, et
de vivre uniquement d'aumônes. L'examen attentif
des sources a prouvé qu'elle obtint gain de cause au-
près d'Innocent III. Grégoire IX, autrefois cardinal
Hugolin, eût voulu mitiger cette disposition. En 1228,
il discuta personnellement avec Claire la possibilité
pour les couvents du second ordre d'accepter la pos-
session de biens en commun; il proposa même de la
délier de son vœu d'absolue pauvreté, qu'il croyait
être le seul obstacle à son adhésion, mais l'abbesse lui
répondit : « Saint Père, déliez-moi de mes péchés, mais
non point de l'obligation de suivre Notre-Seigneur
Jésus-Christ. » Vaincu, le pape confirma le privilegium
paupertalis, mais uniquement pour S.-Damien, le
17 sept. 1228. Selon une étude plus récente, il semble
que ces faits devraient être reportés à l'année 1231
(P. Pancratius, Ilet privilégie der armoede, dans Franc,
leven, xxii, 1939, p. 176). Quand Innocent IV, le
6 août 1247, autorisa tous les monastères de clarisses
à posséder des revenus, Claire se retrancha derrière son
privilège de pauvreté; et lorsqu'elle-même composa
une règle pour les Pauvres Dames, elle y enchâssa la
pratique de la pauvreté absolue pour tous les couvents
de son ordre.
Aux observances en usage à S.-Damien, conformes
d'ailleurs à la Formula vilae, cette règle ajouta quel-
ques jjrescriptions tirées de la règle d'Hugolin et de
celle d'Innocent I\'; dans sa composition comme dans
son expression, elle emprunte à la règle des Frères
Mineurs de 1223, dont elle reproduit textuellement
plusieurs passages. Le cardinal Rainaldo, évêque d'Os-
tie, alors protecteur du second ordre et, peut-être,
« rédacteur » de la règle, l'approuva le 16 sept. 1252
et obtint pour elle l'approbation papale. Claire eut le
bonheur d'en recevoir la confirmation solennelle,
sanction décisive et définitive, par la bulle Solet an-
nuere, qu'un frère mineur, messager d'Innocent IV, lui
apporta, le 9 août 1253, deux jours avant sa mort.
VI. La mort et la gloire posthume. — Malade
depuis près de trente ans, Claire, plus d'une fois, avait
été aux portes du tombeau. En sept. 1252, on la
croyait à toute extrémité; elle vécut encore cependant
jusqu'au début d'août 1253. InnocentIV, alors de pas-
sage à Assise, l'honora d'une visite personnelle au
cours de laquelle l'abbesse mourante lui recommanda
ses filles et leur si précieuse pauvreté. Les derniers
instants de Claire, comme tant d'autres circonstances
de sa vie, au dire de la Légende, s'accompagnèrent de
merveilles célestes; elle mourut le lundi 11 août 1253.
Le 18 oct. de cette même année, la bulle Gloriosus
Deus d'Innocent IV confiait à l'évêque Barthélémy de
Spolète la mission d'instruire le procès de canonisa-
tion. Les témoins entendus, les actes furent rédigés du
24 au 29 nov. 1253; moins de deux ans plus tard, le
pape Alexandre IV, l'ancien cardinal Rainaldo, pro-
clamait la nouvelle sainte en l'église d'Anagni, le
15 août 1255. Bientôt s'éleva en son honneur l'église de
Ste-Claire à Assise, où sa vie fut retracée par des dis-
ciples de Giotto, tandis que Simone Martini la repré-
sentait dans une fresque célèbre de l'église S.-François.
On établira facilement une bibliographie des sources mss.
et des sources éditées à partir de l'étude de M. Fassbinder,
op. cil. — On trouvera une bibliographie rétrospective des w
sources et des travaux, s'étendant jusqu'à l'année 1920,
dans P. Oscar de Pamel, O. M. C, La biographie de Ste Claire
d'Assi!ie, dans Franciscana, iv, 1921, p. 205-16, 277-84.
A signaler parmi les ouvrages plus récents : .J. Ancelet-
Hustache, Les Clarisses, coll. Les grands ordres nwnastiques,
Paris, 1929. — L. Bracaloni, O. F. M., Storia di S. Damiano
in Assisi secundo nuove ricerche, Todi, 2' éd., 1926; Santa
Chiara d' Assisi, Milan, 1928. — .\. Callebaut, S. François
et les privilèges, surtout celui de la pauvreté concédé à Ste
Claire par Innocent IIL dans Arch. jranc. hist., xx, 1927,
p. 182-9.S. — M. Fassbinder, Die hl. Clara von Assisi, Fri-
bourg, 1934. — A. Henrion, Visioni di Assisi. Sorella Chiara
la primogenila del Poverello, Milan, 1921; Santa Chiara
d'Assisi la cooperatrice di S. Francesco, dans Arch. franc,
hist., XIX, 1926, p. 579-609. — C. Mauclair, La vie de Ste
Claire d'Assise, d'après les anciens textes, coll. Piazza, Paris,
1925. — P. Pancratius, O. M. C, Ilet privilégie der armoede,
dans Franc, leven, xxi, 1938, p. 365-75; xxii, 1939, p. 50-58,
104-10, 169-79. — R. M. Pierazzi, Chiara Santa di Assisi,
Turin, 1936; Ste Claire dAssise, adapté de l'italien par B.
Dayen, Paris, 1937. — P. Sabatier, A quelle époque Ste Claire
d'Assise oblinl-elle du Souverain pontife le « privilège de la
pauvreté »?, Pérouse. 1921. — M. Sticco, S. Chiara d'Assisi,
dans Collana di opuscoli délia gioventu femminile cattolica
italiana, fasc. ix. Milan, 1930. — A. Volonterio, Santa
Chiara d'Assisi, Pavie, s. d. (1934).
S. RoisiN.
2. CLAIRE GAMBACORTA (Bienheureuse).
Appartenant à une famille qui tint une place im-
portante dans l'histoire politique de la Toscane au
xiv s., Claire Gambacorta naquit en 1362, loin de Pise
dont son père avait été banni à la suite des événements
de 1355. Elle reçut au baptême le nom de Tora. En '
févr. 1369, les Gambacorta ayant regagné Pise, Claire
y suivit sa famille et y fut fiancée à Simon de Massa.
Mariée à l'âge de douze ans (1375), elle perdit son
époux en 1377. Admise chez les clarisses de S. -Martin,
elle s'en vit violemment retirée par ses frères, qui
l'enfermèrent dans un réduit de l'habitation pater-
nelle. Sur l'intervention de l'évêque de Jaen, Alphonse
1 Valdaterra, Claire obtint en 1378 d'entrer chez les
I dominicaines de Santa Croce, en attendant de pou-
il
1037
CLxVlRE GAMBACOKTA
CLAIREFONTAINE
1038
voir s'établir dans le monastère que, sous le vocable de
S. -Dominique, son père lui faisait construire (1382-85).
Sous-prieure, puis à la mort de Filippa Albizzi (12 mars
1395) prieure de la nouvelle communauté, elle intro-
duisit dans son couvent la réforme dont le Bx Jean
Dominici à Venise et le Bx Laurent de Ripafratta à
Pise s'étaient faits les promoteurs. En 1392, elle assista
impuissante à la conjuration que lacopo d'Appiano
avait ourdie et qui devait coûter la vie à son père et
à deux de ses frères : Benedetto et Lorenzo. Claire
mourut à Pise le 17 avr. 1419. Le 3 avr. 1830, Pie VIII
a confirmé son culte.
En relation avec de nombreuses personnalités tos-
canes de son temps, Claire entretint avec elles une
correspondance assidue. Quatorze lettres, dont douze
adressées à Francesco di Marco Datini et à son épouse
Margherita Bandini (éd. Pise, 1871), sont parvenues
jusqu'à nous.
Sainati, Vita délia B. Chiara Gambacorta, Pise, 1900. —
M.-C. De Ganay, Les bienheureuses dominicaines..., Paris,
1913, p. 193-237. — N. Zucchelli, La B. Chiara G. La chiesa
e il convenlo di S. Domenico, Pise, 1914. — D. Toncelli, La
B. Chiara G., Pise, 1920. — Sur la famille, v. P. Silva, Il
governo di Pielro G. in Pisa..., Pise, 1911.
M. -H. Laurent.
3. CLAIRE DE MONTEFALCO (Sainte).
Claire de la Croix, née à Montefalco (Ombrie) en 1275,
religieuse au monastère de Ste-Croix dans la même
ville. Depuis des siècles. Franciscains et Ermites au-
gustins se disputent pour rattacher la sainte à leur
obédience. Son monastère, dont elle était supérieure
et le resta jusqu'à sa mort, reçut en 1290 la règle de
S. Augustin. On nous dit qu'elle fut très dévote à la
Passion, qu'il lui fut donné d'y assister en vision et de
participer sensiblement aux soufTrances du Rédemp-
teur. Elle mourut en 1308. Son procès de canonisation,
commencé ofTicielIcment en 1318, aboutit en 1881 à sa
canonisation par Léon XIII. Son corps ne connut pas
la corruption. A sa mort, on fit l'ablation du cœur,
qu'elle avait très gros, et on crut y découvrir, figurés
en chair et en nerfs, des images de la croix avec le
Christ et des instruments de la Passion, qu'on montre
encore aujourd'hui. On en pourra voir le dessin dans
les A. S. et dans Imbert-Gourbeyre, cités plus bas.
Simple interprétation Imaginative des muscles et des
tendons intérieurs du cœur. De même on retira de sa
vésicule biliaire des calculs qui se divisèrent en trois,
formant ainsi une figure de la Trinité, d'autant plus
expressive, expliqua-t-on plus tard (au xv« s.), que
l'une quelconque de ces trois pierres, mise en balance
avec les deux autres, donne toujours un poids égal. Sa
fête est fixée à l'anniversaire de sa mort, 17 août.
Vita .Sancte Clare de Cruce, par Bérenger de S.-Afirique,
vicaire général de Spolète, contemporain, éd. M. Faloci-
Pulignani, Foligno, 1885. — Autres Vies : Mosconius, Bolo-
gne, 1601, dans A. S., août, m, 766 sq.; Napoléon Orsini,
card. chargé de l'enquête pontificale, fit un Summarium,
édité par .Augustin de Montefalco, ermite augustin, Venise,
1515; L. Tardi, 1846; P.-T. de Tôth, 1908; Léon, Vies des
saints et des bienheureux... de l'ordre de S.-François, Paris,
1887, p. 445 sq.; A.-N. Merlin, Paris, 1930; E.-A. Foran,
Lije..., 1935; O. Bot, Klara..., Hilversum, 1936. — Hist.
de la canonisation, dans Anal, juris pontif., II« série, 1857,
col. 1569 sq. — Sur le cœur et les reliques, Dr A. Imbert-
Gourbeyre, La stigmatisation, l'extase divine et les miracles
de Lourdes, i, Clermont-Ferrand, 1894, p. 35 sq. — P. De-
bongnie. Les stigmatisations au Moyen Age, dans Études
carmélitaines, oct. 1936, p. 36 sq. — .1. Joergensen, Le livre
de la route, trad. de Wisewa, 4«éd., Paris, 1912, p. 232 sq.;
Pèlerinages franciscains, ibid., 8' éd., Paris, 1911, p. 191 sq.
— • Bévue de l'art chrét., nouv. série, viii, 1888, p. 248 sq.
P. Debononie.
CLAIRECÔMBE (Notre-D.\me de), Clara-
cumba, abbaye de bénédictins, dioc. et arrond. de Gap
(Htes-Alpes). Fondée entre 1210 et 1220, elle s'affilia
à l'ordre de Chalais {D. H. G. E., xi, 276). Dès 1282,
ses moines furent en lutte avec les chevaliers de S.-
Jean de Jérusalem, qui réclamaient l'incorporation
de l'abbaye à S. -Pierre d'Avez, dépendance de la com-
manderie de Joucas, à qui, semble-t-il, l'indigne abbé
Olivier l'avait vendue en 1278. Il y eut un procès en
Cour de Rome, que Clairecombe perdit, car en 1290
elle appartenait définitivement à l'ordre de Jéru-
salem.
.J.-H. Albanès, N.-D. de Clairecombe, abbaye chalaisienne
au dioc. de Gap, dans Bull. hist. de Valence, ii, 1881, p. 24-35.
— Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., u, 49. — Berlière,
La congr. bénéd. de Chalais, dans Revue bénéd., xxxi, 1914,
p. 409. — Cottineau. 794. — Gall. christ., m, 1107. — J.-C.
Roman, L'ordre <lauphinois et provençal de Chalais, 1920.
R. Van Doken.
1. CLAIREFONTAINE, Clarus Fon.i, an-
cienne abbaye de moines cisterciens au dioc. de BE-
SANÇON, comm. de Polaincourt. Les seigneurs de
Jonvelle avaient fourni l'emplacement nécessaire; un
essaim de moines y vint de Morimond, qui créait ainsi
sa sixième maison fille. La vie régulière commençait
en juin 1132 sous l'abbatiat du Bx Lambert. Ce der-
nier fut appelé à gouverner Morimond en 1154, puis
Cîteaux; il démissionna en 1161. Clairefontaine pros-
péra au point de pouvoir fonder, en 1168, l'abbaye de
Vaux-la-Douce (Dulcis Vallis), au dioc. de Langres
(Hte-Marne). Dans les chapitres généraux tenus à
Cîteaux, les abbés de Clairefontaine firent générale-
ment bonne figure; des délégations importantes leur
étaient confiées, et ils furent choisis comme défini-
teurs. Un jour cependant, le chapitre dut ratifier la
déposition de l'abbé Girard III de Fontenay, qui avait
été prononcée par l'abbé de Cîteaux, Jacques de Flo-
gny (Statiila..., 1396, n. 51).
A dater du xiv s., commence une série de désastres
qui vont ruiner coup sur coup l'abbaye et décimer son
personnel. En 1359 et 1360, les monastères de Cher-
lieu et de Clairefontaine sont visités par les Grandes
Compagnies. Les guerres de religion des xvi>^ et xvii'' s.
y amènent les troupes protestantes; les dévastations
successives aboutissent, en 1644, à ne laisser sur place
qu'un seul religieux au milieu de ruines. La commende
vint en 1648. 11 semble toutefois qu'un peu de vie ait
reparu dans la suite, puisqu'on reconstruisit au
xviii" s. En 1768, on signale la présence de cinq reli-
gieux. Aujourd'hui ce qui reste de l'abbaye est trans-
formé en établissement industriel.
Liste des abbés. — 1. Bx Lambert, 1132-54. — 2.
Aliprand, 1154-62. — 3. Henri de Cîteaux, 1168-73. —
4. Raoul, 1202. — 5. Barthélémy, 1216-20. — 6. Gi-
rard I", 1222. — 7. R., 1228. — 8. Hfenri?], 1241. —
9. Étienne I", 1253. — 10. Thomas, 1263. — 11. Du-
rand, 1269. — 12." Nicolas I", 1274 (Statuta..., 1278,
n. 25). — 13. Girard II, 1277. ~ 14. Adam, 1293. —
15. Hugues, 1313. — 16. Pierre, 1324. — 17. Arnoul,
1346. — 18. Odon de Ormeto, 1377. — 19. Girard III
de Fontenay, déposé en 1396. — 20. Jean I", 1427.
— 21. Hugues II de Chauvirey, 1447. — 22. Guil-
laume Cœur d'argent, élu en 1461 (ibid., 1461, n. 21),
1469. — 23. Étienne II Lequien (ibid., 1473, n. 15),
1473-78. — 24. Jean de Lignis (ibid., 1518, n. 40), en
1540, obtint comme coadj. Jean III Lequien. — 25.
Jean III. — 20. Thibaud Ponsot, 1574. — 27. Jean IV
Ponsot, coadj. du précédent en 1583 [ibid., 1584,
n. 96), démiss, en 1614. — 28. Guillaume Bardot, 1614.
— 29. Nicolas II Bardot, dernier abbé régulier. —
30. Laurent Jean Brun, commend., 1648. — 31. Phi-
lippe Charles de Nouveau, 1673. — 32. Étienne III
Renoux, 1675-1719. - 33. Antoine Ignace de Camus
de Filain, 1719. - 34. Bonaventure Pourcheresse
' d'Avasnes, doyen du chapitre de Dôle, 1748-68. —
I 35. Nicolas m Michel d'Osmont, 1768-90.
1039
CLAIREF
ONTAINE
1040
Archives départ, de la Hte-Saône, série H 342-394 :
53 art.; bulles (1151-1692). — Inoent. gén. des arch. départ,
du Doiibs, série H, Invent, des titres..., 1768 : analyses des
titres de confirmation des droits et des privilèges par les
papes (1160-1417); analyses des donations et ventes; dona-
tions, reconnaissances, amodiations; justice d'Anchenon-
court; comptes des recettes et dépenses (1G73-1768). —
Départ, des Vosges, VIII II 5; XV H 9. — Paris, Bibl.
nat., mss. fr. 20892, 20902, 25973, 25988; coll. Moreau,
ms. 874, fol. 458; ms. 536. — Besançon, bibl. munie, coll.
Dunand, ms. 30, p. 471; notice (xviii» s.); coll. Duver-
noy, ms. 39, fol. 51 : liste d'abbés; ms. 1215, fol. 130;
ms. 688.
H. Brultey, Étude d'hist. sur le cartulaire de Clairefon-
taine, dans Méni. de la Commission archéol. de la Hte-Saône,
IV, 1865, p. 373 sq. (le titre de cet article ne se justifie nulle-
ment, fait remarquer H. Stein, Cartulaires jrançais, 135,
car Clairefontaine ne possède pas de cartulaire). — .J. de
Trévillers, Sequania monastica, Vesoul, 1949, p. 174. —
Gall. christ., xv, 292. — J. Guiraud, Registres d'Urbain IV,
n. 1926. — Janauschek, Origines cisiercienses. Vienne, 1877,
p. 24. — Statuta cap. gen. ord. cislerc, éd. Louvain, viii,
134 : synthèse des références concernant Clairefontaine.
J.-M. Canivez.
2. CLAIREFONTAINE (Notre-Dame de),
Sancta Maria de Claro Fonte, dans la vallée de la Ra-
bette, près de Rambouillet (Seine-et-Oise), dioc. de
CHARTRES. Un acte de Philippe Auguste, daté de
1207 et connu par une traduction de 1562, faisait re-
monter à l'année 1100 la fondation de Clairefontaine.
Ce témoignage, accepté jadis par les auteurs du Gall.
christ, et par Souchet, ne résiste pas à la critique. En
fait la nouvelle communauté de cbanoines réguliers
s'est formée entre les années 1140 et 1160, sous la pro-
tection de l'évêque de Chartres, Robert (1155-64), et
grâce à la générosité de Simon III de Montfort. En
1177, le roi de France, Louis Vil, confirme aux reli-
gieux leurs droits dans toute la forêt de l'Yveline.
Le manque de documents ne permet pas de retracer
l'histoire ultérieure de cette petite communauté. A la
fin du xiv« s., l'abbé Adam s'occupe à réparer les dom-
mages causés par les guerres. En 1527, Jean de Serre
est installé comme premier abbé commendataire. Un
de ses successeurs, Raoul Hurault, soulève l'opposition
des religieux. Une enquête menée en 1597 révèle la pré-
sence de quatre chanoines fort peu instruits de leurs
devoirs et réduits à une grande pauvreté. JMême con-
clusion à la visite faite en 1613 par Denys Coulombs,
général de la congrégation de S. -Victor.
Les difficultés constantes soulevées par les commen-
dataires provoquent en 1627 une réforme radicale :
l'abbaye est confiée aux Augustins déchaussés de la
Congrégation de France qui obtiennent une pension de
1 200 livres et installent à Clairefontaine 6 prêtres,
2 clercs et 4 novices. Malgré les tentatives faites par
les Génovéfains pour récupérerl'abbaye, les Déchaussés
se maintiennent jusqu'à la Révolution française. En
1792 les bâtiments, sauf la cure, sont vendus au prix
de 2 125 livres. Il n'en subsiste que quelques murs dé-
pourvus d'intérêt archéologique.
Liste des abbés (d'après H. Lemoine). — Raoul,
1164. — Jean, 1178. — Guérin, 1195. — Jean II,
1238. — G..., 1268. — M..., 1303. — Benoît, 1336. —
Jean III, 1348. — Lubin, 1370. — Adam, 1372-89. —
Jean IV, 1389-1409. — Jean V Cotard, 1451. — Nico-
las I" Botelin, 1458. — Pierre Boitard, 1469-92. —
Charles de Druy, 1492-98. — Antoine Geoffroy, 1498-
1512. — Louis des Agés, 1515-17. — Jean VI de Serre,
commend., 1527-38. — François Lefèvre de Harville,
1539-49. — Mathurin de Harville, 1549-84. — Raoul
Hurault, 1588-1623. — Valentin Boutin, 1623-?. —
Nicolas Lefèvre de Lezeau, 1643-77. — Pierre Robert,
1677-78. — Michel de la Roche, 1678-1714. — Louis
le Gendre, 1724. — Antoine de Clermont-Toanerre,
1734-72. — Charles-Pierre de Hoziers, 1790.
Prieurés. — S.-Germain-des-Adjots. — S.-Nicolas
de Montcouronne. — S. -Léonard de Coudrey. — S.-
Marc d'Orgeval. — La Madeleine à Rochefort. — N.-
D.-du-Désert.
Prieurés-cures. — Clairefontaine, 1506. — Boissy-
le-Sec, 1495. — Mérobert, 1597. — Paray, 1617. —
Rosny, 1588. — Thoiry. — Roinville. — Les Bré-
viaires.
Archives : Paris, .\rch. nat., S 3304. — Départ, de Seine-
et-Oise, H; V. H. Lemoine, Inuent. sommaire, Corbeil, 1914,
p. 1-8. — Paris, Bibl. nat., coll. Moreau, ms. 874.
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., i, 234. — Fourier-
Bonnard, Hist. de l'abbaye royale de S.-Victor, ii, Paris,
1907, p. 110. — Gall. christ., vni, 1315. — H. Lemoine,
L'abbaye de Clairefontaine, dans Bull, de la Soc. d'hist. de
Rambouillet, xxx, 1944, p. 1-18. — Souchet, Hist. du dioc.
de Chartres, Chartres, 1868-72, i, 23-30; ii, 477; m, 587.
Ch. Dereine.
3. CLAIREFONTAINE, Clarus Fons, Beau-
lieu, Bardenburg, ancienne abbaye de moniales cis-
terciennes, située près de la ville d'Arlon, dans le
Luxembourg belge, jadis dioc. de Trêves, auj. de
NAMUR. Au nombre des actes relatifs à cette abbaye,
le premier en date est le testament d'Ermesinde, com-
tesse de Luxembourg; il est de 1247 et mentionne des
donations faites en vue d'achever les constructions du
monastère. En 1250, la comtesse fait présenter au
chapitre général de Cîteaux la demande d'agrégation
pour la fondation récente. L'inspection préalable
prescrite fut faite par les abbés d'Himmerode et d'Or-
val (Statuta..., 1250, n. 41; 1251, n. 31). Clairefontaine
prit alors place dans la filiation directe de Clairvaux
(Dusseldorf, ms. 32 : catalog. abbat.).
Vers la même époque se créaient en France les
abbayes de Maubuisson et du Lys, près Melun; c'était
l'œuvre de Blanche de Castille. Mais cette royale fon-
datrice, pas plus qu'Ermesinde, ne stipula que seules
des filles nobles seraient admises. Il n'y eut, sur ce
point, qu'une situation de fait. C'est peut-être en cela
qu'il faut trouver la cause du nombre restreint de pro-
fesses que compta Clairefontaine; les chiffres connus
ne dépassent pas la vingtaine (Joset, op. infra cit., 82).
Durant le xiii^ s. et un peu au delà, des donations de
biens et de droits fiscaux arrivent à constituer un
patrimoine monastique, qui permettra à l'abbaye de
prolonger son existence jusqu'aux dernières années du
xviii« siècle.
Les guerres viendront appauvrir le budget, aussi
bien que les taxes qu'imposeront les autorités civiles
et ecclésiastiques. L'abbaye fut décimatrice de plu-
sieurs localités; elle exerça le droit de collation en
quelques paroisses et incorpora même celles de Gre-
venmacher et de Hollerich. Comme bon nombre d'au-
tres abbayes, celle de Clairefontaine posséda certains
droits de seigneurie, ainsi qu'il fut reconnu par une
sentence du conseil provincial de 1547. En 1674, la
communauté fut « invitée » à faire l'acquisition des
droits de seigneurie sur les villages de Beckerich,
Nordange et Eischen. Il fallut se résoudre à une opé-
ration financière qui ne devait guère être avantageuse
pour l'abbaye.
Durant dix années, de 1497 à 1507, les moniales
furent ici remplacées par des moines. Les causes de
cette modification, étrange en raison de sa durée limi-
tée, ne sont pas encore nettement définies. Les ar-
chives de l'État à Arlon font mention de deux abbés :
Marc Tertinger, 1497-1500; et André Thibolt, que
l'abbé de Morimond installa en 1504 (Statuta..., 1504,
n. 36). Un statut antérieur (ibiil., 1489, n. 92) men-
tionne certaines difficultés d'administration, qui ont
pu agir dans le sens du départ des moniales. Quoi
qu'il en soit, en juin 1507, une abbesse était de nou-
veau installée à Clairefontaine par l'abbé d'Himme-
1041
CLAIREF
ONTAINE
1042
rode, Jacques de Hillesheim, agissant au nom de Jean
Foucault qu'Alexandre VI avait créé abbé de Clair-
vaux en 1496.
En 1748, la communauté eut à subir une crise occa-
sionnée par l'imprudence de l'aumônier, dom Pinart.
Celui-ci avait mis entre les mains des moniales quel-
ques ouvrages de l'abbé de Rancé, le réformateur de
la Trappe. Certaines consciences s'alarmèrent, en
constatant que leur vie n'était pas calquée rigoureu-
sement sur l'idéal tracé par le réformateur. Pour cal-
mer les inquiétudes des bonnes âmes, il suffit de quel-
ques interventions des supérieurs majeurs : dom
François Trouvé, abbé de Cîteaux, dom Pierre Mayeur,
de Clairvaux, etc.
Le 18 avr. 1794 marque l'incendie de l'abbaye,
allumé par quatre soldats pris de boisson. Les moniales
s'étaient retirées la veille, fuyant à travers bois pour
atteindre leur refuge de Luxembourg. C'est là que
mourut la dernière abbesse, dame Anne-Catherine
Baur d'Eyseneck, le 25 nov. 1801. En janv. 1834,
décédait à Gomery la dernière moniale, dame Mathilde
Jeanne de Gerlache. Son neveu, le R. P. Eug. de Ger-
lache, supérieur de la résidence des Pères jésuites
d'Arlon en 1866, put faire l'acquisition de quelques
parcelles des anciennes propriétés monastiques. Bien-
tôt étaient mis à jour la statue de N.-D. de Claire-
fontaine, la fontaine miraculeuse, les restes de la
fondatrice, comtesse Ermesinde. Une chapelle fut en-
suite construite; deux des vitraux rappellent les deux
Bienheureuses abbesses Hawis de Bar (f 1280) et
Jeanne de Luxembourg (t 1310).
Archives : Arlon, Arch. de l'État, fonds Clairelontaine :
cartulaire signalé par H. Stein, Cartulaires français, Paris,
1907, p. 135. — Arch. gén. du Royaume à Bruxelles. —
Arch. du gouvern. du grand-duché de Luxembourg, à
Luxembourg. — Départ, des Ardennes, H 513. — Départ,
de la Moselle, H 45-53-4554.
Fayen, Lettres de Jean XXII, n. 1802. J. Gay, Regis-
tres de Nicolas III, n. 1080. — Gall. christ., xiii, 647. — H.
GolTmet, Cartulaire de Clairefontaine, Arlon, 1877. — C.
Henriquez, Lilia Cistercii, u. Douai, 1633, p. 165. - - C.-J.
Joset, L'abbaye noble de N.-D. de Clairejunlaine, Bruxelles,
1935, ouvrage capital. — G. MoUat, Lettres communes de
Jean XXII, n. 26117. — Potthast, Bey., n. 16510. — Sla-
tuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain, 1933-41,
passim. — P. Van Isacker, Lettres de Clément VI, n. 1364.
J.-M. Canivez.
4. CLAIREFONTAINE (S.-Nicolas de),
Clarus forts, Clara fons, cant. de La Capelle en Thié-
rache, arrond. de Vervins (Aisne), dioc. de Laon, auj.
de SOISSONS; transféré en 1676 à Villers-Cotterets,
arrond. de Soissons (Aisne), dioc. de Soissons.
Les origines de cette abbaye de l'ordre de Pré-
montré sont connues par le récit des Annales Rodenses
et par une charte de Barthélémy, évoque de Laon,
datée de 1126. Le fondateur, Ailbert d'.\ntoing
(D. H. G. E., I, 1144), fait partie de ces clercs qui, à la
fin du xi« s. ou au début du xii", abandonnent les
anciens chapitres pour mener dans la solitude la vita
aposlolica (art. Chanoines, supra, xii, 383-85). Né à
Antoing, il entre très jeune au chapitre N.-D. de
Tournai et signe comme témoin de nombreux docu-
ments entre les années 1090 et 1104. Subissant l'in-
fluence du célèbre écolàtre Odon de Tournai, il aban-
donne sa prébende et se retire vers 1100 dans une dé-
pendance du chapitre, l'église S.-Médard, pour mener
la vie érémitique. Quatre ans après, avec deux de ses
parents, il se lance dans la perigrinatio et se fixe fina-
lement à Rolduc, à la frontière de l'actuel Limbourg
hollandais, sur les terres du comte de Safîenberg. Il
y édifie un petit oratoire, s'adonne avec ses compa-
gnons au travail manuel et se consacre au service des
pauvres. Sa renommée de vertu lui attire des disci-
ples, entre autres un ministerialis du comte de Safîen-
berg, Embricon, qui vient à la conversio avec sa femme,
ses enfants et tous ses biens. Des divergences de vue
ne tardent pas à surgir entre le fondateur et son prin-
cipal converti. Ce dernier prétend consacrer aux cons-
tructions du monastère et au développement du tem-
porel les ressources que l'ermite, fidèle à son idéal
apostolique, continue à distribuer aux pauvres, sans
souci du lendemain. En outre, la présence de sorores
constitue un autre point de friction entre les deux
hommes. Pour sauvegarder la paix, Ailbert n'hésite
pas à quitter son ermitage et à se lancer une nouvelle
fois à la recherche d'une solitude propice à ses concep-
tions de vie. En 1111, il arrive dans la grande forêt de
Thiérache et obtient du seigneur de l'endroit, Guy de
Guise, la permission d'y installer un ermitage où il se
livre, avec deux compagnons, au travail de défriche-
ment dans le lieu appelé Clairefontaine.
Voir, pour tout ceci, les Annales Hodenses, dans M. G. H.,
SS., XVI, 689-96; et la charte de 1126, éd. C.-L. Hugo, dans
Annales ord. Praem., i, prob., 400-01. — On n'utilisera
qu'avec prudence le travail souvent hypercritique et fantai-
siste de P. C. Boeren, Rodensia, ii, Het leven van Ailbertus
van Antoing, stichter van Rolduc, p. 15 sq., dont on trouvera
d'ailleurs la critique par S. P. Everts, De Annales Rodenses
en de bouu) der abdijkerk van Rolduc, dans Publ. de la Soc.
hist. et archéol. dans le Limbourg, xxxv, 1949, p. 95, et par
Ch. Dereine, Les chanoines réguliers au dioc. de Liège avant
S. Norbert, Bruxelles, 1951, p. 150 sq.
A Clairefontaine, comme à Rolduc, Ailbert mène la
vila eremilica sub habitu clericati; il s'adonne à l'hospi-
talité, comme le prouve le titulus de l'oratoire dédié à
S. Nicolas; enfin il groupe autour de lui un certain
nombre de fratres attirés par sa vertu. Lorsque S. Nor-
bert se fixe, à la demande de Barthélémy, dans la soli-
tude de Prémontré au diocèse de Laon, Ailbert fait
des démarches pour se placer, ainsi que ses disciples,
sous la direction spirituelle de ce vir reverendus et
spectabilis religionis; mais le grand ascète décline
cette ofïre. Après la mort d'.\ilbert (sept. 1122) à
Sechtem en Rhénanie, les disciples reprennent les
démarches en vue de l'affiliation à Prémontré et cette
fois, grâce à l'intervention de Barthélémy de Laon,
ils obtiennent gain de cause. En 1126, l'évêque pro-
cède à la dédicace de l'oratoire, détermine les limites
du domaine et confirme le rachat, au moyen d'un
cens annuel, des dîmes appartenant à la paroisse de
Wimy, elle-même aux mains des chanoines de la
cathédrale de Laon (charte de 1126, éd. C.-L. Hugo,
loc. cit.; au sujet de l'affiliation à Prémontré, cf. De-
reine, Les origines de Prémontré, dans Revue d'hist.
eccl., xLii, 1947, p. 371, note 4; Vallodium Clarifontis
figure de fait dans la bulle accordée en 1126 à l'abbaye
de Prémontré par Honorius II, éd. Le Paige, dans
Bibliolheca..., i, 392). Un dernier pas dans l'élabo-
ration du statut de la nouvelle communauté est
accompli en 1131, lorsque Hugues, abbé de Prémontré,
accorde aux chanoines réguliers de Clairefontaine un
abbé propre (acte de 1131, éd. C.-L. Hugo, loc. cit.,
402; Gall. christ., x, Instr., 111). Fidèle à son point
de vue, Herman de Laon raconta la fondation de
Clairefontaine en soulignant le rôle joué par l'évêque
Barthélémy (Miracula S. Mariae Laudunensis, P. L.,
CLVI, 1001).
Le premier abbé, Gérard, obtient en 1132 du pape
Innocent II une bulle de protection contenant les
privilèges généralement accordés aux communautés
régulières (texte dans C.-L. Hugo, loc. cit., 402-403 et
dans P. L., clxxix, 389 = Jané, 7930). On ne sait sur
quel témoignage s'est basé Hugo pour identifier ce
Gérard avec un des premiers disciples de S. Norbert,
de naissance lotharingienne, dont la Vita Norherti A
décrit la ferveur quelque peu indiscrète et les tenta-
tions diaboliques dont il triomphe avec peine (dans
104;^ CLAIREFONTAIN
M. G. H., SS., XII, 679; remarque de l'éditeur, ibid.,
note 2). Notons encore, sous le même abbatiat, la
donation faite en 1146, par un laïc, de l'église d'Esta-
ves (Stabiili), près de S. -Quentin, et confirmée par
l'évêque de Noyon. Une autre charte datée de 1158
révèle l'existence d'un groupe de sonores. Comme tant
d'autres communautés de prémontrés, Clairefontaine
a donc été, aux origines, un monastère double (C.-L.
Hugo, loc. cit., 521-22).
Une bulle accordée en 1179 par Alexandre III per-
met de se faire une idée du développement temporel
de l'abbaye. Parmi les principaux bienfaiteurs, on
trouve, à côté des seigneurs de Guise, de nombreuses
communautés de la Belgique actuelle et du nord de la
France : les chanoines de S. -Quentin et de Guise, les |
moines de S. -Michel en Thiérache, de Homblières, de
Lobbes et de Liessies, les chanoines réguliers de S.-
Nicolas-des-Prés de Tournai, de Mareuil, de Vermand
et de S.-Feuillien du Rœulx. Des relations assez
étroites lient Clairefontaine et Chimay : on compte
en effet, parmi les bienfaiteurs de la communauté, Alard,
avoué de cette ville, et un certain Stepelin; en outre,
dès 1182, un lien de fraternité est établi entre l'abbaye
et le chapitre Ste-Monégonde (bulle d'Alexandre III,
éd. C.-L. Hugo, loc. cit., 404; acte de fraternité, ibid.,
408 et aussi dans Miraeus et Foppens, iv, 521). Au
début du xiii« s., l'évêque de Noyon permet à l'abbé
de Clairefontaine de faire desservir la cure d'Estaves
par un de ses chanoines. Notons que c'est la première
trace que nous trouvons d'exercice de la cura anima-
rum. Au xviii'^ s., l'abbaye ne possède d'ailleurs que
quatre paroisses, parmi lesquelles celles de Clairefon-
taine et de Villers-Cotterets où elle fut transférée
(C.-L. Hugo, loc. cit., 520-21).
Le manque de documents rend très obscure l'histoire
ultérieure de l'abbaye qui eut fort à soufïrir des guerres
et des destructions. Elle fut ravagée notamment vers
le milieu du xiii'' s. et en 1670. A cette date, l'abbé
Louis Hély entreprend des démarches pour obtenir le
transfert de sa communauté à Villers-Cotterets, ce qui
est accordé par bulle pontificale du 4 oct. 1676. On
verra dans la liste des abbés que plusieurs d'entre eux
ont joué un rôle considérable dans l'histoire de l'ordre.
Liste des abbés (d'après Hugo et le Gall. christ.). —
Gérard, 1131-60. — Jean I", 1160-64. — Aufrid, 1172-
74. — Obert, 1175. — Nicolas, 1179. — Ansferd, 1182-
85. — Henri, 1196-99. — Jean II, 1201-16. — Guil-
laume I", 1224. — Egéric, 1239. — Jean III de Rohi-
gnies, 1245-47. — Guillaume II de Louvignies, 1286-
88. — Le nom des abbés suivants n'est connu que par
des nécrologes : Pierre de Malla. — Nicolas P^tl9 août.
— Nicolas II, t 19 juill. — Gilles I", f 4 sept. —
Gilles II, t 5 juin. — Jean IV, t 6 sept. — Matthieu,
t 2 ocL — Barthélémy, t 18 juill. — Jean V, 1494. —
Antoine Geoffroy, 1502-12. — Aimé de la Fontaine,
1521. — Jean VI de Folembray, vicaire général de
l'ordre, 1535-36. — Jean VII, 1548. -- Jean VIII de
Brolli, 1566. — Jean IX de Vivey, 1588. — Jean X
d'Origny, 1623-29. — Philippe Morel, 1634-49. —
Jean XI Doucet de la Houssaye, 1668. — Louis Hély,
1670-77. — Bernard du Four, vicaire de l'ordre en
1717,1677-1724. — Augustin deRoquevert, 1724, abbé
général de l'ordre en 1741. — Louis Parchappe de
Vinai, 1741.^
Archives : Paris, Arch. nat., I 537 (1211-1364). — Départ,
de l'Aisne, série // 854-859 (1512-1788); v. A. Matton,
Invent, sommaire des arch. départ, de l'Aisne, séries G et H,
Laon, 1885, p. 125. — Cartulaire perdu, voir Stein, Cartu-
laires français, n. 968. Extraits : Paris, Bibl. nat., coll. Ba-
hize, i.i, 1 14-.52; coll. Picardie, 235, fol. 108, et 267, fol. 371;
inss. Ir. (Ducange), ii. 9500, fol. 90-91; bibl. de l'Arsenal,
II. 5262, fol. 39. Solssous, bibl. munie, coll. Perrin,
n. 6387.
E — CLAIRLIEU 1044
Gall. christ., ix, 493, 564. — C.-L. Hugo, dans Annales
ord. Praemonstratensis, i, Nancy, 1734, col. 517 sq., et prob.,
400-08. — Le Paige, Bibliolheca ord. Praemonstratensis, i,
Paris, 1633, p. 467. — J. Ramackcrs, Paputurkunden in
Frankreich, nouv. sér., iv, Picardie, 45, 52. — R. Van
Waefelghem, Répertoire des sources... de Prémontré, 61. —
Cottineau, i, 795.
Ch. Dereine.
5. CLAIREFONTAINE, Clarus Fons, Oliza-
rowy Staw, ancien prieuré de moines cisterciens fondé
peu avant 1738, comme nous l'apprend un statut du
chapitre général de cette année {Slatiita..., n. 134 g).
Il était situé en Lithuanie, dioc. de Luck, de WILNO
. ensuite. Soumis d'abord à l'abbé de Vistic, il fut plus
tard placé sous la garde des abbés d'Oliva et de Pel-
plin. Il fit partie de la province monastique de Polo-
gne, dont les abbés furent successivement remplacés par
des prieurs triennaux (Analecta juris pontificii, Rome,
1875, col. 1006; 1877, col. 730 : décret de juill. 1792).
Janauschek, Origines cisterc. Vienne, 1877, p. lxxviii. —
Statula cap. gen. ord. cisterc, vu, éd. Louvain, 1939.
J.-M. Canivez.
CLAIRLIEU, Clarus locus, ancienne abbaye de
moines cisterciens, fondée en 1151, par des religieux
venus de Bithaine, de la filiation de Morimond. Les
donateurs étaient Matthieu, duc de Lorraine, son
épouse Berthe, et leurs enfants Matthieu et Frédéric.
Les concessions faites se trouvaient sur la commune
actuelle de Villers-lès-Nancy. Pierre de Brizey, évêque
de Toul, favorisa beaucoup cette fondation, qui trouva
également des bienfaiteurs dans les nobles familles de
Vaudemont et de Vagnory. A la demande de l'abbé
Jacques, Lucius III accorda la bulle de protection
Religiosam vitam, du 28 nov. 1182 (Jaffé, n. 14706).
Célestin III la renouvela (1193-94), confirmant aussi
les possessions et les privilèges de l'abbaye (ibid.,
11. 17063). Au siècle suivant. Innocent IV intervint
pour maintenir les privilèges des abbayes cisterciennes
de Lorraine contre les empiétements du doyen de
l'église S.-Gengoul de Toul (É. Berger, Registres d'In-
nocent IV, n. 3545, 3551). En 1602, Clément VIII
adjoignit la mense abbatiale de Clairlieu à l'église pri-
maire de Nancy.
Les statuts des chapitres généraux de Cîteaux ont
particulièrement conservé le souvenir d'incidents rela-
tifs à la sépulture du duc de Lorraine. Ce dernier avait
choisi l'abbaye cistercienne de Stiirzelbronn pour y
être inhumé. Nonobstant cette volonté, l'abbé de Clair-
lieu, tout proche de Nancy, réussit à faire transporter
chez lui, en 1214, les restes mortels du duc défunt. Le
chapitre général, invoqué comme juge entre les deux
abbayes en cause, condamna l'abbé de Clairlieu à faire
la restitution demandée. En 1217, il fallut déposer
l'abbé toujours récalcitrant. L'année suivante, trois
prélats voisins furent délégués pour aller à Clairlieu
s'assurer que les ordres du chapitre avaient été exécu-
tés. Ils revinrent porteurs du serment prononcé par le
couvent, afïirmant que la restitution avait été faite
(Statula..., 1219, n. 63).
L'abbaye posséda des bénéfices à la collation de
l'abbé (G. Mollat, Lettres communes de Jean XXII,
n. 49281). En 1756, doin Claude Guyton, bibliothé-
caire de Clairvaux, était de passage à Clairlieu; il en
a noté quelques particularités (Paris, Bibl. nat., ms.
fr. 23474, fol. 215 v"). Une bulle de Clément XIV du
13 sept. 1768 nomma à l'abbaye Jacques-Thomas Guil-
bert, prêtre du diocèse de Lisieux (Caen, iiis. 5i9,
pièce originale); il ne restait plus alors que sept reli-
gieux. Communauté et bâtiments disparurent en
1791 ; rien ne subsista, pas même l'église abbatiale du
I XII» siècle.
Liste des abbés (d'après le Gall. christ., qui reproduit
I le ras. de dotn Claude Pichet). — 1. Vidric, 1151. —
1045
CLAIRLIEL
CLAIRM ARAIS
1046
2. Jacques, 1165. — 3. Vidric II, 1175, 1183. — 4.
Walo, 1184. — 5. Pierre I", 1194. — 6. Étienne, 1194,
1205. — 7. Guy. — 8. Pierre II, 1293, 1300. — 9.Louis,
1305. — 10. Reinier, 1314. — 11. Jean I", 1315. — 12.
Pliilippe, 1324. — 13. Reinier II, 1328. — 14. Eve-
rard, 1330, 1350. — 15. Clément, 1352. — 16. Henri I",
1356, 1358. — 17. Pierre III, 1359. — 18. Jean II de
Goûte, 1374. — 19. Jean III de Houdemont, 1389,
1393. — 20. Désiré Uortemont, 1395, 1397. — 21.
Dominique I" de Varengeville, 1397. — 22. Jean IV,
1400, 1408. — 23. Dominique II de Chavigny, alias
Démange de Charbonne. 1405, t 1429. — 24. Jean V
de Gerbeviller, 1432, 1449. — 25. Jean VI de Gerbe-
viller (Gilbevalle, cf. Statuta..., 1462, n. 25). — 26.
Dominique III de Clevi, 1493, t 1509. — 27. Cuni
Forville de Rosières, 1509-41. — 28. Henri II d'Harau-
court, commend., 1541-66. — 29. Anne du Cliàtelet. —
30. René du Ciiâtelet, 1592-94. — 31. Charles de Lor-
raine, év. de Strasbourg, card., 1595-1604. — 32.
Jean VII Martinne, abbé régulier, 1604-t 12 mars 1631.
— 33. Charles-Christian de Gournay, 1632, év. de
Toul, t 1637. — 34. François Briffaus, 1637, t H sept.
1664. — 35. Claude Bichet, 1664, t 23 mars 1689. —
36. Pierre IV Chariot, abdiqua en 1727. — 37. Charles
Pancheron (Statuta..., 1738, n. 163). — 38. N., a rege
desigrtatus. — 39. Jacques-Thomas Guilbert, 1768 (?).
— 40. Malachie; signa les actes du chapitre général de
1768 (ibid., 1768, n. 142). — 41. Georges Habourg;
présent au chapitre général de 1771 (ibid., 1771, C).
Archives : dépôt départ, de Meurthe-et-Moselle, // 461 :
cartulaire du XV s.; 84 art. (1150-1790); invent. (xvii« et
xvia" s.). — Nancy, bibl. munie, ms. 144 (xvi« s.) : 13 char-
tes, dont plusieurs sont fausses ou retouchées, remarque
dom Calmet; ms. 1062 (xvin« s.) : 5°, catalogue des livres
de Clairlieu. — S.-Dié, bibl. munie, ms. 80, t. xxiii, fol. 6-
33 : nécrologe.
Cottineau, 797. — Gall. christ., xni, 1374. - Janauschek,
Origines ci.<iterc.. Vienne, 1877, p. 127. — H. Lepage, L'ab-
baye de Clairlieu, dans Bull, de la Soc. archéol. de Lorraine,
V, 1S55, p. 98-215; parmi les pièces justilicatives, se lisent
50 chartes publiées ou analysées (1150-1792). — Statuta cap.
yen. ord. cisterc, i-vin, éd. Louvain, 1933-41; les Indices,
p. 135, contiennent la synthèse des références aux textes.
— H. Stein, Bibliogr. cartulaires français, Paris, 1907,
n. 969.
J.-M. Canivez.
1. CLAIRIVIARAIS, Clarusmariscus, ancienne
abbaye de moniales cisterciennes, située dans la ville
et au dioc. de REIMS. Les premières donations con-
nues datent de 1222, et le monastère fut d'abord situé
en dehors de la ville. Le passage des Anglais durant
la guerre de Cent Ans (vers 1359) laissa derrière eux
destruction et ruines; la communauté dut être trans-
férée à Reims en 1363. En 1384, l'abbesse dressait la
• Déclaration du temporel de son monastère », pour
être présentée à qui de droit. Situation peu brillante.
L'abbesse n'a autour d'elle que treize moniales, un
moine aumônier, un procureur; néanmoins elle crie
famine, ou peu s'en faut (texte publié par G. Robert,
d'après l'original aux Arch. nat., P -il (2), 1424 : Le
temporel du clergé régulier du dioc. de Reims en 1384,
Reims, 1926). Le chapitre général de Cîteaux entendit
aussi, en 1396 (Statuta..., n. 29), un autre cri de dé-
tresse de la part de la même supérieure. Celle-ci recon-
naît qu'en compensation de la perte de son abbaye
les habitants de Reims lui ont donné un très bel
immeuble à l'intérieur de la ville. Mais il faut vivre.
L'abbé de Clairvaux est donc chargé d'aller étudier
sur place les possibilités d'une reprise de Clairmarais
avec ses jardins et sa métairie. Vingt ans après, la
question de la pauvre abbaye se pose à Cîteaux sous
cette forme : son incorporation à une abbaye d'hom-
mes n'est-elle pas devenue nécessaire? les moines
d'Igny, près de Reims, ne ponrraient-Us se charger de
: cette œuvre (Statuta, 1413, n. 16)? En 1462 (ibid.,
1 n. 91), on y trouve en effet des moines que vient d'ins-
' taller l'abbé d'Igny. Neuf ans après, l'union extinc-
i tive de Clairmarais avec Clairvaux est décrétée et
\ promulguée par le chapitre général, en vertu des pri-
vilèges reçus des pontifes romains (ibid., 1473, n. 53).
Trois siècles se passent. Soudain, apparaît une pré-
tendue abbesse de Clairmarais, Marie-Thérèse de la
Ville, chanoinesse de la métropole de Rouen. Dans son
Mémoire, cette dame explique que c'est la parution
des vol. IX et x du Gall. clirist., en 1751, qui a provoqué
son zèle. Elle y a lu les documents cités au t. x (58,
73, 79) au sujet de Clairmarais et y a reconnu des abus
I d'autorité commis jadis par Cîteaux. Elle veut les
i réparer. Elle s'est donc employée en Cour de Rome à
! l'effet d'obtenir des bulles, expédiées effectivement le
[ 30 mars 1779 (I). L'exécution en fut ordonnée par le
parlement de Paris le 5 mai suivant. Il y eut procès;
d'une part, Clairvaux, qui détenait les restes et les
charges de l'abbaye éteinte; d'autre part, la dame de
la Ville, qui avait choisi pour avocat maître Huet de
Paisy. En 1784, paraît une autre abbesse. Désirée de
Mandolx. Mais quand elle voulut prendre possession
de la chapelle S. -Bernard et de la métairie de Clair-
marais, on constata qu'il n'y avait « ni religieuses, ni
lieux claustraux ».
Les archives de Clairmarais ont naturellement passé à
Clairvaux lors de l'union. Voir Bépertoire numérique des
arch. de l'Aube, 3 II 3700-3882; on y trouve notamment le
cartulaire (1222-1522); plusieurs numéros ont trait à l'union:
3 H 3702 (1472-1473); 3 H 3704 : mémoire de dom Le Boul-
langer sur la réunion (1780); 3 II 3710-3712 : procédure
contre Marie-Thérèse de la Ville, soi-disant abbesse de Clair-
marais (1778). — Quelques pièces d'archives sont conservées
à Reims, indiquées par M. G. Robert, op. cit., p. xxii. — Le
Mémoire signifié par Dame Maria-Thérèse de la Ville, ab-
besse de N.-IJ. de Clairmarais..., demanderesse, contre les
abbé, prieur et religieux de Clairvaux, Paris, 1780, peut se
i lire dans le vol. n. 4061 des imprimés de la bibl. de Troyes,
série .Jurisprudence.
I Gall. christ., ix, 179. - 1-:. Langlois, Registres de Nicolas
IV, n. 3256 : concession d'indulgences, 5 sept. 1290. —
Statuta cap. gen. ord. cislerc, i-viii, éd. Louvain, 1933-41,
passim.
J.-M. Canivez.
2. CLAIRMARAIS, Clarusmariscus, Claromu-
resch, Clermaretz, Clermarreis, ancienne abbaye de
moines cisterciens, située dans l'Artois, près S.-OMER
(Pas-de-Calais). Jusqu'au jour de sa disparition (1791),
le monastère conserva dans son trésor une croix, dont
la tradition constante disait qu'elle avait été remise
par S. Bernard au moine Geofîroi quittant Clairvaux
pour venir fonder Clairmarais (dom de Vissery, Hist.
ms. de Clairmarais, i, 143). Cependant les documents
ne concordent pas tous avec cette tradition. Clair-
marais, d'abord fille de l'abbaye des Dunes, serait
passé à Clairvaux avec sa maison mère (1 137-38). Le
doute subsiste. Les bienfaiteurs du monastère nais-
sant sont Thierry d'Alsace, comte de Flandre, et son
épouse Sibylle; Étienne, roi d'Angleterre; des sei-
gneurs de la contrée, tels Matthieu comte de Boulogne,
Arnould comte de Guines, Guillaume d'Ypres. Le nom
donné à la nouvelle fondation indique assez la valeur
des terrains concédés : de larges étendues de marais,
où se voyaient alors des îles flottantes.
Quoi qu'il en soit des difficultés du début, l'abbaye
devint très prospère. Elle eut souvent à sa tête des
hommes de valeur, auxquels le chapitre général de
Cîteaux confia des mandats importants. Elle eut par-
ticulièrement le bonheur d'échapper aux misères de
la commende, malgré les efforts du cardinal Laur.
' Pucci, en 1521, qui prétendait évincer l'abbé Gilles
, du Pont, déjà dei)uis deux ans en possession paisible
de la prélature. Plusieurs abbés de Clairmarais, gra-
dués d'Université, mirent leurs soins à enrichir la bi-
1047
CLAIRMARAIS
CLAIRMONT
1048
bliothèque. Celle-ci était encore bien fournie lors du
passage des deux bénédictins en 1717. Ils ont noté
dans leur Voyage littéraire (part. II, 184) le grand
nombre de livres et de mss. ; un de ceux-ci leur fut
])rêté d'où ils tirèrent la Généalogie des comtes de
Flandre, qu'ils insérèrent au t. m de leur Thésaurus.
Un catalogue de la bibliothèque datant de la fin du
xiii" s. a été publié par H. de Laplane, ainsi que celui
des mss. établi en 1791 ; de ces derniers cent seize sont
actuellement à la bibliothèque municipale de S.-Omer.
Clairmarais a d'ailleurs compté parmi ses moines
quelques écrivains : Jean Ballin {D. H. G. E., vi, 405),
L. Dutaillis (mss. 300 et 364 de S.-Omer), Bernard
d'Ypres (ms. 769, ibid.), Martin Dubuisson (ms. 1115
d'Arras), J. Winibroot (Étrennes spirituelles, impr. à
S.-Omer, 1606 sq.), Bertin de Vissery (ms. 201 B de
Boulogne-sur-Mer et l'hist. de l'abbaye), Albert De-
nuncq, moine de la fm du xyiu" s., décédé au xix»^
(a laissé 16 vol. mss., n. 18-33 de la bibl. d'Aire-sur-la-
Lys).
L'abbaye ne créa aucun monastère d'hommes, mais
eut sous sa direction les moniales cisterciennes établies
dans le diocèse de S.-Omer : Beaupré, Blandecques,
Ravensberg et Woestine. Au moment de la Révolution
de 1793, le dernier abbé avait autour de lui vingt-deux
religieux. De l'église abbatiale, comme des bâtiments
claustraux, plus rien ne subsiste aujourd'hui.
Liste des abbés (d'après H. de Laplane, qui suit le ms.
de dom de Vissery). — 1. Geoffroy, ou Gunfrid, 1140-
49. — 2. Guillaume de Bailleul, 1149-69. — 3. David,
1171-75 ou 76. — 4. Everard, 1176-86 ou 87. — 5.
Ferrand ou Ferdinand, 1187-92, commit la faute de
se rendre à Rome sans l'autorisation de l'abbé de
Cîteaux (Statuta..., 1191, n. 32). — 6. Gérard d'An-
toing, dit d'Épinoy, 1192-97 ou 98; d'abord abbé de
Villers-en-Brabant, où le remplaça Guillaume, prieur
de Clairmarais. — 7. Adam, 1197, 1198. — 8. Gérard
de Campania, 1198-1202. — 9. Nicolas de Cambron,
1204-08. — 10. Lambert, 1208-22. — 11. Michel, 1222-
24. — 12. Menier Lombard, 1224-25, prieur de Clair-
vaux. — 13. Simon de Marquette, 1225-57; Jacques
de Furnes, 47« abbé de S. -Bertin, se fit moine à Clair-
marais en 1229; Nicolas de Sombrefle, prieur de Clair-
marais, devint abbé de Villers en 1237. — 14. Robert
de Béthune, 1257-66; Gilbert, 49" abbé de S. -Bertin,
se retira à Clairmarais en 1265. — 15. Arnould de
Villers, moine de Loos, 1266-82. — 16. Nicolas Man-
ghier, de Steenfort, 1282-90. — 17. Anselme de Roisin,
1290-93. — 18. Renier de Marquette, docteur en théol.,
professeur à Paris, 1293-95. — 19. Pierre I", de Dijon,
1295-1301. — 20. Henri d'Ypres, 1301-16. — 21. Bx
Ségalon, d'Arras, 1316-23. — 22. Henri d'Ypres, pour
la seconde fois, 1323, t 1324. — 23. Jean de Bièvre,
1324- 25, docteur en théol. ; démissionna et retourna à
Paris enseigner. — 24. François Sandre, de S.-Omer,
1325- 26. — 25. Lambert II Wout, 1326, f 1340. — 26.
Paul de Bailleul, 1340, f 1345. — 27. Jacques Mitke,
1345, t 1365. — 28. Jean Godberons, 1365, f 1386,
jadis prieur aux Dunes. — 29. Pierre II Ruthe, 1386,
t 1400. — 30. Georges Deschamps, 1400, t 1411. —
31. Jean III Gheers, 1411, t 1438; assista au concile de
Bàle. — 32. Jean (Roland dans le Gallia) Le Moine,
1438, t 1448. — 33. Jean V Serlans, 1448-65. — 34.
Ingelram Crayben, 1465-84. — 35. Jacques II Le
Lièvre, 1484-96. — 36. Gilles Devillers, 1496-1518. —
37. Gilles du Pont, 1518-25. — 38. Louis Hertauld,
1525-44, élu per viam inspirationis (Statuta..., 1526,
n. 19). — 39. Robert Pépin, 1544, t 1547. — 40. An-
toine De Croix, 1548, f 1577. — 41. Antoine de Can-
teleu, neveu du précédent, 1577, j 1589. — 42. Hubert
Raoul, 1590, f 1594. — 43. Morand Bloeme (Blomme),
1595, t 1615. — 44. Martin Tyrant, 1615. tl621;
obtint la mitre en 1616, de Paul V. — 45. Gilles Du-
mont, 1622, f 1633. — 46. Georges d'Afïreingues,
1635, t 1639. — 47. Denys Pecqueur, 1639, t 1649. —
48. Bernard Michiels, 1649, j 1669; bénit par l'abbé des
Dunes. ~ 49. Robert II (ou Roberty), 1669, t 1670;
bénit par l'abbé de Baudeloo. — 50. Georges III Pet-
quam, 1670, t 1688. — 51. Joseph Maillard, 1688,
t 1717; vicarius gencralis in Belgio gallico {Statuta...,
1699, n. 182). — 52. Antoine III de La Houssaye,
1718, t 1719. — 53. Antoine IV Finé de Brianville,
1719, t l734; docteur en théol.; était prieur de Cer-
camp. — 54. Engelbert Le Porcq, 1734, j 1736. —
55. Barthélémy de La Guette, 1736, f 1758; moine de
Cercamp. — 56. Ignace Hémart, 1759, t 1767; fut
déflniteur au chapitre général de 1765 (ibid., 1765,
n. 7, 17, 20). — 57. Edmont Tirant (Alexis Tyrand,
ibid., 1771, C-D), 1767, t 1782.— 58. Martin Bernard,
1782, t 1786. — 59. Orner De Schodt, 1787, f 1806.
Archives : départ, du Pas-de-Calais, série H .• 6 registres,
2 liasses (xvii« et xvin« s.). — Paris, Bibl. nat., ms. /r. 6902;
20892 (recueil Gaignières, 229);nouv. acq. /r. 5271 (n. 31). —
S.-Omer, bibl. munie, ms. 898 : Hist. chronoL... Clairma-
rais..., 1751 ; ce ms. est la copie du ms. S50 de dom Bertin
de Vissery. — Des pièces éparses en différents dépôts ont
été inventoriées par H. de Laplane et analysées dans son
t. I sur L'abbaye de Clairmarais, S.-Omer, 1863, p. 283 sq. —
Une chronique de l'abbaye (xvui" s.) a été analysée par J. de
Pas, dans Bull, de la Soc. des antiq. de Morinie, 1898, p. 248-
70; le môme auteur a donné l'analyse de 47 chartes inédites,
propriété de M. G. Garvey, ibid., 1906, p. 708-21.
Documents pontificaux : V. Baix, Annales de Martin V,
p. cxi; 132, n. 384. — U. Berlière, Libri obligationum...,
n. 158 : le 10 mars 1346, Jacques, abbé de Clairmarais, pro-
met 800 norins; Collectories pontificales, p. 423, 483, 503. —
A. Fayen, Lettres de Jean XXII, n. 242, 2833. — Fierens,
Lettres de Benoît XII, n. 284; Lettres d'Urbain V, n. 49,
1684. — .laffé, n. 9040, 11433, 11873, 12.358, 12838, 13100,
14337, 16452, 16963, 12192 a, 16379 a. — E. Langlois,
Registres de Nicolas IV, n. 3907, 3909. — G. Mollat, Lettres
communes de Jean XXII, n. 1250, 2640, 11367, 50587. — 11.
Nélis, Suppliques... Clément VII, n. 1240. — Pottliast,
Ke;/.,n.4130, 4849, 6345, 23453. — Pressuttl, Registres d'IIo-
norius III, n. 2296, 2645, 4981. - Van Isacker, Lettres de
Clément VI, n. 1797, 1803, 1804. — .1. Ramackers, Papslur-
kunden in Franicreicti, iv, Picardie, n. 195, 240, 256, 269. —
Vidal, Lettres communes de Benoît XII, n. 3843.
Auctarium Gemblac, dans Bouquet, Hist. des Gaules,
XIII, 271, 455, 470. — Cottineaii, 797. — C. Dausque, Terra
et aqua seu terrae fluctuantes. Tournai, 1633 : sur les îles
tlottantes à Cler-Maretz. — H. de Laplane, L'abbaye de
Clairmarais, S.-Omer, 1863; Les abbés de Clairmarais, S.-
Omer, 1868. — Gall. christ., m, 525. — L. Delisle, Cabinet
des mss., ii, 355 (cite 6 mss. de Clairmarais entrés à la Bibl.
nat.). — .Janauschek, Origines cisterc. Vienne, 1877, p. 59.
— Martène, Thésaurus..., i, 599 : lettre de Gérard, abbé de
Clairvaux, à Didier de Tliérouanne; m, 639, 1385. — H.
Piers, Hist. des abbayes de Watten et de Clairmarais, S.-Omer,
1836. — Sigeberti Conlinuatio Valcellensis, dans M. G. IL,
SS., VI, 459. — Statuta cap. gen. ord. cislerc, i-viii, éd. Loii-
vain, 1933-41; le t. viii, p. 136, contient les références con-
cernant Clairmarais. — Sur Renier de Clairmarais, origi-
naire de Marquette, v. P. Glorieux, Notices sur quelques
tliéologiens de Paris de la fin du A7//«s., extrait des Arcit.
d'hist. doclr. et littér. du Moyen Age, m, 1928, p. 201-38;
Répertoire des maîtres en théol. de Paris au XI 11^ s., Paris,
1933, p. 258.
J.-M. Canivez.
CLAIRMONT, Clarus Mans, Clermont, ancienne
abbaye de moines cisterciens au dioc. du Mans, sur
la commune d'Olivet (Mayenne). Guy de Laval avait
sollicité les moines de Clairvaux de prendre possession
des terrains olTerts. La vie monastique commença en
ces lieux le 17 mai 1152. En 1179, Philippe, i)remier
abbé, fut appelé à gouverner le diocèse de Rennes. II
fut remplacé à la tête de l'abbaye par Herbert de Vou-
vray, d'abord moine à Clairvaux, juiis abbé de Fon-
laines-les-Blanches. En 1184, il de\ inl lui aussi évôque
de Rennes (jlO déc. 1198, et inhumé dans sa cathé-
drale). Le cinquième abbé, Geoffroy, accepta en 1205
ÊÊ
1049
CLAIRMONT
CL AI R VAUX
1050
les propositions de Juhel, seigneur de Mayenne, et
envoya un essaim de ses moines fonder l'abbaye de
Fontaine-Daniel, dans le même diocèse du Mans.
.\u xiii"" s., plusieurs mandats importants sont con-
fiés aux abbés de Clairmont, tant par le chapitre géné-
ral de Cîteaux que par le S. -Siège. Innocent III confie
aux abbés de Savigny et de Clairmont le soin de réfor-
mer l'antique abbaye de Bourgueil-en-Vallée. Hono-
rius III, en 1233, enjoint à l'abbé Simon de faire la
visite canonique du monastère de S. -Serge d'Angers.
Entre tous, Yves Trousson eut un long abbatiat
fécond. D'abord moine de Bégard, puis étudiant au
collège S. -Bernard de Paris, où il fut un peu remuant
{Statuta..., 1463, n. 103), il gouverna l'abbaye de Clair-
mont jusqu'à sa mort, en 1509. Le chapitre général le
désigna, en 1478, pour aller porter la réforme dans les
abbayes d'Espagne. En 1486, il fut visiteur des pro-
vinces ecclésiastiques de Tours, Rouen, Chartres et
d'Orléans. Dans les années 1489 et suivantes, ce furent
des cas particulièrement difficiles qu'il eut à régler :
Barbeaux, S. -André de GoufTern, Loroux. Il fut pré-
sent à la réunion des abbés provoquée par Jean de
Cirey, à Paris, et signa les articles de réforme de 1494.
Après la mort de l'abbé Trousson, les moines élec-
teurs demandèrent pour abbé l'évêque de Rennes, le
cardinal Robert Guibé. C'était postuler un commenda-
taire. Le chapitre général, indigné, déclara la commu-
nauté privée ipso jure de son droit de vote. Le moine
Jean Descepeaulx fut nommé et maintenu malgré les
protestations de son compétiteur, Jean Fabry. En
réalité, la commende n'allait pas tarder à s'imposer
ici. Léon X confia l'abbaye au cardinal François Sode-
rini, évêque de Tivoli, le 1 nov. 1513. Deux jours après,
la commende passait aux mains du cardinal Philippe
de Luxembourg, évêque de Tusculum et du Mans.
Deux fois dans la même année, le jjape confirma cette
nomination (Hergenroether, Reg. Leonis X, n. 5315,
5328, 5339, 5557, 5684). L'année 1791 marqua la fin
de l'abbaye. Actuellement ce qui en reste est trans-
formé en habitations particulières.
Liste d'abbés (d'après le Gall. christ.). — 1. Philippe,
1152-79. — 2. Herbert, 1179-84. — 3. Foulques, 1184,
1189. — 4. Baudouin, 1194. — 5. Geolïroy I", 1197,
1205. — 6. Laurent, 1207, 1210. — 7. Simon, 1231. —
8. Jean I", 1301. — - 9. Geoffroy II Maillon, 1342. —
10. Jacques, 1367, 1379. — 11. Guillaume Messager.
— 12. Jean II, 1463. — 13. Pierre I". — 14. Yves
Trousson, 1473, t 1509. — 15. Jean Descepeaulx
(Statuta..., 1509, n. 14), 1509. — 16. Card. Philippe de
Luxembourg (cf. Registres de Léon X), 1513. — 17.
François de Laval. — 18. Jean Lhuillier. — 19. Jean
Leconte, 1538. — 20. Pierre Lescot de Cleigny, 1563.
— 21. Léon Lescot de Lissy, 1605. — 22. Henri de
Baradat, t 1660. — 23. Louis I" de Baradat, 1661,
+ 1710. — 24. Louis II Courcillon de Dangeau, 1710.
— 25. Jean-Alexandre Campan de S. -Martin, 1721-30.
— 26. N. Lorenchet, 1730-45. — 27. N. de Chalut,
1745. — 28. Joseph de Florence, 1775-90.
Archives : dépôt départ, de la Mayenne, H (1487-1788).
— Départ, de l'Aube, 3 H 193 (1486).
Beaunier-Besse, Abbayes et prieurés..., viii, Paris, 1920,
p. 135. — Chronic. Turou., dans Bouquet, Hist. des Gaules...,
XII, 474. — Cottincau, 798. — Gall. christ., xiv, 527. —
Janauschel{, Origines cisterc.. Vienne, 1877, p. 131. — F.
Piolin, Hist. de l'Église du Mans, iv, Paris, 1858, publie
6 documents, p. 531 stj., 567. — Statuta cap. gen. ord. cis-
terc, i-vni, éd. Louvain, 1933-41, passim. — Quelques
études concernant l'archéologie ont paru dans Congrès
archéol. de France, XLV, 1879, p. '>47->-ôj; Bull, de la Commis-
sion d'bisl. de la Magenne, xxvn, 1911, p. 430-33.
J.-M. Canivez.
1, CLAIRVAUX, appelé aussi Petit-Clair-
vaux, ancien prieuré, puis abbaye de moniales cister-
ciennes, dans la ville de METZ. Quoi qu'en ait dit dom
j Calmet, et ceux qui l'ont copié dans la suite, cette fon-
I dation ne peut être attribuée à S. Bernard. Déjà dom
j Martène protestait contre cette assertion (Voyage
! littéraire, i, II" partie, 127). L'origine de cet établisse-
ment est narrée dans une lettre de Clément V (Reges-
tum Clenientis V, Rome, 1886, n. 4247). Un couvent de
I frères de la Pénitence de J.-C. existait à Metz; mais
condamnée à s'éteindre, la communauté des quelques
frères qui l'habitaient entra à Clairvaux, et ses biens
passèrent à l'évêque diocésain, Bouchard. Celui-ci les
offrit à l'abbé de Clairvaux, qui y plaça durant un
temps deux ou trois moines. Sous le successeur de
Bouchard, Rainaud de Bar (1302-16), des moniales
cisterciennes vinrent occuper ces lieux sous la condi-
tion de pratiquer la clôture stricte. Ce sont ces diffé-
rents arrangements que Clément V approuva, le
1" juin. 1309.
Il semble bien que durant un siècle les familles bour-
geoises de la ville se montrèrent généreuses pour cette
fondation; quelques bribes d'archives ont conservé le
souvenir de leurs aumônes. Mais quand celles-ci vin-
rent à tarir, l'abbesse dut faire entendre un cri de
détresse au chapitre général de Cîteaux (Statuta...,
1409, n. 51). Les abbés de CJairvaux et de Morimond
I furent délégués pour aller s'enquérir de la vraie situa-
tion et y porter remède. Dans la suite, le nombre de
religieuses diminuant sans cesse, on songea à unir ce
prieuré à l'abbaye de Pontifroy, toute proche. Cepen-
dant en 1473 (ibid., n. 41), l'abbé de ce monastère était
mandaté par le chapitre général pour tenter encore un
essai de relèvement, en y installant une nouvelle supé-
rieure. Plus tard, l'idée d'union fut reprise, notam-
ment au xvii« s. On se heurta aux volontés contraires
des deux supérieurs en cause : l'abbesse du Petit-
! Clairvaux et l'abbé de Pontifroy (ibid., 1628, n. 79).
Au début du xyiii" s., la pauvre abbaye de Pontifroy
était exténuée; il n'y restait plus que l'abbé. Quand
; il eut disi)aru (1740), le roi de France transmit au
Petit-Clairvaux les maigres propriétés de Pontifroy.
Cet apport ne put néanmoins suffire pour permettre un
développement de la communauté des moniales. Ré-
duite en nombre, elle fut supprimée en 1755. Un ordre
du roi adjugea ses biens à l'hôpital S. -Nicolas.
Archives : départ, de la Moselle, H 4481-4483 : titres de
! propriété; H 4484 : suppression du couvent et affectation
des biens à l'hôpital S. -Nicolas. — Archiv. de l'hôpital de
Metz, H 647 : cartulaire; H 648 : nécrologe, publié par G.
Thiriot, en 1927, dans Annuaire de la Soc. d'hist. de Lor-
raine, xxxvr, 227-308.
I Gall. clirist., xm, 836. — G. MOller, Beitrag zur Geschichte
des ehemaligen Cistercienserinnen-Klosters in Metz, Bregenz,
1915. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain,
1933-41, passim.
J.-M. Canivez.
2. CLAIRVAUX, Clara Vcdlis, Cleruaulx, au
dioc. de Langres, auj. de TROYES, un des plus célè-
bres monastères de la chrétienté au Moyen Age, fondé
par S. Bernard en juin 1115.
I. Fondation et domaine temporel. — Le site
choisi par le fondateur, alors âgé d'environ vingt-cinq
ans, était un vallon disposé dans la direction Est-
Ouest. Dénommé jusqu'alors vallée d'Absinthe, il
allait devenir la Claire Vallée. Les contemporains du
fondateur ont narré les difficultés qu'eut à surmonter
l'abbaye naissante (Bernardi Vita /», 1. I, c. v, 25;
Vita /V", 1. Il, 2 sq.). Les historiens modernes s'ins-
pirent de ces textes pour dépeindre la vie à Clairvaux
! en ses débuts (Vacandard, Vie de S. Bernard, Paris.
j 1895, 1" éd., t. I, c. m; D. H. G. E., viii, 613).
! Une dizaine d'années après la fondation, la popu-
j lation monastique s'était accrue et, avec la notoriété,
les donations de biens temporels commencèrent à
affluer : aumônes en terres, en rentes, en droits utiles.
On en compte 1 771 jusqu'à l'année 1260 (d'Arbois,
I or^ t
CLA fR V AUX
1052
Éludes... Clairvaux, Paris, 1858, p. 286; J. Laurent,
dans Beaunier-Besse, Abbayes..., xii, 334). Sous le
second abbé, Robert de Bruges (1 153-57), l'abbaye est
à même de faire des acquisitions à titre onéreux; on
en compte 337 jusqu'en 1260 (arch. de l'Aube, 3 H 665-
3274 : donations et constitution du temporel). Ce
domaine considérable était réparti autour de 15 cen-
tres d'exploitation : 12 granges et 2 celliers; ces der-
niers s'appelaient Colombé-Ie-Sec et Morvaux (A.
Prévost y ajoute Gomméville : Les celliers de Clair-
vaux, Troyes, 1927. Les dossiers 3 H 744 sq. sont dis-
posés par localités : on en compte environ 280; le
détail en est donné par J. Laurent, loc. cit., 331, note,
et par A. Roserot, dans Dict. hist. de la Champagne
méridionale, 392).
Dans la suite, deux abbayes de moniales furent
unies à Clairvaux : Val-des-Vignes, qui devint un
prieuré de moines en 1399 (Statuta..., n. 41), et en 1473
Clairmarais de Reims, dont l'union fut extinctive
(ibid., 1473, n. 53). Leurs archives passèrent alors dans
le fonds de Clairvaux, aussi bien que celles de la com-
manderie teutonique de Beauvoir, qui fut acquise en
1502 au prix de 1 100 florins du Rhin (arch. de l'Aube,
3 H 3506 : bulles de Jules II relatives à cette union,
1502, 1503).
Ces vastes propriétés seront, au cours des siècles,
l'occasion de multiples procès. Les guerres et les im-
pôts de guerre viendront entamer largement cette
richesse. Les taxes dues à la Chambre apostolique
atteindront 3 000 florins à chaque élection d'abbé,
même à l'époque de la guerre de Cent Ans (H. Hoberg,
Taxae episcopaluum..., Rome, 1949, p. 147). On con-
naîtra des crises financières; durant l'une d'elles, il
faudra se résoudre à vendre une précieuse châsse pour
payer <> sept vaquans » (revenus perçus durant la
vacance du siège; Martène, Thésaurus..., ii, 1420). De
ces périodiques gênes financières nous lisons un écho
dans le ms. 417 de la bibliothèque de la ville de Bruges :
l'abbé de Clairvaux, Pierre de Virey (1471-96), dans
un mot de remerciement à l'abbé des Dunes, le qualifie
de grand bienfaiteur de Clairvaux : dans ce cas,
c'était la maison fille qui avait secouru sa mère.
Les abbés de Clairvaux eurent soin de faire approu-
ver par les papes l'état du patrimoine monastique qui
s'était ainsi constitué. Le ms. 501 de Troyes contient
quelques feuillets d'une ébauche de bullaire (xiii'^-
xiv* s.). Plusieurs de ces actes pontificaux visent par-
ticulièrement les biens temporels de l'abbaye : Alexan-
dre m (Desiderium, 6 déc. 1163) énumère les princi-
pales possessions; de même Clément III {Religiosam
vitam, 1 janv. 1188; Quotiens postulatur, 31 mars 1189);
Célestin III (Religiosam vilam, acte adressé à Guy,
1193-1213) note en particulier : grangiam que est
iuxta abbatiam... grangiam que est ultra Albam... gran-
giam de Forlarchia... de Campaniaco... de Belinfay...
cellarium de Colombeio... de Morvalle... domum de
Divione... feodum de Putigny..., etc.
La question du domaine de Clairvaux fait l'objet
de la thèse présentée à l'École des chartes (1949) par
R. Fossier : La vie économique de l'abbaye de Clairvaux
des origines à la guerre de Cent Ans f 1 1 15-1475 ) ; outre
l'exposé de l'exploitation du domaine, l'auteur par-
court les aspects successifs de l'économie domaniale et
la part qui en revient à chaque abbé.
II. La filiation de Clairvaux. — Dans l'ordre
cistercien, Clairvaux fut la maison la plus féconde.
Durant son abbatiat de trente-huit ans, S. Bernard
fonda ou affilia 66 abbayes; de ce nombre était Savi-
gny, chef d'une congrégation de 27 monastères. Parmi
les 80 maisons filles directes que compta Clairvaux,
beaucoup furent fécondes à leur tour : Trois- Fontaines,
Cherlieu, Hautecombe eurent chacune une filiation de
10 abbayes. Fountains en Angleterre compta 11 mai-
i sons filles et petites- filles, et Rievaulx 19. Casamari,
non loin de Rome, en eut 18; Mellifont, en Irlande, 24.
! La filiation de Savigny atteignit le chiffre de 45. Soucis
j multijiles pour le supérieur immédiat de ces abbayes
; qui, aux termes de La charte de charité (§ 10, 21), de-
vaient être visitées annuellement par l'abbé père ou
par son délégué. Plusieurs lettres de S. Bernard nous
le montrent intervenant auprès de ses maisons filles
(Epist., LXXII, LXXIII, LXXIV, CXLII, CCI, cccvi, cccxx,
etc.). Une lettre de l'abbé Gérard (1170-75) recom-
mande à l'évêque Didier de Thérouanne la fondation
récente de Clairmarais (Martène, Thésaurus..., i, 559).
. L'abbé Henri de Marcy (1176-79), futur cardinal,
témoigne aussi dans ses lettres de sa sollicitude pour
ses maisons filles (Tissier, Bibt. patrum cisterc, m,
252). Les archives de Clairvaux abondent dans le
même sens (Troyes, 3 H 175-243).
La création d'abbés commendataires vint encore
dans la suite augmenter la charge de l'abbé de Clair-
vaux, car toute abbaye privée de supérieur régulier
entrait dans la dépendance immédiate de l'abbé chef
de toute la filiation. Il en était de même des monas-
tères dont les maisons mères étaient tombées en com-
mende.
La famille claravallienne comptait en outre une
série d'abbayes de moniales. Cette liste, dressée vers
1500 par un moine de Clairvaux, Martin Van Damme,
se trouve à la bibliothèque de l'abbaye des Dunes
(Belgique) et dans le ms. C 32 de Dusseldorf; elle fut
éditée par Winter (dans Die Cistercienser des nordôstli-
chen Deutschiands, m. Gotha, 1871, p. 183 sq.). Au
xvii^ s., Charles de Visch (t 1666). prieur des Dunes, a
revu cette liste, y a introduit les modifications deve-
nues nécessaires. C'est son ms. que nous traduisons ci-
après :
1. Altmunster, dioc. de Mayence. 2. Argensolles,
dioc. de Soissons. 3. Beaulieu, ibid. 4. Bellerive, dioc.
de Genève. 5. Biloque, ou Port-N.-D., à Gand. 6. Beau-
pré, près Grammont. 7. Belleau, devenu prieuré, dioc.
de Troyes. 8. Bethlehem en Hollande, devenu prieuré
d'hommes. 9. Bouhan, près Calais, uni à Blandecque en
1395. 10. Bardenburg, ou Clairefontaine près Arlon,
jadis dioc. de Trêves. 11. Blandecque, ou Ste-Colombe,
dioc. de S.-Omer, jadis de Morinie. 12. Clairmarais,
devenu prieuré, à Reims. 13. La Cambre, à Bruxelles.
14. De Collis, dioc. de Coimbre. 15. Ste-Comeda, dioc.
de Mayence. 16. Difi'erdange, ou Fontaine-Ste-Marie,
dioc. de Trêves. 17. Doornzele, à Gand. 18. Fervaques,
dioc. de Noyon, auj. de Soissons. 19. Flines, Honneur
N.-D., dioc. d'Arras. 20. Fontenelle, dioc. de Cambrai.
21. Frondenberg, dioc. de Cologne. 22. Groeninghe,
Spéculum B. M., à Courtrai. 23. Haga, Ter Hagen,
Domus gaudii, dioc. de Gand. 24. Herkenrode, dioc. de
Liège. 25. Hoven, dioc. de Cologne. 26. Ste-Hoïlde,
dioc. de Toul. 27. S. -Jacques de Vitry, dioc. de Châ-
lons. 28. Abbaye de Jessé, ou Essen, dioc. de Gro-
ningue. 29. Lorban, dioc. de Coimbre. 30. Bonlieu,
dioc. de Genève. 31. N.-D. de Charité-lez-Lézinnes,
devint abbaye d'hommes. 32. Marquette, Reclinato-
rium B. M., jadis dioc. de Tournai. 33. Montreuil, dioc.
de Laon. 34. Mont-S.-\Valburge, passé aux jésuites,
dioc. de Cologne. 35. Marcilla, Espagne. 36. Nouveau-
Bois, à Gand. 37. Muysen, près Malines. 38. Nonnen-
' munster, à Worms. 39. Nouvelle-Jérusalem, ou Sper-
maillie, à Bruges. 40. Olive, dioc. actuel de Tournai.
41. Oesteecloo, dioc. de Gand. 42. Parc-aux-Dames,
i dioc. de Senlis. 43. Paix-Dieu, dioc. de Liège. 44. S.-
i Pierre d'Arouca, dioc. de Lamego. 45. Pont-Léon,
dioc. de Trêves. 46. Porcetum, dioc. de Cologne. 47.
N.-D.-des-Prés, à Douai. 48. N.-D.-des-Prés, dioc. de
Troyes. 49. Pré-N.-D., Benden, dioc. de Cologne. 50.
Petit-Clairvaux, prieuré, à Metz. 51. Ravensberg, dioc.
de S.-Omer. .52. Rothem, dioc. de Liège. 53. Épinlieu,
CI.AIRN Al X
à Alons. 54. S. -Thomas, dioc. de Trêves. 55. Amour-
Dieu, à Troissy, dioc. de Soissons. 5fi. Val-du-Ciel,
Hemelsdal, à Werckeu, dioc. de Bruges. 57. Jardinet,
à W'alcourt, devenu abbaye d'hommes, dioc. de Na-
mur. 58. Val-de-Grâce, Gnadental, dioc. de Cologne.
59. Val-des-Vignes, dioc. de Langres. 60. Vivegnis,
dioc. de Liège. 61. Vignette, à Louvain. 62. Verger,
dioc. de Cambrai. 63. Wauthier-Braine, dans le Bra-
bant. 64. Woestine, dioc. de S.-Omer, jadis de Morinie.
65. Église Ste-Marie, en Zélande. 66. Wevelghem,
Mont-d'Or, dioc. de Bruges.
III. Les abbés de Clairvaux. — L'abbaye eut le
privilège d'échapper à la commende; le choix des abbés
fut donc toujours fait par les moines. L'élu était géné-
ralement un abbé ayant déjà gouverné ailleurs et
donné des preuves de capacité. Les abbés fils étaient
nombreux; les électeurs avaient donc un choix abon-
dant. Aussi trouve-t-on dans la série des abbés de Clair-
vaux des hommes de haute vertu et de science solide.
Les docteurs en théologie furent nombreux; on compte
aussi quelques canonistes, tels l'abbé Philippe (1262-
73), qualifié de magnus jurisla, et Matthieu Pillaert
(1405-28). Occasionnellement, les papes et les rois
utilisaient ces abbés comme diplomates et en faisaient
leurs légats : Ponce de Polignac (f 1189), Henri de
Marcy (f 1189), Guy (t 1214), Conrad d'Urach (tl227),
Guillaume I" (1217-21), Évrard (tl238). Les difficultés
survenues parfois entre Cîteaux et Clairvaux ont été
signalées dans l'article Citeaux (Abbaye).
Les listes, imprimées ou manuscrites, des abbés de
Clairvaux sont assez concordantes pour les noms,
mais les dates sont souvent erronées. Les mss. de
Troyes 1402 (fin du xni" s.) et /.îO (vers 1330) n'indi-
quent pas les dates. Le ms. 2919 de dom Le Boullanger
(vers 1768) mentionne des dates déconcertantes.
L'abbé Ch. Lalore a présenté un essai peu satisfaisant
{Le trésor de Clairvaux du XW au xviii^ s., Troyes,
1875, p. 235-40). A. Roserot (op. cit., Langres, 1942,
p. 393) prend comme base les données du Gall. christ.
(iv, 796), en y apportant des additions et corrections
suggérées par les documents qu'il a étudiés. M. de
Saint-.\ubin, archiviste, a publié une Chronique inédite
des abbés de Clairvaux, dans Revue Mabillon, xix,
1929, p. 303 sq. La liste ci-après s'en inspire largement.
1. S. Bernard, 1115-20 août 1153 (D. H. G. E., viii,
610). — 2. Robert de Bruges, 1153-57; abbé des
Dunes; antecessorem suum in cunctis exhibens (Man-
rique, Ann. cisterc, i, 504). — 3. Fastrède de Gaviau-
mer, 1157-61; premier abbé de Cambron (Hainaut);
élu à Cîteaux en 1161 ; f 1163. — 4. Geoffroy d'Auxerre,
1162-65; secrétaire de S. Bernard et son biographe;
démiss., ou déposé, en 1165 (Statuta..., 1168, citatio ex
Joanne de Cireyo); ensuite abbé de Fossa Nova, puis
de Hautecombe; t 1188^ — 5. Ponce de Polignac, 1165-
70; abbé de Grandselve, 1158; év. de Clermont-Fer-
rand, 1170; t 2 avr. 1189 (lettre d'Alexandre III à son
sujet dans Statuta..., i, 77). — 6. Gérard, 1170-75;
d'origine lombarde, abbé de Fossa Nova ; obtint en
1174 la canonisation de S. Bernard; tué à Igny par
Hugues de Bazoches. — 7. Henri de Marcy, 1176-79;
Lombard, moine de Clairvaux, abbé de Hautecombe
ea 1156; card.-év. d'Albano, 14 mars 1179; lutta con-
tre les albigeois; f à Arras 1" janv. 1189. — 8. Pierre
Monocule, 1179-86; de la famille royale de France;
moine, puis abbé d'Igny, 1169 (A. .S'., oct., xiii, 68-84).
— 9. Garnier de Rochefort, 1186-93; moine de Lon-
guay, abbé d'Auberive en 1180; en 1193, év. de Lan-
gres; résigna en 1199 et revint mourir à Clairvaux vers
1200 (Potthast, Reg., 192, 513, 596, 970, 980; travaux
théol. et scripturaires : mss. de Troyes 32, 392, 970,
130!, 1697; 1704; Tractatus contra Almaricanos, éà. C\.
Baeumker. Munster, 1893). — 10. Guy, 1193-1213;
de famille royale (Manrique, lac. cit., i, 507); abbé
d'Ourscamp; refusa son élection à l'archev. de Reims
(É. Baluze, Miscell., n, 245 : lettre de Guy aux élec-
teurs); The Chronicle of Melrose (éd. fac-similé, Lon-
dres, 1936, p. 57) fixe la date et le motif de sa démis-
: sion : Dompnus Wido abb. Claraev..., nimia senectute
aggravatus..., resignavit 1213; f 24 août 1214. — 11.
Conrad d'Urach, 1214-17; de la famille des ducs de
Thuringe; moine, puis abbé de Villers-en-Brabant,
1209; abbé de Cîteaux, 1217; card.-év. de Porto,
8 janv. 1219; t 30 sept. 1227. — 12. Guillaume I",
1217-21; abbé de Montier-en-Argonne. — 13. Robert
II, 1221-23; moine et cellérier de Clairvaux; abbé de
Nerlac. — 14. Laurent, 1223-24; moine, puis abbé
d'Osera (Espagne). — 15. Raoul de la Roche-Aymon
(de Pinis), 1224-33; abbé de Signy; év. d'Agen, 1233;
archev. de Lyon, 1235; f 5 mars 1236 (Martin, Bul-
laire... dioc. de Lyon, n. 848, 849; arch. de l'Aube,
3 H 246). — 16. Dreux (Drogo), 1233-35; avait appar-
tenu à l'ordre de Grandmont; abbé d'Ourscamp, 1230.
— 17. Évrard, 1235-37; moine et cellérier de Clair-
vaux; abbé de Larrivour (L. Auvray, Registres de
Grégoire IX, n. 3236). — 18. Guillaume II de Dongel-
berg, 1237-42 (arch. de l'Aube, 3 H 52); moine et
abbé de Villers-en-Brabant; en 1241, fut retenu captif,
avec l'abbé de Cîteaux et Jean, abbé de Piété-Dieu,
par Frédéric II (Statuta..., 1239, n. 36; 1241, n. 3, 18;
The Chronicle of Melrose, éd. 1936, p. 88, 89; supra,
art. Cîteaux {Ordre, part. III, § II). — 19. Étienne de
j Lexington, 1242-55; Anglais; abbé de Stanley, puis de
Savigny en 1229; fonda le collège S. -Bernard, à Paris,
1245 {supra, art. Cîteaux (Ordre), part. III, § IV). —
20. Jean I", 1257-61 ; moine de S. -Denis, puis de Clair-
vaux; abbé d'Igny, 1232-34; de la Grâce-Dieu, 1234-
56; t archev. de Mitylène (A. S., avr., ii, 744). — 21.
Philippe, 1262-73; officiai du Mans; devint moine,
puis abbé de Foucarmont; canoniste aimant la lutte,
il mena campagne contre l'abbé de Cîteaux; la bulle
Parvus fons (1265) de Clément IV amena l'apaisement
(actes pontificaux de cette période dans le Nomasticon
de 1664 ou 1670, p. 369-465; archiv. de l'Aube,
3 H 246). — 22. Beuve (Bovon, Bon), 1273-80; moine
et abbé de Trois-Fontaines. — 23. Thibaud de San'cey,
1280-84; abbé de Nerlac; élu à Cîteaux, 1284. — 24.
Gérard II, 1284-85; abbé d'Igny, 1270-84. — 25.
Jean II, 1286-91 ; moine de la Prée; abbé de Nerlac. —
26. Jean III de Sancey, 1291-1312; frère de Thibaud,
déjà cité; moine de Clairvaux; abbé de Barbeaux,
1287. — 27. Guillaume III, 1312-30 janv. 1313; moine
de Clairvaux; abbé de Balerne, 1281-1305; de Cher-
lieu, 1305-12. — 28. Conrad II de Metz, 1313-16;
i moine de Clairvaux; abbé de Hautecombe. — 29.
Mathieu d'Aumelle, 1316-30; moine de Clairvaux;
secrétaire de Jean de Sancey. — 30. Jean IV d'Aizan-
ville, 1330-44 ou 45; cellérier de (clairvaux. — 31.
Bernard II de Laon, 1345-58; moine de Clairvaux;
docteur en théol. ; abbé de Foigny, 1336. — 32. Jean V
de Bussières, 1358-59; moine et cellérier de Clairvaux;
docteur en théol.; abbé de Cîteaux, 1359; créé card.
par Grégoire XI, 20 déc. 1375; t 4 sept. 1376 à Avi-
gnon. — 33. Jean VI de Deulemont, 1362-80; docteur
en théol.; prieur de Clairvaux. — 34. Étienne II de
Foissy, 1380-1402; abbé de Preuilly. — 35. Jean VII
de Martigny, 1402-05; docteur en théol. {Statuta...,
1389, n. 32); procureur général; abbé de Morimond,
1393; élu à Cîteaux, 1405-08. — 36. Mathieu II Pil-
laert, 1405-28; moine des Dunes; docteur en théol.:
proviseur du collège S. -Bernard, Paris; abbé de Beau-
I pré en Lorraine, de Mortemer; délégué de l'Église de
I France au concile de Constance; il eût été plus illustre,
! dit Manrique {loc. cit., i, 514), s'il avait eu un zèle plus
! tempéré ; auteur du Spéculum elevationis et depressionis
ord. cisterc. (ms. 417 de Bruges, ville; ms. 1953 de
! Troyes. etc.) {Statuta..., 1 41 2, n. 58 ; 1 416, 25 ; 1 422, 50).
1055
CLAIR
VAUX
1056
— 37. Guillaume IV d'Autun, 1428-48; prieur de Clair-
vaux; docteur en théol. ; abbé de Mortemer (arch. de
l'Aube, 2 H 246). — 38. Philippe II de Fontaines,
1449-71; moine de Loos; docteur en théol.; abbé de
Maisières durant huit ans (arch. de l'Aube, 3 H 246;
Staluta..., 1453, n. 7, 89; 1462, 61; 1466, 33; 1467, 28).
— 39. Pierre II de Virey, 1471-96; moine de Maisières';
docteur en théol.; abbé de Chaalis, 1459 (Stalula...,
n. 11); intenta un long et retentissant procès contre
l'abbé de Cîteaux, Jean de Cirey (Staluta..., 1484 sq. ;
arch. de l'Aube, 3 H 175, 247; cf. supra, art. Cîteaux).
— 40. Jean VIII Foucault, 1496-1509; moine de La
Ferté ; docteur en théol. ; abbé de Reigny, de Fontenay ;
choisi par la communauté de Clairvaux et nommé par
le pape Alexandre VI, il dut soutenir un procès contre
Antoine de Châtillon, nommé par Jean de Cirey à la
même prélature (arch. de l'Aube, 3 H 248-256;
cf. supra, art. Cîteaux). — 41. Edme de Saulieu,
1509-52; moine de Clairvaux; eut un abbatiat remar-
quable; son Iter Italicum (arch. de l'Aube, 3 H 257)
et sa Peregrinatio Hispanica (ms. propriété de M. le
professeur Bataillon) furent entrepris par ordre du
chapitre général [Statuta..., 1520, n. 7; 1530, 65; cf.
Courtépée, op. cit., vi, 223). — 42. Jérôme de la Sou-
chère, 1553-71; moine de Montpeyroux; docteur en
théol.; élu abbé de Cîteaux en 1564, il gouverna les
deux abbayes; continua cette même charge après son
élévation au cardinalat par Pie V, 24 mars 1568;
t 10 nov. 1571 (lettre de Pie V notifiant à l'abbé qu'il
doit accepter le cardinalat... in virtute sanctae obe-
dientiae, 8 mai 1568, citée dans De Visch, Bibliotheca...,
Cologne, 1656, p. 149; arch. de l'Aube, 3 H 258). —
43. Lupin Leniire, 1571-96; moine de Clairvaux;
secrétaire du précédent (arch. de l'Aube, 3 H 259, 260).
— 44. Denys Largentier, 1596-1624; originaire de
Troyes; docteur en théol.; procureur général de
l'ordre; reçut la bénédiction abbatiale des mains de
l'abbé de Cîteaux, Edme de la Croix (arch. de l'Aube,
3 H 261 : 1592-1604); introduisit à Clairvaux en 1615
l'étroite observance, qui avait eu ses débuts dans les
abbayes de Châtillon et de La Charmoie. Le cardinal
de la Rochefoucault, protecteur de l'ordre cistercien,
chargé par le pape et le roi de réformer les abbayes,
ne put réussir dans sa mission, en raison des rigueurs
excessives qu'il exerça sur les non-réformés; les droits
de ces derniers étaient totalement méconnus. On peut
suivre la série des actes dans le ms. 3247 de la bibl.
Ste-Geneviève, à Paris; le récit des événements a été
fait par dom André Joseph Boulenger, moine de Clair-
vaux, prieur conventuel des Vaux-de-Cernay, vers
1738 (ms. 75 de la bibl. de Langres). Clairvaux cessa
d'ailleurs de faire partie de l'étroite observance. — •
45. Claude Largentier, 1626-53; neveu du précédent,
son coadj. depuis 1621 ; docteur en théol. ; « il renversa
l'œuvre de son prédécesseur », dit de lui dom Bou-
lenger, op. cit. (Statuta..., 1651, n. 45). — 46. Pierre III
Henry, 1654-76; maître des novices à Clairvaux;
prieur de Larrivour, puis de Boulancourt (arch. de
l'Aube, 3 H 262 : 1664-76; lettre du card. Bona à dom
Henry, dans Bona, Epist. selectae, éd. Sala, p. 129;
Statuta..., 1656, n. 8; 1668, n. 14). — 47. Pierre IV
Bouchu, 1676-1718; d'une famille dont les membres
n occupèrent les premières dignités de la province »
(Courtépée, op. cit., v, 424); docteur en théol.; abbé de
La Ferté (arch. de l'Aube, 3 H 263 ; 1658-76 ; D.H. G.E.
IX, 1471; Statuta..., 1683, n. 9). — 48. Robert Gassot
du Deffens, 1718-40; bénit par l'évêque de Langres,
20 nov. 1719 (arch. de l'.Vube, 3 H 264; Statuta...,
1738, n. 305). — 49. Pierre Mayeur, 1740-61; docteur
en théol.; prieur de Buzay. - 50. François Le Blois,
1761-80; bachelier en thcol. ; secrétaire de l'abbaye,
maître des bois; prit comme coadj. Louis Rocourt
(Statuta..., 1765, n. 20). — 51. Louis Rocourt, 1780-
90; docteur en Sorbonne; procureur de l'abbaye
(arch. de l'Aube, 3 H 265 : 1780).
IV. Le personnel de l'abbaye. — Il se composait
essentiellement de l'abbé, des moines et des convers.
Au temps de S. Bernard, le nombre total des membres
de la communauté atteignit le chiffre de sept cents,
dont une centaine de novices. De cette population
monastique sont sortis une douzaine de cardinaux et
le pape Eugène III (1145-53); plus de trente évêques
et archevêques; un nombre considérable d'abbés, dont
la statistique n'a pu encore être établie. Éventuelle-
ment on trouvait aussi dans l'abbaye des oblats et des
serviteurs à gages.
Des évêques, moines claravalliens avant leur pro-
motion, quittèrent parfois leur siège pour finir leurs
jours à Clairvaux. "Tels les deux évêques de Langres,
Godefroid de la Roche en 1161 (ou 63?) et Garnier de
Rochefort en 1199. Alain de Lille, évêque d'.\uxerre,
y fut en 1167. D'autres prélats vinrent revêtir l'habit
monastique et émettre leur profession : Eskill, archev.
de Lund, arriva en 1177; et, en 1199, Jean de Belles-
mains, archev. de Lyon. C'est à ces moines évêques que
Grégoire IX permit à l'abbé de Clairvaux de demander
l'exercice de leurs pouvoirs d'ordre en faveur de la
communauté : moines à ordonner, autels à consacrer
(L. Auvray, op. cit., n. 460; Potthast, Reg., n. 8557 :
bulle du 20 mai 1230; archiv. de l'Aube, 3 H 52 :
original).
En 1331, l'abbé de Cîteaux Guillaume de Vaucelles
(1316-35) visitait Clairvaux; conformément aux vo-
lontés du pape Benoît XII, il fixait le nombre de per-
sonnes que permettait de recevoir l'état financier de
la maison : cent moines et deux cents convers (ms.
1003 de Troyes, fol. 189). En fait, ces chiffres ne furent
pas toujours maintenus (A. Roserot, op. cit., 392).
Des personnes du dehors sollicitaient parfois le bien-
fait de la participation aux trésors spirituels de l'ab-
baye. Leur titre de familiares dit assez qu'on les consi-
dérait comme le prolongement de la famille monas-
tique; on priait pour eux comme pour des frères (Sta-
tuta..., 1192, n. 12; 1193, 6; 1194, 8, etc.). Leurs noms
figurent en marge des calendriers et dans des listes
dressées pour rappeler les obligations de messes à célé-
brer (ms. 1093 de Troyes, fol. 140; éd. en partie par
Ch. Lalore, op. cit., 174). Le calendrier de Clairvaux
portait, au 20 nov., une Commemoratio jraterna, qui
citait nommément de nombreux chapitres de cha-
noines et abbayes : Molesme, Cluny, Chartreuse. Mont-
Cassin, S.-Remi et S.-Nicaise de Reims, Anchin, S.-
Martial de Limoges, S.-Médard de Soissons; les cha-
noines de Prémontré et ceux de S. -Victor; tes moniales
et les clercs de Fontevrault, etc. Le Liber sepulchrorum,
commencé avant 1164, continué dans la suite, relatait
les noms et les épitaphes des personnages illustres qui
avaient demandé de reposer en terre sainte de Clair-
vaux. C'était un lien surnaturel avec la famille clara-
vallienne. Les copies qui nous restent de cet écrit ont
été éditées par Henriquez (Fasciculus SS. ord. cisterc,
II, Cologne, 1631, p. 470-80; P. L., clxxxv, 1549-62).
A Clairvaux, on vénérait particulièrement tous
ceux, moines et convers, qui avaient vécu sous S. Ber-
nard. On voyait dans cette circonstance une présomp-
tion de sainteté. Les restes mortels de cette première
génération de claravalliens avaient été transférés, en
1148, du premier cimetière dans le second; ils le furent
encore en 1269, pour occuper alors une crypte sous la
chapelle des comtes de Flandre. Sur le marbre on
lisait le témoignage global des vertus héroïques de ce
groupe : Hic jacet in cavea Bernardi prima propago...
Hic locus est sonctus... Cette conviction se transmit
d'âge en âge et des miracles s'obtenaient au tombeau
des saints. Mais dans l'ordre cistercien, la canonisa-
tion formelle ne fut le partage que d'un très petit
1057
CLAIR
VAUX
1058
nombre. Beaucoup d'autres jouirent d'un culte qui
s'est maintenu et fut approuvé i)ar l'Église : tels sont
les cas du Bx Gérard, frère de S. Bernard (décret de la
S. C. Rit., 1710); d'un autre Gérard, sixième abbé de
Clairvaux (ibid.); du Bx Guerric, mort abbé d'Igny
(décret de 1889); du Bx Conrad, moine (1832), etc.;
rénumération pourrait aisément dépasser la cinquan-
taine.
Archives : de l'Aube, 3 H 42 : catalogue des abbés et des
prieurs (1114-1678) {Revue Mabillon, 1929, p. 303); 3 H 284-
291 : cédules de profession (xvii«-xviii« s.); 3 H 275-283 :
vêtures, noviciats, professions; 3 H 293 : convers (1399-
xvii« s.); 3 H 294-32 0 : oblats; 3 H 323-326 : serviteurs et
employés.
C. Henriquez, Menologium cisterc, Anvers, 1630. — S.
Lenssen, Hagiologium cisterc, éd. polycopiée, Tilbourg,
1949. — D. Willi, Pàpste, Kardinàle und Bischôfe ans dem
Chlerc. Orden, Bregenz, 1912. — P. L., CLXxxv, 1692.
V. Bibliothèque et écrivains. — Le souci d'une
bibliothèque à constituer dans une abbaye naissante
avait tenu une place considérable dans les préoccu-
pations du premier abbé de Clairvaux (Wilmart,
L'ancienne bibl. de Clairvaux, Troyes, 1917). Venant
de si haut, cet exemple servit de directive pour tous
les supérieurs de monastères. Le chapitre général
adressa un jour des reproches à quelques abbés d'An-
gleterre que l'on accusait de négligence à l'endroit des
livres, qui constituent cependant le « trésor des
moines », thésaurus monachorum {Slaluta..., 1454,
n. 95). Peu de temps après, un décret d'allure générale
fut rendu : dans chaque monastère, on devait rédiger
un inventaire de tous les livres et objets de valeur
qu'on y possédait (ibid., 1459, n. 41). Ce décret nous
a valu plusieurs catalogues d'anciennes bibliothèques
monastiques. Celui de Cîteaux fut réalisé par l'abbé
Jean de Cirey, en 1480 (ms. 610 de Dijon, publié dans
le Catalogue des mss. des bibl. de France, v, 339-452).
Celui de Clairvaux était terminé en 1472 par Pierre de
Virey, trente-neuvième abbé (1471-96). Ce catalogue
est actuellement le ms. 521 de Troyes (un in-folio de
188 feuillets); le ms. 2299, venu ensuite, en est une
mise au point pratique, tandis que le ms. 1310 con-
tient un catalogue alphabétique plus bref. Mathurin
de Cangey, religieux de Clairvaux (Statuta..., 1515,
n. 10), rédigea aussi un Reperlorium omnium librorum
in hac Clarevallis bibliolheca existenlium (ms. 2616;
décrit par Harmand, Mém. de la Soc. d'agr. de l'Aube,
1838, p. 62).
D'Arbois a donné jadis une analyse rapide de l'in-
ventaire de 1472 (op. cit., 77). En 1917, dom Wilmart
publiait une étude plus poussée sur l'Ancienne bibl.
de Clairvaux; actuellement, nous attendons celle de
M. Vernet. Le premier fonds de Clairvaux catalogué en
1472 comportait surtout des Bibles et des ouvrages de
patrologie; venaient ensuite, en plus petit nombre,
des travaux concernant l'histoire, le droit canonique
et civil, la médecine, les arts et la philosophie. La
bibliothèque continua de s'enrichir; on lui construisit
un bâtiment qui fut terminé en 1502.
Au début du xviii<ï s., les bénédictins Martène et
Durand ont noté l'impression d'abondante richesse
que leur avait laissée l'examen des mss. de Clairvaux
(Voyage littéraire, l'" part., 98-105; lettre de dom
Martène à Pierre Constant, dans Revue Mabillon, 1939,
p. 113). Mais ils n'y trouvèrent que peu de livres im-
primés. En 1781, l'abbé François Le Blois fit l'acqui-
sition de la très riche bibliothèque des Bouhier (L.
Delisle, Le cabinet des mss. de la Bibl. nat., ii, Paris,
1874, p. 266-79). C'était ajouter 2 000 mss. aux 1 800
que Clairvaux possédait et introduire 35 000 imprimés.
Hélas, on était bien proche du cataclysme qui allait
terminer le xviii"^ s. et les collections de Clairvaux
allaient être quelque peu dépecées. La plus grande
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
partie en est conservée à Troyes. En 1804, 59 mss.
quittèrent Troyes pour Montpellier (faculté de méde-
cine) et 152 furent transportés à la Bibliothèque natio-
nale. La bibliothèque de l'Arsenal (Paris) possède
quelques mss. provenant de Clairvaux : n. 98, 204,
1136, 1147, 1207, 3646. Plusieurs autres ont passé à
Florence (bibl. Laurentienne).
On a remarqué qu'à dater de la fondation du collège
S. -Bernard de Paris la bibliothèque de Clairvaux
s'accrut en ouvrages de philosophie et de théologie
scolastique. Dans les mss. de Troyes, se trouvent
naturellement bon nombre de travaux des moines cla-
ravalliens. De S. Bernard d'abord, une dizaine de mss.
du xii^ s. Geolîroi d'Auxerre est représenté par une
douzaine de mss. des xii'' et xiii" s. Garnier de Roche-
fort y figure avec 6 mss. (xii" et xiii« s.). Gilbert de
Hoyland, d'abord moine à Clairvaux, a 3 mss. de ses
sermons in Cantica (P. L., clxxxiv, 9-298). Henri de
Marcy, card. d'Albano, s'y trouve avec son Liber de
peregrinante civilale Dei (ms. 509; P. L., cciv, 211-
402). Jean de Limoges y a toutes ses œuvres dans
4 mss. : 556, 893, 1452, 1534. Les lettres de Philippe
de l'Aumône se lisent dans le ms. 444, et le Spéculum
de Matthieu Pillaert figure au ms. 1953. Deux mss., 62
et 930, conservent les travaux de Pierre de Ceffons,
dont un sermon au chapitre général de Cîteaux. Dans
le ms. 215, 140°, Ytier de Waschey a inscrit son
poème de 336 vers, qui donne aux moines une série de
pieux conseils.
D'autres écrivains seraient à citer encore : tels
Herbert (P. L., clxxxv, 402); Nicolas de Clairvaux
(P. L., cxcvi, 1589-1654); Guerric d'Igny (P. L.,
CLXxxv, 10-214); Étienne de Lexington (lettres pu-
bliées dans Rômische Quartalschrift..., Rome, 1912,
p. 60); Claude de Bronseval, docteur en théol., qui
accompagna à titre de secrétaire Edme de Saulieu
dans son lier Italicum (1520-21) "et sa Peregrinatio
Hispanica (1531-33); Guy de l'Aumône (P. Glorieux,
Répertoire des maîtres en théol. de Paris au Xlll^ s.,
n, n. 360, p. 251) et Guillaume de Montaigu (H. L. Fr.,
xviii, p. 149); au xviii'' s., deux bibliothécaires de
Clairvaux, Jean Delannes (Statuta..., 1738, n. 179) et
Claude Guyton (Voyage littéraire; Bibl. nat., ms. fr.
23474, publié en partie).
VI. Art et architecture. — Il faut admettre avec
Vacandard (op. cil., 3« éd., i, 66), A. Roserot (op. cit.,
389), J. Laurent (toc. cit., 316 sq.) que l'abbaye eut
deux emplacements et trois monastères successifs dans
le vallon de Clairvaux. Du premier monastère, le saint
fondateur avait tracé lui-même les contours des lieux
réguliers, vers le fond occidental du vallon, là précisé-
ment où la tradition plaçait le monasterium velus.
Premier Clairvaux bâti dans la pauvreté et l'austérité,
mais bâti pour durer, on le vénérait encore comme une
relique au xvii" s. (J. Meglinger, lier cisterc; P. L.,
cLxxxv, 1608, n. 66, 67). Les proportions de ce pre-
mier couvent s'avérèrent bien vite trop exiguës pour
le nombre des novices, qui affluaient sans cesse.
S. Bernard dut reconnaître le bien-fondé des proposi-
tions que lui firent ses religieux d'élever un second
monastère sur la partie la plus large du vallon (Ber-
nardi Vila, \. II, c. v, n. 29-30). On se mit à l'œuvre
sans tarder, et vers 1138 la seconde église était déjà
livrée au culte.
Peu après on la voulut plus vaste encore; elle fut
développée grâce à de royales donations et consacrée
le 13 oct. 1174 (P. L., clxxxv, 1248, Chronicon Clare-
vall.; Hist. des Gaules, xiii, 713, Chronicon Alberici).
Cette église avait deux collatéraux et une abside avec
chapelles rayonnantes; on y trouvait 32 autels, dont
10 dans la nef. Le centre de la croisée était surmonté
d'un simple clocher en bois avec flèche. On avait pu
établir 805 stalles (d'Arbois, op. cit., 37-40); Meglinger,
H. — XH. — 34 —
1059
CLAIR
VAUX
1060
lors de son passage en 1667, n'en trouva plus que 138
pour les moines, alors au nombre de 80; et 316 pour les
convers, descendus à ce moment au chiffre de 50
(P. L., cLxxxv, 1598, n. 52, 53; cf. G. Duhem, Les
églises disparues du départ, de l'Aube, 1934). Les bâti-
ments conventuels subirent des remaniements au
cours des siècles. Durant sa prélature de cinq années,
l'abbé Jean II (1286) reconstruisit plusieurs parties.
Une nouvelle bibliothèque fut commencée par Pierre
de Virey en 1495 et achevée en 1502 (ms. 497 de
Troyes).
Le xviii« s. amena d'autres transformations. Dom
Robert Gassot (1718-40) supprima les chapelles rayon-
nantes autour de l'abside de l'église et coupa un peu
les trois nefs à l'Occident pour donner plus de largeur
à la cour de l'abbatiale (cf. Lalore, op. cit., 234). Les
bâtiments conventuels se transformèrent ensuite au
goût du jour; la plus grande partie en subsiste encore :
la bibliothèque, la demeure de l'abbé, du prieur, du
procureur; le grand cloître, l'infirmerie, la cuisine, le
réfectoire devenu chapelle pour les détenus.
On possède d'intéressants dessins de l'ancien Clair-
vaux : celui de Joachim Deviert en 1612 (reproduit
par A. Roserot, op. cit., 390, d'après Bibl. nat., Es-
tampes, V, 23, fol. 104); ceux de dom Milley, prieur de
Mores en 1708, particulièrement beaux et suggestifs
(authentiques à la bibl. de Troyes, reproduits aussi
par Roserot). Des descriptions du monastère et de
l'église ont été faites, notamment par des moines et
abbés étrangers venus à Cîteaux pour le chapitre géné-
ral et visitant Clairvaux, tels Meglinger déjà cité, et
Jean Conrad Tachler, de l'abbaye de Raitenhaslach,
venu pour le chapitre de 1613 (Cisterc.-Chronik, 1892,
p. 268).
Après la vente de Clairvaux, lors de la Révolution,
on établit dans l'église, en févr. 1793, une verrerie, et
dans les caves une papeterie. En 1808, on se disposait
à monter une filature de coton dans le réfectoire. Mais
les possesseurs, ne réussissant pas leurs entreprises,
revendirent le tout au gouvernement, qui en fit une
maison centrale de détention. C'est encore sa destina-
tion actuelle. Dès 1819, l'église avait complètement
disparu.
Un trésor se constitua également à Clairvaux. 11
comportait des reliques insignes et des reliquaires de
haute valeur artistique. Le détail de ces richesses a
fait l'objet de plusieurs inventaires successifs. Celui
de 1405, qui est aux archives de l'Aube, fut édité par
d'Arbois (Trésor de Clairvaux, 1873, p. 491-96); de
même celui de 1504 (3 H 365; ibid., 493-503). Un
troisième inventaire, de 1640 (3 H 366), fut édité
par J.-J. Vernier (dans Bibl. de l'École des chartes,
Lxiii, 1902, p. 599-677). Un quatrième date de 1719
(3 H 364); un cinquième, de 1741-42, est de dom
Claude Guyton (3 H 367), édité par Ch. Lalore
(op. cit., 1-95); un sixième, de 1743 : estimation des
pierres précieuses..., reliquaires de Clairvaux, est édité
par le même (p. 110-13). Enfin le dernier inventaire,
de 1771, fut édité par L. Paris (dans Cabinet histo-
rique, IV, 1858, p. I, 14-28). En 1875, l'abbé Ch. Lalore
éditait Le trésor de Clairvaux du xii^ au xriii^ s.; on
y trouve un excellent aperçu des richesses pieuses et
artistiques que posséda l'abbaye.
De tout cela, bien peu de chose nous reste. Signa-
lons uniquement la volute en ivoire d'une crosse de S.
Bernard, que conserve l'abbaye cistercienne de Belle-
fontaine (Maine-et-Loire). Cette pièce se trouvait men-
tionnée dans l'inventaire de 1405. Elle fut donnée par
dom Rocourt, dernier abbé de Clairvaux, à dom Au-
gustin de Lestrange, qui l'apporta dans sa fondation
de Bellefontaine ajirès la tourmente révolutionnaire.
La lettre d'envoi signée du donateur accompagne en-
core le don et en atteste l'authenticité.
Il conviendrait de mentionner aussi les mss. réalisés
à Clairvaux et passés ensuite dans les abbayes filles.
Cambron en Hainaut, par ex., en posséda plusieurs,
que l'on retrouve actuellement à la bibliothèque de
Mons (Belgique); l'un d'entre eux, qui contient la
Bible, est une pièce d'une exceptionnelle valeur artis-
tique (xiii"" s.).
Archives : départ, de l'Aube, 3 H 9-40 : nombreux cartu-
laires dont le détail est donné dans le Répertoire numérique,
série //, éd. de Saint-Aubin et Duhem, 1933; 3 H 44-90 :
privilèges accordés par les papes de 1132 à 1657; 233 bulles
originales et quelques copies; 3 H 92-i:si : privilèges accor-
dés parles empereurs, les rois et autres seigneurs, de 1137 à
1711 ; 3 H 174-243 : activité des abbés de Clairvaux dans les
abbayes de la filiation, et ailleurs par délégation. — Départ,
de la Côte-d'Or, H 13 : pièces concernant les possessions de
Clairvaux dans cette région. — Départ, de la Hte-Marne,
H, Clairvaux : 1 carton (xviip s.) et quelques autres pièces.
— Départ, du Nord, nombreuses pièces dans les fonds des
abbayes filles de Clairvaux : Loos, 27 H 9, 14, 45, 69, 72,
73, 74; Vaucelles, 2& H 4, 9, 11, 15, 16, 17, 33, SI, 100;
Beaupré-sur-la-Lys, 29 H 2; N.-D.-des-Prés à Douai,
30 H 10, 29, 31; Flines, 31 H 11; Marquette, 33 H 2, 3, 5,
59, 74, 78.
Bulles concernant Clairvaux : Jaffé, lettres 7544 d'Inno-
cent II; 11171. 11194, 11633, 12074, 12.328-32, 12673, 12916
d'Alexandre III; 16111 de Clément III; 16908, 16974 de
Célestin III. ~- Potthast, Reg., 1 187, 1409, 2104, 2995, 2996,
3133, 4.543 d'Innocent III; .5382, 5461, 5698, 5954, 6113.
25761 d'Honorius III; 8958. 9191. 9264. 9293 de Gré-
goire IX; 14842 d'Innocent IV; 18175 d'Urbain IV. —
Pressutti, Reg. Honorii III, n. 10.419.266,347.4018.1083,
1084. 1771. 2169, 4247, 4400, 4499, 4832. - Pflugk-
Harttung, Acta pont. Rom. inedita, i, n. 168, 277, 291, 392,
424. — Martin. Bullaire... dioc. de Lyon, 1905. n. 756, 790.
1343. 1465. — L. Auvray. Registres de Grégoire IX, n. 3197.
3236, 3757, 6095. — É. Berger, Reg. d'Innocent IV, n. 897,
5311, 5857, 7454. 7714. — Bourel..., Reg. d'Alexandre IV,
n. 329, 658, 1118, 1791, 1792, 2390. — .1. Guiraud, Reg.
d'Urbain IV, n. 424, 684, 685, 1403, 2195. — É. Jordan,
Reg. de Clément IV, n. 114. — E. Langlois, Reg. de Nico-
las IV, n. 82, 4535. — G. Digard, Reg. de Bonijace VIII,
n. 1098, 1180, 1676, 2169, 3799. — Ch. Grandjean, Reg. de
Benoît XI, n. 899. — Moines du Mont-Cassin, Reg. de Clé-
ment V, n. 183. 637, 3390, 4247, 4281. — G. Mollat, Lettres
communes de Jean XXII, n. 8573, 17942, 18060, 20917.
41860. 43523. 45828, 55397, 56160, 58654. 59674. 60037.
62982. — Vidal, Lettres communes de Benoît XII, n. 3, 330,
1468, 2093, 2361, 2426. 5066, 8221. — Dom Berlière. Sup-
pliques de Clément VI, n. 244. — Fierens, Lettres d'Urbain V,
n. 1684. — H. Nélis, Lettres de Clément VII, n. 1234. —
Trois mss. de Clairvaux contiennent quelques séries de
bulles : le ms. 591 de Troyes (xii" s.) se termine par 16 bulles,
par un folio gratté où l'on a transcrit la bulle Exposcit
(1489). enfin par 6 bulles du xiï» s.; le ms. 2025 (xin« et
xiv« s.). 2°, donne une analyse rapide de bulles; le ms. 2617
(xvi" s.) analyse des concessions pontificales de 1164 h 1264
(les derniers folios sont des additions plus tardives).
Nombre de documents concernant Clairvaux sont donnés
par Teulet. Layettes..., i, 47, 475, 502. 503. 526. 534, 535;
II. 29. 149. 237, 252; m, 121, 122, 181, 391. 5.57; iv. 458.
A la bibl. munie, de Troyes, les mss. provenant de Clair-
vaux fournissent de précieux éléments aux historiens dans
les domaines suivants : ascétisme et théologie, mss. 62, 276,
433, 444, 450, 503, 757, 876, 930, 1041, 1175, 1393, 1517,
1733, 1771; — Écriture sainte, mss. 556, 557, 563, 1168.
1438, 1534; — histoire, hagiographie, mss. 6, 14, 734, 739,
763, 808, 1133, 1405, 1434, 1450, 1636, 1953, 2002, 2045,
2248, 2357, 2891; — liturgie : lectionnaires, mss. 36, 219,
391, 1095; missels, mss. 299, 704, 707, 849 du xii» s.;
298, 406, 407, 586, 587, 850, 863, 870, 1731, 1946 du XIII» S.;
bréviaires (douze sont du xn« s., trente du xiii', etc.); psau-
tiers, pontificaux, antiphonaires, épistoliers, collectaires,
martyrologes, ordinaires, processionnaux, etc.; — droit
ecclésiastique, mss. 349, 699, 763, 1274, 1285. 1796, 2025,
2617, 2919.
Voir encore : Paris, Bibl. nat., mss. lat. 12665; 17726
(xvii» et XVIII" s.) : répertoire des chartes; nouv. acq. lat.
1208 : copie de cartulaire (1872); 1675, n. 2 : charte du
10 juin. 1218; mss. /r. 969.3 : acte de 1687; 15721 (xvii» s.) :
réforme; 20892, m, fol. 231; 20902. fol. 62, 143; 22364 :
invent, de livres; 2597.3 (1462-1701); nouv. acq. fr. 2734
1061
CLAIRVAUX
C I . A R F. T
1062
(xvii« et xviii» s.) : réforme; coll. Moreau, ms. 79 (xxxi, A,
23-54), fol. 19; 887, fol. 527 : franchises; 849, fol. 279 : cata-
logue des mss.; 797 (44) : personnages inhumés à Clairvaux;
coll. Champagne, ms. CXI, fol. 54 : copie de bulles... (1115-
1738). — Paris, Chambre, mss. 122, fol. 36; 352, fol. 271. —
Paris, Institut, coll. Godefroy, ms. 275, fol. 15, 25, 33 :
lettres. — Aix, bibl. munie, ms. 1428 : actes de 1619 et
1629. — Auxerre, ms. 205, fol. 134, 137. — Besançon,
ms. 776, fol. 227 : notice..., élection de Denis Largentier
(1624). — Cognac, ms. 45 (xix), p. 243 : documents. —
Dijon, mss. 129, 602. — Lyon, ms. 623 : année 1394. —
Reims, ms. 1550 : quelques titres.
A. Assier, Pièces curieuses relatives... Clairvaux, Troyes,
1856. — Chronicon Clarevallense (1147-92); P. L., CLXxxv,
1247. — Chronicon of Melrose, éd. fac-similé, Londres, 1936.
D'Arbois, Études... Clairvaux, Paris, 1858. — Gall.
christ., IV, 796. — Janauschek, Origines cisterc. Vienne,
1877, p. 4. — J. Laurent, dans Beaunier-Besse, Abbayes et
prieurés..., xii, 1941, p. 306-44 (références abondantes). —
Martène, Thésaurus..., i, 632, 639, 783, 821, 1009, 1061,
1255, 1293. — E. Petit, Voyage de l'abbé Lebeuf à Clair-
vaux en 1730, dans Bull, de la Soc. des sciences de l'Yonne,
1887, p. 33-64. — P. Piétresson de Saint-Aubin, Notes sur
les arch. de Clairvaux, dans S. Bernard et son temps, i,
Dijon, 1928, p. 262-91. — Pitra, Spicilegium Solesmense,
III, 487. — A. Prévost, Ilist. du dioc. de Troyes pendant la
Révolution, Troyes, 1908, 3 vol.; ou Recueil de chartes (1257-
1329) et bulles (1217-1459) de Clairvaux, dans Revue Ma-
billon, xiv-xix. — Statuta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd.
Louvain, 1933-41; les Indices du t. viii, 128-33, indiquent
les références concernant Clairvaux. — J. Waquet, Recueil
des chartes de l'abbaye de Clairvaux, fasc. i, Troyes, 1950. —
Wiederhold, Papsturkunden in Frankreich, v, 140, 165.
J.-M. Canivez.
CLAIRVAUX. Voir aussi Chiaravalle.
CLANEUS (KAÔVEOS), évêché de Phrygie Salu-
taire dépendant d'Amorium. Ruines à Bayât (?).
On ne lui connaît que deux évêques grecs : Salomon,
qui prit part au concile Quinisexte (680; Mansi, ix,
210 A, 652 B, 676 D). — Nicéphore, qui assista au
second concile de Nicée (787; ibid., xii, 998 A, 1104 E;
XIII, 392 E).
Le titre ne semble pas avoir encore été conféré dans
l'Église romaine.
Ruge, dans Pauly-Wissowa, xi-1, 547. — Le Quien, r,
491-92.
R. Janin.
CLANSAYES (Bertrand de). Issu de Lambert-
Adhémar de Monteil et de Bérangère de Lautrec,
Clansayes était en 1250 chanoine de S.-Paul-des-
Trois-C^hâteaux. Il figura au concile d'Isle (Vaucluse)
en qualité d'évêque, le 19 sept. 1251. Ce dut être un
homme prudent et conciliant, car ses contemporains
le choisirent souvent comme arbitre dans leurs diffé-
rends. Lui-même conclut des compromis avec le cha-
pitre de sa cathédrale au sujet de redevances et du
droit de collation de bénéfices (1273 et 1282). La date
de son décès demeure incertaine et se place peut-être
en 1286.
Gall. christ, nov., S.-Paul-des-Trois-Châleaux, n. 177-219.
G. MOLLAT.
CLAPWELL (Richard). Dominicain du cou-
vent d'Oxford et maître en théologie (vers 1284-85),
Richard Clapwell (Klapwell ou Knapivell) fut bache-
lier sententiaire entre 1273 et 1277, ainsi qu'on peut
le déduire de ses Notabilia. A la suite de la condam-
nation portée par Kilwardby, en 1277, contre l'ensei-
gnement de S. Thomas, Clapwell abandonna l'attitude
de compromis qu'il avait adoptée jusque-là et se mêla
aux polémiques, parfois violentes, dont l'université
d'Oxford fut le théâtre. Adversaire de Guillaume de
la Mare dont il réfuta le Corniptorium, pui.s de l'ar-
chevêque de Cantorbéry, Clapwell en appela au pape
à la suite de la lettre de Kilwardby du 30 avr. 1286,
qui condamnait huit (ou peut-être douze) thèses théo-
logiques relatives à l'unité des formes. Ayant plaidé sa
cause auprès de la Curie romaine, il ne put se faire
entendre de Nicolas IV. C'est durant ce voyage en
Italie qu'il mourut, à Bologne, en 1288.
L'héritage littéraire de ce dominicain, premier tho-
miste anglais, comprend, avec des Notabilia super
primum Sententiarum (1273-77), qui constituent pro-
bablement le début du commentaire sur les Sentences
dont parle Laurent Pignon, un Quodlibet (1284-85;
cf. P. Glorieux, La littérature quodlibétique, ii, Paris,
1935, p. 255-56), et des Quaesliones disputatae. Il est
de même fort vraisemblable qu'il soit l'auteur du
Correciorium corruptorii : Quare, longtemps attribué
à Gilles de Rome (éd. P. Glorieux [Bibl. thomiste, ix],
Kain, 1927; v. A. Hufmagel, Sludien zur Entwicklung
des thomistischen Erkenntnisbegriffes im Anschluss an
das Correciorium Quare [Beitr. zur Gesch. der Philos,
und Theol. des Mitlelalters, xxxi, 4], Miinster, 1935),
et de deux traités de polémique thomiste : De unitale
formae (qui provient d'une disputatio) et De immediata
visione Dei.
M.-D. Chenu, La première diffusion du thomisme à Oxford.
Klapwell et ses « Notes » sur les Sentences, dans Arch. d'hist.
doctr.etlittér. du Moyen Age, lu, 1928, p. 185-200. — D.T.C.,
VIII, 2357-58. — Laurent Pignon, Catalogi et chronica, éd. G.
Meersseman (Monumenta ord. Praed. hist., 18), Rome, 1936,
p. 25. — P. Glorieux, Le ms. d'Assise, bibl. comm., 158.
Date et mode de composition, dans Recherches de théol. an-
cienne et médiévale, viii, 1936, p. 282-95. — P. Glorieux,
Un pseudo-maître en théol., ibid., xii, 1940, p. 143-45. —
F. Pelster, Richard von Knapwell. Seine « Quaesl. disp. » und
sein « Quodlibet », dans Zeitschrift fur kathol. Theol., lu,
1928, p. 473-91.
M.-H. Laurent.
CLARE ISLAND, Clearum, Monaster ny
Clereh, de Clerc, Insula Clerii, Cleary, ancien monas-
tère d'Irlande, au comté de Mayo, dioc. de Killala.
Jongelinus {Notitia abbatiarum..., viii, 30, n. 36) y
avait vu un monastère cistercien fondé en 1224; mais,
vidé de ses habitants par les pirates, il aurait été uni
à l'abbaye cistercienne de Knockmoy, sa maison mère.
Cette fondation en 1224 paraît fort peu probable. De
son côté, Archdall (Monasticum hibernicum, 498) es-
time que cette maison fut d'abord un couvent de car-
mes, uni dans la suite à Knockmoy.
L.-A. Alemand, Hist. monastique d'Irlande, Paris, 1690,
p. 189. — Cottineau, 801. — Janauschek, Origines cisterc.
Vienne, 1877, p. lxxviii. — Th. Walsh, History of the Irish
hierarchy, with the monasteries..., New-York, 18,54, p. 564.
— J. Waraeus, De Hibernia et antiquitatibus eius..., Lon-
dres, 1854, p. 252.
J.-M. Canivez.
CLARENTIUS (Saint), évêque, succéda à S.
Ethérius sur le siège de Vienne en Dauphiné, au début
du vii« s. Il mourut vers 620. Adon l'avait inscrit dans
son martyrologe le 26 avr.; Baronius le reprit le 26.
La fête est au nouveau propre de Grenoble. Des reli-
ques du saint furent transférées à Prague en 1448;
celles conservées à Vienne furent dispersées par les
huguenots.
A. S., a\T., m, 376-77. — Duchesne, i, 194-95, 208. —
Mart. Rom., 157.
R. Van Doren.
CLARET (S. Antoine-Marie) (1807-70), arche-
vêque de S. -Jacques de Cuba et fondateur des mis-
sionnaires Fils du Sacré-Cœur de Marie (v. Cla ré-
tins).
I. Le missionnaire. — S. Antoine-Marie Claret y
Clarâ naquit à Sallent (Catalogne), dioc. de Vich, le
23 déc. 1807; cinquième des onze enfants de Jean Cla-
ret et Josepha ClarA. Baptisé le 25 déc, il reçut les
noms d'Antoine- Jean-Adjutorius; confirmé le 12 déc.
1814. Il acquit très jeune une solide formation reli-
gieuse qui se manifesta bientôt dans sa tendre dévo-
tion à la Ste Vierge. Dès l'âge de cinq ans, il fréquenta
1063
CLARET
1064
l'école et, vers onze ans, apprit quelque peu le latin;
mais obligé d'aider son jière, il alla, à dix-huit ans, à
Barcelone pour apprendre le métier de tisserand. Il
s'y livra avec tant de jjassion au travail et à l'étude
qu'épuisé il subit une crise spirituelle aiguë; il attribua
à l'intervention de la Vierge de ne pas s'être noyé. Il
éprouva dès lors un attrait spécial pour la vie char-
treuse; sur le conseil du P. Amigo, de l'Oratoire, il
resta cependant à Barcelone. En sept. 1829, il entra
au séminaire de Vich, sans abandonner son projet de
se faire chartreux.
Grâce à l'appui financier du majordome de l'évêque,
Mosen Fortunat Bres, et sous la direction de l'orato-
rien Pierre Bach, il y étudia d'abord la philosophie
(1829-32), puis la théologie (1832-39). Il se distingua
moins par son intelligence que par son application.
A peine tonsuré, il reçut, en 1832, un bénéfice à Sal-
lent. Ordonné le 13 juin 1835, il poursuivit ses études,
mais avec de multiples interruptions par suite des
troubles politiques de l'époque. 11 fut nommé d'abord
vicaire et économe à Sallent. Pendant ces années, il
intensifia sa vie intérieure; son inclination pour l'apos-
tolat lui donna dès cette époque l'idée de fonder une
congrégation de prêtres missionnaires. Fin août
ou début se])t. 1839, il se rendit à Rome pour s'y
mettre à la disposition de la Propagande; n'ayant pas
réussi à s'introduire à la Propagande, il entra au novi-
ciat de la Compagnie de Jésus (2 nov. 1839); mais, dès
le 3 mars 1840 il dut en sortir par suite de maladie; le
19 mars il retourna en Espagne.
De mai 1840 à févr. 1843, il administra les paroisses
de Viladrau et de S. -Jean de 016, tout en se livrant à
l'activité missionnaire. De cette époque datent son
premier miracle et le grand épanouissement de sa vie
intérieure. Dès févr. 1843, il quitta le ministère parois-
sial pour se vouer exclusivement aux missions. De 1843
à févr. 1848, il prêcha dans les diocèses de Girone,
Vich, Barcelone, Tarragone, Solsona et Lérida. C'est
au cours d'une retraite prêchée au clergé à Campde-
vanoll (juin. 1843) qu'il rencontra Etienne Sala, qui
deviendra un des meilleurs soutiens de sa future con-
grégation. Il publia Avisos a los monlos (= carmes de
Vich), octobre 1843; Camino reclo, 1843; Avisos a
un sacerdote, 1844; Avisos saludables a las doncellds. Il
dirigea l'Institut des carmes de la Charité, fondé en
1826 par Joaquinne Vedruna de Mas. Entre temps il
avait aussi acquis la réputation d'un thaumaturge.
11 poursuivit son apostolat par la presse en publiant en
1845-46 : Avisos muij utiles para los padres de familia;
El rico epulôn; Mârimas de la moral mâs para; Avisos
muy ûtiles para las casadas; Catecismo de los principa-
les deberes de un mililar cristiano; Gnler a dcl desen-
gano; Las mujeres espaiiolas a los ojos de las francesas;
Avisos saludables para las casadas; Avisos inslructivos
a los ninos; La cesta de Moisés (Avisos a los jovenes);
La escala de Jacob i; la puerta dcl cielo. Il rencontra
aussi des difficultés, des contradictions, des calom-
nies : en sept. 1846, il faillit être victime d'un attentat.
A Alforja, il convertit le célèbre pseudo-mystique
Michel Ribas (févr. 1847). De mars à nov. 1847, il fut
retenu à Vich par la maladie ; il y fonda l'archiconfrérie
de r Immaculé-Cœur de Marie (1'^'' août 1847) et com-
posa un opuscule sur les origines, les privilèges et
l'organisation de la confrérie. Dans la suite il fit du
cœur de Marie le thème favori de ses sermons. Il orga-
nisa aussi les congrégations mariales.
Au cours de ces années il publia quelques nouvelles
brochures : Socorro a los difunlos; El Trisagio; Avisos
a las viduàs; La Palma (Documcnlos de perfecciôn) ;
El amante de Jesucristo; Nuevo manoiito de flores
( Instrucciones a los conjesores) ; La verdadera sabidur a
( Instrucciones a los pénitentes) ; Conslituciones de la
Hermandad del Saniisimo e Inmaculado Corazôn de
Maria; Las religiosas en sus casas; Catecismo mener;
Compendio... de la doctrina cristiana, etc. Il prépara
en outre son important Catecismo explicado. De févr.
1848 à mars 1849, il prêcha dans les principales loca-
lités des îles Gran Canaria et Lanzarote. Ce fut sa der-
nière randonnée missionnaire en Europe.
Résumons les caractéristiques de sa méthode mis-
sionnaire. Le missionnaire doit obéir à ses supérieurs
ecclésiastiques; il ne peut rechercher que le royaume
de Dieu; il pratiquera la pauvreté dans toute sa ma-
nière de vivre; il s'appliquera à l'humilité, la mansué-
tude, la mortification et la charité. En outre il adap-
tera ses sermons à l'intelligence des masses, et recourra
volontiers au langage simple et imagé du peuple.
Claret se spécialisa dans les missions rurales et dans
les retraites prêchées au clergé et aux religieuses.
Trois circonstances ont contribué à ses succès : sa
conduite exemplaire, le don des miracles qu'on lui
attribuait, enfin la propagande par la presse qui soute-
nait sa parole. 11 fonda en elTet en 1848 la Librer a
religiosa (primitivement [1846] Hermandad espirituat
de libros buenos), qui répandit, de 1848 à 1850,
329 000 tracts et, de 1850 à 1866, 9 569 000.
Comme on le verra plus loin, la congrégation des
missionnaires du Cœur de .Marie date du retour de
Claret à Vich, après la mission des Canaries en mai
1849 (v. Clarétins). Claret s'occupait de l'organisa-
tion de la Libreria religiosa et de sa congrégation
quand, le 11 août 1849, l'évêque de Vich lui commu-
niqua un ordre du ministère de Grâce et de Justice,
daté du 4, par lequel il était nommé archevêque de
S. -Jacques de Cuba. Claret accepta le 4 oct. 1849, fut
sacré à Vich le 6 oct. 1850 et reçut le pallium le
20 déc. I-între temps il avait publié : Instrucciones y
reglas de la Congregaciôn de la Immaculada; Diàlogo
sobre la oraciôn; Manâ del cristicmn et quatre volumes
d'opuscules.
II. L'ARCHEvÊyuE. — Le 28 déc. 1850, il s'embar-
qua à Barcelone et arriva à S. -Jacques de Cuba le
16 févr. 1851. Le siège n'avait plus été occupé depuis
quatorze ans. Aussitôt Claret commença à prêcher une
retraite au clergé de la capitale et, pendant le carême,
il organisa une mission ])our le peuple. Du 2 avr. 1851
au 22 mars 1853, il visita toutes les paroisses de son
diocèse; partout sa visite fut accompagnée d'une mis-
sion prêchée au peuple. Il adressa à Pie IX un rapport
sur les résultats de cette visite. Du 22 mars au 8 juin
1853, il séjourna dans sa' ville épiscopale. Il fit une
deuxième visite du diocèse (8 juin 1853-25 sey>t. 1854),
puis une troisième (21 nov. 1854-14 mars 1855); sa
quatrième fut interrompue par l'attentat d'Holguin
(v. infra).
Il est impossible de donner un aperçu complet des
i diverses activités de Claret à Cuba. Nous n'en signa-
i Ions ici que les plus importantes. Claret se distingua
par ses prédictions : il prédit un tremblement de terre
(20 août 1852), une épidémie de choléra, et même la
perte de Cuba pour l'Espagne. Il se fit l'apôtre de la
charité : il fonda (1853-54) pour enfants et vieillards
pauvres, à Puerto Principe (Camagiiey), une grande
maison de bienfaisance à laquelle il attacha un centre
d'expérimentation agricole; il publia à cette occasion
Reflexiones sobre la agricultura et Las dclicias del
campo. Cette institution fut supprimée après le départ
de son fondateur. D'autre part, Claret lutta contre le
concubinage fort répandu du clergé et contre la grande
misère des églises. 11 obtint de Madrid que la dotation
légale soit à nouveau régulièrement payée au clergé;
il fut en outre autorisé à ériger de nouvelles paroisses
(53, qui vinrent s'ajouter aux 40 déjà existantes).
Pour remédier à la pénurie de prêtres (25 pour 40 pa-
roisses), et à leur ignorance, il organisa des cours et
des conférences, ordonna des retraites, distribua des
1065
CLA
RET
1066
livres, enfin fit appel à des séminaristes espagnols et
à des ordres religieux. Il ordonna 36 prêtres, origi-
naires d'Espagne, et obtint du gouvernement (26 nov.
1852) l'autorisation d'établir des communautés reli-
gieuses. Mais, à part les scolopes établis à Puerto-
Principe, ce ne fut qu'après son départ que celles-ci y
furent fondées (Pères de la Mission, sœurs de la Cha-
rité, jésuites et capucins); cependant une religieuse de
Tarragone, Antonia Paris Riera, arrivée le 26 mai
1852 à Cuba avec quatre consœurs, y fonda une nou-
velle congrégation ayant pour but l'instruction des
petites filles et l'entretien des ornements d'église.
Cette congrégation fut canoniquement établie le
25 août 1855, sous le nom d'Institut apostolique de
Marie-Immaculée; elle adopta la Règle de S. Benoît
et des coutumes propres.
Comme en Espagne, Claret organisa à Cuba la pro-
pagande écrite. Il publia : Modificacinn de tos estatulos
del seminario tridentino de Cuba; Pronluario para la
adminislraciôn de los santos Sacranientos; Alocuciôn
para el ofertorio de la Misa; Ejercicios espiriluales
preparatoria para la primera comuniùn de los ninos,
1859; Novena al Smo Corazôn de Maria, 1855; Aso-
ciôn de Hijas de la Concepcion, 1855; Instrucciôn qué
debe iener la mujer. Bâlsamo e/lcaz, 1856; Anolaciones al
Evangelio de San Mateo y a los dos primeras cupilulos
de los Hechos de los Apôstoles, 1856; El viajero recién
llegado, 1856. Outre ces plaquettes, il publia cinq
lettres pastorales, de nombreuses circulaires, des réédi-
tions de son Manâ del cristiano, etc.
Son zèle réformateur valut à Claret de violentes
oppositions. Sous la conduite de Wenceslas Callejas, >
un groupe de clercs mécontents dénigrèrent son acti-
vité et celle de ses collaborateurs; ils exploitèrent
contre lui le sentiment nationaliste du peuple; ils
calomnièrent ses mœurs, etc. Claret fut victime de
quatre attentats; lors du second, à Holguin, le 1'^'' févr.
1856, il fut sérieusement blessé; quelques jours après
on brûla la maison où il devait se loger. Cette persé-
cution ébranla Claret au point qu'il présenta au pape
sa démission. Une lettre de Pie IX (fin 1856) lui re-
donna du courage. Cependant, le 18 mars 1857, il fut
rappelé à Madrid par la reine Élisabeth II, dont il fut
nommé confesseur (5 juin). Il renonça alors au siège
de Cuba et devint archevêque titulaire de Trajano-
polis.
III. Le confesseur royal. — Grâce à son tact,
Claret parvint à inspirer à la reine une certaine ferveur .
pour la religion. Il s'occupa aussi de l'instruction
religieuse des infants. Pendant ses loisirs, fort longs,
il se livra au ministère de la prédication et de la
confession, par ex. en l'église des Italiens, à l'hôpital
S.-Jean-de-Dieu, en l'église et à l'hôpital de N.-D. de
Montserrat. Le 5 août 1859, la reine le nomma prési-
dent d'une communauté d'ecclésiastiques établie à
l'Escurial. Claret restaura le temporel de cette com-
munauté; il donna en outre aux ecclésiastiques une
règle de vie, inspirée en i)artie des règles monastiques.
Cette réforme aboutit à la fondation d'un séminaire,
dépendant de celui de Tolède. Claret rédigea le règle-
ment et fonda, au prix d'énormes dépenses, une riche
bibliothèque. Cette nouvelle institution devint bientôt
le premier séminaire d'Espagne, malgré les difficultés
que lui créait le cardinal de Tolède. A côté du sémi-
naire, on installa un collège d'études moyennes; la
révolution de 1868 empêcha d'y adjoindre un institut
d'études supérieures. Au cours de ces années, Claret
publia quelques ouvrages relatifs à la pédagogie :
El colegial inslruido; La vocaciôn de los niilos: Bâlsamo
eficaz... L'institut de l'Escurial fut combattu par le
parti libéral, soutenu en cela par le P. Pages, ancien
hiéronymite et vice-président de l'Escurial. Claret fut
obligé de démissionner (juin 1868) et eut comme suc-
cesseur R. Salvado, O. S. B., évêque de Puerto- Vic-
toria et abbé de la Nouvelle-Nurcie (Australie).
Claret entretint de bonnes relations avec les reli-
gieux (dominicains, Pères de la Mission, mercédaires,
jésuites, passionistes et rédemptoristes) et travailla au
rétablissement des ordres supprimés (bénédictins,
hiéronymites, capucins). Il eut surtout des rapports
suivis avec les congrégations de religieuses, spéciale-
ment avec les carmélites de la Charité, les adoratrices
— dont la fondatrice, la .M. Sacrement, fut dirigée par
lui — les esclaves de l' Immaculé-Cœur de Marie et les
religieuses de l'Enseignement, fondées par lui à Cuba.
Comme confesseur royal, il fut obligé d'accompagner
les rois dans leurs voyages à travers la péninsule. II
profita de cette circonstance pour se faire entendre
dans un grand nombre de villes. Entre temps il n'ou-
blia pas sa i)ropagande par la presse. D'après les
comptes de la Libreria religiosa, cette maison imprima
pour Claret, en 1862, 102 368 volumes, et 224 000 en
1863. Ajoutons les livres imprimés pour lui à Madrid
et ailleurs et nous aurons une idée de la diffusion
extraordinaire de ses ouvrages. Pour intensifier cet
apostolat, il fonda, en 1858, l'Académie S. -Michel,
groupant artistes et littérateurs. Pendant les neuf ans
de son existence celle-ci édita 24 ouvrages et 15 estam-
pes; elle distribua gratuitement 1 071 003 volumes,
I 734 022 estampes, 25 311 médailles, etc. Entre temps
la production littéraire de Claret prit des proportions
considérables. Il composa des dizaines d'ouvrages,
dont quelques-uns comportaient plusieurs volumes.
II s'adressa par eux à toutes les classes de la société en
vue de leur inculquer la piété et l'esprit surnaturel.
Claret, d'accord avec le nonce, s'efforça de faire nom-
mer de bons évêques et d'obtenir la protection du
gouvernement pour l'enseignement religieux. Il pui-
sait la force de son activité débordante dans une
expérience mystique qu'il avait éprouvée à Cuba le
\" sept. 1855 et qu'il mettait en relation. avec les six
premiers chapitres de r.\pocaly])se. La nature et la
signification de cette expérience nous échaijpenl. Quoi
qu'il en soit, Claret fut accusé, à tort, de se mêler de
la politique. Il fut attaqué dans des pamphlets, dans
des chansons populaires; on publia sous son nom
des brochures irreligieuses, etc. En réponse à ces
accusations, il publia en 1804 : Consitelo de un aima
calumniada.
La reconnaissance du royaume d'Italie par le gou-
vernement espagnol (15 juill. 1865) obligea Claret à
abandonner sa charge de confesseur royal. Il se rendit
à Rome (oct.-nov.) consulter Pie IX, qui lui conseilla
de retourner en Espagne et d'essayer de reprendre
son poste moyennant l'obtention de quelques conces-
sions imposées par le Vatican. INIais la révolution de
1868 vint interrompre brusquement toutes ses acti-
vités. Le 30 sept, il quitta l'Espagne pour ne plus la
revoir. Il suivit la famille royale à Paris, où il continua
ses fonctions de confesseur de la reine et de précepteur
des princes. Voulant quitter définitivement la cour, il
prétexta un voyage à Rome (30 mars 1869) où il arriva
le 2 avr. et le 24 il fut reçu en audience par Pie IX. Il
fut l'hôte des mercédaires, mena la vie d'un simple
religieux et continua son apostolat en publiant : Triduo
a S. José; Refutacion de Renan; Vie de S. Pierre No-
lasco, etc. Il assista au concile du Vatican, sans y jouer
un rôle en vue. Déjà gravement atteint par la maladie,
il quitta Rome vers le 20 juill. 1 870 et se retira du 23 au
6 août chez ses missionnaires à Prades (Pyr.-Orient.).
Accusé de fomenter un mouvement monarchique
contre la république, il se retira dans l'abbaye cister-
cienne de Font froide où il resta jusqu'à sa mort
(24 oct. 1870). Il fut enterre le 27, et le 13 juill. 1897
ses restes furent transportés en l'église de la Merced de
Vich, résidence des missionnaires. En oct. 1887 corn-
1067
CLARET —
CLARKE
1068
mença le laborieux procès d'information en vue de sa
béatification. Celle-ci eut lieu le 25 févr. 1934; la cano-
nisation, le 7 mai 1950.
A. M. Claret, Autobiograjia con notas del P. Postias,
Madrid, 1916. — F. de A. Aguilar, Vida del Excmo e Illmo
Sr Antonio Maria Claret, Misionero apostôlico..., Madrid,
1871. — J. Clotet, Resumen de la vida admirable del A. M. C,
Barcelone, 1882. — M. Aguilar, Vida admirable del Siervo
de Dios P. A. M. C, Madrid, 1894. — J. Blanch, Vida del
Ven. P. A. M. C, Barcelone, 1906 et 1908; Saô Paolo, 1909;
Rome, 1904. — J. Echevarria, Recuerdos del B. A. M. C,
Madrid, 1934. — P. Zabala, El Padre Claret. Relablos de
una vida ejemplar, Barcelone, 1936. — C. Fernîindez, El
Beato A. M. C. Hist, documentada de su vida y empresas,
2 vol., Madrid, 1946. — J. A. Ramos, El Sanlo Arzobispo de
Cuba, La Habana, 1949. — F. Husu, S. Antonio M. Claret,
Rome, 19.50. — T. Ariani, S. Antonio M. Claret, Rome,
1950. — G. Nibbi, S. Antonio M. Claret, Rome, 1930. —
T. L. Pujadas, S. Antonio M. Claret, Apôstol de nueslro
tiempo, Madrid, 1950. — D. Sargent, The assignments of
A. M. Claret, New-York, 1948. — C. Fernândez, S. Antonio
M. Claret apôstol moderno, Madrid, 1950. — J. M. Beren-
gueras, Compendio de la vida de S. A. M. C, Barcelone,
1950. — M. Peinador, La ediciôn de la Vulgata del B. Padre
Claret, dans Ilustraciôn del clero, 1949, p. 373-85. — J.
Jiménez, El P. Claret impulsor de las estudios humanisticos,
dans Helmantica, 1950, p. 145-68. — Enciclopedia Espasa,
au mot Claret.
F. PÉREZ.
CLARÉTINS, congrégation religieuse, fondée
le 16 juin. 1849 par S. Antoine-Marie Claret y Clarâ
(v. supra), à Vich (Barcelone, Espagne), sous le titre
de congregatio missionariorum Filiorum Immaculati
Cordis B. M. Virginis (C. M. F. = Cordis Mariae
Filius).
Dès le début de son activité missionnaire, Claret
groupait autour de lui quelques prêtres zélés, qui
adoptèrent une certaine organisation. Mais ce ne fut
qu'au retour de Claret des Canaries (mai 1849) que,
le 16 juin., on fonda la congrégation des missionnaires
établie au séminaire de Vich. Les premiers membres
furent, outre le fondateur, les prêtres E. Sala, J. Xifré,
J. Clotet, D. Fâbregas et M. Vilarô. La nomination de
Claret à l'archevêché de Cuba faillit compromettre
l'existence de la congrégation. Elle survécut à l'épreuve
et, le 9 cet., se fixa dans l'ancien couvent des carmes
qui devint dès lors la maison mère. Claret en fut le
premier supérieur; à son départ pour Cuba, il fut
remplacé par E. Sala. L'élection de J. Xifré comme
général (1858) marque le commencement d'une expan-
sion étonnante : en 1860, on fonda une maison à Bar-
celone, puis dans plusieurs autres villes d'Espagne; en
1869, la congrégation s'établit en France; en 1870, au
Chili; en 1880, à Cuba; en 1881, aux Canaries; en
1883, à Fernando Poo; en 1884, en Italie et au Mexi-
que; en 1895, au Brésil; en 1898, au Portugal; en 1901,
en Argentine; en 1902, aux États-Unis; en 1908, en
Uruguay; en 1909, en Colombie et au Pérou; en 1911,
en Autriche; en 1912, en Angleterre; en 1919, en
Bolivie; en 1923, au Venezuela, à Sto Domingo, et à
Panamà; en 1924, en Allemagne; en 1927, dans
l'Afrique portugaise; en 1933, en Chine; en 1946, à
Puerto Rico; en 1947, aux Philippines; en 1949, en
Belgique. Le 9 juill. 1859, elle reçut l'approbation
civile'; le 21 nov. 1860, le decrelum laudis; le 27 févr.
1866, son approbation définitive (Constitution Ad
decennium); le 11 févr. 1870, l'approbation perpé-
tuelle de ses constitutions et, le 2 mai, la confirmation
ofTicieile de cette approbation. Par ses lettres Inter
religiosas familins du 16 juill. 1924, Pie XI accorda à
la congrégation une nouvelle a))probation (A. A. Sedis,
1924, n. 16, ]). 351-57). Par décret de la Congr. des
Ileligieux du 23 août 1947, elle a élé reconnue olllcicl-
lement comme instituL religieux pour l'enseignement.
■ Les constitutions assignent aux menobres de la
congrégation de poursuivre un triple but : promou-
voir la gloire de Dieu, leur propre sanctification et le
salut des hommes. Elles autorisent donc toute activité
apostolique. Elles ne se distinguent guère beaucoup
de celles des autres congrégations modernes. La curie
généralice, à Rome, comprend le général, le sous-direc-
teur, trois consulteurs au minimum, un procureur, un
administrateur général et un secrétaire général. La
congrégation est divisée en provinces, qui sont elles-
mêmes subdivisées en semi-provinces, maisons, rési-
dences et semi-résidences. Chaque provincial et
chaque supérieur local possède ses consulteurs, un
administrateur et un secrétaire. Le général est élu par
le chapitre général pour une période de douze ans;
il nomme les provinciaux pour six ans et ceux-ci
désignent les supérieurs pour trois ans.
Actuellement (statistiques de 1949), la congrégation
comprend 1 1 provinces, 4 vice-provinces, 5 visitadurias,
240 maisons, environ 2 500 religieux profès et 1 500
jeunes clercs. Elle possède de nombreux collèges et six
districts missionnaires : le vicariat apostolique de Fer-
nando Poo, établi le 13 nov. 1883; la préfecture apos-
tolique de Chocô (Colombie), 14 févr. 1909; le vicariat
de Darien (Panamâ), 6 janv. 1926; la prélature de
S.-Joseph de Tocantis (Brésil), 22 juill. 1926; la mis-
sion de Sâo Tomé y Principe (Luanda), 30 août 1929;
la préfecture de Tunki (Chine), 4 mai 1933. Actuel-
lement elle publie 85 revues et 70 journaux, entre
autres : Vida religiosa; Commentarium pro religiosis;
Ephemerides mariologicae ; Ilustraciôn del clero et
Tesoro sacro-musical.
Dates des chapitres généraux. — 1. 28 mai 1859; 2.
7-14 juill. 1862; 3. 4-6 juill. 1864; 4. 10-13 juill. 1876;
5. 9-17 juin 1888; 6. 3-16 sept. 1895; 7. 17-23 avr.
1896; 8. 19-27 déc. 1899; 9. 25 avr.-18 mai 1904; 10.
7-17 juin 1906; 11. 30 avr.-31 mai 1912; 12. 15 août-
15 oct. 1922; 13. 15 mars-30 avr. 1934; 14. 22 nov.-
7 déc. 1937; 15. 3-28 mai 1949.
Supérieurs. — E. Sala, 1849-58; J. Xifré, 1856-99;
C. Serrât, 1899-1906; M Alaina, 1906-22; N. Garcia,
1922-34; F. Maroto, 1934-37; N. Garcia, pour la
deuxième fois, 1937-49; P. Schweiger, 1949.
M. Aguilar, Hist. de los Misioneros Hijos del Inmaculado
Corazôn de Maria, Barcelone, 1901, 2 vol. — Anales de la
Congregaciôn (revue), 1886-1951. — La Congr. de los Misio-
neros Hijos del Inmaculado Corazôn de Maria en el 75 aniver-
sario de su fundaciôn, Madrid, 1924. — C. Fernândez, El
B. P. Antonio M. Claret. Hist. documentada de su vida y
empresas, Madrid, 1946, i, 521-54; ii, 297-358. — El Iris de
Paz (revue), n. 2248, 16 juill. 1949. — Colegios Claretianos
(revue), n. 17, mars-mai 1949. ■ — Enciclopedia Espasa, au
mot Clarétins.
F. PÉREZ.
CLARISSES. Voir François (Ordre de Saint-).
CLARITUS (Bienheureux), de la noble famille
des Voglia, naquit à Florence vers 1300. Il embrassa
l'état clérical et fut guéri miraculeusement en invo-
quant S. Zénobe. Il contracta mariage et fonda en-
suite dans sa ville natale le monastère des augusti-
niennes de Regina Coeli, dit Chiarito, où sa femme se
retira. Il retourna ensuite à l'état clérical, se dévouant
à la communauté jusqu'à sa mort, qu'on place le 25 mai
1348. Son tombeau fut l'objet d'une vénération spé-
ciale et le peuple lui accorda le titre de Bienheureux.
A. S., mai, vi, 160-62. — Bolletino storico agostiniano, i,
1924, p. 15-20. — L. T. K., ii, 978.
R. Van Doren.
CLARKE (Ada.m), polygraphe anglais (1762-
1832). Voir D. T. C, lii, 1.
CLARKE (Robert), chartreux anglais (t 1675).
VoirZ>. r.,C., ni, 1-2
1069
CLARKE
— CLASSE
1070
CLARKE (Samuel), théologien anglican (1675-
1729). VoirD. T. C, m, 2-8; L. T. A'., ii, 978.
CLARTÉ-DIEU, C/an7asDe(, ancienne abbaye
de moines cisterciens au dioc. de Tours, sur la comm.
de S. -Paterne (Indre-et-Loire). Les circonstances de
la fondation de cet établissement sont narrées dans un
document émané de l'abbé de Cîteaux, Boniface (1244-
55?), qui affirme à nouveau les conditions dans les-
quelles s'est opérée l'œuvre de son prédécesseur, Guil-
laume III de Montaigu (1238-44). Pierre des Roches,
évêque de Winchester (t 1238), déjà fondateur de
l'abbaye cistercienne de Netley, dans son diocèse
(Statuta..., 1238, n. 27, 28), donna à l'abbé de Cîteaux
la somme nécessaire pour l'achat d'un terrain et la
fondation d'un monastère. Dom Guillaume confia la
réalisation de cette œuvre à Jean, abbé de l'Epau, ou
Piété-Dieu, au diocèse du Mans. Le 22 juill. 1240,
douze moines, un abbé et quelques convers venus de
Cîteaux prenaient i)ossession de la nouvelle abbaye,
qui fut ainsi la vingt-cinquième maison fille directe de
l'abbaye de Cîteaux. Cette fondation prospéra, sans
prendre cependant des accroissements considérables.
Au xvi« s., deux de ses abbés devinrent évêques auxi-
liaires de l'archevêque de Tours. André Lagogne reçut,
lors de sa nomination par Léon X, l'autorisation de
posséder plusieurs bénéfices (24 août 1515; Regesta
Leonis X, n. 16995-17175). Il décéda le 30 juin 1525.
Jean de Vaulx, bachelier en théologie, avait été nommé
par Léon X à la prélature de Clarté-Dieu, pour rem-
placer Lagogne en 1515 (ibid., n. 16995); il lui était
enjoint de laisser à ce dernier l'usufruit de la demeure
abbatiale et de quelques autres biens. En août 1540,
Jean de Vaulx devint lui aussi évêque auxiliaire de
Tours; en quittant l'abbatiat, il se réserva une certaine
part des revenus de son abbaye. On était en marche
vers la commende. Elle se présenta immédiatement
après le départ de Vaulx, en la personne d'Étienne
Poncher, évêque de Bayonne, bientôt transféré à Tours.
En 1441,1e choix des électeurs s'était porté sur un
moine de Bellebranche, Henri Bruslay, bachelier in sa-
cra pagina (Statuta..., 1442, n. 14). Une trentaine
d'années plus tard, le moine élu à l'abbatiat était encore
étudiant à l'université d'Angers. Le chapitre général
lui permit de continuer et de terminer ses études
{ibid., 1478, n. 45). Au xvii» s., Clarté-Dieu fut dési-
gnée par le chapitre de Cîteaux pour abriter le noviciat
commun des deux provinces ecclésiastiques d'Angers
et de Tours. La communauté demeura toujours dans
la commune observance. En 1768, il ne restait que
quatre religieux.
Liste des abbés (d'après Gall. christ., xiv, 327). — 1.
Réginald, 1240. — 2. Jean I". — 3. Hilaire. — 4.
Jean II. — 5. Hugues, 1289, 1297. — 6. Odon, 1319.
— 7. Guillaume. — 8. Henri I", 1352, 1358. — 9.
Pierre I", 1378, 1390. — 10. Georges I", 1399, 1418.
— 11. Matthieu, 1432. — 12. Guillaume II. — 13.
Henri Bruslay, 1" févr. 1441. — 14. Thomas Le Potier,
1450-64. — 15. N., 1478 (d'après les Statuta..., 1478,
n. 45). — 16. André Lagogne; "devint év. auxil. en
1515. — 17. Jean de Vaulx, 1515-40. — 18. Étienne
Poncher, commend. — 19. Georges, card. d'Arma-
gnac, 1551. — 20. Charles de Bourbon, card. de Ven-
dôme. — 21. Nicolas de Tiercelin d'Apelvoisin, 1572.
— 22. Pierre Ménard. — 23. François Legouz du
Plessis-Lyonnet, t 1618. — 24. Charles Bault de Beau-
mont, t 1633. — 25. Étienne de Remefort de la Gre-
lière, 1634-56. — 26. Jean de Sazilly, 1650, t 1694. —
27. Valentin Hémard de Paron, 1694. — 28. Henri de
Betz de la Harteloyre, 1723. — 29. Odet Joseph de
Vaux de Giry de S.-Cyr, 1732, t 1761. — 30. Nicolas
Navarre, 1749-53. — 31. César Laurent de la Geste,
1753-85. — 32, N. Sève, 1785-90.
iVrchives : départ. d'Indre-et-Loire, H 148-166 (1239-
XVIII» s.). — Aix, bibl. munie, ms. 1431 : actes (13 avr.
1289; 18 janv. 1489). — Paris, Bibl. nat., ms. /r., recueil
Gaignières, 20S92; 25988 : quitt. ecclésiastiques (1378-
1531); noav. acq. fr. 3600 : pièce originale (1455). — Tours,
ms. 1217, fol. 51 : antiquités des abbayes de Touralne...
(1220-22 à 1494); 1347, fol. 1-120 : recueil de chartes (1219
à 1544) (H. Stein, Cartulaires jrançai.i, n. 1798).
É. Berger, Registres d'Innocent IV, n. 798 : lettre du
13 aortt 1250 (?) à l'exécuteur testamentaire de Pierre des
RocJies. — Cottineau, 802. — Gall. christ., xiv, 327 : cite
un document reproduisant les noms des moines fondateurs;
Instrum., 91 : lettre de dom Boniface (1244). — V. Gui-
gnard. L'église et l'abbaye de Clarté-Dieu, dans Bull, archéol.
de Touraine, xxv, 270, 277. — Janauschek, Origines cis-
terc.. Vienne, 1877, p. 243. — Statuta cap. gen. ord. cisterc,
i-viii, éd. Louvain, 1933-41, passiin. — G. Tessier, Archiu.
de la Chambre... lilois ( 1775-8 1 ), n. 4^, duns Bibl. de l'École
des chartes, xc, 1929, p. 364.
J.-M. Canivez.
CLASSE, Classis, cité avec port militaire établie
par l'empereur Auguste à 5 km. de Ravenne (Italie).
Elle fut la résidence des évêques jusqu'au moment où
la cour impériale s'établit à Ravenne (402). A cause des
désastres militaires, puis de l'ensablement du port,
la ville perdit bientôt toute importance, au point qu'au
ix« s. on parlait de la cii'itas dudiim Classis. Des nom-
breuses églises, parmi lesquelles la basilique de Probus,
première cathédrale, et la basilique Pelriana, la plus
grandiose, il ne subsiste aujourd'hui que la basilique
de S. -Apollinaire, un des monuments les plus insignes
de l'Italie, remarquable surtout par sa décoration de
mosaïques et ses colonnes de marbre. Line première
église en l'honneur de ce saint fut construite par S.
Pierre Chrysologue (t 450). La seconde fut édifiée par
Julien l'Orfèvre, sous l'archevêque Ursicin (534-38),
ou d'après d'autres par l'empereur Justinien et le
patrice Narsès; elle fut consacrée et on y transféra le
corps du martyr en 549. L'archevêque Jean III (575-
95) adjoignit à la basilique le monastère dédié à Ste
Félicule, et aux SS. Marc et Marcellin. En 731 ce der-
nier appartenait aux bénédictins, mais il passa aux
camaldules en 1138. Après le sac de la ville par les
Français en 1512, les moines se transférèrent à Ra-
venne et y construisirent une nouvelle abbaye qui
garda son titre original de Classe. Ils commencèrent en
1628 la remarquable collection de livres conservée
aujourd'hui. Les bâtiments de la bibliothèque actuelle
furent édifiés sous l'abbé Pietro Canneti (1707-14). Ils
reçurent des peintures de Fr. Mancini et une décora-
tion en stuc d'A. Martinetti. Le monastère lui-même
fut supprimé en 1797.
A côté de l'église de S. Severo (iv^ s.), où le corps de cet
évêque de Ravenne fut transféré par Jean III, s'éleva
une autre abbaye de bénédictins. Occupée par les cister-
ciens au xin« s., elle fut unie par Callixte III, en 1457, à
S. -Apollinaire. Aujourd'hui il n'en reste aucun vestige.
Non loin de Classe, dans la forêt du Pinetuin, se
trouvait un troisième monastère dédié aux SS. Jean
et Étienne. Grégoire I" en parle à plusieurs reprises
dans ses lettres au moment où Claudius en était abbé.
En 649, il avait comme abbé, dit-on, l'évêque de Cé-
sena, S. Maur. Il fut uni, au xi'' s., à l'abbaye de S. Se-
vero, mais était en ruine au début du xii« s.
S.-.\poLLiNAiRE. — F. Bottardi, Délia chiesa e convento di
S. Apollinare di Ravenna, dans Mem. isinr. di Bologna, ii-
III, Parme, 1760. — Cappellelti, ii, 1-182. — Cottineau,
Répert. topo-bibliogr. des abb..., 802-03. — Ch. Diehl,
Ravenne, Paris, 1907. — Enc. ital. Treccani, x, 533. —
D. Farabulini, .Storia délia vita e del cullo di S. Apollinare,
Rome, 1874. — Fortunius, Hist. camald., ii. 3. 11, 79. —
G Galassi, Roma o Bisanzio, Rome, 1930. — Kehr, It.
pont., V, 106. — .1. Kurth, Die Wandmosaiken von Ravenna,
Berlin, 1902. — O. Montenovesi, Diblioteche monastiche di
Ravenna e di Roma : Fr. Mancini e la sua opère pitlorica,
dan» Riv. stor. bened., 1925, p. 273-84.
1071
CLASSE — CLAUDE
1072
s. Severo. — A. S., févr., i, 78. — Cottineau, 803. —
Fortunius, Hist. camald., ii, 183. — Janauscliek, Origines
cislerc, i, 251. — • Kehr, /(. pont., v, 106. — Translatio
S. Severi, auct. Liutolfo (ix« s.), dans Jall'é, Dibl. rerum
germ., lu, 507 sq.
SS.-Jean-et-Étienne. — Cottineau, 803. — Grégoire le
Grand, Epist., iv, 41, 43; vu, 18, dans P. L., lxxvii, 903,
918. — Ketir, //. pont., v, 108. — Mabillon, Annales O.S.B.,
2» éd., I, 227, 251. — Mittarelli, Annales camald., ni,
append. cccxxi, ccxviii.
R. Van Doren.
CLAU (Christophe). Voir Clavius.
1 . CLAUDE, mentionné au 18 févr. par le mar-
tyrologe romain comme martyr à Ostie, sous Dioclé-
tien. Il eut comme compagnons Maximin, sa femme,
Praepedigna, et ses fils, Alexandre et Cutia, qui furent
exilés avec lui et brûlés vifs. Leurs restes furent jetés
dans le fleuve. Ces détails furent insérés au marty-
rologe par Adon qui les avait découverts dans les
Actes fabuleux de Ste Suzanne (B. H. L., 7937). Les
noms se trouvaient déjà au martyrologe hiéronymien
au l" oct., mais sans relation avec Ostie. De fait, on
ne sait qui est Claudius. Alexandre n'est pas un martyr
de Rome, mais de Dinogetia en Mésie. Quant à Praepe-
digna et Cutia, ces vocables ont été formés par la réu-
nion fortuite de deux tronçons détachés : Eoprepi et
Dignae-cotiae (Dinogetia).
A. S., févr., III, 60-4. — H. Delehaye, Étude sur le légen-
dier romain, 24, 34. — D. H. G. E., ii, 173. — Duchesne,
Mélanges d'archéol. et d'hist., xxxvi, 27, 42. — Mart. Hier.,
éd. Delehaye, 534-36. — Mart. Rom., 68, 233.
R. Van Doren.
2. CLAUDE (9-10 mars) est le nom donné à l'un
des quarante soldats martyrs de Sébaste (v. ce mot).
A. S., mars, ii, 12-29. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 134.
— Mari. Rom., 90-91.
R. Van Doren.
3. CLAUDE, martyr (26 avr.), est mentionné au
martyrologe romain avec Cyrinus et Antoninus,
comme compagnons du pape S. Marcellin, sous Maxi-
mien. Leur mort, dit le martyrologe, amena une rage
persécutrice où périrent 17 000 chrétiens. Les noms de
ces trois martyrs se trouvent au Liber pontificalis.
Leur notice du martyrologe est inspirée d'une Passion
romancée de S. Marcellin, perdue aujourd'hui. L'édi-
tion de Benoît XV les a transférés au 25 octobre.
A. S., avr., m, 416-19. — Duchesne, Liber pont., i, 162-63.
— Mart. Rom., 157.
R. Van Doren.
4. CLAUDE, martyr à Constantinople, et ses
compagnons Hypace, Paul et Denis étaient les enfants
de Lucilien. Ils sont rappelés au martyrologe romain le
3 juin. D'après ce dernier, après des supplices divers,
ils furent jetés dans une fournaise, mais la pluie étei-
gnit le feu; Lucilien fut ensuite crucifié, les autres
furent décapités. Ces détails se trouvent dans les
svnaxaires, qui résument la Passion romancée {B.H. G.,
939). Ces saints avaient une église à Constantinople,
près de l'église S.-Michel év tt) 'O^Eiot.
A. S., juin, I, 274-86. — Mart. Rom., 221. — Synax.
Eccl. Const., 275.
R. Van Doren.
5. CLAUDE (Saint), év. de Besançon, signa en
517 au concile d'Épaone et, peu après, à celui de Lyon.
Raban Maur, le premier, l'inscrivit au martyrologe. Le
martyrologe romain le reprit au 6 juin. Sa Vila du
xii« s. (B. H. L., 1840), qui est sans valeur, et après
elle le catalogue des abbés de S.-Oyand de Joux (S.
EiKjcndiis JiirensisJ, plus tard S. -Claude dans le Jura,
le citent comme onzième supérieur de cette maison.
Mais il s'agit d'un autre personnage, bien que l'iden-
tification ait été maintenue par la tradition posté-
rieure, notamment par les autres Vitae (B. H. L., 1841-
43), également dénuées de crédit.
A. S., juin, I, 693-98. —D. H. G. E., v, 1153. — Duchesne,
III, 202, 221. — Mart. Rom., 226-27. — M. G. IL, SS., xiii,
743-49. — H. Zinzins, Untersuchungen ùber Heiligenleben
der Diôzese Besançon, dans Zeitschr. jùr Kirchengeschichte,
XLVi, 1927, p. 387-89.
R. Van Doren.
6. CLAUDE (Saint) (6 juin), abbé de Condat
(S.-Oyand de Joux, S. Eugendiis Jurensis). Il est mort
le 5 juin, au début du viii^ s. Il a été identifié, à tort,
avec S. Claude, évêque de Besançon {supra, n. 5), qui
vécut au vii« s. Ses reliques furent brûlées à la Révo-
lution française.
Voir Claude (Saint), évêque de Besançon.
R. Van Doren.
CLAUDE, martyr, commémoré le 7 juill. avec
Castorius. Voir D. H. G. E., xi, 1459.
7. CLAUDE et ses compagnons, cités par le
martyrologe romain le 21 juill. comme martyrs à
Troyes en Gaule, sous l'empereur Aurélien. Leurs
noms proviennent de la Passion de Ste Julie (B. H. L.,
4518), copie presque littérale de celle de Ste Luceia
(jB. h. L., 4980), et à classer dès lors parmi les apo-
cryphes.
A. S., juill., v, 132-34. — A. Boll., lv, 135-36. — Mart.
Rom., 299. — Tillemont, tv, 348.
R. Van Doren.
8. CLAUDE, martyr d'Égée (Cilicie), sous Dio-
clétien (23 août). Voir Astère (n. 5, 6), supra, m,
1158-59.
P. Franchi de' Cavalieri, Note agiografiche, v, 107-18;
Id., dans Nuovo ballet, di archeol. cristiana, x, 17. — Mart.
Hier., éd. Delehaye, 461. — Mart. Rom., 354-55. — Synax.
Eccl. Const., 178, 427.
R. Van Doren.
9. CLAUDE, Luperque et Victorinus, martyrs de
Léon en Espagne (30 oct.), étaient, d'après le martyro-
loge romain, fils de S. Marcel le centurion. Avec lui,
ils furent décapités durant la persécution de Dioclé-
tien et Maximin, sous le préfet Diogénien. Claude et
Luperque sont mentionnés par le calendrier mozarabe
de 1055, au 19 avr.; par d'autres, avec Victorinus, les
30 ou 31 oct. Leurs Actes (B. H. L., 1831) méritent
peu de créance. Ils ne font aucune allusion aux rap-
ports de Marcel avec les autres martyrs, que décrit
une version postérieure (ibid., 1832) qui a inspiré le
martyrologe. Le récit de la translation (1834) parle
d'un monastère de Léon, qui était dédié aux saints.
A. S., oct., XIII, 286-96. — A. Boll., xli, 266, 278-79. —
Espana sagrada, xxxiv, 353-417. — Z. Garcia Villada,
Hist. ecl. de Espana, i, 265-68; 377-79. — Mart. Rom.,
484-85.
R. Van Doren.
10. CLAUDE, martyr à Rome (3 déc). D'après
le martyrologe romain, le tribun Claude, son épouse
Hilarie, ses enfants Jason et Marus, et soixante-dix
soldats furent condamnés à mort sous l'empereur Nu-
mérien. Claude, attaché à une grosse pierre, fut jeté
dans le fleuve; ses deux fils et les soldats furent déca-
pités; Hilarie mourut en prison. Les noms des saints,
comme ces détails, furent introduits au martyrologe
par Adon, qui les a trouvés dans la Passion apocryphe
des SS. Chrysanthe et Darie (B. H. L., 1787). Les topo-
graphes anciens connaissent cependant le tombeau
d'Hilarie et de Jason. De même le martyrologe hiéro-
nymien parle au 10 déc. d'un Maurus (non de Marus).
Delehaye, Élude sur le légendier romain, 53-54. — Mart.
Hier., éd. Delehaye, 641-42. — Mart. Rom., 562.
R. Van Doren.
11. CLAUDE, martyr en Afrique (3 déc), cité
par le martyrologe romain avec Crispin, Magine, Jean
1073
CLAUDE
— CLAUDE DE LA COLOMBIÈRE
1074
et Étienne. Dans des mss. du martyrologe hiérony-
mien, au lieu de Claudii, on lit Claudici, Laiidici,
c.-à-d. Laodicée. Un nom de lieu a donc été lu comme
un nom de personne.
Mort. Hier., éd. Delehaye, 633. — Mart. Rom., 562.
R. Van Doren.
12. CLAUDE, évêque africain, connu par une
lettre que lui adresse S. Augustin (Episl., ccvii, éd.
Barreau, vi, 119-20; xxxi, 121-22; P. L., xxxiii, 949-
50) en 421 ou peu de temps après. Le pasteur d'Hip-
pone le félicite de sa charité fraternelle : de sa propre
initiative, il lui a envoyé les quatre livres écrits par le
pélagien Julien contre son premier De nuptiis et concu-
piscentia; en retour, il aura la primeur des quatre
siens rédigés pour réfuter ceux de son adversaire. Il
lui demande son appréciation, et le remercie de lui
avoir permis, grâce à son envoi, de mener à bien cette
tâche.
J. Ferron.
CLAUDE, évêque de Turin (f 830). VoirD.T.C,
III, 12-19; Hislor. Jahrb., 1906, p. 74-84.
CLAUDE (Jean), ministre de l'Église réformée
de France, controversiste (1619-87). Voir D. T. C, m,
8-12; L. T. K., ii, 979-80. *
CLAUDE APOLLINAIRE (Saint), évêque
d'Hiérapolis (ii« s.). Voir Apollinaire, supra, m,
959-60.
CLAUDE CLÉMENT. Voir Clément Scot
(n. 1 et 2).
13. CLAUDE DE LA COLOMBIÈRE, S. J.
(Bienheureux) (1641-82), né à S.-Symphorien-d'Ozon
(Isère), le 2 févr. 1041, fit ses études d'humanités et de
l)hilosophie aux collèges N.-D. -de-Bon-Secours et de la
Trinité à Lyon, et entra au noviciat d'Avignon (23 oct.
1G58) où il fit une troisième année de philosoi)hie et
cinq années de régence. De 1666 à 1670 élève en théo-
logie au collège de Clermoiit à Paris, il y aida et sup-
pléa le P. Bouhours comme précepteur des fils de Gol-
hert. L'anecdote de sa disgrâce, publiée pour la pre-
mière fois par le P. Pierre Charrier d'après une corres-
pondance privée de 1738, ne semble guère vraisem-
blable, vu la délicatesse du P. de la Colombière et le
fait qu'on n'en trouve aucune trace ni dans les témoi-
gnages des contemporains, ni dans les écrits du bien-
heureux, ni dans les archives de la Compagnie où se
trouvent plusieurs lettres de Colbert; on s'imagine dif-
ficilement le précepteur étalant dans un cahier ouvert
une épigramme grossière vis-à-vis du père de ses
élèves (discussion du fait dans G. Guitton, op. infra cit.,
97-104). Ce séjour à Paris et ce préceptorat le mirent
en contact avec des humanistes, tels que Rapin et Bou-
hours, et avec la société d'intellectuels et de littéra-
teurs qui fréquentait chez Colbert, entre autres Olivier
Patru. Prêtre depuis le 6 avr. 1669, il regagna normale-
ment sa province à la fin de son cours de théologie. Il
y fut nommé professeur de rhétorique au collège de la
Trinité et fit aussi quelques prédications. Lors de l'ou-
verture des cours en 1671, il fut chargé du discours de
rentrée; de même en 1672, où il traita en latin « Du
siècle d'Auguste et de l'orateur français » — c'est là
qu'il fit, sans le nommer, un éloge transparent d'O. Pa-
tru. Les derniers temps de son séjour à Lyon sont mar-
qués par un raidissement ou redressement spirituel,
prélude et préparation de cet approfondissement qui se
révèle dans son journal de la retraite de 1674 et culmine
dans son « v(ru de fidélité ». Ki\ edct, à l'automne de
1674, il fut envoyé au troisième an. à la maison S. -.Jo-
seph de Lyon, .\dmis à la profession solennelle le 2 févr.
1675, il fut désigné peu après comme supérieur de la
petite résidence de Paray-le-Monial dépendante du
collège de Roanne.
Après ses brillants succès oratoires et professoraux,
cette désignation put sembler étrange, mais c'est là que
Dieu l'attendait pour ce qui devait être sa grande mis-
sion : la diffusion de la dévotion au Sacré-Cœur de Jé-
sus. Notre-Seigneur s'était manifesté dans une série de
révélations à une humble religieuse de la Visitation, la
Sœur Marguerite-Marie Alacoque, et l'avait chargée de
faire établir le culte du Sacré-Cœur. Cette mission avait
jeté la sainte dans un grand trouble et l'avait exposée à
de violentes contradictions, sans qu'elle trouvât lu-
mière ni secours chez aucun directeur spirituel. Notre-
Seigneur lui promit d'envoyer « son fidèle serviteur et
véritable ami ». Peu de temps après son arrivée à Pa-
ray, le P. Claude à l'occasion des quatre-temps se ren-
dit à la Visitation pour y donner l'instruction et en-
tendre les confessions; le recueillement intense de la
Sœur Marguerite-Marie le frappa, et peu à peu celle-ci
lui découvrit les grâces extraordinaires dont le Christ
l'avait comblée et la mission dont il l'avait chargée. Le
Père éclaira et soutint la sainte; ce fut là le début
d'une direction qui se poursuivit jusqu'à la mort du
bienheureux. Au mois d'août 1676 le Père reçut avis de
son changement prochain, sans indication précise de sa
nouvelle destination.
Lors du mariage du duc d'York avec Marie-Béatrice
d'Esté, le roi Charles II avait garanti à la nouvelle du-
chesse le droit de chapelle. En conséquence, on avait
choisi un jésuite français, le P. de Saint-Germain,
comme prédicateur de la cour ducale. En 1675 le Père
avait été sollicité par un agent provocateur, un Fran-
çais qui avait pris le nom de Luzancy, de recevoir l'ab-
juration de son apostasie; il avait indiqué par écrit les
formalités techniques de l'abjuration. Muni de cette
pièce, l'agent avait échafaudé devant les Communes
toute une accusation contre le prédicateur. Sur le con-
seil de jésuites anglais et d'autres notabilités anglaises,
le Père s'était dérobé par la fuite à un jugement dont
on ne pouvait attendre aucune équité. Le duc d'York
réclamait un nouveau prédicateur, de préféretice le
P. Nicolas Patouillet, qui avait précédemment prêché
avec grand succès dans la chapelle de l'ambassade por-
tugaise à Londres, mais avait dû lui aussi s'enfuir. Le
P. de la Chaize, ancien recteur et provincial du P.
Claude, devenu confesseur de Louis XIV, choisit le
bienheureux pour cette mission délicate et dangereuse,
dans une situation qui s'annonçait de plus en plus cri-
tique. Le P. Claude arriva le 13 oct. 1676 au palais de
S. -James et débuta comme prédicateur à la Toussaint.
Il n'y avait guère que les Français qui pouvaient
suivre ces prédications, car un édit interdisait aux An-
glais d'entendre la messe dans les chapelles tolérées
pour les étrangers, et l'on surveillait souvent les portes
des chapelles. A son départ, Sœur Marguerite-Marie lui
avait communiqué un mémoire contenant l'annonce de
difficultés, lui recommandant la douceur envers les pé-
cheurs, la prudence... Tout en assurant, avec succès,
son ministère de prédication, le bienheureux s'occupa
aussi d'une communauté cachée à Londres, probable-
ment des filles de Mary Ward. Il continuait également
sa direction des âmes en France par ses lettres spiri-
tuelles. Malgré toutes les restrictions et la discrétion
imposée par les circonstances, son apostolat semble
avoir été fructueux. En jaiiv. 1677, le Père fit une re-
traite dont le journal, publié avec celui de la retraite de
1674, a une grande importance, tant parce qu'il révèle
l'évolution de sa vie intérieure que par le fait qu'on y
trouve le récit des révélations à Ste Margucrite-.Marie.
Ce sera cette retraite, publiée après sa mort, cjui rendra
publique, aussi bien dans les communautés de la Visi-
tation {|u'à l'extérieur, la mission de la sainte et la dé-
votion au Sacré-Cœur de Jésus.
1075 CLAUDE DE LA COLOMB
Lors de l'afïreuse machination inventée par Titus
Oates et orchestrée par le comte de Shaftesbury, appe-
lée « le complot papiste », qui jeta l'Angleterre dans
une sorte de panique et de frénésie, le bienheureux se
vit dénoncé par un jeune Dauphinois, du nom de Pi-
quet, qui avec l'aide de Luzancy échafauda une série
d'accusations. Déféré devant une commission de lords,
le Père fut jeté en prison à King's bench (14 nov. 1678).
Les six griefs articulés contre lui et qui motivèrent sa
condamnation à la prison et au bannissement arra-
chèrent au grand Arnauld un cri d'indignation dans
son Apologie pour les catholiques anglais. La santé du
P. Claude, déjà ébranlée (il avait eu plusieurs accès
d'hémoptysie), s'aggrava par suite du mauvais traite-
ment dans la prison, au point qu'on dut retarder son
départ pour l'exil.
Rentré en l'^rance au début de janv. 1679, il passa
par Paray et se rendit à Lyon où il devint directeur
spirituel des jeunes religieux, parmi lesquels le futur
promoteur de la dévotion au Sacré-Cœur, le P. de Ga-
lifTet. Son état s'aggravait toujours et il fut envoyé à
Paray où il mourut le 15 févr. 1682. Son corps, ense-
veli dans la chapelle de la résidence des jésuites, fut en
1763, lors de l'expulsion des jésuites de France, trans-
porté dans la chapelle des visitandines.
La cause du P. Claude fut introduite à Autun (7 déc.
1874-4 mars 1876), puis à Rome (8 janv. 1880). Le
décret de iulo fut proclamé devant Pie XI le 7 juin
1929, et le 16 eurent lieu les solennités de la béatifica-
tion.
Œuvres. — Sermons, l'« éd., Lyon, 1684, 4 vol.
avec préface du P. de la Pesse; Réflexions chrétiennes,
1 vol.; Retraite spirituelle et Lettres spirituelles, 1715 et
1725 ; éd. des œuvres complètes par le Père P. Charrier,
S. J., Grenoble, 1900-01, 6 vol.; Retraite spirituelle,
coll. Les Maîtres spirituels, Paris, 1929.
Sur la spiritualité du P. Claude. — Monter- Vinard,
dans Dict. de spiritualité, fasc. x, 939-43. — A. Condamin,
Le Bx Claude de la Colombière. Notes spirituelles et pages
choisies, Paris, 1929. — Messager du Sacré-Cœur de Jésus,
juin 1929 (numéro spécial). — Baumann, S. .J., Aszese und
Mystik des sel. Cl. de la Colombière, dans Zeitsch. fiir Aszese
und Mystik, 1929, p. 263-72. — Monier- Vinard, Le Bx Cl.
de la Colombière et sa mission, extrait du Messager du Sacré-
Cœur de Jésus, Apostolat de la prière, 1935.
Biographies. — Préface du P. N. de la Pesse, éd. des
Sermons, 1684, reproduite dans l'éd. Charrier de 1900-01.
— P. Charrier, Hist. du V. P. Cl. de la Colombière, 1894,
Lyon-Paris, 2 vol.; éd. abrégée, Paris, 1904. — L. Perroy,
S. J., Le P. Cl. de la Colombière, Paris, 1923. — G. Guitton,
Le Bx Cl. de la Colombière, son milieu et son temps, Lyon-
Paris, 1943.
Sommervogel, ii, 1311-17. — Hamon, Hist. de la dévotion
au Sacré-Cœur de Jésus, i, 161 sq. — Bremond, Hist. du sen-
timent religieux en France, vi, 401-10.
A. De Bil.
CLAUDIA (KÂocuSia), évèché jacobite, uni à ce-
lui de Mélitène au moins depuis le début du x« s. La
ville possédait le monastère de Mar-Domitius (Chro-
nique de Michel le Syrien, trad. Chabot, m, 462). Elle
se trouvait près de l'Euphrate, au sud-est de Mélitène.
Évêques jacobites (monophysiles). — Grégoire, sacré
vers 925 (Chronique de Michel le Syrien, m, 462). —
Pierre l", vers 950 (ibid., lu, 464). — Michel, vers 970
(ibid., III, 466). — Moïse, vers 975 (ibid., ni, 466). —
Denis, vers 985 (ibid., m, 468). — Thomas, vers 1015
(ibid., m, 469). — Basile I", vers 1025 (ibid., m, 470).
— Pierre 11, vers 1050 (ibid., m, 472). — Timothée I",
vers 1065 (ibid., m, 473). — Grégoire l", vers 1110
(ibid., m, 475). — Timothée II, vers 1120 (ibid., m,
477). - Basile II, vers 1 145 (ibid., ni, 479). — Timo-
thée III, vers 1170 (ibid., m, 481). - Timothée IV,
vers 1180 ((7)i(/.. m, 482). Grégoire II. vers 1190
(ibid., iii, 482).
Le titre est inconnu dans l'Église romaine.
1ÈRE — CLAUDIANISTES 1076
Chronique de Michel le Syrien, Irad. Chabot, m, 462-84,
passim.
R. Janin.
1. CLAUDIA, martyre mentionnée par le mar-
tyrologe hiéronymien au 2 janv., inconnue par ailleurs,
est sans doute un doublet de Forum Claudii, lieu du
martyre de S. Marcien, fêté également le 2 janvier.
A. S., janv., i, 82. — Mart. Hier., éd. Delehaye, 22-23.
R. Van Doren.
2. CLAUDIA, martyre, citée le 18 mai au mar-
tyrologe romain, parmi les sept vierges qui moururent
peu avant S. Théodote à Ancyre de Galatie. Les sy-
naxaires grecs et la Passion (B. H. G., 1782, 1783),
dont certains rejettent l'autorité, en parlent déjà. Le
martyrologe romain mentionne encore, le 20 mars, une
Claudia et ses compagnes martyres à Amise en Paphla-
gonie. Ce sont les mêmes personnages, semble-t-il, que
ceux du 18 mai.
..4. S., mars, m, 83-84; mai, iv, 147-55. — • A. Boll., xxii,
.320-28. — P. Franchi de' Cavalieri, Nuovo boll. di arch.
crlstiana, 1904, p. 15 sq. — Mort. Rom., 104-05; 195. —
Synax. Eccl. Const., 694; 546, 549, 585.
R. Van Doren.
3. CLAUDIA (Sainte) (7 août), d'après le mar-
tyrologe anglais de Wilson, était d'origine britannique.
Elle fut envoyée comme otage avec ses parents chré-
tiens à Rome, où elle épousa Aulus Pudens. Elle fut la
première à recevoir S. Pierre. Elle mourut vers 110.
Ce personnage créé par la légende n'a été l'objet d'au-
cun culte.
.4. S., août, II, 182.
R. Van Doren.
CLAUDIANISTES, disciples de Claudianus,
évêque donatiste de Rome après 375. Nous ne connais-
sons rien des premières années de Claudianus en
dehors de son origine africaine. A la suite des édits de
Valentinien et Valens qui interdisaient le second bap-
tême (Cad. Theod., XVI, vi, 1), confisquaient les lieux
de réunion des hérétiques (ibid., XVI, v, 4), attri-
buaient aux catholiques les églises où l'on aurait rebap-
tisé, et exilaient les clercs désobéissants (ibid., XVI,
VI, 2), beaucoup de donatistes africains s'étaient réfu-
giés à Rome. Claudianus était l'un d'eux. A la mort de
Lucianus, évêque donatiste de Rome, il fut élu pour lui
succéder. Entreprenant, audacieux, énergique, il tra-
vailla tant et si bien à la propagande de ses idées qu'il
ne tarda pas à inquiéter le pape Damase et le gouver-
nement lui-même. Il fut frappé d'une sentence d'exil et
invité à retourner en Afrique. Mais il trouva le moyen
de rester à Rome et d'y provoquer de sanglantes
émeutes. Un concile, réuni dans le courant de 378,
porta plainte à l'empereur (Mansi, coUeclio, m, 624-
627). Avant la fin de l'année, un rescrit impérial or-
donna au vicaire de Rome, Aquilinus, de bannir Clau-
dianus et autres fauteurs de troubles, qui organisaient
la rébellion et s'obstinaient à rebaptiser (CoUeclio Avel-
lana, Epist., xiii, 8; éd. Giinther, i, p. 54 sq.). Claudia-
nus partit alors pour l'Afrique, mais il ne dut pas tar-
der à rentrer à Rome (Optât de Milève, Contra donat.,
II, 4). En 386, il était de nouveau en Afrique (Sirice,
Epist. ad episc. Afr.; Mansi, ni, 669). Son caractère en-
tier et indépendant se manifesta à nouveau, car il se
brouilla avec son primat de Carthage, Parmenianus. Il
organisa avec ses amis une Église dissidente, qui prit le
nom de claudianiste. Cette Église n'eut d'ailleurs
qu'une vie éphémère. Claudianus mourut vers 390,
semble-t-il. Dès 392, à la mort de Parmenianus, des
disciples du schismatique se rallièrent au nouveau pri-
mat donatiste, Primianiis. Claudianus dut beaucou))
parler et beaucoup écrire; rien ne nous est parvenu de
son œuvre que nous connaissons surtout par la lettre
du concile romain de 378.
M
1077
CLAUDIANISTES
— CLAUDIOPOLIS
1078
Outre les documents que nous avons cités, on trouvera
quelques indications sur les claudianistes dans S. Augustin,
Serm., ii. In psalm., xxxvi, 20; Contra Cresconium, iv, 9, 11.
— Tillemont, vi, 151 sq. — P. Monceaux, Hist. littér. de
l'Afrique chrétienne, v, Paris, 1920, p. 161-65.
G. Baudy.
1. CLAUDIEN, C/atidianus, martyr (25 févr.),
d'après le martyrologe romain, fut brûlé vif avec Vic-
torin, en Égypte, sous l'empereur Numérien. D'autres
saints moururent avec eux, après des supplices variés.
La source de cette notice est la Passion (B. II. L., 8596
rf). Si les noms sont authentiques, les autres détails fu-
rent inventés. — Le martyrologe de Lyon cite aussi
Claudien le 25 févr. ; l'hiéronymien, le 26; il y revient,
sans doute, le 6 mars et le 5 avril.
A. S., févr., m, 488-90; avr., i, .396. — A. Boll., xxvii,
468-70. — H. Delehaye, Les martyrs d'Égyple, 51-52. — L.
Duchesne, In Aegypto. Une fabrique de fausses légendes
égyptiennes, dans Mél. d'archéol. etd'hist., xxxvii, 169-79. — -
Mort. Hier., éd. Delehaye, 115, 130-31, 175. — Mart. Rom.,
76-77.
K. \'an Doren.
2. CLAUDIEN, martyr (26 févr.). Le martyro-
loge romain, après avoir rappelé S. Nestor, évêque mar-
tyrisé à Perge (Pamphylie) sous Dèce, nomme les
saints qui l'ont précédé dans le supplice, et parmi eux
un Claudien.
A. S., févr., III, 488-90; 627. — H. Delehaye, Les mar-
tyrs d'Êgypte, 51-53; Origines du culte des martyrs, 2' éd.,
168. — P. Franchi de' Cavalieri, Note agiograficlie, m, 118-
19. — Mart. Rom., 77. — Synax. Eccl. Const., 443.
R. Van Doren.
3. CLAUDIEN (Saint) (6 mars), d'après les
Actes de S. Vigile, évêque de Trente, fut un de ses
frères, romains comme lui, qui l'accompagnèrent jus-
qu'à sa ville épiscopale, où il mourut vers 405. Ces
Actes, de date récente, sont sans créance. Claudien est
vénéré au diocèse de Trente.
A. S., mars, i, 426. — B. II. L., 8602. — Mart. Rom., 256.
R. Van Doren.
CLAUDIEN MAMERTUS, poète chrétien.
Voir D. T. C, ix, 1809-11.
1. CLAUDIOPOLIS (KAouSiÔTToAis), métro-
pole de la province d'HONORIADE. La ville était pro-
bablement une colonie romaine fondée par Claude.
Ruines à Eskihisar, près de Bolu.
Claudiopolis est la 16« métropole du patriarcat de
Constantinople dans la liste du Pseudo-Épiphane (mi-
lieu du vu" s.; H. Gelzer, Ungedruckte imd ungenûgend
verôjfenllichte Texte der Notitiac episcopatmim, dans
Abhand. der kônigl. bayer. Akad. der IV'is.s., part, l,
t. XXI, Munich, 1900, sect. m, p. 550) et dans celle de
806-15 (G. Parthey, Hieroclis Synecdcmus et Notitiae
graecae episcopaluum, Berlin, 1866, p. 173), la 17<' dans
la S'oi'ct tactica vers 940 (H. Gelzer, Georgii Cyprii des-
criptio orbis Romani, Leipzig, 1890, p. 57, n. 1129) et
dans la Sotitia de Jean Tzimiscès (H. Gelzer, Unge-
druckte..., 569). Elle est remplacée par la métropole
d'Héraclée de Pont (19'') dans la liste d'Andronic II
(ibid., 597), mais figure de nouveau au 17" rang dans
la liste d'Andronic III (ibid., 607). Elle n'est pas si-
gnalée dans celle de la fin du xv s. (ibid., 628-29), mais
reparaît dans une autre du xvir s., où elle est indiquée
comme n'ayant plus aucun sufïragant au lieu des cinq
de jadis (ibid., 639). Il est probable qu'elle n'était plus
que titulaire.
Métropolites orthodoxes. — D'après la tradition
grecque, S. .'Vutonomus, évêque originaire d'Italie, au-
rait prêché l'Évangile à Claudiopolis sous Diocléticn
(H. Delehaye, Synax. Eccl. Const.; A. .S'., l'ropylacum
nov., liruxclles, 1902, col. 37). Socrate cilc Calli-
cratès de Claudiopolis parmi les partisans de .Macédo-
nius qui présentèrent une supplique à l'empereur Jo-
vien (Hist. eccl., III, xxv; P. G., lxvii, 452 A). — Gé-
ronce assista au concile de 394 qui jugea la cause d'Aga-
pius et de Bagadius de Bostra (Mansi, m, 852 C). —
.\u concile d'Éphèse (431), Olympius fit signer à sa
place les évèques Épiphane de Cratia et Théosébius
d'Héraclée (Mansi, iv, 1364 D). — Calogerus assista au
pseudo-concile d'Éphèse (449; Mansi, vi, 612 B); il se
fit d'abord représenter au concile de Chalcédoine (451)
par Apragmonius de Tium (Mansi, vi, 568 B), mais il
signa les actes (ibid., 1083 A); il souscrivit la lettre des
évêques de la province à l'empereur Léon I"' à propos
du meurtre de Protérius d'Alexandrie (458; ibid., vii,
429 C). — Cartérius signa le décret de Gennade de
Constantinople contre les simoniaques (459; P. G.,
Lxxxv, 1620). — Épictète assista au concile de 536
sous le patriarche Ménas (Mansi, vu, 878 D, 950 C,
1 143 C). — Cyprien I"' prit part au concile Quinisexte
(680; Mansi, xi, 389 B, 644 A, 672 B). — Sisinnius as-
sista au concile in Trnllo (692; Mansi, xi, 997 C). —
Nicétas est un des Pères du second concile de Nicée
(787; Mansi, xii, 994 B, 1091 E;xiii, 381 D). — Ignace
est connu par une lettre de Photius (Epist., u, 17; P.
G., eu, 933). — Cyprien II assista au concile de 869 qui
condamna Photius et à celui de 879 qui le réhabilita
(Mansi, xvi, 190 E; xvii-xviii, 373 B). — Jean I" si-
gna deux décrets du patriarche Alexis I"'' Studite (nov.
1028, janv. 1029; P. G., cxix, 837 B, 840 C : G. A. Rhal-
li-M. Potli, SùvToyiia twv 6e(cov koI îepwv kccvovcov,
v, 32). — Un métropolite inconnu de Claudiopolis as-
sista au synode tenu le 26 avr. 1066 par le patriarche
Jean Xiphilin (P. G., cxix, 758 B). — Sous le patri-
arche Nicolas Grammaticos, Jean II prit part à trois
synodes (15 mai et 14 juin 1092, 15 nov. 1103; G. A.
■ Rhalli-M. Potli, op. cit., v, 58, 59, 60). — Grégoire fut
un des évèques qui déposèrent le patriarche Cosmas
Atticus convaincu de bogomilisme (26 févr. 1147; P.
G., cxLvii, 500 B) et de ceux qui condamnèrent Soté-
richus Panteugénus, patriarche élu d'Antioche (1156;
Allatius, De consensu, ii, 12). — Jean III assista au
concile de 1166 (Mansi, xxii, 2 A); c'est lui qui est si-
gnalé le 12 mai 1167 (Sakellion, TTaTmccKfi pigAioôi^KTi,
328) et le 24 mars 1171 (A. Papadopoulos-Kerameus,
' AvàÂEKTa 'lepoaoAupriTiKfis STOcxv/oAoy (aç, i v, 1 09). —
Grégoire, 1173 ('OpôoSoÇfa, v, 543). — Jean IV écrivit
une lettre contre les latins (Allatius, op. cit., u, 18). —
Un métropolite inconnu de Claudiopolis fit signer par
Nicéphore, d'Héraclée de Pont, le décret du patriarche
Manuel sur le transfert des évêques (juill. 1250; P. G.,
cxix, 812 C).
Dans la période moderne on rencontre une dizaine
de métropolites de Claudiopolis, mais purement titu-
laires : Grégoire, ?-17 févr. 1099 (M. Gédéon, TTaTpi-
apx'xai êçTjiJieplSES, 1937, p. 137). — Cosmas, 30 juin
WOô-après 1720 (A. Papadopoulos-Kerameus, op. cit.,
II, 402). — Joannice, août 1723 ('EKKAriaiocCTTiKf)
'AAr|66ia) ii, 500). — Néophyte, élu en 1790, auxil. à
Rhodes (ibid., xxvii, 750). — Mélèce, nov. 1806, 1816
(ibid., xxiii, 59). — Eugène Chrysochérès, mars 1824-
oct. 1831 (ibid., ii, 346, n. 3; xxxiv, 59). — Callinique,
oct. 1831-18 août 1834 (ibid., u, 329, n. 2). — Panté-
léimon, ?-janv. 1848 (ibid., ii, 363, n. 1). — Procope,
avr. 1855-16 mai 1863 (ibid., ii, 443, n. 2; 483, n. 3). —
Ignace, ?-l" mai 1864 (ibid., n, 529). — Clément, auxil.
à Dercos, janv. 1868-74 (ibid., u, 550). — Eugène,
10 août 1874-8 sept. 1880 (ibid., i, 32; ii, 633). — Am-
broise, 1893-3 oct. 1895. — Michel, 11 juill. 1900-?.
Titulaires latins. — Thomas de Paredes, O. S. A.,
2 févr. 1642-t 28 juin 1643, auxil. à Grenade. — J.-B.
Adhémar de Monteil de Grignan, 3 août 1667-9 mars
1089, coadj. i'i Arles. Charles Gigli, 13 déc. 1880-t
24 sept. 1881, anc. év. de Tivoli. Josci)li Desflèches,
I M. E. I'., 20 févr. 1883-t 7 nov. 1887, anc. vicaire apos-
I tolique du Su-Tchuen. Joseph Gandy, M. K. P.,
1079
CLAUDIOPOLIS — CLAVAS
1080
15 janv. 1889-29 sept. 1892, coadj. à Pondichéry. —
J.-B. Bertagna, 26 févr. 1901-t 11 févr. 1905, auxil. à
Turin. — Giuseppe Fiorenza, 11 déc. 1905-t 27 janv.
1924. — Georges- Prudent-Marie Brulay des Varannes,
M. S. C, 13 févr. 1924-t 29 mai 1943," vicaire aposto-
lique de Nouvelle-Papouasie. — Alain Guyot de Bois-
menu, M. S. C, 18 janv. 1945, vicaire apostolique de
Papua.
Le Quien, i, 567-72. — Ann. pont., 1916, p. 392.
R. Janin.
2. CLAUDIOPOLIS (KAotuSiouiroXis), évê-
ché de la province d'ISAURIE, dépendant de Scleucie.
La ville était une colonie romaine depuis l'empereur
Claude. Ruines à Mut. La ville avait déjà un évèque au
début du iv« s. ; on le retrouve encore dans une notice
épiscopale de 1022-25 (G. Parthey, Hieroclis Synecde-
mus et Notitiae graecae episcopatuum, Berlin, 1866, p.
129, n. 734), mais on ne saurait dire s'il existait encore.
En tout cas l'invasion turque a dû le faire disparaître
assez rapidement.
Évêques grecs. — /Edésius prit part au I''"^ concile de
Nicée (325; H. Gelzer, Patrum Nicaenorum nomina,
1898, p. 08, n. 171). — Montan assista au I"^"^ concile de
Constantinople (381 ; Mansi, m, 569 C). — Géronce fut
un des membres du conciliabule des évêques orientaux
au concile d'Éphèse (431; Mansi, iv, 1229). — Théo-
dore assista au pseudo-concile d'Éphèse (449 ; Mansi, vi,
608) et au concile de Chalcédoine (451 ; ihid., vi, 944 B,
1083 C). — Jean prit part au synode de 518 (Mansi,
VIII, 1047 C). — Sisinnius fut un des Pères du concile
in Trullo (692; Mansi, xi, 997 D). — Dans la période
moderne on signale un titulaire grec, Benoît, juill. 1830
('EKKÂriCTtaaTiKT) 'AAr)6Eia, ii, 329, n. 2).
Titulaires latins. — Claude Rup, 27 avr. 1476, sufTr.
à Genève. — François Sperelli, 13 sept. 1621-22 juill.
1631, coadj. à San Severino. — Claude de Visdelou,
12 janv. 1708-t H nov. 1737, vicaire apostolique du
Kouy-Tcheou. — Thomas Battiloro, 14 déc. 1767-?,
anc. év. de San Severo. — Jean de Franco, 1818-27,
administr. de Pékin. — Jean-Gaétan Gomez Portugal,
28 févr. 1828-28 févr. 1831, auxil. à Michoacan. — .An-
toine Malhenzi, '?-14 déc. 1840, coadj. à Gran (?). —
Jean-Marie Odin, lazariste, U cet. 1841-23 avr. 1847,
vicaire apostolique du Texas. — F'rançois Mac-Cor-
mack, 21 nov. 1871-1'''' mai 1875, coadj. à Achonry. —
Hildefonse-Joachim Infante y Marcias, O. S. B., 17 mai
1876-20 mars 1877, administr. de Ceuta. — Daniel
Comboni, M. A. V., 31 juill. 1877-t 10 oct. 1881, vi-
caire apostolique de l'Afrique centrale à Khartoum. —
Benoît de la Reta, 18 nov. 1881-t 1897, auxil. à Cuyo.
— Jean-Antoine Ruano y Martin, 3 nov. 1898-14 déc.
1905, administr. de Barbastro. — Félix del Sordo,
14 oct. 1906-15 juill. 1907, auxil. à Nusco. — Étienne
Denisewicz, 12 juin 1908-t 13 déc. 1913, sufTr. de Po-
lotsk à Mohilew. — Xyste Sosa, 14 juin 1915-1919, ad-
ministr. apostolique de Guyana. — William Hickey,
10 mars 1919-1922, coadj. à Providence. — Joseph Zel-
ger, O. F^ M. Cap., 16 févr. 1923-t 20 août 1934, vi-
caire apostolique de Dar-es-Salam. — Emmanuel Moll
Salord, 25 juin 1936-18 nov. 1943, coadj. à Tortosa. —
Richard Cleire, M. A. L., 14 déc. 1944, vicaire aposto-
lique de Kivu.
Smith, Diclionarg of Greek and Roman Geography, i, 631.
— Ruge, dans Pauly-Wissowa, m, 2622. — Le Quien, ii,
1027-28. — Ann. pont., 1916, p. 392-93.
R. Janin.
CLAUSEL DE MONTAL (Claude-Hippo-
LYTE), évêque de Chartres (t 4 janv. 1857). VoirD. T.
C, m, 42-44.
CLAUSONNE (Nomii-DAME), Clozonn, abbaye
de bénédictins, dioc. et arrond. de Gap (Htes-Alpes).
Elle fut fondée au xii'= s. Bien qu'elle se rattachât à
l'ordre de Chalais (D. H. G. E., xii, 266), on ne sait si
elle en fut entièrement dépendante, ni à quelle époque
elle en reçut les coutumes. Elle survécut à la ruine de
Chalais et, en 1570, comptait encore douze religieux.
Mais elle devint simple bénéfice au xvii"= siècle.
.\llemand. Note sur l'abbaye de Clausonne, dans Annales
du Laus, 1855, p. 555. — Beaunier-Besse, Abbayes et prieu-
rés, 11, 49. — Berlière, La congrégation bénéd. de Chalais,
dans Revue bénéd., xxxi, 1914, p. 409. — Cottineau, 804. —
J.-C. Roman, L'ordre dauphinois et provençal de Chalais,
1920.
R. Van Doren.
CLAVARIUS (Fabien), théologien augustin
; (t 1596). Voir D. T. C, lu, 44.
I CLAVAS, Clavasium (Clausu vallis), ancienne
j abbaye de moniales cisterciennes, située au dioc. du
Puy, comm. de Riotord (Hte-Loire). Elle fut fondée à
la fin du xii'' s. ou au début du xiii''; un acte de dona-
tion d'un bienfaiteur, Guillaume Chapteuil, est daté de
1223 et suppose le monastère en activité. Les nobles
familles de Pagan d'Argental et de Clermont-Chaste
sont notées comme fondatrices de l'abbaye. Outre les
biens temporels, elles donnèrent aussi plusieurs de
leurs membres; leurs noms se retrouvent parmi les mo-
niales et les abbesses jusqu'à la fin du xvii^ s. Abbaye
de filles nobles, senible-t-il.
j En 1273, un accord dut être passé entre l'abbaye et
! le curé de Riotord qui voyait avec peine ses paroissiens
I fréquenter l'église du monastère de préférence à celle
■ de la paroisse. Le chapitre de Cîteaux eut à s'occuper
I de Clavas en 1460. L'abbesse, Isabelle de Gaste-Lupé,
avait eu la main malheureuse en installant, à titre de
bailli de la seigneurie de Clavas, André Arnould. Dame
Isabelle reçut l'ordre de congédier au plus tôt l'indési-
rable personnage (Statuta, 1460, n. 53). Une seconde
intervention directe du chapitre général eut pour but
! d'enjoindre à l'abbesse, Gaya de St-Germain, de rece-
voir comme aumônier le P. Pierre Romain, moine de
-Mazan (ibid., 1502, n. 44). Dans l'ordre de Cîteaux,
Clavas, toujours comptée dans la province d'Au-
vergne, ne sortit jamais de la commune observance
{ibid., 1667, n. 75).
Les archives ont conservé le souvenir de l'incendie
du 26 juin 1573, puis des désastres commis par les cal-
vinistes. L'évêque du Puy vint en personne réconcilier
l'église profanée. Le jésuite P. Lamour prêcha en pré-
sence de Mgr Just de Serres. L'apôtre du Velay, S.
I François Régis, passa aussi à Clavas en 1638. Ses ins-
tructions impressionnèrent la communauté. Le saint
! aurait dit sa satisfaction à Madame l'abbesse, lui pro-
! mettant son retour : -Ue reviendrai; je trouverai ici
mon Béthanie. » L'abbesse était alors Magdeleine de
Clermont-Chaste qui, en 1609, avait reçu la bénédic-
tion abbatiale des mains de dom Claude Masson, abbé
de Morimond.
Au siècle suivant, l'abbesse Anne de ISIontmorin
Saint-Hérem, prélate depuis 1722, lutta pendant une
vingtaine d'années pour améliorer les finances de son
monastère. \'ers 1740, elle fit refaire, par le notaire
Sauvignhec, le terrier, encore conservé. Cette coûteuse
opération ne produisit guère le résultat attendu; bien-
tôt l'autorité compétente songea à unir la communauté
de Clavas à celle de la Séauve, qui jadis avait fourni
le premier essaim de moniales. Pour réaliser ce projet,
il fallut profiter de la vacance du siège abbatial de la
Séauve. Alors fut installée abbesse de ce monastère
Anne de Montmorin, abbesse de Clavas. Les moniales
ne vinrent qu'en 1765. L'union était consommée; l'ab-
baye s'appela désormais Séauve-Clavas.
Archives : quelques pièces au dépôt départemental de la
Hte-Loire (xvio-xviii* s.). — D'autres pièces se trouvaient
au château de Feugerolles.
1081
C LAVAS
CLÉMENCET
1082
Beaunier-Besse, Archives de la France monastique, v,
161. — Gall. christ., u, 780, donne une série de 25 abbesses.
— Staluta cap. gen. ord. cisterc, i-viii, éd. Louvain, 1933-41,
passim. — Theillière, Notes historiques sur les monastères de...
r.lavas. Le Puy, 1880.
J.-M. Canivez.
CLAVER (Pierre). Voir Pierre Claver (Saint).
CLAVIGERO (François-Xavier), ou Cluvi-
jero, jésuite, né à la Vera-Cruz (Mexique), le 9 sept.
1731 ; t à Bologne (Italie), le 2 avr. 1787. Élève à Pue-
l)la, aux collèges de S.-Jérôme et de S. -Ignace. Son
père lui enseigna le français et d'autres langues euro-
péennes, le mexicain et plusieurs dialectes du pays.
ICntré au noviciat de Tepotzotlani le 13 févr. 1748, il
s'appliqua durant sa philosophie à l'étude de la philo-
sophie naturelle, mais la découverte d'une grande col-
lection de mss. et de documents ayant rapport à l'his-
toire de son pays, dans la bibliothèque du collège
SS.-Pierre-et-Paul, ainsi que ceux qu'il recueillit au
cours de ses nombreuses excursions dans les villages
indiens, décidèrent de sa vocation d'historien du Mexi-
que. Professeur de rhétorique au collège de Mexico, et
lie philosophie à ceux de Valladolid (Mexique) et de
Ciuadalajara (Mexique), il y prépara plusieurs i)ublica-
lions, fruit de ses études spéciales. Expulsé du Mexique
en 1767 et transporté aux États pontificaux, il résida
à l'errare, puis à Bologne, où il fonda une académie et
prépara son histoire du Mexique appuyée sur la riche
documentation qu'il avait rassemblée. Rédigée d'abord
en espagnol, elle fut traduite par lui-même en italien et
éditée à Cesena sous le titre : Sloria anlica del Mexico,
cavala du miyliori storici spagnuoli e da manoscrilli e
dalle pitture anliche dei Indiani, 3 vol. in-4", 1780; l'an-
née suivante il y ajouta un quatrième volume de dis-
sertations érudites. L'œuvre est dédiée il l'université
(le Mexico. Le t. i comprend la description «t l'histoire
naturelle du pays; une revue des diverses peuplades;
enfin l'histoire des rois jusqu'à la conquête. Le t. ii est
consacré aux idées et institutions religieuses, politiques,
éducatives, etc. Le t. m donne l'histoire de la conquête
jusqu'au dernier assaut et jusqu'à la prise de la ville et
du dernier roi. Le t. iv contient neuf dissertations. On
trouve à la fin du t. m la généalogie des familles espa-
gnoles descendant des anciens rois et du vainqueur
C.ortez. Par sa richesse de matériaux, cet important
ouvrage a servi de source aux historiens postérieurs.
L'n des buts de l'auteur a été de redresser les erreurs et
les bévues de Praz, de Robertson et de Raynal. Son
histoire de la conquête est marquée d'une grande im-
partialité. Aussi l'ouvrage a-t-il connu plusieurs tra-
ductions : la première, anglaise, date de 1787.
Autre ouvrage historique du P. ("lavigero : Sloria
délia California, 2 vol., Venise, 1789 (après la mort de
l'auteur). Pour cet ouvrage, le P. Clavigero a utilisé les
mss. des PP. Michel del Barco et Luc Ventura qui rési-
dèrent longtemps dans ce pays. Il publia plusieurs
autres ouvrages moins importants dont on trouve
rénumération dans Caballero et Sommervogel.
.\. Castro, Elogio del P. Clavijero, Ferrare, 1787. — J. .\.
Maneiro, De vitis aliquot Mexicanorum, Bologne, 1791. —
R. D. Caballero, Bibl. script. S. J., supplementnm primum,
Rome, 1814, p. 117-18. — Enc. Espasa, xiii, 147. — .Som-
mervogel, au mot Clavigero.
.\. De Bil.
CLAVIUS (Christophe), Ktuu, jésuite, mathé-
maticien et astronome, né à Bamberg en 1538, t à
Rome le 6 févr. 1612. Entré dans la Compagnie à
Rome en 1.55.5. il étudia à Coïmbre et fut pendant qua-
torze ans professeur de mathématiques au Collège ro-
main. .\ cause de sa science, il fut api)elé par Gré-
goire XIII à collaborer à la réforme du calendrier et
semble avoir joué un rôle |)rcpondéranl dans son éla-
boration. II expliqua et défendit la réforme dans un
traité qui forma plus tard le 1. V de ses Opéra mathe-
malica. Il eut à soutenir à ce sujet une violente polé-
mique avec Scaliger, Calvisius et Maestlin, où d'après
î Montucla (Hist. des malhémal., i, 682 sq.) il se montra
du point de vue scientifique très supérieur à ses
adversaires. Bien qu'il ne se soit pas rallié au système
de Copernic, il fut en relation d'amitié avec Galilée, qui
l'estimait hautement malgré cette divergence. Il donna
une édition revue et augmentée de ses œuvres publiées
à différentes dates, sous le titre Opéra malhemaiica
(.Mayence, 1612), qu'il dédia au prince évêque de
Bamberg, Jean-Godefroid von Aschhausen (1609-22).
L'ouvrage, publié en trois volumes in-fol., est divisé en
cinq livres. Le 1. I donne un commentaire d'Euclide et
de Théodose, traite des fonctions trigonométriques
(trigonométrie rectiligne et sphérique) : sinus, tan-
gente, sécante ; le 1. II traite de la géométrie, de l'arith-
métique et de l'algèbre pratiques; au 1. III l'auteur
donne un commentaire de la sphère de Jean Sacro
Bosco et décrit l'astrolabe; le 1. IV contient huit études
de géométrie; le I. V est consacré à la réforme du calen-
drier. C'est l'étude la plus complète sur ce sujet. C'est
au 1. III que le P. Clavius combat le système de Coper-
nic. Malgré sa science et son érudition, il y a quelque
exagération dans le titre d' » Euclide du xvi'' s. » qu'on
lui a parfois appliqué. Delambre {Astronomie moderne,
II, 48-75) donne une analyse de ses œuvres.
Allgemeine deutsche Biographie, iv, au mol Clavius. —
B. Duhr, Geschichte der Jesuiten..., ii, 2' éd., 430 sq.; Jesui-
tenjabeln, 660, 669,' 686. — Michaud, Biogr. universelle,
I VIII, 379. — L. Koch, Jesuitenlexikon, 341 . — Sommervogel,
H, 1212-24; xi, 16.53-54.
A. De Bil.
CLAZOMÈNES (KAajoiaévai), évêché delapro-
t vince d'Asie IP, dépendant de Smyrne. Les ruines de
la ville sont à Klazumen, sur la côte méridionale du
golfe d'Izmir (Smyrne). Fondée par des colons doriens
venus du Péloponèse et renforcée par des Ioniens, Gla-
zomènes s'allia avec diverses villes du voisinage, fut
prise par les Perses et tomba sous la dépendance
d'Athènes. Les Romains déclarèrent ses habitants
exempts des taxes (immunes). Rattachée à la pro-
vince d'Asie, elle ne joua désormais aucun rôle.
Son évêché remonte à une époque qu'il est impos-
sible de déterminer. Il existait encore en sept. 1347
(Miklosich-.Muller, Acta et diplomala grueca Medii Aevi,
II, 104). On ne lui connaît que deux évêques grecs : Eu-
sèbe, qui prit part aux conciles d'Éphèse (431; Mansi,
IV, 1216 E, 1366 B; vi, 873 C) et de Chalcédoine
j (451; ibid., vi, 573 B, 945 D, 1385 C); Macaire, qui
I assista au VII I« concile œcuménique (869; ibid., xvi,
' 193 A).
TitLdaires latins. — Louis Piazzoli, 11 juin 1895-t
26 déc. 1904, vicaire apostolique de Hong-Kong. —
Guillaume Cotter, 14 févr. 1905-24 nov. 1910, auxil. à
Portsmouth. — Patrice Ryan,6 mai 1912-1917, auxil. à
Pembroke. — Joseph-Grégoire Castro, O. F". M.,
13 févr. 1917-130 janv. 1924. — Ernest Hauger.
16 févr. 1925, vicaire apostolique de la Côte d'Or.
Smith, Dictionary oj Greek and Roman Geography, i,
631-32. — Biirchner, dans Pauly-Wissowa, xi-1, 554-56. —
MeyàXTi éXXr.viKf) èyKUKXoTTai5da, xiii, 487. — Le Quien,
I, 729-30. — Ann. pont., 1916, p. 393. •
R. Janin.
CLEARY. Voir Clare-Island.
' CLÉMANGES (Nicolas de), humaniste et
théologien français (1363 on 1364-1 137). X'oirD. T. C.
I m, 826-27.
1
I CLÉMENCET (Charles), bénédictin de S.-
Maur, historien (170.3-78). Voir D. T. C, m, 47-48;
I L. T. K., II, 984.
1083
CLEMENS
— CLÉMENT-MARIE HOFBAUER
1084
OLEMENS (Charles), rédemptoriste, tié à
Dresde le 28 nov. 1816. Élevé dans le protestantisme,
i! perdit la foi et devint panthéiste à l'époque où il était
professeur en Suisse. En 1845 il se convertit à la reli-
gion catholique à Francfort, étudia la théologie à Fri-
bourg et à Trêves, fut ordonné en 1850. L'année sui-
vante il entra chez les Rédemptoristes et y fit profes-
sion en 1852. Il s'occupa de journalisme et publia plu-
sieurs ouvrages parmi lesquels il faut citer : Die Pest
der schlechten Bûcher, 1859; 2"= éd., 1906; Die Liebe des
Gekreuzigten, 1878; 2« éd., 1911; et Das Kindlein von
Bethléem, 1885. Les deux derniers furent traduits en
français et en polonais.
F. Ratte, Der Redemptorisl Karl Clemens. Ein noch unbe-
kanntes Konvertitenbild, Mayence, 1891. — M. de Meule-
meester, Bibliogr. générale des écrivains rédemptoristes, ii,
Louvain, 1935, p. 68-69.
M. DE Meulemeesteu.
1. CLÉMENT (Titus Flavius), consul en 95,
mis à mort sur l'ordre de l'empereur Domitien l'an-
née même de son consulat. Fils de Titus Flavius Sabi-
nus, il était cousin de Domitien et ses deux fils avaient
été désignés par ce dernier comme ses successeurs éven-
tuels à l'empire. Accusé de mollesse et d'inertie suivant
Suétone (Domitianus, 15), d'athéisme et de mœurs
juives selon Dion Cassius (lxvii, 13), il était en réalité
chrétien d'après la plupart des historiens; et ce fut, en
grande partie du moins, pour ce motif qu'il fut exécuté,
en même temps que sa femme Domitilla était envoyée
en exil dans l'île de Pandataria; à vrai dire l'empereur
devait poursuivre en lui non seulement le chrétien,
mais aussi le rival éventuel. Il faut cependant ajouter
que, d'après Dion Cassius (/oc. cif.^ beaucoup d'autres
citoyens furent condamnés en même temps que lui, les
uns à la mort, les autres à la confiscation de leurs biens.
Le martyrologe hiéronymien marque à la date du
9 nov. le nom d'un Clément, mais il n'est pas prouvé le
moins du monde qu'il s'agisse du consul de 95, qui ne
semble pas avoir été honoré dans l'Église.
Quelques historiens ont identifié le consul et le pape
du même nom et il est vrai qu'ils ont été contempo-
rains. Mais aucune raison sérieuse ne peut être appor-
tée en faveur de l'identification, à laquelle s'opposent
les plus fortes vraisemblances.
Tillemont, ii, 135-42. — P. AUard, Hist. des perséc., i,
95-115. — Funk, Titus Flavius Clemens, Christ, nicht Bis-
choj, dans Theologische Quartalschrift, 1897, reproduit dans
Kirchengeschichtliche Abhandlungen und Untersuchungen,
1, 1897, p. 308-29. — Lightfoot, Apostolic Falhers, i. St.
Clément of Rome, i, 1890, p. 52-59. — J. Zeiller, dans A.
Fliche-V. Martin, Hist. de l'Église, i, 300-01. — L. Homo,
Le Haut-Empire, Paris, 1933, p. 408-09. — A. von Harnack,
Mission und Ausbreitung, 4« éd., ii, 572.
G. Bardy.
2. CLÉMENT (Saint), martyr, évêque d'An-
cyre en Galatie (19 ou 23 janv.), d'après le martyrologe
romain mourut sous Dioclétien avec Agathange (D.
H. G. E., I, 906). Les sources historiques sont muettes
à son sujet. Il nous est pourtant connu par une homé-
lie de Proclus. D'après les Actes, vrai tissu de fables,
Clément, son père païen étant mort, fut éduqué dans la
foi chrétienne. Il devint diacre, puis évêque d'Ancyre.
Arrêté, son supplice se prolongea d'une manière inouïe
en se déroulant dans des endroits divers. Il fut enfin
décapité dans sa ville épiscopale. — Il n'est pas exclu
que le saint soit Clément de Rome, mort en exil à Ancyre.
A. S., janv., ir, 4.58-83. - B. H. G., 352-53. - J.-B.
Chabot, Trois homélies de Proclus, év. de Constaniinople,
dans Rendiconti delV Accademiu dei Lincei, v, 1896, p. 183-
90. — H. Delehaye, Légendes hagiogr., 89-91; Origines du
culte des martyrs, 2» éd., 157; Étude sur le légendier romain,
114-15. — L. T. K., VI, 35. — Mort. Rom., 32. — Synnx-
Eccl. Const., 415-18.
R. Van Doren.
3. CLÉMENT (Saint) (5 mars), abbé du monas-
tère de Ste-Lucie près de Syracuse, vers 800, semble-t-
11. Ste-Lucie étant la fondation bénédictine la plus an-
cienne de Sicile, il est possible que Clément ait appar-
tenu à cet ordre, selon l'opinion de Ménard et Buce-
lin; bien qu'on ne puisse rien préciser, car il y avait un
monastère latin et un autre byzantin, ^'ers 1040 le
corps du saint fut transféré à Constantinople, avec
celui de Ste Lucie, par Georges Maniahes. Clément est
inscrit aux martyrologes bénédictin et sicilien.
A. S., mars, m, 409. — O. Cajetanus, Vitae sanctorum
siculorum, ii, 41. — A. Zimmermann, Kalendarium bene-
diclinum, i, 287-88.
R. Van Doren.
4. CLÉMENT-MARIE HOFBAUER
(Saint) (fêté le 15 mars). Pour situer cette vie mouve-
mentée, il faut la remettre dans son cadre historique :
l'Autriche joséphiste, l'Allemagne rationaliste dans la
seconde moitié du xviii« s., les guerres de la Révolu-
tion et de l'Empire. Jean Hofbauer est né à Tasswitz,
en Moravie, le 26 déc. 1750, neuvième enfant sur qua-
torze, d'un père tchèque, qui avait, en s'établissant à
Tasswitz, traduit son patronyme de Dvorak en celui de
Hofbauer, et d'une mère allemande. Orphelin de
bonne heure, il dut refouler ses aspirations au sacer-
doce pour i)rendre un métier. En 1771, il passa en Ita-
lie pour se faire ermite à Tivoli, et reçut alors le nom de
Clément. Revenu peu après en Autriche, il commença
ses premières études, tenta de reprendre la vie érémi-
tique, fut contraint d'accepter à Vienne un emploi de
garçon boulanger. La rencontre fortuite de généreuses
bienfaitrices lui permit, en 1780, de se remettre aux-
études à l'université de Vienne, mais les tendances de
l'enseignement et les exigences du gouvernement le dé-
cidèrent en 1784 à passer à Rome avec son ami Thad-
dée Hiibl. C'est là qu'il apprit à connaître la congréga-
tion des Rédemptoristes. Après un court noviciat il
émit ses vœux, le l^"' mars l'785, et fut ordonné prêtre
le 29 du même mois. Les maisons romaines de l'insti-
tut étaient séparées des maisons napolitaines et se
trouvaient sous l'autorité du P. de Paola (1737-1814).
Celui-ci, contrairement aux principes admis par S. Al-
phonse, avait fait accepter par le chapitre de 1785 l'en
seignement et la direction d'écoles. C'est avec ce pro-
gramme qu'il envoya Hofbauer et Hiibl au delà des
Alpes pour y étendre la congrégation, jusque-là pure-
ment italienne. Telle fut la mission principale confiée à
S. Clément, avec le titre de vicaire général pour les ré-
gions transalpines, qu'il s'efforça d'accomplir au mi-
lieu de difficultés sans cesse renaissantes et souven
invincibles.
A Vienne (1785-86), impossible de fonder. A Varso-
vie (1787), il est chargé de l'église S.-Bennon, sanc
tuaire national des Allemands, et des écoles annexes
recrute et forme des religieux, parmi lesquels Joseph
Amand Passerai, un Français, qui poursuivra so
œuvre après sa mort (1772-1858). Des tentatives d
fondation en Courlande, en Suisse et en Allemagne d
Sud s'amorcent péniblement et le plus souvent
échouent, tandis qu'au contraire S.-Bennon devient 1
foyer d'une activité intense : non seulement les école
se développent, mais surtout l'église assemble de
foules sans cesse renouvelées pour une « mission per
pétuelle » qui durera jusqu'à la suppression. Celle-c
eut lieu en 1808, sous l'occupation française, à l'initia
tive de Davoust et par ordre de Napoléon. Les rédemp.
toristes, en qui on crut reconnaître des jésuites camou
fiés, furent d'abord enfermés, le 17 juin, à la forteress
de Custrin, puis expulsés. Hofbauer se retira à Vienne
où il prit le poste modeste de chapelain de l'église de
Italiens, puis d'aumônier des ursulines (1813-20).
Tandis qu'il dirigeait à S.-Bennon des œuvres mul
tiples, Hofbauer n'avait cessé de chercher où fonde
1085
CLÉMENT-MARIE HOFBAUER
— CLÉMENT
de nouvelles maisons de sa congrégation. Il avait gagné
les faveurs de Wessemberg, vicaire général de Cons-
tance, de qui les tendances étaient pourtant tout op-
posées; il était parvenu à établir ses religieux à Jes-
tetten (1803), d'où ils passèrent à Triberg (1805-07),
à Babenhausen (1805-06). Expulsés d'ici et de là, soit
par Wessenberg, qui s'était aperçu des vraies tendances
romaines de Hofbauer et de ses religieux, soit par le
ministre bavarois Montgelas, les rédemptoristes
avaient cherché refuge à Coire (1807), à Viège (1808-
fO), et finalement avaient été forcés de se disperser.
La dernière période de cette vie, confinée dans un
ministère obscur, ne fut pas la moins féconde. S. Clé-
ment devint l'animateur du mouvement de renais-
sance catholique à Vienne et en Autriche; on le vit en
relations avec Frédéric Schleger et sa sœur Dorothée,
avec .lonas et Philippe Veit, avec Frédéric von Klin-
komstroem et sa sœur Louise, avec Adam Miiller qu'il
encouragea dans son projet de fonder une école vrai-
ment catholique (ce projet ne prendra corps que plus
tard, en 1818, avec von Klinkowstroem). C'est lui qui
acheva la conversion retentissante de Frédéric Za-
charie Werner, qui devint prêtre et bientôt remua par
ses prédications enflammées la société viennoise. Ce
mouvement gagna l'université de Menne. Madlener,
Franz Springer, Antoine (iiinther furent les premiers
d'un groupe de jeunes gens qu'il réunissait fréquem-
ment et formait à une foi intégralement catholique
comme aux pratiques d'une piété fervente, en réaction
contre la sécheresse joséphiste. Il y en eut jusqu'à cin-
quante, dont bon nombre aspiraient à entrer dans la
congrégation dès qu'elle pourrait s'établir. Poètes, ar-
tistes, nobles, étudiants, tous reconnaissaient en lui
leur maître et leur directeur. A défaut d'une culture lit-
téraire ou savante, sa foi vigoureuse, un sens catho-
lique hors pair, une sagesse surnaturelle éminente les
subjugaient. S. Clément se tenait aussi en contact fré-
quent avec les nonces, qui appréciaient ses avis, avec
des hommes politiques, et c'est ainsi qu'il put sans
doute exercer une influence discrète, lors du Congrès de
Vienne, pour contrebattre les visées schismatiques de
Wessenberg.
Il ne laissait point de s'occuper secrètement de ses
projets de fondation. En 1815, une mission fut fondée
en Valachie, avec postes à Bucarest et Ciople. En 1818,
le P. Passerat réussit à réunir ses confrères à la Val-
sainte, en Suisse. L'empereur François II se montra
mieux disposé ((ue ses prédécesseurs; il se prêta à des
démarches pour la reconnaissance ofTicielle de l'insti-
tut des Rédemptoristes dans son empire. Elle fut ac-
cordée le 15 mars 1820 et, selon le désir exprimé par le
saint, l'église de Maria-Stiegen, au centre de Vienne, et
la maison annexe furent attribuées à la congrégation.
Ce jour-là même, S. Clément-Marie mourait. Il avait
prédit cette coïncidence. Le 2 août de cette année en-
core, le P. Passerat, nommé successeur de S. Clément
comme vicaire général de la congrégation, fondait en
Alsace la maison de Bischenberg. Il s'ensuivit un déve-
loppement rapide et considérable de la congrégation.
Le procès de canonisation commença en 1859; en
1862. le corps du saint fut transféré dans l'église de
Maria-Stiegen. Béatifié par Léon XIII en 1888, S. Clé-
ment-.Marie fut canonisé par Pie X, le 20 mai 1909.
M. Haringer, C. SS. R., Leben des Diener Gottes P. Cl.
Holbauer, Ratisbonne, 1880. — J. Hofer, C. SS. R., Der
hl. Kl. M. Hofbauer, Fribourg, 1921 et rééd.; trad. néerl.
par .J. De Sont, C. SS. R., Rotterdam, 192.3; franç., par
R. Kremer, C. SS. R., Louvain, l!t.3.'î; angl., par J. B. Haas,
C. SS. R., New-York-Clncinnati, 1926. J. Maurer, Der
selige P. Kl. M. Hofbauer verhinderl das Schisma der deut-
schen Kalholiken ouf dem Wiener Congresse, dans Theol.-
prakl. Quarlalschr., XLi, Linz, 1888, p. 348 sq. — Monu-
menta hofbauer iana, Cracovie, 1915; Torun, 1919 sq.; cf. M.
de Meulcmeester, Bibliogr. générale des écrivains rédemplo-
t ristes, il, Louvain, 1935, p. 196 sq.; m, Louvain, 1939,
p. 320 sq. — K. R. Ganger, Der hl. Hofbauer, Tràger der
I Ge genre formation im XIX. Jahrh., Hambourg, 1939.
P. Debongnie.
5. CLÉMENT (Saint), premier évèque de Sar-
des, est commémoré par les liturgies orientales avec
Apelle de Smyrne (D. H. G. E., m, 928) et Lucius, dis-
ciples du Seigneur, le 22 avr. et le 10 sept. A cette date,
ils sont rappelés également par le martyrologe romain
qui, au 22 avr., ne cite qu'Apelle et Lucius. On a iden-
tifié ce Clément avec le personnage dont parle l'épître
aux Philippiens (iv, 3).
A. S., avr., in, 4; sept., m, 480-81. — Mari. Rom., 150,
390. — Synax. Eccl. Const., 31, 33, 621, 785, 788.
R. Van Uoren.
6. CLÉMENT, en bulgare Kliment, nommé saint,
apôtre des Bulgares, évêque de Vélitsa (t 27 juill. 916),
un des sedmociselniki (oî éTrTapi6(ioî), c.-à-d. un des
premiers saints et civilisateurs slaves, dont quelques-
uns, après la mort de S. Méthode (885) et après leur
expulsion de Moravie, étaient venus en Bulgarie où,
avec l'aide du duc Boris, puis avec celle de l'empereur
(tsar) Siméon, ils avaient fondé l'Église slave des Bul-
gares. Les rares données historiques, d'ailleurs peu
sûres, sont relatées en deux légendes grecques, dont la
plus étendue est attribuée au métropolite Théophy-
lacte d'Ochrida (t 1107) et a été éditée par F. .Miklosich
{Vita S. démentis. Vienne, 1847; P. G., cxxvi); la lé-
gende la moins étendue date du xiii" s. et a été publiée,
entre autres, par V. Grigorovié (S.-Pétersbourg, 1853)
et par J. Safarik (dans Les Mémoires de la littérature
glagolitique, Prague, 1853, introd. en tchèque).
Clément, Slave originaire des Balkans, s'était associé
à la mission moravienne des SS. Cyrille et Méthode et,
après l'expulsion de Moravie (886), était venu, par Bel-
grade, en Bulgarie. Le duc Boris, ayant accueilli les
exilés avec faveur, envoya Clément, avec Gorazd, le
plus notable disciple de Méthode, en Macédoine. Le
motif de cette mission n'est pas clair : peut-être Boris
a-t-il agi sous l'influence de la hiérarchie grecque. Le
territoire de l'activité de Clément, auquel appartenait
Ochrida, Devol et Glavenitsa, portait le nom de Kut-
mièevitsa. C'est ici qu'il déploya son action de mission-
naire et d'éducateur de la jeunesse qui se rassemblait
autour de lui en grand nombre. Ensuite, peut-être à
l'assemblée bulgare de 893-94, où Siméon fut proclamé
duc. Clément fut institué évêque de Vélitsa, localité
située à l'extrême ouest de l'Ftat bulgare (les terri-
toires de Kièevo et Debar en Macédoine, avec Ochrida).
Il joua un rôle civilisateur : il fut un des écrivains qui,
au temps de Siméon, créèrent en Bulgarie la première
école de littérature slave. Il a écrit quelques sermons,
composé des Vies des prophètes et des saints, traduit
une partie du Triode, etc. La langue de ses écrits res-
semble beaucouj) à celle de la traduction paléoslave de
l'Évangile, d'où on conclut que la langue cyrillo-mé-
thodienne a été l'idiome de la Macédoine. On a beau-
coup discuté la question de son écriture. Il est acquis
que les disciples de Méthode ont apporté en Bulgarie
des livres glagolitiques; et quoique peu de temps après
la Macédoine (dioc. de Clément) ait reçu l'autre écriture
slave, la cyrillique (l'onciale grecque remaniée), l'écri-
ture glagolitique s'y est conservée sans interruption
jusqu'au xn«s., ce que prouvent plusieurs livres mss.
(codices) conservés. Ces codices, probablement, sont
dus aux moines du monastère de S.-Pantéleimon, fondé
à Ochrida par S. Clément. Aujourd'hui jirévaut l'opi-
nion que l'écriture cyrillique a pris naissance à Preslav,
résidence du tsar Siméon, par l'initiative du tsar lui-
même, et ce serait pour cette raison (lu'elle s'est affer-
mie d'abord dans la Bulgarie orientale. D'aucuns, tou-
tefois, pensent que Clément a été l'auteur de la cyril-
lique; ils appuient leur opinion sur la phrase de la
1087
CLÉMENT
1088
courte légende clémentine : iCTOçlaaTO 5è Kai yapox-
Tfjpas ÉTépouç, qui cependant manque dans la légende
plus longue. D'autres au contraire (comme Iljinski)
sont d'avis que Clément a été éloigné de la résidence
du tsar parce qu'il ne voulait pas renoncer à l'héritage
cyrillo-méthodien et accepter l'écriture cyrillique.
V. Jagic, Entstehungsgeschichte der Kirclienslavischen
Sprache, Berlin, 1913, p. 109-23. — A. Teodorov-Balan, Sv.
Kliment Ohridski, Sofia, 1919. — Snegarov, S. Clément
d'Ochrid, apôtre bulgare, Sofia, 1927 (en bulgare). — V. N.
Zlatarov, Hist. de l'État bulgare, Sofia, 1927 (en bulgare). —
G. Iljinski, Où, quand, par qui et pour quel but l'écriture gla-
golitique a été remplacée par l'écriture cyrillique , dans
Byzantino-slavica, m, 79-88 (en russe). — J. Dobrowsky,
Cyrille et Méthode, apôtres slaves, commenté par Dr. Jos.
Vajs, Prague, 1948 (en tchèque).
\'. Stefanic.
7. CLÉMENT (Saint), premier évêque de Metz
(iii<^ s.; honoré le 23 nov.). Si l'histoire du premier
évêque de Metz est aujourd'hui encore très contro-
versée, aucun érudit ne prétend plus qu'il fut l'un des
disciples de S. Pierre. Cette tradition existait déjà au
viii« s., puisque Paul Diacre, dans le Liber de episcopis
Mettensibus, la reprend à son compte : S. Clément, en-
voyé par Pierre pour évangéliser les Gaules, parvint
jusqu'à Metz où il s'établit dans les souterrains de
l'amphithéâtre et construisit un oratoire dédié à son
maître. L'Kglise de Metz serait donc d'origine apos-
tolique et l'abbé Chaussier, dans un livre qui porte ce
titre, admet cette « tradition ancienne et constante »,
s'efTorçant de réfuter des adversaires de la taille de
dom Calmet ou dom Cajot. Sans doute .Metz, ville fort
importante, méritait de recevoir, dès le i^'' s., des prédi-
cateurs qui amèneraient à la foi du Christ les peu-
plades barbares sacrifiant aux faux dieux; mais les do-
cuments archéologiques — mieux que les mss. du viii''
s. — prouvent que S. Clément vécut au iii"^ s. Après
Paul Diacre, d'autres auteurs ont fait de S. Clément un
fils si)irituel de S. Pierre; toutefois ils ont enjolivé leurs
récits de légendes charmantes, sans rapport avec la
vérité. Résumons-les ici très brièvement. Clément,
issu de la gens Flavia, revêtu des dignités sénatoriale
et consulaire, converti et baptisé ])ar S. Pierre, puis
sacré évêque par lui, fut envoyé en Gaule Belgique
avec les diacres Céleste et Félix qui devaient lui succé-
der sur le siège épiscopal. 11 s'arrête d'abord à Gorze,
où il bâtit une église en l'honneur de S. Pierre. Là il vit
en ermite, jusqu'au jour où un cerf pourchassé dévoile
sa retraite à ses poursuivants qui sont émerveillés de sa
science et l'invitent à venir prêcher la doctrine du
Christ dans la ville des Médiomatriciens. C'est alors
que le peuple lui demande de délivrer Metz d'un ser-
pent qui la ravage : le graouilly. Clément se rend à
l'amphithéâtre, apostrophe le monstre qui vient doci-
lement à ses pieds, l'attache avec son étole et l'en-
traîne dans la Seille avec une troupe de serpents
moins gros, mais aussi néfastes. L'apôtre bâtit en-
suite deux églises : S. -Pierre et S. -Etienne, la future
cathédrale. Il continue ses prédications et a la joie
d'amener à la foi nouvelle le roi Orius et la reine, après
avoir ressuscité leur fille défunte. Clément bâtit en-
suite une troisième église en l'honneur de Jean-Bap-
tiste, puis il a la révélation de ses successeurs dont il
voit les noms écrits, selon leurs mérites, en lettres d'or,
d'argent ou de plomb.
Du x« au ,\nr s., cinq Vies de S. Clément s'emparent
de cette légende et Meurisse. dans son Hist. des ci'csques
de Metz (1634), ne la répudiera pas tout à fait. « Les
actions de S. Clément, dit-il, comme des traits inévi-
tables transpercèrent les cœurs des citoyens de la ville
de Metz de sorte qu'ils se rendirent vaincus aux pieds
du crucifix... Ils couraient impétueusement hors de la
ville; les malades et les boiteux se traînaient comme ils
pouvaient ; les ])ères et les mères se chargeaient de
leurs petits enfants et se pressaient même en pleine
campagne pour s'approcher du lieu où S. Clément avait
fait ériger le baptistère sacré, afin de pouvoir être ar-
rosés de ces eaux de grâce et de salut. Si bien qu'on
peut croire que le nombre de ceux que S. Clément bap-
tisa pour une fois en la ville de Metz n'était pas moin-
dre que celui que son maître S. Pierre baptisa le jour de
la Pentecôte en Jérusalem. »
Pour Meurisse, Clément fit bâtir trois églises en
ville et trois hors de la ville; il fit jaillir également une
fontaine près de sa grotte puis, après vingt-trois an-
nées d'épiscopat, il rendit l'âme, le 23 nov. de l'an 71.
En face de ces partisans de l'apostolicité de l'Église
de Metz, il y a les adversaires — et ce sont presque
tous des bénédictins. Dom Calmet place l'arrivée de
Clément au début du m" s. ; le P. Benoît Picart, au
commencement du iv«. Dom Cajot, dans ses Antiquités
de Metz, est le premier qui ait délimité le problème et
qui combatte avec force les théories de Paul Diacre. Il
se fonde même sur Grégoire de Tours qui déclare que
les plus anciennes Églises de France ne remontent
guère au delà du iii'' s., mais il ne doute pas que Clé-
ment n'ait été le premier évêque de Metz et qu'il ne fût
envoyé de Rome.
Quant aux fameux serpents, il trouve étrange qu'une
Il ville si peuplée fût on repaire de dragons ». Après
avoir expliqué pourquoi il ne pouvait adopter les théo-
ries du premier biographe de Clément, dom Cajot re-
trace sa vie et le fait entrer dans Metz vers l'an 260,
avec ses disciples Céleste et Félix. Le miracle du ser-
pent <■ représente l'erreur vaincue et le démon obligé
de respecter dans S. Clément le pouvoir suprême de
celui dont il était le ministre «.
Il est facile maintenant de conclure. Paul Diacre,
étranger à la Moselle, a recueilli une tradition orale
qui, en passant de bouche en bouche, durant cinq siè-
cles, subit des transformations inévitables. Il est cer-
tain que Clément vint de Rome, qu'il évangélisa Metz
dont il fut le premier évêque, et qu'il installa un ora-
toire dans l'amphithéâtre, une fois que celui-ci fut dé-
saffecté. Construit vers l'an 120, il fut utilisé pour les
jeux et l'on sait que les chrétiens n'osaient pénétrer
dans les édifices publics, les bains, le forum. Si Clé-
ment s'y installa une demeure, mieux y construisit un
oratoire, il fallait qu'il fût désaffecté. Il est même pos-
sible que le pieux apôtre y découvrit des serpents aux-
quels il dut donner la chasse. En 1902, au cours de
fouilles faites à l'emplacement de l'amphithéâtre, on
découvrit les restes d'un édifice religieux qui fut sû-
rement la chapelle primitive. D'après toutes les
données certaines, l'amphithéâtre fut détruit aux en-
virons de l'an 300. Clément vivait donc bien à cette
époque. Quant à son séjour à Gorze, il relève aussi de la
fable et nous ne nous étendrons pas sur lui, renvoyant
aux auteurs qui ont étudié cette pieuse légende.
Clément mourut un 23 nov. d'une année non fixée
et, très tôt, son culte se répandit dans les contrées lor-
raines. Au xn<^ siècle, sa fête était chômée au pays mes-
sin et donnait lieu à une trêve dans les combats. Lors
des grandes calamités, on l'invoquait. En 1090,révêque
Heriman transporta ses reliques en l'église S. -Félix qui
prit le nom du glorieux pasteur; à la Révolution, elles
furent dispersées. Plusieurs paroisses l'ont adopté
comme patron et une célèbre abbaye bénédictine, au-
jourd'hui collège des jésuites, porte son vocable.
Paul Diacre, Liber de episcopis Mettensibus, dans M. G. IL,
SS., II. — Meurisse, Hist. des evesques de Metz, 1634, p. 1-16.
— Dom Cajot, Les antiquités de Metz, 1760, p. 175 sq. —
Hist. de Metz par les bénédictins, i, 1769, p. 106. — F,. Begin,
Metz depuis dix-huit s., i, 1843-44, p. 152-55. — F. Chaus-
sier, De l'origine apostolique de l'Église de Metz, 1847. —
Prost, Études sur l'hist. de Metz. Légendes, 1865, p. 187-270.
— F. Chaussier, L'abbaye de Gorze, 1894. — E. Pauliis,
1089
CLÉMENT
— CLÉMENT DE ROME
1090
Étude sur la légende de la venue et du séjour de S. Clément à
Gorze, dans Jahrbiich der Gesellschalt fur loibr. Geschichte...,
1895, l" partie, 30. — Sauerland, S. démentis primi Metten-
sis episc. vila, translatio ac miracula, 1897, dans Revue hist.
de Metz et de Lorraine allemande, i, 1904, table. — U. Che-
valier, li. B.y I, 948. — E. Gebhardt, 5. Clément et le mijthe
de la bête, dans L'Austrasie, avr. 1906, p. 386-92. — F.
Weyland, Vies des saints du dioc. de Metz, vi, 1912, p. 231-
95. — L. Duchesne, m, 44-45, 50. — R. Parisot, Hist. de
Lorraine, i, 1925, p. 63, 65. — Ph. de Vigneulles, Chronique,
éd. Bruneau, i, 1927, p. 47-51. — H. Martin-Ph. Lauer,
Les principaux mss. à peinture de la bibl. de l'Arsenal à Paris,
1929 (description d'une Vie de S. Clément, du xv» s.,
contenant 72 grandes miniatures). — Abbé Bour, Églises
messines antérieures à l'an mille, dans Annuaire de la Soc.
d'hist. et d'archéol. de la Lorraine, xxxviii, 1929, p. 42, 75-
77. — R. de Westphalen, Petit dictionnaire des traditions
populaires messines, 1934, col. 317-23. — H. Tribout, La
légende de S. Clément, 1935.
T. DE MOREMBERT.
8. CLÉIVIENT DE ROME (Saint), pape (fin
du l" s.; fêté le 23 nov.). Son nom figure dans tous les
catalogues anciens des évèques de Rome, mais il y oc-
cupe des places différentes. Suivant S. Irénée (Adu.
haereses, III, m, 3), « les bienheureux apôtres [Pierre et
Paul], ayant fondé et édifié l'Église, remirent à Lin la
charge de l'épiscopat. C'est ce Lin que S. Paul rappelle
dans ses lettres à Timothée. Il eut Anaclet pour succes-
seur. Après Anaclet, le troisième après les apôtres, Clé-
ment obtint l'épiscopat ». Il est vraisemblable qu'Hé-
gésippe, quelques années avant S. Irénée, avait trouvé
à Rome la même liste et l'avait reproduite dans ses
Mémoires (cf. Eusèbe, Hist. eccl., IV, xxii, 3). Eusèbe
(op. cit., III, IV, 9) affirme de son côté que Clément fut
le troisième évêque des Romains. Cependant, le cata-
logue libérien de 354, qui reproduit un document plus
ancien d'un siècle, donne la succession : Pierre, Lin,
Clément, Clet, et cet ordre est celui que donnent Optât
de Milève (Contra donut., ii, 2) et S. Augustin (Epist.,
LUI, 2). S. Jérôme connaît lui aussi cette tradition et
semble parfois s'y rallier (Adv. lovin., i, 12; In Is.
coinm., LU, 13), bien qu'ailleurs (De viris ill., xv) il
adopte l'ordre présenté par S. Irénée. Tertullien (L^
praescr. haeret., xxxii, 2) affirme que Clément a été or-
donné par S. Pierre et semble en faire ainsi le succes-
seur immédiat de l'apôtre. Pour concilier ces données
divergentes, on a supposé que Clément, après avoir été
en effet ordonné par S. Pierre, céda sa place à Lin par
amour de la paix et la reprit après la mort de Clet (ou
Anaclet), successeur de Lin (S. Épiphane, Haeres.,
xxvii, 6): ou encore que S. Pierre gouverna l'Église de
Rome avec Lin et Anaclet et que Clément lui succéda
(Rufin). Ces dernières hypothèses ne sont que des
constructions ingénieuses; elles ne méritent pas d'être
retenues, et c'est à la tradition reproduite par S. Iré-
née qu'il faut donner la préférence;
Suivant S. Irénée (op. cit., III, m, 3), « Clément
avait vu les bienheureux apôtres et avait conversé
avec eux; il avait encore dans l'oreille la prédication
des apôtres et leur tradition devant les yeux; il n'était
pas le seul, car beaucoup vivaient encore de son temps
qui avaient été instruits par les apôtres ». I-'aut-il aller
plus loin et dire, avec Origène (In Joa., vi, 36) et Eu-
sèbe (op. cil., III, xv), que Clément a été disciple
de S. Paul et qu'il est mentionné dans Phil., iv, 3?
La chose n'est pas impossible, mais elle n'est pas prou-
vée et l'on ne saurait tirer un argument décisif de
l'identité des 'noms. A plus forte raison n'y a-t-il au-
cune chance pour que Clément soit le même person-
nage que le consul Titus Flavius Clemens qui géra le
consulat et fut condamné à mort en 95-96.
Cela étant, il faut avouer que nous ne pouvons rien
affirmer avec certitude de la personne et de la vie du
pape Clément en dehors des renseignements que nous
fournit la lettre aux Corinthiens dont nous allons par-
DiCT. d'hist. et de géogr. ecclés.
1er. Il est vrai que la littérature pseudo-clémentine
donne de longs détails sur Clément, sa conversion, ses
voyages, etc. Il ne faut pas attacher la moindre impor-
tance à ces romans, malgré le crédit dont ils ont joui
dans certains milieux. Il est encore vrai que nous pos-
sédons des Actes, tardifs d'ailleurs, du martyre de Clé-
ment. D'après ces Actes, Clément aurait été arrêté et
mis en prison pour avoir opéré de nombreuses conver-
sions parmi les membres de l'aristocratie romaine.
L'empereur Trajan, sur son refus de sacrifier aux
dieux, le condamna à l'exil et le fit envoyer à Cherson.
Or, à cet endroit, se trouvaient déjà de nombreux chré-
tiens, employés au travail des mines. L'arrivée de Clé-
ment fut pour eux un soulagement d'autant plus
grand que celui-ci fit jaillir miraculeusement une
source, au lieu qui lui avait été indiqué par un agneau.
Naturellement, l'évêque poursuivit en C^hersonèse son
ministère de prédication; ce qu'ayant appris, Trajan or-
donna de le jeter à la mer avec une ancre au cou. Lors-
que cet ordre eut été exécuté, on vit la mer se retirer à
une distance de trois milles, et les chrétiens trouvèrent,
à l'endroit où Clément avait péri, un temple de marbre,
à l'intérieur duquel était un sarcophage qui contenait
le corps du saint. Chaque année, ajoute la légende, la
mer se retire de la sorte, pendant sept jours, lors de
l'anniversaire de Clément, et les fidèles peuvent aller
prier auprès de son corps. L^n autre récit ajoute qu'en
861 les reliques de Clément furent découvertes à (Cher-
son ])ar S. Cyrille, qui les fit transporter à Rome, où
elles furent accueillies avec enthousiasme. A cette date,
le miracle annuel avait cessé de se renouveler. Il fallut
beaucoup de prières et même une révélation divine
pour connaître l'endroit exact où reposait le corps du
martyr. En fait ces beaux récits ne sont pas histori-
ques. Quelles que soient les difficultés qu'ils soulèvent,
nous ne saurions les retenir, et nous ne pouvons même
pas assurer que Clément soit mort pour la foi : S. Iré-
née, qui souligne la mort sanglante du pape Télesphore,
ne dit rien de semblable à propos des autres papes du
ii« s. ; son silence, s'il ne nous autorise pas à conclure à
une mort naturelle, doit au moins nous rendre pru-
dents lorsqu'il s'agit d'affirmer la réalité de leur mar-
tyre. On peut cependant rappeler que, dès la fin du
iv« s., on possédait à Rome une tradition qui faisait un
martyr de Clément. Cette tradition est attestée par
Rufin, par le pape Zosime (Jaiïé, 329) et par le &^ can.
du concile de Vaison en 442.
Il faut donc, pour savoir quelque chose d'assuré sur
Clément, arriver à la lettre conservée sous son nom et
adressée aux Corinthiens. Cette lettre ne porte pas de
signature et débute de la manière suivante : « L'Église
de Dieu qui pérégrine à Rome à l'Église de Dieu qui
pérégrine à (î;orinthe, aux élus sanctifiés dans la vo-
lonté de Dieu, par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Grâce
à vous et paix soient pleines de la part de Dieu tout-
puissant par Jésus-Christ. » Mais il est évident qu'elle
a eu un rédacteur et toute la tradition est unanime à
nommer ce rédacteur. Dès le ii« s., Mégésippe parle de
l'Épître de Clément aux Corinthiens (Eusèbe, op. cit.,
IV, xxii, 1). Denys de Corinthe écrit au pape Soter :
« Aujourd'hui nous avons célébré le saint jour du di-
manche, pendant lequel nous avons lu votre lettre;
nous continuerons de la lire toujours comme un aver-
tissement, ainsi que du reste la première que Clément
nous a écrite. » (Eusèbe, op. cit., IV, xxiii, IL) S. Iré-
née, sans dire expressément que Clément est le rédac-
teur de l'Épître, le laisse entendre lorsqu'il écrit :
« C'est du temps de ce Clément que des divisions très
graves se produisirent parmi les frères qui étaient à
Corinthe, et l'Église qui est à Rome écrivit aux Corin-
thiens une lettre très forte, pour les concilier dans la
paix et renouveler leur foi ainsi que la tradition qu'elle
avait récemment reçue des apôtres » (op. cit., III, m,
H. — XII. — 35 —
1091
CLÉMENT DE ROME
1092
;{). Clénieiil (l'Alexandrie {Strom.. I, vii, 38; VI, vui,
(i5; xvii), Origène (De princip., II, m, 6; Selecta in
Ezechiel, viii, 3), Eusèbe de Césarée (op. cil., III, xvi;
XXXVIII, 1 ), bien d'autres encore citent notre lettre sous
le nom de Clément, de sorte qu'aucun doute n'est per-
mis sur son origine.
Tel qu'il se découvre à nous dans la lettre aux Corin-
thiens, Clément apparaît comme un esprit cultivé. II
n'est peut-être pas un grand écrivain, ce qui veut dire
surtout qu'il ne s'intéresse pas à son style; mais il écrit
facilement dans une langue correcte et même élégante.
Certains passages, comme la description des bienfaits
de la Providence dans le monde (xx) et surtout la
grande prière finale (lix-lxi), sont réellement élo-
quents. 11 connaît les idées qui ont cours de son temps :
sans qu'il soit lui-même un stoïcien, il emploie des ex-
pressions d'origine stoïcienne, d'une façon toute natu-
relle, et l'on peut croire qu'il n'est pas ignorant des
lettres classiques. Mieu.x que tous les livres, il connaît
la Bible, dont il fait un usage fréquent ; citations ou
allusions bibliques reviennent assez couramment sous
sa plume pour qu'on en ait conclu à son origine juive.
Pour vraisemblable qu'elle soit, cette conclusion ne
s'impose pas, puisque nous ne savons rien de la ma-
nière dont Clément a reçu sa formation chrétienne. En
toute hypothèse. Clément est tout à fait détaché des
observances de la Loi mosaïque. Il n'allégorise pas
VA. T. comme le fera l'auteur de la lettre de Barnabé;
il se contente de passer sous silence les textes qui men-
tionnent des rites spéciaux au judaïsme. On sent qu'il
ne doit rien, en dehors des Livres saints, à la religion
juive. Il est foncièrement, exclusivement chrétien, et
la tradition dont il est le disciple est celle qui a pour
point de départ le Christ et les apôtres : Jésus a choisi
et envoyé des apôtres; ceux-ci à leur tour ont désigné,
pour les aider d'abord, pour leur succéder ensuite, des
hommes capables de diriger les Églises et de trans-
mettre l'enseignement qu'ils ont reçu. Ajoutons qu'en
même temps qu'il est chrétien Clément est foncière-
ment romain : il admire la discipline militaire et parle
des soldats soumis à » nos » chefs (xxxvii); bien plus, il
prie pour « nos princes et nos généraux » (lx, 4) et, pour
comprendre le sens de cette prière, il est bon de se sou-
venir qu'elle a été écrite en un temps où l'empereur
s'appelait Domitien et était non seulement un persé-
cuteur des chrétiens, mais un tyran.
Ajoutons que Clément, dans la lettre aux Corin-
thiens, fait figure de véritable chef. Il ne s'emballe pas;
il ne se met pas en colère; il ne cesse pas de parler avec
calme, parce qu'il est avant tout l'ami de l'ordre et de
la jjaix. On ne trouve pas chez lui l'ardeur et l'enthou-
siasme qui éclatent par ex. dans les lettres de son con-
temporain, S. Ignace d'Antioche; et il ne serait pas un
véritable Romain s'il se laissait aller à la passion. Il
commence par exhorter, par conseiller, avec douceur
et modération. Il désire persuader plus que contraindre.
Mais il a une haute conscience de sa dignité et de celle
de l'Église au nom de laquelle il parle; et vers la fin de
sa lettre, il n'hésite pas à donner des ordres. Sans
doute ces ordres mêmes ne sont pas accompagnés de
menaces; il veut faire confiance à la bonne volonté de
ses correspondants; il entend bien d'ailleurs être obéi :
les prêtres qu'il a envoyés à Corinthe devront lui en
rapporter de bonnes nouvelles; ils seront témoins
entre les Corinthiens et lui (lxiii-lxiv). Il appartient
à Dieu de donner à tous ceux qui invoquent son nom
foi, crainte, paix, patience, longanimité, continence,
pureté, chasteté (lxiv). Si Clément termine ses exhor-
tations par la prière, c'est qu'il est d'abord une âme
profondément religieuse.
La lettre aux Corinthiens, qui nous fait connaître les
traits essentiels du caractère de son auteur, jette aussi
de vives clartés sur la situation de l'Église romaine
vers la fin du r'' s., et il n'est pas possible de laisser de
côté les renseignements qu'elle apporte à ce sujet.
j Nous savons, grâce à elle, que l'Église de Corinthe
avait eu à souffrir de graves dissensions à un moment
1 où l'Église de Rome était elle-même l'objet des plus
redoutables épreuves : dans ces épreuves, tout le
monde reconnaît la persécution de Domitien. Quelques
ambitieux, de jeunes écervelés, semble-t-il, s'étaient
révoltés contre les presbytres et avaient réussi à im-
poser leur manière de voir à un certain nombre de fi-
dèles. La chrétienté s'était ainsi trouvée partagée. Dès
que les circonstances l'avaient permis, l'Église ro-
maine était intervenue pour s'efforcer de ramener la
paix chez les chrétiens de Corinthe : la lettre de Clé-
ment n'e.st pas autre chose qu'un essai loyal de pacifi-
cation.
On voudrait savoir plus clairement si l'intervention
de Rome a été sollicitée par les Corinthiens, ou si elle
a été spontanée. La seconde hypothèse est d'autant
plus vraisemblable qu'on ne trouve, dans la lettre de
Clément, aucune allusion à une démarche des Corin-
thiens. Entre les deux villes, les relations étaient fré-
quentes; il était facile de savoir à Rome ce qui se pas
sait à Corinthe; il était inutile aux Corinthiens d'écrire
et de réclamer, pour résoudre leurs difficultés, la média-
tion de la chrétienté romaine. Si donc Rome intervient
spontanément, le fait-elle à titre fraternel, ou en
vertu de l'autorité qu'elle tient de la primauté? Il se-
rait fort possible que la lettre des Romains ne soit dic-
tée que par le sentiment de la fraternité chrétienne : à
peine plus récentes sont les lettres d'Ignace d'An-
tioche, aux Éphésiens, aux Magnésiens, aux Philadel-
phiens, aux Tralliens, aux Smyrniotes : l'évêque d'An-
tioche n'a aucun titre à donner des conseils à toutes
ces communautés, hormis la sollicitude qui l'anime. Il
en est de même un peu plus tard de Denys de Corinthe,
qui vers 170 s'intéresse à ce qui se passe en Grèce, en
Crète, en Asie Mineure et qui, partout, gourmande, re-
proche, encourage, exhorte, conseille, uniquement
poussé par son zèle. Dans le cas présent, il semble pour-
tant bien y avoir quelque chose de plus. L'Église de
Rome n'est pas une Église comme les autres, et elle le
sait. Elle est l'Église où ont souffert les deux grands
apôtres Pierre et Paul. Elle a le droit de faire entendre
sa voix partout où il lui semble bon et elle n'hésite pas
à le faire. Mieux encore, elle a le droit de commander,
et elle le fait. Nous avons remarqué que les ordres
donnés par Clément le sont d'une manière calme et
douce, mais ce sont des ordres. D'autres lettres ro-
maines, comme celles du pape Victor ou du pape
Étienne, seront plus sévères, plus énergiques : c'est ici
la part du tempérament personnel. Pour être donné
avec douceur, un ordre n'en est pas moins un ordre et
il doit être exécuté. C'est une véritable obéissance que
Clément demande à ses correspondants et qu'il espère
en obtenir.
Suffit-il même de parler de l'autorité de l'Église ro-
maine et faut-il insister sur le fait cjue la lettre, écrite
au nom de cette Église, ne se présente pas comme
l'œuvre de son chef, pour déclarer qu'à la fin du j" s.
l'épiscopat monarchique n'existait i)as encore à Rome'?
L'étude détaillée de cette nouvelle question nous en-
traînerait trop loin et dépasserait de beaucoup ce qui
regarde Clément. Il nous sufilt de rappeler que toute
société organisée a un chef et que même un collège
presbytéral ne se conçoit pas sans un président qui
parle en son nom. Or nous connaissons le nom de celui
qui a écrit la lettre, de celui qui, vers 95-97, avait le
droit et le devoir d'élever la voix comme représentant
et comme chef de l'Église romaine. Il s'appelait Clé-
ment, et il a laissé dans l'histoire, voire dans la lé-
gende, un souvenir trop grand pour avoir été un per-
sonnage quelconque et pour n'avoir pas joui de son vi-
ÊÊ
1093
CLÉMENT DF, ROME
CLÉMENT fl
109^
vaut d'une autoiiU' supérieure. Xous n'avons pas ici
à déterminer l'étendue de cette autorité. Mais nous
avons le devoir de la reconnaître et de l'affirmer.
Toutes les éditions des Pères apostoliques contiennent la
lettre de Clément aux Corinthiens et de longues introduc-
tions sur son auteur. Il nous suffira de rappeler celles de :
Lightfoot, 1886; Funk, 1901; Harnack, 1909; K. Lake,
1917; S. Colombo, 1934. En dehors de là, on peut voir : W.
Scherer, Der erste Klemensbrief , 1902. — H. Bruders, Die
Verfassung der Kirche, 1904. — A. von Harnack, Ein-
fûhrung in die aile Kirchengescliichte, 1929. — F. Gerke,
Die Stellung des ersten Klemensbrie/es innerhalb der Enl-
wicklurtg der allchristlichen Gemeindeverfassung und des
Kirchenrechts, 1931. — E. Caspar, Die dlteste romische Bi-
schofslisten, 1926; Geschiclite des Papsltums, i, 1930. — G.
Bardy, Théol. de l'Église, de S. Clément de Borne à S. Irénée,
1943. — L. Duchesne, L. Pont., i, p. lxix-lxxiii, 123-24. —
P. Franchi de' Cavalieri, La legenda di S. Clémente papa e
marlire, dans Note agiografiche, v, 1915, p. 1-40. — H. De-
lehaye. Élude sur le légendier romain : les saints de nov. et
de déc, Bruxelles, 1936, p. 96-116. — F. Dvornik, Les
légendes de Constantin et de Méthode vues de Byzance, Prague,
1933. — E. Massaux, Influence de l'évangile de S. Matthieu
sur la littérature chrétienne avant S. Irénée, Louvain, 1950,
p. 7-65.
G. Bardy.
9. CLÉMENT 1 1 , pape (24 déc. 1046-9 oct. 1047).
Suidger de Mayendorfï, d'origine saxonne, chapelain
de Hermann, archevêque de Brème-Hambourg (1032-
35; Adam de Brème, op. infra cit., ii, 66), était pro-
bablement chanoine de Halberstadt lorsqu'il fut élevé
au siège de Bamberg, érigé vers 1007 par Henri H de
Germanie et devenu vacant en 1040 par la mort
d'Éberhard son premier titulaire. Suidger était bien-
veillant de nature et d'un commerce agréable (L. Pont.,
II, 273); persona grala auprès de Henri HI, il se laissa
convaincre, sans grande résistance semble-t-il, d'ac-
cepter la tiare lorsque, par les victoires remportées
sur les Hongrois et sur les Slaves, le roi eut toute
liberté de descendre en Italie dans le dessein de ceindre
la couronne impériale.
Depuis la mort de Gerbert (le pape Silvestre H)
en 1003, le S. -Siège était retombé sous la tutelle de
l'aristocratie romaine et au pouvoir de la maison de
Tusculum; malgré le zèle réformateur déployé par
l'empereur Henri H, la simonie et le nicolaïsme sévis-
saient jusque sur la chaire pontificale. Benoît IX, élu
en 1032 et tristement célèbre par ses turpitudes — au-
quel une faction romaine avait suscité un rival en la
personne de Jean, évêque de Sabine, devenu Sil-
vestre III — venait d'abdiquer, non sans compensa-
tion pécuniaire, en faveur de Jean Gratien, archi-
prêtre de S. -Jean-Porte-Latine, qui avait pris le nom
de Grégoire VI (l"^' mai 1045). Trois concurrents pou-
vaient prétendre à couronner l'empereur. Seuls les
titres de Benoît IX, en dépit de sa conduite et de son
abdication, pouvaient être tenus pour incontestables.
Décidé à restaurer à son avantage l'influence germa-
nique sur l'Église romaine, Henri III sut mettre à
profit les tendances réformatrices de certains prélats
de son entourage. Au concile de Sutri, convoqué sur
sa demande par Grégoire VI, il fit déposer Silvestre III
qui n'avait pas comparu et Grégoire lui-même qui fut
convaincu de simonie (20 déc. 1046; Ann. Romani;
Ann. Corbeienses; Ann. H ildesheimenses ; Adam de
Brème, op. cil., m, 7; Lambert de Hersfeld, année
1047, op. in/ra cil.; Vita Halinardi, c. vu; Clément II
à l'Église de Bamberg, dans JafFé, 4149; Bonizon de
Sutri, Liber ad amicum, v; Didier du Mont-Gassin,
op. injra cit., m, 0-11; Léon d'Ostie, op. infra cit.,
année 1046). Puis, renouvelant le geste d'Otton I^"' à
l'égard de Jean XII en 963, il fit instruire par un
concile romain le procès de Benoît IX, qui fut déposé,
puis fit aussitôt procéder à l'élection de son candi-
dat, Suidger de Bamberg (24 déc. 1046) — à défaut
d'Adalbert archevêque de Brème-Hambourg qui
s'était récusé — et rallia le clergé et le peuple à son
choix.
Sous le nom de Clément II, Suidger fut le premier
des quatre papes de nationalité germanique imposés
coup sur coup par Henri III. Intronisé à S. -Pierre le
25 déc, il procéda sans délai au couronnement de
Henri III et de son épouse Agnès de Poitou. Avant
la fin de l'année 1046, Clément II concéda à l'empe-
reur, avec le titre de patrice romain qui lui conférait
le droit d'intervenir dans l'élection pontificale, un
privilège — renouvelé de la Constitutio Romana de 824
et du privilège d'Otton III de 962, élargi par Léon III
en 963 — aux termes duquel le sacre et l'intronisation
du pape et des évêques dotés de regalia étaient subor-
donnés à l'investiture impériale {Vila Halinardi,
c. vu; Pierre Damien, Liber grcdissimiis, Libelli de lite,
1, 71, P. L., cxLv, 152; Ann. Romani). Cette conces-
sion capitale devait servir de fondement aux reven-
dications de Henri IV (Pierre Damien, Disceptatio
synodalis, Libelli de lite, i, 80, P. L., cxlv, 71). Le zèle
réformateur déployé alors par Henri III a obnubilé
aux yeux des contemporains la portée d'un acte aussi
grave. Pierre Damien salue l'avènement de Clément II,
comme naguère celui de Grégoire VI, de ses exhorta-
tions enthousiastes à poursuivre la réforme {Epist.,
! II, 19). Il devait signaler à son attention les intrus qui
occupaient les sièges d'Osimo et de Fano (ibid., i, 3).
Une s'eule voix discordante, celle de Wason de Liège
{Anselmi gesta episcoporum Leodiensium, 228-29; De
ordinando pontifice, 14), qui émet quelques doutes
quant à la légitimité de Clément II, parce que le
pouvoir de déposer les papes appartient à Dieu seul
et que le roi a pratiquement confisqué l'élection.
Vers le 5 janv. 1047, le nouveau pape présida un
concile romain qui fulmina l'anathème contre les simo-
niaques et enjoignit quarante jours de pénitence à
ceux qui auraient été ordonnés, le sachant tel, par un
évêque simoniaque — cette décision devait faire juris-
prudence sous Léon IX à rencontre du parti intransi-
geant qui réclamait la destitution des clercs ainsi or-
donnés (Pierre Damien, Liber graiissimus, Libelli de
lite, I, 70, P. L., CXLV, 150). Ce concile donna prétexte
au renouvellement d'une querelle de préséance entre
l'archevêque de Milan, Gui de Velate, et l'élu de Ra-
venne, le chancelier impérial Hunfrid, qui préten-
daient tous les deux au premier siège à la droite du
pape, ainsi, d'ailleurs, que le patriarche d'Aquilée.
Sur présentation de privilèges concédés par ses prédé-
cesseurs et sur le témoignage des évêques de Porto et
de Brixen, Clément II se prononça en faveur de Ra-
venne (Jafi'é, 4141). •
Peu après, le pape accompagna l'empereur dans son
expédition vers le sud de l'Italie. Par le Mont-Cassin,
où ils séjournaient à la fin de janv., Henri III et Clé-
ment II gagnèrent Capoue (3 févr.) et Salerne. Tandis
que l'empereur rétablissait Pandolf III à Capoue au
détriment de Guaimar V de Salerne et recevait les
serments de fidélité des comtes normands d'Apulie
et d'Aversa, le pape examinait et confirmait l'élection
de Jean, évêque de Pesto, au siège métropolitain de
Salerne, lui conférait le pallium et délivrait un privi-
lège consacrant la juridiction métropolitaine de Sa-
lerne sur les diocèses de Pesto, de Conza, d'Ainalfi,
de Nola, d'Acerenza, de Cosenza et Bisignano (Jafïé,
4143, 18 févr.). Les trois derniers sièges, alors disputés
entre le clergé grec et le clergé latin, marquent l'avance
extrême, notamment en Calabre dans la vallée du
Crati, de la pénétration latine des princes de Salerne.
Bénévent ayant fermé ses portes à l'empereur. Clé-
ment II fulmina l'excommunication contre les princes
lombards Pandolf III et Landolf VI, tandis que
Henri III conférait l'investiture de la ville à ses vas-
1095
CLÉMENT II - CLÉMENT III
lOOfi
saux normands, à charge de s'en emparer (Léon d'Os-
tie, op. cit., 683).
Des rares bulles de Clément II qui ont été préser-
vées ou qui sont attestées par ses successeurs, la plu-
part concernent les Églises germaniques, soit que leurs
titulaires eussent accompagné Henri III en Italie, soit
qu'elles fussent unies à la couronne par des liens
étroits. Dès le 29 déc. 1046, le pape avait exempté
l'abbaye de Corvey ainsi que les moniales de Herford
de la juridiction de l'évêque de Paderborn (Jaffé,
4132); il avait béni l'abbé de Fulda, Roingus, et lui
avait confirmé le monastère romain de S.-André-et-
S.-Étienne in Exajulo, sis près de Ste-Marie-Majeure
(JafTé, 4133), concédé à l'abbé Richard par Benoît VIII
en 1024(JalIé, 4057); le 31, Clément II avait renouvelé
l'exemption de F'ulda, tout en interdisant à Roingus
l'usage des pontificaux, alors réservés aux évêques et
aux cardinaux (Jaffé, 4134). Sans doute, bénit-il éga-
lement le successeur de Roingus, Sigeward, auquel il
confirma, le 22 févr. 1047 (JalTé, 4144), les possessions
de son abbaye. Adalbert de Brème-Hambourg reçut
un privilège descriptif et confirmatif du ressort métro-
politain de son Église (.JafTé, 4146, 24 avr. 1047) qui
s'étendait alors sur les Germains et les Slaves, de part
et d'autre de l'iîlbe inférieur jusqu'au Ploene et à
l'Eider, sur les Danois, les Suédois, les Norvégiens
et leurs établissements lointains (Sudreys, Islande,
Far-Oër, Groenland). Le document est mutilé, mais il
se réfère aux bulles de Nicolas I" (Jaffé, 2759),
d'Agapit II (3641) et de Benoît IX (4111).
Clément II recommanda l'abbaye de Cluny aux
magnats de Gaule et d'Aquitaine (Jaffé, 4136) et prit
sous la protection du S. -Siège (4139) le monastère de
Fruttuaria au diocèse d'Ivrée, fondation des frères
du Bx Guillaume de Volpiano et dépendance de S.-
Bénigne de Dijon. Il confirma l'irnmédiateté de l'ab-
baye de la Ste-Trinité de Vendôme, fondée par Agnès
de Bourgogne et Geofïroi Martel, mère et beau-père
d'Agnès de Poitou, et la rendit tributaire (Jaffé, 4147,
l'^'' juin. 1047; Liber censuum, 192). On lui doit la cano-
nisation de Ste Wiborade, vierge, à S.-Gall, marty-
risée par les Hongrois en 925 (Jaffé, 4142). La bulle
(Jaffé, 4140) par laquelle il concéda une indulgence
aux pèlerins de Neubourg (abbaye de bénédictines
au diocèse d'Augsbourg, établie en 1002 par Henri II
et son épouse Ste Cunégonde), et celle (Jafïé, 4145) par
laquelle il confirma les biens du monastère de S.-
Michel in Domaie fondé à Bamberg par son prédéces-
seur l'évêque Éberhard, si elles sont d'authenticité
douteuse, entrent cependant dans la ligne générale de
sa politique. Le privilège daté du 24 sept. 1047 en
faveur de l'Église de Bamberg (JafTé, 4149), confir-
mant des échanges territoriaux avec les diocèses voi-
sins de Wurtzbourg et d'Eichstiitt, d'une onction qui
tourne au lyrisme personnel, n'est peut-être qu'un
exercice d'école amplifiant une bulle authentique. Le
pape se justifie d'avoir retenu le siège de Bamberg
après son élévation à la tiare, sans livrer la raison
profonde de ce cumul, l'extrême pauvreté où était
tombée l'Église romaine sous ses prédécesseurs (Guil-
laume de Malmesbury, Gesta regum Anglorum, ii, 201,
éd. W. Stubbs, Rolls séries, 246).
A cette date Clément II, qui aurait peut-être suivi
l'empereur en Germanie, était tombé gravement
malade au monastère de S. -Thomas in Foglia, dans le
comté de Pesaro (Jaffé, 4148), oii la voie Émilienne,
qui se dirige vers le Nord, fait sa jonction avec la voie
Flaminienne. De là, il écrivit à Henri III, lui remet-
tant la charge pontificale et lui léguant son anneau
(Jaffé, 4152, 24 sept. 1047). Il confirma les biens et
l'immunité de l'abbaye bénédictine S.-Étienne-et-
S.-Vite à Theires-sur-le-Main (Jaffé, 4150, 1" oct.
1047), qu'il avait fondée et dotée pour le salut de
son âme et de l'âme de son très cher fils Henri III.
La date de sa mort, le 9 oct. 1047, est attestée par
deux bulles de Léon IX concédant, aux frères de Bam-
berg l'usage de la mitre (Jaffé, 4283), et à l'évêque
l'usage du pallium (4287) en la fête de S. Denis, anni-
versaire de la mort de Clément II; le lieu nous est
certifié par une bulle de Nicolas II (4333) en faveur
du monastère de S. -Thomas in Foglia, auquel ce
pape confirma une donation de Clément II qui ibi
obiit. Il ne semble pas qu'il y ait lieu d'accorder quel-
que crédit à l'allégation de Loup le Protospataire
(op. infra cit., 59) selon lequel Clément aurait été em-
poisonné sur l'ordre de Benoît IX. Sa dépouille fut
ramenée en Allemagne et inhumée en la cathédrale de
Bamberg où un monument lui fut élevé, dont il ne
subsiste que le sarcophage orné de bas-reliefs du
xiii= s. (L. Pont., II, 568; A. S., Propylaeum, mai, 188).
Une simple dalle a dû remplacer un gisant détruit par
les protestants; elle porte une inscription du xvi^ s.
A Rome, un des successeurs de Suidger sur le siège de
Bamberg, Jean Godefroi — ambassadeur de l'empe-
reur Matthias auprès de Paul V — lui a dédié, en 1612,
une inscription commémorative dans l'église natio-
nale des Allemands, Ste-Marie-de-l'Ame. Des miracles
ont été faussement attribués à Clément II : il s'agit
en effet d'une imposture en faveur de l'antipape Clé- .
ment III (Guibert de Ravenne).
Soi RCES. — JafTé, I, .')25-28. — Epistolae et privilégia,
P. L., cxLii, 577-90. — Liber censuum, éd. Fabre, Paris,
1905, p. 192. — L. Pont., 272, 568. — .•Vdam de Brème,
Gesta Hammaburgensis Ecclesiae pontificum, ii, 66; m, 7;
M. G. H., SS., vu; et P. L., cxlvi. — Les annales suivantes
aux années 1046-47 : Ann. Aiigusiani, Ann. Corbeienses,
Ann. Hildesheimenses, dans A/. CH., SS., m ; Ann. Lamberti
Hersfeldensis, Ann. Lupi Protospatarii, Ann. Romani,
ibid., V. — Anselmi gesta epi.'icoporum Leodiensium, Wason,
M. G. 1L,S S.,\u, XIV. — Bonlzon de Sut ri. Liber ad amicum,
V, M. G. H., Libelti de lite, i ; De ordinando pontiftce,
ibid. — Didier du Mont-Cassin, Dialogoruni libri très,
III, 9-11, P. L., cxLix. — Léon d'Ostie, Clironica, M. G. H.,
SS., vu. — Pierre Damien, Epistolae, i, 3; ii, 19, P. L.,
cxLiv; Opuscula, iv, vi, ibid., cxlv, et Libelli de lite, i.
— Vita Halinardi episcopi Lugdunensis, c. vu, P. L.,
cxLii. Quelques extraits ont été réunis par I. M. Watte-
rich, au t. i des Pontiftcuni Romanorum vilae ab aequa-
libus conscriptae, Leipzig, 1862, p. 73-78, 713-17.
Travaux. — Études d'ensemble : E. SteindorlT, Jahrbû-
cher des deutschen Reichs unter lieinrich IIL, i, Leipzig,
1874, p. 309 sq. — H. K. Mann, The lives of the Popes in
the early Middle Ages, v, Londres, 1911, p. 270-85. — Hefele-
Leclercq, iv-2, Paris, 1911, p. 986-92. — É. .\mann, dans
VHist. de P Église, d'A. Fliche-V. Martin, vu, Paris, 1940,
p. 93-96.
Études particulières : mise au point concernant la dépo-
sition de Benoît IX, Silvestre III et Grégoire VI, dans A.
Fliche, La réforme grégorienne, i (Spicilegium Lovaniense,
6), Louvain, 1924, p. 108, n. 3. — Sur la question du patri-
ciat : P. Wittmann, Bishof Suidger von Bamberg als Papst
Clemens IL und der Palriciat Kaisers Heinriclis IIL, dans
Archiv fur kath. Kirchenreclit..., Li, 1884, p. 228-43; contra :
L. Duchesne, Les premiers temps de l'État pontifical, Paris,
1911, p. 381-82 et A. Fliclie, op. cit., 110-11. — J. von
Pflugk-Hartung a cru devoir restituer à Clément II une
bulle attritjuée à Léon IX : Das Brève Papst Clemens IL
fur Romainmoutier, dans Seues Archiv, xi, 1886, p. 590-94.
— Voir également G. Mancini, Sui miracoli clie sono stati
attribuiti a papa Clémente IL.., dans Giornale Arcadico di
scienze, lettere ed arti, xlvi, 1830, p. 80-98, et H. Gunther,
Kaiser Heinrich IL und Bamberg, dans Hislorisches Jahr-
buch, Lix, 1939, p. 273-90.
R. FOREVILLE.
10. CLÉMENT III, pape (1187-91). L Paul
ScoLABi. — Fils de Jean Scolari et de Marie son
épouse, Paul Scolari, le futur Clément III, naquit à
Rome dans le quartier de la Pinea ou Pomme de pin
(ainsi dénommé d'un motif ornemental d'origine
païenne qui, jusqu'au pontificat d'Eugène III, décora
une fontaine voisine du Panthéon). Une bulle de Cé-
1097
CLÉMENT III
1098
lestin III (P. L., ccvi, 910; JatTé, 16792, 4 janv. 1192)
nous apprend qu'il fut dès son enfance nourri dans
l'église Ste-iMarie-Majeure. Attaché au clergé de cette
basilique, il en devint archiprétre (Ann. Romani, 1188).
Il semble donc qu'il ait fait carrière dans le clergé
séculier, encore que d'aucuns l'aient dit moine de Val-
lombreuse (R. Davidsohn, Gescliichte von Florenz,
I, Berlin, 1896, p. 585). Alexandre III le créa cardinal-
diacre du titre des SS.-Serge-et-Bacchus (1179), puis
évêque de Palestrina après la mort du cardinal Ber-
nerède (entre le 11 juill. 1180 et le 13 janv. 1181). Sous
les pontificats de Lucius III, d'Urbain III et de
Grégoire VIII, il accompagna la Cour pontificale dans
ses déplacements successifs, notamment de Velletri à
Veroli, Vérone et Ferrare. Qu'il ait eu dès lors le désir
de ramener la papauté à Rome ne paraît pas douteux :
la construction qu'il entreprit à cette époque, de ses
propres deniers, d'un palais résidentiel attenant à
Ste-Marie-Majeure (P. L., loc. cil.) en est une confir-
mation.
Après la mort d'Urbain III, le choix du Sacré-Col-
lège failht s'arrêter sur sa personne, mais l'évêque
d'AIbano qui avait décliné la tiare pour lui-même afin
de se consacrer à la prédication de la croisade (Albéric
de Trois-Fontaines, Chron.) l'avait également fait
écarter en raison d'une santé déjà très ébranlée
(Epislolae Cantuarienses, p. 108). Sans doute y a-t-il
lieu de voir aussi dans cette attitude une opposition de
tendances, le cardinal cistercien, ex-abbé de Clair-
vaux, représentant au sein de la Curie le parti intran-
sigeant qui l'avait emporté sous les pontificats précé-
dents et qui refusait de composer avec les exigences
des Romains et leurs conséquences fiscales. Cependant,
le chancelier Albert de Mora, élu sous le nom de Gré-
goire VIII, le 21 oct. 1187, à Ferrare, avait déjà entamé
des négociations avec le Sénat et entrepris de récon-
cilier les cités rivales de Pise et de Gênes, lorsqu'il
mourut à Pise moins de deux mois après son éléva-
tion au Siège apostolique (17 déc). Le troisième jour
après la mort de Grégoire VIII (bulle de Clément III
notifiant son élection aux évêques d'Angleterre dans
VEnglish historical Review, ix, 1894, p. 540 sq.),
c.-à-d. le 19 déc, en l'absence d'Henri d'AIbano,
alors légat en France et en Germanie, et après le refus
de l'évêque d'Ostie Thibaud, ex-abbé de Cluny, les
cardinaux, d'accord avec le consul romain Léon du
Monument, arrêtèrent leur choix sur l'évêque de
Palestrina (Ann. Romani; Epist. Cantuarienses, p. 136-
37). Celui-ci n'avait pris aucune part à l'élection qui le
porta à la tiare; si, en effet, il avait suivi la Curie à
Pise, il se trouvait alors malade et alité chez les moines
vallombrosins de San Paolo, à Ripa d'Arno (Ann.
Pisani).
Dès le mois de juin 1188, on crut prochaine la mort
du nouveau pape : Honorius, prieur de Christchurch
à Canterbury, qui poursuivait à la Curie les affaires de
son monastère, écrivait que le pape était gravement
atteint de troubles cardiaques (Epist. Cantuarienses,
p. 218). Nous devons à un moine du même couvent,
également présent à Rome, le seul témoignage direct
qui nous soit parvenu sur le caractère de Clément III
(ibid., 178) : « Il est incorruptible, bien qu'il soit
romain. Un grand souci de justice l'anime; il ne préci-
pite jamais ses sentences et il ne frappe qu'après avoir
examiné la cause à la lumière de la raison et discerné
ses mérites selon l'ordre de la justice et la norme de
l'équité. » Dans l'exercice du suprême pontificat, il
devait se montrer grand ami de la paix dans la jus-
tice : innombrables sont les sentences, compositions
ou arbitrages qu'il a favorisés puis confirmés, et qu'il
s'est employé à faire respecter. Son élection, à l'heure
où elle survint, eut valeur de symbole; elle manifes-
tait le souci primordial de mener à bonne fin l'œuvre
inaugurée sous le très court pontificat de GrégoireVIII:
d'une part, la réinstallation de la Curie à Rome après
une absence de plus de cinq ans; de l'autre, l'apaise-
ment des différends et la cessation des hostilités entre
les princes chrétiens, afin de lancer à l'assaut de l'Is-
lam les forces unies de la chrétienté ))our la libération
de Jérusalem et de la Terre sainte.
II. Les affaires d'Italie. — 1° Traité avec les
Romains et refour de la Curie à Rome. — Lucius III
n'avait pu se maintenir à Rome. La République,
administrée par les sénateurs, avait rouvert les hosti-
lités contre Tusculum et supportait mal la reconstruc-
tion des remparts de la cité vassale du S. -Siège. Mais
la longue absence de la Curie ruinait la Ville à la fois
dans son prestige moral et dans sa prospérité maté-
rielle. La présence de Léon du Monument à Pise lors
de la mort de Grégoire VIII et son influence dans
l'élection de Clément III indiquent assez le désir
sincère d'un rapprochement et le début de négocia-
tions qui devaient se poursuivre par l'envoi de légats
pontificaux à Rome. La paix dut paraître assurée vers
le 20 janv. puisque, dès le 22, le camérier Cencius
arrêtait des mesures concernant la garde des palais
j^t basiliques et que, le 24, la Curie accompagnée de
Léon du Monument avait quitté Pise. Par Sienne et
Santo Quirico, elle gagna Rome au début de févr. :
elle s'installa au Latran d'où la Chancellerie expédia
plusieurs bulles en date du 11. Clément III fut accueilli
triomphalement par toute la population romaine, y
compris les Juifs (Ann. Romani). Cependant le Sénat
romain ne ratifia pas l'accord avant le 31 mai.
Le traité revêt la forme d'une lettre adressée par le
Sénat et le peuple romain au pape (le texte en est
reproduit dans P. L., cciv, 1507-10; I. M. Watterich,
op. infra cit., ii, 699-703; Liber censuum, i, 373-75,
n. 84). Le préambule affirme la nécessité de stabiliser
la paix tant pour assurer la défense et la prospérité
même de la Ville que pour sauvegarder la dignité de
l'Église comme de la République romaine. Aux termes
de cet instrument, les sénateurs reconnaissent la sou-
veraineté du S. -Siège et s'engagent en leur nom et au
nom de leurs successeurs à prêter chaque année ser-
ment de fidélité au pape et à ses successeurs. Us lui
restituent le Sénat, la Ville, la monnaie, la basilique
de S. -Pierre, les autres églises et biens-fonds mis sous
séquestre pendant la guerre, retenant toutefois jus-
qu'à extinction de l'hypothèque le tiers des revenus
de la frappe de la monnaie; les rcgalia suburbicaires
enfin, à l'exception de Ponte Lucano dont la position
commande le passage de l'Anio (aujourd'hui le Teve-
rone) vers la ville de Tivoli contre laquelle ils se réser-
vent le droit de porter les armes. Le pape, qui conserve
son dominium sur Tusculum, doit cependant se porter
caution de la démolition des remparts de cette cité
et s'engager à contraindre ses habitants par l'excom-
munication s'ils ne se sont pas soumis au terme du
1" janv. 1189. La défense de la Ville incombe aux
Romains, mais le S. -Siège leur versera annuellement
cent livres pour la réfection des remparts. Les exi-
gences financières des Romains s'étendent à la répa-
ration des dommages de guerre subis du fait des Tus-
culans, des troupes pontificales et des malfaiteurs. Le
traité leur confirme enfin les largesses et donaliva
accoutumés envers tous les sénateurs et officiers de la
I République institués soit par le pape, soit par le Sénat,
j A ces conditions, le Sénat garantit la libre circulation
! et le libre accès à la Curie de tous ses membres et de
I tous ceux qui doivent se rendre ad limina aposlolorum.
Établi en la quarante-quatrième année du Sénat, le
document est revêtu des noms de cinquante-six séna-
teurs, dont dix sénateurs conseillers.
1 Ce compromis satisfaisait aux exigences financières
I des Romains et répondait aux nécessités économiques
1099
CLÉMENT III
1100
de la Ville où le retour de la Curie devait ramener la
prospérité sinon la paix, car l'alîaire de Tusculum
ne fut pas réglée avant la mort de Clément III.
Œuvre d'un pape romain, plus enclin à transiger sur
ces questions qu'un Lucius III, ce fut le dernier des
grands concordats entre le S. -Siège et la commune :
il devait régir leurs rapports et fixer la papauté à Rome
pour une longue période, en dépit de querelles passa-
gères et d'exils de courte durée.
2° Restauration du Patrimoine. — Elle fui inaugurée,
avant même la rentrée à Rome, par la remise en ordre
du palais (22 janv. 1188) avec le concours du camérier
Cencius, dans l'esprit même qui, trente ans plus tôt,
avait animé le pape Adrien IV et le camérier Boson :
les ostiarii ou huissiers du Latran se virent imposer un
roulement hebdomadaire dans leur service et furent
astreints à se présenter aux grandes fêtes et à répondre
aux appels du camérier, seul qualifié pour engager de
nouveaux membres dans leur compagnie. Aux huis-
siers assermentés, incombait la garde des clefs des
basiliques et du palais : la formule de leur serment en
dit long sur les indélicatesses auxquelles certains d'en-
tre eux avaient pu se livrer au détriment des objets
précieux, voire du plomb servant à sceller les bulles
(Liber censuum, i, 419-20, n. 158, 159). Le nouveau
pape confirma aux chanoines de S. -Pierre et aux rec-
teurs des monastères des SS.-Jean-et-Paul, de S.-
Martin, de S.-Étienne-Majeur et de S.-Étienne-Mineur,
sis autour de l'ancienne basilique Vaticane (cf. le
commentaire du plan d'Alfarano à l'art. Rome, dans
D. A. C. L., XIV, 2858-64), le quart des oblations de
l'autel de S. -Pierre que leur avait concédé Eugène III
(JalTé, n. 16267, 2 juin 1188). Pour manifester son
attachement au sanctuaire de Ste-Marie-Majeure, il
accrut la dotation que ce même pape avait faite au
clergé de la basilique et lui fit don du palais qu'il y
avait édifié (P. L., cciv). Il entreprit de restaurer les
palais et basiliques recouvrés en vertu du traité conclu
avec le Sénat : à son pontificat, se rattache l'érection
du grand cloître de S.-Laurent-hors-les-Murs, ainsi que
de nouvelles constructions et des fresques au Latran.
II fit également creuser un puits devant le cheval de
bronze (Martinus Polonus, op. infra cit.) : il s'agit de
la statue équestre de INIarc-Aurèle qui, en 1558, devait
être transférée en avant du palais Capitolin.
Certaines places de la Campagne romaine, au nom-
bre desquelles Rocca di Lariano, demeuraient encore
entre les mains du chevalier milanais Lanterius que
son oncle, Urbain III, avait nommé bailli de la région.
L'abbé de Fossa Nova, Jordan de Ceccano, les racheta
et les restitua intégralement à l'Église romaine
(Chron. Fossae Souae). Clément III l'éleva au titre
cardinalice de Ste-Pudentienne (avant le 16 mars
1188). Le pape manifesta un égal souci de sauvegarder
le patrimoine spirituel du S. -Siège. C'est ainsi que,
confirmant les possessions et les droits du monastère
de S. -Pierre de Massa au Mont-Néron, érigé in allodio
B. Pétri, il réserva les droits et le dominium de l'Église
romaine (Jafïé, 16366, 15 déc. 1 188). On peut mettre en
parallèle le privilège accordé à Étienne, évêque de
Ferrare, et à ses successeurs canoniquement institués,
dans lequel le pape afïirme que le diocèse de Ferrare
est entièrement situé in jure et dominio ac privilegio
sanctae Romanae Ecclesiae... cujus est patrimonium et
qu'il demeure dans son élection, ordination et consé-
cration (Jané, 16404, 20 avr. 1189).
3° Pacification de l'Italie. — Cependant, la restau-
ration du Patrimoine en Italie impliquait une poli-
tique de plus grande envergure : des contestations
territoriales, notamment sur l'héritage mathildique.
opposaient l'Église romaine à l'empereur Frédéric h'
fiarbc-rousse. Les négociations, reiiouées sous Lucius
III par l'inlennédiaire de l'archevêque de Salzbourg,
Conrad, puis directement à Vérone, n'avaient pas
abouti. Les difficultés s'étaient accrues après l'avè-
nement d'L^rbain III (le Milanais Humbert Crivelli),
notoirement hostile aux Staufen ; on avait assisté alors
au raidissement de la politique impériale à l'égard des
villes de Lombardie et de Toscane, aux conquêtes et
inféodations opérées par Henri VI sur le Patrimoine.
Grégoire VIII, dont l'élection fut un gage d'apaise-
ment, n'avait pas eu le temps, au cours d'un ponti-
ficat de huit semaines, de réaliser l'accord souhaité.
Le mariage du roi de Germanie avec Constance (1186),
fille de Roger II et tante du roi de Sicile Guillaume II
— lequel, privé de descendance, l'avait constituée son
héritière — menaçait la papauté d'encerclement à une
échéance que l'on pouvait encore supposer lointaine.
Clément III envoya les cardinaux Albinus de Ste-
j Croix de Jérusalem et Pierre de S. -Laurent in Damaso
auprès du roi de Sicile et en obtint le serment de fidé-
lité, mais il dut lui concéder que, le serment une fois
prêté par ses successeurs, ceux-ci ne fussent pas tenus
de le renouveler à chaque nouveau pontificat (JafTé,
16375, ann. 1188-89).
Dans un même souci d'apaisement, ses légats,
Pierre de Ste-Cécile et Soffrède de Ste-Marie in Via
Lata, accrédités par bulle du 19 mai 1188 (Jaffé,
16238), rétablirent la paix entre Gênes et Pise, rivales
dans leurs possessions en Sardaigne et dans le négoce
maritime, sur les bases du respect de leurs positions
respectives, de la libre navigation et du libre mouillage
dans les eaux et les ports sardes, ainsi que de la réci-
procité des avantages commerciaux, les conflits éven-
tuels devant être soumis à des commissions judiciaires
bipartites, et les attentats à la paix, à l'arbitrage des
archevêques des deux cités assistés de prudents. Cet
accord, promulgué à Lucques le 7 juill. devant les
représentants officiels des deux cités, et entériné par
le pape le 12 déc. (Jaffé, 16363) — suivi plus tard d'un
arbitrage pontifical entre Parme et Plaisance (Joannes
de Mussis, Chronicon Placentinum, à l'année 1189, mais
probablement en 1190) — dépassait, par sa portée,
l'horizon proprement italien. Le pape y affirmait le
devoir du pasteur suprême d'apaiser les conflits entre
chrétiens et sa volonté de procurer une aide à la
Terre sainte. C'est dans cet esprit que furent menées
les négociations avec les princes chrétiens, notamment
avec l'empereur.
III. Clément III, la croisade et les princes
CHRÉTIENS. — 1° Situation à la fin de 1187. — Après
la défaite de Tibériade et le massacre de Hattîn
(4 juill.), S.-Jean-d'Acre, Jafla, Beyrouth et de nom-
breuses places importantes étaient tombées aux mains
des infidèles. Jérusalem, investie le 20 sept., mais
privée de défenseurs, avait dû capituler le 2 cet.
Seules quelques forteresses isolées, Tyr, Tripoli, Tor-
tose, Antioche et le Crac des Chevaliers, oflraient
encore quelques possibilités de résistance. La perte du
S. -Sépulcre apparaissait comme une catastrophe sans
précédent dans les annales du monde chrétien depuis
le sac de Rome par Alaric. Les princes, qui n'avaient
pas répondu aux appels réitérés de la papauté devant
rimminence du danger, allaient-ils relever l'honneur
de la chrétienté et sauvegarder les intérêts latins en
Orient?
Nulle aide n'était à espérer du côté byzantin. Depuis
Myriokephalon (1176) la reconquête byzantine en
Anatolie était au point mort et la Syrie franque coupée
de tout contact avec l'Empire grec. D'ailleurs, après
la mort de Manuel Comnène (1180), Andronic avait
rompu la solidarité chrétienne et conclu un pacte
d'alliance avec Saladin; la dynastie usurpatrice des
Anges avait continué sa politique à l'égard des prin-
cipautés latines de Syrie. Cette - grande Iraliison »
de Byzance avait accru l'hostilité des Normands de
1101
CLÉMENT 111
1102
Sicile à sou endroit (siège de Thessalonique, 1185).
Les princes d'Occident ne se laissaient pas aisément
détourner de leurs intérêts particuliers. Alphonse II
d'Aragon, en passe d'étendre sa domination sur le
versant nord des Pyrénées, regardait vers la Méditer-
ranée et la Provence. La Castille et le jeune royaume
de Portugal voyaient leurs forces absorbées par la
croisade nationale et la reconquête sur les Almohades.
Les rois de France et d'Angleterre, engagés dans une
lutte décisive, ne voulaient pas déposer les armes;
Henri II, afTaibli par l'âge, ne pouvait songer sérieu-
sement à partir en Terre sainte, en dépit d'un vœu
antérieur de croisade, et Philippe Auguste entendait
poursuivre ses avantages sur un rival que ses forces
trahissaient. Seul, Richard Cœur de Lion, qui avait
pris la croix dès 1187, rêvait d'exploits chevaleres-
ques sous le ciel d'Orient, à condition toutefois d'être
assuré que la succession paternelle, susceptible de s'ou-
vrir à brève échéance, lui reviendrait intégralement.
Clément III pouvait difficilement fonder un espoir
plus solide sur l'empereur Frédéric I" Barberousse.
Les obstacles ne manquaient pas. Henri VI, âgé de
vingt-trois ans, avait grand-hâte de prendre les rênes
du pouvoir, mais Lucius III avait opposé une attitude
dilatoire aux demandes de couronnement impérial en
sa faveur et prétexté que deux empereurs ne pouvaient
régner conjointement. Lors de la célébration du ma-
riage de Henri VI avec Constance de Sicile à Milan le
27 janv. 1186, Frédéric l'avait désigné pour succes-
seur et fait couronner roi d'Italie par le patriarche
d'Aquilée. C'était un acte d'hostilité envers Urbain III
qui, lors de son élévation à la tiare, avait retenu l'ar-
chevêché de Milan dont il était titulaire. Il fallait parer
enfin à la menace d'union entre l'Empire et la Sicile,
et au danger immédiat que constituait la mainmise
impériale sur le Patrimoine. Si, d'autre part, la paix
de Venise (1177) avait définitivement mis fin au
schisme impérial, le can. 2 du concile de Latran (1179)
avait remis en cause les ordinations schismatiques.
Plus grave était l'afiaire de Trêves : l'élection contestée
de Volkmar, la nomination à la diète de Constance en
présence de l'empereur de Rudolphe de Wied auquel il
s'était empressé de conférer l'investiture, puis la con-
sécration par Urbain III de Volkmar dépourvu de
l'investiture impériale (1186) menaçaient de renou-
veler la querelle des Investitures réglée depuis plus
d'un demi-siècle. A la diète de Gelnhausen (28 nov.
1186), Frédéric avait tenté de cimenter l'union de
l'épiscopat germanique autour de sa politique ecclé-
siastique (désignation des titulaires aux archevêchés,
droit de régale et droit de dépouille), malgré la révolte
du puissant archevêque de Cologne, Philippe de Heins-
berg. Apaiser les litiges pendants avec l'Empire, récon-
cilier le Capétien et le Plantagenet, jeter les fonde-
ments d'une croisade imminente, telle fut, dans la
conjoncture, la tâche dévolue à Clément III.
2" Prédication de la croisade et pacification de la
chrétienté occidentale. — Les premières mesures avaient
été arrêtées par Grégoire VIII. Outre certaines dispo-
sitions d'ordre pénitentiel visant à inciter les cœurs à
la componction dans ce deuil de la chrétienté (Arnol-
dus Lubecensis, op. infra cit.), il s'agissait de susciter
un vaste mouvement d'opinion en faveur de la croi-
sade. L'archevêque de Tyr, Josse, venu au nom des
chrétiens de Palestine implorer le secours de l'Occi-
dent, et le cardinal Henri d'Albano furent confirmés par
Clément III dans la mission qu'ils tenaient à cet effet
de Grégoire VIII. Dès la diète de Strasbourg (fin
nov. 1187), ils avaient pris contact avec l'empereur
par des émissaires, puis ils avaient assisté en personne
à l'entrevue que Frédéric I" eut à Mouzon avec Phi-
lippe Auguste (17 déc). Après cette conférence furent
lancées conjointement par l'empereur et par le légat
(lettre d'Henri d'Albano, dans 1. M. Watterich, op. cit.,
II, 694-97) les convocations à la diète solennelle de
Mayence, dite curia Christi, pour le dimanche de
Laetare (27 mars 1188). Entre temps, le cardinal d'Al-
bano et l'archevêque de Tyr se rendirent en France
où le 21 janv., au cours d'une entrevue près de Gisors,
ils conjurèrent les rois de France et d'Angleterre de
suspendre leurs griefs mutuels et de prendre la croix.
Tandis que Henri II promulguait au Mans (23 janv.),
puis à Geddington (11 févr.) des mesures concernant
l'organisation de l'expédition de Terre sainte, notam-
ment la levée de la taxe saladine — mesures que
Philippe Auguste ne devait publier qu'en mars à Paris
— le légat reprenait le chemin de la Germanie. Par
Mons et Liège où il se trouvait au début de mars (J.
Ramackers, Papsturkunden in den Niederlanden,
n. 299, p. 445-46; H. Meinert, Papsturkunden in
î Frankreich, Champagne und Lothringen, n. 258, p. 381-
82), il gagna Cologne, sans doute pour ménager la ré-
conciliation de Philippe de Heinsberg avec l'empereur,
puis Mayence. Là, au milieu de l'enthousiasme général,
Frédéric Barberousse et son second fils Frédéric de
Souabe prirent la croix; à leur exemple princes, pré-
lats et chevaliers par milliers se croisèrent (27 mars).
Afin de préparer l'expédition, l'empereur et les princes
ajournèrent leur départ à la S. -Georges (23 avr.) de
l'année 1189 (voir les extraits des chroniques dans
I. M. Watterich, op. cit., u, 697 sq.).
Les hostilités ayant repris entre les rois de France
et d'Angleterre, Henri d'Albano dut encore s'entre-
mettre à Bonsmoulins (18 nov. 1188) : il obtint une
trêve qui devait expirer le 13 janv. 1189. Après sa
mort survenue à Mareuil, près d'Arras, le 1" janv.,
Clément III nomma, pour le remplacer, Jean d'Anagnl,
cardinal-prêtre du titre de S. -Marc, qui, s'étant mis en
route au printemps, put intervenir à la conférence de
la Ferté-Bernard (28 mai 1189) : la menace d'interdit
sur le royaume de France n'empêcha pas Philippe
Auguste de harceler Henri II dans le Maine et la Tou-
raine. La chute de Tours (3 juill.) contraignit le Plan-
; tagenet à se rendre à la merci de son adversaire (traité
d'Azay-le-Rideau, 4 juill.), mais il ne survécut pas à
l'épuisement, à sa défaite, et à la trahison de ses fils.
Sa mort, le 6 juill., ajourna l'expédition outre mer
après la prise de possession de l'héritage Plantagenet
par Richard Cœur de Lion. Les rois de France et d'An-
gleterre scellèrent la paix des royaumes près de Nonan-
court (déc. 1189-janv. 1190), mais ce fut de Vézelay
que devaient s'ébranler en juill. 1190 seulement les
forces des royaumes occidentaux (Gesta régis, ii, 29,
30, 51, 55-56, 61, 66 sq.).
Dans l'intervalle, Frédéric Barberousse, ayant cé-
lébré la fête de Pâques (9 avr. 1189) à Ratisbonne,
avait pris la tête de la colonne allemande qui en mai,
par la vallée du Danube, route traditionnelle des croi-
sés, et la Hongrie où elle s'accrut de contingents dirigés
par Geisa, frère du roi Bela, s'avança en direction de
Constantinople. Auparavant, Clément III avait chargé
les cardinaux Jordan de Ste-Pudentienne et Pierre de
S.-Pierre-aux-Liens de régler avec l'empereur et son
fils, le roi des Romains, les questions litigieuses,
notamment le couronnement de Henri VI et de Cons-
tance (JalTé, 16318, 16319; Gesta Trevirorum). Le
texte de l'accord, qui doit remonter au début de 1189,
n'est pas parvenu jusqu'à nous. Les allusions des
chroniqueurs ou les bulles relatives à son exécution
permettent d'en induire les points essentiels : 1. le
couronnement de Henri VI, formellement promis par
le pape (Jaffé, 16104, 16105, 16318, 16319), 'était, du
consentement de Frédéric, prorogé à une date ulté-
rieure, vraisemblablement à son retour de la croisade;
— 2. les territoires du Patrimoine, occupés par les
i forces impéjiales^ futeal restitués quoad. pussessionero
1103
CLÉ ME
NT m
1194
à l'Église romaine, étant réservés les droits de l'Em-
pire quant au domaine et à la propriété (acte de
Henri VI daté de Strasbourg, 3 avr. 1189) : une fois
encore le fond du débat avait été écarté et le pape
n'avait accepté de transiger que sous la nécessité de
conclure un accord en vue de la croisade; — 3. en
revanche, l'affaire de Trêves reçut un règlement heu-
reux et définitif, celui-là même qui, envisagé à Vérone
lors d'une entrevue d'Urbain III avec les émissaires de
l'empereur, avait finalement été repoussé par le pape
milanais et auquel l'empereur et les légats étaient re-
venus : Clément III, qui avait cité Volkmar à com-
paraître avant le 13 févr., jugea l'affaire par contu-
mace; il destitua aussi bien Volkmar, pourtant con-
sacré par Urbain III, que Rodolphe de Wied investi
par Frédéric I" (Jafié, 16423, 26 juin 1189); on devait
procéder à une élection canonique en faveur d'un
tiers; Clément III allait gratifier l'élu, le chancelier
d'Empire Jean, d'un privilège pontifical lui confir-
mant tous honneurs, dignités et libertés accordés à
son Église par les papes, les empereurs ou les rois
(Jaffé, 16500, 4 juin 1190).
L'empereur était croisé, l'Empire pacifié. Cepen-
dant Henri VI maintenait les prétentions impériales
sur les Églises de Germanie. La mort du roi de Sicile
Guillaume II (18 nov. 1189) ramena son attention
vers la péninsule : il revendiqua la couronne sicilienne
par droit impérial (pratiquement tombé en désuétude)
et à titre d'héritage au nom de sa femme Constance.
C'est dans de telles conjonctures, semble-t-il, que Clé-
ment III, privé de l'appui sicilien et du conseil de
plusieurs cardinaux frappés par la mort, harcelé sans
doute par les exigences des Romains, pressa le retour
de Jean d'Anagni alors en Angleterre et la collecte du
denier de S. -Pierre dans ce royaume (Jalïé, 16544).
L'ouverture de la succession impériale, lorsque fut
connue la nouvelle de la mort accidentelle de Frédé-
ric I" survenue le 10 juin, contraignit Henri VI à
ajourner son départ d'Allemagne jusqu'à l'extrême fin
de l'année. Entre temps, d'autres candidatures à la
couronne de Sicile s'étaient manifestées : celle de Roger
d'Andria et surtout celle de Tancrède. comte de Lecce,
fils naturel du duc Roger et petit-fils du roi Roger II.
Dès janv. 1190, Tancrède avait reçu la couronne des
mains de l'archevêque de Palerme, peut-être à l'insti-
gation de Clément III qui, en tout cas, donna son
accord tout en réservant l'investiture. Il n'est pas
impossible que le pape ait songé dès lors à l'annexion
éventuelle du royaume à l'État pontifical. Les Ro-
mains, conformément au concordat de 1188, ne lui
refusèrent pas leur appui militaire : un contingent à la
solde du pontife, grossi de l'armée de Tancrède, re-
poussa le corps expéditionnaire germanique devant
Ariana et le contraignit à battre en retraite (mai-
sept.) (Anonymus Casinensis, Chron. Fossae Novae,
1190). L'arrivée des rois de France et d'Angleterre qui,
embarqués respectivement à Gênes et à Marseille en
juin., vinrent hiverner dans l'île, amena de nouvelles
complications. Richard Cœur de Lion, au nom des
intérêts de sa sœur Jeanne, veuve de Guillaume II,
ouvrit des hostilités contre Tancrède. Après la prise de
Messine par les Anglais, un traité fut élaboré dont
Richard EOllicita le pape de se porter caution (Roger
de Hoveden, Chronique, m, 55, 63, nov. 1190; P. L.,
cciv, 1505).
A cette date et en attendant de venir en personne
prendre possession de l'héritage sicilien, Henri VI
envoya ses ambassadeurs réclamer du pape et du
Sénat le couronnement impérial. Ayant obtenu l'as-
surance que le nouvel empereur respecterait la liberté
et les usages romains, le pontife promit de le couronner
à Pâques (19 avr. 1191). Mais, s'il vécut assez pour
connaître le sort lamentable de Frédéric I" et la dis-
location de la croisade allemande, Clément III devait
mourir avant que Philippe Auguste et Richard Cœur
de Lion eussent quitté la Sicile, à l'heure même où
Henri VI marchait sur Rome à la tête d'une puissante
armée.
3° Ampleur et opportunité des vues de Clément III.
— Bien que l'elïort principal des légats chargés de
prêcher la croisade eût porté sur la France, l'Angle-
terre et la Germanie, les vues de Clément III embras-
saient un horizon infiniment plus vaste. C'est la chré-
tienté tout entière qu'il a voulu associer à la croisade
par la prière et les mérites spirituels comme par les
sacrifices temporels. Dès 1188, il accordait des indul-
gences (Jaffé, 16106) et, sans grande illusion, semble-
t-il, informait Isaac l'Ange de la coalition qui se pré-
parait contre les infidèles et sollicitait son aide. Cette
bulle (Jaffé, 16373, 2 déc), dont un fragment seul
subsiste, témoigne de l'importance qu'il attachait à
l'action des puissances maritimes qu'il avait touchées
par ses légats : Flamands, Frisons et Danois qui ar-
maient des navires, Siciliens qui pourchassaient les
pirates sur la Méditerranée et accumulaient des pro-
visions de blé pour le ravitaillement des croisés. Il a
tout fait pour réconcilier Pisans et Génois dont les
transports et le négoce étaient indispensables à la
Terre sainte. Le geste par lequel il créa l'archevêque
de Pise légat de la croisade et gonfalonier de S.-
Pierre en lui remettant l'étendard de l'apôtre a la
valeur d'un symbole : il marque la préférence du pape
pour l'itinéraire maritime, et l'on peut supposer que
c'est lui qui incita Philippe Auguste et Richard Cœur
de Lion à abandonner leur projet primitif d'itinéraire
continental. En 1189, c'est le prince de Petite Armé-
nie, Léon, dont il sollicita l'aide en faveur des croisés,
tandis que par l'intermédiaire du catholicos Grégoire
il exhortait les Arméniens à combattre les infidèles, en
leur assurant le bénéfice des indulgences attachées à la
croisade (Jaffé, 16462, 16461), et qu'à l'instar de
Lucius m il adressait au même Grégoire le Rituel de
l'Église romaine (16463).
Enfin le pape multiplia les mesures de sauvegarde
ou de faveur envers ceux qui participaient à la défense
ou à la reconquête de la Terre sainte : l'ordre de l'Hô-
pital de S. -Jean de Jérusalem et ses filiales d'Occident
(Jaffé, 16132, 16133, 16172, 16198, 16224, 16348,
16427, 16521; W. Holtzmann, Papsturkunden in En-
gland, 1931, n. 250; 1936, n. 252; P. Kehr, Papsturk.
in Spanien, Xavarra und Aragon, n. 177, 184); à un
moindre degré l'ordre du Temple (Jaffé, 16317;
Papsturk. in den Niederlanden, n. 313; P. Kehr,
Papsturk. in Spanien, Katalonien, n. 230, 234, 235),
pour lequel cependant il sollicita l'aide financière des
fidèles en y attachant des indulgences (JafTé, 16361);
voire l'ordre des Chevaliers teutoniques (16667). Il
concéda à Richard Cœur de Lion, à la veille de quitter
ses États, une légation sans précédent sur toute l'An-
gleterre, le Pays de Galles et les régions d'Irlande au
pouvoir des Normands, dont le titulaire, Guillaume
Longchamp, évêque d'Ely, grand justicier et chance-
lier du royaume, était le lieutenant du roi en son
absence (Jaffé, 16505, 5 juin 1190). Il intervint pour
défendre ceux que le départ à la croisade de leurs
seigneurs spirituels ou temporels avait placés sous la
protection spéciale du S. -Siège (Jaffé, 16472, 16670,
févr. 1190 et 1191). Il interdit enfin de traiter avec les
infidèles durant la guerre, si ce n'est pour la libération
des captifs, de les ravitailler en denrées prohibées, ou
de leur porter secours (Jaffé, 16619, 16634; Decr., 1. V.
tit. VI, c. 11, 12).
IV. Le gouvernement de l'Éolise. — 1» Les pro-
grès de la centralisation romaine. — Sous ce pontificat,
l'impulsion centralisatrice s'est poursuivie. Il semble
qu'il ait marqué le début d'une réaction contre l'in-
1105
C L É i\l E
NT III
1106
transigeance du parti réformateur au pouvoir sous
Lucius III et Grégoire VIII, en même temps que le
retour à la prépondérance romaine au sein du Sacré-
Collège. La Curie imposa des taxes aux solliciteurs
ainsi qu'en témoignent les lettres du prieur de Christ-
church (Epist. Ccmtiiarienses, p. 218). Clément III lui-
même reçut avec plaisir du même prieur un cadeau
de choix, le second anneau de S. Thomas Becket
(ibid., 210). Une vingtaine de nominations cardina-
lices en moins de quatre ans, la plupart au bénéfice
de la noblesse romaine, vinrent consacrer la réconci-
liation de la papauté et du Sénat. Le pape accrut
l'influence de la famille des Bobo et prépara l'éléva-
tion de la branche des Orsini, issue de cette famille,
par la promotion du cardinal Octavien à l'évêché
suburbicaire d'Ostie et par celle du cardinal-prêtre
Bobo à celui de Porto. Et c'est lui qui, distinguant le
tout jeune Lothaire de Segni et le préconisant au titre
des SS.-Serge-et-Bacchus, prépara l'œuvre du futur
Innocent III.
La restauration du collège cardinalice décimé depuis
la mort d'Alexandre III correspondait aux nécessités
de la politique pontificale : Clément III dut multi-
plier les légations a latere pour rétablir la paix chré-
tienne et instaurer la croisade contre les infidèles. A
l'instar d'Alexandre III et de Lucius III, il régla
nombre de conflits locaux par le moyen des juges délé-
gués agissant soit selon l'ordre judiciaire soit par voie
d'arbitrage ou de médiation. Tous les accords inter-
venus de la sorte furent homologués et entérinés par
lettres de chancellerie dont les Regesta et les Papstur-
kunden nous apportent maints exemples. Les appels
en Cour de Rome interjetés avant ou pendant son
pontificat furent poursuivis, notamment en matiè're
d'élections épiscopales. Toutefois, le désir de sceller
une entente durable avec les princes et de mettre fin
aux luttes qui déchiraient certaines Églises amena
Clément III à repousser les solutions intransigeantes,
pourvu que les règles canoniques fussent observées.
C'est ainsi qu'il mit fin au schisme de Trêves, après la
double déposition de Volkmar et de Rodolphe, en
acceptant l'élection du chancelier impérial Jean; et
au schisme de St. Andrews qui remontait à 1178, en
acceptant après la mort de Hugues, qu'il avait déposé,
l'élection du chancelier royal Roger de Beaumont, et
en confirmant sur le siège de Dunkeld Jean Scot que,
malgré son élection canonique, Guillaume le Lion
s'était obstiné à écarter du siège de St. Andrews (Jaffé,
16121-25, 16 janv. 1188; Gesta régis, ii, 63-64). Une
même attitude conciliante dans l'affaire de l'élection
d'York finit par apaiser l'opposition que l'élu, Geoffroi
Plantagenet, avait rencontrée dans une fraction de son
clergé (Jaffé, 16474, 7 mars 1190; Gesta régis, ii, 77,
99-101 ; Roger de Hoveden, op. cit., ni, 1, 27-28).
Clément III a consolidé la hiérarchie ecclésiastique,
surtout en pays de mission en fonction des progrès de
la conquête chrétienne. Pour complaire au roi de
Sicile Guillaume II son vassal et le confirmer dans ses
bonnes dispositions à l'égard de la croisade, il a par-
fait l'œuvre inaugurée par Lucius III en attribuant à
la nouvelle métropole de Montréal un second diocèse
suffragant, Syracuse, primitivement immédiat, moyen-
nant un cens de 100 tarènes (Jafl'é, 16205, 16206,
16333, 16335, 16340, année 1188). C'est également
à la prière d'Alphonse II, roi de Castille, qu'il a érigé
en diocèse l'Église de Plasencia sur un territoire nou-
vellement reconquis aux dépens des musulmans. Il
confirma à Raymond, évêque de Saragosse, et à ses
successeurs toutes les acquisitions dès lors réalisées
sur les Sarrasins (Papslurk. in Spanien, Navarra und
Aragon, n. 170). Renouvelant le geste de ses prédé-
cesseurs, il conféra à Sanche I"^' l'investiture du
royaume de Portugal, moyennant un cens de 2 marcs
d'or (C. Erdmann, Papsturkunden in Portugal, n. 124,
26 avr. 1190). Il délivra enfin à l'archevêque de Braga
une série de privilèges (ibid., n. 122, 123), dont le plus
remarquable (ibid., 121) comporte une liste de onze
sufiragants correspondant aux récentes conquêtes
d'Alphonse Henriquez (t 1185) sur le Tage inférieur
et de Sanche lui-même dans l'Algarve en 1189, ainsi
qu'aux prétentions métropolitaines sur la Galice. Si,
prenant sous la protection de S. -Pierre le diocèse de
Brandebourg, il confirma la juridiction métropolitaine
de l'archevêque de Magdebourg sur cette Église (Jaffé,
16258, 29 mai 1188), en revanche il resserra l'immé-
diateté de l'évêché missionnaire de Kammin en Pomé-
ranie, institué en 1139-40, par l'établissement d'un
cens annuel de 1 fertin d'or (le quart du marc) ad indi-
cium... perceptae... protectionis et libertatis (16154,
24 févr. 1188). Il confirma à l'archevêque de Brème
sa juridiction sur les diocèses de Ratzebourg, Schwerin
(Mecklembourg), Lubeck et Ykeshola « en Ruthénie »,
premier établissement de Riga (Livonie) (Jaffé, 16325,
16328, 25 sept, et 1" oct. 1188). Les attaques des Sla-
ves contre l'Église de Lubeck et son évêque Théodoric
(Jalïé, 16326), l'évangélisation des païens de Livonie
par l'apôtre Meinhardt (16578), la Hongrie et son roi
Bela (16387, 11 mars 1189), la Carinthie, et l'alleu
censier du comte Bérenger dans le Salzbourg (16439,
12 sept. 1189) retinrent son attention.
On lui doit le développement et l'extension à cer-
taines Églises séculières de la politique d'immédiateté
moyennant un cens annuel symbolique, inaugurée par
Alexandre III à l'égard de l'abbaye de Chertsey
(Papsturk. in England, 1931, n. 137). Sous son ponti-
ficat, furent érigés en établissements censiers, outre
l'archidiocèse de Montréal à la charge du roi de Sicile
et le diocèse de Kammin, les églises S. -Nicolas de Sten-
dal, S. -Léonard de Lamavolari, Ste-Marguerite de
Baumburg. l'abbaye de S. -Berlin à S.-Omer (Jaflfé,
16260, 16393, 16439, 16371), N.-D. d'Amer au diocèse
de Gérone, l'hôpital S. -Sauveur de Téruel, le prieuré
S. -Vincent de Fora à Lisbonne (Papsturk. in Spanien,
Katalonien, n. 225; yjavarra und Aragon, n. 177;
Papsturk. in Portugal, n. 126), ainsi que l'ordre de
Grandmont (Papsturk. in Frankreich, Champagne und
Lothringen, n. 261) lorsque, par son légat le cardinal
Octavien, il eut apaisé les dissensions entre ses mem-
bres clercs et convers et confirmé la règle amendée par
Urbain III (Jafié, 16294, 25 juin 1188). En revanche,
on lui a attribué à tort la bulle détachant l'Église
d'Écosse de la juridiction métropolitaine d'York par
une formule analogue (filia specialis... nullo ine-
diunte) : ce fut en réalité l'œuvre de Célestin III,
lorsque Richard Cœur de Lion eut relevé le roi d'Écosse
de tout lien de vassalité envers la couronne d'Angle-
terre (R. K. Hannay, The date of the « Filia specialis »
bull, dans Scottish historical Review, xxiii, 1926,
p. 171-77).
2° La réforme ecclésiastique. — Clément III en con-
férant de nombreux privilèges aux ordres religieux a
visé à la stabilité de la vie régulière : c'est en vue du
maintien ou de la restauration de la discipline qu'il a
resserré les liens de dépendance entre l'abbaye de
Cluny et ses filiales (Jaffé, 16431), entre l'Église de
Magdebourg et les maisons de l'ordre de Prémontré
en Saxe (16581); qu'il est intervenu auprès de l'épis-
copat pour que fussent observés les privilèges des or-
dres religieux - — notamment des Cisterciens en ma-
tière de dîmes, récusant la distinction que d'aucuns
prétendaient établir entre labores et novalia (Papsturk.
in Portugal, n. 120) — et pour préciser le sens qu'il
entendait donner à certaines réserves incluses dans
les bulles pontificales, telles que la justice canonique
de l'Église mère et la justice de l'évêque diocésain
(Papslurk. in England, 1931, n. 257, 265; ci. R. Fore-
1107
C L É M E
NT 111
1108
ville, La condition juridique des monastères anglais,
dans Revue hist. de droit français et étranger, xxin,
1945, p. 270-71). Ses nombreuses interventions auprès
des chapitres réguliers ou séculiers, à Maguelone sous
Jean de Montlaur (Jafïé, 16127-31, et 16216-18), à
Paris sous Maurice de Sully (16119, 16126), à Troyes
(16287), à Tournai et à Anvers (Papsturk. in den
Niederlanden, n. 303, 309), visèrent à assurer la rési-
dence des chanoines. Il interdit aux clercs de Norvège
de prendre les armes (Jafïé, 16379). Il fulmina contre
les pratiques simoniaques, contre la succession des
fils de prêtres nés du concubinage aux Églises pater-
nelles. Il ne s'éleva pas moins véhémentement contre
les abus et les violences des laïques : en Lotharingie et
en Germanie, il s'est efforcé d'arracher les Églises à
l'arbitraire des avoués en substituant la révocabilité
à l'hérédité de la charge (Jafïé, 16307, 16380, 16389,
16492; Papsturk. in den Niederlanden, n. 297). Il a obli-
gé le comte de Flandre, Philippe d'Alsace, à reconnaître
l'immunité de l'Église d'Arras (Papsturk. in den Nie-
derl., n. 179, 181; Jafïé, 16668, 16674).
Il a très largement encouragé le mouvement favo-
rable au rachat des dîmes des mains laïques par les
Églises séculières ou régulières, notamment à Nogent-
le-Rotrou, Paris, Compiègne et Reims (Jaffé, 16583,
16168, 16660, 16464), ainsi qu'à Albert, Watten et
Thérouanne (Papsturk. in Frankreich, Picardie,
n. 310; Artois, n. 173; Papsturk. in den Niederlanden,
n. 322). Il obtint de Henri II la restitution à l'évêque
de Coventry de l'institution du prieur que le roi pré-
tendait retenir (Papsturk. in England, n. 253). Ses
interventions pour faire respecter la morale conjugale
constituent une importante contribution à la législa-
tion matrimoniale (consanguinité, compaternité, ma-
riage des enfants au-dessous de sept ans, mariages
clandestins, adultère, dot et procédure dans les causes
matrimoniales; voir surtout Jafïé, 16563, 16611-13,
16624, 16639, 16640; ainsi que divers can. aux tit. x,
XIX, XX, XXI, XXIII, xxvii du 1. II, et aux tit. i, ii,
VIII, XI, xviii, XIX, XX du 1. IV des Décr. de Gré-
goire IX).
3° Les actes du magistère. — Clément III a encouragé
l'étude de l'Écriture sainte, mais il entendait que les
commentaires en fussent soumis au magistère ecclé-
siastique. C'est ainsi qu'il exhorta l'abbé de Corazzo,
plus illustre sous le nom de Joachim de Flore, à lui
soumettre son Expositio in Apocalypsim et sa Concor-
dia Novi et Veteris Testamenti (Jaffé, 16274, 8 juin
1188); et qu'il chargea l'archevêque de Sens, Gui de
Noyers, de faire examiner " par des hommes savants
dans les Saintes Écritures et dans la discipline cano-
nique les écrits de maître Ralph Niger, dont la lecture
pourrait être utile à l'Église, mais auxquels on n'at-
tribue pas encore pleine confiance » : qu'ils les corri-
gent s'il y a lieu après mûre réflexion et que l'arche-
vêque fasse connaître au S. -Siège de quelle manière il
aura été procédé à l'approbation des ouvrages en cause,
en vue d'une décision apostolique (Papsturk. in En-
gland, 1936, n. 258, 7 févr. 1191). Un clerc d'Amiens,
Nicolas, disciple de Gilbert de la Porrée, dédia au pape
Clément III un traité de théologie rationnelle contre
les erreurs des mahométans, le De arce fidei (A. Clerval,
Les écoles de Chartres au Moyen Age, Paris, 1895,
p. 187), mais nous ignorons si cet écrit fut soumis à
l'examen d'une commission de théologiens.
A l'actif du pontificat, il faut porter plusieurs cano-
nisations dont le mode éclaire les progrès de la pro-
cédure en Cour de Rome. La première en date, celle de
S. Ketil, prévôt de N.-D. de Viborg en Danemark,
rappelle dans sa forme la procédure envisagée par
Alexandre III lors(iue Thomas Becket postula aui)rès
de lui la cause de son prédécesseur Anselme : le pape
chargea Absalon, archevêque de Lund, de procéder à
l'enquête canonique, le laissant juge de la décision et
l'autorisant à déclarer Ketil saint, d'autorité aposto-
lique (Jaffé, 16276, année 1188). La procédure suivie
dans le cas d'Otton, évêque de Bamberg et apôtre de
la Poméranie, n'est pas sensiblement différente (Jaffé,
16411, 16412, 29 avr. et 1" mars 1189). En revanche,
la canonisation de S. Étienne de Tiers, fondateur de
l'ordre de Grandmont, déjà honoré comme saint, inter-
vint avec des effets universels longtemps après la
translation des restes célébrée en 1124. Elle donna
lieu à la composition d'un premier formulaire (Jaffé,
16395, 21 mars 1189) que Clément III reprit l'année
stiivante pour la canonisation de S. Malachie (16514,
6 juin. 1190). L'un comme l'autre furent proclamés
saints par le pape qui déclara les « avoir inscrits au
catalogue des saints », après examen en Cour de Rome
d'une Vie, d'un recueil de miracles et de témoignages
authentiques. Enfin, il n'est pas sans intérêt de noter
que la procédure qui, dix ans plus tard, allait être
adoptée par Innocent III et qui assimilera la cano-
nisation des saints à un véritable procès (voir Un
procès de canonisation à l'aube du xiii^ s.. Le Livre de
S. Gilbert de Sempringham, éd. R. Foreville, introd.,
p. XXXI sq.) est déjà intégralement contenue dans une
bulle de Clément III (Papsturk. in Frankreich, Picar-
die, n. 329, 7 mai 1189) concernant l'église S.-Gervais
de Guise : réception des témoins, rédaction des procès-
verbaux de leur témoignage sous le sceau des délégués
apostoliques; citation des parties ou de leurs procu-
reurs en présence du pape.
A bien des égards, ce court pontificat a préparé et
annoncé celui d'Innocent III. Les chroniques ne con-
cordent pas quant à la date de la mort de Clément III.
L'amplitude de leurs variations va du 20 mars au
10 avr. 1191. Toutefois, l'élection de Célestin III étant
suffisamment attestée au 30 mars et la publication des
Papsturk. in England (1931) ayant révélé une bulle de
Clément III datée du 20 mars (n. 272), il paraît difTi-
cile de retenir cette dernière date indiquée par Hugues
de Ratisbonne. Il semble que l'on puisse s'arrêter au
28 mars, date proposée par un iiécrologe du Mont-
Cassin (cf. Muratori, Rerum Italicarum script., vu,
941) et tout à fait normale si l'on considère que
l'élection de Célestin III n'a pas présenté de difficultés
particulières et qu'elle dut être hâtée par l'approche
de Henri VI et de son armée. Clément III fut inhumé
à S.-Jean-du-Latran devant le chœur des chanoines
(Joa. Diaconus, De ecclesia Lateranensi, P. L., cxciv,
1553), c.-à-d. vers le milieu de la nef centrale, le chœur
se trouvant primitivement en avant du maître autel.
11 ne paraît rien rester aujourd'hui de sa tombe.
Sources. — Jaffé, ii, 536-76. — Epixtolae et privilégia,
P. L., cciv, 1273-1478; Décréta, ibid., 1478-1506. — Décr.
de Grégoire IX, dans Corpus juris canonici, éd. Friedberg,
II. — P. Kehr, Papsturkunden in Spanien, Kalalonien,
Berlin, 1926; Navarra und Aragon, ibid., 1928; C. Erdmann,
Papsturkunden in Portugal, ibid., 1927; H. Meinert,
Papslurkunden in Frankreich, nouv. série, Champagne und
Lothringen; J. Ramackers, Papslurkunden in Frankreich,
Artois, Normandie, Picardie, ibid., 1932-42; J. Hamackers,
Papsturkunden in den Niederlanden, ibid., 1933-34; W.
Hoitzmann, Papsturkunden in England, ibid., 1931, 1936,
dans Abhandl. der Gesellschaft der Wiss. zu Gôttingen, Phil.-
hist. Klasse, II«-III« séries. — S. Lôwenfcld, Drei Briefc Cle-
mens III. aus dem Armenischen ùberselxt von Dr Karamianz,
dans Neues Arcbiv, xiv, 1889, p. 178-82. — P. Ewald, Achl
pdpslliche Privilegien, ibid., 1877, p. 219-20. — I. M.
Watterich, au t. ii des Pontiflcum Romanorum Vilae ab
aequalibus conscriptae (Leipzig, 1862), a réuni les principaux
passages des chroniqueurs concernant Clément III : Annal.
Romani; Arnoldus Lubecensis, Chron. Slavorum; Anonymus
Casinensis; Chron. Fossae Novae; Albéric de Trois-Fontai-
nes, Chron.; Joannes de Mussis, Citron. Placeniinum;
Hugo Ratisponensis; Magnus Heichspergcnsis; (icsla
l'revirorum. Voir également les extraits des Annal. Romani
1109
CLÉMEiNT III
— CLÉMENT IV
1110
et de la Chronique de Martinus Polonus, reproduits dans
L. Pont., n, 349, 451; ainsi que le Liber censiium, éd. P.
Fabre, Paris, 1905-10. — Roger de Hoveden, Chronique,
éd. W. Stubbs, m, Londres, 1872 (Rolls séries). — Gesta
régis (jadis attribués à Benoît de Peterborougli), éd. W.
Stubbs, II, Londres, 1867 (Rolls séries). — Epistolae
Cantuarienses, éd. W. Stubbs, au t. ii des Clvonicles and
inemorials o/ Ihe rei<in of Richard I, Londres, 1855 (Rolls
séries ) .
Travaux. — Hefele-Leclerc(i, v-2, 1139 s(i. — H. K.
.Mann, The Hues of the popes in (lie Middle Ages, x, Londres,
1914, p. 341-82. — K. Wenck, Die rômischen Pdpste zwisclien
Alexander III. und Innocent III. und der Designalions-
versuch Weihnachten 1197, dans Papsttum und Kaisertum,
Forschungen... Paijl Kehr... dargebracht, Municli, 1926,
p. 415-74. — F. Friedlaender, Die pàpsllichen Legaten in
Deutschland und Italien am Ende des XII. Jahrh. (1181-
98), dans Ilistor. Studien, n. 177. - J. Haller, Heinrich VI.
und die rômische Kirche, dans Mitteilungen des Insl. fiir
ôsterr. Gesrhichtsiorschung, .xxv, 1914, p. 384-4.54, 545-669.
R. FOREVILLE.
11. CLÉMENT IV, pape. I. Avant l'entrée
dans l'état ecclésiastique. II. Le sacerdoce, l'épiscopat
et le cardinalat. III. La légation en Angleterre. IV. Le
conclave de Pérouse. V. Le pontificat.
I. Avant l'entrée dans l'état ecclésiastique.
— Gui Faucoi naquit à S. -Gilles (Gard), vers la fin du
xii= s., de Pierre, jurisconsulte, et de Germaine. Après
avoir étudié le droit à l'université de Paris, il exerça la
profession d'avocat. Sa science juridique et son équité
lui assurèrent une brillante clientèle. C'est ainsi qu'il
exprima son avis sur la validité du testament de Ray-
mond VII, comte de Toulouse, et arbitra un procès
entre le vicomte de Narbonne et l'archevêque du lieu,
en 1251 (Devic-Vaissete, Hisl. gén. de Languedoc,
éd. Privât, vi, 820-26). Alphonse de Poitiers le désigna
comme clerc enquêteur dans le Languedoc en 1252 et
Louis IX lui donna les mêmes attributions (ibid., vu,
part. II, 419-30; viii, 1352-56). L'enquête dans les
sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne, com-
mencée en nov. 1254, se prolongea jusqu'en oct. 1257
(ibid., vu, part. II, 173-96; vi, 849). Entre temps.
Gui Faucoi transmit au concile de la province de Nar-
bonne, ouvert à Béziers le 8 mai 1255, le texte de
l'ordonnance royale rédigée en trente-deux articles sur
la correction des abus (Mansi, xxni, 870). Postérieu-
rement il s'occupa de divers procès oii étaient parties
les abbayes de La Grasse et de S. -Gilles.
II. Le sacerdoce, l'épiscopat et le cardinalat.
— Après le décès de sa femme, Gui Faucoi reçut la
prêtrise, vers 1256. Cette année-là, il devint archidiacre
du Puy. Le 27 mai 1257, le chapitre de la cathédrale
l'élisait évêque, moins à cause du renom de probité
qu'il avait acquis, que parce que ses électeurs escomp-
aient le crédit dont il jouissait en cour royale pour
mettre fm à un conflit suscité par l'application du
droit de régale. Le calcul s'avéra juste : en juin 1259,
Louis IX renonça à prendre possession du palais épis-
copal et des châteaux extra-urbains durant la vacance
du siège; de plus, le congé d'élire un évêque cessa d'être
nécessaire (Devic-Vaissete, Hisl. gén. de Languedoc,
VI, 839). Le prélat ne résida vraisemblablement pas,
car sa présence se constate au Parlement et aux côtés
de S. Louis dont il était conseiller. En oct. 1259, le
chapitre de la cathédrale de Narbonne le choisit pour
archevêque, par compromis.
Les faits saillants de son passage à Narbonne sont
la rédaction de statuts diocésains (1260?), la réédifi-
cation de la cathédrale, les quinze consultations juri-
diques données aux inquisiteurs, les enquêtes que
Louis IX lui confia à nouveau dans le Languedoc
(É. Baluze, Concilia Galliae \arbonensis, 79-81 ; Devic-
Vaissete, Hist. gén. de Languedoc, vi. 870; vu, part. I,
•265, et part. II, 198-330). "
Urbain IV tint à s'assurer le concours d'un homme
actif et bon conseiller. Il le créa cardinal, le 24 déc.
1261. Gui Faucoi le supplia de revenir sur sa décision
et de le laisser se consacrer tout entier aux soins des
âmes de son diocèse et de sa vaste province conta-
minée par l'hérésie. De même, Louis IX insista pour
qu'il restât en France jusqu'à l'apaisement des dis-
sentiments existant entre Charles d'Anjou et la reine
Marguerite. Le pape se montra inflexible (Rinaldi,
Ann. ecclesiastici, § 1262, 45-51). Le cardinal parut à
la Cour pontificale, résidant à Orvieto, avant le 21 nov.
1262. Il reçut le titre d'évêque de Sabine.
III. La légation en Angleterre. — En Angle-
terre, Henri III se trouvait en violent désaccord avec
ses sujets. Barons et clergé prétendaient lui imposer un
régime parlementaire. Leurs revendications s'expri-
mèrent dans les provisions d'Oxford (1258). Le prince,
qui ne les avait acceptées que de mauvais gré et par
contrainte, chercha à s'en libérer. Maintes fois il
insista près d'Urbain IV, jusqu'à en être Importun,
afin qu'un légat vînt lui porter assistance. Le pape
mandata seulement Guillaume, archidiacre de Paris,
avec mission de casser, en son nom, les provisions
d'Oxford. Mais les Anglais n'ayant tenu nul compte de
leur abolition, Urbain IV nomma légat Gui Faucoi
(22 nov. 1263). La bulle qui l'accréditait vantait son
talent oratoire, sa sagesse, son savoir, la précision
et la netteté de ses décisions, sa prudence dans les
I délibérations... Il fallait en effet des qualités de pre-
mier ordre pour réussir dans une tâche estimée si
épineuse par le pape lui-même qu'il avait prévu que
le cardinal se verrait dans l'impossibilité de franchir la
Manche. D'amples pouvoirs lui furent octroyés et
j s'étendirent à l'Irlande et au Pays de Galles (J. Gui-
[ raud. Les registres d'Urbain IV, n. 581-630).
I Gui Faucoi ne partit pas immédiatement. Il conve-
1 nait d'attendre la promulgation de la sentence d'arbi-
trage qu'à la demande du roi d'Angleterre et de ses su-
jets rebelles S. Louis avait promis de prononcer. Le Dit
d'Amiens (24 janv. 1264) annula les provisions d'Ox-
ford et redonna à Henri III le choix de ses conseillers
et de ses officiers. Bien qu'Urbain IV l'eût confirmé le
16 mars, l'opposition anglaise refusa de s'y conformer.
Le départ du légat s'imposait; il eut lieu avant le
9 avril. Le 8 mai Gui était à Nice, après avoir affronté
sans dommage les dangers que comportait le passage
à travers la Toscane parcourue par les bandes de Man-
fred. Ce n'avait été que grâce à la protection armée du
gibelin Pallavicini qu'il avait pu atteindre par voie
: terrestre Gênes, puis la Provence (Processus legalionis,
■ éd. J. Heidemann, n. 2). Il dut séjourner quelque peu
' dans le midi de la France et y remplir divers mandats
apostoliques; sa suite avait éprouvé des embarras pour
le rejoindre. Vers la mi-juin, il annonçait, de Paris, au
roi d'Angleterre, sa prochaine arrivée et demandait
des sauf-conduits pour ses chapelains qui régleraient
avec la cour les détails de sa réception (ibid., n. 3, 4).
Cependant les courriers, qui avaient débarqué à Dou-
vres, subirent des sévices; on leur prit les lettres qu'ils
apportaient. Le légat pensa qu'un indigène serait
mieux traité : le frère mineur Alain eut le désagrément
d'être déjîouillé de sa tunique et menacé de mort s'il
détenait quelque lettre préjudiciable au royaume. Les
entretiens qu'il eut avec Henri de Montfort furent
décevants : inutile, lui dit-on, qu'un légat vienne, les
Anglais traiteront eux-mêmes leurs propres affaires;
d'ailleurs Gui empêcherait la conclusion d'un accord,
car il favoriserait fatalement un parti au détriment de
j l'autre; au reste, son entrée sur le sol d'Angleterre
I restait subordonnée à une demande formulée par le roi
I et l'opposition, laquelle n'avait pas eu lieu. Bref, le
I frère mineur mandait à l'un des cha])elains du car-
dinal : " Ne venez ()as, sinon avec un bon sauf-con-
1 duit » {ibid., n. 5, l'i). Des messagers vinrent signiflei-
1111
C L É M E
NT ï\
1112
par lettres closes à Gui, résidant à Amiens, que le
Parlement réuni à Londres s'opposait à son débarque-
ment; tout au plus, lui laissait-on entrevoir la possi-
bilité d'une entrevue à BouIogne-sur-Mer avec des
émissaires des rebelles. Quant aux évêques que Gui
avait convoqués, ils ne se présenteraient que si lui-
même n'instrumentait contre aucun régnicole. Afin de
légitimer leur conduite, les Anglais mentionnaient
une prétendue tentative d'invasion que Louis IX
aurait subventionnée {ibid., n. 13, 14).
Le légat répondit sur un ton courroucé, releva l'in-
jure infligée à l'Église romaine en refusant de le rece-
voir et réfuta les objections articulées par les barons
(ibid., n. 16). Toutefois il consentit à entendre leurs
délégués, tout en citant solennellement des membres
de l'épiscopat à comparaître et en menaçant d'excom-
munication quiconque s'opposerait à leur voyage
(août 1264, ibid., n. 17, 18). Le 9 août, Gui Faucoi
arriva à Boulogne-sur-Mer. Au jour dit, aucun des i
ambassadeurs annoncés ne se présenta; du moins par-
vinrent des excuses sur leur retard. Le légat comprit
qu'on le leurrait et entama, le 12, un procès en règle
contre les Anglais. Après avoir longuement retracé la
suite des événements, il traita les provisions d'Ox-
ford « d'exécrables et d'iniques » et démasqua la per-
fidie des barons qui écrivaient au nom du roi. Simon
de Montfort, chef de l'opposition, les barons, les Lon-
doniens et les habitants des Cinq ports de l'île reçurent
monition de le laisser pénétrer en Angleterre avant le
1" sept., de rendre la liberté à Henri III et à ses fils,
de gagner Gravelines où ils seraient relevés du serment
les obligeant à observer les provisions d'Oxford. A
tout chrétien défense était signifiée de donner aide aux
rebelles, de leur procurer vin, blé, armes, chevaux,
navires (ibid., n. 20). Frère Roger survint; il était por-
teur de lettres royaux demandant de sanctionner un
arrangement conclu entre Henri III et ses sujets. Le
légat mit en doute la sincérité de la missive, car l'ac-
cord annihilait l'autorité royale et provoquerait infail-
liblement de nouveaux troubles; il refusa de l'accepter
{ibid., n. 21, 22).
Le rendez-vous donné à Gravelines déplut aux re-
belles qui invoquèrent des prétextes pour l'éluder :
Gravelines présentait des dangers pour leur sécurité;
qui devait venir? pour quelles raisons? quand? (Ibid.,
n. 25.) Sans être dupe de ce verbiage, le cardinal fixa
l'entrevue à Boulogne-sur-Mer (ibid., n. 26). Des let-
tres que lui adressa l'épiscopat lui causèrent de l'amer-
tume, car elles exprimaient le regret qu'il n'eût pas
admis le texte de l'accord consenti par Henri III
(ibid., n. 27). Le l^"' sept., aucun Anglais n'avait encore
paru. Le 18, Simon de Montfort écrivait de Douvres
qu'il était prêt à franchir le détroit, mais il réclamait
un sauf-conduit plus explicite que le i)reniier (ibid.,
n. 37). Le 25, les évêques de Worcester, de Londres et
de Winchester, le grand juge Hugues le Despenser,
Pierre de Montfort, Richard de Mepham exhibèrent des
procurations les habilitant à passer un compromis en
présence de S. Louis et du légat (ibid., n. 39-43). Les
conditions péniblement débattues furent repoussées
par les barons (ibid., n. 46). En conséquence le légat
déclara, à Hesdin, tous les opposants contumaces
et excommuniés pour n'avoir pas obéi à ses moni-
tions et jeta l'interdit sur leurs terres (20 oct., ibid.,
n. 50).
Entre temps Urbain IV était décédé à Pérouse, le
2 oct. Il ne restait plus à Gui Faucoi qu'à regagner
l'Italie. L'échec subi par lui était dû à la scrupuleuse
observation des ordres péremptoires reçus du défunt.
A vrai dire, pas plus que son maître ou Louis IX, il ne
concevait réalisable le régime parlementaire réclamé
par la nation anglaise; comme eux il n'entrevoyait
qu'un seul idéal, la monarchie absolue.
IV. Le conclave de Pérouse. — Gui Faucoi
quitta-t-il Paris au mois de janv. 1265, comme l'.a
supposé Heideniann? on ne sait. En tout cas il parvint
à Pérouse après que le Sacré-Collège l'eut élu pape, le
5 févr. 1265, par voie de compromis. Le 15, eut lieu la
cérémonie du couronnement.
Sources. — Devic-Vaissete, Hisl. ijén. de Languedoc,
éd. Privât, vi-vni, Toulouse, 1872-92. — É. Baluze, Con-
cilia Galliae Xarbonensis, Paris, 1668 (ouvrage accompagné
de précieuses notes). — L. Dorez-J. duiraud. Les registres
d'Urbain IV (1261-64), Paris, 1892-1900. — Le registre de
la légation d'Angleterre, rédigé par le notaire de Gui Faucoi,
en févr.-mars 1265, a été publié par J. Heidemann, Papsl
Clemens IV. Das Vorleben des Papstes und sein Legationsre-
gister, Munster-en-\VestphaIie, 1903, p. 182-248, d'après
une copie du xvii« s. — L.-S. Le Nain de Tillemont, Vie de
S. Louis, roi de France, Paris, 1847-71, 6 vol.
Travaux. — Heidemann, op. cil. — Ch. Bémont, Simon
de Monlforl, comte de Leicesler, Paris, 1884. — Ch. Petit-
Dutaillis, La monarchie féodale en France et en Angleterre,
Paris, 1933. — W. Stubbs, Constitutional history oj England,
trad. Ch. Petit-Dutaillis et Lefebvre, Paris, 1907-27. — H.
Prentout, Hist. d'Angleterre, Paris, 1920.
V. Le pontificat. — Durant son court pontificat.
Clément IV fut mêlé à des affaires politiques de pre-
mière importance; celle surtout du royaume de Sicile
lui créa de gros tracas, car elle mettait en jeu l'avenir
de l'Église. Le rôle qu'il remplit exactement n'est pas
facile à définir, le pape ayant eu coutume de se servir,
auprès des souverains de l'époque, de nonces dont les
entretiens oraux demeurent inconnus. Il ne subsiste
qu'un nombre restreint de lettres qui nous renseignent
imparfaitement sur la marche des événements.
1° Clément IV et l' Angleterre. — Le pape tint à im-
poser le respect des sentences d'excommunication et
d'interdit que, légat, il avait promulguées contre les
rebelles anglais. Le cardinal Ottobuoni fut chargé de
cette tâche. En août 1265 il se trouvait de passage en
Savoie et annonçait sa prochaine arrivée en Angle-
terre. .\près y avoir débarqué, il constata que le clergé
n'avait tenu aucun compte des censures de l'Église,
prétendant en ignorer l'existence. Ses lettres le mon-
trent désabusé et prennent un ton larmoyant. En
somme il n'obtint que de maigres résultats, malgré ses
actes autoritaires. En juill. 1268 se termina sa léga-
tion.
2" Clément IV et Charles, comte d'Anjou et de Pro-
vence. — Alexandre IV avait vu avec inquiétude Man-
fred, bâtard de Frédéric II, ceindre la couronne royale,
à Palerme, le 10 août 1258. Urbain IV résolut de lui
opjjoser Charles d'Anjou, frère de S. Louis, pétri d'une
froide ambition et entreprenant. En 1263, les condi-
tions de l'investiture étaient arrêtées, mais non encore
ratifiées. Clément IV, craignant que Manfred n'enle-
vât Rome, les modifia dès le 26 févr. 1265 et fixa la
cérémonie avant le 28 juin : il avait hâte que le prince
fît route vers l'Italie méridionale. Ses craintes se trou-
vèrent justifiées; n'eût été la présence d'une garnison
provençale à Rome, dont Charles avait accepté la pro-
tection conséquemment à la charge de sénateur, la
ville serait tombée, en mars, au pouvoir de Manfred.
Le comte y fit son entrée le 23 mai et reçut l'investi-
ture le 28 juin.
Dès lors se posa la (luestion de la conquête eiïective
de son futur royaume qui exigeait la constitution
d'une forte armée en France, son équipement et sa tra-
versée en Lombardie et en Toscane. L'exécution d'un
tel programme présupposait des fonds considérables.
Le comte d'Anjou n'en disi)osait pas; il comptait sur
l'aide financière du pape bien à tort, car les cofTres du
S. -Siège étaient vides. Urbain W avait certes imposé
pour trois années une décime aux Églises de France,
mais les taxes, impopulaires parmi le clergé, se levaient
mal ou avec une lenteur désespérante, I<e pape se vit
1113
CLÉMENT I \
1114
contraint d'emprunter à des banquiers italiens sur la
recette espérée, non sans se rendre compte des hasards
de l'opération : qu'adviendrait-il aux prêteurs si Man-
fred triomphait? Sa correspondance reflète l'inquié-
tude qui l'obsédait et la crainte que, faute de numé-
raire, l'expédition angevine échouât. L'appel au crédit
des banquiers ne suirisant pas, il s'adressa à S. Louis et
à Alphonse de Poitiers. Seul, celui-ci consentit un prêt
minime et de courte durée. Quant au roi de France, il
laissait agir Charles d'Anjou sans lui porter le moindre
secours : il lui répugnait de détourner de la croisade le
moindre sol. Clément IV, réduit aux abois, écrivait à
son légat : « Cherche à emprunter : cherche auprès du
roi, auprès de son frère, auprès des prélats, auprès des
religieux, auprès des bourgeois, auprès des usuriersl,
auprès de tout le monde, et quand tu aurais déjà
essuyé dix refus » (É. Jordan, Les origines de la domi-
nation angevine en Italie, .552). Le S. -Siège estimait
que, si l'expédition angevine ne s'effectuait pas, la
ruine de l'Église, qui avait lié son destin à elle, s'ensui-
vrait. Il recourut à un expédient dangereux qui con-
sista à donner pour gages à ses créanciers les propriétés
foncières des églises et des monastères de Rome. Cette
mesure extrême coûta cher à l'homme pondéré qu'était
Clément IV. Son effroi apparaît dans une lettre adres-
sée à Charles d'Anjou (2 août 12(55) : « Il est facile,
pour beaucoup, de dire : Faites, faites. C'est le pape
seul qui affronte les difficultés de l'action, qui compro-
met sa conscience, qui s'expose à l'infamie perpé-
tuelle de passer pour un dissipateur des biens d'Église «
(É. Jordan, op. cit., 554). A bout de ressources, il laissa
en garantie sa vaisselle d'or et d'argent, les joyaux de sa
chapelle et de son trésor (janv. 1266).
L'armée péniblement recrutée atteignit enfin sans
encombres les frontières du royaume de Sicile. Elle
faillit être détournée de son but par le S. -Père qui fut
saisi d'un accès de pusillanimité. Doutant du succès
de Charles d'Anjou, il appréhenda une rencontre avec
les troupes de Manfred et conseilla l'attaque de celles
qui garnissaient la Haute- Italie et la Toscane. Le
comte ne commit point cette faute de tactique et enga-
gea l'action contre Manfred, qui périt sur le champ de
bataille de Bénévent (26 févr. 1266). L'Italie méridio-
nale tomba rapidement entre ses mains. Clément IV
n'eut pas à se louer totalement du vainqueur et cons-
tata avec amertume qu'au lieu « de protéger et de dé-
fendre » l'Église romaine, il violait ses droits, maltrai-
tait les clercs, ne payait pas le cens stipulé dans l'acte
d'investiture.
Les exactions commises par le prince ne tardèrent
pas à lui aliéner ses nouveaux sujets, d'ailleurs d'hu-
meur versatile, et les poussèrent à pencher vers Conra-
din. D'un Hohenstaufen Clément IV ne voulait à au-
cun prix pour voisin de ses États. Durant l'interrègne
dans l'Empire, il invita les concurreiits Richard de
Cornouallles et Ali)honse X, roi de Castille, à lui sou-
mettre leur cause réciproque. Au sujet de Conradin il
interdit aux électeurs allemands de lui donner leurs
voix et de lui venir en aide. Conradin ne se laissa point
intimider par les mesures de défiance prises à son
égard et s'intitula roi de Sicile; ce qui détermina le
pape à menacer ses partisans d'excommunication
(18 nov. 1266) et, devant l'inanité de ses remon-
trances, à le citer lui-même à comparaître sous peine
d'encourir, en cas de refus, les censures de l'Église
(14 avr. 1267). En oct., l'Allemand pénétrait à Vérone
et marchait vers Rome où il entra le 24 juill. 1268. Une
rencontre se produisit, le 23 août, avec les troupes an-
gevines, à Tagliacozzo; elle aboutit à un désastre pour
Conradin qui, tombé aux mains du triomphateur, fut
sans iiitié décajuté, le 2"J oct. 1268.
Clément IV ne fut pour rien dans ce tragique trépas,
quoiqu'il en bénéficiât grandement; il .se préoccupa de
prolonger l'interrègne qui lui était favorable, en em-
pêchant les Allemands de procéder à une élection im-
périale (7 nov. 1269). Le 29, il mourait à \'iterbe.
I 3° Clément IV et la Hongrie. — Afin d'assurer l'ave-
nir du royaume angevin, Clément IV le lia à celui de la
Hongrie, l^n double mariage eut lieu : Isabelle, fille de
Charles d'Anjou, épousa I^adislas, fils d'iitienne V, et
Marie, fille de celui-ci, Charles le Boiteux, prince de
Salerne. Un traité offensif et défensif contre tous dan-
gers extérieurs, c.-à-d. contre les Allemands, fut signé.
Ainsi, jusqu'à la fin de sa vie, le pape poursuivit une
lutte acharnée contre la maison des Hohenstaufen.
4° Le gouvernement de V Église. — Le mauvais état
de ses finances et le souci de posséder un épiscopat
docile à ses ordres soit en Angleterre soit en Italie
poussèrent Clément IV à prendre des initiatives dont
l'importance n'a pas été suffisamment relevée. C'est
lui qui imprima une impulsion nouvelle et décisive à la
cajjtation du droit de collation des bénéfices et à la
centralisation des rouages de l'Église, que ses prédé-
cesseurs avaient amorcées l'une et l'autre timidement
et poursuivies patiemment. Ses successeurs tireront
toutes les conséquences des innovations introduites,
principalement à l'époque avignonnaise. La Constitu-
tion Licet ecclesiarum, du 27 août 1265, affirma que
« l'entière disposition des églises, personnats, dignités
et autres bénéfices appartient au pontife romain de
telle manière que celui-ci peut les conférer juridique-
ment non seulement quand ils vaquent, mais encore
concéder des droits sur eux lorsqu'ils vaqueront »
(1. III, tit. VII, c. 2, in VI"). Le principe promulgué por-
tait une grave atteinte aux droits des collateurs ordi-
naires et en paralysait l'effet par la légitimation des
grâces expectatives, pourtant condamnées en 1179
par le III<' concile de Latran. Clément IV en fit aussitôt
l'application, en frappant de réserve générale tous les
bénéfices qu'il avait énumérés et dont les titulaires
expireraient au siège de la Curie, apud Sedem apostoli-
cam. Il donnait, en réalité, force de loi à un vieil usage
(anliqua consuetudo ) et se proposait de rendre nul tout
acte contraire des collateurs ordinaires. A dessein ou
non, le législateur avait employé le terme complexe
d'églises (ecclesias), qui pouvait comprendre les églises
patriarcales, archiépiscopales et épiscopales. Les con-
temporains ne s'y trompèrent pas et protestèrent avec
une telle énergie qae Clément IV déclara, en 1266, que
son ordonnance ne visait ni les évêchés, ni les abbayes.
Mais, dès l'année suivante, il revenait sur sa déclara-
. tion et nommait le titulaire d'un évêché portugais va-
I cant en Cour; en 1268, il procédait de même pour
l'Église de Paphos (G. MoUat, La collation des bénéfices
ecclésiastiques sous les papes d' Avignon, Paris, 1921,
p. 24, 27, 38, 70).
Clément IV prit encore l'initiative des réserves spé-
ciales applicables aux bénéfices d'un royaume ou d'une
province ecclésiastique. C'est ainsi qu'il priva de leurs
droits respectifs les électeurs ordinaires en Angleterre,
dans le royaume de Sicile et dans la Haute-Italie (É.
Jordan, Les registres de Clément IV, n. 118, 257, 487,
490, 631).
Clément IV ne se contenta pas des avantages fiscaux
que lui procurait la provision des bénéfices; il pressura
durement le clergé français, déjà fort obéré par le paie-
ment de la décime au profit de la croisade, afin de
subventionner l'expédition sicilienne et de provoquer
l'écrasement des gibelins. Il suscita une opposition qui
: grandira au cours du xiiif s. et s'exprimera lors du
! concile de Vienne, en 1311-12. Les provinces de Reims,
de Rouen et de Sens exhalèrent avec virulence, de son
temi)s, leur vif mécontentement : on censura la « vora-
cité » de la Cour romaine; on parla « de braver » l'ex-
communication prononcée contre les mauvais payeurs,
car, disait-on, « l'appétit de la Curie ne s'apaiserait que
1115
CLÉMENT lY - CLÉMENT V
1116
le jour où cesseraient l'obéissance et le dévouement du
clergé » (Recueil des historiens de la France, xxi, 770;
Majus chronicon Lemouicense). Assuré de l'approba-
tion de S. Louis, le pape tança vertement les plai-
gnants qui lui avaient présenté les doléances du clergé.
En matière inquisitoriale, Clément IV légiféra dans
une série de Constitutions que Bernard Gui a exploi-
tées dans son Manuel de l' inquisiteur (éd. C. Douais,
Paris, 1884). Le pape attribua la nomination des in-
quisiteurs aux prieurs provinciaux des P'rères Mineurs
et des Prêcheurs. II autorisa l'usage de la torture
(3 nov. 1265) et prescrivit des châtiments exemplaires
à l'égard des Juifs convertis au christianisme et reve-
nus au judaïsme. L'ensemble de l'oeuvre législative du
pontife a été imprimé au t. i du Bullarium ordinis F.
Praedicatorum de Ripoll.
Œuvres. — Domini Guidonis Fulcodii, cardinalis
episcopi Sabinensis et postea Summi pontificis démen-
tis IV nuncupati quaesliones quindecim ad inquisitores
nunc primum impressae cum annotât ionib us Caesaris
Carenenae Cremonensis, Lyon, 16C9. Sur cet ouvrage v.
les remarques de C. Douais (Documents pour servir à
l'hist. de l' Inquisition dans le Languedoc, Paris, 1910)
qui corrige l'opinion de Ch. Molinier (L' Inquisition
dans le midi de la France au Xim et au .T/r« s. Étude
sur les sources de son hist., Paris, 1880). — J. Heide-
mann (Papsl Clemens IV„ MUnster, 1903) a analysé les
quinze consultations demandées à Gui Faucoi (73-78).
Lettres. — Martène-Durand, Thésaurus..., ir, Pa-
ris, 1717 (utilisation des copies des mauristes conser-
vées dans les mss. latins de la Bibl. nat. de Paris, 4040,
4041, 4945). — É. Jordan, Les registres de Clément IV
(1265-68 ), recueil des bulles de ce pape, publiées ou ana-
lysées d'après les mss. originaux des Archives du Vati-
can, Paris, 1893-95. — Potthast, Reg. — Des lettres de
Clément IV existent au British Muséum, mss. 15360,
fol. 328-71, et 15361, fol. 1-149; à la Bibl. nat. de Pa-
ris, nouv. acq. lat. 2323, 2324 (copies des xvii" et
xviiie s.), et collection Baluze, mss. 15, 82, 280, 381.
Sources. — R. Graham a publié le registre du légat
Ottobuoni Fieschi de Lavagna que Clément IV désigna à
sa place en Angleterre, Letters oj cardinal Ottoboni, dans
T/ie English historical Review, xv, 1900, p. 87-120.
Travaux. — Le pontificat de Clément IV n'a pas encore
fait l'objet d'une monographie. — Sur la politique italienne
du pape, V. É. Jordan, Les origines de la domination ange-
vine en Italie, Paris, 1910. — E. Horn, Le rôle politique de
Clément IV, dans Comptes rendus de l'Acad. des sciences
morales et politiques, 1925, p. 273-300. — U. Prûnger,
Verhàltnis Ludwigs des Heiligen zu Klemens IV., Halle,
1897. — Nicolas, Clément IV dans le monde et dans l'Église,
Nîmes, 1912. — Davidsohn, GeschicMe von Florenz, ii,
Berlin, 1912. — É. Jordan, De mercatoribus Camerae apos-
tolicae saeculo XIII, Paris, 1909. — La notice de \'H. L. Fr.,
XIX, 1838, p. 92-101, a perdu sa valeur.
G. MOLLAT.
12. CLÉMENT V, pape (5 juin 1305-14 avr.
1314). I. Les débuts dans la carrière ecclésiastique. II.
L'élection au souverain pontificat. III. L'établisse-
ment de la papauté hors de l'Italie. I\". Le gouverne-
ment de l'Église. V. La politique de Clément V.
1° Rapports avec l'Angleterre. 2° Henri VII et l'expé-
dition d'Italie. 3° Clément \' et la Hongrie. 4° Le S.-
Siège et l'Italie. 5° Relations avec l' Aragon. fW Clé-
ment V et l'Orient. 7° Clément V et Philipi)e le Bel.
VI. Mort du pape.
I. Les débuts dans la carrière ecclésiastique.
— Bertrand de Got naquit à Villandraut (Gironde), de
Béraud, seigneur du lieu, et d'Ida de Blanquefort.
Après avoir reçu quelque temps l'éducation dans la
maison de Defés (Lot-et-Garonne), de l'ordre de
Grandmont, il étudia le droit à Bologne et à Orléans.
Les maigres re\ enus d'un canonicat à Agen l'obligèrent
à solliciter du roi d'Angleterre un bénéfice lucratif, en
1279. Grâce sans doute à la protection de son oncle
Bertrand, archevêque de Lyon, promu cardinal en
1294, il obtint le titre de chapelain pontifical, un cano-
nicat et la sacristie dans la cathédrale de Bordeaux,
puis l'évêché de Comminges (28 mars 1295) et l'arche-
vêché de Bordeaux (23 déc. 1299). Bertrand de Got se
signala par un acte d'autorité, gros de conséquences :
comme ses prédécesseurs disputaient depuis longtemps
la primatie d'Aquitaine aux archevêques de Bourges,
il n'hésita pas à prendre le titre de primat et encourut
l'excommunication de la part de son concurrent, Gilles
Colonna. Conscient de ses devoirs de métropolitain, il
accomplit la visite de sa province en 1305 et apprit, le
19 juin, à Lusignan. la nouvelle de son élection au sou-
verain pontificat.
J. Contrasty, Éludes de topograplne commingeoise . Le pape
Clément V et le culte de S. Gaudens, dans Revue historique de
Toulouse, XXIX, 1942, p. 91-219. — J. Haller, Papsllum und
Kirchenreform, Berlin, 1903. — E. Renan, Bertrand de Got,
dans H. L. Fr., xxvin, 1881, p. 272-314 (vieilli parfois). —
É. Baluze, Vilae paparum Avenionensium, éd. G. Mollat,
II, Paris, 1927, p. 94-102. — J. Lestrade, Un curieux groupe
d'évêques commingeois, dans Revue de Comminges, xxi,
xxiii, 1906-08. — J. Dufour, Le lieu de naissance de Clé-
ment V, dans Revue de Gascogne, 1905, p. 371. — • G. Pariset,
L'établissement de la primatie de Bourges, dans Annales du
Midi, 1902, p. 145-84, 289-328. — J. Boucherie, Inventaire
des titres qui se trouvent au trésor de l'archevêché de Bordeaux,
dans Archives historiques du départ, de la Gironde, xxiii,
1883, p. 305. — Ch.-V. Langlois, Documents relatifs à Ber-
trand de Got (Clément V), dans Revue historique, xl, 1889,
p. 48-54.
II. L'Élection au souverain pontificat. — • Dès le
18 juin. 1304, journée durant laquelle les cardinaux en-
trèrent en conclave, à Pérouse, après la mort de Be-
noît -XI, il apparut que les dissensions existant entre
eux rendraient impossible l'élection d'un des leurs. Les
bonifaciens désiraient venger la mémoire de Boni-
face VIII, tandis que Napoléon Orsini et sa coterie vi-
saient à obtenir la réhabilitation des Colonna et une
réconciliation avec Philippe IV le Bel, roi de France.
On songea donc à choisir un pape en dehors du Sacré-
Collège. Bertrand de Got parut l'homme prédestiné à
concilier des intérêts contraires. Sa science juridique le
recommandait à l'attention; d'autre part, il avait eu le
don de demeurer en bons termes avec Philippe le Bel,
malgré sa présence au concile de Rome, en 1302, et
était bien vu du roi d'Angleterre. Il passait, en outre,
pour un esprit conciliant. Napoléon Orsini soutint
habilement sa candidature et, malgré une opposition
tenace qui ne désarma pas, réussit à la faire triompher
le 5 juin 1305.
Y eut-il auparavant collusion entre l'élu et le roi de
France, comme l'a rapporté le chroniqueur Villani'?
Dans un rendez-vous ménagé secrètement aux envi-
rons de S.-Jean-d'Angély, l'archevêque de Bordeaux
aurait-il souscrit à un pacte déshonorant pour s'assu-
rer la tiare? Des documents de premier ordre prouvent
l'impossibilité d'une rencontre entre les deux person-
nages et, si des promesses avaient été réellement for-
mulées, le roi les aurait rappelées opportunément au
cours des affaires pénibles que suscitèrent les procès de
Boniface VIII et des Templiers, afin d'imposer leur
respect.
J.-F. Rabanis, Clément V et Philippe le Bel. Lettre à
M. Daremberg sur l'entrevue de Philippe te Bel et de Bertrand
de Got à S.-Jean-d'Angély, Paris, 1858. — H. Finke, Aus der
Tagen Bonifaz VIII., Munster, 1902, p. 279-290; Acta
Aragonensia, Munster, 1908. — Bibl. nat. de Paris, lat. 4 085,
fol. 31 ^-32 r° (procès- verbal de l'élection inséré dans les
commentaires de Pierre Bertrand sur le Sexte, les Clémen-
tines et les Extravagantes de Jean XXII). — É. Baluze.
op. cit.. Il, 31. — Villani, Istorie Fiorentine, 1. VIII, c. lxxx.
• — L. Leclère, L'élection du pape Clément V, dans Annales de
la jaculté de philosophie et lettres de l'université libre de
Bruxelles, i, 1880, p. 7-39 (vieilli).
1117
C L É M
ENT V
I 1 IS
III. L'KTABLISSK:\rENT DE LA PAPAUTÉ HORS PIE
l'Italie. - Bertrand de Got reçut le décret de son
élection à Bordeaux, le 24 juill., et signifia solennelle-
ment son consentement le jour suivant. Bien loin d'éta-
blir sa résidence dans le Comtat-Venaissin, il annonça
son dessein de pénétrer en Italie sitôt la paix conclue
entre les rois d'Angleterre et de France et la croisade
organisée. Son couronnement fut fixé à Vienne en Dau-
phiné et six cardinaux seulement furent invités à y
participer (lettre du 25 août 1305, dans C. Wenck,
Clemens V. und Heinrich VII., Halle, 1882, p. 169;
H. Finke, Acta Aragonensia, i, 199).
Des ambassadeurs français entravèrent les desseins
de l'élu, en lui rappelant le procès intenté à la mé-
moire de Boniface VII l et non encore liquidé. Clé-
ment V décida, par suite, de se rendre à Lyon et de se
rencontrer avec Philippe le Bel. Le couronnement eut
lieu à S.-Just, le 14 nov. 1305, et fut marqué par des
incidents tragiques lors de la procession qui suivit la
cérémonie : douze personnes, dont le duc de Bretagne,
périrent sous les décombres d'un mur vétusté, lequel,
trop chargé de curieux, s'écroula sous leur poids.
Des circonstances imprévues retinrent en France le
S. -Père : l'échec de ses nonces dans leurs tentatives de
pacification en Italie l'incitait à ne point s'y aventu-
rer; d'autre part Philippe le Bel avait exigé la reprise
du procès de Boniface VIII; Clément, qui ne la vou-
lait pas, essaya de gagner du temps et proposa de re-
parler de l'affaire épineuse lors d'une prochaine entre-
vue. Les pourparlers, entamés à Poitiers en avr. 1307,
n'aboutirent à aucun accord. La soudaine arrestation
des templiers opérée le 13 oct. obligea le pape à s'en-
tendre avec le roi de France. Une entrevue à Poitiers
(mai-juillet 1308) fut orageuse. Clément V décida de
convoquer un concile général à Vienne en Dauphiné,
alin de liquider les litiges qui l'inquiétaient grande-
ment. Dans le but de sauvegarder sa liberté d'action,
il se retira à Avignon en mars 1309, sans afficher tou-
tefois l'intention d'y fixer sa résidence; au contraire,
son installation conserva toujours un caractère provi-
soire, puisqu'il habita d'abord le couvent des frères
prêcheurs, puis l'évêché. Sa mauvaise santé le retint
hors d'Italie après la clôture du concile de Vienne
(6 mai 1312). Le mal qui le travaillait — peut-être un
cancer de l'estomac ou des intestins — l'emporta dans
la tombe le 14 avr. 1314. Ainsi s'explique naturelle-
ment l'absence de la papauté à Rome. Un contempo-
rain, partisan de Boniface VIII, a bien formulé d'au-
tres motifs secondaires : l'amour du sol natal, l'affec-
tion trop prononcée pour les siens, une certaine pusil-
lanimité, la crainte de subir le sort de Benoît Caétani
auraient, selon lui, retenu en deçà des Alpes Clément V
(H. Finke, Aus der Tagen Bonifaz VIII., xcii).
IV. Le gouvernement de l'Église. — Le gou-
vernement de l'Église sous le pontificat de Clément V
se caractérise par l'accentuation de la centralisation.
Le pape exerça plus souvent que ses prédécesseurs le
droit de réserve. Fidèle aux principes chers à Boni-
face VIII, il affirma la supériorité du pouvoir pontifi-
cal sur les rois et les empereurs et cassa, du reste, les
actes d'Henri VII, jugés attentatoires aux droits sa-
crés de l'Église. Lors du concile de Vienne, il sut esqui-
ver la question de la réforme « dans sa tête » réclamée
par l'épiscopat, maintint dans leur intégralité ses pré-
rogatives en matière bénéficiale et proclama son auto-
rité souveraine en termes tranchants : les Pères, qui
manifestaient de la répugnance à sanctionner le projet
d'union de l'héritage des Templiers aux biens des Hos-
pitaliers, s'entendirent apostropher ainsi : « Si vous
consentez, à l'attribution des biens à l'Hôpital, je la
prononcerai d'accord avec vous, volontiers; sinon, je
l'opérerai quand même, cela vous déplùt-il ou non »
(H. Finke, Papsllum und Unlergang des Templeror-
dens, I, 299). Aussi un chroniqueur anglais concluait-il.
non sans toutefois exagérer, que le concile de Vienne
" ne méritait pas d'être appelé concile, parce que le sei-
gneur pape fit tout de son propre chef » (Walter de He-
mingburgh, éd. Hamilton, ii, 293).
Clément V dota la chrétienté d'un septième livre de
décrétales, connu sous le nom de Clémentines. Les
Constitutions qu'il renferme avaient pour fin de remé-
dier à une foule d'abus signalés avec aigreur par l'épis-
copat à Vienne, de résoudre des points difTicultueux de
jurisprudence et d'édicter des prescriptions salutaires
touchant des questions disciplinaires. Certaines affaires
exigeaient d'urgentes décisions : ainsi le fonctionne-
ment de l'Inquisition, la défense des droits paroissiaux
mis en péril par les ordres mendiants, le conflit aigu
subsistant entre spirituels et conventuels.
Les Constitutions Multoriim querela et Nolcntes
(1. V, tit. m, c. 1, 2, in Clem.) introduisirent une ré-
forme d'une importance capitale en matière inquisi-
toriale : afin de parer aux irrégularités et aux abus,
dont une commission cardinalice avait révélé l'éten-
due, il fut statué que désormais la mise à la torture, la
promulgation de la sentence définitive et la surveil-
lance des prisons appartiendraient obligatoirement et
conjointement aux évêques et aux inquisiteurs; que
les uns n'agiraient pas sans les autres, du moins passé
le délai de huit jours après qu'ils se seraient requis
mutuellement de prêter leur concours, enfin que, si
l'un d'eux ne désirait pas ou ne pouvait pas répondre à
l'invitation de l'autre, il aurait le loisir soit de se faire
suppléer par un tiers, soit d'adresser par écrit son avis
et son approbation; toutefois, l'évêque et l'inquisiteur
demeuraient libres de citer et d'incarcérer, sans se
consulter, les suspects d'hérésie.
Benoît XI avait imprudemment révoqué la bulle
Super cathedram (Extravagantes communes, 1. III, tit.
VI, c. 2), par laquelle Boniface VIII avait réglé le con-
flit existant entre le clergé séculier et les ordres men-
diants au sujet de la prédication, de l'administration
des sacrements et des sépultures. Les privilèges accor-
dés aux réguliers n'avaient eu pour résultat que d'exas-
pérer la querelle entre les partenaires. Clément V, sur
les vifs désirs exprimés par l'épiscopat, abrogea les
prescriptions de Benoît XI et remit en vigueur la
Constitution Super cathedram (1. III, tit. vu, c. 2, in
Clem.).
Les Frères Mineurs se déchiraient entre eux; les
conventuels entendaient pratiquer une pauvreté miti-
gée et plus conforme aux besoins contemporains, tan-
dis que les spirituels demeuraient rigoristes et ver-
saient parfois dans des exagérations regrettables. Clé-
ment V jugea expédient de soustraire provisoirement
ces derniers aux persécutions et brimades dont ils
étaient l'objet, en les exemptant de la juridiction du
maître général de l'ordre, aussi longtemps que durerait
l'enquête confiée à une commission cardinalice (14 avr.
1310). Mécontents de la décision pontificale et, d'ail-
leurs, fortement attaqués par leurs adversaires, les
conventuels se vengèrent en accusant d'hérésie Pierre-
Jean Olieu, tenu par eux pour un oracle. .Vprès avoir
condamné les erreurs relevées dans les écrits d'Olieu
par la Constitution Fidei catholicae fundamenta (1. I,
tit. I, c. un., in Clem.), le pape publia, le 5 mai 1312, le
décret Exivi de paradiso (1. V, tit. xi, c. 1, in Clem.) qui
traçait avec précision des prescriptions au sujet de
l'application de la règle de S. François d'Assise. Peut-
être commit-il une imprudence en ne permettant pas
aux spirituels de former une congrégation spéciale. Il
aima mieux user d'expédients, en tançant vertement
leurs persécuteurs, en les déposant même de leurs
charges et en obligeant leur supérieur à désigner à leur
place des frères plus tolérants. Les spirituels trouvè-
rent asile dans les couvents de Narbonne, de Béziers et
1119
CLÉMENT V
1120
de Carcassonne; quelques insoumis furent frappés
d'excommunication. La solution bâtarde adoptée par
le S. -Siège devait rapidement produire de fâcheux ef-
fets qui déterminèrent Jean XXII à légiférer sur la
pauvreté
L'épiscopat s'était plaint amèrement des empiéte-
ments des laïques sur la juridiction ecclésiastique. Clé-
ment V se tint sur la réserve et comprit que le moment
n'était pas favorable pour entamer une lutte contre les
excès reprochés aux juges civils. L'affaire des Tem-
pliers et le procès de Boniface VIII lui donnaient suf-
fisamment de soucis pour qu'il ne s'en attirât pas de
nouveaux.
Les mesures prises à Vienne portent le cachet de
Clément V : elles dénotent en lui la tendance à la conci-
liation, la crainte de trancher dans le vif et le recours à
des expédients.
Parmi ses contemporains les Italiens lui ont fait un
grief d'avoir mis en minorité les éléments italiens par
la création, le 15 déc. 1305, de neuf cardinaux fran-
çais. Les promotions de déc. 1310 et de déc. 1312 ac-
crurent bien davantage la prépondérance des citra-
montains dans le Sacré-Collège.
D'autres contemporains ont censuré la cupidité du
pape. L'un va jusqu'à dire : « Tu n'as amie fors la pé-
cune » (H. L. Fr., xxvii, 380; cf. G. Villani, op. cit.,
1. IX, c. Lix). Le juriste Pierre Jacme écrit : « Notre sei-
gneur le pape s'amasse un trésor et travaille à l'exalta-
tion de sa famille; mais il se soucie fort i)eu des abus à
redresser » {H. L. Fr., xxxvi, 509). Un chroniqueur lui
reproche de ne songer qu'à « grossir son or de n'im-
porte quelle façon, afin d'enrichir les siens » (O. Hol-
der-Egger, Der Schlussteil von Ricobalds von Ferrara
Hist. Romana, dans Neues Archiv, 1911, p. 458). Il est
certain que Clément V imposa de lourdes charges au
clergé de France, en percevant les droits de gîte au
cours de ses déplacements. Geoffroy de Paris (H. L. Fr.,
xxii, 115) a résumé crûment la situation :
Il n'i ot ville ne cité
De quoi le pape eust pitié
N'abeie ne prioré
Qui tost ne feust dévoré.
D'autre part le paiement de l'annate fut exigé en
certaines contrées, en particulier en Angleterre, en
Écosse et en Irlande, et la levée d'une décime sexen-
nale destinée aux frais d'une croisade greva durement
le clergé. Geofi'roy de Paris s'est fait l'écho du mécon-
tentement général. A l'occasion du concile de Vienne,
où fut promulgué l'impôt, il manifeste son sentiment
(lac. cit., 133) :
Je croy, la cause du concile
Fu pour atraire crois et pille.
Les contemporains ont été en partie injustes à
l'égard du pape. La croisade ne pouvait s'organiser
sans subsides. Le 1"'' févr. 1306, le trésor pontifical se
trouvait vide et les banquiers refusaient des prêts,
n'ayant pas confiance dans la solidité des finances du
S. -Siège; c'est i)ourquoi la perception des annales
s'imposa (J. P. Kirsch, Die Annalenbulle Klemens V.
fûr England, Schottland and Irland vom 1. Febr. 1306,
dans Rômi.-iche Quartatschrift, xxvii, 1913, p. 202-207).
Cependant les fonds amassés eussent pu trouver un
meilleur emploi que des avances aux rois de France et
d'Angleterre (320 000 florins). Si Clément mena une
vie fort simple — comme l'attestent ses livres de
comptes — il exagéra l'enrichissement des siens. Que
dire du testament du 29 juin 1312 et du codicille du
9 avr. 1314 par lesquels il léguait 314 800 florins à ses
familiers et à ses parents, et 300 000 à son neveu Ber-
trand, vicomte de Lomagne, avec, il est vrai, cette
condition de subvenir aux frais d'une croisade! (F.
Erhle, Der Nachtass Clernens V. und der in Detrejf des-
selben von .Johann XXII. gejûtirlc Prozess, dans Ar-
chiv fûr Literatur-und Kirchengeschichte, v, 1889, p. 15-
26.) Ne laissant que 70 000 florins à son successeur, il
compromettait gravement l'avenir et contraignait
Jean XXII à pressurer, à son tour, la catholicité.
Le népotisme guida trop les préoccupations du Sou-
verain pontife. Dès juill. 1305 commence une réparti-
tion généreuse de bénéfices à ses neveux, alliés ou pa-
rents. Cinq membres de sa famille reçoivent la pourpre
cardinalice. D'autres obtiennent des sièges épiscopaux
rapportant de gros revenus. Les laïcs participent aux
bonnes grâces du pape. Pourvus de rectorats ou de
charges importantes dans les États de l'Église, ils ne
résident pas et se contentent de toucher les émolu-
ments de fonctions lucratives qu'exercent, en leur
absence, des suppléants qui grugent les populations.
A la Cour romaine que d'abus occasionnés par un man-
que de surveillance! Portiers et chambriers ne permet-
tent l'accès auprès du Souverain pontife que moyen-
nant finances; du moins, c'est ce que prétendent les
correspondants du roi d'Aragon. Porte-voix de l'opi-
nion publique, le cardinal Napoléon Orsini accusera
Clément d'avoir livré les biens d'Église au pillage (É.
Baluze, op. cit., m, 239).
G. Villani (op. cit., 1. IX, c. lviii) a attaqué sa mo-
ralité : « Il fut, dit-il, luxurieux, si bien qu'on disait
ouvertement qu'il avait pour amie la comtesse de Péri-
gord, très belle dame, fille du comte de Foix. f La ré-
clusion, à laquelle la maladie le contraignait, a pu ac-
créditer des bruits fâcheux sur la conduite du pape,
pour peu que la comtesse ait fréquenté la Cour ponti-
ficale. Les ambassadeurs du roi d'Aragon, très loqua-
ces, ne mentionnent pourtant pas la présence de Bru-
nissende à la Curie. Si elle y avait séjourné et dominé
Clément V, ils n'eussent sans doute pas négligé de re-
courir à ses bons offices dans l'intérêt de leur maître.
Les racontars enregistrés par Villani manquent appa-
remment de vraisemblance, car on sait que le pape ai-
mait les livres de piété, comme en témoigne l'inven-
taire de sa bibliothèque (F. Ehrle, lac. cit., 80). Au
reste, le chroniqueur florentin verse dans la crédulité,
quand il rapporte (op. cit., 1. IX, c. lviii) la prétendue
consultation d'un nécromancisn par le pape, inquiet
du sort d'un de ses neveux qui était mort cardinal :
l'augure aurait député aux enfers un quidam qui vit le
défunt logé dans un ])alais, mais couché sur un lit de
feu; un autre palais était en voie de construction et,
d'après les démons, devait servir de demeure à Clé-
ment lui-même.
L. Guérard, La succession de Clément V et le procès de
Bertrand de Got, vicomte de Lomagne (1318-21), dans Revue
de Gascogne, xxxii, 1891, p. 5-20 (rectifications et additions
à l'art, cité de F. Ehrle). — H. Hoberg, Die Inventare des
papstliclien Scliatzes in Avignon (1314-76), Cité du Vatican,
1944, p. 1-38. — H. Hôrniclie, Die Deselzung der deutschen
Bistiimer wdhrend des Pontifikats Klemens V., Berlin, 1919.
— W. E. Lunt, Tlie first levy of papal annales, dans American
hislorical Review, xviii, 1912, p. 48-64 (publication d'une
bulle du 1"' févr. 1306). — Y. Renouard, Les relations des
papes d'Avignon et des compagnies commerciales et bancaires
de 1316 à 1378, Paris, 1941.
V. La politique de Clément V. — Les affaires po-
litiques du temps créèrent xles obligations à Clé-
ment V ; nous examinerons les diverses façons dont il
s'en acquitta vis-à-vis de l'Angleterre, de l'Empire, de
la Hongrie, de l'Italie, de l' Aragon, de l'Orient, de la
France.
1° Rapports avec l' Angleterre. — Connaissant par-
faitement les raisons du conflit anglo-français qui dé-
coulait du traité signé à Paris en 1259 par S. Louis et
qui reposait tout entier sur la question de la vassalité
du duc d'Aquitaine, Clément V agit avec une certaine
désinvolture, en archevêque de Bordeaux, « mais re-
vêtu de pouvoirs suprêmes ». Il intervint dans les
I 12 I
CLÉMENT \
1 122
conflits locaux, (juancl liien même ils n'intéressaient
pas la Juridiction ecclésiastique. Au lieu de s'adresser
au roi d'Angleterre, il entra directement en relations
avec le sénéchal de Gascogne, l.e S. -Père se rendit par-
faitement compte de son impuissance à imposer une
solution au conflit franco-anglais et recommanda sim-
plement l'observation du traité de Paris. A son senti-
ment, les rois d'Angleterre et de France ne pouvaient
donner ni la sécurité, ni la paix à la Gascogne; c'est
pourquoi le pape se défia d'eux également et afficha
de l'indépendance à leur égard (Y. Renouard, Les
papes et le conflit anglo-français en Aquitaine, de 1259
à 1337, dans Mél. d'archcol. cl d'hist., li, 1934, p. 258-
92).
Entre Clément et Edouard I*^"^ l'accord régna et
profita au roi, qui fut délié, le 29 déc. 1305, des conces-
sions accordées à ses sujets touchant certains droits
forestiers et des prérogatives royales, et qui fut débar-
rassé du primat Winchelsey, coupable d'opposition à
son autorité. En août 1306, Edouard reçut l'autorisa-
tion de lever une décime sur son clergé. I^'aide pré-
cieuse que lui fournit le S. -Siège exasjjéra l'opinion an-
glaise : un long et acrimonieux réquisitoire contre son
ingérence dans les affaires anglaises fut lu au parle-
ment de Carliste (janv. 1307). Le roi sut louvoyer pour
calmer l'agitation de la noblesse.
Des heurts se produisirent entre le pai)e et
Edouard II à propos de l'exercice du droit de réserve.
Une ordonnance du S nov. 1307 prohiba l'entrée eu
Angleterre de bulles lésant les droits de la Couronne.
Un nonce vint présenter au prince une longue série de
griefs auxquels s'associa le clergé anglais. Edouard
s'excusa pour la forme. Le mécontentement qu'exi)ri-
maient ses barons à cause de la faveur accordée à
Pierre de CJabaston l'inclina à ne |)as s'aliéner le ))ape.
Bien lui advint, car lorsque la guerre civile éclata à
cause du favori. Clément dépêcha en Angleterre son
vice-chancelier et son camérier afin d'apaiser les
troubles (1312). Cette habile conduite lui profita gran-
dement; il put sans difficulté percevoir les annales et
pourvoir aux bénéfices ecclésiastiques sis en .\ngle-
terre, même au profit d'étrangers.
G. MoIIat, La collation des bénéfices ecclésiastiques sous
les papes d'Avignon (1305-78), Paris, 1921, p. 228-49. — Th.
Rymer, Foedera, convenliones, litterae et cujuscumque generis
acta publica inler reges Angliae et alios quosvis imperatores,
reges, pontifices, principes vel communitates, Londres, 1816-
20, II, part. L II. — J. Haller, Papsttum und Kirchenreform,
I, Berlin, 1903, p. 375-441. — - O. Sayles, The partiament of
Carlisle (1307). Some new documents, dans English tiistorical
Revietv, Lin, 1938, p. 42.Ï-37. — Chr. Marlowc, Edward II,
Londres, 1933. — IL G. Richardson, Clément V and tlie
See of Canterbury, dans English historical Review, i.vi, 1941,
p. 97-103.
2" Henri VII el l'expédition d' Italie. — Après l'assas-
sinat d'Albert de Habsbourg (1<" mai 130<S), le roi de
France intrigua près des princes électeurs pour assurer
la dignité impériale à son frère Charles de Valois.
L'appui du S. -Siège lui importait au premier chef;
c'est pourquoi il le .sollicita dans l'entrevue qui eut lieu
à Poitiers. La conduite de Clément \' fut très spé-
cieuse. Il ne se souciait pas d'accroître la puissance de
Philippe le Bel qui devenait troji lourde pour lui-
même et il songeait plutôt à lui opposer un empereur.
Suivant ses méthodes coutumières, le pape louvoya.
De peur de s'attirer les foudres du roi, il consentit à
faire une démarche officielle près des électeurs, mais il
évita soigneusement de se compromettre, ne montra
pas ses préférences et se borna à recommander le choix
d'un personnage dévoué à l'Église et capable d'entre-
prendre la croisade, sans nommer qui que ce fût (juin
1308). Le cardinal Raiirond de Got, son parent,
n'imita pas sa réserve et recommanda délibérément la
candidature de Charles de ^'alois à l'archevêque de Co-
nir.T. n'msT. f.t t>k gi^ogr. kcolés.
lognc (É. Baluze, op. cil., m, 97). .Agit-il d'après les
ordres de Clément, sur lequel Philippe avait fait pres-
, sion, ou de son propre chef? Contrairement à l'opi-
I nion émise par \N enck (op. cit., 106) et adoptée par Li-
: zerand {Clément V et Pliilippe IV le Bel, 174-75), E.
Stengel (Auignon und Rlicns. Forschungcn zur Ge-
scliichle des Kampfcs um dus Recld am Rcicli in der ersten
Hàlfle des XIV. Jahrh., 13-15) a cru que la première hy-
pothèse était la plus ])lausible, sous jirétexte que l'ini-
tiative ])rise par le cardinal n'eût représenté qu'un
« sabotage » de la politique pontificale. Les arguments
invoqués par Stengel n'apparaissent pas péremptoires.
Les Acta Aragonensia, publiés par H. Finke, démon-
trent abondamment que les cardinaux poursuivaient
parfois une politique dilTérente de celle du pape ré-
gnant et favorable aux princes dont ils recevaient des
I faveurs. Il vaut mieux avouer notre ignorance. En oct.
1308, Clément V intervint positivement près des élec-
teurs pour leur recommander la candidature de
Charles de Valois, mais à ce moment il la savait gra-
vement compromise. Il mit, d'ailleurs, une certaine
hâte à confirmer l'élection d'Henri de Luxembourg
I (26 juin. 1309) et fixa la cérémonie du couronnement à
I S. -Pierre de Rome, à la date du 2 févr. 1312. Lui-même
oinilrait de ses propres mains le roi des Romains.
L'empressement du pape causa un fort dépit à Phi-
lippe le Bel, qui l'exprima en termes amers (Regestum
démentis papac V, n. 4302: l'î. Baluze, op. cit.. iir,
: 216-26).
l'ne piété réelle non moins que le souci de ses inté-
rêts matériels poussaient Henri VII à se montrer plein
de déférence et de soumission à l'égard de l'Église ro-
maine, sans l'appui de laquelle ses entreprises eussent
I été vouées à l'échec. Clément, tout le premier, recon-
j nut ses excellentes dispositions d'âme et apprécia son
j intention de jiarticiper à la croisade. Sur le terrain poli-
j tique il y avait désaccord. Le pape entendait disposer
I de l'Italie à sou gré. Récemment n'avait-il pas été
question d'accorder Pise en fief au roi Jayme II d'Ara-
gon 1 Une expédition romaine risquait de bouleverser
la péninsule. Sans doute Clément V avait invité les
Italiens à accueillir amicalement un prince qui ne
nourrissait que le désir de jouer un rôle jjacificateur
(!'='■ sept. 1310), mais agissait-il avec sincérité? Une
bulle du 19 août 1310 avait concédé au roi Robert de
Naples le rectorat de la Romagne, comme si l'on i)ou-
vait craindre le retour de cette riche province à l'Em-
pire. La défiance du S. -Père apparaissait dans les ser-
ments imi)osés au roi des Romains d'abord à Hague-
nau, puis plus perceptiblement à Lausanne (11 oct.
1310); Henri avait prêté fidélité à l'Église, confirmé
tous les privilèges concédés à celle-ci par ses prédéces-
seurs, garanti l'intégrité des États pontificaux et pro-
mis de n'y exercer aucun acte de juridiction. La pré-
sence de légats dans l'armée allemande inspirait-elle
confiance ou n'était-ce qu'un i)rétexte pour surveiller
les actes du souverain plus enicacement? Henri, plus
tard, se plaindra du cardinal .Arnaud de l'augères et
j sollicitera son rappel.
! Dans la réalité, malgré ses meilleures intentions,
1 l'entrée de l'empereur en Italie réveilla aussitôt la
haine des factions gibelines et guelfes qui désolaient le
Iiays. La guerre sévit. Les pires déboires survinrent à
Rome. Quand Henri y pénétra, les troui)es napoli-
taines lui interdirent l'entrée du Borgo et l'accès à la
basilique S. -Pierre, oi^i obligatoirement les trois cardi-
I naux délégués devaient procéder a'u couronnement
impérial. Il fallut conquérir le terrain pied à pied et,
l'opération reconnue impossible, sommer les légats de
célébrer le sacre au Latran (29 juin 1312).
Des instructions parvenues de la Cour pontificale et
communiquées par les consécrateurs enlevèrent ses der-
nières illusions à Henri VIL Le pape exigeait la conclu-
H. — XII. - 36 -
1123
CLÉMENT V
1124
sion d'un armistice avec Robert de Naples et la pro- '
messe de ne point prendre les armes contre lui. D'au-
tres conditions parurent inadmissibles à Henri VII,
entre autres celle de i)rèter serment de fidélité. Il pro-
testa de son indépendance vis-à-vis du pouvoir de
l'Église; bien plus, il déclara le roi Robert coupable de
lèse-majesté et déchu de sa couronne (26 avr. 1313).
Une ligue fut conclue avec Gênes, Pise, le roi de Tri-
nacrie et les gibelins d'Italie, dans le but d'envahir le
royaume de Naples.
Clément V avait le devoir de secourir le vassal de
l'Église : une bulle du 12 juin 1313 promulgua l'ex-
communication contre quiconque attaquerait le roi
Robert. Henri VII n'en continua pas moins à réunir
une flotte nombreuse afin d'investir Naples. Sa mort
inopinée (24 août 1313) favorisa les vues du S. -Père.
La décrétale Romani principes (1. II, tit. ix, in Clem.)
proclama que les serments prêtés par le défunt tant
avant qu'après son couronnement avaient le caractère
de fidélité, et la Constitution Pastoralis cura (1. II, tit.
XI, c. 2, in Clem.) que Robert de Naples n'était pas jus-
ticiable de l'empereur, vu qu'il n'habitait pas l'Empire
et dépendait de l'Église. Durant l'interrègne, le pape
administrerait l'Empire, en vertu de la suprématie
qu'il possédait sur lui. Conformément aux doctrines
professées par Clément V, Robert de Naples fut
nommé vicaire en Italie le 14 mars 1314 (Regestiim
démentis papae V, n. 10321).
Sources. — Les documents concernant les relations de
Clément V et d'Henri VII ont été réunis par J. Schwalm,
Constitutiones et acla publica..., iv, 2 part., dans M. G. H.,
sect. IV, Leges, Hanovre, 1906-11. — Les Regesta Imperii,
VI, Innsbruck, 1933, rédigés par V. Samanek, sont utiles à
consulter. — Une relation de l'expédition romaine a été
écrite par Nicolas de Ligny, évéque de Butrinto; v. l'édition
insérée dans É. Baluze, op. cit., m, Paris, 1921, p. 491-561.
Travaux. — Fr. Schneider, Kaiser Ileinrich VII., Leip-
zig, 1928. — H. H. Feine, Die Approbation der Luxembur-
gisclien Kaiser in ifiren Reclitstormen an der Kurie, dans
Zeitsclir. der Savigny-Stiftung fiir Recfttsgeschiciite, Kan.
Abt., LViii, 1938, p. 364-97. — M. Thilo, Das Recht der
Entscheidung ùber Krieg und Frieden ini Streite Kaiser
Heinrichs VII. mit der romischen Kurie, Berlin, 1938. —
A. Cutolo, Arrigo VII e Roberto d'Angio, dans Archivio
storico per le prouincie napoletane, xviii, 1932, p. 5-30, 31-
155. — R. Davidsohn, Geschictite von Florenz, m, Berlin,
1912. — R. Caggese, Roberto d'Angio e suoi tempi, i, Flo-
rence, 1922. — A. Hauck, Kirchengeschichte Deutschlands,
v, Berlin, 1911-20.
3° Clément V et la Hongrie. — Dans les premières an-
nées du pontificat, plusieurs concurrents briguaient la
couronne et occasionnaient des dissensions regretta-
bles et pernicieuses au pays. Le pape jeta son choix sur
Charobert et i)our l'imposer s'en remit au cardinal
Gentile da Wontefiore. Le légat partit le 19 oct. 1307 et
sacra roi le candidat pontifical, à Bude, le 15 juin 1309.
Monumenta Vaticana Hungariae, ii, Acta legationis
cardinalis Gentilis (1307-11), Budapest, 1885. — E. Horn,
La mission diplomatique d'un franciscain, dans Éludes
franciscaines, xxxvii, 1925, p. 405-18 (exposé sans préten-
tion scientifique). — É. Baluze, op. cit., ii, 40-42. — A. de
Regibus, Le contese degli Angioini di Napoli per il trono di
Vngheria (1290-1310), dans Rivista di storia del diritto
italiario, 1934, p. 38-85, 264-305.
4" Le S. -Siège et l'Italie. — En Toscane, le parti
guelfe s'étant scindé en deux fractions rivales — les
blancs qui se compromettaient avec les gibelins, et les
noirs qui jiratiquaient le pur guelflsme — Clément V
tenta, sur le conseil du cardinal Napoléon Orsini, de ré-
concilier ces frères ennemis. Il délégua Guillaume Du-
rant le jeune, évêque de Mende, et Pelfort de Rabas-
tens, abbé de Lonibez, en Toscane, dans la Marche
d'Ancône, dans le duché de Spolète, en Romagne, à
Pérouse, ii Todi..., avec mission de pacifier ces diverses
contrées. Les rapports adressés au pape par les deux |
' nonces — ils partirent le 23 août 1305 et quittèrent
> l'Italie vers Pâques de l'année suivante révèlent
leur impuissance totale à apaiser les troubles. Pro-
clamaient-ils des trêves, personne ne les observait.
Florence même et Lucques se refusaient à cesser le
siège de Pistoie, refuge des blancs. Constatant l'inca-
pacité des nonces à faire respecter ses ordres. Clé-
ment V leur substitua Napoléon Orsini. Le choix de ce
personnage, connu pour ses sympathies gibelines, était
peu heureux. Les Florentins lui interdirent l'entrée de
leur ville et ne levèrent pas le siège de Pistoie. Ils ma-
nifestèrent leur étonnement que, contrairement à une
longue tradition, l'Église ne soutînt pas leur cause. A
Bologne, le légat ne tarda pas à se rendre odieux — le
22 mai 1306, la foule se répand dans les rues et pousse
des cris séditieux : « Mort au cardinal! mettons le feu à
sa maison. » On lui reprochait ses liaisons avec les
blancs et les comtes de Panico. Réfugié à Imola, Or-
sini cita les officiers de la ville à venir justifier leur
conduite et, après avoir constaté leur absence, pro-
nonça l'excommunication. Les Florentins et les Bolo-
nais ne laissèrent point tranquille le légat et, par leurs
menées, l'obligèrent à gagner Arezzo où il échoua
encore.
Les mémoires rédigés par Guillaume Durant et Pelfort de
Rabastens, des lettres et divers actes relatifs à leur mission
ont été publiés par R. Davidsohn, Forschungen zur Ge-
schichte von Florenz, ni, Berlin, 1901, p. 287-321; E. Gôller,
Zur Geschichte der italienischen Légation Durantis des
Jiingeren von Mende, dans Rômische Quartalschrift, xix,
1905, p. 14-24; Schûtte, Vatikanische Aklenstiicke zur
italienischen Légation des Duranti und Pilefort, dans Bei-
tràge zum Osterprogramm 1909 des kônigl. kathol. Gymna-
siums zu Leobschiitz. — ,\. Veronesi, La legazione del cardi-
nale Napoleone Orsini in Bologna nel 1306, dans Atti e
memorie delta Reale deputazione di storia patria per le pro-
vincie di Romagna, III« série, xxvii, 1910, p. 79-133. — V.
Vitale, // dominio delta parte guelfa in Bologna ( 1280-1327 ),
Bologne, 1901, p. 103-05. — J. Huyskens, Kardinal Napo-
léon Orsini, Marburg, 1903. — R. Predelli, / Zifcri commemo-
riale delta repubblica di Venezia, Regesti, i, Venise, 1876-96,
p. 278-99 (récit du cardinal Orsini envoyé au doge).
Si Clément V avait paru adopter en Toscane une
politique gibeline, c'est qu'il craignait les visées des
marquis d'Esté sur Bologne. Jugeant les noirs inca-
pables de les combattre victorieusement, il s'était allié
occasionnellement avec les blancs, plus puissants que
leurs adversaires. De même, il appréhenda les projets
trop ambitieux des Florentins.
Au sujet de Ferrare, le pape déploya une rare éner-
gie. A la suite de la mort d'Azzo d'Esté (31 janv. 1308),
ses frères Aldevrandino et Francesco disputèrent son
héritage à leur neveu naturel Fresco. Une guerre s'en-
suivit entre les rivaux et tourna à l'avantage du jeune
homme. Le marquis Francesco se plaignit au S. -Siège.
Clément V n'ignorait pas que Fresco n'avait triomphé
que grâce aux secours envoyés par les Vénitiens. Il y
avait danger à perdre le Ferrarais où, pour prix de son
intervention, la République réclamait déjà une ces-
sion de territoire. Le pape envoya en Haute-Italie
deux nonces, chargés d'une part de se faire livrer Fer-
rare par Fresco et, de l'autre, d'obtenir le retrait de la
garnison que Venise y entretenait. N'ayant point été
écoutés, les deux envoyés constituèrent une armée qui
rentra par surprise à Ferrare (5 oct. 1308). Le succès
remporté fut vite compromis : les \'énitiens, auxquels
Fresco avait abandonné tous ses droits, harcelèrent
I tellement les troupes de l'Église que celles-ci capitu-
lèrent (déc. 1308).
Clément V désavoua la capitulation, excommunia
les Vénitiens et ordonna de prêcher la croisade contre
eux. Le cardinal .\rnaud de Pellegrue réussit à rentrer
dans P'errare (27-28 août 1309), après le massacre des
I N'énitiens.
m
1125
CLÉMENT V
I 12()
Loin rl'implorcr son pardon, la Fiépubliquo conti-
nua la guerre. De nouvelles sanctions prises par le S.-
Siège ne tardèrent pas à ruiner son commerce. La paix
se signa en L313 et replaça Ferrare sous la tutelle de
l'Église. Il ne restait plus qu'à bien gouverner une
cité turbulente, inconstante et toujours prête à la sédi-
tion. Le vicomte de Bruniquel, nommé vicaire général
le 10 mai 1310, se fit détester. Le meurtre de Fran-
cesco d'Esté (24 août 1312) acheva d'exaspérer la po-
pulation. Clément V préféra céder le vicariat au roi
Robert de Naples. Son initiative ne porta pas de fruit,
et les otliciers napolitains soulevèrent l'aversion contre
eux; en 1317 ils seront chassés et les marquis d'Esté
rappelés.
B. Fontana, Documenti vaticani di un plébiscita in Ferrara
nel principio del secolo XIV e deW idea deW indipendenza ita-
liana nelle mente dei romani pontifici, Ferrare, 1887 (texte
du serment de fidélité prêté par les Ferrarais à Clément V
en 1310). — R. Predelll, I libri commemoriali délia repiib-
blica di Venezia, Reyesti, Venise, 1876-96. — G. Soranzo,
La guerra fra Venezia e la Santa Sede per il dominio di
Ferrara (1308-13), Città di Castello, 1905. — A. F.itel, />er
Kirchenstaat unter Klemens V., Leipzig, 1907.
Les parents ou alliés de Clément V, comme Ray-
mond Athon d'Aspet, Bertrand de Got, Arnaud Ber-
nard de Pressac et Bertrand de Savignac, préposés
aux rectorats de la Romagne, de la Marche d' An-
cône, de Massa Trabaria, de Città di Castello et d'Ur-
bino, de la Campanie et de Spolète, ou ne résidèrent
pas ou exercèrent peu habilement leurs charges. Leur
qualité d'étrangers leur aliéna la sympathie publique.
Raymond Athon d'Aspet périt tragiquement aux en-
virons de Modène. L'escorte bolonaise, qui l'accom-
pagnait pour effectuer le transfert d'une somme im-
portante de florins, fut exterminée; les agresseurs lui
firent subir à lui-même un cruel supplice : après lui
avoir tranché la tête, des Modénols traînèrent dans les
rues de leur cité son cadavre attaché à la queue d'un
roussin (É. Baluze, op. cit., ii, 93, 100).
Dans le Patrimoine de S. -Pierre l'absence de la
papauté eut des répercussions désastreuses. Des
tyrans, grands ou petits, cherchèrent à se tailler des
seigneuries aux dépens de l'État pontifical. Clément V
eut le tort de confier les fonctions de recteur à. des
compatriotes qui, au lieu de pacifier le pays, ne cher-
chèrent qu'à s'enrichir et à exciter contre eux la haine
publique. Amanieu d'Albret reçut des pouvoirs exor-
bitants; autorisé à disposer des recettes, il fut dis-
pensé de rendre des comptes! Aussi se permit-il de
pressurer ses administrés. Exaspérés, ceux-ci lui firent
opposition. Afin de les soumettre, Amanieu d'Albret
imagina de recourir aux gibelins, ce qui détermina les
guelfes à prendre les armes. L'imprudent recteur
s'aperçut trop tard de la méprise qu'il avait commise
et réclama son rappel en 1311. Son successeur, Gailhard
de Faugères, ne se rendit pas en Italie et se choisit
pour lieutenant Bernard de Coucy, qui acheva, par
sa politique gibeline, de mettre la province à feu et à
sang. Forteresses et châteaux que possédait l'Église ne
tardèrent pas à tomber entre les mains de tyrans
locaux. Par malheur, les Romains profitèrent de
l'anarchie qui régnait partout pour arrondir leurs
domaines au détriment du S. -Siège : tour à tour Tos-
canella, Amelia, Vetralla et autres localités reconnu-
rent leur juridiction. Clément V exigea, en vain, la
restitution du bien de l'Église (27 janv. 1313). Bref,
à sa mort, le Patrimoine se trouva en proie à la guerre
civile et à la sédition.
-M. .\ntonelli, Vna relazione del vicario del Patrimonio a
Giovanni XXII in Avignone, dans Archiuio délia reale
Società romana di .iloria patria, xvm, 189,5, p. 447; Una ribel-
lione conlro il vicario del Patrimonio, ibid., XX, 1897, p. 178;
Vicende délia dominazione pontiftcia nel Patrimonio di San
Pietro in Tuscia dalla traslaztone délia S. Sede alla restau-
razione delV Albornoz, ibid., xxv, 190.3, p. .355-67; Fstratti
dei registri del Patrimonio del secolo Jirv, ibid., xli, 1918,
p. 59-85 (comptes de Pierre (iuilhem et de Bernard de
Coucy).
5° Relations avec ['Aragon. — A lire les dépêches des
ambassadeurs aragonais accrédités à la Cour pontifi-
cale. Clément V n'aurait pas tari de louanges àl'adresse
de Jayme II et n'aurait parlé de lui que les larmes aux
yeux. Certes, le pape entretint les meilleurs rapports
avec le souverain : il lui accorda des décimes pour
continuer l'extermination des Sarrasins qui peuplaient
encore la péninsule Ibérique, lui assura l'héritage des
templiers au profit des hospitaliers et usa du droit de
réserve afin que le clergé lui fût entièrement soumis.
Mais Clément était spécieux. La maison d'Aragon
cherchait, au xiv^ s., à agrandir sa sphère d'influence
en Italie. Déjà l'une de ses branches régnait, depuis les
Vêpres siciliennes (1282), sur l'île de Trinacrie. Jamais
le pape ne reconnut la spoliation perpétrée au détri-
ment des Angevins, ses vassaux, et se montra cons-
tamment hostile à Frédéric IL II sut gré à Jayme II
de ne point le seconder dans les opérations militaires
décidées contre Robert de Naples, d'un commun
accord avec Henri VII. Quand des négociations s'ou-
vrirent au sujet de la cession de Pise à Jayme II, le
pape eut l'art de les prolonger outre mesure jusqu'à ce
qu'elles devinssent inutiles. Il ne lui concéda même
pas la faveur instamment réclamée d'être représenté
par un Aragonais dans le Sacré-Collège.
J. Vincke, Der Kampf Jakobs II. und Aljons IV. uoit
Aragon uni einen Landeskardinal, dans Zeitschr. der Savi-
gny-Stiflung fur RechtsgeschicMe, Kan. Abt., xxi, 1932,
p. 1-20. — H. Finke, Acta Aragonensia, Berlin, 1908-25,
3 vol. — E. Berger, Jacques II d'Aragon, le S.-Siège et la
France, dans Journal des savants, 1908, p. 281-94, 348-59.
6" Clément V et l'Orient. — Le pape songea-t-il
sérieusement à organiser une croisade? Quoique son
bullaire abonde en prescriptions à ce sujet, M. Lize-
rand (op. cit., 293-303) a penché pour la négative et
traité l'activité pontificale « d'effort littéraire ». Ses
arguments sont loin d'être péremptoires, tant la per-
sonnalité du pape demeure toujours mystérieuse.
Cependant l'on peut relever à son actif plus qu'un
effort littéraire. En 1308, il confia la surveillance de
la Méditerranée orientale aux Hospitalievs, qui ar-
mèrent effectivement une flotille destinée à arrai-
sonner les navires suspects de contrebande. La même
année il ijrohiba tout commerce avec l'Égypte. Grâce
à un prêt de 90 000 florins avancés par le pape. Foul-
ques de Villaret prépara une expédition contre l'île
de Rhodes et s'en empara le 15 août 1310. Cet exploit
permit aux Hospitaliers de barrer la route maritime
d'Asie Mineure aux bâtiments de guerre ou de com-
merce.
Fr. Heidelberger, Kreuzzugsversucbe um die Wende des
XIII. Jahrh., Berlin, 1911, p. 24-62.
Auparavant les événements survenus à Chypre
créèrent de graves soucis à Clément V : à la suite d'une
révolution de palais (26 avr. 1306), Henri II de Lusi-
gnan avait été renversé du pouvoir et Amaury, prince
de Tyr, auquel les conjurés l'avaient attribué, avait
sollicité la sanction pontificale à la dépossession de
son frère. Le pape mesura l'étendue du danger qui
menaçait la chrétienté dont le petit royaume consti-
tuait un des derniers remparts contre les Turcs. Sui-
vant sa méthode favorite. Clément ne se pressa point
de se prononcer et chargea Nicolas, archevêque de
Thèbes, et un de ses chapelains, le gascon Raymond de
Piis, de porter une décision (23 janv. 1308). En réa-
lité Raymond prit seul la direction des affaires, mais
embarqué tardivement à Marseille il n'aborda que le
3 janv. 1310 à Rhodes. De nouveaux incidents com-
112 7
I r2s
pliquèrenlsa mission : Amaury avait déporté Henri II
en Arménie, chez son beau-frère Oschin. Le nonce se
flatta de faire signer un pacte entre les deux frères,
suivant lequel Amaury se contenterait de gouverner
le royaume de Chypre, moyennant le don d'une somme
d'argent importante. L'assassinat d'Amaury (5 juin
1310) obligea le nonce à se rendre de nouveau en Armé-
nie, afin d'obtenir la libération d'Henri II, détenu en
captivité. Après des pourparlers nombreux et parfois
orageux, un traité fut signé, le 4 août, entre le roi, pri-
sonnier, et la veuve d'Amaury. Le nonce, assisté du
légat Pierre de Pleine-Cassagne, n'était pas au bout
de ses peines, car le roi d'Arménie complotait de garder
Henri II après avoir assuré la libération de sa sœur,
la princesse de Tyr, qui servait d'otage. L'évasion
d'Henri II débrouilla la situation inopinément et lui
permit de reprendre le pouvoir.
Ch. Perrat, Un diplomate gascon au lï/P ' s., Raymond de
Piis, nonce de Clément V en Orient, dans Mél. d'archéol. et
d'hist., XLiv, 1927, p. 35-90 (en appendice, l'auteur a im-
primé un rapport du nonce sur sa mission adressé au car-
dinal Rufïat). — De Mas-Latrie, Ilist. de Vile de Chypre
sous le règne des i>rinces de la maison de Lusignan, Paris,
1852-61.
Clément V donna une véritable impulsion à l'évan-
gélisation des masses païennes peuplant l'Orient et
l'Extrême-Orient. 11 répondit aux vœux ex])rimés par
Raymond Lull à l'occasion de la convocation du con-
cile de Vienne, en créant des chaires d'hébreu, de
syriaque et d'arabe dans six universités. Ainsi les
futurs missionnaires seraient mieux préparés à leur
ministère et pourraient entrer plus facilement en
contact avec les poijulations qu'ils visiteraient. Rien
n'égale le développement du christianisme en Chine à
cette éiioque. Jean de Montecorvino déploya un zèle
si intensif que le pape le désigna comme archevêque
de Pékin et lui donna d'abord sept, puis dix suffra-
gants (1312). Vers 1314, les frères mineurs |)ossédaient
jusqu'à cinquante couvents en Chine.
Heyd, Hist. du commerce du Levant au Moyen Age, ii,
Paris, 1885. — Delaville-Leroux, La France en Orient au
-V/F« .S'., Paris, 1885; Les hospitaliers en Terre sainte et à
Chypre, Paris, 1904. — G. Gohibovich, Biblioteca biobiblio-
grafica délia Terra santa e delV Oriente jrancescano, Qua-
racchi, 1920, m.
7" Clément V et Philippe le Bel. — La vieille thèse
de la servilité du pape vis-à-vis du roi de France
connaît encore des partisans, tel Élisabeth Kraacl<,
auteur d'une dissertation intitulée Rom oder Avignon?
Die rômische Frage iinter der Pàpsten Clemens V. imd
Johann XXII., Marbourg, 1928. Personne ne nie que
Philippe le Hel n'ait cherché à peser sur la volonté pon-
tificale, mais d'excellents connaisseurs du xiv s.,
comme Schneider et E. Stengel, ont réagi contre l'opi-
nion longtemps accréditée. En dépit de certains racon-
tars colportés par des contemporains mécontents des
actes de Clément \', il semble plus conforme à la réa-
lité de se représenter celui-ci comme un homme pru-
dent, craintif certes, ennemi des décisions cassantes,
mais habile temporisateur, souple, capable de profiter
des moindres circonstances pour se libérer de la pres-
sion exercée sur lui par le roi, à propos surtout du
procès de Honiface VIII et de celui des Templiers.
Nous n'exposerons pas ici les phases diverses des deux
célèbres affaires (v. les art. Honiface VIII et Tem-
pliers); nous nous bornerons à débrouiller, autant
que faire se peut, quelques problèmes embarrassants
qu'elles posent.
La liquidation du procès de Boniface VIII a scan-
dalisé certains historiens. La bulle Rex gloriae virlii-
lum (27 avr. 1311), innocentant Philippe le Bel et dé-
clarant qu'un zèle bon et juste — nos boniim pronun-
cinmus. nique jnslnnr (Ref/rslum. n. 7501) l'avait
mft, leur a paru un acte de lâcheté et d'ignominie (F.
' Rocquain, La papauté au Moyen .Age, Paris, 1881,
; p. 287; Ch.-V. Langlois, dans VHisi. de France de
Lavisse, m, II« part.. 173). De récents auteurs (V.
Martin, Les origines du gallicanisme, Paris, 1939.
p. 197) et Levis-Mirepoix (Philippe le Bel, Paris, 1936)
i ont cherché à reviser des jugements aussi excessifs. Si
la personnalité du roi de France demeure enveloppée
de mystère, on ne peut nier qu'existaient en lui une
piété profonde et un réel désir de servir l'Église. Des
témoins de qualité, les cardinaux Napoléon Or.sini,
Jean le Moine, Pierre et Jacques Colonna, Landolfo
Brancacci, Bérenger Frédol, ont loué les intentions du
prince au cours des auditions qui eurent lieu à Avi-
gnon en avr. 1311. Sans doute ils lui étaient dévoués,
mais il faut reconnaître que les contemporains avaient
■ conçu une fâcheuse opinion sur les mœurs, la foi et la
j légitimité de Boniface VIll; dès lors Philippe le Bel a
I pu, en dehors de motifs politiques, entrer en différend
i avec lui par « scrupules de conscience ». L'abbé de
S.-Médard, envoyé en mission à Rome en 1295, l'avait
mis au courant des « erreurs, horreurs et héré.sies » que
l'opinion attribuait, même en Italie, au Souverain
i pontife. D'après ses dires, cinq membres du Sacré-
! Collège, qui n'étaient pas entrés en conflit comme les
Colonna avec Boniface VIII, avaient sollicité l'inter-
1 vention de Philippe le Bel en faveur de la « Ste Église
I de Dieu »; ils ne reprochaient pas au pape son liberti-
I nage ou son incrédulité, mais sa violence. Enfin, les
défenseurs de sa mémoire agissent de façon surpre-
nante : au lieu de prouver la fausseté des accusations
qu'ils réprouvent, on les voit user d'arguties et de
subtilités juridiques et plaider la non-recevabilité des
témoins à charge. Clément V pouvait donc, afin de
suspendre un procès qui s'éternisait, donner une satis-
! faction au roi de France, en blanchissant la conduite
! de celui-ci et en l'attribuant « à sa ferveur pour la foi
catholique ». Sur un point essentiel, il réduisit à néant,
; avec habileté, la thèse suivant laquelle Benoît Caetani
aurait été un intrus; la bulle de canonisation de Céles-
tin V (5 mai 1313) lui enleva toute base plausible,
car elle légitimait l'élection de Boniface VIII et la
validité de la renonciation de son prédécesseur, en
déclarant celui-ci saint sous le nom de Pierre de Mor-
rone.
Des traits d'indépendance sont incontestables chez
Clément V. Lorsque Guillaume de Plaisians ose le
prendre à parti dans le consistoire tenu à Poitiers en
I 1308 et s'efforce d'imposer la condamnation des Tem-
I pliers, le pape se raidit contre les menaces proférées à
I son adresse : « Saint-Père, Saint-Père, disait l'agent
j royal, faites vite; autrement le roi ne pourrait s'em-
I pêcher et, s'il le pouvait, ses barons ne pourraient
1 pas s'empêcher et, si ses'barons le pouvaient, les peu-
ples de ce glorieux royaume ne pourraient pas s'em-
1 pêcher de venger eux-mêmes l'injure du Christ...
i .\gissez donc, agissez. .\ut rement il nous faudrait vous
i parler un autre langage. » (iilles .Aycelin, archevêque
I de Narbonne, ajouta avec plus de i)erfidie : « Le prélat
I qui néglige d'étoufi'er l'erreur, c'est comme s'il s'en
î rendait coupable ■> (Ch.-\'. Langlois, dans le Journal
des savants, 1908, p. 429).
La résistance de Clément V fléchit par la suite sous
la pression formidable que les ministres de Philippe
le Bel exercèrent sur lui et par crainte de la poursuite
I du procès de Boniface VIII. Toutefois le i)ape ne
I condamna pas les Templiers et se limita à les suppri-
mer par voie de provision; de [)lus, leurs biens échu-
rent aux Hospitaliers de S. -Jean de Jérusalem, sauf
i dans les royaumes d'Aragon, de Castille, de Portugal
i et de Majorque où ils passèrent aux mains des ordres
! nationaux en lutte contre les Sarrasins. Si le roi de
I France avait poursuivi la ruine de l'ordre dans le but
J129
CLÉMENT \
CLÉMENT VI
1130
de s'enrichir de ses dépouilles et de remédier à sa
détresse financière, la décision prise au concile de
Vienne dut cruellement le surprendre.
VI. Mort du pape. — Une maladie ditïicile à défi-
nir — les textes mentionnent une discrasia, c.-à-d. la
fièvre — affligea Clément V pendant toute la durée de
son pontificat et explique en partie ses actes. Le 30 août
1306 son état devint si grave que son entourage lui
cacha la mort du vice-chancelier et qu'aucun cardinal,
sauf quatre de ses parents, ne lui rendit visite. En
déc, la fièvre le tenaillait encore. Au roi d'Angleterre
qui s'inquiétait de sa santé, le malade annonçait, le 22,
qu'il était entré en convalescence. A Philippe le Bel, il
écrivait : « La force du mal a été telle qu'elle m'a pres-
que conduit aux portes de la mort > (É. Baluze, op. cit.,
m, 61). Le 2 janv. 1307, son état étant devenu plus
satisfaisant, il fixa aux cardinaux le 8 comme date de
réception. A partir de 1309, les crises se répétèrent à
de plus brefs intervalles. En 1313 et en 1314 le mal
empira. Clément V s'imagina qu'il éprouverait quelque
soulagement dans un changement d'air et songea à
regagner sa terre natale. La soufl'rance le terrassa en
route et occasionna sa mort, le 20 avr. 1314, vers l'au-
rore, à Roquemaure (Gard). Son corps fut transporté
à Uzeste (Gironde), où le cardinal Gailhard de la
Mothe lui fit ériger un tombeau. Le chroniqueur Pépin
rapporte que le cadavre fut à demi brûlé par la chute
de cierges durant une nuit (É. Baluze, op. cit., ii, 47,
93, 170, 230; J. de Laurière et E. Miintz, Le tombeau
de Clément V à Uzeste, dans Mém. de la Soc. des anti-
quaires de France, vin, 1887-88. p. 275-92).
BuLLAiRE. — Le bullaire de Clément V a été édité par
les bénédictins du Mont-Cassin, Regestum démentis papae V
ex Vaticanis archetypis... nunc primum edilum cura et
.•studio monacliorum 0. S. B., Rome, 1884-92, 8 vol. Il est
loin d'être complet et ne contient pas les lettres secrètes
qui ont été perdues. — É. Baluze (op. cit., m) a publié bon
nombre de ses lettres, mais les a mal datées parfois. Vic-
time d'une erreur qui lui est commune avec la plupart des
érudits du xvn« et du xviii« s., il compta les années du pon-
tificat à partir du jour de l'élection et non à partir du cou-
ronnement qui eut lieu le 14 nov. 1305; cf. N. de Wailly,
Des recherches sur la véritable date de quelques bulles de Clé-
ment V, dans l'Auxiliaire catholique, i, 1845, p. 137-46.
Numismatique. — La réédition de Baluze (i, 585-86)
donne la reproduction des monnaies de Clément V.
Travaux. — Il manque encore une bonne biographie du
pape. La bibliographie assez considérable qui le concerne a
été dressée par G. Lizerand (Clément V et Philippe le Bel,
Paris, 1910), mais elle se signale par des inexactitudes. Les
rectifications et additions qui s'imposent ont été insérées
dans la 9" éd. de G. Mollat. Les papes d'Avignon, Paris, 1950.
Le livre de C. Wenck, Clemens V. und Heinrich VIL, Halle,
1882, a toujours conservé sa valeur. Quant à celui déjà cité
de G. Lizerand, les erreurs de dates y sont fréquentes; l'ou-
\Tage doit être utilisé avec beaucoup de prudence; les textes
édités en appendice pèchent par de mauvaises lectures.
G. Mollat.
13. CLÉMENT VI, pape (7 mai 1342-6 déc.
1352). L Origine et études. IL Sermons. III. Honneurs
ecclésiastiques. IV. L'archevêché de Rouen. V. Le
cardinalat. VI. L'élection pontificale. VIL Le chef de
l'Église : 1» La centralisation de l'Église. 2" La fisca-
lité. 3° La Cour pontificale. 4» Clément VI et l'art.
VIII. Principaux événements : 1° La peste de 1348.
2"> Les Juifs et les flagellants. 3° Le jubilé à Rome en
1350. IX. La discipline ecclésiastique. X. Le diplo-
mate : l» Relations avec les rois de Majorque et
d'Aragon. 2" Relations avec le roi de Castille. 3" La
guerre de Cent .\ns. 4" Conséquences de la guerre de
Cent Ans en Angleterre. 5° Clément VI et la France.
6» Clôture du conflit de l'Église et de rEmi)ire. 7" La
politique italienne. 8" La question d'Orient. XL La
mort.
L Origine ht iîi udes. — Cleineiii \ 1 était le becoiid
Ills de Pierre Roger, qui devint seigneur de Rosiers
d'Egletons (Corrèze) en 1333, et de Guillemette de
Mestre. Il naquit en 1291, à Maumont (Corrèze), et
reçut lors de son baptême le nom de Pierre. Dès l'âge
de dix ans, ses parents le firent entrer au monastère
bénédictin de La Chaise-Dieu (Hte-Loire). L'abbé et
Pierre de Mortemart l'envoyèrent à Paris étudier la
théologie. Lui-même nous a renseigné sur le lieu de sa
demeure; c'était rue du P'ouarre où il vécut en com-
Ijagnie de Guillaume Court.
La maîtrise en théologie lui fut octroyée par faveur
jjoiitificale, sur l'intervention du roi Charles le Bel, le
23 mai 1323. Pierre Roger commenta le quatrième
livre des Sentences de Pierre Lombard, glosa la Cons-
titution de Jean XXII, Quia qiwrumdam mentes, prit
part à des joutes théologiques avec François de Mey-
i ronnes et Pierre Auriol, batailla contre le nominalisme
j et le Defensor pacis de Jean de Janduii et de Marsile de
Padoue. Sa passion pour les livres était si intense
qu'il ne pouvait en être longtemps sépare. Sa culture
était très variée et s'étendait aux Pères grecs et latins
autant qu'aux auteurs modernes. Ses préférences
allaient principalement à S. ,\ugustin, puis à S. Gré-
goire le (Irand, à S. Bernard et à S. Thomas d'Aquin
dont il vantait avec admiration la lumineuse clarté.
Parmi les auteurs profanes, il fréquenta Valère
Maxime, Cassiodore et Sénèque. Inutile d'ajouter qu'il
connaissait parfaitement la Ste Écriture : toutefois
celle-ci n'avait d'attrait pour lui que parce qu'elle lui
fournissait des textes servant à justifier ses artifices
oratoires. D'exégèse on ne trouve nulle trace chez lui,
pas plus d'ailleurs que chez ses contemporains.
Ê. Baluze, Vitae paparum Auenionensium, éd. G. Mollat,
Paris, 1914-27, i, ii (cf., appendice du t. ii, l'arbre généalo-
gique des Rosiers). — E. Roux, Les Auvergnats en Provence.
Les papes d'Avignon Clément VI et Grégoire XI, dans Alma-
nacli de Brioude, 1943, p. 11-48 (en hors-texte, portraits des
deux pontifes peints à Rome en 1770 et conservés dans
l'église d'Agnat). — E. Chatelain-H. Denifle, Chartularium
universitaiis Parisiensis, ii, Paris, 1889-97. — F. Micolon,
Un frère de Clément VI : Guillaume Roger de Beaufort,
j vicouite de la Mothe, Brioude, 1936. — P. Fournier a publié
une courte biographie de Clément VI dans //. L. Fr.,
xxxvii, 1938, p. 209-38. M. -II. Laurent, Guillaume des
' Rosières et la bibliollièque pontificale à l'époque de Clément VI,
dans Mél. A. Pelzer, Louvain, 1947, p. 579-603. — A. Maier,
Der literarische Nachlass des Petrus Rogerii (Clemens VI.) in
der Borghesiana, dans Recherches de théol. ancienne et médié-
vale, xv-xvi.
IL Sermons. — Pierre Roger dut moins la célébrité
à sa science théologique qu'à son talent d'orateur. Les
chroniqueurs sympathiques ou antipathiques à la
lignée des papes d'Avignon le tenaient pour un grand
I prédicateur. Un auditeur de marque, l'empereur
I Charles IV, demeurait encore sous le charme de sa
j parole, quand il écrivait ses mémoires.
1 Pierre Roger prêcha beaucoup. Nous possédons en-
j core près de quatre-vingt-dix de ses sermons, panégy-
riques ou discours.
On trouvera l'énumération de ceux-ci dans G. Mollat,
L'œuvre oratoire de Clément VI, dans Archives d'hist. doctr.
et litt. du Moyen Age, ni, 1928, p. 239-274. — Schmitz,
Un sermon inconnu de Pierre Roger (Clément VI) : Le
carême selon S. Benoît, dans Revue hénéd., XLiv, 1932, p. 71-
74; Les sermons et discours inédits de Clément VI, ibid.,
XLi, 1929, p. 15-34. — H. Laurent, Pierre Roger et S. Tho-
mas d'Aquin, dans Revue thomiste, nouv. série, xiv, 1931,
p. 157-73 (donne le texte des sermons sur S. Thomas).
Les sermons de Pierre Roger sont tous conçus sur
un plan uniforme, suivant la stricte méthode scolas-
lique. Leur contexture n'a rien d'original et répond
aux règles proposées aux clercs dans le traité De dilu-
tidionc sermonuin. Le prédicateur se i)laisait en expli-
cations de mots, en applications morales, en divisions
et subdivisions subtiles, en raisonnements s'enchai-
I naut hannonieuseinenl et pitlorcsquemenl de façon
1131
CLÉMENT VI
1132
à forcer l'attention des auditeurs, voire à les fatiguer
à la longue, en assonances multiples et savamment
combinées. Sa doctrine n'offre rien de saillant et cons-
titue comme une synthèse de l'enseignement universi-
taire de son époque et comme l'expression de l'opi-
nion moyenne, empreinte de prudence et de sagacité.
L'orateur n'hésite pas à censurer les mœurs ecclésias-
tiques de son temps et dépeint les clercs dévorés par
l'ambition, adonnés à des pratiques superstitieuses,
pétris d'avarice, incapables dans leurs sermons de
dire la vérité.
Les discours prononcés durant son pontificat
offrent un intérêt majeur : ils abondent en allusions à
des faits contemporains que l'on chercherait vaine-
ment ailleurs. Les événements politiques importants
y sont mis en relief. Le pape, en outre, parle familière-
ment en consistoire aux cardinaux et leur livre ses des- |
seins intimes ainsi que les raisons secrètes de ses déci-
sions. Il s'y révèle souvent habile diplomate, sait
flatter les ambassadeurs qui l'approchent et envelop-
per ses refus de jolies consolations. A l'occasion^ la
franchise ne lui est pas étrangère : aux mandataires
du versatile Louis de Bavière qui présentent sa sou-
mission est posée une sorte d'ultimatum : « Nous vous
le disons : choisissez aujourd'hui ce qui vous plaît. »
III. Honneurs ecclésiastiques. — La possession
de bénéfices permit à Pierre Roger de mener une
vie studieuse : ce furent les prieurés de S.-Pantaléon,
en Corrèze, de Savigny au diocèse de Lyon et de S.-
Baudil dans celui de Nîmes (24 avr. 1324). La riche
abbaye de Fécamp (23 juin 1326) lui garantit d'abon-
dants revenus. Jean XXII la lui retira pour l'élever
sur le siège d'Arras, le 3 déc. 1328. Le 29 janv. 1329,
il lui concéda la faculté de recevoir la consécration
épiscopale d'un prélat de son choix. Quelques mois
après, le 24 nov., il le nommait archevêque de Sens.
La faveur pontificale eut sans doute pour origine le
renom d'orateur que Pierre Roger s'était acquis.
Quand Philippe VI de Valois convoqua, au château de
Vincennes, une assemblée des prélats et des barons
du royaume pour le 7 déc. 1329, afin de porter remède
aux conflits de juridiction, l'épiscopat français ne crut
pas mieux faire qu'en confiant à l'archevêque de Sens
la défense de ses droits. Le choix s'annonçait judi-
cieux, car son porte-parole jouissait de la confiance du
prince, qui l'avait envoyé en Angleterre, en 1328,
avec Bouchard de Montmorency, citer Édouard III à
prêter hommage en raison du duché d'Aquitaine.
L'Anglais fit attendre sa réponse. Pierre Roger, qui
la rapporta en France, reçut mandat de saisir le duché
jusqu'à la prestation d'hommage. Le texte du dis-
cours qu'il prononça à Vincennes le 22 déc. a passé
tout entier dans le Libellas de Pierre Bertrand super
juridictione ecclesiastica et temporali (la meilleure
édition est celle de Pithou : Les libertés de l'Église
gallicane, éd. Durand de Maillane, m, Paris, 1771,
p. 460-79).
L'orateur, qui puisa sa doctrine dans le traité De
origine jurisdictionum de Durand de Saint-Pourçain,
enveloppa ses raisonnements dans des phrases sonores,
avec une habileté consommée. Tout en flattant Phi-
lippe VI, il soutint la thèse de la supériorité de la juri-
diction spirituelle sur la temporelle ex]30sée jadis dans
la bulle Unam sanctam, pourtant désavouée par Clé-
ment V, mais il eut soin de rester dans les généralités
et de ne point entrer dans des détails scabreux. Son
long discours impressionna vivement le roi, qui laissa
les choses en l'état.
Le 14 déc. 1330, Jean XXII récompensait le défen-
seur des droits de l'Église par le don de l'archevêché de
Rouen, aux revenus beaucoup suijérieurs à ceux de Sens.
J. Lestocquoy, Les éuèques d'Arras, dans Mémoires de la i
Commission départ, des monuments historiques du Pas-de- \
Calais, iv. — H. Bouvier, Ilist. de l'Église et de l'ancien
archidiocèse de Sens, ii, Paris, 1906. — O. Martin, L'assem-
blée de Vincennes de 1329 et ses conséquences. Étude sur les
conflits entre la juridiction laïque et la juridiction ecclésias-
tique au XIV' s., Paris, 1909, p. 124-49; l'auteur a longue-
ment analysé le discours de Pierre Roger.
IV. L'archevêché de Rouen. — Durant son épis-
copat à Rouen, c.-à-d. de 1330 au 18 déc. 1338, Pierre
Roger déploya une rare activité dans des domaines
bien dilîérents, comme la prédication, la théologie et
l'art diplomatique, sans négliger ses devoirs de pasteur.
La papauté le mit à contribution autant que Phi-
lippe VI, dont il devint conseiller. En 1330, il assiste
aux pourparlers qui ont lieu au bois de Vincennes avec
des délégués anglais au sujet de l'Aquitaine et qui se
terminent le 8 mai par la signature d'une convention
I (E. Déprez, Les préliminaires de la guerre de Cent Ans,
Paris, 1902, p. 58-59). Quand Jean XXII émet une
opinion contestable sur la vision béatiflque, Phi-
lippe VI s'émeut; Pierre Roger est chargé de le calmer
et de lui montrer les textes qu'a rassemblés le pape. En
1333, il fait partie de la commission qui examine les
opinions suspectes émises par Thomas Walleis et Du-
rand de Saint-Pourçain, et se rend auprès du roi pour
légitimer la condamnation des articles extraits de
leurs ouvrages (H. L. Fr., xxxiv, 590-602).
En févr. 1332 Pierre Roger se trouvait à Avignon et
prêchait dans la chapelle pontificale le 1'^'' dimanche de
carême (8 mars). A cette époque, il dirigeait l'ambas-
sade venue pour traiter de la croisade. Le 19 févr., il
avait exposé les projets de Philippe de Valois en con-
sistoire (G. Mollat, op. et toc. cit., 247, 255). Toutes
les requêtes royales n'ayant pas été agréées, de
nouvelles offres, conformes aux conditions stipulées
par Jean XXII, furent présentées entre le l" août
1332 et le 24 mai 1333. Cette fois, Pierre Roger, muni
de la procuration du roi de France délivrée les 20 et
22 mars, fit connaître, avec ses collègues, l'engage-
ment que prenait celui-ci d'assumer le commande-
ment du saint voyage ou de se faire suppléer par le
dauphin, et de consacrer aux frais de l'expédition le
produit total des décimes levées dans la chrétienté
pendant six ans. Le 10 juill., il débita un discours en
consistoire {ibid., 258). Le 26 juill., une bulle insti-
tuait le roi capitaine général de la croisade (G. Mollat,
Lettres communes de Jean XXH, xiii, n. 61202).
Jean XXII décréta en outre que l'archevêque de
Rouen la prêcherait toutes les fois que le prince l'en
requerrait et il le mandata avec le métropolitain de
Sens pour surveiller la gestion des fonds nécessaires au
financement du ])assage outre mer (8 et 16 sept.; G.
Mollat, Lettres communes de Jean XXII, n. 61415,
63872). Il autorisa aussi le prélat à se croiser le 20 sept.
(ibid., n. 61455).
Le l^"^ oct. 1333, sur un grand échafaud dressé au
Pré-aux-Clercs, Pierre Roger « prescha, devant tous les
prélaz du royaulme et grand partie dez barons, du
saint voyage d'oultremer » (Chronique parisienne ano-
ni/me, dans Mént. de la Soc. de l'itist. de Paris, x, 1884,
p. 154). A la suite de la cérémonie, Philippe VI prit la
croix. Le 31 juill. 1335, l'archevêque de Rouen parla
encore (E. Déprez, op. cit., 99).
L'année 1334 fut passablement mouvementée pour
lui. En avr. commencent des pourparlers avec deux
ambassadeurs anglais. r;)urant près de trois mois
Pierre Roger y assista en qualité de représentant de
Philippe de Valois. Il fit aussi subir un interrogatoire
à des partisans de Robert d'Artois. En déc. il séjour-
nait à Avignon où Jean XXII était mort le 4, avec
mission de renseigner Philii)pc \ï sur la marche de
' l'élection du nouveau i)ape (E. Déprez, up. cit., 103-
i 101).
1 Après avoir fait connaître"' au nouvel élu (Be-
1133
CLÉMENT VI
1134
noît XII) l'impossibilité dans laquelle il se trouvait de
partir pour la Terre sainte, à l'heure où la trêve con-
clue avec l'Angleterre expirait, Philippe VI nourrit
l'espoir d'obtenir des subsides du clergé. Pierre Roger
conçut des doutes sur le bon vouloir du S. -Père. Avant
de partir avec les ambassadeurs dépêchés près de lui,
il sollicita la recommandation du cardinal Bertrand
de IMontfavès (lettre du 19 févr. 1337, dans H. L. Fr.,
XXXVI, 576). Revenu en France, il ne put qu'annoncer
au roi que Benoît XII n'accorderait rien (G. Daumet,
Lettres closes, patentes et curiciles de Benoît XII, n. 284).
Malgré cela, il sonda son maître, sur le désir du pape,
pour savoir si un projet de médiation entre l'Angle-
terre et la France serait accepté. Le 12 juin, le S. -Père
s'inquiétait de ne pas recevoir de réponse et, le 24, in-
sistait pour que Pierre Roger s'évertuât à empêcher
une déclaration de guerre entre les deux pays (ibid.,
n. 342, 335). Renseigné enfin, il désigna comme négo-
ciateurs les cardinaux Pedro Gomez et Bertrand de
Montfavès (ibid., n. 304-34). Pierre Roger se rendit
vers le mois d'août à Arras, afin de se rencontrer avec
des plénipotentiaires anglais (E. Déprez, op. cit., 201).
Le 10 nov., lui parvenait l'injonction d'expédier rapi-
dement à Avignon les comptes de recettes et de dé-
penses tenus par les bourgeois auxquels Philippe de
Valois avait commis le soin de lever les décimes des-
tinées à la croisade. Benoît XII craignait que l'impôt
ne fût détourné de son but. Pierre Roger tarda à
adresser son rapport et encourut les reproches « de né-
gligence et d'incurie ». Le pape parla même d'un mé-
pris de ses ordres, tout en n'y voulant pas croire. Le
mémoire qui lui parvint le satisfit selon toute appa-
rence, puisqu'aucune réclamation ne suivit sa lettre
courroucée (G. Daumet, op. cit., n. 378, 443, 499).
Bien plus, le 19 déc. 1338, Benoît annonçait à l'arche-
vêque de Rouen sa promotion cardinalice {ibid.,
n. 540). Si celle-ci avait tardé, c'était à cause de Phi-
lippe VI qui répugnait à se séparer de son conseiller.
Pierre Roger avait, en efîet, rendu un insigne service à
son maître, en prononçant, le 25 févr. 1338, un dis-
cours légitimant la confiscation du duché d'Aquitaine
et censurant en termes durs l'alliance scellée par
Louis de Bavière avec le roi d'Angleterre (G. Mollat,
L'œuvre oratoir